{"numero_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "20 Décembre 1887.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 446, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 165, "texte": "20 Décembre 1887.\n\n\n\n\n                                      LA\n\nWALLONIE\n\n        QUAND MÊME.\n\n\n\n\n                    Des presses de H . 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Je croyais pouvoir\nvivre loin de vous, mais je suis revenu vers vous, de même que la\nplante tend ses branches vers la lumière, comme l’homme aspire\nà l’Amour, à la Vie...\n   Puis comme se parlant à lui-même :\n   — Pourquoi suis-je faible?... Pourquoi n’avoir pas continué mon\nvoyage ? C’était horrible, mais il me restait une vague espérance ;\nmaintenant, je le sens bien, je ne serai jamais rien pour vous...\n   — Ah! tais-toi, tu ne sais pas, toi...\n   Elle est superbe ainsi, la poitrine haletante, l’effroi dans ses\ngrands yeux sombres. Agitée, elle marche par la chambre; elle\nsent son âme se déchirer entre deux tentations despotiques : Va-\nt-elle se jeter dans les bras de l’Aimé afin d’implorer la protection\nde ses mains d’enfant; se roulera-t-elle aveuglément dans cette\npassion sauvage pour y perdre la conscience de la tyrannie du\nmort ; ou bien fuira-t-elle loin dans quelque endroit inconnu, où\nelle ne puisse faillir à la fidélité ?\n   Pour Gontrand, une sourde révolte fermente dans son cerveau,\nun désir effréné de faire il ne sait quelle folie pour anéantir cet\nimpossible mystérieux qui entre eux se dresse.\n   On est alors à la fin du jour. Le soleil roulant vers l’horizon,\n                                                             25\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2051, "texte": "382\n\n\nrâle derrière un rideau cuivré à travers lequel s’épand une lumière\npestilentielle donnant aux objets une teinte jaune verdâtre. La\nchaleur pèse amollissante. Monique s’arrête en face de Gontrand.\nAffaissé dans son fauteuil, la tête renversée en arrière, il reçoit\nen plein visage cette lumière du couchant et il apparaît blafard,\ncadavéreux presque, et ses yeux ont une nuance profonde de\nfiévreux désespoir; sous ce ruissellement de lumière, sa chevelure\nsoyeuse a des reflets d’un blond maladif.\n   Lui? C’est lui, qui s’éteint à cause d’elle! Il se meurt et elle\nne voit rien... Egoïsme ! Cette voix, ce souffle pâle comme le rayon\nde soleil qui pénètre dans la chambre, c’est la prière d’un agoni­\nsant, et elle se raidit ! Et elle parle de ses souffrances, à elle !\n   Doucement, il lui prend la main.\n   — Monique... la solitude te mine, dis-tu, et tu me repousses!\nTu languis dans l’isolement, je t’offre toutes les tendresses, je\nveux t’arracher à l’obsession du passé et tu préfères cette obses­\nsion dans ton isolement. Tu dis m’aimer et tu me fais souffrir, et\ntu me fais mourir. Monique ! Seule, tu souffres et ma vie est en\ntoi... Serrons-nous l’un contre l’autre et oublions le monde. Je te\ndemande la vie, me la refuseras-tu ?\n   Sans qu’elle y ait pris garde, de ses mouvements insaisissables\nil s’est coulé de son fauteuil et il se trouve debout devant elle.\nDans un geste insensible et vague, il lui a enlacé le cou ; magné­\ntiquement il l’attire et, fascinée, elle vient à lui, toutes ses réso­\nlutions fondues, ses craintes émoussées, bercée à l’espérance d’une\npaix enveloppante.\n   — Ne t’obstine pas en un scrupule inhumain; laissons-nous\nvivre, doucement entraînés en une exquise somnolence... Quelque\nchose me dit que je remplis le vœu ardent de mon ami : S’il avait\npu penser à l’avenir, il t’aurait certainement confiée à ma solli­\ncitude...\n   Ses lèvres frôlent celles de la jeune femme. Il la sent secouée\npar un brusque réveil.\n   — Gontrand !\n   Et d’un bond elle se rejette en arrière, le visage bouleversé par\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "                                                                 383\n\nl’effroi, les mains tendues vers Lui comme pour lui crier de fuir à\njamais.\n    Ce geste a immobilisé le jeune homme ; ses yeux hagards\nexpriment une surprise, un désespoir absolus, sans refléter la\nmoindre trace de pensée. Puis sa voix, sa voix mate erre par la\nchambre avec quelque chose de mort, de sourd, d’incolore...\n    — Je vous fais horreur...\n    Ce n’est ni une interrogation, ni une exclamation, mais plutôt\n une plainte machinale, comme les vibrations tirées par un choc\nd’un objet inanimé.\n    Puis, il sort d’un pas raide, automatique, comme s’il y avait en\nlui quelque chose de détraqué, de brisé irréparablement.\n    De sa fenêtre, Monique le voit passer et s’éloigner. Inconsciem­\n ment, il s’en va droit devant lui ; il dévale le long de la pente qui\n s’incline lentement vers le couchant.\n    Maintenant l’horizon flambloie, sinistre; des blocs embrasés\n roulent, s’amoncellent lentement, et insensiblement monte la\n marée des ombres.\n    Gontrand avance sous ce ciel de malédiction; sa silhouette\n s’assombrit de plus en plus, diminue, s’affaiblit comme une épave\n entraînée dans des remous d’ombres.\n    Monique cherche fiévreusement la silhouette ; la voilà qui se\n profile sur le sombre éblouissement du couchant ; Monique croit\n la voir s’arrêter et laisser échapper un geste, geste de désespoir,\n geste de malédiction peut-être! Puis l ’ombre semble remuer\n encore. C’est une tache noire, la tache perd de sa netteté, se fond\n dans l’enténèbrement. Elle s’engloutit dans la nuit.\n    Un cri rauque arrive aux lèvres de la jeune femme et elle se\n tient l’œil enflammé, frémissante, comme prête à bondir — vers\n un fantôme qu’elle sent invisible et présent l ’enserrer de sa\n tyrannie. Puis elle s’affaisse sur un divan et reste longtemps au\n milieu des ombres confuses du soir, la pensée annihilée, avec la\n vague impression d’idées informes qui voltigent dans son esprit.\n    L ’entrée brusque de Jeanne, sa bonne, — qui, inquiète d’un tel\n silence, entre sous prétexte d’apporter de la lumière,— la tire de\n  cette prostration.\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": " 384\n\n    Alors, nettement, lui revient la conscience de sa situation : le\n passé ou l’avenir, le souvenir ou l’espérance, les regrets ou le\n bonheur, le devoir... que lui commande le devoir ? Rester fidèle au\n culte du souvenir, accomplir le vœu suprême de Julien ou sauver\nla vie, donner l’amour et le bonheur à un être si digne de vivre\n heureux par l’amour ? Elle le revoit partir de son pas automatique,\n elle revoit les moindres détails de ses mouvements roides, de son\nport; elle le revoit la tête un peu penchée en arrière, — non\nrelevée dans un mouvement d’orgueil, — mais comme pour cher­\ncher l’air qui lui fait défaut. Elle s’efforce de s’assimiler l’état de\nson âme pour arriver à en pénétrer les conséquences. S’en va-t-il\nau hasard, sans résolution ou marche-t-il à la délivrance...\n   Elle n’a pas le droit de disposer de sa vie, à lui; ce serait une\ninfâme ingratitude! Demain matin, — pourvu qu’il ne soit pas\ntrop tard, mon Dieu ! — demain matin, elle le fera appeler et elle\ndira à ce noble cœur : “ Soyez heureux... „\n\n\n\n                                  IV.\n\n\n\n     Osera-t-elle, infidèle, passer la nuit dans ce lit où IL agonisa\nentre ses bras... Osera-t-elle s’étendre à ses côtés, sur le point de\n se donner à un autre... Oh! ce regard, ce regard d’une boulever­\n sante pénétration, implacablement froid comme une sonde...\nce regard accablant comme une prophétie, terrible comme une\nsentence... C’était là; ce pâle visage, ce corps émacié, cette respi­\nration rapide, oppressée, et cette flamme sombre dans les yeux !\n“ Mon souvenir te poursuivra partout, tu me trouveras toujours\nentre toi et lui!...,, Il semble à Monique qu’IL va revenir l’enserrer,\nl ’étouffer de son fantôme. Elle frémit. Non, elle n’oserait, elle sent\nsa tyrannie peser sur elle, menaçante; ce serait se livrer à sa\nvengeance. Elle va se coucher dans une autre chambre.\n    Ici un grand froid lui tombe sur le cœur. Ce ne sont plus les\nangoisses de tantôt, car elle se sent en sécurité, mais c’est le\n"}, {"page_pdf": 452, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "                                                                      385\n\n   vague effleurement d’un remords, c’est le mécontentement stupé­\n   fait qui se trouve entre la décision et l’action alors que la fièvre\n   est tombée et que l’on invoque le prétexta : “ Maintenant, c’est\n   décidé, il est trop tard... „\n      Mais elle réagit. Elle se sent plus près de Gontrand. Où est-il\n  maintenant, qu’est-il devenu ? Partir avec l’effroyable conviction\n   qu’il lui faisait horreur ! Lui faire horreur... Mais son cœur fond de\n  reconnaissance pour lui ! Elle voudrait lui créer un paradis où son\n  âme tendre pût se laisser aller à d’ineffables délices. Lui faire\n  horreur, à elle qui si longtemps n’a vécu que par lui ; à elle qui a\n  recueilli comme un baume ses paroles de consolante mélancolie;\n  à elle qui, oubliant l’amertume de ses regrets, se laissait bercer en un\n  mol assoupissement à la musique de ses pensées ! Elle a bu comme\n  à une source de vie, à ce subtil et enivrant amour; elle s’est\n  délectée à ces nouvelles sensations; croyant vivre continuellement\n  dans la pensée de Julien, elle s’est imprégnée avec délices de ce\n  parfum de renouveau. Et lui part à la recherche de la mort. Et ce\n  geste, ce geste de désespoir ou de malédiction qui, un moment,\n  s’est détaché sombre sur les lueurs confuses et aveuglantes du\n  crépuscule !\n      “ S’il avait pu penser à l’avenir, il t’aurait certainement confiée\n  à ma sollicitude. „ Monique tressaille ; elle a un moment d’hésita­\n tion. Mais elle veut, elle veut se convaincre. Le noble cœur! Tou­\n jours le souvenir de son ami. Avec quelle piété il parlait de lui,\n comme on sentait dans ses paroles l’entier dévouement d’une\n amitié rare ! Jusqu’à ses plus ardentes espérances il associait la\n pensée de l’Ami; et c’est celui-ci qui le condamnerait aux tortures\n les plus épouvantables, à une lente agonie, à une mort certaine;\n c’est Julien qui pourrait briser la carrière d’un profond artiste !\n     “ S’il avait pu penser à l’avenir, il t’aurait certainement confiée\nà ma sollicitude. „ Cette idée revient obsédante, sans plus la faire\ntressaillir, et elle s’empreint de plus en plus dans son esprit.\n    Elle voit clairement son devoir : la reconnaissance, l’humanité,\nlui défendent de commettre ce crime atroce. Son parti est pris.\nSi le Mort fait sentir sa vengeance, ils se serreront l’un contre\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "386\n\nl’autre tellement qu’il lui sera impossible de les désunir; elle se\nréfugiera dans un amour contre lequel toutes les tyrannies seront\nimpuissantes. Ils se plongeront dans des ivresses extatiques jus­\nqu’à en perdre la conscience, et ils seront forts d’être à deux et\nde s’aimer. Ils commenceront une vie nouvelle; ils quitteront\nmême cette demeure et ils iront n’importe où il sera bon de s’ai­\nmer ; ils chercheront un nid digne de leur amour et là, pas un\nobjet par lequel puisse le passé lui adresser ses reproches, ses\nmenaces : là le passé sera mort et elle sera libre !\n   “ Vois-tu, cette pensée que dans une heure tu seras libre, qu’à­\nprès moi ce sera un autre. „\n   Monique tressaute. Elle revoit ce martyre d’un voyant, ces\ntortures d’un poète qui, dans son culte de l’amour, croyait que\ndeux êtres qui s’aiment sont unis pour l’éternité, que les liens de\nl’amour ne finissent pas au bord de la tombe. Comme elle le com­\nprenait alors ! Combien chimériques lui paraissaient ses craintes :\nLui, l’Initiateur, lui qui l’avait fait naître au monde de l’amour\net de l’art, Lui le seul, absolument !\n   Recommencer une vie nouvelle, se défendre contre le passé,\nn’est-ce pas le renier,Lui? N’est-ce pas fouler à ses pieds le sou­\nvenir des délices qu’il lui a révélées. N’est-ce pas... et maintenant\nmême, elle le fuit. Il est là dans leur lit ; elle le sait qui l’attend,\nqui lui reproche son abandon. Et elle se dérobe à ses étreintes. Il\ndisait donc vrai, autrefois. C’était elle qui alors se 'révoltait à\nl’idée qu’elle pût l’oublier et c’est encore elle qui maintenant le\nrepousse comme une bête malfaisante! Il proteste...\n   Il la supplie, il l’appelle, il lui ordonne d’aller le rejoindre ; elle\nle sent, il veut, il veut, il veut! Elle est toujours à lui; elle est\n encore libre. Gontrand n’est pas là, elle n’a plus de volonté. Elle\nse laisse attirer.\n   Chose étrange, à sa place, sur son oreiller, Monique croit voir\nune vague empreinte...\n   Elle se glisse à ses côtés, plus bouleversée qu’elle ne le fut\nautrefois.\n   Il fait maintenant une de ces chaleurs morbides et amollissantes\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "                                                                387\n\nqui précèdent les orages. Parfois au loin un éclair jaillit de l’ho­\nrizon comme un tressaillement du ciel, et un grondement profond\net lent arrive, se traînant jusqu’aux alentours, comme l’expres­\nsion vivante de cette émotion mystérieuse et subtile qui, vague­\nment, plane dans la chambre: les quelques chaises présentes sont\nvisiblement obliquées vers le lit, ainsi qu’autant de spectateurs\nsilencieux et remués ; les grands rideaux des fenêtres tombent\navec des plis cassés, serrés dans le désordre d’une attention sou­\ndaine; les portraits ont des regards douloureusement scrutateurs ;\nenfin, dans tous les objets, une interrogation muette, une attente\némue dont l’analyse échappe à Monique, mais dont l’ensemble la\ntrouble étrangement.\n   Elle s’agite fiévreusement.\n   “ Retiens ceci : si jamais tu en aimes un autre, mon souvenir\nte poursuivra partout, tu me retrouveras toujours entre toi et lui. „\nOh ! elle le sent, il la maintient sous sa domination, son despo­\ntisme pèse sur elle. Et elle l’aime toujours ; l’admiration, la com­\nmunion de leur être ont survécu. Elle n’ose plus se dire qu’il l’au­\nrait confiée à son ami.\n   Mais Gontrand, elle l’aime aussi. Gontrand, c’est l’ami tendre\n et dévoué et faible, c’est l’amant désespéré. Et pour se convaincre\n dans sa résolution, elle évoque encore la scène du départ.\n    Eh! bien, elle se révoltera, elle saura s’éviter un crime mons­\n trueux; elle saura braver tous les despotismes, elle saura braver\n même l’impossible!\n    Il y a dans sa tête une mêlée douloureuse; et Monique conti­\n nue de s ’agiter fiévreusement.\n   Au dehors, un roulement de tonnerre gronde, grandit, se gonfle\ncomme un rugissement de révolte sourde et désespérée.\n   Vers la matinée, Monique s’endort d’un sommeil enfiévré. Par­\nfois elle a des soubresauts; ses lèvres remuent sans pouvoir arti­\nculer aucune parole. On dirait une créature sous le pressentiment\nd’une catastrophe. Son visage exprime tour à tour la résolution,\nl’effroi, la prière, le désespoir. Des gémissements s’étranglent\ndans sa gorge.\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "388\n\n   Elle s’agite de plus en plus, elle paraît lutter, détourne la tête\navec horreur et toujours ses mains se ramènent sur sa poitrine,\ncomme pour repousser quelque chose d’invisible.\n   Oh! ce fantôme qui se moule à son corps, l’enlace, l’étouffe; et\nces lèvres glaciales qui cherchent sa bouche. Elle a beau fuir ces\nlèvres opiniâtres, elles s’accolent aux siennes; elle a beau se dé­\nbattre, l’étreinte l’étouffe, la broie, de plus en plus implacable.\n   Parfois elle s’éveille sans pouvoir ressaisir sa conscience, puis\nelle retombe immédiatement en sa possession.\n\n\n\n                                 V\n\n\n\n   — Monsieur Melpas est là, Jeanne?\n   — Oui, Madame.\n   — Sait-il que le médecin m’a permis de recevoir des visites ?\n   — Oui, madame, je le lui ai dit.\n   — Et... quelle impression cela a-t-il paru lui faire?\n   — Il m’a semblé qu’il devenait encore plus pâle que d’habi­\ntude, mais dans ses yeux on voyait que ça lui faisait plaisir.\n   Monique tressaille; une lutte suprême paraît se livrer en elle.\nPais son visage prend un air de résolution.\n   — Faites-le entrer, Jeanne.\n   La convalescente est installée dans un fauteuil; le corps penché\nen arrière, appuyée au bras du fauteuil, ses mains pendent indo­\nlemment, toutes blanches et sillonnées de petites veines bleues.\n   Elle est belle dans sa langueur troublante, blanche et amaigrie,\nminée par les tortures intérieures, oppressée par la solennité de\nl’heure ; ses grands yeux noirs contrastent par leur ardeur fié­\nvreuse avec la molle langueur de toute sa personne ; ses yeux lui\ndonnent un air d’énergie désespérée, l’air de quelqu’un qui va\nprononcer son renoncement à la vie.\n   La porte s’ouvre avec une certaine hésitation; Gontrand paraît.\nIl est pâle, amaigri; sur son visage la rude empreinte de la dou­\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "                                                               389\n\nleur ; dans toute sa personne une lassitude, un épuisement, mais\ndans ses yeux, comme une étincelle de joie.\n  Il espère encore, le malheureux !\n   Monique se sent le cœur crispé d’angoisse à la pensée de désil­\nlusionner cette ombre qui, vaguement,espère revenir à la vie. Elle\nse raidit et fait appel à toute l’éloquence de sa passion.\n   Pris de respect, Gontrand s’est arrêté au seuil de la chambre.\nPuis un grand froid lui engourdit le cœur à voir chez Monique\ncet air de suprême résolution, Il fait un effort et s’approche.\n   — Tu as bien souffert, Gontrand... dit la jeune femme on lui\nprenant la main.\n   Gontrand ne songe pas à répondre; d’un regard anxieux il\ncherche à deviner sa destinée.\n   — Ah! mon ami, j ’ai été bien éprouvée aussi... C’est vraiment\nun miracle que j ’aie pu survivre, un triste miracle d’ailleurs...\n   — Oh!\n   — As-tu pensé, Gontrand, à l’état où tu m’avais laissée ? Car\noutre la souffrance de renoncer au bonheur, n’avais-je pas l’hor­\nrible appréhension de te voir commettre quelque folie. N’étais-je\npas aussi hantée par l’idée que tu étais parti me maudissant ?\n   — Moi...\n   — Convaincu que tu me faisais horreur, ajoute-t-elle avec un\npâle sourire et un tendre serrement de main. As-tu réfléchi que\npour agir ainsi, je devais avoir un motif bien affreux?\n  — Ainsi... c’est toujours vrai...\n   — Plût à Dieu que nous ne nous fussions jamais connus ! dit-elle\nen se cachant la figure dans ses deux mains, gagnée par les san­\nglots.\n  Un sanglot lui répond, un de ces sanglots comme en ont les\nhommes, qui font violence à leur nature et les déchirent pour\narriver à leurs lèvres. Gontrand tombe à genoux devant elle, et\ndoucement lui prenant la main :\n   — C’est mon arrêt de mort que tu prononces là, Monique.\n  — Oh! Gontrand... — Puis par une diplomatie instinctive: —\nne suis-je pas assez malheureuse ainsi?\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "390\n\n    Elle s’est penchée en avant, lui a posé une main sur la tête et,\nle regardant à travers ses larmes :\n    — Pourtant Dieu sait si je t’aime ! Mais ce que tu rêves est\nI M P O S S I B L E , une fatalité nous sépare... Fuis-moi, bien loin, Gon­\n\ntrand, il te reste ton art, à toi; tu m’y parleras, et je saurai bien te\ncomprendre, va !\n    Et l’attirant, elle lui met au front un long baiser, le seul, avec\nun désir fou de se consumer, de se dissiper comme une fumée, en\ncette minute.\n    Gontrand se relève. Longuement i l la contemple ; jamais le\nmoindre détail ne s’effacera de sa mémoire.\n    — Adieu... fait-il d’une voix à peine distincte.\n    Il s’éloigne de quelques pas, s’arrête, puis revient. — Adieu,\nMonique...\n    Elle ne pleure plus. Plus blanche encore que tantôt, elle s’est\npenchée en arrière et le regarde, les yeux mis-clos, anéantie.\n    Gontrand se raidit et s’éloigne. Arrivé sur le seuil, il s’arrête\nencore et l’enveloppe d’un regard fou de passion et de désespoir.\n    — Fuis... dit-elle d’une voix faible.\n    Et de sa main elle fait un geste lent qui est comme une béné­\ndiction.\n                                                 A uG. HENROTAY.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 390, "page_fin": 392, "titre_corps": "Nocturne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "NOCTURNE.         IBEN tard, dans le jardin", "ancre_fin": "défaille ! Automne 1887. Fernand SEVERIN.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTES (1)        1887. 3 Octobre.     La Terras", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 457, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 1209, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "NOCTURNE.\n\n       IBEN tard, dans le jardin vu du pâle Vesper\n         Qui montait, au couchant, parmi d’âpres ramures,\n         Sous le ruissellement d’opale de l’Ether,\n         Tout lumineux déjà des lumières futures,\n         Quand un chaste sommeil eut clos mes jeunes yeux\n         Comme sous un vent frais de tuniques et d’ailes,\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "                                                      391\n\nAvec des mouvements lents et silencieux\nYseult ôtait soudain d’entre mes mains fidèles\nLes despotiques mains qui m’ouvrirent l’Eden\nEt s’en allait de moi, laissant dans les parterres\nUn peu d’elle, après elle, embaumer le jardin.\n\n\nEt je dormis parmi mes bosquets solitaires\nUn sommeil inconnu si libre de remords\nEt si terrifiant dans cette candeur même,\nQue c’était le sommeil des enfants et des morts !\nNul songe qui chantât la femme, nul poème\nDu grand cycle d’amour n’éclaira cette nuit;\nRien que l’attente après une peine en allée\nEt l’angoisse qui suit un monde évanoui !\n\n\nBien tard, quand je dressai ma tête réveillée\nDans les enfièvrements du froid et de la peur,\nLes colliers dénoués d’une nuit printanière\nRêvaient autour de moi dans la blanche vapeur.\nDes étoiles parfois sillonnaient la lumière\nComme des yeux meurtris que la mort aurait clos,\nEt les appels du cor d’une forêt lointaine\nDéchiraient le silence ainsi que des sanglots !\nOn eût dit d’une amante oubliée et hautaine,\nQui, lasse d’implorer et fière en son tourment,\nDans la nuit où nul cœur ne pouvait plus l’entendre\nEût pleuré toute seule et désespérément !\nPuis le cor exhalait une plainte plus tendre\nQue les voix d’amoureux et de convalescents,\nEt l’âme devinait, évoqués par le cuivre,\nDe frêles bras tendus vers d’orgueilleux passants,\nEt pesant sur l’ennui dynastique de vivre\nDe nocturnes joyaux pleins de soleil couchés,\nEn je ne sais quelle âpre et mystique demeure.\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": " 392\n\n         Un instant des soupirs et des gestes penchés\n         Osaient rêver encor la vie autre et meilleure\n         Jusqu’à ce qu’un sanglot, le dernier cette fois,\n         Plein des contritions d’un grand cœur qui se brise,\n         Eclatât, pour mourir, dans les échos des bois.\n\n         J’ai pleuré jusqu’à l’aube, et c e mal qu’éternise\n         Le sentiment que j ’ai d’en être seul atteint,\n         Mes souvenirs mauvais le grandissent encore.\n         Je me lève chargé des perles du matin\n         Et m’en vais malgré moi vers la forêt, sonore\n         De ramiers, où s’est tu le grand cor oublié.\n         O mon amour du soir permet que je m’en aille\n         Car je veux consoler en son morne hallier\n         L ’âme sœur qui m’attend peut-être et qui défaille !\n\n       Automne 1887.\n                                             Fernand   SEVERIN.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 392, "page_fin": 394, "titre_corps": "Notes : 3 octobre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Saint-Paul", "ancre_debut": "NOTES (1)        1887. 3 Octobre.     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Et les frétillements des moineaux se\nlassent parmi les branches.\n   Le sifflet grave d’un remorqueur envahit l’étendue de l’allée ;\nles roulements cahotés des voitures s’y prolongent, mêlés aux\nclaquements des sabots de leurs haquenées sur l’asphalte ; une\nrumeur montante et vague d’un bout à l’autre balaie le silence\nqu’on rêve pour cette mélancolie royale d’altesse démodée. Les\ngrands arbres s’endeuillent en les brumes, et des branches ténues\net croisées entre leurs longs bras desséchés, imitent des linceuls\nde crêpe déchirés par les efforts d’un squelettique agonisant qui\naurait peur de la mort.\n   Avec ses glaciales ironies, ses haines coupantes de vieux ermite\ndont on se fiche ; avec les virginales blancheurs de ses neiges\nqu’on souille, qu’on piétine, qu’on pousse aux ruisseaux ; avec sa\nfrileuse et chevrotante allure de perruque à frimas, poudrés de\ngivre, s’annonce l’hiver en la mélodie chagrine et sourieuse que\nprélude l’ancienne Terrasse impériale.\n\n\n     28   Octobre.                            7 heures du so ir En sortant\n                                       d ’un five o’ clo ck , ru e M ontaigne.\n\n\n   Les Champs-Elysées ouvrent leur étendue trouée par les lumi­\nneuses plaques jaunes de réverbères sous un ténébreux harcèle­\nment de bruine cinglante, et palpitent des scintillations de dorures\nsalies, miroite toute une lutte de clignotantes clartés en la boue,\ndans le noir.\n   Quelques fiacres en maraude silencieux se croisent sur l’as­\nsourdi pavage en bois, trottant un lugubre défilé d’enterrement —\nque dépasse un blasphématoire omnibus à l’œil rouge d’ivrogne,\net serpentant, et lourd. Les refuges se glacent, isolés, comme des\nflaques d’eau propre. Presque totalement dépouillés se taisent et\npaternellement veillent les arbres : vieillards qui savent ! sur la\ntristesse des petits bazars pleurant le soleil, sur la désolation des\nchaises serrées dos à dos les unes contre les autres — interminable\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "394\n\n déploiement de troupeau ratatiné par le froid, souffrant de la\n chaussée sans joie.\n   Un vide pénétrant se développe autour d’ombres filantes»\n coiffées d’un parapluie et dont les enjambées se doublent au lui­\nsant de l’asphalte mouillée. Mais voici que, plus claire, vibre la\nvaste illumination de la Place de la Concorde où sommeillent les\njumelles fontaines, d’où s’enfuient, régulières et mornes fusées,\nvers la Seine, par la rue Royale, des enfilades reposantes de\nlumières.\n                                    A l b e r t SAINT-PAUL.\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 394, "page_fin": 395, "titre_corps": "Notes : 14 septembre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Mario Varvara", "ancre_debut": "14 Septembre. 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Délicate­\nment, les doigts froissent à peine un journal, le soulèvent, imper­\nceptiblement, le laissent mollement retomber.\n   Un blond, gras et réjoui, survient, délibérément présente la\ncarte de son dîner. En silence, après une inclination de tête, la\ncaissière promène au-dessus de la carte, sans y toucher, la plume,\ndans une addition mentale des consommations marquées. Puis, la\nplume écrivant un chiffre allongé et hâtif, sa lèvre exsangue le\nmurmure, pendant que de la traînante main gauche elle saisit le\ntimbre, en marque la carte : un grincement bref, délibéré. Le\nmonsieur réjoui fait alors tinter bruyamment sur le marbre une\npièce de cent sous. Les doigts fluets, légèrement, la soulèvent, la\nretirent, puis rendent la monnaie avec un nouveau murmure des\nlèvres qu’un nouveau merci clôt.\n   Le monsieur sort.\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "                                                                395\n\n\n   Il est tard : peu de monde dans le restaurant.\n  Aussi la dame, derrière le bureau très propre, se repose.\n  Et la pâleur verte et soyeuse de l’abat-jour de porcelaine, dans\nsa sobriété aristocratique, à nouveau domine, charmeuse. Mais, en\ndessous, l’intérieur blanc de l’abat-jour parfois crie des pans\nd’éclatante lumière.\n  La dame pose un mou regard de biais sur le journal. Elle est\ntoute caressée d’un reflet tendre, tout imprégnée de clarté sereine.\nElle est lasse, mais, dans son élégante cage, à son aise, entourée\nde nuances familières.\n  Doucement, le bureau la contemple. Le marbre lui souffle la\nsalutation froide de sa blancheur. Sous la lumière directe de la\nlampe, dans la plus claire zone, le porte-allumettes lui chante la\nnote jaune de son contenu, un groupe rangé, serré, soigné ; le\npetit vase aux cure-dents émane comme une vague lueur d’al­\nbâtre; une coupe de cristal très nette, où dorment des paralléli­\npipèdes de sucre, se fleurit pour elle de gros boutons de vive lu­\nmière en cercle, un collier de diamants magnifiques que semble\ncurieusement relier la solidité saccharine des morceaux ; tandis\nqu’un moulin à poivre, seul, inému, plaque la note de l’indiffé­\nrence. — Mais le vaste encrier bâille une salutation noire, et l’ar­\nmée innombrable des chiffres, sur les cahiers, devant elle, danse\nen son honneur une valse discrète et mélancolique.\n  Au bureau, deux messieurs arrivent. La caissière bouge, l’ordi­\nnaire scène se joue, les mouvements, les murmures ordinaires,\nmécaniques, sur lesquels toujours tranche le grincement bref du\ntimbre.\n  Encore une fois elle est seule et se repose. Maintenant, une\ncontemplation médiocre l’absorbe : elle penche l’immobile tète\nsur un coin de marbre, la coiffure irréprochable, une insignifiance\ncorrecte dans le regard.\n   Et de nouveau, sur ce calme de bureau poli, domine, plus déli­\ncieuse et soyeuse, l’aristocratique clarté pâle de la verte porce­\nlaine.\n                                       M a r io   VARVARA.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 396, "page_fin": 396, "titre_corps": "Mahia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "MAHIA.        S u r l’épais tapis jonché", "ancre_fin": "ie r s e t .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA MAITRESSE Du PAYSAN.   I l avait assez travaill", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 908, "texte": "MAHIA.\n\n      S u r l’épais tapis jonché de verveines\n          Brillent au soleil tes charmes rosés,\n          Et tes seins royaux aux graciles veines,\n          Vont fleurir au souffle ardent des baisers.\n\n          Tes flancs parcourus de frissons rosés\n          Et filigranes par l’azur des veines\n          Semblent, dans l’espoir des féconds baisers,\n          Parfumer d’amour ton lit de verveines.\n\n           La sève d’été fermente en tes veines.\n           O brune Mahia, Mère des baisers !\n           Lasse d’eff euiller les pâles verveines\n           S’alanguit ta main aux ongles rosés.\n\n          Le rêve troublant des prochains baisers\n          Allume déjà le sang de tes veines,\n          Et le Désir tord tes membres rosés\n          Sur l’épais tapis jonché de verveines.\n                                                 A u g . V ie r s e t .\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 396, "page_fin": 399, "titre_corps": "La maitresse du paysan", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "LA MAITRESSE Du PAYSAN.   I l avait assez travaill", "ancre_fin": "u b e r t KRAINS.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNET      F   I X E tes yeux profonds s", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 463, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 908, "fin_caractere_exclue": 1261, "texte": "LA MAITRESSE Du PAYSAN.\n\n I l avait assez travaillé, jugeait-il. Pendant des années et des\n    années, il avait tenu la charrue derrière ses chevaux au poil\n    luisant; répandu, dans le sillon humide, la semence féconde ;\nfauché, de ses deux bras infatigables, les épis mûrs, et fait cré­\npiter, dans la grange, sous son lourd fléau, les grains dorés.\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "                                                                 397\n\n   Maintenant que ses cheveux étaient blancs sous sa casquette\nde loutre et que son corps tremblotait un peu, il projetait de\ns’arranger une existence infiniment douce, dont la seule pensée\nle ragaillardissait, mettait un peu d’huile aux articulations de ses\nvieilles jambes, rouillées par les rhumatismes — ce qui faisait\ndire aux tâcherons de la ferme, à chaque fois qu’ils le croisaient :\n“ Vous êtes toujours comme un jeune, censier. „\n   Il ne rêvait pas, toutefois, de passer le restant de ses jours\ncomme ces vieillards paresseux qui dorment la grasse matinée,\ns’immobilisent de longues heures à l’estaminet devant une chope\nde bière et un jeu de cartes et, journellement, se couchent au\ncrépuscule. Chaque matin — quand chante-clair éparpille ses\nnotes sonores dans la cour silencieuse — il serait debout, le\npremier, guettant, à travers la fenêtre, la flamme grêle de la\nlanterne, qui, promenée lentement d’étable en étable par un\ndomestique mal éveillé, ressemble à un minuscule feu-follet\nvoltigeant dans l’obscurité. Il se mêlerait ensuite aux ouvriers,\nleur tendrait les attelles, passerait la main sur le pelage moite\ndes bœufs, puis regarderait s’éloigner bêtes et gens, du même\npas lourd, par la vieille porte cochère. En été, il ferait de longues\npromenades dans les champs et pendant l’hiver, les pieds dé­\nfendus contre le froid par de chauds sabots, le corps bien emmi­\ntouflé, les oreillettes de sa casquette nouées sous son menton, il\ntrottinerait dans la cour, irait des étables à la grange, surveillant\nles servantes, le vacher, les batteurs, et, par les temps de neige,\ns’aventurerait quelquefois dans la prairie pour lâcher un coup\nde fusil aux corbeaux affamés, qui viennent guetter, du haut des\narbres tristes et nus, les graines que les poules picorent sur les\ndalles froides.\n   Un matin d’automne, le vieux fermier s’acheminait vers les\nchamps par une route grise rayée d’ornières où croupissait, çà et\nlà, un peu d’eau jaunâtre. Un vent froid, soufflant par saccades,\nsecouait les arbres, dont les premières feuilles mortes venaient\ndoucement se poser à la crête des herbes. Parfois une de ces\nfeuilles, partiellement jaunie, semblable à un frêle bijou composé\n                                                           26\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "398\n\n d’une émeraude enchâssée dans de l’or, s’accrochait aux cheveux\n de quelque fillette, maigre et mal nippée, dont les pauvres petits\nbras se fatiguaient à cogner, du bout d’une longue perche, les\nrares pommes échappées, le jour de la cueillette, aux yeux scru­\ntateurs du propriétaire. De temps en temps, par les interstices des\nnuages gris, le soleil souriait à la nature ; ses rayons tièdes\nréchauffaient un instant la campagne et couvraient d’un glacis de\nlumière les toits d’ardoises à moitié cachés par les frondaisons\nvertes piquées de taches jaunes. Dans le vent, s’envolaient de\nmélancoliques refrains fredonnés par les laboureurs ; mais le\ngazouillis des oiseaux n’accompagnait plus les chansons des\nhommes.\n   Le corps engainé dans un vieux pardessus roussi, sur le collet\nduquel se tortillaient, comme des chenilles, des mèches de cheveux\nblancs, les mains croisées derrière le dos, soutenant un bâton\ndont le bout frappait régulièrement ses talons, le vieux fermier\npromenait des regards amoureux sur la campagne où la germina­\ntion des blés mettait, çà et là, une espèce de moisissure verte.\n   Devant lui, bordant une cavée herbeuse et profonde, se déve­\nloppaient deux rangées de peupliers dont les feuilles, taquinées par\nle vent, s’agitaient dans un bruissement continu.\n   Il résolut de se reposer un moment à leur ombre, car, chose\nsingulière, bien qu’il n’eût marché que pendant une demi-heure\nenviron, sans se hâter, en flâneur, uniquement préoccupé de\nl’achèvement des dernières semailles, il sentait ses jambes fléchir\net son corps se voûter comme sous la pesée d’une main de plomb.\n   Il s’assit à un endroit où l’herbe était touffue et moelleuse\net s’abandonna tout entier au bonheur d’admirer la cam­\npagne en gestation, les meules qui se dressaient avec des\nairs de pagode dans le lointain et, fermant le paysage, le hameau\ndont les maisons et les arbres étaient dominés par le clocheton de\nla vieille église. Distraitement, sa main osseuse et jaune égrena\nune pincée de terre prise à une taupinière : comme un amant dont\nles doigts se promènent nerveusement dans la chevelure soyeuse\nde la bien-aimée, il éprouva, au contact de cette poussière satinée,\n"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "                                                                 399\n\nune indéfinissable volupté qui se traduisit par un mystérieux\nsourire et un dilatement de ses yeux gris, où brillèrent soudain de\npetites étincelles. Mais bientôt de légers frissons lui coururent\ndans le dos, il trouva l’herbe humide et glacée et il lui parut que\nle vent, en frôlant ses oreilles bleuies, y plantait des centaines\nd’épingles. Il appuya fortement ses deux poings contre le sol, et,\ntout le corps raidi, voulut, d’une secousse, se remettre debout.\nEtait-ce Dieu possible !... Malgré les hans poussés du fond de sa\npoitrine, il ne parvint pas à remuer ses jambes qui restèrent\ncollées au sol, inertes et roides comme des bûches. De petites\ngouttes de sueur perlèrent à son front, ses dents claquèrent et sa\nfigure se crispa horriblement. Il eut tout à coup le pressentiment\ndu martyre prochain, se vit débile et impotent, étendu sur une\nchaise longue, au coin du feu, et à jamais banni de la campagne\noù il avait passé les plus doux moments de son existence.\n   Le paysan, à cette pensée, sentit grandir son amour pour la\nterre. Il attacha sur elle ce regard suppliant et désespéré dont\nles moribonds enveloppent, à la suprême minute, les chers êtres\n groupés autour d’eux et, lentement, sur ses joues glacées, des\n larmes coulèrent...\n                                           H u b e r t KRAINS.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 399, "page_fin": 400, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Hanton", "ancre_debut": "SONNET      F   I X E tes yeux profonds s", "ancre_fin": "hymne de bonheur. 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Que ton beau corps se pâme\n         Par l’indicible ardeur qu’on ne se cache pas....\n         Redis-moi les désirs concentrés en ton âme,\n         Toi qui sais quel amour nous unit ici-bas !\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 347, "texte": "Quand je te vois ainsi, fraîche, belle et riante,\nOffrant à mes baisers ta lèvre qui me tente\nEt laissant s’épancher les trésors de ton cœur,\n\nJe sens en moi bouillir la sève de la vie,\nEt de mon âme, alors, de mon âme assouvie,\nS’échappe vers le ciel un hymne de bonheur.\n\n                                  E dmond HANTON.\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 400, "page_fin": 400, "titre_corps": "Naïveté", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NA ÏVET É  J voyais dans tes yeux l ’e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 467, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 347, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "NA ÏVET É\n\nJ voyais dans tes yeux l ’exquise pureté\nE\n De ces cieux d’azur tendre aux langueurs automnales\n Où d’invisibles lys fondant leur chasteté\n Parlent confusément d’étreintes virginales.\n\n\nMa tendresse, comme un parfum de rose-thé\nEvaporé par les fraîcheurs matutinales,\nMontait vers ta candeur qu’en ma naïveté\nJ’ignorais recouvrir des hontes infernales.\n\n\nQu’ai-je gardé de toi, lointaine poésie ?\nTa musique berçante et toujours ressaisie....\nBéni l’âge où l’on peut encore nous leurrer !\n\n\nSepticismes amers, défiances moroses !\nRêves d’or écaillés aux épines des roses,\nDès l’aurore du cœur pourquoi vous effleurer ?\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 401, "page_fin": 409, "titre_corps": "La littérature des images", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "L A L IT T É R A T U R E DES IMAGES.     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Ni René Ghil ni La Wallonie, n’en ont guère souci,\nj pas plus qu’un prêtre ne s’excuse de son adoration pour Dieu.\n      Mais l’Enfance d’une Idée a les frêles délicatesses d’ un camélia\n   blanc. A l’Idée comme au camélia, il convient d’épargner certaines\n   souillures. Nous y tâcherons; et, ne fût-ce que pour avoir ramené\n   à nous, plus vite, quelques esprits sincères, ou pour avoir prévu\n   ce que bientôt croiront tous les artistes, nous trouverions à ce\n  labeur un charme d’orgueil secret qui nous en serait la récom­\n  pense.\n      Je relisais, dernièrement, l’étude de ce grand double artiste\n  H onoré de B a l z a c , sur la Chartreuse de Parme de Stendhal. Et,\n  j ’en étais frappé, cette ligne qu’il trace onduleusement entre la\n  littérature des Idées et celle des Images, cette ligne encore divise\n  actuellement les écoles.\n      La plupart des critiques appartiennent au clan des “ idées „ ; car\n  les poètes souvent dédaignent les menues besognes du pesage litté­\n  raire. Or, ces divers Gustave Planche, et, de nos jours, ceux qui\n  parviennent à lire Sarcey, semblent avoir par jalousie tenté de\n  dessécher la verve sèveuse des Poètes. Ils publient la centième\n  édition de l’œuvre morale d’un Malherbe, et, pour avoir demandé\n  “ la scène à faire ? „ ou la “ signification des Burgraves, je vous\n  prie ? „ se croient Immortels, tandis qu’intellectuellement à peine\n  sont-ils Académiciens.\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "402\n\n   La littérature des Images, vaincue jadis par des Boileau de\nlettres, se refroidit et se raidit au cercueil des tragédies pendant\ndeux siècles ; mais elle renaît enfin d’une belle révolte de sang\njeune à la poussée des Romantiques. Les Romantiques, c’est le\ncoup d’épée majeur de Siegfried à Wotan, et la Lance divine,\nsymbole de la Règle, brisée par la vigueur chantante d’un Esprit\nnouveau. Maintenant, les rôles sont changés, n’est-ce pas ? Et\nnous avons la “ littérature du cahier de notes „ — réaliste, natu­\nraliste et parfois triomphante dans la psychologie, — en opposi­\ntion ave ; l’art et l’imagination libres : M. Alexandre Dumas, fils,\ninsultant Leconte de Lisle, en lui opposant les mauvais vers d’un\nlibrettiste médiocre, c’est Malherbe et Boileau dédaignant la\nPléiade.\n   Seulement, si nos psychologues ne dérivent pas absolument des\nfabricants de tragédies,ni nos réalistes des romanciers picaresques,\nde même le beau coup d’épée de Victor Hugo a moins fait qu’on\nne pense pour la littérature des Images. Hugo, comme le vieux\nRhin, a longuement brillé entre les montagnes de la F oule ; puis\ns’est perdu dans les sables, en donnant seulement un peu de sa\nroyale sève à cette belle Meuse des Parnassiens.\n   Et nos vrais pères sont Balzac et les Parnassiens, pour les\npoètes; Balzac, Stendhal et quelque Mérimée pour les analystes.\n   Puis, à mesure que marchent les années, plus grande s’est faite\nla différence entre les Poètes synthétistes et les Analystes de\nl’Idée. L ’école naturaliste, qui va et vient de la Foule à la Foule,\ns’inspire du et pour le Peuple, est bien loin de nos désirs flottants,\ningénus, et ésotériques; Emile Zola a la valeur morale d’un coup\nde hache; à mesure qu’il incline son incontestable talent vers la\npoignée de main calleuse, plus grande se fait la distance entre\nlui et les esprits que charme- encore la Forme. Emile Zola, incon­\nsciemment, a restreint l’art à la belle force animale d’un “ mo­\nteur. „ Nous sommes, nous, et de plus en plus, les fervents de\nl’Art pour l’Art.\n   Mais tout mouvement littéraire exige une allure unanime. Et,\ncomme la littérature naturaliste, par essence, les heurtait, les\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "voyants des horizons nouveaux ont suivi le courant des psycho­\nlogues ; — peut-être. En tous cas, la recherche de la pénétration,\nfrêle, aiguë, parfois douloureuse, est une caractéristique impor­\ntante qui leur est commune.\n\n   Or voici la question principale. Après une telle et longue sépa­\nration. la littérature des Idées et celle des Images n’ont-elles\nfatalement dû se réunir ? On l’avait vu dans Balzac; le Symbole\nle fera voir encore. Car, si les Psychologues se rapprochent des\nPoètes par une recherche pénétrante et large à la fois, qui n’exclut\npoint la Philosophie, le Symbole, base des conceptions nouveau-\nformulées, est bien le nœud solide qui joint les branches séparées\njusque là.\n   Le Symbole est une grande Image qui s’épanouit sur une Idée,\n et dont le parfum ondoie parmi toutes les lignes de l’œuvre. Et\nle Symbole, par essence, devant se rattacher à l’Unité, j ’entre­\nvois cette conception idéale :\n    Du cercle infini de la Vérité, le Symbole, contenant l’Idée, s'élève\n en forme de tige et de calice; sur le fer et le calice du Symbole, des\npétales s’épanouissent, et sont la fleur délicate et brillante de l’ Œuvre.\n\n  Le Symbole est la réalisation figurée d’une Idée; il est le lien\nténu du monde immatériel des Lois au monde sensible des Choses.\nEt pour qu’une œuvre soit complète, il faut que, flottant aux\nmolles vagues des choses, elle puisse du moins, à l’aide du Sym­\nbole, percer jusqu’au monde abstrus des régions intangibles.\n  Pour avoir fait jaillir la lumière de cette loi des arts, une gloire\nenvironnera toujours l’auguste et fière personnalité de STÉPHANE\nMALLARMÉ. Mais ayant énoncé le Principe, le maître en chercha\nsolitairement la réalisation.\n   Or, à toute Idée, il faut une forme qui l’incarne; et cette forme,\n— ces palpitations de mots et d’images, “ la chose envolée, „ les\nrythmes impairs qui semblent fuir la réalité, — M. Paul Verlaine\ns’est ingénié à la trouver.\n   C’est ici qu’une divergence vient naître ; l’art de Stéphane\nMallarmé et l’art de Paul Verlaine sont frères de tendances, mais\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "404\n\nils ne se complètent point, ce me semble, entièrement; chacun\nest le produit et la valeur d’un admirable artiste, et, fût-ce\nmême chez Stéphane Mallarmé, n’enferme pas la rigueur définitive\nd’une Loi.\n   Que cette Loi soit nécessaire, tel n’est point mon avis; l’ima­\ngination du Poète roulant sur les rails rigides de la Règle, me\nsemble une hérésie. Et, cette Loi fût-elle donnée, j ’estime qu’il la\nfaudrait souvent transgresser.\n   Cependant quelques efforts, très fiers, ont tenté la réalisation\nde cet idéal. Je cite Jean Moréas, Gustave Kahn, et, le plus absolu,\nR ené Gh il .\n   L ’Idée — je crois énoncer ici la pensée de René Ghil, — se\nmanifeste par des moyens de son, de couleur, de gestes, de lignes,\nqui en sont déjà les vagues symboles. Or, sous divers assem­\nblages de sons, l’habitude et les Lois ont fixé un sens définitif :\nc’est le langage. Puis, à des assemblages de sons déjà dessinés en\nfigures mélodiques, correspond un instrument de l’orchestre ; les\ndifférentes phrases d’une sonate de Beethoven, par exemple,\ndésignent rigoureusement, suivant leurs modifications, telle voix\ndes Bois, des cordes ou des cuivres. De plus, la transposition du\nscn en couleur doit être admise : la projection lumineuse des\naccords n’est pas une découverte récente ; et dernièrement encore\nHeimholtz a calculé le rapport des harmoniques.\n   Eh bien, s’appuyant à ces vérités, René Ghil a eu le bel et\norgueilleux désir de réaliser un art qui fût COMPLET.\n   A la Peinture, manque l’Immatérialité; la Musique, — cet art\nfrêle, oh le plus large, le plus divers, le plus logique, le plus\nondoyant, le plus haut, — la Musique, trop immatérielle et rêvée,\nn’a point la précision. A la Littérature, devait échoir, d’après\nRené Ghil, l’orgueil d’être la magique synthèse des arts.\n   Comme Wagner a synthétisé le drame lyrique, René Ghil a\nvoulu rendre complète la Poésie. Les Mots évoquent et disent,\ndésignent les objets sensibles, et laissent entrevoir les ondes\nmouvantes de l’Infini. La Littérature était donc, plus que la\nMusique, capable de réaliser ce rêve : l'universalité des impressions.\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "                                                                    405\n\n   Encore, — et ici je touche au cœur de la théorie de René\nGhil, — les Lettres se plient à évoquer telles images, de même\nque la musique fait passer aux regards émerveillés des auditeurs\ninitiés, de larges et sonores visions de pays inconnus.\n   Enfin, la voix des lettres elle-même est comme la vague trans­\nposition d’un orchestre caché au mystère des mots, et où se\ndevinent des chants de violons, de flûtes et de cuivres.\n   La sensation isolée de ce vertige complexe n’est pas absolu­\nment nouvelle. Dante déjà, en plein moyen âge pourtant, parle\nd’une enceinte muette de toute lumière; Balzac (dans la Recherche\nde l’Absolu, entre autres) emploie fréquemment des comparaisons\ntransposées du son à la nuance, des mots à la musique; et tant\nd’autres qu’il est inutile de citer.\n    Le rôle de René Ghil a été de combiner en théorie, et en\nmoyens nouveaux, tous ces principes vagues qui flottaient dans\nl’atmosphère intellectuelle de ce siècle. Pour avoir eu cette\naudace de dire et définir ce que d’aucuns pensaient et beaucoup\n avaient pressenti, pour avoir eu l’orgueil de désigner insoucieu­\nsement ce qu’il croyait la Vérité, René Ghil sera longtemps\n encore en butte aux attaques de la Foule et des hermaphrodites\n de lettres.\n    L e Symbole, “ rapport exprimé du monde idéal au monde\nmatériel „ (telle est la définition de Ghil), c’est l’union de la\nlittérature des Images à celle des Idées. L ’I n s t r u m e n t a t io n\nP O É T I Q U E de René Ghil, c’est l’union des vouloirs artistiques,\n\nréalisant en littérature une sorte d’art nouveau. Seulement, dans\nla théorie de René Ghil, deux principes sont distincts : la colo­\nration poétique et l’Instrumentation.\n    Toutes deux ont cette fonction d’environner d’images l’Idée\n d’abord conçue, comme la couleur traduit la Ligne, en peinture,\n comme le geste enveloppe et explique la Parole, comme la mé­\n lodie fleurit à la surface de l’Harmonie.\n    Cette théorie est donc complète, de fond et de forme; et, en\n elle-même, indépendamment de la Parole évocatrice de Stéphane\n Mallarmé, elle enfermait le Symbole, — ce que nous avons\n effleuré déjà d’une allusion suffisante.\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1794, "texte": "406\n\n   La théorie de René Ghil est bien l’incarnation des tendances\nde ce siècle.\n   L ’avènement des romantiques a donné le signal d’un travail\ndans la Forme, en même temps que la marée des idées nouvelles,\nen science comme dans les lettres, donnait impulsion à la syn­\nthèse. On avait eu Cuvier et Victor Hugo, Chateaubriand et\nTh. Gautier; nous avons Darwin et les Parnassiens. Et, dès\nl’abord, une œuvre géniale, dont la puissance prophétique nous\nconfond, la N e u v i è m e S y m p h o n i e de Beethoven créait le type\nde l’Art nouveau: l’unité générique de conception, le grand\nrayon de lumière synthétique; et la complication ciselée de la\nForme et de l ’Image, le travail spécifique de l’expression.\n   Tout cela, la théorie de René Ghil l’enferme, et aussi les\nœuvres qui en sont nées.\n   Lisez les vers de Stuatt Merrill, conçus d’après l’Instrumen­\ntation, lisez le Geste Ingénu de René Ghil (*), et vous serez\nassailli de cette sensation d’une grand ligne droite lumineuse\nparmi des complications de nuances.\n   Le Geste Ingénu, c’est la lente montée à la vie d’un Esprit\nadolescent. L ’Avenir est douteux, et l’environnent des visions\nd’ailes chantantes, ou désespérées de grands obstacles noirs ; —\ncependant qu’en sa poitrine, se gonfle le Désir déjà mâle, et les\npremiers vouloirs d’amour.\n   Et de larges vers traduisent cette Idée. Tel ce triste espoir\nd’amour ailé :\n\n         Venu d’hier stagnant qui par les roses saigne,\n         Maint doux mensonge épars d’éloignement derniers\n         Mouille dans l’eau du rêve un sourire de règne\n         Quand le sort, rédempteur des essaims prisonniers,\n         Monte, sonore et plein d’un éveil de ramiers.\n\n\n\n   ( 1) Le Geste Ingénu, p a r R en é Ghil (lég en d es de R êve e t de S an g , volum e II).\nV anier, é d ite u r.\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "                                                                407\n\n  Puis cette douceur des ingénuités :\n       Voilà que les ruisseaux gazouillent dans les plaines :\n       Tranquilles sous l’heureux mariage des doigts,\n       Aux pâturages des longs lis et des haleines\n       Allez d’un vague et doux déroulement de voix,\n\n       Troupeau du non savoir, aux héroïques laines.\n  Et encore :\n       Il a rêvé longtemps que les mains d’une amie,\n       Pieuses, sur ses yeux et sa gloire au sommeil\n       Mitigeaient de leur palme un désert de soleil.\n\n\n   Mais ici je dirai quelles choses me blessent dans l’Art de René\nGhil.\n   Le Symbole — l’Idée — de l’œuvre, est, à mon sens, caché par\nla Glose, l’explication, les Images dont l’enveloppa l’Instrumen­\ntation. Et par une ponctuation incomplète, René Ghil ajoute\nencore au confus de ses écrits. Le but de René Ghil est bel et\nfier : dire, et en même temps évoquer, faire un art à la fois suggestif\net précis, c’est digne d’estime et d’admiration. Il veut, en conser­\nvant le fil de sa pensée, l’entourer de fins linéaments poudrés\nd’images, qui développent, continuent, achèvent et modulent cette\nidée jusqu’en l’immatériel, plus loin qu’on ne peut définir, jusqu’où\nl’on peut rêver. La pensée, chez lui, est comme un grand mât\npointé droit vers le ciel, et les suggestions de l’Instrumentation\nla décorent et la complètent comme des banderollés fixées à ce\nmât et qui se perdraient en l’infini.\n   Mais souvent, dans les vers de René Ghil. la ligne de la pensée\nest cachée par les nuances de l’Instrumentation : la banderolle\nest si grande qu’elle enveloppe le mât : Le défaut de sa théorie,\nlorsqu’on la pousse trop loin — et c’est le cas de René Ghil, —\nc’est d’aboutir à une obscurité inutile, à une diffusion trop i\ngrande de la lumière, — à mon avis, du moins. — René Ghil me\nparaît être encore dans l’exagération des premiers enthousiasmes,\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "408\n\net, séduit par l’idée nouvelle, il met au premier plan ce qui devrait\nêtre an second : d'où l’apparence un peu surchargée, un peu\nhésitante, de ses oeuvres. M. Stuart Merril me semble appliquer\nla théorie de Ghil, sinon avec plus de justesse, du moins avec plus\nde discrétion. Et, si l’œuvre d’art vaut par tout ce qu’y énonce\nl’artiste, elle accroît encore sa force de tout ce qu’il ne dit pas.\nMais qui peut le plus peut le moins (c’est banal, mais vrai) ; et je\ncrois fermement que bientôt, les yeux moins éblouis par tous les\ntrésors qu’il entrevoit, René Ghil nous donnera des vers aux\nintentions moins voilées.\n   A sa doctrine, je reprocherai d’autres choses. Je crois à la vérité\nde l’Instrumentation proprement dite. Inconsciemment, Stéphane\nMallarmé, dans l’après-midi d’un Faune, a fait parler la voix des\nflûtes et des cordes ; et, dans les vers de Stuart Merril, d’Achille\nDelaroche, de René Ghil, on perçoit des sons de cors, de violons,\nde bois,de même que les pièces de Georges Khnopff semblent être\naccompagnées de harpes. Mais, pour la coloration, je pense que\nRené Ghil a voulu trop préciser. Sa méthode est un moyen d’évo­\ncation, de suggestion, et non point une manière d’exprimer nette­\nment et de définir. Il a été trop loin en assignant rigoureusement\ntelle couleur à telle voyelle, telle intention à telle consonne.\n   Les mots m’apparaissent comme doués chacun d’un certain\ndegré de lumière ou d’ombre ; et, complétant mon idée, je dirai que\nles voyelles brèves, graciles, déliées, aiguës, donnent des impres­\nsions vives et frêles de clarté. Les autres, les longues, les profondes,\nles sourdes, les pleines, suggèrent des visions obscurcies. Et,\nnaturellement, les syllabes finales acquièrent par leur position\nl’influence la plus grande sur la couleur générale. De même, dans\nun orchestre, les registres élevés, comme les flûtes, les violons,\nles trompettes, annoncent des images de jour et de ciel; les sons\nmoyens désignent des tableaux analogues, et les résonnances\ngraves des cuivres, des basses et des bassons conviennent aux\nimpressions étouffées des Ténèbres. Ajoutons à cela les différences\nde timbre qui nous donnent la variété et les combinaisons de\nlumière graduée, et la théorie entière prendra corps.\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2124, "texte": "                                                                  409\n\n\n\n   M. René Ghil, certes, ne plaira jamais aux myopes de lettres,\nà ceux qui demandent à l’Art de “ les distraire. „ Ceux qui pré­\nfèrent l’opéra-comique à la symphonie, les Nouvelles aux Poèmes,\nles tableaux de genre aux études de lumière, ceux qui mettent\nFrancisque Sarcey au rang des grands critiques, ceux qui décou­\nvrent des ridicules chez les génies, un hiatus dans les Fleurs du\nMal, les gens épais et les entêtés, les calomniateurs de l’Art et\nles plaisantins qui s’amusent d’un beau livre, ceux-là aiment\nLohengrin pour le chœur des fiançailles, et, dans la Walküre,\nn’apprécient que l’hymne au Printemps; ceux-là jamais n’admet­\ntront la “ jeune témérité „ de René Ghil, et railleront avec esprit\nses tendances imprévues. Ceux-là trouveront mauvais qu’une\nrevue d’art éclectique et accueillante, comme la Wallonie, accorde\nson estime et sa poignée de main fraternelle à des nouveau-\nvenus déconcertants; ils n’admettront point qu’on donne à\ndes novateurs artistes le droit de dire la Parole qu’ils doivent\ndire. Mais de ceux-là, René Ghil n’attendait pas mieux, et son\ninsouciante superbe dédaigne leurs railleries.\n                                  *\n                                * *\n   La théorie de René Ghil n’est pas étroite. Elle divulgue un\nmoyen de créer des impressions, et de suggérer des images. Mais\nelle n’est point, à proprement parler, une règle inflexible, et laisse\ntoute place à la personnalité.\n   Un dernier mot. M. Ghil ne trouvera pas en nous des imitateurs\nserviles — les lecteurs de La Wallonie le savent; et René Ghil\nn’en voudrait point. Mais nous serons pour lui des amis émus\nd’admiration pour la belle audace de ses vingt-cinq ans créateurs\net prêts à le défendre contre les moqueries des gens à idées\npréconçues. Car, nous savons la sincérité de ses désirs, nous\naimons sa fière intransigeance qui énonce franchement ses con­\nvictions, et nous devinons en lui l’artiste dont le regard a soulevé\npeut-être l’un des voiles magiques de la Vérité.\n                                             A lbert   MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 410, "page_fin": 411, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Siville", "ancre_debut": "CHRONIQUE L ITTÉRAIRE.               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Vaillant-Carmanne — un volume\nde 600 pages orné de six planches et d’un frontispice, très artiste,\nsigné de Witte.\n   Les joyeusetés fourmillent.\n   Dans la primitive salle de spectacle — une baraque en bois\nérigée au quai de la Batte — on jouait des farces italiennes et\nl’on vendait des drogues; la valetaille s’y livrait à de telles\nmanifestations que le prince-évêque Georges Louis dut y mettre\nfin en interdisant “ aux domestiques dont les maîtres ne sont pas\nà la comédie de se présenter au spectacle. „\n   Plus tard, au 2me étage du bâtiment de douane transformé en\nthéâtre, ou trouve un moucheur de chandelles ; en 1796 un citoyen\nDuprat, jouant les niais, les 3mes amoureux, les              haute-\ncontre et les rosières; un virtuose italien qui à lui seul chante un\nduo à voix de femme et de haute-contre.\n   Aussi une représentation donnée par des zouaves exclusive­\nment, une autre interrompue pour la remise d’une pipe au con­\ncierge, une 3me enfin où l’on grignottait des pommes de terre en\nchemises vendues par le machiniste et où deux loustics, nichés\naux coins opposés du Paradis, s’interpellaient bravement :\n   — “ Est-ce qui les crompîre sont pètaies ?\n   — „ A l’aut’ ack. „\n   Délicieux relent de Wallonie.\n   Puis viennent de curieux détails.\n   L ’incendie du théâtre en 1805, sa réédification l’an d’après; les\nmodes successifs d’admission des artistes primitivement acceptés\nd’étrange manière — le régisseur venant recueillir au baisser du\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "                                                                411\n\nrideau le vote de tous les spectateurs indistinctement; — l’en­\nthousiasme incité par La Patti à qui fut donnée une sérénade\nmonstre et celle d’un tout autre genre offerte par les étudiants à\nM. Senterre, comme un juste hommage rendu à ses agissements\nde cabotin; le refus de Victor Hugo — expulsé de Belgique —\nd’accepter l’invitation à lui faite de venir entendre son drame\nBuy Blas.\n   L'Histoire du Théâtre de Liège est donc un très intéressant\nnarré — sans prétention littéraire, dit l’auteur en sa préface —\ndes campagnes lamentables de tous les directeurs, par suite de\nl’entêtement des conseils communaux qui se refusent à voter\nun subside pour tout ce qui n’est pas course ou réunion\nd’orphéonistes.\n   Or, esbaudissez-vous, mes amours.... nous réentendrons cette\nannée l’insipide répertoire de coutume : La Traviata, Le Trouvère\net autres soporifiques, ce que déplorait jadis G. Masset en ces\nvers drôlichons :\n\n                Puis viendra la tendre Mignon,\n                Regrettant son lointain pignon\n                         Et puis Rosine\n                Bernant Bartholo, tremblottant,\n                Se gargariser en chantant\n                         Sa cavatine.\n                                          M a u r ic e   SIVILLE.\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 411, "page_fin": 423, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHRONIQUE                MUSICALE.                                          Bruxelles, 5 décembre.                            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Elle tire de l’oubli\nprofond où semblaient devoir dorénavant reposer ces œuvres,\nla Traviata, le Trouvère, Rigoletto.\n   L ’an dernier, la même tentative fut faite ; elle échoua devant\nles salles vides. Cette année, aux mêmes spectacles, il y a foule.\nPourquoi? c’est que le public ne va pas au Trouvère ou à la\n Traviata : il va entendre Mme Melba.\n   Cette cantatrice, tragédienne d’instinct, éblouit par sa voix et\npassionne par son geste. C’est à la plus pure école italienne que\nse rattache son chant; quant au jeu, il est absolument personnel\net déroutant. Il n’est ni du conservatoire, — je parle en général —\nni de tel ou tel maître : il est d’elle. La vocation du théâtre a\nattiré sur la scène, à un âge ou généralement on ne débute plus,\n— Mme Melba doit avoir une trentaine d’années — cette femme\ndu monde, riche, que le hasard des combinaisons de la nature\na douée de si hautes qualités d’artiste. Elle joue avec la naïveté\nnaturelle la plus étrangère aux choses du théâtre. On ne\nretrouve en elle ni convention, ni usage, ni apprêts : rien d’étudié.\nAussi semble-t-elle un peu désorientée quand l’action est simple,\nquand la scène repose ; mais vienne une situation passionnante,\nl’artiste se transforme, et l’incarnation dans le personnage devient\nsi absolue qu’on oublie le théâtre. On ne voit plus ni décors, ni\nla salle; rien! On n’entend même plus les fla fla de l’orchestre\ntapant ou raclant les accords plaqués crispants; on ne voit et\nn’entend qu’elle, la Melba, mourante ou grandie par son geste de\ngénie, tragique, affolante parfois, terrifiant ou enthousiasmant\ncœurs et esprits. L ’entourage, à part MM. Seguin et Engel, ses\npartenaires habituels,semble un groupe de marionnettes escortant\nune déesse. Oui, ainsi rendus, la Traviata, le Trouvère, Rigoletto,\n deviennent grands, donnent une impression de grand art. Mais ici\nl’impression d’art n’est pas due à l’œuvre, mais à l’interprète.\n   La Monnaie a fait assez bien de reprises depuis un mois ; deux\n d’entre elles sont intéressantes : Maître Wolfram, de R eyer,\n malheureusement interprété fort médiocrement par la troupe\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "                                                                   413\n\n d’opéra-comique. Les Pêcheurs de Perle, de Bizet, mais de Bizet\njeune, l’esprit bourré de formules et modes de tels auteurs qu’il\nvient d’étudier, sans personnalité, presque. L ’opéra est très joli, la\nmusique agréable; il fait fort bonne figure dans le “ répertoire „\nmais ce n’est pas ce que nous appelons du Bizet.\n   Une bonne nouvelle pour finir au sujet de la Monnaie : La\n direction a déniché l’oiseau rare de ses cauchemars ; le merle\nblanc variété ténor. M. Duzas a été accueilli avec enthousiasme\net c’est justice.\n                                 *\n                                * *\n   Si nombreux deviennent les concerts qu’il est impossible de les\nsuivre tous. Signalons le début de l’orchestre Servais, le dimanche\n17 novembre, à l’Eden-Théâtre. L ’Eden était bien garni; le succès\nfut grand. Le nouvel orchestre a marché merveilleusement, jouant\navec une mesure parfaite et accusant délicatement les nuances.\nLes œuvres exécutées sont : la symphonie en ut majeur, de\nSchubert, absolument superbe ; l’ouverture d'Egmont, de Beet­\nhoven, qu’il suffit de citer; une ballade de Hans de Bulow\n“ Sangers flusch „ adorable; enfin le Huldigungs Marsch, de\nWagner. On le voit,programme éclectique; le tout interprété dans\nla perfection. Donc pleine réussite pour l’artistique entreprise de\nM. Servais.\n   Reste le concert Joachim, mais ici je cède la plume à un\nconfrère et vous tire ma révérence.       LUDWIG GHELDRE.\n\n                  JOACHIM A BRUXELLES.\n\n   3me séance classique : tel était le modeste titre du splendide\nconcert que la maison Schott avait organisé le samedi 3 décembre,\nà la Grande Harmonie. Un public nombreux se pressait (le mot\nest ici de circonstance) pour entendre le grand violoniste, celui\ndont la réputation est universelle et auquel plusieurs capitales\nont offert le droit de cité. Joachim se présente modestement à\nl’auditoire, il semble tout étonné et heureux des acclamations\nqu’un public choisi lui prodigue. Son calme nous paraissait tout\n                                                         27\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "414\n\nnaturel, mais après l’avoir vu au foyer des artistes dans un état\nde surexcitation qui, nous disait-il, ne l’abandonne presque jamais\nlorsqu’il doit se faire entendre, nous étions émerveillé de cette\nprécision, cette tranquillité d’archet. Mais aussi quel superbe bras\ndroit! Tous les coups d’archet imaginables, et en premier lieu le\nplus difficile, peut-être, le saltato, sorte de staccato soutenu,\nlouré, sont entremêlés avec un goût exquis. Et quelle égalité, quelle\npureté, quelle ampleur de son vibre de ce magnifique instrument,\nun S t r a d i v a r i u s authentique nouvellement acquis! Mais o ù\ndonc est le violon qui ne sonnerait pas bien sous l’impulsion d’un\npareil maître? Et c’est non seulement le violoniste, mais aussi le\nmusicien que l’on admire en lui. Nulle part la pensée musicale\nn’est sacrifiée à la virtuosité. Les deux éléments marchent de\npair, et l’on ne saurait dire lequel doit être le plus admiré!\n   L ’exécution de la 9me sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer\n(pianiste: M. de Greef) du quatuor en la mineur de Schumann (2e\nviolon : M. Colyns; altiste: M. Agniez; violoncelliste: M. Jacobs)\net du concerto en ré mineur, pour 2 violons, de Bach, avec M.\nColyns, tout cela nous a permis d’admirer Joachim dans la mu­\nsique d’ensemble.\n    On ne peut rêver une interprétation plus distinguée, plus dis­\n crète, quoique autoritaire à ses moments, que celle donnée à ces\n œuvres par le plus grand instrumentiste d’ensemble du monde\n entier peut-être.\n    Faisons remarquer en passant que l’adagio et le finale de\n Beethoven sont interprétés par lui dans un mouvement beaucoup\n plus vif que celui adopté généralement chez nous ; cela ne fait\n qu’ajouter grâce et intérêt à ce petit chef-d’œuvre. Nous dirons\n encore que le premier violon était fort bien secondé parles artistes\n ci-dessus nommés, tous professeurs au Conservatoire. Pour rester\n dans le vrai, il faut avouer qu’on aurait pu désirer, dans certaines\n  parties du quattuor, un peu moins d’exubérance de la part du vio­\n loncelliste.\n    5 danses hongroises de Brahms-Joachim clôturaient le pro­\n  gramme. Joachim les a exécutées supérieurement, peut-être trop\n"}, {"page_pdf": 482, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "                                                                 415\n\npeu à la zingara. Son succès fut très grand, et il dut reparaître\nquatre ou cinq fois devant le public qui l’acclamait.\n\n   Un second concert donné lundi 5, au Cercle artistique et litté­\nraire, réservait à la virtuosité une plus large place. Après la 2e\nsonate en sol mineur de Grieg, Joachim a charmé le public aussi\nnombreux et plus enthousiaste encore que celui de l’avant-veille,\npar une exécution étonnante de perfection de l’adagio du 9me con­\ncerto de Spohr. Qu’il nous soit permis ici, de protester contre\nl’opinion d’une fraction du monde musical. Ainsi que d’aucuns le\nreprochent à notre célèbre concitoyen Thomson, on accuse Joa­\nchim de manquer d’expression. Certains le trouvent froid, d’après\nle terme vulgaire. Nous nous élevons contre cette critique. Le\ngenre d’expression de ces deux maîtres nous paraît le seul vrai\ndans la musique classique et préférable de beaucoup à ce que nous\nappellerons l’emphase.\n   Mais où le talent de Joachim atteint le maximum de grandeur,\nc’est dans la déclamation des morceaux de Bach pour violon\nseul : Sarabande et double en si mineur, Bourrée et double en si\nmineur et surtout dans l’andante à 2 parties en do majeur. Il ne\nnous semble pas possible de rendre les sentiments que l’on doit\nressentir après une telle audition de cette page du requérant com­\npositeur allemand. C’est le summum de l’art!\n    5 nouvelles danses hongroises exécutées par l’infatigable artiste\n constituaient comme précédemment le dernier numéro de ce con­\n cert que l’on aurait désiré voir durer toujours.\n    Joachim a été, dans ces deux soirées, l’objet d’ovations fréné­\n tiques de la part d’un public réunissant toutes les notabilités mu­\n sicales de Belgique. Le public liégeois aura la bonne fortune de\n pouvoir l’entendre au dernier concert du Conservatoire; nous le\n savons avec certitude — le tenant de lui-même — et nous sommes\n heureux de l’annoncer en primeur, Joachim exécutera chez nous\n le célèbre concerto de Beethoven, son triomphe paraît-il.\n    Il n’était pas aisé de trouver un artiste digne de figurer au pro­\n gramme à côté du nom de Joachim. Les organisateurs des deux\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": " 416\n\n séances ont eu la main heureuse en s’adressant à M. de Greef. Ce\npianiste est, quoique jeune encore, d’une force surprenante. Aussi\nbien dans l’exécution avec violon des sonates de Beethoven et\n de Grieg, dans l’accompagnement de l’adagio de Spohr et des\n danses hongroises, que dans les soli (Variations sérieuses\nde Mendelssohn, Caprice sur des airs de ballet d’Alceste\nde Glück, par Saint-Saëns, Faschingsschwank de Schumann,\nRomance en fa dièze de Schumann, Valse en la majeur de Grieg,\net 12e Rhapsodie de Liszt), M. de Greef a fait preuve d’un méca­\nnisme puissant; il possède la force et la délicatesse à un degré\négal, crée des effets originaux, tire un son superbe et fait chanter\nson excellent piano Pleyel à 3 pédales, à peu près comme un in­\nstrument à archet.\n   Nous espérons bien que nous aurons aussi prochainement l’occa­\nsion d’entendre M. de Greef à Liège, où son talent ne manquera\ncertes pas d’être apprécié à sa jus te valeur.\n                                                        Louis HIRSCHE.\n\n\n         GLOSE A L ’APRÈS-MIDI D’UN FAUNE\n\n             M u s iq u e   p a r   V.   Emm. C . L o m b a r d i .\n\n   Tentative naïve et pour les sentimentalités de papillons : celle\ndu Musicien d’apporter au poète le tribut de son art, en adaptant\nau poème des notes ou, pendant que le dira une voix, en éveillant\nderrière les rideaux l’âme très vague d’une harpe ou de violons...\nMais est-elle si naïve ? critique, vraiment : et qui sournoisement\nindiquerait de la poésie d’hier, qui se croit trop dernière ! le mal\net la vanité.\n\n  Or, l’heure est ! où le poète nouveau, Compositeur verbal (pour\nne parler, puisque musique, que de ce titre), prend à la Musique\npure, intégrales sa pensée et sa science : il en emplit, et elle\nen éclate torrentielle splendeur ! la trop seule littérature de\nrhétorique, et il crée l’Art suprême : la musique verbale, au\nsens déterminé. L ’idée mesurant en leit-motiv et thèmes sa va­\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "                                                                      417\n\n leur, le plus exempte de matérialité s’éploie en une somme\n orchestrale de mots-instruments dont le nuage coloré et sonore\n demeure : L’INSTRUMENTATION POÉTIQUE.\n    Musicien de pensée, vers nous les Poètes de cette poésie est\n venu pour telle compréhension, V . Emm. C. Lombardi.\n    Traduire, non, dégager en la Musique pure comme par une\n exagération luxueuse du sens musical des mots ce qu’a sent\n intellectuellement à la lecture du poème le Musicien, et l’impres­\n sion, la rendre nuance à nuance en suivant rigoureusement le\n sens et l’harmonie du vers, c’est le rêve : trouvaille sous le nom\n de GLOSE que rend, maîtrisée, le trouveur M. Vincenzo Lombardi.\n   Donc, à tel Musicien que veulent les règles n’évoluant d’un\nConservatoire, et qu’est-ce ? la nécessité de se clore en quelque\ngenre strict de composition : quoique, regardez que ses gloses,\noui, seront unes, puisque le poème littéraire instrumentiste est,\nlui, composé, et musicalement un.\n   Par la G lo se a l ’A pr ès -m id i d ’ un F a u n e , commence M. Lom­\nbardi.\n   Ce merveilleux poème de M. Stéphane Mallarmé devait tenter\nl’entrée en la voie du Musicien adhérant aux poètes du GROUPE\nINSTRUMENTISTE.\n    En ces vers, il me plut de signaler lors de la publication de\n mes Théories instrumentales en mon T r a i t é , une lueur, incon­\n sciente et que répudie peut-être M. Mallarmé. Y manquent la\n composition du Compositeur, la sûreté et la suite et la guirlande\ndu leit-motiv et des thèmes, l’ordre et la multiplicité demandée\ndes instruments : mais dites que sont rendus là des hasards\nmiraculeux de Violoncelles et. de Cuivres un peu, de Flûtes\nlongtemps.\n\n  Ce qui manque, selon l’INSTRUMENTATION, à ce poème, l ’au­\nteur de sa glose le donne.\n  Il me serait doux, dire au long mon admiration. Mais veuillez\nouïr, à votre piano, que ces notes vont rendre quasi orchestre,\nsurtout ces amples et douces choses énumérées au gré de mon\nsouvenir :\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "418\n\n   le grand leit-motiv du Midi qui repasse d’une ardente et\nimmense inertie d’azur lourd, tandis que stridulent les herbes qui\nodorent :\n   et tels thèmes, dont quelques uns revenant aussi : du soleil de\nla gloire et la plainte large, si large, du Faune : de la lumière\nlanguide du cher corps des Victimes dormantes aux roseaux, et\nqui s’échappent, éparses de l’étreinte : du ruissellement de gaîté\nsur la grappe de raisin : de la lente venue, hier, du soir, coupée\nde lueurs étranges et neuves comme de regards premiers : de la\nlassitude qui s’étend sommeil en le midi stridulant doux....\n  Un dernier mot. Quand l’on aura, longtemps peut-être, hué,\nsans doute, M. Vincenzo Lombardi:l’on s’apercevra que son idée\nmarque une heure en son art.\n                                            R e n é GHIL.\n\n\n             1er CONCERT DU CONSERVATOIRE.\n\n\n   Ainsi que nous l’avions annoncé, le 1er concert du Conserva­\ntoire a eu lieu le samedi 26 novembre, c’est-à-dire bien plus tôt\nque de coutume. Cette innovation heureuse a valu à la Société\ndes Concerts une salle bien garnie, contrastant avec les demi-\nsalles de l’an passé. — Autre changement, moins bien trouvé\ncelui-ci,les répétitions préliminaires ne sont plus publiques comme\nautrefois. Nous nous demandons en vain pourquoi on n’admet pas\nà ces répétitions les abonnés des quatre catégories.\n   Le concert de samedi semblait inspiré de celui du mois d’octobre\nà Verviers, mais.... il y a un mais! on a retranché la Symphonie\nlibre, de Raway, et par quoi a-t-on remplacé cette pièce de résis­\ntance?\n   Nous avons entendu les Noces champêtres de Goldmarck, poème\nsymphonique en cinq parties, bien distinctes, bien isolées, char­\nmantes du reste. D ’abord Marche nuptiale. Puis, Chanson de la\njeune fille, Sérénade, Dans le jardin, danse et finale. Comment\ntrouvez-vous la sérénade après la marche nuptiale? — Mais pas­\nsons. L ’œuvre semblait moins originale que l’ouverture de Sakun-\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "                                                                419\n\ntala (du même auteur) entendue l’an passé. Pourtant elle est fine,\nprésente de charmants détails d’orchestre et abonde dans l’emploi\ndes timbres limpides et cristallins. Exceptons toutefois de cette\nnuance de monotonie, Dans le jardin, dont les teintes un peu\nsombres sont bien douces et charmantes. Le finale, entraînant,\nrespire pourtant un véritable cachet de distinction.\n   Goldmarck est certes intéressant dans les oeuvres que le Con­\nservatoire nous a données, quoiqu’elles datent de vingt ans; mais\ndepuis, il s’est élevé bien au-dessus de son niveau d’alors. Lais­\nsera-t-on inconnues les remarquables danses de la R eine de Saba,\nainsi que l’opéra Merlin? Pourquoi, lorsqu’on fait connaître un\nauteur, ne pas donner d’emblée ses compositions vraiment fortes\n et originales?\n   L ’attrait du concert consistait dans les trois solistes qui s’y\nfaisaient entendre. Tout d’abord Tsaïe, le violoniste tant réputé\n qui exécutait le 1er Concerto de Vieuxtemps et les Variations de\n Joachim, deux œuvres qui n’ont pas pu électriser le public, mais\n qui ont valu à la virtuosité du maître un succès amplement mé­\nrité.\n    Ensuite le pianiste Ysaïe, frère du précédent, avait fait choix\n du concerto en mi bémol de Liszt, exécuté dernièrement à Ver­\n viers, et peu connu à Liège, où il n’a été joué qu’une fois, au con­\n cert populaire,par Mme Zoé Tilkin. — Le jeune, mais déjà célèbre\n artiste y a fait briller un mécanisme prestigieux. Mais nous avons\n préféré de beaucoup l’entendre dans une Mélodie hongroise du\n même auteur — dont il est disciple — dans un Nocturne de\n Chopin, et surtout dans les Variations symphoniques de Franck\n (voir la Wallonie du 20 octobre). Cette œuvre remarquable du\n compositeur liégeois, était encore inconnue à Liège, comme la\n plupart des œuvres du maître. Une indiscrétion bien excusable\n nous permet d’annoncer pour cette année, Les Béatitudes, du\n même auteur, œuvre qui sera exécutée par l’Emulation.\n    Madame Landouzy nous a prodigué les charmes de sa voix dans\n l’air de Lakmé, dans celui du Barbier, et dans l’air de Chérubin,\n  qu’elle a dit à ravir. Rappelée, elle a chanté une mélodie de Mas-\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2121, "texte": "420\n\nsenet : Si tu veux, Mignonne. Cette voix, bien fondue dans ses\nregistres, douce, claire, chatoyante, maniée avec un art consommé,\na été un rayon de grâce dans ce concert de tant de virtuosité.\n   L ’orchestre nous a encore joué trois œuvres : Espana, de Cha­\nbrier, remarquable enchevêtrement de phrases de tous genres et\nde tous rythmes, dont chacune conserve son indépendance dans\nl’ensemble d’un orchestre touffu et très remarquable par sa puis­\nsance et son coloris. — Puis, une Sérénade, de Glazounow, jeune\ndisciple de Borodine. (Il est âgé de vingt ans, et sa sérénade\ncompte trois ans d’existence!) Les œuvres de ce compositeur sont\nde celles qui demandent à être jouées dans le mouvement et dans\nle sentiment indiqués, ce que l’on n’a pas semblé comprendre\nsamedi, en faisant, du charme de ce chant vague, langoureux,\nplein de morbidesse, passionné par instants, une bacchanale pré­\ncipitée et sans expression.\n   La marche en ré de Mendelssohn terminait le concert. — Sou­\nhaitons d’entendre au Conservatoire, outre des solistes de la\nvaleur de ceux qui y seront appelés, quelques-unes des œuvres\nclassiques auxquelles le public est encore si étranger à Liège.\n   N’est-ce pas la mission de notre école d’Art, de l’initier aux\nlignes pures, aux œuvres grandioses des Bach, des Glück et des\nBeethoven ?                                                V. D.\n\n       DEUXIÈME CONCERT DU CONSERVATOIRE.\n\n   De ce deuxième concert, nous dirons peu de chose. C’était la\ndistribution des prix, avec le discours d’usage — cette fois\nmoins long et plus intéressant qu’on ne s’y attendait, pour une\nharangue officielle. Nous avons vu défiler les bons élèves, un peu\ngauches, et pour qui c’ est une terreur d’aller chercher leurs prix,\nsous l’œil béat des pères, mères et grands cousins, perchés aux\nsecondes loges. Et on a eu de belles palmes vertes en papier,\ndestinées à figurer, bien encadrées, en évidence au-dessus de la\ncheminée, au milieu des photographies des “ amis et connais­\nsances. „ Tout cela se passait en famille, patriarcalement. Mais,\net ici nous protestons avec force, pourquoi cette exhibition de\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "                                                               421\n\nrécompenses lorsqu’on donne un concert. C’est très bien, les prix,\nmais toutes ces allées et venues sur la scène, ces applaudisse­\nments aux lauréats, cette joie bourgeoise, tout cela distrait des\nimpressions de l’art, et le public, fort occupé aux congratulations\nobligatoires, est moins disposé à écouter religieusement la mu­\nsique. Qu’on fasse de la distribution des prix une cérémonie spé­\nciale, où il n’y aurait que cela, très solennelle si l’on veut, mais\nqui ne risque plus de se confondre avec la fin d’année des pen­\nsionnats de demoiselles; et qu’on nous donne séparément le\n concert habituel, qu’on pourrait alors suivre plus sérieusement.\n    Le Conservatoire produit ordinairement les élèves médaillés.\n Cette fois nous avons eu Mlle Lejeune, médaille d’or pour le piano,\n Mlle Pirotte, médaillée pour le chant, et M. Bourdouxhe, premier\n prix de violon. Mlle Lejeune a un jeu correct, sans grande force, et\n un mécanisme remarquable étant donnée la petitesse de sa main.\n Elle manque de puissance, de clarté, son phrasé n’a pas assez de\n suite lorsqu’il s’agit de traduire des oeuvres largement conçues\n comme le concerto en mi bémol de Beethoven; mais ces qualités,\n les deux premières surtout, elle pourra les acquérir dans la suite,\n lorsqu’elle aura vaincu sa timidité.\n    MU0 Pirotte est douée d’une belle voix, d’un timbre charmant,\n  et sans se donner grand mal parvient à captiver la foule. Sa\n  diction — chose rare chez les élèves de M. Vercken, — ne manque\n  point d’une certaine finesse, mais n’a pas toute la précision dési­\n  rable. Son incontestable joliesse, et les petits gestes maniérés\n  dont elle agrémente son débit, ont été pour beaucoup dans son\n  succès. Malheureusement, au point de vue de l’art, elle borne\n  souvent la science du chant à de fort captivants clignements de\n  paupières, ce qui ne nous satisfait point. Sa vocalise est lourde,\n  et, dans un morceau de genre au mouvement rapide comme cet\n  inévitable air du Billet de loterie de Nicolo, elle avale la moitié\n  des traits. Puis nous avouons ne pas comprendre pourquoi\n  Mlle Pirotte détache les premières mesures de la romance de\n   Richard Cœur-de-Lion. Grétry n’a point écrit dans. ce style, et il\n  n’appartient pas à Mlle Pirotte de corriger ses œuvres.\n"}, {"page_pdf": 489, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "422\n\n  Incontestablement le plus artiste et le plus digne d’éloges,\nM. Bourdouxhe, élève de M. César Thomson, a interprété avec\nune largeur et une compréhension étonnantes le concerto pour\nviolon de Wieniawsky. Il tire de son instrument un son remar­\nquable, d’une grande pureté — sauf quelques petits accrocs\nproduits par la timidité, — et phrase supérieurement, avec beau­\ncoup d’esprit de suite. La puissance lui fait encore défaut, mais à\nquatorze ans on ne peut tout avoir, et nous croyons pouvoir pré­\ndire à M. Bourdouxhe un bel avenir de virtuose (*). Une question.\nPourquoi, si l’on nous fait entendre M. Bourdouxhe, qui est un\npremier prix seulement, pourquoi laisse-t-on dans l’ombre\nM. Peclers, médaille de violoncelle ? M. Pèclers est un artiste\nd’une absolue valeur, qui tire de son très médiocre instrument des\nsons charmants, et sait interpréter comme il convient la musique\nclassique. Y a-t-il là-dessous une raison d’Etat ?\n                                                    *\n                                                   * *\n  Quant à la partie symphonique du concert, elle se composait\nentre autres d’une ouverture dramatique du pianiste 'Wieniawsky.\nCela s’appelle Guillaume le Taciturne, c’est accompagné d’une\nbrave petite notice historique sur le “ grand patriote, „ (laquelle\nn’éclaire en rien l’œuvre du compositeur) ; c’est bien fait, sans\ngrande poigne, avec une belle phrase et un gros coup de tam-tam,\net cela vaut dans tous les cas infiniment mieux qu’un assommant\nconcerto pour piano dont l’auteur nous avait régalés l’an dernier.\n  Puis la symphonie en mi-bémol de Ha y dn (la 1re de l’édition\nPéters), avec une entrée admirable, un premier allégro inégal, un\nmenuet charmant, un très bel andante à variations — un peu long,\n— et un finale qui est ravissant de naïveté, sans exclure une\n\n\n   (*) P u isq u ’ il   s ’a g it ici d es v io lo n istes du C o n se rva to ire , n o u s n e pouvons\npasser so u s s ile n c e M. R a g g h ia n ti, élèv e de C ésar Th o m so n , qui nous a ch arm és\np ar la p ré cisio n n ette de son a r c h e t, p ar son sty le        é p u ré, e t p ar de g ra n d es\nq u a lités d e co m p réh en sio n , dan s un p etit co n c e rt donné il y a qu elqu es jo u rs .\nY fig u ra it aussi Mlle B o d so n, u n e p ian iste d e r é e lle v a le u r, d ont le je u cla ir ,\nv ib ra n t, d élicat, et p lein de sty le n ous a su rp ris.\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "                                                                  423\n\nscience consommée dans les développements. Pour cette sym­\nphonie, l’orchestre s’est amusé à prendre des mouvements fantai­\nsistes et l’a résolument écrasée, comme, un peu après, il écrasait la\nmagistrale ouverture de Prometheus de Beethoven. M. Heynberg,\nprofesseur de violon, a jugé bon de servir dans la symphonie un\npetit solo agrémenté d’accel. et de ritard. qui a fait se pâmer le\ngros public. M. Heynberg n’aime pas le style classique, adore les\nmesures à cinq temps, et les “ grâces „ d’archet des virtuoses.\n  Nous ne sommes point de son avis.                   L . H em m a .\n\n\n   A l’Emulation, un concert comme nous les aimons. Exclusive­\nment consacré à Schumann, il valait à la fois par la grandeur des\nœuvres et par leur bonne interprétation.\n   Un quatuor dont l’adagio et le finale nous semblent de loin\nsupérieurs aux deux premières parties, était bien rendu par les\nviolonistes Charlier et Maris, l’artiste Yan Hout et Peclers, vio­\nloncelliste. Une observation seulement : la vigueur de son de\nM. Maris détonait par sa puissance sur le jeu plus sobre de ses\nvoisins. Et, puisque nous en sommes à M. J. Maris, disons qu’avec\nM. Victor Kuhn, il a traduit d’une manière remarquable la sonate\npour piano et violon. On a fait grand succès à MM. Kuhn et\nMarris : c’était justice.\n   Mme Noblet avait prêté son concours gracieux à l’Emulation.\nElle a déployé sa large voix et dit avec finesse plusieurs Lieder.\n   M. Heuschling, qui a détaillé comme seul il sait le faire une\nquinzaine de morceaux choisis dans la Dichterliebe, Pauvre Pierre,\net la Fraùenliebe ùnd Leben, est un rare artiste. La place nous\nmanque pour analyser comme il conviendrait son raffiné talent de\nchanteur consommé, ses délicatesses de diction, et tout ce que l’on\nsent de réelle sincérité vibrante jaillir sous sa voix. L ’an dernier,\nil nous disait la terreur poignante du Roi des Aulnes de Shubert,\net la géniale chevauchée lumineuse de cet hymne qui plane sur la\nneuvième symphonie de Beethoven. Il nous a prouvé que son\ntalent sait se plier à bien des genres et briller dans tous.\n                                                            L. H.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 424, "page_fin": 428, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE.  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Rahlenbeck, Paul Reivax, Georges Roden­\nbach, Albert Saint Paul, Fernand Severin, Maurice Siville, Mario\nVarvara, Emile Verhaeren, Gaston Vyttal, etc.\n                               *\n                             * *\n  Dorénavant La Wallonie publiera une édition de luxe :\n  15 exemplaires sur vieil Hollande, avec couverture spéciale,\nnumérotés à la presse, signés, et portant imprimé le nom du\nsouscripteur.\n  Quelques exemplaires seulement sont encore disponibles au\nprix de 20 francs.\n                                  U.\n\n\n   Une erreur de mise en pages nous a fait négliger l’annonce du\nmariage de Célestin Demblon. A lui nos plus sympathiques\nfélicitations.\n\n   Une poignée de nouvelles musicales :\n   A l'Émulation on exécutera les B É A T I T U D E S , le magique ora­\ntorio du maître César Franck.\n   Au Conservatoire, plusieurs projets auxquels nous applaudis­\nsons : au concert du 14 janvier, un O Filii et Filiœ, double motet\nde Volemar Leisring et autres chœurs des premiers siècles de la\nmusique ; c’est une tentative intéressante d’histoire musicale en\naction.\n   A la 1re audition nous aurons l’hymne de l’office de nuit et l’of­\nfice de jour de Gevaert, chœurs pour voix mixtes sans accompa­\ngnement.\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "                                                              425\n\n  Le Vendredi Saint, concert spirituel où figurera le superbe\nRequiem de Berlioz.\n                               ■X*\n\n\n\n  A lire dans Caprice-Revue — le journal de critique artistique\nmystérieusement annoncé il y a un mois — le compte rendu du\nconcert de Huy.\n\n\n   Arrive jusqu’à nous l’annonce d’une apparition prochaine : Li\nHoulo, un roman historique wallon par D. Salme\n   Le sommaire de certains chapitres promet moult esbaudisse­\nments : Les bals à l’ lamponette, les zaffes dé vîx Napoléon,\nassaut d’ chant, les marionnettes èmon Konti....\n  Allons-nous assister à des scènes désopilantes ainsi que celle\nentendue naguère où un chevalier d’Outre-Meuse “ sur un croupet\nd’ansenne „ se retournait très digne, pour dire à son domestique\n“ nerveus : Ne faisez pas tant de frich-frach, Mathî. „ ?\n  En ce temps où pleuvent d’innombrables productions wal­\nlonnes, un roman était de rigueur.\n  Un bon point, M. Salme.\n                                *\n                               #     \\V\n\n\n   Il se trame dans l’ombre une conspiration dont nous sommes\nde grand cœur. On parle, mais rien n’est encore bien sûr, de res­\nsusciter avec pompe la gloire du vieux Théâtre Wallon et le\nlégendaire Voïège di Chaudfontaine (1757), opéra de JlHAN NoÉ\nH a m a l , maisse di chapelle à l’poroche di Saint Lambiet.\n\n   Pour n’être pas très répandue, la musique du compositeur lié­\ngeois n’en est pas moins intéressante à beaucoup de points de\nvue. C’est, avec une finesse gouailleuse et des sourires polypho­\nniques, les idées d’un petit Haendel traversées par les rythmes\ndansants qui sautillent aux symphonies de Haydn ; mais, que\nl’on ne s’y trompe, l’œuvre du vieux Hamal est liégeoise, rien que\nliégeoise, et de fond et de forme. C’est la couleur de nos airs\npopulaires passée au tamis d’une composition classique ; et son\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "426\n\ncharme de gaîté primesautière et tendre se relève naïvement en\ndélicieux morceaux, tels qu’un allegretto en mi majeur d’une fraî­\ncheur naïve, une ravissante fuguette au second acte, ces chœurs\ninsoucieux de la rigidité habituelle, ces finales qui font le saut de\ncarpe pour retomber sur la tonique, et tout ce précieux souvenir\n18me siècle qui émane de l’œuvre entière comme le parfum d’une\nrose oubliée en un livre.                                    A. M.\n                                 *\n                                * *\n  Projets littéraires de nos amis :\n   Nous avons annoncé déjà le Lys, de Fernand Severin, un volume\nde 50 pages édité avec soin à Bruxelles, par Lacomblez, et orné\nd’un dessin par Henry Degroux, le subtil et étrange Voyant du\nRêve.\n   Il y en a d’autres : Emile Verhaeren va mettre au jour en une\nimpression artiste et rare, à quelques exemplaires seulement, les\nSoirs, un livre de vers, sous un frontispice d’Odilon Redon.\nGustave Rahlenbeck, lui, nous arrive avec un volume de contes :\nHistoires estudiantines, dont nous publierons au mois de janvier\nun long fragment. Les Histoires estudiantines — 150 pages de\nluxe sur vélin teinté, avec frontispice d’Armand Rassenfosse —\nparaîtront dans six semaines. Fritz Eli vient de mettre au jour\n Une Réparation, comédie en un acte et en prose, luxueusement\néditée à Gand, chez Hoste. Varvara et Saint-Paul travaillent à\n des Notes d’Album, livre d’observations parisiennes. Enfin Mau­\nrice Siville termine ses Contes pour l'Aimée, et Albert Mockel\nachève une série de Soirs Mouvants.\n                                  *\n\n  Eddy Levis nous envoie un délicat bouquet de vers : Elaine,\nqui sont des Litanies de l’Aimée disséminées en une mignonne\nplaquette. Raoul Pascalis (Raoul Russel) a son Missel, la messe\nblanche de la Femme ; et enfin Camille Lemonnier édite superbe­\nmentLa Belgique, cette œuvre grandiose et définitive dont nous\navons parlé déjà, et que nous analyserons dans la livraison de\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "                                                                 427\n\njanvier, en même temps qu'Elaine, le Missel, Une Réparation, et\nles Soirs de Verhaeren.\n\n                               **\n\n   La Wallonie paraîtra, dès janvier 1888, avec une couverture\nfrontispice dessinée par notre jeune et bel artiste Auguste Don­\nnay.\n                               * *\n   Un ridicule chiffon, qui se targue de ce titre : le Décadent, juge\nà propos de nous lancer un dard inoffensif. Le signataire de l’ar­\nticle, un M. Anatole Baju, je crois, voit MM. Ghil, Merril, et\nd’autres, exilés chez nous. C’est inexact, puisque la Wallonie est\nen vente à Paris comme l’étaient les Écrits pour l’Art. Il est\ntriste d’être pris en grippe par un homme tel que M. Baju ; mais\nquant à nous émouvoir, ni M. Anatole, ni M. Baju, ni la couver­\nture jaune de son canard, ne sauraient y parvenir.\n\n                                * *\n   Nous engageons vivement nos lecteurs à assister aux concerts\norganisés par Franz Servais, à Bruxelles. On y fait de belle et\ngrande musique, sous une direction qui est celle d’un artiste. Au\ndernier programme figuraient la symphonie héroïque de Beethoven,\nles Rois Mages de Liszt, les Eolides de César Franck — ce chef-\nd’œuvre que M. Edmond Cattier veut bien trouver passable, et la\nKaisermarsch de Wagner. Voici du reste la liste des séances à\nvenir, et les conditions d’abonnement.\n  Les prochains concerts auront lieu les : 1° Lundi (Noël) 26\ndécembre 1887 ; 2° Dimanche 8 janvier 1888; 3° Dimanche 15 jan­\nvier 1888; 4° Dimanche 29 janvier 1888; 5° Dimanche 12 février\n1888 ; 6° Dimanche 26 février 1888; 7° Dimanche 11 mars 1888;\n8“ Dimanche 18 mars 1888.\n\n                 Vendredi-Saint : Concert spirituel\n  Pour cette séance les abonnés auront le droit de retenir leurs\n                places au prix de l’abonnement.\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1012, "texte": "428\n\n                                 ABONNEM ENTS :\n\n\nLoge de six places..................................les dix concerts Fr. 360\nFauteuil d’o rch estre ...................................     „ „     Fr. 50\nFauteuil de balcon........................................     „ „     Fr. 40\n\n              P B IX DES PLA CE S POUR L E S                CONCERTS :\n\n\nL o g e s ..............................................................chaque place Fr. 7\nFauteuil d’orchestre........................................                         „ Fr. 6\nBalcon (1er et 2e rangs)....................................                      „ Fr. 5\nBalcon (3e, 4°, 5e, 6e rangs)................................                     „ Fr. 3\nGaleries (a s s is )...................................................           „ Fr. 2\nGaleries ( d e b o u t ) ...............................................          „ Fr. 1\n\nLes répétitions générales auront lien le samedi qui précède chaque\n                             concert.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLE DES MATIÈRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 496, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2959, "texte": "TABLE DES MATIÈRES\n\n                                      Pour l'année 1887.\n\n\n\n\n            M a u r ic e       CANTONI.                                                       page :\n                                            page:      Fantasia.                                287.\nL 'Inoubliable,                              -122.     Pronostic,                               289.\nH ym énée,                                   378 .     18me ici,                                291 .\n                                                       Dans une Pom m e,                        292 .\n            Ch . CASTERMANS.                           W allon et F rançais,             3 2 3 ,3 7 1 .\n\nAu C onservatoire R oyal,               -103, -199.           M a u r ic e   DESOMBIAUX.\n\n            Hector         CHAINAYË.                   La Nuit tragique,                        264.\n\nAnimi m undus,                        9.                         Georges      DESTRÉE.\nL ’art w allon. — Célest. Dem blon,  94.\nA rnold Goff in,                    141 .                   W ater    C o lo u rs :\n      P oèm es en pr o se :                            Carnaval,                                352 .\nL ’Am our im possible,                        221.     Printem ps,                              352.\nL e Suicide,                                  222.     Vieille ville,                           353.\nL'Invisible Justicier,                        223 .    Kerm esse flam ande,                     334 .\n                                                       Pluie,                                   355.\n                          C.     J.\n                                                                   J ules    DESTRÉE.\nLa Sym phonie libre,                          164 .\n                                                       Ballade de la Souffrance d ’é crire,     178 .\n      CHRONIQUE DES ARTS.                              Quelques œ uvres d’ art, C ologne\n                                                         et Francfort,                          357 .\nV oir pages                            1 7 1 , 241 .\n                                                                             D.   M.\n         A c h il l e     DELAROCHE.\n                                                       Un co n ce rt à V erviers,               336.\nR ésurrection,                                351.\n                                                               V. DW ELSCHAUW ERS.\n           C é l e st in   DEMBLON.\n                                                       Chronique m usicale,                     418 .\nLes W allonnes (vers),                          82.\nDans l ’ étable,                              156.\nHier et dem ain,                              1 84.                    F R IT Z ELL.\n     Q u in t e t t e :\nLes Légendes,                                 282.     Quand elle rit,                          348.\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3726, "texte": "430\n\n                       E. M.                                 L u d w ig    HEMMA.\n                                     page :                                    page :\nLa W allonie,                         164.     Le théâtre w a llon ,             62.\nAlm anach de Gand,                    238 .    Un co n ce rt à Namur,            63.\n                                               Lettres sur la Jeune B elgique,  193.\n                Zénon ETIENNE.                 A p ropos des Harm onistes,      232.\n                                               Deuxièm e con cert du Conserva­\nChronique m usicale,                  298 .      toire,                         420.\n\n                        F. S                               A ug . HENROTAY.\n\nLe salon des X X ,                    -106.    Claire (nou velle),                            44.\n                                               L’ Appel suprêm e,                             90.\n            L UDWlG G HE L D R E .             Ad. L uccni,                                  173 .\n                                               Liens occu ltes,               3 18 , 3 4 1 , 381 .\nChronique m usicale,                    6 7.\nLa W alkyrie,                         -168.\nLa m usique à B ruxelles,             333 .                  Louis HIRSGHE.\nLa M elba,                            411.\n                                               Le violoniste Joachim .                      413.\n                  R ené GHIL.\nO rdre,                               294 .               Georges          KHNOPFF.\np our la seule Passante (vers),       298.\nA ir nuptial (vers),                  31-9.    V ers,                                       279 ,\nGlose à l’ Après-m idi d'un Faune,    -416.\n                                                               H ub.      KRAINS.\n  George     GIRRAN (C eorges Garnir).\n                                               Croquis noctu rn e,                          296.\nTes yeux (vers),                   36.         La Maîtresse du Paysan,                      396.\nSonnet d ’ hiver,                  38.\nL uc R obert (étude cam pagnarde), 3 8,                 C a m il l e   LEMONNIER.\n                             8 1, 100\n      V ers :                                       L a B e l g iq u e :\nLa Maison m audite,                   149.     S aint-Trom l,                          3 et 73.\nC eu x qu’on n’ a pas aimés,          130.\nPanthéism e,                          134.              W . A. MACEDONSKI.\nD ésir d’ oubli,                      133.\nLes Crucifiés,                        190.     Le vieillard g iv re,                        137.\nLes R epentants,                      213 .\nL e S ecret,                          216.                  E iin e s t    MAHAIM.\nIietro,                               217.\n                                               Le Juré,                                      3 2.\n              A rnold      GOFFIN.             Ultra,                                       138 .\n                                               Le groupe sym boliste-instr..              246 a .\n  P r o se s l y r iq u e s :                  Esbaudissem ent,                             2 7 1.\nLes Enfants qui passent,               30.\nUne Conclusion a lticre,              203.                    O ctave       MAUS.\n\n          A rmand       HANOTIEAU.             Danse de Gourais,                              t2 .\n\nDivita,                                 81.                 Stuart         M EBRIL.\n\n              E dmond     HANTON.              A llégorie (p rose),                          311 .\nSonnet,                               399 .    Parsifal (vers),                              312 .\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4782, "texte": "                                                                                                  431\n\n            A lbert    MOCKEL.                                        Paul       R EIV A X.\n                                 page :                                                         page :\nL’ E ssor du R êv e,                32.            Intus,                                         181.\nQuelques Lettres,                   85.            Vague,                                       288 a .\nL’art -wallon — Célestin D em blon, 94             H a n tise ,                                 256 a .\nProfils p ervers,                 126.\n     Q uelques c h o se s:                                        A lbert       SAIN T-PAUL.\nIntroduction.                      24a.\nLa Volonté p a rfa ite,           248.             En la Rafale,                                  317.\nA la M er,                         2 8 1.          Notes,                                         392.\nL'H orizon vide,                   251.\nL’A m our,                         283 .                            J.   SERGENNOIS.\nLa Science,                        233 .\nLe C ygne,                         286.            R ondels,                                       8 9.\nJules L aforgue,                   303.\nLe Parnasse de la Jeune B elgique, 3 6 6.                          F ernand        SEVERIN.\nLa Littérature des Im ages,        401.\n                                                      Vers :\n                                                   La F ille des Vieillards                        1 4.\n                     M . S.                        Tentation,                                      4 8.\n                                                   Une Vierge,                                     46.\nChronique littéraire,                     240 .    P ervers,                                       46.\n                                                   Les las d’ aim er,                              4 7.\n                                                   Le vieu x M iroir,                             420 .\n            P ie r b e -M .   O L IN .             Les D ieu x ja lo u x ,                        424.\n                                                   Les Souhaits,                                  124.\nL 'Ironie des ren con tres,                 -18.   Le dernier A m our,                            474.\nL’ une d’ Elles,                         -153.     R enaissance flo ren tin e,                    478.\nP our se souven ir,                       -191.    La C olère du S phin x,                        476.\nF inis,                                   218.     P ou r célébrer une E nfant,                   477.\nJacop one de T od i,                      264 .    A lbert Giraud,                                224 .\n                                                   P ierrot N arcisse,                            229.\n                                                          Le lys :\n         PETITE CHRONIQUE.                         Le Lys,                                      286 A .\n                                                   Le M alade,                                  289 A.\n                                                   Sém iram is,                                  3 99.\nV oyez pages 68 , 2 0 4 , 2 4 4 , 3 0 6 , 338 ,    N octurne,                                     390 .\n   3 76 et 4 2 4 .\n                                                                    M a u r ic e   SIVILLE.\n\n                   P.-51. 0.                       En Terre ardennaise,                            26.\n                                                   L’A bbesse de Jouarre,                          60.\nE lles,                                    92.     André C ornélis,                               138.\nE xp osition triennale,                   330 .            C o n t e s p o u r l ’ a im é e :\n                                                   La Cham bre close,                             462 .\n                                                   P ourqu oi,                                    463.\n             LA RÉDACTION.                         A t hom e,                                     262 .\n                                                   Li B leu -B ixhe,                              274 .\nN ote au L ecteur,                        248 .    C hronique littéraire,                         440.\n\n                                                                     M a r io    VARVARA.\n           Henri de      REGNIER.\n                                                   M ariage à l'É glise,                          342.\nEcrans (vers),                            318 .    N otes,                                        394.\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 943, "texte": "432\n\n            E m il e   VERH AEREN.                      Ga s t o n   VYTTALL.\n                                     page :\n   Vers :                                                                       page :\nObscurém ent,                         277 .   Poèm es ironiques,                 230.\nA u Crépuscule,                       278.\nLes C ierges,                         347 .              LA WALLONIE.\n\n                A ug.   VIERSET.              M. W aller et le Pillage,          370.\n\nS oir fantaisiste,                        8.                  X.\nSoleil cou chant,                         9.\nCalme lunaire,                        123 . H istoire des Beaux-Arts par Camille\nSpleen d'H iver,                       194 .     Lem onnier,                 209,\nA veu,                               19 5\nLe Joug,                               2 6 0.\nMahia,                                3 9 6 . N aïveté,                      400\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 500, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                            H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                  L I É G E.\n\n      Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n             Pia.ce            du\n                        T h é â tr e , 11, L iège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en ‘24 heures.\n                   RACCOMMODAGES.\n\n\n\n INDE m :RUEse rrurier-bovy\nPERSE         DE L ’UNIVERSITÉ, 38\n\nCHINE A R TIC LE S L I È GORFÈVRERIE\n                           E\n\nJAPON MÉNAGE              ARGENTÉE\n                                     de\n\n\n\n              H.       F O N D E R -B U R N E T ,\n                         48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      AGENT        GÉNÉRAL          POUR       LA    B E L G IQ U E     DE    LA\n\n                  P E IN T U R E            FR A N Ç A ISE .\n   Celte Peinture, préparée à base de céruse et d’ huile de lin, est toute prête à\ne m p loy er; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent com p osé com m e celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son em ploi sur boiseries, m urs, m eubles do fer ou bois, grosses\nvoitures, e t c ., la place à la p ortée de toutes les personnes désireuses de conserver\n     en bon état leur m atériel a gricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr. 1-10.\nAllum ettes Suédoises (Kaiser-Holzer), 20 fr. les 1000 boîtes\n     n      Nilson, bout noir,       fr. 9-50 les 1000 boîtes\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "2e ANNÉE, N° 11.", "ancre_fin": "ureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "E n v o i", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 501, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 536, "texte": "2e ANNÉE, N° 11.\n\n\n                 L A W A L L O N IE\n   REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n       A bonnem ent         : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 5 0.\n                                                E rn est     MAHAIM,\n                                                Albert       MOCKEL,\n             Comité de Rédaction\n                                                P. M. OLIN.\n                                            I   M A U R I C E SIVILLE.\n\n                      Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-206", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "E n v o i", "ancre_fin": "t i m b r e s - p o s t e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 501, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 536, "fin_caractere_exclue": 719, "texte": "E n v o i d ’ u n    n u m é r o s p é c i m e n c o n t r e   5 0   c e n t i m e »\n                             e n t i m b r e s - p o s t e .\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1887-12-20-n11-207", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1887-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1887-000.pdf", "ocr_sha256": "8f82f7cb61045976a6663aba8c978e5e1906e4fe656b37f1b3033b70ba6aae2b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 501, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 719, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "SOMMAIRE :\nAug. H enrotay . . . .                              Liens occultes.\nFernand Severin . . . Nocturne (vers).\nA lbert St-Paul\n                                                  . Notes.\net M ario V a rv a ra\nAug. V i e r s e t ................... Mahia.\nH ubert K rains . . . .                             La Maîtresse du Paysan.\nEdmond Hanton . . . .                               Sonnet.\n* * * ............................................Naïveté.\nA lbert M ock el................... La Littérature des Images.\n                                     Chronique littéraire :\nM aurice Siville . . . .                            Histoire du Théâtre de L iége.\n                                      Chronique musicale.\nL udw ig Gheldre . . . .                            La Melba.\nLouis H ir sc h e ................... Le violoniste Joachim.\nRené G hil............................. Glose à l’Après-midi d’un Faune.\nV . D w elschauvers . . . Premierconcertdu Conservatoire.\nL. H e m m a ........................ Deuxième concert, et concert\n                                                        Schumann.\n                                Petite Chronique.\n                     Table des matières pour l’année 1887.\n\n                       Un numéro 5 0 centimes.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 446, "texte": "20 Décembre 1887.\n\n\n\n\n                                      LA\n\nWALLONIE\n\n        QUAND MÊME.\n\n\n\n\n                    Des presses de H . Vaillant-Carmanne, à Liège.\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                  ELAINE par Eddy Levis\n                     Un petit volume de vers à 2 fr.\n\n\n             LA             B E L G IQ U E\n                      par: C a m i l l e LEMONNIER\nUn superbe volume grand in-8 illustré par Meunier, Mellerij, etc.\n                      chez .Hachette, éditeur, Paris.\n               Broché : 5 0 fr. ; richement relié : 6 5 fr.\n\n           LES SOIRS, par Emile Verhaeren\nUn volum e de vers hors com m erce, luxueusem ent é d ité à petit nom bre illustré,\n  par O d i lo n R e d o n , en souscription chez M me V u Monnom.\n\n                               Prix : 7 francs.\n\n\n        V I N C EN Z O                        M\n                                              .LO M B A R D I\n                   Glose à l’Après-midi d’un Faune,\n                           Poème symphonique.\n\nA paraître bientôt chez Lacomblez, rue des Paroissiens, Bruxelles\n\n              LE LYS, par Fernand Severin\n      En vente aux bureaux de la W allo n ie :\n                U N E         R ÉP A R A T IO N\n            Comédie en 1 acte en prose par FRITZ ELL\nPrix : 1 fr.; sur Hollande (exemplaires signés et numérotés) : 2 fr-\n\n  Dorénavant, « L a W a llo n ie >> publiera une édition\nde luxe :\n  15 exem plaires sur vieil Hollande, avec couver­\nture spéciale, numérotés à la presse, signés, et p o r­\ntant imprimé le nom du souscripteur.\n  Quelques exem plaires seulement sont encore dis­\nponibles au prix de 2 0 francs.\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                                                   381\n\n\n\n\n                  LIENS OCCULTES.\n\n\n                                  III.\n\n\n\n   — A qui parlez-vous de souffrance, mon ami ? fait Monique.\n Et elle penche sa belle tête douloureuse, en même temps qu’une\nlégère altération passe sur son visage.\n   Une voix d’une lassitude indicible, triste comme un râle, faible\n comme un soupir, arrive jusqu’à son âme.\n   — Je suis à bout de force, je sens la vie m’abandonner.\nMonique, j ’ai fui, j ’ai connu toutes les tortures. Je croyais pouvoir\nvivre loin de vous, mais je suis revenu vers vous, de même que la\nplante tend ses branches vers la lumière, comme l’homme aspire\nà l’Amour, à la Vie...\n   Puis comme se parlant à lui-même :\n   — Pourquoi suis-je faible?... Pourquoi n’avoir pas continué mon\nvoyage ? C’était horrible, mais il me restait une vague espérance ;\nmaintenant, je le sens bien, je ne serai jamais rien pour vous...\n   — Ah! tais-toi, tu ne sais pas, toi...\n   Elle est superbe ainsi, la poitrine haletante, l’effroi dans ses\ngrands yeux sombres. Agitée, elle marche par la chambre; elle\nsent son âme se déchirer entre deux tentations despotiques : Va-\nt-elle se jeter dans les bras de l’Aimé afin d’implorer la protection\nde ses mains d’enfant; se roulera-t-elle aveuglément dans cette\npassion sauvage pour y perdre la conscience de la tyrannie du\nmort ; ou bien fuira-t-elle loin dans quelque endroit inconnu, où\nelle ne puisse faillir à la fidélité ?\n   Pour Gontrand, une sourde révolte fermente dans son cerveau,\nun désir effréné de faire il ne sait quelle folie pour anéantir cet\nimpossible mystérieux qui entre eux se dresse.\n   On est alors à la fin du jour. Le soleil roulant vers l’horizon,\n                                                             25\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "382\n\n\nrâle derrière un rideau cuivré à travers lequel s’épand une lumière\npestilentielle donnant aux objets une teinte jaune verdâtre. La\nchaleur pèse amollissante. Monique s’arrête en face de Gontrand.\nAffaissé dans son fauteuil, la tête renversée en arrière, il reçoit\nen plein visage cette lumière du couchant et il apparaît blafard,\ncadavéreux presque, et ses yeux ont une nuance profonde de\nfiévreux désespoir; sous ce ruissellement de lumière, sa chevelure\nsoyeuse a des reflets d’un blond maladif.\n   Lui? C’est lui, qui s’éteint à cause d’elle! Il se meurt et elle\nne voit rien... Egoïsme ! Cette voix, ce souffle pâle comme le rayon\nde soleil qui pénètre dans la chambre, c’est la prière d’un agoni­\nsant, et elle se raidit ! Et elle parle de ses souffrances, à elle !\n   Doucement, il lui prend la main.\n   — Monique... la solitude te mine, dis-tu, et tu me repousses!\nTu languis dans l’isolement, je t’offre toutes les tendresses, je\nveux t’arracher à l’obsession du passé et tu préfères cette obses­\nsion dans ton isolement. Tu dis m’aimer et tu me fais souffrir, et\ntu me fais mourir. Monique ! Seule, tu souffres et ma vie est en\ntoi... Serrons-nous l’un contre l’autre et oublions le monde. Je te\ndemande la vie, me la refuseras-tu ?\n   Sans qu’elle y ait pris garde, de ses mouvements insaisissables\nil s’est coulé de son fauteuil et il se trouve debout devant elle.\nDans un geste insensible et vague, il lui a enlacé le cou ; magné­\ntiquement il l’attire et, fascinée, elle vient à lui, toutes ses réso­\nlutions fondues, ses craintes émoussées, bercée à l’espérance d’une\npaix enveloppante.\n   — Ne t’obstine pas en un scrupule inhumain; laissons-nous\nvivre, doucement entraînés en une exquise somnolence... Quelque\nchose me dit que je remplis le vœu ardent de mon ami : S’il avait\npu penser à l’avenir, il t’aurait certainement confiée à ma solli­\ncitude...\n   Ses lèvres frôlent celles de la jeune femme. Il la sent secouée\npar un brusque réveil.\n   — Gontrand !\n   Et d’un bond elle se rejette en arrière, le visage bouleversé par\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                                                                 383\n\nl’effroi, les mains tendues vers Lui comme pour lui crier de fuir à\njamais.\n    Ce geste a immobilisé le jeune homme ; ses yeux hagards\nexpriment une surprise, un désespoir absolus, sans refléter la\nmoindre trace de pensée. Puis sa voix, sa voix mate erre par la\nchambre avec quelque chose de mort, de sourd, d’incolore...\n    — Je vous fais horreur...\n    Ce n’est ni une interrogation, ni une exclamation, mais plutôt\n une plainte machinale, comme les vibrations tirées par un choc\nd’un objet inanimé.\n    Puis, il sort d’un pas raide, automatique, comme s’il y avait en\nlui quelque chose de détraqué, de brisé irréparablement.\n    De sa fenêtre, Monique le voit passer et s’éloigner. Inconsciem­\n ment, il s’en va droit devant lui ; il dévale le long de la pente qui\n s’incline lentement vers le couchant.\n    Maintenant l’horizon flambloie, sinistre; des blocs embrasés\n roulent, s’amoncellent lentement, et insensiblement monte la\n marée des ombres.\n    Gontrand avance sous ce ciel de malédiction; sa silhouette\n s’assombrit de plus en plus, diminue, s’affaiblit comme une épave\n entraînée dans des remous d’ombres.\n    Monique cherche fiévreusement la silhouette ; la voilà qui se\n profile sur le sombre éblouissement du couchant ; Monique croit\n la voir s’arrêter et laisser échapper un geste, geste de désespoir,\n geste de malédiction peut-être! Puis l ’ombre semble remuer\n encore. C’est une tache noire, la tache perd de sa netteté, se fond\n dans l’enténèbrement. Elle s’engloutit dans la nuit.\n    Un cri rauque arrive aux lèvres de la jeune femme et elle se\n tient l’œil enflammé, frémissante, comme prête à bondir — vers\n un fantôme qu’elle sent invisible et présent l ’enserrer de sa\n tyrannie. Puis elle s’affaisse sur un divan et reste longtemps au\n milieu des ombres confuses du soir, la pensée annihilée, avec la\n vague impression d’idées informes qui voltigent dans son esprit.\n    L ’entrée brusque de Jeanne, sa bonne, — qui, inquiète d’un tel\n silence, entre sous prétexte d’apporter de la lumière,— la tire de\n  cette prostration.\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": " 384\n\n    Alors, nettement, lui revient la conscience de sa situation : le\n passé ou l’avenir, le souvenir ou l’espérance, les regrets ou le\n bonheur, le devoir... que lui commande le devoir ? Rester fidèle au\n culte du souvenir, accomplir le vœu suprême de Julien ou sauver\nla vie, donner l’amour et le bonheur à un être si digne de vivre\n heureux par l’amour ? Elle le revoit partir de son pas automatique,\n elle revoit les moindres détails de ses mouvements roides, de son\nport; elle le revoit la tête un peu penchée en arrière, — non\nrelevée dans un mouvement d’orgueil, — mais comme pour cher­\ncher l’air qui lui fait défaut. Elle s’efforce de s’assimiler l’état de\nson âme pour arriver à en pénétrer les conséquences. S’en va-t-il\nau hasard, sans résolution ou marche-t-il à la délivrance...\n   Elle n’a pas le droit de disposer de sa vie, à lui; ce serait une\ninfâme ingratitude! Demain matin, — pourvu qu’il ne soit pas\ntrop tard, mon Dieu ! — demain matin, elle le fera appeler et elle\ndira à ce noble cœur : “ Soyez heureux... „\n\n\n\n                                  IV.\n\n\n\n     Osera-t-elle, infidèle, passer la nuit dans ce lit où IL agonisa\nentre ses bras... Osera-t-elle s’étendre à ses côtés, sur le point de\n se donner à un autre... Oh! ce regard, ce regard d’une boulever­\n sante pénétration, implacablement froid comme une sonde...\nce regard accablant comme une prophétie, terrible comme une\nsentence... C’était là; ce pâle visage, ce corps émacié, cette respi­\nration rapide, oppressée, et cette flamme sombre dans les yeux !\n“ Mon souvenir te poursuivra partout, tu me trouveras toujours\nentre toi et lui!...,, Il semble à Monique qu’IL va revenir l’enserrer,\nl ’étouffer de son fantôme. Elle frémit. Non, elle n’oserait, elle sent\nsa tyrannie peser sur elle, menaçante; ce serait se livrer à sa\nvengeance. Elle va se coucher dans une autre chambre.\n    Ici un grand froid lui tombe sur le cœur. Ce ne sont plus les\nangoisses de tantôt, car elle se sent en sécurité, mais c’est le\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                                                                      385\n\n   vague effleurement d’un remords, c’est le mécontentement stupé­\n   fait qui se trouve entre la décision et l’action alors que la fièvre\n   est tombée et que l’on invoque le prétexta : “ Maintenant, c’est\n   décidé, il est trop tard... „\n      Mais elle réagit. Elle se sent plus près de Gontrand. Où est-il\n  maintenant, qu’est-il devenu ? Partir avec l’effroyable conviction\n   qu’il lui faisait horreur ! Lui faire horreur... Mais son cœur fond de\n  reconnaissance pour lui ! Elle voudrait lui créer un paradis où son\n  âme tendre pût se laisser aller à d’ineffables délices. Lui faire\n  horreur, à elle qui si longtemps n’a vécu que par lui ; à elle qui a\n  recueilli comme un baume ses paroles de consolante mélancolie;\n  à elle qui, oubliant l’amertume de ses regrets, se laissait bercer en un\n  mol assoupissement à la musique de ses pensées ! Elle a bu comme\n  à une source de vie, à ce subtil et enivrant amour; elle s’est\n  délectée à ces nouvelles sensations; croyant vivre continuellement\n  dans la pensée de Julien, elle s’est imprégnée avec délices de ce\n  parfum de renouveau. Et lui part à la recherche de la mort. Et ce\n  geste, ce geste de désespoir ou de malédiction qui, un moment,\n  s’est détaché sombre sur les lueurs confuses et aveuglantes du\n  crépuscule !\n      “ S’il avait pu penser à l’avenir, il t’aurait certainement confiée\n  à ma sollicitude. „ Monique tressaille ; elle a un moment d’hésita­\n tion. Mais elle veut, elle veut se convaincre. Le noble cœur! Tou­\n jours le souvenir de son ami. Avec quelle piété il parlait de lui,\n comme on sentait dans ses paroles l’entier dévouement d’une\n amitié rare ! Jusqu’à ses plus ardentes espérances il associait la\n pensée de l’Ami; et c’est celui-ci qui le condamnerait aux tortures\n les plus épouvantables, à une lente agonie, à une mort certaine;\n c’est Julien qui pourrait briser la carrière d’un profond artiste !\n     “ S’il avait pu penser à l’avenir, il t’aurait certainement confiée\nà ma sollicitude. „ Cette idée revient obsédante, sans plus la faire\ntressaillir, et elle s’empreint de plus en plus dans son esprit.\n    Elle voit clairement son devoir : la reconnaissance, l’humanité,\nlui défendent de commettre ce crime atroce. Son parti est pris.\nSi le Mort fait sentir sa vengeance, ils se serreront l’un contre\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "386\n\nl’autre tellement qu’il lui sera impossible de les désunir; elle se\nréfugiera dans un amour contre lequel toutes les tyrannies seront\nimpuissantes. Ils se plongeront dans des ivresses extatiques jus­\nqu’à en perdre la conscience, et ils seront forts d’être à deux et\nde s’aimer. Ils commenceront une vie nouvelle; ils quitteront\nmême cette demeure et ils iront n’importe où il sera bon de s’ai­\nmer ; ils chercheront un nid digne de leur amour et là, pas un\nobjet par lequel puisse le passé lui adresser ses reproches, ses\nmenaces : là le passé sera mort et elle sera libre !\n   “ Vois-tu, cette pensée que dans une heure tu seras libre, qu’à­\nprès moi ce sera un autre. „\n   Monique tressaute. Elle revoit ce martyre d’un voyant, ces\ntortures d’un poète qui, dans son culte de l’amour, croyait que\ndeux êtres qui s’aiment sont unis pour l’éternité, que les liens de\nl’amour ne finissent pas au bord de la tombe. Comme elle le com­\nprenait alors ! Combien chimériques lui paraissaient ses craintes :\nLui, l’Initiateur, lui qui l’avait fait naître au monde de l’amour\net de l’art, Lui le seul, absolument !\n   Recommencer une vie nouvelle, se défendre contre le passé,\nn’est-ce pas le renier,Lui? N’est-ce pas fouler à ses pieds le sou­\nvenir des délices qu’il lui a révélées. N’est-ce pas... et maintenant\nmême, elle le fuit. Il est là dans leur lit ; elle le sait qui l’attend,\nqui lui reproche son abandon. Et elle se dérobe à ses étreintes. Il\ndisait donc vrai, autrefois. C’était elle qui alors se 'révoltait à\nl’idée qu’elle pût l’oublier et c’est encore elle qui maintenant le\nrepousse comme une bête malfaisante! Il proteste...\n   Il la supplie, il l’appelle, il lui ordonne d’aller le rejoindre ; elle\nle sent, il veut, il veut, il veut! Elle est toujours à lui; elle est\n encore libre. Gontrand n’est pas là, elle n’a plus de volonté. Elle\nse laisse attirer.\n   Chose étrange, à sa place, sur son oreiller, Monique croit voir\nune vague empreinte...\n   Elle se glisse à ses côtés, plus bouleversée qu’elle ne le fut\nautrefois.\n   Il fait maintenant une de ces chaleurs morbides et amollissantes\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                                                                387\n\nqui précèdent les orages. Parfois au loin un éclair jaillit de l’ho­\nrizon comme un tressaillement du ciel, et un grondement profond\net lent arrive, se traînant jusqu’aux alentours, comme l’expres­\nsion vivante de cette émotion mystérieuse et subtile qui, vague­\nment, plane dans la chambre: les quelques chaises présentes sont\nvisiblement obliquées vers le lit, ainsi qu’autant de spectateurs\nsilencieux et remués ; les grands rideaux des fenêtres tombent\navec des plis cassés, serrés dans le désordre d’une attention sou­\ndaine; les portraits ont des regards douloureusement scrutateurs ;\nenfin, dans tous les objets, une interrogation muette, une attente\némue dont l’analyse échappe à Monique, mais dont l’ensemble la\ntrouble étrangement.\n   Elle s’agite fiévreusement.\n   “ Retiens ceci : si jamais tu en aimes un autre, mon souvenir\nte poursuivra partout, tu me retrouveras toujours entre toi et lui. „\nOh ! elle le sent, il la maintient sous sa domination, son despo­\ntisme pèse sur elle. Et elle l’aime toujours ; l’admiration, la com­\nmunion de leur être ont survécu. Elle n’ose plus se dire qu’il l’au­\nrait confiée à son ami.\n   Mais Gontrand, elle l’aime aussi. Gontrand, c’est l’ami tendre\n et dévoué et faible, c’est l’amant désespéré. Et pour se convaincre\n dans sa résolution, elle évoque encore la scène du départ.\n    Eh! bien, elle se révoltera, elle saura s’éviter un crime mons­\n trueux; elle saura braver tous les despotismes, elle saura braver\n même l’impossible!\n    Il y a dans sa tête une mêlée douloureuse; et Monique conti­\n nue de s ’agiter fiévreusement.\n   Au dehors, un roulement de tonnerre gronde, grandit, se gonfle\ncomme un rugissement de révolte sourde et désespérée.\n   Vers la matinée, Monique s’endort d’un sommeil enfiévré. Par­\nfois elle a des soubresauts; ses lèvres remuent sans pouvoir arti­\nculer aucune parole. On dirait une créature sous le pressentiment\nd’une catastrophe. Son visage exprime tour à tour la résolution,\nl’effroi, la prière, le désespoir. Des gémissements s’étranglent\ndans sa gorge.\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "388\n\n   Elle s’agite de plus en plus, elle paraît lutter, détourne la tête\navec horreur et toujours ses mains se ramènent sur sa poitrine,\ncomme pour repousser quelque chose d’invisible.\n   Oh! ce fantôme qui se moule à son corps, l’enlace, l’étouffe; et\nces lèvres glaciales qui cherchent sa bouche. Elle a beau fuir ces\nlèvres opiniâtres, elles s’accolent aux siennes; elle a beau se dé­\nbattre, l’étreinte l’étouffe, la broie, de plus en plus implacable.\n   Parfois elle s’éveille sans pouvoir ressaisir sa conscience, puis\nelle retombe immédiatement en sa possession.\n\n\n\n                                 V\n\n\n\n   — Monsieur Melpas est là, Jeanne?\n   — Oui, Madame.\n   — Sait-il que le médecin m’a permis de recevoir des visites ?\n   — Oui, madame, je le lui ai dit.\n   — Et... quelle impression cela a-t-il paru lui faire?\n   — Il m’a semblé qu’il devenait encore plus pâle que d’habi­\ntude, mais dans ses yeux on voyait que ça lui faisait plaisir.\n   Monique tressaille; une lutte suprême paraît se livrer en elle.\nPais son visage prend un air de résolution.\n   — Faites-le entrer, Jeanne.\n   La convalescente est installée dans un fauteuil; le corps penché\nen arrière, appuyée au bras du fauteuil, ses mains pendent indo­\nlemment, toutes blanches et sillonnées de petites veines bleues.\n   Elle est belle dans sa langueur troublante, blanche et amaigrie,\nminée par les tortures intérieures, oppressée par la solennité de\nl’heure ; ses grands yeux noirs contrastent par leur ardeur fié­\nvreuse avec la molle langueur de toute sa personne ; ses yeux lui\ndonnent un air d’énergie désespérée, l’air de quelqu’un qui va\nprononcer son renoncement à la vie.\n   La porte s’ouvre avec une certaine hésitation; Gontrand paraît.\nIl est pâle, amaigri; sur son visage la rude empreinte de la dou­\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                                               389\n\nleur ; dans toute sa personne une lassitude, un épuisement, mais\ndans ses yeux, comme une étincelle de joie.\n  Il espère encore, le malheureux !\n   Monique se sent le cœur crispé d’angoisse à la pensée de désil­\nlusionner cette ombre qui, vaguement,espère revenir à la vie. Elle\nse raidit et fait appel à toute l’éloquence de sa passion.\n   Pris de respect, Gontrand s’est arrêté au seuil de la chambre.\nPuis un grand froid lui engourdit le cœur à voir chez Monique\ncet air de suprême résolution, Il fait un effort et s’approche.\n   — Tu as bien souffert, Gontrand... dit la jeune femme on lui\nprenant la main.\n   Gontrand ne songe pas à répondre; d’un regard anxieux il\ncherche à deviner sa destinée.\n   — Ah! mon ami, j ’ai été bien éprouvée aussi... C’est vraiment\nun miracle que j ’aie pu survivre, un triste miracle d’ailleurs...\n   — Oh!\n   — As-tu pensé, Gontrand, à l’état où tu m’avais laissée ? Car\noutre la souffrance de renoncer au bonheur, n’avais-je pas l’hor­\nrible appréhension de te voir commettre quelque folie. N’étais-je\npas aussi hantée par l’idée que tu étais parti me maudissant ?\n   — Moi...\n   — Convaincu que tu me faisais horreur, ajoute-t-elle avec un\npâle sourire et un tendre serrement de main. As-tu réfléchi que\npour agir ainsi, je devais avoir un motif bien affreux?\n  — Ainsi... c’est toujours vrai...\n   — Plût à Dieu que nous ne nous fussions jamais connus ! dit-elle\nen se cachant la figure dans ses deux mains, gagnée par les san­\nglots.\n  Un sanglot lui répond, un de ces sanglots comme en ont les\nhommes, qui font violence à leur nature et les déchirent pour\narriver à leurs lèvres. Gontrand tombe à genoux devant elle, et\ndoucement lui prenant la main :\n   — C’est mon arrêt de mort que tu prononces là, Monique.\n  — Oh! Gontrand... — Puis par une diplomatie instinctive: —\nne suis-je pas assez malheureuse ainsi?\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "390\n\n    Elle s’est penchée en avant, lui a posé une main sur la tête et,\nle regardant à travers ses larmes :\n    — Pourtant Dieu sait si je t’aime ! Mais ce que tu rêves est\nI M P O S S I B L E , une fatalité nous sépare... Fuis-moi, bien loin, Gon­\n\ntrand, il te reste ton art, à toi; tu m’y parleras, et je saurai bien te\ncomprendre, va !\n    Et l’attirant, elle lui met au front un long baiser, le seul, avec\nun désir fou de se consumer, de se dissiper comme une fumée, en\ncette minute.\n    Gontrand se relève. Longuement i l la contemple ; jamais le\nmoindre détail ne s’effacera de sa mémoire.\n    — Adieu... fait-il d’une voix à peine distincte.\n    Il s’éloigne de quelques pas, s’arrête, puis revient. — Adieu,\nMonique...\n    Elle ne pleure plus. Plus blanche encore que tantôt, elle s’est\npenchée en arrière et le regarde, les yeux mis-clos, anéantie.\n    Gontrand se raidit et s’éloigne. Arrivé sur le seuil, il s’arrête\nencore et l’enveloppe d’un regard fou de passion et de désespoir.\n    — Fuis... dit-elle d’une voix faible.\n    Et de sa main elle fait un geste lent qui est comme une béné­\ndiction.\n                                                 A uG. HENROTAY.\n\n\n\n\n                          NOCTURNE.\n\n       IBEN tard, dans le jardin vu du pâle Vesper\n         Qui montait, au couchant, parmi d’âpres ramures,\n         Sous le ruissellement d’opale de l’Ether,\n         Tout lumineux déjà des lumières futures,\n         Quand un chaste sommeil eut clos mes jeunes yeux\n         Comme sous un vent frais de tuniques et d’ailes,\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                                                      391\n\nAvec des mouvements lents et silencieux\nYseult ôtait soudain d’entre mes mains fidèles\nLes despotiques mains qui m’ouvrirent l’Eden\nEt s’en allait de moi, laissant dans les parterres\nUn peu d’elle, après elle, embaumer le jardin.\n\n\nEt je dormis parmi mes bosquets solitaires\nUn sommeil inconnu si libre de remords\nEt si terrifiant dans cette candeur même,\nQue c’était le sommeil des enfants et des morts !\nNul songe qui chantât la femme, nul poème\nDu grand cycle d’amour n’éclaira cette nuit;\nRien que l’attente après une peine en allée\nEt l’angoisse qui suit un monde évanoui !\n\n\nBien tard, quand je dressai ma tête réveillée\nDans les enfièvrements du froid et de la peur,\nLes colliers dénoués d’une nuit printanière\nRêvaient autour de moi dans la blanche vapeur.\nDes étoiles parfois sillonnaient la lumière\nComme des yeux meurtris que la mort aurait clos,\nEt les appels du cor d’une forêt lointaine\nDéchiraient le silence ainsi que des sanglots !\nOn eût dit d’une amante oubliée et hautaine,\nQui, lasse d’implorer et fière en son tourment,\nDans la nuit où nul cœur ne pouvait plus l’entendre\nEût pleuré toute seule et désespérément !\nPuis le cor exhalait une plainte plus tendre\nQue les voix d’amoureux et de convalescents,\nEt l’âme devinait, évoqués par le cuivre,\nDe frêles bras tendus vers d’orgueilleux passants,\nEt pesant sur l’ennui dynastique de vivre\nDe nocturnes joyaux pleins de soleil couchés,\nEn je ne sais quelle âpre et mystique demeure.\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": " 392\n\n         Un instant des soupirs et des gestes penchés\n         Osaient rêver encor la vie autre et meilleure\n         Jusqu’à ce qu’un sanglot, le dernier cette fois,\n         Plein des contritions d’un grand cœur qui se brise,\n         Eclatât, pour mourir, dans les échos des bois.\n\n         J’ai pleuré jusqu’à l’aube, et c e mal qu’éternise\n         Le sentiment que j ’ai d’en être seul atteint,\n         Mes souvenirs mauvais le grandissent encore.\n         Je me lève chargé des perles du matin\n         Et m’en vais malgré moi vers la forêt, sonore\n         De ramiers, où s’est tu le grand cor oublié.\n         O mon amour du soir permet que je m’en aille\n         Car je veux consoler en son morne hallier\n         L ’âme sœur qui m’attend peut-être et qui défaille !\n\n       Automne 1887.\n                                             Fernand   SEVERIN.\n\n\n\n\n                                 NOTES (1)\n       1887. 3 Octobre.\n\n   La Terrasse des Tuileries s’allonge sur le quai, demi-nue par\nles flagellations d’un lubrique automne qui la dépouille vite et la\nlèche, haletant, de raffinées caresses de vieillard.\n   Plus de flâneries promenées en les éclatantes bouffées de\ncuivres militaires sous les feuilles pleines de soleil; plus de trot­\ntinements d’enfants derrière les cerceaux accompagnés de cris\ntandis que gazouillent, groupées et minaudant, leurs gouvernantes\n\n\n  (*) d 'Album p a risien, à paraître.\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                                                                          393\n\naux accents étrangers, paresseusement assises à la façon des\ndames, des jouets aux pieds. Et les frétillements des moineaux se\nlassent parmi les branches.\n   Le sifflet grave d’un remorqueur envahit l’étendue de l’allée ;\nles roulements cahotés des voitures s’y prolongent, mêlés aux\nclaquements des sabots de leurs haquenées sur l’asphalte ; une\nrumeur montante et vague d’un bout à l’autre balaie le silence\nqu’on rêve pour cette mélancolie royale d’altesse démodée. Les\ngrands arbres s’endeuillent en les brumes, et des branches ténues\net croisées entre leurs longs bras desséchés, imitent des linceuls\nde crêpe déchirés par les efforts d’un squelettique agonisant qui\naurait peur de la mort.\n   Avec ses glaciales ironies, ses haines coupantes de vieux ermite\ndont on se fiche ; avec les virginales blancheurs de ses neiges\nqu’on souille, qu’on piétine, qu’on pousse aux ruisseaux ; avec sa\nfrileuse et chevrotante allure de perruque à frimas, poudrés de\ngivre, s’annonce l’hiver en la mélodie chagrine et sourieuse que\nprélude l’ancienne Terrasse impériale.\n\n\n     28   Octobre.                            7 heures du so ir En sortant\n                                       d ’un five o’ clo ck , ru e M ontaigne.\n\n\n   Les Champs-Elysées ouvrent leur étendue trouée par les lumi­\nneuses plaques jaunes de réverbères sous un ténébreux harcèle­\nment de bruine cinglante, et palpitent des scintillations de dorures\nsalies, miroite toute une lutte de clignotantes clartés en la boue,\ndans le noir.\n   Quelques fiacres en maraude silencieux se croisent sur l’as­\nsourdi pavage en bois, trottant un lugubre défilé d’enterrement —\nque dépasse un blasphématoire omnibus à l’œil rouge d’ivrogne,\net serpentant, et lourd. Les refuges se glacent, isolés, comme des\nflaques d’eau propre. Presque totalement dépouillés se taisent et\npaternellement veillent les arbres : vieillards qui savent ! sur la\ntristesse des petits bazars pleurant le soleil, sur la désolation des\nchaises serrées dos à dos les unes contre les autres — interminable\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "394\n\n déploiement de troupeau ratatiné par le froid, souffrant de la\n chaussée sans joie.\n   Un vide pénétrant se développe autour d’ombres filantes»\n coiffées d’un parapluie et dont les enjambées se doublent au lui­\nsant de l’asphalte mouillée. Mais voici que, plus claire, vibre la\nvaste illumination de la Place de la Concorde où sommeillent les\njumelles fontaines, d’où s’enfuient, régulières et mornes fusées,\nvers la Seine, par la rue Royale, des enfilades reposantes de\nlumières.\n                                    A l b e r t SAINT-PAUL.\n\n\n\n      14 Septembre.                           S oir. — Dans un Duval.\n\n\n   Seule, sur la haute lampe du bureau, trône, aristocratiquement\n sobre et soyeuse, la pâle lumière verte d’un abat-jour de porce­\nlaine.\n   Puis, la caissière remue, dans la propreté noire de son vêtement\nirréprochable, avec la correction sérieuse et silencieuse de son\nvisage gentiment chlorotique. Une main longue, fluette, déchar­\nnée, infiniment blanche, une main polie et douloureuse, sur la\nfroide blancheur du marbre s’agite, lasse et frôlante. Délicate­\nment, les doigts froissent à peine un journal, le soulèvent, imper­\nceptiblement, le laissent mollement retomber.\n   Un blond, gras et réjoui, survient, délibérément présente la\ncarte de son dîner. En silence, après une inclination de tête, la\ncaissière promène au-dessus de la carte, sans y toucher, la plume,\ndans une addition mentale des consommations marquées. Puis, la\nplume écrivant un chiffre allongé et hâtif, sa lèvre exsangue le\nmurmure, pendant que de la traînante main gauche elle saisit le\ntimbre, en marque la carte : un grincement bref, délibéré. Le\nmonsieur réjoui fait alors tinter bruyamment sur le marbre une\npièce de cent sous. Les doigts fluets, légèrement, la soulèvent, la\nretirent, puis rendent la monnaie avec un nouveau murmure des\nlèvres qu’un nouveau merci clôt.\n   Le monsieur sort.\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                                                                395\n\n\n   Il est tard : peu de monde dans le restaurant.\n  Aussi la dame, derrière le bureau très propre, se repose.\n  Et la pâleur verte et soyeuse de l’abat-jour de porcelaine, dans\nsa sobriété aristocratique, à nouveau domine, charmeuse. Mais, en\ndessous, l’intérieur blanc de l’abat-jour parfois crie des pans\nd’éclatante lumière.\n  La dame pose un mou regard de biais sur le journal. Elle est\ntoute caressée d’un reflet tendre, tout imprégnée de clarté sereine.\nElle est lasse, mais, dans son élégante cage, à son aise, entourée\nde nuances familières.\n  Doucement, le bureau la contemple. Le marbre lui souffle la\nsalutation froide de sa blancheur. Sous la lumière directe de la\nlampe, dans la plus claire zone, le porte-allumettes lui chante la\nnote jaune de son contenu, un groupe rangé, serré, soigné ; le\npetit vase aux cure-dents émane comme une vague lueur d’al­\nbâtre; une coupe de cristal très nette, où dorment des paralléli­\npipèdes de sucre, se fleurit pour elle de gros boutons de vive lu­\nmière en cercle, un collier de diamants magnifiques que semble\ncurieusement relier la solidité saccharine des morceaux ; tandis\nqu’un moulin à poivre, seul, inému, plaque la note de l’indiffé­\nrence. — Mais le vaste encrier bâille une salutation noire, et l’ar­\nmée innombrable des chiffres, sur les cahiers, devant elle, danse\nen son honneur une valse discrète et mélancolique.\n  Au bureau, deux messieurs arrivent. La caissière bouge, l’ordi­\nnaire scène se joue, les mouvements, les murmures ordinaires,\nmécaniques, sur lesquels toujours tranche le grincement bref du\ntimbre.\n  Encore une fois elle est seule et se repose. Maintenant, une\ncontemplation médiocre l’absorbe : elle penche l’immobile tète\nsur un coin de marbre, la coiffure irréprochable, une insignifiance\ncorrecte dans le regard.\n   Et de nouveau, sur ce calme de bureau poli, domine, plus déli­\ncieuse et soyeuse, l’aristocratique clarté pâle de la verte porce­\nlaine.\n                                       M a r io   VARVARA.\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "396\n\n\n                           MAHIA.\n\n      S u r l’épais tapis jonché de verveines\n          Brillent au soleil tes charmes rosés,\n          Et tes seins royaux aux graciles veines,\n          Vont fleurir au souffle ardent des baisers.\n\n          Tes flancs parcourus de frissons rosés\n          Et filigranes par l’azur des veines\n          Semblent, dans l’espoir des féconds baisers,\n          Parfumer d’amour ton lit de verveines.\n\n           La sève d’été fermente en tes veines.\n           O brune Mahia, Mère des baisers !\n           Lasse d’eff euiller les pâles verveines\n           S’alanguit ta main aux ongles rosés.\n\n          Le rêve troublant des prochains baisers\n          Allume déjà le sang de tes veines,\n          Et le Désir tord tes membres rosés\n          Sur l’épais tapis jonché de verveines.\n                                                 A u g . V ie r s e t .\n\n\n\n\n        LA MAITRESSE Du PAYSAN.\n\n I l avait assez travaillé, jugeait-il. Pendant des années et des\n    années, il avait tenu la charrue derrière ses chevaux au poil\n    luisant; répandu, dans le sillon humide, la semence féconde ;\nfauché, de ses deux bras infatigables, les épis mûrs, et fait cré­\npiter, dans la grange, sous son lourd fléau, les grains dorés.\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                                                                 397\n\n   Maintenant que ses cheveux étaient blancs sous sa casquette\nde loutre et que son corps tremblotait un peu, il projetait de\ns’arranger une existence infiniment douce, dont la seule pensée\nle ragaillardissait, mettait un peu d’huile aux articulations de ses\nvieilles jambes, rouillées par les rhumatismes — ce qui faisait\ndire aux tâcherons de la ferme, à chaque fois qu’ils le croisaient :\n“ Vous êtes toujours comme un jeune, censier. „\n   Il ne rêvait pas, toutefois, de passer le restant de ses jours\ncomme ces vieillards paresseux qui dorment la grasse matinée,\ns’immobilisent de longues heures à l’estaminet devant une chope\nde bière et un jeu de cartes et, journellement, se couchent au\ncrépuscule. Chaque matin — quand chante-clair éparpille ses\nnotes sonores dans la cour silencieuse — il serait debout, le\npremier, guettant, à travers la fenêtre, la flamme grêle de la\nlanterne, qui, promenée lentement d’étable en étable par un\ndomestique mal éveillé, ressemble à un minuscule feu-follet\nvoltigeant dans l’obscurité. Il se mêlerait ensuite aux ouvriers,\nleur tendrait les attelles, passerait la main sur le pelage moite\ndes bœufs, puis regarderait s’éloigner bêtes et gens, du même\npas lourd, par la vieille porte cochère. En été, il ferait de longues\npromenades dans les champs et pendant l’hiver, les pieds dé­\nfendus contre le froid par de chauds sabots, le corps bien emmi­\ntouflé, les oreillettes de sa casquette nouées sous son menton, il\ntrottinerait dans la cour, irait des étables à la grange, surveillant\nles servantes, le vacher, les batteurs, et, par les temps de neige,\ns’aventurerait quelquefois dans la prairie pour lâcher un coup\nde fusil aux corbeaux affamés, qui viennent guetter, du haut des\narbres tristes et nus, les graines que les poules picorent sur les\ndalles froides.\n   Un matin d’automne, le vieux fermier s’acheminait vers les\nchamps par une route grise rayée d’ornières où croupissait, çà et\nlà, un peu d’eau jaunâtre. Un vent froid, soufflant par saccades,\nsecouait les arbres, dont les premières feuilles mortes venaient\ndoucement se poser à la crête des herbes. Parfois une de ces\nfeuilles, partiellement jaunie, semblable à un frêle bijou composé\n                                                           26\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "398\n\n d’une émeraude enchâssée dans de l’or, s’accrochait aux cheveux\n de quelque fillette, maigre et mal nippée, dont les pauvres petits\nbras se fatiguaient à cogner, du bout d’une longue perche, les\nrares pommes échappées, le jour de la cueillette, aux yeux scru­\ntateurs du propriétaire. De temps en temps, par les interstices des\nnuages gris, le soleil souriait à la nature ; ses rayons tièdes\nréchauffaient un instant la campagne et couvraient d’un glacis de\nlumière les toits d’ardoises à moitié cachés par les frondaisons\nvertes piquées de taches jaunes. Dans le vent, s’envolaient de\nmélancoliques refrains fredonnés par les laboureurs ; mais le\ngazouillis des oiseaux n’accompagnait plus les chansons des\nhommes.\n   Le corps engainé dans un vieux pardessus roussi, sur le collet\nduquel se tortillaient, comme des chenilles, des mèches de cheveux\nblancs, les mains croisées derrière le dos, soutenant un bâton\ndont le bout frappait régulièrement ses talons, le vieux fermier\npromenait des regards amoureux sur la campagne où la germina­\ntion des blés mettait, çà et là, une espèce de moisissure verte.\n   Devant lui, bordant une cavée herbeuse et profonde, se déve­\nloppaient deux rangées de peupliers dont les feuilles, taquinées par\nle vent, s’agitaient dans un bruissement continu.\n   Il résolut de se reposer un moment à leur ombre, car, chose\nsingulière, bien qu’il n’eût marché que pendant une demi-heure\nenviron, sans se hâter, en flâneur, uniquement préoccupé de\nl’achèvement des dernières semailles, il sentait ses jambes fléchir\net son corps se voûter comme sous la pesée d’une main de plomb.\n   Il s’assit à un endroit où l’herbe était touffue et moelleuse\net s’abandonna tout entier au bonheur d’admirer la cam­\npagne en gestation, les meules qui se dressaient avec des\nairs de pagode dans le lointain et, fermant le paysage, le hameau\ndont les maisons et les arbres étaient dominés par le clocheton de\nla vieille église. Distraitement, sa main osseuse et jaune égrena\nune pincée de terre prise à une taupinière : comme un amant dont\nles doigts se promènent nerveusement dans la chevelure soyeuse\nde la bien-aimée, il éprouva, au contact de cette poussière satinée,\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                                                                 399\n\nune indéfinissable volupté qui se traduisit par un mystérieux\nsourire et un dilatement de ses yeux gris, où brillèrent soudain de\npetites étincelles. Mais bientôt de légers frissons lui coururent\ndans le dos, il trouva l’herbe humide et glacée et il lui parut que\nle vent, en frôlant ses oreilles bleuies, y plantait des centaines\nd’épingles. Il appuya fortement ses deux poings contre le sol, et,\ntout le corps raidi, voulut, d’une secousse, se remettre debout.\nEtait-ce Dieu possible !... Malgré les hans poussés du fond de sa\npoitrine, il ne parvint pas à remuer ses jambes qui restèrent\ncollées au sol, inertes et roides comme des bûches. De petites\ngouttes de sueur perlèrent à son front, ses dents claquèrent et sa\nfigure se crispa horriblement. Il eut tout à coup le pressentiment\ndu martyre prochain, se vit débile et impotent, étendu sur une\nchaise longue, au coin du feu, et à jamais banni de la campagne\noù il avait passé les plus doux moments de son existence.\n   Le paysan, à cette pensée, sentit grandir son amour pour la\nterre. Il attacha sur elle ce regard suppliant et désespéré dont\nles moribonds enveloppent, à la suprême minute, les chers êtres\n groupés autour d’eux et, lentement, sur ses joues glacées, des\n larmes coulèrent...\n                                           H u b e r t KRAINS.\n\n\n\n\n                           SONNET\n\n    F   I X E tes yeux profonds sur mes yeux pleins de flamme,\n          Reste ainsi bien longtemps, ô toi qui m’attiras !\n    A f i n q u 'i v r e à ton tour, ta bouche me réclame\n          Et que je sente mieux l’étreinte de tes bras!\n\n         Contemple-moi toujours! Que ton beau corps se pâme\n         Par l’indicible ardeur qu’on ne se cache pas....\n         Redis-moi les désirs concentrés en ton âme,\n         Toi qui sais quel amour nous unit ici-bas !\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "Quand je te vois ainsi, fraîche, belle et riante,\nOffrant à mes baisers ta lèvre qui me tente\nEt laissant s’épancher les trésors de ton cœur,\n\nJe sens en moi bouillir la sève de la vie,\nEt de mon âme, alors, de mon âme assouvie,\nS’échappe vers le ciel un hymne de bonheur.\n\n                                  E dmond HANTON.\n\n\n\n\n                   NA ÏVET É\n\nJ voyais dans tes yeux l ’exquise pureté\nE\n De ces cieux d’azur tendre aux langueurs automnales\n Où d’invisibles lys fondant leur chasteté\n Parlent confusément d’étreintes virginales.\n\n\nMa tendresse, comme un parfum de rose-thé\nEvaporé par les fraîcheurs matutinales,\nMontait vers ta candeur qu’en ma naïveté\nJ’ignorais recouvrir des hontes infernales.\n\n\nQu’ai-je gardé de toi, lointaine poésie ?\nTa musique berçante et toujours ressaisie....\nBéni l’âge où l’on peut encore nous leurrer !\n\n\nSepticismes amers, défiances moroses !\nRêves d’or écaillés aux épines des roses,\nDès l’aurore du cœur pourquoi vous effleurer ?\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                                                                       401\n\n\n\n\n       L A L IT T É R A T U R E DES IMAGES.\n\n\n  D   e p UIS peu de mois, de temps à autre un lardon nous parvient,\n         lancé par quelque journal; Le Figaro, l'Indépendance belge,\n         la Nation, le Journal de Liège, l'Office de publicité et d’autres,\n   s’amusent à nous adresser leurs chiquenaudes à l’encre grasse.\n   C’est parfait, et, au point de vue “ commercial ., ce serait divin.\n   Le mal, c’est qu’en attaquant M. Ghil et La Wallonie ils visent\n   au fond, et seulement, des idées trop peu banales pour leur plaire.\n   Se défendre ? Ni René Ghil ni La Wallonie, n’en ont guère souci,\nj pas plus qu’un prêtre ne s’excuse de son adoration pour Dieu.\n      Mais l’Enfance d’une Idée a les frêles délicatesses d’ un camélia\n   blanc. A l’Idée comme au camélia, il convient d’épargner certaines\n   souillures. Nous y tâcherons; et, ne fût-ce que pour avoir ramené\n   à nous, plus vite, quelques esprits sincères, ou pour avoir prévu\n   ce que bientôt croiront tous les artistes, nous trouverions à ce\n  labeur un charme d’orgueil secret qui nous en serait la récom­\n  pense.\n      Je relisais, dernièrement, l’étude de ce grand double artiste\n  H onoré de B a l z a c , sur la Chartreuse de Parme de Stendhal. Et,\n  j ’en étais frappé, cette ligne qu’il trace onduleusement entre la\n  littérature des Idées et celle des Images, cette ligne encore divise\n  actuellement les écoles.\n      La plupart des critiques appartiennent au clan des “ idées „ ; car\n  les poètes souvent dédaignent les menues besognes du pesage litté­\n  raire. Or, ces divers Gustave Planche, et, de nos jours, ceux qui\n  parviennent à lire Sarcey, semblent avoir par jalousie tenté de\n  dessécher la verve sèveuse des Poètes. Ils publient la centième\n  édition de l’œuvre morale d’un Malherbe, et, pour avoir demandé\n  “ la scène à faire ? „ ou la “ signification des Burgraves, je vous\n  prie ? „ se croient Immortels, tandis qu’intellectuellement à peine\n  sont-ils Académiciens.\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "402\n\n   La littérature des Images, vaincue jadis par des Boileau de\nlettres, se refroidit et se raidit au cercueil des tragédies pendant\ndeux siècles ; mais elle renaît enfin d’une belle révolte de sang\njeune à la poussée des Romantiques. Les Romantiques, c’est le\ncoup d’épée majeur de Siegfried à Wotan, et la Lance divine,\nsymbole de la Règle, brisée par la vigueur chantante d’un Esprit\nnouveau. Maintenant, les rôles sont changés, n’est-ce pas ? Et\nnous avons la “ littérature du cahier de notes „ — réaliste, natu­\nraliste et parfois triomphante dans la psychologie, — en opposi­\ntion ave ; l’art et l’imagination libres : M. Alexandre Dumas, fils,\ninsultant Leconte de Lisle, en lui opposant les mauvais vers d’un\nlibrettiste médiocre, c’est Malherbe et Boileau dédaignant la\nPléiade.\n   Seulement, si nos psychologues ne dérivent pas absolument des\nfabricants de tragédies,ni nos réalistes des romanciers picaresques,\nde même le beau coup d’épée de Victor Hugo a moins fait qu’on\nne pense pour la littérature des Images. Hugo, comme le vieux\nRhin, a longuement brillé entre les montagnes de la F oule ; puis\ns’est perdu dans les sables, en donnant seulement un peu de sa\nroyale sève à cette belle Meuse des Parnassiens.\n   Et nos vrais pères sont Balzac et les Parnassiens, pour les\npoètes; Balzac, Stendhal et quelque Mérimée pour les analystes.\n   Puis, à mesure que marchent les années, plus grande s’est faite\nla différence entre les Poètes synthétistes et les Analystes de\nl’Idée. L ’école naturaliste, qui va et vient de la Foule à la Foule,\ns’inspire du et pour le Peuple, est bien loin de nos désirs flottants,\ningénus, et ésotériques; Emile Zola a la valeur morale d’un coup\nde hache; à mesure qu’il incline son incontestable talent vers la\npoignée de main calleuse, plus grande se fait la distance entre\nlui et les esprits que charme- encore la Forme. Emile Zola, incon­\nsciemment, a restreint l’art à la belle force animale d’un “ mo­\nteur. „ Nous sommes, nous, et de plus en plus, les fervents de\nl’Art pour l’Art.\n   Mais tout mouvement littéraire exige une allure unanime. Et,\ncomme la littérature naturaliste, par essence, les heurtait, les\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "voyants des horizons nouveaux ont suivi le courant des psycho­\nlogues ; — peut-être. En tous cas, la recherche de la pénétration,\nfrêle, aiguë, parfois douloureuse, est une caractéristique impor­\ntante qui leur est commune.\n\n   Or voici la question principale. Après une telle et longue sépa­\nration. la littérature des Idées et celle des Images n’ont-elles\nfatalement dû se réunir ? On l’avait vu dans Balzac; le Symbole\nle fera voir encore. Car, si les Psychologues se rapprochent des\nPoètes par une recherche pénétrante et large à la fois, qui n’exclut\npoint la Philosophie, le Symbole, base des conceptions nouveau-\nformulées, est bien le nœud solide qui joint les branches séparées\njusque là.\n   Le Symbole est une grande Image qui s’épanouit sur une Idée,\n et dont le parfum ondoie parmi toutes les lignes de l’œuvre. Et\nle Symbole, par essence, devant se rattacher à l’Unité, j ’entre­\nvois cette conception idéale :\n    Du cercle infini de la Vérité, le Symbole, contenant l’Idée, s'élève\n en forme de tige et de calice; sur le fer et le calice du Symbole, des\npétales s’épanouissent, et sont la fleur délicate et brillante de l’ Œuvre.\n\n  Le Symbole est la réalisation figurée d’une Idée; il est le lien\nténu du monde immatériel des Lois au monde sensible des Choses.\nEt pour qu’une œuvre soit complète, il faut que, flottant aux\nmolles vagues des choses, elle puisse du moins, à l’aide du Sym­\nbole, percer jusqu’au monde abstrus des régions intangibles.\n  Pour avoir fait jaillir la lumière de cette loi des arts, une gloire\nenvironnera toujours l’auguste et fière personnalité de STÉPHANE\nMALLARMÉ. Mais ayant énoncé le Principe, le maître en chercha\nsolitairement la réalisation.\n   Or, à toute Idée, il faut une forme qui l’incarne; et cette forme,\n— ces palpitations de mots et d’images, “ la chose envolée, „ les\nrythmes impairs qui semblent fuir la réalité, — M. Paul Verlaine\ns’est ingénié à la trouver.\n   C’est ici qu’une divergence vient naître ; l’art de Stéphane\nMallarmé et l’art de Paul Verlaine sont frères de tendances, mais\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "404\n\nils ne se complètent point, ce me semble, entièrement; chacun\nest le produit et la valeur d’un admirable artiste, et, fût-ce\nmême chez Stéphane Mallarmé, n’enferme pas la rigueur définitive\nd’une Loi.\n   Que cette Loi soit nécessaire, tel n’est point mon avis; l’ima­\ngination du Poète roulant sur les rails rigides de la Règle, me\nsemble une hérésie. Et, cette Loi fût-elle donnée, j ’estime qu’il la\nfaudrait souvent transgresser.\n   Cependant quelques efforts, très fiers, ont tenté la réalisation\nde cet idéal. Je cite Jean Moréas, Gustave Kahn, et, le plus absolu,\nR ené Gh il .\n   L ’Idée — je crois énoncer ici la pensée de René Ghil, — se\nmanifeste par des moyens de son, de couleur, de gestes, de lignes,\nqui en sont déjà les vagues symboles. Or, sous divers assem­\nblages de sons, l’habitude et les Lois ont fixé un sens définitif :\nc’est le langage. Puis, à des assemblages de sons déjà dessinés en\nfigures mélodiques, correspond un instrument de l’orchestre ; les\ndifférentes phrases d’une sonate de Beethoven, par exemple,\ndésignent rigoureusement, suivant leurs modifications, telle voix\ndes Bois, des cordes ou des cuivres. De plus, la transposition du\nscn en couleur doit être admise : la projection lumineuse des\naccords n’est pas une découverte récente ; et dernièrement encore\nHeimholtz a calculé le rapport des harmoniques.\n   Eh bien, s’appuyant à ces vérités, René Ghil a eu le bel et\norgueilleux désir de réaliser un art qui fût COMPLET.\n   A la Peinture, manque l’Immatérialité; la Musique, — cet art\nfrêle, oh le plus large, le plus divers, le plus logique, le plus\nondoyant, le plus haut, — la Musique, trop immatérielle et rêvée,\nn’a point la précision. A la Littérature, devait échoir, d’après\nRené Ghil, l’orgueil d’être la magique synthèse des arts.\n   Comme Wagner a synthétisé le drame lyrique, René Ghil a\nvoulu rendre complète la Poésie. Les Mots évoquent et disent,\ndésignent les objets sensibles, et laissent entrevoir les ondes\nmouvantes de l’Infini. La Littérature était donc, plus que la\nMusique, capable de réaliser ce rêve : l'universalité des impressions.\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                                                                    405\n\n   Encore, — et ici je touche au cœur de la théorie de René\nGhil, — les Lettres se plient à évoquer telles images, de même\nque la musique fait passer aux regards émerveillés des auditeurs\ninitiés, de larges et sonores visions de pays inconnus.\n   Enfin, la voix des lettres elle-même est comme la vague trans­\nposition d’un orchestre caché au mystère des mots, et où se\ndevinent des chants de violons, de flûtes et de cuivres.\n   La sensation isolée de ce vertige complexe n’est pas absolu­\nment nouvelle. Dante déjà, en plein moyen âge pourtant, parle\nd’une enceinte muette de toute lumière; Balzac (dans la Recherche\nde l’Absolu, entre autres) emploie fréquemment des comparaisons\ntransposées du son à la nuance, des mots à la musique; et tant\nd’autres qu’il est inutile de citer.\n    Le rôle de René Ghil a été de combiner en théorie, et en\nmoyens nouveaux, tous ces principes vagues qui flottaient dans\nl’atmosphère intellectuelle de ce siècle. Pour avoir eu cette\naudace de dire et définir ce que d’aucuns pensaient et beaucoup\n avaient pressenti, pour avoir eu l’orgueil de désigner insoucieu­\nsement ce qu’il croyait la Vérité, René Ghil sera longtemps\n encore en butte aux attaques de la Foule et des hermaphrodites\n de lettres.\n    L e Symbole, “ rapport exprimé du monde idéal au monde\nmatériel „ (telle est la définition de Ghil), c’est l’union de la\nlittérature des Images à celle des Idées. L ’I n s t r u m e n t a t io n\nP O É T I Q U E de René Ghil, c’est l’union des vouloirs artistiques,\n\nréalisant en littérature une sorte d’art nouveau. Seulement, dans\nla théorie de René Ghil, deux principes sont distincts : la colo­\nration poétique et l’Instrumentation.\n    Toutes deux ont cette fonction d’environner d’images l’Idée\n d’abord conçue, comme la couleur traduit la Ligne, en peinture,\n comme le geste enveloppe et explique la Parole, comme la mé­\n lodie fleurit à la surface de l’Harmonie.\n    Cette théorie est donc complète, de fond et de forme; et, en\n elle-même, indépendamment de la Parole évocatrice de Stéphane\n Mallarmé, elle enfermait le Symbole, — ce que nous avons\n effleuré déjà d’une allusion suffisante.\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "406\n\n   La théorie de René Ghil est bien l’incarnation des tendances\nde ce siècle.\n   L ’avènement des romantiques a donné le signal d’un travail\ndans la Forme, en même temps que la marée des idées nouvelles,\nen science comme dans les lettres, donnait impulsion à la syn­\nthèse. On avait eu Cuvier et Victor Hugo, Chateaubriand et\nTh. Gautier; nous avons Darwin et les Parnassiens. Et, dès\nl’abord, une œuvre géniale, dont la puissance prophétique nous\nconfond, la N e u v i è m e S y m p h o n i e de Beethoven créait le type\nde l’Art nouveau: l’unité générique de conception, le grand\nrayon de lumière synthétique; et la complication ciselée de la\nForme et de l ’Image, le travail spécifique de l’expression.\n   Tout cela, la théorie de René Ghil l’enferme, et aussi les\nœuvres qui en sont nées.\n   Lisez les vers de Stuatt Merrill, conçus d’après l’Instrumen­\ntation, lisez le Geste Ingénu de René Ghil (*), et vous serez\nassailli de cette sensation d’une grand ligne droite lumineuse\nparmi des complications de nuances.\n   Le Geste Ingénu, c’est la lente montée à la vie d’un Esprit\nadolescent. L ’Avenir est douteux, et l’environnent des visions\nd’ailes chantantes, ou désespérées de grands obstacles noirs ; —\ncependant qu’en sa poitrine, se gonfle le Désir déjà mâle, et les\npremiers vouloirs d’amour.\n   Et de larges vers traduisent cette Idée. Tel ce triste espoir\nd’amour ailé :\n\n         Venu d’hier stagnant qui par les roses saigne,\n         Maint doux mensonge épars d’éloignement derniers\n         Mouille dans l’eau du rêve un sourire de règne\n         Quand le sort, rédempteur des essaims prisonniers,\n         Monte, sonore et plein d’un éveil de ramiers.\n\n\n\n   ( 1) Le Geste Ingénu, p a r R en é Ghil (lég en d es de R êve e t de S an g , volum e II).\nV anier, é d ite u r.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                                                                407\n\n  Puis cette douceur des ingénuités :\n       Voilà que les ruisseaux gazouillent dans les plaines :\n       Tranquilles sous l’heureux mariage des doigts,\n       Aux pâturages des longs lis et des haleines\n       Allez d’un vague et doux déroulement de voix,\n\n       Troupeau du non savoir, aux héroïques laines.\n  Et encore :\n       Il a rêvé longtemps que les mains d’une amie,\n       Pieuses, sur ses yeux et sa gloire au sommeil\n       Mitigeaient de leur palme un désert de soleil.\n\n\n   Mais ici je dirai quelles choses me blessent dans l’Art de René\nGhil.\n   Le Symbole — l’Idée — de l’œuvre, est, à mon sens, caché par\nla Glose, l’explication, les Images dont l’enveloppa l’Instrumen­\ntation. Et par une ponctuation incomplète, René Ghil ajoute\nencore au confus de ses écrits. Le but de René Ghil est bel et\nfier : dire, et en même temps évoquer, faire un art à la fois suggestif\net précis, c’est digne d’estime et d’admiration. Il veut, en conser­\nvant le fil de sa pensée, l’entourer de fins linéaments poudrés\nd’images, qui développent, continuent, achèvent et modulent cette\nidée jusqu’en l’immatériel, plus loin qu’on ne peut définir, jusqu’où\nl’on peut rêver. La pensée, chez lui, est comme un grand mât\npointé droit vers le ciel, et les suggestions de l’Instrumentation\nla décorent et la complètent comme des banderollés fixées à ce\nmât et qui se perdraient en l’infini.\n   Mais souvent, dans les vers de René Ghil. la ligne de la pensée\nest cachée par les nuances de l’Instrumentation : la banderolle\nest si grande qu’elle enveloppe le mât : Le défaut de sa théorie,\nlorsqu’on la pousse trop loin — et c’est le cas de René Ghil, —\nc’est d’aboutir à une obscurité inutile, à une diffusion trop i\ngrande de la lumière, — à mon avis, du moins. — René Ghil me\nparaît être encore dans l’exagération des premiers enthousiasmes,\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "408\n\net, séduit par l’idée nouvelle, il met au premier plan ce qui devrait\nêtre an second : d'où l’apparence un peu surchargée, un peu\nhésitante, de ses oeuvres. M. Stuart Merril me semble appliquer\nla théorie de Ghil, sinon avec plus de justesse, du moins avec plus\nde discrétion. Et, si l’œuvre d’art vaut par tout ce qu’y énonce\nl’artiste, elle accroît encore sa force de tout ce qu’il ne dit pas.\nMais qui peut le plus peut le moins (c’est banal, mais vrai) ; et je\ncrois fermement que bientôt, les yeux moins éblouis par tous les\ntrésors qu’il entrevoit, René Ghil nous donnera des vers aux\nintentions moins voilées.\n   A sa doctrine, je reprocherai d’autres choses. Je crois à la vérité\nde l’Instrumentation proprement dite. Inconsciemment, Stéphane\nMallarmé, dans l’après-midi d’un Faune, a fait parler la voix des\nflûtes et des cordes ; et, dans les vers de Stuart Merril, d’Achille\nDelaroche, de René Ghil, on perçoit des sons de cors, de violons,\nde bois,de même que les pièces de Georges Khnopff semblent être\naccompagnées de harpes. Mais, pour la coloration, je pense que\nRené Ghil a voulu trop préciser. Sa méthode est un moyen d’évo­\ncation, de suggestion, et non point une manière d’exprimer nette­\nment et de définir. Il a été trop loin en assignant rigoureusement\ntelle couleur à telle voyelle, telle intention à telle consonne.\n   Les mots m’apparaissent comme doués chacun d’un certain\ndegré de lumière ou d’ombre ; et, complétant mon idée, je dirai que\nles voyelles brèves, graciles, déliées, aiguës, donnent des impres­\nsions vives et frêles de clarté. Les autres, les longues, les profondes,\nles sourdes, les pleines, suggèrent des visions obscurcies. Et,\nnaturellement, les syllabes finales acquièrent par leur position\nl’influence la plus grande sur la couleur générale. De même, dans\nun orchestre, les registres élevés, comme les flûtes, les violons,\nles trompettes, annoncent des images de jour et de ciel; les sons\nmoyens désignent des tableaux analogues, et les résonnances\ngraves des cuivres, des basses et des bassons conviennent aux\nimpressions étouffées des Ténèbres. Ajoutons à cela les différences\nde timbre qui nous donnent la variété et les combinaisons de\nlumière graduée, et la théorie entière prendra corps.\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                                                                  409\n\n\n\n   M. René Ghil, certes, ne plaira jamais aux myopes de lettres,\nà ceux qui demandent à l’Art de “ les distraire. „ Ceux qui pré­\nfèrent l’opéra-comique à la symphonie, les Nouvelles aux Poèmes,\nles tableaux de genre aux études de lumière, ceux qui mettent\nFrancisque Sarcey au rang des grands critiques, ceux qui décou­\nvrent des ridicules chez les génies, un hiatus dans les Fleurs du\nMal, les gens épais et les entêtés, les calomniateurs de l’Art et\nles plaisantins qui s’amusent d’un beau livre, ceux-là aiment\nLohengrin pour le chœur des fiançailles, et, dans la Walküre,\nn’apprécient que l’hymne au Printemps; ceux-là jamais n’admet­\ntront la “ jeune témérité „ de René Ghil, et railleront avec esprit\nses tendances imprévues. Ceux-là trouveront mauvais qu’une\nrevue d’art éclectique et accueillante, comme la Wallonie, accorde\nson estime et sa poignée de main fraternelle à des nouveau-\nvenus déconcertants; ils n’admettront point qu’on donne à\ndes novateurs artistes le droit de dire la Parole qu’ils doivent\ndire. Mais de ceux-là, René Ghil n’attendait pas mieux, et son\ninsouciante superbe dédaigne leurs railleries.\n                                  *\n                                * *\n   La théorie de René Ghil n’est pas étroite. Elle divulgue un\nmoyen de créer des impressions, et de suggérer des images. Mais\nelle n’est point, à proprement parler, une règle inflexible, et laisse\ntoute place à la personnalité.\n   Un dernier mot. M. Ghil ne trouvera pas en nous des imitateurs\nserviles — les lecteurs de La Wallonie le savent; et René Ghil\nn’en voudrait point. Mais nous serons pour lui des amis émus\nd’admiration pour la belle audace de ses vingt-cinq ans créateurs\net prêts à le défendre contre les moqueries des gens à idées\npréconçues. Car, nous savons la sincérité de ses désirs, nous\naimons sa fière intransigeance qui énonce franchement ses con­\nvictions, et nous devinons en lui l’artiste dont le regard a soulevé\npeut-être l’un des voiles magiques de la Vérité.\n                                             A lbert   MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "410\n\n\n          CHRONIQUE L ITTÉRAIRE.\n\n\n            HISTOIRE DU THÉÂTRE DE LIÈGE,\n\n                      par J u le s   M a r t in y .\n\n\n   Cy — sorti des presses de H. Vaillant-Carmanne — un volume\nde 600 pages orné de six planches et d’un frontispice, très artiste,\nsigné de Witte.\n   Les joyeusetés fourmillent.\n   Dans la primitive salle de spectacle — une baraque en bois\nérigée au quai de la Batte — on jouait des farces italiennes et\nl’on vendait des drogues; la valetaille s’y livrait à de telles\nmanifestations que le prince-évêque Georges Louis dut y mettre\nfin en interdisant “ aux domestiques dont les maîtres ne sont pas\nà la comédie de se présenter au spectacle. „\n   Plus tard, au 2me étage du bâtiment de douane transformé en\nthéâtre, ou trouve un moucheur de chandelles ; en 1796 un citoyen\nDuprat, jouant les niais, les 3mes amoureux, les              haute-\ncontre et les rosières; un virtuose italien qui à lui seul chante un\nduo à voix de femme et de haute-contre.\n   Aussi une représentation donnée par des zouaves exclusive­\nment, une autre interrompue pour la remise d’une pipe au con­\ncierge, une 3me enfin où l’on grignottait des pommes de terre en\nchemises vendues par le machiniste et où deux loustics, nichés\naux coins opposés du Paradis, s’interpellaient bravement :\n   — “ Est-ce qui les crompîre sont pètaies ?\n   — „ A l’aut’ ack. „\n   Délicieux relent de Wallonie.\n   Puis viennent de curieux détails.\n   L ’incendie du théâtre en 1805, sa réédification l’an d’après; les\nmodes successifs d’admission des artistes primitivement acceptés\nd’étrange manière — le régisseur venant recueillir au baisser du\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                                                                411\n\nrideau le vote de tous les spectateurs indistinctement; — l’en­\nthousiasme incité par La Patti à qui fut donnée une sérénade\nmonstre et celle d’un tout autre genre offerte par les étudiants à\nM. Senterre, comme un juste hommage rendu à ses agissements\nde cabotin; le refus de Victor Hugo — expulsé de Belgique —\nd’accepter l’invitation à lui faite de venir entendre son drame\nBuy Blas.\n   L'Histoire du Théâtre de Liège est donc un très intéressant\nnarré — sans prétention littéraire, dit l’auteur en sa préface —\ndes campagnes lamentables de tous les directeurs, par suite de\nl’entêtement des conseils communaux qui se refusent à voter\nun subside pour tout ce qui n’est pas course ou réunion\nd’orphéonistes.\n   Or, esbaudissez-vous, mes amours.... nous réentendrons cette\nannée l’insipide répertoire de coutume : La Traviata, Le Trouvère\net autres soporifiques, ce que déplorait jadis G. Masset en ces\nvers drôlichons :\n\n                Puis viendra la tendre Mignon,\n                Regrettant son lointain pignon\n                         Et puis Rosine\n                Bernant Bartholo, tremblottant,\n                Se gargariser en chantant\n                         Sa cavatine.\n                                          M a u r ic e   SIVILLE.\n\n\n\n           CHRONIQUE                MUSICALE.\n                                         Bruxelles, 5 décembre.\n\n                          LA MELBA.\n\n  Dans la merveilleuse troupe, patiemment réunie par MM. Du­\npont et Lapissida, brille d’un éclat tout particulier Mme Melba.\nCette bizarre personnalité, née sur le sol fiévreux de l’Australie,\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "412\n\n— cette nouvelle Amérique — s’est passionnée pour l’art italien,\net Verdi semble être son maître de dilection. Elle tire de l’oubli\nprofond où semblaient devoir dorénavant reposer ces œuvres,\nla Traviata, le Trouvère, Rigoletto.\n   L ’an dernier, la même tentative fut faite ; elle échoua devant\nles salles vides. Cette année, aux mêmes spectacles, il y a foule.\nPourquoi? c’est que le public ne va pas au Trouvère ou à la\n Traviata : il va entendre Mme Melba.\n   Cette cantatrice, tragédienne d’instinct, éblouit par sa voix et\npassionne par son geste. C’est à la plus pure école italienne que\nse rattache son chant; quant au jeu, il est absolument personnel\net déroutant. Il n’est ni du conservatoire, — je parle en général —\nni de tel ou tel maître : il est d’elle. La vocation du théâtre a\nattiré sur la scène, à un âge ou généralement on ne débute plus,\n— Mme Melba doit avoir une trentaine d’années — cette femme\ndu monde, riche, que le hasard des combinaisons de la nature\na douée de si hautes qualités d’artiste. Elle joue avec la naïveté\nnaturelle la plus étrangère aux choses du théâtre. On ne\nretrouve en elle ni convention, ni usage, ni apprêts : rien d’étudié.\nAussi semble-t-elle un peu désorientée quand l’action est simple,\nquand la scène repose ; mais vienne une situation passionnante,\nl’artiste se transforme, et l’incarnation dans le personnage devient\nsi absolue qu’on oublie le théâtre. On ne voit plus ni décors, ni\nla salle; rien! On n’entend même plus les fla fla de l’orchestre\ntapant ou raclant les accords plaqués crispants; on ne voit et\nn’entend qu’elle, la Melba, mourante ou grandie par son geste de\ngénie, tragique, affolante parfois, terrifiant ou enthousiasmant\ncœurs et esprits. L ’entourage, à part MM. Seguin et Engel, ses\npartenaires habituels,semble un groupe de marionnettes escortant\nune déesse. Oui, ainsi rendus, la Traviata, le Trouvère, Rigoletto,\n deviennent grands, donnent une impression de grand art. Mais ici\nl’impression d’art n’est pas due à l’œuvre, mais à l’interprète.\n   La Monnaie a fait assez bien de reprises depuis un mois ; deux\n d’entre elles sont intéressantes : Maître Wolfram, de R eyer,\n malheureusement interprété fort médiocrement par la troupe\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                                                                   413\n\n d’opéra-comique. Les Pêcheurs de Perle, de Bizet, mais de Bizet\njeune, l’esprit bourré de formules et modes de tels auteurs qu’il\nvient d’étudier, sans personnalité, presque. L ’opéra est très joli, la\nmusique agréable; il fait fort bonne figure dans le “ répertoire „\nmais ce n’est pas ce que nous appelons du Bizet.\n   Une bonne nouvelle pour finir au sujet de la Monnaie : La\n direction a déniché l’oiseau rare de ses cauchemars ; le merle\nblanc variété ténor. M. Duzas a été accueilli avec enthousiasme\net c’est justice.\n                                 *\n                                * *\n   Si nombreux deviennent les concerts qu’il est impossible de les\nsuivre tous. Signalons le début de l’orchestre Servais, le dimanche\n17 novembre, à l’Eden-Théâtre. L ’Eden était bien garni; le succès\nfut grand. Le nouvel orchestre a marché merveilleusement, jouant\navec une mesure parfaite et accusant délicatement les nuances.\nLes œuvres exécutées sont : la symphonie en ut majeur, de\nSchubert, absolument superbe ; l’ouverture d'Egmont, de Beet­\nhoven, qu’il suffit de citer; une ballade de Hans de Bulow\n“ Sangers flusch „ adorable; enfin le Huldigungs Marsch, de\nWagner. On le voit,programme éclectique; le tout interprété dans\nla perfection. Donc pleine réussite pour l’artistique entreprise de\nM. Servais.\n   Reste le concert Joachim, mais ici je cède la plume à un\nconfrère et vous tire ma révérence.       LUDWIG GHELDRE.\n\n                  JOACHIM A BRUXELLES.\n\n   3me séance classique : tel était le modeste titre du splendide\nconcert que la maison Schott avait organisé le samedi 3 décembre,\nà la Grande Harmonie. Un public nombreux se pressait (le mot\nest ici de circonstance) pour entendre le grand violoniste, celui\ndont la réputation est universelle et auquel plusieurs capitales\nont offert le droit de cité. Joachim se présente modestement à\nl’auditoire, il semble tout étonné et heureux des acclamations\nqu’un public choisi lui prodigue. Son calme nous paraissait tout\n                                                         27\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "414\n\nnaturel, mais après l’avoir vu au foyer des artistes dans un état\nde surexcitation qui, nous disait-il, ne l’abandonne presque jamais\nlorsqu’il doit se faire entendre, nous étions émerveillé de cette\nprécision, cette tranquillité d’archet. Mais aussi quel superbe bras\ndroit! Tous les coups d’archet imaginables, et en premier lieu le\nplus difficile, peut-être, le saltato, sorte de staccato soutenu,\nlouré, sont entremêlés avec un goût exquis. Et quelle égalité, quelle\npureté, quelle ampleur de son vibre de ce magnifique instrument,\nun S t r a d i v a r i u s authentique nouvellement acquis! Mais o ù\ndonc est le violon qui ne sonnerait pas bien sous l’impulsion d’un\npareil maître? Et c’est non seulement le violoniste, mais aussi le\nmusicien que l’on admire en lui. Nulle part la pensée musicale\nn’est sacrifiée à la virtuosité. Les deux éléments marchent de\npair, et l’on ne saurait dire lequel doit être le plus admiré!\n   L ’exécution de la 9me sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer\n(pianiste: M. de Greef) du quatuor en la mineur de Schumann (2e\nviolon : M. Colyns; altiste: M. Agniez; violoncelliste: M. Jacobs)\net du concerto en ré mineur, pour 2 violons, de Bach, avec M.\nColyns, tout cela nous a permis d’admirer Joachim dans la mu­\nsique d’ensemble.\n    On ne peut rêver une interprétation plus distinguée, plus dis­\n crète, quoique autoritaire à ses moments, que celle donnée à ces\n œuvres par le plus grand instrumentiste d’ensemble du monde\n entier peut-être.\n    Faisons remarquer en passant que l’adagio et le finale de\n Beethoven sont interprétés par lui dans un mouvement beaucoup\n plus vif que celui adopté généralement chez nous ; cela ne fait\n qu’ajouter grâce et intérêt à ce petit chef-d’œuvre. Nous dirons\n encore que le premier violon était fort bien secondé parles artistes\n ci-dessus nommés, tous professeurs au Conservatoire. Pour rester\n dans le vrai, il faut avouer qu’on aurait pu désirer, dans certaines\n  parties du quattuor, un peu moins d’exubérance de la part du vio­\n loncelliste.\n    5 danses hongroises de Brahms-Joachim clôturaient le pro­\n  gramme. Joachim les a exécutées supérieurement, peut-être trop\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                                                                 415\n\npeu à la zingara. Son succès fut très grand, et il dut reparaître\nquatre ou cinq fois devant le public qui l’acclamait.\n\n   Un second concert donné lundi 5, au Cercle artistique et litté­\nraire, réservait à la virtuosité une plus large place. Après la 2e\nsonate en sol mineur de Grieg, Joachim a charmé le public aussi\nnombreux et plus enthousiaste encore que celui de l’avant-veille,\npar une exécution étonnante de perfection de l’adagio du 9me con­\ncerto de Spohr. Qu’il nous soit permis ici, de protester contre\nl’opinion d’une fraction du monde musical. Ainsi que d’aucuns le\nreprochent à notre célèbre concitoyen Thomson, on accuse Joa­\nchim de manquer d’expression. Certains le trouvent froid, d’après\nle terme vulgaire. Nous nous élevons contre cette critique. Le\ngenre d’expression de ces deux maîtres nous paraît le seul vrai\ndans la musique classique et préférable de beaucoup à ce que nous\nappellerons l’emphase.\n   Mais où le talent de Joachim atteint le maximum de grandeur,\nc’est dans la déclamation des morceaux de Bach pour violon\nseul : Sarabande et double en si mineur, Bourrée et double en si\nmineur et surtout dans l’andante à 2 parties en do majeur. Il ne\nnous semble pas possible de rendre les sentiments que l’on doit\nressentir après une telle audition de cette page du requérant com­\npositeur allemand. C’est le summum de l’art!\n    5 nouvelles danses hongroises exécutées par l’infatigable artiste\n constituaient comme précédemment le dernier numéro de ce con­\n cert que l’on aurait désiré voir durer toujours.\n    Joachim a été, dans ces deux soirées, l’objet d’ovations fréné­\n tiques de la part d’un public réunissant toutes les notabilités mu­\n sicales de Belgique. Le public liégeois aura la bonne fortune de\n pouvoir l’entendre au dernier concert du Conservatoire; nous le\n savons avec certitude — le tenant de lui-même — et nous sommes\n heureux de l’annoncer en primeur, Joachim exécutera chez nous\n le célèbre concerto de Beethoven, son triomphe paraît-il.\n    Il n’était pas aisé de trouver un artiste digne de figurer au pro­\n gramme à côté du nom de Joachim. Les organisateurs des deux\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": " 416\n\n séances ont eu la main heureuse en s’adressant à M. de Greef. Ce\npianiste est, quoique jeune encore, d’une force surprenante. Aussi\nbien dans l’exécution avec violon des sonates de Beethoven et\n de Grieg, dans l’accompagnement de l’adagio de Spohr et des\n danses hongroises, que dans les soli (Variations sérieuses\nde Mendelssohn, Caprice sur des airs de ballet d’Alceste\nde Glück, par Saint-Saëns, Faschingsschwank de Schumann,\nRomance en fa dièze de Schumann, Valse en la majeur de Grieg,\net 12e Rhapsodie de Liszt), M. de Greef a fait preuve d’un méca­\nnisme puissant; il possède la force et la délicatesse à un degré\négal, crée des effets originaux, tire un son superbe et fait chanter\nson excellent piano Pleyel à 3 pédales, à peu près comme un in­\nstrument à archet.\n   Nous espérons bien que nous aurons aussi prochainement l’occa­\nsion d’entendre M. de Greef à Liège, où son talent ne manquera\ncertes pas d’être apprécié à sa jus te valeur.\n                                                        Louis HIRSCHE.\n\n\n         GLOSE A L ’APRÈS-MIDI D’UN FAUNE\n\n             M u s iq u e   p a r   V.   Emm. C . L o m b a r d i .\n\n   Tentative naïve et pour les sentimentalités de papillons : celle\ndu Musicien d’apporter au poète le tribut de son art, en adaptant\nau poème des notes ou, pendant que le dira une voix, en éveillant\nderrière les rideaux l’âme très vague d’une harpe ou de violons...\nMais est-elle si naïve ? critique, vraiment : et qui sournoisement\nindiquerait de la poésie d’hier, qui se croit trop dernière ! le mal\net la vanité.\n\n  Or, l’heure est ! où le poète nouveau, Compositeur verbal (pour\nne parler, puisque musique, que de ce titre), prend à la Musique\npure, intégrales sa pensée et sa science : il en emplit, et elle\nen éclate torrentielle splendeur ! la trop seule littérature de\nrhétorique, et il crée l’Art suprême : la musique verbale, au\nsens déterminé. L ’idée mesurant en leit-motiv et thèmes sa va­\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                                                                      417\n\n leur, le plus exempte de matérialité s’éploie en une somme\n orchestrale de mots-instruments dont le nuage coloré et sonore\n demeure : L’INSTRUMENTATION POÉTIQUE.\n    Musicien de pensée, vers nous les Poètes de cette poésie est\n venu pour telle compréhension, V . Emm. C. Lombardi.\n    Traduire, non, dégager en la Musique pure comme par une\n exagération luxueuse du sens musical des mots ce qu’a sent\n intellectuellement à la lecture du poème le Musicien, et l’impres­\n sion, la rendre nuance à nuance en suivant rigoureusement le\n sens et l’harmonie du vers, c’est le rêve : trouvaille sous le nom\n de GLOSE que rend, maîtrisée, le trouveur M. Vincenzo Lombardi.\n   Donc, à tel Musicien que veulent les règles n’évoluant d’un\nConservatoire, et qu’est-ce ? la nécessité de se clore en quelque\ngenre strict de composition : quoique, regardez que ses gloses,\noui, seront unes, puisque le poème littéraire instrumentiste est,\nlui, composé, et musicalement un.\n   Par la G lo se a l ’A pr ès -m id i d ’ un F a u n e , commence M. Lom­\nbardi.\n   Ce merveilleux poème de M. Stéphane Mallarmé devait tenter\nl’entrée en la voie du Musicien adhérant aux poètes du GROUPE\nINSTRUMENTISTE.\n    En ces vers, il me plut de signaler lors de la publication de\n mes Théories instrumentales en mon T r a i t é , une lueur, incon­\n sciente et que répudie peut-être M. Mallarmé. Y manquent la\n composition du Compositeur, la sûreté et la suite et la guirlande\ndu leit-motiv et des thèmes, l’ordre et la multiplicité demandée\ndes instruments : mais dites que sont rendus là des hasards\nmiraculeux de Violoncelles et. de Cuivres un peu, de Flûtes\nlongtemps.\n\n  Ce qui manque, selon l’INSTRUMENTATION, à ce poème, l ’au­\nteur de sa glose le donne.\n  Il me serait doux, dire au long mon admiration. Mais veuillez\nouïr, à votre piano, que ces notes vont rendre quasi orchestre,\nsurtout ces amples et douces choses énumérées au gré de mon\nsouvenir :\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "418\n\n   le grand leit-motiv du Midi qui repasse d’une ardente et\nimmense inertie d’azur lourd, tandis que stridulent les herbes qui\nodorent :\n   et tels thèmes, dont quelques uns revenant aussi : du soleil de\nla gloire et la plainte large, si large, du Faune : de la lumière\nlanguide du cher corps des Victimes dormantes aux roseaux, et\nqui s’échappent, éparses de l’étreinte : du ruissellement de gaîté\nsur la grappe de raisin : de la lente venue, hier, du soir, coupée\nde lueurs étranges et neuves comme de regards premiers : de la\nlassitude qui s’étend sommeil en le midi stridulant doux....\n  Un dernier mot. Quand l’on aura, longtemps peut-être, hué,\nsans doute, M. Vincenzo Lombardi:l’on s’apercevra que son idée\nmarque une heure en son art.\n                                            R e n é GHIL.\n\n\n             1er CONCERT DU CONSERVATOIRE.\n\n\n   Ainsi que nous l’avions annoncé, le 1er concert du Conserva­\ntoire a eu lieu le samedi 26 novembre, c’est-à-dire bien plus tôt\nque de coutume. Cette innovation heureuse a valu à la Société\ndes Concerts une salle bien garnie, contrastant avec les demi-\nsalles de l’an passé. — Autre changement, moins bien trouvé\ncelui-ci,les répétitions préliminaires ne sont plus publiques comme\nautrefois. Nous nous demandons en vain pourquoi on n’admet pas\nà ces répétitions les abonnés des quatre catégories.\n   Le concert de samedi semblait inspiré de celui du mois d’octobre\nà Verviers, mais.... il y a un mais! on a retranché la Symphonie\nlibre, de Raway, et par quoi a-t-on remplacé cette pièce de résis­\ntance?\n   Nous avons entendu les Noces champêtres de Goldmarck, poème\nsymphonique en cinq parties, bien distinctes, bien isolées, char­\nmantes du reste. D ’abord Marche nuptiale. Puis, Chanson de la\njeune fille, Sérénade, Dans le jardin, danse et finale. Comment\ntrouvez-vous la sérénade après la marche nuptiale? — Mais pas­\nsons. L ’œuvre semblait moins originale que l’ouverture de Sakun-\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                                                419\n\ntala (du même auteur) entendue l’an passé. Pourtant elle est fine,\nprésente de charmants détails d’orchestre et abonde dans l’emploi\ndes timbres limpides et cristallins. Exceptons toutefois de cette\nnuance de monotonie, Dans le jardin, dont les teintes un peu\nsombres sont bien douces et charmantes. Le finale, entraînant,\nrespire pourtant un véritable cachet de distinction.\n   Goldmarck est certes intéressant dans les oeuvres que le Con­\nservatoire nous a données, quoiqu’elles datent de vingt ans; mais\ndepuis, il s’est élevé bien au-dessus de son niveau d’alors. Lais­\nsera-t-on inconnues les remarquables danses de la R eine de Saba,\nainsi que l’opéra Merlin? Pourquoi, lorsqu’on fait connaître un\nauteur, ne pas donner d’emblée ses compositions vraiment fortes\n et originales?\n   L ’attrait du concert consistait dans les trois solistes qui s’y\nfaisaient entendre. Tout d’abord Tsaïe, le violoniste tant réputé\n qui exécutait le 1er Concerto de Vieuxtemps et les Variations de\n Joachim, deux œuvres qui n’ont pas pu électriser le public, mais\n qui ont valu à la virtuosité du maître un succès amplement mé­\nrité.\n    Ensuite le pianiste Ysaïe, frère du précédent, avait fait choix\n du concerto en mi bémol de Liszt, exécuté dernièrement à Ver­\n viers, et peu connu à Liège, où il n’a été joué qu’une fois, au con­\n cert populaire,par Mme Zoé Tilkin. — Le jeune, mais déjà célèbre\n artiste y a fait briller un mécanisme prestigieux. Mais nous avons\n préféré de beaucoup l’entendre dans une Mélodie hongroise du\n même auteur — dont il est disciple — dans un Nocturne de\n Chopin, et surtout dans les Variations symphoniques de Franck\n (voir la Wallonie du 20 octobre). Cette œuvre remarquable du\n compositeur liégeois, était encore inconnue à Liège, comme la\n plupart des œuvres du maître. Une indiscrétion bien excusable\n nous permet d’annoncer pour cette année, Les Béatitudes, du\n même auteur, œuvre qui sera exécutée par l’Emulation.\n    Madame Landouzy nous a prodigué les charmes de sa voix dans\n l’air de Lakmé, dans celui du Barbier, et dans l’air de Chérubin,\n  qu’elle a dit à ravir. Rappelée, elle a chanté une mélodie de Mas-\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "420\n\nsenet : Si tu veux, Mignonne. Cette voix, bien fondue dans ses\nregistres, douce, claire, chatoyante, maniée avec un art consommé,\na été un rayon de grâce dans ce concert de tant de virtuosité.\n   L ’orchestre nous a encore joué trois œuvres : Espana, de Cha­\nbrier, remarquable enchevêtrement de phrases de tous genres et\nde tous rythmes, dont chacune conserve son indépendance dans\nl’ensemble d’un orchestre touffu et très remarquable par sa puis­\nsance et son coloris. — Puis, une Sérénade, de Glazounow, jeune\ndisciple de Borodine. (Il est âgé de vingt ans, et sa sérénade\ncompte trois ans d’existence!) Les œuvres de ce compositeur sont\nde celles qui demandent à être jouées dans le mouvement et dans\nle sentiment indiqués, ce que l’on n’a pas semblé comprendre\nsamedi, en faisant, du charme de ce chant vague, langoureux,\nplein de morbidesse, passionné par instants, une bacchanale pré­\ncipitée et sans expression.\n   La marche en ré de Mendelssohn terminait le concert. — Sou­\nhaitons d’entendre au Conservatoire, outre des solistes de la\nvaleur de ceux qui y seront appelés, quelques-unes des œuvres\nclassiques auxquelles le public est encore si étranger à Liège.\n   N’est-ce pas la mission de notre école d’Art, de l’initier aux\nlignes pures, aux œuvres grandioses des Bach, des Glück et des\nBeethoven ?                                                V. D.\n\n       DEUXIÈME CONCERT DU CONSERVATOIRE.\n\n   De ce deuxième concert, nous dirons peu de chose. C’était la\ndistribution des prix, avec le discours d’usage — cette fois\nmoins long et plus intéressant qu’on ne s’y attendait, pour une\nharangue officielle. Nous avons vu défiler les bons élèves, un peu\ngauches, et pour qui c’ est une terreur d’aller chercher leurs prix,\nsous l’œil béat des pères, mères et grands cousins, perchés aux\nsecondes loges. Et on a eu de belles palmes vertes en papier,\ndestinées à figurer, bien encadrées, en évidence au-dessus de la\ncheminée, au milieu des photographies des “ amis et connais­\nsances. „ Tout cela se passait en famille, patriarcalement. Mais,\net ici nous protestons avec force, pourquoi cette exhibition de\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                                               421\n\nrécompenses lorsqu’on donne un concert. C’est très bien, les prix,\nmais toutes ces allées et venues sur la scène, ces applaudisse­\nments aux lauréats, cette joie bourgeoise, tout cela distrait des\nimpressions de l’art, et le public, fort occupé aux congratulations\nobligatoires, est moins disposé à écouter religieusement la mu­\nsique. Qu’on fasse de la distribution des prix une cérémonie spé­\nciale, où il n’y aurait que cela, très solennelle si l’on veut, mais\nqui ne risque plus de se confondre avec la fin d’année des pen­\nsionnats de demoiselles; et qu’on nous donne séparément le\n concert habituel, qu’on pourrait alors suivre plus sérieusement.\n    Le Conservatoire produit ordinairement les élèves médaillés.\n Cette fois nous avons eu Mlle Lejeune, médaille d’or pour le piano,\n Mlle Pirotte, médaillée pour le chant, et M. Bourdouxhe, premier\n prix de violon. Mlle Lejeune a un jeu correct, sans grande force, et\n un mécanisme remarquable étant donnée la petitesse de sa main.\n Elle manque de puissance, de clarté, son phrasé n’a pas assez de\n suite lorsqu’il s’agit de traduire des oeuvres largement conçues\n comme le concerto en mi bémol de Beethoven; mais ces qualités,\n les deux premières surtout, elle pourra les acquérir dans la suite,\n lorsqu’elle aura vaincu sa timidité.\n    MU0 Pirotte est douée d’une belle voix, d’un timbre charmant,\n  et sans se donner grand mal parvient à captiver la foule. Sa\n  diction — chose rare chez les élèves de M. Vercken, — ne manque\n  point d’une certaine finesse, mais n’a pas toute la précision dési­\n  rable. Son incontestable joliesse, et les petits gestes maniérés\n  dont elle agrémente son débit, ont été pour beaucoup dans son\n  succès. Malheureusement, au point de vue de l’art, elle borne\n  souvent la science du chant à de fort captivants clignements de\n  paupières, ce qui ne nous satisfait point. Sa vocalise est lourde,\n  et, dans un morceau de genre au mouvement rapide comme cet\n  inévitable air du Billet de loterie de Nicolo, elle avale la moitié\n  des traits. Puis nous avouons ne pas comprendre pourquoi\n  Mlle Pirotte détache les premières mesures de la romance de\n   Richard Cœur-de-Lion. Grétry n’a point écrit dans. ce style, et il\n  n’appartient pas à Mlle Pirotte de corriger ses œuvres.\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "422\n\n  Incontestablement le plus artiste et le plus digne d’éloges,\nM. Bourdouxhe, élève de M. César Thomson, a interprété avec\nune largeur et une compréhension étonnantes le concerto pour\nviolon de Wieniawsky. Il tire de son instrument un son remar­\nquable, d’une grande pureté — sauf quelques petits accrocs\nproduits par la timidité, — et phrase supérieurement, avec beau­\ncoup d’esprit de suite. La puissance lui fait encore défaut, mais à\nquatorze ans on ne peut tout avoir, et nous croyons pouvoir pré­\ndire à M. Bourdouxhe un bel avenir de virtuose (*). Une question.\nPourquoi, si l’on nous fait entendre M. Bourdouxhe, qui est un\npremier prix seulement, pourquoi laisse-t-on dans l’ombre\nM. Peclers, médaille de violoncelle ? M. Pèclers est un artiste\nd’une absolue valeur, qui tire de son très médiocre instrument des\nsons charmants, et sait interpréter comme il convient la musique\nclassique. Y a-t-il là-dessous une raison d’Etat ?\n                                                    *\n                                                   * *\n  Quant à la partie symphonique du concert, elle se composait\nentre autres d’une ouverture dramatique du pianiste 'Wieniawsky.\nCela s’appelle Guillaume le Taciturne, c’est accompagné d’une\nbrave petite notice historique sur le “ grand patriote, „ (laquelle\nn’éclaire en rien l’œuvre du compositeur) ; c’est bien fait, sans\ngrande poigne, avec une belle phrase et un gros coup de tam-tam,\net cela vaut dans tous les cas infiniment mieux qu’un assommant\nconcerto pour piano dont l’auteur nous avait régalés l’an dernier.\n  Puis la symphonie en mi-bémol de Ha y dn (la 1re de l’édition\nPéters), avec une entrée admirable, un premier allégro inégal, un\nmenuet charmant, un très bel andante à variations — un peu long,\n— et un finale qui est ravissant de naïveté, sans exclure une\n\n\n   (*) P u isq u ’ il   s ’a g it ici d es v io lo n istes du C o n se rva to ire , n o u s n e pouvons\npasser so u s s ile n c e M. R a g g h ia n ti, élèv e de C ésar Th o m so n , qui nous a ch arm és\np ar la p ré cisio n n ette de son a r c h e t, p ar son sty le        é p u ré, e t p ar de g ra n d es\nq u a lités d e co m p réh en sio n , dan s un p etit co n c e rt donné il y a qu elqu es jo u rs .\nY fig u ra it aussi Mlle B o d so n, u n e p ian iste d e r é e lle v a le u r, d ont le je u cla ir ,\nv ib ra n t, d élicat, et p lein de sty le n ous a su rp ris.\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                                                                  423\n\nscience consommée dans les développements. Pour cette sym­\nphonie, l’orchestre s’est amusé à prendre des mouvements fantai­\nsistes et l’a résolument écrasée, comme, un peu après, il écrasait la\nmagistrale ouverture de Prometheus de Beethoven. M. Heynberg,\nprofesseur de violon, a jugé bon de servir dans la symphonie un\npetit solo agrémenté d’accel. et de ritard. qui a fait se pâmer le\ngros public. M. Heynberg n’aime pas le style classique, adore les\nmesures à cinq temps, et les “ grâces „ d’archet des virtuoses.\n  Nous ne sommes point de son avis.                   L . H em m a .\n\n\n   A l’Emulation, un concert comme nous les aimons. Exclusive­\nment consacré à Schumann, il valait à la fois par la grandeur des\nœuvres et par leur bonne interprétation.\n   Un quatuor dont l’adagio et le finale nous semblent de loin\nsupérieurs aux deux premières parties, était bien rendu par les\nviolonistes Charlier et Maris, l’artiste Yan Hout et Peclers, vio­\nloncelliste. Une observation seulement : la vigueur de son de\nM. Maris détonait par sa puissance sur le jeu plus sobre de ses\nvoisins. Et, puisque nous en sommes à M. J. Maris, disons qu’avec\nM. Victor Kuhn, il a traduit d’une manière remarquable la sonate\npour piano et violon. On a fait grand succès à MM. Kuhn et\nMarris : c’était justice.\n   Mme Noblet avait prêté son concours gracieux à l’Emulation.\nElle a déployé sa large voix et dit avec finesse plusieurs Lieder.\n   M. Heuschling, qui a détaillé comme seul il sait le faire une\nquinzaine de morceaux choisis dans la Dichterliebe, Pauvre Pierre,\net la Fraùenliebe ùnd Leben, est un rare artiste. La place nous\nmanque pour analyser comme il conviendrait son raffiné talent de\nchanteur consommé, ses délicatesses de diction, et tout ce que l’on\nsent de réelle sincérité vibrante jaillir sous sa voix. L ’an dernier,\nil nous disait la terreur poignante du Roi des Aulnes de Shubert,\net la géniale chevauchée lumineuse de cet hymne qui plane sur la\nneuvième symphonie de Beethoven. Il nous a prouvé que son\ntalent sait se plier à bien des genres et briller dans tous.\n                                                            L. H.\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "424\n\n\n               PETITE CHRONIQUE.\n\n  La livraison prochaine, — environ 80 pages, — contiendra des\npièces inédites (vers et prose), de :\n  MM. Paul Bourget, Eudes Bonin, A. Delaroche, Célestin\nDemblon Jules Destrée, Georges Garnir, René Ghil, Camille\nLemonnier, Octave Maus, Stuart Merrill, Albert Mockel,\nPierre-M. Olin, Gust. Rahlenbeck, Paul Reivax, Georges Roden­\nbach, Albert Saint Paul, Fernand Severin, Maurice Siville, Mario\nVarvara, Emile Verhaeren, Gaston Vyttal, etc.\n                               *\n                             * *\n  Dorénavant La Wallonie publiera une édition de luxe :\n  15 exemplaires sur vieil Hollande, avec couverture spéciale,\nnumérotés à la presse, signés, et portant imprimé le nom du\nsouscripteur.\n  Quelques exemplaires seulement sont encore disponibles au\nprix de 20 francs.\n                                  U.\n\n\n   Une erreur de mise en pages nous a fait négliger l’annonce du\nmariage de Célestin Demblon. A lui nos plus sympathiques\nfélicitations.\n\n   Une poignée de nouvelles musicales :\n   A l'Émulation on exécutera les B É A T I T U D E S , le magique ora­\ntorio du maître César Franck.\n   Au Conservatoire, plusieurs projets auxquels nous applaudis­\nsons : au concert du 14 janvier, un O Filii et Filiœ, double motet\nde Volemar Leisring et autres chœurs des premiers siècles de la\nmusique ; c’est une tentative intéressante d’histoire musicale en\naction.\n   A la 1re audition nous aurons l’hymne de l’office de nuit et l’of­\nfice de jour de Gevaert, chœurs pour voix mixtes sans accompa­\ngnement.\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                                                              425\n\n  Le Vendredi Saint, concert spirituel où figurera le superbe\nRequiem de Berlioz.\n                               ■X*\n\n\n\n  A lire dans Caprice-Revue — le journal de critique artistique\nmystérieusement annoncé il y a un mois — le compte rendu du\nconcert de Huy.\n\n\n   Arrive jusqu’à nous l’annonce d’une apparition prochaine : Li\nHoulo, un roman historique wallon par D. Salme\n   Le sommaire de certains chapitres promet moult esbaudisse­\nments : Les bals à l’ lamponette, les zaffes dé vîx Napoléon,\nassaut d’ chant, les marionnettes èmon Konti....\n  Allons-nous assister à des scènes désopilantes ainsi que celle\nentendue naguère où un chevalier d’Outre-Meuse “ sur un croupet\nd’ansenne „ se retournait très digne, pour dire à son domestique\n“ nerveus : Ne faisez pas tant de frich-frach, Mathî. „ ?\n  En ce temps où pleuvent d’innombrables productions wal­\nlonnes, un roman était de rigueur.\n  Un bon point, M. Salme.\n                                *\n                               #     \\V\n\n\n   Il se trame dans l’ombre une conspiration dont nous sommes\nde grand cœur. On parle, mais rien n’est encore bien sûr, de res­\nsusciter avec pompe la gloire du vieux Théâtre Wallon et le\nlégendaire Voïège di Chaudfontaine (1757), opéra de JlHAN NoÉ\nH a m a l , maisse di chapelle à l’poroche di Saint Lambiet.\n\n   Pour n’être pas très répandue, la musique du compositeur lié­\ngeois n’en est pas moins intéressante à beaucoup de points de\nvue. C’est, avec une finesse gouailleuse et des sourires polypho­\nniques, les idées d’un petit Haendel traversées par les rythmes\ndansants qui sautillent aux symphonies de Haydn ; mais, que\nl’on ne s’y trompe, l’œuvre du vieux Hamal est liégeoise, rien que\nliégeoise, et de fond et de forme. C’est la couleur de nos airs\npopulaires passée au tamis d’une composition classique ; et son\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "426\n\ncharme de gaîté primesautière et tendre se relève naïvement en\ndélicieux morceaux, tels qu’un allegretto en mi majeur d’une fraî­\ncheur naïve, une ravissante fuguette au second acte, ces chœurs\ninsoucieux de la rigidité habituelle, ces finales qui font le saut de\ncarpe pour retomber sur la tonique, et tout ce précieux souvenir\n18me siècle qui émane de l’œuvre entière comme le parfum d’une\nrose oubliée en un livre.                                    A. M.\n                                 *\n                                * *\n  Projets littéraires de nos amis :\n   Nous avons annoncé déjà le Lys, de Fernand Severin, un volume\nde 50 pages édité avec soin à Bruxelles, par Lacomblez, et orné\nd’un dessin par Henry Degroux, le subtil et étrange Voyant du\nRêve.\n   Il y en a d’autres : Emile Verhaeren va mettre au jour en une\nimpression artiste et rare, à quelques exemplaires seulement, les\nSoirs, un livre de vers, sous un frontispice d’Odilon Redon.\nGustave Rahlenbeck, lui, nous arrive avec un volume de contes :\nHistoires estudiantines, dont nous publierons au mois de janvier\nun long fragment. Les Histoires estudiantines — 150 pages de\nluxe sur vélin teinté, avec frontispice d’Armand Rassenfosse —\nparaîtront dans six semaines. Fritz Eli vient de mettre au jour\n Une Réparation, comédie en un acte et en prose, luxueusement\néditée à Gand, chez Hoste. Varvara et Saint-Paul travaillent à\n des Notes d’Album, livre d’observations parisiennes. Enfin Mau­\nrice Siville termine ses Contes pour l'Aimée, et Albert Mockel\nachève une série de Soirs Mouvants.\n                                  *\n\n  Eddy Levis nous envoie un délicat bouquet de vers : Elaine,\nqui sont des Litanies de l’Aimée disséminées en une mignonne\nplaquette. Raoul Pascalis (Raoul Russel) a son Missel, la messe\nblanche de la Femme ; et enfin Camille Lemonnier édite superbe­\nmentLa Belgique, cette œuvre grandiose et définitive dont nous\navons parlé déjà, et que nous analyserons dans la livraison de\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                                                                 427\n\njanvier, en même temps qu'Elaine, le Missel, Une Réparation, et\nles Soirs de Verhaeren.\n\n                               **\n\n   La Wallonie paraîtra, dès janvier 1888, avec une couverture\nfrontispice dessinée par notre jeune et bel artiste Auguste Don­\nnay.\n                               * *\n   Un ridicule chiffon, qui se targue de ce titre : le Décadent, juge\nà propos de nous lancer un dard inoffensif. Le signataire de l’ar­\nticle, un M. Anatole Baju, je crois, voit MM. Ghil, Merril, et\nd’autres, exilés chez nous. C’est inexact, puisque la Wallonie est\nen vente à Paris comme l’étaient les Écrits pour l’Art. Il est\ntriste d’être pris en grippe par un homme tel que M. Baju ; mais\nquant à nous émouvoir, ni M. Anatole, ni M. Baju, ni la couver­\nture jaune de son canard, ne sauraient y parvenir.\n\n                                * *\n   Nous engageons vivement nos lecteurs à assister aux concerts\norganisés par Franz Servais, à Bruxelles. On y fait de belle et\ngrande musique, sous une direction qui est celle d’un artiste. Au\ndernier programme figuraient la symphonie héroïque de Beethoven,\nles Rois Mages de Liszt, les Eolides de César Franck — ce chef-\nd’œuvre que M. Edmond Cattier veut bien trouver passable, et la\nKaisermarsch de Wagner. Voici du reste la liste des séances à\nvenir, et les conditions d’abonnement.\n  Les prochains concerts auront lieu les : 1° Lundi (Noël) 26\ndécembre 1887 ; 2° Dimanche 8 janvier 1888; 3° Dimanche 15 jan­\nvier 1888; 4° Dimanche 29 janvier 1888; 5° Dimanche 12 février\n1888 ; 6° Dimanche 26 février 1888; 7° Dimanche 11 mars 1888;\n8“ Dimanche 18 mars 1888.\n\n                 Vendredi-Saint : Concert spirituel\n  Pour cette séance les abonnés auront le droit de retenir leurs\n                places au prix de l’abonnement.\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "428\n\n                                 ABONNEM ENTS :\n\n\nLoge de six places..................................les dix concerts Fr. 360\nFauteuil d’o rch estre ...................................     „ „     Fr. 50\nFauteuil de balcon........................................     „ „     Fr. 40\n\n              P B IX DES PLA CE S POUR L E S                CONCERTS :\n\n\nL o g e s ..............................................................chaque place Fr. 7\nFauteuil d’orchestre........................................                         „ Fr. 6\nBalcon (1er et 2e rangs)....................................                      „ Fr. 5\nBalcon (3e, 4°, 5e, 6e rangs)................................                     „ Fr. 3\nGaleries (a s s is )...................................................           „ Fr. 2\nGaleries ( d e b o u t ) ...............................................          „ Fr. 1\n\nLes répétitions générales auront lien le samedi qui précède chaque\n                             concert.\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                           TABLE DES MATIÈRES\n\n                                      Pour l'année 1887.\n\n\n\n\n            M a u r ic e       CANTONI.                                                       page :\n                                            page:      Fantasia.                                287.\nL 'Inoubliable,                              -122.     Pronostic,                               289.\nH ym énée,                                   378 .     18me ici,                                291 .\n                                                       Dans une Pom m e,                        292 .\n            Ch . CASTERMANS.                           W allon et F rançais,             3 2 3 ,3 7 1 .\n\nAu C onservatoire R oyal,               -103, -199.           M a u r ic e   DESOMBIAUX.\n\n            Hector         CHAINAYË.                   La Nuit tragique,                        264.\n\nAnimi m undus,                        9.                         Georges      DESTRÉE.\nL ’art w allon. — Célest. Dem blon,  94.\nA rnold Goff in,                    141 .                   W ater    C o lo u rs :\n      P oèm es en pr o se :                            Carnaval,                                352 .\nL ’Am our im possible,                        221.     Printem ps,                              352.\nL e Suicide,                                  222.     Vieille ville,                           353.\nL'Invisible Justicier,                        223 .    Kerm esse flam ande,                     334 .\n                                                       Pluie,                                   355.\n                          C.     J.\n                                                                   J ules    DESTRÉE.\nLa Sym phonie libre,                          164 .\n                                                       Ballade de la Souffrance d ’é crire,     178 .\n      CHRONIQUE DES ARTS.                              Quelques œ uvres d’ art, C ologne\n                                                         et Francfort,                          357 .\nV oir pages                            1 7 1 , 241 .\n                                                                             D.   M.\n         A c h il l e     DELAROCHE.\n                                                       Un co n ce rt à V erviers,               336.\nR ésurrection,                                351.\n                                                               V. DW ELSCHAUW ERS.\n           C é l e st in   DEMBLON.\n                                                       Chronique m usicale,                     418 .\nLes W allonnes (vers),                          82.\nDans l ’ étable,                              156.\nHier et dem ain,                              1 84.                    F R IT Z ELL.\n     Q u in t e t t e :\nLes Légendes,                                 282.     Quand elle rit,                          348.\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "430\n\n                       E. M.                                 L u d w ig    HEMMA.\n                                     page :                                    page :\nLa W allonie,                         164.     Le théâtre w a llon ,             62.\nAlm anach de Gand,                    238 .    Un co n ce rt à Namur,            63.\n                                               Lettres sur la Jeune B elgique,  193.\n                Zénon ETIENNE.                 A p ropos des Harm onistes,      232.\n                                               Deuxièm e con cert du Conserva­\nChronique m usicale,                  298 .      toire,                         420.\n\n                        F. S                               A ug . HENROTAY.\n\nLe salon des X X ,                    -106.    Claire (nou velle),                            44.\n                                               L’ Appel suprêm e,                             90.\n            L UDWlG G HE L D R E .             Ad. L uccni,                                  173 .\n                                               Liens occu ltes,               3 18 , 3 4 1 , 381 .\nChronique m usicale,                    6 7.\nLa W alkyrie,                         -168.\nLa m usique à B ruxelles,             333 .                  Louis HIRSGHE.\nLa M elba,                            411.\n                                               Le violoniste Joachim .                      413.\n                  R ené GHIL.\nO rdre,                               294 .               Georges          KHNOPFF.\np our la seule Passante (vers),       298.\nA ir nuptial (vers),                  31-9.    V ers,                                       279 ,\nGlose à l’ Après-m idi d'un Faune,    -416.\n                                                               H ub.      KRAINS.\n  George     GIRRAN (C eorges Garnir).\n                                               Croquis noctu rn e,                          296.\nTes yeux (vers),                   36.         La Maîtresse du Paysan,                      396.\nSonnet d ’ hiver,                  38.\nL uc R obert (étude cam pagnarde), 3 8,                 C a m il l e   LEMONNIER.\n                             8 1, 100\n      V ers :                                       L a B e l g iq u e :\nLa Maison m audite,                   149.     S aint-Trom l,                          3 et 73.\nC eu x qu’on n’ a pas aimés,          130.\nPanthéism e,                          134.              W . A. MACEDONSKI.\nD ésir d’ oubli,                      133.\nLes Crucifiés,                        190.     Le vieillard g iv re,                        137.\nLes R epentants,                      213 .\nL e S ecret,                          216.                  E iin e s t    MAHAIM.\nIietro,                               217.\n                                               Le Juré,                                      3 2.\n              A rnold      GOFFIN.             Ultra,                                       138 .\n                                               Le groupe sym boliste-instr..              246 a .\n  P r o se s l y r iq u e s :                  Esbaudissem ent,                             2 7 1.\nLes Enfants qui passent,               30.\nUne Conclusion a lticre,              203.                    O ctave       MAUS.\n\n          A rmand       HANOTIEAU.             Danse de Gourais,                              t2 .\n\nDivita,                                 81.                 Stuart         M EBRIL.\n\n              E dmond     HANTON.              A llégorie (p rose),                          311 .\nSonnet,                               399 .    Parsifal (vers),                              312 .\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                                                                                                  431\n\n            A lbert    MOCKEL.                                        Paul       R EIV A X.\n                                 page :                                                         page :\nL’ E ssor du R êv e,                32.            Intus,                                         181.\nQuelques Lettres,                   85.            Vague,                                       288 a .\nL’art -wallon — Célestin D em blon, 94             H a n tise ,                                 256 a .\nProfils p ervers,                 126.\n     Q uelques c h o se s:                                        A lbert       SAIN T-PAUL.\nIntroduction.                      24a.\nLa Volonté p a rfa ite,           248.             En la Rafale,                                  317.\nA la M er,                         2 8 1.          Notes,                                         392.\nL'H orizon vide,                   251.\nL’A m our,                         283 .                            J.   SERGENNOIS.\nLa Science,                        233 .\nLe C ygne,                         286.            R ondels,                                       8 9.\nJules L aforgue,                   303.\nLe Parnasse de la Jeune B elgique, 3 6 6.                          F ernand        SEVERIN.\nLa Littérature des Im ages,        401.\n                                                      Vers :\n                                                   La F ille des Vieillards                        1 4.\n                     M . S.                        Tentation,                                      4 8.\n                                                   Une Vierge,                                     46.\nChronique littéraire,                     240 .    P ervers,                                       46.\n                                                   Les las d’ aim er,                              4 7.\n                                                   Le vieu x M iroir,                             420 .\n            P ie r b e -M .   O L IN .             Les D ieu x ja lo u x ,                        424.\n                                                   Les Souhaits,                                  124.\nL 'Ironie des ren con tres,                 -18.   Le dernier A m our,                            474.\nL’ une d’ Elles,                         -153.     R enaissance flo ren tin e,                    478.\nP our se souven ir,                       -191.    La C olère du S phin x,                        476.\nF inis,                                   218.     P ou r célébrer une E nfant,                   477.\nJacop one de T od i,                      264 .    A lbert Giraud,                                224 .\n                                                   P ierrot N arcisse,                            229.\n                                                          Le lys :\n         PETITE CHRONIQUE.                         Le Lys,                                      286 A .\n                                                   Le M alade,                                  289 A.\n                                                   Sém iram is,                                  3 99.\nV oyez pages 68 , 2 0 4 , 2 4 4 , 3 0 6 , 338 ,    N octurne,                                     390 .\n   3 76 et 4 2 4 .\n                                                                    M a u r ic e   SIVILLE.\n\n                   P.-51. 0.                       En Terre ardennaise,                            26.\n                                                   L’A bbesse de Jouarre,                          60.\nE lles,                                    92.     André C ornélis,                               138.\nE xp osition triennale,                   330 .            C o n t e s p o u r l ’ a im é e :\n                                                   La Cham bre close,                             462 .\n                                                   P ourqu oi,                                    463.\n             LA RÉDACTION.                         A t hom e,                                     262 .\n                                                   Li B leu -B ixhe,                              274 .\nN ote au L ecteur,                        248 .    C hronique littéraire,                         440.\n\n                                                                     M a r io    VARVARA.\n           Henri de      REGNIER.\n                                                   M ariage à l'É glise,                          342.\nEcrans (vers),                            318 .    N otes,                                        394.\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "432\n\n            E m il e   VERH AEREN.                      Ga s t o n   VYTTALL.\n                                     page :\n   Vers :                                                                       page :\nObscurém ent,                         277 .   Poèm es ironiques,                 230.\nA u Crépuscule,                       278.\nLes C ierges,                         347 .              LA WALLONIE.\n\n                A ug.   VIERSET.              M. W aller et le Pillage,          370.\n\nS oir fantaisiste,                        8.                  X.\nSoleil cou chant,                         9.\nCalme lunaire,                        123 . H istoire des Beaux-Arts par Camille\nSpleen d'H iver,                       194 .     Lem onnier,                 209,\nA veu,                               19 5\nLe Joug,                               2 6 0.\nMahia,                                3 9 6 . N aïveté,                      400\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": " PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                            H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                  L I É G E.\n\n      Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n             Pia.ce            du\n                        T h é â tr e , 11, L iège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en ‘24 heures.\n                   RACCOMMODAGES.\n\n\n\n INDE m :RUEse rrurier-bovy\nPERSE         DE L ’UNIVERSITÉ, 38\n\nCHINE A R TIC LE S L I È GORFÈVRERIE\n                           E\n\nJAPON MÉNAGE              ARGENTÉE\n                                     de\n\n\n\n              H.       F O N D E R -B U R N E T ,\n                         48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      AGENT        GÉNÉRAL          POUR       LA    B E L G IQ U E     DE    LA\n\n                  P E IN T U R E            FR A N Ç A ISE .\n   Celte Peinture, préparée à base de céruse et d’ huile de lin, est toute prête à\ne m p loy er; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent com p osé com m e celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son em ploi sur boiseries, m urs, m eubles do fer ou bois, grosses\nvoitures, e t c ., la place à la p ortée de toutes les personnes désireuses de conserver\n     en bon état leur m atériel a gricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr. 1-10.\nAllum ettes Suédoises (Kaiser-Holzer), 20 fr. les 1000 boîtes\n     n      Nilson, bout noir,       fr. 9-50 les 1000 boîtes\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "    2e ANNÉE, N° 11.\n\n\n                 L A W A L L O N IE\n   REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n       A bonnem ent         : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 5 0.\n                                                E rn est     MAHAIM,\n                                                Albert       MOCKEL,\n             Comité de Rédaction\n                                                P. M. OLIN.\n                                            I   M A U R I C E SIVILLE.\n\n                      Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n E n v o i d ’ u n    n u m é r o s p é c i m e n c o n t r e   5 0   c e n t i m e »\n                             e n t i m b r e s - p o s t e .\n\n\n                                   SOMMAIRE :\nAug. H enrotay . . . .                              Liens occultes.\nFernand Severin . . . Nocturne (vers).\nA lbert St-Paul\n                                                  . Notes.\net M ario V a rv a ra\nAug. V i e r s e t ................... Mahia.\nH ubert K rains . . . .                             La Maîtresse du Paysan.\nEdmond Hanton . . . .                               Sonnet.\n* * * ............................................Naïveté.\nA lbert M ock el................... La Littérature des Images.\n                                     Chronique littéraire :\nM aurice Siville . . . .                            Histoire du Théâtre de L iége.\n                                      Chronique musicale.\nL udw ig Gheldre . . . .                            La Melba.\nLouis H ir sc h e ................... Le violoniste Joachim.\nRené G hil............................. Glose à l’Après-midi d’un Faune.\nV . D w elschauvers . . . Premierconcertdu Conservatoire.\nL. H e m m a ........................ Deuxième concert, et concert\n                                                        Schumann.\n                                Petite Chronique.\n                     Table des matières pour l’année 1887.\n\n                       Un numéro 5 0 centimes.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 11, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1887-12-20", "signet_source": "2ème année - N°11 - 20 décembre 1887", "preuve": "Couverture (PDF 446) sans date ni numéro lisibles dans le relevé de Gemma : mois et numéro non vérifiés sur couverture. Indices internes : signet « 2ème année - N°11 - 20 décembre 1887 » ; « Bruxelles, 5 décembre » en tête de la Chronique musicale (PDF 478) ; « Automne 1887 » sous Nocturne (PDF 459) ; « 1887. 3 Octobre » en tête de Notes ; la Petite chronique annonce la livraison prochaine et la parution dès janvier 1888.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}