{"numero_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "20 Novembre 1887.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 164, "texte": "20 Novembre 1887.\n\n\n\n\n                                      LA\n\nWALLONIE\n\n        QUAND MÊME.\n\n\n\n\n                    Des presses de H. 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A HUSTIN\n         B u r e a u x à P a r is . 4 2 , r u e d e C h a b ro l.\n\n             Abonnement : u n a,n, d i x f r a n c s .\n\n  Chaque numéro (16 pages de texte) contient un article\nde M. Roger Ballu.\n\n              V IE N T           DE     P A R A IT R E :\n\n\n\n\nLES FUMISTES WALLNSO        par L . H EM M A .\n\n    Un joli volume petit in-8, imprimé en bistre sur papier crème,\n              orné d'un croquis par Armand Rassenfosse.\n      En vente aux bureaux de la Wallonie : Prix 2 francs.\n\nQuelques exemplaires sur Hollande sont en vente au prix de. 5 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 347, "titre_corps": "Liens occultes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Henrotay", "ancre_debut": "LIENS OCCULTES.                                   II.  L   e   souvenir, cette âpre", "ancre_fin": "son amour.... (A suivre.) AuG. HENROTAY.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES CIERGES.         NGLES  de feu, cierges — Ils", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "LIENS OCCULTES.\n\n                                 II.\n\nL   e   souvenir, cette âpre jouissance, cette amère volupté, cette\n      nouvelle et affinée possession de ce qui fut avec la con­\n      science constante de l’irréparable qui nous en sépare, finirait\nsouvent par céder à cette dernière sensation — et par nous\nétouffer — si nous étions seuls à en supporter le poids, trop\ngrandiose pour la misère de notre nature. Fiévreusement nous\ncherchons des yeux quelqu’un qui, avec piété, a emporté comme\nnous en son âme des reliques du passé. Les souvenirs s’échangent,\nles impressions se communiquent, et dans cette résurrection du\npassé, le trop plein de l’âme s’épanche en un doux soulagement ;\net ce pieux pèlerinage vers le jadis mêlé constamment à la\nperception du présent donne une illusion qui émousse la sensation\nde l’irréparable et insinue une vague espérance là même où\nl’espérance semble impossible.\n   Plongée dans la tyrannie des souvenirs, obsédée par la vision\ndu drame blême où avait sombré tout ce qui était sa vie ; sentant\net voulant sans cesse la présence de Julien à ses côtés, parfois\nsuffoquée par une pensée, une parole, des bouffées de souvenirs,\nainsi vivait Monique.\n   Gontrand Melpas avait dû se rendre quelques fois chez la jeune\nfemme soit pour lui demander un avis, soit pour la mettre au\ncourant des résultats de la publication dont l’avait chargé son\n ami.\n   Et le jeune artiste apportait à Monique une page peu connue\n de la vie de Julien: l’époque des débuts. Il y avait dans ses récits\n ce baume réconfortant qui nous met, palpitants pour les êtres\n chers, à l’affût d’une parole de chaude tendresse ou d’admiration\n que notre orgueil dédaignerait peut-être pour nous-mêmes.\n                                                            22\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "342\n\n   Peu à peu Gontrand et Monique étaient devenus nécessaires\nl’un à l’autre; seul, chacun se sentait incomplet, et il s’établit\nentre eux une sorte d’affection d’autant plus vive qu’elle était\nnée dans la douleur, car Gontrand souffrait aussi cruellement de\nla mort de Julien, son Ami. Et ainsi ses visites s’étaient conti­\nnuées — tout naturellement.\n   Aux yeux de la jeune veuve, Gontrand avait ce prestige péné­\ntrant des choses aimées par ceux qui nous furent chers; puis il\navait aimé Julien, il avait partagé sa vie, ses luttes, il avait reçu\nses confidences, enfin traînait autour de lui comme un parfum de\nl’être disparu. Leur vie autrefois avait été si étroitement liée,\nqu’à présent dans les ténèbres où flottait l’âme de Monique, ils\nlui apparaissaient vaguement confondus; par instants, elle les\n enveloppait tous deux dans une même tendresse, et croyait\n remplir un pieux devoir envers le défunt en reportant sur Gon­\n trand l’amitié qu’il avait eue pour celui-ci.\n    Le physique du jeune homme incitait d’ailleurs à cette confu­\n sion psychique, à ce naïf mensonge d’une âme malade. Frêle, un\n peu féminin avec sa chevelure blonde, soyeuse et comme vapo­\n reuse en son ébouriffement, avec sa figure d’enfant, au teint frais,\n ombrée à peine d’un mince duvet ; les yeux assez grands, d’un\n bleu tendre, avaient ce voile de la rêverie, rideau derrière lequel\n s’isolent les fières méditations. La voix était onctueuse, mate et\n telle que la pensée semblait venir directement à l’esprit de l’au­\n diteur et qu’on n’en percevait le timbre que par une sensation\n rétrospective. Et dans toutes ses manières quelque chose de\n vague, de flottant, d’insaisissable qui s’insinuait magnétiquement\n dans les confiances; dans toute sa personne, un manque de vouloir,\n comme si la pensée avait été à la dérive dans le rêve.\n    Comment se défier de cet être tout en sensibilité, si faible qu’à\n se le figurer aux prises avec la vie, Monique se sentait angoissée?\n N’était-elle pas moralement plus virile que lui, et n’y avait-il pas\n dans son affection une velléité vague de protection, comme un\n parfum de cette fleur de maternité jusque là inéclose chez elle ?\n    Livrée à elle-même, la jeune femme éprouvait un malaise\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "                                                                  343\n\ninquiet et elle ne retrouvait le calme que lorsqu’elle sentait Gon­\ntrand à ses côtés; il était la consolation comme les faibles peuvent\nêtre la consolation, l’appui des forts comme l’enfant le soutien de\nsa mère. Quand sa pensée coulait à l’esprit de Monique, c’était la\nmusique des remembrances et les heures passaient furtives en\nune tiède mélancolie; et il avait ce charme pénétrant de l’amour\nqui ne prétend pas à la conquête.\n   Dans les fièvres de sa chair ardente, alors que lâche était sa\nvolonté dans cet embrasement de tout son être, parfois la jeune\nfemme se demandait épouvantée si un jour elle ne finirait pas par\nsuccomber; mais la présence de Gontrand, en la rappelant au\nculte des souvenirs, suffisait à ramener en elle la sérénité comme\nla prière dans une âme naïve. Ainsi Gontrand semblait à Monique\nune apparition bienfaisante, auréolée de fluidique candeur, et son\namitié pour lui, pensait-elle, s’offrait vers Julien comme un encens\nà la mémoire de celui-ci.\n   Ainsi ce cœur avide d’aimer en était donc arrivé à se justifier\nde ce qui dans la vie est tout spontané et se passe de justification ;\nelle se justifiait alors qu’elle n’eût osé formuler une accusation\ncontre elle-même.\n   Pour Gontrand, il n’avait pas été longtemps à se méprendre\nsur la nature de ses sentiments.\n   Au contact de ce poème de la chair, il avait entrevu un de ces\namours aux crises surhumaines, fulgurantes, un de ces amours\nqui tordent, embrasent, consument, ou qui vous jettent ravi dans\nun infini de jouissance, un amour où la volupté paraît grandie,\nsanctifiée par son excès même. En son âme d’artiste, cette sensa­\ntion était singulièrement affinée par la contemplation extasiée\nde cet esprit d’élite; elle lui apparaissait comme une vivante\nantithèse, comme un affolant paradoxe, poétisée encore par le\ncharme pénétrant et subtil de la tristesse où elle vivait recluse.\nAu bout de peu de temps il s’était donc senti enlever par la\npassion comme une feuille dans une tourmente implacable. Le\nmalheureux se trouvait dans un dédale désespérant : Loin de\nMonique, la vie était pour lui impossible; pourtant, vaguement,\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2204, "texte": " 344\n\n il savait chimérique toute espérance ; il se sentait si faible près\n d’Elle ! Etait-il à ses yeux autre chose qu’un ami ?\n    Pour s’encourager : il allait, se persuadait-il, remplir un devoir\n à l’égard du cher trépassé en prenant sous sa protection cette\n femme qui languissait dans une solitaire tristesse ; mais près d’elle\n il était intimidé par l’austère mélancolie qui traînait autour de\n Monique.\n    Et il était faible, et il était désespéré et quand il évoquait le\n souvenir de l’ami, ses souffrances s’ajoutant à ses regrets, il se\n sentait perdu de volonté, sa voix oppressée voltigeait à peine\n distincte. Il y avait dans toute sa personne un découragement de\n vivre que Monique voulait attribuer uniquement à l’écrasante\n pesée des souvenirs, mais qui la remuait singulièrement. Mais il\n n’osait avouer ses tortures et il repartait désespéré.\n    Ne plus revenir... plutôt l’âpre souffrance et la revoir. S’éloigner,\n chercher le calme... le calme lui faisait horreur. “ La vraie école\n de l’artiste est la douleur, „ se disait-il, pour masquer sa faiblesse.\n Et il revenait.\n    Un jour. \"Il faut à l’artiste quelqu’un qui s’intéresse à ses luttes,\nqui suive pas à pas le douloureux enfantement de ses œuvres.\nL ’amitié? Quel ami peut s’intéresser à nos efforts autant qu’à ses\npropres travaux ? Il lui faut quelqu’un dont la vie soit la sienne,\nil lui faut un appui, car l’artiste est un être faible en raison de sa\nsensibilité et de l’acuité d’impression de ses nerfs. L ’orgueil? Ah !\nOui, lutter, retiré dans son orgueil, est-ce possible ? On relève la\ntête sous les regards, mais qui sait les grincements de dents\néchappés dans la solitude ? La femme seule peut le soutenir ; car\ndans toute femme, outre les caresses de l’amante, il y a les oua­\nteuses délicatesses d’une mère, où peuvent se reposer ses fibres\ndouloureusement vibrantes... „ Gontrand frémit de la témérité de\nses paroles.\"1Je me trahirai ! pensa-t-il, et ce serait me condamner\nà ne plus la revoir. „\n   S’éloigner, il ne savait pour combien de temps; fuir, il ne savait\noù, mais il fallait fuir ! Peut-être... qui sait... peut-être le regrette­\nrait-elle un peu... insensé ! Qu’était-il aux yeux de Monique ?\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "                                                                    345\n\n  Comment vivre loin d’elle ? Mais il le fallait ? “ Il le faut ! Il le\n  faut ! Se répétait-il pour se convaincre. Il le faut ! Et puis ce sera\n  une nouvelle épreuve... et mon art... „\n    Dans une de ces fièvres d’énergie propres aux faibles, il fit ses\n  préparatifs ; puis il se dirigea vers la demeure de Monique avec\n  cette arrière-espérance que son amie aurait peut-être un mot pour\n  le retenir. Il lui annonça sont départ d’un air de résolution\n  résignée, d’abattement enfiévré qui était pour ainsi dire un aveu.\n    “ Vous partez ! Que je vais être seule désormais... „\n    Brusquement, elle se tut, effrayée à ses paroles, sans trop savoir\n  pourquoi. Puis, par un instinct qui nous pousse souvent à noyer\n  dans un afflux de paroles, même maladroites, une première\n maladresse :\n    “ Mon Dieu ! devez-vous absolument partir ? Ce n’est pas pour\n longtemps, au moins.... j ’espère qu’à votre retour vous viendrez\n me sauver... me rendre visite ?\n    — Oh ! oui... „\n    Il y eut un silence oppressant; ils sentaient les idées leur man­\n quer; plus ils les cherchaient désespérément, plus elles leur\n échappaient, insaisissables. Elle eût voulu trouver une phrase\n décente pour le prier de rester; lui frémissait du désir de lui\n exprimer pourquoi il fuyait quand sa vie était près d’elle. Mais\n une grosse émotion s’appesantissait sur eux et leur engourdissait\n l’esprit.\n    Par ce silence troublant et scrutateur, un coup de lumière se fit\n soudain dans l’esprit de Monique et pour la première fois son âme\nfut mise à nu aux yeux de sa conscience.\n    Gontrand ne se sentait ni le sang-froid ni la lucidité d’ esprit\nnécessaire pour amener la jeune femme à entendre l’aveu de son\namour. Il craignait de commettre une maladresse; il eut une\nbrusque résolution et il partit, il s’enfuit presque, en jetant un\nmot d’adieu.\n   La vue soudaine et nette de son amour avait jeté Monique\ndans un tel bouleversement que d’abord elle en eut la sensibilité\ncomme paralysée. Puis la souffrance et la passion se redressèrent\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "346\n\nviolemment devant sa conscience ; elle sentait combien Gontrand\nl’avait pénétrée de toutes parts, combien il faisait partie de son\n existence. Elle avait cru vivre dans la pensée du trépassé, et,\ninconsciemment, elle s’était imprégnée de l’être de son ami, s’était\n abreuvée avec délices à un nouvel amour. Amour sacrilège ! Ah !\nles dernières paroles du moribond, n’était-ce pas une prophétie ?\nElle s’était révoltée alors ! Elle était indigne de Julien ! Ce cœur\ngénéreux avait eu beau s’efforcer de l’élever vers lui, lui donner\n quatre années de bonheur, elle était restée les pieds dans la\nboue ; elle n’était qu’une ingrate ! Et pourtant non, elle l’aimait\ntoujours passionnément, ses regrets n’étaient pas une vile\n comédie.\n   Torturée de remords, elle se replongeait dans le monde des\nsouvenirs: elle revoyait une à une les reliques du passé; elle\nrelisait les œuvres de Julien, se rappelait ses doutes, ses abatte­\nments à tels passages et ses joies, ses élans de confianceà tels\nautres; longuement elle contemplait son portrait, se rappelait\ndes jeux de physionomie. Pourtant l’image de Julien était tou­\njours présente à ses yeux: son regard, ce regard implacablement\nscrutateur de la dernière nuit, l’hypnotisait toujours; mais il lui\nsemblait que tout à coup Julien allait se détourner d’elle : dégoûté\nde tant d’indignité. En lui, elle cherchait le courage, elle implorait\nson secours.\n   Mais l’être de Gontrand avait imprégné tous ces objets; sa\npensée vibrait à chaque page du livre feuilleté ; sa voix autour\nd’elle, bruissait sans cesse pénétrante et magnétique.\n   Les nuits, cet impitoyable combat ne s’apaisait pas; car les\nnuits elle sentait Julien à ses côtés; il revenait l’enlacer, lui\nembraser la chair dans un vain désir jamais satisfait, toutes les\nnuits elle dormait dans ses bras. Par un vol impie ne se dérobait-\nelle pas à lui ? N’était-ce pas l’autre que, angoissée, elle suivait\nen son esprit? Ne le voyait-elle pas, chétif, livré à ses souffrances ?\n   Car elle comprenait maintenant; elle se rappelait des détails,\ndes nuances, des intonations, des tours de phrase, des attitudes\noù, malgré Gontrand, suintait l’amour.\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "                                                                347\n\n  Par des retours brusques : l’aimait-elle réellement d’amour ?\nN’était-ce pas plutôt son amitié inquiète de le savoir souffrant\nlui, le faible, le doux, le tendre? N’était-ce pas la reconnaissance\npour le baume de consolation qu’il lui apportait autrefois, pour le\ncalme que, par sa seule présence, il ramenait dans sa chair. Oui,\nle calme ! Etait-ce de l’amour, cela ? N’était-ce pas lui qui la\nréconfortait, qui la fortifiait contre tout égarement? C’était donc\nune sainte amitié; et maintenant qu’il était loin, elle se sentait\nfaible; seule la présence de Gontrand pouvait lui rendre la paix,\nla rappeler au souvenir du défunt, la rendre tout entière à son\namour....\n     (A suivre.)                          AuG. HENROTAY.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 347, "page_fin": 348, "titre_corps": "Les cierges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "LES CIERGES.         NGLES  de feu, cierges — Ils", "ancre_fin": "des chandeliers d’or. E mile VERHAEREN.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "QUAND           ELLE        RIT.         UAND elle rit, c’est une éc", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "LES CIERGES.\n\n\n      NGLES  de feu, cierges — Ils s’allument les soirs,\n       Doigts mystiques dressés sur des chandeliers d’or,\n       A minces et jaunes flammes, dans un décor\n       Et de cartels et de blasons et de draps noirs.\n\n\n       Ils s’allument dans le silence et les ténèbres,\n       Avec le grésil bref et méchant de leur cire,\n       Et se moquent et l’on croirait entendre rire\n       Les prières autour des estrades funèbres.\n\n\n        Les morts, ils sont couchés très longs dans leurs remords\n        Et leur linceul très pâle et les deux pieds dressés\n        En pointe et les regards en l’air et trépassés\n        Et repartis chercher ailleurs les autres morts.\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 824, "texte": "348\n\n         Chercher ? Et les cierges les conduisent; les cierges\n         Pour les charmer et leur illuminer la route\n         Et leur souffler la peur et leur souffler le doute\n         Aux carrefours multipliés des chemins vierges.\n\n\n         Ils ne trouveront point les morts aimés jadis,\n         Ni les anciens baisers ni les doux bras tendus,\n         Ni les amours lointains, ni les destins perdus ;\n         Et les cierges ne mènent pas en paradis.\n\n         Ils s’allument dans le silence et les ténèbres,\n         Avec le grésil bref et méchant de leur cire\n         Et se moquent — et l’on entend gratter leur rire,\n         Autour des estrades et des cartels funèbres,\n\n\n         Ongles pâles dressés sur des chandeliers d’or.\n\n                                          E mile VERHAEREN.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 349, "titre_corps": "Quand elle rit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fritz Ell", "ancre_debut": "QUAND           ELLE        RIT.         UAND elle rit, c’est une éc", "ancre_fin": "Fritz Ell.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AIR N U PTIAL                                                   pour la Seule        et parmi le", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 824, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "QUAND           ELLE        RIT.\n\n\n      UAND elle rit, c’est une éclosion subite, un épanouissement de\n\n\n\nQ    rose sur ses lèvres. Follement, en fusées éperdues, en claires\n      cadencées de timbres mélodieux, vont s’égrenant ses trilles,\n    légers et gazouilleurs comme une chute de perles — et tout son\ncorps en tressaille, son petit corps douillet de blonde grasse,\nfraîche et blanche comme une pêche d’Août.\n  Quand elle rit, ses yeux se ferment, de petits yeux verts qu’on\ndirait enchâssés dans du velours; et de multiples fossettes se\ncreusent sur son visage, de rondes fossettes aux capricieuses\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 531, "texte": "                                                                    349\n\nallures, qu’on voudrait lui voler au passage, comme des porte-\nbonheurs.\n   Oh! jolies larmes perlées qui lui roulez sur les deux joues,\ntandis que ses blondes mèches s’envolent sous ses spasmes éper­\ndus, puissiez-vous être seules désormais à scintiller sous ses pau­\npières, — sous ces longues paupières que tant de chagrins et tant\nde douleurs ont déjà mouillées.\n                                               F r it z   E l l .\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 349, "page_fin": 350, "titre_corps": "Air nuptial", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "René Ghil", "ancre_debut": "AIR N U PTIAL                                                   pour la Seule        et parmi le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 531, "fin_caractere_exclue": 1419, "texte": "AIR N U PTIAL\n                                                  pour la Seule\n\n      et parmi le millier des ramures du monde !\n      Vaste du manque aux Yeux de regrets du serment\n      qui d’aurore en néant évagueraient sur l’onde\n      la mémoire des mers s’éveille indulgemment :\n\n      eaux d’ingénuités sans rives aux légendes\n      en qui dorment les ans mes plus uniques soirs.\n\n\n      Il me souvient douleurs de nuits à moi guirlandes :\n\n      et mes mains qui seraient les palmes des espoirs\n      Tendent qu’en vérité plus pure que miroirs\n      Mon désert a goûté des ailes les plus grandes\n      le dernier vent de gloire et le seul qui ne ment :\n\n      Il me souvient douleurs de nuits à moi guirlandes\n      Que sur les mains de gel de mes départs d’hivers\n      Ont pleuré vos vrais Yeux aux merveilles ouverts.\n\n\n      par vous l’heur de ma Tête est levé sur les hommes.\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1617, "texte": "350\n\n      Mais au passé qui n’est perdu de paradis\n      (l’une et l’un là haïs de l’ennui de nulle ire)\n      Mais au végétal or des nids et des midis\n      murmurez vous voilant de vos longs doigts de sommes\n      Que vous venez mourir en songes d’univers\n      A ma parole morte à votre lèvre veuve :\n      O l’épouse en vouant aux épines d’hier\n      l’intégral et seul deuil parmi la seule épreuve\n      sœur par l’exil et la malheure de la mer :\n      (l’une et l’un douloureux de vouloir et ne dire)\n      Tressaillant des émois à divulguer l’aveu\n      O l’épouse en quel vent de mille ailes d’adieu.\n\n\n      et parmi le millier des ramures du monde !\n      Vaste du manque aux Yeux de regrets du serment\n      la mémoire des mers s’éveille indulgemment.\n\n      Que le présent de lis et de roses redonde :\n      nous vivons les vainqueurs plus doux que les oiseaux\n      (l’une et l’un là haïs de l’ennui de nulle ire)\n      et sur l’étang longtemps susurrant de roseaux\n      s’évanouissent loin et loin s’évanouissent\n      nos angoisses de plaine et de soir qui languissent :\n      et la moire à longtemps de lumière aux longs plis\n      varie en songes d’air les sourires pâlis\n      au moment qui ne s’est rappelé qu’il est l’onde :\n      et nous ne sommes plus et nous ne sommes plus\n      l’une et l’un douloureux de vouloir et ne dire\n      ardant l’azur muet des sanglots impollus\n\n      Ah nous ne dirons quoi que ne dira le monde !\n\n\n      Vaste du manque aux Yeux des regrets du serment\n      la mémoire des mers s’éveille indulgemment.\n\n  Octobre 87.                                R en é GHIL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 351, "titre_corps": "Résurrection", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "RÉSURRECTION   D es torpides nuits du ni", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 414, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 1021, "texte": "RÉSURRECTION\n\n\nD\nes torpides nuits du nivescent boréal,\n Oh ! puissent résurgir les Gloires opalines\n des soleils lustrant tes prunelles sibyllines,\n efflorescence d’or blémi de floréal !\n\n\n Ton Triomphe, serti de brocart idéal,\n royalement s’éploie aux plis des mousselines,\n et ton émoi se pâme aux violes câlines\n dont t’atteste l’espoir de mon serment féal.\n\n\n Voici mourir en les soirs d’or l’astre du rêve :\n Voici renaître l’aube où la tendresse brève\n languit lente et dolente au creux des violons !\n\n\n rumeur perpétuant ta pamoison charnelle.\n Oh ! un peu de la nuit qui serait éternelle !\n Un peu du soir qui saigne au cœur bleu des vallons !\n\n\n                                 A c h il l e       DELAROCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 352, "page_fin": 355, "titre_corps": "Water colours", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "W ATER           COLOURS.                                                                A Jules Destrée.                              Ca r n a v a", "ancre_fin": "noire de monde apparaît la Place.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PLUIE.                                                   A Joris Karl Huysmans.                            Ou", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 415, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "W ATER           COLOURS.\n\n                                                              A Jules Destrée.\n                             Ca r n a v a l .\n\n\n V   OIX lointaines an lointain éteintes — voix lointaines fati­\n      guées chantant la dernière chanson — claires notes des\n      masques dans la rue noire aux vitrines closes — rouges ;\nblancs verts et jaunes, appels de plaisir — éclats de rires aigus —\nbeuglements des trombones assourdissants et crin crin des vio­\nlons, intrigues bruyantes, engueulades au café dans l’affairement\ndes garçons et le miroitement des lustres dans les glaces ; cos­\ntumes de tous temps et de toutes couleurs, reines et mousque­\ntaires, sultans, cocottes et cocodettes, clowns bariolés à la\nbouche rouge comme une blessure, blancs pierrots déambulant les\nmains aux poches. Arlequins noirs et roses colombines — Masques,\névocateurs de la fantastique et douce cité de Bergame où, dans un\ndéluge de soies et de moires blanches, dort Pierrot le grand Roi\nblanc....\n  Voix lointaines au lointain éteintes — voix lointaines brisées,\nchantant la dernière chanson — le carnaval d’aujourd’hui et le\ncarnaval de toujours.\n\n\n\n                        PRINTEMPS.\n                                                        A Paul Tiberghien.\n\n                                         F lo w e rs frail as th e Clouds and in\n                                              th e ir c o lo u rin g as g o rg e o u s as\n                                             th e H eavens.\n                                                        T hom as    de   Q u in c e y .\n\n\n«fi\n      E printemps radieux, la joie et l’espérance et ainsi que l’eau\n      L\n       des sources, dans le bruit des cascades coulent les doux\n       arpèges chantant le renouveau, la joie et l’amour dans la\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "                                                                                          353\n\nsoudaine expansion des cœurs. Le printemps des fleurs qui\ns’entr’ouvent et des arbres qui bourgeonnent, le vert tendre des\ngazons naissants et l’enveloppante caresse des premiers soleils.\nReviennent les ciels bleu d’azur avec les blancs nuages éclatants,\npareils à des fragments de torses gigantesques — les ciels gris,\nde ces gris lavés d’aquarelle, les ciels gris d’où tombent les pluies\nfines et chaudes qui verdissent les parcs, les grands parcs où de\nblancs amours joufflus retiennent en leur bras le cou des cygnes.\n\n\n\n                    VIEILLE VILLE.\n                                                                   A Iwan Gilkin.\n\n                           Beuglant sur la cité sa clam eur rauque et m orne\n                           Le veilleur sur la tour a soufflé dans sa corn e.\n\n                                             (L e v e i l l e u r , I . G i l k i n . )\n\n\n   ix   heures du soir — le mouvement cesse — les bruits s’a­\n\n\nD     paisent et meurent peu à peu dans Louvain la Ville —\n     Louvain la vieille — Louvain la Catholique, la Ville aux\nCouvents et aux Béguinages, aux Eglises et aux Chapelles mul­\ntiples. — Noire et sombre dort Saint-Pierre, la majestueuse cathé­\ndrale, évoquant la ferveur terrible des siècles passés, avec les\nlumières multicolores des petites maisons collées à ses flancs, la\nfaisant semblable à une noire couronne constellée de gemmes.\n   Le Béguinage ensuite — un carré de petites rues blanches aux\nmaisons blanches, où vivent et prient les âmes mortes, les âmes\nmortes des petites vieilles au manteau noir à capuchon — glissant\ncomme des ombres dans les rues silencieuses.\n   Puis les vieilles rues, les vieilles rues aux vieilles maisons avec\nleurs toits de tuiles rouges et leurs pignons en escalier — et les\nponts sur la rivière avec l’attirance horrible et triste de l’eau\nnoire, coulant rapidement avec le bruit doux d’une plainte, et la\nluisance d’une fenêtre au loin apparue longuement reflétée dans\nl’eau qui fuit.\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "354\n\n   Glissant légèrement au ciel, la lune doucement sort de dessous\nles nuages, illuminant les fenêtres dentellées de l’Hôtel de Ville,\ntandis que coupant le silence au loin dégringolent les carillons et\ncorne la trompe du veilleur.\n  Dans le clair de lune qui fait miroiter les toits d’ardoise et\nargente d’une ligne indécise les légers remous de la rivière dort\nLouvain la Ville.\n\n\n\n            KERMESSE FLAMANDE.\n\n                                                           A André Fontainas.\n\n                         T ournez, tourn ez bons chevaux de bois\n                         T ournez cent tours, tournez m ille tours.\n\n                                      (V e r l a i n e .   R om ances sans p aroles.)\n\n\n    ANS\n    D      la tombée du soir, troublant l’habituel calme des Di­\n      manches, un grouillis de monde descend vers la Place.\n      Couturières alertes et calicots parés, servantes et bonnes\nau bras de leurs soldats, bourgeois endimanchés encerclés de\nfamilles glapissantes. Tout cela court, se bouscule, crie et chante\ndans les sifflets modulés d’appel, le roulement des fiacres encom­\nbrés et les beuglements rauques de la corne du tram à vapeur.\n   Enguirlandée de lumières, vacillants lampions et lanternes\nvénitiennes, dans l’assourdissement des coups de grosse caisse,\net l’éclat des pistons avec l’odeur nauséabonde et fade des fri­\ntures — noire de monde apparaît la Place. Tournent et tournent\nles chevaux de bois, au son de la flûte, au son du. tambour, gon­\nflant les jupes et tournant les cœurs. Crépite le bruit sec des\ncarabines et grincent les cordes des balançoires, dans les provo­\ncations des musculeux hercules au caleçon de velours noir cou­\npant le maillot rose. Glapissent les marchands de cristaux et de\nporcelaines, hurlent les chefs Peaux-Rouges, s’inclinent des photo­\ngraphes exhibant des portraits au milieu des coups sourds des\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 473, "texte": "                                                                                     355\n\ndynamomètres. Et tandis que des gens se déboutonnent devant\ndes tables poisseuses... la lune se cache derrière un nuage.\n  Enguirlandée de lumières, vacillants lampions et lanternes\nvénitiennes dans l’assourdissement des coups de grosse caisse,\net l’éclat des pistons avec l’odeur nauséabonde et fade des fri­\ntures — noire de monde apparaît la Place.\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 357, "titre_corps": "Pluie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Destrée", "ancre_debut": "PLUIE.                                                   A Joris Karl Huysmans.                            Ou", "ancre_fin": "et Londres 87. 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Et maintenant c’est le calme du soir,\n      dans la chambre attiédie où le silence n’est troublé que par\nle tic-tac régulier de la pendule, et comme si elle-même était\nfatiguée, mollement et doucement tombe la pluie, chantant la\ndouce chanson humide, effleurant les toits mouillant la terre avec\nle bruit mou de baisers envolés. Par moments elle redouble,\nbattant les vitres, rebondissant sur les toits de zinc et l’on croi­\nrait entendre alors le bruit sinistre des vieux meubles craquant\ndans les nuits sèches.\n   Le bruit cadencé d’un pas au loin, qui se rapproche, se rap­\nproche, passe bruyamment devant le volet fermé et s’éloigne en\ns’adoucissant sur le trottoir humide.\n   Tout le jour il a plu... Sous le ciel d’un jaune sale d’où tombe\nl’averse, des parapluies glissent sur les trottoirs luisants polis\ncomme des glaces, des gens sautent dans des flaques d’eau, ges­\nticulant derrière les trams qui filent doucement pareils à de\nblancs corbillards. Les mains aux poches, des gavroches sifflent\nréjouis, tandis que des femmes, les jupes retroussées, traversent\nles rues en courant et que des gens bien mis se réfugient sous\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2208, "texte": "356\n\nles porches, pendant que des rosses traînant des fiacres crottés\nse réfugient vers les gares.\n   Vers les gares     Dans le continu va et vient des voyageurs,\nl’affairement des commissionnaires et des employés empilant des\nmalles, les déchirants appels des locomotives et les heurts sourds\ndes plaques tournantes, tout un monde lointain surgit brusque­\nment devant moi en même temps que reviennent adoucies, en\ngrisailles, des impressions de pluies entrevues en voyage.\n   C’est sur le Rhin d’abord, près de Mayence. Un nuage qui\ncrève brusquement au-dessus d’un petit bateau à vapeur, brouil­\nlant tout, l’encerclant complètement des grosses gouttes d’une\npluie chaude qui ne mouille pas. Et tout à coup le soleil perçant\nles nuages blancs illumine la pluie, et là-bas dans la verdure, ses\nrayons éclairent en plein les ruines d’une vieille tour, pendant que\ns’arrondit lentement l’arc-en-ciel aux sept couleurs.\n   La scène change brusquement. D’un jaune uniforme est devenu\nle ciel et c’est à Londres, un jour de brouillard, sur le London-\nBridge. Tristement une petite pluie froide tombe sans bruit,\ntransperçant les affairés qui se hâtent vers la Cité. Sur le pont, un\nentrecroisement continu de véhicules de tous genres, camions\nsurchargés de caisses en bois blanc estampillées de lettres noires,\nhandsoms et cabs pressés filant rapidement dans le bruit des\nfouets qui claquent, les appels répétés des conducteurs, mettant\ndes taches lumineuses dans ce paysage sombre, roulent pesam­\nment les omnibus, les grands omnibus de toutes couleurs.\n   Par dessous, éternellement coule la Tamise. Des deux côtés\ns’alignent les docks se continuant en une ligne grise qui là-bas,\n au coude que fait le fleuve, insensiblement se perd dans le brouil­\nlard. Des grues s’abaissent et lentement remontent en l’air avec\n de lourds ballots qui tournoient, des tonnes roulent sur les ponts\nluisants, des caisses glissent et s’empilent dans les caves dans un\nva et vient d’hommes de tous pays pliant sous des fardeaux de\ntoute espèce. Des vapeurs sifflent, horriblement, tandis que de\ngrands transatlantiques crachant une fumée noire par leur chemi­\n née rouge se préparent pour le retour aux pays inconnus, merveil-\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 525, "texte": "                                                                                                         357\n\nleux, si lointains  si lointains. C’est le calme du soir dans la\nchambre attiédie où le silence n’est troublé que par le tic-tac\nrégulier de la pendule. Au loin, le bruit cadencé d’un pas qui se\nrapproche, se rapproche et passe bruyamment devant le volet\nfermé en s’adoucissant sur le trottoir humide.\n\n    Marcinelle et Londres 87.                                       GEORGES           DESTR ÉE.\n\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 357, "page_fin": 365, "titre_corps": "Quelques œuvres d’art (Cologne et Francfort)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "QUELQUES ŒUVRES                                                     D’ART                             (C O L O G N E E T F R A N K F O R T ) ( 1) .                                                                                              C", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 420, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 525, "fin_caractere_exclue": 2152, "texte": "QUELQUES ŒUVRES                                                     D’ART\n\n                           (C O L O G N E E T F R A N K F O R T ) ( 1) .\n\n                                                                                            Cologne.\n\n\n      Cologne\n      A         seulement on peut connaître et apprécier l’un\n      des grands artistes de l’Allemagne : S t e p h a n L o c h n e r .\n      L a cathédrale renferme son œuvre la plus importante : le\n\nDombild et au musée rayonne son chef-d’œuvre : La Vierge\ndans un berceau de roses. D’autres tableaux existant dans cette\nville ou dispersés sous de douteuses attributions dans d’autres\ncités d’Allemagne, confirment, sans rien y ajouter, l’admiration\néprouvée devant ces œuvres magistrales. Car c’était un maître,\ncertes, le vieux S T E P H A N et son nom mériterait plus de gloire. Il\nest à peu près ignoré, et de l’artiste lui-même les biographes\nsavent bien peu de chose : qu’il fut contemporain des frères Van\nEyck, et, par une note indignée des Mémoires de Dürer, qu’il\n\n\n    (*) Ce n ’e st ici — à p e in e b eso in d e le d ire — q u e n o te s c u rsiv e s fixant les\nso u v e n irs e t l’in d ic a tio n d’é tu d e s à fa ire . P lu s ie u rs des ta b le au x de F ra n k fo rt\nd e v ro n t ê tre ain si à n o u v eau d é c rits e t m is en d u e lu m iè re d a n s l’o u v ra g e s u r\nles P rim itifs italiens au q u el tra v a ille n t MM. J u le s e t G eorges De stré e e t qui n e\np a ra îtra sa n s d o u te pas a v a n t q u elq u es a n n é e s.\n                                                                                               25\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "358\n\nmourut dans la misère, au milieu de l’indifférence de ses conci­\ntoyens, et c’est à peu près tout. Nul érudit n’a encore, que je\nsache, porté la lumière en ces obscurités, et de même que tant\nd’autres maîtres primitifs, S T E P H A N L o c h n e r n’a laissé que\nses oeuvres pour nous parler de lui.\n   Ce serait pourtant un bien intéressant problème de l’histoire de\nl’art en notre pays que de déterminer l’influence des imaigiers\nde Cologne sur l’école flamande; et Maître Stéphan pourrait être\nl’objet d’une fort curieuse étude. Il est la définitive floraison, l’épa­\nnouissement merveilleux et synthétique d’une vivace école d’art,\ntrès peu connue d’ailleurs, mais qui renferma cependant, durant les\ndeux siècles qu’elle dura, des artistes de précieux talent : M a î t r e\nW lL H E L M , le M A Î T R E -D E -L A -P A S S I O N -D E -L Y E S B E R G , le M A Î T R E -\n\nD E -L A -M O R T -D E -M a r i e dont le Musée de Cologne possède de\nremarquables œuvres. Déjà au commencement du X IV e siècle,\ncette école s’était distinguée et était renommée. Très certainement\nnos premiers flamands la durent connaître et sans doute ils en\nreçurent des leçons. On s’est souvent étonné jadis de ne pas trouver\nde précurseurs aux maîtres gothiques, et très logiquement il ne se\ncomprenait guère comment des artistes parfaits et qui depuis ne\nfurent jamais dépassés, avaient pu succéder brusquement à la\nbarbarie des enlumineurs. Qu’on songe à l’école de Cologne et le\nmystère s’éclaircit. Là sont les initiateurs et cela est si vrai,\nqu’après Maître Stephan, ils deviennent à leur tour les élèves et\nles imitateurs des Flamands. Subjugués par le génie des grands\npeintres de Bruges, ils s’en inspirent jusqu’à perdre toute origi­\nnalité. Ce n’est qu’un peu plus tard et en d’autres lieux que le\ngénie germain se reprend, retrouve des accents personnels et res­\nplendit magnifiquement chez L U C A S C r a n a c h et A l b e r t D u r e r .\nPour découvrir le lien qui unit les uns aux autres tous ces artistes\nchers, démêler les contacts et les influences, rechercher les ori­\ngines des beaux-arts en Hollande et en Flandre, et montrer, pour\nl’art allemand, la marche du rêve indécis, enfantin, et si pur! de\nM a î t r e W i l h e l m au réalisme grandiose et suggestif de D ü r e r ,\n\nle Musée de Cologne fournirait des renseignements nombreux.\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "                                                                  359\n\n   Tandis que se prélasse, dans les confortables galeries de l’étage,\nl’imbécile cohue des toiles modernes, les Primitifs sont au rez-de-\n chaussée dans des salles obscures, mal éclairées, presque des\n caves. Les tableaux, sur plusieurs rangs, sont défavorablement\n exposés et il faut un certain temps pour apercevoir au milieu du\npêle-mêle des médiocrités recueillies sans discernement, la\nvingtaine d’œuvres excellentes et hautement attirantes qui s’y\ntrouvent. Quel enchantement que le L o c h n e r ! Une douce Vierge,\nvêtue d’une opulente robe d’un bleu profond, aux plis moelleuse­\nment cassés, couronnée et auréolée, tenant sur ses genoux l’enfant\nnu, et assise,avec une tranquille majesté, sous un berceau de roses\ndont les tiges fleuries grimpent capricieusement et se détachent\nnettement comme une ciselure, sur le fond d’or. Quelques lys,\ndroits au milieu des roses, et le gazon s’étoile de marguerites et\nde pensées. Des deux côtés, d’adorables angelots, petites têtes\ninnocentes, au sourire ravi, aux corps impalpables et dans des\nattitudes de céleste ingénuité, leurs ailes frêles pour l’adoration\nrepliées, assis ou à genoux, chantent et jouent d e la harpe, de la\nguitare. La couleur, harmonieuse et chaude, est admirable. Et\nc’est ainsi ces roses et ces fleurs, ces bleus, ces blancs et ces ors,\nces harpes et ce concert mystique, et ces regards de chérubins,\nune émotion d’art rendue d’une manière aussi complète que\npossible, une pondération unique de sensations diverses et\ncombinées — un merveilleux chef-d’œuvre !\n   Le Dombild qui orne l’une des chapelles de la cathédrale, est\nbeaucoup plus considérable, mais moins parfait. C’est un grand\ntableau à volets dont le panneau central figure une Adoration des\nMages. Sur les volets sont peints, extérieurement, une Annoncia­\ntion, intérieurement à, gauche Sainte Ursule, à droite Saint Géréon,\ndeux saints particulièrement vénérés à Cologne. — Marie est à\ngenoux, en prière, quand l’archange lui annonce sa haute destinée;\nc’est une toute jeune fille, d’une candeur absolue, et son geste\ningénu, en se retournant à demi, est charmant de surprise et de\npureté.— Très pure et très candide aussi la Sainte Ursule, marchant\nau supplice entourée de ses compagnes ; elles ont des figures pou­\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": " 360\n\n  pines aussi rondes et naïves et insouciantes que celles d’enfants\n  de six ans. Parmi elles contrastent deux énergiques et méditantes\n têtes d’évêques, robustement peintes et qui semblent mieux com­\n prendre toute l’horreur du martyre prochain. — Saint Géréon, sous\n  sa bannière, est cuirassé de fer et suivi de ses hommes d’armes.\n C’est la douceur encore, mais virile et résolue, la douceur d’un\n guerrier qui est un saint.\n     Et dans le grand tableau, c’est la mystique douceur toujours,\n dans la mère regardant son fils, dans l’enfant déjà grave qui lève\n la main pour bénir, dans le vieux mage au nez crochu qui se\n posterne adorant, dans l’autre, qui présente les offrandes sym­\n boliques, et dans les gens de la suite où une tête de jeune homme\n aux cheveux longs a une grâce toute florentine. Le tout\n habilement groupé et ordonné, avec de justes perpectives et un\n modelé savant, sans gaucheries ni défaillances. La couleur\n d’une prodigieuse richesse : il y a là un bel amour des armures\n seigneuriales, des étoffes princières, des chatoyants velours et des\n soies brochées d’or, des manteaux bordés de fourrures, une solidité\n et une sûreté de peinture pareilles à celle de nos beaux gothiques.\n    La Vierge est à peu près semblable à celle du Musée. C’est\n d’elle, si chaste et ineffablement douce, que rayonne toute cette\ndouceur, sur les fronts ridés des vieillards et les allures sévères des\nguerriers. Elle est d’un genre de beauté très spécial, un type parti­\nculier à L O C H N E R qu’on reconnaît vite une fois vu. Très mystique,\noh ! oui ! d’un mysticisme de “ pauperes spiritu „, au sens\névangélique, dans un corps sain, des joues rondes et roses, une\npensée calme et simple, ignorante du mal, bonne et tendre, et\nconfiante dans le Seigneur, type sans grande profondeur peut-être,\nmais très personnel et irréprochablement rendu ; sa création\naurait dû suffire, si l’injustice des postérités n’était chose aussi\nbanale que l’inintelligence des contemporains, à immortaliser, à\ncôté de M E M L I N G et de l ’ A n g e l i c o , ce très sincère artiste :\nS t e p h a n L o c h n e r qui, dans une œuvre plus restreinte, mais avec\nune aussi complète originalité, sut, comme eux, exprimer un\nadmirable rêve de douceur et de sainteté !\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "                                                                     361\n\n    .... On entre, à Ste-Marie-au-Capitole, par un cloître, une\n galerie basse et sombre qui entoure une cour carrée. Par les\n ogives des fenêtres aux anciennes verrières, on aperçoit la verdure\n des arbres, — et le ciel. C’est une paix profonde, une vague ob­\n scurité, un recueillement qui dispose l’âme à la prière. Et puis\n s’ouvre l’église fastueuse et toute chantante de couleurs. Sur des\n fonds de verts et bleus apaisés, partout aux murs, aux voûtes, des\n visions pâlies de sujets pieux, des anges, des apôtres, des saints,\n les tuniques droites des enfants et des femmes, les symboliques\n attributs et dans le fond un éblouissement d’or, d’émail, de pierres\n précieuses, de soieries et de marbres qui est l’autel. L ’impression\n est beaucoup plus forte que celle de la tant célébrée cathédrale,\n c’est autrement splendide et tout aussi religieux.\n    A gauche de l’autel, devant quelques vieux bancs de chêne\n poli par les fidèles, un extraordinaire Christ, affreux et superbe.\n Il est d’un réalisme effrayant tel que ceux d’Espagne, et c’est un\n artiste qu’affolait la souffrance de son Dieu qui l’a ainsi étrange­\n ment sculpté. Pas de croix, un arbre trifourchu, grossièrement\n coupé, sur lequel on a cloué le corps, avec d’énormes clous qui\n ont déchiré les muscles et broyé les os,, les côtes effroyablement\n saillantes, tout le corps souillé de sang, la plaie béante au côté,\nles bras et les jambes atrocement maigres et crispés dans des\n convulsions d’agonie, et la tête, pitoyablement couronnée de\nrudes épines, tombe sur l’épaule, épuisée en un spasme épouvan­\ntable ; plus rien de céleste ne s’y perçoit, c’est l’esprit qui défaille,\nl’âme qui succombe et qui s’envole devant l'accablante torture\nde la chair, plus rien qu’une exaspérée expression de corporelle\ndouleur : ce Christ, blasphématoire, a une figure de bandit indi­\nciblement souffrant. Tout son corps tordu a l’air d’être réel et\nséché dans son martyre. Quel fut l’audacieux artiste qui sut avec\ncette véhémence et cette barbarie, si puissamment dire l’humaine\nangoisse de la chair? De quand, de qui cette monstrueuse et\nsauvage sculpture ?...\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "362\n\n                                                              Frankfort.\n\n\n   Le musée de Frankfort, l’Institut Staedel, sans être très\ngrand, est néanmoins l’un des plus intéressants et des plus variés\nd’Europe. Il vient immédiatement après ceux des capitales et\nrenferme plus d’un chef-d'œuvre qu’ils pourraient lui envier.\nUn journal — une des formes de réclame est à présent\nl'absurdité ; plus c’est bête, plus ça fait d’effet, témoin le mani­\nfeste des cinq à Zola ! — un journal disait dernièrement que la\nplupart des attributions du musée Staedel étaient fantaisistes et\nfausses. Pour ceux qui admirent l’œuvre et non la signature, il\nétait à peine nécessaire de démentir ce bruit qui n’a pu être\nfondé que pour quelques toiles insignifiantes; et d’ailleurs ces\nerreurs sont peu probables : il suffit de parcourir le catalogue\npour voir avec quelle prudence, quel soin et quelle science il a\nété dressé; et de même les tableaux sont exposés dans un logique\nclassement, presque tous en belle lumière, avec un goût parfait,\ntrop rare pour ne pas en faire l’éloge.\n   Peu de grands noms manquent à la très riche collection ; elle\ns’enorgueillit de la plupart de ceux que consacre l ’unanime\nrenommée : R e m b r a n d t , H a l s , R u ben s , V a n D y o k , etc., et\npour les artistes délicats, elle a quelques trésors, moins souillés\nd’admirations banales, quelques œuvres uniques qui en font\nl’inoubliable charme et l’exceptionnel attrait. Ainsi, dans les\nHollandais, au milieu des BRAUWER, des H OBBEMA, des Steen de\nhaute qualité, se détache un F a b r it iu s superbe qn’on reconnaît\nde suite sans hésitation, du même puissant pinceau que la tête\nd’homme de Rotterdam. Oh, oui ! certes, c’est bien de ce même\nadmirable et très grand artiste dont on ne sait rien et à propos\nduquel les érudits discutent depuis longtemps. On a trouvé et\ncatalogué des œuvres si médiocres signées de ce nom mystérieux\nque l’on admet généralement qu’ils furent deux à le porter. En\ntous cas, c’était un robuste peintre que celui qui si largement,\nchaudement, grassement, entoura d’air et de lumière, anima d’une\nintense vie cette singulière tête d’homme, glabre, aux cheveux\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "                                                                           363\n\nlongs, une fossette au menton, de profonds yeux noirs résolus et\nrailleurs, sous un vaste chapeau de carnaval, une tête ayant eu\nson énergie, des accents féminins et dans le regard comme le défi\nd’un audacieux déguisement.\n   Il y a encore un beau V e l a sq u e z : une petite princesse dans sa\nrobe blanche, l ’air d’un petit cadavre bouilli, fardé, pomponné,\nd’une grâce si exquisement artificielle et souveraine ! Des\ngothiques : un J e a n V a n E y c k , cette peinture calme, sereine, si\nsimplement s’élevant au-dessus des contemporains et de tout\nl’avenir qu’on la dirait faite pour l ’éternité; puis un P e t r u S\nCh r is t u s , un Gé r a r d D a v id , des V a n d e r W e y d e n , S tu er ­\nBOUT, M em lin g , V a n Or l e y , M e t s y s , tous ces maîtres qui\nportèrent en nos pays l’art à un si suprême niveau que ne put\njamais atteindre plus tard la grande école flamande, comme on dit\ndans les académies. — E t aussi des Allemands : LOCHNER, les\ndeux H ans H o l b e in , le vieux et le jeune, A m b e r g e r , D ürer\net surtout de CRANACH-LE-VIEUX : une petite femme nue, ou\nplutôt déshabillée, encore coiffée et parée de b ijo u x , d’une\nafféterie précieuse, un peu maniérée, juste assez pour indiquer sa\nhaute culture, charmante !\n  Enfin une salle d’italiens renferme, à côté des CARRACHE et des\nGUIDO R e n i inévitables et qui sont, comme d’habitude, épouvan­\ntablement mauvais, des MANTEGNA, PERUGIN, DEL P IOMBO,\nG io r g io n e , T itie n , B e l l i n i , assez ordinaires, mais encore des\nmerveilles de maîtres peu connus et un chef-d’œuvre à adorer à\ngenoux. C’est d’abord une douce et tendre Madone de PESELLO;\nune autre de BALDOVINETTI, ce maître si rare : une exquise vierge\ntrès jeune et très fraîche, comme une légende de Heine, se déta­\nchant sur un fond de dentelle, une dentelle de roses rouges et de\nlys blancs sur des tiges fantaisistes et noires; une Annonciation\nfort bizarre de CRIVELLI, avec un archange flamboyant, à la tête\nde Gorgone, aux ailes semblables à du fer forgé couvert d’yeux et\nde bijoux agenouillé, dans des architectures géométriques comme\nen un Crane ou un Mellery; un Saint Sébastien d’ANTONELLO DE\nMESSINE, un jeune homme tout jeune, au torse nu où sont entrées\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": " 364\n\n  des flèches cruelles et dont une enfantine envie de pleurer contracte\n la douce figure; une Sainte Catherine de C E S A R E D A C e s t o , aux\n  cheveux d’or, une résignation si pleine de rêveries; une belle\n  Madone de C a r p a c c i o , d’une chaude lumière ambrée, avec des\n  enfants superbes, des enfants qui deviendront certainement des\n sénateurs de V enise, la plus belle des Républiques, la seule où\n l’on puisse être sénateur sans ridicule; encore une de B O T I C E L L I ,\n  et de ce très grand artiste que je révère comme l’un des premiers\n parmi les premiers : un portrait de femme, en profil, un peu plus\n grand que nature, une Rosalinde fantasque et ravissante, d’une\n féminité contournée, un peu folle, à admirer longtemps, long­\n temps...\n    Et tous ces chefs-d’œuvre ne sont cependant que des œuvres\n secondaires à côté d’un énigmatique tableau que le catalogue,\n sous le n° 13, attribue à l’école florentine (XVe siècle) :\n    Une femme, un portrait sans doute. Sur un fond noir olivâtre,\n d’un ton chaud et sourd, discrètement choisi et avec un goût sûr,\n se détache le buste, la tête et le haut du corps tournés un peu vers\n la gauche. Une draperie blanche la coiffe, tombe sur l’épaule et\n passe autour du cou, ainsi qu’une écharpe jetée avec une négli­\n gence savante. Des branches vertes de buis, tressées en couronne,\n enroulent la fantaisie de leur feuillage sombre au-dessus de ce\n voile de vierge, sous lequel, un bandeau de chatoyante soie aux\nreflets irisés de nacre et d’opale serre les cheveux. Des deux\n côtés, ceux-ci ruissellent leur cascade blonde et dorée, en vrilles\nténues, méticuleusement tortillées, la plus bizarre et princière !\ncoiffure qui se puisse imaginer. Au milieu du front, droit et pur,\n est maintenu par un fil d’or comme un fragile diadème, un bijou\nfait d’une grosse émeraude entourée de perles et un autre fil\nmince en collier, laisse pendre, jusqu’entre les seins, un second\nbijou : des rubis et des pierres noires. Dans la main droite, la\nseule vue, une main souveraine d’infante, d’une délicatesse\nadorablement mièvre, elle tient d’un geste frêle, entre le pouce et\nl’index, cinq fleurs, trois pâquerettes et deux pensées sauvages\naux longues tiges. La poitrine à demi découverte montre des\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "                                                                   365\n\nseins naissants, à peine formés, des seins de garçon et toute\ncette chair est d’un sexe ambigu, d’une gracilité d’éphèbe et\nd’une féminine élégance, androgyne qui inquiète et fait rêver.\nMais comment dire combien inquiètent et font rêver l’étrange\nregard et le mystérieux sourire de cette inconnue qui semble\ns’avancer d’un mouvement silencieux, félin, comme un glissement\nde déesse ou de fantôme, l’œil fixé sur vous, irrésistiblement\ncharmeur, charmeur vers des abîmes. Lèvres minces fermées sur\nleur secret, bouche mignonne et dure qui se refuse au sourire, et\nces yeux, ces yeux qui vous interrogent, qui vous attirent, qui\nvous fascinent, vous poursuivent, ces yeux dominateurs ! Oh !\nL ’effrayable perversité de cette enchanteresse ! Méfiez-vous de sa\nbeauté, de sa douceur, de sa séduction, c’est celle pour qui\nd’affreux martyres seront soufferts, pour qui l’on se tuera, celle\nqui impérieusement, avec sa volonté puérile et inexorable, voudra\nde l’amour, du sang et des larmes et dont l’indifférence suprême\nn’aura pas de pitié. C’est l’enfant si frêle chargée de plus de\nsouvenirs que si elle avait mille ans ; c’est, merveilleuse et terrible\norchidée, la floraison alanguie d’une civilisation sublimée et\ndécadente — Oh ! tant plus noblement que nous ! — qui a poussé\nle raffinement artiste jusqu’aux degrés extrêmes, voisins de la\nmort consolatrice de l’ennui de vivre !\n    De qui ? nul indice. Cette peinture est en dehors de tout. Seuls\nles Léonard sont comparables comme quintessence et suggestivité,\nmais ceci est autrement morbide et tarabiscoté et dans le faire,\nplus primitif et moins parfait. La couleur du fond, le dessin de la\nmain, certains détails, nous ont fait penser à PIERO DELLA F r AN­\nCESCA. Peut-être ? — Sans plus chercher, respectueusement,\nj ’admire.\n    Mais quelle folle dérision que la justice et la gloire quand on\nsonge, le front courbé, que nul ne pourrait dire le nom de ce\nmaître raffiné et subtil, et que son œuvre, l’un des plus beaux\ntableaux qui soit au monde, se trouve, presque ignorée, dans un\npetit musée de province !\n                                                J ules DESTREE.\n      Septembre 1887.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 366, "page_fin": 371, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Parnasse de la Jeune Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE.                        ---        LE PARNASSE DE LA JEUNE B", "ancre_fin": "Albert MOCKEL.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "WALLON ET FRANÇAIS. 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Francis Coppée — à côté des petites pièces caramélisantes,\nquelques noms d’une musique qui rayonne, et la fierté de vers\nsignés Gilkin, Hannon, Severin, Arenbergh, Giraud, V an Ler­\nberghe et Maeterlinck.\n   Je ne veux faire ici l’analyse détaillée des talents divers épars\nen ce grand in-octavo du Parnasse. Je trébucherais à des redites\nd’autant plus fastidieuses que la plupart des pièces publiées dans\nle Parnasse ne sont pas inédites (quelques-unes ont déjà paru\ntrois et même quatre fois).\n   Car la Jeune Belgique — et je suis loin de l’en blâmer — a gra­\npillé partout les épices du nouveau gâteau qu’elle offre au public.\nA l'Étudiant et à la Basoche, elle a pris des vers de Paul Berlier;\nà la Wallonie, quelques pièces de Fernand Severin et de Georges\nGarnir (qui signait Girran jadis); enfin la Pléiade, une très artiste\nrevue parisienne, morte l’an dernier, a fourni trois des plus beaux\npoètes du recueil: MM. Charles Van Lerberghe, Grégoire Le Roy\net Maurice Maeterlinck. Vous le voyez, le titre Jeune Belgique ne\ndoit pas être restreint à sa signification ordinaire.\n   Ces divers emprunts ne pouvaient qu’être loués. On en a fait\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "                                                                       367\n\n d’autres, et moins heureux. A côté des huit ou neuf noms intéres­\n sants, un pareil nombre de médiocres se sont glissés — dont\n quelques-uns étendent largement les coudes, inutiles et même\n encombrants; non sans mérite pourtant, puisqu’ils servent de\n repoussoir ; et puis ils bouchent tant bien que mal les trous, les\n larges trous faits au cœur de la Jeune Belgique par la défection\n de trois anciens, trois des meilleurs: Georges Khnopff, Emile Ver­\nhaeren et Georges Bodenbach. Ceux-là, tous les Montenaeken et\nles Gillion du monde, réunis, ne pourraient les remplacer. La\n Jeune Belgique s’en apercevra.\n   Il lui reste, pour se consoler, quatre beaux poètes des premiers\njours : V an Arenbergh, Hannon, Gilkin et Giraud. Et encore !\nV an Arenbergh, depuis ses Sonnets, et Théo Hannon, depuis ses\ntriomphantes Rimes de joie, ont si peu produit pour l’Art que\nleur présence au Parnasse semble un hommage posthume. Mais\ncombien attirantes étaient leurs productions ! Hannon, avec sa\nrouerie retorse et pimpante, paraît avoir quintessencié quelque\nThéophile Gautier pervers. Van Arenbergh fait rouler dans ses\nvers la chute de belles voix lourdes, heurtant les images d’une\ncarrure solide. Malheureusement, — et ce défaut devient saillant\nici, — il n’a su donner à son Art l’empreinte de sa personnalité,\net l’influence de Leconte de Lisle est trop visible pour n’être\n pas dénoncée.\n   Mais au-dessus de tous se dresse Iwan Gilkin, et sa silhouette\nmorale de poète qui voit et souffre. Bien plus qu’Albert Giraud,\ndont il paraît l’initiateur, il connaît le secret des larges rythmes\nfrôlant, de leur geste amer, les pensées de trouble. Ses vers ont\ndes harmonies profondes et sinistres, et, sous leurs teintes\nglauques, on devine le savant rictus d’un sourire sardonique, mau­\nvais... — Iwan Gilkin m’apparaît comme un vrai poète et sa\nsupériorité sur les autres Jeunes Belgique, diffusée en des pièces\npeu nombreuses et dispersées, cette supériorité que longtemps\nnous avons été seuls à annoncer, se dessine maintenant au petit\nmonde des lettres avec une clarté indiscutable (1).\n\n  ( 1) Tém oin l’article paru dans l’A r t m oderne, le 23 octob re.\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "368\n\n   Albert Giraud m’a fait l’impression contraire. Disséminés dans\n les livraisons de la Jeune Belgique, ses vers vivaient d’une vie\n plus personnelle. Réunis, ils perdent une partie de leur force,\n d’autant que l’ordre alphabétique a fatalement rapproché Giraud\n de Gilkin; mais certaines pièces gardent tout leur bel éclat de\n gemmes, comme les Cuirs de Cordoue, les Tribuns, Lohengrin.\n   Parmi les derniers venus, brillent surtout Charles Van Ler­\n berghe et Pernand Severin, puis Maurice Maeterlinck et Grégoire\n Le Roy, enfin Paul Berlier et Valère Gille.\n   M. Van Lerberghe représente presque seul, avec MM. Le Roy,\n Maeterlinck et Severin, la forme littéraire nouvelle. Ch. Van\n Lerberghe surtout est grand trouveur de jolis rythmes, d’images\n voilées, avec, sur toutes ses productions, comme l’ombre trans­\nparente d’un passé caressant. Je le connaissais de la Pléiade, et\nma grande estime pour son talent est restée entière, — d’autant\n que les pages signées de son nom dans le Parnasse sont des\nrééditions de cette même Pléiade. Il faut lire et goûter longue­\nment les Lys qui filent, Au bois dormant, Songe, et chercher dans\nla Pléiade Au bois rêvant, que le Parnasse n’a pas jugé bon de\nreproduire avec les autres.\n   Grégoire Le Roy est plus inégalement beau, mais certes d’un\ntalent à signaler. Plusieurs très belles pièces de lui brillent dans\nle Parnasse. Je cite : Vieille Ville, Vers l’oubli et la Bonde de\nvieilles. Maurice Maeterlinck, — un poète à lire et à apprécier —\ndonne au Parnasse quelques impressions d’une finesse veloutée,\net des morceaux de valeur parmi lesquels : Tentation, offrande\nobscure, Reflets, et surtout Lassitude. — Je regrette que le\nmanque de place m’interdise d’analyser d’une façon plus précise\net de comparer avec méthode les personnalités de Charles Van\nLerberghe, Maurice Maeterlinck et Grégoire Le Roy. Il y aurait\nbeaucoup à dire, certes, et quelques lignes pointillées à tracer\nentre eux; — d’ailleurs Georges Rodenba.ch s’est jadis chargé de\ncette tâche, et avec une sûreté qui me fait défaut.\n   Quant à Pernand Severin, il mérite une attention spéciale. Les\ndivers fragments de son Lys ont une unité remarquable, et de\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "                                                                                 369\n\nforme et de pensée. Son vers est tiède, nuancé de rayons fins,\ntransparent, d’une lenteur frêle qui fait songer à des apparitions\nde jeunes filles aux détours de longues allées. Ah, s’il voulait\nsecouer sa dernière timidité parfois hésitante, s’il s’attachait\ndavantage à éclairer le rythme intérieur — qu’il néglige un peu —\nquel beau poète nous aurions ! Beaucoup de ses pièces du Parnasse\nont paru dans la Wallonie. Quelques-unes sont nouvelles, et des\nmeilleures. Mais je renonce au plaisir de les analyser, pour\ntranscrire un fragment de l’étude lui consacrée par le Journal de\nLiège, dans un très bel article de Maurice Wilmotte (1) :\n   “ J ’ai déjà cité Pernand Severin qui a fait ses premières armes\ndans la Wallonie et qui a ici quelques pièces de haute allure, éton­\nnantes de profondeur et d’harmonie, les Las d’aimer, la Mort des\nPoètes, l’ Oubli et surtout le Vallon où se retrouve une préoccupa­\ntion psychologique qui, si l’on excepte quelques pages d’Amiel,\nsemblait perdue depuis les Consolations de Sainte-Beuve, mêlant\nà des impressions de la nature un ressouvenir du monde moral,\nqui fait avec elles une association intime et pénétrante. „\n\n   “ Ce procédé, qui demande une délicatesse et une acuité de\nsensation extraordinaires, est assez général dans une école nou­\nvelle, encore peu goûtée des lettrés et ignorée du grand public,\nmais qui n’en a pas moins apporté une note étrangement vibrante\ndans la littérature de ces dernières années. „\n   “ Les élèves de Mallarmé et de Verlaine, pour ne pas nommer\nles autres, sont nombreux chez nous; la Wallonie, de Liège, s’est\nfaite hospitalière pour les recevoir, et un intéressant article de\nM. Ernest Mahaim a introduit son petit monde de lecteurs dans les\n“ Paradis artificiels „ de cette nouvelle religion. Ce qu’on pour­\nrait reprocher, à première vue, à ces novateurs, c’est de n’avoir\n\n\n  ( 1) M . W ilm otte, avec une bienveillan ce ou trée, regrette l’ absence au Par­\nnasse de   deux   des nôtres.   Son am itié p our nous le     trom pe.   Les deux\n« W allonie » dont il parle ne pouvaient — m êm e en laissant de cô té leur\nvolon té propre — colla b orer au Parnasse. L’ un d ’ eux n ’a plus écrit de vers\ndepuis des années, chez l’autre, les vers ne sont qu’ a ccessoires à la prose.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": " 370\n\n lias un programme bien établi et d'enseigner sans Evangile de\n leur foi(*). Le Traité du Verbe de M. Ghil n’est guère qu’une\n brillante variation qui fait songer aux traités de la cabale et de­\n manderait un commentaire abondant. Mais déjà l’on devine, à\n travers les arabesques troublantes de son style, une puissance\n nerveuse du sentir, qui est peu commune et qui suppose une orga­\n nisation toute particulière. „\n    Je passe rapidement sur les noms de MM. Paul Berlier, V alère\n Gille, André Fontainas et Georges Garnir— quelques belles pages\n de ce dernier figurent seules au Parnasse, et encore sont-elles\n extraites de La Wallonie. Et, fermant le livre, je me demande\n quel frisson d’art nouveau nous a révélé la Jeune Belgique ?\n   Nous pouvons, en toute loyauté, distraire du Parnasse, MM. Van\nLerbergbe, Le Roy et Maeterlinck, dont les poésies sont emprun­\ntées à la regrettée Pléiade ; Georges Garnir et Fernand Severin\nsont des invités. Il reste la forte personnalité d’Iwan Gilkin, qui\nporte au front la marque de Baudelaire, et chante de très beaux\ncantiques sur les modes anciens; Albert Giraud, qui écrit de\nbeaux vers à la façon de Banville ou de Baudelaire; enfin Max\n\"Waller qui récite agréablement un Henri Heine d’importation.\n   Mais de tout cela, que sort-il, quel parfum “ JEUNE-Belgique „ ?\nOn a repris, et parfois très bien, ce qui se faisait en France\nau temps du premier Parnasse. A notre époque de recherches\nfiévreuses, nous voulons du neuf; et l’on nous donne des réédi­\ntions. Hélas, j ’en ai peur, les parnassiens français ont rempli chez\nnous le rôle de Gérard de Lairesse en Hollande ou des frères\nVan Eyck en Allemagne. Au musée de Cologne, dans certaines\n\n\n  (*) Ceci n ’ est pas très exact et pas très net. La règle de l’ é cole nou velle est\nla liberté com plète laissée à la fantaisie de l’ artiste : le rythm e intérieur dom i­\nnant   le rythme extern e, chez les d iscip les de Verlaine surtout. — Jules La­\nforg u e et Gustave Kahn, par    exem ple. — P our les autres, il y a en ou tre un\ntravail p olyp hon ique de syllabes suggérant, par leurs sons et leurs      divers de­\ngrés   de lum ière, les images et les    associations d ’ idées qui a ccom pagnen t,\ncom m e leur atm osphère p rop re, le dessin des idées tracé dans la phrase. Voyez\nles arts poétiques de Verlaine, Ghil et Moréas.\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 956, "texte": "                                                                 371\n\nsalles, les murs sont tapissés jusqu’au plafond d’un quintuple\nrang de toiles qui sont du V an Eyck tiré à des centaines d'exem­\nplaires. En Belgique, nous avions espéré un plus profond renou­\nveau des lettres; qu’en est-il advenu? Un charmant sonnet de\nGiraud, imité des Romances sans paroles de Verlaine, je crois,\nest intitulé V ARIATIONS SUR UN VIEIL AIR ; comme il pourrait\nservir à désigner — sans ironie — l’art en faveur à la Jeune-\nBelgique ! On hésite, on se défie des formes nouvelles, on piétine\nreligieusement la trace des devanciers, et, tandis qu’à Paris le\nchevalier Walther chante orgueilleusement son hymne de Jeu­\nnesse, à Bruxelles les habiles maîtres-chanteurs de la Jeune-\nBelgique se regardent, parlementent et s’indignent, sous l’œil\npensif du seul Hans Sachs : Iwan Gilkin.\n                                             A l b e r t MOCKEL.\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 371, "page_fin": 375, "titre_corps": "Wallon et français", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "WALLON ET FRANÇAIS. LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE WALLONNE. (Suite.) II. Ces considérations", "ancre_fin": "CÉLESTIN DEMBLON.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HYMÉNÉE. ANS les nuées bleues de l’encens", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 434, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 956, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "WALLON ET FRANÇAIS.\n\nLE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE\n                     WALLONNE.\n                               (Suite.)\n\n                                 II.\n\n   Ces considérations me mettent à l’aise devant les 586 pages du\nbulletin.\n   Après un intéressant vocabulaire wallon-français, avec figures,\ndu tendeur aux petits oiseaux par M. Ach. Jacquemin, médaille\nde bronze, vient l’important travail (complété par ceux de Me\nColson et de MM. Delarge et Kinable) de M. Joseph Defrecheux,\nmédaille d’or,sur les comparaisons wallonnes.Travail de recherches\nminutieuses et souvent pénibles. Il comporte, en 250 pages, 1250\ncomparaisons escortées de commentaires soignés et précis. Qui vint\nd’ poïe grette, disent nos campagnards. Le Recueil des comparaisons\npopulaires, tiré à part, a sa place dans les bibliothèques wallonnes,\nprès du volumineux recueil — qu’il complétera — de MM. Jos.\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "372\n\nDejardin, N. Defrecheux, Delarge, Le Roy, etc. : le Dictionnaire\ndes spots ou p roverbes wallons, paru en 1863.\n   Remarquablement fait aussi, par M. Jos. Dejardin, l’examen\ncritique en 40 pages des huit dictionnaires wallons-français, —\ncomplets ou non — de Cambresier, Forir, Grandgagnage, etc., du\ndictionnaire français-wallon de Gust. Gauthier, et de maints voca­\nbulaires et glossaires. L ’auteur n'a pas volé l’honneur de présider\nla Société liégeoise de Littérature wallonne. Il connaît “ à l’idée „\nles recoins du vieil et séduisant parc dont il est jardinier-chef. Il\nest regrettable seulement qu’un si docte homme ait rétabli la tor­\nture à l’usage de la langue française. Ah ! s’il s’agissait d’une opéra­\ntion neuve où l’épiderme ravissant et lumineux de la glorieuse belle\nserait curieusement et dextrement percé, où elle sourirait la pre­\nmière à voir les jeux inattendus de ses roses jets de sang, passe\nencore ; mais il s’agit de la grosse barbarie du trépan préhisto­\nrique! Plus ne sommes au temps des cités lacustres, M. Joseph\nDejardin, et la langue française est une maîtresse qui a droit à\nnos plus émues attentions. V otre amour exclusif du wallon, qu’on\ns’explique, ne vous justifie pas entièrement: vos préface et juge­\nments auraient dû être écrits dans cette dernière langue, plus\n“ suppliciable „ et moins tourciveuse : car la belle, qui n’est pas\nplus bête que ses ennemis, se venge affreusement : elle leur rive\npour jamais au cou, en s’enfuyant dans un éclat de rire, l’épais\nsquelette grimaçant qu’ils voulaient faire d’elle !\n   Voici — avec la mention honorable en un acte d’Al. Peclers,\nLi Lot da Gègô, vrai fœtus de la pièce suivante, — voici Tâti li\nPerriquî, de M. Edouard Remouchamps. Pour avoir à grand bruit\nredoré le blason de la Société de Littérature wallonne, qui atten­\ndait depuis longtemps l’occasion de recruter des membres, son\ndéficit prospérant chaque année en dépit des subsides, — pour\navoir aussi aidé les pauvres, chose étrangère à la littérature, —\ncette “ comèdeie-vaudeville ès treus ak „ est singulièrement loin\nd’être un chef-d’œuvre. Son succès de circonstance, soutenu par\nune excellente interprétation, stupéfierait sans ces motifs. Aveugle\nqui verrait là le mouvement wallon ! Par exemple ce qui stupéfie,\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "c’est la trouvaille d’un M. Vict. Chauvin, rapporteur, que l’auteur\nde cette pièce semée d’invraisemblances et bâtie sur trois pointes\nd’aiguilles,a le “ génie de l’invention „!! — Insister, ce serait être\nplus cruel que M. Dejardin. Le brave M. Chauvin démontre victo­\nrieusement par cette affirmation — et d’autres d’une égale légèreté\npesante — qu’il ne soupçonne même point l’essence du génie des\ngéants de la scène : Eschyle, Shakespeare, Molière. Le mérite de\nM. R emouchamps est d’avoir évité un défaut devenu commun ces\nvingt dernières années, celui de franciser le wallon. Sa langue est\nun peu grosse, mais pure. Et d’un pittoresque souvent heureux.\n Tâti li Perriqui, pièce de quatrième ordre, rappelle parfois — avec\nmoins d’aisance verveuse — la langue du charmant petit Thêât'\nLidjwet du siècle dernier, quatuor d’œuvrettes naïvement hardies,\nd’un parfum local intimement enchanteur, les deux premières\nsurtout dont je signale à M. Chauvin “ l’invention. „ Comme, à un\nmoindre degré, celle de Pol Lambert, de Joseph Demoulin. — Dans\nl’intérêt suprême de l’art, il faut endiguer certains engoûments\ndu public. Liège, malgré son intelligence finement sensée, a parfois\ntrop d’indifférence et parfois trop d’élan. Voici quelques années\ns’est levé parmi nous un jeune artiste comme n’en vit jamais la\nWallonie : le sculpteur Achille Chainaye. Typha, Rive paisible,\n Terre féconde, ont bien (ici) cinq cents admirateurs. Tâti li\nPerriqui en a des milliers ! Tout se rétablira sans doute, mais ces\nchoses-là n’en sont pas moins immenses et tristement égayantes...\nLe rapprochement m’a paru curieux.\n   Entre autres rapports sur des travaux non couronnés, un éclate,\npositivement impayable, page 545. De M. Eug. Duchesne. Il fau­\ndrait tout citer ! M. Duchesne a examiné avec MM. Nihon et Dory,\nune pièce en un acte : On Scandale. La “ manière „ de cette pièce\ndiffère de celle de nos auteurs connus ; il doit donc s’agir d’un\njeune, au moins fort oseur, d’aprèsce que laisse transpirer le joyeux\nrapport. Eh bien, il est évincé sous prétexte de deux invraisem­\nblances — selon M. Duchesne et ses flambeaux — alors que les\ntrois actes de Tâti en comptent huit, proportion plus forte ! Tâti\na la médaille d’or; On Scandâle pas même, prodige, une misérable\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "374\nmention ! ! Conséquence : la pièce n’est pas publiée, ni l’auteur\nconnu. Enterrée ! enterrée sous une critique monumentalement\nétroite qui va jusqu’au reproche d’immoralité : on sait ce que cela\nveut dire. Et, notez, malgré une malveillance qui serait coupable,\nsi elle n’était pas inconsciente, MM. Duchesne et Cie relèvent\ndes mérites et des traits peu communs; ainsi, ces exquises paroles\nd’une jeune fille :\n                In’ rôse droviette ni s’ rissère nin ;\n                Et m’ cour vis est droviet.\n\n   Non, pas même une misérable mention ! Si je ne me trompe fort,\nl’auteur est quelqu’un. Qu’il publie immédiatement On Scandâle,\nnous verrons bien.\n   Restent les concours : conte en vers, chansonnette, crâmignon,\nsatire, etc. Sauf un conte exhilarant — moral, celui-ci, Monsieur\nDuchesne ? — du fraternel et regretté G. Delarge, et les diversifiés\ncouplets de M. Joseph Kinable, toute la place est occupée par\nM. Henri Simon, plusieurs fois médaillé d’argent. A qwinze an\nest la meilleure de ses six pièces, puis viennent F ât batte li fier\n tant qu’il est chaud, A bourlâ! et Sov’nance.\n   Ces jolis couplet et “ respleu „ de la première :\n\n          Qwand so l’vcspreie li vint m’appcitte l’odeur\n                         Dès doux clawson,\n          Ji d’vins totte triste et çoula fait m’bonheur\n                        Sins nolle raison.\n\n                 Qu’est-ce qui çoula vout dire,\n                 C’est-st-on ma qu’fait dè bin ;\n                 On mâ qu’est-st-on plaisir\n                 C’est çou qu’ji n’comprinds nin.\n\n   M. Henri Simon est personnel avec sa grâce sérieuse et sa\nnetteté surveillée. F igurez-vous un Dehin moins endiablé, mais\naussi moins faiseur d’embarras gratuits, et plus littéraire ; puis\nlà-dedans quelques gouttes, heureusement diluées, de Simonon :\nvoilà M. Henri Simon.\n   Ces pièces et d’autres, réunies un jour, grossiront l’humble et\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "                                                               375\n\ntouchante collection des vrais poètes wallons. M. Henri Simon\nest au premier rang de ceux qui vivent, avec M. Emile Gérard\ndont l’observation cordiale et drôlatique a tant de fois diverti\nle public et dont la pièce hors concours, Ine allumette int' deux\nfeu, figure non au bulletin, mais à l’annuaire de 1887.\n\n\n                                   CÉLESTIN D E M B L O N .\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 375, "page_fin": 376, "titre_corps": "Hyménée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Cantoni", "ancre_debut": "HYMÉNÉE. A N S les nuées bleues de l’encens", "ancre_fin": "Juillet 1887. Maurice CANTONI.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PETITE CHRONIQUE. M. Waller et le Pillage", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 438, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "HYMÉNÉE.\n\n\n    A N S les nuées bleues de l’encens qui s’échappe en vaporeuses\n\n     spirales des cassolettes d’or, parmi l’étincellement des orne­\n     ments sacrés et de la tache rouge des brocarts, elle s’avance,\nla blanche Epousée, de son allure aérienne de nymphe, si blanche\net si gracieuse dans sa nuageuse parure, qu’on dirait un ange\nvêtu de lumière, une couronne d’étoiles au front.\n   Au passage du nuptial cortège, un frémissement passe sur\nla foule amassée. Et le chant d’hyménée retentit dans la nef\ngothique, comme le concert des anges célébrant les éternelles\njoies et les ineffables délices.\n\n  Celle qu’il aima d’une tendresse de culte, la Vierge qu’il adorait\ndans le recoin le plus secret de Son cœur, comme en un sanctuaire\ninviolable, vient de passer devant Lui, radieuse et chaste, la joie\nnimbant son pur visage d’une divine lumière. Et Son pauvre cœur\nnavré souffre et se désespère, et des larmes brûlantes comme des\ngouttelettes de feu tombent lentement de Ses yeux enfiévrés.\n  Et, dans une douloureuse stupeur, longtemps après que le\ncortège s’en est allé, tandis que le temple est retombé dans son\nmajestueux silence, il contemple son pur et cher Idéal, agonisant\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 216, "texte": "376\n\nlà-bas dans le choeur, à la place où tantôt la blanche Bien-Aimée\nrayonnait dans la lumière, au milieu des agenouillements.\n      Juillet 1887.                            M au ric e CANTONI.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 376, "page_fin": 380, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE. M. W a l l e r e t l e P il l a g e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 439, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 216, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n\n                      M. W a l l e r e t l e P il l a g e .\n\n\n   C’est parfaitement ça. Sans nous, pauvre Wallonie, jamais\nM. Waller n’eut consenti à dévoiler l’infamie de son ancien ami.\nNon, il fallait que cette gaffiste de Wallonie relevât intempesti­\nvement son accusation, tout comme si l’on en jetait de pareilles\nsans espoir de les voir relever. Le truc est connu, aussi c’est à\ntrès bon escient que nous avons demandé des explications, et ici\nc’est lui qui très inconsidérément est tombé au piège. Car enfin,\ncomment nous expliquera-t-il que dès le mois d’Août nous\neussions été avertis de la préméditation de sa peu honnête ma­\nnœuvre et de l’occasion où il la voulait faire agir. Nous ne\ndiscuterons même pas la sottise fluide de son argumentation. On\nne défend personne contre des insinuations si infâmes, soutenues\nde témoins aussi contestables... pour employer un terme poli.\n   Mais ce qui nous dépasse, c’est de voir M. Waller se faire\nl’exécuteur de ces basses œuvres. La Jeune Belgique tout entière\nn’est-elle pas encore souvent une vaste école de pastichage et\nM. Waller, si rigoriste, que pensera-t-il de :\n             Vieilles comme l’azur et comme la clarté\naprès :\n             Vaste comme la nuit et comme la clarté.\n  Si je cite ici cet exemple au lieu de mille autres qu’il ne serait\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2276, "texte": "                                                                     377\n\npas bien difficile de trouver, c’est que le premier vers est de l’un\ndes meilleurs d’entr’eux, Giraud, et le second de quelqu’un qu’ils\nconnaissent fort bien, Baudelaire. Mais peut-être est-il permis de\npiller Baudelaire alors que la moindre ressemblance entre deux\nou trois passages d’un poète qui a fait dix mille vers et quelques-\nuns de Verlaine ou Mallarmé, constitue le délit que M. Waller\nfrappe de toute la sévérité de son mépris, alors même que\ncette ressemblance est purement imaginaire.\n   Et d’ailleurs, pourrait-on priver M. Waller de ce salut littéraire\ndont il se montre si farouche dépositaire? Littérairement eut-il\njamais une existence ? Il s’est assez présomptueusement imaginé\nque la Jeune Belgique, c’était lui-même et personne d’autre. Il a\ntoujours joué le rôle le plus ridiculement odieux, attaquant de\ntraits sournois, mauvais et lâches, tous ceux qui semblaient devoir\nintercepter la gloire de son soleil blafard. Haineux raté, il a\npoursuivi de son dépit tout ce qui s’est refusé à servir à ses\ndésirs, ses ambitions ou ses vanités. Plus d’une humiliation l’a déjà\npuni, mais il est incorrigible. Il ne se rend pas compte de ce que sa\nnotoire nullité est son seul préservatif contre les pieds qui se\ntendent vers son échine et les giffles qui planent dans l’air qui\nl’entoure. Il n’a jamais été que la mouche du coche, mais une\nmouche venimeuse blessant le fort cheval qui veut désembourber\nle chariot mal dirigé. D’une revue, à l’origine vive et intéressante,\nil a fait le dépotoir de ses haines et de ses rancunes. Peu à peu\nla sympathie s’est retirée du groupe qu’il s’obstine à repré­\nsenter si maladroitement. Beaucoup, par dignité, s’en sont allés.\nQuelques-uns, par la force de l’habitude, sont restés, mais le\ndésintérêt est partout.\n   Que M. Waller ne s’imagine pas que nous voulions entamer\nune polémique. Non, ainsi ne nous plaît-il pas. Sa réponse, s’il\nen fait une, nous la connaissons d’avance : Ses procédés sont\ncertains. Mais ne voulant défendre un pur et grand poète qui\ns’oppose à toute espèce de justification, nous nous contentons\nde prendre M. Waller en flagrant délit de malpropreté.\n                                              L a W a l l o n ie .\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "378\n\n\n\n   A signaler au Conservatoire une heureuse innovation. Mettant\nà profit sa nouvelle salle, l’administration a organisé, outre les\nconcerts habituels, une série d’auditions dont le programme sera\nrempli par les élèves et les professeurs. Avec les excellents artistes\ndont nous disposons, pour les archets surtout, on peut espérer un\nrésultat sérieux; le malheur — et c’est hélas fort à craindre —\nc’est que ces auditions viendront peut-être servir de piédestal à\ntoutes les productions plus ou moins officielles de nos compositeurs\ndiplômés et décorés. Il faudra montrer beaucoup de tact et user\nd’énergie pour rationner la place à certaines personnalités encom­\nbrantes.\n   Voici le programme des séances projetées:\n   Le 26 novembre, concert préparatoire. Nous y entendrons Mme\nLandouzy, Eugène Ysaye le violoniste, et son frère Théophile\nYsaye, qui interprétera au piano les Variations symphoniques de\nCésar Franck. Ce concert est donc une seconde édition partielle,\ntrès heureuse, du concert de Verviers.\n   Le 24 décembre, distribution des prix et concert ordinaire. On\nparle d’y exécuter un admirable Requiem de H. Berlioz. Mais\nl’œuvre, d’une très grande difficulté, sera probablement postpo­\nsée au second concert pour lequel nous aurons le célèbre d’Albert.\nLe violoniste Joachim viendra probablement au 3me.\n   Voici la liste provisoire des auditions:\n   Jeudi 10 janvier,\n     „      9 février,\n     „      8 mars,\n     „     19 avril.\n  Mais on parle de changer quelques dates, et de prendre la\nsoirée du dimanche au lieu du jeudi.\n\n                                     *\n                                 *       *\n\n  Voici un concert Wallonie auquel nous convions nos amis. MM.\nVictor Kuhn et Joseph Maris le donneront le 2 décembre, à la\nSalle de la Société d’Emulation.\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "                                                                                 379\n\n   J. Maris, — le très méritant violoniste dont nous avons déjà\nfait l’éloge — et les compositions de Victor Kulm seront les plus\ngrands attraits du programme. Nous avons entendu déjà un trio\nqu’on doit y exécuter. C’est une œuvre intéressante de musique\nde chambre : la musique de chambre, si peu cultivée en Belgique,\nmalheureusement! Il y a là non pas un morceau superficiel, mais\nde franches idées musicales revêtues d’une forme au tissu fine­\nment ouvré. Et le trio ne sera point seul : nous avons entendu\naussi un concerto de Kuhn pour saxophone-alto (*), très travaillé et\nd’une belle allure. Nous y avons remarqué surtout l’emploi judi­\ncieux des cordes, et la fusion de la partie du soliste avec celle des\narchets; l''andante sort vraiment de l’ordinaire et nous croyons\nfermement au succès de nos amis.\n   Yoici d’ailleurs le programme du concert :\n   Mlle V an Daele, cantatrice, — un talent fort peu connu ici — ne\nnous a pas confié ses projets. Mais J. Maris jouera l'adagio du\ndeuxième concerto de Wieniawsky, une sonate de Grieg, et une\nsonate de J. S. Bach pour piano et violon; Victor Kuhn, pianiste,\nun adagio et un rondo d’Etienne Ledent; M. Félix Kuhn interpré­\ntera un Concerto de V. Kuhn et une Fantaisie; enfin viendra le\ntrio de Victor Kuhn.\n\n                                         * *\n\n    On nous annonce mystérieusement l’apparition prochaine d’un\njournal d’art hebdomadaire. Un groupe de nos jeunes artistes\nillustrera chaque numéro et le reste de la feuille sera rempli par\n des articles de critique, des contes en prose, etc. Si l’enfant tient\nles promesses du père — l’ami Ghilain de Macar — et si le\nnouveau canard ouvre bien larges ses ailes vers l’art jeune, nous\n l’accueillerons avec joie; d’ailleurs la présence, parmi les collabo­\nrateurs, des “ Wallonie „ Auguste Donnay, Nestor Gérard, Henri\n\n\n  (*) I1 ne faut pas se laisser arrêter à un m ouvem ent d ’ indifférence p our l’ in­\nstrum ent d ont il s'agit. Le saxop honiste F élix K uhn,— le frère du com p ositeu r\n— est un artiste véritable, qu’ il faut écou ter.\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1229, "texte": "380\n\nSimon, est un présage non douteux, et dès maintenant nous\ntenons à souhaiter au nouveau-né la bienvenue la plus cordiale.\n  L ’oiseau à demi couvé prendra son vol après le premier con­\ncert du Conservatoire, — donc à la fin de ce mois.\n                               *\n                              * *\n   On nous annonce comme devant paraître en novembre, une\nnouvelle publication d’art : La Revue musicale et dramatique,\nbi-mensuelle. Le prix d’abonnement est de 12 francs par an pour\nla Belgique, avec réduction de 5 francs pour les professeurs de\nmusique, les élèves des conservatoires et le personnel des théâtres.\nOn s’abonne, 26, rue de l’Industrie, chez Mme ye Monnomm.\nNous souhaitons la bienvenue à notre nouveau confrère.\n                                 *t\n                                * *\n  Notre collaborateur Zénon Etienne prépare un poème sympho­\nnique dont le sujet est emprunté aux Noels flamands de\nC. Lemonnier.\n                                 x\n                               * *\n  L ’Emulation nous promet pour cet hiver un programme de\nconférences panaché. Il y aura du très bon et du très drôle.\nCitons : Alb. Giraud, Catulle Mendès, J.-K. Huysmans, Alphonse\nAllais, — Jules Verne et Max Waller.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 444, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1626, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                             H .      Z E Y E N .\n             137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                    LIÈGE.\n\n      Spécialité d ’agrandissement à la lumière électrique.\n\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n              P la c e du T h é â tr e , 11, L iè g e .\n Porte-cigares en écume de mur, ambre et racine de bruyère.\n   — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n   exécutés en ‘24 heures.\n                      RACCOMMODAGES.\n\n\n\n INDE M\n      . SERRURIER-BOVY\nPERSE RUE DE L'UNIVERSITÉ, 38\nCHINE A R TIC LE S L I E ORFÈVRERIE\n                         G E\n\n\nJAPON MÉNAGE              ARGENTÉE\n              H.        lOIVIiER.BURM ET,\n                          48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      A G E N T     G É N É R A L     P O U R    L A   B E L G IQ U E     D E    L A\n\n                  P E IN T U R E             F R A N Ç A IS E .\n   Cette Peinture, préparée à base de céruse et d ’ huile de lin, est toute prête à\ne m p lo y e r; elle est brillante et sicca tiv e. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent com p osé com m e celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son em ploi sur boiseries, m urs, m eubles de fer ou bois, grosses\nvoitures, e t c ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de co n se r­\nver en bon état leur m atériel a gricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr. 1-10.\nAllum ettes Suédoises (Kaiser-Holzer), 20 fr. les 1000 boîtes\n     »      Nilson, bout noir,      fr. 9-50 les 1000 boîtes\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "2e ANNÉE, No 10.", "ancre_fin": "ureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "E n v o i", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "2e ANNÉE, No 10.\n\n\n               L A W A L L O N IE\n  REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n\n     A bonnem ent        : 5 f r . par an. Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n                                                E rn est     MAHAIM,\n                                                Albert       MOCKEL,\n            Comité de Rédaction             ‘\n                                                P. M. OLIN.\n                                                M a u r i c e SIVILLE.\n\n\n                   Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "E n v o i", "ancre_fin": "t i m b r e s - p o s t e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "E n v o i d ’u n   n u m é r o    s p é c i m e n    c o n t r e   5   0   e n t i m e »\n                          e n    t i m b r e s - p o s t e .\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-11-20-n10-206", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 735, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "SOMMAIRE :\n\nAug. H enrotay . . . .                       Liens occultes.\nEmile Verhaeren                     . . . Les cierges.\nF ritz E l i ............................. Quand elle rit.\nRené Ghil.............................Air nuptial.\nAchille Delaroche                   . . . Résurrection.\nGeorges Destrée.                    . . . Water colours.\nJules D e str é e ................... Quelques œuvres        d’art.\nM aurice Cantoni.                   . . . Hyménée.\n                             Chronique littéraire :\nA lbert M ockel................... L e Parnasse de la Jeune Belgique.\nCélestin Demblon . . . Wallon et français.\n\n\n                                Petite Chronique.\n\n\n                     Un numéro 5 0 centimes.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 402, "texte": "20 Novembre 1887.\n\n\n\n\n                                      LA\n\nWALLONIE\n\n        QUAND MÊME.\n\n\n\n\n                    Des presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liège.\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "L ’INDÉPENDANCE M U S I C A L E E T DRAMATIQUE\n          Revue paraissant le 1er et le 15 de chaque mois\n    Abonnement : un an 2 4 francs, six mois 1 3 francs\n        Bureaux : 1 8 ,          rue Guénéyaud , 1 8 , Paris.\n\n          L A     J E U N E       B E L G IQ U E ]\n    Paraissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n               P r i x    d ’a b o n n e m e n t   7   f r a n c s\n     Administration : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n           L ’A R T M O D E R N E\n   Revue critique des Arts & de la Littérature\n                         Paraissant le Dimanche\n                Abonnement : 10 francs par an\n     Administration : 20, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n            L A          v i e     a   r   t i s t i q        u      e\n Courrier hebdomadaire illustré des ateliers et des expositions\n                      D i r e c t e u r . A HUSTIN\n         B u r e a u x à P a r is . 4 2 , r u e d e C h a b ro l.\n\n             Abonnement : u n a,n, d i x f r a n c s .\n\n  Chaque numéro (16 pages de texte) contient un article\nde M. Roger Ballu.\n\n              V IE N T           DE     P A R A IT R E :\n\n\n\n\nLES FUMISTES WALLNSO        par L . H EM M A .\n\n    Un joli volume petit in-8, imprimé en bistre sur papier crème,\n              orné d'un croquis par Armand Rassenfosse.\n      En vente aux bureaux de la Wallonie : Prix 2 francs.\n\nQuelques exemplaires sur Hollande sont en vente au prix de. 5 francs.\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                                                                 341\n\n\n\n\n                 LIENS OCCULTES.\n\n                                 II.\n\nL   e   souvenir, cette âpre jouissance, cette amère volupté, cette\n      nouvelle et affinée possession de ce qui fut avec la con­\n      science constante de l’irréparable qui nous en sépare, finirait\nsouvent par céder à cette dernière sensation — et par nous\nétouffer — si nous étions seuls à en supporter le poids, trop\ngrandiose pour la misère de notre nature. Fiévreusement nous\ncherchons des yeux quelqu’un qui, avec piété, a emporté comme\nnous en son âme des reliques du passé. Les souvenirs s’échangent,\nles impressions se communiquent, et dans cette résurrection du\npassé, le trop plein de l’âme s’épanche en un doux soulagement ;\net ce pieux pèlerinage vers le jadis mêlé constamment à la\nperception du présent donne une illusion qui émousse la sensation\nde l’irréparable et insinue une vague espérance là même où\nl’espérance semble impossible.\n   Plongée dans la tyrannie des souvenirs, obsédée par la vision\ndu drame blême où avait sombré tout ce qui était sa vie ; sentant\net voulant sans cesse la présence de Julien à ses côtés, parfois\nsuffoquée par une pensée, une parole, des bouffées de souvenirs,\nainsi vivait Monique.\n   Gontrand Melpas avait dû se rendre quelques fois chez la jeune\nfemme soit pour lui demander un avis, soit pour la mettre au\ncourant des résultats de la publication dont l’avait chargé son\n ami.\n   Et le jeune artiste apportait à Monique une page peu connue\n de la vie de Julien: l’époque des débuts. Il y avait dans ses récits\n ce baume réconfortant qui nous met, palpitants pour les êtres\n chers, à l’affût d’une parole de chaude tendresse ou d’admiration\n que notre orgueil dédaignerait peut-être pour nous-mêmes.\n                                                            22\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "342\n\n   Peu à peu Gontrand et Monique étaient devenus nécessaires\nl’un à l’autre; seul, chacun se sentait incomplet, et il s’établit\nentre eux une sorte d’affection d’autant plus vive qu’elle était\nnée dans la douleur, car Gontrand souffrait aussi cruellement de\nla mort de Julien, son Ami. Et ainsi ses visites s’étaient conti­\nnuées — tout naturellement.\n   Aux yeux de la jeune veuve, Gontrand avait ce prestige péné­\ntrant des choses aimées par ceux qui nous furent chers; puis il\navait aimé Julien, il avait partagé sa vie, ses luttes, il avait reçu\nses confidences, enfin traînait autour de lui comme un parfum de\nl’être disparu. Leur vie autrefois avait été si étroitement liée,\nqu’à présent dans les ténèbres où flottait l’âme de Monique, ils\nlui apparaissaient vaguement confondus; par instants, elle les\n enveloppait tous deux dans une même tendresse, et croyait\n remplir un pieux devoir envers le défunt en reportant sur Gon­\n trand l’amitié qu’il avait eue pour celui-ci.\n    Le physique du jeune homme incitait d’ailleurs à cette confu­\n sion psychique, à ce naïf mensonge d’une âme malade. Frêle, un\n peu féminin avec sa chevelure blonde, soyeuse et comme vapo­\n reuse en son ébouriffement, avec sa figure d’enfant, au teint frais,\n ombrée à peine d’un mince duvet ; les yeux assez grands, d’un\n bleu tendre, avaient ce voile de la rêverie, rideau derrière lequel\n s’isolent les fières méditations. La voix était onctueuse, mate et\n telle que la pensée semblait venir directement à l’esprit de l’au­\n diteur et qu’on n’en percevait le timbre que par une sensation\n rétrospective. Et dans toutes ses manières quelque chose de\n vague, de flottant, d’insaisissable qui s’insinuait magnétiquement\n dans les confiances; dans toute sa personne, un manque de vouloir,\n comme si la pensée avait été à la dérive dans le rêve.\n    Comment se défier de cet être tout en sensibilité, si faible qu’à\n se le figurer aux prises avec la vie, Monique se sentait angoissée?\n N’était-elle pas moralement plus virile que lui, et n’y avait-il pas\n dans son affection une velléité vague de protection, comme un\n parfum de cette fleur de maternité jusque là inéclose chez elle ?\n    Livrée à elle-même, la jeune femme éprouvait un malaise\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                                                                  343\n\ninquiet et elle ne retrouvait le calme que lorsqu’elle sentait Gon­\ntrand à ses côtés; il était la consolation comme les faibles peuvent\nêtre la consolation, l’appui des forts comme l’enfant le soutien de\nsa mère. Quand sa pensée coulait à l’esprit de Monique, c’était la\nmusique des remembrances et les heures passaient furtives en\nune tiède mélancolie; et il avait ce charme pénétrant de l’amour\nqui ne prétend pas à la conquête.\n   Dans les fièvres de sa chair ardente, alors que lâche était sa\nvolonté dans cet embrasement de tout son être, parfois la jeune\nfemme se demandait épouvantée si un jour elle ne finirait pas par\nsuccomber; mais la présence de Gontrand, en la rappelant au\nculte des souvenirs, suffisait à ramener en elle la sérénité comme\nla prière dans une âme naïve. Ainsi Gontrand semblait à Monique\nune apparition bienfaisante, auréolée de fluidique candeur, et son\namitié pour lui, pensait-elle, s’offrait vers Julien comme un encens\nà la mémoire de celui-ci.\n   Ainsi ce cœur avide d’aimer en était donc arrivé à se justifier\nde ce qui dans la vie est tout spontané et se passe de justification ;\nelle se justifiait alors qu’elle n’eût osé formuler une accusation\ncontre elle-même.\n   Pour Gontrand, il n’avait pas été longtemps à se méprendre\nsur la nature de ses sentiments.\n   Au contact de ce poème de la chair, il avait entrevu un de ces\namours aux crises surhumaines, fulgurantes, un de ces amours\nqui tordent, embrasent, consument, ou qui vous jettent ravi dans\nun infini de jouissance, un amour où la volupté paraît grandie,\nsanctifiée par son excès même. En son âme d’artiste, cette sensa­\ntion était singulièrement affinée par la contemplation extasiée\nde cet esprit d’élite; elle lui apparaissait comme une vivante\nantithèse, comme un affolant paradoxe, poétisée encore par le\ncharme pénétrant et subtil de la tristesse où elle vivait recluse.\nAu bout de peu de temps il s’était donc senti enlever par la\npassion comme une feuille dans une tourmente implacable. Le\nmalheureux se trouvait dans un dédale désespérant : Loin de\nMonique, la vie était pour lui impossible; pourtant, vaguement,\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": " 344\n\n il savait chimérique toute espérance ; il se sentait si faible près\n d’Elle ! Etait-il à ses yeux autre chose qu’un ami ?\n    Pour s’encourager : il allait, se persuadait-il, remplir un devoir\n à l’égard du cher trépassé en prenant sous sa protection cette\n femme qui languissait dans une solitaire tristesse ; mais près d’elle\n il était intimidé par l’austère mélancolie qui traînait autour de\n Monique.\n    Et il était faible, et il était désespéré et quand il évoquait le\n souvenir de l’ami, ses souffrances s’ajoutant à ses regrets, il se\n sentait perdu de volonté, sa voix oppressée voltigeait à peine\n distincte. Il y avait dans toute sa personne un découragement de\n vivre que Monique voulait attribuer uniquement à l’écrasante\n pesée des souvenirs, mais qui la remuait singulièrement. Mais il\n n’osait avouer ses tortures et il repartait désespéré.\n    Ne plus revenir... plutôt l’âpre souffrance et la revoir. S’éloigner,\n chercher le calme... le calme lui faisait horreur. “ La vraie école\n de l’artiste est la douleur, „ se disait-il, pour masquer sa faiblesse.\n Et il revenait.\n    Un jour. \"Il faut à l’artiste quelqu’un qui s’intéresse à ses luttes,\nqui suive pas à pas le douloureux enfantement de ses œuvres.\nL ’amitié? Quel ami peut s’intéresser à nos efforts autant qu’à ses\npropres travaux ? Il lui faut quelqu’un dont la vie soit la sienne,\nil lui faut un appui, car l’artiste est un être faible en raison de sa\nsensibilité et de l’acuité d’impression de ses nerfs. L ’orgueil? Ah !\nOui, lutter, retiré dans son orgueil, est-ce possible ? On relève la\ntête sous les regards, mais qui sait les grincements de dents\néchappés dans la solitude ? La femme seule peut le soutenir ; car\ndans toute femme, outre les caresses de l’amante, il y a les oua­\nteuses délicatesses d’une mère, où peuvent se reposer ses fibres\ndouloureusement vibrantes... „ Gontrand frémit de la témérité de\nses paroles.\"1Je me trahirai ! pensa-t-il, et ce serait me condamner\nà ne plus la revoir. „\n   S’éloigner, il ne savait pour combien de temps; fuir, il ne savait\noù, mais il fallait fuir ! Peut-être... qui sait... peut-être le regrette­\nrait-elle un peu... insensé ! Qu’était-il aux yeux de Monique ?\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                                                                    345\n\n  Comment vivre loin d’elle ? Mais il le fallait ? “ Il le faut ! Il le\n  faut ! Se répétait-il pour se convaincre. Il le faut ! Et puis ce sera\n  une nouvelle épreuve... et mon art... „\n    Dans une de ces fièvres d’énergie propres aux faibles, il fit ses\n  préparatifs ; puis il se dirigea vers la demeure de Monique avec\n  cette arrière-espérance que son amie aurait peut-être un mot pour\n  le retenir. Il lui annonça sont départ d’un air de résolution\n  résignée, d’abattement enfiévré qui était pour ainsi dire un aveu.\n    “ Vous partez ! Que je vais être seule désormais... „\n    Brusquement, elle se tut, effrayée à ses paroles, sans trop savoir\n  pourquoi. Puis, par un instinct qui nous pousse souvent à noyer\n  dans un afflux de paroles, même maladroites, une première\n maladresse :\n    “ Mon Dieu ! devez-vous absolument partir ? Ce n’est pas pour\n longtemps, au moins.... j ’espère qu’à votre retour vous viendrez\n me sauver... me rendre visite ?\n    — Oh ! oui... „\n    Il y eut un silence oppressant; ils sentaient les idées leur man­\n quer; plus ils les cherchaient désespérément, plus elles leur\n échappaient, insaisissables. Elle eût voulu trouver une phrase\n décente pour le prier de rester; lui frémissait du désir de lui\n exprimer pourquoi il fuyait quand sa vie était près d’elle. Mais\n une grosse émotion s’appesantissait sur eux et leur engourdissait\n l’esprit.\n    Par ce silence troublant et scrutateur, un coup de lumière se fit\n soudain dans l’esprit de Monique et pour la première fois son âme\nfut mise à nu aux yeux de sa conscience.\n    Gontrand ne se sentait ni le sang-froid ni la lucidité d’ esprit\nnécessaire pour amener la jeune femme à entendre l’aveu de son\namour. Il craignait de commettre une maladresse; il eut une\nbrusque résolution et il partit, il s’enfuit presque, en jetant un\nmot d’adieu.\n   La vue soudaine et nette de son amour avait jeté Monique\ndans un tel bouleversement que d’abord elle en eut la sensibilité\ncomme paralysée. Puis la souffrance et la passion se redressèrent\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "346\n\nviolemment devant sa conscience ; elle sentait combien Gontrand\nl’avait pénétrée de toutes parts, combien il faisait partie de son\n existence. Elle avait cru vivre dans la pensée du trépassé, et,\ninconsciemment, elle s’était imprégnée de l’être de son ami, s’était\n abreuvée avec délices à un nouvel amour. Amour sacrilège ! Ah !\nles dernières paroles du moribond, n’était-ce pas une prophétie ?\nElle s’était révoltée alors ! Elle était indigne de Julien ! Ce cœur\ngénéreux avait eu beau s’efforcer de l’élever vers lui, lui donner\n quatre années de bonheur, elle était restée les pieds dans la\nboue ; elle n’était qu’une ingrate ! Et pourtant non, elle l’aimait\ntoujours passionnément, ses regrets n’étaient pas une vile\n comédie.\n   Torturée de remords, elle se replongeait dans le monde des\nsouvenirs: elle revoyait une à une les reliques du passé; elle\nrelisait les œuvres de Julien, se rappelait ses doutes, ses abatte­\nments à tels passages et ses joies, ses élans de confianceà tels\nautres; longuement elle contemplait son portrait, se rappelait\ndes jeux de physionomie. Pourtant l’image de Julien était tou­\njours présente à ses yeux: son regard, ce regard implacablement\nscrutateur de la dernière nuit, l’hypnotisait toujours; mais il lui\nsemblait que tout à coup Julien allait se détourner d’elle : dégoûté\nde tant d’indignité. En lui, elle cherchait le courage, elle implorait\nson secours.\n   Mais l’être de Gontrand avait imprégné tous ces objets; sa\npensée vibrait à chaque page du livre feuilleté ; sa voix autour\nd’elle, bruissait sans cesse pénétrante et magnétique.\n   Les nuits, cet impitoyable combat ne s’apaisait pas; car les\nnuits elle sentait Julien à ses côtés; il revenait l’enlacer, lui\nembraser la chair dans un vain désir jamais satisfait, toutes les\nnuits elle dormait dans ses bras. Par un vol impie ne se dérobait-\nelle pas à lui ? N’était-ce pas l’autre que, angoissée, elle suivait\nen son esprit? Ne le voyait-elle pas, chétif, livré à ses souffrances ?\n   Car elle comprenait maintenant; elle se rappelait des détails,\ndes nuances, des intonations, des tours de phrase, des attitudes\noù, malgré Gontrand, suintait l’amour.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                                                347\n\n  Par des retours brusques : l’aimait-elle réellement d’amour ?\nN’était-ce pas plutôt son amitié inquiète de le savoir souffrant\nlui, le faible, le doux, le tendre? N’était-ce pas la reconnaissance\npour le baume de consolation qu’il lui apportait autrefois, pour le\ncalme que, par sa seule présence, il ramenait dans sa chair. Oui,\nle calme ! Etait-ce de l’amour, cela ? N’était-ce pas lui qui la\nréconfortait, qui la fortifiait contre tout égarement? C’était donc\nune sainte amitié; et maintenant qu’il était loin, elle se sentait\nfaible; seule la présence de Gontrand pouvait lui rendre la paix,\nla rappeler au souvenir du défunt, la rendre tout entière à son\namour....\n     (A suivre.)                          AuG. HENROTAY.\n\n\n\n\n                     LES CIERGES.\n\n\n      NGLES  de feu, cierges — Ils s’allument les soirs,\n       Doigts mystiques dressés sur des chandeliers d’or,\n       A minces et jaunes flammes, dans un décor\n       Et de cartels et de blasons et de draps noirs.\n\n\n       Ils s’allument dans le silence et les ténèbres,\n       Avec le grésil bref et méchant de leur cire,\n       Et se moquent et l’on croirait entendre rire\n       Les prières autour des estrades funèbres.\n\n\n        Les morts, ils sont couchés très longs dans leurs remords\n        Et leur linceul très pâle et les deux pieds dressés\n        En pointe et les regards en l’air et trépassés\n        Et repartis chercher ailleurs les autres morts.\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "348\n\n         Chercher ? Et les cierges les conduisent; les cierges\n         Pour les charmer et leur illuminer la route\n         Et leur souffler la peur et leur souffler le doute\n         Aux carrefours multipliés des chemins vierges.\n\n\n         Ils ne trouveront point les morts aimés jadis,\n         Ni les anciens baisers ni les doux bras tendus,\n         Ni les amours lointains, ni les destins perdus ;\n         Et les cierges ne mènent pas en paradis.\n\n         Ils s’allument dans le silence et les ténèbres,\n         Avec le grésil bref et méchant de leur cire\n         Et se moquent — et l’on entend gratter leur rire,\n         Autour des estrades et des cartels funèbres,\n\n\n         Ongles pâles dressés sur des chandeliers d’or.\n\n                                          E mile VERHAEREN.\n\n\n\n\n                 QUAND           ELLE        RIT.\n\n\n      UAND elle rit, c’est une éclosion subite, un épanouissement de\n\n\n\nQ    rose sur ses lèvres. Follement, en fusées éperdues, en claires\n      cadencées de timbres mélodieux, vont s’égrenant ses trilles,\n    légers et gazouilleurs comme une chute de perles — et tout son\ncorps en tressaille, son petit corps douillet de blonde grasse,\nfraîche et blanche comme une pêche d’Août.\n  Quand elle rit, ses yeux se ferment, de petits yeux verts qu’on\ndirait enchâssés dans du velours; et de multiples fossettes se\ncreusent sur son visage, de rondes fossettes aux capricieuses\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                                                    349\n\nallures, qu’on voudrait lui voler au passage, comme des porte-\nbonheurs.\n   Oh! jolies larmes perlées qui lui roulez sur les deux joues,\ntandis que ses blondes mèches s’envolent sous ses spasmes éper­\ndus, puissiez-vous être seules désormais à scintiller sous ses pau­\npières, — sous ces longues paupières que tant de chagrins et tant\nde douleurs ont déjà mouillées.\n                                               F r it z   E l l .\n\n\n\n\n                     AIR N U PTIAL\n                                                  pour la Seule\n\n      et parmi le millier des ramures du monde !\n      Vaste du manque aux Yeux de regrets du serment\n      qui d’aurore en néant évagueraient sur l’onde\n      la mémoire des mers s’éveille indulgemment :\n\n      eaux d’ingénuités sans rives aux légendes\n      en qui dorment les ans mes plus uniques soirs.\n\n\n      Il me souvient douleurs de nuits à moi guirlandes :\n\n      et mes mains qui seraient les palmes des espoirs\n      Tendent qu’en vérité plus pure que miroirs\n      Mon désert a goûté des ailes les plus grandes\n      le dernier vent de gloire et le seul qui ne ment :\n\n      Il me souvient douleurs de nuits à moi guirlandes\n      Que sur les mains de gel de mes départs d’hivers\n      Ont pleuré vos vrais Yeux aux merveilles ouverts.\n\n\n      par vous l’heur de ma Tête est levé sur les hommes.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "350\n\n      Mais au passé qui n’est perdu de paradis\n      (l’une et l’un là haïs de l’ennui de nulle ire)\n      Mais au végétal or des nids et des midis\n      murmurez vous voilant de vos longs doigts de sommes\n      Que vous venez mourir en songes d’univers\n      A ma parole morte à votre lèvre veuve :\n      O l’épouse en vouant aux épines d’hier\n      l’intégral et seul deuil parmi la seule épreuve\n      sœur par l’exil et la malheure de la mer :\n      (l’une et l’un douloureux de vouloir et ne dire)\n      Tressaillant des émois à divulguer l’aveu\n      O l’épouse en quel vent de mille ailes d’adieu.\n\n\n      et parmi le millier des ramures du monde !\n      Vaste du manque aux Yeux de regrets du serment\n      la mémoire des mers s’éveille indulgemment.\n\n      Que le présent de lis et de roses redonde :\n      nous vivons les vainqueurs plus doux que les oiseaux\n      (l’une et l’un là haïs de l’ennui de nulle ire)\n      et sur l’étang longtemps susurrant de roseaux\n      s’évanouissent loin et loin s’évanouissent\n      nos angoisses de plaine et de soir qui languissent :\n      et la moire à longtemps de lumière aux longs plis\n      varie en songes d’air les sourires pâlis\n      au moment qui ne s’est rappelé qu’il est l’onde :\n      et nous ne sommes plus et nous ne sommes plus\n      l’une et l’un douloureux de vouloir et ne dire\n      ardant l’azur muet des sanglots impollus\n\n      Ah nous ne dirons quoi que ne dira le monde !\n\n\n      Vaste du manque aux Yeux des regrets du serment\n      la mémoire des mers s’éveille indulgemment.\n\n  Octobre 87.                                R en é GHIL.\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                                                             351\n\n\n                      au Maître de l'Instrumentation poétique\n                                                à\n                                    RENÉ GHIL\n\n                          en toute sympathie et admiration.\n\n\n\n              RÉSURRECTION\n\n\nD\nes torpides nuits du nivescent boréal,\n Oh ! puissent résurgir les Gloires opalines\n des soleils lustrant tes prunelles sibyllines,\n efflorescence d’or blémi de floréal !\n\n\n Ton Triomphe, serti de brocart idéal,\n royalement s’éploie aux plis des mousselines,\n et ton émoi se pâme aux violes câlines\n dont t’atteste l’espoir de mon serment féal.\n\n\n Voici mourir en les soirs d’or l’astre du rêve :\n Voici renaître l’aube où la tendresse brève\n languit lente et dolente au creux des violons !\n\n\n rumeur perpétuant ta pamoison charnelle.\n Oh ! un peu de la nuit qui serait éternelle !\n Un peu du soir qui saigne au cœur bleu des vallons !\n\n\n                                 A c h il l e       DELAROCHE.\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": " 352\n\n                  W ATER           COLOURS.\n\n                                                              A Jules Destrée.\n                             Ca r n a v a l .\n\n\n V   OIX lointaines an lointain éteintes — voix lointaines fati­\n      guées chantant la dernière chanson — claires notes des\n      masques dans la rue noire aux vitrines closes — rouges ;\nblancs verts et jaunes, appels de plaisir — éclats de rires aigus —\nbeuglements des trombones assourdissants et crin crin des vio­\nlons, intrigues bruyantes, engueulades au café dans l’affairement\ndes garçons et le miroitement des lustres dans les glaces ; cos­\ntumes de tous temps et de toutes couleurs, reines et mousque­\ntaires, sultans, cocottes et cocodettes, clowns bariolés à la\nbouche rouge comme une blessure, blancs pierrots déambulant les\nmains aux poches. Arlequins noirs et roses colombines — Masques,\névocateurs de la fantastique et douce cité de Bergame où, dans un\ndéluge de soies et de moires blanches, dort Pierrot le grand Roi\nblanc....\n  Voix lointaines au lointain éteintes — voix lointaines brisées,\nchantant la dernière chanson — le carnaval d’aujourd’hui et le\ncarnaval de toujours.\n\n\n\n                        PRINTEMPS.\n                                                        A Paul Tiberghien.\n\n                                         F lo w e rs frail as th e Clouds and in\n                                              th e ir c o lo u rin g as g o rg e o u s as\n                                             th e H eavens.\n                                                        T hom as    de   Q u in c e y .\n\n\n«fi\n      E printemps radieux, la joie et l’espérance et ainsi que l’eau\n      L\n       des sources, dans le bruit des cascades coulent les doux\n       arpèges chantant le renouveau, la joie et l’amour dans la\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                                                                                          353\n\nsoudaine expansion des cœurs. Le printemps des fleurs qui\ns’entr’ouvent et des arbres qui bourgeonnent, le vert tendre des\ngazons naissants et l’enveloppante caresse des premiers soleils.\nReviennent les ciels bleu d’azur avec les blancs nuages éclatants,\npareils à des fragments de torses gigantesques — les ciels gris,\nde ces gris lavés d’aquarelle, les ciels gris d’où tombent les pluies\nfines et chaudes qui verdissent les parcs, les grands parcs où de\nblancs amours joufflus retiennent en leur bras le cou des cygnes.\n\n\n\n                    VIEILLE VILLE.\n                                                                   A Iwan Gilkin.\n\n                           Beuglant sur la cité sa clam eur rauque et m orne\n                           Le veilleur sur la tour a soufflé dans sa corn e.\n\n                                             (L e v e i l l e u r , I . G i l k i n . )\n\n\n   ix   heures du soir — le mouvement cesse — les bruits s’a­\n\n\nD     paisent et meurent peu à peu dans Louvain la Ville —\n     Louvain la vieille — Louvain la Catholique, la Ville aux\nCouvents et aux Béguinages, aux Eglises et aux Chapelles mul­\ntiples. — Noire et sombre dort Saint-Pierre, la majestueuse cathé­\ndrale, évoquant la ferveur terrible des siècles passés, avec les\nlumières multicolores des petites maisons collées à ses flancs, la\nfaisant semblable à une noire couronne constellée de gemmes.\n   Le Béguinage ensuite — un carré de petites rues blanches aux\nmaisons blanches, où vivent et prient les âmes mortes, les âmes\nmortes des petites vieilles au manteau noir à capuchon — glissant\ncomme des ombres dans les rues silencieuses.\n   Puis les vieilles rues, les vieilles rues aux vieilles maisons avec\nleurs toits de tuiles rouges et leurs pignons en escalier — et les\nponts sur la rivière avec l’attirance horrible et triste de l’eau\nnoire, coulant rapidement avec le bruit doux d’une plainte, et la\nluisance d’une fenêtre au loin apparue longuement reflétée dans\nl’eau qui fuit.\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "354\n\n   Glissant légèrement au ciel, la lune doucement sort de dessous\nles nuages, illuminant les fenêtres dentellées de l’Hôtel de Ville,\ntandis que coupant le silence au loin dégringolent les carillons et\ncorne la trompe du veilleur.\n  Dans le clair de lune qui fait miroiter les toits d’ardoise et\nargente d’une ligne indécise les légers remous de la rivière dort\nLouvain la Ville.\n\n\n\n            KERMESSE FLAMANDE.\n\n                                                           A André Fontainas.\n\n                         T ournez, tourn ez bons chevaux de bois\n                         T ournez cent tours, tournez m ille tours.\n\n                                      (V e r l a i n e .   R om ances sans p aroles.)\n\n\n    ANS\n    D      la tombée du soir, troublant l’habituel calme des Di­\n      manches, un grouillis de monde descend vers la Place.\n      Couturières alertes et calicots parés, servantes et bonnes\nau bras de leurs soldats, bourgeois endimanchés encerclés de\nfamilles glapissantes. Tout cela court, se bouscule, crie et chante\ndans les sifflets modulés d’appel, le roulement des fiacres encom­\nbrés et les beuglements rauques de la corne du tram à vapeur.\n   Enguirlandée de lumières, vacillants lampions et lanternes\nvénitiennes, dans l’assourdissement des coups de grosse caisse,\net l’éclat des pistons avec l’odeur nauséabonde et fade des fri­\ntures — noire de monde apparaît la Place. Tournent et tournent\nles chevaux de bois, au son de la flûte, au son du. tambour, gon­\nflant les jupes et tournant les cœurs. Crépite le bruit sec des\ncarabines et grincent les cordes des balançoires, dans les provo­\ncations des musculeux hercules au caleçon de velours noir cou­\npant le maillot rose. Glapissent les marchands de cristaux et de\nporcelaines, hurlent les chefs Peaux-Rouges, s’inclinent des photo­\ngraphes exhibant des portraits au milieu des coups sourds des\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                                                                     355\n\ndynamomètres. Et tandis que des gens se déboutonnent devant\ndes tables poisseuses... la lune se cache derrière un nuage.\n  Enguirlandée de lumières, vacillants lampions et lanternes\nvénitiennes dans l’assourdissement des coups de grosse caisse,\net l’éclat des pistons avec l’odeur nauséabonde et fade des fri­\ntures — noire de monde apparaît la Place.\n\n\n\n                            PLUIE.\n                                                  A Joris Karl Huysmans.\n\n                          Oui le te m p s des g ra n d e s p lu ies e st ven u . .\n\n                                                                       (A R eb o u rs.)\n\n\n     TUT le jour il a plu. A torrents, en cataractes, les eaux ont\n     O\n      tombé du ciel lugubre. Et maintenant c’est le calme du soir,\n      dans la chambre attiédie où le silence n’est troublé que par\nle tic-tac régulier de la pendule, et comme si elle-même était\nfatiguée, mollement et doucement tombe la pluie, chantant la\ndouce chanson humide, effleurant les toits mouillant la terre avec\nle bruit mou de baisers envolés. Par moments elle redouble,\nbattant les vitres, rebondissant sur les toits de zinc et l’on croi­\nrait entendre alors le bruit sinistre des vieux meubles craquant\ndans les nuits sèches.\n   Le bruit cadencé d’un pas au loin, qui se rapproche, se rap­\nproche, passe bruyamment devant le volet fermé et s’éloigne en\ns’adoucissant sur le trottoir humide.\n   Tout le jour il a plu... Sous le ciel d’un jaune sale d’où tombe\nl’averse, des parapluies glissent sur les trottoirs luisants polis\ncomme des glaces, des gens sautent dans des flaques d’eau, ges­\nticulant derrière les trams qui filent doucement pareils à de\nblancs corbillards. Les mains aux poches, des gavroches sifflent\nréjouis, tandis que des femmes, les jupes retroussées, traversent\nles rues en courant et que des gens bien mis se réfugient sous\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "356\n\nles porches, pendant que des rosses traînant des fiacres crottés\nse réfugient vers les gares.\n   Vers les gares     Dans le continu va et vient des voyageurs,\nl’affairement des commissionnaires et des employés empilant des\nmalles, les déchirants appels des locomotives et les heurts sourds\ndes plaques tournantes, tout un monde lointain surgit brusque­\nment devant moi en même temps que reviennent adoucies, en\ngrisailles, des impressions de pluies entrevues en voyage.\n   C’est sur le Rhin d’abord, près de Mayence. Un nuage qui\ncrève brusquement au-dessus d’un petit bateau à vapeur, brouil­\nlant tout, l’encerclant complètement des grosses gouttes d’une\npluie chaude qui ne mouille pas. Et tout à coup le soleil perçant\nles nuages blancs illumine la pluie, et là-bas dans la verdure, ses\nrayons éclairent en plein les ruines d’une vieille tour, pendant que\ns’arrondit lentement l’arc-en-ciel aux sept couleurs.\n   La scène change brusquement. D’un jaune uniforme est devenu\nle ciel et c’est à Londres, un jour de brouillard, sur le London-\nBridge. Tristement une petite pluie froide tombe sans bruit,\ntransperçant les affairés qui se hâtent vers la Cité. Sur le pont, un\nentrecroisement continu de véhicules de tous genres, camions\nsurchargés de caisses en bois blanc estampillées de lettres noires,\nhandsoms et cabs pressés filant rapidement dans le bruit des\nfouets qui claquent, les appels répétés des conducteurs, mettant\ndes taches lumineuses dans ce paysage sombre, roulent pesam­\nment les omnibus, les grands omnibus de toutes couleurs.\n   Par dessous, éternellement coule la Tamise. Des deux côtés\ns’alignent les docks se continuant en une ligne grise qui là-bas,\n au coude que fait le fleuve, insensiblement se perd dans le brouil­\nlard. Des grues s’abaissent et lentement remontent en l’air avec\n de lourds ballots qui tournoient, des tonnes roulent sur les ponts\nluisants, des caisses glissent et s’empilent dans les caves dans un\nva et vient d’hommes de tous pays pliant sous des fardeaux de\ntoute espèce. Des vapeurs sifflent, horriblement, tandis que de\ngrands transatlantiques crachant une fumée noire par leur chemi­\n née rouge se préparent pour le retour aux pays inconnus, merveil-\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                                                                                         357\n\nleux, si lointains  si lointains. C’est le calme du soir dans la\nchambre attiédie où le silence n’est troublé que par le tic-tac\nrégulier de la pendule. Au loin, le bruit cadencé d’un pas qui se\nrapproche, se rapproche et passe bruyamment devant le volet\nfermé en s’adoucissant sur le trottoir humide.\n\n    Marcinelle et Londres 87.                                       GEORGES           DESTR ÉE.\n\n\n\n\n            QUELQUES ŒUVRES                                                     D’ART\n\n                           (C O L O G N E E T F R A N K F O R T ) ( 1) .\n\n                                                                                            Cologne.\n\n\n      Cologne\n      A         seulement on peut connaître et apprécier l’un\n      des grands artistes de l’Allemagne : S t e p h a n L o c h n e r .\n      L a cathédrale renferme son œuvre la plus importante : le\n\nDombild et au musée rayonne son chef-d’œuvre : La Vierge\ndans un berceau de roses. D’autres tableaux existant dans cette\nville ou dispersés sous de douteuses attributions dans d’autres\ncités d’Allemagne, confirment, sans rien y ajouter, l’admiration\néprouvée devant ces œuvres magistrales. Car c’était un maître,\ncertes, le vieux S T E P H A N et son nom mériterait plus de gloire. Il\nest à peu près ignoré, et de l’artiste lui-même les biographes\nsavent bien peu de chose : qu’il fut contemporain des frères Van\nEyck, et, par une note indignée des Mémoires de Dürer, qu’il\n\n\n    (*) Ce n ’e st ici — à p e in e b eso in d e le d ire — q u e n o te s c u rsiv e s fixant les\nso u v e n irs e t l’in d ic a tio n d’é tu d e s à fa ire . P lu s ie u rs des ta b le au x de F ra n k fo rt\nd e v ro n t ê tre ain si à n o u v eau d é c rits e t m is en d u e lu m iè re d a n s l’o u v ra g e s u r\nles P rim itifs italiens au q u el tra v a ille n t MM. J u le s e t G eorges De stré e e t qui n e\np a ra îtra sa n s d o u te pas a v a n t q u elq u es a n n é e s.\n                                                                                               25\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "358\n\nmourut dans la misère, au milieu de l’indifférence de ses conci­\ntoyens, et c’est à peu près tout. Nul érudit n’a encore, que je\nsache, porté la lumière en ces obscurités, et de même que tant\nd’autres maîtres primitifs, S T E P H A N L o c h n e r n’a laissé que\nses oeuvres pour nous parler de lui.\n   Ce serait pourtant un bien intéressant problème de l’histoire de\nl’art en notre pays que de déterminer l’influence des imaigiers\nde Cologne sur l’école flamande; et Maître Stéphan pourrait être\nl’objet d’une fort curieuse étude. Il est la définitive floraison, l’épa­\nnouissement merveilleux et synthétique d’une vivace école d’art,\ntrès peu connue d’ailleurs, mais qui renferma cependant, durant les\ndeux siècles qu’elle dura, des artistes de précieux talent : M a î t r e\nW lL H E L M , le M A Î T R E -D E -L A -P A S S I O N -D E -L Y E S B E R G , le M A Î T R E -\n\nD E -L A -M O R T -D E -M a r i e dont le Musée de Cologne possède de\nremarquables œuvres. Déjà au commencement du X IV e siècle,\ncette école s’était distinguée et était renommée. Très certainement\nnos premiers flamands la durent connaître et sans doute ils en\nreçurent des leçons. On s’est souvent étonné jadis de ne pas trouver\nde précurseurs aux maîtres gothiques, et très logiquement il ne se\ncomprenait guère comment des artistes parfaits et qui depuis ne\nfurent jamais dépassés, avaient pu succéder brusquement à la\nbarbarie des enlumineurs. Qu’on songe à l’école de Cologne et le\nmystère s’éclaircit. Là sont les initiateurs et cela est si vrai,\nqu’après Maître Stephan, ils deviennent à leur tour les élèves et\nles imitateurs des Flamands. Subjugués par le génie des grands\npeintres de Bruges, ils s’en inspirent jusqu’à perdre toute origi­\nnalité. Ce n’est qu’un peu plus tard et en d’autres lieux que le\ngénie germain se reprend, retrouve des accents personnels et res­\nplendit magnifiquement chez L U C A S C r a n a c h et A l b e r t D u r e r .\nPour découvrir le lien qui unit les uns aux autres tous ces artistes\nchers, démêler les contacts et les influences, rechercher les ori­\ngines des beaux-arts en Hollande et en Flandre, et montrer, pour\nl’art allemand, la marche du rêve indécis, enfantin, et si pur! de\nM a î t r e W i l h e l m au réalisme grandiose et suggestif de D ü r e r ,\n\nle Musée de Cologne fournirait des renseignements nombreux.\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                                                  359\n\n   Tandis que se prélasse, dans les confortables galeries de l’étage,\nl’imbécile cohue des toiles modernes, les Primitifs sont au rez-de-\n chaussée dans des salles obscures, mal éclairées, presque des\n caves. Les tableaux, sur plusieurs rangs, sont défavorablement\n exposés et il faut un certain temps pour apercevoir au milieu du\npêle-mêle des médiocrités recueillies sans discernement, la\nvingtaine d’œuvres excellentes et hautement attirantes qui s’y\ntrouvent. Quel enchantement que le L o c h n e r ! Une douce Vierge,\nvêtue d’une opulente robe d’un bleu profond, aux plis moelleuse­\nment cassés, couronnée et auréolée, tenant sur ses genoux l’enfant\nnu, et assise,avec une tranquille majesté, sous un berceau de roses\ndont les tiges fleuries grimpent capricieusement et se détachent\nnettement comme une ciselure, sur le fond d’or. Quelques lys,\ndroits au milieu des roses, et le gazon s’étoile de marguerites et\nde pensées. Des deux côtés, d’adorables angelots, petites têtes\ninnocentes, au sourire ravi, aux corps impalpables et dans des\nattitudes de céleste ingénuité, leurs ailes frêles pour l’adoration\nrepliées, assis ou à genoux, chantent et jouent d e la harpe, de la\nguitare. La couleur, harmonieuse et chaude, est admirable. Et\nc’est ainsi ces roses et ces fleurs, ces bleus, ces blancs et ces ors,\nces harpes et ce concert mystique, et ces regards de chérubins,\nune émotion d’art rendue d’une manière aussi complète que\npossible, une pondération unique de sensations diverses et\ncombinées — un merveilleux chef-d’œuvre !\n   Le Dombild qui orne l’une des chapelles de la cathédrale, est\nbeaucoup plus considérable, mais moins parfait. C’est un grand\ntableau à volets dont le panneau central figure une Adoration des\nMages. Sur les volets sont peints, extérieurement, une Annoncia­\ntion, intérieurement à, gauche Sainte Ursule, à droite Saint Géréon,\ndeux saints particulièrement vénérés à Cologne. — Marie est à\ngenoux, en prière, quand l’archange lui annonce sa haute destinée;\nc’est une toute jeune fille, d’une candeur absolue, et son geste\ningénu, en se retournant à demi, est charmant de surprise et de\npureté.— Très pure et très candide aussi la Sainte Ursule, marchant\nau supplice entourée de ses compagnes ; elles ont des figures pou­\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": " 360\n\n  pines aussi rondes et naïves et insouciantes que celles d’enfants\n  de six ans. Parmi elles contrastent deux énergiques et méditantes\n têtes d’évêques, robustement peintes et qui semblent mieux com­\n prendre toute l’horreur du martyre prochain. — Saint Géréon, sous\n  sa bannière, est cuirassé de fer et suivi de ses hommes d’armes.\n C’est la douceur encore, mais virile et résolue, la douceur d’un\n guerrier qui est un saint.\n     Et dans le grand tableau, c’est la mystique douceur toujours,\n dans la mère regardant son fils, dans l’enfant déjà grave qui lève\n la main pour bénir, dans le vieux mage au nez crochu qui se\n posterne adorant, dans l’autre, qui présente les offrandes sym­\n boliques, et dans les gens de la suite où une tête de jeune homme\n aux cheveux longs a une grâce toute florentine. Le tout\n habilement groupé et ordonné, avec de justes perpectives et un\n modelé savant, sans gaucheries ni défaillances. La couleur\n d’une prodigieuse richesse : il y a là un bel amour des armures\n seigneuriales, des étoffes princières, des chatoyants velours et des\n soies brochées d’or, des manteaux bordés de fourrures, une solidité\n et une sûreté de peinture pareilles à celle de nos beaux gothiques.\n    La Vierge est à peu près semblable à celle du Musée. C’est\n d’elle, si chaste et ineffablement douce, que rayonne toute cette\ndouceur, sur les fronts ridés des vieillards et les allures sévères des\nguerriers. Elle est d’un genre de beauté très spécial, un type parti­\nculier à L O C H N E R qu’on reconnaît vite une fois vu. Très mystique,\noh ! oui ! d’un mysticisme de “ pauperes spiritu „, au sens\névangélique, dans un corps sain, des joues rondes et roses, une\npensée calme et simple, ignorante du mal, bonne et tendre, et\nconfiante dans le Seigneur, type sans grande profondeur peut-être,\nmais très personnel et irréprochablement rendu ; sa création\naurait dû suffire, si l’injustice des postérités n’était chose aussi\nbanale que l’inintelligence des contemporains, à immortaliser, à\ncôté de M E M L I N G et de l ’ A n g e l i c o , ce très sincère artiste :\nS t e p h a n L o c h n e r qui, dans une œuvre plus restreinte, mais avec\nune aussi complète originalité, sut, comme eux, exprimer un\nadmirable rêve de douceur et de sainteté !\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                                                     361\n\n    .... On entre, à Ste-Marie-au-Capitole, par un cloître, une\n galerie basse et sombre qui entoure une cour carrée. Par les\n ogives des fenêtres aux anciennes verrières, on aperçoit la verdure\n des arbres, — et le ciel. C’est une paix profonde, une vague ob­\n scurité, un recueillement qui dispose l’âme à la prière. Et puis\n s’ouvre l’église fastueuse et toute chantante de couleurs. Sur des\n fonds de verts et bleus apaisés, partout aux murs, aux voûtes, des\n visions pâlies de sujets pieux, des anges, des apôtres, des saints,\n les tuniques droites des enfants et des femmes, les symboliques\n attributs et dans le fond un éblouissement d’or, d’émail, de pierres\n précieuses, de soieries et de marbres qui est l’autel. L ’impression\n est beaucoup plus forte que celle de la tant célébrée cathédrale,\n c’est autrement splendide et tout aussi religieux.\n    A gauche de l’autel, devant quelques vieux bancs de chêne\n poli par les fidèles, un extraordinaire Christ, affreux et superbe.\n Il est d’un réalisme effrayant tel que ceux d’Espagne, et c’est un\n artiste qu’affolait la souffrance de son Dieu qui l’a ainsi étrange­\n ment sculpté. Pas de croix, un arbre trifourchu, grossièrement\n coupé, sur lequel on a cloué le corps, avec d’énormes clous qui\n ont déchiré les muscles et broyé les os,, les côtes effroyablement\n saillantes, tout le corps souillé de sang, la plaie béante au côté,\nles bras et les jambes atrocement maigres et crispés dans des\n convulsions d’agonie, et la tête, pitoyablement couronnée de\nrudes épines, tombe sur l’épaule, épuisée en un spasme épouvan­\ntable ; plus rien de céleste ne s’y perçoit, c’est l’esprit qui défaille,\nl’âme qui succombe et qui s’envole devant l'accablante torture\nde la chair, plus rien qu’une exaspérée expression de corporelle\ndouleur : ce Christ, blasphématoire, a une figure de bandit indi­\nciblement souffrant. Tout son corps tordu a l’air d’être réel et\nséché dans son martyre. Quel fut l’audacieux artiste qui sut avec\ncette véhémence et cette barbarie, si puissamment dire l’humaine\nangoisse de la chair? De quand, de qui cette monstrueuse et\nsauvage sculpture ?...\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "362\n\n                                                              Frankfort.\n\n\n   Le musée de Frankfort, l’Institut Staedel, sans être très\ngrand, est néanmoins l’un des plus intéressants et des plus variés\nd’Europe. Il vient immédiatement après ceux des capitales et\nrenferme plus d’un chef-d'œuvre qu’ils pourraient lui envier.\nUn journal — une des formes de réclame est à présent\nl'absurdité ; plus c’est bête, plus ça fait d’effet, témoin le mani­\nfeste des cinq à Zola ! — un journal disait dernièrement que la\nplupart des attributions du musée Staedel étaient fantaisistes et\nfausses. Pour ceux qui admirent l’œuvre et non la signature, il\nétait à peine nécessaire de démentir ce bruit qui n’a pu être\nfondé que pour quelques toiles insignifiantes; et d’ailleurs ces\nerreurs sont peu probables : il suffit de parcourir le catalogue\npour voir avec quelle prudence, quel soin et quelle science il a\nété dressé; et de même les tableaux sont exposés dans un logique\nclassement, presque tous en belle lumière, avec un goût parfait,\ntrop rare pour ne pas en faire l’éloge.\n   Peu de grands noms manquent à la très riche collection ; elle\ns’enorgueillit de la plupart de ceux que consacre l ’unanime\nrenommée : R e m b r a n d t , H a l s , R u ben s , V a n D y o k , etc., et\npour les artistes délicats, elle a quelques trésors, moins souillés\nd’admirations banales, quelques œuvres uniques qui en font\nl’inoubliable charme et l’exceptionnel attrait. Ainsi, dans les\nHollandais, au milieu des BRAUWER, des H OBBEMA, des Steen de\nhaute qualité, se détache un F a b r it iu s superbe qn’on reconnaît\nde suite sans hésitation, du même puissant pinceau que la tête\nd’homme de Rotterdam. Oh, oui ! certes, c’est bien de ce même\nadmirable et très grand artiste dont on ne sait rien et à propos\nduquel les érudits discutent depuis longtemps. On a trouvé et\ncatalogué des œuvres si médiocres signées de ce nom mystérieux\nque l’on admet généralement qu’ils furent deux à le porter. En\ntous cas, c’était un robuste peintre que celui qui si largement,\nchaudement, grassement, entoura d’air et de lumière, anima d’une\nintense vie cette singulière tête d’homme, glabre, aux cheveux\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                                                           363\n\nlongs, une fossette au menton, de profonds yeux noirs résolus et\nrailleurs, sous un vaste chapeau de carnaval, une tête ayant eu\nson énergie, des accents féminins et dans le regard comme le défi\nd’un audacieux déguisement.\n   Il y a encore un beau V e l a sq u e z : une petite princesse dans sa\nrobe blanche, l ’air d’un petit cadavre bouilli, fardé, pomponné,\nd’une grâce si exquisement artificielle et souveraine ! Des\ngothiques : un J e a n V a n E y c k , cette peinture calme, sereine, si\nsimplement s’élevant au-dessus des contemporains et de tout\nl’avenir qu’on la dirait faite pour l ’éternité; puis un P e t r u S\nCh r is t u s , un Gé r a r d D a v id , des V a n d e r W e y d e n , S tu er ­\nBOUT, M em lin g , V a n Or l e y , M e t s y s , tous ces maîtres qui\nportèrent en nos pays l’art à un si suprême niveau que ne put\njamais atteindre plus tard la grande école flamande, comme on dit\ndans les académies. — E t aussi des Allemands : LOCHNER, les\ndeux H ans H o l b e in , le vieux et le jeune, A m b e r g e r , D ürer\net surtout de CRANACH-LE-VIEUX : une petite femme nue, ou\nplutôt déshabillée, encore coiffée et parée de b ijo u x , d’une\nafféterie précieuse, un peu maniérée, juste assez pour indiquer sa\nhaute culture, charmante !\n  Enfin une salle d’italiens renferme, à côté des CARRACHE et des\nGUIDO R e n i inévitables et qui sont, comme d’habitude, épouvan­\ntablement mauvais, des MANTEGNA, PERUGIN, DEL P IOMBO,\nG io r g io n e , T itie n , B e l l i n i , assez ordinaires, mais encore des\nmerveilles de maîtres peu connus et un chef-d’œuvre à adorer à\ngenoux. C’est d’abord une douce et tendre Madone de PESELLO;\nune autre de BALDOVINETTI, ce maître si rare : une exquise vierge\ntrès jeune et très fraîche, comme une légende de Heine, se déta­\nchant sur un fond de dentelle, une dentelle de roses rouges et de\nlys blancs sur des tiges fantaisistes et noires; une Annonciation\nfort bizarre de CRIVELLI, avec un archange flamboyant, à la tête\nde Gorgone, aux ailes semblables à du fer forgé couvert d’yeux et\nde bijoux agenouillé, dans des architectures géométriques comme\nen un Crane ou un Mellery; un Saint Sébastien d’ANTONELLO DE\nMESSINE, un jeune homme tout jeune, au torse nu où sont entrées\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": " 364\n\n  des flèches cruelles et dont une enfantine envie de pleurer contracte\n la douce figure; une Sainte Catherine de C E S A R E D A C e s t o , aux\n  cheveux d’or, une résignation si pleine de rêveries; une belle\n  Madone de C a r p a c c i o , d’une chaude lumière ambrée, avec des\n  enfants superbes, des enfants qui deviendront certainement des\n sénateurs de V enise, la plus belle des Républiques, la seule où\n l’on puisse être sénateur sans ridicule; encore une de B O T I C E L L I ,\n  et de ce très grand artiste que je révère comme l’un des premiers\n parmi les premiers : un portrait de femme, en profil, un peu plus\n grand que nature, une Rosalinde fantasque et ravissante, d’une\n féminité contournée, un peu folle, à admirer longtemps, long­\n temps...\n    Et tous ces chefs-d’œuvre ne sont cependant que des œuvres\n secondaires à côté d’un énigmatique tableau que le catalogue,\n sous le n° 13, attribue à l’école florentine (XVe siècle) :\n    Une femme, un portrait sans doute. Sur un fond noir olivâtre,\n d’un ton chaud et sourd, discrètement choisi et avec un goût sûr,\n se détache le buste, la tête et le haut du corps tournés un peu vers\n la gauche. Une draperie blanche la coiffe, tombe sur l’épaule et\n passe autour du cou, ainsi qu’une écharpe jetée avec une négli­\n gence savante. Des branches vertes de buis, tressées en couronne,\n enroulent la fantaisie de leur feuillage sombre au-dessus de ce\n voile de vierge, sous lequel, un bandeau de chatoyante soie aux\nreflets irisés de nacre et d’opale serre les cheveux. Des deux\n côtés, ceux-ci ruissellent leur cascade blonde et dorée, en vrilles\nténues, méticuleusement tortillées, la plus bizarre et princière !\ncoiffure qui se puisse imaginer. Au milieu du front, droit et pur,\n est maintenu par un fil d’or comme un fragile diadème, un bijou\nfait d’une grosse émeraude entourée de perles et un autre fil\nmince en collier, laisse pendre, jusqu’entre les seins, un second\nbijou : des rubis et des pierres noires. Dans la main droite, la\nseule vue, une main souveraine d’infante, d’une délicatesse\nadorablement mièvre, elle tient d’un geste frêle, entre le pouce et\nl’index, cinq fleurs, trois pâquerettes et deux pensées sauvages\naux longues tiges. La poitrine à demi découverte montre des\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                                                                   365\n\nseins naissants, à peine formés, des seins de garçon et toute\ncette chair est d’un sexe ambigu, d’une gracilité d’éphèbe et\nd’une féminine élégance, androgyne qui inquiète et fait rêver.\nMais comment dire combien inquiètent et font rêver l’étrange\nregard et le mystérieux sourire de cette inconnue qui semble\ns’avancer d’un mouvement silencieux, félin, comme un glissement\nde déesse ou de fantôme, l’œil fixé sur vous, irrésistiblement\ncharmeur, charmeur vers des abîmes. Lèvres minces fermées sur\nleur secret, bouche mignonne et dure qui se refuse au sourire, et\nces yeux, ces yeux qui vous interrogent, qui vous attirent, qui\nvous fascinent, vous poursuivent, ces yeux dominateurs ! Oh !\nL ’effrayable perversité de cette enchanteresse ! Méfiez-vous de sa\nbeauté, de sa douceur, de sa séduction, c’est celle pour qui\nd’affreux martyres seront soufferts, pour qui l’on se tuera, celle\nqui impérieusement, avec sa volonté puérile et inexorable, voudra\nde l’amour, du sang et des larmes et dont l’indifférence suprême\nn’aura pas de pitié. C’est l’enfant si frêle chargée de plus de\nsouvenirs que si elle avait mille ans ; c’est, merveilleuse et terrible\norchidée, la floraison alanguie d’une civilisation sublimée et\ndécadente — Oh ! tant plus noblement que nous ! — qui a poussé\nle raffinement artiste jusqu’aux degrés extrêmes, voisins de la\nmort consolatrice de l’ennui de vivre !\n    De qui ? nul indice. Cette peinture est en dehors de tout. Seuls\nles Léonard sont comparables comme quintessence et suggestivité,\nmais ceci est autrement morbide et tarabiscoté et dans le faire,\nplus primitif et moins parfait. La couleur du fond, le dessin de la\nmain, certains détails, nous ont fait penser à PIERO DELLA F r AN­\nCESCA. Peut-être ? — Sans plus chercher, respectueusement,\nj ’admire.\n    Mais quelle folle dérision que la justice et la gloire quand on\nsonge, le front courbé, que nul ne pourrait dire le nom de ce\nmaître raffiné et subtil, et que son œuvre, l’un des plus beaux\ntableaux qui soit au monde, se trouve, presque ignorée, dans un\npetit musée de province !\n                                                J ules DESTREE.\n      Septembre 1887.\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "366\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n                      ---\n\n      LE PARNASSE DE LA JEUNE BELGIQUE.\n\n\n    EST un beau livre. Oublions les circonstances qui ont triste­\n   'C\n     ment enveloppé sa naissance ; écartons, écartons bien loin\n      le souvenir de certaines petitesses, et notre geste d’ingénuité\nvoulue s’inclinera! car, je le dis très haut, voici une ŒUVRE\nD’ART. — Bien diverse, oui certes, incomplète, avec de larges\ntrous d’ombre salissant les nappes de lumière, et parfois le\nsoufflet de quelques nullités trop mal cachées. Mais, à côté des\npages souillées par Sancho Pança — ou les disciples de son apôtre,\nM. Francis Coppée — à côté des petites pièces caramélisantes,\nquelques noms d’une musique qui rayonne, et la fierté de vers\nsignés Gilkin, Hannon, Severin, Arenbergh, Giraud, V an Ler­\nberghe et Maeterlinck.\n   Je ne veux faire ici l’analyse détaillée des talents divers épars\nen ce grand in-octavo du Parnasse. Je trébucherais à des redites\nd’autant plus fastidieuses que la plupart des pièces publiées dans\nle Parnasse ne sont pas inédites (quelques-unes ont déjà paru\ntrois et même quatre fois).\n   Car la Jeune Belgique — et je suis loin de l’en blâmer — a gra­\npillé partout les épices du nouveau gâteau qu’elle offre au public.\nA l'Étudiant et à la Basoche, elle a pris des vers de Paul Berlier;\nà la Wallonie, quelques pièces de Fernand Severin et de Georges\nGarnir (qui signait Girran jadis); enfin la Pléiade, une très artiste\nrevue parisienne, morte l’an dernier, a fourni trois des plus beaux\npoètes du recueil: MM. Charles Van Lerberghe, Grégoire Le Roy\net Maurice Maeterlinck. Vous le voyez, le titre Jeune Belgique ne\ndoit pas être restreint à sa signification ordinaire.\n   Ces divers emprunts ne pouvaient qu’être loués. On en a fait\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                                                       367\n\n d’autres, et moins heureux. A côté des huit ou neuf noms intéres­\n sants, un pareil nombre de médiocres se sont glissés — dont\n quelques-uns étendent largement les coudes, inutiles et même\n encombrants; non sans mérite pourtant, puisqu’ils servent de\n repoussoir ; et puis ils bouchent tant bien que mal les trous, les\n larges trous faits au cœur de la Jeune Belgique par la défection\n de trois anciens, trois des meilleurs: Georges Khnopff, Emile Ver­\nhaeren et Georges Bodenbach. Ceux-là, tous les Montenaeken et\nles Gillion du monde, réunis, ne pourraient les remplacer. La\n Jeune Belgique s’en apercevra.\n   Il lui reste, pour se consoler, quatre beaux poètes des premiers\njours : V an Arenbergh, Hannon, Gilkin et Giraud. Et encore !\nV an Arenbergh, depuis ses Sonnets, et Théo Hannon, depuis ses\ntriomphantes Rimes de joie, ont si peu produit pour l’Art que\nleur présence au Parnasse semble un hommage posthume. Mais\ncombien attirantes étaient leurs productions ! Hannon, avec sa\nrouerie retorse et pimpante, paraît avoir quintessencié quelque\nThéophile Gautier pervers. Van Arenbergh fait rouler dans ses\nvers la chute de belles voix lourdes, heurtant les images d’une\ncarrure solide. Malheureusement, — et ce défaut devient saillant\nici, — il n’a su donner à son Art l’empreinte de sa personnalité,\net l’influence de Leconte de Lisle est trop visible pour n’être\n pas dénoncée.\n   Mais au-dessus de tous se dresse Iwan Gilkin, et sa silhouette\nmorale de poète qui voit et souffre. Bien plus qu’Albert Giraud,\ndont il paraît l’initiateur, il connaît le secret des larges rythmes\nfrôlant, de leur geste amer, les pensées de trouble. Ses vers ont\ndes harmonies profondes et sinistres, et, sous leurs teintes\nglauques, on devine le savant rictus d’un sourire sardonique, mau­\nvais... — Iwan Gilkin m’apparaît comme un vrai poète et sa\nsupériorité sur les autres Jeunes Belgique, diffusée en des pièces\npeu nombreuses et dispersées, cette supériorité que longtemps\nnous avons été seuls à annoncer, se dessine maintenant au petit\nmonde des lettres avec une clarté indiscutable (1).\n\n  ( 1) Tém oin l’article paru dans l’A r t m oderne, le 23 octob re.\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "368\n\n   Albert Giraud m’a fait l’impression contraire. Disséminés dans\n les livraisons de la Jeune Belgique, ses vers vivaient d’une vie\n plus personnelle. Réunis, ils perdent une partie de leur force,\n d’autant que l’ordre alphabétique a fatalement rapproché Giraud\n de Gilkin; mais certaines pièces gardent tout leur bel éclat de\n gemmes, comme les Cuirs de Cordoue, les Tribuns, Lohengrin.\n   Parmi les derniers venus, brillent surtout Charles Van Ler­\n berghe et Pernand Severin, puis Maurice Maeterlinck et Grégoire\n Le Roy, enfin Paul Berlier et Valère Gille.\n   M. Van Lerberghe représente presque seul, avec MM. Le Roy,\n Maeterlinck et Severin, la forme littéraire nouvelle. Ch. Van\n Lerberghe surtout est grand trouveur de jolis rythmes, d’images\n voilées, avec, sur toutes ses productions, comme l’ombre trans­\nparente d’un passé caressant. Je le connaissais de la Pléiade, et\nma grande estime pour son talent est restée entière, — d’autant\n que les pages signées de son nom dans le Parnasse sont des\nrééditions de cette même Pléiade. Il faut lire et goûter longue­\nment les Lys qui filent, Au bois dormant, Songe, et chercher dans\nla Pléiade Au bois rêvant, que le Parnasse n’a pas jugé bon de\nreproduire avec les autres.\n   Grégoire Le Roy est plus inégalement beau, mais certes d’un\ntalent à signaler. Plusieurs très belles pièces de lui brillent dans\nle Parnasse. Je cite : Vieille Ville, Vers l’oubli et la Bonde de\nvieilles. Maurice Maeterlinck, — un poète à lire et à apprécier —\ndonne au Parnasse quelques impressions d’une finesse veloutée,\net des morceaux de valeur parmi lesquels : Tentation, offrande\nobscure, Reflets, et surtout Lassitude. — Je regrette que le\nmanque de place m’interdise d’analyser d’une façon plus précise\net de comparer avec méthode les personnalités de Charles Van\nLerberghe, Maurice Maeterlinck et Grégoire Le Roy. Il y aurait\nbeaucoup à dire, certes, et quelques lignes pointillées à tracer\nentre eux; — d’ailleurs Georges Rodenba.ch s’est jadis chargé de\ncette tâche, et avec une sûreté qui me fait défaut.\n   Quant à Pernand Severin, il mérite une attention spéciale. Les\ndivers fragments de son Lys ont une unité remarquable, et de\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                                                                 369\n\nforme et de pensée. Son vers est tiède, nuancé de rayons fins,\ntransparent, d’une lenteur frêle qui fait songer à des apparitions\nde jeunes filles aux détours de longues allées. Ah, s’il voulait\nsecouer sa dernière timidité parfois hésitante, s’il s’attachait\ndavantage à éclairer le rythme intérieur — qu’il néglige un peu —\nquel beau poète nous aurions ! Beaucoup de ses pièces du Parnasse\nont paru dans la Wallonie. Quelques-unes sont nouvelles, et des\nmeilleures. Mais je renonce au plaisir de les analyser, pour\ntranscrire un fragment de l’étude lui consacrée par le Journal de\nLiège, dans un très bel article de Maurice Wilmotte (1) :\n   “ J ’ai déjà cité Pernand Severin qui a fait ses premières armes\ndans la Wallonie et qui a ici quelques pièces de haute allure, éton­\nnantes de profondeur et d’harmonie, les Las d’aimer, la Mort des\nPoètes, l’ Oubli et surtout le Vallon où se retrouve une préoccupa­\ntion psychologique qui, si l’on excepte quelques pages d’Amiel,\nsemblait perdue depuis les Consolations de Sainte-Beuve, mêlant\nà des impressions de la nature un ressouvenir du monde moral,\nqui fait avec elles une association intime et pénétrante. „\n\n   “ Ce procédé, qui demande une délicatesse et une acuité de\nsensation extraordinaires, est assez général dans une école nou­\nvelle, encore peu goûtée des lettrés et ignorée du grand public,\nmais qui n’en a pas moins apporté une note étrangement vibrante\ndans la littérature de ces dernières années. „\n   “ Les élèves de Mallarmé et de Verlaine, pour ne pas nommer\nles autres, sont nombreux chez nous; la Wallonie, de Liège, s’est\nfaite hospitalière pour les recevoir, et un intéressant article de\nM. Ernest Mahaim a introduit son petit monde de lecteurs dans les\n“ Paradis artificiels „ de cette nouvelle religion. Ce qu’on pour­\nrait reprocher, à première vue, à ces novateurs, c’est de n’avoir\n\n\n  ( 1) M . W ilm otte, avec une bienveillan ce ou trée, regrette l’ absence au Par­\nnasse de   deux   des nôtres.   Son am itié p our nous le     trom pe.   Les deux\n« W allonie » dont il parle ne pouvaient — m êm e en laissant de cô té leur\nvolon té propre — colla b orer au Parnasse. L’ un d ’ eux n ’a plus écrit de vers\ndepuis des années, chez l’autre, les vers ne sont qu’ a ccessoires à la prose.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": " 370\n\n lias un programme bien établi et d'enseigner sans Evangile de\n leur foi(*). Le Traité du Verbe de M. Ghil n’est guère qu’une\n brillante variation qui fait songer aux traités de la cabale et de­\n manderait un commentaire abondant. Mais déjà l’on devine, à\n travers les arabesques troublantes de son style, une puissance\n nerveuse du sentir, qui est peu commune et qui suppose une orga­\n nisation toute particulière. „\n    Je passe rapidement sur les noms de MM. Paul Berlier, V alère\n Gille, André Fontainas et Georges Garnir— quelques belles pages\n de ce dernier figurent seules au Parnasse, et encore sont-elles\n extraites de La Wallonie. Et, fermant le livre, je me demande\n quel frisson d’art nouveau nous a révélé la Jeune Belgique ?\n   Nous pouvons, en toute loyauté, distraire du Parnasse, MM. Van\nLerbergbe, Le Roy et Maeterlinck, dont les poésies sont emprun­\ntées à la regrettée Pléiade ; Georges Garnir et Fernand Severin\nsont des invités. Il reste la forte personnalité d’Iwan Gilkin, qui\nporte au front la marque de Baudelaire, et chante de très beaux\ncantiques sur les modes anciens; Albert Giraud, qui écrit de\nbeaux vers à la façon de Banville ou de Baudelaire; enfin Max\n\"Waller qui récite agréablement un Henri Heine d’importation.\n   Mais de tout cela, que sort-il, quel parfum “ JEUNE-Belgique „ ?\nOn a repris, et parfois très bien, ce qui se faisait en France\nau temps du premier Parnasse. A notre époque de recherches\nfiévreuses, nous voulons du neuf; et l’on nous donne des réédi­\ntions. Hélas, j ’en ai peur, les parnassiens français ont rempli chez\nnous le rôle de Gérard de Lairesse en Hollande ou des frères\nVan Eyck en Allemagne. Au musée de Cologne, dans certaines\n\n\n  (*) Ceci n ’ est pas très exact et pas très net. La règle de l’ é cole nou velle est\nla liberté com plète laissée à la fantaisie de l’ artiste : le rythm e intérieur dom i­\nnant   le rythme extern e, chez les d iscip les de Verlaine surtout. — Jules La­\nforg u e et Gustave Kahn, par    exem ple. — P our les autres, il y a en ou tre un\ntravail p olyp hon ique de syllabes suggérant, par leurs sons et leurs      divers de­\ngrés   de lum ière, les images et les    associations d ’ idées qui a ccom pagnen t,\ncom m e leur atm osphère p rop re, le dessin des idées tracé dans la phrase. Voyez\nles arts poétiques de Verlaine, Ghil et Moréas.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                                                                 371\n\nsalles, les murs sont tapissés jusqu’au plafond d’un quintuple\nrang de toiles qui sont du V an Eyck tiré à des centaines d'exem­\nplaires. En Belgique, nous avions espéré un plus profond renou­\nveau des lettres; qu’en est-il advenu? Un charmant sonnet de\nGiraud, imité des Romances sans paroles de Verlaine, je crois,\nest intitulé V ARIATIONS SUR UN VIEIL AIR ; comme il pourrait\nservir à désigner — sans ironie — l’art en faveur à la Jeune-\nBelgique ! On hésite, on se défie des formes nouvelles, on piétine\nreligieusement la trace des devanciers, et, tandis qu’à Paris le\nchevalier Walther chante orgueilleusement son hymne de Jeu­\nnesse, à Bruxelles les habiles maîtres-chanteurs de la Jeune-\nBelgique se regardent, parlementent et s’indignent, sous l’œil\npensif du seul Hans Sachs : Iwan Gilkin.\n                                             A l b e r t MOCKEL.\n\n\n\n                   WALLON ET FRANÇAIS.\n\nLE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE LITTÉRATURE\n                     WALLONNE.\n                               (Suite.)\n\n                                 II.\n\n   Ces considérations me mettent à l’aise devant les 586 pages du\nbulletin.\n   Après un intéressant vocabulaire wallon-français, avec figures,\ndu tendeur aux petits oiseaux par M. Ach. Jacquemin, médaille\nde bronze, vient l’important travail (complété par ceux de Me\nColson et de MM. Delarge et Kinable) de M. Joseph Defrecheux,\nmédaille d’or,sur les comparaisons wallonnes.Travail de recherches\nminutieuses et souvent pénibles. Il comporte, en 250 pages, 1250\ncomparaisons escortées de commentaires soignés et précis. Qui vint\nd’ poïe grette, disent nos campagnards. Le Recueil des comparaisons\npopulaires, tiré à part, a sa place dans les bibliothèques wallonnes,\nprès du volumineux recueil — qu’il complétera — de MM. Jos.\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "372\n\nDejardin, N. Defrecheux, Delarge, Le Roy, etc. : le Dictionnaire\ndes spots ou p roverbes wallons, paru en 1863.\n   Remarquablement fait aussi, par M. Jos. Dejardin, l’examen\ncritique en 40 pages des huit dictionnaires wallons-français, —\ncomplets ou non — de Cambresier, Forir, Grandgagnage, etc., du\ndictionnaire français-wallon de Gust. Gauthier, et de maints voca­\nbulaires et glossaires. L ’auteur n'a pas volé l’honneur de présider\nla Société liégeoise de Littérature wallonne. Il connaît “ à l’idée „\nles recoins du vieil et séduisant parc dont il est jardinier-chef. Il\nest regrettable seulement qu’un si docte homme ait rétabli la tor­\nture à l’usage de la langue française. Ah ! s’il s’agissait d’une opéra­\ntion neuve où l’épiderme ravissant et lumineux de la glorieuse belle\nserait curieusement et dextrement percé, où elle sourirait la pre­\nmière à voir les jeux inattendus de ses roses jets de sang, passe\nencore ; mais il s’agit de la grosse barbarie du trépan préhisto­\nrique! Plus ne sommes au temps des cités lacustres, M. Joseph\nDejardin, et la langue française est une maîtresse qui a droit à\nnos plus émues attentions. V otre amour exclusif du wallon, qu’on\ns’explique, ne vous justifie pas entièrement: vos préface et juge­\nments auraient dû être écrits dans cette dernière langue, plus\n“ suppliciable „ et moins tourciveuse : car la belle, qui n’est pas\nplus bête que ses ennemis, se venge affreusement : elle leur rive\npour jamais au cou, en s’enfuyant dans un éclat de rire, l’épais\nsquelette grimaçant qu’ils voulaient faire d’elle !\n   Voici — avec la mention honorable en un acte d’Al. Peclers,\nLi Lot da Gègô, vrai fœtus de la pièce suivante, — voici Tâti li\nPerriquî, de M. Edouard Remouchamps. Pour avoir à grand bruit\nredoré le blason de la Société de Littérature wallonne, qui atten­\ndait depuis longtemps l’occasion de recruter des membres, son\ndéficit prospérant chaque année en dépit des subsides, — pour\navoir aussi aidé les pauvres, chose étrangère à la littérature, —\ncette “ comèdeie-vaudeville ès treus ak „ est singulièrement loin\nd’être un chef-d’œuvre. Son succès de circonstance, soutenu par\nune excellente interprétation, stupéfierait sans ces motifs. Aveugle\nqui verrait là le mouvement wallon ! Par exemple ce qui stupéfie,\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "c’est la trouvaille d’un M. Vict. Chauvin, rapporteur, que l’auteur\nde cette pièce semée d’invraisemblances et bâtie sur trois pointes\nd’aiguilles,a le “ génie de l’invention „!! — Insister, ce serait être\nplus cruel que M. Dejardin. Le brave M. Chauvin démontre victo­\nrieusement par cette affirmation — et d’autres d’une égale légèreté\npesante — qu’il ne soupçonne même point l’essence du génie des\ngéants de la scène : Eschyle, Shakespeare, Molière. Le mérite de\nM. R emouchamps est d’avoir évité un défaut devenu commun ces\nvingt dernières années, celui de franciser le wallon. Sa langue est\nun peu grosse, mais pure. Et d’un pittoresque souvent heureux.\n Tâti li Perriqui, pièce de quatrième ordre, rappelle parfois — avec\nmoins d’aisance verveuse — la langue du charmant petit Thêât'\nLidjwet du siècle dernier, quatuor d’œuvrettes naïvement hardies,\nd’un parfum local intimement enchanteur, les deux premières\nsurtout dont je signale à M. Chauvin “ l’invention. „ Comme, à un\nmoindre degré, celle de Pol Lambert, de Joseph Demoulin. — Dans\nl’intérêt suprême de l’art, il faut endiguer certains engoûments\ndu public. Liège, malgré son intelligence finement sensée, a parfois\ntrop d’indifférence et parfois trop d’élan. Voici quelques années\ns’est levé parmi nous un jeune artiste comme n’en vit jamais la\nWallonie : le sculpteur Achille Chainaye. Typha, Rive paisible,\n Terre féconde, ont bien (ici) cinq cents admirateurs. Tâti li\nPerriqui en a des milliers ! Tout se rétablira sans doute, mais ces\nchoses-là n’en sont pas moins immenses et tristement égayantes...\nLe rapprochement m’a paru curieux.\n   Entre autres rapports sur des travaux non couronnés, un éclate,\npositivement impayable, page 545. De M. Eug. Duchesne. Il fau­\ndrait tout citer ! M. Duchesne a examiné avec MM. Nihon et Dory,\nune pièce en un acte : On Scandale. La “ manière „ de cette pièce\ndiffère de celle de nos auteurs connus ; il doit donc s’agir d’un\njeune, au moins fort oseur, d’aprèsce que laisse transpirer le joyeux\nrapport. Eh bien, il est évincé sous prétexte de deux invraisem­\nblances — selon M. Duchesne et ses flambeaux — alors que les\ntrois actes de Tâti en comptent huit, proportion plus forte ! Tâti\na la médaille d’or; On Scandâle pas même, prodige, une misérable\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "374\nmention ! ! Conséquence : la pièce n’est pas publiée, ni l’auteur\nconnu. Enterrée ! enterrée sous une critique monumentalement\nétroite qui va jusqu’au reproche d’immoralité : on sait ce que cela\nveut dire. Et, notez, malgré une malveillance qui serait coupable,\nsi elle n’était pas inconsciente, MM. Duchesne et Cie relèvent\ndes mérites et des traits peu communs; ainsi, ces exquises paroles\nd’une jeune fille :\n                In’ rôse droviette ni s’ rissère nin ;\n                Et m’ cour vis est droviet.\n\n   Non, pas même une misérable mention ! Si je ne me trompe fort,\nl’auteur est quelqu’un. Qu’il publie immédiatement On Scandâle,\nnous verrons bien.\n   Restent les concours : conte en vers, chansonnette, crâmignon,\nsatire, etc. Sauf un conte exhilarant — moral, celui-ci, Monsieur\nDuchesne ? — du fraternel et regretté G. Delarge, et les diversifiés\ncouplets de M. Joseph Kinable, toute la place est occupée par\nM. Henri Simon, plusieurs fois médaillé d’argent. A qwinze an\nest la meilleure de ses six pièces, puis viennent F ât batte li fier\n tant qu’il est chaud, A bourlâ! et Sov’nance.\n   Ces jolis couplet et “ respleu „ de la première :\n\n          Qwand so l’vcspreie li vint m’appcitte l’odeur\n                         Dès doux clawson,\n          Ji d’vins totte triste et çoula fait m’bonheur\n                        Sins nolle raison.\n\n                 Qu’est-ce qui çoula vout dire,\n                 C’est-st-on ma qu’fait dè bin ;\n                 On mâ qu’est-st-on plaisir\n                 C’est çou qu’ji n’comprinds nin.\n\n   M. Henri Simon est personnel avec sa grâce sérieuse et sa\nnetteté surveillée. F igurez-vous un Dehin moins endiablé, mais\naussi moins faiseur d’embarras gratuits, et plus littéraire ; puis\nlà-dedans quelques gouttes, heureusement diluées, de Simonon :\nvoilà M. Henri Simon.\n   Ces pièces et d’autres, réunies un jour, grossiront l’humble et\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                                               375\n\ntouchante collection des vrais poètes wallons. M. Henri Simon\nest au premier rang de ceux qui vivent, avec M. Emile Gérard\ndont l’observation cordiale et drôlatique a tant de fois diverti\nle public et dont la pièce hors concours, Ine allumette int' deux\nfeu, figure non au bulletin, mais à l’annuaire de 1887.\n\n\n                                   CÉLESTIN D E M B L O N .\n\n\n\n\n                       HYMÉNÉE.\n\n\n    A N S les nuées bleues de l’encens qui s’échappe en vaporeuses\n\n     spirales des cassolettes d’or, parmi l’étincellement des orne­\n     ments sacrés et de la tache rouge des brocarts, elle s’avance,\nla blanche Epousée, de son allure aérienne de nymphe, si blanche\net si gracieuse dans sa nuageuse parure, qu’on dirait un ange\nvêtu de lumière, une couronne d’étoiles au front.\n   Au passage du nuptial cortège, un frémissement passe sur\nla foule amassée. Et le chant d’hyménée retentit dans la nef\ngothique, comme le concert des anges célébrant les éternelles\njoies et les ineffables délices.\n\n  Celle qu’il aima d’une tendresse de culte, la Vierge qu’il adorait\ndans le recoin le plus secret de Son cœur, comme en un sanctuaire\ninviolable, vient de passer devant Lui, radieuse et chaste, la joie\nnimbant son pur visage d’une divine lumière. Et Son pauvre cœur\nnavré souffre et se désespère, et des larmes brûlantes comme des\ngouttelettes de feu tombent lentement de Ses yeux enfiévrés.\n  Et, dans une douloureuse stupeur, longtemps après que le\ncortège s’en est allé, tandis que le temple est retombé dans son\nmajestueux silence, il contemple son pur et cher Idéal, agonisant\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "376\n\nlà-bas dans le choeur, à la place où tantôt la blanche Bien-Aimée\nrayonnait dans la lumière, au milieu des agenouillements.\n      Juillet 1887.                            M au ric e CANTONI.\n\n\n\n\n                PETITE CHRONIQUE.\n\n                      M. W a l l e r e t l e P il l a g e .\n\n\n   C’est parfaitement ça. Sans nous, pauvre Wallonie, jamais\nM. Waller n’eut consenti à dévoiler l’infamie de son ancien ami.\nNon, il fallait que cette gaffiste de Wallonie relevât intempesti­\nvement son accusation, tout comme si l’on en jetait de pareilles\nsans espoir de les voir relever. Le truc est connu, aussi c’est à\ntrès bon escient que nous avons demandé des explications, et ici\nc’est lui qui très inconsidérément est tombé au piège. Car enfin,\ncomment nous expliquera-t-il que dès le mois d’Août nous\neussions été avertis de la préméditation de sa peu honnête ma­\nnœuvre et de l’occasion où il la voulait faire agir. Nous ne\ndiscuterons même pas la sottise fluide de son argumentation. On\nne défend personne contre des insinuations si infâmes, soutenues\nde témoins aussi contestables... pour employer un terme poli.\n   Mais ce qui nous dépasse, c’est de voir M. Waller se faire\nl’exécuteur de ces basses œuvres. La Jeune Belgique tout entière\nn’est-elle pas encore souvent une vaste école de pastichage et\nM. Waller, si rigoriste, que pensera-t-il de :\n             Vieilles comme l’azur et comme la clarté\naprès :\n             Vaste comme la nuit et comme la clarté.\n  Si je cite ici cet exemple au lieu de mille autres qu’il ne serait\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                                                     377\n\npas bien difficile de trouver, c’est que le premier vers est de l’un\ndes meilleurs d’entr’eux, Giraud, et le second de quelqu’un qu’ils\nconnaissent fort bien, Baudelaire. Mais peut-être est-il permis de\npiller Baudelaire alors que la moindre ressemblance entre deux\nou trois passages d’un poète qui a fait dix mille vers et quelques-\nuns de Verlaine ou Mallarmé, constitue le délit que M. Waller\nfrappe de toute la sévérité de son mépris, alors même que\ncette ressemblance est purement imaginaire.\n   Et d’ailleurs, pourrait-on priver M. Waller de ce salut littéraire\ndont il se montre si farouche dépositaire? Littérairement eut-il\njamais une existence ? Il s’est assez présomptueusement imaginé\nque la Jeune Belgique, c’était lui-même et personne d’autre. Il a\ntoujours joué le rôle le plus ridiculement odieux, attaquant de\ntraits sournois, mauvais et lâches, tous ceux qui semblaient devoir\nintercepter la gloire de son soleil blafard. Haineux raté, il a\npoursuivi de son dépit tout ce qui s’est refusé à servir à ses\ndésirs, ses ambitions ou ses vanités. Plus d’une humiliation l’a déjà\npuni, mais il est incorrigible. Il ne se rend pas compte de ce que sa\nnotoire nullité est son seul préservatif contre les pieds qui se\ntendent vers son échine et les giffles qui planent dans l’air qui\nl’entoure. Il n’a jamais été que la mouche du coche, mais une\nmouche venimeuse blessant le fort cheval qui veut désembourber\nle chariot mal dirigé. D’une revue, à l’origine vive et intéressante,\nil a fait le dépotoir de ses haines et de ses rancunes. Peu à peu\nla sympathie s’est retirée du groupe qu’il s’obstine à repré­\nsenter si maladroitement. Beaucoup, par dignité, s’en sont allés.\nQuelques-uns, par la force de l’habitude, sont restés, mais le\ndésintérêt est partout.\n   Que M. Waller ne s’imagine pas que nous voulions entamer\nune polémique. Non, ainsi ne nous plaît-il pas. Sa réponse, s’il\nen fait une, nous la connaissons d’avance : Ses procédés sont\ncertains. Mais ne voulant défendre un pur et grand poète qui\ns’oppose à toute espèce de justification, nous nous contentons\nde prendre M. Waller en flagrant délit de malpropreté.\n                                              L a W a l l o n ie .\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "378\n\n\n\n   A signaler au Conservatoire une heureuse innovation. Mettant\nà profit sa nouvelle salle, l’administration a organisé, outre les\nconcerts habituels, une série d’auditions dont le programme sera\nrempli par les élèves et les professeurs. Avec les excellents artistes\ndont nous disposons, pour les archets surtout, on peut espérer un\nrésultat sérieux; le malheur — et c’est hélas fort à craindre —\nc’est que ces auditions viendront peut-être servir de piédestal à\ntoutes les productions plus ou moins officielles de nos compositeurs\ndiplômés et décorés. Il faudra montrer beaucoup de tact et user\nd’énergie pour rationner la place à certaines personnalités encom­\nbrantes.\n   Voici le programme des séances projetées:\n   Le 26 novembre, concert préparatoire. Nous y entendrons Mme\nLandouzy, Eugène Ysaye le violoniste, et son frère Théophile\nYsaye, qui interprétera au piano les Variations symphoniques de\nCésar Franck. Ce concert est donc une seconde édition partielle,\ntrès heureuse, du concert de Verviers.\n   Le 24 décembre, distribution des prix et concert ordinaire. On\nparle d’y exécuter un admirable Requiem de H. Berlioz. Mais\nl’œuvre, d’une très grande difficulté, sera probablement postpo­\nsée au second concert pour lequel nous aurons le célèbre d’Albert.\nLe violoniste Joachim viendra probablement au 3me.\n   Voici la liste provisoire des auditions:\n   Jeudi 10 janvier,\n     „      9 février,\n     „      8 mars,\n     „     19 avril.\n  Mais on parle de changer quelques dates, et de prendre la\nsoirée du dimanche au lieu du jeudi.\n\n                                     *\n                                 *       *\n\n  Voici un concert Wallonie auquel nous convions nos amis. MM.\nVictor Kuhn et Joseph Maris le donneront le 2 décembre, à la\nSalle de la Société d’Emulation.\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                                                                 379\n\n   J. Maris, — le très méritant violoniste dont nous avons déjà\nfait l’éloge — et les compositions de Victor Kulm seront les plus\ngrands attraits du programme. Nous avons entendu déjà un trio\nqu’on doit y exécuter. C’est une œuvre intéressante de musique\nde chambre : la musique de chambre, si peu cultivée en Belgique,\nmalheureusement! Il y a là non pas un morceau superficiel, mais\nde franches idées musicales revêtues d’une forme au tissu fine­\nment ouvré. Et le trio ne sera point seul : nous avons entendu\naussi un concerto de Kuhn pour saxophone-alto (*), très travaillé et\nd’une belle allure. Nous y avons remarqué surtout l’emploi judi­\ncieux des cordes, et la fusion de la partie du soliste avec celle des\narchets; l''andante sort vraiment de l’ordinaire et nous croyons\nfermement au succès de nos amis.\n   Yoici d’ailleurs le programme du concert :\n   Mlle V an Daele, cantatrice, — un talent fort peu connu ici — ne\nnous a pas confié ses projets. Mais J. Maris jouera l'adagio du\ndeuxième concerto de Wieniawsky, une sonate de Grieg, et une\nsonate de J. S. Bach pour piano et violon; Victor Kuhn, pianiste,\nun adagio et un rondo d’Etienne Ledent; M. Félix Kuhn interpré­\ntera un Concerto de V. Kuhn et une Fantaisie; enfin viendra le\ntrio de Victor Kuhn.\n\n                                         * *\n\n    On nous annonce mystérieusement l’apparition prochaine d’un\njournal d’art hebdomadaire. Un groupe de nos jeunes artistes\nillustrera chaque numéro et le reste de la feuille sera rempli par\n des articles de critique, des contes en prose, etc. Si l’enfant tient\nles promesses du père — l’ami Ghilain de Macar — et si le\nnouveau canard ouvre bien larges ses ailes vers l’art jeune, nous\n l’accueillerons avec joie; d’ailleurs la présence, parmi les collabo­\nrateurs, des “ Wallonie „ Auguste Donnay, Nestor Gérard, Henri\n\n\n  (*) I1 ne faut pas se laisser arrêter à un m ouvem ent d ’ indifférence p our l’ in­\nstrum ent d ont il s'agit. Le saxop honiste F élix K uhn,— le frère du com p ositeu r\n— est un artiste véritable, qu’ il faut écou ter.\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "380\n\nSimon, est un présage non douteux, et dès maintenant nous\ntenons à souhaiter au nouveau-né la bienvenue la plus cordiale.\n  L ’oiseau à demi couvé prendra son vol après le premier con­\ncert du Conservatoire, — donc à la fin de ce mois.\n                               *\n                              * *\n   On nous annonce comme devant paraître en novembre, une\nnouvelle publication d’art : La Revue musicale et dramatique,\nbi-mensuelle. Le prix d’abonnement est de 12 francs par an pour\nla Belgique, avec réduction de 5 francs pour les professeurs de\nmusique, les élèves des conservatoires et le personnel des théâtres.\nOn s’abonne, 26, rue de l’Industrie, chez Mme ye Monnomm.\nNous souhaitons la bienvenue à notre nouveau confrère.\n                                 *t\n                                * *\n  Notre collaborateur Zénon Etienne prépare un poème sympho­\nnique dont le sujet est emprunté aux Noels flamands de\nC. Lemonnier.\n                                 x\n                               * *\n  L ’Emulation nous promet pour cet hiver un programme de\nconférences panaché. Il y aura du très bon et du très drôle.\nCitons : Alb. Giraud, Catulle Mendès, J.-K. Huysmans, Alphonse\nAllais, — Jules Verne et Max Waller.\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": " PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                             H .      Z E Y E N .\n             137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                    LIÈGE.\n\n      Spécialité d ’agrandissement à la lumière électrique.\n\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n              P la c e du T h é â tr e , 11, L iè g e .\n Porte-cigares en écume de mur, ambre et racine de bruyère.\n   — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n   exécutés en ‘24 heures.\n                      RACCOMMODAGES.\n\n\n\n INDE M\n      . SERRURIER-BOVY\nPERSE RUE DE L'UNIVERSITÉ, 38\nCHINE A R TIC LE S L I E ORFÈVRERIE\n                         G E\n\n\nJAPON MÉNAGE              ARGENTÉE\n              H.        lOIVIiER.BURM ET,\n                          48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      A G E N T     G É N É R A L     P O U R    L A   B E L G IQ U E     D E    L A\n\n                  P E IN T U R E             F R A N Ç A IS E .\n   Cette Peinture, préparée à base de céruse et d ’ huile de lin, est toute prête à\ne m p lo y e r; elle est brillante et sicca tiv e. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent com p osé com m e celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son em ploi sur boiseries, m urs, m eubles de fer ou bois, grosses\nvoitures, e t c ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de co n se r­\nver en bon état leur m atériel a gricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr. 1-10.\nAllum ettes Suédoises (Kaiser-Holzer), 20 fr. les 1000 boîtes\n     »      Nilson, bout noir,      fr. 9-50 les 1000 boîtes\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "   2e ANNÉE, No 10.\n\n\n               L A W A L L O N IE\n  REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n\n     A bonnem ent        : 5 f r . par an. Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n                                                E rn est     MAHAIM,\n                                                Albert       MOCKEL,\n            Comité de Rédaction             ‘\n                                                P. M. OLIN.\n                                                M a u r i c e SIVILLE.\n\n\n                   Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n\nE n v o i d ’u n   n u m é r o    s p é c i m e n    c o n t r e   5   0   e n t i m e »\n                          e n    t i m b r e s - p o s t e .\n\n\n\n\n                                 SOMMAIRE :\n\nAug. H enrotay . . . .                       Liens occultes.\nEmile Verhaeren                     . . . Les cierges.\nF ritz E l i ............................. Quand elle rit.\nRené Ghil.............................Air nuptial.\nAchille Delaroche                   . . . Résurrection.\nGeorges Destrée.                    . . . Water colours.\nJules D e str é e ................... Quelques œuvres        d’art.\nM aurice Cantoni.                   . . . Hyménée.\n                             Chronique littéraire :\nA lbert M ockel................... L e Parnasse de la Jeune Belgique.\nCélestin Demblon . . . Wallon et français.\n\n\n                                Petite Chronique.\n\n\n                     Un numéro 5 0 centimes.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1887-11-20", "signet_source": "2ème année - N°10 - 20 novembre 1887", "preuve": "Couverture (PDF 402-403) sans date ni numéro lisibles dans le relevé ; signet « 2ème année - N°10 - 20 novembre 1887 ». Indices internes : « Octobre 87 » sous Air nuptial (Ghil), « Septembre 1887 » sous Quelques œuvres d'art (J. Destrée), « Marcinelle et Londres 87 » sous Pluie, « Juillet 1887 » sous Hyménée (Cantoni), compatibles avec une livraison de novembre 1887.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}