{"numero_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "l re Année. — N° 5.", "ancre_fin": "15 Octobre 1886", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE :", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 162, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 253, "texte": "l re Année. — N° 5.                                  L a liv r a is o n 5 0 c e n tim e s\n\n\n\n\n     LA\n      WALLONIE\n                                                                  15 Octobre 1886\n\n\n\n\n                                       aldenpros. 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M a c é d o n s k i\n                                                      Hystérie.\n         A. V IE R S E T .        .\n\n         A. H e n r o t a y       .     .    .   .    Claire.\n         A. M o c k e l et M. S. .               .    Chronique littéraire.\n         F ........................\n         L . Gheldre              .     .     . .     Chronique musicale.\n\n                                            Petite chronique.\n\n\n\n\n                                      Des p re sse s de H . 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J o t t r a n d , Camille LEMONNIER, W .-A.\n  M ace d o n s k i , Alex.-A. M ace d o n s k i , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G .M a s s e t , Octave M a u s , A. M o c k e l ,\n  X. N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges PICARD, P etru s P IRUS,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se v e r in , M aurice Si v i l l e , Aug. V i e r s e t .\n\n\n   LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\njeunesse littéraire de nos provinces w allonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de ses colonnes et reste indépendante de toute école et de toute\ncoterie.\n   LA WALLONIE parait le quinze de chaque mois, en livraisons d’au moins 32\npages.\n   P araîtront dans le cours de l’année plusieurs dessins hors texte, sur\nHollande, se rapportant à des articles publiés dans la Revue.\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AV I S . 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Girran", "ancre_debut": "B A L L A D E EN P R O S E .       Sur les deux bords du che", "ancre_fin": "chère „ ? G. G lRRAN.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "G U ITAR E.                    QUAND d’amour j ’expire,                     Qu", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "B A L L A D E EN P R O S E .\n\n     Sur les deux bords du chemin montueux et grisâtre, sous la\n      poussière fine qui dansait dans le soleil, nous allions ensemble,\n      très timides, nous observant parfois d’un regard furtif de\ncôté. J e voyais ta taille svelte onduler souplement à chacun de tes\npas, dans un bercement doux — et toi, sous ton large chapeau de\npaille, tu regardais s’effiler ma moustache blonde.\n                                     *\n                                * *\n   Tu regardais sous ton large chapeau de paille s’effiler ma\nmoustache blonde et j ’en étais très fier — si fier que je te fis un\ncompliment. Etait-ce sur tes yeux, ton sourire ou tes boucles\nbrunes ? je m ’en souviens fort peu; mais cela te fit plaisir, car tu\nte rapprochas un peu de moi : oh! très peu. Le hasard fit que je\nfaillis butter sur une pierre, si bien que je m’écartai du bord et\nque nous cheminâmes à deux au milieu de la route.\n                                     *\n                                 *       *\n\n    A deux, nous cheminions au milieu de la route et nous ne\nparlions pas, écoutant un grillon qui faisait cri-cri dans une haie\net une machine à battre qui ronflait comme une toupie derrière\ndes toits de ferme. Tu songeais au grand soleil qui se pâmait là-\nhaut dans le ciel pendant que, préoccupé, je cherchais une rime à\namour.\n                                * *\n   C’était une rime à amour que, très préoccupé, je cherchais; et\nn ’en trouvant pas qui me convînt, je me lassai de scander à part\nmoi mon sonnet. Nous étions devant une ferme, bourdonnante des\nbruits du midi, dans la senteur délicieusement troublante des\nfoins coupés et un troupeau de bœufs paisibles et lourds passa en\nmugissant.\n                                * *\n   E n mugissant passèrent des bœufs paisibles et lourds — qui te\nfirent peur. Tu me pris le bras sans rien dire. Très grave, un peu\nému, je mesurai mon pas sur le tien, et — à petites enjambées —\n                                                            9\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "130\n\nnous poursuivîmes la route. Je te parlai des. bois qui verdoyaient\nau loin et des blés jaunis qui balançaient leur grosse tête pesante,\ns’allongeant dans la plaine avec un frisson, sous la caresse tiède\ndu vent.\n                                * *\n   Sous la caresse tiède du vent, les blés jaunis s’allongeaient dans\nla plaine avec un frisson. Nous laissions les arbres du chemin filer\nà nos côtés et disparaître l’un après l’autre comme dans un rêve.\nNous regardions au bord de l’allée la trouée de soleil où la lumière\ntriomphale éclatait. Puis soudain tu me parlas dans un sourire, et\nau lieu de “ vous,,, mignonne, tu me dis “ tu „.\n                                 *\n                                * *\n   Tu me dis “ tu „ au lieu de “ vous „ et moi je t ’appelai “ ma\nchère — On dit que la rose, glacée des froids de la nuit, s’éveille\nle matin sous un coup de soleil. Ainsi fut-il de notre amour sous\nle ciel bleu. Te souviens-tu de ce grand coudrier à l’ombre duquel\ntu rougis sous mon premier baiser et où tu me regardas d’un œil\nsi doux et si profond que depuis ce temps-là nous nous aimons,\n“ ma chère „ ?\n                                                   G. G lRRAN.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 130, "titre_corps": "Guitare", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "G U ITAR E.                    QUAND d’amour j ’expire,                     Qu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 1215, "fin_caractere_exclue": 1565, "texte": "G U ITAR E.\n\n                  QUAND d’amour j ’expire,\n                    Quand ma voix se tait,\n                    J ’aime ton sourire,\n                    Ta candeur me plaît.\n\n                     E t sans plus attendre,\n                     Chérubin charmant,\n                     J e pourrai te prendre,\n                     E tre ton amant.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 131, "page_fin": 132, "titre_corps": "Hystérie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alexandre Macédonski", "ancre_debut": "HYSTÉRIE.   que je veux, cher maître, e", "ancre_fin": "lex a n d re MACÉDONSKI", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DÉSENCHANTEMENT.         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A lex a n d re   MACÉDONSKI\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 136, "titre_corps": "Désenchantement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vierset", "ancre_debut": "DÉSENCHANTEMENT.         OUS        V   connaissez mon ami", "ancre_fin": "g u s t e VIERSET.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CL AIRE....  IMMÉDIATEMENT, je vis qu", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 1896, "texte": "DÉSENCHANTEMENT.\n\n       OUS\n       V   connaissez mon ami Georges ? — Un garçon aimable s’il\n       en fut, un peu sombre pourtant, d’allure captivante et sin­\n       cère, esprit merveilleux et souple s’assimilant tous les arts\n comme ces génies de l’apogée italienne, amoureux des sentiers\n sylvestres, des gazouillis printaniers et des échappées de soleil,\n préférant la perpétuelle extase du rêve à la vaine gloire de\n l’œuvre réalisée, sachant rassembler ses visions dans l’enlacement\n sonore de deux rimes, et possédant cette har monie heureuse du\n visage qui charme irrésistiblement les femmes, — un être que\n divinise la concentration de l’intelligence et de la beauté parfaites;\n — Adonis qui serait Phidias ou Pindare, — l’idéalisation de la\n grâce et du talent.\n   Bien des gens vous diront que c’est un viveur et un débauché,\nparce qu’il y aura toujours des envieux et des méchantes langues,\n de ceux-là qu’aigrit toute supériorité, de ceux-ci qui souillent les\n renommées par besoin de souiller toute chose.\n   Lui, un débauché? Allons donc! Un viveur ? Si vous entendez\npar là user bêtement de tous les plaisirs, avec la régularité d’une\nhabitude dès longtemps prise, alors non, mille fois non ! Georges\nest viveur à sa manière, jouissant de la vie dans ce qu’elle a\nde plus délicat et de plus suave, sachant retirer l’or de la\ntoujours nouvelle gangue des heures et choisissant un peu partout\nses fugitives maîtresses qu’il abandonne sans peine, et reprend\nsans plaisir, sans exiger autre chose que le moment de jouissances\nque peut lui offrir chacune d’elles.\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "                                                                  133\n\n    Autrefois je l’avais connu amoureux, follement, délicieusement\n amoureux. Une passion irrésistible l’avait pris, faisant jaillir sous\n l’étreinte l’exubérante sève de l’adolescence. Il avait vécu de\ntendresses absorbantes et d’effrénés désirs, déposant aux pieds\n de sa belle son génie et son amour. Un jour pourtant la Rupture\nlui m it au sein ses cruelles griffes et le lacéra sans pitié. Alors,\ndans cette douleur immense qui m ontait en lui comme une mer,\nGeorges crut tout le bonheur sombré ; et désormais sans espoir, il\njeta à l’aventure les derniers lambeaux de son corps pantelant.\n                                    ***\n\n   O flâneurs, mes frères, vous la connaissez sans doute, l’heure\n douce, pleine de charmes et de surprises où, calmant l’impatience\n nerveuse, béent enfin les noires portes d’ateliers.\n   Une brusque poussée de nez roses hors des corridors sombres,\n puis un certain envahissement de la rue sous la jaune clarté des\npapillotantes lumières. Elles passent, ces gentilles filles aux\nmines lutines, avec leur libre hardiesse et leur rire moqueur, vous\njetan t leur regard luron à la face, dans une effronterie de moi­\nneau franc. Elles s’attardent aux vitrines, lançant leurs notes qui\ns’égrènent, claires et vibrantes, ou bien vont à l’écart, roses de\nbonheur ou de désir, rejoindre le galant qui leur fait signe de loin.\n   Puis d’autres s’en retournent seules, d’un pas alerte, relevant\nleurs jupes du bout de leurs doigts blancs, laissant sur leur pas­\nsage une traînée de fraîcheur, et celles-là, vous les suivez, ô vous\nque charment la cambrure des reins et le rythme coquet des\nsemelles sur l’asphalte, vous tous, chercheurs d’idéal, ô rêveurs,\nô poètes, ô flâneurs, mes frères !\n                                  *\n                                *    *\n   Georges l’aimait cette heure aux joies furtives, par un in­\nconscient désir d’artiste, continuant l’éternelle recherche de la\nforme conçue. E t voilà que l’amour, cette hydre qu’il croyait\nmorte, se ranima tout à coup et lui fit sentir sa brûlante morsure\nIl lui sembla que tout le passé s’effondrait en son âme, ensevelis­\nsant sous ses ruines son désespoir et ses chagrins amers, et\nqu’une aurore apparaissait, enveloppant d’une lumière d’astre,\nl’ange — ou démon — qui lui rouvrait un nouvel Eden !\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "134\n\n   C’était une jeune lingère, aux yeux profonds, d’or noir, joignant\nau port d’une reine, la fatale attirance d’une grâce toute féline ;\nune de ces filles sans vergogne qui s’offrent, dans un sourire de\ndéfi, — plongent par un refus infâme leur victime dans l’absolue\nsouffrance, puis vont goûter ensuite le bestial plaisir dans les bras\ndu premier venu; une de ces cruelles au cœur d’ivoire comme leur\ngorge, qui livrées aux voluptés d’aventure trouvent une joie\nméchante à torturer l’amour. P a r elle, Georges connut les fié­\nvreuses attentes, les désirs contenus par une pusillanime crainte;\nla douloureuse agonie d’une passion ulcérée et muette. Toujours\nil la suivait, partout, le m atin jusqu’à son atelier, le soir quand\nelle en revenait, la journée entière dans ses lambinantes courses\n d’apprentie. Il l’épiait aux vitrines, la guettait au sortir des\nmagasins, la retrouvait avec un flair d’amoureux en chasse, sans\nsoupçonner cette malignité féminine dont il subissait inconsciem­\nment l’influence. E t cela dura trois mois, trois longs mois\nd’extases et de souffrances continues — sans que jamais il osât\nadresser la parole à cette fille dont la beauté charmait et effrayait\nà la fois.\n   Un jour il vint à moi, pâle et défait, et me raconta tout. “ Va\ndonc la trouver, toi, dit-il en sanglotant, dis-lui que l’indécision\nme torture, supplie-la de m ’accorder un seul instant et cela\nsuffira pour lui montrer l’adoration, le culte que je lui ai voué.\nElle est bonne, elle est noble, elle est pure; elle comprendra ma\nsouffrance et ne pourra s’empêcher de m’aimer. — Va, mais va\ndonc ! fit-il avec une sorte de violence fébrile, ne vois-tu pas que\nl’attente m’angoisse et qu’il s’agit pour moi de m ort où de bon­\nheur ? „\n   J e partis, l’âme navrée. Cette passion m ’effrayait; car je la\nconnaissais, cette exquise créature, cachant sa perfidie dans l’en­\nvoûtement d’un charme et, comme fait une soupeuse d’un citron,\nexprimant les rouges larmes des cœurs avec une indifférence\nféroce. Mais pouvais-je faire évanouir d’un mot ses illusions\nchères et jeter la réalité bourbeuse sur les songes blancs du poète ?\nJe n ’eus point ce cruel courage et laissai aux mains du hasard\nle coin non soulevé du voile.\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "                                                                    135\n\n   L e lendemain, Georges me sautait au cou en apprenant le\nsuccès de ma démarche. \" Je le savais bien qu’elle m’aimait ! „\ns’écriait-il, heureux, débarrassé enfin de ses accablants soucis.\n   Que de gâteaux avaient dû être grignotés la veille, pour déci­\nder la cruelle à accepter un rendez-vous !\n                                   *\n                                  « *\n   C’était une de ces tièdes et dolentes soirées de juin, tout im­\nprégnées encore d’un regain de chaleur estivale, qui vous engour­\ndissent et si bien vous pénètrent, que les sens se pâment, énervés,\ndans un vague besoin d’abandon et de tendresse. Les nuées\ns’effrangeaient, plus blanches, dans une déroute d’orage, et le\nblond soleil, ruisselant par une trouée soudaine, épandait dans le\njardin sa crépusculaire clarté, lamait les troncs brunis de teintes\nirisées, et faisait chatoyer sur les feuilles les brillants arcs-en-ciel\nde la pluie.\n   Assis à l’écart, dans une solitaire allée, près d’un buisson de\nchèvrefeuilles, tendres et langoureux comme la nuit elle-même,\nils écoutaient mourir les chuchottements sous la mousse, les doux\nbruits d’ailes dans les branches, et le murmure des insectes\nénamourés, tourbillonnant dans la lumière empourprée du soir.\nDes senteurs montaient de la terre, troublantes et lascives, com­\nmuniquant à leur être le voluptueux frisson des griseries parfu­\nmées. Alangui p ar ces bouffées odorantes, pénétré du mystérieux\nfluide de la Nature amoureuse, Georges s’était agenouillé devant\nelle, les mains à ses mains enlacées, e t, — avec des épanchements\nd'eau qui trouve enfin une issue — sa passion débordait dans un\nfeu de tendres et brûlantes paroles qui l’envahissaient peu à peu,\nla froide inhumaine, et la rendaient sensible à cette harmonieuse\ncaresse des mots.\n   L a cloche du square troubla soudain leur charmant tête-à-tête\nIls se levèrent alors, traversèrent lentement l’avenue et fran­\nchirent la grille du jardin.\n   Au ciel, la lune montait, blanche, sans halo, couvrant les arbres\nd’une pelisse d’hermine, laissant planer sur tout une suavité\nsereine. Le boulevard ouvrait devant eux ses arcades solitaires.\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "136\n\n Georges, le bras passé autour de sa taille, vivement l’entraîna\ndans la grande paix fraîche de la nuit. Une folie l’assiégeait, au\nmilieu de cette complicité de la nature, au frémissant contact des\ntentantes chairs, sous l’irritant chatouillis des frisons noirs sur\nson front. Il ne rêvait donc pas ? C’était à lui, le désolé d’hier,\nque le bonheur tout à coup s’adressait ! Il la possédait donc enfin\ncette affolante femme, que sa bouche n ’avait effleurée qu’en\nsonge ! A lui, cette vierge immaculée qu’aucun souffle d’homme\nn ’avait ternie ! E t Georges la pressait dans une ardeur fiévreuse,\ncomme pour s’assurer de cette félicité suprême.\n   Alors sous l’assaut de ces pressions effrénées, dans une ondula­\ntion féline, elle s’offrit brusquement, rendant morsure pour baiser,\nétouffement pour étreinte. Georges se sentit fou, tous ses désirs\ninassouvis l’aiguillonnèrent, irrésistibles; mais au moment où il\nla ployait dans ses bras, avide et farouche, une voix la fit se\ndresser, effarée :\n   “ Rouleuse ! je t ’y reprends donc encore „ criait-elle, et d’in­\nfâmes apostrophes éclatèrent, vite étouffées sous une grêle de\nsoufflets.                                A u g u s t e VIERSET.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 142, "titre_corps": "Claire....", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Henrotay", "ancre_debut": "CL AIRE....  IMMÉDIATEMENT, je vis qu", "ancre_fin": "u g u st e HENROTAY.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CH RO N IQ U E L I T T É R A I R E .                       Pro arte.               L’ART SOCIAL. — LES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 171, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 1229, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "CL AIRE....\n\nIMMÉDIATEMENT, je vis qu’il était dans un état d’exaltation\n 'Jr plus intense encore que les autres jours :\n        — Sais-tu à quoi je songeais, en te voyant venir? me dit-il\nde sa voix fiévreuse et saccadée.\n   Pauvre cher ! comment ne l’aurais-je pas su, car il n’avait plus\nqu’une seule pensée ?\n   — J e revoyais ces belles soirées où, mon travail terminé, je\nm’en allais le long du quai, et où je l’apercevais de loin trottinant\nà ma rencontre, puis courant pour se jeter à mon cou...\n   Il se tu t quelques instants.\n   — Pas par là ! s’écria-t-il, voyant que je dirigeais la promenade\nvers le bois ; nous irons nous asseoir sur la roche.\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "                                                                  137\n\n      — Sur la roche ? fis-je d’un air désappointé, comme si je ne\n   comprenais pas... promenons-nous un peu d’abord ; je ne serais\n  pas fâch é de me dégourdir par cette fraîcheur du soir.\n     — Je t ’en prie ! dit-il, en m’attirant par le bras d’un air sup­\n  pliant.\n     — Mon cher, tu es d’une faiblesse presque enfantine ; tu mets\n  trop de complaisance dans tes évocations du passé. Crains-tu\n  donc que ta blessure ne se ferme trop vite, que tu la fouilles à\n  tout instant avec une volupté aussi féroce ?\n     — N’est-ce pas là ma seule consolation ? Viens...\n     Il m’avait repris par le bras. Sa réponse me fit ressouvenir de\n  mes précédentes résolutions et je me laissai entraîner.\n     A quoi bon le contrarier ? Il faut laisser suivre à ces douleurs\n  leur cours régulier afin qu’elles s’épuisent elles-mêmes.\n     Plus on boit avec avidité à cette coupe amère, plus rapidement\n elle se vide. Il faut écouter ces âmes déchirées et montrer qu’on\n les comprend. Une consolation maladroite, une contradiction\n affectueuse sont une nouvelle blessure pour elles, qui veulent être\n écoutées et comprises.\n     Mais cette philosophie était trop au-dessus de mon âge pour que\nje pusse bien m’en pénétrer et ne pas faire une tentative d’exhor­\n tation quand même.\n    — Voyons, dis-je, pendant que nous nous dirigions vers la roche,\n il faut avoir un peu plus de stoïcisme. On ne lutte pas contre la\nmort. L ’impossible s’impose et doit être admis comme tel...\n    Je m’arrêtai. Il avait mis une main sur son cœur et il semblait\n étouffer ; sa respiration était pénible, empêchée bien plutôt par\nune rage insurmontable que par des sanglots.\n    Tais-toi ! tais-toi ! s’écria-t-il. Tu ne comprends donc pas\nque c’est là ce qui me torture. L ’irrémédiable me révolte dans sa\nlâcheté du plus fort, comme un ennemi qui me ferait garrotter\navant de m ’insulter ! Ah ! si ce n’était que difficile, qu’à peu près\nimpossible... Mais je me sens une rage devant mon impuissance !...\nAh ! je ne suis pas de ceux à qui les bras tombent inertes ; mes\nmains se crispent plutôt, avides d’agir, et plus je retourne ce\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "138\n\nmot : impossible, plus je me sens un désir fou d’attaquer par\nquelque part ! Si encore j ’avais quelqu’un à qui m’en prendre ;\nmais je n ’ai pas un reproche à faire pas même à moi !... Cela est...\n    — Allons, mon cher, c’est une véritable obsession, chez toi ! Il\nfaut tâcher de réagir...\n    — E t comment ?\n   -— E n étudiant, par exemple.\n   L a première expression de son visage fut une colère faite\nd’ennui et d’impatience, puis il eut un pâle sourire d’une ironie\ndouloureuse.\n   — Je t ’en prie, laissons là les lieux communs ; tais-toi plutôt\nque de me donner de tels conseils !\n   Je n ’osais répondre ni demander des éclaircissements ; il vit\nsans doute ma stupéfaction car il reprit :\n   -— Étudier ! mais commence donc par me donner le moyen de le\nfaire ! Étudier ! mais j ’ai essayé, je suis resté des journées entières\ndevant une page, toujours la même, sans parvenir à en comprendre\nla première ligne ! Sur la page, je voyais des quais, des allées, de\nla verdure et ma pauvre Claire...\n   Ici il s’arrêta et il fut secoué par un sanglot nerveux, quelque\nchose comme un déchirement.\n    — De cette page, reprit-il, j ’entendais sortir des sons de voix\nbien connus, des paroles d’amour que j ’avais entendues autrefois\net qui me rendaient fou, maintenant. É tudier ! cela ne rappelle-t-il\npas le conseil donné aux enfants pour prendre les oiseaux...\nL ’étude est le remède à la douleur... E n vérité ! la prudhommie\nn ’a pas même su respecter la souffrance. J e sais qu’heureusement\ntu n ’es pas l’auteur de cet aphorisme bête ; ta sympathie n ’a fait\nque le répéter.\n    Qu’aurais-je pu répondre? Je sentais bien qu’il disait vrai.\n    — Alors tu abandonnerais tes études ? fis-je, attristé.\n    — Dis donc que ce sont les études qui m’abandonnent. E t pour­\nquoi étudier ? Pour aller à la gloire ? L ’approbation d’une foule\nd’indifférents parmi lesquels il y a quelques exceptions qui com­\nprennent et le reste qui répète machinalement et pas toujours\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1981, "texte": "                                                                  139\n\n fidèlement — ce que les autres ont dit ; parmi lesquels il y a peut-\n être beaucoup de scélérats... j ’aimerais mieux le serrement d’une\nmain qui m’est chère.\n    A la fortune ? Que me ferait la fortune si je ne puis la partager,\n en jouir à deux ? L a fortune n ’est pour moi qu’un moyen, et si le\nseul bonheur que je comprenne sur la terre est désormais impos­\nsible...\n    A ce mot impossible, son visage émacié eut une contraction\nnerveuse.\n    — A la science ? c’est-à-dire au doute ou à l’ignorance de ce\n qui devrait être l’a b c. Demande à nos savants, à nos philosophes,\nsi ce qu’on acquiert vaut ce qu’on perd ! Pour en revenir à la déso­\nlation, au dégoût de tout, j ’en ai assez! Tu sais l’état où j ’étais\n avant de la connaître.\n    Nous étions arrivés sur la roche, nous nous assîmes en silence;\n au bout de quelques instants, il interrompit sa rêverie doulou­\nreuse et, me regardant :\n    — Qu’as-tu ? demanda-t-il.\n    Je pense à tous les rêves que tes parents ont faits pour ton\navenir...\n    — Mon Dieu ! n ’ai-je pas assez de mes douleurs sans saigner\nencore de celles que je cause aux autres? Oui, mon ami, cette\npensée est affreuse, car ils auront à souffrir plus encore que tu ne\nle crois, il me semble que je touche à ma fin...\n    — Voyons, je t ’en prie !\n    Non, je sens que la machine commence à s’user... E t, d’ailleurs,\ncomment veux-tu que je recommence la vie d’étudiant, une autre\nvie désormais, banale, monotone, sans horizon. Celle que j ’ai\nconnue était trop belle, trop poétique, le contraste serait trop\nviolent! J ’étais habitué à aller chercher la caresse après la peine;\nc’était le seul moyen de fuir mon ennui, et je me retrouverais seul\navec moi-même !_Et puis, pour retourner à Liège, c’est impossible,\nj ’y m ourrais, mon ami.\n    Fiévreusement, il roula une cigarette et il l’alluma à une autre\nqu’il avait en bouche et qu’il lança au loin, dans l’espace, à nos\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": " 140\n\n  pieds. C’est ainsi qu’il faisait du m atin au soir : il fumait goulu ­\n  ment, de tous les tabacs, bons ou mauvais, sans en goûter la diffé­\n  rence. Il tirait quelques bouffées d’une cigarette, puis en roulait\n  une autre, inconsciemment, comme pour tromper une fièvre d’ac­\n tion qui l’agitait.\n    Nous nous taisions; moi je contemplais ce paysage rêveusement\n paisible et comme assoupi devant nous, mais qui, par son recueil­\n lement même, avait sur nous une extraordinaire puissance sug­\n gestive.\n    A nos pieds, le chemin dont la raie blanche allait s’amincissant\n au loin et suivait la Meuse dans ses sinuosités pour aller se perdre\n avec elle dans la sombre opacité des massifs de verdure. Puis la\n Meuse qui s’étendait, brillante, sans le plus petit fronçis, avec des\nreflets d’azur profond ou pâle; la Meuse où la clarté laiteuse de\n la lune se reposait, candidement paisible. Sur cette glace polie,\n les silhouettes des peupliers de l’autre rive se profilaient nette­\n ment dans leur attitude immuable...\n    Ensuite venait la plaine herbeuse, étendue mystérieuse sous la\n demi-lumière des rayons obliques de la lune; et plus loin, au bout,\nles collines boisées plantaient comme des remparts de ténèbres.\n    Pauvre Camille ! il aimait singulièrement ce paysage qui lui\nreproduisait un coin de L iége où ses meilleurs souvenirs veillaient\npoignants. Ce charme, je le subissais moi-même; mais pour lui,\nce coin de nature avait une puissance d’évocation qui, en un\ninstant, lui faisait revivre tout un passé de félicité, court comme\nun beau rêve et pourtant si intense de détails palpitants qu’ils\neussent encore empli toute une vie ordinaire.\n    L a Meuse, dans son étirement silencieux, avait une singulière\nattirance... L a pensée se laissait entraîner et glissait mollement à\nsa surface. Elle assistait à son entrée dans L iége par les\nrives mondaines, puis s’avançait sous les ponts aux trophées de\nréverbères à chaque arche, les ponts où l’étoile d’or d’un carrosse\ncingle,par dessus l’obscurité, l’eau dans l’espace. Puis tout le long\ndes quais, les rangées de réverbères, lesquelles se prolongent au\nloin en se rapprochant ; et, sur l’eau, ce chapelet de larmes de feu\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2337, "texte": "                                                                    141\n\n qui s’allongent, frétillantes. Ensuite, venait le quai de l’Université,\n puis la Batte aux pignons renfrognés, constructions noueuses,\n osseuses ou à l’apect sévère de citadelles ou de prisons à côté de\n bâtisses nouvelles plantureuses ou mesquines ; et après, les quais\n avec leurs allées feuillues et ombreuses couvant, le soir, la paix\n propice aux amours, avec leurs bateaux à la file allongés, silen­\n cieux et endormis le long des rives, et certains jours, les couples\n qui cheminent mystérieux ou bavards, en tabliers blancs ou bleus,\n ou les chapeaux plantés avec des bravades et, plus loin encore,\nl’île avec ses bouquets de fleurs et de verdure, — des bouquets de\nmystère, la nuit, — l’île enlacée par la Meuse et le canal qui lui\n envoient leur fraîcheur; puis, au delà de la Meuse, la plaine du\n Champ des Manœuvres où les peupliers par groupe veillent\n comme des sentinelles, et enfin les collines profilant sur l’horizon\nleur silhouette noire.\n   Alors Camille me dépeignait les scènes qui avaient palpité dans\n ces décors dont nous avions la reproduction sous les yeux, et les\nsouvenirs jaillissaient avec une précision, une netteté effrayante,\navec ce coloris poétique que donne l’éloignement : paroles pro­\nfondes échappées d’une âme ignorante mais inspirée par l’amour;\nmots d’une sensibilité sublime, puisés dans ce fond divin qui dort\nen chacun de nous et qu’une passion réelle peut souvent seule faire\nvibrer; réflexions délicates, pétillantes de cette finesse, de cet\nesprit gaulois qui fait le caractère liégeois ; délicatesses empreintes\nde ce goût naturel si exquis et propre aux liégeoises, dont la\npauvre Claire était pour ainsi dire le type; promenades, plaisirs,\nrêves, projets, solitude à deux observée avec un soin religieux,\nisolement jaloux au milieu de la foule... tout un passé poétique,\némouvant, humain, vu à travers un rem part prismatique et infran­\nchissable à jam ais et détaillé d’une voix vibrante, haletante,\ncoupée parfois par un sanglot ou souligné par un sourire déses­\npéré plus poignant peut-être que des sanglots, — tout cela défilait\ndevant moi et me remuait singulièrement.\n   J ’étais le confident de Camille parce que j ’avais connu sa déli­\ncieuse idylle, là-bas à Liège. Seul, je m ’étais intéressé à cette\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "142\n\njeune fille si peu banale qui, sans artifice, sans ruse, par ses seules\nqualités, avait su produire sur mon ami un effet que d’autres\nn ’obtiennent que par des cruautés raffinées, calculées de loin, par\ndes contrastes de caractère où les défauts creusent, à dessein,\ndans le cœur, une plaie que les qualités sont appelées à panser.\n   E t jamais je n’avais connu l’ennui que nous causent les confi­\ndences. Je trouvais un intérêt délectable à ce roman vécu; et\nquoiqu’il fut vécu, par une illusion que nous donne seul un ouvrage\n combiné avec art où les héros vivent dans la brume de l’inconnu\n avec la physionomie que leur prête notre imagination complai­\nsante, j ’avais fait mienne cette idylle attachante et la moindre\nvibration de leurs âmes venait vibrer dans la mienne.\n   E t puis, malgré moi, je trouvais dans ces confidences un aliment\nà la manie bête et malsaine d’observation psychologique que je\nsubissais et contre laquelle je ne pouvais réagir parce qu’elle me\nprenait toujours à l’improviste. Cette manie, Camille en avait été\n aussi la victime ; de plus, par des lectures faites au hasard, sans\nune intelligence expérimentée pour le guider, il en était venu à\nvingt ans à en savoir assez pour comprendre qu’il ne savait rien\n du tout. Ajoutez à cela les visions chimériques du romantisme\n avec les nausées de la réalité qu’elles traînent après elles, et l’on\n comprendra que de là au doute de tout, à un septicisme désolant,\n et à vin pessimisme prématuré, — et d’autant plus invincible qu’il\n était plus vague, — il n’y avait qu’une pente aussi courte que\nrapide. E t son âme impressionnable n ’était pas de celles qui\ntrouvent facilement le “ m’enfiche „ consolateur.\n    (A suivre.)                        A u g u st e HENROTAY.\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 151, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CH RO N IQ U E L I T T É R A I R E .                       Pro arte.               L’ART SOCIAL. — LES", "ancre_fin": "perdue d’avance, irrémé­ diablement. M. S.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRO NIQ U E A R T IS T IQ U E .    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Picard édite des\nthéories qui ne sont point les nôtres.\n    “ L ’art, dit-il, s’affirme comme social au même titre que les\nautres lois générales qui enveloppent et guident le mouvement\nhumain. „ L ’art est un fluide qui pénètre au tréfond des mollé­\ncules du corps social. L ’art est une force, il faut la faire agir.\n    B y a dans cette doctrine un côté alléchant et d’autant dange­\nreux : faire de l ’art l’un des grands moteurs de l’humanité, l’essieu\nde la grande roue, le volant de la machine, etc., etc. Cela semble\n de prime abord un but élevé; on se gobe, on s’exalte, pour un\nrien on se croirait une mission, à savoir : la philanthropie litté­\nraire.\n    Mais il faut quitter ce ciel de dévoûment et renoncer à l’art\n humanitaire ou, si cette expression déplaît à M. Picard, à l’art\n ayant comme BUT d’influencer l’histoire et d’agir sur les peuples.\n    Les grandes règles esthétiques sont communes à tous les arts;\nl’art est un Janus d’une éternité divine et nous ne pouvons conce­\n voir qu’on applique à l’une de ses manifestations, — à l’une de\n ses faces — des règles qui ne sauraient convenir aux autres.\n Pourquoi donc M. Picard impose-t-il à la littérature cette obli­\ngation : agir sur le monde contemporain? E t, notez-le, cette\n action ne doit pas nécessairement être inconsciente, mais il faut\n que l ’artiste poursuive un but déterminé, qu’il fasse de l’art\n social! Les conceptions matérialisées dans les lettres, dans la\n couleur ou dans le marbre, y arrivent aisément. Mais pour la\n musique, est-ce possible? E t alors cette contradiction ne viendrait-\n elle pas de ceci que les mots, les lignes et les nuances peuvent\n s’astreindre à ramper sur le défini et le tangible, tandis que la\n musique, art immatériel, poursuit une chimère évanouie aux\n cieux; la musique, traductrice éthérée de l’indéfinissable !\n    M. Picard aime la santé ; faut-il traduire par : le solide, le\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": " 144\n\n robustement bâti, aux arêtes tranchées nettement, avec un au\n delà, si c’est indispensable ? — car l’au delà resplendit dans les\n brumes de l’intangible. Non, M. Picard a le goût trop sûr et,\n nous aimons à le croire, les conséquences logiques de sa théorie\n ont entraîné beaucoup plus loin qu’il ne le pense, ce dilettante\n raffiné.\n    Pour créer des œuvres dont se souviennent les peuples, semble\n affirmer M. Picard, l’art doit être social. E t, pour appuyer ses dires,\n il nous cite une liste de noms fameux. Nous ne serions pas em­\n pêchés de lui en citer une autre, tout aussi im portante : Horace,\n Ronsard, L a Fontaine, Musset — si démodé soit-il auprès de\n mainte école — Victor Hugo dans ses plus belles œuvres (les\n Burgraves, par exemple) et Gautier et Flaubert ! et le Byron de\n Childe Havold et le Goethe de Werther, le Poe des Histoires\n extraordinaires et le Baudelaire des Fleurs du M a l, et Tour ­\nguéneff avec les Etranges histoires, et Longfellow avec Evan ­\ngeline, et Leconte de Lisle, et.... et le Roman de la Rose, tan t\n poétique ! et le Roman du Renard, de finesse incisive, vivent-ils\n par leurs allusions politiques ou par ce parfum léger, cette suavité\n d ’art pur qui s’en dégagent ?\n    Est-ce la satire que nous admirons en Rabelais ? ou n’est-ce pas\nplutôt la bataille des consonnances grasses, l’ampleur d’une vie\nluxuriante et la fournaise intense des soleils de joie qui roulent\nà travers l’œuvre dans une exubérance superbe? L a Fontaine que\nje citais tantôt, l’admirons-nous pour les morales de ses fables\nou pour la grâce raffinée qui en détache soyeusement les\ncontours ?\n    De cet examen en partie double, on conclura tout au moins\nque, si l’art peut être social, il ne doit point viser à le devenir. E t\ncependant, ceci est encore trop peu : à notre avis, l’artiste doit\npoursuivre un seul idéal, le beau. L a déesse beauté, dont les\nchœurs séraphiques épandent fluidiquement leurs échos jusqu’aux\nsens des poètes, la déesse beauté veut un culte épuré : l’or dont on\nlui fait offrande ne doit point être sali d’alliage.\n    Gardons, en notre cœur, cet unique désir : réaliser, figer dans\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "la matière, harmonier sur la toile ou sculpter dans les lettres\ncette image ondoyante, reflet de l’infini, qui brille d’une phos­\nphorescence en notre pensée ; l’artiste se diminue, il déchoit\ninconsciemment, s’il mêle à son amour du beau des désirs\nétrangers. Que resplendisse en une gloire, dans nos œuvres, le\nreflet de la hautaine déesse, et nous aurons assez fait.\n    L ’art est un grand soleil qui brûle en l’infini ; l’artiste est la\nlentille irisée qui collige les purs rayons de la lumière, et les\nrassemble sur un point de la matière en leur prêtant sa couleur.\nLe point de feu, c’est l’œuvre d’art. E t qu’il ne procède que du\nsoleil; la clarté pâle des lunes éloignées n ’a que faire au foyer\n d’iris de la lentille.\n                                 * *\n    Que des œuvres, malgré leurs tendances sociales, aient pu rester\ngrandioses, c’est incontestable. Mais qu’elles aient gagné ou\nn ’aient point perdu à cette fantaisie, c’est plus discutable. Qu’en\npensent les lecteurs de Léon Cladel ?\n    Tous les artistes n ’ont pas la force de rester artistes en se\nplongeant dans le remous furieux des hommes et des choses qui,\nsous eux, brament et s’agitent. A chercher l’art social, on n ’est\npas sûr d’écrire l’Amiral,— une œuvre,— mais on risque de tomber\n aux romans de Mme Cottin et autres Motteville.\n    Le to rt le plus funeste de la théorie de M. Picard, c’est de\nplacer l’art au second plan. E t en effet, n’est-ce point diminuer la\ngrandeur de ce rêve subtil, qu’en faire au lieu d’un but hautain,\n un simple moyen seulement? C’est en outre glisser, sans le savoir,\nà des préjugés déplorables, car c’est se disposer à nier ou à juger\n trop légèrement toute école contraire à l’utilitarisme. Avec ces\n idées, M. Picard est fatalement amené à n’admettre qu’un seul\n art, l’art des grosses besognes et des grosses émotions : c’est-à-\n dire le naturalism e et Emile Zola.\n    Emile Zola ? mais il repousse l’art social ! voyez Mes Haines,\n lisez son épître à Proudhon. Si Zola est “ utile „ c’est par hasard,\n sans qu’il fasse de cette “ utilité „ le but de ses œuvres.\n    Nous parlions des sympathies que le naturalisme devait offrir\n                                                              10\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "146\n\nau x protagonistes de l’art social. En effet, les œuvres qui sont de\nrobustesse sanguine, parce qu’elles peignent le Peuple, les œuvres\noù parle la chair et où crie le sang, les œuvres de vie écrasante\n — j ’allais dire impudente — et les pesants coups d’épaule dont\n craque chacun des livres de l’école zoliste, sont des facteurs\nautrement puissants que les poètes dont les chants solitaires\ns’élèvent avec sublimité vers les cieux. Ces poètes, leurs dédains\nplanent au-dessus des foules ; ils ont l’œil perdu dans le vague\ndes espaces et leur vouloir matérialise la fuite ondoyante d’une\nvision. Mais où est la “ manière de s’en servir ? „\n   Le naturalisme, lui, est utile avant tout, dit-on ; il est beau,\nquelquefois ; il est superbe lorsque le m aître Zola ou Guy de Mau ­\npassant taille à coups de hache un roman dans la bourgeoisie,\nou peint à petites touches les êtres de Normandie.\n   L ’art des poètes comme Leconte de Lisle, c’est beau; “ utile „\nrarement. Alors que choisit un fervent de l’art social ?\n   E h bien M. Picard rompt ici avec sa doctrine; il montre pour\n“ les mosaïques de l’art qui sert de distraction,,, autant d’admi­\nration que pour les coups de reins et les boxes furieuses des\nsolides gladiateurs des lettres bon humanitaires. E t cela, pourquoi?\nParce qu’il est artiste.\n\n   Poussé trop loin peut-être par l’apparente logique de ses doc­\ntrines, M. Picard entreprend une verte critique des symbolistes.\nAdoré Floupette, le très spirituel pasticheur, est un peu son idole.\nE t sans doute le souvenir des irrésistibles sourires provoqués par\nles “ ténias,, affaiblit pour M. Picard la grâce des œuvres nouvelles.\n   Retrouvons-nous bien ici l’éclectisme bienveillant auquel nous\navait habitués l’auteur de Pro arte ? Je ne le pense pas.\n   M. Picard fait une analyse minutieuse des artistes de l’école\nmoderne et leur inflige les noms de verbolâtres, décadents, inco­\nhérents. Les noms sont peu de chose. Qu’on les appelle verbo­\nlâtres ou déliquescents, au lieu de symbolistes, qu’on désigne par\nce mot : incohérence, leur haine des banales formules et leur\nsouci d’une forme nouvelle, peu importe. Qu’ils soient verbolâtres\ncomme Tacite, incohérents comme Edgard Poe.\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "                                                                147\n\n   Décadents ? Les véritables décadents, ceux qui décadent “ par\nprincipe „, n’ont point nos sympathies. L a décomposition cada­\nvérique du verbe serait une maladie littéraire si elle devenait une\nrègle. Mais point du tout. On cherche des routes nouvelles ; par­\nfois on s’égare dans des impasses, il est vrai, mais vite on s’en ­\nquiert ailleurs et l’on marche sûrement vers le but qui brille\ncomme un phare en les ténèbres mortes. Ce but, on le devine :\nc’est le symbole. Ce but, Verlaine, Mallarmé, d’autres vont\nl’atteindre. E t, bien qu’il admire parfois Verlaine et Mallarmé,\nM. Picard je tte l’incrédulité de sa moquerie sur quelques-uns de\nleurs poèmes qui, pour nous, sont des chefs-d’œuvre. Malades,\nfous, dit-il. E h non ! Ils ne sont pas des somnambules marchant à\nl’aveuglette, et l’ont prouvé, semble-t-il.\n    Oui, ce qui nous blesse et ce qui nous étonne, c’est le bizarre\nscepticisme et les flèches de rires que M. Picard décoche aux\nsymbolistes. M. Picard admet le symbole chez Rabelais, chez\nMolière, chez Goethe, chez Victor Hugo. Il l’admet chez Wagner.\nPourquoi donc esquisse-t-il une moue incrédule devant les mo­\n dernes sym bolistes? Voilà, le symbole n ’est plus le même! et,\n délaissant ses précédentes déclarations, M. Picard paraît ne plus\n se souvenir de la marche des temps. Il y a deux siècles, Tartufe\n était un symbole hardi. M aintenant il est presque mythologique.\nL ’évolution s’est faite, et, du symbolisme générique du X V IIe\n siècle au symbolisme ésotérique des modernes, il y a certes progrès\n dans la subtilité.\n    M. Picard semble ne comprendre le symbolisme que comme\n une devinette : il cherche à le confondre avec les logogriphes\n C’est aussi- qu’il le voit à travers les claudicantes parodies du\n héros adoré Floupette, et que, trompé par la fine raillerie de ce\n spirituel malfaiteur, il ne se rend pas compte de ceci : le sym­\n bolisme de Richard W agner — qu’il admire — est le même que\n le symbolisme ésotérique qu’il repousse. Il ne s’agit plus ici des\n ténias-vers-rongeurs-et-femme-nécessaire. Il s’agit d’un a rt de\n force vivace, et d’un art très sain, bien qu’il ait ses racines dans\n la maladie morale du vieux monde. M. Picard l’admet, ce qu’on\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "148\n\n est convenu d’appeler les classes dirigeantes est en décadence.\n L ’aristocratie des esprits s’affine mais s’énerve; à elle, l’art qui la\n désigne et l’incarne. Au-dessous, le peuple robuste, d’une santé\n brutale que mélancolise son malheur; à lui le naturalisme, Zola\n et Germinal. E ntre les deux extrémités du corps social, la “ classe\n moyenne       un tampon, qui s’abêtit, s’amincit, va disparaître.\n E h bien, que le naturalisme soit; il a produit des œuvres. Seulement\n qu’il soit la photographie du peuple, rien que du peuple, en dépit\n des artistes qui naturalisent sur des abbé Mouret. Mais qu’aussi\n le symbole subsiste, et que son mystère inquiète les intelligences\n éclairées,image de leur trouble et de leur insécurité.E t si les rudes\nvandales balayent les raffinés patriciens qu’au moins, pour les\nsiècles suivants, restent les vestiges d’un a rt fluidique, vivante\nreproduction des générations épuisées.\n   Qu’est-ce que l’art ? L ’histoire universelle des émotions et des\nfantaisies. Or, les émotions des délicats sont-elles les émotions\ndes rustres ? Donc...\n    M. Picard admet sans doute Villiers de l’Isle Adam. Il se\npassionne pour Bichard Wagner. Est-ce que Vox Populi des\n Contes cruels, l’or du Bhin, Freya, de la tétralogie, est-ce que\nK undry, Lohengrin, T ristan , Tannhaüser sont d’une autre\nespèce que les symboles “ déliquescents? „\n    Tout récemment encore, M. Picard s’étonnait dans L ’A rt\nmodems, ébauchait un sourire de perplexité en analysant le\nCrédo des symbolistes enfanté par Jean Moréas. Ce symbole\nl’inquiète, il est le chat de ce Baudelaire, et M. Picard se demande:\n“ Pourquoi symbole ? Que fait le symbolisme en cette galère?„ Pour\nM. Picard,cette question n ’a que la valeur d’une ironie; il connaît\nmieux que nous la théorie du symbole et s’il nous convient de\ndiscuter ses principes — pour notre plaisir propre, — il nous\nmessiérait de vouloir lui enseigner les mystères de l’art. Nous ne\nnous donnerons point ce ridicule.\n   Mais, pour les profanes, voici : L ’œuvre est forme, elle est\nessence. L a forme s’embrasse d’un coup d’œil ; l’essence se devine\npar intuition, et sa subtilité n’est point définie. Prenons un exem-\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "                                                                   149\n\n pie. Là-haut, dans le gris plombé du ciel, roulent des nuages\n  orageux; ils se creusent, se tordent, se gonflent, se condensent.\n Leurs diverses apparences extérieures, voilà la forme. Mais qu’ils\n s’approchent de la terre, qu’un arbre les sollicite, qu’une pointe\n les perfore et les pénètre, un éclair jaillit, un rais de lumière\n resplendit, et c’est la foudre, image de leur essence.\n    Dans l’œuvre, la forme (prise en ce sens) est l’action, le sujet\n du roman, la succession des tableaux, la liaison des strophes et\n des idées. Le symbole en est l’essence, c’est l’intime et- vague\n rêverie de l’artiste, l’idée indéfinie qui gît au tréfond du livre, la\n conception qu’il semble avoir réduite en fluide pour la répandre\n sur l’œuvre entière, d’où elle émane ensuite comme un parfum\n subtil.\n    Faire du symbolisme une école dogmatique — c’est-à-dire un\n embryon d’académie — et du symbole une règle dont on ne\n peut s’affranchir ? Que le bon sens nous en préserve ! Mais il\n n’en reste pas moins — me le disait un de nos amis — que tout\n art éternel tient en lui un symbole, cygne aimé qui, à travers les\nflots de lumière,,traîne l’œuvre par le lac infini des siècles.\n   E t c’est pour cela qu’il nous faut accueillir les symbolistes,\nnon point comme une école dirigeante et pontifiante, non pas avec\nl’exclusivisme des entêtés, mais avec les paroles de bienvenue et\nles hurrah d’allégresse que vaut un groupe de sincères et délicats\nartistes qui nous apportent du Neuf.\n                                           Albert    MOCKEL.\n\n\n\n     Z o'H ar, roman contemporain par CATULLE M e n d ÈS.\n            Paris. J. Charpentier et Cie, éditeurs, 1886.\n\n  “   Z o ’H a r , nommé de la Ville, ou qui la nommas, prince de\nBaal roi d’Iavhé, tu ris ! „ disait la voix de Naim , roi de Zo’H ar,\nla ville maudite où s’étalent, en leur ignominie, d’incestueuses\namours.\n   E t d’entendre ces mots dans la bouche d’un acteur, Léopold de\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "150\n\nla Roquebrussane, — fils d’une autrichienne violée par le général\nmarquis de la Roquebrussane, son père, — “ frémissait, pantelait,\néperdu, avec de brusques sautées de sang à la pâleur de sa face. „\nMordu au cœur par mie passion infâme, il épouse Stéphana, sa\nsœur, l ’emporte en Norwège et meurt peu après, tenaillé par ses\nremords.\n    Cy le thème — pas neuf — d’un roman dont bien des pages\ns’écartent d u “ faire „ de l’illustre écrivain; mais profond toujours\ns’y retrouve son talent d’observateur et harmonieux y coule son\nstyle, pareil à une musique dont le rythm e berceur se perçoit\nvaguement, dans le très loin.\n   Ecoutez plutôt : Pour échapper à l’obsession de son amour,\nLéopold “ voyageait hors de France, ici, là, de ville en ville, sans\nbut, descendant à la dernière station des trains ou lorsque d’autres\nvoyageurs descendaient en grand nombre, repartant quand le\nhasard d’un omnibus dans la cour de l’hôtel l’avertissait de se\nrem ettre en route. Ecoutait-il qui lui parlait ? Apercevait-il qui\nil regardait ? oui. sans doute, grâce à cette faculté de dédouble­\n ment de soi-même, commune aux artistes créateurs et à certains\ndésespérés ; ils se mêlent aux vivants et aux choses, observent,\nrépondent, interrogent même, s’intéressent; mais rien de l’exté­\nriorité ne pénètre au fond d’eux-mêmes, rien de leur être ne va vers\n elle ; leur pensée, ou leur angoisse, s’isole imperturbablement. „\n    E t les criailleries, les invectives, les épithètes malsonnantes de\npleuvoir dru à l ’apparition de Zo’Har.\n    Catulle Mendès ? classé par la postérité au rang des pornocrates\nillustres. Le livre? immoral, clame l'A r t moderne.\n    “ J ’ai, tout au contraire, la conviction d’avoir écrit un livre\n sévère et triste. Mauvais, peut-être, mais non pas libertin, „ répond\n l’auteur. “ J ’ai voulu Stéphana formidable, en une sorte de bes­\n tialité sinistre et grandiose; quant à Léopold, c’est le plus misé­\n rable des torturés, et je souhaite sa vertu à ses plus austères\n détracteurs. „\n    Que la plupart des œuvres de Catulle Mendès aient été écrites\n pour plaire au public habitué à lire seuls les livres où la polisson­\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "                                                                    151\n\nnerie est poussée jusqu’aux dernières limites du raffinement, sans\ndoute; mais combien d’autres sont délicates et dégagent des\neffluves d’une infinie douceur.\n   E t à l’appui de son dire, l’A r t moderne imprime cet argument....\nrenversant : Une directrice de cabinet de lecture nous disait der­\nnièrement : “ Dès qu’une jeune fille a demandé du Mendès, elle\nne veut plus autre chose et au bout de trois mois, la plus fraîche\ndevient décharnée comme une phthisique. „\n   Comme si une jeune fille qui comprend et les Boudoirs de verre\net les Folies amoureuses, etc., n’est pas perdue d’avance, irrémé­\ndiablement.                                                 M. S.\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 153, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F.", "ancre_debut": "CHRO NIQ U E A R T IS T IQ U E .    L ’E x p o s itio n d e M a îtr e s", "ancre_fin": "aimer, — mais on n’oserait. F.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRO NIQU E MUSICALE.                                               Bruxelles, 6 octobre.      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Nul\n peintre n ’est pour moi l’objet d’autant de culte à la fois et de\n haine que Rubens; culte forcé pour cette chair vivante et san­\n guine, haine pour ce tumulte de metteur en scène, cette violence\n  de Flamand, ce ru t qui se vautre dans l’œuvre entier du maître\n  et dont pourtant, contradiction bizarre et expliquée peut-être par\n notre juvénile amour de l’excès, j ’adore les fougues plus rouges\n encore dans les œuvres charnelles de Jordaens.\n     Rubens est grand, v an Dyck est adorable, mais qu’en puis-je,\n aucun des maîtres flamands ne satisfait mon rêve. On se porte\n trop bien là dedans. C’est trop vivant et pas assez humain. Il y a\n plus d’âme dans Rem brandt et c’est d’un bien autre christianisme :\n les Flamands sont bouffis de l’orgueil catholique, ici c’est la\n religion des humbles, un peu de ciel éclairant par miracle les\n ténèbres humaines et les têtes se pressent sous ce coup de lumière,\n vulgaires et souffrantes, mais avec quelle prière sur la face !\n Voyez ce St-Pierre en prison levant son visage de pauvre vieux\nju if tout r avi d’extase, voyez à côté ce portrait; on resterait un\njour à les contempler.\n    Je note un Frans H als admirable à rapprocher de celui du\n Musée Royal, quelques Ruysdael dont un d’une conservation\n entière, quelques Teniers, un Breughel (scène de rue d’étrange\nréalisme) et de je ne sais qui deux esquisses, sorte de sépias à\nl’huile, des scènes de gueuserie suprêmement hantantes et épiques.\n    J ’ai beaucoup admiré une adoration des mages de Gérard Dow,\nj ’ai adoré comme les mages du tableau. Il y a là une centaine de\npersonnages, les plus rapprochés de l’enfant Jésus ont l’honneur\nde recevoir en pleine face un des plus beaux coups de lumière à\nla Rem brandt que je connaisse.\n    E t maintenant, lecteur, si tu veux, chantons un Magnificat ;\n“ c’estait veupres, „ dit-on en Wallonie, le soir tombe, à peine\nassez de jo u r pour contempler la perle du salon, un F ra Angelico,\nune vierge entourée d’anges adorants, qu’on ne devrait voir\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 590, "texte": "                                                                    153\n\nqu’après deux jours de jeûne, sûr ainsi de succomber en extase et\ntransports mystiques. Jam ais plus suaves visages de vierge, de\nbambino et d’angelets ne furent vus en des rêves d’ascète. Sainte\nMarie est si immatériellement belle, et si vierge dans sa mater­\nnité, qu’on se sent monter aux lèvres des velléités de litanies et\nd’avé plus sincères qu’au temps de l’enfance.\n   C’est bien là l’oreiller recherché par Baudelaire, où l’on peut\naimer, — mais on n’oserait.                              F.\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 160, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHRO NIQU E MUSICALE.                                               Bruxelles, 6 octobre.      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Evidemment il est inutile de compter, pour\nla musique, sur aucune autre scène que celle de notre opéra ;\n ajoutez-y les concerts populaires, ceux du Conservatoire, tous les\néléments d’organisation de nos solennités musicales vous sont\nconnus.\n   Ces concerts n ’ont pas encore appelé le public à juger leurs\ntravaux; de la Monnaie il y a peu de chose à dire; elle n ’est\nguère sortie du terre à terre habituel; toutes les rengaines du\nrépertoire défilent à la rampe, se payant le luxe d’évincer quelques\nténors ou barytons.\n   L a meilleure de ces reprises est celle des “ Huguenots„, qui,\nmalgré ses énormes défauts ( sur lesquels il faut bien passer à\nmoins de proscrire toutes les partitions produites pendant une\nlongue série d’années) est une œuvre durable.\n   Meyerbeer est en faveur, au reste, pendant cette période des\nescarmouches ; on a bistré une pauvre chanteuse que cela ennuie\nfort et un baryton qui n ’en peut rien, à l’effet de réexbiber l'A fr i­\ncaine ou la Négresse savante, le chef-d’œuvre de Mosieu Scribe, au\ntitre duquel les affiches du temps devaient, ce me semble, ajouter\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "154\n\ncette mention pour allécher les badauds : N.-B. L ’honorable\npublic de cette localité est prévenu qu’au deuxième acte, Made­\nmoiselle Selika, native de Madagascar, donnera une leçon de\ngéographie à M. Vasco de Gama (célèbre navigateur portugais\ndu XV° siècle).\n   L a Monnaie a aussi voulu accomplir ce tour de force d’exécuter\nla Traviata. Tentative audacieuse!... suivie d’un juste châtiment\nd’insuccès, car, malgré la bonne volonté de l’orchestre et la per­\nfection de son jeu, force nous est de reconnaître que les orgues\nde barbarie “jouent,, la Traviata beaucoup mieux. Il est ainsi\ndes partitions dont la bonne interprétation exige qu’elles soient\nmoulues; la Traviata est parmi elles, avec son frère, le Trouvère,\nmiserere !....\n   Pour en revenir au Théâtre de la Monnaie, on y a dernièrement\nrepris, la direction voulant satisfaire les demandeurs de nou­\nveautés, Robert le Diable (ou la revanche de B ertram sur Robert\ndit Macaire) pièce morale à grand spectacle, dédiée aux fils de\nfamille adonnés à la triste passion du jeu. Œuvre de M. Scribe....\n   Ajoutons à cette liste, Zampa, dont le père procréa simultané­\nment ce célèbre chef de brigands et un fils qui devint préfet de\npolice. Quel dommage que ce dernier n’ait pas fait couper la tête à\nson scélérat de frère! E t, toujours pour faire connaître au public\nbruxellois ce jeune compositeur d’avenir nommé Meyerbeer, le\nProphète n ’attend pour apparaître à la scène que le rétablisse­\nment du ténor Sylva. Enfin, les perruques des stalles étant satis­\nfaites, M. Dupont trouvera, nous l’espérons, le temps venu de\nsatisfaire à son bon goût et à celui de notre ardente et nombreuse\njeunesse artistique : La Walkyrie, depuis si longtemps promise,\nviendra, par ses puissantes harmonies, faire éclater les enthou­\nsiasmes et balayer du répertoire les fadaises que l’abonnement\nimpose aux directeurs.\n   Avec impatience nous attendons aussi la décision qui sera prise\nau sujet d’une œuvre inédite. L a direction hésite entre les Guelfes\nde B. Godard, l’Apollinide de F.-R. Servais, Richilde de E. Ma­\nthieu. Toutes les probabilités pourtant sont pour l’acceptation\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "                                                               155\n\nde cette dernière œuvre ; l'Apollinide serait remise à la saison\nprochaine.\n   On reprendra bientôt Hérodiade qu’il sera intéressant de réen­\ntendre, l’esprit non abasourdi par la tapageuse réclame de la\npremière. Lackmé, de Léo Delibes, sera l ’œuvre de résistance de\nla troupe d’opéra-comique.\n   Donc nous pouvons nous attendre à une année marquante, car\nla troupe est de tout premier ordre ; citons MM. Sylva, Cossira,\nEngel, Séguin, l’excellent Hans Sachs des Maîtres chanteurs\n(dont on redemande la reprise) ; Mmes Litvine, \"Wolf, Legault,\nVuillaume et tu tti quanti.\n   Cy je termine, et avec des milliers d’autres, j ’attends la Wal­\nkyrie pour l’applaudir, pour apothéoser par nos acclamations\ncette œuvre supra-humaine.\n                                       LUDWIG GHELDRE.\n\n\n\n              P E T I T E CHRONIQUE.\n   Encore les vacances! Comme un oiseau de proie, sinistre, plane\nsur la Wallonie une épidémie de berlue-morbus. Car, cette fois,\nplus de typos en jeu, mais la berlue au nom macabre.\n   C’est elle qui changeait la en fa, elle qui muselait les bœufs,\nja deux mois. C’est elle qui, dans notre précédent numéro, nous a\nfait placer à Gand le ju ry du concours de Rome.\n   Qui donc s’insurgeait contre les “ essais de pathologie litté­\nraire? „ Hélas, sur la Wallonie plane la berlue au nom sinistre.\n   Que Glain et Lierneux nous soient propices !\n\n\n   L ’incident Montald nous passionne médiocrement. Des paris\ns’engageaient : l’aurait-il, ne l’aurait-il pas ? — Il l’a.\n\n  M. Isaye se voit définitivement nommé professeur de violon\nau Conservatoire de Bruxelles. M. Isaye est un virtuose de grand\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "156\n\ntalent; la musique est parlante sous son archet, il sait plier les\nsons à des tressaillements émus.\n   Les opinions de M. Isaye, en musique, sont plus que modérées.\n   C’est un conservateur, sinon un réactionnaire, — nous dit-on ;\npuis il succède à des artistes d’une incontestable valeur : Léonard\net Vieuxtemps ne sont pas les premiers venus. Peut-être M. Tsaye\net ses idées ne conviennent-ils pas absolument à cette tâche ardue\nde guider vers les sommets de l’art de jeunes intelligences qu’il\nfaudrait pousser vers les routes nouvelles. Mais s’il n ’a pas le\ngénie et la science écrasante de Thomson, il a trop de talent, il a\ntrop la conscience de la grandeur de l’art pour ne point créer à\nBruxelles une génération saine d’élégants virtuoses et d’artistes\nau sens musical raffiné.\n\n\n   Encore une académie et une académie nationale. Elle gît à\nAnvers ; y sont nommés professeurs plusieurs futurs grands\nhommes tels que M. Yerlat. Mais deux artistes y sont entrés par\nmégarde : MM. Coosemans et Vinçotte. Il doit y avoir erreur.\n   Le gouvernement sait parfaitement qu’une académie, fût-elle\nnationale, n ’a pas besoin d’artistes ; nous espérons au moins que,\npour sauvegarder les saines traditions, on dénichera encore l’au­\nteur de quelque parapluie troué champignonnant sur deux\nfillettes, et qu’au géniteur d’aussi vastes conceptions écherra la\nplace qu’occupent indûment deux intrus, deux artistes.\n\n\n   E st morte la Revue de Demain que dirigeait un de nos amis :\n René d’Y . Elle est morte, la pauvre, tuée par l’indifférence de\nparti-pris que nourrit le public pour les tentatives des jeunes.\n  L a Revue de Demain portait haut et droit le drapeau littéraire\nde l’art pour l’art, et nos regrets l’accompagnent dans les régions\nd’outre-monde. Mais elle n’est point morte entièrement. Bientôt\nun nouveau recueil verra le jour, et le nom de son futur directeur\nRené d’Y, nous promet encore des assauts de lettres d’une belle\nintransigeance.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1984, "texte": "   Les derniers numéros du Progrès contiennent une étude magis­\ntrale de Camille Lemonnier sur le salon de Gand, des chroniques\nartistiques de Francis Nautet, I wan Gilhin, Georges Rodenbach.\n\n\n   Au Théâtre Wallon, — le Casino Grétry ainsi rebaptisé —\non a repris avec entrain ces bonnes soirées d’une si particulière\net franche saveur de terroir. Nous avons eu : li Galant del Siervante,\nune excellente, mais peu nouvelle, comédie de M. Delchef. Le\npremier acte est un petit chef-d’œuvre d’observation ; le second\nacte traîne un peu à la fin. Wèzin Wèzenne est une gentille opé­\nrette d’une simplicité naïve, avec un charme reposant. L a\nmusique : un arrangement d’airs populaires. Sont venus aussi un\nvaudeville de Dumoulin, J i vou j i n’pou et une comédie : les\nDeux Bechtâs. Puis les intermèdes de franc patois nous ont aussi\néjouis : les treus Galants da Gètrou (de M. Pirard) est une charge\nd’une bonne humeur entraînante avec de pleines poignées de cet\nesprit wallon, si gouailleur et bon-enfant, que connaissent, les\nvraies tiesses di hoïe.\n\n\n   Au Théâtre Royal a eu lieu une représentation extraordinaire :\nFaust, avec Mme F idès de Vries de l’opéra de Paris, M. Cossira\nde la Monnaie, M. Dauphin, basse de l’opéra-comique de Paris.\nMadame Fidès Devries est une chanteuse de premier ordre ; et,\ndans les passages de soyeuse finesse, surtout, se révèle comme une\nartiste passée maîtresse en l’art de dire. Mais elle avait à lutter\ncontre les souvenirs laissés en Belgique par Mme Caron dont elle\nn’a ni l’énergie ni l’ampleur tragique. M. Cossira est doué d’une\njolie voix de ténor, avec assez de grâce dans le timbre ; un peu\nbalourd et emprunté, seulement ; la distinction lui fait défaut,\nmais à Bruxelles il se hâtera de l’acquérir. C’est aussi la distinc­\ntion qui frappe par son absence chez M. Dauphin. Il a fait un\nMéphisto suffisant, mais sans la raillerie effrayante et l’intensité\nde Gresse. Une voix très étoffée, pourtant, et, somme toute, un\ntrès bon acteur.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "158\n\n   M. Claeys remplissait le rôle de Valentin. Nous avons retrouvé\ntoutes ses élégances, l’accent métallique et mordant de sa belle\nvoix pleine, et la suprême aisance de son jeu : un artiste de grande\nvaleur que nous sommes heureux de posséder encore. Madame\nV erellen fait un bon Siebel; mais sa voix, si souple dans les\nvocalises, n’a pas trouvé dans F aust l’occasion de produire ses\nmeilleurs effets. Les rôles de chanteuse légère sont du reste ceux\nqui lui conviennent le mieux. Enfin nous avons été tout heureux\nde retrouver Mme W alter qui donne un esprit pétillant au rôle\neffacé de dame Marthe.\n                    TABLEAU DE LA TROUPE.\n                          Administration.\n  MM. Verellen, directeur-administrateur ; Potel, inspecteur ;\nFlavigny, régisseur ; Christian, second régisseur.\n                             Orchestre.\n  MM. Cambon, premier chef d’orchestre; Frys, second chef d’or­\nchestre, premier d’opéra-comique ; Jardon, répétiteur des chœurs;\nGalopin, répétiteur de danses.\n            Grand-opéra, opéra-comique et traductions.\n   MM. V erhees, fort ténor grand-opéra, traductions (Rentrée);\nSamaty, 1er ténor léger (Laon et Verviers); Idrac, 2e ténor et\npremier au besoin (Bruxelles, Théâtre de la Monnaie) ; Desy,\n2e ténor et 3e au besoin (Rentrée) ; Flavigny, trial (Rentrée) ;\nCalmani, 3e ténor (Anvers); Claeys, baryton grand-opéra (Ren­\ntrée) ; Frandou, baryton opéra-comique (Genève, 1er prix au\nConservatoire de Paris) ; Guillabert, basse-noble grand-opéra\n(Anvers, trois ans) ; K innel, basse chantante opéra-comique (An­\nvers); Guidon, 2e basse (Nantes); W alter, laruette, basse-bouffe\n(Rentrée) ; Deprez, 3e basse.\n   Mmes E. Chasseriaux, falcon (Rentrée); Passama, contralto\n(Rentrée) ; Stephane, mezzo-soprano (Paris) ; Stella-Bolle, 1re\nchanteuse-lègère, opéra-comique (Bruxelles, Théâtre de la Mon­\nnaie); Verellen-Corva, 1re chanteuse-légère de grand-opéra et\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "                                                                        159\n\ntraduction, soprano dramatique (Rentrée); B. Duthreuil, chan­\nteuse-légère en double (Toulouse) ; Flavigny-Thomas, dugazon\nGalli-Marié (Rentrée); Dumesil, 2e dugazon et 1re au besoin\n(Débuts) ; W alter, duègne (Rentrée).\n   22 choristes hommes, 20 choristes dames.\n   Orchestre, 50 musiciens.\n                          Corps de ballet.\n   Mlles Laura Reuters, maîtresse de ballet (Rentrée) ; Laura\nReuters, première danseuse noble; Hélène Reuters, première\ntravestie ; Elisa Reuters, première danseuse demi-caractère.\n                         Danseuses coryphées.\n  Mlles Castileda, Pelligrini, Judith, Rimmer, F renet, Ferrari,\nBelfini, Bergy.\n                         Pièces nouvelles.\n   HÉRODIADE, grand-opéra, de Massenet, sous la direction de\nl’auteur; Ch e v a l ie r J e a n , grand-opéra, de V. Joncières ; J o ë l ,\ngrand-opéra, de Gilbert des Roches ; N a d ia , opéra-comique, de\nCh. Bordier ; L e S a c r ip a n t , opéra-comique, de Duprato.\n   Tout cela, c’est bien comme musiquette de passe-temps. Mais\nquand aurons-nous de vraie musique, de la musique allemande,\n de savantes harmonies ? Nous le savons, M. Verellen se trouve à\nla tète d’un théâtre non subsidié. Il lui faut donc compter avec\nle public jusqu’à ce que s’amollisse la harpagonnerie du Conseil\ncommunal. Mais ne croit-il pas qu’un bel opéra allemand satis­\nferait bien des réclameurs? Euryanthe de \"Wéber n’est pas si\ncompliqué, et, laissant même de côté dans cette question de\nménage la sublimité des harmonies wéberiennes, n ’a-t on pas vu\nà Bruxelles le succès d’Obéron ? M. Verellen est animé d’excel­\nlentes intentions; mais peut-être se trompe-t-il sur les légitimes\naspirations du public liégeois. Qu’il fasse ce que bon lui semble :\nses affaires ne sont point les nôtres. Mais nous avons tenu à lui\nindiquer les routes qui, à notre sens, devaient conduire notre\nscène au succès et le public liégeois à de pures et affinées sensa­\ntions d’art.\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "IGO\n\n      Théâtre du Pavillon Flore. — Tableau de la troupe :\n                        Administration.\n  MM. Gribouval, régisseur-général; Ernest, secrétaire de la\nDirection ; Jos. Meurice, 1er chef d’orchestre ; Dressen, 2e chef\nd’orch estre, répétiteur.\n                     Opérettes, Opéras-Comiques.\n   MM. Morini, ténor ; Victor, 1er comique, laruette ; Ancelin,\ntrial ; Mignon, comique grime, laruette ; Ludovic, second t r i a l ,\nVillars, 1re basse-bouffe ; Thys, 2e basse-bouffe; Servais, V a il­\nlant, Laverny, coryphées ; Mmes Lesœur, Marcus, chanteuses\nd’opérettes ; Lucy Storm, seconde chanteuse, dugazon ; Lefebvre,\nmère dugazon ; Belini, Briani, Ludovic, jeunes chanteuses ; Noris,\nBresset, Mignon, 2des dugazons ; Thys, Denis, Alice Henry,\ncoryphées.\n                  Drames, Comédies, Vaudevilles.\n  MM. Gangloff, 1er rôle ; Daubrun, jeune 1er rôle, jeune premier;\nFavreux, 1er rôle marqué, père noble ; Bresset, 1er amoureux,\namoureux comique ; Villars, 3e rôle ; Thys, rôles de genre, des 3e\nrôle; Victor, 1er comique en tous genres; Ancelin, jeune 1er\ncomique ; Mignon, comique marqué, des 1ers comiques ; Ludovic,\nsecond comique; Servais, rôles de genre ; Vaillant, Tack, Laverny,\nGalhausen, Stynen, utilités.\n  Mmes Georgette Vioron, 1er rôle ; Steyaert, jeune 1er rôle, jeune\npremière ; F. dA thys, Ire ingénuité, jeune première ; Lucy\nStorm, 1re soubrette, coquette ; Lefebvre, 1re duègne ; Belini, 2e\nsoubrette, des coquettes ; Victor, seconde duègne ; Briani, seconde\ningénuité ; Denis, amoureuse ; Ludovic, Noris, Mignon, Bresset,\nsoubrettes ; Thys, Alice Henry, Beaux, Tack, utilités.\n  Chœurs hommes : 12. — Chœurs dames : 12. — Orchestre : 25\nmusiciens.\n\n  Pour paraître bientôt : H. Malot : Zyp. — Fabre : Mme Fuster.\n—M. Uchard : Joconde Berthier. — E. Renan : L ’abbesse de Jouarre,\ndrame philosophique. — A. Daudet : L ’immortelle. — L. Tolstoï :\nDeux générations. — Ch. Buet : Aubanon cinq-liards.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-10-15-n5-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’A R T MODERNE Revue critique des Arts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 196, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "L ’A R T         MODERNE\n\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                  Paraissant le Dimanche\n\n             Abonnement : 10 francs par an\n\n    Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n\n                              LA\n\n\n\n   JEUNE BELGIQUE\nParaissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n           P r ix d’abonnement 7 francs\n\n\n   Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n\n  LA               PLEIADE\n       BEVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n\n                A b o n n e m e n t 12 f r a n c s\n\n    Administration     : 99,     rue    Richelieu , Paris\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "                L ’H Y G I E N E\nen cette saison est d’être convenablement couvert, ni\ntrop ni trop peu, afin que le corps soit toujours dans\nune tem pérature normale, ce qui est le plus sûr\nmoyen de bien se porter; la maison\n\n\n  F. THIÉRY & Cie\nmet actuellement en vente une série de jolis P a r -\nd essu s      d em i-sa iso n     pour   hommes,    et\nh o u p p e la n d e s de dames dont toutes les p e r­\nsonnes soucieuses de leur santé voudront posséder un\nexemplaire.\n\n  Les belles nouveautés pour costumes demi-saison et\nhiver s’amoncellent déjà dans cet important établisse­\nm ent; le s plus difficiles sont sûrs de trouver leur\nchoix parmi les mille dessins reçus. Quant au fini des\nobjets et la modicité des prix, nous n ’en parlerons\npas, pour la belle confection à prix avantageux on\ns’adresse toujours\n              AUX GRANDS MAGASINS DU\n\n\n\nP O N T-D E S-A R C H E S\n                     L IÈ G E\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 162, "texte": "l re Année. — N° 5.                                  L a liv r a is o n 5 0 c e n tim e s\n\n\n\n\n     LA\n      WALLONIE\n                                                                  15 Octobre 1886\n\n\n\n\n                                       aldenpros. SOMMAIRE :\n                                                B\n\n         G. GIRRAN .             .\n                                                      Guitare.\n         A. M a c é d o n s k i\n                                                      Hystérie.\n         A. V IE R S E T .        .\n\n         A. H e n r o t a y       .     .    .   .    Claire.\n         A. M o c k e l et M. S. .               .    Chronique littéraire.\n         F ........................\n         L . Gheldre              .     .     . .     Chronique musicale.\n\n                                            Petite chronique.\n\n\n\n\n                                      Des p re sse s de H . V aillant-C arm aiine, à Liège.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "  1re ANNÉE, No 5.\n\n\n                 LA W ALLONIE\n REVUE M E N SU E L L E DE L IT T É R A T U R E E T D’ART\n     A b o n n e m e n t : 5 fr. p a r an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n                         C o m ité d e R é d a c t i o n\nA lb ert M o c k e l,     G ustave R a h l e n b e c k , M aurice S i v i l l e .\n\n                   Bureaux : rue St-A dalbert, 8, L iége.\n\n\n\n                         Principaux collaborateurs :\n\nG. A n d e l b r o u CK, E ritz de L’A u LNAIE, Je an D’AVRIL, H ector\n  C h a in a y e , Célestin D e m b l o n , Ju le s D e s t r é e , F ritz E l l ,\n  R. E l l u m , Je a n F o n t a in e , M aurice F r is o n , G. G ir r a n ,\n  A rnold G o f f i n , Aug. J o t t r a n d , Camille LEMONNIER, W .-A.\n  M ace d o n s k i , Alex.-A. M ace d o n s k i , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G .M a s s e t , Octave M a u s , A. M o c k e l ,\n  X. N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges PICARD, P etru s P IRUS,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se v e r in , M aurice Si v i l l e , Aug. V i e r s e t .\n\n\n   LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\njeunesse littéraire de nos provinces w allonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de ses colonnes et reste indépendante de toute école et de toute\ncoterie.\n   LA WALLONIE parait le quinze de chaque mois, en livraisons d’au moins 32\npages.\n   P araîtront dans le cours de l’année plusieurs dessins hors texte, sur\nHollande, se rapportant à des articles publiés dans la Revue.\n\n\n                                      AV I S .\n\n    L’abonnem ent ju squ'à la fin de l’année ( 10 janvier -1887) reste fixé à 3 francs.\n    Nous tenons à la disposition des personnes qui nous en feront la dem ande les\nexem plaires 1, 2 et 4 de l'Élan Littéraire, au prix de 50 centimes l’exemplaire,\nainsi que la collection de la prem ière année de l'Élan Littéraire (sauf les nos 1\ne t 2) au prix de o francs.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                                                   129\n\n\n               B A L L A D E EN P R O S E .\n\n     Sur les deux bords du chemin montueux et grisâtre, sous la\n      poussière fine qui dansait dans le soleil, nous allions ensemble,\n      très timides, nous observant parfois d’un regard furtif de\ncôté. J e voyais ta taille svelte onduler souplement à chacun de tes\npas, dans un bercement doux — et toi, sous ton large chapeau de\npaille, tu regardais s’effiler ma moustache blonde.\n                                     *\n                                * *\n   Tu regardais sous ton large chapeau de paille s’effiler ma\nmoustache blonde et j ’en étais très fier — si fier que je te fis un\ncompliment. Etait-ce sur tes yeux, ton sourire ou tes boucles\nbrunes ? je m ’en souviens fort peu; mais cela te fit plaisir, car tu\nte rapprochas un peu de moi : oh! très peu. Le hasard fit que je\nfaillis butter sur une pierre, si bien que je m’écartai du bord et\nque nous cheminâmes à deux au milieu de la route.\n                                     *\n                                 *       *\n\n    A deux, nous cheminions au milieu de la route et nous ne\nparlions pas, écoutant un grillon qui faisait cri-cri dans une haie\net une machine à battre qui ronflait comme une toupie derrière\ndes toits de ferme. Tu songeais au grand soleil qui se pâmait là-\nhaut dans le ciel pendant que, préoccupé, je cherchais une rime à\namour.\n                                * *\n   C’était une rime à amour que, très préoccupé, je cherchais; et\nn ’en trouvant pas qui me convînt, je me lassai de scander à part\nmoi mon sonnet. Nous étions devant une ferme, bourdonnante des\nbruits du midi, dans la senteur délicieusement troublante des\nfoins coupés et un troupeau de bœufs paisibles et lourds passa en\nmugissant.\n                                * *\n   E n mugissant passèrent des bœufs paisibles et lourds — qui te\nfirent peur. Tu me pris le bras sans rien dire. Très grave, un peu\nému, je mesurai mon pas sur le tien, et — à petites enjambées —\n                                                            9\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "130\n\nnous poursuivîmes la route. Je te parlai des. bois qui verdoyaient\nau loin et des blés jaunis qui balançaient leur grosse tête pesante,\ns’allongeant dans la plaine avec un frisson, sous la caresse tiède\ndu vent.\n                                * *\n   Sous la caresse tiède du vent, les blés jaunis s’allongeaient dans\nla plaine avec un frisson. Nous laissions les arbres du chemin filer\nà nos côtés et disparaître l’un après l’autre comme dans un rêve.\nNous regardions au bord de l’allée la trouée de soleil où la lumière\ntriomphale éclatait. Puis soudain tu me parlas dans un sourire, et\nau lieu de “ vous,,, mignonne, tu me dis “ tu „.\n                                 *\n                                * *\n   Tu me dis “ tu „ au lieu de “ vous „ et moi je t ’appelai “ ma\nchère — On dit que la rose, glacée des froids de la nuit, s’éveille\nle matin sous un coup de soleil. Ainsi fut-il de notre amour sous\nle ciel bleu. Te souviens-tu de ce grand coudrier à l’ombre duquel\ntu rougis sous mon premier baiser et où tu me regardas d’un œil\nsi doux et si profond que depuis ce temps-là nous nous aimons,\n“ ma chère „ ?\n                                                   G. G lRRAN.\n\n\n\n\n                         G U ITAR E.\n\n                  QUAND d’amour j ’expire,\n                    Quand ma voix se tait,\n                    J ’aime ton sourire,\n                    Ta candeur me plaît.\n\n                     E t sans plus attendre,\n                     Chérubin charmant,\n                     J e pourrai te prendre,\n                     E tre ton amant.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                                     131\n\n         Enclouer ta bouche,\n         Enfiévrer ton cœur,\n         Dans ta rose couche\n         E ntrer en vainqueur.\n\n         Mais lorsque, candide,\n         Tu marches sur moi,\n         Je deviens timide,\n         Enfant, — comme toi.\n\n\n            HYSTÉRIE.\n\n que je veux, cher maître, est une étrange toile,\nRêve passant sur moi comme un sombre ouragan,\nMagnifique d’horreur et de beauté sans voile,\nŒuvre d’art inouïe..., enfin, c’est un Satan.\n\nInsinuant et doux, puis terrible et sauvage,\nRêveur sous des cheveux d’antique Athénien,\nPlus cruel qu’une goule et plus soumis qu’un page,\nLascif Antinoüs et Bacchus Indien.\n\nOu faites-le jaillir des ténèbres mouvantes,\nArchange flamboyant d’éjaculations\nTel qu’il est au moment des victoires sanglantes\nQu’il remporte sur moi dans ses possessions.\n\nCertes qu’il fut tout autre en son œuvre première :\nJ e reçus ses baisers sans connaître ses mœurs\nE t mon âme pâmée y passa tout entière\nS’engouffrant dans l’enfer dont chaque jour je meurs.\n\n— Elle dit, et des yeux parcourant la tenture,\nDans le ru t grandissant des mystères nerveux,\nSa vue hypnotisée au contact d’une armure\nS’y fixa, terne et morte, et glaça ses aveux.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": " 132\n\n             Puis, tandis que le peintre au comble du vertige\n             L a voyait chancelante implorer son appui,\n             Du haut de la cymaise, invisible prodige,\n             Satan s’abattit fauve et la je ta sous lui.\n\n   1886.                           A lex a n d re   MACÉDONSKI\n\n\n\n                DÉSENCHANTEMENT.\n\n       OUS\n       V   connaissez mon ami Georges ? — Un garçon aimable s’il\n       en fut, un peu sombre pourtant, d’allure captivante et sin­\n       cère, esprit merveilleux et souple s’assimilant tous les arts\n comme ces génies de l’apogée italienne, amoureux des sentiers\n sylvestres, des gazouillis printaniers et des échappées de soleil,\n préférant la perpétuelle extase du rêve à la vaine gloire de\n l’œuvre réalisée, sachant rassembler ses visions dans l’enlacement\n sonore de deux rimes, et possédant cette har monie heureuse du\n visage qui charme irrésistiblement les femmes, — un être que\n divinise la concentration de l’intelligence et de la beauté parfaites;\n — Adonis qui serait Phidias ou Pindare, — l’idéalisation de la\n grâce et du talent.\n   Bien des gens vous diront que c’est un viveur et un débauché,\nparce qu’il y aura toujours des envieux et des méchantes langues,\n de ceux-là qu’aigrit toute supériorité, de ceux-ci qui souillent les\n renommées par besoin de souiller toute chose.\n   Lui, un débauché? Allons donc! Un viveur ? Si vous entendez\npar là user bêtement de tous les plaisirs, avec la régularité d’une\nhabitude dès longtemps prise, alors non, mille fois non ! Georges\nest viveur à sa manière, jouissant de la vie dans ce qu’elle a\nde plus délicat et de plus suave, sachant retirer l’or de la\ntoujours nouvelle gangue des heures et choisissant un peu partout\nses fugitives maîtresses qu’il abandonne sans peine, et reprend\nsans plaisir, sans exiger autre chose que le moment de jouissances\nque peut lui offrir chacune d’elles.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                                                  133\n\n    Autrefois je l’avais connu amoureux, follement, délicieusement\n amoureux. Une passion irrésistible l’avait pris, faisant jaillir sous\n l’étreinte l’exubérante sève de l’adolescence. Il avait vécu de\ntendresses absorbantes et d’effrénés désirs, déposant aux pieds\n de sa belle son génie et son amour. Un jour pourtant la Rupture\nlui m it au sein ses cruelles griffes et le lacéra sans pitié. Alors,\ndans cette douleur immense qui m ontait en lui comme une mer,\nGeorges crut tout le bonheur sombré ; et désormais sans espoir, il\njeta à l’aventure les derniers lambeaux de son corps pantelant.\n                                    ***\n\n   O flâneurs, mes frères, vous la connaissez sans doute, l’heure\n douce, pleine de charmes et de surprises où, calmant l’impatience\n nerveuse, béent enfin les noires portes d’ateliers.\n   Une brusque poussée de nez roses hors des corridors sombres,\n puis un certain envahissement de la rue sous la jaune clarté des\npapillotantes lumières. Elles passent, ces gentilles filles aux\nmines lutines, avec leur libre hardiesse et leur rire moqueur, vous\njetan t leur regard luron à la face, dans une effronterie de moi­\nneau franc. Elles s’attardent aux vitrines, lançant leurs notes qui\ns’égrènent, claires et vibrantes, ou bien vont à l’écart, roses de\nbonheur ou de désir, rejoindre le galant qui leur fait signe de loin.\n   Puis d’autres s’en retournent seules, d’un pas alerte, relevant\nleurs jupes du bout de leurs doigts blancs, laissant sur leur pas­\nsage une traînée de fraîcheur, et celles-là, vous les suivez, ô vous\nque charment la cambrure des reins et le rythme coquet des\nsemelles sur l’asphalte, vous tous, chercheurs d’idéal, ô rêveurs,\nô poètes, ô flâneurs, mes frères !\n                                  *\n                                *    *\n   Georges l’aimait cette heure aux joies furtives, par un in­\nconscient désir d’artiste, continuant l’éternelle recherche de la\nforme conçue. E t voilà que l’amour, cette hydre qu’il croyait\nmorte, se ranima tout à coup et lui fit sentir sa brûlante morsure\nIl lui sembla que tout le passé s’effondrait en son âme, ensevelis­\nsant sous ses ruines son désespoir et ses chagrins amers, et\nqu’une aurore apparaissait, enveloppant d’une lumière d’astre,\nl’ange — ou démon — qui lui rouvrait un nouvel Eden !\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "134\n\n   C’était une jeune lingère, aux yeux profonds, d’or noir, joignant\nau port d’une reine, la fatale attirance d’une grâce toute féline ;\nune de ces filles sans vergogne qui s’offrent, dans un sourire de\ndéfi, — plongent par un refus infâme leur victime dans l’absolue\nsouffrance, puis vont goûter ensuite le bestial plaisir dans les bras\ndu premier venu; une de ces cruelles au cœur d’ivoire comme leur\ngorge, qui livrées aux voluptés d’aventure trouvent une joie\nméchante à torturer l’amour. P a r elle, Georges connut les fié­\nvreuses attentes, les désirs contenus par une pusillanime crainte;\nla douloureuse agonie d’une passion ulcérée et muette. Toujours\nil la suivait, partout, le m atin jusqu’à son atelier, le soir quand\nelle en revenait, la journée entière dans ses lambinantes courses\n d’apprentie. Il l’épiait aux vitrines, la guettait au sortir des\nmagasins, la retrouvait avec un flair d’amoureux en chasse, sans\nsoupçonner cette malignité féminine dont il subissait inconsciem­\nment l’influence. E t cela dura trois mois, trois longs mois\nd’extases et de souffrances continues — sans que jamais il osât\nadresser la parole à cette fille dont la beauté charmait et effrayait\nà la fois.\n   Un jour il vint à moi, pâle et défait, et me raconta tout. “ Va\ndonc la trouver, toi, dit-il en sanglotant, dis-lui que l’indécision\nme torture, supplie-la de m ’accorder un seul instant et cela\nsuffira pour lui montrer l’adoration, le culte que je lui ai voué.\nElle est bonne, elle est noble, elle est pure; elle comprendra ma\nsouffrance et ne pourra s’empêcher de m’aimer. — Va, mais va\ndonc ! fit-il avec une sorte de violence fébrile, ne vois-tu pas que\nl’attente m’angoisse et qu’il s’agit pour moi de m ort où de bon­\nheur ? „\n   J e partis, l’âme navrée. Cette passion m ’effrayait; car je la\nconnaissais, cette exquise créature, cachant sa perfidie dans l’en­\nvoûtement d’un charme et, comme fait une soupeuse d’un citron,\nexprimant les rouges larmes des cœurs avec une indifférence\nféroce. Mais pouvais-je faire évanouir d’un mot ses illusions\nchères et jeter la réalité bourbeuse sur les songes blancs du poète ?\nJe n ’eus point ce cruel courage et laissai aux mains du hasard\nle coin non soulevé du voile.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                                                    135\n\n   L e lendemain, Georges me sautait au cou en apprenant le\nsuccès de ma démarche. \" Je le savais bien qu’elle m’aimait ! „\ns’écriait-il, heureux, débarrassé enfin de ses accablants soucis.\n   Que de gâteaux avaient dû être grignotés la veille, pour déci­\nder la cruelle à accepter un rendez-vous !\n                                   *\n                                  « *\n   C’était une de ces tièdes et dolentes soirées de juin, tout im­\nprégnées encore d’un regain de chaleur estivale, qui vous engour­\ndissent et si bien vous pénètrent, que les sens se pâment, énervés,\ndans un vague besoin d’abandon et de tendresse. Les nuées\ns’effrangeaient, plus blanches, dans une déroute d’orage, et le\nblond soleil, ruisselant par une trouée soudaine, épandait dans le\njardin sa crépusculaire clarté, lamait les troncs brunis de teintes\nirisées, et faisait chatoyer sur les feuilles les brillants arcs-en-ciel\nde la pluie.\n   Assis à l’écart, dans une solitaire allée, près d’un buisson de\nchèvrefeuilles, tendres et langoureux comme la nuit elle-même,\nils écoutaient mourir les chuchottements sous la mousse, les doux\nbruits d’ailes dans les branches, et le murmure des insectes\nénamourés, tourbillonnant dans la lumière empourprée du soir.\nDes senteurs montaient de la terre, troublantes et lascives, com­\nmuniquant à leur être le voluptueux frisson des griseries parfu­\nmées. Alangui p ar ces bouffées odorantes, pénétré du mystérieux\nfluide de la Nature amoureuse, Georges s’était agenouillé devant\nelle, les mains à ses mains enlacées, e t, — avec des épanchements\nd'eau qui trouve enfin une issue — sa passion débordait dans un\nfeu de tendres et brûlantes paroles qui l’envahissaient peu à peu,\nla froide inhumaine, et la rendaient sensible à cette harmonieuse\ncaresse des mots.\n   L a cloche du square troubla soudain leur charmant tête-à-tête\nIls se levèrent alors, traversèrent lentement l’avenue et fran­\nchirent la grille du jardin.\n   Au ciel, la lune montait, blanche, sans halo, couvrant les arbres\nd’une pelisse d’hermine, laissant planer sur tout une suavité\nsereine. Le boulevard ouvrait devant eux ses arcades solitaires.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "136\n\n Georges, le bras passé autour de sa taille, vivement l’entraîna\ndans la grande paix fraîche de la nuit. Une folie l’assiégeait, au\nmilieu de cette complicité de la nature, au frémissant contact des\ntentantes chairs, sous l’irritant chatouillis des frisons noirs sur\nson front. Il ne rêvait donc pas ? C’était à lui, le désolé d’hier,\nque le bonheur tout à coup s’adressait ! Il la possédait donc enfin\ncette affolante femme, que sa bouche n ’avait effleurée qu’en\nsonge ! A lui, cette vierge immaculée qu’aucun souffle d’homme\nn ’avait ternie ! E t Georges la pressait dans une ardeur fiévreuse,\ncomme pour s’assurer de cette félicité suprême.\n   Alors sous l’assaut de ces pressions effrénées, dans une ondula­\ntion féline, elle s’offrit brusquement, rendant morsure pour baiser,\nétouffement pour étreinte. Georges se sentit fou, tous ses désirs\ninassouvis l’aiguillonnèrent, irrésistibles; mais au moment où il\nla ployait dans ses bras, avide et farouche, une voix la fit se\ndresser, effarée :\n   “ Rouleuse ! je t ’y reprends donc encore „ criait-elle, et d’in­\nfâmes apostrophes éclatèrent, vite étouffées sous une grêle de\nsoufflets.                                A u g u s t e VIERSET.\n\n\n\n\n                          CL AIRE....\n\nIMMÉDIATEMENT, je vis qu’il était dans un état d’exaltation\n 'Jr plus intense encore que les autres jours :\n        — Sais-tu à quoi je songeais, en te voyant venir? me dit-il\nde sa voix fiévreuse et saccadée.\n   Pauvre cher ! comment ne l’aurais-je pas su, car il n’avait plus\nqu’une seule pensée ?\n   — J e revoyais ces belles soirées où, mon travail terminé, je\nm’en allais le long du quai, et où je l’apercevais de loin trottinant\nà ma rencontre, puis courant pour se jeter à mon cou...\n   Il se tu t quelques instants.\n   — Pas par là ! s’écria-t-il, voyant que je dirigeais la promenade\nvers le bois ; nous irons nous asseoir sur la roche.\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                                                  137\n\n      — Sur la roche ? fis-je d’un air désappointé, comme si je ne\n   comprenais pas... promenons-nous un peu d’abord ; je ne serais\n  pas fâch é de me dégourdir par cette fraîcheur du soir.\n     — Je t ’en prie ! dit-il, en m’attirant par le bras d’un air sup­\n  pliant.\n     — Mon cher, tu es d’une faiblesse presque enfantine ; tu mets\n  trop de complaisance dans tes évocations du passé. Crains-tu\n  donc que ta blessure ne se ferme trop vite, que tu la fouilles à\n  tout instant avec une volupté aussi féroce ?\n     — N’est-ce pas là ma seule consolation ? Viens...\n     Il m’avait repris par le bras. Sa réponse me fit ressouvenir de\n  mes précédentes résolutions et je me laissai entraîner.\n     A quoi bon le contrarier ? Il faut laisser suivre à ces douleurs\n  leur cours régulier afin qu’elles s’épuisent elles-mêmes.\n     Plus on boit avec avidité à cette coupe amère, plus rapidement\n elle se vide. Il faut écouter ces âmes déchirées et montrer qu’on\n les comprend. Une consolation maladroite, une contradiction\n affectueuse sont une nouvelle blessure pour elles, qui veulent être\n écoutées et comprises.\n     Mais cette philosophie était trop au-dessus de mon âge pour que\nje pusse bien m’en pénétrer et ne pas faire une tentative d’exhor­\n tation quand même.\n    — Voyons, dis-je, pendant que nous nous dirigions vers la roche,\n il faut avoir un peu plus de stoïcisme. On ne lutte pas contre la\nmort. L ’impossible s’impose et doit être admis comme tel...\n    Je m’arrêtai. Il avait mis une main sur son cœur et il semblait\n étouffer ; sa respiration était pénible, empêchée bien plutôt par\nune rage insurmontable que par des sanglots.\n    Tais-toi ! tais-toi ! s’écria-t-il. Tu ne comprends donc pas\nque c’est là ce qui me torture. L ’irrémédiable me révolte dans sa\nlâcheté du plus fort, comme un ennemi qui me ferait garrotter\navant de m ’insulter ! Ah ! si ce n’était que difficile, qu’à peu près\nimpossible... Mais je me sens une rage devant mon impuissance !...\nAh ! je ne suis pas de ceux à qui les bras tombent inertes ; mes\nmains se crispent plutôt, avides d’agir, et plus je retourne ce\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "138\n\nmot : impossible, plus je me sens un désir fou d’attaquer par\nquelque part ! Si encore j ’avais quelqu’un à qui m’en prendre ;\nmais je n ’ai pas un reproche à faire pas même à moi !... Cela est...\n    — Allons, mon cher, c’est une véritable obsession, chez toi ! Il\nfaut tâcher de réagir...\n    — E t comment ?\n   -— E n étudiant, par exemple.\n   L a première expression de son visage fut une colère faite\nd’ennui et d’impatience, puis il eut un pâle sourire d’une ironie\ndouloureuse.\n   — Je t ’en prie, laissons là les lieux communs ; tais-toi plutôt\nque de me donner de tels conseils !\n   Je n ’osais répondre ni demander des éclaircissements ; il vit\nsans doute ma stupéfaction car il reprit :\n   -— Étudier ! mais commence donc par me donner le moyen de le\nfaire ! Étudier ! mais j ’ai essayé, je suis resté des journées entières\ndevant une page, toujours la même, sans parvenir à en comprendre\nla première ligne ! Sur la page, je voyais des quais, des allées, de\nla verdure et ma pauvre Claire...\n   Ici il s’arrêta et il fut secoué par un sanglot nerveux, quelque\nchose comme un déchirement.\n    — De cette page, reprit-il, j ’entendais sortir des sons de voix\nbien connus, des paroles d’amour que j ’avais entendues autrefois\net qui me rendaient fou, maintenant. É tudier ! cela ne rappelle-t-il\npas le conseil donné aux enfants pour prendre les oiseaux...\nL ’étude est le remède à la douleur... E n vérité ! la prudhommie\nn ’a pas même su respecter la souffrance. J e sais qu’heureusement\ntu n ’es pas l’auteur de cet aphorisme bête ; ta sympathie n ’a fait\nque le répéter.\n    Qu’aurais-je pu répondre? Je sentais bien qu’il disait vrai.\n    — Alors tu abandonnerais tes études ? fis-je, attristé.\n    — Dis donc que ce sont les études qui m’abandonnent. E t pour­\nquoi étudier ? Pour aller à la gloire ? L ’approbation d’une foule\nd’indifférents parmi lesquels il y a quelques exceptions qui com­\nprennent et le reste qui répète machinalement et pas toujours\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                                                  139\n\n fidèlement — ce que les autres ont dit ; parmi lesquels il y a peut-\n être beaucoup de scélérats... j ’aimerais mieux le serrement d’une\nmain qui m’est chère.\n    A la fortune ? Que me ferait la fortune si je ne puis la partager,\n en jouir à deux ? L a fortune n ’est pour moi qu’un moyen, et si le\nseul bonheur que je comprenne sur la terre est désormais impos­\nsible...\n    A ce mot impossible, son visage émacié eut une contraction\nnerveuse.\n    — A la science ? c’est-à-dire au doute ou à l’ignorance de ce\n qui devrait être l’a b c. Demande à nos savants, à nos philosophes,\nsi ce qu’on acquiert vaut ce qu’on perd ! Pour en revenir à la déso­\nlation, au dégoût de tout, j ’en ai assez! Tu sais l’état où j ’étais\n avant de la connaître.\n    Nous étions arrivés sur la roche, nous nous assîmes en silence;\n au bout de quelques instants, il interrompit sa rêverie doulou­\nreuse et, me regardant :\n    — Qu’as-tu ? demanda-t-il.\n    Je pense à tous les rêves que tes parents ont faits pour ton\navenir...\n    — Mon Dieu ! n ’ai-je pas assez de mes douleurs sans saigner\nencore de celles que je cause aux autres? Oui, mon ami, cette\npensée est affreuse, car ils auront à souffrir plus encore que tu ne\nle crois, il me semble que je touche à ma fin...\n    — Voyons, je t ’en prie !\n    Non, je sens que la machine commence à s’user... E t, d’ailleurs,\ncomment veux-tu que je recommence la vie d’étudiant, une autre\nvie désormais, banale, monotone, sans horizon. Celle que j ’ai\nconnue était trop belle, trop poétique, le contraste serait trop\nviolent! J ’étais habitué à aller chercher la caresse après la peine;\nc’était le seul moyen de fuir mon ennui, et je me retrouverais seul\navec moi-même !_Et puis, pour retourner à Liège, c’est impossible,\nj ’y m ourrais, mon ami.\n    Fiévreusement, il roula une cigarette et il l’alluma à une autre\nqu’il avait en bouche et qu’il lança au loin, dans l’espace, à nos\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": " 140\n\n  pieds. C’est ainsi qu’il faisait du m atin au soir : il fumait goulu ­\n  ment, de tous les tabacs, bons ou mauvais, sans en goûter la diffé­\n  rence. Il tirait quelques bouffées d’une cigarette, puis en roulait\n  une autre, inconsciemment, comme pour tromper une fièvre d’ac­\n tion qui l’agitait.\n    Nous nous taisions; moi je contemplais ce paysage rêveusement\n paisible et comme assoupi devant nous, mais qui, par son recueil­\n lement même, avait sur nous une extraordinaire puissance sug­\n gestive.\n    A nos pieds, le chemin dont la raie blanche allait s’amincissant\n au loin et suivait la Meuse dans ses sinuosités pour aller se perdre\n avec elle dans la sombre opacité des massifs de verdure. Puis la\n Meuse qui s’étendait, brillante, sans le plus petit fronçis, avec des\nreflets d’azur profond ou pâle; la Meuse où la clarté laiteuse de\n la lune se reposait, candidement paisible. Sur cette glace polie,\n les silhouettes des peupliers de l’autre rive se profilaient nette­\n ment dans leur attitude immuable...\n    Ensuite venait la plaine herbeuse, étendue mystérieuse sous la\n demi-lumière des rayons obliques de la lune; et plus loin, au bout,\nles collines boisées plantaient comme des remparts de ténèbres.\n    Pauvre Camille ! il aimait singulièrement ce paysage qui lui\nreproduisait un coin de L iége où ses meilleurs souvenirs veillaient\npoignants. Ce charme, je le subissais moi-même; mais pour lui,\nce coin de nature avait une puissance d’évocation qui, en un\ninstant, lui faisait revivre tout un passé de félicité, court comme\nun beau rêve et pourtant si intense de détails palpitants qu’ils\neussent encore empli toute une vie ordinaire.\n    L a Meuse, dans son étirement silencieux, avait une singulière\nattirance... L a pensée se laissait entraîner et glissait mollement à\nsa surface. Elle assistait à son entrée dans L iége par les\nrives mondaines, puis s’avançait sous les ponts aux trophées de\nréverbères à chaque arche, les ponts où l’étoile d’or d’un carrosse\ncingle,par dessus l’obscurité, l’eau dans l’espace. Puis tout le long\ndes quais, les rangées de réverbères, lesquelles se prolongent au\nloin en se rapprochant ; et, sur l’eau, ce chapelet de larmes de feu\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                                                    141\n\n qui s’allongent, frétillantes. Ensuite, venait le quai de l’Université,\n puis la Batte aux pignons renfrognés, constructions noueuses,\n osseuses ou à l’apect sévère de citadelles ou de prisons à côté de\n bâtisses nouvelles plantureuses ou mesquines ; et après, les quais\n avec leurs allées feuillues et ombreuses couvant, le soir, la paix\n propice aux amours, avec leurs bateaux à la file allongés, silen­\n cieux et endormis le long des rives, et certains jours, les couples\n qui cheminent mystérieux ou bavards, en tabliers blancs ou bleus,\n ou les chapeaux plantés avec des bravades et, plus loin encore,\nl’île avec ses bouquets de fleurs et de verdure, — des bouquets de\nmystère, la nuit, — l’île enlacée par la Meuse et le canal qui lui\n envoient leur fraîcheur; puis, au delà de la Meuse, la plaine du\n Champ des Manœuvres où les peupliers par groupe veillent\n comme des sentinelles, et enfin les collines profilant sur l’horizon\nleur silhouette noire.\n   Alors Camille me dépeignait les scènes qui avaient palpité dans\n ces décors dont nous avions la reproduction sous les yeux, et les\nsouvenirs jaillissaient avec une précision, une netteté effrayante,\navec ce coloris poétique que donne l’éloignement : paroles pro­\nfondes échappées d’une âme ignorante mais inspirée par l’amour;\nmots d’une sensibilité sublime, puisés dans ce fond divin qui dort\nen chacun de nous et qu’une passion réelle peut souvent seule faire\nvibrer; réflexions délicates, pétillantes de cette finesse, de cet\nesprit gaulois qui fait le caractère liégeois ; délicatesses empreintes\nde ce goût naturel si exquis et propre aux liégeoises, dont la\npauvre Claire était pour ainsi dire le type; promenades, plaisirs,\nrêves, projets, solitude à deux observée avec un soin religieux,\nisolement jaloux au milieu de la foule... tout un passé poétique,\némouvant, humain, vu à travers un rem part prismatique et infran­\nchissable à jam ais et détaillé d’une voix vibrante, haletante,\ncoupée parfois par un sanglot ou souligné par un sourire déses­\npéré plus poignant peut-être que des sanglots, — tout cela défilait\ndevant moi et me remuait singulièrement.\n   J ’étais le confident de Camille parce que j ’avais connu sa déli­\ncieuse idylle, là-bas à Liège. Seul, je m ’étais intéressé à cette\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "142\n\njeune fille si peu banale qui, sans artifice, sans ruse, par ses seules\nqualités, avait su produire sur mon ami un effet que d’autres\nn ’obtiennent que par des cruautés raffinées, calculées de loin, par\ndes contrastes de caractère où les défauts creusent, à dessein,\ndans le cœur, une plaie que les qualités sont appelées à panser.\n   E t jamais je n’avais connu l’ennui que nous causent les confi­\ndences. Je trouvais un intérêt délectable à ce roman vécu; et\nquoiqu’il fut vécu, par une illusion que nous donne seul un ouvrage\n combiné avec art où les héros vivent dans la brume de l’inconnu\n avec la physionomie que leur prête notre imagination complai­\nsante, j ’avais fait mienne cette idylle attachante et la moindre\nvibration de leurs âmes venait vibrer dans la mienne.\n   E t puis, malgré moi, je trouvais dans ces confidences un aliment\nà la manie bête et malsaine d’observation psychologique que je\nsubissais et contre laquelle je ne pouvais réagir parce qu’elle me\nprenait toujours à l’improviste. Cette manie, Camille en avait été\n aussi la victime ; de plus, par des lectures faites au hasard, sans\nune intelligence expérimentée pour le guider, il en était venu à\nvingt ans à en savoir assez pour comprendre qu’il ne savait rien\n du tout. Ajoutez à cela les visions chimériques du romantisme\n avec les nausées de la réalité qu’elles traînent après elles, et l’on\n comprendra que de là au doute de tout, à un septicisme désolant,\n et à vin pessimisme prématuré, — et d’autant plus invincible qu’il\n était plus vague, — il n’y avait qu’une pente aussi courte que\nrapide. E t son âme impressionnable n ’était pas de celles qui\ntrouvent facilement le “ m’enfiche „ consolateur.\n    (A suivre.)                        A u g u st e HENROTAY.\n\n\n\n           CH RO N IQ U E L I T T É R A I R E .\n                      Pro arte.\n              L’ART SOCIAL. — LES SYMBOLISTES.\n  M. Edmond Picard est un écrivain d’une valeur incontestable.\nSon avis pèse d’un poids énorme dans la balance des jugements\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                                                  143\n\nlittéraires, en Belgique. Enfin son goût et ses connaissances esthé­\ntiques ne sont un mystère pour personne. Cependant, dans le\nlivre puissant qu’il vient de publier — Pro arte — promenant\nson vouloir et son malin regard de critique sur les monuments\nles plus divers de la littérature moderne, M. Picard édite des\nthéories qui ne sont point les nôtres.\n    “ L ’art, dit-il, s’affirme comme social au même titre que les\nautres lois générales qui enveloppent et guident le mouvement\nhumain. „ L ’art est un fluide qui pénètre au tréfond des mollé­\ncules du corps social. L ’art est une force, il faut la faire agir.\n    B y a dans cette doctrine un côté alléchant et d’autant dange­\nreux : faire de l ’art l’un des grands moteurs de l’humanité, l’essieu\nde la grande roue, le volant de la machine, etc., etc. Cela semble\n de prime abord un but élevé; on se gobe, on s’exalte, pour un\nrien on se croirait une mission, à savoir : la philanthropie litté­\nraire.\n    Mais il faut quitter ce ciel de dévoûment et renoncer à l’art\n humanitaire ou, si cette expression déplaît à M. Picard, à l’art\n ayant comme BUT d’influencer l’histoire et d’agir sur les peuples.\n    Les grandes règles esthétiques sont communes à tous les arts;\nl’art est un Janus d’une éternité divine et nous ne pouvons conce­\n voir qu’on applique à l’une de ses manifestations, — à l’une de\n ses faces — des règles qui ne sauraient convenir aux autres.\n Pourquoi donc M. Picard impose-t-il à la littérature cette obli­\ngation : agir sur le monde contemporain? E t, notez-le, cette\n action ne doit pas nécessairement être inconsciente, mais il faut\n que l ’artiste poursuive un but déterminé, qu’il fasse de l’art\n social! Les conceptions matérialisées dans les lettres, dans la\n couleur ou dans le marbre, y arrivent aisément. Mais pour la\n musique, est-ce possible? E t alors cette contradiction ne viendrait-\n elle pas de ceci que les mots, les lignes et les nuances peuvent\n s’astreindre à ramper sur le défini et le tangible, tandis que la\n musique, art immatériel, poursuit une chimère évanouie aux\n cieux; la musique, traductrice éthérée de l’indéfinissable !\n    M. Picard aime la santé ; faut-il traduire par : le solide, le\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": " 144\n\n robustement bâti, aux arêtes tranchées nettement, avec un au\n delà, si c’est indispensable ? — car l’au delà resplendit dans les\n brumes de l’intangible. Non, M. Picard a le goût trop sûr et,\n nous aimons à le croire, les conséquences logiques de sa théorie\n ont entraîné beaucoup plus loin qu’il ne le pense, ce dilettante\n raffiné.\n    Pour créer des œuvres dont se souviennent les peuples, semble\n affirmer M. Picard, l’art doit être social. E t, pour appuyer ses dires,\n il nous cite une liste de noms fameux. Nous ne serions pas em­\n pêchés de lui en citer une autre, tout aussi im portante : Horace,\n Ronsard, L a Fontaine, Musset — si démodé soit-il auprès de\n mainte école — Victor Hugo dans ses plus belles œuvres (les\n Burgraves, par exemple) et Gautier et Flaubert ! et le Byron de\n Childe Havold et le Goethe de Werther, le Poe des Histoires\n extraordinaires et le Baudelaire des Fleurs du M a l, et Tour ­\nguéneff avec les Etranges histoires, et Longfellow avec Evan ­\ngeline, et Leconte de Lisle, et.... et le Roman de la Rose, tan t\n poétique ! et le Roman du Renard, de finesse incisive, vivent-ils\n par leurs allusions politiques ou par ce parfum léger, cette suavité\n d ’art pur qui s’en dégagent ?\n    Est-ce la satire que nous admirons en Rabelais ? ou n’est-ce pas\nplutôt la bataille des consonnances grasses, l’ampleur d’une vie\nluxuriante et la fournaise intense des soleils de joie qui roulent\nà travers l’œuvre dans une exubérance superbe? L a Fontaine que\nje citais tantôt, l’admirons-nous pour les morales de ses fables\nou pour la grâce raffinée qui en détache soyeusement les\ncontours ?\n    De cet examen en partie double, on conclura tout au moins\nque, si l’art peut être social, il ne doit point viser à le devenir. E t\ncependant, ceci est encore trop peu : à notre avis, l’artiste doit\npoursuivre un seul idéal, le beau. L a déesse beauté, dont les\nchœurs séraphiques épandent fluidiquement leurs échos jusqu’aux\nsens des poètes, la déesse beauté veut un culte épuré : l’or dont on\nlui fait offrande ne doit point être sali d’alliage.\n    Gardons, en notre cœur, cet unique désir : réaliser, figer dans\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "la matière, harmonier sur la toile ou sculpter dans les lettres\ncette image ondoyante, reflet de l’infini, qui brille d’une phos­\nphorescence en notre pensée ; l’artiste se diminue, il déchoit\ninconsciemment, s’il mêle à son amour du beau des désirs\nétrangers. Que resplendisse en une gloire, dans nos œuvres, le\nreflet de la hautaine déesse, et nous aurons assez fait.\n    L ’art est un grand soleil qui brûle en l’infini ; l’artiste est la\nlentille irisée qui collige les purs rayons de la lumière, et les\nrassemble sur un point de la matière en leur prêtant sa couleur.\nLe point de feu, c’est l’œuvre d’art. E t qu’il ne procède que du\nsoleil; la clarté pâle des lunes éloignées n ’a que faire au foyer\n d’iris de la lentille.\n                                 * *\n    Que des œuvres, malgré leurs tendances sociales, aient pu rester\ngrandioses, c’est incontestable. Mais qu’elles aient gagné ou\nn ’aient point perdu à cette fantaisie, c’est plus discutable. Qu’en\npensent les lecteurs de Léon Cladel ?\n    Tous les artistes n ’ont pas la force de rester artistes en se\nplongeant dans le remous furieux des hommes et des choses qui,\nsous eux, brament et s’agitent. A chercher l’art social, on n ’est\npas sûr d’écrire l’Amiral,— une œuvre,— mais on risque de tomber\n aux romans de Mme Cottin et autres Motteville.\n    Le to rt le plus funeste de la théorie de M. Picard, c’est de\nplacer l’art au second plan. E t en effet, n’est-ce point diminuer la\ngrandeur de ce rêve subtil, qu’en faire au lieu d’un but hautain,\n un simple moyen seulement? C’est en outre glisser, sans le savoir,\nà des préjugés déplorables, car c’est se disposer à nier ou à juger\n trop légèrement toute école contraire à l’utilitarisme. Avec ces\n idées, M. Picard est fatalement amené à n’admettre qu’un seul\n art, l’art des grosses besognes et des grosses émotions : c’est-à-\n dire le naturalism e et Emile Zola.\n    Emile Zola ? mais il repousse l’art social ! voyez Mes Haines,\n lisez son épître à Proudhon. Si Zola est “ utile „ c’est par hasard,\n sans qu’il fasse de cette “ utilité „ le but de ses œuvres.\n    Nous parlions des sympathies que le naturalisme devait offrir\n                                                              10\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "146\n\nau x protagonistes de l’art social. En effet, les œuvres qui sont de\nrobustesse sanguine, parce qu’elles peignent le Peuple, les œuvres\noù parle la chair et où crie le sang, les œuvres de vie écrasante\n — j ’allais dire impudente — et les pesants coups d’épaule dont\n craque chacun des livres de l’école zoliste, sont des facteurs\nautrement puissants que les poètes dont les chants solitaires\ns’élèvent avec sublimité vers les cieux. Ces poètes, leurs dédains\nplanent au-dessus des foules ; ils ont l’œil perdu dans le vague\ndes espaces et leur vouloir matérialise la fuite ondoyante d’une\nvision. Mais où est la “ manière de s’en servir ? „\n   Le naturalisme, lui, est utile avant tout, dit-on ; il est beau,\nquelquefois ; il est superbe lorsque le m aître Zola ou Guy de Mau ­\npassant taille à coups de hache un roman dans la bourgeoisie,\nou peint à petites touches les êtres de Normandie.\n   L ’art des poètes comme Leconte de Lisle, c’est beau; “ utile „\nrarement. Alors que choisit un fervent de l’art social ?\n   E h bien M. Picard rompt ici avec sa doctrine; il montre pour\n“ les mosaïques de l’art qui sert de distraction,,, autant d’admi­\nration que pour les coups de reins et les boxes furieuses des\nsolides gladiateurs des lettres bon humanitaires. E t cela, pourquoi?\nParce qu’il est artiste.\n\n   Poussé trop loin peut-être par l’apparente logique de ses doc­\ntrines, M. Picard entreprend une verte critique des symbolistes.\nAdoré Floupette, le très spirituel pasticheur, est un peu son idole.\nE t sans doute le souvenir des irrésistibles sourires provoqués par\nles “ ténias,, affaiblit pour M. Picard la grâce des œuvres nouvelles.\n   Retrouvons-nous bien ici l’éclectisme bienveillant auquel nous\navait habitués l’auteur de Pro arte ? Je ne le pense pas.\n   M. Picard fait une analyse minutieuse des artistes de l’école\nmoderne et leur inflige les noms de verbolâtres, décadents, inco­\nhérents. Les noms sont peu de chose. Qu’on les appelle verbo­\nlâtres ou déliquescents, au lieu de symbolistes, qu’on désigne par\nce mot : incohérence, leur haine des banales formules et leur\nsouci d’une forme nouvelle, peu importe. Qu’ils soient verbolâtres\ncomme Tacite, incohérents comme Edgard Poe.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                                                147\n\n   Décadents ? Les véritables décadents, ceux qui décadent “ par\nprincipe „, n’ont point nos sympathies. L a décomposition cada­\nvérique du verbe serait une maladie littéraire si elle devenait une\nrègle. Mais point du tout. On cherche des routes nouvelles ; par­\nfois on s’égare dans des impasses, il est vrai, mais vite on s’en ­\nquiert ailleurs et l’on marche sûrement vers le but qui brille\ncomme un phare en les ténèbres mortes. Ce but, on le devine :\nc’est le symbole. Ce but, Verlaine, Mallarmé, d’autres vont\nl’atteindre. E t, bien qu’il admire parfois Verlaine et Mallarmé,\nM. Picard je tte l’incrédulité de sa moquerie sur quelques-uns de\nleurs poèmes qui, pour nous, sont des chefs-d’œuvre. Malades,\nfous, dit-il. E h non ! Ils ne sont pas des somnambules marchant à\nl’aveuglette, et l’ont prouvé, semble-t-il.\n    Oui, ce qui nous blesse et ce qui nous étonne, c’est le bizarre\nscepticisme et les flèches de rires que M. Picard décoche aux\nsymbolistes. M. Picard admet le symbole chez Rabelais, chez\nMolière, chez Goethe, chez Victor Hugo. Il l’admet chez Wagner.\nPourquoi donc esquisse-t-il une moue incrédule devant les mo­\n dernes sym bolistes? Voilà, le symbole n ’est plus le même! et,\n délaissant ses précédentes déclarations, M. Picard paraît ne plus\n se souvenir de la marche des temps. Il y a deux siècles, Tartufe\n était un symbole hardi. M aintenant il est presque mythologique.\nL ’évolution s’est faite, et, du symbolisme générique du X V IIe\n siècle au symbolisme ésotérique des modernes, il y a certes progrès\n dans la subtilité.\n    M. Picard semble ne comprendre le symbolisme que comme\n une devinette : il cherche à le confondre avec les logogriphes\n C’est aussi- qu’il le voit à travers les claudicantes parodies du\n héros adoré Floupette, et que, trompé par la fine raillerie de ce\n spirituel malfaiteur, il ne se rend pas compte de ceci : le sym­\n bolisme de Richard W agner — qu’il admire — est le même que\n le symbolisme ésotérique qu’il repousse. Il ne s’agit plus ici des\n ténias-vers-rongeurs-et-femme-nécessaire. Il s’agit d’un a rt de\n force vivace, et d’un art très sain, bien qu’il ait ses racines dans\n la maladie morale du vieux monde. M. Picard l’admet, ce qu’on\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "148\n\n est convenu d’appeler les classes dirigeantes est en décadence.\n L ’aristocratie des esprits s’affine mais s’énerve; à elle, l’art qui la\n désigne et l’incarne. Au-dessous, le peuple robuste, d’une santé\n brutale que mélancolise son malheur; à lui le naturalisme, Zola\n et Germinal. E ntre les deux extrémités du corps social, la “ classe\n moyenne       un tampon, qui s’abêtit, s’amincit, va disparaître.\n E h bien, que le naturalisme soit; il a produit des œuvres. Seulement\n qu’il soit la photographie du peuple, rien que du peuple, en dépit\n des artistes qui naturalisent sur des abbé Mouret. Mais qu’aussi\n le symbole subsiste, et que son mystère inquiète les intelligences\n éclairées,image de leur trouble et de leur insécurité.E t si les rudes\nvandales balayent les raffinés patriciens qu’au moins, pour les\nsiècles suivants, restent les vestiges d’un a rt fluidique, vivante\nreproduction des générations épuisées.\n   Qu’est-ce que l’art ? L ’histoire universelle des émotions et des\nfantaisies. Or, les émotions des délicats sont-elles les émotions\ndes rustres ? Donc...\n    M. Picard admet sans doute Villiers de l’Isle Adam. Il se\npassionne pour Bichard Wagner. Est-ce que Vox Populi des\n Contes cruels, l’or du Bhin, Freya, de la tétralogie, est-ce que\nK undry, Lohengrin, T ristan , Tannhaüser sont d’une autre\nespèce que les symboles “ déliquescents? „\n    Tout récemment encore, M. Picard s’étonnait dans L ’A rt\nmodems, ébauchait un sourire de perplexité en analysant le\nCrédo des symbolistes enfanté par Jean Moréas. Ce symbole\nl’inquiète, il est le chat de ce Baudelaire, et M. Picard se demande:\n“ Pourquoi symbole ? Que fait le symbolisme en cette galère?„ Pour\nM. Picard,cette question n ’a que la valeur d’une ironie; il connaît\nmieux que nous la théorie du symbole et s’il nous convient de\ndiscuter ses principes — pour notre plaisir propre, — il nous\nmessiérait de vouloir lui enseigner les mystères de l’art. Nous ne\nnous donnerons point ce ridicule.\n   Mais, pour les profanes, voici : L ’œuvre est forme, elle est\nessence. L a forme s’embrasse d’un coup d’œil ; l’essence se devine\npar intuition, et sa subtilité n’est point définie. Prenons un exem-\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                                                   149\n\n pie. Là-haut, dans le gris plombé du ciel, roulent des nuages\n  orageux; ils se creusent, se tordent, se gonflent, se condensent.\n Leurs diverses apparences extérieures, voilà la forme. Mais qu’ils\n s’approchent de la terre, qu’un arbre les sollicite, qu’une pointe\n les perfore et les pénètre, un éclair jaillit, un rais de lumière\n resplendit, et c’est la foudre, image de leur essence.\n    Dans l’œuvre, la forme (prise en ce sens) est l’action, le sujet\n du roman, la succession des tableaux, la liaison des strophes et\n des idées. Le symbole en est l’essence, c’est l’intime et- vague\n rêverie de l’artiste, l’idée indéfinie qui gît au tréfond du livre, la\n conception qu’il semble avoir réduite en fluide pour la répandre\n sur l’œuvre entière, d’où elle émane ensuite comme un parfum\n subtil.\n    Faire du symbolisme une école dogmatique — c’est-à-dire un\n embryon d’académie — et du symbole une règle dont on ne\n peut s’affranchir ? Que le bon sens nous en préserve ! Mais il\n n’en reste pas moins — me le disait un de nos amis — que tout\n art éternel tient en lui un symbole, cygne aimé qui, à travers les\nflots de lumière,,traîne l’œuvre par le lac infini des siècles.\n   E t c’est pour cela qu’il nous faut accueillir les symbolistes,\nnon point comme une école dirigeante et pontifiante, non pas avec\nl’exclusivisme des entêtés, mais avec les paroles de bienvenue et\nles hurrah d’allégresse que vaut un groupe de sincères et délicats\nartistes qui nous apportent du Neuf.\n                                           Albert    MOCKEL.\n\n\n\n     Z o'H ar, roman contemporain par CATULLE M e n d ÈS.\n            Paris. J. Charpentier et Cie, éditeurs, 1886.\n\n  “   Z o ’H a r , nommé de la Ville, ou qui la nommas, prince de\nBaal roi d’Iavhé, tu ris ! „ disait la voix de Naim , roi de Zo’H ar,\nla ville maudite où s’étalent, en leur ignominie, d’incestueuses\namours.\n   E t d’entendre ces mots dans la bouche d’un acteur, Léopold de\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "150\n\nla Roquebrussane, — fils d’une autrichienne violée par le général\nmarquis de la Roquebrussane, son père, — “ frémissait, pantelait,\néperdu, avec de brusques sautées de sang à la pâleur de sa face. „\nMordu au cœur par mie passion infâme, il épouse Stéphana, sa\nsœur, l ’emporte en Norwège et meurt peu après, tenaillé par ses\nremords.\n    Cy le thème — pas neuf — d’un roman dont bien des pages\ns’écartent d u “ faire „ de l’illustre écrivain; mais profond toujours\ns’y retrouve son talent d’observateur et harmonieux y coule son\nstyle, pareil à une musique dont le rythm e berceur se perçoit\nvaguement, dans le très loin.\n   Ecoutez plutôt : Pour échapper à l’obsession de son amour,\nLéopold “ voyageait hors de France, ici, là, de ville en ville, sans\nbut, descendant à la dernière station des trains ou lorsque d’autres\nvoyageurs descendaient en grand nombre, repartant quand le\nhasard d’un omnibus dans la cour de l’hôtel l’avertissait de se\nrem ettre en route. Ecoutait-il qui lui parlait ? Apercevait-il qui\nil regardait ? oui. sans doute, grâce à cette faculté de dédouble­\n ment de soi-même, commune aux artistes créateurs et à certains\ndésespérés ; ils se mêlent aux vivants et aux choses, observent,\nrépondent, interrogent même, s’intéressent; mais rien de l’exté­\nriorité ne pénètre au fond d’eux-mêmes, rien de leur être ne va vers\n elle ; leur pensée, ou leur angoisse, s’isole imperturbablement. „\n    E t les criailleries, les invectives, les épithètes malsonnantes de\npleuvoir dru à l ’apparition de Zo’Har.\n    Catulle Mendès ? classé par la postérité au rang des pornocrates\nillustres. Le livre? immoral, clame l'A r t moderne.\n    “ J ’ai, tout au contraire, la conviction d’avoir écrit un livre\n sévère et triste. Mauvais, peut-être, mais non pas libertin, „ répond\n l’auteur. “ J ’ai voulu Stéphana formidable, en une sorte de bes­\n tialité sinistre et grandiose; quant à Léopold, c’est le plus misé­\n rable des torturés, et je souhaite sa vertu à ses plus austères\n détracteurs. „\n    Que la plupart des œuvres de Catulle Mendès aient été écrites\n pour plaire au public habitué à lire seuls les livres où la polisson­\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                                                    151\n\nnerie est poussée jusqu’aux dernières limites du raffinement, sans\ndoute; mais combien d’autres sont délicates et dégagent des\neffluves d’une infinie douceur.\n   E t à l’appui de son dire, l’A r t moderne imprime cet argument....\nrenversant : Une directrice de cabinet de lecture nous disait der­\nnièrement : “ Dès qu’une jeune fille a demandé du Mendès, elle\nne veut plus autre chose et au bout de trois mois, la plus fraîche\ndevient décharnée comme une phthisique. „\n   Comme si une jeune fille qui comprend et les Boudoirs de verre\net les Folies amoureuses, etc., n’est pas perdue d’avance, irrémé­\ndiablement.                                                 M. S.\n\n\n           CHRO NIQ U E A R T IS T IQ U E .\n\n  L ’E x p o s itio n d e M a îtr e s a n c ie n s a u P a la is d es\n                           B e a u x -A r ts .\n\n      N\n      E parcourant les deux salles où rayonnent d’un éclat souvent\n       vrai, parfois aussi d’une flamme menteuse, nombre d’œuvres\n       anciennes et bien titrées, je n ’ai pu m’empêcher, tan t ce\njour-là s’exerçaient sur moi les magies différentes des vieux\nmaîtres, de me rappeler cette incomparable “ Fleur du mal „\nde Baudelaire, où défilent dans leur costume particulier et sous\nles couleurs de leur génie, tous les peintres géants, R ubens en\ntête, ainsi qu’en une litanie adressée par le poète à tous les saints\ndu Paradis de l ’Art.\n   J ’ai longuement regardé, scruté voire, les deux ou trois indé­\nniables R ubens que contient l’exposition; la Madeleine repentante,\nune femme superbe, d’adorable et sanguine carnation, mais aussi\npeu chrétienne que possible et flamande, ma foi, bien plus encore\nque païenne; le portrait largement peint d’un personnage heureux\net satisfait de lui-même; et enfin cette toile de patine excessive\nmais flamboyante encore des miracles de saint Benoît; eh ! bien,\nce vers qualifiant R ubens “ Oreiller de chair vive où l’on ne peut\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": " 152\n\n  aimer „ est d’une vérité absolue et. s’applique avec le suivant\n  d’ailleurs “ Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse au moindre\n  coup de brosse, à la moindre esquisse du maître anversois. Nul\n peintre n ’est pour moi l’objet d’autant de culte à la fois et de\n haine que Rubens; culte forcé pour cette chair vivante et san­\n guine, haine pour ce tumulte de metteur en scène, cette violence\n  de Flamand, ce ru t qui se vautre dans l’œuvre entier du maître\n  et dont pourtant, contradiction bizarre et expliquée peut-être par\n notre juvénile amour de l’excès, j ’adore les fougues plus rouges\n encore dans les œuvres charnelles de Jordaens.\n     Rubens est grand, v an Dyck est adorable, mais qu’en puis-je,\n aucun des maîtres flamands ne satisfait mon rêve. On se porte\n trop bien là dedans. C’est trop vivant et pas assez humain. Il y a\n plus d’âme dans Rem brandt et c’est d’un bien autre christianisme :\n les Flamands sont bouffis de l’orgueil catholique, ici c’est la\n religion des humbles, un peu de ciel éclairant par miracle les\n ténèbres humaines et les têtes se pressent sous ce coup de lumière,\n vulgaires et souffrantes, mais avec quelle prière sur la face !\n Voyez ce St-Pierre en prison levant son visage de pauvre vieux\nju if tout r avi d’extase, voyez à côté ce portrait; on resterait un\njour à les contempler.\n    Je note un Frans H als admirable à rapprocher de celui du\n Musée Royal, quelques Ruysdael dont un d’une conservation\n entière, quelques Teniers, un Breughel (scène de rue d’étrange\nréalisme) et de je ne sais qui deux esquisses, sorte de sépias à\nl’huile, des scènes de gueuserie suprêmement hantantes et épiques.\n    J ’ai beaucoup admiré une adoration des mages de Gérard Dow,\nj ’ai adoré comme les mages du tableau. Il y a là une centaine de\npersonnages, les plus rapprochés de l’enfant Jésus ont l’honneur\nde recevoir en pleine face un des plus beaux coups de lumière à\nla Rem brandt que je connaisse.\n    E t maintenant, lecteur, si tu veux, chantons un Magnificat ;\n“ c’estait veupres, „ dit-on en Wallonie, le soir tombe, à peine\nassez de jo u r pour contempler la perle du salon, un F ra Angelico,\nune vierge entourée d’anges adorants, qu’on ne devrait voir\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                                                                    153\n\nqu’après deux jours de jeûne, sûr ainsi de succomber en extase et\ntransports mystiques. Jam ais plus suaves visages de vierge, de\nbambino et d’angelets ne furent vus en des rêves d’ascète. Sainte\nMarie est si immatériellement belle, et si vierge dans sa mater­\nnité, qu’on se sent monter aux lèvres des velléités de litanies et\nd’avé plus sincères qu’au temps de l’enfance.\n   C’est bien là l’oreiller recherché par Baudelaire, où l’on peut\naimer, — mais on n’oserait.                              F.\n\n\n\n             CHRO NIQU E MUSICALE.\n                                              Bruxelles, 6 octobre.\n\n    DNC, depuis un mois, la “ saison ,, étant ouverte, nos théâtres,\n    O\n      après leurs unanimes relâches, ont recommencé leurs que­\n      relles d’affiches. Evidemment il est inutile de compter, pour\nla musique, sur aucune autre scène que celle de notre opéra ;\n ajoutez-y les concerts populaires, ceux du Conservatoire, tous les\néléments d’organisation de nos solennités musicales vous sont\nconnus.\n   Ces concerts n ’ont pas encore appelé le public à juger leurs\ntravaux; de la Monnaie il y a peu de chose à dire; elle n ’est\nguère sortie du terre à terre habituel; toutes les rengaines du\nrépertoire défilent à la rampe, se payant le luxe d’évincer quelques\nténors ou barytons.\n   L a meilleure de ces reprises est celle des “ Huguenots„, qui,\nmalgré ses énormes défauts ( sur lesquels il faut bien passer à\nmoins de proscrire toutes les partitions produites pendant une\nlongue série d’années) est une œuvre durable.\n   Meyerbeer est en faveur, au reste, pendant cette période des\nescarmouches ; on a bistré une pauvre chanteuse que cela ennuie\nfort et un baryton qui n ’en peut rien, à l’effet de réexbiber l'A fr i­\ncaine ou la Négresse savante, le chef-d’œuvre de Mosieu Scribe, au\ntitre duquel les affiches du temps devaient, ce me semble, ajouter\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "154\n\ncette mention pour allécher les badauds : N.-B. L ’honorable\npublic de cette localité est prévenu qu’au deuxième acte, Made­\nmoiselle Selika, native de Madagascar, donnera une leçon de\ngéographie à M. Vasco de Gama (célèbre navigateur portugais\ndu XV° siècle).\n   L a Monnaie a aussi voulu accomplir ce tour de force d’exécuter\nla Traviata. Tentative audacieuse!... suivie d’un juste châtiment\nd’insuccès, car, malgré la bonne volonté de l’orchestre et la per­\nfection de son jeu, force nous est de reconnaître que les orgues\nde barbarie “jouent,, la Traviata beaucoup mieux. Il est ainsi\ndes partitions dont la bonne interprétation exige qu’elles soient\nmoulues; la Traviata est parmi elles, avec son frère, le Trouvère,\nmiserere !....\n   Pour en revenir au Théâtre de la Monnaie, on y a dernièrement\nrepris, la direction voulant satisfaire les demandeurs de nou­\nveautés, Robert le Diable (ou la revanche de B ertram sur Robert\ndit Macaire) pièce morale à grand spectacle, dédiée aux fils de\nfamille adonnés à la triste passion du jeu. Œuvre de M. Scribe....\n   Ajoutons à cette liste, Zampa, dont le père procréa simultané­\nment ce célèbre chef de brigands et un fils qui devint préfet de\npolice. Quel dommage que ce dernier n’ait pas fait couper la tête à\nson scélérat de frère! E t, toujours pour faire connaître au public\nbruxellois ce jeune compositeur d’avenir nommé Meyerbeer, le\nProphète n ’attend pour apparaître à la scène que le rétablisse­\nment du ténor Sylva. Enfin, les perruques des stalles étant satis­\nfaites, M. Dupont trouvera, nous l’espérons, le temps venu de\nsatisfaire à son bon goût et à celui de notre ardente et nombreuse\njeunesse artistique : La Walkyrie, depuis si longtemps promise,\nviendra, par ses puissantes harmonies, faire éclater les enthou­\nsiasmes et balayer du répertoire les fadaises que l’abonnement\nimpose aux directeurs.\n   Avec impatience nous attendons aussi la décision qui sera prise\nau sujet d’une œuvre inédite. L a direction hésite entre les Guelfes\nde B. Godard, l’Apollinide de F.-R. Servais, Richilde de E. Ma­\nthieu. Toutes les probabilités pourtant sont pour l’acceptation\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                                               155\n\nde cette dernière œuvre ; l'Apollinide serait remise à la saison\nprochaine.\n   On reprendra bientôt Hérodiade qu’il sera intéressant de réen­\ntendre, l’esprit non abasourdi par la tapageuse réclame de la\npremière. Lackmé, de Léo Delibes, sera l ’œuvre de résistance de\nla troupe d’opéra-comique.\n   Donc nous pouvons nous attendre à une année marquante, car\nla troupe est de tout premier ordre ; citons MM. Sylva, Cossira,\nEngel, Séguin, l’excellent Hans Sachs des Maîtres chanteurs\n(dont on redemande la reprise) ; Mmes Litvine, \"Wolf, Legault,\nVuillaume et tu tti quanti.\n   Cy je termine, et avec des milliers d’autres, j ’attends la Wal­\nkyrie pour l’applaudir, pour apothéoser par nos acclamations\ncette œuvre supra-humaine.\n                                       LUDWIG GHELDRE.\n\n\n\n              P E T I T E CHRONIQUE.\n   Encore les vacances! Comme un oiseau de proie, sinistre, plane\nsur la Wallonie une épidémie de berlue-morbus. Car, cette fois,\nplus de typos en jeu, mais la berlue au nom macabre.\n   C’est elle qui changeait la en fa, elle qui muselait les bœufs,\nja deux mois. C’est elle qui, dans notre précédent numéro, nous a\nfait placer à Gand le ju ry du concours de Rome.\n   Qui donc s’insurgeait contre les “ essais de pathologie litté­\nraire? „ Hélas, sur la Wallonie plane la berlue au nom sinistre.\n   Que Glain et Lierneux nous soient propices !\n\n\n   L ’incident Montald nous passionne médiocrement. Des paris\ns’engageaient : l’aurait-il, ne l’aurait-il pas ? — Il l’a.\n\n  M. Isaye se voit définitivement nommé professeur de violon\nau Conservatoire de Bruxelles. M. Isaye est un virtuose de grand\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "156\n\ntalent; la musique est parlante sous son archet, il sait plier les\nsons à des tressaillements émus.\n   Les opinions de M. Isaye, en musique, sont plus que modérées.\n   C’est un conservateur, sinon un réactionnaire, — nous dit-on ;\npuis il succède à des artistes d’une incontestable valeur : Léonard\net Vieuxtemps ne sont pas les premiers venus. Peut-être M. Tsaye\net ses idées ne conviennent-ils pas absolument à cette tâche ardue\nde guider vers les sommets de l’art de jeunes intelligences qu’il\nfaudrait pousser vers les routes nouvelles. Mais s’il n ’a pas le\ngénie et la science écrasante de Thomson, il a trop de talent, il a\ntrop la conscience de la grandeur de l’art pour ne point créer à\nBruxelles une génération saine d’élégants virtuoses et d’artistes\nau sens musical raffiné.\n\n\n   Encore une académie et une académie nationale. Elle gît à\nAnvers ; y sont nommés professeurs plusieurs futurs grands\nhommes tels que M. Yerlat. Mais deux artistes y sont entrés par\nmégarde : MM. Coosemans et Vinçotte. Il doit y avoir erreur.\n   Le gouvernement sait parfaitement qu’une académie, fût-elle\nnationale, n ’a pas besoin d’artistes ; nous espérons au moins que,\npour sauvegarder les saines traditions, on dénichera encore l’au­\nteur de quelque parapluie troué champignonnant sur deux\nfillettes, et qu’au géniteur d’aussi vastes conceptions écherra la\nplace qu’occupent indûment deux intrus, deux artistes.\n\n\n   E st morte la Revue de Demain que dirigeait un de nos amis :\n René d’Y . Elle est morte, la pauvre, tuée par l’indifférence de\nparti-pris que nourrit le public pour les tentatives des jeunes.\n  L a Revue de Demain portait haut et droit le drapeau littéraire\nde l’art pour l’art, et nos regrets l’accompagnent dans les régions\nd’outre-monde. Mais elle n’est point morte entièrement. Bientôt\nun nouveau recueil verra le jour, et le nom de son futur directeur\nRené d’Y, nous promet encore des assauts de lettres d’une belle\nintransigeance.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "   Les derniers numéros du Progrès contiennent une étude magis­\ntrale de Camille Lemonnier sur le salon de Gand, des chroniques\nartistiques de Francis Nautet, I wan Gilhin, Georges Rodenbach.\n\n\n   Au Théâtre Wallon, — le Casino Grétry ainsi rebaptisé —\non a repris avec entrain ces bonnes soirées d’une si particulière\net franche saveur de terroir. Nous avons eu : li Galant del Siervante,\nune excellente, mais peu nouvelle, comédie de M. Delchef. Le\npremier acte est un petit chef-d’œuvre d’observation ; le second\nacte traîne un peu à la fin. Wèzin Wèzenne est une gentille opé­\nrette d’une simplicité naïve, avec un charme reposant. L a\nmusique : un arrangement d’airs populaires. Sont venus aussi un\nvaudeville de Dumoulin, J i vou j i n’pou et une comédie : les\nDeux Bechtâs. Puis les intermèdes de franc patois nous ont aussi\néjouis : les treus Galants da Gètrou (de M. Pirard) est une charge\nd’une bonne humeur entraînante avec de pleines poignées de cet\nesprit wallon, si gouailleur et bon-enfant, que connaissent, les\nvraies tiesses di hoïe.\n\n\n   Au Théâtre Royal a eu lieu une représentation extraordinaire :\nFaust, avec Mme F idès de Vries de l’opéra de Paris, M. Cossira\nde la Monnaie, M. Dauphin, basse de l’opéra-comique de Paris.\nMadame Fidès Devries est une chanteuse de premier ordre ; et,\ndans les passages de soyeuse finesse, surtout, se révèle comme une\nartiste passée maîtresse en l’art de dire. Mais elle avait à lutter\ncontre les souvenirs laissés en Belgique par Mme Caron dont elle\nn’a ni l’énergie ni l’ampleur tragique. M. Cossira est doué d’une\njolie voix de ténor, avec assez de grâce dans le timbre ; un peu\nbalourd et emprunté, seulement ; la distinction lui fait défaut,\nmais à Bruxelles il se hâtera de l’acquérir. C’est aussi la distinc­\ntion qui frappe par son absence chez M. Dauphin. Il a fait un\nMéphisto suffisant, mais sans la raillerie effrayante et l’intensité\nde Gresse. Une voix très étoffée, pourtant, et, somme toute, un\ntrès bon acteur.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "158\n\n   M. Claeys remplissait le rôle de Valentin. Nous avons retrouvé\ntoutes ses élégances, l’accent métallique et mordant de sa belle\nvoix pleine, et la suprême aisance de son jeu : un artiste de grande\nvaleur que nous sommes heureux de posséder encore. Madame\nV erellen fait un bon Siebel; mais sa voix, si souple dans les\nvocalises, n’a pas trouvé dans F aust l’occasion de produire ses\nmeilleurs effets. Les rôles de chanteuse légère sont du reste ceux\nqui lui conviennent le mieux. Enfin nous avons été tout heureux\nde retrouver Mme W alter qui donne un esprit pétillant au rôle\neffacé de dame Marthe.\n                    TABLEAU DE LA TROUPE.\n                          Administration.\n  MM. Verellen, directeur-administrateur ; Potel, inspecteur ;\nFlavigny, régisseur ; Christian, second régisseur.\n                             Orchestre.\n  MM. Cambon, premier chef d’orchestre; Frys, second chef d’or­\nchestre, premier d’opéra-comique ; Jardon, répétiteur des chœurs;\nGalopin, répétiteur de danses.\n            Grand-opéra, opéra-comique et traductions.\n   MM. V erhees, fort ténor grand-opéra, traductions (Rentrée);\nSamaty, 1er ténor léger (Laon et Verviers); Idrac, 2e ténor et\npremier au besoin (Bruxelles, Théâtre de la Monnaie) ; Desy,\n2e ténor et 3e au besoin (Rentrée) ; Flavigny, trial (Rentrée) ;\nCalmani, 3e ténor (Anvers); Claeys, baryton grand-opéra (Ren­\ntrée) ; Frandou, baryton opéra-comique (Genève, 1er prix au\nConservatoire de Paris) ; Guillabert, basse-noble grand-opéra\n(Anvers, trois ans) ; K innel, basse chantante opéra-comique (An­\nvers); Guidon, 2e basse (Nantes); W alter, laruette, basse-bouffe\n(Rentrée) ; Deprez, 3e basse.\n   Mmes E. Chasseriaux, falcon (Rentrée); Passama, contralto\n(Rentrée) ; Stephane, mezzo-soprano (Paris) ; Stella-Bolle, 1re\nchanteuse-lègère, opéra-comique (Bruxelles, Théâtre de la Mon­\nnaie); Verellen-Corva, 1re chanteuse-légère de grand-opéra et\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                                                                        159\n\ntraduction, soprano dramatique (Rentrée); B. Duthreuil, chan­\nteuse-légère en double (Toulouse) ; Flavigny-Thomas, dugazon\nGalli-Marié (Rentrée); Dumesil, 2e dugazon et 1re au besoin\n(Débuts) ; W alter, duègne (Rentrée).\n   22 choristes hommes, 20 choristes dames.\n   Orchestre, 50 musiciens.\n                          Corps de ballet.\n   Mlles Laura Reuters, maîtresse de ballet (Rentrée) ; Laura\nReuters, première danseuse noble; Hélène Reuters, première\ntravestie ; Elisa Reuters, première danseuse demi-caractère.\n                         Danseuses coryphées.\n  Mlles Castileda, Pelligrini, Judith, Rimmer, F renet, Ferrari,\nBelfini, Bergy.\n                         Pièces nouvelles.\n   HÉRODIADE, grand-opéra, de Massenet, sous la direction de\nl’auteur; Ch e v a l ie r J e a n , grand-opéra, de V. Joncières ; J o ë l ,\ngrand-opéra, de Gilbert des Roches ; N a d ia , opéra-comique, de\nCh. Bordier ; L e S a c r ip a n t , opéra-comique, de Duprato.\n   Tout cela, c’est bien comme musiquette de passe-temps. Mais\nquand aurons-nous de vraie musique, de la musique allemande,\n de savantes harmonies ? Nous le savons, M. Verellen se trouve à\nla tète d’un théâtre non subsidié. Il lui faut donc compter avec\nle public jusqu’à ce que s’amollisse la harpagonnerie du Conseil\ncommunal. Mais ne croit-il pas qu’un bel opéra allemand satis­\nferait bien des réclameurs? Euryanthe de \"Wéber n’est pas si\ncompliqué, et, laissant même de côté dans cette question de\nménage la sublimité des harmonies wéberiennes, n ’a-t on pas vu\nà Bruxelles le succès d’Obéron ? M. Verellen est animé d’excel­\nlentes intentions; mais peut-être se trompe-t-il sur les légitimes\naspirations du public liégeois. Qu’il fasse ce que bon lui semble :\nses affaires ne sont point les nôtres. Mais nous avons tenu à lui\nindiquer les routes qui, à notre sens, devaient conduire notre\nscène au succès et le public liégeois à de pures et affinées sensa­\ntions d’art.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "IGO\n\n      Théâtre du Pavillon Flore. — Tableau de la troupe :\n                        Administration.\n  MM. Gribouval, régisseur-général; Ernest, secrétaire de la\nDirection ; Jos. Meurice, 1er chef d’orchestre ; Dressen, 2e chef\nd’orch estre, répétiteur.\n                     Opérettes, Opéras-Comiques.\n   MM. Morini, ténor ; Victor, 1er comique, laruette ; Ancelin,\ntrial ; Mignon, comique grime, laruette ; Ludovic, second t r i a l ,\nVillars, 1re basse-bouffe ; Thys, 2e basse-bouffe; Servais, V a il­\nlant, Laverny, coryphées ; Mmes Lesœur, Marcus, chanteuses\nd’opérettes ; Lucy Storm, seconde chanteuse, dugazon ; Lefebvre,\nmère dugazon ; Belini, Briani, Ludovic, jeunes chanteuses ; Noris,\nBresset, Mignon, 2des dugazons ; Thys, Denis, Alice Henry,\ncoryphées.\n                  Drames, Comédies, Vaudevilles.\n  MM. Gangloff, 1er rôle ; Daubrun, jeune 1er rôle, jeune premier;\nFavreux, 1er rôle marqué, père noble ; Bresset, 1er amoureux,\namoureux comique ; Villars, 3e rôle ; Thys, rôles de genre, des 3e\nrôle; Victor, 1er comique en tous genres; Ancelin, jeune 1er\ncomique ; Mignon, comique marqué, des 1ers comiques ; Ludovic,\nsecond comique; Servais, rôles de genre ; Vaillant, Tack, Laverny,\nGalhausen, Stynen, utilités.\n  Mmes Georgette Vioron, 1er rôle ; Steyaert, jeune 1er rôle, jeune\npremière ; F. dA thys, Ire ingénuité, jeune première ; Lucy\nStorm, 1re soubrette, coquette ; Lefebvre, 1re duègne ; Belini, 2e\nsoubrette, des coquettes ; Victor, seconde duègne ; Briani, seconde\ningénuité ; Denis, amoureuse ; Ludovic, Noris, Mignon, Bresset,\nsoubrettes ; Thys, Alice Henry, Beaux, Tack, utilités.\n  Chœurs hommes : 12. — Chœurs dames : 12. — Orchestre : 25\nmusiciens.\n\n  Pour paraître bientôt : H. Malot : Zyp. — Fabre : Mme Fuster.\n—M. Uchard : Joconde Berthier. — E. Renan : L ’abbesse de Jouarre,\ndrame philosophique. — A. Daudet : L ’immortelle. — L. Tolstoï :\nDeux générations. — Ch. Buet : Aubanon cinq-liards.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "             L ’A R T         MODERNE\n\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                  Paraissant le Dimanche\n\n             Abonnement : 10 francs par an\n\n    Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n\n                              LA\n\n\n\n   JEUNE BELGIQUE\nParaissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n           P r ix d’abonnement 7 francs\n\n\n   Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n\n  LA               PLEIADE\n       BEVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n\n                A b o n n e m e n t 12 f r a n c s\n\n    Administration     : 99,     rue    Richelieu , Paris\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "                L ’H Y G I E N E\nen cette saison est d’être convenablement couvert, ni\ntrop ni trop peu, afin que le corps soit toujours dans\nune tem pérature normale, ce qui est le plus sûr\nmoyen de bien se porter; la maison\n\n\n  F. THIÉRY & Cie\nmet actuellement en vente une série de jolis P a r -\nd essu s      d em i-sa iso n     pour   hommes,    et\nh o u p p e la n d e s de dames dont toutes les p e r­\nsonnes soucieuses de leur santé voudront posséder un\nexemplaire.\n\n  Les belles nouveautés pour costumes demi-saison et\nhiver s’amoncellent déjà dans cet important établisse­\nm ent; le s plus difficiles sont sûrs de trouver leur\nchoix parmi les mille dessins reçus. Quant au fini des\nobjets et la modicité des prix, nous n ’en parlerons\npas, pour la belle confection à prix avantageux on\ns’adresse toujours\n              AUX GRANDS MAGASINS DU\n\n\n\nP O N T-D E S-A R C H E S\n                     L IÈ G E\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1886-10-15", "signet_source": "1ère année - N°5 - 15 octobre 1886", "preuve": "Couverture (PDF 162, OCR) : « l re Année. — N° 5. L a liv r a is o n 5 0 c e n tim e s LA WALLONIE 15 Octobre 1886 alden ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}