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O nt\np a r u : V illiers de l’Isle Adam, Camille Lem onnier, E m ile V er­\nh aeren, E rasm e R aw ay, Joséph in P éladan, Ju le s D estrée, Alb.\nG iraud, Georges Rodenbach, etc.\n   A paraître : Félicien Rops, Edm . P icard, Sully-Prudhom m e,\nC atulle Mendès, M ar s, etc.\n\n       L    ' A      R    T         M     O     D     E     R    N     E\n REVUE       CRITI QUE        DES   ARTS      ET    DE     LA    LI TTÉRATURE\n                  26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                     A b o n n e m e n t : 10 fr. par an.\n\n\n                   LES POÈTES NAM UROIS\n                             par A u g u s t e V IE R S E T\n E n s o u s c r i p tio n d a n s n o s b u r e a u x , et ch e z A. B é n a r d ,\n             é d i t e u r , r u e d u J a r d i n B o ta n iq u e , L iége.\n                                   P r i x : fr. 1,50.\n\nA paraître chez E. D E M A N , rue d’Arenberg, Bruxelles :\n                         SCÈNES            DE B A L\n            1 p e tit vol. de vers, p ar A l b . S t -PA U L.\n\n           LE       T R A IT É              DU        VERBE\n                              p a r R ené G H IL.\n\n                     Les Flambeaux Noirs\n           Livre de vers par E m ile V E R H A E R E N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 345, "page_fin": 345, "titre_corps": "Les vierges", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES VIERGES. Oatronnes p en lourds m anteaux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 380, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "LES VIERGES.\n\nOatronnes p en lourds m anteaux, célèbres Vierges\nDes coins d’autel et des piliers des cathédrales\nTénébreuses, vierges noires, avec des cierges\nE t des seins d’or et la gorge nouée en raies\nE t l’épée à travers la prière des yeux\nV ierges magnifiques et princesses du ciel\nD ont le superbe sang rouge et silencieux\nCoule depuis quatre siècles comme du miel\nSur les lèvres et sur les cœurs, vierges chrétiennes,\nSous des brises d’encens et des brises d’antiennes\nIvoire argent orfroi rubis et diam ant\nImposez-vous en nous im périalem ent\nRobes, gaines, colliers, diadèmes, agrafes\nF la mmes de m ajesté, brûlures de splendeur\nL ys m ystiques dressés de toute leur roideur,\nA rabesques rou lan t leurs éclatants paraphes,\nSur les rubans et les voiles et les brocarts\nE t les traînes, imposez-vous pendant ces soirs\nD ’église abandonnée et de vitraux blafards\nOù l’on écoute en tre r en soi les désespoirs\nImposez-vous, oh les infantes et les vierges\nD es coins d’autel et des piliers des cathédrales\nTénébreuses, les madones avec des cierges\nE t des seins d’or et la gorge nouée en râles\nE t l’épée à travers la prière des yeux !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 346, "titre_corps": "La grille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "L A GRILLE. A vec de la fureur et du m é", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 381, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "L A GRILLE.\n\n A vec de la fureur et du m étal tordu\n    E t du soleil étein t et de l ’ombre, la grille\n    Comme une bête en fer fourm illeusem ent brille\n    E t se hérisse et fend le dallage fendu\n    E t transversalem ent coupe les stalles fières.\n    Buissons de dards, fleurs d’aiguilles, bouquets de pointes,\n    Lances d’acier, faisceaux de m orsures — disjointes\n    E t plus cruelles ainsi sur les barres altières —\n    Au fond le tabernacle est imposé, vainqueur.\n    E t l ’ostensoir fulgure et la grille qui mord\n    P araît entre ses dents broyer des choses d’or\n    Q uand on voit à trav ers étinceler le chœur. —\n    — E t m âchoire pour les souffrances et langues\n    E t crocs et tenailles pour les peines, et pal\n    P our les rem ords et les péchés, et crucial\n    A utel pour les frayeurs et les crimes exsangues —\n    Suspendez-y vos cœurs et vos sanglots, chrétiens,\n    E t vos am ertum es et vos espoirs anciens\n    E t vos rêves de ciel — et la grille qui m ord\n    P a ra ît entre ses dents broyer des choses d’or.\n\n                                  E m i l e V E R H A E R EN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 347, "page_fin": 349, "titre_corps": "Le seul amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "L E S E U L AM OU R. à celle qui se voudrait la S eu le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 382, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "L E S E U L AM OU R.\n\n\n                               à celle qui se voudrait la S eu le.\n\n\n\n\n       C  soir la\n               e symphonie du Doute approfondit ses\n\n         murmures; un sourd désir d’amour frissonne\n         en ma poitrine ; je ne sais quel parfum\n         tragique diffuse en moi ses caresses, et des\nmusiques de harpes sont mêlées de soupirs. Rien ne\nrespire autour de ma pensée, sinon la magnétique\nhaleine des choses aimées ; et pourtant, comme une\nondulation d’ailes conseillères, glisse près de moi\nle vol d’un secret. Enervé, je me lève et mon regard,\ncherchant un appui, s’arrête à une impressionnante\ngravure, un lointain Profil de Lumière qui dans\nl ’ombre sourit l’orgueil givré de son sourire. Oh\nl’étrange profil d’être surhumain, cette neige idéale\nde lumière, et le froid, l ’inaccessible glace en fleur de\nce sourire ! Que souvent le regard dédaigneux de\ncette assyrienne figure, que toujours me fascine ce\nregard qui fuit ! E t parfois, les nuits de clair travail\npensif, elle me semble vivre, l’Assyrienne glacée, et\nson regard, je le sens qui me suit et rythme la\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "348                                      L a W allonie.\n\n\n\n confuse harmonie de ma réflexion. Mais ce soir, non,\n l’impression m’électrise trop fortement ; je ne veux\nplus, je ne veux plus voir le profil ; fiévreusement\nje pose dans un angle obscur l’étrange dessin;\n et l’image d’une aimée le remplace bientôt.\n    Alors, pour éloigner les visions qui me troublent,\nmes yeux cherchent dans les yeux de l’Aimée le sou­\nvenir qu’y laissa tel soir d’amours angéliques. E t je\nlui dis.\n    — Tu crois m’aimer; m’aimer éternellement! et\nme l’assures. Mais sais-tu si vraiment ton être m’aime\nainsi ? E t moi....\n    — Oh toi ! répondit le souvenir, toi non plus....\nQu’importe ? Que nous ayons réellement l’amour,\nqu’importe ? puisque nous en avons l’Image et que\ntous deux nous croyons aimer....\n    Mais invinciblement, une forme aérienne s’impose\nà mes regards, indécise et d’une onctueuse lumière\ndiffusée ; cette forme, elle se précise, et voici qu’elle\nvoile, - oh, douloureusement ! — la forme de l’Aimée.\n\n\n   E lle est là, pâle et tragique, l’étrange Assyrienne !\nE lle se dresse féerique en moite blancheur, et darde\nsoudain sur moi la flèche mystique de ses yeux.\n   — Vers ma froideur comme la Mort, dit-elle, vers\nmoi va planant la mort du Rêve. Mais je suis œuvre\net suis l’A rt et sa vie ; mon symbole ? ce but de lumière\nqui te sera l’éternel et illusionnant désir. Tu veux\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "     Le seul amour.                                  349\n\n\n\n\nV\naimer, — et cette V ie tangible que tu répudierais ! -\n  a le seul amour est de l’Idée : vois, J E t ’aime et\nsuis à toi.\n  Fascinante, elle posa sur mes lèvres l’inexorable\namour de lèvres molles et impassibles. Je sentis\nmon être de jadis défaillir en moi, et dominé soudain\net courbé sous une paralysie, — oh ! par mes lèvres\nce long serpent, de marbre et se glissant dans ma\nchair, se glissant comme un long frisson languide....\n\n\n    Lorsque je parvins à surmonter ma torpeur,\nl’apparition déjà s’était fondue. Bien, plus rien. Un\npeu de fumée éparse luttait près du foyer, avec un\nrayon de lune perçant mes rideaux de mousseline.\n    L e profil assyrien là, tranquille dans la pénombre ;\nmais cette figure pensive et triste, et le dédain,\nl ’inexorable glace en fleur de ce sourire ! Alors je\nsentis, je sentis qu’irrésistiblement un Etre occulte\navait pénétré en moi, et que ma volonté était devenue\nsienne.\n    Mais pourquoi, pourquoi toujours, depuis, cette\nneige idéale dé lumière, — oui ce magique et féminin\nrayon de Lune qui m’obsède ?\n\n                                A lbert   M O CKE L.\n  Hiver 1887.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 350, "page_fin": 350, "titre_corps": "O soleil !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Saint-Paul", "ancre_debut": "O SOLEIL ! E lle est noire et q u ’im porte", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 385, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "O SOLEIL !\n\n                                  E lle est noire et q u ’im porte, les\n                                charbons aussi sont noirs ; mais\n                                q uand ils sont en f e u , ils brillent\n                                comme des cahiers de roses.\n\n\n\nl’entrelacement des colonnades\nn\nE\nL a négresse descend aux esplanades\n\nOù le miaulement d’un jaguar qui l’ attend\nP a r les larges hangars s’ entend monte et s’entend.\n\nL a négresse descend aux esplanades\nSous l’ombrage des arbres à grenades.\n\nE t s’ étend sur la dalle et tend la volupté\nD e son ventre au ja gu a r — mâle qu’elle a dompté.\n\nSous l’ ombrage des arbres à grenades\nVaguent aux kiosques clos des sérénades.\n\nE t le fauve s’enroule, ulule, griffe et mord,\nE t la négresse laisse errer un regard mort,\n\nVaguent aux kiosques clos des sérénades\nE n l'entrelacement des colonnades.\n\nE t c’est fête, N a tu re! ô Nature, ta fête :\nL ’ épanouissement sauvage de la Bête.\n\n                                Albert       SAINT-PAU L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 351, "titre_corps": "Le pèlerin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "LE PÈLERIN. oici cette ombre au bord", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 386, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "LE PÈLERIN.\n\n\noici cette ombre au bord du sentier de soleil\n E t le clapotis d’ or d’un ruisseau sous les saules,\n 0 pèlerin de deuil qu’ont apâli les geôles\n D u barbare et maigri les marches sans sommeil.\n\n\n Trêve à ton vain voyage ! ici rira l’ éveil\n D e la naïade au vert des roseaux que tu frôles,\n E t tu sauras ravir, pâmé sur ses épaules,\n L a rose des baisers à son rêve vermeil.\n                                              %\n\n\n\n M ais redressant d'un geste ascétique ton torse,.\n E t les larmes aux yeux et l’ âme, hélas ! sans force,\n Tu tournes tes pas las, là-bas, vers le manoir.\n\n\n Car, tonnerre de bronze en le silence agreste,\n Sonne, des tours du bourg dévasté p a r la peste,\n L e bourdon qui te somme à quel noir désespoir !\n\n\n                                 St u a r t   M E R R IL L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 352, "page_fin": 353, "titre_corps": "Évocations", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Keller", "ancre_debut": "É V O C A T IO N S (*). L doute. Je doute de mon do", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 387, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "É V O C A T IO N S (*).\n\n\n\n\n            L doute. Je doute de mon doute.\n            e\n\n\n\n          Espérer !\n  Toutes nos chimériques conceptions furent si\ncruellement désillusionnées en la vie !\n  L a vie. — Rues des villes, rues des faubourgs,\nlupanars des idées, rues équivoques et mauvaises\ndont les maisons déshonorées élèvent des stupres\nd’étage en étage au seuil des croisées.\n  Oh! les ténèbres livides où grouille la populace\ninfâme avec ses cris féroces, débraillée, énorme et\ngrondante, ruée heureuse en cet impérieux besoin\nsatisfait de faire le mal.\n  Etre grossier, brutal, ignare, sans honte ; sa\npensée haletante effarouche la lubricité ; son œil\nopaque et battu rougeoie d’une lueur fauve, par\ninstants, quand s’allume le désir d’une lutte avec\n\n   (*) Ce fe u ille t des É vocation s de G eorge        K eller,    tom bé à la m ise en\np a g es, d e v ait ê tre placé à la six ièm e lig n e de la p ag e 3 2 0 .\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1231, "texte": "      Évocations.                                                        353\n\n\nVautre, celui-ci, pour s’appossessionner cette femme,\nlà-bas, vautrée dans le ruisseau, nu-tête, échevelée,\nimpudique, provoquante, canaille, suant le vice par\ntous les jours de ses vingt ans.\n\n                            *\n                          * *\n\n                        Vois-tu, c ’e st fa it de m o i.... J e n e s a u ra is\n                            s u p p o rte r to u t cela plus lon g tem p s.\n\n                                                          Go eth e.\n\n\n\n   Plus de foi, plus d’espérance; rien qui tente encore\nl’âme désenchantée ; pas d’action possible pour\néquilibrer la poussée des déceptions, déboires, du­\nperies de ce monde éternellement mauvais.\n   Vivre. A quoi bon? Pourquoi n’en pas finir? E n\nfinir! Comme je lutte contre cette pensée, brisé,\ndésespéré, presque fou ! E t cependant je comprends\nparfaitement tout l’excessif de ces deux mots: En\nfinir! Mais je ne puis plus, je ne puis plus résister:\nl’heure maintenant est là, inexorable, et cette vel­\nléité de suicide qui m’obsède depuis des mois entend\nle sablier pleurer le glas de la minute ultième.\n\n                                     G eorge K E LLE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 354, "page_fin": 355, "titre_corps": "Pour regrets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Keller", "ancre_debut": "POUR REGRETS d 'Elle. Olus. — pSeuls, abélir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 389, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "POUR REGRETS\n                                                        d\n                                                        'Elle.\n\n\n\nOlus. — pSeuls, abélir de nos doux p as les sentes\nLors que le soir bien las enlace le hallier,\nSeuls ! p a r de très dolents silences rallier\nNos blancs pensers de rêve aux fleurs opalescentes\nD e la Lune baignant sous les lacs bleus des yeux\nT ant de perles dont l'eau que l’ É to ile a dorée\nLaisse s’ alangourir l’ émoi de l’ adorée\nE t s’ azuré, ô céleste, à regarder les cieux.\n\n                               *\n                           *       *\n\n\nImpassible Passante, Incertitude, l’ Une\nE t Vierge bien-aimée en mes voulus dédains,\n0 viens encor nous perdre aux là-bas des ja rd in s,\nSeuls ! p a r de très dolents paysages de Lune\nOù les vierges baignaient de soupirs les roseaux,\nVierge passive, ô viens, pâle et blanche et rose aux\nSymboles de la fleur de rêve épanouie,\n\n\n\nO\nL a Lune radieuse entr’ ouvre des milliers\nD ’ écrins d’ or et nous tend les saphirs fam iliers,\n  viens, laisse, dis-moi, baiser de mon ouïe\nTa voix alanguissante aux aveux imprécis,\nE t sous l’essor vainqueur des rêves éphémères\nB a iser de ton regard le regard des chimères.\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 640, "texte": "Pour regrets.                                                   355\n\n\n                               *\n                              * *\n\nO p lu s. — J e ne veux p lu s écouter les récits\nD e ces landes d’amour vaguement merveilleuses,\nM ais j e veux m’ aberrer, fo rt et seul, e t bénir\nD e rêve lilia l l'aurore souvenir\nB rillo ta n t sous les fe u x fu r tifs que ses veilleuses\nAllum ent aux chemins des proxim es cyprès.\nE t plu s. — E t ma jeunesse — oh que seule — arrosée\nD e calmes irréels croit L éth é la rosée\nQ ui tombe de mes yeux au seuil de mes regrets.\n\n\n                                          Ge o r g e K E L L E R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 356, "page_fin": 359, "titre_corps": "Vespérale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Stiernet", "ancre_debut": "VESPÉRALE. D n s l ’a ir lourd et affadi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 391, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1092, "texte": "VESPÉRALE.\n\n\n\n       D n s l ’a ir lourd et affadi de la vesprée, plane\n       a\n           avec d’immenses ailes de chauve-souris invi­\n          sible, le rêveur Esprit du Calme : au-dessus\n          de la pelouse veloutée, doux-fleurante, mol­\nlement affaissée comme un bamac d’amour entre les\népaisses frondaisons des acacias langoureux et les\ndiscrètes clématites où rêve la comtesse.\n   E t il lutte, l’Esprit, contre les oiseaux bavards qui,\nmalgré les heures plaintives, blessant l’instant trop\npeu ensoleillé pour leurs notes de cristal, chantent\nl'Alléluia dans un temple mélancolique. Si troublants,\npour les cœurs névrosés, leurs trilles et leurs vocalises\nsonores !\n   E t il lutte, l’Esprit, contre les grappes doucement\nmais obstinément détonnantes des acacias trop illu­\nminés, — contre les Senteurs qui montent et vont\nretrouver le soleil, s’exhalant de la Terre jaune de\npollen, sommeillante et mi-évanouie après la large\npamoison sous les brûlantes clartés.\n   E t la comtesse, — la belle, la tranquille, — lutte\navec l’Esprit contre tout ce qui est Vie.\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "    Vespérale.                                         357\n\n\n   E lle est renversée dans sa chaise rustique faite de\nbranches de noisetier qui s’arrondissent pour ne\npoint blesser sa chair maintenant calme ; et, dans son\nvaste peignoir de velours rouge-sombre, flamboie,\nparfois triomphale, une ligne indiscrète, aussitôt\nbrisée aux plis moelleux de l’étoffe sous laquelle l’œil\navide et déçu la continue.\n   Tandis que marmoréenne et satisfaite, la blancheur\nde sa gorge et de ses joues n’a pas bougé, un insecte\na troublé, devant elle, l’impassible accalmie; et s’est\nestompé imperceptiblement son regard sans but.\n   Les pieds baignés de hautes herbes aux relents vain­\nqueurs, un petit sapin compact, trop noir, descend,\navec des airs de moine qui se recueille, la pente en face\nde l’amante du Calme.\n   E t il vit, ce moine ; il s’avance, il parle aux acacias\nqui se penchent vers lui, il écoute les oiseaux, il\nanime de sa robe obscure l’espace que l’Esprit tente\nd’immobiliser sous ses grandes ailes sourdes — et il\nobsède la comtesse, ce moine ; la comtesse qui baisse\nles yeux pour ne plus le voir. Car, elle est presque\ncontrariée, la comtesse, et retire à demi, dans une\nmanche hiératiquement large, sa divine main blanche.\n   E lle ferme les yeux et elle lutte avec l’Esprit du\nCalme contre tout ce qui est Vie.\n   Mais le monde où nagent ses yeux clos est plus\nvivant encore que celui qu’elle fuit. L e moine, elle ne\nle voit plus qu’en un rêve et elle le distingue mieux,\nil est moins recueilli.\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1257, "texte": "358                                     L a Wallonie.\n\n\n\n   Les longs cils de la comtesse se soulèvent et le\nmoine, sur son bras noir qu’il remue, le moine lui\nmontre deux oiseaux qui se becquètent avec des\nfrémissements d’ailes....\n   O vie ! aux heures d’apaisement, désolante, inas­\nsouvie, provocante V ie !\n   L a comtesse laisse retomber les paupières douce­\nment, et c’est armé de toutes les séductions de\nl’inconnu, embaumé des parfums maladifs, tenant en\nmain les fleurs noires du crime, qu’il s’avance vers\ncelle qui lutte, le moine puissant et sacrilège. L ’obs­\ncurité le rend audacieux et il murmure des paroles\nd’amour enfiévré et mystique pour la madone qu’ap­\npelle son âme : la vierge rouge !\n   Il s’avance encore, transformant le milieu.\n\n\n\n\n   L ’Esprit du Calme est vaincu.\n   Tout est Vie! Elle rose les joues de la rêveuse, la\n Vie. et sous les longs cils noirs se devine un effet de\nl’éclat qui s’allume aux prunelles.\n   Oh ! combien suggestif et magnétique, le moine de\nla pelouse !\n   E t l’âme envolée de la comtesse attire la grande âme\ndes choses, et une feuille amoureuse se détache du\nplatane voisin et vient frôler, d’un contact de lèvres\nau baiser froid, la main pâle que la comtesse retire\nen se levant droite, effrayée :\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "    Vespérale.                                        359\n\n\n   — Oh ! Non ! Non ! A vec cette robe, jamais ! crie-t-\nelle. —\n   E t tonte rouge, la comtesse, dans son peignoir de\nvelours rouge-sombre, s’enfuit à travers le crépuscule\nanimé et, sur un lâche sopha, s’affale en son boudoir\ntendu de vieux cuirs de Cordoue aux phosphorescents\nreflets....\n   L e pas du comte résonne dans les corridors et la\ncomtesse, de sa voix dolente, très dolente de rutilante\nvie intérieure :\n   — W alter! Mon beau Walter....\n\n\n                                  H. STIE R N E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 360, "page_fin": 361, "titre_corps": "L’exil des poètes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’E X I L D E S P O È T E S . A A lbert Mockel. o Pètes, g", "ancre_fin": "couronnes de gloire", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES MARBRES. A F ern an d Roussel", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 395, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "L ’E X I L D E S P O È T E S .\n\n\n                                            A A lbert Mockel.\n\n\n\n\no\nPètes, grands rêveurs aux larges fronts d’ ascètes\nDétournez d’ici bas vos regards et p areils\nA u x condors triomphants sur les couchants vermeils\nPrenez un vol immense au milieu des tempêtes.\n\nEnferm ez-vous là-bas dans vos pensers d’orgueil,\nHautem ent dédaigneux du sarcasme des foules,\nOù, p a r dessus l'effort des bises et des houles\nSeront vos chants d’amour et vos psaumes de deuil.\n\nA yez le fier mépris des humaines louanges,\nQue vos esprits vivant leurs désirs éternels\nPlanent sur les destins de vos frères mortels\nE t les protègent ainsi que des ailes d’ anges.\n\n O poètes sacrés ! dans vos coeurs de héros\nN aissent les grands vouloirs et s’éteignent les rêves,\nVos yeux enflammés comme des réveils de glaives\nRegardent la douleur briser votre repos.\n\nE t vos lèvres d’ airain crachent dans le silence\nL e blasphème éternel du crime et du remords ;\nM ais vos cœurs sont meurtris souvent; vos yeux alors\nSouffrent et vos hymnes pleins de votre souffrance\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "     Les marbres.                                                 361\n\n\n     Ascendent lourdement aux sombres avenirs.\n     S i les larmes alors dilatent vos paupières,\n     E xilez-vous loin dans les retraites altières\n     D es rêves exempts de haine et de trahison.\n\n     E t tandis que vos fronts auront l’ empreinte noire\n     D e tous les m aux soufferts sans pleurs et sans soupirs,\n     Les camènes avec vos palm es de martyrs\n     Tresseront dans l’ azur vos couronnes de gloire!\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 361, "titre_corps": "Les marbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Dupont", "ancre_debut": "LES MARBRES. A F ern an d Roussel. C almes, ainsi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 396, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 513, "fin_caractere_exclue": 1296, "texte": "LES MARBRES.\n\n\n                                               A F ern an d Roussel.\n\n\n\nC   almes, ainsi les dieux endormis sous les arbres\n     A u trefo is dans les quinconces noirs des jardins,\n     Som nolent, les yeux clos de songes, les vieu x marbres\n     Rigides avec leurs masques de baladins.\n\n     Têtes de héros, de poètes ou de vierges\n     Avec des palmes, des couronnes et des fleurs,\n     A u x soirs de lune blonds comme des fe u x de cierges\n     Ils endeuillent le parc de leurs tristes pâleurs.\n\n     E t leurs sourires froids dans les sites sauvages\n     Où geignent nuitam m ent les désespoirs amers,\n     Sont en eux le sublime regret des vieux âges\n     E t l’ironie aussi de nos siècles pervers.\n\n                                          A r t h u r DUPONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 362, "page_fin": 371, "titre_corps": "Morte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vierset", "ancre_debut": "MOR TE. 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Se peut-il que les aïeules douces ne\ns’éteignent point, sereines, au milieu de leurs proches,\nles bénissant de leurs grêles mains diaphanes ! L a\nmort se comprend-elle sans l ’adieu ?... L'adieu !... Un\nfrisson lui parcourût les vertèbres. La voix chère\nqui lui chantait les berceuses d’antan, les yeux que,\ntel un ciel profond, se plaisaient à contempler ses\nyeux, les doigts fuselés qui se jouaient parmi sa\nchevelure bouclée, tout s’immatérialiserait en de\nvagues et infidèles remembrances !\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "    M orte.                                          363\n\n\n   O jours anciens où la grand’mère, avec une ten­\ndresse jalouse, recueillait les premiers balbutiements\nde sa pensée, et lui ouvrait les horizons du rêve par\nla magie des contes féeriques et la grâce naïve des\nlégendes !\n   Baisers où la mélancolique vieille oubliait sa prime\nvie endeuillée.... Evanouis à jamais ?.... A jamais, de\nsa bouche désormais close, envolés les baisers frémis­\nsants ?... S ’efface-t-il si tôt, le soleil des couchants\nheureux ?... L ’oiselle délaisse-t-elle sa couvée, ou la\nbiche son faon aux jambes grêles ?... Vous voyez bien\nqu’elle ne peut mourir.\n   E t les penser s se heurtent en sa tête bourdonnante,\net c’est en lui tout un confus éveil d’appels nostal­\ngiques, de souvenirs lointains, d’espoirs impos­\nsibles, d’un vague et fol désir d’héroïsme et de\nsacrifice, de croyances soudaines à des philtres m ys­\ntérieux et des pouvoirs occultes, — comme une\nrebellion misérable et superbe contre Asraël, l’ar­\nchange de mort.\n   .... Combien lent cet express! Plus vite, plus vite\ndonc ! E t son agitation intérieure semble activer\nsoudain le mouvement des choses ambiantes ; la\nlocomotive h alète, le cahotement rythmique du\nrail a des secousses plus brusques, les clochers plus\nrapidement s’effacent à l’horizon, et le long de la\nvoie, où fantastiquement s’abaissent et se relèvent\nles fils télégraphiques, les hêtres poudrés valsent\nplus follement leur ronde carnavalesque... Plus vite,\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1601, "texte": " 364                                     L a W allonie.\n\n\n\n  mon Dieu, plus vite ! L e deuil plane et les corbeaux,\n  trouant de leur vol noir le ciel émerisé, jettent\n  ironiquement leurs clameurs omineuses.... Plus vite,\n  plus vite encore, car le temps passe, et la grand’\n  mère râle, là-bas...\n     Un sifflement déchira l’air, des colis furent hâtive­\n ment remués sous les banquettes, et le train stoppa,\n roues grinçantes, en un tamponnement sourd de\n wagons. Cet arrêt l’apaisa quelque peu, et tel un\n convalescent dont de futiles riens absorbent l’esprit\n affaibli, il s’intéressait au va-et-vient houleux de la\n gare, au claquement des portières ballantes, à l ’in­\n compréhensible et bestiale poussée de la foule, à la\n sortie, aux grappes tenaces de parents et d’amis se\n détachant à regret du train en marche, aux gestes\n d’adieu échangés, à l ’effarement pantois d’un vo ya­\n geur en retard regardant filer l’express....\n    Il ne l’avait pas manqué, lui, du moins. E t il se\nrevoyait relisant la dépêche atterrante. Œ il voilé,\nlèvres pâles, gorge étreinte, il avait ressenti au cœur\nle déchirement brutal d’un ressort qui se brise ; mais\nl’émotion vaincue, se souvenant ne pouvoir partir\navant plusieurs heures, il s’était remis tout entier à\nsa besogne, si bien que nul n’eût pu soupçonner\nquelles angoisses célaient ses traits placides. E t\nmaintenant, à part soi, il se félicitait de ce rassérène ­\nment feint, de cette vaniteuse obstination au devoir.\nVraiment, c’était très fort ce qu’il avait fait là !\nCombien d’autres en eussent profité pour quitter\nimmédiatement le bureau !\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1599, "texte": "     Morte.                                             365\n\n\n    Le cailletage étourdissant de deux vieilles assises\ndevant lui l’arracha à cette délectation intime. Le\ntrain roulait toujours à travers l’interminable plaine,\nparfois endeuillée par les sombres hachures d’une\nfutaie ou l’appel d’une cloche épandant son glas\nsourd, au loin.... Combien lent cet express.... N ’au ­\nrait-il donc point la triste consolation de clore les\nyeux de la morte ? E t voici que lui venait, rapide­\nment réprimé, le désir d’une sensation neuve, la\ncuriosité mauvaise d’une agonie, l ’envie inexpri­\nmable de surprendre les dernières vibrations de\nl’être, de voir enfin la camarde à l’œuvre. Puis, la\nprésence de tous ceux qu’on chérit lui semblait\naviver la souffrance de l’adieu suprême.... peut-être\nvalait-il mieux qu’il arrivât trop tard ! Inconsciem­\nment il se mit à fumer, et se rappelait, l ’œil vague,\ntout ce que créa l’imagination humaine pour adoucir\nl’amertume de la séparation fatale : la métempsycose\nétait-elle un mythe ? les âmes délivrées recommen­\nçaient-elles en d’autres mondes, à traîner, forçats de\nla V ie , le boulet des plaisirs et des peines ? se retrou ­\nvait-on quelque part, en u n Eden peuplé d’archanges\nou de houris ? ou la Mort n’était-elle qu’une intégrale\nabsorption de l’être dans le grand Tout, une désa­\ngrégation lente de notre moi au sein de la protéenne\nNature ?... L ’entrée en gare, secouant soudain sa\ndolence, lui rendit toute l’acuité de son premier désir.\nS ’il pouvait la voir, vivante encore ! — et le long du\nsquare aux arbres visqueux, par les rues sales et\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1596, "texte": "366                                      L a W allonie.\n\n\n\nglissantes où le brouillard suintait des façades pois­\nsées, il dévalait, automatiquement, comme en songe,\nexaspéré de l’indifférence quiète de la foule, du\nroulement des voitures, de la muette impassibilité\ndes choses, — et voici que la maison lui apparaissait,\ntranquille, grille baillante, comme si rien d’anormal\nne se fût passé en elle.\n   Il gravit l’escalier en toute hâte, aperçut le groupe\néploré des parents - le lumineux onglet des cierges,—\net s’affaissa sur un siège, le gosier rauque de sanglots.\nE t cependant, au milieu de l’atroce douleur — oh !\nqui dira jamais le comment de l’humaine pensée ? —\nl’esprit implacable syllogisait sans trève : le brasier\ndes souffrances intimes n’avait donc que des flammes\nillusoires puisque les pleurs suffisaient à l’éteindre ? —\nou bien, aimait-il trop peu la grand’mère pour qu’il\nlui fût donné l’ultime sensation de souffrir pour\nelle?.... Troublé par la crainte d’un manque irrépa­\nrable d’affection, il entendait à peine les détails qu’on\nlui murmurait à voix basse : on n’avait pu le prévenir\nplus tôt.,., c’avait été si soudain.... la veille encore\nelle avait pris part aux repas.... une apoplexie fou­\ndroyante, disait le docteur.... du reste, elle ne s’était\npoint vue mourir.... elle s’en était allée sans râle, sans\nregret, sans désir, inconsciente de son état.\n   — Viens donc la voir, elle est si belle....\n   Sous le drap blanc que relevaient les orteils rigides,\nles doigts pieux entrelacés d’un chapelet, la bonne\naïeule semblait dormir, sereine, le front mi-voilé par\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "    M orte.                                          367\n\n\nses bandeaux grisâtres où çà et là brillaient quelques\nfils argentés. Longtemps le désespoir le prostra au\nchevet, ressecoué de nouveaux spasmes, baigné de\nlarmes renaissantes ; et maintenant, debout, la tête\nen feu, l’œil fixé sur la morte, il sentait surgir en\nlui — douceur clémente — les vagues et fluidiques\nvisions du passé : les soirs lointains où l’épopée napo­\nléonienne se racontait aux pétarades d’un feu clair,\nles confidences de grand’mère, tout imprégnées du\npatriarcal bourgeoisisme de jadis, ses gronderies un\ntantinet sévères, vite oubliées sous ses caresses, ses\nbonbonnières mises au pillage, ses tant chères pro­\nmenades qu’il guidait, enfant, à pas lents et menus....\n   E t maintenant, jamais plus n’étincellerait la béni­\ngne clarté de ses regards ; jamais plus ses mains ne\nchercheraient, tremblantes, son épaule ; en son âme\n seule, — comme le chant des flots au sein d’un coquil­\nlage — vibrerait désormais, assourdi, l’écho de sa\n voix éteinte, et l’autre soir — oh ! combien il se repro­\n chait de l’avoir sitôt quittée ! — les embrassements\n banals du départ avaient donc scellé le suprême\n adieu !\n    Il s’enfuit affolé, pour échapper au lancinant regret\n des baisers non donnés et des paroles tues.\n    A u dehors, en tourbillons pressés, valsait la neige,\n hermine des tombes ; et cet effeuillement de lys\n célestes, aux pétales baignés de silence, semblait\n cette fois adoucir la cruauté de l’inertie environnante.\n Le calme lourd d’une mer lasse de houles l’envelop­\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": " 368                                    L a W allonie.\n\n\n\n pait, léthargique, neige occulte lui couvrant le cœur,\n étouffant les cris et les désespérances, et paralysant\n  enfin l’intolérable Pensée.\n    Il ne sut jamais exactement comment s’étaient\n passées ces heures inconscientes : plus tard, il se\n ressouvint du fleuve à la robe jaunâtre, léopardée de\n taches glauques, couches minces et désagrégées des\n derniers glaçons, du parc désert aux déesses méta­\n morphosées en pierrettes, d’une personne bousculée\n par mégarde et dont les apostrophes violentes le\n poursuivirent, d’un chien de cour qui dans le soir\n avait hurlé à la mort... Il était allé ainsi devant lui,\n par les quais, les boulevards, les places, les ruelles,\n insensible et morne, cédant à une impulsion machi­\n nale, et quand le froid et la faim avaient enfin secoué\n sa torpeur, il s’était trouvé avec surprise à deux pas\n du logis.\n    Blasphème inexplicable dont l’ironie lui sembla\n plus tard atroce, le souper fut presque gai, tant s’y\n accumulèrent ces mille riens provocateurs du rire !\n E t pourtant, ils adoraient l’aïeule, ceux-là dont un\ninfernal hasard profanait despotiquement les larmes ;\n nul, pour voir se dresser l’inanimée, et s’entr’ouvrir\nun instant ses yeux clos, n’eût hésité à remplacer\n — corps rigide, mains en prière sur le linceul — celle\nqu’un fauteuil impassible attendait, bras ouverts,\nau coin du foyer. A vec elle, s’était brisé le lien qui\nles rassemblait à la table familiale, et leur rire tinta\ndevant la place vide !\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "     Morte.                                             369\n\n\n    Lentes s’évidaient les heures, en un silence troué\n par intervalles de réflexions insipides, et bientôt il\n resta seul, pour la veillée, en compagnie d’une vieille\n dame, amie de la défunte, dont la tête lasse vite\n s’appesantit sur le psautier.\n    Il revint sur la pointe des pieds s’asseoir près du\n lit morne. L a mort n’avait point encore affaissé les\n raideurs du corps ni amolli la face calme ; et sous le\n bonnet à tuyautés dont les rubans empesés coquet­\n tement se nouaient sous le menton, l’aïeule semblait\n près de s’éveiller en un sourire. E lle aussi l’avait\n veillé jadis, berçant sa couche d’un pied monotone ;\n n’allait-il point à son tour — puisque les vieillards\n et les enfants ont le sommeil baigné de songes d’or —\n surprendre sur ses lèvres l’épanouissante joie des\nrêves ? Il se pencha, embrassa le cadavre sur la joue,\n et se redressa effroyablement pâle, dans un frisson\nqui lui montait des talons à la nuque, la bouche\nbrûlée du glacial baiser ; fuir... oh ! fuir... mais l’épou­\nvante le clouait au sol. Morte, morte.... et dans quel­\nques jours, hideuse! Il n’y avait donc nulle pitié\nlà-haut pour les angoisses filiales ? Irrémissiblement,\npour le triomphe du Ver, se putréfieraient ce cœur\nd’amour, ces yeux de bonté ?...\n   Un crépitement bref et saccadé lui fit tourner la\ntête. L a flamme des bougies, échancrée p a r le milieu\nsoubresautait en cornes fumeuses, dont le reflet\nfantastique faisait se convulser l’hiératique crucifié.\nIl renouvela les cierges et fit un pas vers la porte, le\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "370                                     L a Wallonie.\n\n\n\nregard fixé vers le lit. Il s’arrêta soudain, les artères\nlui sifflant aux tempes : la lumière, inconsciemment\ndéplacée, projetait sur la courtine une onde mou­\nvante qui semblait animer l’aimée, et très distincte­\nment l’illusionné perçut le bruit vague d’une respi­\nration. Il ne fit qu’un bond vers la chambre : “ elle\nvit ! „ cria-t-il exultant à la vieille dame réveillée en\nsursaut. Tous, bientôt sur pied, s’ingénièrent triste­\nment à dissiper cette folie, mais sa certitude absolue\nles ébranlant enfin eux-mêmes, on décida, par\ncrainte d’un ensevelissement prématuré, d’en appeler\nau docteur.\n   Le praticien entra, alla directement au lit et,\nrejetant les couvertures, longuement écouta l’oreille\nau cœur; tout le monde avait fait cercle autour de la\ncouche.\n   — Rien ! fit-il en se redressant. Vous pouvez être\ntranquilles. L a léthargie, excessivement rare chez\nles vieillards, était du reste impossible dans ce cas.\n   Toutefois, pour lever les derniers -doutes, il ap­\nprocha un miroir des lèvres de la défunte, l’examina\nensuite à la loupe...\n   Lui, assistait à la scène, inconscient, l’œil fixé sur\nl’aïeule, s’attendant, puisque le secours était là, à la\nvoir se dresser, pâle et douce...\n   — Voulez-vous que j ’ouvre une artère, que j ’em­\nploie la brûlure ? continuait le docteur. Mais croyez-\nmoi, ce serait complètement inutile, car les signes\npathognomoniques abondent : les lividités cadavé­\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "    Morte.                                               371\n\n\nriques, la rigidité des membres, l’œil voilé et vitreux,\ntout permet une affirmation catégorique.\n   E t s’écartant à demi pour démasquer le cadavre,\nil souleva les bras qui retombèrent comme un ressort\nsur le ventre concave, éclaira la morte à la lueur\nd’une bougie et souleva complètement la paupière..\n   Un cri retentit alors, surhumain, râlant l’agonie\ndes derniers espoirs, et il s’affaissa, devant l’atroce\nvision de cette bouche maintenant tordue, aux com­\nmissures violacées, et de l’œil terne, révulsé, sans\nregard, qui sinistrement trouait la face blême.\n\n                             A uguste   V IE R S E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 372, "page_fin": 375, "titre_corps": "Chronique littéraire : Jeanne Bukoff", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "CHRO N IQ U E L I T T É R A I R E . JE A N N E B U K O FF (1) N otre am", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 407, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "CHRO N IQ U E L I T T É R A I R E .\n\n\n\n\n                           JE A N N E B U K O FF (1)\n\n\n\n    N otre am i F ritz E ll a term iné récem m ent une comédie:\nJeanne Bukoff. C’est, chez nous, l’un des rares essais d’ins­\nta u re r la vie sur la scène, m ais sans l’énervant souci du\ndocument hum ain, si lourdem ent faible et m ort lorsqu’il est\ntran sporté de la grande scène du monde à l’artificielle scène\ndu th éâtre, et, loin du luxueux soleil des villes et des cam­\npagnes, aux seuls m aigres feux de la ram pe. Mais, bien que\ntransposée sous des nuances idéales dans cette atm osphère\nidéale qu’est la vie simplement rappelée et rêvée d’une pièce,\nl’action de Madame B u k o ff se m eut tro p dans la foule. Ce\nreg ret pourrait être proféré à l’égard de presque toutes les\npièces de théâtre. Son im portance relative p a ra îtra donc\nm inim e; j ’ai voulu cependant l’énoncer, parce que la nuance\nd’inconnu que recèle l’atm osphère d’une œ uvre est à mon avis\nle plus subtil critère de sa valeur.\n\n\n\n    ( 1) Comédie en d e u x a ctes, e t en p ro se , p a r F ritz Eli. T re n te exem ­\np la ire s h o rs com m erce.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "     Chronique Littéraire.                                      373\n\n\n   Mais il faut apprécier beaucoup F ritz E ll, pour certaines\n choses qui, chez lui, étonnent d’abord. Cet adolescent à l’œil\nnoir et mobile, cet adolescent qui veut être m ondain et\n semble fait pour les superficiels plaisirs des flirtations par\nhasard nouées et dénouées, oui, ce papillon des jeunes filles\nest au fond plus réfléchi que ses apparences ne le laissent\nvoir; et dans ses comédies, attention bien rare, i l met quelque\nchose. Une Réparation, il y a quelques mois, an aly sait b riè­\nvement, — trop brièvem ent, certes, — ce m om ent indécis où\nle jeune homme se sent devenir vieux garçon; non pas encore\nà cette lim ite d ’âge où l’on parle de “ faire une fin „ ; mais\nles vingt-cinq ans en province, la fatigue de l’esseulem ent\net le désir encore indécis de quitter la jeune femme pour\nla jeune fille. Jo u é dans un bal, term iné p ar un m ariage\n(ou plutôt, avec une portée plus grande p a r le mariage),l ’acte\np araît contenir ce q u ’ordinairem ent contient un bal ; M adame\nde Ory est la m ajeure du syllogisme, Mlle de St-G irons en est\nla conclusion.\n   Jeanne B u k off , bien que publiée plus ta rd , est antérieu re\nà Une réparation au m oins comme idée et comme prem ière\nécriture. Ic i la conception est moins norm ale, m ais plus\nprofonde; c’est encore le M ariage, m ais sous un au tre aspect.\nUne femme qui a vécu le M ariage, et qui en a souffert, veut\népargner à sa fille le désir même de cette déchéance. L ’éduca­\ntion de Suzanne Bukoff a tendu à ceci: éloigner d’elle, et de\nses désirs, et de ses plus secrets pensers, toute image idéale\nde l’Epoux. Ici, n ’y aurait-il pas m ieux et plus profond que ne\nnous le montre F ritz E ll ? L a jeune fille, théoriquem ent au\nmoins, et l’être ingénu au seuil de la Vie, le Rêve au seuil\nde la réalisation. E ca rter la Vie, fuir la réalisation — m ortelle\nau rêve, — telle est l’idée m ère du drame.\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "374                                                La Wallonie.\n\n\n   Mais à côté de Jeanne Bukoff, la femme pessim iste au\ng rand relief noir, Suzanne voit des amis plus superficiels,\n bourgeois foncièrem ent, bonnes gens et optim istes. Alors,\n poussée p a r la nature et ta n t de circonstances extérieures qui\n tu e n t l’influence am ère et m âle de Je an n e Bukoff, Suzanne\n obéira à l ’inévitable loi d’amour. E lle aimera. Qui ? Oh, un\njeune homme quelconque, Jacque Dulac, n i très fo rt n i très\n bête : ordinaire. E t M adam e Bukoff voyant sa volonté\n débordée, et qui doute d’elle-même lorsqu’elle découvre le\n n éant des conseils, de l’éducation, des influences longuem ent\n combinées, M adam e Bukoff qui se retrouve m ère et faible\n sous sa virile arm ure de pessimiste, cède enfin; non point\n convaincue certes ! m ais sans force devant cette pensée : le\n cours fa ta l des choses ne p eu t être arrêté.\n    J ’ai de mon m ieux analysé Je an n e Bukoff, et tâché d’expri­\n m er clairem ent l’idée assez neuve qui vit au tréfond du drame.\n Mais, s’il faut louer F ritz E ll pour le fond, il fau t sévèrem ent\nle critiquer pour la forme. F ritz E ll n ’est pas assez m aître de\n sa langue, et laisse passer des phrases trop superficiellement\nconstruites, qui ne tiennent pas bien, des tournures em bar­\nrassées et lourdes, parfois. A côté de cela, il faut signaler\nquelques scènes douces où le verbe s’atténue trè s heureuse­\n m ent avec le son des voix, et d’autres plus vigoureuses où\nb rille n t certaines expressions d’un beau relief de médaille.\nMais si F ritz E ll m e p arait destiné à m ieux écrire pour la\nscène que pour le livre, je trouve cependant son dialogue\nencore terne. I l n ’y a pas assez de variété dans le dessin, pas\nassez de vivacité de langue; des scènes trop longuem ent\ntenues, comme des points d’orgue, et des redites. Une R épa­\nration , inférieure certes quant au fond, l’em porte comme\nrestitu tio n de la parole m ondaine et de sa vie. Mais qui donc\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "     Chronique littéraire.                                       375\n\n\n a su ju sq u ’ici construire un dialogue réel ? J e ne vois guère\n que les de Goncourt en certains chapitres de Charles D em a id y ,\n ce chef-d’œuvre, et Camille Lem onnier dans les deux adm i­\n rables prem iers actes de son Mâle.\n     A cela, il y a une raison toute n aturelle; c’est qu’en général\nles causeurs p arle n t ainsi qu’ils pensent, et p a r association\n d’ idées ; tandis que les auteurs com binent des liaisons d’ idées,\nlogiques et pour cela surtout visiblem ent artificielles.\n     J e veux encore reprocher à F ritz E ll quelque scène d ram a­\ntique où Jacques D ulac sort du rôle qu’il devrait logiquem ent\ntenir, si la conception de l ’œ uvre est bien telle, e t profonde,\n que je l’ai comprise. D e plus, quelques personnages épiso        ­\n diques sont inutiles ou nuisibles, et quelques détails vraim ent\npuérils; — ces tribunaux égyptiens, p ar exem ple; — il y a\naussi des passages déclam atoires qui détonnent. Mais cela,\nF ritz E ll pourra le rem anier à loisir, lorsqu’après cette édition\nprovisoire Jean n e Bukoff sera définitivem ent publiée.\n    U n m ot encore. J ’ai tenu compte de ce que F ritz E li désire\nfaire au tan t que de ce qu’il a fait. Mais j ’ai entendu le ju g e r\navec la sévère et cordiale franchise qu’il m érite, comme\nl ’un de ceux qui veulent chercher l’a rt au th é âtre. D ’autres\nécrivains de comédies, dans ce qu’on appelle la Belgique,\nauraient eu droit à bien plus d’indulgence : si l ’indulgence\nest la sœ ur du mépris.\n\n                                      Albert    MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 376, "page_fin": 376, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P E T I T E CHRO NIQ UE. V a p araître bientôt", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "P E T I T E CHRO NIQUE.\n    V a p araître bientôt : L ’Ame des Choses (*), recueil de poèmes\n en prose, p ar H ector Chainaye. L ’auteu r a voulu rendre sen­\n sibles les courants m agnétiques et de sym pathie qui unissent\n les êtres et les choses, et toute la vie laten te de ce que nous\n appelons inanimé.\n     Les Heures, p a r A lbert Mockel, petite symphonie de litté ­\n ra tu re et de m usique que doivent continuer les Soirs mouvants.\n E n ces vers, l’auteur tâche à m ontrer l’idée du Tem ps — et\n aussi l’idée de l’E space, — de plus en plus appesanties sur\n l’homme, depuis son enfance ju sq u ’à l’âge adulte : et de ces\nidées, la Douleur. U ne introduction et de brèves liaisons\nmusicales doivent circonscrire et nuancer l ’atm osphère, et,\np ar l’ abstraction qui est le résu ltat direct de la m usique,\nperm ettre l’énoncé plus synthétique de la notion dégagée du\nconcret.\n    Enfin, l’éditeur D em an a sous presse les Scènes de bal,\nd ’A lbert St-Paul. U n fragm ent notable en a paru ici, disant\nbien la grâce de m ièvreries fluettes, l’adorable X V IIIe siècle,\net to u t cet ingénum ent pervers, ce poudré de sourires qu’Al­\nb e rt S t-P aul excelle à transposer en ses vers.\n    V a aussi p a ra ître un volume d’A uguste V ierset : les Poètes\nnamurois, étude de littératu re w allonne. E n souscription chez\nl ’éditeur, A. B énard, rue du Ja rd in B otanique, Liége.\n                                               **\n                                                 *\n    E rrata. — D ans la pièce d’A chille D elaroche parue en\nl ’avant-dernier num éro, p .270, au lieu de: où règne le rêve de,\nlire : où règne un rêve de ; et vers 51, au lieu de : en l’ arcane\nimpoilue, lire : impoilue en l’ arcane.\n  D ans la pièce de Em . V erhaeren, page 251, le prem ier\nvers doit se lire :\n         Sur le bord de mon livré, où comme en un m iroir,\net non : Sur le bord de mes lèvres.\n   D ans le dernier n° — E vocations, par George K eller, —\npage 318, rappel, e t non appel; oh fluette.... et que douce au\nlieu de : ah fluette.... et que bonne. P age 319, où les larm es\npassent, et non pussent.\n\n   (*) M o n sieu r C harles F u s te r s’e s t em p a ré de ce titr e , ré c e m m e n t ; m ais\nd ès l’é té 1 8 8 6 H e cto r C hainaye l’av ait in s c r it en tè te du poèm e p rin c ip a l,\nlequel fu t p u b lié e n a u to m n e 1887.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE\n                        H. ZE Y E N.\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                    LIEGE.\n\n     S p é c ia lité d ’a g r a n d i s s e m e n t à la lu m i è r e é le c tr i q u e .\n\n\n    FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                     P la ce du T h é â tre , 11, Liège.\nP o r t e - c i g a r e s e n é c u m e de m e r , a m b r e e t r a c in e de b r u y è r e .\n   — P iè c e s d e c o m m a n d e , É c u s s o n s , In itia le s , P o r t r a i t s ,\n   e x é c u té s en 24 h e u r e s .\n                              RACCOMMODAGES.\n\n\n                          V IEN T D E P A R A IT R E :\n\n      C o n tes                      pour                     l’a i m é e\n                                            PAR\n\n                             M a u r ic e    S I VILLE\n\nU n volume g rand in-8°. É dition de g ran d luxe, caractères elzé­\n              viriens. Illu stré de 25 compositions,\n                                            p ar\n                           E m ile BER CH M AN S.\n\n\n  T irage de bibliophile à 250 exem plaires num érotés p o rtan t\n               im prim é le nom du souscripteur.\n\n                               P r ix : 10 fra n c s.\nOn souscrit chez Aug. 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M. O L IN\n                                              (    M a u r ic e SIV IL L E .\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-206", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bureaux : rue St-Adalbert", "ancre_fin": "6 fr. 50.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 449, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "B ureaux : rue St-A dalbert, 8, Liége.\nEnvoi d'un num éro spécim en co n tre îîO cen tim es\n               en t i mbr es -poste .\n      ABONNEMENT : 5 f r . p a r an. 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L e P élerin (vers).\nGeorge K e l l e r . . . . E v o c a t iPouorregretns(vers).         s.\nH. S t i e r n e t ............................... Vespérale.\nA r t h u r D upont ......................Vers.\nA u guste V ie rs e t . . . .                      M orte.\n                              Chronique littéraire :\nA lb e rt M ockel ......................Je an n e Bukoff.\n                                 P e tite chronique.\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1888-09-30-n8-208", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1888-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1888-000.pdf", "ocr_sha256": "faf32834951dfdf8c7748c484e51113e0ceabdccf1b861150e333cefbd832410", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Dépôts de vente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLONIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (1886 et 1887) sont en vente au\n                               prix de 6 francs. La\n                     Wallonie est en vente A LIÉGE : Chez\nMM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du Pont d’Avroy ; Aubette\n       place Saint-Lambert. A BRUXELLES : Chez\nMM. Rosez, libraire, et Istaee, libraire. A PARIS : Chez MM. Vanier,\nlibraire, 19, Quai St-Michel ; Savine, libraire, 18, rue Drouot, et à la Librairie\n      Nouvelle, rue de la Boétie, 3. A GAND : Chez MM. A. Hosle,\nlibraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),libraire, rue des Champs\n     ; Vuilsteke, libraire, rue Aux Vaches. A ANVERS\n: chez Mme Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.\n\n                                     D es p re sses de H . Va illan t-C a rm an n e , à Lié ge .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 378, "texte": "        3me Année. — N° 8.\n\n\n\n\n   LA\n\nVVALLONIE\n\n\n\n\n        30 Septembre 1888.\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "           C A P RI CE R E V U E\n JO U R N A L A R T IST IQ U E E T L IT T É R A IR E , IL L U S T R É ,\n                              paraissan t le Samedi.\n\n                  D ir e c t e u r : M au rice      S IV IL L E .\n\n A bonnem ents pour la Belgique : 6 francs l’an, étran g er 8 fr.\n\n                    D irection et A dm inistration :\n             R u e d e s V in g t- D e u x , 1 6 , à L i è g e .\n\n    Caprice Revue publie un p o rtra it en chacun de ses n°s. O nt\np a r u : V illiers de l’Isle Adam, Camille Lem onnier, E m ile V er­\nh aeren, E rasm e R aw ay, Joséph in P éladan, Ju le s D estrée, Alb.\nG iraud, Georges Rodenbach, etc.\n   A paraître : Félicien Rops, Edm . P icard, Sully-Prudhom m e,\nC atulle Mendès, M ar s, etc.\n\n       L    ' A      R    T         M     O     D     E     R    N     E\n REVUE       CRITI QUE        DES   ARTS      ET    DE     LA    LI TTÉRATURE\n                  26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                     A b o n n e m e n t : 10 fr. par an.\n\n\n                   LES POÈTES NAM UROIS\n                             par A u g u s t e V IE R S E T\n E n s o u s c r i p tio n d a n s n o s b u r e a u x , et ch e z A. B é n a r d ,\n             é d i t e u r , r u e d u J a r d i n B o ta n iq u e , L iége.\n                                   P r i x : fr. 1,50.\n\nA paraître chez E. D E M A N , rue d’Arenberg, Bruxelles :\n                         SCÈNES            DE B A L\n            1 p e tit vol. de vers, p ar A l b . S t -PA U L.\n\n           LE       T R A IT É              DU        VERBE\n                              p a r R ené G H IL.\n\n                     Les Flambeaux Noirs\n           Livre de vers par E m ile V E R H A E R E N .\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "              LES VIERGES.\n\nOatronnes p en lourds m anteaux, célèbres Vierges\nDes coins d’autel et des piliers des cathédrales\nTénébreuses, vierges noires, avec des cierges\nE t des seins d’or et la gorge nouée en raies\nE t l’épée à travers la prière des yeux\nV ierges magnifiques et princesses du ciel\nD ont le superbe sang rouge et silencieux\nCoule depuis quatre siècles comme du miel\nSur les lèvres et sur les cœurs, vierges chrétiennes,\nSous des brises d’encens et des brises d’antiennes\nIvoire argent orfroi rubis et diam ant\nImposez-vous en nous im périalem ent\nRobes, gaines, colliers, diadèmes, agrafes\nF la mmes de m ajesté, brûlures de splendeur\nL ys m ystiques dressés de toute leur roideur,\nA rabesques rou lan t leurs éclatants paraphes,\nSur les rubans et les voiles et les brocarts\nE t les traînes, imposez-vous pendant ces soirs\nD ’église abandonnée et de vitraux blafards\nOù l’on écoute en tre r en soi les désespoirs\nImposez-vous, oh les infantes et les vierges\nD es coins d’autel et des piliers des cathédrales\nTénébreuses, les madones avec des cierges\nE t des seins d’or et la gorge nouée en râles\nE t l’épée à travers la prière des yeux !\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "346                                          L a W allonie.\n\n\n\n                    L A GRILLE.\n\n A vec de la fureur et du m étal tordu\n    E t du soleil étein t et de l ’ombre, la grille\n    Comme une bête en fer fourm illeusem ent brille\n    E t se hérisse et fend le dallage fendu\n    E t transversalem ent coupe les stalles fières.\n    Buissons de dards, fleurs d’aiguilles, bouquets de pointes,\n    Lances d’acier, faisceaux de m orsures — disjointes\n    E t plus cruelles ainsi sur les barres altières —\n    Au fond le tabernacle est imposé, vainqueur.\n    E t l ’ostensoir fulgure et la grille qui mord\n    P araît entre ses dents broyer des choses d’or\n    Q uand on voit à trav ers étinceler le chœur. —\n    — E t m âchoire pour les souffrances et langues\n    E t crocs et tenailles pour les peines, et pal\n    P our les rem ords et les péchés, et crucial\n    A utel pour les frayeurs et les crimes exsangues —\n    Suspendez-y vos cœurs et vos sanglots, chrétiens,\n    E t vos am ertum es et vos espoirs anciens\n    E t vos rêves de ciel — et la grille qui m ord\n    P a ra ît entre ses dents broyer des choses d’or.\n\n                                  E m i l e V E R H A E R EN.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "              L E S E U L AM OU R.\n\n\n                               à celle qui se voudrait la S eu le.\n\n\n\n\n       C  soir la\n               e symphonie du Doute approfondit ses\n\n         murmures; un sourd désir d’amour frissonne\n         en ma poitrine ; je ne sais quel parfum\n         tragique diffuse en moi ses caresses, et des\nmusiques de harpes sont mêlées de soupirs. Rien ne\nrespire autour de ma pensée, sinon la magnétique\nhaleine des choses aimées ; et pourtant, comme une\nondulation d’ailes conseillères, glisse près de moi\nle vol d’un secret. Enervé, je me lève et mon regard,\ncherchant un appui, s’arrête à une impressionnante\ngravure, un lointain Profil de Lumière qui dans\nl ’ombre sourit l’orgueil givré de son sourire. Oh\nl’étrange profil d’être surhumain, cette neige idéale\nde lumière, et le froid, l ’inaccessible glace en fleur de\nce sourire ! Que souvent le regard dédaigneux de\ncette assyrienne figure, que toujours me fascine ce\nregard qui fuit ! E t parfois, les nuits de clair travail\npensif, elle me semble vivre, l’Assyrienne glacée, et\nson regard, je le sens qui me suit et rythme la\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "348                                      L a W allonie.\n\n\n\n confuse harmonie de ma réflexion. Mais ce soir, non,\n l’impression m’électrise trop fortement ; je ne veux\nplus, je ne veux plus voir le profil ; fiévreusement\nje pose dans un angle obscur l’étrange dessin;\n et l’image d’une aimée le remplace bientôt.\n    Alors, pour éloigner les visions qui me troublent,\nmes yeux cherchent dans les yeux de l’Aimée le sou­\nvenir qu’y laissa tel soir d’amours angéliques. E t je\nlui dis.\n    — Tu crois m’aimer; m’aimer éternellement! et\nme l’assures. Mais sais-tu si vraiment ton être m’aime\nainsi ? E t moi....\n    — Oh toi ! répondit le souvenir, toi non plus....\nQu’importe ? Que nous ayons réellement l’amour,\nqu’importe ? puisque nous en avons l’Image et que\ntous deux nous croyons aimer....\n    Mais invinciblement, une forme aérienne s’impose\nà mes regards, indécise et d’une onctueuse lumière\ndiffusée ; cette forme, elle se précise, et voici qu’elle\nvoile, - oh, douloureusement ! — la forme de l’Aimée.\n\n\n   E lle est là, pâle et tragique, l’étrange Assyrienne !\nE lle se dresse féerique en moite blancheur, et darde\nsoudain sur moi la flèche mystique de ses yeux.\n   — Vers ma froideur comme la Mort, dit-elle, vers\nmoi va planant la mort du Rêve. Mais je suis œuvre\net suis l’A rt et sa vie ; mon symbole ? ce but de lumière\nqui te sera l’éternel et illusionnant désir. Tu veux\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "     Le seul amour.                                  349\n\n\n\n\nV\naimer, — et cette V ie tangible que tu répudierais ! -\n  a le seul amour est de l’Idée : vois, J E t ’aime et\nsuis à toi.\n  Fascinante, elle posa sur mes lèvres l’inexorable\namour de lèvres molles et impassibles. Je sentis\nmon être de jadis défaillir en moi, et dominé soudain\net courbé sous une paralysie, — oh ! par mes lèvres\nce long serpent, de marbre et se glissant dans ma\nchair, se glissant comme un long frisson languide....\n\n\n    Lorsque je parvins à surmonter ma torpeur,\nl’apparition déjà s’était fondue. Bien, plus rien. Un\npeu de fumée éparse luttait près du foyer, avec un\nrayon de lune perçant mes rideaux de mousseline.\n    L e profil assyrien là, tranquille dans la pénombre ;\nmais cette figure pensive et triste, et le dédain,\nl ’inexorable glace en fleur de ce sourire ! Alors je\nsentis, je sentis qu’irrésistiblement un Etre occulte\navait pénétré en moi, et que ma volonté était devenue\nsienne.\n    Mais pourquoi, pourquoi toujours, depuis, cette\nneige idéale dé lumière, — oui ce magique et féminin\nrayon de Lune qui m’obsède ?\n\n                                A lbert   M O CKE L.\n  Hiver 1887.\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "                  O SOLEIL !\n\n                                  E lle est noire et q u ’im porte, les\n                                charbons aussi sont noirs ; mais\n                                q uand ils sont en f e u , ils brillent\n                                comme des cahiers de roses.\n\n\n\nl’entrelacement des colonnades\nn\nE\nL a négresse descend aux esplanades\n\nOù le miaulement d’un jaguar qui l’ attend\nP a r les larges hangars s’ entend monte et s’entend.\n\nL a négresse descend aux esplanades\nSous l’ombrage des arbres à grenades.\n\nE t s’ étend sur la dalle et tend la volupté\nD e son ventre au ja gu a r — mâle qu’elle a dompté.\n\nSous l’ ombrage des arbres à grenades\nVaguent aux kiosques clos des sérénades.\n\nE t le fauve s’enroule, ulule, griffe et mord,\nE t la négresse laisse errer un regard mort,\n\nVaguent aux kiosques clos des sérénades\nE n l'entrelacement des colonnades.\n\nE t c’est fête, N a tu re! ô Nature, ta fête :\nL ’ épanouissement sauvage de la Bête.\n\n                                Albert       SAINT-PAU L.\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "              LE PÈLERIN.\n\n\noici cette ombre au bord du sentier de soleil\n E t le clapotis d’ or d’un ruisseau sous les saules,\n 0 pèlerin de deuil qu’ont apâli les geôles\n D u barbare et maigri les marches sans sommeil.\n\n\n Trêve à ton vain voyage ! ici rira l’ éveil\n D e la naïade au vert des roseaux que tu frôles,\n E t tu sauras ravir, pâmé sur ses épaules,\n L a rose des baisers à son rêve vermeil.\n                                              %\n\n\n\n M ais redressant d'un geste ascétique ton torse,.\n E t les larmes aux yeux et l’ âme, hélas ! sans force,\n Tu tournes tes pas las, là-bas, vers le manoir.\n\n\n Car, tonnerre de bronze en le silence agreste,\n Sonne, des tours du bourg dévasté p a r la peste,\n L e bourdon qui te somme à quel noir désespoir !\n\n\n                                 St u a r t   M E R R IL L .\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "                          É V O C A T IO N S (*).\n\n\n\n\n            L doute. Je doute de mon doute.\n            e\n\n\n\n          Espérer !\n  Toutes nos chimériques conceptions furent si\ncruellement désillusionnées en la vie !\n  L a vie. — Rues des villes, rues des faubourgs,\nlupanars des idées, rues équivoques et mauvaises\ndont les maisons déshonorées élèvent des stupres\nd’étage en étage au seuil des croisées.\n  Oh! les ténèbres livides où grouille la populace\ninfâme avec ses cris féroces, débraillée, énorme et\ngrondante, ruée heureuse en cet impérieux besoin\nsatisfait de faire le mal.\n  Etre grossier, brutal, ignare, sans honte ; sa\npensée haletante effarouche la lubricité ; son œil\nopaque et battu rougeoie d’une lueur fauve, par\ninstants, quand s’allume le désir d’une lutte avec\n\n   (*) Ce fe u ille t des É vocation s de G eorge        K eller,    tom bé à la m ise en\np a g es, d e v ait ê tre placé à la six ièm e lig n e de la p ag e 3 2 0 .\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "      Évocations.                                                        353\n\n\nVautre, celui-ci, pour s’appossessionner cette femme,\nlà-bas, vautrée dans le ruisseau, nu-tête, échevelée,\nimpudique, provoquante, canaille, suant le vice par\ntous les jours de ses vingt ans.\n\n                            *\n                          * *\n\n                        Vois-tu, c ’e st fa it de m o i.... J e n e s a u ra is\n                            s u p p o rte r to u t cela plus lon g tem p s.\n\n                                                          Go eth e.\n\n\n\n   Plus de foi, plus d’espérance; rien qui tente encore\nl’âme désenchantée ; pas d’action possible pour\néquilibrer la poussée des déceptions, déboires, du­\nperies de ce monde éternellement mauvais.\n   Vivre. A quoi bon? Pourquoi n’en pas finir? E n\nfinir! Comme je lutte contre cette pensée, brisé,\ndésespéré, presque fou ! E t cependant je comprends\nparfaitement tout l’excessif de ces deux mots: En\nfinir! Mais je ne puis plus, je ne puis plus résister:\nl’heure maintenant est là, inexorable, et cette vel­\nléité de suicide qui m’obsède depuis des mois entend\nle sablier pleurer le glas de la minute ultième.\n\n                                     G eorge K E LLE R .\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "             POUR REGRETS\n                                                        d\n                                                        'Elle.\n\n\n\nOlus. — pSeuls, abélir de nos doux p as les sentes\nLors que le soir bien las enlace le hallier,\nSeuls ! p a r de très dolents silences rallier\nNos blancs pensers de rêve aux fleurs opalescentes\nD e la Lune baignant sous les lacs bleus des yeux\nT ant de perles dont l'eau que l’ É to ile a dorée\nLaisse s’ alangourir l’ émoi de l’ adorée\nE t s’ azuré, ô céleste, à regarder les cieux.\n\n                               *\n                           *       *\n\n\nImpassible Passante, Incertitude, l’ Une\nE t Vierge bien-aimée en mes voulus dédains,\n0 viens encor nous perdre aux là-bas des ja rd in s,\nSeuls ! p a r de très dolents paysages de Lune\nOù les vierges baignaient de soupirs les roseaux,\nVierge passive, ô viens, pâle et blanche et rose aux\nSymboles de la fleur de rêve épanouie,\n\n\n\nO\nL a Lune radieuse entr’ ouvre des milliers\nD ’ écrins d’ or et nous tend les saphirs fam iliers,\n  viens, laisse, dis-moi, baiser de mon ouïe\nTa voix alanguissante aux aveux imprécis,\nE t sous l’essor vainqueur des rêves éphémères\nB a iser de ton regard le regard des chimères.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "Pour regrets.                                                   355\n\n\n                               *\n                              * *\n\nO p lu s. — J e ne veux p lu s écouter les récits\nD e ces landes d’amour vaguement merveilleuses,\nM ais j e veux m’ aberrer, fo rt et seul, e t bénir\nD e rêve lilia l l'aurore souvenir\nB rillo ta n t sous les fe u x fu r tifs que ses veilleuses\nAllum ent aux chemins des proxim es cyprès.\nE t plu s. — E t ma jeunesse — oh que seule — arrosée\nD e calmes irréels croit L éth é la rosée\nQ ui tombe de mes yeux au seuil de mes regrets.\n\n\n                                          Ge o r g e K E L L E R .\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "                  VESPÉRALE.\n\n\n\n       D n s l ’a ir lourd et affadi de la vesprée, plane\n       a\n           avec d’immenses ailes de chauve-souris invi­\n          sible, le rêveur Esprit du Calme : au-dessus\n          de la pelouse veloutée, doux-fleurante, mol­\nlement affaissée comme un bamac d’amour entre les\népaisses frondaisons des acacias langoureux et les\ndiscrètes clématites où rêve la comtesse.\n   E t il lutte, l’Esprit, contre les oiseaux bavards qui,\nmalgré les heures plaintives, blessant l’instant trop\npeu ensoleillé pour leurs notes de cristal, chantent\nl'Alléluia dans un temple mélancolique. Si troublants,\npour les cœurs névrosés, leurs trilles et leurs vocalises\nsonores !\n   E t il lutte, l’Esprit, contre les grappes doucement\nmais obstinément détonnantes des acacias trop illu­\nminés, — contre les Senteurs qui montent et vont\nretrouver le soleil, s’exhalant de la Terre jaune de\npollen, sommeillante et mi-évanouie après la large\npamoison sous les brûlantes clartés.\n   E t la comtesse, — la belle, la tranquille, — lutte\navec l’Esprit contre tout ce qui est Vie.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "    Vespérale.                                         357\n\n\n   E lle est renversée dans sa chaise rustique faite de\nbranches de noisetier qui s’arrondissent pour ne\npoint blesser sa chair maintenant calme ; et, dans son\nvaste peignoir de velours rouge-sombre, flamboie,\nparfois triomphale, une ligne indiscrète, aussitôt\nbrisée aux plis moelleux de l’étoffe sous laquelle l’œil\navide et déçu la continue.\n   Tandis que marmoréenne et satisfaite, la blancheur\nde sa gorge et de ses joues n’a pas bougé, un insecte\na troublé, devant elle, l’impassible accalmie; et s’est\nestompé imperceptiblement son regard sans but.\n   Les pieds baignés de hautes herbes aux relents vain­\nqueurs, un petit sapin compact, trop noir, descend,\navec des airs de moine qui se recueille, la pente en face\nde l’amante du Calme.\n   E t il vit, ce moine ; il s’avance, il parle aux acacias\nqui se penchent vers lui, il écoute les oiseaux, il\nanime de sa robe obscure l’espace que l’Esprit tente\nd’immobiliser sous ses grandes ailes sourdes — et il\nobsède la comtesse, ce moine ; la comtesse qui baisse\nles yeux pour ne plus le voir. Car, elle est presque\ncontrariée, la comtesse, et retire à demi, dans une\nmanche hiératiquement large, sa divine main blanche.\n   E lle ferme les yeux et elle lutte avec l’Esprit du\nCalme contre tout ce qui est Vie.\n   Mais le monde où nagent ses yeux clos est plus\nvivant encore que celui qu’elle fuit. L e moine, elle ne\nle voit plus qu’en un rêve et elle le distingue mieux,\nil est moins recueilli.\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "358                                     L a Wallonie.\n\n\n\n   Les longs cils de la comtesse se soulèvent et le\nmoine, sur son bras noir qu’il remue, le moine lui\nmontre deux oiseaux qui se becquètent avec des\nfrémissements d’ailes....\n   O vie ! aux heures d’apaisement, désolante, inas­\nsouvie, provocante V ie !\n   L a comtesse laisse retomber les paupières douce­\nment, et c’est armé de toutes les séductions de\nl’inconnu, embaumé des parfums maladifs, tenant en\nmain les fleurs noires du crime, qu’il s’avance vers\ncelle qui lutte, le moine puissant et sacrilège. L ’obs­\ncurité le rend audacieux et il murmure des paroles\nd’amour enfiévré et mystique pour la madone qu’ap­\npelle son âme : la vierge rouge !\n   Il s’avance encore, transformant le milieu.\n\n\n\n\n   L ’Esprit du Calme est vaincu.\n   Tout est Vie! Elle rose les joues de la rêveuse, la\n Vie. et sous les longs cils noirs se devine un effet de\nl’éclat qui s’allume aux prunelles.\n   Oh ! combien suggestif et magnétique, le moine de\nla pelouse !\n   E t l’âme envolée de la comtesse attire la grande âme\ndes choses, et une feuille amoureuse se détache du\nplatane voisin et vient frôler, d’un contact de lèvres\nau baiser froid, la main pâle que la comtesse retire\nen se levant droite, effrayée :\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "    Vespérale.                                        359\n\n\n   — Oh ! Non ! Non ! A vec cette robe, jamais ! crie-t-\nelle. —\n   E t tonte rouge, la comtesse, dans son peignoir de\nvelours rouge-sombre, s’enfuit à travers le crépuscule\nanimé et, sur un lâche sopha, s’affale en son boudoir\ntendu de vieux cuirs de Cordoue aux phosphorescents\nreflets....\n   L e pas du comte résonne dans les corridors et la\ncomtesse, de sa voix dolente, très dolente de rutilante\nvie intérieure :\n   — W alter! Mon beau Walter....\n\n\n                                  H. STIE R N E T .\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "        L ’E X I L D E S P O È T E S .\n\n\n                                            A A lbert Mockel.\n\n\n\n\no\nPètes, grands rêveurs aux larges fronts d’ ascètes\nDétournez d’ici bas vos regards et p areils\nA u x condors triomphants sur les couchants vermeils\nPrenez un vol immense au milieu des tempêtes.\n\nEnferm ez-vous là-bas dans vos pensers d’orgueil,\nHautem ent dédaigneux du sarcasme des foules,\nOù, p a r dessus l'effort des bises et des houles\nSeront vos chants d’amour et vos psaumes de deuil.\n\nA yez le fier mépris des humaines louanges,\nQue vos esprits vivant leurs désirs éternels\nPlanent sur les destins de vos frères mortels\nE t les protègent ainsi que des ailes d’ anges.\n\n O poètes sacrés ! dans vos coeurs de héros\nN aissent les grands vouloirs et s’éteignent les rêves,\nVos yeux enflammés comme des réveils de glaives\nRegardent la douleur briser votre repos.\n\nE t vos lèvres d’ airain crachent dans le silence\nL e blasphème éternel du crime et du remords ;\nM ais vos cœurs sont meurtris souvent; vos yeux alors\nSouffrent et vos hymnes pleins de votre souffrance\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "     Les marbres.                                                 361\n\n\n     Ascendent lourdement aux sombres avenirs.\n     S i les larmes alors dilatent vos paupières,\n     E xilez-vous loin dans les retraites altières\n     D es rêves exempts de haine et de trahison.\n\n     E t tandis que vos fronts auront l’ empreinte noire\n     D e tous les m aux soufferts sans pleurs et sans soupirs,\n     Les camènes avec vos palm es de martyrs\n     Tresseront dans l’ azur vos couronnes de gloire!\n\n\n\n\n                    LES MARBRES.\n\n\n                                               A F ern an d Roussel.\n\n\n\nC   almes, ainsi les dieux endormis sous les arbres\n     A u trefo is dans les quinconces noirs des jardins,\n     Som nolent, les yeux clos de songes, les vieu x marbres\n     Rigides avec leurs masques de baladins.\n\n     Têtes de héros, de poètes ou de vierges\n     Avec des palmes, des couronnes et des fleurs,\n     A u x soirs de lune blonds comme des fe u x de cierges\n     Ils endeuillent le parc de leurs tristes pâleurs.\n\n     E t leurs sourires froids dans les sites sauvages\n     Où geignent nuitam m ent les désespoirs amers,\n     Sont en eux le sublime regret des vieux âges\n     E t l’ironie aussi de nos siècles pervers.\n\n                                          A r t h u r DUPONT.\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "                      MOR TE.\n\n\n                                Oh c ie ls, les y e u x p o u rrisse n t-ils\n                                   com m e le re s te ?\n                                                  J u le s   L afo rgu e.\n\n\n\n\n       C m b i e n o lent cet express à franchir l’espace !\n\n         Plus vite, plus vite donc ! Là-bas sans doute,\n         la grand’mère agonise, et désespérément il\n         songe à ce regard dont l’expressive clarté\ns’est tue, à ces lèvres, si volontiers jadis s’empour­\nprant sur ses roses chairs et que l’ange noir a frôlées\nde ses ailes... Se peut-il que les aïeules douces ne\ns’éteignent point, sereines, au milieu de leurs proches,\nles bénissant de leurs grêles mains diaphanes ! L a\nmort se comprend-elle sans l ’adieu ?... L'adieu !... Un\nfrisson lui parcourût les vertèbres. La voix chère\nqui lui chantait les berceuses d’antan, les yeux que,\ntel un ciel profond, se plaisaient à contempler ses\nyeux, les doigts fuselés qui se jouaient parmi sa\nchevelure bouclée, tout s’immatérialiserait en de\nvagues et infidèles remembrances !\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "    M orte.                                          363\n\n\n   O jours anciens où la grand’mère, avec une ten­\ndresse jalouse, recueillait les premiers balbutiements\nde sa pensée, et lui ouvrait les horizons du rêve par\nla magie des contes féeriques et la grâce naïve des\nlégendes !\n   Baisers où la mélancolique vieille oubliait sa prime\nvie endeuillée.... Evanouis à jamais ?.... A jamais, de\nsa bouche désormais close, envolés les baisers frémis­\nsants ?... S ’efface-t-il si tôt, le soleil des couchants\nheureux ?... L ’oiselle délaisse-t-elle sa couvée, ou la\nbiche son faon aux jambes grêles ?... Vous voyez bien\nqu’elle ne peut mourir.\n   E t les penser s se heurtent en sa tête bourdonnante,\net c’est en lui tout un confus éveil d’appels nostal­\ngiques, de souvenirs lointains, d’espoirs impos­\nsibles, d’un vague et fol désir d’héroïsme et de\nsacrifice, de croyances soudaines à des philtres m ys­\ntérieux et des pouvoirs occultes, — comme une\nrebellion misérable et superbe contre Asraël, l’ar­\nchange de mort.\n   .... Combien lent cet express! Plus vite, plus vite\ndonc ! E t son agitation intérieure semble activer\nsoudain le mouvement des choses ambiantes ; la\nlocomotive h alète, le cahotement rythmique du\nrail a des secousses plus brusques, les clochers plus\nrapidement s’effacent à l’horizon, et le long de la\nvoie, où fantastiquement s’abaissent et se relèvent\nles fils télégraphiques, les hêtres poudrés valsent\nplus follement leur ronde carnavalesque... Plus vite,\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": " 364                                     L a W allonie.\n\n\n\n  mon Dieu, plus vite ! L e deuil plane et les corbeaux,\n  trouant de leur vol noir le ciel émerisé, jettent\n  ironiquement leurs clameurs omineuses.... Plus vite,\n  plus vite encore, car le temps passe, et la grand’\n  mère râle, là-bas...\n     Un sifflement déchira l’air, des colis furent hâtive­\n ment remués sous les banquettes, et le train stoppa,\n roues grinçantes, en un tamponnement sourd de\n wagons. Cet arrêt l’apaisa quelque peu, et tel un\n convalescent dont de futiles riens absorbent l’esprit\n affaibli, il s’intéressait au va-et-vient houleux de la\n gare, au claquement des portières ballantes, à l ’in­\n compréhensible et bestiale poussée de la foule, à la\n sortie, aux grappes tenaces de parents et d’amis se\n détachant à regret du train en marche, aux gestes\n d’adieu échangés, à l ’effarement pantois d’un vo ya­\n geur en retard regardant filer l’express....\n    Il ne l’avait pas manqué, lui, du moins. E t il se\nrevoyait relisant la dépêche atterrante. Œ il voilé,\nlèvres pâles, gorge étreinte, il avait ressenti au cœur\nle déchirement brutal d’un ressort qui se brise ; mais\nl’émotion vaincue, se souvenant ne pouvoir partir\navant plusieurs heures, il s’était remis tout entier à\nsa besogne, si bien que nul n’eût pu soupçonner\nquelles angoisses célaient ses traits placides. E t\nmaintenant, à part soi, il se félicitait de ce rassérène ­\nment feint, de cette vaniteuse obstination au devoir.\nVraiment, c’était très fort ce qu’il avait fait là !\nCombien d’autres en eussent profité pour quitter\nimmédiatement le bureau !\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "     Morte.                                             365\n\n\n    Le cailletage étourdissant de deux vieilles assises\ndevant lui l’arracha à cette délectation intime. Le\ntrain roulait toujours à travers l’interminable plaine,\nparfois endeuillée par les sombres hachures d’une\nfutaie ou l’appel d’une cloche épandant son glas\nsourd, au loin.... Combien lent cet express.... N ’au ­\nrait-il donc point la triste consolation de clore les\nyeux de la morte ? E t voici que lui venait, rapide­\nment réprimé, le désir d’une sensation neuve, la\ncuriosité mauvaise d’une agonie, l ’envie inexpri­\nmable de surprendre les dernières vibrations de\nl’être, de voir enfin la camarde à l’œuvre. Puis, la\nprésence de tous ceux qu’on chérit lui semblait\naviver la souffrance de l’adieu suprême.... peut-être\nvalait-il mieux qu’il arrivât trop tard ! Inconsciem­\nment il se mit à fumer, et se rappelait, l ’œil vague,\ntout ce que créa l’imagination humaine pour adoucir\nl’amertume de la séparation fatale : la métempsycose\nétait-elle un mythe ? les âmes délivrées recommen­\nçaient-elles en d’autres mondes, à traîner, forçats de\nla V ie , le boulet des plaisirs et des peines ? se retrou ­\nvait-on quelque part, en u n Eden peuplé d’archanges\nou de houris ? ou la Mort n’était-elle qu’une intégrale\nabsorption de l’être dans le grand Tout, une désa­\ngrégation lente de notre moi au sein de la protéenne\nNature ?... L ’entrée en gare, secouant soudain sa\ndolence, lui rendit toute l’acuité de son premier désir.\nS ’il pouvait la voir, vivante encore ! — et le long du\nsquare aux arbres visqueux, par les rues sales et\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "366                                      L a W allonie.\n\n\n\nglissantes où le brouillard suintait des façades pois­\nsées, il dévalait, automatiquement, comme en songe,\nexaspéré de l’indifférence quiète de la foule, du\nroulement des voitures, de la muette impassibilité\ndes choses, — et voici que la maison lui apparaissait,\ntranquille, grille baillante, comme si rien d’anormal\nne se fût passé en elle.\n   Il gravit l’escalier en toute hâte, aperçut le groupe\néploré des parents - le lumineux onglet des cierges,—\net s’affaissa sur un siège, le gosier rauque de sanglots.\nE t cependant, au milieu de l’atroce douleur — oh !\nqui dira jamais le comment de l’humaine pensée ? —\nl’esprit implacable syllogisait sans trève : le brasier\ndes souffrances intimes n’avait donc que des flammes\nillusoires puisque les pleurs suffisaient à l’éteindre ? —\nou bien, aimait-il trop peu la grand’mère pour qu’il\nlui fût donné l’ultime sensation de souffrir pour\nelle?.... Troublé par la crainte d’un manque irrépa­\nrable d’affection, il entendait à peine les détails qu’on\nlui murmurait à voix basse : on n’avait pu le prévenir\nplus tôt.,., c’avait été si soudain.... la veille encore\nelle avait pris part aux repas.... une apoplexie fou­\ndroyante, disait le docteur.... du reste, elle ne s’était\npoint vue mourir.... elle s’en était allée sans râle, sans\nregret, sans désir, inconsciente de son état.\n   — Viens donc la voir, elle est si belle....\n   Sous le drap blanc que relevaient les orteils rigides,\nles doigts pieux entrelacés d’un chapelet, la bonne\naïeule semblait dormir, sereine, le front mi-voilé par\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "    M orte.                                          367\n\n\nses bandeaux grisâtres où çà et là brillaient quelques\nfils argentés. Longtemps le désespoir le prostra au\nchevet, ressecoué de nouveaux spasmes, baigné de\nlarmes renaissantes ; et maintenant, debout, la tête\nen feu, l’œil fixé sur la morte, il sentait surgir en\nlui — douceur clémente — les vagues et fluidiques\nvisions du passé : les soirs lointains où l’épopée napo­\nléonienne se racontait aux pétarades d’un feu clair,\nles confidences de grand’mère, tout imprégnées du\npatriarcal bourgeoisisme de jadis, ses gronderies un\ntantinet sévères, vite oubliées sous ses caresses, ses\nbonbonnières mises au pillage, ses tant chères pro­\nmenades qu’il guidait, enfant, à pas lents et menus....\n   E t maintenant, jamais plus n’étincellerait la béni­\ngne clarté de ses regards ; jamais plus ses mains ne\nchercheraient, tremblantes, son épaule ; en son âme\n seule, — comme le chant des flots au sein d’un coquil­\nlage — vibrerait désormais, assourdi, l’écho de sa\n voix éteinte, et l’autre soir — oh ! combien il se repro­\n chait de l’avoir sitôt quittée ! — les embrassements\n banals du départ avaient donc scellé le suprême\n adieu !\n    Il s’enfuit affolé, pour échapper au lancinant regret\n des baisers non donnés et des paroles tues.\n    A u dehors, en tourbillons pressés, valsait la neige,\n hermine des tombes ; et cet effeuillement de lys\n célestes, aux pétales baignés de silence, semblait\n cette fois adoucir la cruauté de l’inertie environnante.\n Le calme lourd d’une mer lasse de houles l’envelop­\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": " 368                                    L a W allonie.\n\n\n\n pait, léthargique, neige occulte lui couvrant le cœur,\n étouffant les cris et les désespérances, et paralysant\n  enfin l’intolérable Pensée.\n    Il ne sut jamais exactement comment s’étaient\n passées ces heures inconscientes : plus tard, il se\n ressouvint du fleuve à la robe jaunâtre, léopardée de\n taches glauques, couches minces et désagrégées des\n derniers glaçons, du parc désert aux déesses méta­\n morphosées en pierrettes, d’une personne bousculée\n par mégarde et dont les apostrophes violentes le\n poursuivirent, d’un chien de cour qui dans le soir\n avait hurlé à la mort... Il était allé ainsi devant lui,\n par les quais, les boulevards, les places, les ruelles,\n insensible et morne, cédant à une impulsion machi­\n nale, et quand le froid et la faim avaient enfin secoué\n sa torpeur, il s’était trouvé avec surprise à deux pas\n du logis.\n    Blasphème inexplicable dont l’ironie lui sembla\n plus tard atroce, le souper fut presque gai, tant s’y\n accumulèrent ces mille riens provocateurs du rire !\n E t pourtant, ils adoraient l’aïeule, ceux-là dont un\ninfernal hasard profanait despotiquement les larmes ;\n nul, pour voir se dresser l’inanimée, et s’entr’ouvrir\nun instant ses yeux clos, n’eût hésité à remplacer\n — corps rigide, mains en prière sur le linceul — celle\nqu’un fauteuil impassible attendait, bras ouverts,\nau coin du foyer. A vec elle, s’était brisé le lien qui\nles rassemblait à la table familiale, et leur rire tinta\ndevant la place vide !\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "     Morte.                                             369\n\n\n    Lentes s’évidaient les heures, en un silence troué\n par intervalles de réflexions insipides, et bientôt il\n resta seul, pour la veillée, en compagnie d’une vieille\n dame, amie de la défunte, dont la tête lasse vite\n s’appesantit sur le psautier.\n    Il revint sur la pointe des pieds s’asseoir près du\n lit morne. L a mort n’avait point encore affaissé les\n raideurs du corps ni amolli la face calme ; et sous le\n bonnet à tuyautés dont les rubans empesés coquet­\n tement se nouaient sous le menton, l’aïeule semblait\n près de s’éveiller en un sourire. E lle aussi l’avait\n veillé jadis, berçant sa couche d’un pied monotone ;\n n’allait-il point à son tour — puisque les vieillards\n et les enfants ont le sommeil baigné de songes d’or —\n surprendre sur ses lèvres l’épanouissante joie des\nrêves ? Il se pencha, embrassa le cadavre sur la joue,\n et se redressa effroyablement pâle, dans un frisson\nqui lui montait des talons à la nuque, la bouche\nbrûlée du glacial baiser ; fuir... oh ! fuir... mais l’épou­\nvante le clouait au sol. Morte, morte.... et dans quel­\nques jours, hideuse! Il n’y avait donc nulle pitié\nlà-haut pour les angoisses filiales ? Irrémissiblement,\npour le triomphe du Ver, se putréfieraient ce cœur\nd’amour, ces yeux de bonté ?...\n   Un crépitement bref et saccadé lui fit tourner la\ntête. L a flamme des bougies, échancrée p a r le milieu\nsoubresautait en cornes fumeuses, dont le reflet\nfantastique faisait se convulser l’hiératique crucifié.\nIl renouvela les cierges et fit un pas vers la porte, le\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "370                                     L a Wallonie.\n\n\n\nregard fixé vers le lit. Il s’arrêta soudain, les artères\nlui sifflant aux tempes : la lumière, inconsciemment\ndéplacée, projetait sur la courtine une onde mou­\nvante qui semblait animer l’aimée, et très distincte­\nment l’illusionné perçut le bruit vague d’une respi­\nration. Il ne fit qu’un bond vers la chambre : “ elle\nvit ! „ cria-t-il exultant à la vieille dame réveillée en\nsursaut. Tous, bientôt sur pied, s’ingénièrent triste­\nment à dissiper cette folie, mais sa certitude absolue\nles ébranlant enfin eux-mêmes, on décida, par\ncrainte d’un ensevelissement prématuré, d’en appeler\nau docteur.\n   Le praticien entra, alla directement au lit et,\nrejetant les couvertures, longuement écouta l’oreille\nau cœur; tout le monde avait fait cercle autour de la\ncouche.\n   — Rien ! fit-il en se redressant. Vous pouvez être\ntranquilles. L a léthargie, excessivement rare chez\nles vieillards, était du reste impossible dans ce cas.\n   Toutefois, pour lever les derniers -doutes, il ap­\nprocha un miroir des lèvres de la défunte, l’examina\nensuite à la loupe...\n   Lui, assistait à la scène, inconscient, l’œil fixé sur\nl’aïeule, s’attendant, puisque le secours était là, à la\nvoir se dresser, pâle et douce...\n   — Voulez-vous que j ’ouvre une artère, que j ’em­\nploie la brûlure ? continuait le docteur. Mais croyez-\nmoi, ce serait complètement inutile, car les signes\npathognomoniques abondent : les lividités cadavé­\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "    Morte.                                               371\n\n\nriques, la rigidité des membres, l’œil voilé et vitreux,\ntout permet une affirmation catégorique.\n   E t s’écartant à demi pour démasquer le cadavre,\nil souleva les bras qui retombèrent comme un ressort\nsur le ventre concave, éclaira la morte à la lueur\nd’une bougie et souleva complètement la paupière..\n   Un cri retentit alors, surhumain, râlant l’agonie\ndes derniers espoirs, et il s’affaissa, devant l’atroce\nvision de cette bouche maintenant tordue, aux com­\nmissures violacées, et de l’œil terne, révulsé, sans\nregard, qui sinistrement trouait la face blême.\n\n                             A uguste   V IE R S E T .\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "            CHRO N IQ U E L I T T É R A I R E .\n\n\n\n\n                           JE A N N E B U K O FF (1)\n\n\n\n    N otre am i F ritz E ll a term iné récem m ent une comédie:\nJeanne Bukoff. C’est, chez nous, l’un des rares essais d’ins­\nta u re r la vie sur la scène, m ais sans l’énervant souci du\ndocument hum ain, si lourdem ent faible et m ort lorsqu’il est\ntran sporté de la grande scène du monde à l’artificielle scène\ndu th éâtre, et, loin du luxueux soleil des villes et des cam­\npagnes, aux seuls m aigres feux de la ram pe. Mais, bien que\ntransposée sous des nuances idéales dans cette atm osphère\nidéale qu’est la vie simplement rappelée et rêvée d’une pièce,\nl’action de Madame B u k o ff se m eut tro p dans la foule. Ce\nreg ret pourrait être proféré à l’égard de presque toutes les\npièces de théâtre. Son im portance relative p a ra îtra donc\nm inim e; j ’ai voulu cependant l’énoncer, parce que la nuance\nd’inconnu que recèle l’atm osphère d’une œ uvre est à mon avis\nle plus subtil critère de sa valeur.\n\n\n\n    ( 1) Comédie en d e u x a ctes, e t en p ro se , p a r F ritz Eli. T re n te exem ­\np la ire s h o rs com m erce.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "     Chronique Littéraire.                                      373\n\n\n   Mais il faut apprécier beaucoup F ritz E ll, pour certaines\n choses qui, chez lui, étonnent d’abord. Cet adolescent à l’œil\nnoir et mobile, cet adolescent qui veut être m ondain et\n semble fait pour les superficiels plaisirs des flirtations par\nhasard nouées et dénouées, oui, ce papillon des jeunes filles\nest au fond plus réfléchi que ses apparences ne le laissent\nvoir; et dans ses comédies, attention bien rare, i l met quelque\nchose. Une Réparation, il y a quelques mois, an aly sait b riè­\nvement, — trop brièvem ent, certes, — ce m om ent indécis où\nle jeune homme se sent devenir vieux garçon; non pas encore\nà cette lim ite d ’âge où l’on parle de “ faire une fin „ ; mais\nles vingt-cinq ans en province, la fatigue de l’esseulem ent\net le désir encore indécis de quitter la jeune femme pour\nla jeune fille. Jo u é dans un bal, term iné p ar un m ariage\n(ou plutôt, avec une portée plus grande p a r le mariage),l ’acte\np araît contenir ce q u ’ordinairem ent contient un bal ; M adame\nde Ory est la m ajeure du syllogisme, Mlle de St-G irons en est\nla conclusion.\n   Jeanne B u k off , bien que publiée plus ta rd , est antérieu re\nà Une réparation au m oins comme idée et comme prem ière\nécriture. Ic i la conception est moins norm ale, m ais plus\nprofonde; c’est encore le M ariage, m ais sous un au tre aspect.\nUne femme qui a vécu le M ariage, et qui en a souffert, veut\népargner à sa fille le désir même de cette déchéance. L ’éduca­\ntion de Suzanne Bukoff a tendu à ceci: éloigner d’elle, et de\nses désirs, et de ses plus secrets pensers, toute image idéale\nde l’Epoux. Ici, n ’y aurait-il pas m ieux et plus profond que ne\nnous le montre F ritz E ll ? L a jeune fille, théoriquem ent au\nmoins, et l’être ingénu au seuil de la Vie, le Rêve au seuil\nde la réalisation. E ca rter la Vie, fuir la réalisation — m ortelle\nau rêve, — telle est l’idée m ère du drame.\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "374                                                La Wallonie.\n\n\n   Mais à côté de Jeanne Bukoff, la femme pessim iste au\ng rand relief noir, Suzanne voit des amis plus superficiels,\n bourgeois foncièrem ent, bonnes gens et optim istes. Alors,\n poussée p a r la nature et ta n t de circonstances extérieures qui\n tu e n t l’influence am ère et m âle de Je an n e Bukoff, Suzanne\n obéira à l ’inévitable loi d’amour. E lle aimera. Qui ? Oh, un\njeune homme quelconque, Jacque Dulac, n i très fo rt n i très\n bête : ordinaire. E t M adam e Bukoff voyant sa volonté\n débordée, et qui doute d’elle-même lorsqu’elle découvre le\n n éant des conseils, de l’éducation, des influences longuem ent\n combinées, M adam e Bukoff qui se retrouve m ère et faible\n sous sa virile arm ure de pessimiste, cède enfin; non point\n convaincue certes ! m ais sans force devant cette pensée : le\n cours fa ta l des choses ne p eu t être arrêté.\n    J ’ai de mon m ieux analysé Je an n e Bukoff, et tâché d’expri­\n m er clairem ent l’idée assez neuve qui vit au tréfond du drame.\n Mais, s’il faut louer F ritz E ll pour le fond, il fau t sévèrem ent\nle critiquer pour la forme. F ritz E ll n ’est pas assez m aître de\n sa langue, et laisse passer des phrases trop superficiellement\nconstruites, qui ne tiennent pas bien, des tournures em bar­\nrassées et lourdes, parfois. A côté de cela, il faut signaler\nquelques scènes douces où le verbe s’atténue trè s heureuse­\n m ent avec le son des voix, et d’autres plus vigoureuses où\nb rille n t certaines expressions d’un beau relief de médaille.\nMais si F ritz E ll m e p arait destiné à m ieux écrire pour la\nscène que pour le livre, je trouve cependant son dialogue\nencore terne. I l n ’y a pas assez de variété dans le dessin, pas\nassez de vivacité de langue; des scènes trop longuem ent\ntenues, comme des points d’orgue, et des redites. Une R épa­\nration , inférieure certes quant au fond, l’em porte comme\nrestitu tio n de la parole m ondaine et de sa vie. Mais qui donc\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "     Chronique littéraire.                                       375\n\n\n a su ju sq u ’ici construire un dialogue réel ? J e ne vois guère\n que les de Goncourt en certains chapitres de Charles D em a id y ,\n ce chef-d’œuvre, et Camille Lem onnier dans les deux adm i­\n rables prem iers actes de son Mâle.\n     A cela, il y a une raison toute n aturelle; c’est qu’en général\nles causeurs p arle n t ainsi qu’ils pensent, et p a r association\n d’ idées ; tandis que les auteurs com binent des liaisons d’ idées,\nlogiques et pour cela surtout visiblem ent artificielles.\n     J e veux encore reprocher à F ritz E ll quelque scène d ram a­\ntique où Jacques D ulac sort du rôle qu’il devrait logiquem ent\ntenir, si la conception de l ’œ uvre est bien telle, e t profonde,\n que je l’ai comprise. D e plus, quelques personnages épiso        ­\n diques sont inutiles ou nuisibles, et quelques détails vraim ent\npuérils; — ces tribunaux égyptiens, p ar exem ple; — il y a\naussi des passages déclam atoires qui détonnent. Mais cela,\nF ritz E ll pourra le rem anier à loisir, lorsqu’après cette édition\nprovisoire Jean n e Bukoff sera définitivem ent publiée.\n    U n m ot encore. J ’ai tenu compte de ce que F ritz E li désire\nfaire au tan t que de ce qu’il a fait. Mais j ’ai entendu le ju g e r\navec la sévère et cordiale franchise qu’il m érite, comme\nl ’un de ceux qui veulent chercher l’a rt au th é âtre. D ’autres\nécrivains de comédies, dans ce qu’on appelle la Belgique,\nauraient eu droit à bien plus d’indulgence : si l ’indulgence\nest la sœ ur du mépris.\n\n                                      Albert    MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "376                                                                  L a W allonie.\n\n\n\n                    P E T I T E CHRO NIQUE.\n    V a p araître bientôt : L ’Ame des Choses (*), recueil de poèmes\n en prose, p ar H ector Chainaye. L ’auteu r a voulu rendre sen­\n sibles les courants m agnétiques et de sym pathie qui unissent\n les êtres et les choses, et toute la vie laten te de ce que nous\n appelons inanimé.\n     Les Heures, p a r A lbert Mockel, petite symphonie de litté ­\n ra tu re et de m usique que doivent continuer les Soirs mouvants.\n E n ces vers, l’auteur tâche à m ontrer l’idée du Tem ps — et\n aussi l’idée de l’E space, — de plus en plus appesanties sur\n l’homme, depuis son enfance ju sq u ’à l’âge adulte : et de ces\nidées, la Douleur. U ne introduction et de brèves liaisons\nmusicales doivent circonscrire et nuancer l ’atm osphère, et,\np ar l’ abstraction qui est le résu ltat direct de la m usique,\nperm ettre l’énoncé plus synthétique de la notion dégagée du\nconcret.\n    Enfin, l’éditeur D em an a sous presse les Scènes de bal,\nd ’A lbert St-Paul. U n fragm ent notable en a paru ici, disant\nbien la grâce de m ièvreries fluettes, l’adorable X V IIIe siècle,\net to u t cet ingénum ent pervers, ce poudré de sourires qu’Al­\nb e rt S t-P aul excelle à transposer en ses vers.\n    V a aussi p a ra ître un volume d’A uguste V ierset : les Poètes\nnamurois, étude de littératu re w allonne. E n souscription chez\nl ’éditeur, A. B énard, rue du Ja rd in B otanique, Liége.\n                                               **\n                                                 *\n    E rrata. — D ans la pièce d’A chille D elaroche parue en\nl ’avant-dernier num éro, p .270, au lieu de: où règne le rêve de,\nlire : où règne un rêve de ; et vers 51, au lieu de : en l’ arcane\nimpoilue, lire : impoilue en l’ arcane.\n  D ans la pièce de Em . V erhaeren, page 251, le prem ier\nvers doit se lire :\n         Sur le bord de mon livré, où comme en un m iroir,\net non : Sur le bord de mes lèvres.\n   D ans le dernier n° — E vocations, par George K eller, —\npage 318, rappel, e t non appel; oh fluette.... et que douce au\nlieu de : ah fluette.... et que bonne. P age 319, où les larm es\npassent, et non pussent.\n\n   (*) M o n sieu r C harles F u s te r s’e s t em p a ré de ce titr e , ré c e m m e n t ; m ais\nd ès l’é té 1 8 8 6 H e cto r C hainaye l’av ait in s c r it en tè te du poèm e p rin c ip a l,\nlequel fu t p u b lié e n a u to m n e 1887.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANEE\n                        H. ZE Y E N.\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                    LIEGE.\n\n     S p é c ia lité d ’a g r a n d i s s e m e n t à la lu m i è r e é le c tr i q u e .\n\n\n    FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                     P la ce du T h é â tre , 11, Liège.\nP o r t e - c i g a r e s e n é c u m e de m e r , a m b r e e t r a c in e de b r u y è r e .\n   — P iè c e s d e c o m m a n d e , É c u s s o n s , In itia le s , P o r t r a i t s ,\n   e x é c u té s en 24 h e u r e s .\n                              RACCOMMODAGES.\n\n\n                          V IEN T D E P A R A IT R E :\n\n      C o n tes                      pour                     l’a i m é e\n                                            PAR\n\n                             M a u r ic e    S I VILLE\n\nU n volume g rand in-8°. É dition de g ran d luxe, caractères elzé­\n              viriens. Illu stré de 25 compositions,\n                                            p ar\n                           E m ile BER CH M AN S.\n\n\n  T irage de bibliophile à 250 exem plaires num érotés p o rtan t\n               im prim é le nom du souscripteur.\n\n                               P r ix : 10 fra n c s.\nOn souscrit chez Aug. BÉNARD, imprimeur-éditeur, à Liége\n               12, rue du Jardin Botanique, 12.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "   3 e ANNÉE,        No 8.\n\n                 LA W ALLONIE\n  RE V U E M E N SU E L L E D E L IT T É R A T U R E E T D ’A R T\n                                                   E r n e s t MAHAIM,\n                                                                        A l b e r t M OCKEL,\n             Comité de R édaction                  P. M. O L IN\n                                              (    M a u r ic e SIV IL L E .\n                    B ureaux : rue St-A dalbert, 8, Liége.\nEnvoi d'un num éro spécim en co n tre îîO cen tim es\n               en t i mbr es -poste .\n      ABONNEMENT : 5 f r . p a r an. Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n                                   SOMMAIRE :\n\nEm ile V erh a e r e n                 . .L e s V ie r g e s\nA lb e rt M ockel ......................L e seul Amour.\nA lb e rt Saint-Paul . . .                         ......O soleil (vers).\nS t u a r t M e r r i l l ..................... L e P élerin (vers).\nGeorge K e l l e r . . . . E v o c a t iPouorregretns(vers).         s.\nH. S t i e r n e t ............................... Vespérale.\nA r t h u r D upont ......................Vers.\nA u guste V ie rs e t . . . .                      M orte.\n                              Chronique littéraire :\nA lb e rt M ockel ......................Je an n e Bukoff.\n                                 P e tite chronique.\n\n     Quelques collections de LA WALLONIE (1886 et 1887) sont en vente au\n                               prix de 6 francs. La\n                     Wallonie est en vente A LIÉGE : Chez\nMM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du Pont d’Avroy ; Aubette\n       place Saint-Lambert. A BRUXELLES : Chez\nMM. Rosez, libraire, et Istaee, libraire. A PARIS : Chez MM. Vanier,\nlibraire, 19, Quai St-Michel ; Savine, libraire, 18, rue Drouot, et à la Librairie\n      Nouvelle, rue de la Boétie, 3. A GAND : Chez MM. A. Hosle,\nlibraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),libraire, rue des Champs\n     ; Vuilsteke, libraire, rue Aux Vaches. A ANVERS\n: chez Mme Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.\n\n                                     D es p re sses de H . Va illan t-C a rm an n e , à Lié ge .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1888-09-30", "signet_source": "3ème année - N°8 - 30 septembre 1888", "preuve": "Couverture (PDF 378, OCR) : « 3me Année. — N° 8. LA VVALLONIE 30 Septembre 1888. ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}