{"numero_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "3me Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 65, "texte": "3me Année. — N° 7.\n\n\n\n\nW ALLONIE\n\n\n\n\n         31 Août 1888.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CAPRICE REVUE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 443, "fin_caractere_exclue": 1570, "texte": "Caprice Revue publie un p o rtra it en chacun de ses n°s. O n t\nparu : V illiers de l’Isle Adam , Camille Lem onnier, E m ile V er­\nhaeren, E rasm e R aw ay, Joséphin P éladan, Ju le s D estrée, Alb.\nG iraud, Georges Rodenbach, etc.\n   A paraître : F élicien Rops, Edm . P icard, Sully-Prudhom m e,\nC atulle Mendès, M ars, etc.\n\n      L ’A R T                 MODERNE\n REVUE     CRITIQUE      DES    ARTS    ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n             36, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n          Paru chez M me V e M o n n o m , à Bruxelles :\nIMPRESSIONS                        ET        SENSATIONS\n                   par    A rn o ld    G O F F IN.\n\nA paraître chez E. D E M A N , rue d’Arenberg, Bruxelles.\n\n                  SCÈNES               DE    BAL\n          1 p etit vol. de vers, p ar A l b . ST-PAUL.\n\n         LE      T R A IT É            DU     VERBE\nAVEC L A P H IL O S O P H IE & L ’ESTH É T IQ U E D E L ’A U T E U R\n         p ar R e n é G H IL : T irage à 110 exempl.\n\n                  Les Flambeaux Noirs\n         L iv re de vers p ar Em ile V E R H A E R E N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 309, "titre_corps": "Les Fastes : Le rêve du bouffon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "LE RÊVE DU BOUFFON. A Edgar Saltus. Tandis que", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1088, "texte": "L E R Ê V E DU B O U F F O N .\n\n                                                  A Edgar Sa ltu s.\n\n\n\nT andis que folle, an vert de la molle pelouse,\n   L a fête papillonne en rondes de décor,\n   Les nénufars, p a r l’ eau de la vasque jalouse,\n  S'endorm ent dans l’ orgueil de leurs corolles d’ or.\n\n  Viennent et vont les beaux seigneurs, les yeux en flammes,\n  L e long des boulingrins fleuris de mille lis,\n  E t quand leur foule afflue au passage des dames,\n  L ’air fleure des parfum s d’ eau de myrte et d’ iris.\n\n  E t c’ est partout, dans ces ja rd in s fa its pour la jo ie,\n  D es chansons, des baisers et des musiciens,\n  E t très lente, aux frissons des simarres de soie,\n  L a danse se balance au gré des airs anciens.\n\n  M ais seul, et se crispant en tristes attitudes,\n  L e bouffon bleu sanglote au bord du bassin d’ or,\n  Où les blancs nénufars, gloires des solitudes,\n  L ’ attardent par l’ espoir du Trône et du Trésor.\n\n                                          S t u a r t M E R R IL L .\n\n\n\n\n                                                             20\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 310, "page_fin": 314, "titre_corps": "Duel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Donnay", "ancre_debut": "DUEL. A Henri Simon est dédié cet escript.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "DUEL.\n\n\n                                        A H enri Sim on est dédié cet escript.\n\n\n\n\n       C tte     ve i e i l l e ,   cassée     d ’â g e   et      de      m is è r e ,\n        m a r c h a it, in d iffé r e n te , fa ta le , d r o it d e v a n t\n        e lle , t e n d a n t       s a s é b ile , s a n s    p r iè r e s ,   san s\n        la r m e s ....\n   E t seulement, elle chantait!....\n   Or, c’était triste et puissant d’ironie cette chanson\npsalmodiée qui montait, inaperçue, dans le gros\nmurmure de la foule, dans la clarté resplendissante\ndu soleil, comme s’élève, à l’aube, dans les sites de\nCampine, la fumée diaphane des marais.\n   Il y avait en cette mendiante de l ’effacement,\nde la passivité, elle subissait la vie, elle avait cette\nfroide résignation de ceux qui sont las de lutter,\ndont on ne s’occupe plus et qui, silencieux, expient\non ne sait quelle faute du hasard.\n   L e soir, fatiguée, la tête sèche, elle regagnait, dans\nquelque quartier perdu, sa mansarde de pauvrette,\nelle se couchait sans rêves, sans joies ni désespé­\nrance sous les étoiles navrantes de profondeur.\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1291, "texte": "    D u el.                                          311\n\n\n  Et, depuis longtemps, les choses se passaient ainsi.\nLe malheur — comme tout — est une question\nd’habitude. Cela explique le bel orgueil des gueux\nd’Espagne et la sublime insouciance des lazaroni.\n  Les grandes chutes font mal mais l ’on souffre\nsurtout parce qu’on se souvient. On a faim, on a froid,\non est des gens en guenilles et l’on songe aux splen­\ndeurs d’Antan, à la maison bien chaude où l’on\nmangeait...\n  Donc, la vieille n’était pas trop à plaindre.\n\n   Un jour il lui arriva malheur.\n   Dans son invariable pèlerinage à travers les rues\n de la ville, elle rencontra un rival, un immense\njoueur d’orgue, qui la suivit, lui volant ses aumônes,\nnoyant dans des flots d’harmonie sa chanson déjà si\ntimide.\n   Toujours un mendiant est l’ennemi d’un autre\nmendiant. E t dans ce monde qui vit d’oboles, il\n existe des castes. L a besace a sa noblesse et sa\n bourgeoisie : les “ gens bien „ sont les banquistes et\n les perclus.\n    Or, ce mélomane était à la vieille ce qu’est le grand\n commerce au petit.\n   Il la détesta, par principe, parce qu’elle faisait\n pitié et qu’il y perdait.\n    E lle en eut peur — car elle sentit — au-dessus\n d’elle, planer cette haine.\n    E t il lui apparaissait, dans ses visions du .soir,\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1237, "texte": "312                                     L a Wallonie.\n\n\n\ncolossal et mauvais : c’était le mâle, exubérant,\nlarge, taillé pour les forges...\n  Son instrument lui pesait comme une plume, il\navait un tour de manivelle puissant, créateur ! et les\nnotes pouvaient bien se tenir.\n  Il mesurait sept pieds de baut, son ombre était\ngigantesque.\n  Il vendait des planètes à un sou...\n  On eût dit un géant.\n  L a lutte commença entre ces deux êtres oubliés.\n  Lutte poignante et inégale....\n  E t un jour, la vieille eut faim.\n  E lle pleura :\n  Personne n’eut pitié.\n                           *\n                          * *\n   L a nuit tomba, lente, souverainement tranquille,\nles constellations firent au ciel l ’immense dessin d’or,\net il y eut je ne sais quoi de consolant dans l ’enva­\nhissante poésie de l’ombre.\n   Les heures s’égrenèrent, douloureuses pour la\nmendiante qui veillait, tremblante de fièvre, seule,\nhorriblement seule.\n   Sa lampe s’éteignit faute d’huile... Alors elle crut\ntomber plus bas dans l’abîme, fait de ténèbres et\nd’angoisses, que lui montrait son délire.\n   Puis, elle oublia.\n   Ce fut une prostration, un anéantissement : elle\nétait lasse, cassée, avec des désirs indéfinis et comme\nune quiétude de buveuse.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "    D u el.                                        313\n\n\n   Cela dura six heures.\n   Brusquement par la lucarne du toit, le soleil\nhachura l’ombre de la mansarde, découpant dans\nl’angle du mur et du plancher un rectangle de\nlumière.\n   Les atomes vibrèrent dans ce rayon d’or.\n   E t l’on entendit les rumeurs d’une ville qui\ns’éveille.\n   L a petite vieille regardait sans voir...\n\n  L ’agonie commence.\n  Elle attend la mort, bêtement, ahurie. Dans ses\nvisions, les suprêmes, elle démêle vaguement la\ndélivrance.\n  E lle ne songe à rien de précis ! ni à Dieu, cette\ngrande unité hypnotisante, ni à l’au-delà mystérieux\net horizontal, ni à la chute des âmes, ni à la nuit où\nentrent ceux qui expient ou ceux qu’on délivre...\n   Son bâton de noyer trace sur la grisaille des\nplanches une raie d’ombre noire.\n  E t cette chose lui rappelle ses derniers jours.\n\n  Elle fut secouée d’un frisson. Ses yeux où la mort\navait déjà mis une moiteur s’ouvrirent larges, plus\nlarges de terreur...\n  Alors, elle entendit un bruit de fanfare, lointain\nd’abord et caressant comme un bruit de houle.\n  E lle se dressa sur son séant.\n  E t le bruit allait crescendo, crescendo.\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 680, "texte": "314                                      L a Wallonie.\n\n\n\n   C ’était comme un hymne de résurrection puissant,\ninvraisemblable.\n   C ’était énorme, grandissant. On eût dit une spirale\ngigantesque et harmonique, un moulin de légende\nbroyant des chansons surhumaines.\n   C’était une tempête de vibrations où passaient de\nlarges battements de cloches ; la vieille était ivre,\nemportée, tordue par cette force musicale.\n  Son cerveau se resserrait à craquer, ses tempes\ncrevaient, elle ne voyait rien, plus rien...\n  E lle cria !\n  Son cri fut inouï de violence, il domina l’invrai­\nsemblable fanfare...\n  Puis elle retomba, tuée !\n\n                                   Léon D onna y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 315, "titre_corps": "Icone", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "ICONE. A Camille Lemonnier.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "ICONE.\n\n\n                                        A C a m ille Lem onnier.\n\n\n\neL frôlem ent de leurs doigts sur les théories,\nD a n s la lumière apaisée et triste,\nSous ce jo u r lactescent qu’épandent les orbes\nB leus de lunes mortes en ciel lavé d’ améthyste,\n\nL e frôlem ent de leurs doigts clairs et languides,\nA u psalm odim ent gris des épîtres,\nE s t tel qu’une chute de perles liquides\nSur de la mousse, et de soyeux froissements d’élytres.\n\n\nLeurs gestes ont belles paresses amènes,\nGraves, subtiles coquetteries ;\nE t, leur Ame, comme tu te promènes\nNonchalamment, paiem ent sur les cordes fleuries !\n\nE t des cordes un vol réel de pétales\nS'essore au p u r souffle de leurs rêves,\nCortège ju s q u ’aux célestes cathédrales\nPour leurs âmes qui les suivent, les Psychés, les È ves...\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 316, "titre_corps": "Suggestion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Mourey", "ancre_debut": "SUGGESTION. Infiniment doux, tels des sons de viole", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "SU G G EST ION.\n\nI nfiniment doux, tels des sons de viole,\n      S ’ effeuille le chant des rêves que ta voix me donne ;\n      Tes moindres mots ont des inflexions molles,\n      Subtiles, comme de deux âmes qui se pardonnent...\n      I l y a dans ta façon de dire certaines proses\n      Une puissance d’ineffable suggestion,\n      P a r quoi surgissent les paradis, où se reposent\n      Mes désirs, comme on dort, l’ été, sous des pavillons...\n      D es aveux se voilent de larmes, des vœux\n      Inexaucês meurent comme m eurent les martyrs,\n      E t sur les lèvres s’ apaise p eu à peu\n      L a s o if du baiser et surtout la s o if de m entir...\n\n      L a fraîcheur des caresses lasses flotte dans l’air,\n      Tandis qu'au souffle de ton grand éventail de plumes,\n      Ton âme m’ arrive comme une brise de mer,\n      Chaude du souvenir des étreintes que nous eûmes...\n\n      Que se gonfle la voile de pourpre p âle !\n      L e large ! — Oh ! ces jon quilles mortes sur tes genoux\n      D an s la mollesse laineuse de tes châles !...\n      D u ciel, i l semble qu’ un mystère tombe sur nous...\n\n      L a N u it se larme d’ or comme un poêle nuptial;\n      L a M o rt nous vient — oh ! m ourir ainsi loin de la terre\n      D es hommes!... Les flots nous chanteraient leur chant royal\n      Rythm ant la palpitation funèbre des sphères...\n\n                                                            G a b rie l      M OUREY.\n E x tra it de : C r é p u s c u l e s d ’ a m e , en p ré p a ra tio n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 320, "titre_corps": "Evocations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Keller", "ancre_debut": "EVOCATIONS. To be or not to be. hiver a glacé les plaines", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1002, "texte": "EVOCATIONS.\n\n\n                                         To be or not to be.\n\n\n\n\n       ’h iv e r a glacé les plaines endormies e t immo­\n       L\n        bilisé les ondes merveilleuses ; nul n’ouïra\n        plus aux sentiers voilés d’ombre les mots\n        d’amour se balbutier sous les parfums. L a\nbrise plaintive sanglotte par le froid des clairières et\nl’oiseau pleure dans les buissons mornes les sou­\nvenances et les regrets.\n   Hélas ! L ’hiver a glacé les cœurs oublieux et immo­\nbilisé nos espoirs passagers ; nous n’entendrons plus\naux brumes de notre vie perdue que le murmure des\ntroubles, des peines, des souvenirs, des regrets; et\nsouffre, et craint, et se désespère notre cœur\ndéfaillant.\n                              *\n                          *       *\n\n    Plus de foi, plus d’espérance ; rien qui tente encore\nl ’âme désenchantée; pas d’action possible pour équi­\nlibrer la poussée impitoyable des déceptions,\ndéboires, duperies de ce monde éternellement\nmauvais.\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "318                                    L a W allonie.\n\n\n\n    Espérer! A quoi bon? En tous nos inutiles efforts,\nles larmes de nos jours ont noyé l ’espérance, et\ntoutes nos chimériques conceptions, si cruellement\ndésillusionnées, souhaitent le repos des oublis.\n    Oh ! par cette heure désespérante pleurant toutes\nles douceurs et les regrets, et les rêves déçus, et\nles mensonges subis, deviner quelque peu le calme\nde jours qui s’écouleraient dans les nonchaloirs, sans\ndouleurs et sans rêves, sans pensées, indolents; ou,\nmoins loin, sous un appel de vues adolescentes)\nretrouver les émotions douces du cœur vaguement\nattentif aux harmonies des voix indécises et bonnes\nqui bercent l ’avenir en leurs agathoïdes tendresses;\nou, mieux, au loin, pour échapper à cette existence\nmalheureuse qui nous torture, enlever à ces vils\nmortels nos dédains, nos désespoirs et nos douleurs,\net fuir, au loin, par delà les horizons connus et\nles échos des choses de la terre, et sous l’azur où\ndorment nos rêves, évoquer le sommeil, l’impassible,\nl ’oubli dans la solennité pérennelle du néant...\n                          *\n                         * *\n   Je l’ai rêvée.\n   L a seule et tant aimée, ah! fluette et blanche et\nblonde, et que bonne ! Les annelures blondes de ses\ncheveux ballants sur ses épaules blanches engerbent\nles rayons des soleils chimériques; sous les reflets\ndes lumières célestes, l ’inaccessible clarté bleue des\nlacs sacrés azuré ses chers pâles yeux limpides, déli­\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "    Évocations.                                    319\n\n\ncieusement mouillés aux vagues émotions ignorées\ndes bonheurs ; et l’harmonie et la fragilité suave de\nson être, la mièvre et douce cadence rythmant\nsa démarche subtile, et la vierge floraison des plus\nriches trésors de sa jeunesse achèvent de l’idéaliser\npour l’identifier en mon âme adorante aux visions\nd’adéquats poèmes éternels.\n   O Toi, la rêvée, et tant aimée, or, azur, blancheur,\noh ! majestueuse et vierge long-voilée de pureté,\nineffable et fluette, et Rêve, viens nous éblouir en\nl’ascension de l’au-delà, sous l’immensité céruléenne\ndes cieux, que mes pensées parcourent les avenues\nmystiques de ton cœur où les larmes pussent se\nvaporiser, exquises, sous l’anthèse des fleurs pures,\naux soupirs épars des effusions rayonnant les mul­\ntiples extases qu’abandonnent le s éthérées splendeurs\ndes soirs d’amour.\n                           *\n                          * *\n  Elle est partie, et ne m’a rien voulu laisser de ces\nvergiss-mein-nicht d’amour qu’on détient si bana­\nlement chèrement. Soit. Je ne veux pas de souvenirs\nd’elle ; son souvenir s’est fait tout un étui de mon\ncœur.\n                           *\n                          * *\n  Je doute.\n  Nos convergentes méprises appellent sponta­\nnément cette incertitude qui décourage, et le doute\nsera ce qu’il y a de plus constant, de plus logique, de\nplus rationnel.\n  Pessimiste. Sceptique.\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "320                                                L a Wallonie.\n\n\n\n   Ne rien croire, parce qu’on ment toujours ; ne rien\ncroire, parce que rien ne semble être la certitude ;\nne rien croire, parce que rien ne peut être certain.\n   Nibil! rien, rien n’est vrai. Ce qui est vrai, c’est que\nrien n’est vrai.\n                         Qui n ’av an ce pas, re c u le . Le te m p s m arche\n                        en a v an t e t ne re v ie n t pas s u r lui-m êm e.\n                                                   C. F . W e i s s e .\n    En finir!\n    E h bien, non ! Laissez-nous cette vie de souffrance,\nà nous qui souffrons depuis toujours! Nous l’aimons.\n Que nous importe le murmure de nos troubles, de\nnos peines, de nos regrets; que nous importe que\nnotre cœur défaille!\n    C’est l’éveil, l’essor du rêve, et c’est la lutte\ndernière et l’essor vainqueur!\n    L ’action! disait Kant.\n    Le ciel est bleu, l’avenir rose et jeune chante en\nl ’ascension de l ’au-delà, sous l’éternité des soleils de\ntriomphe.\n    Allez, vous les artistes, les vrais, les forts, les\nseuls ! Allez vers le but suprême, seuls et forts, et\nrecommencez demain et toujours, ceints d’indéfec­\ntible volonté, et fuyez le troupeau stupide des\nfoules clamantes; et l’âme enivrée de tumulte et\nd’idéal, rebelles et grands d’ampleur sereine, allez\nvers les immensités vierges et les sommets glorieux,\ndans l’ambition du génie et l’orgueil des soirs\nde combat, étreindre sur vos pensées la chimère des\nvictoires.                         G e o r g e KELLER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 322, "titre_corps": "Sonnets symphoniques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "SONNETS SYMPHONIQUES. I. UN soir d’orgue s’épand", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 352, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "SONNETS SYMPHONIQUES.\n\n                           I.\n\n\n\nU\nN soir d’orgue s’épand au sein des hautes nefs\net la chair lasse enfin de languir en les doutes\ns’est béatifiée au seuil saint des absoutes\nque proroge l’effroi de lim bes vains et brefs.\n\nDu séraphique azur des ailes sur les voûtes\ndescend le clair rayon pacifique aux griefs\npour l’H ym en souhaité des m ystiques reliefs\noù harpent les luths d’or des accords hauts de joûtes.\n\nE t p ar l ’apothéose ardente des encens\nclame l ’épithalam e un m iracle des sens\naux flagellations lancinantes des verges.\n\nS’incarnan t au sens p u r des m ots universels\nvoici qu’a surgi — V erbe ineffable des vierges —-\nun rêve de p rofil aux gloires des missels.\n\n                          II.\n\nP our le Triomphe h aut des h eurs qui sonnera\nélus seront les P u rs parm i les P urs des castes\nles m a rty rs de ta gloire aux sélections chastes\noù l’Orbe irrad ian t les pourpres trônera.\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "322                                                L a Wallonie.\n\n\n\n      S agittaire ta dextre un tr a it d’or dardera\n      qui terrasse le fauve et fulgure les fastos :\n      et du fer m eurtrier des prêtres H éliastes\n      ja illira l’âpre horreur d’un culte de M ithra.\n\n      A lors, le front fleuri de l’or hélianthèm e,\n      l ’albe catéchumène au suprêm e baptêm e\n      attestera l ’éclat de ton règne avéré :\n\n      et néophyte au rite adulé des symboles,\n      surgira de l ’épreuve époux régénéré,\n      du sang pur qui ruisselle aux pourpres Tauroboles.\n\n                                I II.\n\n      P a r les sanglants glaciers d ’un soir nué de prism e\n      ta Gloire qui ceindra la sacre des halos\n      procède fastueuse en l’em phase du los\n      des orgues éployant les vagues d’un lyrism e.\n\n      Au g rand A rc-Triom pal où n ’accède point d’isthm e,\n      victorieuse enfin du sang et des sanglots\n      tu vas, déifiée, érigeant tes yeux clos\n      vers l’heure où s’élargit un geste d’héroïsme.\n\n      L ’Orbe d’or des E lus en cortège princier\n      mêle au déferlement des casques et des hastes\n      les som ptuosités triom phales des fastes :\n\n      et ton front qui frissonne en la pourpre et l’acier,\n      candide ! épanouit ses grâces assassines\n      aux m odulations des flûtes Tibicines.\n\n 1887.                                  A c h il l e D ELA ROCH E.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 323, "page_fin": 332, "titre_corps": "Impressions et sensations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE. IMPRESSIONS ET SENSATIONS par Arnold Goffin", "ancre_fin": "blêmes joyaux irisés.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ANTHOLOGIE DES PROSATEURS BELGES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 354, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "C HRONIQU E L I T T É R A I R E .\n\n\n             IM PRESSIONS E T SENSATIONS\n\n    par A r n o l d G o f f i n . — P aris, Léon V annier, 1888.\n                   E au-forte de L éon D ardenne.\n\n   D égoût : telle semble à prem ière vue la caractéristique\nd’A rnold Goffin. C’est la plus apparente, la plus extérieure.\nMais nous sommes en présence d’un a rt très interne, et la\ncoque am ère et hérissée ouverte, on trouve un fru it im prévu,\nd’un goût âprem ent délicat.\n   N aguère, dans une p énétrante étude, H ector Chainaye\nnous in itiait spécialem ent à la genèse du Journal d’A ndré et\nde D elzire M oris. J ’ai relu ces livrets saturés d’une si to u ­\nchante âcreté raffinée avant d’entreprendre Im pressions et\nSensations : leur gradation garde, sous des ornem ents logi­\nquem ent variés, une belle unité d’essence. Trois m arches\nsculptées dans un même m arbre — d’un grain nouveau.\n  R arem ent œ uvre digne d’attention m ’imposa ta n t de\nscrupules, parce que je me suis rarem en t trouvé devant une\nsi haute conscience et devant une si noble susceptibilité\nd’homme et d’artiste.\n  N ’est-ce pas déjà to u t dire et ne pourrais-je pas m ’arrête r\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": " 324                                           L a W allonie.\n\n\n\n     C’est une assez triste chose que de critiquer. Ce m ot hos­\n  tilem ent étriqué de critique rim e avec une trop harm onieuse\n  richesse à m oustique. A nalyser sourit davantage. A nalyser\n  son âme — comme Goffin — en com plétant son œ uvre m algré\n  soi, inconsciemment presque, p a r la façon même dont on\n l’analyse, c’est l’idéal. Mais analyser l’œ uvre — ou l’âme —\n d ’autrui, cela ne renferm e-t-il pas encore une plus grande\n p a rt d’im possibilité et de déception qu’on ne pense générale­\n m ent ? On n ’arrive, comme dans certains calculs, qu’à une\n approxim ation. R ien n ’est plus m ystérieusem ent enchanteur\n que la contem plation du caractère tranché propre à chaque\n chose, cette chose fût-elle même infime, même vulgaire, si ce\n n ’est peut-être celle de la fluidique poésie qui en ém ane ainsi\n qu’une insaisissable et complexe auréole. D égager les élé­\n m ents de ce caractère constitue une laborieuse et délicate\n opération de chimie littéraire, mais dont le résultat, si près\n soit-il de l’exactitude, reste en définitive douteux et décevant.\nM élancolie inhérente à to u t ! L e voile d’Isis chatoie comme\n une séduction ineffable, variée infinim ent, sur la n atu re\n entière et sur les œ uvres humaines, sans que la plus géniale\nm ain soit jam ais parvenue ni parvienne jam ais à le bien\n soulever. Seule, la Mort, solennel e t douloureux portique de\nla vertigineuse éternité, laissera les puissantes âmes s’assi­\nm iler à to u t et com prendre à travers le m ysticism e enivrant\n des panthéism es... F atalem ent, dans notre trav ail de décom­\nposition, de subtils éléments, incoercibles et im pondérables,\n s’échappent. Quand nous parviendrions même à les recueillir,\nnotre tentative reste rait encore en p artie stérile, car nous\n serions im puissants à les recomposer — la nature g ard a n t à\njam ais le secret de leur combinaison ! D ésagrégeant toujours\ntrop grossem ent sans atteindre au suprême but, l’analyse\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2072, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                      325\n\n\nne peut-elle être considérée alors, dans certains cas, comme\nune opération impie ? Il est des a rts to u t en dehors, nus,\nexclusivem ent éclatants et m atériels. V éronèse, R ubens.\nD ’autres sont baignés d’un halo de m agies et pleins de fée­\nriques m ystères. D urer, R em brandt. Ceux-ci liv re n t à to u t le\nmonde peut-être le u r enveloppe, m ais tentez donc d’analyser\n ce qu’ils cèlent d’inconnu et de suave ou ce qu’ils dégagent\net qui flotte et rayonne autour d’eux comme un spécial p a r­\nfum spirituel ! A utant vouloir décrire le fluide v ital ou la\nchaleur. D ans quelle gigantesque et pieuse atm osphère\ngothique im prégnée d’horreurs, d’ésotérism es et d’extases ne\ns’épanouit pas une D iv in e Comédie et qui s’ose prévaloir qu’il\nen a sondé toutes les entrailles ! Donnez l’œ uvre aux intuitifs,\net non votre analyse. Affinez un peu les épais, si cela vous\nsied, la sélection de leur descendance s’en pourra ressentir.\nM ais prenez garde d’être un profanateur : certaines œuvres\nétan t presque entièrem ent composées de spiritualité, la\ndissection en fait un cadavre, et l’étalage des organes éteints\net creux de ce cadavre risque de provoquer, chez les privés\nde la seconde vue, des rires grossiers et sacrilèges.\n    Précisém ent les livres d’A rnold Goffin sont su rto u t pétris\nd’âme, de cruelles sincérités, d’extraordinaires délicatesses\n— et de confidences transposées p a r fier dédain.\n    A rnold Goffin appartient à la fam ille de ceux qu’il appelle\njustem ent les pessim istes raffinés. C’est une famille qui sévit\nà l’heure qu’il est. L ’écrivain de D elzire M oris n ’en révèle\nheureusem ent que les tra its essentiels — et non les désa­\ngréables incarnés en certains pessim istes qui ne raffinent que\nl ’ineptie. J ’ai h âte de le dire : il serait ridicule, même de la\np a rt d’un épris de la vie et de l ’avenir, surtout de sa p art, de\nvouloir condam ner le pessimisme dans l’a rt : ce serait simple-\n                                                           21\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "326                                            L a W allonie.\n\n\n\nm ent condamner l’a rt presque to u t entier ; car, enfin, on\natten d encore les génies optim istes. A m a connaissance, l’opti­\nmisme en litté ra tu re n ’éclate — éclate est une façon de\nparler — que dans les pâtes de guim auve cartonnées pour\ndistribution de prix, les alm anachs et les ouvrages couronnés\np a r cette pauvre vieille raccrocheuse d’Académie française :\nMlles de Scudéry et Georges Olmet sont au rang des déesses\nde cette école-là — u n vraie école, s’il en fut, une école pour\nécoles et pour ceux qui sont dignes de n ’en jam ais so rtir ! —\net Louis H ym ans, non moins feu aujourd’hui qu’au cours\nde son existence, en fu t une des nym phes les plus goûtées\np ar les P ru d ’hommes quintessenciés du bon sens belge. I l y a\nencore pessimisme et pessimisme. A uprès d’un pessimisme ren­\nforcé propre à ce tem ps, le séculaire pessimisme qui révèle A na­\ncréon comme E schyle, Catulle comme L ucrèce, R abelais comme\nCervantès, B eaum archais comme B yron, semble presque de\nl’optimisme. L à une n u it lugubre sillonnée de rayon éblouis;\nici, une rayonnante journée dégageant des tristesses infinies.\nOn peut aim er l’une ou l’autre, et c’est encore m ieux d’aim er\nl ’une et l’autre. P as plus que Spinoza, Schopenhauer n ’est, je\npense, en excessive harm onie avec M. V ictor Cousin : que\npeut-on dem ander davantage ? Mais, le pullulem ent de cer­\ntain s pessim istes littéraire s est en tra in de prendre, si on ne\n découvre bientôt un énergique insecticide, les proportions\n d’une nouvelle plaie d’E gypte. Ils ont à peu près cet unique\n thèm e qu’ils ressassent avec beaucoup moins de variations\n encore que le Carnaval de Venise. L es races latines sont en\n décadence ; d’où un détraquem ent nerveux qui affine les sen­\n sations ; d’où un a rt si raffiné qu’il ne peut être populaire.\n C ette décadence n ’est que trop visible chez certains litté ra ­\n teurs, m ais rien, si ce n ’est une explicable illusion, ne les\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                     327\n\n\nautorise à conclure du particulier au général ; et j ’avoue ne\np oint voir la race en décadence, to u t au contraire ! Que des\nœ uvres plus noires, plus faisandées, plus sibyllines dom inent\ndans notre dernière m oitié de siècle, c’est incontestable. Ne\ns’expliquent-elles pas p a r l’avortem ent d’espérances outrées\net p a r le déclin douloureux non d’une race, m ais d’une phase\nhistorique ? Nous sommes énervés comme on é tait surexcité\nen 1830, après 1789 et après l’E m pire. Nous sommes to u r­\nm entés, même ceux qui se cabrent devant dem ain, par le\nnouveau que cherchait B audelaire. U ne rénovation nous\nrendra un enthousiaste et im périeux essor ! Que l’a rt ne\npuisse être populaire, je le pense aussi; m ais il fau d rait cepen­\nd an t se m ettre d’accord sur le sens trop vague qu’affecte ici\nle m ot populaire ; on ne peut, p ar exemple, raisonnablem ent\nprétendre que le nom bre des initiés à l’a rt se réduise à\nquelques-uns ! Ces théories chatouillent les im puissants ; et\nnous avons une légion de littérateu rs qui font des articles\net même un livre pour ne rép éter à satiété que : Nous sommes\ntrop raffinés ! foin de la popularité! nous voulons comme\nS tendhal v in g t lecteurs ! Q uand on m éprise ta n t de popu­\nlarité, on ne le répète pas à chaque page, non point même\np a r fierté, m ais parce qu’on n ’y songe seulem ent pas ! E t,\nsem blable à l’homme vigoureux qui ne parle gu ère de sa\npoigne, m ais se borne à la faire se n tir l ’occasion venue,\nl ’artiste raffiné, au lieu de le répéter sans cesse, ce qui ne\ncoûte rien, le prouve une bonne fois — p ar une œuvre. Les\nvin g t initiés verront bien ! A moins, suprêm e ironie, qu’on\nne doutât d’eux aussi.\n    P arm i les “ pessim istes raffinés, „ quatre dont les âmes\ndifférentes g ardent néanm oins u n e certaine parenté, révèlent\nautre chose que la terreu r chronique de la popularité. Ce sont\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": " 328                                          L a W allonie.\n\n\n\n Poë, B audelaire, H uysm ans et Goffin. L eurs visions évoquent\n de m ystérieuses nuits lunaires sans aurore, dram atisées p ar\n les silencieux éclats d’éclairs fauves. D e ces visions, Poë,\n m athém atiquem ent, dégage l’horreur froide. B audelaire, pro­\n fondém ent, l’étrange beauté. Sous sa plume éclatante et\n lourde, H uysm ans en fait vibrer hollandaisem ent les saveurs.\n E t Goffin, dans son m iroir aux pâleurs funèbres, en concentre\n l’am ertum e avec fébrilité.\n    Déjà dans le Journal d’A ndré , publié en 1885, s’esquissait\n avec une parfaite netteté l ’âme d’A rnold Goffin qui s’est\n découvert du prem ier coup — signe des artistes de race.\n    Il apparaissait comme un frère de B edon vu à trav ers\n Daumier.\n    U ne forme très sertie e t très simple. M algré l’expressif\n emploi de m ots rares et de nom breux adjectifs, les phrases,\n sans brisures ni surcharges, glissent l ’une après l ’autre avec\nune silencieuse et lente sim plicité — telles des ondes paisibles\nem portant des fleurs précieuses sur la réverbération d’un\nciel livide. Chacune d’elles concourt nettem ent, même dans\nles apparentes digressions, à la stricte unité de l’œuvre, expur­\ngée de transitions et de détails oiseux. Irrém édiablem ent\na ttriste la lividité du fond ! Sans larm es, sans cris, presque\nsans plainte même, A ndré — âme tendre, fiévreuse, écœurée\net fière dans u n corps im potent — scrute avec de cruelles déli­\ncatesses et une poignante et insaisissable gradation, l ’inanité\nde ses espoirs d’or ; et, noblem ent blasé, m ais aigri de l’être\nm algré sa hautaine résignation, son esprit analyste, trop\nlucide et trop insatiable, s’épuise à ce charm e horrible :\ncreuser, disséquer ses ennuis et ses rêves inconnus et las.\nOn dirait des E sseintes prisonnier et impuissant.\n   L a nature de Goffin s’approfondit — et s’enveloppe —\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "     Chronique L ittéra ire.                                    329\n\n\n dans D elzire M oris, l ’artiste sensitive, tu é non comme\n D em ailly p ar la femme, non p a r l’œ uvre comme Claude\n L antier, m ais p a r les triviales aspérités de la vie et p a r la\n suraiguë contem plation de son âme — dont l’exquise pureté\n lu i semble insuffisante encore. J e n ’oublierai pas quel engour­\n dissem ent enobli m ’em plit à la lecture de cette œ uvre\nradieusem ent m orne où, sous des dehors dédaigneux, parfois\nbourrus, se to rd en t sans b ru it ni pose des souffrances et des\n am ours si im m atérielles et si imprévues. Quoique l’im pres­\n sion fû t autre, je songeais au bouleversem ent enchanté\n autrefois produit en moi p a r le vertigineux parfum des\n F leu rs du M al. D u coup, je classai D elzire M oris parm i les\n quelques chefs-d’œ uvre de notre littératu re.\n    Ici, la langue p eut-être plus simple encore, m ais plus variée\n de tours, augm ente d’intensité. E lle devient à la fois plus\nmoelleuse et plus corsée. J e dirais volontiers qu’il y fait plus\nchaudem ent froid. Sans fracas, sans cabrioles, les mots,\nm ystérieusem ent te in té s de l ’âme de l’écrivain, s’enfoncent\nju stes dans la phrase, d’une m ate musique qui crie çà et là.\nL a m usique des pas dans la neige. L es épisodes du dram e\nintim e qui ravage Delzire, cette personnelle langue les\ndéroule dans une logique ascensionnelle d’une rigueur et\nd’une discrétion toutes latines; et rien n ’est plus heureux\nque les silences nets et significatifs qui coupent ces épisodes,\nne laissant entre eux subsister que des liens m ystiques.\nL ’analyse des impressions subtiles, des doutes terribles, des\nanatom ies im pitoyables, des to rtu res raffinées qui enve­\nloppent lentem ent d’un atroce “ cancer m oral „ les illusions\net la volonté de M oris, cette analyse, je ne veux pas l ’a­\nnalyser. E lle exigerait trop de finesses, trop de prudences et,\nsans doute, trop d’hypothèses indiscrètes.\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "330                                            L a Wallonie.\n\n\n\n   On sort de l’œ uvre comme d’un caveau inconnu, d’une\natm osphère rayonnante et frigide, où se développe un original\nréseau de végétations douloureuses et blanches, les unes\nfrileuses de fiévreuse sensibilité, les autres cabrées d’orgueil\nm aladif, quelques-unes hostilem ent hum ides de venin.\n   L e tem péram ent d’A rnold Goffin réa p p araît élargi et\nmodifié dans les pages détachées de Impressions et Sensations.\nL e fond tendre est moins continu que dans D elzire M o n s :\nles Proses lyriques , encore éparses dans la défunte Basoche,\nle rendront, transform é.\n   N écessairem ent le dernier livre a m oins d’unité. I l renferm e\nquelques essais, anciens, où l’idéal de Goffin ne tran sp a raît,\nencore indécis, qu’à travers de vagues réminiscences. Puis\ndes fragm ents qui sont moins im portants. I l y en a peu.\n   E n général, les pages de Impressions et Sensations sont\nmoins profondém ent internes — d’im pression et de style.\nL es Visions exceptées.\n   Sous des aspects divers s’y révèle le même rêve sensa­\ntionnel, abstrait, déductif et pessimiste. L a forme a perdu\ncet essence de velours blanc dont la douceur, au m oindre\nattouchem ent, fait frissonner ; elle a plus de carrure et de\ncoloris. Mais ce coloris, pour être de choix, n ’impose guère\nla sensation m atérielle de la réalité : il ne sert qu’à préciser ou\nà faire n aître des pensées toujours intérieures et morbides.\nM algré ses colorations d’albâtre et son trav a il continu,\nla langue reste intellectuelle comme celle de V oltaire.\nSeul le m orceau X X IX fait exception, et c’est que Goffin y\ncélèbre sa couleur favorite : un paysage de neige ! S’il v o it la\ncouleur brabançonne, çà et là, c’est à trav ers un prism e\nsouffrant et pâli. Toujours il reste un chercheur d’âme, un\nalgébrique dialecticien des tristesses retorses et particulières,\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "     Chronique Littéraire.                                    331\n\n\nun am oureux d’au delà — et de savoureuses déceptions. Il\ndétruit souvent vos rêves pour édifier les siens et n ’a jam ais\ncure de vous révolter.\n  L es m orceaux V , V I, IX , X IV , X X III, X X V I à X X X IV\net les Notes Cursives m e paraissent les points culm inants du\nlivre. Q uant aux cinq Visions qui le' couronnent, elles sont\nsim plem ent adm irables. D e quelle m ain sûre est contenu et\nfixé l'afflux complexe des sensations personnelles, quelle\nlucidité est m aintenue dans ces régions abstruses d’une phy­\nsiologie si finem ent spiritualisée, de quelle façon nouvelle\nl’auteur est replongé en lui, la lecture seule p eu t en donner\nl’idée exacte.\n    E n somme, Goffin est am er à force de tendresse. Voilà\npeut-être sa caractéristique. U ne tendresse extrêm e, suave\n et frém issante, blessée à sang d’un souffle, assoiffée de\n communion et trop somm airem ent incom prise hélas ! des\nm eilleurs mêmes et des pénétrants, une tendresse qui se to rd\n fièrem ent en silence, devient ombrageuse, s’exacerbe encore\n p ar un m ortel besoin d ’analyse, achève de se déguiser\n avec une cruelle et hautaine volupté sous des ironies\n et des caprices profonds et parfois se transform e en\n haine, — en une haine blanche qui brûle tranquillem ent\n avec de la glace. A joutez à cela l’exil dans un m ilieu trop\n m atériel pour lui, ce qui tourne en m épris son indifférence\n n ative pour la vie extérieure, l’horreur de la foule qui nous\n étouffe dans ce pays si peuplé, l’incom préhension de la\n n atu re brutale, une te rre u r probable de se réfugier dans\n l’éden de son enfance qu’il sau rait trouver trop épineux\n aussi, enfin des exclusivismes aristocratiques : Goffin peut-il\n ne pas refouler sa n atu re m eurtrie, ardente et raisonneuse vers\n les jouissances navrées des m ystérieuses et nocturnes pschy-\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "332                                               L a W allonie.\n\n\n\nchologies où, de son scalpel glacé, il se dissèque stoïquem ent\nle cœur et le cerveau ? Il s’enfoncera sans doute à ja m a is dans\nce domaine fertile, aux échappées sans fin.\n   Il fau d rait plusieurs rem arques encore, discuter quelques\nthèses sous-entendues dans le dernier livre, s’étonner du\ndécouragem ent de D elzire constatant l’égoïsme au fond\nde to u t : l’égoïsme ne m e p a ra ît pas une déception à la\nRochefoucauld, m ais une élém entaire nécessité : vouloir le\nsupprim er, ce serait vouloir un effet sans cause; la seule\nchose regrettable, à mon sens, c’est qu’il ne prenne pas plus\nsouvent les formes supérieures et sublimes de l’am our et\ndu sacrifice. Mais je n ’ai voulu qu’esquisser la contexture\nd ’une belle âme d’artiste et dire sans réserve qu’il s’est\nconquis à vingt-six ans : en Belgique, on feint souvent de\ncroire que quelqu’un se cherche encore longtem ps après\nqu’il s’est trouvé.\n   S’il fallait un tr a it final, on pourrait peut-être dire : A rnold\nGoffin est un blanc, solitaire et léthargique hiver wallon,\naux horizons bizarres et lum ineux ; et cet hiver frileuse­\nm ent s’emmitouffle dans des gazes flam andes fleuries de\nblêmes joyaux irisés.\n                                         C É L E S T IN DEM BLON.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 337, "titre_corps": "Anthologie des prosateurs belges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Mahaim", "ancre_debut": "ANTHOLOGIE DES PROSATEURS BELGES, publiée avec l’appui du gouvernement", "ancre_fin": "Ernest Mahaim.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MADAME LUPAR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 363, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 1321, "fin_caractere_exclue": 1692, "texte": "A NTHOLOGIE DES PRO SA TEURS B E L G E S , publiée avec\n    l’ appui du gouvernem ent,par C. LEM ONNIER, E. P IC A R D ,\n    G. R o d e n b a c h , E. V e r h a e r e n . — Bruxelles, V e Mon-\n    nom, 1888, 1 vol. g d in-8°, X I-365 p. — P rix : 5 frs.\n\n  On se souvient du vacarm e qui s’est élevé naguère, à\n annonce de cet ouvrage : à priori, sans attendre, on s’est\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "      Chronique L ittéraire.                                                          333\n\n\nplu à je te r les injures, les accusations, les calomnies, sur les\nq uatre écrivains à qui le gouvernem ent venait d’accorder\nun m aigre subside, destiné à couvrir les frais d’une publi­\ncation nationale. U ne sollicitude soudaine pour les deniers\npublics, m éprisés en d’autres tem ps, fit proférer de p atrio ­\ntiques objurgations. L e subside fut m aintenu, et l’œ uvre v ien t\nde paraître, saluée dès sa naissance, p ar de générales criail                            ­\nleries. Quoi de plus n atu re l ? E lles viennent de l’envie, de\nla haine, ou de cette lèpre belge : l’esprit de p a rti politique.\n   Disons-le to u t de suite : le prem ier volume de l' Anthologie (1)\nest un ouvrage utile et m éritoire; pour celui qu’une passion\npolitique ou littéraire n ’aveugle pas, c’est une œ uvre v rai­\nm ent nationale; les m isérables quinze cents francs des con­\ntribuables qui y ont été “ engloutis „ sont m ieux employés\nque plusieurs autres quinzaines de mille.\n   Nous ne voudrions point, pour notre p art, que ce travail\nn ’eut pas vu le jo u r et ne soit pas continué.\n   Cela ne nous em pêchera pas de le ju g e r avec to u te la sévé­\nrité qu’il m érite.\n   Ce n ’est pas chose facile d’apprécier un livre où rien du\nfond n ’ap partient aux auteurs : l’arrangem ent, l’ordre, la\nclassification, sont ici seuls en cause, et c’est précisém ent en\ncette m atière qu’on m et le moins d’objectivité, — la chose en\n outre, paraissant, à toute autre occasion, sans in térêt.\n    C ette anthologie a un aspect inaccoutumé : pas la m oindre\nintention didactique; les noms des auteurs sont suivis d’une\n courte notice, donnant à peine quelques indications biogra­\nphiques, enferm ant en peu de phrases deux ou trois tra its\n\n\n   ( 1) On s a it q u e tro is a u tre s volum es c o n tie n d ro n t : les P o è te s, les\nA u te u rs D ram atiq u es, les O ra te u rs.\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "334                                               L a W allonie.\n\n\n\nlargem ent brossés. L a bibliographie qui y est jointe n ’indique\nque les œuvres principales.\n   U ne préface, écrite en beau style de haute allure, énonce\nle b u t poursuivi et le procédé employé : suivre la série\ndes efforts continus des générations précédentes vers une\nlittératu re nationale; fixer parm i eux ceux qui dénotent\nquelque originalité d’écriture, une préoccupation d’art. L a\ngrande difficulté consistait à g a rd e r les distances, à donner à\nchacun l’im portance qu’il m éritait.\n   I l nous semble qu’en cette tâche, les auteurs de l ’an th o ­\nlogie ont souvent failli.\n    Ils ont fa it en trer dans leur P anthéon une foule d’écrivains\n— historiens, voyageurs, gazettiers, m ilitaires, critiques\nd’occasion, — qui ne possédaient les qualités d’originalité et\net de préoccupation artistique qu’à un faible degré ; une\nfois ceux-ci installés, on n ’au rait point du laisser à la porte\n— même avec un grand coup de chapeau — ta n t d’autres qui.\ndans la publicité, avaient pris large place. Soutiendra-t-on\nsérieusem ent qu’il y eut chez de G erlache A ltm eyer, le\ncardinal Dech amps, Coomans, Gens, De P ré , le général\nB rialm ont, T ham ner et ta n t, ta n t d’autres, quelque effort artis­\n tique vers l ’instauration d’une litté ra tu re nationale ? Certes,\nles quelques pages données de chacun d’eux contiennent\nparfois de belle prose, soignée surtout, mais n ’y en a-t-il point\n de com parables en Quételet, L aurent, Gachard, Stécher, pour\n ne citer qu’en résum é tous les refusés. P arm i ceux-ci, il en\n est un dont la prétérition, même à la Préface nous p ara ît\nétrange, c’est M. Delbœuf. L es auteurs de l’anthologie ont-ils\n donc ignoré la Belgique contemporaine, que ja d is — il y a\nquelque vingt-cinq ans — dirigeait un groupe de jeunes\nliégeois, avec des allures trop peu dégagées, m ais précisém ent\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1962, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                       335\n\n\nclans le b u t de form er une littératu re nationale, ou p lu tô t\nune litté ra tu re w allonne en langue française. Il y eut là\ncependant un effort sérieux.\n   Q uant à M. Delbœuf, qui fu t de ceux-là, ses livres de p h i     ­\nlosophie même accusent une notoire préoccupation de la\nform e, et telles ou telles pages sont de facture artiste.\n   A notre avis, ces “ existences dévolues au lab eu r de la\npensée „ et qui, p a r hasard, avaient laissé une page de prose\nbien tréb u c h an te n ’avaient pas droit p a r ce fait seul à l’hon­\nneur de l’anthologie ; tous ceux qui se sont servis du V erbe\ndans un b u t profane, devaient en être exclus. Mais quelles\nressources offraient les seuls écrivains de vocation en B el­\ngique ? Sont-ce des “ fleurs „ qu’on p eut cueillir dans nos\np etits rom ans de la Revue de Belgique et de la Bibliothèque\nG ilo n , dans les critiques littéraire s de nos jo u rn au x ? L e\nvolume eut été bien m aigre. D e là, sans doute, le compro­\nm is qui fait que l ’anthologie ne tie n t pas, intégrale, la pro­\nmesse dé sa préface.\n   E lle ne nous semble pas non plus avoir bien surm onté la\ngrosse difficulté de l’im portance à assigner aux élus. “ Répa­\nration pour quelques-uns, justice pour tous, telle fut notre\npensée constante „ disent les auteurs. Telle fu t aussi la cause\nde plusieurs méprises. A côté de la justice, il fallait, pour\nquelques-unes, une réparation ! Oui, ils savent p a r expérience,\nceux qui ont entrepris cet ouvrage, à quel public réfrac             ­\ntaire à toute idée de litté ra tu re ils s ’adressent. E t ils ont\nvoulu lui imposer des noms qu’il a ignorés ! D e là, une\nlutte contre l ’opinion vulgaire. D e là l’odeur de poudre,\nque sentent ces “ fleurs. „ C ette affirm ation envers et contre\ntous d’une indépendance d’esprit réelle nous p la ît assez quand\nelle venge D e Coster, ou quand elle se com plaît à citer tous\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": " 336                                             L a W allonie.\n\n\n\n les jeunes écrivains des récentes années; beaucoup moins\n quand elle accorde 12 pages à M. N au tet pour son érein te        ­\n m ent de R enan.\n     I l nous semble aussi que cette préoccupation a déformé\n quelque peu la hiérarchie des écrivains cités. Ceux qui\njouissent déjà d’une réputation définitive ont moins d’espace :\n te l Pirm ez.\n     C’est peut-être à une raison de cet ordre qu’il fau t a ttr i­\n b uer la façon cavalière dont est tra ité M. Em ile de L aveleye :\nune notice aigrelette, où l’on accorde que dans une an th o lo ­\ngie d’auteurs belges, M. de L aveleye tie n t “ toutefois „ son\nran g ; puis deux pages d’ex tra it! Nous n ’irons pas ju sq u ’à\ncom pter les lignes et nous a tta rd e r en de mesquines compa­\nraisons, m ais il y a ici une certaine m auvaise volonté. Relisez\ndonc les préfaces de la Propriété p rim itive ou du Socialisme\ncontemporain , de tels m orceaux sont d’une plume v raim en t et\nnativem ent littéraire .\n    E n somme, le livre est in stru ctif et utile. In stru ctif, même\npour les gens de lettres, chez qui il rép a re ra plus d’un\noubli, à qui il apprendra plus d’un respect : pour notre\npart, nous avons lu avec ém erveillem ent les quelques\npages de Houzeau. U tile et in stru c tif à la foule, pour laquelle\nil a été écrit : il pénétrera sans doute dans le public à\nl ’écorce de pachiderm e; il le forcera à épeler les noms\nd’écrivains qu’il ignore, et à en saluer d’autres qu’on a\nl ’habitude de bafouer.\n    L ’im pression personnelle que nous conservons de la lecture\ndu volume est à la fois une certaine hum iliation et un fier\nsentim ent d’espérance. Certes, nous n ’avons pu réprim er une\ndéception tout d’abord : ça, le livre d’or des prosateurs\nbelges ? Bon Dieu, que d’alliage ! L e ran g que nous possédons\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                    337\n\n\ndans le commerce, l’industrie et même dans la science n ’est\npas celui que nous m érite, vue en totalité, une telle litté ra ­\nture. Quelle plaisanterie ce se ra it de com parer ces pages, à\ncelles que les écrivains de F rance ont laissées ! Mais en même\ntem ps, quel encouragem ent, quelle fierté pour les jeunes\nd’entre nous qui se sont voués aux L e ttre s ! L a m eilleure, la\nbonne p artie de l ’A nthologie, mais c’est celle réservée aux\ndernières générations ! C’est à elles qu’il sera donné de p ara­\nchever un solide et splendide édifice que ses devanciers — la\npreuve est là — ont été im puissants à faire surgir du sol\nin g ra t et hostile.\n   Trois de nos collaborateurs ont l’honneur de figurer à l’an­\nthologie : Célestin Demblon (un ex tra it du Roitelet ), Ju les\nD estrée ( Lettres à Jeanne) et A lbert Mockel, deux pages des\nFum istes W allons. Ces extraits, comme d’ailleurs la p lu p art\nde ceux du volume, sont trè s bien choisis. U n étonnem ent,\ncependant : dans l ’œ uvre de Mockel, on a puisé précisém ent\nau livre qu’il avait publié sous pseudonyme dans l’intention\nde fair e voir le peu d’im portance qu’il y attachait.\n\n                                       E r n e s t MAHAIM.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 340, "titre_corps": "Madame Lupar", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MADAME LUPAR. 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Seuls, parm i les œ uvres précédentes de notre\nprotéen rom ancier, certains chapitres de Thérèse Monique me\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "338                                           L a Wallonie.\n\n\n\nsem blent se ra tta c h e r à Madame L upar, Cette diversité\nd’aspects de Camille Lem onnier tien t évidem m ent à ce qu’il\nsait adm irablem ent adapter une forme nouvelle à un sujet\nnouveau; toutefois, plusieurs critiques en ont argué pour\naccuser son œ uvre de m anquer d’unité. Sans doute, c’est\nassez vrai. Mais je ne suis pas de ceux qui reprochent\nB ouvard et Pécuchet à l ’auteur de la Tentation de Sa in t\nAntoine.\n   Cependant Madame Lupar n ’est pas, à beaucoup près, entre\nles livres de Camille Lem onnier, un de ceux que nous\naimons le mieux. C’est bourgeois, très sincèrem ent bourgeois,\nm ais trop bourgeois, — et p ar cela même trop loin de nos\ndésirs. P uis, la description de certaines figures ne nous donne\npas une im pression de nouveauté. Enfin, la forme semble\nparfois un peu brossée à grandes taches de couleurs trop peu\nvariées, et la phrase n ’a pas ces lointains de lum ière qui\nnous charm aient dans E n Allemagne.\n   Mais quelle im pression de réalité grise cette évocation\nd’un m ilieu intellectuellem ent glacé, ces êtres au cerveau\nsirupeux qui n ’ont guère d’activité que celle des cancans ;\ncette société de médiocres et de mesquins, groupés autour\nd’une femme tranquillem ent et com mercialement adultère,\ncette belle femme froide dont la supériorité calculatrice les\ndomine comme une statue.\n   A utour de Madame L u p ar évoluent divers personnages:\nquelques m énages bourgeois, des amis, un jeune peintre, un\nvieux Monsieur bien élevé qui se débauche avec dignité, —\nl’un des types les plus apparem m ent v rais; et enfin le véri­\ntab le héros du rom an, Isidore L upar, le petit m ari rata tin é\n de la belle M adame L upar, l ’employé routinier, dont la\npiètre cervelle noue à g ran d ’ peine les idées du tous-les-jours\n banal.\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "      Chronique Littéraire.                                      339\n\n\n  B alzac avait déjà promené son clair reg ard d’artiste dans\nle monde des employés. Mais son œ uvre est une évocation\nfourm illante de cet organism e : l’A dm inistration, bien plus\nque l’étude histologique de l’un de ses membres. Zola, aussi,\nav ait décrit un em ployé dans Pot-Bouille. Gogol et Tour-\ngeniev encore,— de plus loin. Mais un seul, G ustave F lau b ert,\nen éclaira bien la physiologie, par son fam eux B ouvard et\nPécuchet.\n    Camille Lem onnier, venu après, a fait œ uvre différente;\n non pas d’une m anière absolue, pourtant. Les R abourdin\n sont rares, — comme en général les hommes de génie.\n R estaien t les deux grands types déjà créés : le type Bou­\n vard, et le type Pécuchet. C’est P écuchet qu’av ait décrit\n Z ola; m ais superficiellem ent et sans donner le tr a it définitif.\n C’est encore P écuchet que m et en scène Camille Lem onnier.\nL e ch étif employé m esquin,.il l’examine som m airem ent et le\nsabre de longs tra its de lum ière grise qui sem blent d’abord\nrudim entairem ent l’éclairer; plus ta rd , il est vrai, il le fait\nse m ouvoir sur les g rand’routes d’une action trè s simple,\ne t l’atm osphère même de cette action complète la nuance\nparticulière qui doit caractériser le modèle. Cependant la\nprem ière im pression est celle d’une œ uvre trop vite achevée,\ndans laquelle l’auteur a côtoyé son sujet au lieu de l’explorer\nà fond; — m ais, le volume fermé, quelques grandes scènes\ndressent leur masse, et quelques personnages se trac en t en\nclaires silhouettes sur le voile du souvenir.\n   A lors Isidore L u p ar ap p araît ce qu’il est vraim ent : le\ntype définitif de Pécuchet m arié, dont toutes les qualités\nconjugales et adm inistratives procèdent de la bêtise. Il est\nbête régulièrem ent, il est ponctuellem ent bête ; chétivem ent\nbête et bêtem ent adroit, fidèlem ent bête et bêtem ent\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1330, "texte": "340                                            L a Wallonie.\n\n\n\ntendre ; il est bêtem ent honnête, il sera bêtem ent ignoble ; —-\ntandis que Madame L up ar tranquille et froide, calculatrice\nm ais largem ent réfléchie, le domine de toute l’assurance de\nsa prostitution : cette prostitution paisible et sans volupté\nqu’elle gran d it aux proportions d’un pénible devoir familial.\n\n   E st-il besoin de le dire ? nous ne pouvons que difficilement\nju g e r ce liv re ; il est trop loin de ce que nous voulons et\ncherchons nous-mêmes, nous ne vivons pas sans effort dans\nson atm osphère et nous avons peine à en bien discerner, à\nen com parer nettem ent les diverses qualités.\n   Cependant j ’énoncerai toute m a pensée en résum é :\n   M adame L u p ar est une œ uvre d’une grande force, dont les\nparties ne me sem blent pas assez harm onisées ; la forme\ntoujours si belle chez Camille Lem onnier, manque parfois de\nplan et de variété : Madame Lupar m ’ap p a raît comme\nl’œ uvre d’un peintre qui n ’au rait pas voulu débarrasser sa\ntoile de quelques em pâtem ents un peu lourds. Mais ces 350\npages d’observation et de description n ’en resten t pas moins\nun livre puissant où la vie circule, et, ce que je n ’ai pas assez\nfait sentir, un g rand rayon de lum ière grise qui baigne to u t\nun coin de la Société.\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 340, "page_fin": 344, "titre_corps": "Flammes mortes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "FLAMMES MORTES. Un livre de poète, et de vrai poète", "ancre_fin": "Albert Mockel.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PETITE CHRONIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 371, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 1330, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "FLA M M ES MORTES.\n\n   U n livre de poète, et de v rai poète chercheur. C’est, comme\nle Missel de Raoul Pascalis, le récit et la suggestion de to u t\nce qui peut se réfléter d’une Fem m e en l’esprit d’un artiste.\nL a Fem m e rem plit ces Flam m es mortes de son lourd parfum ;\nexcitant, m ystique ou de rêves défunts, suivant la m arche\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "     Chronique Littéraire.                                                         341\n\n\ndes jours. E lle fut l’aimée; elle fut l'adorée ; la B éatrice de\ncet évocateur de P arad is; l ’initiatrice de ses pensées; — elle\nsera la forme éloignée qu’on rappelle ; et, parm i les gestes\nrésignés qui p o u rtan t de tristesse s’ém euvent. le souvenir de\nsoleils m orts qui ja d is ont doré la belle vie juvénile du poète.\n   L e livre de G abriel M ourey s ’oriente logiquem ent vers un\nseul horizon; une seule pensée est sa boussole. M alheureuse­\nm ent la disposition des pièces ne répond pas toujours à l’idée\ndu livre. On ne sent pas assez la m arche vers la douleur , la\nm arche inexorable des jouissances d’abord caressées ; certains\nvers de la fin se voudraient au début, et les vers mêmes par\nlesquels se clôt le volume dim inuent l’impression désirée. Si\nle to u t en acquiert plus d’apparente vérité, il en p erd une\nnuance de sa lum ineuse unité artiste.\n   Mais j ’ai à signaler bien des qualités claires. Gabriel Mou­\nre y anime avec un singulier bonheur, l’image qui doit sym ­\nboliser sa pensée, et guidé p a r un tact d’une décision rare, il\népingle çà et là quelque épithète imprévue et incisive, quelque\nreflet de larges harm onies, quelques lignes brisées de rythm es\naux ondulations bistournées m ais sim ples, — ce qu’il ne doit\nqu’à lui-même. Certes, je lui reprocherai vivem ent de se laisser\naller souvent à une certaine négligence, où des tournures\nprosaïques, où des m ots imprécis, où des phrases aux fra ­\ngrances trop continûm ent identiques. Mais on peu t déclarer\npoète le scribe de vers comme ceux-ci :\n         J ’ai bu de te s re g a rd s n o irs en b u v a n t de te s p le u rs.\n\n         M o u ran ts com m e u n ra y o n m o u ra n t d ’éto iles b lan ch es,\n                   M ièv rem en t s ’é te ig n ire n t te s yeux.\n\n               Il se fit u n envol c la ir de flo raiso n s b la n c h es,\n               A l'ad ieu de te s re g a rd s gem m és.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": " 342                                                                     L a Wallonie.\n\n\n\n   P uis ce rythm e, évocateur d’une lassitude qui se pâme :\n           Au so n des m u siq u es p a re sse u se s,\n           N o n ch alan tes e t len tes en le u rs ry th m es su b tils,\n           Ainsi que de le n ts frô lem en ts de m ain s c aresseu se s,\n           Suaves com m e des re g a rd s d’av eu so u s les cils,\n           L aisse-m oi p o ser en te s g rê le s m a in s b lan ch es\n           Mon fro n t q u e la fièvre de v iv re a b rû lé,\n\np lu s lo in :\n           Un envol de voix d o u ces d a n s des c la rté s lu n a ire s ;\n           Une c h a n ta n te tié d e u r de p arfu m s v a g u e s ;\n           Des caresses flo ttan te s d 'â m es lég ères\n           S u r de b leu s ra y o n s a in si q u e des v a g u e s ...\nce deuil aussi :\n           L’au to m n ale la n g u e u r d e te s re g a rd s n o irs ...\n          T es yeu x où sa ig n e to n âm e in co n so lab le,\n          Sous les c ils m o u illé s; tes y eu x m iro irs p en sifs\n          De m on a m o u r a ttr is té , de m es d o len ces.\n          P riso n n o ire où d o rm e n t m es rê v e s c a p tifs ...\n\n   E t, dans les P roses mineures, la partie du livre la plus\nconstam m ent belle : “ nos jours de joie, oh il me semble que\nc’est très loin, très loin, là bas, loin derrière des vagues\nd’années, des régions de rem em brances abandonnées, des\nrêves m orts de bonheurs que nous ne savions p oint. „\n  Enfin, l’initiale évocation de l’Idole :\n             Sous l’e n c h e v ê tre m e n t des p o u tre s de c è d re ,\n             D ans u n d é co r effacé de toiles p e in tes.\n             Se tie n t l’Id o le , rig id e en sa c ath èd re\n             D’iv o ire à jo u r e n s e rr a n t des im ages d é te in tes.\n\n             S u r sa ro b e , parm i l'o r tissé des fleu rs ro y a le s,\n             Des lys, au sv elte c alice de lu m ière,\n             S ’e n v o le du vol de ses ailes fatales\n             Un sym bole h ié ra tiq u e de C him ère.\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "      Chronique littéraire.                                                       343\n\n\n            E n ce v ê te m en t de sp le n d e u r qui l’en lace,\n            D évoilant le se c re t de ses ch arm e s g rê le s,\n            E lle e s t u n rê v e de c h a s te té , de g râ c e\n            S a in te , com m e u n e v ierg e d a n s u n e n e ig e d ’ailes.\n\n            G lo rieu x de c a n d e u r, sv eltes com m e s u r la ro b e\n            Au tis su ro y al, des lys v iv a n ts s’é la n ce n t,\n            Des lys au p ro fo n d calice où se d érobe\n            A ux im p u rs l’â me de le u rs p arfu m s qui p e n se n t.\n\n            E lle, Elle s o u rit u n p eu d an s la c la rté\n            Q ue fait l’o r de se s ch ev eu x en au réo le.\n            L’a ir s’allèg e de M atérialité\n            P a r la p ré s e n c e s a n c tifian te de l’Idole.\n\n    A v rai dire, toutes les pages des Flam m es mortes ne v alen t\n point celles-là; le livre est inégal, e t heurte p ar la conjonction\nfréquente de certains mots, et de trop peu variés accouple­\nm ents d’épithète à substantif. Mais, ce que je n ’ai pas encore\nmis en lum ière, c’est la liberté d’allure de ces vers et leur\n désinvolture de gestes souples. Gabriel M ourey use avec\nhabileté, — je dirai p lu tô t avec l’instinct du flo ttan t et\nde la ligne courbe,—- il use des rythm es emmêlés de vers de\n9, 11 et 13 syllabes, raccourcis et plus ondoyants p ar des\nm uettes.\n   “ Que ton vers soit la chose envolée....,, a dit V erlaine; ce\nn ’est point cela, ici; mais p lutôt des poses lentes de vers aux\nattitudes de jeune femme lasse : oui, les jeunes femmes trop\nde chair, les nonchalantes de ses pensées, et leur mol lan ­\nguir qui les fléchit en paresseuses aux tièdes plages noyées\nde crépuscule. P a r ce côté de sa technique, G abriel M ourey\nnous intéresse doublement. Mais s’il a rom pu avec l’ancien\nalexandrin caduc, cependant il use très peu des harm onies\ninternes ; aux rares places où se perçoit l’indication d’un ton\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 509, "texte": "344                                             L a Wallonie.\n\n\n\nmusical, on sent le hasard ou la simple ébauche d’une pre­\nmière tentativ e encore isolée de la droite ligne logique. Cela,\nj ’espère que G abriel M ourey le voudra bientôt perfectionner,\net qu’une dernière évolution le fera des nôtres aussi complè­\ntem ent p ar la réalisation d’art, qu’il l’est déjà p ar la commu­\nnauté d’un libre désir vers l’œ uvre qui sera.\n                                           A l b e r t M OCKEL.\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 344, "page_fin": 344, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE. Le Jury de la Seine tient", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 375, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 509, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "P E T I T E CHRONIQUE.\n   L e J u ry de la Seine tie n t à conserver sa réputation d’in­\ncorruptible Joseph P ru d ’homme. Cam ille L em onnier s’est vu\nciter devant lui, à propos d’un conte publié dans le Gril B la s.\n   Voici quelques noms d’infâmes littérateu rs ainsi traînés au\ntrib u n al : sans com pter le “ vil pam phlétaire, il y a P ierre-\nC harles B audelaire, G ustave F lau b ert, les frères de Gon     ­\ncourt... Cela suffit, n ’est-ce pas ?\n                                   *\n                               *       *\n\n   N otre am i et collaborateur S tu art M errill et M. A rth u r\nJam es, l’auteur de Toques et Robes, ont eu tous deux la dou­\nleur de perdre leur père. L a rédaction de L a W allonie leu r\nadresse ses plus vives condoléances.\n                                  *\n                                 * *\n   Deux m ariages à la W allonie : A uguste Vierset le 17 août,\net R ené Ghil le 20 août.\n   Ce dernier s’est fixé à Melle, dans les deux Sèvres ; mais\nen q u ittan t P aris, il n ’a rien abandonné de ses idées, et\nconservera son attitu d e m ilitante de novateur qui veut que\nl’œ uvre soit.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE\n                        EL Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                     L I E G E.\n\n     S p é c ia lité d ’a g r a n d i s s e m e n t à la lu m i è r e é le c tr i q u e .\n\n\n    FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                     P la ce du T h é â tre , 11, Liège.\nP o r t e - c i g a r e s e n é c u m e de m e r , a m b r e e t r a c in e d e b r u y è r e .\n   — P iè c e s de c o m m a n d e , É c u s s o n s , In itia le s , P o r t r a i t s ,\n   e x é c u té s e n 24 h e u r e s .\n                              RACCOMMODAGES.\n\n\n                          V IEN T D E P A R A IT R E :\n\n       Contes                         pour                     l’a i m é e\n                                            PAR\n\n                             M a u r ic e     S I V IL L E\n\nU n volume grand in-8°. E dition de g rand luxe, caractères elzé­\n             viriens. Illu stré de 25 compositions,\n                                             par\n                           E m ile       BER CH M AN S.\n\n  T irage de bibliophile à 250 exem plaires num érotés p o rtan t\n               imprim é le nom du souscripteur.\n\n                                P r ix : 10 fran cs.\nOn souscrit chez Aug. B EN A R D, im prim eur-éditeur, à Liége\n               12, rue du Ja rd in Botanique, 12.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "3e ANNEE, No 7 .", "ancre_fin": "D’ART", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Comité de Rédaction", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 142, "texte": "3e    ANNEE, No 7 .\n\n                  LA W ALLO NIE\n   R E V U E M E N SU E L L E D E L IT T É R A T U R E E T D ’A R T\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Comité de Rédaction", "ancre_fin": "SIVILLE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Bureaux : rue St-Adalbert", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 142, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "Comité de R édaction                       P.M\n                                                            .OLIN\n                                                    E r n e s t M AHAIM ,\n                                                  ALBERT M OCKEL\n                                                     M a u r i c e SIVIL L E .\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-206", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bureaux : rue St-Adalbert", "ancre_fin": "6 fr. 50.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 494, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "B ureaux : rue St-A dalbert, 8, Liége.\n Envoi d’ un num éro sp écim en c o n tre 5 0                                 cen tim es\n                 en tim b res-p o ste.\n\n         ABONNEMENT : 5 fr. par an. 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Duel.\nG a b rie l M ourey . . . . Vers.\nG eorge K e lle r .Evocations.\nA chille D elaroche . . . Sonnets symphoniques.\n                               Chronique littéraire :\nC élestin Dem blon . . . Im pressions et Sensations.\nE rn e s t M ahaim . . . . A nthologie des prosateurs belges.\nA lb e r t M o c k e l                       M adame L upar.\n                                                   · · ·                Flam m es mortes.\n\n                                 P etite chronique.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-08-31-n7-208", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Dépôts de vente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 377, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1388, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "Q uelques c o lle ctio n s de LA W ALLONIE (1 8 8 6 e t 1887) s o n t en v e n te\n                                   a u p rix de 6 fra n c s .\n\n                      L a W a llo n ie e st en vente\n\nA LIÉGE : Chez MM. G n u sé; G e o rg e ; D 'H e u r; D e c q ; D e so e r; A u b ette du\n     P o n t d ’A vroy ; A ubette p lace S a in t-L a m b ert.\nA B RU X ELLES : Chez MM. R osez, lib ra ire , e t Is ta e e , lib ra ire .\nA PA R IS : Chez MM. V anier, lib ra ire , 19, Q uai St-M ichel ; S avine, lib ra ire ,\n    18, ru e D ro u o t, e t à la L ib ra irie N ouvelle, r u e de la B oét ie, 3.\nA GAND : Chez MM. A. H o sle, lib ra ire , ru e d e s C ham ps ; W en n ew itz (M uquard),\n    lib ra ire , ru e des C ham ps ; V u ilstek e, lib ra ire , r u e A ux V aches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vette r , re m p a rt S te-C a th e rin e .\n\n                                     Des presses de H . Vaillant-Carmanne, à L iége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 338, "texte": "     3me Année. — N° 7.\n\n\n\n\nW ALLONIE\n\n\n\n\n         31 Août 1888.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "         CAP RI GE R E V U E\n JO U R N A L A R T IST IQ U E E T L IT T É R A IR E , IL L U S T R É ,\n                       paraissan t le Samedi.\n\n              D ire c te u r   : M a u ric e S IV ILLE.\n\n A bonnem ents pour la Belgique : 6 francs l ’an, étran g er 8 fr.\n\n\n\n           Ru      D irection e t A dm inistration :\n               e de s'V in g t-D eu x , 1 6 , à L i è\n                                                    g e.\n\n   Caprice Revue publie un p o rtra it en chacun de ses n°s. O n t\nparu : V illiers de l’Isle Adam , Camille Lem onnier, E m ile V er­\nhaeren, E rasm e R aw ay, Joséphin P éladan, Ju le s D estrée, Alb.\nG iraud, Georges Rodenbach, etc.\n   A paraître : F élicien Rops, Edm . P icard, Sully-Prudhom m e,\nC atulle Mendès, M ars, etc.\n\n      L ’A R T                 MODERNE\n REVUE     CRITIQUE      DES    ARTS    ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n             36, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n          Paru chez M me V e M o n n o m , à Bruxelles :\nIMPRESSIONS                        ET        SENSATIONS\n                   par    A rn o ld    G O F F IN.\n\nA paraître chez E. D E M A N , rue d’Arenberg, Bruxelles.\n\n                  SCÈNES               DE    BAL\n          1 p etit vol. de vers, p ar A l b . ST-PAUL.\n\n         LE      T R A IT É            DU     VERBE\nAVEC L A P H IL O S O P H IE & L ’ESTH É T IQ U E D E L ’A U T E U R\n         p ar R e n é G H IL : T irage à 110 exempl.\n\n                  Les Flambeaux Noirs\n         L iv re de vers p ar Em ile V E R H A E R E N .\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "        L E R Ê V E DU B O U F F O N .\n\n                                                  A Edgar Sa ltu s.\n\n\n\nT andis que folle, an vert de la molle pelouse,\n   L a fête papillonne en rondes de décor,\n   Les nénufars, p a r l’ eau de la vasque jalouse,\n  S'endorm ent dans l’ orgueil de leurs corolles d’ or.\n\n  Viennent et vont les beaux seigneurs, les yeux en flammes,\n  L e long des boulingrins fleuris de mille lis,\n  E t quand leur foule afflue au passage des dames,\n  L ’air fleure des parfum s d’ eau de myrte et d’ iris.\n\n  E t c’ est partout, dans ces ja rd in s fa its pour la jo ie,\n  D es chansons, des baisers et des musiciens,\n  E t très lente, aux frissons des simarres de soie,\n  L a danse se balance au gré des airs anciens.\n\n  M ais seul, et se crispant en tristes attitudes,\n  L e bouffon bleu sanglote au bord du bassin d’ or,\n  Où les blancs nénufars, gloires des solitudes,\n  L ’ attardent par l’ espoir du Trône et du Trésor.\n\n                                          S t u a r t M E R R IL L .\n\n\n\n\n                                                             20\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                                    DUEL.\n\n\n                                        A H enri Sim on est dédié cet escript.\n\n\n\n\n       C tte     ve i e i l l e ,   cassée     d ’â g e   et      de      m is è r e ,\n        m a r c h a it, in d iffé r e n te , fa ta le , d r o it d e v a n t\n        e lle , t e n d a n t       s a s é b ile , s a n s    p r iè r e s ,   san s\n        la r m e s ....\n   E t seulement, elle chantait!....\n   Or, c’était triste et puissant d’ironie cette chanson\npsalmodiée qui montait, inaperçue, dans le gros\nmurmure de la foule, dans la clarté resplendissante\ndu soleil, comme s’élève, à l’aube, dans les sites de\nCampine, la fumée diaphane des marais.\n   Il y avait en cette mendiante de l ’effacement,\nde la passivité, elle subissait la vie, elle avait cette\nfroide résignation de ceux qui sont las de lutter,\ndont on ne s’occupe plus et qui, silencieux, expient\non ne sait quelle faute du hasard.\n   L e soir, fatiguée, la tête sèche, elle regagnait, dans\nquelque quartier perdu, sa mansarde de pauvrette,\nelle se couchait sans rêves, sans joies ni désespé­\nrance sous les étoiles navrantes de profondeur.\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "    D u el.                                          311\n\n\n  Et, depuis longtemps, les choses se passaient ainsi.\nLe malheur — comme tout — est une question\nd’habitude. Cela explique le bel orgueil des gueux\nd’Espagne et la sublime insouciance des lazaroni.\n  Les grandes chutes font mal mais l ’on souffre\nsurtout parce qu’on se souvient. On a faim, on a froid,\non est des gens en guenilles et l’on songe aux splen­\ndeurs d’Antan, à la maison bien chaude où l’on\nmangeait...\n  Donc, la vieille n’était pas trop à plaindre.\n\n   Un jour il lui arriva malheur.\n   Dans son invariable pèlerinage à travers les rues\n de la ville, elle rencontra un rival, un immense\njoueur d’orgue, qui la suivit, lui volant ses aumônes,\nnoyant dans des flots d’harmonie sa chanson déjà si\ntimide.\n   Toujours un mendiant est l’ennemi d’un autre\nmendiant. E t dans ce monde qui vit d’oboles, il\n existe des castes. L a besace a sa noblesse et sa\n bourgeoisie : les “ gens bien „ sont les banquistes et\n les perclus.\n    Or, ce mélomane était à la vieille ce qu’est le grand\n commerce au petit.\n   Il la détesta, par principe, parce qu’elle faisait\n pitié et qu’il y perdait.\n    E lle en eut peur — car elle sentit — au-dessus\n d’elle, planer cette haine.\n    E t il lui apparaissait, dans ses visions du .soir,\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "312                                     L a Wallonie.\n\n\n\ncolossal et mauvais : c’était le mâle, exubérant,\nlarge, taillé pour les forges...\n  Son instrument lui pesait comme une plume, il\navait un tour de manivelle puissant, créateur ! et les\nnotes pouvaient bien se tenir.\n  Il mesurait sept pieds de baut, son ombre était\ngigantesque.\n  Il vendait des planètes à un sou...\n  On eût dit un géant.\n  L a lutte commença entre ces deux êtres oubliés.\n  Lutte poignante et inégale....\n  E t un jour, la vieille eut faim.\n  E lle pleura :\n  Personne n’eut pitié.\n                           *\n                          * *\n   L a nuit tomba, lente, souverainement tranquille,\nles constellations firent au ciel l ’immense dessin d’or,\net il y eut je ne sais quoi de consolant dans l ’enva­\nhissante poésie de l’ombre.\n   Les heures s’égrenèrent, douloureuses pour la\nmendiante qui veillait, tremblante de fièvre, seule,\nhorriblement seule.\n   Sa lampe s’éteignit faute d’huile... Alors elle crut\ntomber plus bas dans l’abîme, fait de ténèbres et\nd’angoisses, que lui montrait son délire.\n   Puis, elle oublia.\n   Ce fut une prostration, un anéantissement : elle\nétait lasse, cassée, avec des désirs indéfinis et comme\nune quiétude de buveuse.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "    D u el.                                        313\n\n\n   Cela dura six heures.\n   Brusquement par la lucarne du toit, le soleil\nhachura l’ombre de la mansarde, découpant dans\nl’angle du mur et du plancher un rectangle de\nlumière.\n   Les atomes vibrèrent dans ce rayon d’or.\n   E t l’on entendit les rumeurs d’une ville qui\ns’éveille.\n   L a petite vieille regardait sans voir...\n\n  L ’agonie commence.\n  Elle attend la mort, bêtement, ahurie. Dans ses\nvisions, les suprêmes, elle démêle vaguement la\ndélivrance.\n  E lle ne songe à rien de précis ! ni à Dieu, cette\ngrande unité hypnotisante, ni à l’au-delà mystérieux\net horizontal, ni à la chute des âmes, ni à la nuit où\nentrent ceux qui expient ou ceux qu’on délivre...\n   Son bâton de noyer trace sur la grisaille des\nplanches une raie d’ombre noire.\n  E t cette chose lui rappelle ses derniers jours.\n\n  Elle fut secouée d’un frisson. Ses yeux où la mort\navait déjà mis une moiteur s’ouvrirent larges, plus\nlarges de terreur...\n  Alors, elle entendit un bruit de fanfare, lointain\nd’abord et caressant comme un bruit de houle.\n  E lle se dressa sur son séant.\n  E t le bruit allait crescendo, crescendo.\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "314                                      L a Wallonie.\n\n\n\n   C ’était comme un hymne de résurrection puissant,\ninvraisemblable.\n   C ’était énorme, grandissant. On eût dit une spirale\ngigantesque et harmonique, un moulin de légende\nbroyant des chansons surhumaines.\n   C’était une tempête de vibrations où passaient de\nlarges battements de cloches ; la vieille était ivre,\nemportée, tordue par cette force musicale.\n  Son cerveau se resserrait à craquer, ses tempes\ncrevaient, elle ne voyait rien, plus rien...\n  E lle cria !\n  Son cri fut inouï de violence, il domina l’invrai­\nsemblable fanfare...\n  Puis elle retomba, tuée !\n\n                                   Léon D onna y .\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                      ICONE.\n\n\n                                        A C a m ille Lem onnier.\n\n\n\neL frôlem ent de leurs doigts sur les théories,\nD a n s la lumière apaisée et triste,\nSous ce jo u r lactescent qu’épandent les orbes\nB leus de lunes mortes en ciel lavé d’ améthyste,\n\nL e frôlem ent de leurs doigts clairs et languides,\nA u psalm odim ent gris des épîtres,\nE s t tel qu’une chute de perles liquides\nSur de la mousse, et de soyeux froissements d’élytres.\n\n\nLeurs gestes ont belles paresses amènes,\nGraves, subtiles coquetteries ;\nE t, leur Ame, comme tu te promènes\nNonchalamment, paiem ent sur les cordes fleuries !\n\nE t des cordes un vol réel de pétales\nS'essore au p u r souffle de leurs rêves,\nCortège ju s q u ’aux célestes cathédrales\nPour leurs âmes qui les suivent, les Psychés, les È ves...\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "316                                                                         L a Wallonie.\n\n\n\n\n                                SU G G EST ION.\n\nI nfiniment doux, tels des sons de viole,\n      S ’ effeuille le chant des rêves que ta voix me donne ;\n      Tes moindres mots ont des inflexions molles,\n      Subtiles, comme de deux âmes qui se pardonnent...\n      I l y a dans ta façon de dire certaines proses\n      Une puissance d’ineffable suggestion,\n      P a r quoi surgissent les paradis, où se reposent\n      Mes désirs, comme on dort, l’ été, sous des pavillons...\n      D es aveux se voilent de larmes, des vœux\n      Inexaucês meurent comme m eurent les martyrs,\n      E t sur les lèvres s’ apaise p eu à peu\n      L a s o if du baiser et surtout la s o if de m entir...\n\n      L a fraîcheur des caresses lasses flotte dans l’air,\n      Tandis qu'au souffle de ton grand éventail de plumes,\n      Ton âme m’ arrive comme une brise de mer,\n      Chaude du souvenir des étreintes que nous eûmes...\n\n      Que se gonfle la voile de pourpre p âle !\n      L e large ! — Oh ! ces jon quilles mortes sur tes genoux\n      D an s la mollesse laineuse de tes châles !...\n      D u ciel, i l semble qu’ un mystère tombe sur nous...\n\n      L a N u it se larme d’ or comme un poêle nuptial;\n      L a M o rt nous vient — oh ! m ourir ainsi loin de la terre\n      D es hommes!... Les flots nous chanteraient leur chant royal\n      Rythm ant la palpitation funèbre des sphères...\n\n                                                            G a b rie l      M OUREY.\n E x tra it de : C r é p u s c u l e s d ’ a m e , en p ré p a ra tio n .\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                  EVOCATIONS.\n\n\n                                         To be or not to be.\n\n\n\n\n       ’h iv e r a glacé les plaines endormies e t immo­\n       L\n        bilisé les ondes merveilleuses ; nul n’ouïra\n        plus aux sentiers voilés d’ombre les mots\n        d’amour se balbutier sous les parfums. L a\nbrise plaintive sanglotte par le froid des clairières et\nl’oiseau pleure dans les buissons mornes les sou­\nvenances et les regrets.\n   Hélas ! L ’hiver a glacé les cœurs oublieux et immo­\nbilisé nos espoirs passagers ; nous n’entendrons plus\naux brumes de notre vie perdue que le murmure des\ntroubles, des peines, des souvenirs, des regrets; et\nsouffre, et craint, et se désespère notre cœur\ndéfaillant.\n                              *\n                          *       *\n\n    Plus de foi, plus d’espérance ; rien qui tente encore\nl ’âme désenchantée; pas d’action possible pour équi­\nlibrer la poussée impitoyable des déceptions,\ndéboires, duperies de ce monde éternellement\nmauvais.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "318                                    L a W allonie.\n\n\n\n    Espérer! A quoi bon? En tous nos inutiles efforts,\nles larmes de nos jours ont noyé l ’espérance, et\ntoutes nos chimériques conceptions, si cruellement\ndésillusionnées, souhaitent le repos des oublis.\n    Oh ! par cette heure désespérante pleurant toutes\nles douceurs et les regrets, et les rêves déçus, et\nles mensonges subis, deviner quelque peu le calme\nde jours qui s’écouleraient dans les nonchaloirs, sans\ndouleurs et sans rêves, sans pensées, indolents; ou,\nmoins loin, sous un appel de vues adolescentes)\nretrouver les émotions douces du cœur vaguement\nattentif aux harmonies des voix indécises et bonnes\nqui bercent l ’avenir en leurs agathoïdes tendresses;\nou, mieux, au loin, pour échapper à cette existence\nmalheureuse qui nous torture, enlever à ces vils\nmortels nos dédains, nos désespoirs et nos douleurs,\net fuir, au loin, par delà les horizons connus et\nles échos des choses de la terre, et sous l’azur où\ndorment nos rêves, évoquer le sommeil, l’impassible,\nl ’oubli dans la solennité pérennelle du néant...\n                          *\n                         * *\n   Je l’ai rêvée.\n   L a seule et tant aimée, ah! fluette et blanche et\nblonde, et que bonne ! Les annelures blondes de ses\ncheveux ballants sur ses épaules blanches engerbent\nles rayons des soleils chimériques; sous les reflets\ndes lumières célestes, l ’inaccessible clarté bleue des\nlacs sacrés azuré ses chers pâles yeux limpides, déli­\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "    Évocations.                                    319\n\n\ncieusement mouillés aux vagues émotions ignorées\ndes bonheurs ; et l’harmonie et la fragilité suave de\nson être, la mièvre et douce cadence rythmant\nsa démarche subtile, et la vierge floraison des plus\nriches trésors de sa jeunesse achèvent de l’idéaliser\npour l’identifier en mon âme adorante aux visions\nd’adéquats poèmes éternels.\n   O Toi, la rêvée, et tant aimée, or, azur, blancheur,\noh ! majestueuse et vierge long-voilée de pureté,\nineffable et fluette, et Rêve, viens nous éblouir en\nl’ascension de l’au-delà, sous l’immensité céruléenne\ndes cieux, que mes pensées parcourent les avenues\nmystiques de ton cœur où les larmes pussent se\nvaporiser, exquises, sous l’anthèse des fleurs pures,\naux soupirs épars des effusions rayonnant les mul­\ntiples extases qu’abandonnent le s éthérées splendeurs\ndes soirs d’amour.\n                           *\n                          * *\n  Elle est partie, et ne m’a rien voulu laisser de ces\nvergiss-mein-nicht d’amour qu’on détient si bana­\nlement chèrement. Soit. Je ne veux pas de souvenirs\nd’elle ; son souvenir s’est fait tout un étui de mon\ncœur.\n                           *\n                          * *\n  Je doute.\n  Nos convergentes méprises appellent sponta­\nnément cette incertitude qui décourage, et le doute\nsera ce qu’il y a de plus constant, de plus logique, de\nplus rationnel.\n  Pessimiste. Sceptique.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "320                                                L a Wallonie.\n\n\n\n   Ne rien croire, parce qu’on ment toujours ; ne rien\ncroire, parce que rien ne semble être la certitude ;\nne rien croire, parce que rien ne peut être certain.\n   Nibil! rien, rien n’est vrai. Ce qui est vrai, c’est que\nrien n’est vrai.\n                         Qui n ’av an ce pas, re c u le . Le te m p s m arche\n                        en a v an t e t ne re v ie n t pas s u r lui-m êm e.\n                                                   C. F . W e i s s e .\n    En finir!\n    E h bien, non ! Laissez-nous cette vie de souffrance,\nà nous qui souffrons depuis toujours! Nous l’aimons.\n Que nous importe le murmure de nos troubles, de\nnos peines, de nos regrets; que nous importe que\nnotre cœur défaille!\n    C’est l’éveil, l’essor du rêve, et c’est la lutte\ndernière et l’essor vainqueur!\n    L ’action! disait Kant.\n    Le ciel est bleu, l’avenir rose et jeune chante en\nl ’ascension de l ’au-delà, sous l’éternité des soleils de\ntriomphe.\n    Allez, vous les artistes, les vrais, les forts, les\nseuls ! Allez vers le but suprême, seuls et forts, et\nrecommencez demain et toujours, ceints d’indéfec­\ntible volonté, et fuyez le troupeau stupide des\nfoules clamantes; et l’âme enivrée de tumulte et\nd’idéal, rebelles et grands d’ampleur sereine, allez\nvers les immensités vierges et les sommets glorieux,\ndans l’ambition du génie et l’orgueil des soirs\nde combat, étreindre sur vos pensées la chimère des\nvictoires.                         G e o r g e KELLER.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "  SONNETS SYMPHONIQUES.\n\n                           I.\n\n\n\nU\nN soir d’orgue s’épand au sein des hautes nefs\net la chair lasse enfin de languir en les doutes\ns’est béatifiée au seuil saint des absoutes\nque proroge l’effroi de lim bes vains et brefs.\n\nDu séraphique azur des ailes sur les voûtes\ndescend le clair rayon pacifique aux griefs\npour l’H ym en souhaité des m ystiques reliefs\noù harpent les luths d’or des accords hauts de joûtes.\n\nE t p ar l ’apothéose ardente des encens\nclame l ’épithalam e un m iracle des sens\naux flagellations lancinantes des verges.\n\nS’incarnan t au sens p u r des m ots universels\nvoici qu’a surgi — V erbe ineffable des vierges —-\nun rêve de p rofil aux gloires des missels.\n\n                          II.\n\nP our le Triomphe h aut des h eurs qui sonnera\nélus seront les P u rs parm i les P urs des castes\nles m a rty rs de ta gloire aux sélections chastes\noù l’Orbe irrad ian t les pourpres trônera.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "322                                                L a Wallonie.\n\n\n\n      S agittaire ta dextre un tr a it d’or dardera\n      qui terrasse le fauve et fulgure les fastos :\n      et du fer m eurtrier des prêtres H éliastes\n      ja illira l’âpre horreur d’un culte de M ithra.\n\n      A lors, le front fleuri de l’or hélianthèm e,\n      l ’albe catéchumène au suprêm e baptêm e\n      attestera l ’éclat de ton règne avéré :\n\n      et néophyte au rite adulé des symboles,\n      surgira de l ’épreuve époux régénéré,\n      du sang pur qui ruisselle aux pourpres Tauroboles.\n\n                                I II.\n\n      P a r les sanglants glaciers d ’un soir nué de prism e\n      ta Gloire qui ceindra la sacre des halos\n      procède fastueuse en l’em phase du los\n      des orgues éployant les vagues d’un lyrism e.\n\n      Au g rand A rc-Triom pal où n ’accède point d’isthm e,\n      victorieuse enfin du sang et des sanglots\n      tu vas, déifiée, érigeant tes yeux clos\n      vers l’heure où s’élargit un geste d’héroïsme.\n\n      L ’Orbe d’or des E lus en cortège princier\n      mêle au déferlement des casques et des hastes\n      les som ptuosités triom phales des fastes :\n\n      et ton front qui frissonne en la pourpre et l’acier,\n      candide ! épanouit ses grâces assassines\n      aux m odulations des flûtes Tibicines.\n\n 1887.                                  A c h il l e D ELA ROCH E.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "         C HRONIQU E L I T T É R A I R E .\n\n\n             IM PRESSIONS E T SENSATIONS\n\n    par A r n o l d G o f f i n . — P aris, Léon V annier, 1888.\n                   E au-forte de L éon D ardenne.\n\n   D égoût : telle semble à prem ière vue la caractéristique\nd’A rnold Goffin. C’est la plus apparente, la plus extérieure.\nMais nous sommes en présence d’un a rt très interne, et la\ncoque am ère et hérissée ouverte, on trouve un fru it im prévu,\nd’un goût âprem ent délicat.\n   N aguère, dans une p énétrante étude, H ector Chainaye\nnous in itiait spécialem ent à la genèse du Journal d’A ndré et\nde D elzire M oris. J ’ai relu ces livrets saturés d’une si to u ­\nchante âcreté raffinée avant d’entreprendre Im pressions et\nSensations : leur gradation garde, sous des ornem ents logi­\nquem ent variés, une belle unité d’essence. Trois m arches\nsculptées dans un même m arbre — d’un grain nouveau.\n  R arem ent œ uvre digne d’attention m ’imposa ta n t de\nscrupules, parce que je me suis rarem en t trouvé devant une\nsi haute conscience et devant une si noble susceptibilité\nd’homme et d’artiste.\n  N ’est-ce pas déjà to u t dire et ne pourrais-je pas m ’arrête r\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": " 324                                           L a W allonie.\n\n\n\n     C’est une assez triste chose que de critiquer. Ce m ot hos­\n  tilem ent étriqué de critique rim e avec une trop harm onieuse\n  richesse à m oustique. A nalyser sourit davantage. A nalyser\n  son âme — comme Goffin — en com plétant son œ uvre m algré\n  soi, inconsciemment presque, p a r la façon même dont on\n l’analyse, c’est l’idéal. Mais analyser l’œ uvre — ou l’âme —\n d ’autrui, cela ne renferm e-t-il pas encore une plus grande\n p a rt d’im possibilité et de déception qu’on ne pense générale­\n m ent ? On n ’arrive, comme dans certains calculs, qu’à une\n approxim ation. R ien n ’est plus m ystérieusem ent enchanteur\n que la contem plation du caractère tranché propre à chaque\n chose, cette chose fût-elle même infime, même vulgaire, si ce\n n ’est peut-être celle de la fluidique poésie qui en ém ane ainsi\n qu’une insaisissable et complexe auréole. D égager les élé­\n m ents de ce caractère constitue une laborieuse et délicate\n opération de chimie littéraire, mais dont le résultat, si près\n soit-il de l’exactitude, reste en définitive douteux et décevant.\nM élancolie inhérente à to u t ! L e voile d’Isis chatoie comme\n une séduction ineffable, variée infinim ent, sur la n atu re\n entière et sur les œ uvres humaines, sans que la plus géniale\nm ain soit jam ais parvenue ni parvienne jam ais à le bien\n soulever. Seule, la Mort, solennel e t douloureux portique de\nla vertigineuse éternité, laissera les puissantes âmes s’assi­\nm iler à to u t et com prendre à travers le m ysticism e enivrant\n des panthéism es... F atalem ent, dans notre trav ail de décom­\nposition, de subtils éléments, incoercibles et im pondérables,\n s’échappent. Quand nous parviendrions même à les recueillir,\nnotre tentative reste rait encore en p artie stérile, car nous\n serions im puissants à les recomposer — la nature g ard a n t à\njam ais le secret de leur combinaison ! D ésagrégeant toujours\ntrop grossem ent sans atteindre au suprême but, l’analyse\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                      325\n\n\nne peut-elle être considérée alors, dans certains cas, comme\nune opération impie ? Il est des a rts to u t en dehors, nus,\nexclusivem ent éclatants et m atériels. V éronèse, R ubens.\nD ’autres sont baignés d’un halo de m agies et pleins de fée­\nriques m ystères. D urer, R em brandt. Ceux-ci liv re n t à to u t le\nmonde peut-être le u r enveloppe, m ais tentez donc d’analyser\n ce qu’ils cèlent d’inconnu et de suave ou ce qu’ils dégagent\net qui flotte et rayonne autour d’eux comme un spécial p a r­\nfum spirituel ! A utant vouloir décrire le fluide v ital ou la\nchaleur. D ans quelle gigantesque et pieuse atm osphère\ngothique im prégnée d’horreurs, d’ésotérism es et d’extases ne\ns’épanouit pas une D iv in e Comédie et qui s’ose prévaloir qu’il\nen a sondé toutes les entrailles ! Donnez l’œ uvre aux intuitifs,\net non votre analyse. Affinez un peu les épais, si cela vous\nsied, la sélection de leur descendance s’en pourra ressentir.\nM ais prenez garde d’être un profanateur : certaines œuvres\nétan t presque entièrem ent composées de spiritualité, la\ndissection en fait un cadavre, et l’étalage des organes éteints\net creux de ce cadavre risque de provoquer, chez les privés\nde la seconde vue, des rires grossiers et sacrilèges.\n    Précisém ent les livres d’A rnold Goffin sont su rto u t pétris\nd’âme, de cruelles sincérités, d’extraordinaires délicatesses\n— et de confidences transposées p a r fier dédain.\n    A rnold Goffin appartient à la fam ille de ceux qu’il appelle\njustem ent les pessim istes raffinés. C’est une famille qui sévit\nà l’heure qu’il est. L ’écrivain de D elzire M oris n ’en révèle\nheureusem ent que les tra its essentiels — et non les désa­\ngréables incarnés en certains pessim istes qui ne raffinent que\nl ’ineptie. J ’ai h âte de le dire : il serait ridicule, même de la\np a rt d’un épris de la vie et de l ’avenir, surtout de sa p art, de\nvouloir condam ner le pessimisme dans l’a rt : ce serait simple-\n                                                           21\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "326                                            L a W allonie.\n\n\n\nm ent condamner l’a rt presque to u t entier ; car, enfin, on\natten d encore les génies optim istes. A m a connaissance, l’opti­\nmisme en litté ra tu re n ’éclate — éclate est une façon de\nparler — que dans les pâtes de guim auve cartonnées pour\ndistribution de prix, les alm anachs et les ouvrages couronnés\np a r cette pauvre vieille raccrocheuse d’Académie française :\nMlles de Scudéry et Georges Olmet sont au rang des déesses\nde cette école-là — u n vraie école, s’il en fut, une école pour\nécoles et pour ceux qui sont dignes de n ’en jam ais so rtir ! —\net Louis H ym ans, non moins feu aujourd’hui qu’au cours\nde son existence, en fu t une des nym phes les plus goûtées\np ar les P ru d ’hommes quintessenciés du bon sens belge. I l y a\nencore pessimisme et pessimisme. A uprès d’un pessimisme ren­\nforcé propre à ce tem ps, le séculaire pessimisme qui révèle A na­\ncréon comme E schyle, Catulle comme L ucrèce, R abelais comme\nCervantès, B eaum archais comme B yron, semble presque de\nl’optimisme. L à une n u it lugubre sillonnée de rayon éblouis;\nici, une rayonnante journée dégageant des tristesses infinies.\nOn peut aim er l’une ou l’autre, et c’est encore m ieux d’aim er\nl ’une et l’autre. P as plus que Spinoza, Schopenhauer n ’est, je\npense, en excessive harm onie avec M. V ictor Cousin : que\npeut-on dem ander davantage ? Mais, le pullulem ent de cer­\ntain s pessim istes littéraire s est en tra in de prendre, si on ne\n découvre bientôt un énergique insecticide, les proportions\n d’une nouvelle plaie d’E gypte. Ils ont à peu près cet unique\n thèm e qu’ils ressassent avec beaucoup moins de variations\n encore que le Carnaval de Venise. L es races latines sont en\n décadence ; d’où un détraquem ent nerveux qui affine les sen­\n sations ; d’où un a rt si raffiné qu’il ne peut être populaire.\n C ette décadence n ’est que trop visible chez certains litté ra ­\n teurs, m ais rien, si ce n ’est une explicable illusion, ne les\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                     327\n\n\nautorise à conclure du particulier au général ; et j ’avoue ne\np oint voir la race en décadence, to u t au contraire ! Que des\nœ uvres plus noires, plus faisandées, plus sibyllines dom inent\ndans notre dernière m oitié de siècle, c’est incontestable. Ne\ns’expliquent-elles pas p a r l’avortem ent d’espérances outrées\net p a r le déclin douloureux non d’une race, m ais d’une phase\nhistorique ? Nous sommes énervés comme on é tait surexcité\nen 1830, après 1789 et après l’E m pire. Nous sommes to u r­\nm entés, même ceux qui se cabrent devant dem ain, par le\nnouveau que cherchait B audelaire. U ne rénovation nous\nrendra un enthousiaste et im périeux essor ! Que l’a rt ne\npuisse être populaire, je le pense aussi; m ais il fau d rait cepen­\nd an t se m ettre d’accord sur le sens trop vague qu’affecte ici\nle m ot populaire ; on ne peut, p ar exemple, raisonnablem ent\nprétendre que le nom bre des initiés à l’a rt se réduise à\nquelques-uns ! Ces théories chatouillent les im puissants ; et\nnous avons une légion de littérateu rs qui font des articles\net même un livre pour ne rép éter à satiété que : Nous sommes\ntrop raffinés ! foin de la popularité! nous voulons comme\nS tendhal v in g t lecteurs ! Q uand on m éprise ta n t de popu­\nlarité, on ne le répète pas à chaque page, non point même\np a r fierté, m ais parce qu’on n ’y songe seulem ent pas ! E t,\nsem blable à l’homme vigoureux qui ne parle gu ère de sa\npoigne, m ais se borne à la faire se n tir l ’occasion venue,\nl ’artiste raffiné, au lieu de le répéter sans cesse, ce qui ne\ncoûte rien, le prouve une bonne fois — p ar une œuvre. Les\nvin g t initiés verront bien ! A moins, suprêm e ironie, qu’on\nne doutât d’eux aussi.\n    P arm i les “ pessim istes raffinés, „ quatre dont les âmes\ndifférentes g ardent néanm oins u n e certaine parenté, révèlent\nautre chose que la terreu r chronique de la popularité. Ce sont\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": " 328                                          L a W allonie.\n\n\n\n Poë, B audelaire, H uysm ans et Goffin. L eurs visions évoquent\n de m ystérieuses nuits lunaires sans aurore, dram atisées p ar\n les silencieux éclats d’éclairs fauves. D e ces visions, Poë,\n m athém atiquem ent, dégage l’horreur froide. B audelaire, pro­\n fondém ent, l’étrange beauté. Sous sa plume éclatante et\n lourde, H uysm ans en fait vibrer hollandaisem ent les saveurs.\n E t Goffin, dans son m iroir aux pâleurs funèbres, en concentre\n l’am ertum e avec fébrilité.\n    Déjà dans le Journal d’A ndré , publié en 1885, s’esquissait\n avec une parfaite netteté l ’âme d’A rnold Goffin qui s’est\n découvert du prem ier coup — signe des artistes de race.\n    Il apparaissait comme un frère de B edon vu à trav ers\n Daumier.\n    U ne forme très sertie e t très simple. M algré l’expressif\n emploi de m ots rares et de nom breux adjectifs, les phrases,\n sans brisures ni surcharges, glissent l ’une après l ’autre avec\nune silencieuse et lente sim plicité — telles des ondes paisibles\nem portant des fleurs précieuses sur la réverbération d’un\nciel livide. Chacune d’elles concourt nettem ent, même dans\nles apparentes digressions, à la stricte unité de l’œuvre, expur­\ngée de transitions et de détails oiseux. Irrém édiablem ent\na ttriste la lividité du fond ! Sans larm es, sans cris, presque\nsans plainte même, A ndré — âme tendre, fiévreuse, écœurée\net fière dans u n corps im potent — scrute avec de cruelles déli­\ncatesses et une poignante et insaisissable gradation, l ’inanité\nde ses espoirs d’or ; et, noblem ent blasé, m ais aigri de l’être\nm algré sa hautaine résignation, son esprit analyste, trop\nlucide et trop insatiable, s’épuise à ce charm e horrible :\ncreuser, disséquer ses ennuis et ses rêves inconnus et las.\nOn dirait des E sseintes prisonnier et impuissant.\n   L a nature de Goffin s’approfondit — et s’enveloppe —\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "     Chronique L ittéra ire.                                    329\n\n\n dans D elzire M oris, l ’artiste sensitive, tu é non comme\n D em ailly p ar la femme, non p a r l’œ uvre comme Claude\n L antier, m ais p a r les triviales aspérités de la vie et p a r la\n suraiguë contem plation de son âme — dont l’exquise pureté\n lu i semble insuffisante encore. J e n ’oublierai pas quel engour­\n dissem ent enobli m ’em plit à la lecture de cette œ uvre\nradieusem ent m orne où, sous des dehors dédaigneux, parfois\nbourrus, se to rd en t sans b ru it ni pose des souffrances et des\n am ours si im m atérielles et si imprévues. Quoique l’im pres­\n sion fû t autre, je songeais au bouleversem ent enchanté\n autrefois produit en moi p a r le vertigineux parfum des\n F leu rs du M al. D u coup, je classai D elzire M oris parm i les\n quelques chefs-d’œ uvre de notre littératu re.\n    Ici, la langue p eut-être plus simple encore, m ais plus variée\n de tours, augm ente d’intensité. E lle devient à la fois plus\nmoelleuse et plus corsée. J e dirais volontiers qu’il y fait plus\nchaudem ent froid. Sans fracas, sans cabrioles, les mots,\nm ystérieusem ent te in té s de l ’âme de l’écrivain, s’enfoncent\nju stes dans la phrase, d’une m ate musique qui crie çà et là.\nL a m usique des pas dans la neige. L es épisodes du dram e\nintim e qui ravage Delzire, cette personnelle langue les\ndéroule dans une logique ascensionnelle d’une rigueur et\nd’une discrétion toutes latines; et rien n ’est plus heureux\nque les silences nets et significatifs qui coupent ces épisodes,\nne laissant entre eux subsister que des liens m ystiques.\nL ’analyse des impressions subtiles, des doutes terribles, des\nanatom ies im pitoyables, des to rtu res raffinées qui enve­\nloppent lentem ent d’un atroce “ cancer m oral „ les illusions\net la volonté de M oris, cette analyse, je ne veux pas l ’a­\nnalyser. E lle exigerait trop de finesses, trop de prudences et,\nsans doute, trop d’hypothèses indiscrètes.\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "330                                            L a Wallonie.\n\n\n\n   On sort de l’œ uvre comme d’un caveau inconnu, d’une\natm osphère rayonnante et frigide, où se développe un original\nréseau de végétations douloureuses et blanches, les unes\nfrileuses de fiévreuse sensibilité, les autres cabrées d’orgueil\nm aladif, quelques-unes hostilem ent hum ides de venin.\n   L e tem péram ent d’A rnold Goffin réa p p araît élargi et\nmodifié dans les pages détachées de Impressions et Sensations.\nL e fond tendre est moins continu que dans D elzire M o n s :\nles Proses lyriques , encore éparses dans la défunte Basoche,\nle rendront, transform é.\n   N écessairem ent le dernier livre a m oins d’unité. I l renferm e\nquelques essais, anciens, où l’idéal de Goffin ne tran sp a raît,\nencore indécis, qu’à travers de vagues réminiscences. Puis\ndes fragm ents qui sont moins im portants. I l y en a peu.\n   E n général, les pages de Impressions et Sensations sont\nmoins profondém ent internes — d’im pression et de style.\nL es Visions exceptées.\n   Sous des aspects divers s’y révèle le même rêve sensa­\ntionnel, abstrait, déductif et pessimiste. L a forme a perdu\ncet essence de velours blanc dont la douceur, au m oindre\nattouchem ent, fait frissonner ; elle a plus de carrure et de\ncoloris. Mais ce coloris, pour être de choix, n ’impose guère\nla sensation m atérielle de la réalité : il ne sert qu’à préciser ou\nà faire n aître des pensées toujours intérieures et morbides.\nM algré ses colorations d’albâtre et son trav a il continu,\nla langue reste intellectuelle comme celle de V oltaire.\nSeul le m orceau X X IX fait exception, et c’est que Goffin y\ncélèbre sa couleur favorite : un paysage de neige ! S’il v o it la\ncouleur brabançonne, çà et là, c’est à trav ers un prism e\nsouffrant et pâli. Toujours il reste un chercheur d’âme, un\nalgébrique dialecticien des tristesses retorses et particulières,\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "     Chronique Littéraire.                                    331\n\n\nun am oureux d’au delà — et de savoureuses déceptions. Il\ndétruit souvent vos rêves pour édifier les siens et n ’a jam ais\ncure de vous révolter.\n  L es m orceaux V , V I, IX , X IV , X X III, X X V I à X X X IV\net les Notes Cursives m e paraissent les points culm inants du\nlivre. Q uant aux cinq Visions qui le' couronnent, elles sont\nsim plem ent adm irables. D e quelle m ain sûre est contenu et\nfixé l'afflux complexe des sensations personnelles, quelle\nlucidité est m aintenue dans ces régions abstruses d’une phy­\nsiologie si finem ent spiritualisée, de quelle façon nouvelle\nl’auteur est replongé en lui, la lecture seule p eu t en donner\nl’idée exacte.\n    E n somme, Goffin est am er à force de tendresse. Voilà\npeut-être sa caractéristique. U ne tendresse extrêm e, suave\n et frém issante, blessée à sang d’un souffle, assoiffée de\n communion et trop somm airem ent incom prise hélas ! des\nm eilleurs mêmes et des pénétrants, une tendresse qui se to rd\n fièrem ent en silence, devient ombrageuse, s’exacerbe encore\n p ar un m ortel besoin d ’analyse, achève de se déguiser\n avec une cruelle et hautaine volupté sous des ironies\n et des caprices profonds et parfois se transform e en\n haine, — en une haine blanche qui brûle tranquillem ent\n avec de la glace. A joutez à cela l’exil dans un m ilieu trop\n m atériel pour lui, ce qui tourne en m épris son indifférence\n n ative pour la vie extérieure, l’horreur de la foule qui nous\n étouffe dans ce pays si peuplé, l’incom préhension de la\n n atu re brutale, une te rre u r probable de se réfugier dans\n l’éden de son enfance qu’il sau rait trouver trop épineux\n aussi, enfin des exclusivismes aristocratiques : Goffin peut-il\n ne pas refouler sa n atu re m eurtrie, ardente et raisonneuse vers\n les jouissances navrées des m ystérieuses et nocturnes pschy-\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "332                                               L a W allonie.\n\n\n\nchologies où, de son scalpel glacé, il se dissèque stoïquem ent\nle cœur et le cerveau ? Il s’enfoncera sans doute à ja m a is dans\nce domaine fertile, aux échappées sans fin.\n   Il fau d rait plusieurs rem arques encore, discuter quelques\nthèses sous-entendues dans le dernier livre, s’étonner du\ndécouragem ent de D elzire constatant l’égoïsme au fond\nde to u t : l’égoïsme ne m e p a ra ît pas une déception à la\nRochefoucauld, m ais une élém entaire nécessité : vouloir le\nsupprim er, ce serait vouloir un effet sans cause; la seule\nchose regrettable, à mon sens, c’est qu’il ne prenne pas plus\nsouvent les formes supérieures et sublimes de l’am our et\ndu sacrifice. Mais je n ’ai voulu qu’esquisser la contexture\nd ’une belle âme d’artiste et dire sans réserve qu’il s’est\nconquis à vingt-six ans : en Belgique, on feint souvent de\ncroire que quelqu’un se cherche encore longtem ps après\nqu’il s’est trouvé.\n   S’il fallait un tr a it final, on pourrait peut-être dire : A rnold\nGoffin est un blanc, solitaire et léthargique hiver wallon,\naux horizons bizarres et lum ineux ; et cet hiver frileuse­\nm ent s’emmitouffle dans des gazes flam andes fleuries de\nblêmes joyaux irisés.\n                                         C É L E S T IN DEM BLON.\n\n\n\n\nA NTHOLOGIE DES PRO SA TEURS B E L G E S , publiée avec\n    l’ appui du gouvernem ent,par C. LEM ONNIER, E. P IC A R D ,\n    G. R o d e n b a c h , E. V e r h a e r e n . — Bruxelles, V e Mon-\n    nom, 1888, 1 vol. g d in-8°, X I-365 p. — P rix : 5 frs.\n\n  On se souvient du vacarm e qui s’est élevé naguère, à\n annonce de cet ouvrage : à priori, sans attendre, on s’est\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "      Chronique L ittéraire.                                                          333\n\n\nplu à je te r les injures, les accusations, les calomnies, sur les\nq uatre écrivains à qui le gouvernem ent venait d’accorder\nun m aigre subside, destiné à couvrir les frais d’une publi­\ncation nationale. U ne sollicitude soudaine pour les deniers\npublics, m éprisés en d’autres tem ps, fit proférer de p atrio ­\ntiques objurgations. L e subside fut m aintenu, et l’œ uvre v ien t\nde paraître, saluée dès sa naissance, p ar de générales criail                            ­\nleries. Quoi de plus n atu re l ? E lles viennent de l’envie, de\nla haine, ou de cette lèpre belge : l’esprit de p a rti politique.\n   Disons-le to u t de suite : le prem ier volume de l' Anthologie (1)\nest un ouvrage utile et m éritoire; pour celui qu’une passion\npolitique ou littéraire n ’aveugle pas, c’est une œ uvre v rai­\nm ent nationale; les m isérables quinze cents francs des con­\ntribuables qui y ont été “ engloutis „ sont m ieux employés\nque plusieurs autres quinzaines de mille.\n   Nous ne voudrions point, pour notre p art, que ce travail\nn ’eut pas vu le jo u r et ne soit pas continué.\n   Cela ne nous em pêchera pas de le ju g e r avec to u te la sévé­\nrité qu’il m érite.\n   Ce n ’est pas chose facile d’apprécier un livre où rien du\nfond n ’ap partient aux auteurs : l’arrangem ent, l’ordre, la\nclassification, sont ici seuls en cause, et c’est précisém ent en\ncette m atière qu’on m et le moins d’objectivité, — la chose en\n outre, paraissant, à toute autre occasion, sans in térêt.\n    C ette anthologie a un aspect inaccoutumé : pas la m oindre\nintention didactique; les noms des auteurs sont suivis d’une\n courte notice, donnant à peine quelques indications biogra­\nphiques, enferm ant en peu de phrases deux ou trois tra its\n\n\n   ( 1) On s a it q u e tro is a u tre s volum es c o n tie n d ro n t : les P o è te s, les\nA u te u rs D ram atiq u es, les O ra te u rs.\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "334                                               L a W allonie.\n\n\n\nlargem ent brossés. L a bibliographie qui y est jointe n ’indique\nque les œuvres principales.\n   U ne préface, écrite en beau style de haute allure, énonce\nle b u t poursuivi et le procédé employé : suivre la série\ndes efforts continus des générations précédentes vers une\nlittératu re nationale; fixer parm i eux ceux qui dénotent\nquelque originalité d’écriture, une préoccupation d’art. L a\ngrande difficulté consistait à g a rd e r les distances, à donner à\nchacun l’im portance qu’il m éritait.\n   I l nous semble qu’en cette tâche, les auteurs de l ’an th o ­\nlogie ont souvent failli.\n    Ils ont fa it en trer dans leur P anthéon une foule d’écrivains\n— historiens, voyageurs, gazettiers, m ilitaires, critiques\nd’occasion, — qui ne possédaient les qualités d’originalité et\net de préoccupation artistique qu’à un faible degré ; une\nfois ceux-ci installés, on n ’au rait point du laisser à la porte\n— même avec un grand coup de chapeau — ta n t d’autres qui.\ndans la publicité, avaient pris large place. Soutiendra-t-on\nsérieusem ent qu’il y eut chez de G erlache A ltm eyer, le\ncardinal Dech amps, Coomans, Gens, De P ré , le général\nB rialm ont, T ham ner et ta n t, ta n t d’autres, quelque effort artis­\n tique vers l ’instauration d’une litté ra tu re nationale ? Certes,\nles quelques pages données de chacun d’eux contiennent\nparfois de belle prose, soignée surtout, mais n ’y en a-t-il point\n de com parables en Quételet, L aurent, Gachard, Stécher, pour\n ne citer qu’en résum é tous les refusés. P arm i ceux-ci, il en\n est un dont la prétérition, même à la Préface nous p ara ît\nétrange, c’est M. Delbœuf. L es auteurs de l’anthologie ont-ils\n donc ignoré la Belgique contemporaine, que ja d is — il y a\nquelque vingt-cinq ans — dirigeait un groupe de jeunes\nliégeois, avec des allures trop peu dégagées, m ais précisém ent\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                       335\n\n\nclans le b u t de form er une littératu re nationale, ou p lu tô t\nune litté ra tu re w allonne en langue française. Il y eut là\ncependant un effort sérieux.\n   Q uant à M. Delbœuf, qui fu t de ceux-là, ses livres de p h i     ­\nlosophie même accusent une notoire préoccupation de la\nform e, et telles ou telles pages sont de facture artiste.\n   A notre avis, ces “ existences dévolues au lab eu r de la\npensée „ et qui, p a r hasard, avaient laissé une page de prose\nbien tréb u c h an te n ’avaient pas droit p a r ce fait seul à l’hon­\nneur de l’anthologie ; tous ceux qui se sont servis du V erbe\ndans un b u t profane, devaient en être exclus. Mais quelles\nressources offraient les seuls écrivains de vocation en B el­\ngique ? Sont-ce des “ fleurs „ qu’on p eut cueillir dans nos\np etits rom ans de la Revue de Belgique et de la Bibliothèque\nG ilo n , dans les critiques littéraire s de nos jo u rn au x ? L e\nvolume eut été bien m aigre. D e là, sans doute, le compro­\nm is qui fait que l ’anthologie ne tie n t pas, intégrale, la pro­\nmesse dé sa préface.\n   E lle ne nous semble pas non plus avoir bien surm onté la\ngrosse difficulté de l’im portance à assigner aux élus. “ Répa­\nration pour quelques-uns, justice pour tous, telle fut notre\npensée constante „ disent les auteurs. Telle fu t aussi la cause\nde plusieurs méprises. A côté de la justice, il fallait, pour\nquelques-unes, une réparation ! Oui, ils savent p a r expérience,\nceux qui ont entrepris cet ouvrage, à quel public réfrac             ­\ntaire à toute idée de litté ra tu re ils s ’adressent. E t ils ont\nvoulu lui imposer des noms qu’il a ignorés ! D e là, une\nlutte contre l ’opinion vulgaire. D e là l’odeur de poudre,\nque sentent ces “ fleurs. „ C ette affirm ation envers et contre\ntous d’une indépendance d’esprit réelle nous p la ît assez quand\nelle venge D e Coster, ou quand elle se com plaît à citer tous\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": " 336                                             L a W allonie.\n\n\n\n les jeunes écrivains des récentes années; beaucoup moins\n quand elle accorde 12 pages à M. N au tet pour son érein te        ­\n m ent de R enan.\n     I l nous semble aussi que cette préoccupation a déformé\n quelque peu la hiérarchie des écrivains cités. Ceux qui\njouissent déjà d’une réputation définitive ont moins d’espace :\n te l Pirm ez.\n     C’est peut-être à une raison de cet ordre qu’il fau t a ttr i­\n b uer la façon cavalière dont est tra ité M. Em ile de L aveleye :\nune notice aigrelette, où l’on accorde que dans une an th o lo ­\ngie d’auteurs belges, M. de L aveleye tie n t “ toutefois „ son\nran g ; puis deux pages d’ex tra it! Nous n ’irons pas ju sq u ’à\ncom pter les lignes et nous a tta rd e r en de mesquines compa­\nraisons, m ais il y a ici une certaine m auvaise volonté. Relisez\ndonc les préfaces de la Propriété p rim itive ou du Socialisme\ncontemporain , de tels m orceaux sont d’une plume v raim en t et\nnativem ent littéraire .\n    E n somme, le livre est in stru ctif et utile. In stru ctif, même\npour les gens de lettres, chez qui il rép a re ra plus d’un\noubli, à qui il apprendra plus d’un respect : pour notre\npart, nous avons lu avec ém erveillem ent les quelques\npages de Houzeau. U tile et in stru c tif à la foule, pour laquelle\nil a été écrit : il pénétrera sans doute dans le public à\nl ’écorce de pachiderm e; il le forcera à épeler les noms\nd’écrivains qu’il ignore, et à en saluer d’autres qu’on a\nl ’habitude de bafouer.\n    L ’im pression personnelle que nous conservons de la lecture\ndu volume est à la fois une certaine hum iliation et un fier\nsentim ent d’espérance. Certes, nous n ’avons pu réprim er une\ndéception tout d’abord : ça, le livre d’or des prosateurs\nbelges ? Bon Dieu, que d’alliage ! L e ran g que nous possédons\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "     Chronique L ittéraire.                                    337\n\n\ndans le commerce, l’industrie et même dans la science n ’est\npas celui que nous m érite, vue en totalité, une telle litté ra ­\nture. Quelle plaisanterie ce se ra it de com parer ces pages, à\ncelles que les écrivains de F rance ont laissées ! Mais en même\ntem ps, quel encouragem ent, quelle fierté pour les jeunes\nd’entre nous qui se sont voués aux L e ttre s ! L a m eilleure, la\nbonne p artie de l ’A nthologie, mais c’est celle réservée aux\ndernières générations ! C’est à elles qu’il sera donné de p ara­\nchever un solide et splendide édifice que ses devanciers — la\npreuve est là — ont été im puissants à faire surgir du sol\nin g ra t et hostile.\n   Trois de nos collaborateurs ont l’honneur de figurer à l’an­\nthologie : Célestin Demblon (un ex tra it du Roitelet ), Ju les\nD estrée ( Lettres à Jeanne) et A lbert Mockel, deux pages des\nFum istes W allons. Ces extraits, comme d’ailleurs la p lu p art\nde ceux du volume, sont trè s bien choisis. U n étonnem ent,\ncependant : dans l ’œ uvre de Mockel, on a puisé précisém ent\nau livre qu’il avait publié sous pseudonyme dans l’intention\nde fair e voir le peu d’im portance qu’il y attachait.\n\n                                       E r n e s t MAHAIM.\n\n\n\n\n                      MADAME L U PA R .\n\n   Rom an bourgeois, dit l ’auteur ; et le livre justifie le titre.\n  Nous sommes bien loin du M âle et de l’épopée des forêts;\nbien loin des chatoyantes descriptions de l ’A llem agne ou de\nla Belgique; loin aussi des noires visions du M ort et des\nConcubins. Seuls, parm i les œ uvres précédentes de notre\nprotéen rom ancier, certains chapitres de Thérèse Monique me\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "338                                           L a Wallonie.\n\n\n\nsem blent se ra tta c h e r à Madame L upar, Cette diversité\nd’aspects de Camille Lem onnier tien t évidem m ent à ce qu’il\nsait adm irablem ent adapter une forme nouvelle à un sujet\nnouveau; toutefois, plusieurs critiques en ont argué pour\naccuser son œ uvre de m anquer d’unité. Sans doute, c’est\nassez vrai. Mais je ne suis pas de ceux qui reprochent\nB ouvard et Pécuchet à l ’auteur de la Tentation de Sa in t\nAntoine.\n   Cependant Madame Lupar n ’est pas, à beaucoup près, entre\nles livres de Camille Lem onnier, un de ceux que nous\naimons le mieux. C’est bourgeois, très sincèrem ent bourgeois,\nm ais trop bourgeois, — et p ar cela même trop loin de nos\ndésirs. P uis, la description de certaines figures ne nous donne\npas une im pression de nouveauté. Enfin, la forme semble\nparfois un peu brossée à grandes taches de couleurs trop peu\nvariées, et la phrase n ’a pas ces lointains de lum ière qui\nnous charm aient dans E n Allemagne.\n   Mais quelle im pression de réalité grise cette évocation\nd’un m ilieu intellectuellem ent glacé, ces êtres au cerveau\nsirupeux qui n ’ont guère d’activité que celle des cancans ;\ncette société de médiocres et de mesquins, groupés autour\nd’une femme tranquillem ent et com mercialement adultère,\ncette belle femme froide dont la supériorité calculatrice les\ndomine comme une statue.\n   A utour de Madame L u p ar évoluent divers personnages:\nquelques m énages bourgeois, des amis, un jeune peintre, un\nvieux Monsieur bien élevé qui se débauche avec dignité, —\nl’un des types les plus apparem m ent v rais; et enfin le véri­\ntab le héros du rom an, Isidore L upar, le petit m ari rata tin é\n de la belle M adame L upar, l ’employé routinier, dont la\npiètre cervelle noue à g ran d ’ peine les idées du tous-les-jours\n banal.\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "      Chronique Littéraire.                                      339\n\n\n  B alzac avait déjà promené son clair reg ard d’artiste dans\nle monde des employés. Mais son œ uvre est une évocation\nfourm illante de cet organism e : l’A dm inistration, bien plus\nque l’étude histologique de l’un de ses membres. Zola, aussi,\nav ait décrit un em ployé dans Pot-Bouille. Gogol et Tour-\ngeniev encore,— de plus loin. Mais un seul, G ustave F lau b ert,\nen éclaira bien la physiologie, par son fam eux B ouvard et\nPécuchet.\n    Camille Lem onnier, venu après, a fait œ uvre différente;\n non pas d’une m anière absolue, pourtant. Les R abourdin\n sont rares, — comme en général les hommes de génie.\n R estaien t les deux grands types déjà créés : le type Bou­\n vard, et le type Pécuchet. C’est P écuchet qu’av ait décrit\n Z ola; m ais superficiellem ent et sans donner le tr a it définitif.\n C’est encore P écuchet que m et en scène Camille Lem onnier.\nL e ch étif employé m esquin,.il l’examine som m airem ent et le\nsabre de longs tra its de lum ière grise qui sem blent d’abord\nrudim entairem ent l’éclairer; plus ta rd , il est vrai, il le fait\nse m ouvoir sur les g rand’routes d’une action trè s simple,\ne t l’atm osphère même de cette action complète la nuance\nparticulière qui doit caractériser le modèle. Cependant la\nprem ière im pression est celle d’une œ uvre trop vite achevée,\ndans laquelle l’auteur a côtoyé son sujet au lieu de l’explorer\nà fond; — m ais, le volume fermé, quelques grandes scènes\ndressent leur masse, et quelques personnages se trac en t en\nclaires silhouettes sur le voile du souvenir.\n   A lors Isidore L u p ar ap p araît ce qu’il est vraim ent : le\ntype définitif de Pécuchet m arié, dont toutes les qualités\nconjugales et adm inistratives procèdent de la bêtise. Il est\nbête régulièrem ent, il est ponctuellem ent bête ; chétivem ent\nbête et bêtem ent adroit, fidèlem ent bête et bêtem ent\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "340                                            L a Wallonie.\n\n\n\ntendre ; il est bêtem ent honnête, il sera bêtem ent ignoble ; —-\ntandis que Madame L up ar tranquille et froide, calculatrice\nm ais largem ent réfléchie, le domine de toute l’assurance de\nsa prostitution : cette prostitution paisible et sans volupté\nqu’elle gran d it aux proportions d’un pénible devoir familial.\n\n   E st-il besoin de le dire ? nous ne pouvons que difficilement\nju g e r ce liv re ; il est trop loin de ce que nous voulons et\ncherchons nous-mêmes, nous ne vivons pas sans effort dans\nson atm osphère et nous avons peine à en bien discerner, à\nen com parer nettem ent les diverses qualités.\n   Cependant j ’énoncerai toute m a pensée en résum é :\n   M adame L u p ar est une œ uvre d’une grande force, dont les\nparties ne me sem blent pas assez harm onisées ; la forme\ntoujours si belle chez Camille Lem onnier, manque parfois de\nplan et de variété : Madame Lupar m ’ap p a raît comme\nl’œ uvre d’un peintre qui n ’au rait pas voulu débarrasser sa\ntoile de quelques em pâtem ents un peu lourds. Mais ces 350\npages d’observation et de description n ’en resten t pas moins\nun livre puissant où la vie circule, et, ce que je n ’ai pas assez\nfait sentir, un g rand rayon de lum ière grise qui baigne to u t\nun coin de la Société.\n\n\n\n                    FLA M M ES MORTES.\n\n   U n livre de poète, et de v rai poète chercheur. C’est, comme\nle Missel de Raoul Pascalis, le récit et la suggestion de to u t\nce qui peut se réfléter d’une Fem m e en l’esprit d’un artiste.\nL a Fem m e rem plit ces Flam m es mortes de son lourd parfum ;\nexcitant, m ystique ou de rêves défunts, suivant la m arche\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "     Chronique Littéraire.                                                         341\n\n\ndes jours. E lle fut l’aimée; elle fut l'adorée ; la B éatrice de\ncet évocateur de P arad is; l ’initiatrice de ses pensées; — elle\nsera la forme éloignée qu’on rappelle ; et, parm i les gestes\nrésignés qui p o u rtan t de tristesse s’ém euvent. le souvenir de\nsoleils m orts qui ja d is ont doré la belle vie juvénile du poète.\n   L e livre de G abriel M ourey s ’oriente logiquem ent vers un\nseul horizon; une seule pensée est sa boussole. M alheureuse­\nm ent la disposition des pièces ne répond pas toujours à l’idée\ndu livre. On ne sent pas assez la m arche vers la douleur , la\nm arche inexorable des jouissances d’abord caressées ; certains\nvers de la fin se voudraient au début, et les vers mêmes par\nlesquels se clôt le volume dim inuent l’impression désirée. Si\nle to u t en acquiert plus d’apparente vérité, il en p erd une\nnuance de sa lum ineuse unité artiste.\n   Mais j ’ai à signaler bien des qualités claires. Gabriel Mou­\nre y anime avec un singulier bonheur, l’image qui doit sym ­\nboliser sa pensée, et guidé p a r un tact d’une décision rare, il\népingle çà et là quelque épithète imprévue et incisive, quelque\nreflet de larges harm onies, quelques lignes brisées de rythm es\naux ondulations bistournées m ais sim ples, — ce qu’il ne doit\nqu’à lui-même. Certes, je lui reprocherai vivem ent de se laisser\naller souvent à une certaine négligence, où des tournures\nprosaïques, où des m ots imprécis, où des phrases aux fra ­\ngrances trop continûm ent identiques. Mais on peu t déclarer\npoète le scribe de vers comme ceux-ci :\n         J ’ai bu de te s re g a rd s n o irs en b u v a n t de te s p le u rs.\n\n         M o u ran ts com m e u n ra y o n m o u ra n t d ’éto iles b lan ch es,\n                   M ièv rem en t s ’é te ig n ire n t te s yeux.\n\n               Il se fit u n envol c la ir de flo raiso n s b la n c h es,\n               A l'ad ieu de te s re g a rd s gem m és.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": " 342                                                                     L a Wallonie.\n\n\n\n   P uis ce rythm e, évocateur d’une lassitude qui se pâme :\n           Au so n des m u siq u es p a re sse u se s,\n           N o n ch alan tes e t len tes en le u rs ry th m es su b tils,\n           Ainsi que de le n ts frô lem en ts de m ain s c aresseu se s,\n           Suaves com m e des re g a rd s d’av eu so u s les cils,\n           L aisse-m oi p o ser en te s g rê le s m a in s b lan ch es\n           Mon fro n t q u e la fièvre de v iv re a b rû lé,\n\np lu s lo in :\n           Un envol de voix d o u ces d a n s des c la rté s lu n a ire s ;\n           Une c h a n ta n te tié d e u r de p arfu m s v a g u e s ;\n           Des caresses flo ttan te s d 'â m es lég ères\n           S u r de b leu s ra y o n s a in si q u e des v a g u e s ...\nce deuil aussi :\n           L’au to m n ale la n g u e u r d e te s re g a rd s n o irs ...\n          T es yeu x où sa ig n e to n âm e in co n so lab le,\n          Sous les c ils m o u illé s; tes y eu x m iro irs p en sifs\n          De m on a m o u r a ttr is té , de m es d o len ces.\n          P riso n n o ire où d o rm e n t m es rê v e s c a p tifs ...\n\n   E t, dans les P roses mineures, la partie du livre la plus\nconstam m ent belle : “ nos jours de joie, oh il me semble que\nc’est très loin, très loin, là bas, loin derrière des vagues\nd’années, des régions de rem em brances abandonnées, des\nrêves m orts de bonheurs que nous ne savions p oint. „\n  Enfin, l’initiale évocation de l’Idole :\n             Sous l’e n c h e v ê tre m e n t des p o u tre s de c è d re ,\n             D ans u n d é co r effacé de toiles p e in tes.\n             Se tie n t l’Id o le , rig id e en sa c ath èd re\n             D’iv o ire à jo u r e n s e rr a n t des im ages d é te in tes.\n\n             S u r sa ro b e , parm i l'o r tissé des fleu rs ro y a le s,\n             Des lys, au sv elte c alice de lu m ière,\n             S ’e n v o le du vol de ses ailes fatales\n             Un sym bole h ié ra tiq u e de C him ère.\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "      Chronique littéraire.                                                       343\n\n\n            E n ce v ê te m en t de sp le n d e u r qui l’en lace,\n            D évoilant le se c re t de ses ch arm e s g rê le s,\n            E lle e s t u n rê v e de c h a s te té , de g râ c e\n            S a in te , com m e u n e v ierg e d a n s u n e n e ig e d ’ailes.\n\n            G lo rieu x de c a n d e u r, sv eltes com m e s u r la ro b e\n            Au tis su ro y al, des lys v iv a n ts s’é la n ce n t,\n            Des lys au p ro fo n d calice où se d érobe\n            A ux im p u rs l’â me de le u rs p arfu m s qui p e n se n t.\n\n            E lle, Elle s o u rit u n p eu d an s la c la rté\n            Q ue fait l’o r de se s ch ev eu x en au réo le.\n            L’a ir s’allèg e de M atérialité\n            P a r la p ré s e n c e s a n c tifian te de l’Idole.\n\n    A v rai dire, toutes les pages des Flam m es mortes ne v alen t\n point celles-là; le livre est inégal, e t heurte p ar la conjonction\nfréquente de certains mots, et de trop peu variés accouple­\nm ents d’épithète à substantif. Mais, ce que je n ’ai pas encore\nmis en lum ière, c’est la liberté d’allure de ces vers et leur\n désinvolture de gestes souples. Gabriel M ourey use avec\nhabileté, — je dirai p lu tô t avec l’instinct du flo ttan t et\nde la ligne courbe,—- il use des rythm es emmêlés de vers de\n9, 11 et 13 syllabes, raccourcis et plus ondoyants p ar des\nm uettes.\n   “ Que ton vers soit la chose envolée....,, a dit V erlaine; ce\nn ’est point cela, ici; mais p lutôt des poses lentes de vers aux\nattitudes de jeune femme lasse : oui, les jeunes femmes trop\nde chair, les nonchalantes de ses pensées, et leur mol lan ­\nguir qui les fléchit en paresseuses aux tièdes plages noyées\nde crépuscule. P a r ce côté de sa technique, G abriel M ourey\nnous intéresse doublement. Mais s’il a rom pu avec l’ancien\nalexandrin caduc, cependant il use très peu des harm onies\ninternes ; aux rares places où se perçoit l’indication d’un ton\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "344                                             L a Wallonie.\n\n\n\nmusical, on sent le hasard ou la simple ébauche d’une pre­\nmière tentativ e encore isolée de la droite ligne logique. Cela,\nj ’espère que G abriel M ourey le voudra bientôt perfectionner,\net qu’une dernière évolution le fera des nôtres aussi complè­\ntem ent p ar la réalisation d’art, qu’il l’est déjà p ar la commu­\nnauté d’un libre désir vers l’œ uvre qui sera.\n                                           A l b e r t M OCKEL.\n\n\n\n             P E T I T E CHRONIQUE.\n   L e J u ry de la Seine tie n t à conserver sa réputation d’in­\ncorruptible Joseph P ru d ’homme. Cam ille L em onnier s’est vu\nciter devant lui, à propos d’un conte publié dans le Gril B la s.\n   Voici quelques noms d’infâmes littérateu rs ainsi traînés au\ntrib u n al : sans com pter le “ vil pam phlétaire, il y a P ierre-\nC harles B audelaire, G ustave F lau b ert, les frères de Gon     ­\ncourt... Cela suffit, n ’est-ce pas ?\n                                   *\n                               *       *\n\n   N otre am i et collaborateur S tu art M errill et M. A rth u r\nJam es, l’auteur de Toques et Robes, ont eu tous deux la dou­\nleur de perdre leur père. L a rédaction de L a W allonie leu r\nadresse ses plus vives condoléances.\n                                  *\n                                 * *\n   Deux m ariages à la W allonie : A uguste Vierset le 17 août,\net R ené Ghil le 20 août.\n   Ce dernier s’est fixé à Melle, dans les deux Sèvres ; mais\nen q u ittan t P aris, il n ’a rien abandonné de ses idées, et\nconservera son attitu d e m ilitante de novateur qui veut que\nl’œ uvre soit.\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE\n                        EL Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                     L I E G E.\n\n     S p é c ia lité d ’a g r a n d i s s e m e n t à la lu m i è r e é le c tr i q u e .\n\n\n    FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                     P la ce du T h é â tre , 11, Liège.\nP o r t e - c i g a r e s e n é c u m e de m e r , a m b r e e t r a c in e d e b r u y è r e .\n   — P iè c e s de c o m m a n d e , É c u s s o n s , In itia le s , P o r t r a i t s ,\n   e x é c u té s e n 24 h e u r e s .\n                              RACCOMMODAGES.\n\n\n                          V IEN T D E P A R A IT R E :\n\n       Contes                         pour                     l’a i m é e\n                                            PAR\n\n                             M a u r ic e     S I V IL L E\n\nU n volume grand in-8°. E dition de g rand luxe, caractères elzé­\n             viriens. Illu stré de 25 compositions,\n                                             par\n                           E m ile       BER CH M AN S.\n\n  T irage de bibliophile à 250 exem plaires num érotés p o rtan t\n               imprim é le nom du souscripteur.\n\n                                P r ix : 10 fran cs.\nOn souscrit chez Aug. B EN A R D, im prim eur-éditeur, à Liége\n               12, rue du Ja rd in Botanique, 12.\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "    3e    ANNEE, No 7 .\n\n                  LA W ALLO NIE\n   R E V U E M E N SU E L L E D E L IT T É R A T U R E E T D ’A R T\n\n\n               Comité de R édaction                       P.M\n                                                            .OLIN\n                                                    E r n e s t M AHAIM ,\n                                                  ALBERT M OCKEL\n                                                     M a u r i c e SIVIL L E .\n                     B ureaux : rue St-A dalbert, 8, Liége.\n Envoi d’ un num éro sp écim en c o n tre 5 0                                 cen tim es\n                 en tim b res-p o ste.\n\n         ABONNEMENT : 5 fr. par an. U n io n p o s ta le : 6 fr. 50.\n\n\n                                    SOM M AIRE :\nS tu a r t M e rrill L e rêve du Bouffon (vers).\n                       .\n\n\n\n\nLéon D o n n a y ........... Duel.\nG a b rie l M ourey . . . . Vers.\nG eorge K e lle r .Evocations.\nA chille D elaroche . . . Sonnets symphoniques.\n                               Chronique littéraire :\nC élestin Dem blon . . . Im pressions et Sensations.\nE rn e s t M ahaim . . . . A nthologie des prosateurs belges.\nA lb e r t M o c k e l                       M adame L upar.\n                                                   · · ·                Flam m es mortes.\n\n                                 P etite chronique.\n\n\n     Q uelques c o lle ctio n s de LA W ALLONIE (1 8 8 6 e t 1887) s o n t en v e n te\n                                   a u p rix de 6 fra n c s .\n\n                      L a W a llo n ie e st en vente\n\nA LIÉGE : Chez MM. G n u sé; G e o rg e ; D 'H e u r; D e c q ; D e so e r; A u b ette du\n     P o n t d ’A vroy ; A ubette p lace S a in t-L a m b ert.\nA B RU X ELLES : Chez MM. R osez, lib ra ire , e t Is ta e e , lib ra ire .\nA PA R IS : Chez MM. V anier, lib ra ire , 19, Q uai St-M ichel ; S avine, lib ra ire ,\n    18, ru e D ro u o t, e t à la L ib ra irie N ouvelle, r u e de la B oét ie, 3.\nA GAND : Chez MM. A. H o sle, lib ra ire , ru e d e s C ham ps ; W en n ew itz (M uquard),\n    lib ra ire , ru e des C ham ps ; V u ilstek e, lib ra ire , r u e A ux V aches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vette r , re m p a rt S te-C a th e rin e .\n\n                                     Des presses de H . Vaillant-Carmanne, à L iége.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 7, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1888-08-31", "signet_source": "3ème année - N°7 - 31 août 1888", "preuve": "Couverture (PDF 338, OCR) : « 3me Année. — N° 7. W ALLONIE 31 Août 1888. ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}