{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WAL L ONIE Février-Mars 1889.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "LA\nWAL L ONIE\n\n\n\n      Février-Mars 1889.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’A R T M O D E R N E REVUE CRI", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "L ’A R T M O D E R N E\n REVUE    CRITIQUE     DES     ARTS     ET   DE LA   LITTÉRATURE\n            26, Bue de l'Industrie, Bruxelles.\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                             A paraître :\n                SCÈNES DE B A L\n         1 petit vol. de vers, par A l b . S t -PAUL.\n         LE T R A IT É OU V E R B E\n                 par R ené GHIL.\n                Les Flambeaux Noirs\n         Livre de vers par Ém ile VERH AEREN.\n\n           L AR EVU EpDElLITTÉRATURE\n                          é ia d e\n     chez LA C O M B L E Z , rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n       CAPRICE-REVUE\nJOURNAL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, ILLUSTRÉ,\n             paraissant le Samedi.\n            D ire c te u r   : M aurice SIVILLE.\n Abonnements pour la Belgique : 6 francs l’an, étranger 8 fr.\n Direction et Administration : 81, rue de Livourne, Bruxelles.\n\n   H1ô4 tel   des A m érica in s\n        — R ue de l’A bbé de l’E pée — 1 4\n                               PARIS.\nEn face du Luxembourg. Près du Val de Grâce.\n           Au Centre des Ecoles.\n  Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                     PENSION DE FAMILLE.\n\n          T R A M W A Y S P O U R L ’E X P O S I T I O N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 66, "titre_corps": "Premières proses : Au lavoir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "PREMIÈRES PROSES.                           (1 8 6 5 )                                      A U LA V O IR .              u           A milieu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "PREMIÈRES PROSES.\n\n\n                        (1 8 6 5 )\n                                     A U LA V O IR .\n\n\n\n          u\n          A milieu du lavoir, une cabine s’ouvrait avec\n           sa baignoire en zinc sale, son banc boiteux\n           dans l’encoignure, et pendue au mur, la\n           patère à trois becs, non loin d’un miroir\n           éraflé.\n  L a servante, ayant fermé la porte sur elle, regarda\nen haut, en bas, défiante, craignant une surprise. De\nses doigts gourds, ensuite, elle dégrafa son corsage,\ndélaça ses jupons, abattit sa chemise de pesante toile\nbise ; et tandis qu’elle fixait avec une épingle ses che­\nveux au sommet de sa tête, les bras pliés, ses biceps\nroulaient comme des boulets vers les aisselles.\n  L a sève des campagnes coulait dans son corps\nbrun, modelé par masses abruptes, avec une ampleur\nsaine : elle était énorme et rude, ayant gardé de l’Eve\nprimitive, comme une rouge fleur ineffeuillée, la\ncandide bestialité superbe. Son ventre tournait entre\nses hanches, cabossé de saillies, et deux médailles\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "66                                          la Wallonie.\n\n\n\nnoires ourlaient les pointes de ses seins, gonflés\n comme des outres. Ses épaules, carrées ainsi que des\n dalles, se coupaient d’une ravine profonde entre les\n omoplates; et comme des pommes mûres, des rou­\ngeurs empourpraient la rondeur drue de ses fesses.\nE lle avait les pieds larges, les mains épatées, les\ngenoux rugueux; ses jambes s’excurvaient, distantes\naux jarrets; et de sa peau crevassée et grenue, comme\ndu genêt aux fentes des murs, sortait un crin touffu.\n   Cette belle fille se renversa dans le bain, lour­\ndement, en cambrant le dos; et le flot fumant détendit\nses membres las.\n   Longtemps elle demeura vautrée sur le flanc, ses\nlourdes paupières closes béatement, ne laissant passer\nà la surface que sa tête mordue par les hâles et son\ncou craquelé, pointillé par les couperoses.\n   Puis, tout à coup, étreignant sa nudité, elle se mit\nà la frotter comme avec une étrille; l’eau glissait sur\nsa peau en des moires d’huile, et des crasses s’en\ndétachaient, par larges tannes s’écaillant au long des\nparois.\n   Tandis qu’elle lavait ses souillures, pensant aux\nhommes forts, l’odeur de son corps remplissait la\ncabine.\n                         Ca m i l l e   LEM ONNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 67, "titre_corps": "La licorne : Et la Belle s’endormit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "L A LICORNE.                       “ E t l a B e l l e s ’e n d o r m i t .    A L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "L A LICORNE.\n\n                     “ E t l a B e l l e s ’e n d o r m i t .\n\n\n\nA\nLB elle dont le sort fut de dormir cent ans\nAu jardin du manoir et dans le vaste songe\nOù le cri d’or des clairons sacrés se prolonge\nPromulguer son sommeil jusqu’à l’aube des Temps\n\nLa Belle pour l ’éveil victorieux d’antans\nQue son intacte chair proclamera mensonge\nA chargé de joyaux sa main qui gît et plonge\nEn un flot de crinière où les doigts sont latents.\n\nE t tandis que des toits, des tours et des tourelles\nL es Colombes ont pris essor et qu’infidèles\nLes Paons mystérieux ont fui vers la forêt,\n\nCouchée auprès de la Dormeuse, la Licorne\nAttend l’heure et là-bas guette si reparaît\nL ’annonciateur vol blanchir l’aurore morne !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 68, "titre_corps": "La licorne : Et le Chevalier ne vint pas", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "E t l e Ch e v a l i e r n e v i n t p a s . „          Les Paons bleus l’ont che", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 860, "texte": "E t l e Ch e v a l i e r n e v i n t p a s . „\n\n\n\n\n     Les Paons bleus l’ont cherché dans la forêt ! Nul soir\n     N ’a rougi son cimier d’ailes et de chimère ;\n     Les Colombes blanches dont l’aurore est la mère\n     Ont vu la tour déserte et vide le manoir.\n\n\n     Et les Aïeux, dès jadis morts, n’eurent pas d’hoir\n     Avide d’aventure étrange et de mystère,\n     Héros à survenir pour l’honneur de la terre\n     Vaincre d’un baiser le magique sommeil noir.\n\n\n     L ’endormie à jamais étale ses mains pâles\n     Où verdit une mort lapillaire d’opâles,\n     E t la Princesse va mourir s’il ne vient pas !\n\n\n     Plus n’a souci, Nul, de dissoudre un sortilège\n     Et la Licorne hennit rauque au ciel lilas\n     Où frissonne une odeur de mort, d’ombre et de neige.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 69, "titre_corps": "La licorne : Et la Belle mourut", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "E t l a B e l l e m o ur u t . „     La Licorne ruée en fuite", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 836, "texte": "E t l a B e l l e m o ur u t . „\n\n\n\n\nLa Licorne ruée en fuite hume et croise\nLes vents qui du midi remontent vers le nord,\nE t sa crinière éparse ruisselle et se tord\nQue nattait de rubis la Princesse danoise.\n\nLoin des glaciers et des neiges roses que boise\nLa verdure des pins où gronde comme un cor\nL ’écho du marteau lourd des Nains qui forgeurs d’or\nFaçonnent le hanap où l’on boit la cervoise,\n\nLa Princesse aux doux yeux de lac, d’astre et de mers\nE st morte et la B ête fabuleuse à travers\nLes gels glauques, la nuit vaste, l’aurore morne,\n\nFolle d’avoir flairé les mains froides de mort,\nSe cabre, fonce et heurte et coupe de sa corne\nL es vents qui du midi remontent vers le nord !\n\n                            H enri de     RÉGNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 71, "titre_corps": "Fluctuations : Chanson créole", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Mourey", "ancre_debut": "FLUCTUATIONS.                    and above thy fluctuati", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "FLUCTUATIONS.\n\n\n                 and above thy fluctuations, o my\n          lonesome soul, hover my wounded dreams\n          bleeding in their flight.\n\n\n              CH AN SON CR ÉO LE.\n\n\n                    Oh ! comme j ’ai désiré longtemps être nègre !\n                                                J u les V a l l è s .\n\n\n\n      S\n      ous des arbres vertueux, de grandes fleurs\n        passionnées. Il faisait une lumière d’hiver\n        au-dessus des joies végétales, en expansion.\n        E t la jeune femme (enceinte) portait un cha­\npeau de paille démesuré qui pénombrait son visage.\nComme ses yeux étaient ternes ! Les arbres vertueux\nse baissaient jusqu’à elle et les fleurs passionnées\nmontaient à ses lèvres. Leur souffle la dénuda :\nc’était exquis, cette E ve en voie de maternité, avec\nson démesuré chapeau de paille.\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "    Fluctuations.                                        71\n\n   Une brise marine faisait flotter ses cheveux, pres­\nque bruns sous la pénombre et d’or vierge (comme\nelle !) le long de ses reins marmoréens.\n   Un exilé, sans doute, passait près de là car une\nvoix se mit à chanter :\n         Ah ! rendez-moi ma Guadeloupe et ma Savane\n         Et le champ de bananiers où moi suis né !....\n    C’était navrant, cette douleur, parmi les joies\nvégétales, en expansion aussi.\n    La jeune femme se dit : — un nègre — mais elle\nn’eut point peur, curieuse.\n    Il parut en effet, grand et fort, les cheveux lissés\nà l’aide de subtils cosmétiques, grand et fort comme\nil convient, et de belle venue, et de très moderne\nallure avec un colossal col blanc dont les deux\npointes rejoignaient son nombril, triangulant cette\nnudité noire.\n    E lle faillit pousser un cri de bonheur : il était tel\nqu’elle l’avait rêvé, depuis l’éveil de son imagination.\nMais elle préféra le contempler (à son aise, car il ne\nl ’aperçut point, abîmé en ses nostalgies) extatique ­\nment, d’une longue contemplation physique et mo­\nrale, et près de défaillir en songeant au fruit futur\nde ses entrailles qui peut-être lui ressemblerait.\n    Lui, sous la fraîcheur des arbres vertueux, parmi\nles fragrances des fleurs passionnées, il reprit sa\nchanson de détresse :\n         Ah ! rendez-moi ma Guadeloupe et ma Savane\n         Et le champ de bananiers où moi suis né !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 72, "titre_corps": "Fluctuations : Alleluia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Mourey", "ancre_debut": "A L L E L U IA .      A h ! Ah ! de la gaîté et de l’am", "ancre_fin": "vive la Vie", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AMEN. N’est-ce pas, c’est drôle, cet air maladif", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "A L L E L U IA .\n\n\n   A h ! Ah ! de la gaîté et de l’amour ! V ive la V ie !\n   L e jardin est planté de cyprès comme un cime­\ntière. Une vague ridiculement bleue y vient battre)\ntoujours la même. E t ceux qui vivent là sont pourris\ncomme des cadavres. C’étaient des drapeaux de crêpe\nqui claquaient aux quatre vents du ciel.\n   A h ! A h ! de la gaîté et de l ’amour ! oh ! de l’amour !\n   Parfois, dans l’ombre, les pourritures se mêlent, se\nconfondent, font une masse bondissante et hurlante.\nEt, plus tard, d’autres pourritures s’engendrent! Oh !\nde l’amour ! Encor de l’amour ! Vive l’Idéal !\n   A u moins, si ce jardin était planté d’autres arbres !\net si cette vague éternelle était moins ridiculement\nbleue !\n   L ’Amour, ah ! Seigneur ! De l ’Amour et de la\ngaîté ! E t vive la Vie.\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 73, "titre_corps": "Fluctuations : Amen", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Mourey", "ancre_debut": "AMEN. N’est-ce pas, c’est drôle, cet air maladif", "ancre_fin": "de leur Tout de même !....", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MIOUSIC.      Un fleuve morne aux eaux", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 902, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "AMEN.\n\n\n  N ’est-ce pas, c’est drôle, cet air maladif qu’elles\naffectent, ce sourire déçu et cette superficielle science\nde tout qui paraît profonde dans leurs yeux noyés de\nlangueur. Les saintes âmes !\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "    Fluctuations.                                     73\n\n  E t eux ! avec leur tenue nazaréenne et la sobriété\nde leurs gestes, et l’éteint de leur regard, et ce dé­\nsenchantement dans leur façon de boire du thé. Les\ncœurs forts !\n  E t puis, quoi? de monstrueux désirs qui les rongent,\ntous; de secrètes maladies morales qui corrodent\nleur chair et pourrissent jusqu’à leur sang.\n  E t puis, des cervelles qui ont toutes leurs cases,\nsans la moindre lésion !...\n   Oh ! les âmes saintes ! les cœurs forts ! E t dire que\nça a reçu le baptême et qu’on priera pour le repos de\nleur     Tout de même !....\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 74, "titre_corps": "Fluctuations : Miousic", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Mourey", "ancre_debut": "MIOUSIC.      Un fleuve morne aux eaux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 629, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "MIOUSIC.\n\n\n   Un fleuve morne aux eaux lentes qui se froissent,\ngrises et froides contre la stérilité des rives; un\nfleuve de mort roulant vers l ’infini d’un horizon\nterne; un fleuve de sang, les soirs, sous l’agonie\npleurante du soleil, et, dans cette coulée rouge, des\ncadavres au rictus figé, aux yeux glauques levés\nencore vers l’Impossible; et de la terre, montant,\ns’élargissant en clameur, les cris de haine des\nhommes.\n   Oh! je ne sais pas, c’est cette musique qui m’a tordu\nles nerfs tout ce soir et le dégoût m’étrangle.\n   Mon Dieu ! épargnez-moi leur bêtise, leur bonheur,\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "74                                          la Wallonie.\n\n\n\nd’exciter leur rire, la malpropreté de leurs propos,\nleurs blasphèmes et le contact de leurs mains juives !\n   A quand les baltes espérées dans l’ombre bienfai­\nsante des oasis ? A quand les repos au seuil des\nmaisons natales? Est-ce bientôt que doivent revenir\nles caravanes et qu’on se reverra, avec de nouvelles\nhistoires à se conter?\n   Comme les voiles pendent lugubres sur le fleuve,\ntelles des ailes repliées, et que les eaux sont lourdes !\n   E t plus rien maintenant : du vague, du vide où je\nme sens suspendu, atome de douleur, sans une pitié,\n sans une lueur charitable autour de moi.\n   Oh! c’est cette musique qui m’a tordu les nerfs. Le\n dégoût m’étrangle! Si je pouvais vomir mon âme!\n\n                              Ga b r ie l   MOU REY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 75, "titre_corps": "Heur d’hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "René Ghil", "ancre_debut": "HEUR D’HIVER.                                                  pour la Seule.   Flammes mo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "HEUR D’HIVER.\n                                                 pour la Seule.\n\n Flammes mortes tant ardentes en stupeur d’heures :\n Fleurs d’hiver et d’espoir qui s’étiolent d’heures\n mineures derrière le vitrage....\n                                  Mentez !...\n Flammes mortes perpétuant en stupeur d’heures,\n Tant ardentes d’espoir aride des lueurs\n d’étés qui ne sont plus, là ni partout ! lueurs\n sur le vitrage du grand soleil pâmé d’heures :\n m entez à ses grands Yeux nostalgiques d’étés.\n\n Tes Yeux parmi la matinée ont vu mineures\n non pas les Fleurs :\n                      du soleil, du soleil d’étés\n Teintes d’heur et splendeurs, ô dis-le toi les heures\n derrière le vitrage en regardant les peurs\n puériles que donne en quelle étrange soie\n de Chine,\n            ce vol chimérique qui s’éploie....\n\n  Mais ardentes d’espoir aride des lueurs\n  d’étés qui ne sont plus, là ni partout ! lueurs :\n  Flammes mortes tant ardentes en stupeur d’heures,\n  Fleurs d’hiver derrière le vitrage,\n                                      mentez !\nFévrier 89.\n                                               R ené GHLL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 76, "titre_corps": "Le volt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "LE VOLT.                                      A Camille Lemonnier.  ' LEs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 899, "texte": "LE VOLT.\n\n                                    A Camille Lemonnier.\n\n' LEsouriant décor comme d’un songe frêle\n   V a monter et s’éperdre aux cieux du Bouddha seul\n   Mais il passe l’oubli de l’antique asphodèle\n   Soit ce noir L éthé d’Etre et son fluent linceul\n\n   Tel épris de la fuite lascive des formes\n   — Danse ininterrompue au parc des F loramyes —\n   S’enclore légendaire et rêvant la réforme\n   Du vieil instinct châtré par la règle ennemie\n\n  C’est nous — impatients de jeter au creuset\n  La gangue qu’un feu pur implique et sollicite\n  Glorieuse alchimie où le moule étreindrait\n  Le joyau non taré de quelque âme insolite\n\n  Acceptant le rayon qu’un astre vierge offrait\n  Rieuse du mépris des comparses acerbes\n  Si notre Idée aussi veut se fondre aux ors vrais\n  Des bouillonnements blêmes tu jailliras — Verbe\n\n                                  A do lph e   RETTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 87, "titre_corps": "Mes mémoires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. Olin", "ancre_debut": "MES MÉMOIRES.                         (4 e   C a h ie r )                              ATMA               Libre com", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "MES MÉMOIRES.\n                        (4 e   C a h ie r )\n\n\n                           ATMA\n              Libre comme la Tempête il est venu\n           échouer un jour sur les plages indomptables\n           de sa terrible volonté. I l ne craint rien si\n           ce n'est lui-même.\n                                                L autréam ont.\n\n\n\n             L E SC E A U D U PASSÉ.\n\n    HIÉRODRAM E LÉGENDAIRE ET CONTEMPORAIN.\n                       Qu’est-ce donc que l’âme ?\n                       Une possibilité idéale qui réside en nous\n                    comme la substance réelle de nous-mémes, que\n                    les erreurs et les taches de la vie ne peuvent\n                    entamer, que ses découragements ne peuvent\n                    abattre et qui les contemple avec sérénité dans\n                    leur extériorité réelle, et séparés, pour ainsi\n                    dire de sa~propre essence.\n                                                     J o h n son .\n\n\n\n\n        Etun soir de légende, en un Théâtre étrange\n         je fus amené !\n           L a salle : un hémicycle écrasé devant une\n         scène gigantesque — et seuls, des fauteuils\nau milieu, puis des loges sur les bas côtés, plus haut\nles murailles finissant dans le vague, car nul plafond\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "78                                       la Wallonie.\n\n\n\nni visible, ni sensible en l’immémoriale étrangeté de\nce Théâtre de R êve — Théâtre de Sang et de Feu !\n   E t avec le respect craintif d’un initié, avide de\nsavoirs mystérieux — en une des loges, intimidé et\nsilencieux j’attendis l’Evocation redoutable que je\npressentais, invinciblement.\n   L a F oule là réunie — la foule oui, toujours elle,\noù glapir et se rouler en immonde infamie sera de\nbon Ton — était bien celle qu’il fallait : le Monde !\n(et à ma honte le dois-je avouer — ce Monde dont je\nfaisais partie, ce naguère d’hier!) Qu’au premier éra ­\nflement la bête brute qu’il cache allait réapparaître !\nJ ’allais donc voir, une fois de plus ! le ventre vaincre\n(momentanément) le cerveau.\n\n   Le prodigieux rideau bleu de ciel, pan de ciel là\ntombé, en une profonde déchirure s’ouvrit et noble\net lent ainsi qu’un immense et royal oiseau de proie\nrepliant son aile lasse, des deux côtés en cannelures\nde péplos se drapa :\n   L a colossale colonnade d’un palais d’une époque\ninconnue, architecture simple, grandiose et géniale\nautant qu’un symbole — autant qu’un symbole, celui\nde cette Trimourti : Beauté, Force et Sérénité.\n   Au fond, s’étiraient les primes gradins de la Tour\nmagique et primitive, originaire et sacrée, celle d’où\nles Hiérarques divins, les sages savants en les choses\npassées, les sages savants en les choses futures, con­\ntemplaient les mondes stellaires, oublieux en ces\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1471, "texte": "   mes Mémoires.                                   79\n\naltitudes sublimes des rugissements fauves, haineux\ncris (ô Envie) de la cité immense, de la cité immense\net immémoriale qui, à leurs pieds incommensurable­\nment étendue, étendait son corps de fille de joie,\ncelle qui hante le bouge après s’être vendue au\nPalais : revenant — Idée de toute F oule — à son\noriginaire Fumier.\n   Apparut lors une Femme d’hyacinthe vêtue, que je\ncrus reconnaître cachée au plus profond de très\nanciens souvenirs, sensations incompressibles d’un\nau delà défunt se vengeant en ce ténébreux et dou­\nloureux Présent.\n   E lle s’avança, et d’une voix qu’on eût dite sortie\nd’une tombe dès toujours close, elle proféra — son\nsourd — monotone et fatidique : « Ceci fut le drame «\n» du seul d’entre-vous ici réunis, pour qui Lumière «\n» se fera. Les autres, vous Foule Polycéphale! pis «\n» qu’aveugles, pis que sourds, gens de Foi mau­\n  vaise, infâmes une fois de plus, vous disparaîtrez «\n» pérennellement stupéfiés ! »\n   E t je sentis que celui-là dont une antérieure vie\nallait se dévoiler, celle du grand Péché dont la peine\nici se subissait, c’était moi-même, et le peu de pitié\nque je ressentais pour les cadavres vivants s’agitant\nà mon côté, ne troubla pas la joie inconnue et\nméritée de voir mes désirs volontaires, évocatifs se\nfaire, déchirer les voiles fatidiques de mon haineux\n Passé, de ce Passé dont je sentais le poids haineux\npeser sur mon ténébreux et douloureux présent :\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "    80                                      la Wallonie.\n\n\n\n     tant d’inexplicables choses, contradictions flagrantes\n     et complexités infinies, dont l ’incompréhensibilité\n     allait donc se légitimer. — E t ce vieux souvenir,\n    hantant toujours — d’une grandeur intellectuelle\n     telle que nul désir n’avait survécu sinon celui, oui !\n     éperdu celui-là : Savoir ! savoir quel était ce passé\n    formidable et perdu !\n       E t le drame, muet, commença, commenté par une\n    musique, certe ! inentendue, d’une immatérialité de\n    nul instrument, sublimité de pensée Une.\n       E t la Femme, vêtue d’hyacinthe, vêtements courts\n    d’hiératisme efféminé — Elle, d’une effroyable lubri­\n    cité intellectuelle en ses maigreurs élancées d’éphèbe,\n    s’avançait escortée d’esclaves peu nombreux en une\n    marche ondulée, démarche rhythmique et m ysté­\n    rieuse. Des femmes, plus belles qu’Elle-même, mais\n    en leur charnelle beauté inexistantes à côté de ce\n    vice prodigieux et immarcessible, puis des nains\n    contrefaits.\n       Une Puissance, encore invisible et ignorée, mais\n    combien dominatrice, avait entre les mains de la\n    Créature remis une parcelle de pouvoir pour Elle\n    infinitésimale; pour nous, même inconcevable : Elle\n    détenait la Force des souffrances suprêmes, celles\n    infligées par une volonté, et ne vulnérant que l’Esprit,\n    l’individualité même et permanente des entités, qui\n    dès lors, éternellement en gardent la blessure :\n    c’est Ce qui fit les insatiables et ceux qui meurent\n    toutes leurs morts de l’irréalisation nécessaire et\n\n«\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "    mes Mémoires.                                    81\n\nfatale du germe d’idéal, ainsi qu’un invincible poison\ninoculé, par Elle, la grande Vulnératrice.\n    E t au son inentendu de cette musique, de cette\nmusique inentendue, la déesse — la F em m e — se\npromenait lentement, laissant voir l’inimitable des\n lignes grêles de ses jambes chastes et perverses : E t\nle contact invisible de sa volonté liait autour d’Elle,\nle faisceau des incicatrisables blessures.\n    Mais la Bête, en le public réveillée, se mit à\ngronder. Trois sifflets stridèrent immédiatement tués\npar trois coups durs que, bondi hors de ma loge,\nj ’avais, trop généreusement, donnés : cela allait donc,\nhélas ! alléger d’autant l’inévitable Peine !\n    Les nains se tordaient- en douleurs d’une volupté\nmortelle, et leurs pensées divines, retenues en la\n gangue vile de leur forme monstrueuse, impuissantes\nà se faire Art, silencieusement ils imploraient une\nmort que nul ne pouvait leur donner, E lle ne voulant\npas.\n    E t une idée diabolique, une idée de vengeance et\n d’ignominie telle qu’il peut seulement en naître en\nl’esprit profanateur des classes dites intelligentes\nmais qui ne savent ou ne peuvent être intellectuelles\n (le voulussent-elles même !) fut exécutée par les\nquelques-uns qu’un épouvantement innommable\nn’avait pas catalepsiés en leurs fauteuils et, au\nmoment où, tout se mourant lentement sans espoir\n de mourir et du désespoir de ne pouvoir mourir, ayant\n épuisé la coupe des individuelles douleurs, Elle gra-\n                                                 6\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "82                                      la Wallonie.\n\n\n\nvissait mélancoliquement et avec lenteur les degrés\nsacrés de l’éternelle Tour sacrée une invasion de\nbarbares inconscients, mais heureux originairement\n de se vautrer ja en la boue, au son d’une vulgaire\net tonitruante musique militaire qui un instant\ncouvrit les sublimes accords de l’incomprise sym ­\nphonie : des bataillons scolaires, germes des races\nfutures, dès la petite enfance abruties par U tilita­\nrisme, Militarisme, Haines patriotiques et Vanité,\nce vice-orgueil des médiocres, jeta une perturbation\neffroyable dans la salle.\n   L a Foule, reconnaissant son espoir et sa descen­\ndance, ces parents sauvés par leurs enfants se mirent\nlevés, et entiers brandis contre l’évocatrice à hurler\nd’infâmes injures et d’atroces bassesses, éjaculant\nlà toute leur écume avec la lie de leur lie.\n   Mais dominant ce tumulte affreux, la voix calme,\ndouce et monotone de la déesse méconnue se fit\nentendre, disant :\n   « O Peuple vil des matériels, un bonheur immérité\n» vous amène devant l’intellectualité. Vous la niez\n» comme toujours vous l’avez niée, vous qui fûtes la\n» Plèbe de toujours. Mais tout acte porte en soi sa\n» peine ! Tels que vous voilà, vous êtes moins que\n» pourceaux à la pâture et vous qui jamais ne fûtes\n» dégénérés, éternel dernier échelon de l’humaine\n» race, en votre passé qui est votre présent vous serez\n» rejetés. E t toi ! va-t-en où te mènera la destinée et\n» m’y attends, car doit en ce jour légendaire s’ac-\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "    mes Mémoires.                                    83\n\n» complir la résurrection de ce qui fut, cette néces­\n   sité de ce qui sera ! »\n   E t je m’en allai et puis — me trouvai siégeant dans\nle Trône colossal dominant de fabuleux jardins sus ­\npendus-immobilisé en un Rêve de toute Puissance.\nLe Théâtre disparu; la foule redevenue la Plèbe anté-\nhistorique d’une évidemment autre planète, massée\nen cris sauvage et augmentée en millions, entourait\nla tour, la Haute Tour sacrée des Hiérarques divins\ncontemplateurs des sphères errantes ! E t pendant\ncette période hors du temps, avec des mots secrets\net des gestes épars montant, elle paraissait attirer\nà Elle, concentrer toute puissance épandue en l’Air.\nArrivée bien près de ma prodigieuse et inaccessible\nhauteur, étant face à face, par de là cette distance —\npour nous inexistante, elle me dit :\n    « Réveille-toi, reconnais-toi et souviens-toi. Tu «\n » es le détenteur de tout ce qui se sait — de tout ce «\n » qui se saura — de tout ce qui se peut; tu es «\n » l’unique volonté et la puissance sans contrôle. Je «\n » ne suis, Moi, que l’émanation de ton bon plaisir «\n » — ta créature incomparable et infime ! 0 mainte ­\n   nant que le philtre de Douleur individuelle est «\n » tari pour moi, donne le F eu, que je sois enve ­\n   loppée de Douleur universelle et que la destruc ­\n   tion d’un monde entier abreuve ma soif d’impos­\n   sible et d’irrémédiable ! »\n    Je me ressouvins, en vérité, qu’unique Porphyro ­\n génète, j ’étais celui-là ! En mon orgueil souverain et\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1519, "texte": " 84                                     la Wallonie.\n\n\n\n  juste, je regardais fermement le suprême degré à\n  franchir pour avoir droit au repos absolu, au repos\n  définitif, la Grande Paix du Néant. J ’avais élevé mon\n  esprit au-dessus du désir, ma volonté au-dessus de la\n résistance, et ma puissance au-dessus de l’impossible.\n A vant la Pin, ayant résisté à tout, je devais me\n résister à moi-même : Je lançai donc dans l’espace\n mon effective volonté, et ce qui vint, l ’une de ces\n formes vivantes, Evocations de notre pensée, la plus\n noble, fut la réalisation de toute mon Intellectualité.\n Mon idéal d’A rt m’était apparu ! E t la créature qui\n vint fut Femme.\n    E t j ’aimai 'tant cette forme supérieure de ma\n pensée que je lui sacrifiai tout sauf ma volonté. Cet\n abandon de l’activité de ma puissance fut la preuve\nde mon asservissement à celle que j ’avais faite égale\nà moi-même : je n’étais plus que l’intarissable et\ncependant insuffisante source.\n    E t donc je lui donnai le Peu.\n    Alors d’un geste alangui et universel, étendues les\nmains, doigts large ouverts, tomba de ces mains\nenchanteresses et parfumées le F eu, le Peu inextin­\nguible et divin qui doucement coula par les marches\ninnombrables de la Haute Tour Sacrée, envahit\nl’immensité étendue de la Ville tumultueuse, épou­\nvantée et blasphématrice. Oh la placidité de l’invin­\ncible ! E t tout l’horizon à ses pieds acroupi, d’un\nseul choc en une clameur si sauvage qu’elle fit\ns’obscurcir le firmament, s’effondra, et le Feu, le Feu\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "     mes Mémoires.                                     85\n\n inextinguible et divin enveloppa la sphère entière\n qui nous portait et toute vie disparut dans l’agitation\n morne de cette gloire de Feu. Immobile et pensif je\n restais immuablement assis en mon trône gigan ­\n tesque et granitique, navire insubmersible, maître\n fier et immuable de cette mer de flammes.\n    Ma pensée l’appela; franchissant toute l’immen­\n sité détruite, elle se mit debout devant moi, calme\n et souriante regardant le Feu, interminablement,\n couler de ses doigts fluets, de ses mains enchan­\nteresses et parfumées. E t lors, elle monta les suprêmes\ndegrés de ma cathèdre jusqu’alors inviolée et toute\nfrêle vint se pelotonner contre le froid de mon grand\ncœur qui interrogeait les événements et essayait de\nfranchir l’Avenir.\n    « Oui, maintenant je comprenais l’ironie du formi­\n   dable schéma. Me résister à moi-même ? N ’était-ce\n» pas définitivement le faire que de ne daigner pas\n» me tenter. Il est donc vrai, je n’ai pu résister à cette\n» suprême tentation de me tenter moi-même. Mais\n» non, mon orgueil n’était pas encore l’Humilité\n» absolue et n’était pas digne de ce repos terrifiant\n» auquel cependant si ardemment il aspirait. V ivre\n» encore, voilà le châtiment. Mon irréparable dé­\n   chéance est de m’être tenté sous une Forme et\n» sous forme Féminine, cet inférieur de l’être infé ­\n   rieur que déjà nous sommes, car l ’A rt n’est-il pas\n» encore matière et la Femme n’est-elle pas la\n» matière ! Les sens doivent être totalement sup-\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "86                                     la Wallonie.\n\n\n\n» primés et l’esprit vivre de la contemplation de\n» soi-même en tant qu’immatériel. L a peine étant\n» nécessaire et juste, ma faute ayant été de l’essence\n» la plus intellectuelle, le châtiment serait du même !\n» Donc une vie nouvelle, E t Personne et Bien à qui\n» se plaindre ni de qui se plaindre, cela étant\n» nécessaire.\n   « L a vie nouvelle ! E lle ne serait plus, oh non, «\n» plus ! aux sommets d’une puissance invincible et «\n» d’une liberté farouche et jalouse - non — indivi ­\n   dualité mythique, essence inconnue et héroïque, «\n» mêlée aux vulgarités si oubliées de si antéreures «\n» vies, dont une constante et inébranlable volonté «\n» perpétuée durant des milliers de siècles avait su «\n» me dégager! Je n’en souffris pas les ans d’antan «\n» si lointain — si loin et si près ! Mais maintenant, «\n» oh vie nouvelle, j ’y vais apporter tous les affine­\n   ments inconcevables de mon intellectualité, de «\n» cette intellectualité oublieuse de la primitive «\n» matérialité dont elle est issue. Mon supplice sera «\n » horrible. »\n    E t l’océan de flammes assiégeait toujours l’im­\nmuable trône et peu à peu montait alimenté par ce\n trône même, abri de celle qui à jamais calme et\n souriante doucement tapie contre mon cœur désolé,\nlaisser couler, interminablement couler de ses doigts\n fluets, de ses mains enchanteresses et parfumées, le\n Feu ! E t je frémis plus que devant toutes les autres\n menaces que je voyais courir le haut des immortelles\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1030, "texte": "    mes Mémoires.                                      87\n\nvagues de flammes : cette certitude : l’oubli, l’oubli\ntotal de toutes mes existences antérieures, même\n celle de cette grande faute. \" Oh dure expiation... «\n » Mais nécessaire : Allais-je donc pas m’avilir pro­\n    gressivement ; et perdant la notion du But à «\n » atteindre devenir l’égal de ceux qu’en mon «\n » mépris indifférent j ’avais laissé détruire en ce «\n » monde où toute volonté était soumise à mon «\n » vouloir. » Ma puissance graduellement faiblissante\nne me permettait pas de voir si cette ultime épou­\nvante se réaliserait, mais je vis en signes noirs sur\nl’Océan de Feu, le signe de ce jugement. « Si tu »\n » parviens à te retrouver et à vaincre les limbes «\n » du Passé, tu te reconnaîtras et assis en ce même «\n» Trône tu te reverras avec Elle : Tu auras payé la «\n» dette de ton orgueil qui a fléchi. » Calme désormais,\nj ’inclinai mon front vers Elle et s’accomplit l’univer­\n selle résorption.\n                               P IE R R E -M . OLIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 88, "titre_corps": "Sonnets symphoniques : I. En la langueur accidentelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "SONNETS SYMPHONIQUES.                  I .           En la langueur       acciden", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "SONNETS SYMPHONIQUES.\n\n\n               I .\n\n\n\n\n      En la langueur\n      accidentelle\n      de ta dentelle\n      où meurt mon cœur\n\n      Un profil pleure\n      et se voit tel\n      en le pastel\n      du divin leurre\n\n      Qu’or végétal\n      de lys s’enlise\n      au froid santal\n\n      Si n'agonise\n      occidental\n      qui s’adonisé.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 89, "page_fin": 89, "titre_corps": "Sonnets symphoniques : II. 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Vol de fils du Mogreb", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "Vol de fils du Mogreb en belligère essor      les hordes de dési", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "Vol de fils du Mogreb en belligère essor\n     les hordes de désirs sur les folles Cythères\n     ont dispersé l’effroi de ses korans austères\n     où l’Hégire glosa les arcanes du sort\n\n\n     Son symbole étincelle aux feux du croissant d’or\n     et trépident de peur les âmes et les terres\n     aux scintillations torses des cimeterres\n     sigillant leur credo sur le v if et le m ort\n\n\n     Dans les galops houleux, ô cavaliers Numides !\n     secouez sur l’im pur la blancheur des chlamydes\n     pour qu’un nimbe d’élu rejaillisse à son front\n\n     Les cœurs ont abjuré l’ivresse de naguère\n     et sanglants les Orgueils prostrés pan telleront\n     sous les sabots d’éclair des cavales de guerre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 91, "titre_corps": "Sonnets symphoniques : IV. 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Subtil Orgueil d’un", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "Sonnets Symphoniques.                                91\n\n\n\n\n                        IV .\n\n\n\n\n    Subtil Orgueil d’un soir fuligineux qui fu it\n    éclatera de pourpre aux plis des nimbes nacres\n    le Signe irréfragable attestateur des sacres\n    boréale clarté stupéfiant la nuit\n\n\n    E t ton vol conquérant que le Triomphe suit\n    planera radieux sur l’horreur des massacres\n    parmi la dalmatique escorte des diacres\n    où le fulgure d’or des boucliers reluit\n\n\n    Pâles du Pallium sanglant de ta victoire\n    la frayeur des tribus érigera ta Gloire\n    où s’irradie en chœur le cycle des soleils\n\n\n    E t tu trôneras haut sur les foules nuées\n    le pied vainqueur posé sur le pavois vermeil\n    et Ton F ront tiaré dépassant les nuées.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-016", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 92, "titre_corps": "Sonnets symphoniques : V. Drapée au faste d’or", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "Drapée au faste d’or du mystique péplum      Elle trône, Déess", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "Drapée au faste d’or du mystique péplum\n     Elle trône, Déesse ! en sa candeur d'hermine\n     et son front souverain que l’épervier domine\n     surgit des bleuités éteintes du vélum\n\n\n     Sa Gloire fu t harpée au vague harmonium\n     des Pudeurs exhalant la musique câline\n     en le Triomphe aubal de vierge mousseline\n     où luit son œil sanglant comme un géranium\n\n\n      Ceignant de. désirs fous ta sveltesse gracile\n     j ’ai rêvé vainement la tendresse docile\n      s’épancher au soir bleu du feu de ton regard\n\n\n     Nul frisson n'a strié ta rigide attitude\n     et sans fléchir ta chair à l’âme de brocart\n     le plectre d’or s’éplore au creux de la Testude !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-017", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 93, "titre_corps": "Sonnets symphoniques : VI. Mon âme est comme un temple", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "Mon âme est comme un temple évacué d’idoles     la funér", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "Mon âme est comme un temple évacué d’idoles\n    la funéraire moire oppresse les parvis\n    et dans la dextre d’or des archanges ravis\n    pleurent le deuil des luths et l’émoi des mandoles\n\n    L a Foi n’apporte plus ses pieuses oboles\n    à l’autel dédaigné des Dieux jadis servis\n    mais plane l’affre des limbes inassouvis\n    au silence des nefs où meurent les symboles\n\n    L’encens ne fume plus vers l’azur des lambris\n    pour fêter le triomphe extatique des vierges\n    qui splendit sous l'ardente aurore des blancs cierges\n\n    E t vestige dernier des cultes désappris\n    comme un air très lointain seul en mon cœur encore\n    monte l’écho mourant de l’orgue qui plangore.\n1887.                       A c h il l e   DEL AROCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-018", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 94, "page_fin": 96, "titre_corps": "Chronique de l’art : Les XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. M. O.", "ancre_debut": "CHRONIQUE DE L ’ART.                          PEINTURE.                                             L es X X .     L ’an dern", "ancre_fin": "P. M. 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Trois artistes se servent de ce procédé, d’une façon\ncomplète, et démontrent, sauf aux aveugles par principes,\nque la personnalité n’en souffre en rien, bien au contraire.\nNous citons Seurat, l’initiateur, puis Pissaro et van R yssel­\nberghe. N ’ayant à faire une distribution d’accessit, nous\nnous contenterons d e signaler les œuvres dominantes de ce\nsalon qui en compte fort peu de médiocres.\n  En somme, celui qui s’est le plus mis en évidence est Théo\nvan Rysselberghe. L ’an dernier, il ne put exposer et pour\nqui se rappelle ses toiles, déjà fort bien de 87, la distance\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "     Chronique de l'Art.                                    95\n\nfranchie est énorme. Son exposition très complète compte\nplusieurs marines faites l’an dernier, puis deux superbes\nportraits faits en 88-89, marquant déjà un progrès sensible\nsur ses marines et même ses paysages marocains. Nous\nn’avons pas de souvenir d une progression à la fois si rapide,\nsi constante et si normale.\n   Seurat dont la Grande Jatte fit scandale jadis avec son\npointillé, expose entouré de plusieurs merveilleux paysages\naquatiques, les Poseuses, grand tableau dont un coin est\noccupé par une reproduction de la célèbre Grande Jatte.\nPlusieurs parties de cette toile sont de premier ordre et\nl’ensemble des plus remarquables. Après un pareil essor\nSeurat s’est imposé, quoi qu’on die.\n   Pissaro, des paysages d’une exquise fraîcheur et embau­\nmants.\n   Claude Monet, des marines prodigieuses, d’un fabuleux\nétincellement de couleurs : Cette Méditerranée par un temps\nde Mistral !\n   Schlobach, un art intense de pensée en des Hantises lon­\ndoniennes. Ses deux rousses profondes, tristes et superbes en\nleur calme échevèlement.\n   Toorop, une ou deux belles toiles, — mais tout en évo­\nlution, — attendons et crions hardi !\n   D e Groux est encore dans la période des recherches pas\ntoujours heureuses. Sa frise affirme un très grand talent et un\nfutur grand artiste mais resté encore rudimentaire. Il y a\nbeaucoup plus dans une œuvre antérieure, ce formidable\net admirable rêve de bataille du chemin creux.\n   La gravure est dominée par Bracquemond ; parmi ses eaux-\nfortes originales, suffit celle des Mouettes à la vague, — un\nchef-d’œuvre, tout court.\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "96                                               la Wallonie.\n\n\n\n   En sculpture, intéressants la très belle statuette de Rodin\net le superbe puddleur de Meunier.\n   Nous pourrions citer encore un grand nombre d’autres\nœuvres de valeur, mais ce n’est pas ce que nous voulons.\nCeux qui ont été au X X ont eu leurs impressions person­\nnelles, et quant à ceux que notre avis pourrait influencer,\nnous ne nous en soucions pas. E t à ceux qui n’y ont pas été,\nceci n’apprendra rien.\n  Nous voulons cependant nous élever contre le cabotinage\nqui va, lèpre immonde, attaquer de vrais artistes et les faire\nchavirer dans la pure sottise pour se faire remarquer. Il faut\nse souvenir et découvrir quelques minuscules eaux-fortes pour\nse rappeler que M. Ensor est ou fut un artiste.\n  Nous ne pouvons cependant terminer sans signaler Gauguin\nsur qui s’est cette année déversée toute la stupide ironie du\nbelgeoisisme doctrinaire de notre bonne ville. Naturelle­\nment. car c’est un artiste ! et un fameux.\n                                               P. M. O.\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-019", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 96, "page_fin": 97, "titre_corps": "Chronique de l’art : Estampes japonaises", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. M. O.", "ancre_debut": "Estampes Japonaises. Bing ! Ça y est. Une fois de plus", "ancre_fin": "mais fallait pas qu’y aillent", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MUSIQUE Le Roi d’Ys", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1082, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "E s t a m p e s Ja p o n a is e s .\n\n\n   Bing ! Ça y est. Une fois de plus nos bons mondains ont\nété empaumés par d’habiles et aimables négociants. Et on\nleur vend très cher des choses auxquelles il leur est radica­\nlement impossible de rien comprendre. Seulement la mode\ns’en est mêlée et tout le monde adore et glorifie le Japon.\nCuistres ! et encore istre est une métaphore, dirait un de\nnos vieux amis. C’est d’ailleurs très embêtant car il y a dans\ncet art japonais des choses merveilleuses mais qui comme\ntout art demandent une initiation et ce n’est pas d’emblée\nqu’on se l’assimile. Nous eussions beaucoup désiré en parler,\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 387, "texte": "     Chronique de l’Art.                                      97\n\nmais plutôt que de le faire en aussi mauvaise compagnie nous\nnous abstenons. Messieurs les artistes populaires japonais\nnous vous en présentons toutes nos excuses et vous en de­\nmandons mille fois pardon... mais fallait pas qu’y aillent.\n                                                P. M. 0.\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-020", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 98, "titre_corps": "Chronique de l’art : Le Roi d’Ys", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ludwig Gheldre", "ancre_debut": "MUSIQUE. Le Roi d’Ys. Juger M. Lalo, comme musicien, d’après", "ancre_fin": "musiciens français", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MUSIQUE A LIÈGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "MUSIQUE.\n                                          L e R oi d ’Y s .\n   Juger M. Lalo, comme musicien, d’après le Roi d’Ys, —\nl’opéra-comique qui vient de remporter un très grand succès\nsur la scène de la Monnaie, — serait une erreur regrettable ;\nM. Lalo vaut mieux qu’il ne le ferait croire par son opéra.\nC’est un symphoniste distingué, musicien de tempérament,\nsavant en son art, et qui unit souvent beaucoup de finesse à\nbeaucoup de force.\n   Le Roi d’Ys accuse sa finesse, sa science de musicien, un\npeu le symphoniste et très peu ou pas du tout le psychologue.\nDans la note douce et jolie de l’opéra ancien, français\nd'esprit et quelque peu entaché de gounodisme, le Roi d’Ys\nest vraiment opéra par sou esthétique et sa facture.\n   La dramatique de l’œuvre n’accuse aucun progrès sur les\nproductions similaires d’autrefois; et même l’action scénique\nest d’une banalité désespérante, quoique le sujet eût permis\nle concept d’une œuvre large et haute d’envergure. On l’a\nréduite aux simples proportions voulues par l’opéra stric­\ntement comique, suivant la formule en usage de tout temps.\nL e musicien lui, s’est contenté d’être original par l’expression\nde son inspiration, très personnelle il est vrai, mais il n’a\nréussi que dans la partie gracieuse de son œuvre. Tout\nce qui se rapporte aux amours de Rosen et de Mylio est\n                                                         7\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "98                                                la Wallonie.\n\n\n\ncharmant, ravissant de rythme et de mélodie, mais les pages\ndramatiques de l’œuvre sont inférieures, faibles ou bour­\nsouflées. On ne sait pas au juste si le musicien ne possède\npas assez de puissance pour traiter un sujet dramatique, ou\ns’il n’a pas voulu développer et travailler cette partie de sa\npartition, la considérant comme secondaire dans le Roi\nd’Ys. Pourtant ceci est une erreur qui semble être la cause de\ncette inégalité — laquelle serait donc intentionnelle — de\nl ’œuvre de M. Lalo.\n    De la part du symphoniste si remarquable qu’est M. Lalo,\nnous attendons une autre œuvre que nous pourrons louanger\nsans réserve, parce qu’elle sera complète, ou tout au moins\nbeaucoup plus complète que celle-ci; M. Lalo devrait penser\nqu’il ne lui suffît pas de déclarer qu’il a voulu faire la contre­\npartie des œuvres de W agner, pour être excusé de n’avoir\ntenu aucun compte des réformes dramatiques du maître\nallemand, et d’avoir au contraire écarté l’idée d’unité de son\nesthétique.\n    L e Roi d’ Ys est une œuvre jolie, agréable, très intéressante,\nmais, en somme, simplement une bonne partition de plus dans\nl’ensemble des œuvres dues aux musiciens français.\n                                       L U D W IG G H E L D R E .\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-021", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 98, "page_fin": 102, "titre_corps": "Chronique de l’art : Musique à Liège", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. Hemma", "ancre_debut": "MUSIQUE A LIÈGE.   M. Sylvain Dupuis, de plus en plus,", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 1338, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "M u siq u e a L i é g e .\n\n\n   M. Sylvain Dupuis, de plus en plus, s’impose comme un\nchef d’orchestre remarquable. Cet orchestre, composé d’élé­\nments non sans mérite si l’on voulait séparément les exa­\nminer, — quelques-uns même sont de vrais artistes, — mais\nsi mou, lourd, pâteux par suite de mauvaises habitudes\nprises, — M. Dupuis l’a ductilisé, assoupli; il lui a donné du\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "    Chronique de l’Art.                                     99\n\nnerf, une puissance qui n’est plus de la boursouflure, une\ncohésion, une entente du relief, de la perspective surtout. Il\ny aurait exagération évidente à prétendre que désormais tout\nest bien : un grand pas a été fait, d’autres restent à faire.\nMais il importe de le dire haut (surtout puisque nous-même\nqui signons cet article avons jadis critiqué assez vivement\nM. Dupuis), tous ces progrès réalisés, ces efforts, cette con­\nscience d’art commandent l’estime ; nous ne marchanderons\npas la nôtre, et nos applaudissements, au directeur des Nou­\nveaux Concerts. M. Dupuis nous a fait connaître quelques\nbelles pages de W agner : le final du Bheingold, d’importants\nfragments des M aîtres Chanteurs, la Siegfried Idylle, la scène\nde la Forêt au 2e acte de Siegfried, la bacchanale de Tann­\nhaüser, etc. Trois symphonies de Beethoven, dans l’ordre\nchronologique ; la récente symphonie irlandaise de Villers\nStandford; des fragments divers de Vincent d’Indy. —\nSchumann, Brahms — et Mendelssohn pour les dames juives\nde la localité.\n   A noter Sauge fleurie, de Vincent d’Indy, tout en décora­\ntion, musique d’essence bien française, mais non dans le\nmauvais sens du mot; d’une couleur exquise, et légendaire\ncomme un conte de fée, non comme une histoire humaine.\nA quand le Poème des M ontagnes?\n   C’est à M. Dupuis que nous devons d’avoir entendu HANS\nd e BuLOW et son admirable Beethoven-récital; c’est M. Du­\npuis qui a réuni ces beaux virtuoses : MM. Pachmann,\nScharwenka, Ysaye, Mlle Soldat. C’est encore à M. Dupuis\nque nous devrons d’entendre, le 15 avril, l’incomparable\nM aterna dans les finales de Gôtterdâmmerùng et de Tristan.\n   M. Ysaye connaît toutes les grâces de l’archet ; humain,\nélégant, malheureusement un peu doucereux; il n’a point\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": " 100                                           la Wallonie.\n\n\n\n l’austérité des Hans de Bulow et des César Thomson, mais, en\n tant que virtuose, il reste l’un des plus admirables violonistes\n que j ’aie entendus.\n    Mlle Soldat détaille la musique de Brahms mieux que\n personne, je crois (j’allais dire mieux que Joachim), mais\n elle joue la musique de Bach à peu près comme elle jouerait\n celle de Brahms; hors ce grand mais, Mlle Soldat est une\n très belle artiste.\n    On n’attend pas de nous l’analyse des symphonies de\n Beethoven. Celle de Villers-Standford est bâtie sur des\n thèmes populaires irlandais assez proches parents des thèmes\n norwégiens utilisés par Grieg : la recherche du pittoresque,\n assez facilement obtenu, de l’originalité, incontestablement,\n et des thèmes heureusement développés ; tout cela n’en fait\n en somme qu’une œuvre décorative, et de perspective nulle\n pour la pensée.\n   Voici donc une première année qui, au point de vue de\nl’Art, s’est remarquablement achevée pour les nouveaux\nconcerts.\n   Avec la rivalité d’un chef d’orchestre tel que M. Dupuis, et\nde pareils programmes, le conservatoire n’a qu’à se bien tenir.\nE t vraiment, on dirait qu’il fait des efforts. L a première ten­\ntative n’a pas été entièrement heureuse : trois fragments que\nle programme affirmait être de Richard W agner, étaient des\npages inédites sans doute, car nous ne les avons pas recon­\nnues ; évidemment des études pour Lohengrin — il y a des\nanalogies frappantes — ; mais le maître a bien fait de les\nsacrifier, car le véritable Lohengrin, le Lohengrin connu, vaut\nincomparablement mieux. Il faut dire aussi que les points\nd’orgue, F. F. etc., du ténor Vergnet empêchaient de juger\nde l’œuvre.\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "      Chronique de l'Art.                                    1 01\n\n\n     A côté de ce pseudo Lohengrin. la symphonie en u t mineur\n  de Beethoven; exécution molle, bien que méritoire. Puis\n  des fragments de l'Enfance du Christ de Berlioz, assez bien\n  rendus par les chœurs et l’orchestre et dans lesquels M. V er­\n gnet s’est montré meilleur. Musique inégale, trop d’un litté­\n rateur (on l’a banaliloqué cent fois), mais parfois d’une poésie\n simple et grande, primitive, et donnant des impressions\n presque gothiques malgré la forme imbue encore de roman­\n tisme. Les recherches archaïques sont du reste l’heureux\n sentier de ce grand dévoyé de la littérature : dans les\n Troyens, par exemple, vous souvient-il du prélude où\n lutinent la verdure les flûtes de Cartilage ?\n    D es fragments très connus, mais adorables, et même dou­\n loureux, surtout si personnels, du Peer G ynt de Grieg ; bien\n exécutés vraiment, sauf quelques accrocs. Et puis M. Marsick,\n violoniste liégeois comme M. Isaye. — M. Marsick aime la\n douceur, les grâces un peu mièvres de la corde sensible ; son\n archet frôle des velours et des soies, il est sensuel, et les\nfemmes raffolent de son art. P lus que nous, évidemment, qui,\n admirant sa virtuosité, aimons m ieux de la musique.\n    L es auditions ont été jusqu’ici très inférieures à celles de\nl ’an dernier. Mais il faut mettre hors pair un concerto de\nSéb. Bach pour deux pianos, et la très remarquable interpré­\ntation de l’un des pianistes : M. Ghymers. E t puis, à l’audition\nprochaine, on annonce qu’Ippolito Ragghianti jouera son\nconcerto pour violon.\n    Encore au Conservatoire, qui décidément se réveille, la\n9me symphonie de Beethoven (avec les modifications de\nW agner). Il y a trois ans déjà, M. Radoux avait fait entendre\ncette œuvre colossale ; cette fois, l’exécution a été incontes­\ntablement beaucoup meilleure. Est-ce que M. Radoux se\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "102                                           la Wallonie.\n\n\n\nsouvenait d’Aix-la-Chapelle, où Hans Richter dirigeait de\nmémoire tout ce monde ; est-ce parce que l ’orchestre se rap­\npelait les traits ? ou n’est-ce plutôt que le chef a mis tous\nses soins à l’interprétation de la symphonie ? Quoi qu’il en\nsoit, et bien que nullement parfaite, l’exécution a été assez\nsatisfaisante ; les chœurs plus rythmés, l’orchestre moins\nconfus, la ligne de l’œuvre mieux en lumière. L e scherzo\nsurtout manquait de clarté, et l’adagio se traînait un peu.\nPuis, il faut attirer l’attention du directeur sur le tintamarre\ndes timbales qui, dans les ensembles (aussi dans le rappel du\nm otif initial, au scherzo) chaudronnent abominablement. Quant\nau quatuor du finale, et en particulier à M. V ergnet et à Mme\nFick-W éry, passons. Seul, M. Fontaine sortait un peu du rang.\n   Il convient de féliciter M. Radoux, qui avait fait distribuer\nsous forme de brochure gratuite, des extraits bien choisis de\nl’étude écrite jadis par Richard W agner sur la 90 symphonie.\n   Il convient de noter aussi la composition plus moderne des\nprogrammes : à ce concert entre autres, la flamboyante et cos­\nmopolite marche Philadelphia de Richard W agner,le Preislied\n des Meistersinger, de W agner (chanté et arrangé par\nM. V ergnet, hélas !), le 4e concerto de Saint Saëns, fort bien\n accompagné cette fois, sauf encore de petits accrocs passés\ninaperçus ; et, comme virtuose, l’incomparable jongleur\n d’ivoire : Paderewsky.\n    De ce prodigieux pianiste nous avons parlé déjà, dans la\n Wallonie de décembre 1888 ; nous n’avons rien à retrancher\n de ces lignes ; mais il faut ajouter que nous l’aimons beaucoup\n plus dans Saint Saëns que dans Beethoven, dans Chopin que\n dans Saint Saëns, et dans L iszt que dans Chopin : moins il y\n a de musique, plus il apparaît grand, et cela parce qu’il forme\n à lui seul tout un art : le Paderewskysme.\n                                                   L. HEMMA.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-022", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 107, "titre_corps": "Chronique de l’art : La musique en Italie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Luiza Anzoletti", "ancre_debut": "La Musique en Italie. 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Voilà pourquoi, si dans les journaux\nitaliens la critique littéraire et musicale trouve toujours sa\nplace, — hormis quelques rares publications périodiques dont\nla réputation s’impose, tout le monde est accoutumé à ne\ndonner aucune importance à ces articles vides et décoratifs,\noù le reporter, presque toujours anonyme, parle le plus sou­\nvent sans rien dire, compromettant l’estime dont jouissent\nles autres sans se compromettre lui-même. L e ton maussade\nou prétentieux tient lieu de clairvoyance et d’autorité, et\nle désordre des idées, d’esprit et de libre jugement. Beau­\ncoup plus encore que la littérature, l’art musical subit\nles conséquences du manque de vraie critique chez les\nitaliens; aussi nos artistes donnent ordinairement plus\nd’importance à tout petit article publié dans un journal de\nl’étranger, qu’à ces grandes tirades, assez ridicules parfois,\nque leur octroient les journaux de leur propre patrie.\n   A Milan, à Rome, à Florence, quelques critiques méritent\nd’être appréciés; mais, qu’ils sont peu nombreux de nos\njours! Un nom qui paraît sortir du rang des médiocres, est\ncelui de Mr LODOVICO A l b e r t i , jeune musicien, qui en\nquelques essais de critique, publiés dans la Gazetta Musicale,\n a donné la preuve indubitable de sa mâle intelligence.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "104                                          la Wallonie.\n\n\n\n   Dans une étude fort importante \" D ’une nécessaire et\nradicale réforme de l’enseignement musical dans les Conser­\nvatoires italiens „, publiée dans les numéros du 5 août 1888\net suivants, M. Alberti examine avec de profondes connais­\nsances plusieurs défauts de l’enseignement, proposant des\nchangements décisifs dans la méthode didactique; change­\nments que des comparaisons très justes entre la méthode\nitalienne, l’allemande et la française, semblent exiger. D ’au­\ncuns pensent que l’écrivain oublie la distance qui sépare la\nthéorie de la pratique; la réalité force souvent le plus\nexcellent conseiller de manquer à sa tâche. Mais nous ne\npouvons nous empêcher de reconnaître dans l’exposition des\nfaits cette intuition singulière, qui allant tout d’abord au\nfond de la question, saisit à coup sûr les causes inapparentes\ndu mal. E t comme cette étude, résultat d’une vraie science\nde la musique et de son histoire, peut avoir un côté utile\naussi pour des Instituts musicaux étrangers, nous en donne­\nrons ici quelques courts extraits, qui, mieux que nos appré­\nciations, convaincront le lecteur de l’esprit fin et perçant et\nde la culture essentielle qui ont placé la plume de Mr Alberti\nparmi les plus autorisées.\n   L ’écrivain parle de plusieurs améliorations possibles dans\nle programme d’enseignement ; et parmi elles il considère\ncomme indispensable l’étude du piano pour les élèves qui\naspirent au titre de compositeurs. Cette étude, dit-il, “ a la\nplus grande importance pour le développement de la musique\npolyphonique moderne, parce qu’elle offre le moyen facile,\nnécessaire, immédiat, de s’assimiler par soi-même l’essence\nde toute composition musicale, même des plus compliquées;\ntout ceci n’est-il pas indispensable pour un compositeur ? — „\nVoici ensuite comme il envisage le vrai type d’élève de com­\nposition dans les Conservatoires : “ Lorsque il vient d’être\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "     Chronique de l'A rt.                                    105\n\nadmis dans la classe de haute composition, nous pouvons le\ncroire bon musicien, maître de tous les moyens techniques ;\nc’est pourquoi, guidé par son professeur, il lui devient facile\n de pénétrer toutes les sublimes m anifestations de l’art, et de\nsonder les intentions secrètes qui en font le prix ; il absorbe\n et s’assimile, au lieu d’imiter banalement, les divers pro­\n cédés artistiques ; et avec l ’emploi de ses facultés créatrices\net intellectives bien équilibrées, avec une vaste et claire\nidée de l’art, de ce que l’on a fait, de ce qu’encore il reste\nà faire, il plane dans les horizons sans lim ites de l’idéal,\ntout en gardant intacte la plus belle prérogative du génie\nnational : l’originalité. „ E t insistant sur la nécessité d’une\nétude des formes musicales dans les évolutions de l’histoire\n et de l’art, et d’une culture littéraire classique, tout à fait\nindispensable aujourd’hui pour un compositeur : “il suffit de\nconsulter l’histoire artistique du dernier siècle pour nous\nconvaincre de l’influence qu’a eue sur la musique l’œuvre\ndes poètes et des philosophes. Du moment que l’idéal vrai et\nsublime est toujours unique et toujours le même dans les\ndiverses manifestations de l’art, il faut le chercher partout :\nen Virgile, Dante, Shakespeare, Goethe et Schiller, en B eet­\nhoven, Schumann, Berlioz et W agner. „ E t ici une obser­\nvation : “ L e lecteur ne doit pas confondre en musique le\nterme idéale avec musica idéale, en faisant l’énumération de\nces seuls musiciens, tous étrangers, nous voulions nommer\nseulement ceux qui ont poursuivi un idéal dans leurs\nœuvres, et y ont consacré leur vie comme à une mission.\nParmi les musiciens italiens, même les plus grands, nous ne\npouvons en citer; peut-être, le poète-musicien du chef-\nd’œuvre de Goethe ; mais l’unique ouvrage de Boïto, peut-il\nfaire songer à la réalisation d’une Idée? „\n   “ La splendide période lyrique, dans laquelle le génie du\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1873, "texte": "106                                           la Wallonie.\n\n\n\nmusicien a chanté sans s’en clouter, passant de Mozart à\nSchubert, à Rossini, Bellini, Donizetti et Verdi, semblable à\ncelle non moins splendide de la jeune Grèce, illustrée par\nTerpandre, Sapho, Alcée et Anacréon, est en train de dispa­\nraître; vouloir la ressusciter, serait folie. Nous entrons dans\nla période de la réflexion, la civilisation progresse de plus en\nplus, et l’art, sa véritable émanation, marche de pair avec\nelle. N ’oublions pas qu’il y a dans notre temps la tendance\nvers un art universel, comme vers une littérature universelle.\nAinsi, l ’étude des auteurs classiques de toutes les époques\nest plus nécessaire que jamais à nos compositeurs. „\n    C’est sur l’importance de l'école de chant dans l’instruction\nartistique que l’écrivain attire ensuite notre attention; et\nregrettant avec justesse qu’une méthode fausse et insuffi­\nsante et une période d’étude trop brève s’opposent à ce que\nla forme et le style classiques soient traditionnellement\nmaintenus, et que la dignité d’un Conservatoire soit en\nrapport avec les nouvelles tendances de l’art, il trouve le\nmeilleur argument en faveur de sa pensée dans les paroles\nbien connues de Wagner.\n    Aux yeux de l’écrivain, deux autres points noirs, comme il\nles appelle, apparaissent dans l’instruction : ce sont le peu de\n sollicitude que les Autorités constituées, le Gouvernement,\n la Province et la Commune ont pour les élèves, et le manque\n absolu de concerts périodiques, donnés p ar les élèves et pour\n les élèves du Conservatoire.\n    Nous nous bornerons pour la partie didactique à ces\n quelques extraits; nous voulons nous occuper plus longue­\n ment de la partie historique énoncée en termes clairs et\n concis.\n    Dès les époques les plus anciennes, on a toujours tenu la\n musique en honneur pour sa puissante influence morale.\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "     Chronique de l ’Art.                                     107\n\nRegardée comme une émanation du principe divin, même\ndans les civilisations les plus barbares, dans les temps de\nfétichisme et de superstition, elle était considérée comme\nchose sacrée, et on en réservait la pratique à une caste privi­\nlégiée, celle des prêtres ; car on croyait que le peuple trouve\nson bien-être plus en la passivité de l’esprit qu’en son activité.\nTout en voyant dans la musique un don des dieux pour le\nbonheur de l’humanité, les Egyptiens l’avaient destinée au\ntemple, et en avaient rendu l’étude obligatoire, mais seule­\nment pour les prêtres.\n   Nous rencontrons le même exemple chez les peuples de\nl’Orient et de la plus lointaine antiquité, chez les Assyriens\net les Phéniciens ; aussi chez les Hébreux, David avait réservé\nle culte de la musique exclusivement aux Lévites. Dans les\ncivilisations plus avancées, on conçoit mieux la puissance\ncivilisatrice de l’art, ainsi qu’on le voit chez les Grecs de la\nbelle époque. La musique est devenue populaire chez eux\nparce qu’on venait d’en étendre l’usage aux festins, aux\njeux, aux fêtes les plus solennelles ; et tandis que l’on ne tient\npas compte de l’artiste de profession, on croit la musique un\nélément indispensable d’éducation. Par de belles poésies,\nchantées avec un simple accompagnement d’instruments à\ncordes, inculquer aux jeunes l’amour de ce qui est noble et\nbeau et les initier assez à la technique pour qu’à l’âge viril\nils fussent à même d’apprécier une œuvre d’art, tel était le\nbut de la pédagogie musicale de Platon et d’Aristote.\n   L ’éducation Spartiate ne comprenait que la musique vocale\net la gymnastique : la première pour éveiller dans l’âme le\nsentiment du beau, la seconde, pour s'opposer aux tendances\nefféminatrices, qui résultaient de la pratique exclusive d’un\nart trop séduisant.\n   (à suivre.)                         L u iza ANZOLETTI.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-023", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 108, "page_fin": 109, "titre_corps": "Chronique littéraire : Max Waller", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "CH R0 NIQUE L IT T É R A I R E .                          MAX W ALLER.     Les lettres b", "ancre_fin": "de la Jeune Belgique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CEUX DE LA GLÈBE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "CH R0 NIQUE L IT T É R A I R E .\n\n\n                       MAX W ALLER.\n\n   Les lettres belges ont perdu le Directeur de la Jeune\n Belgique, Max W aller. C’est un vide considérable dans les\nrangs de la jeunesse littéraire de Bruxelles. Max W aller\nétait surtout une date dans notre littérature. Sans être la\nprincipale figure de son groupe, il en était la figure centrale\net la personnalité m ilitante par excellence. Toujours sur la\nbrèche, pour me servir d’un de ces poncifs qu’il détestait\ntant, il apparaissait à la fois comme le tirailleur et le grillon.\n   J ’ai chaude encore au cœur l’impression fraternelle que\nme fit, en 1882, dans la profonde retraite où je vivais alors,\nl’aurore flamande de la rayonnante et belliqueuse petite\nrevue. Une saveur et un âge nouveaux se révélaient. Y\ndominait l ’odeur des grands terreaux noirs engraissés de\nsoleil de Camille Lemonnier ; mais des parfums imprévus s’y\nmêlaient dont plusieurs acquirent bientôt une intensité rare.\n   Dans ce milieu, W aller avait une jolie physionomie latine\nteintée de germanisme, à la Henri Murger, une tyrannie\nd’enfant gâté, une attitude de malin page ferrailleur et sen­\ntimental. Faublas cultivant Droz. La sentimentalité, cette fade\ncaricature, était chez lui sincère et pimentée des railleries.\n   Son premier livre, L a Vie Bête, renferme des notes justes,\nparmi des colifichets de style, des réminiscences et des fai­\nblesses. On dirait l’œuvrette de Chaulieu jeune écrivant\nde l’hôtel Rambouillet.\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "     Chronique Littéraire.                                        109\n\n   L'Amour fantasque affermit sa personnalité ; mais il y a\nsouvent ici une pose d’ironie agaçante qui semble un sou­\nvenir malheureux d’Henri Heine. Ce côté du talent de W aller\nest continué avec plus de bonheur dans la Flûte à Siebel\net l’autre partie de son talent qui semble désormais\nscindé, se développe dans des contes-romans ( Greta\nFriedmann) dont la langue frêle et pure est d’une délicatesse\nparfois un peu facile, semée d’heureux traits d’esprit. J ’ajou­\nterai, pour terminer cette notice hâtive, que si on réunit un\njour l’œuvre de Max W aller en un volume, outre Jeanne\nBijou et quelques articles vifs et artistes, un certain nombre\nde ses flèches doivent être tirées du “ panier aux lettres „\nde la Jeune Belgique.\n                                      CÉLESTIN D E M B L O N .\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-024", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 109, "page_fin": 110, "titre_corps": "Chronique littéraire : Ceux de la glèbe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CEUX DE LA GLÈBE Ordure ! Ch. Woeste. 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En ce\nvolume compacte, voici les âpres nouvelles jadis appelées\n“ les Concubins; „ de plus, voici l’une des plus grandes et\nprofondes pages du maître : La Genèse.\n   Camille Lemonnier est divers et multiple ; ces quatre cents\npages nous le montrent sous son aspect le plus sombre :\nterrible sincère, qui sait voir, et ose noter ce qu’il voit. Sou­\nvent, j ’ai pensé avec regret à un morne livre, mâle et pour\nl’entière joie des artistes, en lequel à côté du M ort, se pour­\nraient lire le D oigt de D ieu, la Genèse, la Glèbe et cet E nfant\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "110                                           la Wallonie.\n\n\n\ndu Crapaud, tant discuté. Ceux de la Glèbe répond en partie\nà ce désir.\n   C’est ici la si poignante épopée des misérables, leur gésir\net leur gémir, amours et labeurs, de brutes m assives qui\npeinent et suent, lourdement. Lourdement, certes, avec aussi\nde ces légèretés pataudes ainsi qu’en peuvent avoir ces chairs\nde rustres; mais épiques toujours, oui ! et dans leur poignante\népopée de misère, de la genèse vers la douleur jusqu’à la\nmort, — amours et labeurs — ils se résignent, leur simplicité\nfarouche et bonne se résigne, courbée sous on ne sait quelle\nvoix fatale. Ils vont, ils font l’œuvre de vie, végétalement\npresque ; ils naissent, ils meurent, (et leur travail pour les\nriches ! ) ils souffrent leur noir destin, de vouloir inerte,\ninstinctif, — et sans conscience de leur grande mission.\n\n   Deux des nouvelles contenues en le présent livre, la Genèse\nsurtout et la Glèbe, ont ce rythme normal et de légende qui\nélève l’œuvre au-dessus du temps. Elles dominent superbe­\nment, et sont des Histoires de l’homme. Parmi les autres,\nâpre, bilieuse, aux formes arrêtées comme le profil de la\nmégère qu’elle m et en scène, j ’aime surtout cette légende\nencore: les Pidoux et les Colassi. Un Marché, aussi; dure âpreté\nde vie, mais plus épisodique. Enfin les Concubins, étude\nde la W allonie hennuyère, je pense, sanguine, et pourquoi\npas lascive, qui s’oppose au mystère de la Genèse.\n   D eux autres contes ne sont là que pour déparer l’œuvre,\ndont ils brisent l’unité. Quel dommage que l’auteur n’ait pu\nles remplacer par le M ort et par le Doigt de Dieu, nous\ndonnant ainsi eu sa totalité l’œuvre noire de sa vie, et sui­\nvant l’expression de l’un des nôtres, le vrai Camille Lemon­\nnier aux âpres sculptures tragiques.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-025", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 111, "page_fin": 113, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les flaireurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. M.", "ancre_debut": "LES FLAIREURS (*). 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Cette brutalité maté­\n  rielle du regard qui voit, se voit presque, en une vie pareille,\n  arrête les bornes de l’art dramatique : car tout Art, même\n  sans le prestige de la scène, n’est-il pas la recréation d’un\n  moi, lointain de moi ?\n     Or, au théâtre, lorsqu’il y a langage, c’est-à-dire une\n  ordinaire et directe relation entre l’acteur et l’auditeur, si\n  réaliser le moi est assez accessible, le lointain est difficile.\n  Sans une Musique et son pouvoir d’isoler, trop souvent l’acteur\n  reste présent, et rien n’existe entre le spectateur et ceux qui,\n  là, dans les clartés, officiant pour l’art, ne devraient être que\n  des Formes à des Idées.\n     L ’illusion et par conséquent la seule réalité véritable\n  seront niés, si l’œuvre ne porte pas en soi son propre mystère.\n  Nos scènes naturalistes, sauf les deux ou trois exceptions\n  comptées, avortent ridiculement: et du théâtre romantique\n  nous est-il resté quelque chose — si l’on excepte les admirés\n  et légendaires Burgraves?\n     — La Musique pure, art tout entier, et seulement, dans le\n\n    (*) Les Flaireurs, drame en trois actes : 23 exemplaires sur hollande,\n, extrait de La Wallonie.\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "112                                                    la Wallonie.\n\n\n\nTemps, supprime la notion d’un temps concrêt en liant les\nesprits à la seule notion de temps qu’elle fait surgir. Mais\nil est encore une autre Musique, celle du rythme initial\ncontinu, par laquelle l’œuvre devenue une individualité,\ncohérente et totale, ne peut s’effriter en parcelles de vie\nprésente.\n   La tragédie vivait de la vie du rythme. Rachel y modula\nles musiques du geste. E t le secret qui la fit vivre, cette\ntragédie si étrangère à nous et si faussement légendaire ici,\nle secret n’est-il pas son “ éloquent débat ininterrompu, „ (*)\nson accord de mouvements, donc son harmonie,— son orches­\ntique et sa plastique. E lle était musicale et voilà ces défroques\ndes vieux Grecs animées, et, même pour le spectateur, loin­\ntainement vivantes.\n   En nos comédies, nulle illusion ; mais elles ne se soucient de\nla vraisemblance, en fait, et comme le chœur du bon Aristo­\nphane, pourraient sans aucun mal s’interrompre pour dire :\n“ C’est le moment d’y aller de notre petite parabase. „ — Le\nthéâtre de Théodore de Banville est celui d’un beau poète\nqui s’amuse, sans plus. Reste la Parisienne, très admirée, et\nlégende moderne.\n   Notre théâtre, notre anémique scène agonisante, elle ago­\nnise pour les lettres ! Un dieu, W agner, a donné dans le drame\nlyrique l’idéal présent de ce moi loin du moi ; mais au théâtre\nexclusivement de littérature, l’une des deux conditions (l’éloi­\ngnement) ne peut être accomplie que par la légende, qui de\nson propre geste se revêt de nuages (**).\n\n\n  (*) Expression de Stéphane Mallarmé.\n  (**) Encore est-il un doute, si c’est possible sans la musique.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "    Chronique Littéraire.                                   113\n\n   Ce long préambule est pour introduire l’œuvre de Charles\nVan Lerberghe les Flaireurs. — Comme des admirations\nprécieuses ont répondu à la tentative, ces lignes pourraient\nêtre inutiles, si l’on n’avait négligé — il me semble — de\nmettre en belle lumière la véritable innovation réalisée par\nce drame.\n   Charles Van Lerberghe a fait œuvre d’art, disons-le de\ntoute notre joie qui l’applaudit! E t ses trois petits actes,\nlégendaires de faits normaux, donnant quelque idée d’une\nextérieure Loi rigide vers un morne but, ses trois actes\nhumains satisfont à nos désirs tantôt exprimés.\n   Ils nous apparaissent vrais par l’harmonie et la juste\nproportion entre le détail et le tissu de tout ce rêve.\n   Ils sont bien ce moi loin de moi, — moi par le fait normal,—\nlointains par l’exquise poésie, de nul temps, dont ils s’enve­\nloppent — et leur légende.\n   Encore, avec un tact raffiné, Charles Van Lerberghe a\ncompris que la musique était nécessaire à isoler cet acte de\nvie des quotidiens détails agités par chaque spectateur en\nsoi-même : une ouverture et des transitions symphoniques sont\nindiquées. Or, lorsqu’on écoute chanter en soi l’idéal orchestre\nqu’on rêve pour telles scènes, elles s’éloignent, les héroïnes\n du poète, elles s’enfoncent avec nous-mêmes, lointainement\n dans leur vie légendaire ; et nos vœ ux les suivent, comme\nnous nous accompagnons et nous pleurons au départ d’un\n frère, et comme, restés à terre, c’est à nous-mêmes que\n s’adressent nos signes de mouchoirs agités vers sa fuite,\n sa fuite bondissante et qui souffre sur la m er, — sur les\n grands courants et les vagues de la mer vivante.\n                                                       A. M.\n           8\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-026", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 114, "titre_corps": "Chronique littéraire : Oh ! les femmes !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Cél. D.", "ancre_debut": "OH ! LES FEMMES ! L ’acte de Maurice Siville est moins personnel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "OH ! LES FEMMES !\n    L ’acte de Maurice Siville est moins personnel que les\n Contes pour l'Aimée. Néanmoins, il se revoit avec plaisir. Je\n dis revoit parce qu’on l’a déjà vu plus on moins dans les\n \" levers de rideaux » qui servent d’apéritifs ordinaires aux\npièces de Sardou, d’Ohnet et autres héros du quart de monde\nlittéraire. Il vaut mieux que la plupart, mais ce n’est pas\nencore assez. Siville — dont j ’ai détaillé ici les fines qualités\nde conteur — s’inspire visiblement des « gentilles » pièces\nmodernes et mondaines en un acte leste et pétillant ; seule­\nment il contemple les paillettes de Pailleron, et tourne ainsi\nle dos à l ’immortel génie du « genre », Alfred de Musset, —\nle maître du théâtre du X IX e siècle. Lui seul, sous sa poétique\nlégèreté et sous un esprit auquel ressemble celui des Etincelle\ncomme du clinquant à l’or, concentre une observation\nprofonde et délicieuse qui ne remplace pas trop désavanta­\ngeusement les ficelles.\n                 C’est Musset qu’il faut suivre,\n                 C’est lui qu’il faut aimer !\n   Sans l’imiter. Si la comédie de Siville ne s’empêtre pas\n dans les ficelles, parfois elle les frise. Elle a une dose de\n vérité légère, mais non d’absolue vérité, j ’entends surtout\n de vérité psychologique. Dans quelques semaines, qui sont\npeut-être déjà passées, Siville s’apercevra que, si son dénoue­\nment est louable de simplicité, son nœud l’est moins de\nvraisemblance.\n   L ’acte a le triple mérite d’être simple et vif, et semé de\njolis mots :\n   Monsieur : Ainsi, vous admettez qu’une fois marié, on reste\nlibre ?\n   Madame : Pardon... on le devient.\n   Tous ont été applaudis. La pâle interprétation des acteurs\ndu Gymnase n’était certes pour rien dans cet accueil flatteur.\n                                                   CÉL. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-027", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 116, "titre_corps": "Chronique littéraire : Réponse à M....", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "RÉPONSE A M.... 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Il\n\n  me semble qu’il n’a abouti qu’à susciter quelque scandale.\n    » Je suis d’avis, moi aussi, que cette œuvre est excessive et que j’eusse\n aimé qu’un artiste de la haute valeur de M. Camille Lemonnier s’en fût\n abstenu. Je n’aime l’excès en aucun genre et spécialement je souffre de\n la licence littéraire qui règne de notre temps. J’aime en tout une\n certaine réserve parce que rien ne me louche plus et ne me parait plus\n beau au monde que l’harmonie et la juste proportion.\n    » Mais de là à traiter un de nos grands écrivains de pornographe, et\n à qualifier ordure une de ses conceptions, il y a un abîme que jamais ni\n comme homme, ni comme ministre de la Justice, on ne me fera franchir.\n Je ne discerne pas exactement le mobile qui a décidé mon honorable\n contradicteur à me poser des questions dont il semble espérer qu’il sortira\n quelque embarras pour le Gouvernement. Mais j’en atteste l’indépendance\n absolue qui a été au Barreau la règle de toute ma vie, et peut-être aussi\nl’occasion de quelque honneur, aucune considération ne me fera fléchir ou\nbiaiser quand il s'agira de proclamer le respect que l'on doit à un artiste.\nCes jours derniers mon collègue M. Vandenpeereboom, résistant lui aussi\nà des intimidations analogues, proclamait avec une dignité que je\nsouhaiterais égaler, que s’il avait à choisir entre sa liberté et son porte­\nfeuille, il n’hésiterait pas à déposer celui-ci, et qu’il n’y avait ni consi­\ndérations de parti, ni influences, ni recommandations qui pourraient le\nfaire dévier de la droite voie où il marche fièrement.\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "116                                                      la Wallonie.\n\n\n\n    \" L’honorable M. Woeste m’a demandé pourquoi on n’a pas poursuivi\n l'Enfant du Crapaud en Belgique. Apparemment parce que le Parquet a\n pensé, lui aussi, que si un esprit comme celui de M. Lemonnier peut\n commettre une erreur sur les limites non pas de l’Art, qui n’en a pas,\n mais du droit répressif, il existe, attaché à cet esprit, un noble coeur\n d’artiste et de Belge qui garantit la pureté des intentions et que cela\n suffit pour que l’action pénale soit écartée. Mais si M. le Procureur\n du Roi, si même M. le Procureur-Général, pensant comme M. Woeste,\n était venu me demander, jusqu’où,en cette occurrence, on devait pousser\n le devoir, je lui aurais recommandé de s’abstenir.\n    Il en est de l’Art comme de la Religion. Ce sont des domaines sacrés.\n Il est périlleux d’y vouloir prescrire des règles La meilleure politique est\n de les laisser se mouvoir librement. Ce sont les esprits qui se signalent\n par leur dévotion qui devraient, à mon humble avis, s’en souvenir plus\nsouvent et plus charitablement que les autres.\n    Je ne puis, en terminant ces courtes réflexions que je souhaiterais voir\nexercer une influence salutaire sur les idées qui ont cours dans cette\n Chambre et sur l’opinion en général, m’empêcher d’ajouter, non sans\ntristesse, que j ’ai été affecté péniblement du sans-gêne avec lequel on parle\n ici de nos artistes. On applique à leurs œuvres des vocables singuliers :\n « Cochonnerie, ordure. » Eux-mêmes on ne daigne pas les nommer.\nM. Camille Lemonnier, dont le nom est européen, est qualifié : « Cet\n auteur, cet écrivain. \" Il faut s’en affliger. J’aime aussi l’agriculture,\nautant que l’honorable M. Mélot, il voudra m’en croire, et par conséquent\nles engrais et les troupeaux, mais j’ai toujours hésité à les mêler à la\nlittérature, ce que me semblent avoir fait les gros mots que je viens de\nrappeler. Et j’ai toujours eu cette conviction que lorsqu’un pays n’a plus\nle discernement des artistes qui I’honorent, on peut lui appliquer le mot\nd'Hamlet : » Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Dane­\nmark. » (Applaudissements dans les tribunes, murmures sur les bancs de\nla Chambre. M. Slingeneyer : Très bien.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-028", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 120, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE. Georges Rodenbach vient de perdre sa mère", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n\n   Georges Rodenbach vient de perdre sa mère. L a W a l ­\n       lui adresse les plus vives condoléances.\nl o n ie\n\n\n\n    A paraître chez Vanier, un livre de vers par Adolphe\n Retté : Cloches en la nuit', s’annonce aussi le volume de\n Gabriel Mourey : Crépuscules d’âme (25 exempl. sur japon à\n 5 fr. en souscription à la Wallonie).\n                               *\n                                 * *\n\n    Au théâtre du Gymnase, à Liège, la première de la Ferme\n des Aulnes, musique d’Eugène Hutoy, paroles de M. Sauve­\nnière. M. Sauvenière intitule ces trois actes \" drame lyrique ; „\nil faut lire “ mélo-drame, „ et du plus vieux jeu. M. Sauve­\nnière a beaucoup lu Georges Ohnet, et le prouve ; ce n’est\npas assez. Quant à la musique, elle vaut beaucoup mieux que\nle livret ; mélodies dans la manière française, l’influence de\nBizet très palpable, mais de jolies phrases qui se déroulent\nsous les scènes ronflantes du drame. Il y a de l’élégance, et\nde petites trouvailles dans le genre aimable. — On enterrait\nle pauvre H utoy la veille du jour fixé pour la première de\nson œuvre. Mais, dans la Ferme des Aulnes, une grande joie\nd’art trouvait place : le talent de premier ordre de l’ingénue,\nMme Andral, sa grâce, la noblesse tragique de son jeu nous\nont émerveillé. L e diamant brillait d’un éclat plus pur parmi\ntoutes ces fausses joailleries, et nous devons remercier la\nfière artiste qui nous a ému de son geste et de son musical\nparler.\n                                *\"*\n   Aug. Donnay, L. Rassenfosse, Baues, A. D ewitte, L. Mo­\nreels, F. Maréchal, organisent, â l’Émulation de L iége, une\nexposition de noir et blanc, qui s’ouvrira sans doute le 1er mai.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1674, "texte": " 118                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n   De M. Pascalis cette lettre :\n                                          Marseille, 17-2-89.\n           Cher Monsieur M.\n    Croyez que j ’apprécie à sa valeur toute amicale et désin­\n téressée le conseil de hautaine abstention que dicte votre\n lettre, très généreuse quand même à m’accorder droit de\n tribune et d’hospitalité.\n    Malheureusement la réponse au “ Décadent „ dont je vous\n ai adressé copie, a été envoyée à M. Baju, et très probable­\nment paraîtra sous peu,— et, à s’abstenir, eût-il fallu le faire\n absolument.\n   J ’aurais, croyez-bien, et selon des principes qui sont les\nmiens depuis longtemps, omis la chose, si l’article en\nquestion, de sa propre autorité, j’augure, n’eût fait le paral­\nlèle désobligeant de mon nom et de celui d’un homme, que,\npar des relations échangées dans le temps, et sur l’avis\nd’amis communs, je persiste à mettre à part de la cabotine\ncliquerie Baju et Ce; je dis l’auteur du “ Jardin des Rêves, „\nM. Laurent Tailhade.\n             Monsieur Anatole Baju, directeur du Décadent.\n   Monsieur, je reçois de l'Argus la prétentieuse et bouffonne\ncriticule du Décadent, et veux vous remercier de la délec­\ntable jubilation que m’ont valu les 6 pages de votre collabo­\nrateur, en essai d’accointance avec mon livre.\n   Quant à la semblante dénigration dont votre criticuculet\ntente à vouloir faire preuve a l’égard du Missel, vous dirai-je\nque je suis très de l’avis de miens amis — y compris Déca­\ndents — qui estiment que toute matière imprimée autour\nd’un nom, — même la plus inoffensive et la plus vénielle, —\nest fait de bonne réclame et de gratuite publicité.\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "     Petite chronique.                                       119\n\n    Au bilieux championnage estocadeur et “ tailh adeur „ du\n Jules quelconque qui, je crois, signe l’article, je nie plairais\n seulement à faire la simple objection d’une lettre de\n M. L. Tailhade l ui-même, reçue au lendemain de l’envoi de\n mon livre; — lettre qui, entr’autres éloges que je veux croire\n courtois et polis, n’en renferme pas moins cette phrase,\n réfutatrice, je pense, de toutes les insolvables imaginations\n de votre signataire.\n    “ Ce m’est une gloire véritable de partager avec un aussi\n excellent poète l’amour des vitraux et des eucologes. „\n   Quant à l’opinion d’un homme que j ’aime et que j ’estime\n comme artiste et confrère, je veux m’en tenir à ceci, — et\n considérer 1’ “ et cœtera „ critique du Jules chose susdit\n comme absolument indépendant et gratuit.\n   En finissant, je vous prierai de rectifier un vers du Missel\nque la trivialité calembourdaine de votre disciple-sacristain\nse permet de défigurer à sa sinapique et, au reste, insipide\nexpression. —\n   .... Où comme un grand brasier l’amour arde et rayonne,\net d’insérer ceci le plus prochainement.\n   Il me reste à hautainement vous saluer, Monsieur.\n   Marseille, 4 février.                RAOUL PASCALIS.\n                               ** *\n   Dans la Cravache, du 9 mars, ces lignes :\n   “ Nous avions naguère ici-même adressé quelques repro­\nches et posé quelques questions au directeur du Décadent. Il\nne nous répondit pas. La Cravache avec raison se garda\ndepuis de toute nouvelle réclame au profit du journal en\nquestion. C’était presque une consigne et nous l’eussions\nrespectée n’étaient parus certain article — et aussi certaine\nnote où il est parlé d’un monument à élever à Rimbaud et\nqui est suivi d’une liste de souscripteurs. Que M. Baju plagiât\nSalis et que le Décadent devînt une mauvaise succursale du\nChat-Noir nous n’en avons cure et peu nous en chault.\nPourtant voudrions-nous une bonne fois que telles plaisan-\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "120                                            la Wallonie.\n\n\n\ntories de goût douteux ne s’exerçassent point sur un absent\n— et quel absent ! On sait au Décadent que cela nous plaît\npeu et nous regrettons sincèrement que des amis et des poètes\ncomme Laurent Tailhade et Ernest Raynaud daignent s’y\nassocier.                                PAUL VERLAINE.\n                                * *\n   A lire dans la Revue Indépendante : Revenants, par\nHendrik Ibsen (pourquoi imprime-t-on les Revenants ? une\nrevue en fait même les Fantômes, ce qui n’a plus de sens,)\ndrame poignant, vrai, simple, humain, de grande vigueur;\nlire les vers de Verlaine, de Kahn, de Viélé-Griffin et surtout\nles pièces de Henri de Régnier et de René Ghil, des plus\nbelles. — A lire dans les derniers numéros de la Jeune\nBelgique, les vers de Gilkin, les vers de Maurice M aeterlinck,\net une âpre nouvelle de Georges Eekhoud. Dans l'A rt\nModerne, les études sur l’art sémitique, par Edmond Picard.\n   D an s le Guide Musical, l’analyse par Maurice Kufferath des\nlettres de Rich. W agner à ses amis Uhlig, Fischer et Heine.\n                                 «\n   L ’Association Wagnérienne (rue Joseph H , Bruxelles)\nrappelle que pour participer au tirage dos cartes pour B ay­\nreuth, il convient de se faire inscrire sans grand délai. Elle\nprie les membres de continuer sans faillir la propagande\nentreprise.\n                               *\n\n   M. Achille Delaroche n’avait pu revoir son épreuve; d’où\nles erreurs qui suivent : page 8, vers 9, lire : debout en la\ndéfaite infamante, etc.; page 55, ligne 2, sourdeurs au lieu de\nsondeurs ; page 56, ligne 11, l'impassibilité au lieu de l’impos­\nsibilité; ligne 12, sonore au lieu de sonores; page 57, ligne 16,\ns'interdire au lieu de l’interdire ; ligne 25, zébrant etc., doit\nêtre restitué en prose; page 58, ligne 7, la foule te sera et\nnon la foule sera ; ligne 8, qui rouge et non qui ronge ; ligne\n13, doux et non sous; ligne 17, triomphateur au singulier;\nligne 18, ton front, Poète! et non tout front, Poètes ! ligne 22,\nloyal essai et non royal essai.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE ET. 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Z E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            L IÈ G E .\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                P lace du T héâtre, 11, L iège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                   RACCOMMODAGES.\n\n\n\nÉCRITS POUR L’ART  R EVU E M ENSUELLE\n  La livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n         Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n           A paraître chez V A N IER ce m ois :\n  C L O C H E S E N L A N U IT\n               Livre de vers par Adolphe R e t t é .\n       En souscription dans nos bureaux ;\n     C R É P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collections et dépositaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (-188G, -1887 et -1888) sont en vente\n                             au prix de 6 francs.\nLa W allonie et les É crits pour l’Art se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D’Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-Michel ; Savine, libraire,\n    -18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Roétie, 3.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme V° De Vetter, rempart Ste-Catherine.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNEE, Nos 2 e t 3. 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M. OLIN.\n                                                    M au r ic e S IY IL L E .\n\n                      Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-02-n2-3-207", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Envoi d’un numéro spécimen contr", "ancre_fin": "par an. 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Fluctuations : Chanson c r é o le ,\n                                               Alléluia, Amen, Miousic.\nR ené G hil ........................... Heur d’hiver.\nAdolphe R etté. . . . L e Volt.\nPierre-M . Olin. . . . Mes Mémoires : L e Sceau du Passé.\nA chille Delaroche. . . Sonnets symphoniques.\nP.-M O ................................. Les X X . Estampes japonaises.\nL udw ig Gheldre . . . L e R oi d’Ys.\nL uisa A nzoletti . . . L a Musique en Italie.\nL. H e m m a .................... . Musique à Liège.\n                                  Chronique L ittéraire :\nCél. Dem blon . . . .                       Max Waller.\nA. M.                                              Ceux de la Glèbe.\nC. D.                                       Les Flaireurs.\n .......................      ' 'O .          les Femmes.\nJu les Lejeune.               .    .        Réponse à M. Woeste.\n\n                                       Petite Chronique.\n                           Un numéro 50 centim es.\n\n                                         Des presses de H . Vaillant-Carmanne , à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 74, "texte": "      LA\nWAL L ONIE\n\n\n\n      Février-Mars 1889.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "     L ’A R T M O D E R N E\n REVUE    CRITIQUE     DES     ARTS     ET   DE LA   LITTÉRATURE\n            26, Bue de l'Industrie, Bruxelles.\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                             A paraître :\n                SCÈNES DE B A L\n         1 petit vol. de vers, par A l b . S t -PAUL.\n         LE T R A IT É OU V E R B E\n                 par R ené GHIL.\n                Les Flambeaux Noirs\n         Livre de vers par Ém ile VERH AEREN.\n\n           L AR EVU EpDElLITTÉRATURE\n                          é ia d e\n     chez LA C O M B L E Z , rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n       CAPRICE-REVUE\nJOURNAL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, ILLUSTRÉ,\n             paraissant le Samedi.\n            D ire c te u r   : M aurice SIVILLE.\n Abonnements pour la Belgique : 6 francs l’an, étranger 8 fr.\n Direction et Administration : 81, rue de Livourne, Bruxelles.\n\n   H1ô4 tel   des A m érica in s\n        — R ue de l’A bbé de l’E pée — 1 4\n                               PARIS.\nEn face du Luxembourg. Près du Val de Grâce.\n           Au Centre des Ecoles.\n  Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                     PENSION DE FAMILLE.\n\n          T R A M W A Y S P O U R L ’E X P O S I T I O N .\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "           PREMIÈRES PROSES.\n\n\n                        (1 8 6 5 )\n                                     A U LA V O IR .\n\n\n\n          u\n          A milieu du lavoir, une cabine s’ouvrait avec\n           sa baignoire en zinc sale, son banc boiteux\n           dans l’encoignure, et pendue au mur, la\n           patère à trois becs, non loin d’un miroir\n           éraflé.\n  L a servante, ayant fermé la porte sur elle, regarda\nen haut, en bas, défiante, craignant une surprise. De\nses doigts gourds, ensuite, elle dégrafa son corsage,\ndélaça ses jupons, abattit sa chemise de pesante toile\nbise ; et tandis qu’elle fixait avec une épingle ses che­\nveux au sommet de sa tête, les bras pliés, ses biceps\nroulaient comme des boulets vers les aisselles.\n  L a sève des campagnes coulait dans son corps\nbrun, modelé par masses abruptes, avec une ampleur\nsaine : elle était énorme et rude, ayant gardé de l’Eve\nprimitive, comme une rouge fleur ineffeuillée, la\ncandide bestialité superbe. Son ventre tournait entre\nses hanches, cabossé de saillies, et deux médailles\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "66                                          la Wallonie.\n\n\n\nnoires ourlaient les pointes de ses seins, gonflés\n comme des outres. Ses épaules, carrées ainsi que des\n dalles, se coupaient d’une ravine profonde entre les\n omoplates; et comme des pommes mûres, des rou­\ngeurs empourpraient la rondeur drue de ses fesses.\nE lle avait les pieds larges, les mains épatées, les\ngenoux rugueux; ses jambes s’excurvaient, distantes\naux jarrets; et de sa peau crevassée et grenue, comme\ndu genêt aux fentes des murs, sortait un crin touffu.\n   Cette belle fille se renversa dans le bain, lour­\ndement, en cambrant le dos; et le flot fumant détendit\nses membres las.\n   Longtemps elle demeura vautrée sur le flanc, ses\nlourdes paupières closes béatement, ne laissant passer\nà la surface que sa tête mordue par les hâles et son\ncou craquelé, pointillé par les couperoses.\n   Puis, tout à coup, étreignant sa nudité, elle se mit\nà la frotter comme avec une étrille; l’eau glissait sur\nsa peau en des moires d’huile, et des crasses s’en\ndétachaient, par larges tannes s’écaillant au long des\nparois.\n   Tandis qu’elle lavait ses souillures, pensant aux\nhommes forts, l’odeur de son corps remplissait la\ncabine.\n                         Ca m i l l e   LEM ONNIER.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "à Josè-Maria de Hérèdia.\n\n\n                L A LICORNE.\n\n                     “ E t l a B e l l e s ’e n d o r m i t .\n\n\n\nA\nLB elle dont le sort fut de dormir cent ans\nAu jardin du manoir et dans le vaste songe\nOù le cri d’or des clairons sacrés se prolonge\nPromulguer son sommeil jusqu’à l’aube des Temps\n\nLa Belle pour l ’éveil victorieux d’antans\nQue son intacte chair proclamera mensonge\nA chargé de joyaux sa main qui gît et plonge\nEn un flot de crinière où les doigts sont latents.\n\nE t tandis que des toits, des tours et des tourelles\nL es Colombes ont pris essor et qu’infidèles\nLes Paons mystérieux ont fui vers la forêt,\n\nCouchée auprès de la Dormeuse, la Licorne\nAttend l’heure et là-bas guette si reparaît\nL ’annonciateur vol blanchir l’aurore morne !\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "68                                                  la Wallonie.\n\n\n\n\n                   “ E t l e Ch e v a l i e r n e v i n t p a s . „\n\n\n\n\n     Les Paons bleus l’ont cherché dans la forêt ! Nul soir\n     N ’a rougi son cimier d’ailes et de chimère ;\n     Les Colombes blanches dont l’aurore est la mère\n     Ont vu la tour déserte et vide le manoir.\n\n\n     Et les Aïeux, dès jadis morts, n’eurent pas d’hoir\n     Avide d’aventure étrange et de mystère,\n     Héros à survenir pour l’honneur de la terre\n     Vaincre d’un baiser le magique sommeil noir.\n\n\n     L ’endormie à jamais étale ses mains pâles\n     Où verdit une mort lapillaire d’opâles,\n     E t la Princesse va mourir s’il ne vient pas !\n\n\n     Plus n’a souci, Nul, de dissoudre un sortilège\n     Et la Licorne hennit rauque au ciel lilas\n     Où frissonne une odeur de mort, d’ombre et de neige.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "la Licorne.                                                 69\n\n\n\n\n                       “ E t l a B e l l e m o ur u t . „\n\n\n\n\nLa Licorne ruée en fuite hume et croise\nLes vents qui du midi remontent vers le nord,\nE t sa crinière éparse ruisselle et se tord\nQue nattait de rubis la Princesse danoise.\n\nLoin des glaciers et des neiges roses que boise\nLa verdure des pins où gronde comme un cor\nL ’écho du marteau lourd des Nains qui forgeurs d’or\nFaçonnent le hanap où l’on boit la cervoise,\n\nLa Princesse aux doux yeux de lac, d’astre et de mers\nE st morte et la B ête fabuleuse à travers\nLes gels glauques, la nuit vaste, l’aurore morne,\n\nFolle d’avoir flairé les mains froides de mort,\nSe cabre, fonce et heurte et coupe de sa corne\nL es vents qui du midi remontent vers le nord !\n\n                            H enri de     RÉGNIER.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "             FLUCTUATIONS.\n\n\n                 and above thy fluctuations, o my\n          lonesome soul, hover my wounded dreams\n          bleeding in their flight.\n\n\n              CH AN SON CR ÉO LE.\n\n\n                    Oh ! comme j ’ai désiré longtemps être nègre !\n                                                J u les V a l l è s .\n\n\n\n      S\n      ous des arbres vertueux, de grandes fleurs\n        passionnées. Il faisait une lumière d’hiver\n        au-dessus des joies végétales, en expansion.\n        E t la jeune femme (enceinte) portait un cha­\npeau de paille démesuré qui pénombrait son visage.\nComme ses yeux étaient ternes ! Les arbres vertueux\nse baissaient jusqu’à elle et les fleurs passionnées\nmontaient à ses lèvres. Leur souffle la dénuda :\nc’était exquis, cette E ve en voie de maternité, avec\nson démesuré chapeau de paille.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "    Fluctuations.                                        71\n\n   Une brise marine faisait flotter ses cheveux, pres­\nque bruns sous la pénombre et d’or vierge (comme\nelle !) le long de ses reins marmoréens.\n   Un exilé, sans doute, passait près de là car une\nvoix se mit à chanter :\n         Ah ! rendez-moi ma Guadeloupe et ma Savane\n         Et le champ de bananiers où moi suis né !....\n    C’était navrant, cette douleur, parmi les joies\nvégétales, en expansion aussi.\n    La jeune femme se dit : — un nègre — mais elle\nn’eut point peur, curieuse.\n    Il parut en effet, grand et fort, les cheveux lissés\nà l’aide de subtils cosmétiques, grand et fort comme\nil convient, et de belle venue, et de très moderne\nallure avec un colossal col blanc dont les deux\npointes rejoignaient son nombril, triangulant cette\nnudité noire.\n    E lle faillit pousser un cri de bonheur : il était tel\nqu’elle l’avait rêvé, depuis l’éveil de son imagination.\nMais elle préféra le contempler (à son aise, car il ne\nl ’aperçut point, abîmé en ses nostalgies) extatique ­\nment, d’une longue contemplation physique et mo­\nrale, et près de défaillir en songeant au fruit futur\nde ses entrailles qui peut-être lui ressemblerait.\n    Lui, sous la fraîcheur des arbres vertueux, parmi\nles fragrances des fleurs passionnées, il reprit sa\nchanson de détresse :\n         Ah ! rendez-moi ma Guadeloupe et ma Savane\n         Et le champ de bananiers où moi suis né !\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "72                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n                      A L L E L U IA .\n\n\n   A h ! Ah ! de la gaîté et de l’amour ! V ive la V ie !\n   L e jardin est planté de cyprès comme un cime­\ntière. Une vague ridiculement bleue y vient battre)\ntoujours la même. E t ceux qui vivent là sont pourris\ncomme des cadavres. C’étaient des drapeaux de crêpe\nqui claquaient aux quatre vents du ciel.\n   A h ! A h ! de la gaîté et de l ’amour ! oh ! de l’amour !\n   Parfois, dans l’ombre, les pourritures se mêlent, se\nconfondent, font une masse bondissante et hurlante.\nEt, plus tard, d’autres pourritures s’engendrent! Oh !\nde l’amour ! Encor de l’amour ! Vive l’Idéal !\n   A u moins, si ce jardin était planté d’autres arbres !\net si cette vague éternelle était moins ridiculement\nbleue !\n   L ’Amour, ah ! Seigneur ! De l ’Amour et de la\ngaîté ! E t vive la Vie.\n\n\n                         AMEN.\n\n\n  N ’est-ce pas, c’est drôle, cet air maladif qu’elles\naffectent, ce sourire déçu et cette superficielle science\nde tout qui paraît profonde dans leurs yeux noyés de\nlangueur. Les saintes âmes !\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "    Fluctuations.                                     73\n\n  E t eux ! avec leur tenue nazaréenne et la sobriété\nde leurs gestes, et l’éteint de leur regard, et ce dé­\nsenchantement dans leur façon de boire du thé. Les\ncœurs forts !\n  E t puis, quoi? de monstrueux désirs qui les rongent,\ntous; de secrètes maladies morales qui corrodent\nleur chair et pourrissent jusqu’à leur sang.\n  E t puis, des cervelles qui ont toutes leurs cases,\nsans la moindre lésion !...\n   Oh ! les âmes saintes ! les cœurs forts ! E t dire que\nça a reçu le baptême et qu’on priera pour le repos de\nleur     Tout de même !....\n\n\n\n                      MIOUSIC.\n\n\n   Un fleuve morne aux eaux lentes qui se froissent,\ngrises et froides contre la stérilité des rives; un\nfleuve de mort roulant vers l ’infini d’un horizon\nterne; un fleuve de sang, les soirs, sous l’agonie\npleurante du soleil, et, dans cette coulée rouge, des\ncadavres au rictus figé, aux yeux glauques levés\nencore vers l’Impossible; et de la terre, montant,\ns’élargissant en clameur, les cris de haine des\nhommes.\n   Oh! je ne sais pas, c’est cette musique qui m’a tordu\nles nerfs tout ce soir et le dégoût m’étrangle.\n   Mon Dieu ! épargnez-moi leur bêtise, leur bonheur,\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "74                                          la Wallonie.\n\n\n\nd’exciter leur rire, la malpropreté de leurs propos,\nleurs blasphèmes et le contact de leurs mains juives !\n   A quand les baltes espérées dans l’ombre bienfai­\nsante des oasis ? A quand les repos au seuil des\nmaisons natales? Est-ce bientôt que doivent revenir\nles caravanes et qu’on se reverra, avec de nouvelles\nhistoires à se conter?\n   Comme les voiles pendent lugubres sur le fleuve,\ntelles des ailes repliées, et que les eaux sont lourdes !\n   E t plus rien maintenant : du vague, du vide où je\nme sens suspendu, atome de douleur, sans une pitié,\n sans une lueur charitable autour de moi.\n   Oh! c’est cette musique qui m’a tordu les nerfs. Le\n dégoût m’étrangle! Si je pouvais vomir mon âme!\n\n                              Ga b r ie l   MOU REY.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                 HEUR D’HIVER.\n                                                 pour la Seule.\n\n Flammes mortes tant ardentes en stupeur d’heures :\n Fleurs d’hiver et d’espoir qui s’étiolent d’heures\n mineures derrière le vitrage....\n                                  Mentez !...\n Flammes mortes perpétuant en stupeur d’heures,\n Tant ardentes d’espoir aride des lueurs\n d’étés qui ne sont plus, là ni partout ! lueurs\n sur le vitrage du grand soleil pâmé d’heures :\n m entez à ses grands Yeux nostalgiques d’étés.\n\n Tes Yeux parmi la matinée ont vu mineures\n non pas les Fleurs :\n                      du soleil, du soleil d’étés\n Teintes d’heur et splendeurs, ô dis-le toi les heures\n derrière le vitrage en regardant les peurs\n puériles que donne en quelle étrange soie\n de Chine,\n            ce vol chimérique qui s’éploie....\n\n  Mais ardentes d’espoir aride des lueurs\n  d’étés qui ne sont plus, là ni partout ! lueurs :\n  Flammes mortes tant ardentes en stupeur d’heures,\n  Fleurs d’hiver derrière le vitrage,\n                                      mentez !\nFévrier 89.\n                                               R ené GHLL.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                 LE VOLT.\n\n                                    A Camille Lemonnier.\n\n' LEsouriant décor comme d’un songe frêle\n   V a monter et s’éperdre aux cieux du Bouddha seul\n   Mais il passe l’oubli de l’antique asphodèle\n   Soit ce noir L éthé d’Etre et son fluent linceul\n\n   Tel épris de la fuite lascive des formes\n   — Danse ininterrompue au parc des F loramyes —\n   S’enclore légendaire et rêvant la réforme\n   Du vieil instinct châtré par la règle ennemie\n\n  C’est nous — impatients de jeter au creuset\n  La gangue qu’un feu pur implique et sollicite\n  Glorieuse alchimie où le moule étreindrait\n  Le joyau non taré de quelque âme insolite\n\n  Acceptant le rayon qu’un astre vierge offrait\n  Rieuse du mépris des comparses acerbes\n  Si notre Idée aussi veut se fondre aux ors vrais\n  Des bouillonnements blêmes tu jailliras — Verbe\n\n                                  A do lph e   RETTÉ.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "              MES MÉMOIRES.\n                        (4 e   C a h ie r )\n\n\n                           ATMA\n              Libre comme la Tempête il est venu\n           échouer un jour sur les plages indomptables\n           de sa terrible volonté. I l ne craint rien si\n           ce n'est lui-même.\n                                                L autréam ont.\n\n\n\n             L E SC E A U D U PASSÉ.\n\n    HIÉRODRAM E LÉGENDAIRE ET CONTEMPORAIN.\n                       Qu’est-ce donc que l’âme ?\n                       Une possibilité idéale qui réside en nous\n                    comme la substance réelle de nous-mémes, que\n                    les erreurs et les taches de la vie ne peuvent\n                    entamer, que ses découragements ne peuvent\n                    abattre et qui les contemple avec sérénité dans\n                    leur extériorité réelle, et séparés, pour ainsi\n                    dire de sa~propre essence.\n                                                     J o h n son .\n\n\n\n\n        Etun soir de légende, en un Théâtre étrange\n         je fus amené !\n           L a salle : un hémicycle écrasé devant une\n         scène gigantesque — et seuls, des fauteuils\nau milieu, puis des loges sur les bas côtés, plus haut\nles murailles finissant dans le vague, car nul plafond\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "78                                       la Wallonie.\n\n\n\nni visible, ni sensible en l’immémoriale étrangeté de\nce Théâtre de R êve — Théâtre de Sang et de Feu !\n   E t avec le respect craintif d’un initié, avide de\nsavoirs mystérieux — en une des loges, intimidé et\nsilencieux j’attendis l’Evocation redoutable que je\npressentais, invinciblement.\n   L a F oule là réunie — la foule oui, toujours elle,\noù glapir et se rouler en immonde infamie sera de\nbon Ton — était bien celle qu’il fallait : le Monde !\n(et à ma honte le dois-je avouer — ce Monde dont je\nfaisais partie, ce naguère d’hier!) Qu’au premier éra ­\nflement la bête brute qu’il cache allait réapparaître !\nJ ’allais donc voir, une fois de plus ! le ventre vaincre\n(momentanément) le cerveau.\n\n   Le prodigieux rideau bleu de ciel, pan de ciel là\ntombé, en une profonde déchirure s’ouvrit et noble\net lent ainsi qu’un immense et royal oiseau de proie\nrepliant son aile lasse, des deux côtés en cannelures\nde péplos se drapa :\n   L a colossale colonnade d’un palais d’une époque\ninconnue, architecture simple, grandiose et géniale\nautant qu’un symbole — autant qu’un symbole, celui\nde cette Trimourti : Beauté, Force et Sérénité.\n   Au fond, s’étiraient les primes gradins de la Tour\nmagique et primitive, originaire et sacrée, celle d’où\nles Hiérarques divins, les sages savants en les choses\npassées, les sages savants en les choses futures, con­\ntemplaient les mondes stellaires, oublieux en ces\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "   mes Mémoires.                                   79\n\naltitudes sublimes des rugissements fauves, haineux\ncris (ô Envie) de la cité immense, de la cité immense\net immémoriale qui, à leurs pieds incommensurable­\nment étendue, étendait son corps de fille de joie,\ncelle qui hante le bouge après s’être vendue au\nPalais : revenant — Idée de toute F oule — à son\noriginaire Fumier.\n   Apparut lors une Femme d’hyacinthe vêtue, que je\ncrus reconnaître cachée au plus profond de très\nanciens souvenirs, sensations incompressibles d’un\nau delà défunt se vengeant en ce ténébreux et dou­\nloureux Présent.\n   E lle s’avança, et d’une voix qu’on eût dite sortie\nd’une tombe dès toujours close, elle proféra — son\nsourd — monotone et fatidique : « Ceci fut le drame «\n» du seul d’entre-vous ici réunis, pour qui Lumière «\n» se fera. Les autres, vous Foule Polycéphale! pis «\n» qu’aveugles, pis que sourds, gens de Foi mau­\n  vaise, infâmes une fois de plus, vous disparaîtrez «\n» pérennellement stupéfiés ! »\n   E t je sentis que celui-là dont une antérieure vie\nallait se dévoiler, celle du grand Péché dont la peine\nici se subissait, c’était moi-même, et le peu de pitié\nque je ressentais pour les cadavres vivants s’agitant\nà mon côté, ne troubla pas la joie inconnue et\nméritée de voir mes désirs volontaires, évocatifs se\nfaire, déchirer les voiles fatidiques de mon haineux\n Passé, de ce Passé dont je sentais le poids haineux\npeser sur mon ténébreux et douloureux présent :\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "    80                                      la Wallonie.\n\n\n\n     tant d’inexplicables choses, contradictions flagrantes\n     et complexités infinies, dont l ’incompréhensibilité\n     allait donc se légitimer. — E t ce vieux souvenir,\n    hantant toujours — d’une grandeur intellectuelle\n     telle que nul désir n’avait survécu sinon celui, oui !\n     éperdu celui-là : Savoir ! savoir quel était ce passé\n    formidable et perdu !\n       E t le drame, muet, commença, commenté par une\n    musique, certe ! inentendue, d’une immatérialité de\n    nul instrument, sublimité de pensée Une.\n       E t la Femme, vêtue d’hyacinthe, vêtements courts\n    d’hiératisme efféminé — Elle, d’une effroyable lubri­\n    cité intellectuelle en ses maigreurs élancées d’éphèbe,\n    s’avançait escortée d’esclaves peu nombreux en une\n    marche ondulée, démarche rhythmique et m ysté­\n    rieuse. Des femmes, plus belles qu’Elle-même, mais\n    en leur charnelle beauté inexistantes à côté de ce\n    vice prodigieux et immarcessible, puis des nains\n    contrefaits.\n       Une Puissance, encore invisible et ignorée, mais\n    combien dominatrice, avait entre les mains de la\n    Créature remis une parcelle de pouvoir pour Elle\n    infinitésimale; pour nous, même inconcevable : Elle\n    détenait la Force des souffrances suprêmes, celles\n    infligées par une volonté, et ne vulnérant que l’Esprit,\n    l’individualité même et permanente des entités, qui\n    dès lors, éternellement en gardent la blessure :\n    c’est Ce qui fit les insatiables et ceux qui meurent\n    toutes leurs morts de l’irréalisation nécessaire et\n\n«\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "    mes Mémoires.                                    81\n\nfatale du germe d’idéal, ainsi qu’un invincible poison\ninoculé, par Elle, la grande Vulnératrice.\n    E t au son inentendu de cette musique, de cette\nmusique inentendue, la déesse — la F em m e — se\npromenait lentement, laissant voir l’inimitable des\n lignes grêles de ses jambes chastes et perverses : E t\nle contact invisible de sa volonté liait autour d’Elle,\nle faisceau des incicatrisables blessures.\n    Mais la Bête, en le public réveillée, se mit à\ngronder. Trois sifflets stridèrent immédiatement tués\npar trois coups durs que, bondi hors de ma loge,\nj ’avais, trop généreusement, donnés : cela allait donc,\nhélas ! alléger d’autant l’inévitable Peine !\n    Les nains se tordaient- en douleurs d’une volupté\nmortelle, et leurs pensées divines, retenues en la\n gangue vile de leur forme monstrueuse, impuissantes\nà se faire Art, silencieusement ils imploraient une\nmort que nul ne pouvait leur donner, E lle ne voulant\npas.\n    E t une idée diabolique, une idée de vengeance et\n d’ignominie telle qu’il peut seulement en naître en\nl’esprit profanateur des classes dites intelligentes\nmais qui ne savent ou ne peuvent être intellectuelles\n (le voulussent-elles même !) fut exécutée par les\nquelques-uns qu’un épouvantement innommable\nn’avait pas catalepsiés en leurs fauteuils et, au\nmoment où, tout se mourant lentement sans espoir\n de mourir et du désespoir de ne pouvoir mourir, ayant\n épuisé la coupe des individuelles douleurs, Elle gra-\n                                                 6\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "82                                      la Wallonie.\n\n\n\nvissait mélancoliquement et avec lenteur les degrés\nsacrés de l’éternelle Tour sacrée une invasion de\nbarbares inconscients, mais heureux originairement\n de se vautrer ja en la boue, au son d’une vulgaire\net tonitruante musique militaire qui un instant\ncouvrit les sublimes accords de l’incomprise sym ­\nphonie : des bataillons scolaires, germes des races\nfutures, dès la petite enfance abruties par U tilita­\nrisme, Militarisme, Haines patriotiques et Vanité,\nce vice-orgueil des médiocres, jeta une perturbation\neffroyable dans la salle.\n   L a Foule, reconnaissant son espoir et sa descen­\ndance, ces parents sauvés par leurs enfants se mirent\nlevés, et entiers brandis contre l’évocatrice à hurler\nd’infâmes injures et d’atroces bassesses, éjaculant\nlà toute leur écume avec la lie de leur lie.\n   Mais dominant ce tumulte affreux, la voix calme,\ndouce et monotone de la déesse méconnue se fit\nentendre, disant :\n   « O Peuple vil des matériels, un bonheur immérité\n» vous amène devant l’intellectualité. Vous la niez\n» comme toujours vous l’avez niée, vous qui fûtes la\n» Plèbe de toujours. Mais tout acte porte en soi sa\n» peine ! Tels que vous voilà, vous êtes moins que\n» pourceaux à la pâture et vous qui jamais ne fûtes\n» dégénérés, éternel dernier échelon de l’humaine\n» race, en votre passé qui est votre présent vous serez\n» rejetés. E t toi ! va-t-en où te mènera la destinée et\n» m’y attends, car doit en ce jour légendaire s’ac-\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "    mes Mémoires.                                    83\n\n» complir la résurrection de ce qui fut, cette néces­\n   sité de ce qui sera ! »\n   E t je m’en allai et puis — me trouvai siégeant dans\nle Trône colossal dominant de fabuleux jardins sus ­\npendus-immobilisé en un Rêve de toute Puissance.\nLe Théâtre disparu; la foule redevenue la Plèbe anté-\nhistorique d’une évidemment autre planète, massée\nen cris sauvage et augmentée en millions, entourait\nla tour, la Haute Tour sacrée des Hiérarques divins\ncontemplateurs des sphères errantes ! E t pendant\ncette période hors du temps, avec des mots secrets\net des gestes épars montant, elle paraissait attirer\nà Elle, concentrer toute puissance épandue en l’Air.\nArrivée bien près de ma prodigieuse et inaccessible\nhauteur, étant face à face, par de là cette distance —\npour nous inexistante, elle me dit :\n    « Réveille-toi, reconnais-toi et souviens-toi. Tu «\n » es le détenteur de tout ce qui se sait — de tout ce «\n » qui se saura — de tout ce qui se peut; tu es «\n » l’unique volonté et la puissance sans contrôle. Je «\n » ne suis, Moi, que l’émanation de ton bon plaisir «\n » — ta créature incomparable et infime ! 0 mainte ­\n   nant que le philtre de Douleur individuelle est «\n » tari pour moi, donne le F eu, que je sois enve ­\n   loppée de Douleur universelle et que la destruc ­\n   tion d’un monde entier abreuve ma soif d’impos­\n   sible et d’irrémédiable ! »\n    Je me ressouvins, en vérité, qu’unique Porphyro ­\n génète, j ’étais celui-là ! En mon orgueil souverain et\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": " 84                                     la Wallonie.\n\n\n\n  juste, je regardais fermement le suprême degré à\n  franchir pour avoir droit au repos absolu, au repos\n  définitif, la Grande Paix du Néant. J ’avais élevé mon\n  esprit au-dessus du désir, ma volonté au-dessus de la\n résistance, et ma puissance au-dessus de l’impossible.\n A vant la Pin, ayant résisté à tout, je devais me\n résister à moi-même : Je lançai donc dans l’espace\n mon effective volonté, et ce qui vint, l ’une de ces\n formes vivantes, Evocations de notre pensée, la plus\n noble, fut la réalisation de toute mon Intellectualité.\n Mon idéal d’A rt m’était apparu ! E t la créature qui\n vint fut Femme.\n    E t j ’aimai 'tant cette forme supérieure de ma\n pensée que je lui sacrifiai tout sauf ma volonté. Cet\n abandon de l’activité de ma puissance fut la preuve\nde mon asservissement à celle que j ’avais faite égale\nà moi-même : je n’étais plus que l’intarissable et\ncependant insuffisante source.\n    E t donc je lui donnai le Peu.\n    Alors d’un geste alangui et universel, étendues les\nmains, doigts large ouverts, tomba de ces mains\nenchanteresses et parfumées le F eu, le Peu inextin­\nguible et divin qui doucement coula par les marches\ninnombrables de la Haute Tour Sacrée, envahit\nl’immensité étendue de la Ville tumultueuse, épou­\nvantée et blasphématrice. Oh la placidité de l’invin­\ncible ! E t tout l’horizon à ses pieds acroupi, d’un\nseul choc en une clameur si sauvage qu’elle fit\ns’obscurcir le firmament, s’effondra, et le Feu, le Feu\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "     mes Mémoires.                                     85\n\n inextinguible et divin enveloppa la sphère entière\n qui nous portait et toute vie disparut dans l’agitation\n morne de cette gloire de Feu. Immobile et pensif je\n restais immuablement assis en mon trône gigan ­\n tesque et granitique, navire insubmersible, maître\n fier et immuable de cette mer de flammes.\n    Ma pensée l’appela; franchissant toute l’immen­\n sité détruite, elle se mit debout devant moi, calme\n et souriante regardant le Feu, interminablement,\n couler de ses doigts fluets, de ses mains enchan­\nteresses et parfumées. E t lors, elle monta les suprêmes\ndegrés de ma cathèdre jusqu’alors inviolée et toute\nfrêle vint se pelotonner contre le froid de mon grand\ncœur qui interrogeait les événements et essayait de\nfranchir l’Avenir.\n    « Oui, maintenant je comprenais l’ironie du formi­\n   dable schéma. Me résister à moi-même ? N ’était-ce\n» pas définitivement le faire que de ne daigner pas\n» me tenter. Il est donc vrai, je n’ai pu résister à cette\n» suprême tentation de me tenter moi-même. Mais\n» non, mon orgueil n’était pas encore l’Humilité\n» absolue et n’était pas digne de ce repos terrifiant\n» auquel cependant si ardemment il aspirait. V ivre\n» encore, voilà le châtiment. Mon irréparable dé­\n   chéance est de m’être tenté sous une Forme et\n» sous forme Féminine, cet inférieur de l’être infé ­\n   rieur que déjà nous sommes, car l ’A rt n’est-il pas\n» encore matière et la Femme n’est-elle pas la\n» matière ! Les sens doivent être totalement sup-\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "86                                     la Wallonie.\n\n\n\n» primés et l’esprit vivre de la contemplation de\n» soi-même en tant qu’immatériel. L a peine étant\n» nécessaire et juste, ma faute ayant été de l’essence\n» la plus intellectuelle, le châtiment serait du même !\n» Donc une vie nouvelle, E t Personne et Bien à qui\n» se plaindre ni de qui se plaindre, cela étant\n» nécessaire.\n   « L a vie nouvelle ! E lle ne serait plus, oh non, «\n» plus ! aux sommets d’une puissance invincible et «\n» d’une liberté farouche et jalouse - non — indivi ­\n   dualité mythique, essence inconnue et héroïque, «\n» mêlée aux vulgarités si oubliées de si antéreures «\n» vies, dont une constante et inébranlable volonté «\n» perpétuée durant des milliers de siècles avait su «\n» me dégager! Je n’en souffris pas les ans d’antan «\n» si lointain — si loin et si près ! Mais maintenant, «\n» oh vie nouvelle, j ’y vais apporter tous les affine­\n   ments inconcevables de mon intellectualité, de «\n» cette intellectualité oublieuse de la primitive «\n» matérialité dont elle est issue. Mon supplice sera «\n » horrible. »\n    E t l’océan de flammes assiégeait toujours l’im­\nmuable trône et peu à peu montait alimenté par ce\n trône même, abri de celle qui à jamais calme et\n souriante doucement tapie contre mon cœur désolé,\nlaisser couler, interminablement couler de ses doigts\n fluets, de ses mains enchanteresses et parfumées, le\n Feu ! E t je frémis plus que devant toutes les autres\n menaces que je voyais courir le haut des immortelles\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "    mes Mémoires.                                      87\n\nvagues de flammes : cette certitude : l’oubli, l’oubli\ntotal de toutes mes existences antérieures, même\n celle de cette grande faute. \" Oh dure expiation... «\n » Mais nécessaire : Allais-je donc pas m’avilir pro­\n    gressivement ; et perdant la notion du But à «\n » atteindre devenir l’égal de ceux qu’en mon «\n » mépris indifférent j ’avais laissé détruire en ce «\n » monde où toute volonté était soumise à mon «\n » vouloir. » Ma puissance graduellement faiblissante\nne me permettait pas de voir si cette ultime épou­\nvante se réaliserait, mais je vis en signes noirs sur\nl’Océan de Feu, le signe de ce jugement. « Si tu »\n » parviens à te retrouver et à vaincre les limbes «\n » du Passé, tu te reconnaîtras et assis en ce même «\n» Trône tu te reverras avec Elle : Tu auras payé la «\n» dette de ton orgueil qui a fléchi. » Calme désormais,\nj ’inclinai mon front vers Elle et s’accomplit l’univer­\n selle résorption.\n                               P IE R R E -M . OLIN.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "SONNETS SYMPHONIQUES.\n\n\n               I .\n\n\n\n\n      En la langueur\n      accidentelle\n      de ta dentelle\n      où meurt mon cœur\n\n      Un profil pleure\n      et se voit tel\n      en le pastel\n      du divin leurre\n\n      Qu’or végétal\n      de lys s’enlise\n      au froid santal\n\n      Si n'agonise\n      occidental\n      qui s’adonisé.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "Sonnets Symphoniques.                                  89\n\n\n\n\n                         II.\n\n\n    L ’agonisant Profil en nos nuits de hantise\n    flatte de l’inespoir d’un triomphe de roi\n    son irréel flambeau fantomal et si froid !\n    aux jumelles lueurs oit notre envie attise\n\n\n    Le si subtil trésor de maie convoitise\n    sans même l’aromale exhalaison d’effroi\n    expire en le miroir fleurdelisant l’arroi\n    de Vierge et d'Impollu qu’un Idéal courtise\n\n\n    Mais Toi, l’Enténébrée ! enfouis-tu ton front\n    au limbe essentiel où te retrouveront\n    les affranchis du Temps de l’Espace et du Nombre\n\n    Si s’exalte une ardeur quand vacille de feu\n    le mirage au miroir de tes prunelles d’ombre\n    nulles pour tout l’élan implacable du Bleu !\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "90                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n                            III.\n\n\n\n      Vol de fils du Mogreb en belligère essor\n     les hordes de désirs sur les folles Cythères\n     ont dispersé l’effroi de ses korans austères\n     où l’Hégire glosa les arcanes du sort\n\n\n     Son symbole étincelle aux feux du croissant d’or\n     et trépident de peur les âmes et les terres\n     aux scintillations torses des cimeterres\n     sigillant leur credo sur le v if et le m ort\n\n\n     Dans les galops houleux, ô cavaliers Numides !\n     secouez sur l’im pur la blancheur des chlamydes\n     pour qu’un nimbe d’élu rejaillisse à son front\n\n     Les cœurs ont abjuré l’ivresse de naguère\n     et sanglants les Orgueils prostrés pan telleront\n     sous les sabots d’éclair des cavales de guerre.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "Sonnets Symphoniques.                                91\n\n\n\n\n                        IV .\n\n\n\n\n    Subtil Orgueil d’un soir fuligineux qui fu it\n    éclatera de pourpre aux plis des nimbes nacres\n    le Signe irréfragable attestateur des sacres\n    boréale clarté stupéfiant la nuit\n\n\n    E t ton vol conquérant que le Triomphe suit\n    planera radieux sur l’horreur des massacres\n    parmi la dalmatique escorte des diacres\n    où le fulgure d’or des boucliers reluit\n\n\n    Pâles du Pallium sanglant de ta victoire\n    la frayeur des tribus érigera ta Gloire\n    où s’irradie en chœur le cycle des soleils\n\n\n    E t tu trôneras haut sur les foules nuées\n    le pied vainqueur posé sur le pavois vermeil\n    et Ton F ront tiaré dépassant les nuées.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "92                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n                           V.\n\n\n\n\n     Drapée au faste d’or du mystique péplum\n     Elle trône, Déesse ! en sa candeur d'hermine\n     et son front souverain que l’épervier domine\n     surgit des bleuités éteintes du vélum\n\n\n     Sa Gloire fu t harpée au vague harmonium\n     des Pudeurs exhalant la musique câline\n     en le Triomphe aubal de vierge mousseline\n     où luit son œil sanglant comme un géranium\n\n\n      Ceignant de. désirs fous ta sveltesse gracile\n     j ’ai rêvé vainement la tendresse docile\n      s’épancher au soir bleu du feu de ton regard\n\n\n     Nul frisson n'a strié ta rigide attitude\n     et sans fléchir ta chair à l’âme de brocart\n     le plectre d’or s’éplore au creux de la Testude !\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "   Sonnets Symphoniques.                                    93\n\n\n\n\n                            VI.\n\n\n\n    Mon âme est comme un temple évacué d’idoles\n    la funéraire moire oppresse les parvis\n    et dans la dextre d’or des archanges ravis\n    pleurent le deuil des luths et l’émoi des mandoles\n\n    L a Foi n’apporte plus ses pieuses oboles\n    à l’autel dédaigné des Dieux jadis servis\n    mais plane l’affre des limbes inassouvis\n    au silence des nefs où meurent les symboles\n\n    L’encens ne fume plus vers l’azur des lambris\n    pour fêter le triomphe extatique des vierges\n    qui splendit sous l'ardente aurore des blancs cierges\n\n    E t vestige dernier des cultes désappris\n    comme un air très lointain seul en mon cœur encore\n    monte l’écho mourant de l’orgue qui plangore.\n1887.                       A c h il l e   DEL AROCHE.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "          CHRONIQUE DE L ’ART.\n\n                        PEINTURE.\n                                            L es X X .\n\n\n  L ’an dernier nous faisions des réserves sur les tendances\ngénérales qui se manifestaient à l’exposition des X X . Nous y\nvoyions trop de virtuosité et pas assez de pensée, en un grand\nmot, d’Art.\n  Cette année, nous proclamons cette exposition la plus\nremarquable dont nous ayons souvenance, et ce sous tous\nrapports.\n  Parmi les X X les batailles contre la seule technique\nsemblent près de finir. Nous en citerons un, victorieux déjà,\nThéo van Rysselberghe. Les invités sont pour la plupart de\nbeaux artistes.\n  L a lumière a décidément fait sa trouée, et le petit point\naussi. Trois artistes se servent de ce procédé, d’une façon\ncomplète, et démontrent, sauf aux aveugles par principes,\nque la personnalité n’en souffre en rien, bien au contraire.\nNous citons Seurat, l’initiateur, puis Pissaro et van R yssel­\nberghe. N ’ayant à faire une distribution d’accessit, nous\nnous contenterons d e signaler les œuvres dominantes de ce\nsalon qui en compte fort peu de médiocres.\n  En somme, celui qui s’est le plus mis en évidence est Théo\nvan Rysselberghe. L ’an dernier, il ne put exposer et pour\nqui se rappelle ses toiles, déjà fort bien de 87, la distance\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "     Chronique de l'Art.                                    95\n\nfranchie est énorme. Son exposition très complète compte\nplusieurs marines faites l’an dernier, puis deux superbes\nportraits faits en 88-89, marquant déjà un progrès sensible\nsur ses marines et même ses paysages marocains. Nous\nn’avons pas de souvenir d une progression à la fois si rapide,\nsi constante et si normale.\n   Seurat dont la Grande Jatte fit scandale jadis avec son\npointillé, expose entouré de plusieurs merveilleux paysages\naquatiques, les Poseuses, grand tableau dont un coin est\noccupé par une reproduction de la célèbre Grande Jatte.\nPlusieurs parties de cette toile sont de premier ordre et\nl’ensemble des plus remarquables. Après un pareil essor\nSeurat s’est imposé, quoi qu’on die.\n   Pissaro, des paysages d’une exquise fraîcheur et embau­\nmants.\n   Claude Monet, des marines prodigieuses, d’un fabuleux\nétincellement de couleurs : Cette Méditerranée par un temps\nde Mistral !\n   Schlobach, un art intense de pensée en des Hantises lon­\ndoniennes. Ses deux rousses profondes, tristes et superbes en\nleur calme échevèlement.\n   Toorop, une ou deux belles toiles, — mais tout en évo­\nlution, — attendons et crions hardi !\n   D e Groux est encore dans la période des recherches pas\ntoujours heureuses. Sa frise affirme un très grand talent et un\nfutur grand artiste mais resté encore rudimentaire. Il y a\nbeaucoup plus dans une œuvre antérieure, ce formidable\net admirable rêve de bataille du chemin creux.\n   La gravure est dominée par Bracquemond ; parmi ses eaux-\nfortes originales, suffit celle des Mouettes à la vague, — un\nchef-d’œuvre, tout court.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "96                                               la Wallonie.\n\n\n\n   En sculpture, intéressants la très belle statuette de Rodin\net le superbe puddleur de Meunier.\n   Nous pourrions citer encore un grand nombre d’autres\nœuvres de valeur, mais ce n’est pas ce que nous voulons.\nCeux qui ont été au X X ont eu leurs impressions person­\nnelles, et quant à ceux que notre avis pourrait influencer,\nnous ne nous en soucions pas. E t à ceux qui n’y ont pas été,\nceci n’apprendra rien.\n  Nous voulons cependant nous élever contre le cabotinage\nqui va, lèpre immonde, attaquer de vrais artistes et les faire\nchavirer dans la pure sottise pour se faire remarquer. Il faut\nse souvenir et découvrir quelques minuscules eaux-fortes pour\nse rappeler que M. Ensor est ou fut un artiste.\n  Nous ne pouvons cependant terminer sans signaler Gauguin\nsur qui s’est cette année déversée toute la stupide ironie du\nbelgeoisisme doctrinaire de notre bonne ville. Naturelle­\nment. car c’est un artiste ! et un fameux.\n                                               P. M. O.\n\n                               E s t a m p e s Ja p o n a is e s .\n\n\n   Bing ! Ça y est. Une fois de plus nos bons mondains ont\nété empaumés par d’habiles et aimables négociants. Et on\nleur vend très cher des choses auxquelles il leur est radica­\nlement impossible de rien comprendre. Seulement la mode\ns’en est mêlée et tout le monde adore et glorifie le Japon.\nCuistres ! et encore istre est une métaphore, dirait un de\nnos vieux amis. C’est d’ailleurs très embêtant car il y a dans\ncet art japonais des choses merveilleuses mais qui comme\ntout art demandent une initiation et ce n’est pas d’emblée\nqu’on se l’assimile. Nous eussions beaucoup désiré en parler,\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "     Chronique de l’Art.                                      97\n\nmais plutôt que de le faire en aussi mauvaise compagnie nous\nnous abstenons. Messieurs les artistes populaires japonais\nnous vous en présentons toutes nos excuses et vous en de­\nmandons mille fois pardon... mais fallait pas qu’y aillent.\n                                                P. M. 0.\n                          MUSIQUE.\n                                          L e R oi d ’Y s .\n   Juger M. Lalo, comme musicien, d’après le Roi d’Ys, —\nl’opéra-comique qui vient de remporter un très grand succès\nsur la scène de la Monnaie, — serait une erreur regrettable ;\nM. Lalo vaut mieux qu’il ne le ferait croire par son opéra.\nC’est un symphoniste distingué, musicien de tempérament,\nsavant en son art, et qui unit souvent beaucoup de finesse à\nbeaucoup de force.\n   Le Roi d’Ys accuse sa finesse, sa science de musicien, un\npeu le symphoniste et très peu ou pas du tout le psychologue.\nDans la note douce et jolie de l’opéra ancien, français\nd'esprit et quelque peu entaché de gounodisme, le Roi d’Ys\nest vraiment opéra par sou esthétique et sa facture.\n   La dramatique de l’œuvre n’accuse aucun progrès sur les\nproductions similaires d’autrefois; et même l’action scénique\nest d’une banalité désespérante, quoique le sujet eût permis\nle concept d’une œuvre large et haute d’envergure. On l’a\nréduite aux simples proportions voulues par l’opéra stric­\ntement comique, suivant la formule en usage de tout temps.\nL e musicien lui, s’est contenté d’être original par l’expression\nde son inspiration, très personnelle il est vrai, mais il n’a\nréussi que dans la partie gracieuse de son œuvre. Tout\nce qui se rapporte aux amours de Rosen et de Mylio est\n                                                         7\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "98                                                la Wallonie.\n\n\n\ncharmant, ravissant de rythme et de mélodie, mais les pages\ndramatiques de l’œuvre sont inférieures, faibles ou bour­\nsouflées. On ne sait pas au juste si le musicien ne possède\npas assez de puissance pour traiter un sujet dramatique, ou\ns’il n’a pas voulu développer et travailler cette partie de sa\npartition, la considérant comme secondaire dans le Roi\nd’Ys. Pourtant ceci est une erreur qui semble être la cause de\ncette inégalité — laquelle serait donc intentionnelle — de\nl ’œuvre de M. Lalo.\n    De la part du symphoniste si remarquable qu’est M. Lalo,\nnous attendons une autre œuvre que nous pourrons louanger\nsans réserve, parce qu’elle sera complète, ou tout au moins\nbeaucoup plus complète que celle-ci; M. Lalo devrait penser\nqu’il ne lui suffît pas de déclarer qu’il a voulu faire la contre­\npartie des œuvres de W agner, pour être excusé de n’avoir\ntenu aucun compte des réformes dramatiques du maître\nallemand, et d’avoir au contraire écarté l’idée d’unité de son\nesthétique.\n    L e Roi d’ Ys est une œuvre jolie, agréable, très intéressante,\nmais, en somme, simplement une bonne partition de plus dans\nl’ensemble des œuvres dues aux musiciens français.\n                                       L U D W IG G H E L D R E .\n\n\n                                  M u siq u e a L i é g e .\n\n\n   M. Sylvain Dupuis, de plus en plus, s’impose comme un\nchef d’orchestre remarquable. Cet orchestre, composé d’élé­\nments non sans mérite si l’on voulait séparément les exa­\nminer, — quelques-uns même sont de vrais artistes, — mais\nsi mou, lourd, pâteux par suite de mauvaises habitudes\nprises, — M. Dupuis l’a ductilisé, assoupli; il lui a donné du\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "    Chronique de l’Art.                                     99\n\nnerf, une puissance qui n’est plus de la boursouflure, une\ncohésion, une entente du relief, de la perspective surtout. Il\ny aurait exagération évidente à prétendre que désormais tout\nest bien : un grand pas a été fait, d’autres restent à faire.\nMais il importe de le dire haut (surtout puisque nous-même\nqui signons cet article avons jadis critiqué assez vivement\nM. Dupuis), tous ces progrès réalisés, ces efforts, cette con­\nscience d’art commandent l’estime ; nous ne marchanderons\npas la nôtre, et nos applaudissements, au directeur des Nou­\nveaux Concerts. M. Dupuis nous a fait connaître quelques\nbelles pages de W agner : le final du Bheingold, d’importants\nfragments des M aîtres Chanteurs, la Siegfried Idylle, la scène\nde la Forêt au 2e acte de Siegfried, la bacchanale de Tann­\nhaüser, etc. Trois symphonies de Beethoven, dans l’ordre\nchronologique ; la récente symphonie irlandaise de Villers\nStandford; des fragments divers de Vincent d’Indy. —\nSchumann, Brahms — et Mendelssohn pour les dames juives\nde la localité.\n   A noter Sauge fleurie, de Vincent d’Indy, tout en décora­\ntion, musique d’essence bien française, mais non dans le\nmauvais sens du mot; d’une couleur exquise, et légendaire\ncomme un conte de fée, non comme une histoire humaine.\nA quand le Poème des M ontagnes?\n   C’est à M. Dupuis que nous devons d’avoir entendu HANS\nd e BuLOW et son admirable Beethoven-récital; c’est M. Du­\npuis qui a réuni ces beaux virtuoses : MM. Pachmann,\nScharwenka, Ysaye, Mlle Soldat. C’est encore à M. Dupuis\nque nous devrons d’entendre, le 15 avril, l’incomparable\nM aterna dans les finales de Gôtterdâmmerùng et de Tristan.\n   M. Ysaye connaît toutes les grâces de l’archet ; humain,\nélégant, malheureusement un peu doucereux; il n’a point\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": " 100                                           la Wallonie.\n\n\n\n l’austérité des Hans de Bulow et des César Thomson, mais, en\n tant que virtuose, il reste l’un des plus admirables violonistes\n que j ’aie entendus.\n    Mlle Soldat détaille la musique de Brahms mieux que\n personne, je crois (j’allais dire mieux que Joachim), mais\n elle joue la musique de Bach à peu près comme elle jouerait\n celle de Brahms; hors ce grand mais, Mlle Soldat est une\n très belle artiste.\n    On n’attend pas de nous l’analyse des symphonies de\n Beethoven. Celle de Villers-Standford est bâtie sur des\n thèmes populaires irlandais assez proches parents des thèmes\n norwégiens utilisés par Grieg : la recherche du pittoresque,\n assez facilement obtenu, de l’originalité, incontestablement,\n et des thèmes heureusement développés ; tout cela n’en fait\n en somme qu’une œuvre décorative, et de perspective nulle\n pour la pensée.\n   Voici donc une première année qui, au point de vue de\nl’Art, s’est remarquablement achevée pour les nouveaux\nconcerts.\n   Avec la rivalité d’un chef d’orchestre tel que M. Dupuis, et\nde pareils programmes, le conservatoire n’a qu’à se bien tenir.\nE t vraiment, on dirait qu’il fait des efforts. L a première ten­\ntative n’a pas été entièrement heureuse : trois fragments que\nle programme affirmait être de Richard W agner, étaient des\npages inédites sans doute, car nous ne les avons pas recon­\nnues ; évidemment des études pour Lohengrin — il y a des\nanalogies frappantes — ; mais le maître a bien fait de les\nsacrifier, car le véritable Lohengrin, le Lohengrin connu, vaut\nincomparablement mieux. Il faut dire aussi que les points\nd’orgue, F. F. etc., du ténor Vergnet empêchaient de juger\nde l’œuvre.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "      Chronique de l'Art.                                    1 01\n\n\n     A côté de ce pseudo Lohengrin. la symphonie en u t mineur\n  de Beethoven; exécution molle, bien que méritoire. Puis\n  des fragments de l'Enfance du Christ de Berlioz, assez bien\n  rendus par les chœurs et l’orchestre et dans lesquels M. V er­\n gnet s’est montré meilleur. Musique inégale, trop d’un litté­\n rateur (on l’a banaliloqué cent fois), mais parfois d’une poésie\n simple et grande, primitive, et donnant des impressions\n presque gothiques malgré la forme imbue encore de roman­\n tisme. Les recherches archaïques sont du reste l’heureux\n sentier de ce grand dévoyé de la littérature : dans les\n Troyens, par exemple, vous souvient-il du prélude où\n lutinent la verdure les flûtes de Cartilage ?\n    D es fragments très connus, mais adorables, et même dou­\n loureux, surtout si personnels, du Peer G ynt de Grieg ; bien\n exécutés vraiment, sauf quelques accrocs. Et puis M. Marsick,\n violoniste liégeois comme M. Isaye. — M. Marsick aime la\n douceur, les grâces un peu mièvres de la corde sensible ; son\n archet frôle des velours et des soies, il est sensuel, et les\nfemmes raffolent de son art. P lus que nous, évidemment, qui,\n admirant sa virtuosité, aimons m ieux de la musique.\n    L es auditions ont été jusqu’ici très inférieures à celles de\nl ’an dernier. Mais il faut mettre hors pair un concerto de\nSéb. Bach pour deux pianos, et la très remarquable interpré­\ntation de l’un des pianistes : M. Ghymers. E t puis, à l’audition\nprochaine, on annonce qu’Ippolito Ragghianti jouera son\nconcerto pour violon.\n    Encore au Conservatoire, qui décidément se réveille, la\n9me symphonie de Beethoven (avec les modifications de\nW agner). Il y a trois ans déjà, M. Radoux avait fait entendre\ncette œuvre colossale ; cette fois, l’exécution a été incontes­\ntablement beaucoup meilleure. Est-ce que M. Radoux se\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "102                                           la Wallonie.\n\n\n\nsouvenait d’Aix-la-Chapelle, où Hans Richter dirigeait de\nmémoire tout ce monde ; est-ce parce que l ’orchestre se rap­\npelait les traits ? ou n’est-ce plutôt que le chef a mis tous\nses soins à l’interprétation de la symphonie ? Quoi qu’il en\nsoit, et bien que nullement parfaite, l’exécution a été assez\nsatisfaisante ; les chœurs plus rythmés, l’orchestre moins\nconfus, la ligne de l’œuvre mieux en lumière. L e scherzo\nsurtout manquait de clarté, et l’adagio se traînait un peu.\nPuis, il faut attirer l’attention du directeur sur le tintamarre\ndes timbales qui, dans les ensembles (aussi dans le rappel du\nm otif initial, au scherzo) chaudronnent abominablement. Quant\nau quatuor du finale, et en particulier à M. V ergnet et à Mme\nFick-W éry, passons. Seul, M. Fontaine sortait un peu du rang.\n   Il convient de féliciter M. Radoux, qui avait fait distribuer\nsous forme de brochure gratuite, des extraits bien choisis de\nl’étude écrite jadis par Richard W agner sur la 90 symphonie.\n   Il convient de noter aussi la composition plus moderne des\nprogrammes : à ce concert entre autres, la flamboyante et cos­\nmopolite marche Philadelphia de Richard W agner,le Preislied\n des Meistersinger, de W agner (chanté et arrangé par\nM. V ergnet, hélas !), le 4e concerto de Saint Saëns, fort bien\n accompagné cette fois, sauf encore de petits accrocs passés\ninaperçus ; et, comme virtuose, l’incomparable jongleur\n d’ivoire : Paderewsky.\n    De ce prodigieux pianiste nous avons parlé déjà, dans la\n Wallonie de décembre 1888 ; nous n’avons rien à retrancher\n de ces lignes ; mais il faut ajouter que nous l’aimons beaucoup\n plus dans Saint Saëns que dans Beethoven, dans Chopin que\n dans Saint Saëns, et dans L iszt que dans Chopin : moins il y\n a de musique, plus il apparaît grand, et cela parce qu’il forme\n à lui seul tout un art : le Paderewskysme.\n                                                   L. HEMMA.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "     Chronique de l ’Art.                                              103\n\n\n                                L a M u s iq u e   en   I t a l ie .\n\n\nA   propos d’une étude critique de Mr L o d o y ic o A l b e r t i :\n   En Italie, peut-être encore plus qu’ailleurs, la critique des\nœuvres d’art est abandonnée très souvent au jugement\narbitraire de personnes chez lesquelles le défaut de bon\nsens et de goût n’est pas même atténué par une érudition\nsérieuse et variée. Voilà pourquoi, si dans les journaux\nitaliens la critique littéraire et musicale trouve toujours sa\nplace, — hormis quelques rares publications périodiques dont\nla réputation s’impose, tout le monde est accoutumé à ne\ndonner aucune importance à ces articles vides et décoratifs,\noù le reporter, presque toujours anonyme, parle le plus sou­\nvent sans rien dire, compromettant l’estime dont jouissent\nles autres sans se compromettre lui-même. L e ton maussade\nou prétentieux tient lieu de clairvoyance et d’autorité, et\nle désordre des idées, d’esprit et de libre jugement. Beau­\ncoup plus encore que la littérature, l’art musical subit\nles conséquences du manque de vraie critique chez les\nitaliens; aussi nos artistes donnent ordinairement plus\nd’importance à tout petit article publié dans un journal de\nl’étranger, qu’à ces grandes tirades, assez ridicules parfois,\nque leur octroient les journaux de leur propre patrie.\n   A Milan, à Rome, à Florence, quelques critiques méritent\nd’être appréciés; mais, qu’ils sont peu nombreux de nos\njours! Un nom qui paraît sortir du rang des médiocres, est\ncelui de Mr LODOVICO A l b e r t i , jeune musicien, qui en\nquelques essais de critique, publiés dans la Gazetta Musicale,\n a donné la preuve indubitable de sa mâle intelligence.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "104                                          la Wallonie.\n\n\n\n   Dans une étude fort importante \" D ’une nécessaire et\nradicale réforme de l’enseignement musical dans les Conser­\nvatoires italiens „, publiée dans les numéros du 5 août 1888\net suivants, M. Alberti examine avec de profondes connais­\nsances plusieurs défauts de l’enseignement, proposant des\nchangements décisifs dans la méthode didactique; change­\nments que des comparaisons très justes entre la méthode\nitalienne, l’allemande et la française, semblent exiger. D ’au­\ncuns pensent que l’écrivain oublie la distance qui sépare la\nthéorie de la pratique; la réalité force souvent le plus\nexcellent conseiller de manquer à sa tâche. Mais nous ne\npouvons nous empêcher de reconnaître dans l’exposition des\nfaits cette intuition singulière, qui allant tout d’abord au\nfond de la question, saisit à coup sûr les causes inapparentes\ndu mal. E t comme cette étude, résultat d’une vraie science\nde la musique et de son histoire, peut avoir un côté utile\naussi pour des Instituts musicaux étrangers, nous en donne­\nrons ici quelques courts extraits, qui, mieux que nos appré­\nciations, convaincront le lecteur de l’esprit fin et perçant et\nde la culture essentielle qui ont placé la plume de Mr Alberti\nparmi les plus autorisées.\n   L ’écrivain parle de plusieurs améliorations possibles dans\nle programme d’enseignement ; et parmi elles il considère\ncomme indispensable l’étude du piano pour les élèves qui\naspirent au titre de compositeurs. Cette étude, dit-il, “ a la\nplus grande importance pour le développement de la musique\npolyphonique moderne, parce qu’elle offre le moyen facile,\nnécessaire, immédiat, de s’assimiler par soi-même l’essence\nde toute composition musicale, même des plus compliquées;\ntout ceci n’est-il pas indispensable pour un compositeur ? — „\nVoici ensuite comme il envisage le vrai type d’élève de com­\nposition dans les Conservatoires : “ Lorsque il vient d’être\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "     Chronique de l'A rt.                                    105\n\nadmis dans la classe de haute composition, nous pouvons le\ncroire bon musicien, maître de tous les moyens techniques ;\nc’est pourquoi, guidé par son professeur, il lui devient facile\n de pénétrer toutes les sublimes m anifestations de l’art, et de\nsonder les intentions secrètes qui en font le prix ; il absorbe\n et s’assimile, au lieu d’imiter banalement, les divers pro­\n cédés artistiques ; et avec l ’emploi de ses facultés créatrices\net intellectives bien équilibrées, avec une vaste et claire\nidée de l’art, de ce que l’on a fait, de ce qu’encore il reste\nà faire, il plane dans les horizons sans lim ites de l’idéal,\ntout en gardant intacte la plus belle prérogative du génie\nnational : l’originalité. „ E t insistant sur la nécessité d’une\nétude des formes musicales dans les évolutions de l’histoire\n et de l’art, et d’une culture littéraire classique, tout à fait\nindispensable aujourd’hui pour un compositeur : “il suffit de\nconsulter l’histoire artistique du dernier siècle pour nous\nconvaincre de l’influence qu’a eue sur la musique l’œuvre\ndes poètes et des philosophes. Du moment que l’idéal vrai et\nsublime est toujours unique et toujours le même dans les\ndiverses manifestations de l’art, il faut le chercher partout :\nen Virgile, Dante, Shakespeare, Goethe et Schiller, en B eet­\nhoven, Schumann, Berlioz et W agner. „ E t ici une obser­\nvation : “ L e lecteur ne doit pas confondre en musique le\nterme idéale avec musica idéale, en faisant l’énumération de\nces seuls musiciens, tous étrangers, nous voulions nommer\nseulement ceux qui ont poursuivi un idéal dans leurs\nœuvres, et y ont consacré leur vie comme à une mission.\nParmi les musiciens italiens, même les plus grands, nous ne\npouvons en citer; peut-être, le poète-musicien du chef-\nd’œuvre de Goethe ; mais l’unique ouvrage de Boïto, peut-il\nfaire songer à la réalisation d’une Idée? „\n   “ La splendide période lyrique, dans laquelle le génie du\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "106                                           la Wallonie.\n\n\n\nmusicien a chanté sans s’en clouter, passant de Mozart à\nSchubert, à Rossini, Bellini, Donizetti et Verdi, semblable à\ncelle non moins splendide de la jeune Grèce, illustrée par\nTerpandre, Sapho, Alcée et Anacréon, est en train de dispa­\nraître; vouloir la ressusciter, serait folie. Nous entrons dans\nla période de la réflexion, la civilisation progresse de plus en\nplus, et l’art, sa véritable émanation, marche de pair avec\nelle. N ’oublions pas qu’il y a dans notre temps la tendance\nvers un art universel, comme vers une littérature universelle.\nAinsi, l ’étude des auteurs classiques de toutes les époques\nest plus nécessaire que jamais à nos compositeurs. „\n    C’est sur l’importance de l'école de chant dans l’instruction\nartistique que l’écrivain attire ensuite notre attention; et\nregrettant avec justesse qu’une méthode fausse et insuffi­\nsante et une période d’étude trop brève s’opposent à ce que\nla forme et le style classiques soient traditionnellement\nmaintenus, et que la dignité d’un Conservatoire soit en\nrapport avec les nouvelles tendances de l’art, il trouve le\nmeilleur argument en faveur de sa pensée dans les paroles\nbien connues de Wagner.\n    Aux yeux de l’écrivain, deux autres points noirs, comme il\nles appelle, apparaissent dans l’instruction : ce sont le peu de\n sollicitude que les Autorités constituées, le Gouvernement,\n la Province et la Commune ont pour les élèves, et le manque\n absolu de concerts périodiques, donnés p ar les élèves et pour\n les élèves du Conservatoire.\n    Nous nous bornerons pour la partie didactique à ces\n quelques extraits; nous voulons nous occuper plus longue­\n ment de la partie historique énoncée en termes clairs et\n concis.\n    Dès les époques les plus anciennes, on a toujours tenu la\n musique en honneur pour sa puissante influence morale.\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "     Chronique de l ’Art.                                     107\n\nRegardée comme une émanation du principe divin, même\ndans les civilisations les plus barbares, dans les temps de\nfétichisme et de superstition, elle était considérée comme\nchose sacrée, et on en réservait la pratique à une caste privi­\nlégiée, celle des prêtres ; car on croyait que le peuple trouve\nson bien-être plus en la passivité de l’esprit qu’en son activité.\nTout en voyant dans la musique un don des dieux pour le\nbonheur de l’humanité, les Egyptiens l’avaient destinée au\ntemple, et en avaient rendu l’étude obligatoire, mais seule­\nment pour les prêtres.\n   Nous rencontrons le même exemple chez les peuples de\nl’Orient et de la plus lointaine antiquité, chez les Assyriens\net les Phéniciens ; aussi chez les Hébreux, David avait réservé\nle culte de la musique exclusivement aux Lévites. Dans les\ncivilisations plus avancées, on conçoit mieux la puissance\ncivilisatrice de l’art, ainsi qu’on le voit chez les Grecs de la\nbelle époque. La musique est devenue populaire chez eux\nparce qu’on venait d’en étendre l’usage aux festins, aux\njeux, aux fêtes les plus solennelles ; et tandis que l’on ne tient\npas compte de l’artiste de profession, on croit la musique un\nélément indispensable d’éducation. Par de belles poésies,\nchantées avec un simple accompagnement d’instruments à\ncordes, inculquer aux jeunes l’amour de ce qui est noble et\nbeau et les initier assez à la technique pour qu’à l’âge viril\nils fussent à même d’apprécier une œuvre d’art, tel était le\nbut de la pédagogie musicale de Platon et d’Aristote.\n   L ’éducation Spartiate ne comprenait que la musique vocale\net la gymnastique : la première pour éveiller dans l’âme le\nsentiment du beau, la seconde, pour s'opposer aux tendances\nefféminatrices, qui résultaient de la pratique exclusive d’un\nart trop séduisant.\n   (à suivre.)                         L u iza ANZOLETTI.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "        CH R0 NIQUE L IT T É R A I R E .\n\n\n                       MAX W ALLER.\n\n   Les lettres belges ont perdu le Directeur de la Jeune\n Belgique, Max W aller. C’est un vide considérable dans les\nrangs de la jeunesse littéraire de Bruxelles. Max W aller\nétait surtout une date dans notre littérature. Sans être la\nprincipale figure de son groupe, il en était la figure centrale\net la personnalité m ilitante par excellence. Toujours sur la\nbrèche, pour me servir d’un de ces poncifs qu’il détestait\ntant, il apparaissait à la fois comme le tirailleur et le grillon.\n   J ’ai chaude encore au cœur l’impression fraternelle que\nme fit, en 1882, dans la profonde retraite où je vivais alors,\nl’aurore flamande de la rayonnante et belliqueuse petite\nrevue. Une saveur et un âge nouveaux se révélaient. Y\ndominait l ’odeur des grands terreaux noirs engraissés de\nsoleil de Camille Lemonnier ; mais des parfums imprévus s’y\nmêlaient dont plusieurs acquirent bientôt une intensité rare.\n   Dans ce milieu, W aller avait une jolie physionomie latine\nteintée de germanisme, à la Henri Murger, une tyrannie\nd’enfant gâté, une attitude de malin page ferrailleur et sen­\ntimental. Faublas cultivant Droz. La sentimentalité, cette fade\ncaricature, était chez lui sincère et pimentée des railleries.\n   Son premier livre, L a Vie Bête, renferme des notes justes,\nparmi des colifichets de style, des réminiscences et des fai­\nblesses. On dirait l’œuvrette de Chaulieu jeune écrivant\nde l’hôtel Rambouillet.\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "     Chronique Littéraire.                                        109\n\n   L'Amour fantasque affermit sa personnalité ; mais il y a\nsouvent ici une pose d’ironie agaçante qui semble un sou­\nvenir malheureux d’Henri Heine. Ce côté du talent de W aller\nest continué avec plus de bonheur dans la Flûte à Siebel\net l’autre partie de son talent qui semble désormais\nscindé, se développe dans des contes-romans ( Greta\nFriedmann) dont la langue frêle et pure est d’une délicatesse\nparfois un peu facile, semée d’heureux traits d’esprit. J ’ajou­\nterai, pour terminer cette notice hâtive, que si on réunit un\njour l’œuvre de Max W aller en un volume, outre Jeanne\nBijou et quelques articles vifs et artistes, un certain nombre\nde ses flèches doivent être tirées du “ panier aux lettres „\nde la Jeune Belgique.\n                                      CÉLESTIN D E M B L O N .\n\n\n                  CEUX DE LA GLÈBE\n                                      Ordure !\n                                                 Ch . W o este.\n\n                                      C’est de la cochonnerie\n                        (Discours unique — et d’ailleurs mémorable —\n                               de M. E e m a n , à la Chambre belge.)\n   Un titre noir, un livre du Lemonnier que je préfère. En ce\nvolume compacte, voici les âpres nouvelles jadis appelées\n“ les Concubins; „ de plus, voici l’une des plus grandes et\nprofondes pages du maître : La Genèse.\n   Camille Lemonnier est divers et multiple ; ces quatre cents\npages nous le montrent sous son aspect le plus sombre :\nterrible sincère, qui sait voir, et ose noter ce qu’il voit. Sou­\nvent, j ’ai pensé avec regret à un morne livre, mâle et pour\nl’entière joie des artistes, en lequel à côté du M ort, se pour­\nraient lire le D oigt de D ieu, la Genèse, la Glèbe et cet E nfant\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "110                                           la Wallonie.\n\n\n\ndu Crapaud, tant discuté. Ceux de la Glèbe répond en partie\nà ce désir.\n   C’est ici la si poignante épopée des misérables, leur gésir\net leur gémir, amours et labeurs, de brutes m assives qui\npeinent et suent, lourdement. Lourdement, certes, avec aussi\nde ces légèretés pataudes ainsi qu’en peuvent avoir ces chairs\nde rustres; mais épiques toujours, oui ! et dans leur poignante\népopée de misère, de la genèse vers la douleur jusqu’à la\nmort, — amours et labeurs — ils se résignent, leur simplicité\nfarouche et bonne se résigne, courbée sous on ne sait quelle\nvoix fatale. Ils vont, ils font l’œuvre de vie, végétalement\npresque ; ils naissent, ils meurent, (et leur travail pour les\nriches ! ) ils souffrent leur noir destin, de vouloir inerte,\ninstinctif, — et sans conscience de leur grande mission.\n\n   Deux des nouvelles contenues en le présent livre, la Genèse\nsurtout et la Glèbe, ont ce rythme normal et de légende qui\nélève l’œuvre au-dessus du temps. Elles dominent superbe­\nment, et sont des Histoires de l’homme. Parmi les autres,\nâpre, bilieuse, aux formes arrêtées comme le profil de la\nmégère qu’elle m et en scène, j ’aime surtout cette légende\nencore: les Pidoux et les Colassi. Un Marché, aussi; dure âpreté\nde vie, mais plus épisodique. Enfin les Concubins, étude\nde la W allonie hennuyère, je pense, sanguine, et pourquoi\npas lascive, qui s’oppose au mystère de la Genèse.\n   D eux autres contes ne sont là que pour déparer l’œuvre,\ndont ils brisent l’unité. Quel dommage que l’auteur n’ait pu\nles remplacer par le M ort et par le Doigt de Dieu, nous\ndonnant ainsi eu sa totalité l’œuvre noire de sa vie, et sui­\nvant l’expression de l’un des nôtres, le vrai Camille Lemon­\nnier aux âpres sculptures tragiques.\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "       Chronique Littéraire.                                          111\n\n     E t qui sait, peut-être un jour cette joie nous viendra-t-elle...\n  E t puis à quoi bon ces regrets, lorsque l’œuvre présente nous\n  prête si longuement à admirer et à rêver ?\n\n                       LES F LAIREURS (*).\n\n     Qu’est-ce, le Théâtre, — miroir de la vie, — sinon la\n  récréation artificielle de nous hors de nous, mais en notre\n  immédiate et quasi semblable présence. Cette brutalité maté­\n  rielle du regard qui voit, se voit presque, en une vie pareille,\n  arrête les bornes de l’art dramatique : car tout Art, même\n  sans le prestige de la scène, n’est-il pas la recréation d’un\n  moi, lointain de moi ?\n     Or, au théâtre, lorsqu’il y a langage, c’est-à-dire une\n  ordinaire et directe relation entre l’acteur et l’auditeur, si\n  réaliser le moi est assez accessible, le lointain est difficile.\n  Sans une Musique et son pouvoir d’isoler, trop souvent l’acteur\n  reste présent, et rien n’existe entre le spectateur et ceux qui,\n  là, dans les clartés, officiant pour l’art, ne devraient être que\n  des Formes à des Idées.\n     L ’illusion et par conséquent la seule réalité véritable\n  seront niés, si l’œuvre ne porte pas en soi son propre mystère.\n  Nos scènes naturalistes, sauf les deux ou trois exceptions\n  comptées, avortent ridiculement: et du théâtre romantique\n  nous est-il resté quelque chose — si l’on excepte les admirés\n  et légendaires Burgraves?\n     — La Musique pure, art tout entier, et seulement, dans le\n\n    (*) Les Flaireurs, drame en trois actes : 23 exemplaires sur hollande,\n, extrait de La Wallonie.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "112                                                    la Wallonie.\n\n\n\nTemps, supprime la notion d’un temps concrêt en liant les\nesprits à la seule notion de temps qu’elle fait surgir. Mais\nil est encore une autre Musique, celle du rythme initial\ncontinu, par laquelle l’œuvre devenue une individualité,\ncohérente et totale, ne peut s’effriter en parcelles de vie\nprésente.\n   La tragédie vivait de la vie du rythme. Rachel y modula\nles musiques du geste. E t le secret qui la fit vivre, cette\ntragédie si étrangère à nous et si faussement légendaire ici,\nle secret n’est-il pas son “ éloquent débat ininterrompu, „ (*)\nson accord de mouvements, donc son harmonie,— son orches­\ntique et sa plastique. E lle était musicale et voilà ces défroques\ndes vieux Grecs animées, et, même pour le spectateur, loin­\ntainement vivantes.\n   En nos comédies, nulle illusion ; mais elles ne se soucient de\nla vraisemblance, en fait, et comme le chœur du bon Aristo­\nphane, pourraient sans aucun mal s’interrompre pour dire :\n“ C’est le moment d’y aller de notre petite parabase. „ — Le\nthéâtre de Théodore de Banville est celui d’un beau poète\nqui s’amuse, sans plus. Reste la Parisienne, très admirée, et\nlégende moderne.\n   Notre théâtre, notre anémique scène agonisante, elle ago­\nnise pour les lettres ! Un dieu, W agner, a donné dans le drame\nlyrique l’idéal présent de ce moi loin du moi ; mais au théâtre\nexclusivement de littérature, l’une des deux conditions (l’éloi­\ngnement) ne peut être accomplie que par la légende, qui de\nson propre geste se revêt de nuages (**).\n\n\n  (*) Expression de Stéphane Mallarmé.\n  (**) Encore est-il un doute, si c’est possible sans la musique.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "    Chronique Littéraire.                                   113\n\n   Ce long préambule est pour introduire l’œuvre de Charles\nVan Lerberghe les Flaireurs. — Comme des admirations\nprécieuses ont répondu à la tentative, ces lignes pourraient\nêtre inutiles, si l’on n’avait négligé — il me semble — de\nmettre en belle lumière la véritable innovation réalisée par\nce drame.\n   Charles Van Lerberghe a fait œuvre d’art, disons-le de\ntoute notre joie qui l’applaudit! E t ses trois petits actes,\nlégendaires de faits normaux, donnant quelque idée d’une\nextérieure Loi rigide vers un morne but, ses trois actes\nhumains satisfont à nos désirs tantôt exprimés.\n   Ils nous apparaissent vrais par l’harmonie et la juste\nproportion entre le détail et le tissu de tout ce rêve.\n   Ils sont bien ce moi loin de moi, — moi par le fait normal,—\nlointains par l’exquise poésie, de nul temps, dont ils s’enve­\nloppent — et leur légende.\n   Encore, avec un tact raffiné, Charles Van Lerberghe a\ncompris que la musique était nécessaire à isoler cet acte de\nvie des quotidiens détails agités par chaque spectateur en\nsoi-même : une ouverture et des transitions symphoniques sont\nindiquées. Or, lorsqu’on écoute chanter en soi l’idéal orchestre\nqu’on rêve pour telles scènes, elles s’éloignent, les héroïnes\n du poète, elles s’enfoncent avec nous-mêmes, lointainement\n dans leur vie légendaire ; et nos vœ ux les suivent, comme\nnous nous accompagnons et nous pleurons au départ d’un\n frère, et comme, restés à terre, c’est à nous-mêmes que\n s’adressent nos signes de mouchoirs agités vers sa fuite,\n sa fuite bondissante et qui souffre sur la m er, — sur les\n grands courants et les vagues de la mer vivante.\n                                                       A. M.\n           8\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": " 114                                               la Wallonie.\n\n\n\n                     OH ! LES FEMMES !\n    L ’acte de Maurice Siville est moins personnel que les\n Contes pour l'Aimée. Néanmoins, il se revoit avec plaisir. Je\n dis revoit parce qu’on l’a déjà vu plus on moins dans les\n \" levers de rideaux » qui servent d’apéritifs ordinaires aux\npièces de Sardou, d’Ohnet et autres héros du quart de monde\nlittéraire. Il vaut mieux que la plupart, mais ce n’est pas\nencore assez. Siville — dont j ’ai détaillé ici les fines qualités\nde conteur — s’inspire visiblement des « gentilles » pièces\nmodernes et mondaines en un acte leste et pétillant ; seule­\nment il contemple les paillettes de Pailleron, et tourne ainsi\nle dos à l ’immortel génie du « genre », Alfred de Musset, —\nle maître du théâtre du X IX e siècle. Lui seul, sous sa poétique\nlégèreté et sous un esprit auquel ressemble celui des Etincelle\ncomme du clinquant à l’or, concentre une observation\nprofonde et délicieuse qui ne remplace pas trop désavanta­\ngeusement les ficelles.\n                 C’est Musset qu’il faut suivre,\n                 C’est lui qu’il faut aimer !\n   Sans l’imiter. Si la comédie de Siville ne s’empêtre pas\n dans les ficelles, parfois elle les frise. Elle a une dose de\n vérité légère, mais non d’absolue vérité, j ’entends surtout\n de vérité psychologique. Dans quelques semaines, qui sont\npeut-être déjà passées, Siville s’apercevra que, si son dénoue­\nment est louable de simplicité, son nœud l’est moins de\nvraisemblance.\n   L ’acte a le triple mérite d’être simple et vif, et semé de\njolis mots :\n   Monsieur : Ainsi, vous admettez qu’une fois marié, on reste\nlibre ?\n   Madame : Pardon... on le devient.\n   Tous ont été applaudis. La pâle interprétation des acteurs\ndu Gymnase n’était certes pour rien dans cet accueil flatteur.\n                                                   CÉL. D.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "        Chronique Littéraire.                                                115\n\n\n                            RÉPONSE A M....\n\n   Il y a quelques jours, à la Chambre des Représentants, un\n membre de la majorité ayant traité d'ordure I’E n f a n t DU\n CRAPAUD, de Camille Lemonnier, M. Lejeune, Ministre de\n la Justice, lui répondit évidemment les nobles paroles\n suivantes, dont nous empruntons le texte à l ’A rt moderne.\n     « Il a plu à l’honorable député d’Alost de ressusciter devant la Chambre\n  un incident depuis longtemps apaisé, celui de la publication de l ’ E   nfant\n\n\n du   C\n      rapaud    . Il l’a fait dans la louable intention de protéger les mœurs. Il\n\n  me semble qu’il n’a abouti qu’à susciter quelque scandale.\n    » Je suis d’avis, moi aussi, que cette œuvre est excessive et que j’eusse\n aimé qu’un artiste de la haute valeur de M. Camille Lemonnier s’en fût\n abstenu. Je n’aime l’excès en aucun genre et spécialement je souffre de\n la licence littéraire qui règne de notre temps. J’aime en tout une\n certaine réserve parce que rien ne me louche plus et ne me parait plus\n beau au monde que l’harmonie et la juste proportion.\n    » Mais de là à traiter un de nos grands écrivains de pornographe, et\n à qualifier ordure une de ses conceptions, il y a un abîme que jamais ni\n comme homme, ni comme ministre de la Justice, on ne me fera franchir.\n Je ne discerne pas exactement le mobile qui a décidé mon honorable\n contradicteur à me poser des questions dont il semble espérer qu’il sortira\n quelque embarras pour le Gouvernement. Mais j’en atteste l’indépendance\n absolue qui a été au Barreau la règle de toute ma vie, et peut-être aussi\nl’occasion de quelque honneur, aucune considération ne me fera fléchir ou\nbiaiser quand il s'agira de proclamer le respect que l'on doit à un artiste.\nCes jours derniers mon collègue M. Vandenpeereboom, résistant lui aussi\nà des intimidations analogues, proclamait avec une dignité que je\nsouhaiterais égaler, que s’il avait à choisir entre sa liberté et son porte­\nfeuille, il n’hésiterait pas à déposer celui-ci, et qu’il n’y avait ni consi­\ndérations de parti, ni influences, ni recommandations qui pourraient le\nfaire dévier de la droite voie où il marche fièrement.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "116                                                      la Wallonie.\n\n\n\n    \" L’honorable M. Woeste m’a demandé pourquoi on n’a pas poursuivi\n l'Enfant du Crapaud en Belgique. Apparemment parce que le Parquet a\n pensé, lui aussi, que si un esprit comme celui de M. Lemonnier peut\n commettre une erreur sur les limites non pas de l’Art, qui n’en a pas,\n mais du droit répressif, il existe, attaché à cet esprit, un noble coeur\n d’artiste et de Belge qui garantit la pureté des intentions et que cela\n suffit pour que l’action pénale soit écartée. Mais si M. le Procureur\n du Roi, si même M. le Procureur-Général, pensant comme M. Woeste,\n était venu me demander, jusqu’où,en cette occurrence, on devait pousser\n le devoir, je lui aurais recommandé de s’abstenir.\n    Il en est de l’Art comme de la Religion. Ce sont des domaines sacrés.\n Il est périlleux d’y vouloir prescrire des règles La meilleure politique est\n de les laisser se mouvoir librement. Ce sont les esprits qui se signalent\n par leur dévotion qui devraient, à mon humble avis, s’en souvenir plus\nsouvent et plus charitablement que les autres.\n    Je ne puis, en terminant ces courtes réflexions que je souhaiterais voir\nexercer une influence salutaire sur les idées qui ont cours dans cette\n Chambre et sur l’opinion en général, m’empêcher d’ajouter, non sans\ntristesse, que j ’ai été affecté péniblement du sans-gêne avec lequel on parle\n ici de nos artistes. On applique à leurs œuvres des vocables singuliers :\n « Cochonnerie, ordure. » Eux-mêmes on ne daigne pas les nommer.\nM. Camille Lemonnier, dont le nom est européen, est qualifié : « Cet\n auteur, cet écrivain. \" Il faut s’en affliger. J’aime aussi l’agriculture,\nautant que l’honorable M. Mélot, il voudra m’en croire, et par conséquent\nles engrais et les troupeaux, mais j’ai toujours hésité à les mêler à la\nlittérature, ce que me semblent avoir fait les gros mots que je viens de\nrappeler. Et j’ai toujours eu cette conviction que lorsqu’un pays n’a plus\nle discernement des artistes qui I’honorent, on peut lui appliquer le mot\nd'Hamlet : » Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Dane­\nmark. » (Applaudissements dans les tribunes, murmures sur les bancs de\nla Chambre. M. Slingeneyer : Très bien.)\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "      Petite chronique.                                      117\n\n\n             PETITE CHRONIQUE.\n\n   Georges Rodenbach vient de perdre sa mère. L a W a l ­\n       lui adresse les plus vives condoléances.\nl o n ie\n\n\n\n    A paraître chez Vanier, un livre de vers par Adolphe\n Retté : Cloches en la nuit', s’annonce aussi le volume de\n Gabriel Mourey : Crépuscules d’âme (25 exempl. sur japon à\n 5 fr. en souscription à la Wallonie).\n                               *\n                                 * *\n\n    Au théâtre du Gymnase, à Liège, la première de la Ferme\n des Aulnes, musique d’Eugène Hutoy, paroles de M. Sauve­\nnière. M. Sauvenière intitule ces trois actes \" drame lyrique ; „\nil faut lire “ mélo-drame, „ et du plus vieux jeu. M. Sauve­\nnière a beaucoup lu Georges Ohnet, et le prouve ; ce n’est\npas assez. Quant à la musique, elle vaut beaucoup mieux que\nle livret ; mélodies dans la manière française, l’influence de\nBizet très palpable, mais de jolies phrases qui se déroulent\nsous les scènes ronflantes du drame. Il y a de l’élégance, et\nde petites trouvailles dans le genre aimable. — On enterrait\nle pauvre H utoy la veille du jour fixé pour la première de\nson œuvre. Mais, dans la Ferme des Aulnes, une grande joie\nd’art trouvait place : le talent de premier ordre de l’ingénue,\nMme Andral, sa grâce, la noblesse tragique de son jeu nous\nont émerveillé. L e diamant brillait d’un éclat plus pur parmi\ntoutes ces fausses joailleries, et nous devons remercier la\nfière artiste qui nous a ému de son geste et de son musical\nparler.\n                                *\"*\n   Aug. Donnay, L. Rassenfosse, Baues, A. D ewitte, L. Mo­\nreels, F. Maréchal, organisent, â l’Émulation de L iége, une\nexposition de noir et blanc, qui s’ouvrira sans doute le 1er mai.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": " 118                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n   De M. Pascalis cette lettre :\n                                          Marseille, 17-2-89.\n           Cher Monsieur M.\n    Croyez que j ’apprécie à sa valeur toute amicale et désin­\n téressée le conseil de hautaine abstention que dicte votre\n lettre, très généreuse quand même à m’accorder droit de\n tribune et d’hospitalité.\n    Malheureusement la réponse au “ Décadent „ dont je vous\n ai adressé copie, a été envoyée à M. Baju, et très probable­\nment paraîtra sous peu,— et, à s’abstenir, eût-il fallu le faire\n absolument.\n   J ’aurais, croyez-bien, et selon des principes qui sont les\nmiens depuis longtemps, omis la chose, si l’article en\nquestion, de sa propre autorité, j’augure, n’eût fait le paral­\nlèle désobligeant de mon nom et de celui d’un homme, que,\npar des relations échangées dans le temps, et sur l’avis\nd’amis communs, je persiste à mettre à part de la cabotine\ncliquerie Baju et Ce; je dis l’auteur du “ Jardin des Rêves, „\nM. Laurent Tailhade.\n             Monsieur Anatole Baju, directeur du Décadent.\n   Monsieur, je reçois de l'Argus la prétentieuse et bouffonne\ncriticule du Décadent, et veux vous remercier de la délec­\ntable jubilation que m’ont valu les 6 pages de votre collabo­\nrateur, en essai d’accointance avec mon livre.\n   Quant à la semblante dénigration dont votre criticuculet\ntente à vouloir faire preuve a l’égard du Missel, vous dirai-je\nque je suis très de l’avis de miens amis — y compris Déca­\ndents — qui estiment que toute matière imprimée autour\nd’un nom, — même la plus inoffensive et la plus vénielle, —\nest fait de bonne réclame et de gratuite publicité.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "     Petite chronique.                                       119\n\n    Au bilieux championnage estocadeur et “ tailh adeur „ du\n Jules quelconque qui, je crois, signe l’article, je nie plairais\n seulement à faire la simple objection d’une lettre de\n M. L. Tailhade l ui-même, reçue au lendemain de l’envoi de\n mon livre; — lettre qui, entr’autres éloges que je veux croire\n courtois et polis, n’en renferme pas moins cette phrase,\n réfutatrice, je pense, de toutes les insolvables imaginations\n de votre signataire.\n    “ Ce m’est une gloire véritable de partager avec un aussi\n excellent poète l’amour des vitraux et des eucologes. „\n   Quant à l’opinion d’un homme que j ’aime et que j ’estime\n comme artiste et confrère, je veux m’en tenir à ceci, — et\n considérer 1’ “ et cœtera „ critique du Jules chose susdit\n comme absolument indépendant et gratuit.\n   En finissant, je vous prierai de rectifier un vers du Missel\nque la trivialité calembourdaine de votre disciple-sacristain\nse permet de défigurer à sa sinapique et, au reste, insipide\nexpression. —\n   .... Où comme un grand brasier l’amour arde et rayonne,\net d’insérer ceci le plus prochainement.\n   Il me reste à hautainement vous saluer, Monsieur.\n   Marseille, 4 février.                RAOUL PASCALIS.\n                               ** *\n   Dans la Cravache, du 9 mars, ces lignes :\n   “ Nous avions naguère ici-même adressé quelques repro­\nches et posé quelques questions au directeur du Décadent. Il\nne nous répondit pas. La Cravache avec raison se garda\ndepuis de toute nouvelle réclame au profit du journal en\nquestion. C’était presque une consigne et nous l’eussions\nrespectée n’étaient parus certain article — et aussi certaine\nnote où il est parlé d’un monument à élever à Rimbaud et\nqui est suivi d’une liste de souscripteurs. Que M. Baju plagiât\nSalis et que le Décadent devînt une mauvaise succursale du\nChat-Noir nous n’en avons cure et peu nous en chault.\nPourtant voudrions-nous une bonne fois que telles plaisan-\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "120                                            la Wallonie.\n\n\n\ntories de goût douteux ne s’exerçassent point sur un absent\n— et quel absent ! On sait au Décadent que cela nous plaît\npeu et nous regrettons sincèrement que des amis et des poètes\ncomme Laurent Tailhade et Ernest Raynaud daignent s’y\nassocier.                                PAUL VERLAINE.\n                                * *\n   A lire dans la Revue Indépendante : Revenants, par\nHendrik Ibsen (pourquoi imprime-t-on les Revenants ? une\nrevue en fait même les Fantômes, ce qui n’a plus de sens,)\ndrame poignant, vrai, simple, humain, de grande vigueur;\nlire les vers de Verlaine, de Kahn, de Viélé-Griffin et surtout\nles pièces de Henri de Régnier et de René Ghil, des plus\nbelles. — A lire dans les derniers numéros de la Jeune\nBelgique, les vers de Gilkin, les vers de Maurice M aeterlinck,\net une âpre nouvelle de Georges Eekhoud. Dans l'A rt\nModerne, les études sur l’art sémitique, par Edmond Picard.\n   D an s le Guide Musical, l’analyse par Maurice Kufferath des\nlettres de Rich. W agner à ses amis Uhlig, Fischer et Heine.\n                                 «\n   L ’Association Wagnérienne (rue Joseph H , Bruxelles)\nrappelle que pour participer au tirage dos cartes pour B ay­\nreuth, il convient de se faire inscrire sans grand délai. Elle\nprie les membres de continuer sans faillir la propagande\nentreprise.\n                               *\n\n   M. Achille Delaroche n’avait pu revoir son épreuve; d’où\nles erreurs qui suivent : page 8, vers 9, lire : debout en la\ndéfaite infamante, etc.; page 55, ligne 2, sourdeurs au lieu de\nsondeurs ; page 56, ligne 11, l'impassibilité au lieu de l’impos­\nsibilité; ligne 12, sonore au lieu de sonores; page 57, ligne 16,\ns'interdire au lieu de l’interdire ; ligne 25, zébrant etc., doit\nêtre restitué en prose; page 58, ligne 7, la foule te sera et\nnon la foule sera ; ligne 8, qui rouge et non qui ronge ; ligne\n13, doux et non sous; ligne 17, triomphateur au singulier;\nligne 18, ton front, Poète! et non tout front, Poètes ! ligne 22,\nloyal essai et non royal essai.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                    ET. Z E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            L IÈ G E .\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                P lace du T héâtre, 11, L iège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                   RACCOMMODAGES.\n\n\n\nÉCRITS POUR L’ART  R EVU E M ENSUELLE\n  La livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n         Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n           A paraître chez V A N IER ce m ois :\n  C L O C H E S E N L A N U IT\n               Livre de vers par Adolphe R e t t é .\n       En souscription dans nos bureaux ;\n     C R É P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (-188G, -1887 et -1888) sont en vente\n                             au prix de 6 francs.\nLa W allonie et les É crits pour l’Art se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D’Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-Michel ; Savine, libraire,\n    -18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Roétie, 3.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme V° De Vetter, rempart Ste-Catherine.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "  4e ANNEE, Nos 2 e t 3.\n\n                                       LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E ET D ’A R T\n\n                                                    E rn e s t MAHAIM,\n                                                    A lb e r t MOCKEL,\n             Comité de Rédaction\n                                                    P. M. OLIN.\n                                                    M au r ic e S IY IL L E .\n\n                      Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\nEnvoi d’un numéro spécimen contre 5 0 centim es\n              en tim bres-poste.\n     A bonnem ent            :5    fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n                                       SOMMAIRE :\nCamille Lem onnier . . Premières proses : Au lavoir.\nH enri de R égnier. . . L a Licorne.\nG abriel M ourey . . . Fluctuations : Chanson c r é o le ,\n                                               Alléluia, Amen, Miousic.\nR ené G hil ........................... Heur d’hiver.\nAdolphe R etté. . . . L e Volt.\nPierre-M . Olin. . . . Mes Mémoires : L e Sceau du Passé.\nA chille Delaroche. . . Sonnets symphoniques.\nP.-M O ................................. Les X X . Estampes japonaises.\nL udw ig Gheldre . . . L e R oi d’Ys.\nL uisa A nzoletti . . . L a Musique en Italie.\nL. H e m m a .................... . Musique à Liège.\n                                  Chronique L ittéraire :\nCél. Dem blon . . . .                       Max Waller.\nA. M.                                              Ceux de la Glèbe.\nC. D.                                       Les Flaireurs.\n .......................      ' 'O .          les Femmes.\nJu les Lejeune.               .    .        Réponse à M. Woeste.\n\n                                       Petite Chronique.\n                           Un numéro 50 centim es.\n\n                                         Des presses de H . Vaillant-Carmanne , à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-02", "signet_source": "4ème année - N°2-3 - Février-Mars 1889", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 133) : 4e année, Nos 2 et 3, avec sommaire imprimé ; le mois n'y est pas lu. Indices internes : « Février 89 » sous Heur d’hiver (p. 75), lettre de Marseille du 17-2-89 et « Marseille, 4 février » (p. 118-119), citation de la Cravache « du 9 mars » (p. 119) : compatible avec Février-Mars 1889.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}