{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA W ALLONIE Avril 1889,", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "LA\nW ALLONIE\n\n\n\n     Avril 1889,\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’A R T M O D E R N E REVUE CRI", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "L ’A R T M O D E R N E\nREVUE     CRITIQUE    DES    ARTS     ET   DE    LA   LITTÉRATURE\n             26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                          A paraître :\n                 SCÈNES DE B A L\n          1 petit vol. de vers, par A l b . S t -PAUL.\n        LE T R A IT É D U VERRE\n                par R ené GHIL.\n                 Les Flambeaux Noirs\n         Livre de vers par Em ile VERH AEREN.\n\n            L REVUE\n              A PD ELLITTÉRATURE\n                       É IA D E\n      chez LA C O M B LE Z, rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n        CA P RICE- R EVUE\nJOURNAL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, ILLUSTRÉ,\n             paraissant le Samedi.\n             D i r e c t e u r : M aurice SIVILLE.\nAbonnements pour la Belgique : G francs l’an, étranger 8 fr.\nDirection et Administration : 81, rue de Livoum e, Bruxelles.\n\n     H1ô4 tel   des A m érica in s\n          — R ue d e l ’A b b é de l’E p é e — 1 4\n                              PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n              A u -Centre des Ecoles.\n Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                     PENSION DE FAMILLE.\n\n           T R A M W A Y S P O U R L ’E X P O S I T I O N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 122, "titre_corps": "Premières proses : Impression urbaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille Lemonnier", "ancre_debut": "PREMIERES PROSES.                            (1865)                         IM PR E SSIO N U R BA IN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 136, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "PREMIERES PROSES.\n\n\n\n                        (1865)\n\n                       IM PR E SSIO N U R BA IN E .\n\n\n\n      Les   flammes estivales font dans la rue comme\n         une gloire d’apothéose. Tout un rang de\n         maisons baigne encore dans l’ombre, mais\n         cette ombre brûle elle-même déjà comme un\nflambeau, et un mince ourlet lilas borde les trottoirs,\ntranchant sur la clarté crue du jour. Du pavé monte\nune blancheur aveuglante, écrasant jusqu’à la nappe\nd’argent fondu qui liquéfie le ciel, et dans la perspec­\ntive bout une buée pâle, où les aspects se fondent.\n   A u milieu de cet air de fournaise, Paris travaille\net ses poumons exhalent un grand souffle rauque et\nsourd. P ar moments un visage d’ouvrier, aux chairs\ndétendues et roses, vient aspirer, aux terrasses, les\nâcres effluves de l’atmosphère braséante; et par la\nfente des persiennes on voit bouger la nudité grasse\n des filles de joie.\n                                                 9\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 668, "texte": "122                                    la Wallonie.\n\n\n\n   Les sueurs du travail et de l’amour fument à la\nfois, formant par places, sur le ciel éblouissant, une\nvapeur mince qui se dissout au brouillard des autres\névaporations; et une odeur de chair lasse par bouffées\nfades roule le long des façades, chauffées comme des\ndalles de fours.\n  A u loin, Sèvres, Meudon, Saint-Cloud, Suresnes\nétalent la rondeur vaste de leurs collines, nymphes à\ndemi plongées dans la fraîcheur des eaux; et çà et là\ndes noyés étoilent, fleurs de pestilence, horribles\ncharognes, l’herbe haute où tantôt s’enfonceront des\nreins de femmes.\n                          C a m ille LEM ONNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 126, "titre_corps": "Le Gyndès", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marcel Collière", "ancre_debut": "LE GYNDÈS.                                      A José Maria lie Heredia", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 877, "texte": "LE GYNDÈS.\n\n\n                                   A José Maria lie Heredia.\n\n                          I.\n\neLs chevaux niséens marchent devant l’année\n  Libres de tout harnais et ferrés de vermeil :\n  Leur poil immaculé, d’où monte une fumée,\n     l’air d’un marbre blanc, rosé p ar le soleil.\n\n Ils marchent : K yros sait qu’une puissance amie\n Palpite dans leurs flancs et rayonne en leurs yeux\n E t K yros vient d’entrer en Mésopotamie\n Guidé par ces chevaux où v it l’âme des dieux.\n\n Le plus ardent connaît les gués de la rivière\n Il entre, en battant Veau, qui fa it comme un semis\n D e perles, sur ses flancs, sa queue et sa crinière,\n M ais le fleuve obéit à des dieux ennemis.\n\n C’est le premier rem part de Babylôn tremblante\n Le Gyndès protecteur dont les flots envahis\n Grondent de refléter une aurore sanglante\n Où sombrera la gloire antique du pays.\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "124                                          la Wallonie.\n\n\n\n      Le cheval a senti l'hostilité du fleuve :\n      Un frisson hérissa ses crins blancs sur sa peau :\n      Mais, sans que ce péril plein de gloire l’émeuve,\n      Il marche, la crinière au vent, comme un drapeau.\n\n      Il marche noblement, et l’écume lui saute\n      Au poitrail, et foulant l'embûche des roseaux\n      Perfidement enchevêtrés, il dresse haute\n      Sa vaillante encolure émergeant sur les eaux.\n\n      M ais vents, roseaux, courants, tout est d'intelligence :\n      C’est l’étranger, c’est l’occident, l’outrage amer',\n      Le. fleuve humilié s’acharne à la vengeance,\n      E t déferle âprement ses flots comme la mer.\n\n      Hélios verse en vain sa splendeur paternelle,\n      Le cheval se roidit, et désespérément\n      Un regard plein d’adieux pleure dans sa prunelle\n      E t tout s'éteint dans un dernier hennissement.\n\n      Alors Kyros, la rage au cœur, les yeux en larmes,\n      Contre le fleuve impur qui vient de l’outrager,\n      Jure, les bras tendus avec un sourd bruit d’armes,\n      Un serment formidable en langage étranger.\n                             II.\n\n      Depuis un an, l'Asie entière est dans l’attente :\n      Que font les bataillons exilés des combats?\n      Les soldats ont serré les armes sous la tente,\n      K yros fa it un travail que l’on ne comprend pas.\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1230, "texte": "le Gyndès.                                              125\n\n  L ’effort multiplié des bandes travailleuses,\n  A remué le sable et la terre et la chaux :\n  Taillé des pilotis dans le tronc des yeuses,\n  E t fa it rugir la forge et les ardents réchauds.\n\n  Ils se sont façonné des machines étranges:\n  Des digues ont surgi dans l’amas des poteaux,\n  E t comme les fléaux font retentir les granges\n  Le sol a tressailli du choc lourd des marteaux.\n\n E t d’autres ouvriers ont creusé dans les plaines,\n Creusé bien loin, creusé partout, creusé sans fin,\n E t les Mèdes avaient pour guides des Hellènes,\n Le Mède étant plus fo rt et l'Hellène plus fin.\n\n E t douze mois s’étant passés dans ces ouvrages,\n K yros f it une offrande aux mânes du cheval :\n Au fracas des buccins tombèrent les barrages,\n E t le fleuve effaré se cabra dans le val.\n\n I l se sentait captif de rigoles cachées : .\n Trois cent soixante-dix canaux étaient creusés\n Le Gyndès, éloigné de ses rives séchées,\n Coulait avec fureur dans des lits imposés.\n\n E t lui, lui dont les flots roulaient les grands érables\n Des racines au faîte en leurs vastes remous,\n N 'était plus qu’un lacis de ruisseaux misérables\n Que les femmes passaient sans mouiller leurs genoux.\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "126                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n                              III.\n\n      Or la ville, croyant son mur infranchissable,\n      R aillait K yros avec des rires familiers :\n      — Comme un petit enfant, il joue avec le sable,\n      E t ses soldats lassés y so?it morts par milliers !\n\n      Rassurés, tous buvaient le bonheur de revivre,\n      Les femmes dansaient, et, lasses, venaient s’asseoir\n      Aux genoux des guerriers; Babylôn était ivre\n      E t des parfums montaient dans l’azur chaud du soir.\n\n      Seuls les vieillards assis auprès des portes neuves,\n      Jetaient sur cette joie un regard anxieux,\n      E t mornes, attendaient le Punisseur de fleuves,\n      Qui domptait la nature et qui vengeait les dieux.\n                                     M a r c e l C O L L IÈ R E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 131, "titre_corps": "Le mot de l’énigme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Bernard Lazare", "ancre_debut": "LE MOT DE L'ENIGME.                                          ,4 Pierre Quillard.            O,r pou", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 142, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "LE MOT DE L'ENIGME.\n\n\n\n                                      ,4 Pierre Quillard.\n\n\n\n        O,r pour échapper à l’oracle, Oidipous s’était\n         exilé de Corinthe, abandonnant le palais\n         attristé de sa faute, le vieillard Polybos et\n         la reine Meropé. Les prunelles emplies\nd’horreur, frissonnant à la pensée du crime inéluc­\ntable prédit par le Dieu, il avait erré hagard sur les\nchemins. Un matin, à l ’heure où l’aube allume le\nflanc des collines, dans l’ombreuse vallée où abou­\ntissent trois voies, il avait châtié l’ancêtre insolent\nqui l’insultait, puis, les yeux toujours fixés sur les\nastres, il avait continué sa course vagabonde, allant\nvers les pays où il pourrait se rire du destin.\n   Cependant, l’âme des aïeux divins vivait en son\nâme ; fils de roi il rêvait un avenir glorieux, il pen­\nsait qu’un trône lui était dû, et ces songes héroïques\nlui faisaient oublier par instant les paroles entendues\nauprès du fatidique trépied.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1486, "texte": "128                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Quand il apprit les malheurs de Théba ; quand,\nprès d’une fontaine, un pâtre lui conta le meurtre de\nLaios, les vengeances de la sphinge mangeuse de\nchair humaine et les promesses de Jokasté, il pensa\nqu’il devait délivrer la ville aux sept portes pour\ndevenir l’époux d’une souveraine et le maître des\nantiques Kadméiones.\n   Il se retira en la profondeur des forêts et, pendant\ndes jours et des nuits, couché sur des feuilles sèches,\nne prenant aucune nourriture, buvant seulement\nquelques gorgées d’eau, il réfléchit sur l’Enigme et\nsur le mot qui vaincrait la Vierge ailée.\n   Les Aigipans et les Hamadryades, cachés derrière\nles chênes, épiaient avec une vague épouvante le\nrêveur sombre. Dans le bois, solennisé par cette pen­\nsée cherchant à se saisir, les chèvres-pieds n’osaient\nplus poursuivre les nymphes ; tout se taisait autour\nde l’homme, car les dieux invisibles illuminaient peu\nà peu son esprit, destiné par les lois inviolables\nà pénétrer le mystère.\n   Un soir, un satyre vit briller subitement les yeu x\nd’Oidipous, il surprit sur ses lèvres un sourire, et,\nquand le soleil se leva, le chercheur quitta sa\nretraite, se dirigeant vers Théba.\n   Indifféremment, il délaissa Megara, il franchit le\nKitairôn cher à Dionysos, il but l’eau de l ’Asopos, et\naprès avoir traversé les plaines béotiennes, il vit\ns’élever, dans les brumes aurorales, Kadmée, la\nvieille citadelle qui avait jadis contemplé les Heliko-\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "     le Mot de l ’énigme.                           129\n\n nides chantant aux noces d’Harmonia et de Kadmos.\n Le mont Sphingios, gardien de la cité ogygienne lui\n apparut ; au sommet était accroupie l’enchanteresse\n au corps de bête : Oidipous gravit la hauteur.\n    Lorsqu’il eut atteint la cîme, la Sphinge se dressa\n devant lui ; elle le regarda d’un profond regard, mais\n les inflexibles paupières du héros ne s’abaissèrent\n pas. Il soutint sans trembler le choc des redoutables\n prunelles, ainsi il n’aperçut pas sur le sol les osse­\n ments de ceux qui avaient péri aux pieds du monstre,\n dans l ’audacieux effort de l’escalade, les uns, tombés\n en voulant baiser les lèvres de la charmeresse ; les\n autres, déchirés en étreignant ses seins aigus ;\n ceux-ci, broyés quand ils bondirent sur sa croupe, et\n ceux-là, morts à la suprême minute où de leurs\n doigts ils effleuraient ses cheveux.\n    Debout, le fils des rois attendait toujours, et la\nvierge parla, d’une voix pâle, sans timbre, sans lieu :\n    Il est temps encore pour toi, Inconnu. Si, plus\nhéroïque que les ordinaires mortels, tu as pu subir\nmon regard sans être épouvanté, tu ne résisteras pas\nà l’horreur de la question posée, et comme ceux qui\nt ’ont précédé, tu périras. V a-t-en ! Pour toi peut-\nêtre, peuvent briller de splendides aurores et\ns’éteindre des crépuscules consolants ; fuis par les\nchamps, sans retourner la tête : ne me tente pas.\n    Le chercheur intrépide répondit :\n   J ’attends ta demande, ô vierge ; j ’ai pensé long­\ntemps, je n’ai plus peur.\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "130                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Etranger tu l’as voulu. — Les lourdes syllabes\ntombèrent dans l’air ; elles paraissaient descendre de\nsphères inconnues et non de l’Etre dont la bouche\ncependant s’agitait :\n   Qui suis-je, interrogeait la Sphinge ! Divinateur\ntrès subtil, pénètre mon essence. Prononce donc la\nparole, qui me fera te dire le secret dernier.\n   Oidipous regarda la cité qui s’éveillait dans le\nlointain, les tours qui s’érigeaient, rutilantes sous le\nsoleil, les blancs frontons des temples et les tombes\ndes guerriers illustres ; puis, très calme, il dit :\n   Immolatrice mauvaise, tu n’es pas, et nul mystère\nne te fut confié. Un jour tu as parlé, t ’affirmant la\ndépositaire de l ’énigme ineffable, et les hommes\ncandides t ’ont cru, car il leur était doux d’entendre\nproclamer l’existence de leur perpétuel Idéal. Lassés\npar leurs recherches vaines, ils venaient vers toi\nl’âme anxieuse, et leurs frères ne s’étonnaient point\nde ne plus revoir les voyageurs hardis. Maintenant,\ntu as fait assez de victimes ; il est temps de parler.\nIl faut que les mortels crédules reconnaissent l’ina­\nnité de leur croyance ; ils doivent savoir que seule,\nleur aveugle foi crée ta puissance. E t désormais,\ndélivrés du décevant espoir de vaincre, ils marche­\nront vers le but perpétuellement glorifié, car ô\nfallacieuse incitatrice, moi l’élu des immortels je\nviens te dire : ton mensonge déifié, adoré, est ton\nunique force et ton secret c’est que tu n’as pas de\nsecret.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "    le Mot de l ’énigme.                              131\n\n   Les paroles de l’homme résonnaient ainsi qu’un\nappel de trompettes, elles retentissaient dans la\nplaine, et les habitants de la ville les entendirent. Ils\nsortirent en foule, emplissant les places. A vec une\népouvante joyeuse, ils virent la tueuse qu’ils avaient\ncrue immortelle, disparaître comme une illusoire\napparence, s’évanouir sans laisser trace d’une brume,\net ils acclamèrent le héros qui restait seul sur le\nSphingios.\n   Quand le dompteur de la prophétesse descendit la\nmontagne, les vierges vinrent à sa rencontre, por­\ntant des palmes et des fleurs. Elles tendirent vers\nlui leurs mains reconnaissantes, et, après l’avoir\nsalué roi, elles le conduisirent dans Théba.\n   Ainsi tomba la Sphinge, et c’était inévitable, car,\npar des volontés éternelles, il fallait que le fatal\nLabdakide connût le lit de sa mère et enfantât des\nfils fraternels.\n                                B ern ard LAZARE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 132, "page_fin": 135, "titre_corps": "L’aventurier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Quillard", "ancre_debut": "L ’A VEN TURIER.                                             A Charles Andler.   Là-haut", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 147, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "L ’A VEN TURIER.\n\n\n                                          A Charles Andler.\n\n\nLà-haut, temple ou palais dressé sur la colline,\n  Un amoncellement de blocs prodigieux\n  Monte : des chiens de bronze aux yeux de cornaline\n  Hurlent aux quatre vents, la gueule vers les cieux.\n\n Les murs massifs, coupés de portes métalliques,\n Sont écaillés de cuivre et peints de vermillon;\n Au faîte, le soleil frappe de feux obliques\n Un étendard taillé dans la peau d’un lion.\n\n Pacifiques, devant la demeure farouche,\n Des rosiers rouges et des lys parent le bois\n Où passe, inoffensive aux roses qu’elle touche,\n L ’Enfant belle à dompter les héros et les rois.\n\n Le calme lumineux du jour mourant caresse\n L ’Enfant grave : elle glisse entre les nobles fleurs\n Avec des gestes lents d’idole ou de prêtresse\n Qui n’a jamais connu le rire ni les fleurs.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "l ’Aventurier.                                       133\n\nElle va, contemplant de ses larges prunelles\nLes vagues de forêts qui ferment l’horizon\nE t le val où le soir vêt d’ombres solennelles\nLe Maître hérissé d’une horrible toison.\n\nC’est son père, tueur de bœufs, ployeur de chênes;\nEmbusqué tel qu’un fauve aux aguets, il attend\nLes voyageurs qui vont vers les cités prochaines\nE t fait craquer leurs os en ses doigts de Titan.\n\nPuis il revient, tranquille, après chaque tuerie,\nCourbé sous le butin comme un roi triomphant,\nE t tandis que les morts saignent dans la prairie\nSuspend de lourds colliers au cou de son enfant.\n\nMaintenant une nuit de lune, froide et claire,\nDécoupe le profil des monts sur les chemins :\nL e meurtrier fatal, sans haine et sans colère,\nEcoute s’approcher un bruit de pas humains.\n\nE t voici qu’au détour de la route moussue\nApparaît, radieux sous l’armure qui luit,\nUn guerrier casqué d’or qui porte une massue\nE t dont le manteau rouge illumine la nuit.\n\nLe Tueur, allongé dans la broussaille, épie\nL e Héros dédaigneux en marche vers la mort;\nMais celui-ci, clamant vers la muraille impie,\nRéveille les échos de la forêt qui dort :\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1326, "texte": "134                                            la Wallonie,.\n\n\n\n      “ Je suis venu: hors du repaire, ô vainqueur dhommes!\n      Si tu fuis devant moi, je dirai que tu mens ;\n      Mais tu mériteras le nom dont tu te nommes\n      Si tu peux m’étouffer dans tes embrassements. „\n\n      — “ Soit ! Tes dents connaîtront la saveur de la terre. „\n      Et l’antique lutteur se dresse avec ennui\n      Pour écraser d’un coup de poing et faire taire\n      L ’éphèbe aventureux qui parla devant lui.\n\n      Ils se prennent, poitrine unie et chair mêlée,\n      Groupe tumultueux de râles et de cris :\n      L ’Enfant calme regarde, au fond de la vallée,\n      L e meurtre habituel, du haut des monts fleuris.\n\n      Elle voit seulement se mouvoir dans la plaine\n      L ’ombre du double corps et des torses jumeaux\n      E t sûre du vainqueur, s’enivre avec l’haleine\n      Des parfums langoureux épars sous les rameaux.\n\n      Mais tout à coup, après une clameur sauvage,\n      Ses impassibles yeux se ferment de terreur :\n      Comme un bœuf abattu dans le natal herbage,\n      L ’Invincible est couché sous le jeune Lutteur.\n\n      E t le guerrier sanglant, par les pentes ardues,\n      Monte vers le jardin : “ Vous serez apaisés,\n      O morts, je vengerai vos âmes éperdues\n      E t la victime est belle et vierge de baisers.\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "l ’Aventurier.                                          135\n\nO morts, je vais tuer dans la F ille maudite\nLes exécrables fils qui naîtraient de ses flancs. „\nIl dit et vient, hagard du meurtre qu'il médite\nE t l’Enfant parle aux fleurs et tend ses bras tremblants :\n\n“ L ’Homme vous briserait avec ses mains brutales,\nRoses que je laissais fleurir et défleurir;\nUn arôme puissant monte de vos pétales,\nVos parfums sont trop doux pour que j ’aime à mourir.\n\nMa chair frissonne ; sauvez-moi, fleurs protectrices.\nO lys, lys glorieux que je n’ai pas cueillis,\nJe voudrais me cacher dans vos étroits calices\nE t refermer sur vous le voile des taillis.\n\nAu moins, versez en moi vos senteurs que j ’emporte\nDans le morne pays vos baumes précieux,\nO fleurs qui renaîtrez lorsque je serai morte,\nFleurs, étem elles Pleurs, fleurs égales aux dieux! „\n\nElle murmure encore des mots et des prières\nMais le vainqueur, surgi des âpres escaliers,\nTraîne par les cheveux l’Enfant dans les clairières\nE t fait boire son sang aux roses des halliers.\n\n“ J ’ai tué le Brigand et la Magicienne,\nL ’œuvre est bonne : luisez sur ma route, astres purs ! „\nE t l’Ephèbe drapé dans la pourpre ancienne,\nSe hâte dans la nuit vers les monstres futurs.\n                                 P i e r r e QUILLARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 137, "titre_corps": "Brumaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "BRUMAIRE.                        Un chien perdu grelotte", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "BRUMAIRE.\n\n\n                     Un chien perdu grelotte en abois à la lune...\n                     Oh! pourquoi ce sanglot, quand nul ne l’a battu?\n\n\n\nC'\n                                                 Jules L afa r g u e .\n\n\n\n\n        e st , ce m auvais soir de b rum e, g ran d e dé ­\n         tresse en mon âme.....\n            Il n’est plus, le vieil azur qui parfois\n         consola mes lassitudes d’être; du ciel mou\nle brouillard tombe par lourdes masses sur mon front\nqui ne rêve plus.\n   Aussi ce matin je pressentais, dans l’air affadi, le\nvol dolent du pauvre ange que j ’aime — l ’ange au\nsourire triste, le douloureux ange de Mélancolie,\ndont je sens à présent peser sur moi les grandes ailes\ngrises, les ailes tristes, les ailes fripées de pluie....\n   L e glas sonne en mon cœur. Mon vieux cœur\nenfantin s’éplore en longs miserere. E n mon cœur\nappâli danse la ronde lente, la ronde moqueuse;\ndansent les vieux espoirs, les candeurs fanées et les\nrappels d ’amour, et les inquiétants sourires.\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "    Brumaire.                                       137\n\n  Oh la vie, la pitoyable plaisanterie !.... E t ne pas\nsavoir en rire !\n  R êver ? cela fait si mal ! — Mourir alors ? je n’ose\npas....\n  0 Seigneur ! être l’un de ces heureux meurtris\ndont l ’âme a pu saigner l’Œuvre !\n  Espérer ? Non, pas cela, plus cela !....\n  Souffrir plutôt. Souffrir      et c’est si bon d’en\nmourir et d’en vivre !\n\n  Je songe à toi, la maternelle Enfant si pure et si\ndouce ! aux bons grands yeux verts, ô calme sœur\ndu Silence ! toi la berceuse enfant mortuaire, qui\npieusement un soir m’endormira, après la songerie\ndernière en tes yeux infinis.\n\n                       Ch a r l e s   DEL CHEVALERIE.\n\n\n\n\n                                               10\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 140, "titre_corps": "Scènes de bal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M.", "ancre_debut": "CHRONIQUE L I T T É R A I R E .                       SCÈNES DE BAL (*).    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Plus féminin\nassurément que Georges Khnopff, dont les vers sont des\nvisions d’ange, il vit d’une humanité grâcieuse et douce, qui\nse réjouit à manier des élégances.\n   Cet aimer du fragile semblerait devoir en faire un ana­\nlyste exclusivement. Mais une influence, — la musique sans\ndoute, — a élargi son horizon, et ses touchers de femme\nobéissent au cerveau d’un homme.\n   C’est dans la musique, par conséquent, et son alliance\navec la féminité, qu’il faut chercher la caractéristique de ce\npetit livre adorable : Scènes de Bal.\n   La musique, cette logicienne qui plane, lui a fait concevoir\n\n  (*) Par Albert Saint-Paul, 450 exemplaires d’une édition charmante\nsur Japon supérieur, E. Deman, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1873, "texte": "     Chronique Littéraire.                                    139\n\nune œuvre, lorsque d’abord on s’attendait à des pastels\nexquis, sans nulle idée pour les unir. L e X V IIIe siècle de\nGeorges Khnopff a certes une grande unité parce qu’il est un\ntableau complet. Dans les Scènes de Bal, et pour la première\nfois je pense, il y a en plus cette obsession : le parfum d’une\njoliesse aimée qui va mourir.\n    Cela, dis-je, est dû sans doute à la musique. A la musique\naussi, art sans lequel nul ballet, c’est encore à la musique\nchoyée qu’Albert Saint-Paul doit son originalité la plus\nvisible : l’aptitude à saisir le rythme maniéré d’un geste, les\nmignardises d’attitudes, un clin singulier des paupières, ou la\ncourbe des moues félines qui vont sourire...\n    L ’œuvre se colore de peu d’images, mais c’est la subtilité\ndes lignes aux soies des plis mutins, et des marquises, les\ntrop fêtées, s’improvisées jalouses, en des parcs, avec des\nglobes laiteux à toute lumière, des fuites éparpillées pour\nlutiner qui les poursuit ; enfants mignons venus en guirlandes\nfleuries autour des gerbes d’eau qui jaillisent; et puis des\npas menus qui vont, qui vont ; un départ en gaieté frivole\nsur le lac, et bruits de rames, et rire aigu des violons dans\nl’île, et c’est le grand soir dans les arbres et sur les terrasses\nl’on coquette. — E t puis en chasse, en chasse par les bois !—\net puis en fuite, hélas, bientôt : car voici dans le très loin,\nvoici que sombre un très lourd écho ; oui c’est la fuite qui\nhâte leur désarroi, et pour accueillir de nouveaux hommes,\nun vent d’exil va disperser les frêles pétales de ces roses qui\nmeurent.\n    Pour traduire un pareil sujet, il faut un vocabulaire choisi.\nAlbert Saint-Paul a très heureusement serti dans ses vers\ndes vocables mignons, sans afféterie dépassant le but et des\nconsonnances grêles, précises à merveilleusement évoquer\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": " 140                                                 la Wallonie.\n\n\n\n les grâces artificielles de ses personnages. Quelques-unes des\n plus belles pièces du recueil ont paru ici (*).\n    Il n’est donc pas nécessaire de citer les vers du poète pour\nillustrer par un exemple ce que je dis de sa musique. Sauf,\nà un seul endroit, l’ombre fâcheuse d’une mélodie im ita­\ntive, cette musique est bien l’harmonie fine et mince et qui\ns’étire pour évoquer des vénustés frêles. Peut-être voudrais-\nje plus de continuité dans le tissu musical, une basse plus\nconstamment cohérente.... et encore ! Et puis vraiment suis-je\nmagister, d’aller, avec d’énormes loupes, chercher le point\nnoir imperceptible de cette petite perfection rose.\n                                                          M.\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 142, "titre_corps": "Les poètes namurois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "LES POÈTES NAMUROIS, par Auguste Vierset", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 155, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 803, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "LES POÈTES NAMUROIS,\n        par A u g u s t e V i e r s e t . — Liège, B é n a r d .\n   Après son Essai d’orthographe wallonne d’après la méthode\n Chavée et son essai linguitisque, Germain-wallon, M. Auguste\nVierset publie, joliment attiffée par M. Aug. Donnay et la\nmaison Bénard, l’analyse pieusement méticuleuse des poètes .\nwallons namurois. Une intéressante préface reproduit la brave\nhistoire des Moncrabaux et déplore l’agonie du vieux wallon.\n   Ma seule déception, c’est de n’avoir rien trouvé sur la\npoésie wallonne avant W érotte qui débuta vers 1830. Il est\nvrai qu’à Namur comme à L iége, c’est depuis cette date\nqu’on a le plus écrit en wallon : le chant du cygne de notre\npatois emplit ces trois derniers quarts de siècle et il est né\nplus de poésies et de comédies wallonnes en Belgique que\ndans tous les siècles du Pays de Liège. Est-ce parce que\nnotre race a le culte des souvenirs et que c’est depuis la\n (*) la Wallonie, février 1888.\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "     Chronique Littéraire.                                 141\n\n révolution, de 1830 que sa glorieuse existence politique a\n vraiment disparu ? Toutefois le mouvement moderne fait\n plus parade des crâneries intrinsèques de la langue qu’il\n n’exhume intensément des souvenirs. Ceux-ci ne semblent\n souvent qu’un prétexte; et les préoccupations politiques\n ayant trop contaminé cette littérature, la rendent d’autant\n plus mesquine que, si nous avions même eu un Auguste B ar­\n bier, la scène historique de la France nous manque. Les\n morceaux des deux siècles derniers sont au moins exempts\n de pose, sinon de politique, car notre touchant ruisselet\n de littérature a la même proportion d’utilitarisme que le\n lumineux fleuve français. J ’attendais donc dans l’œuvre de\n M. V ierset quelques-unes de ces vieilles pièces qui sont\n précieuses en raison de leur rareté et qui nous font magique­\nment communier avec l ’âme des aïeux, absente de l’indiges­\ntion en plusieurs in-folios des Délices du Pais de Liège.\nNamur n’aurait-elle pas une de ces vieilles pièces dont il\nreste ici une cinquantaine ? quelque franche inspiration de\nterroir au parfum évoquant celui de Josquin des Prés et de\nLa Pêche miraculeuse de Henri de Blés ? Voilà qui est cher\naux amants de l’ancienne âme locale !\n   Cette lacune, dont M. V ierset est sans doute innocent,\nn’empêche pas que son livre — écrit avec un souci très rare\ndans ces sortes d’œuvres, — ne donne l’exacte sensation de\nNamur, une de nos villes caractéristiques, qui semble se\nressentir de l’hospitalité forcée qu’elle offrit jadis aux\nCimbres et aux Teutons. Le caractère wallon s’y marque\naussi net qu’à Liège, qu’à Tournai ou qu’à Verviers, mais\ngazé d’une certaine lourdeur. Namur est notre Limousin\ncomme V erviers notre Marseille. Un séjour que j ’y fis autre­\nfois me permit d’en faire l’incessante remarque, confirmée\npar une lecture de Charles W érotte.\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "142                                            la Wallonie.\n\n\n\n    W érotte et Colson évoquent Namur. Ce n’est pas qu’ils\nsoient de bien grande taille. Mais j’ai eu l’âge de M. Vierset,\n et je lui sais gré de sa tendresse extrême et des regrets filials\nqui ont ravivé en moi d’agonisantes impressions. Ses der­\nnières pages m’ont ému, je les ai profondément comprises.\nElles ont été le vaste éclair d’ambre qui a arraché une\n seconde, d’une région enténébrée de ma mémoire, tous les ho­\nrizons et toutes les vivantes saveurs urbaines d’une éphémère\n conception patriale. Ceux qui l’ont eue me comprendront ;\n une citation ne dirait rien aux autres. Aussi deux sentiments\nluttent en moi : le prestige d’accents aimés m’hallucine et\nje crains d’être froid, puis, la réflexion venant, je crains le\n contraire. Je pense garder une juste mesure en disant que\nSuars, Lagrange, Colson et même W érotte, — pour ne parler\nque des morts — ont plutôt laissé d’attrayants documents\npoétiques que de la poésie. W érotte doit être lu par tous les\nW allons, il est loin de la délicate perfection fréquente chez\nnotre Nicolas Defrecheux, mais il incarne assez bien la\nbonne grosse sentimentalité namuroise, son énergie parfois\ntriviale et son sans-gêne parfois indécent, à preuve certaine\ndéclaration d’amour à un moment tel... que M. V ierset a eu\nle bon goût de ne pas reproduire la chanson la plus connue\ndu recueil, pareil comique étant ignoble.\n    Je loue M. Vierset de son indulgence. Sans elle eût-il fait\nson utile travail avec une si consciencieuse minutie ? Mais ce\nqui montre la supériorité du français sur notre cher patois\nmoribond et surtout de la génération littéraire actuelle sur\nles deux précédentes, c’est la différence qui éclate entre\nl ’analyseur et les analysés. On dirait un orfèvre — qui n’est\npas Monsieur Josse — montant des cailloux !\n                                      CÉLESTIN DEMBLON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 148, "titre_corps": "La musique en Italie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Luisa Anzoletti", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE.                     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En avançant comme science, la musique acquiert\ncomme art de l’importance et de la considération. Près des\nécoles d’Alexandrie, dédiées aux recherches scientifiques\net beaucoup plus encore aux mathématiques musicales,\nd’autres écoles viennent aussi d’être établies, destinées à\nl’éducation des artistes et s’occupant de l’organisation des\nfêtes artistiques.\n   Renommée est l’école de Théos, ayant une sorte d’affinité\navec le Conservatoire moderne; là, dans un programme de\nvastes études, nous voyons rangées la mélographie\n(μελογραφια), c’est-à-dire la composition musicale, et la\nrhythmographie (ρυθμογραφια).L aliberté hellénique perdue,\ndisparut aussi le principe pédagogique de l’art musical, qui\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1858, "texte": "144                                          la Wallonie.\n\n\n\nne se trouve ensuite pratiqué nulle part; et Rome eut en\nhéritage de la Grèce seulement l'organisation de l’enseigne­\nment particulier à l’artiste de profession. Il en resta des\ntraces dans la partie orientale de l’empire romain jusqu’à la\nchute définitive du paganisme.\n   La lumière du christianisme se leva, et, comme la civ ili­\nsation nouvelle tend à tout réédifier, l’art païen aussi se\nrégénère en rentrant dans le temple. Devenu le monopole\nde l’église, cet art fut pratiqué exclusivement d’abord par\nles sinfoniaci, c’est-à-dire un choeur d’enfants dédiés au\nservice du culte (première institution du pape V italiano);\nensuite il s’étendit dans les cloîtres et dans les séminaires\npour les fils de la domesticité; plus tard, au XVIe siècle,\nnous voyons l’art se populariser, et nous voyons aussi\napparaître en Italie, semblables aux écoles des cloîtres, une\nsorte de Conservatoire pour les orphelins et les fils des\npauvres, destinés à augmenter la phalange des chanteurs\ndes églises ; enfin, à l’époque de la révolution française,\nl’enseignement devint laïque par la fondation du Conserva­\ntoire de Paris. Sur celui-ci se modelèrent peu à peu tous les\nautres établissements musicaux des principales villes d’E u­\nrope.\n   On peut donc observer dans les diverses époques de la\ncivilisation chrétienne la répétition d’un fait constaté dans\nles civilisations antérieures : la musique, à mesure qu’elle se\ndéveloppe et que l ’idée de sa mission éducatrice s’enracine\ndans les esprits, sortant du temple se propage dans le peuple,\net le privilège d’une seule caste devient le patrimoine de\ntous. La différence consiste seulement en ceci : tandis que la\nmusique joue un si grand rôle en notre temps et prend tant\nd’extension, on ne se donne nullement la peine d’en favoriser\nle développement.\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "      Chronique Musicale.                                            145\n\n    Malgré la merveilleuse efflorescence musicale de notre\n siècle, nous n’avons pu qu’établir des centres d’étude pour\nles virtuoses. On reconnaît l’efficacité morale de l’art ; mais\n comme on ne tient compte que de l’effet immédiat (1), l’attrait,\nil en dérive la croyance que cet art est aisément accessible\nà tous. L ’art, qui est transcendant par excellence, se dérobe\névidemment à l’intelligence commune; on le tient, avec son\ninterprète l’artiste, pour une chose inutile à la société; la\nfoule cependant est envahie par le faux et prétentieux dilet­\n tantisme.\n   Oui, parlons de cette passion, perte de l’art... On croit\ncompléter par une décoration charmante toute bonne éduca­\ntion en arrivant à un degré quelconque d’habileté d’exécution\nsur un instrument; il suffit de tapoter une polka sur le piano,\nou bien de miauler quelque petite romance, pour obtenir une\ncertaine supériorité même sur les artistes, et le droit de se\nposer en juge compétent. Une multitude d’ignorants et de\nprétentieux d’un côté, de l’autre une troupe affamée de\npseudo-aristarques, race misérable, qui tient son origine\nde la même cause de perversion artistique, abusent de\nl’ignorance du public et des besoins des artistes.\n   Voilà donc comment, sans l’appui de ceux qui devraient le\nplus l’aider, courant le risque d’oublier sa vraie destination\nou de manquer à sa propre mission en devenant l’esclave\nd’un goût corrompu, la musique, rivée à l’inaction, s’affaisse\net s’affaiblit de plus en plus. Néanmoins, quel art- exerça\nautant d’empire que la musique de nos jours ? Dans quelle\népoque a-t-elle soulevé autour d’elle un si général intérêt ?—-\nC’est précisément de cet intérêt qu’il nous faut tirer le parti\n   (*) Débilitant, qui énerve comme une habitude lascive, et tue l’art en\nl’épuisant.                                                    L. H.\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "146                                             la Wallonie.\n\n\n\nle meilleur pour faire aboutir l’art à son but sublime......\nPopulariser dans sa base l’éducation musicale; la pratiquer dans\ndes centres bien organisés, consacrés uniquement à l’instruc­\ntion supérieure de l’artiste, et auxquels est assignée la direction\nsuprême de l’art, c'est comprendre et seconder la mission\nessentiellement humanitaire de la musique dans la civilisation\nmoderne. „\n   Ici, à l’aide d’une citation très appropriée des théories\nd’Aristote sur l’éducation musicale du peuple, l’écrivain\nréfute une objection qu’il se faisait lui-même : “ Veut-on\nfaire d’un peuple ou d’une nation un seul artiste ? u „ Et,\naprès, il répond très clairement à cette autre question :\n “ De quelle manière les établissements musicaux, qu’ils\ns’appellent Conservatoires ou Ecoles de musique, doivent-ils\n exercer la suprême direction de l’art ? — En cultivant et en\nconservant le goût artistique, dit-il, soit par la propagation\nqu’en font les artistes compositeurs et les virtuoses sortis de\n ces écoles et possédant une réelle culture, selon les exigences\n de leur art ; soit par les exécutions magistrales entendues\n dans les mêmes établissements. Celles-ci sont destinées à\n perpétuer la tradition par l’exécution caractéristique des\n œuvres classiques, quand, cette tradition existe; à la créer,\n à l’établir, quand elle n’existe pas. L es biblothèques seules\n à présent gardent les monuments du passé; leur influence\n sur les progrès de l’art et sur la formation du goût ne peut\n être que trop faible; car la lecture des partitions, lettre\n morte pour le vulgaire, est bien inférieure comme résultat à\n une exécution réelle. Mais que l’on ne nous dise pas que\n nous pouvons apprécier ces œuvres dans les théâtres et les\n concerts publics...: où entre le spéculateur, l’art est sacrifié. „\n    Pour finir M. Alberti considère justement les obligations\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "     Chronique Musicale.                                         147\n\nqui seraient de la compétence du gouvernement à l’égard de\nla direction et du progrès artistique des Conservatoires. “ Les\néconomistes d’E tat ne veulent admettre dans le champ de\nl’art que l'initiative individuelle ; car, une utilité immédiate ne\ns’y montrant pas, le gouvernement ne peut s’en mêler. Nous\nnous passons des statistiques, qui démontreraient assez bien\nquelles sont les ressources matérielles de l’art musical. Il\nsuffit d’observer combien de richesse nationale surgit dans\nles théâtres d’opéras, que de personnes y gagnent leur vie, et\ncombien d’industries se développent autour d’eux. Pour nous,\nnombre d’arguments d’ordre supérieur imposent cette ingé­\nrence du gouvernement. D ’abord ce lui est un devoir de\nfavoriser tout ce qui tend au bien-être et au perfectionnement\nmoral et physique du peuple. En second lieu, l’histoire con­\nfirme ce devoir ; car elle démontre comment à toutes les\népoques, chaque autorité constituée reconnut qu’il était\nnécessaire d’entreprendre elle-même la direction de l’ensei­\ngnement musical.\n   L e gouvernement, tout en laissant aux Conseils acadé­\nmiques une liberté d’action assez large, ne doit pas renoncer\nà certaines charges qui lui appartiennent, comme par\nexemple, l’élection des professeurs, l’institution des commis­\nsions ad hoc, lesquelles, pendant l’examen des titres des\ncandidats, doivent résider au Ministère, et se composer de\nmembres tout à fa it étrangers à l’établissement intéressé; mais\nsurtout on doit user de précaution dans le choix des profes­\nseurs et particulièrement des directeurs.... D e la vigilance et\nde l ’œuvre intelligente du directeur dépend la prospérité\nd’un Conservatoire; c’est pourquoi il faudrait qu’il y ait\ndans la personne que l’on désigne, plus que le           v ir tu o s e\n\ncélèbre ou le musicien savant : l’homme de lettres, animé\nd’énergie et doué d’une large vue intellectuelle. „\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": " 148                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Nous avons dû renoncer malgré nous au désir de donner\nl’entière traduction de l’étude de M. Alberti. Plusieurs\nquestions d’intérêt particulier ne nous semblaient pas à leur\nplace loin du centre auquel elles appartiennent ; tandis que\nle lecteur peut se former aussi par cet extrait un jugement\nde l’entière publication.\n   Achevons, ainsi que nous avons commencé, en signalant\nce jeune écrivain comme celui qui parmi tous ces collègues\nnous semble posséder le plus de cette intuition, de cette\nconscience éclairée et de cet esprit nourri d’un vrai savoir\nscientifique qui donnent au critique le droit d’imposer ses\nopinions, et au lecteur intelligent quelque satisfaction à les\naccepter.\n                                     L u isa ANZOLETTI.\n\n                                       a   V e r v ieus.\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 149, "titre_corps": "A Verviers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Verviers, ma foi, devient pour la musique", "ancre_fin": "rendre complète sa mission", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CONCERT WAGNER", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 873, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "Verviers, ma foi, devient pour la musique la succursale de\nLiège, et une succursale qui le devance en certaines choses. —\nNous nous faisions cette réflexion, le 10 avril, en sortant du\nbrillant concert auquel Louis Kéfer nous avait conviés. Avec\nun orchestre peu nombreux, formé d’éléments assez nouveaux\net quelque peu disparates, Louis Kéfer est parvenu, à force\nd’énergie et en y employant ses belles qualités de chef, à\nexécuter les grandes oeuvres de la musique moderne, telles\nque la symphonie libre de Raway, des symphonies de\nBeethoven, et d’importants fragments de W agner. Certes, la\nperfection est impossible dans une petite ville ; aussi les\ncuivres et les bois, individuellement, sont-ils très médiocres.\nMais les cordes sont remarquables ; et puis la volonté du\nchef dardant sur tout l’orchestre, l’œuvre sort victorieuse et\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "     Chronique Musicale.                                     149\n\n claire et la pensée du compositeur jaillit en belle lumière.\n    Si l’interprétation du finale de Parsifal (1er acte) manquait\n parfois de clarté, à côté de passages saisissants, en revanche\n l’orchestre et les chœurs étaient superbes dans le finale des\n M aîtres Chanteurs, dans Espana de Chabrier, dans Tristan,\n — et, sauf un petit fragment gâté par les bois, dans Peer Gynt\n de Grieg.\n    Madame Materna animait le concert par la grandeur de\n ses inflexions ; nous parlerons d’elle plus longuement tantôt.\n    Car vite il nous faut féliciter hautement, et remercier\nLouis Kéfer, qui s’est bellement dépensé pour l’Art. Un\nexemple de son intelligente influence novatrice : le pro­\ngramme contient lithographiés, tous les leit motiven des\nœuvres wagnériennes interprétés. Cela, il est le premier à le\nfaire en Belgique — oh ma brave et retardaire petite nation\nbelge ! — et il a même étendu l’innovation aux programmes\nd’intéressantes soirées consacrées à la musique de chambre,\net qu’il organise. A Bruxelles et à Liège ne pourrait-on\nl’imiter enfin ? A Liège, au Conservatoire et aux concerts de\nM. Dupuis, — à Bruxelles aux concerts Servais, — le pro­\ngramme contient l’analyse des œuvres. C’est bien, mais ce\nn’est pas assez ; et le Conservatoire, qui est une Ecole de\nmusique, devrait avoir à cœur de rendre complète sa mission.\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 149, "page_fin": 151, "titre_corps": "Concert Wagner", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. 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Avec un orchestre rénové\npar l’énergique et rigoureux bâton d’un musicien-artiste, une\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "150                                          la Wallonie.\n\n\n\n cantatrice non pareille, — madame Materna, — et des\n fragments exclusivement élus dans l’œuvre de W agner, on\n pouvait espérer quelque idéal triomphe de Musique.\n    L e programme, composé avec le plus grand soin, donnait\n la perspective des diverses manières du maître. Il commen­\n çait par le Vaisseau fantôme et se terminait par le finale de\nla Götterdämmerùng, en embrassant Tannhaüser, la Siegfried\n Idylle (sur des thèmes de Siegfried), Tristan et Ysolde,\nles M aîtres chanteurs, avec cet épilogue de la Ruldigungs\n Marsch pour évoquer la figure angélique et noble du dernier\nRoy qui fut : Louis II de W ittelsbach, Seigneur de la\nBavière.\n   Madame Materna, je l’avais entendue quatre ou cinq fois\ndéjà; est-il besoin de dire que mon admiration pour la mu­\nsicienne interprète n’a pu que grandir encore. Mais elle nous\narrivait un peu fatiguée, cette fois, et l’ampleur de sa voix\nn’était plus celle des concerts Servais, à Bruxelles. A\nV erviers déjà, on la sentait exténuée : mais là son déclamer\nfut si tragique, elle imprégna d’une telle surhumanité la mort\nextatique d’Ysolde, que nul passager regret ne pouvait se\nfaire jour, en sa présence. A Liège, peut-être un peu\ndépaysée de son lumineux royaume d’art, au milieu d’un\npublic en foule si mondaine, on eût dit qu’une hésitation\nparalysait d’abord ses forces d’expansion. Assurément il ne\ns’agit point d’éplucher sa méthode, de critiquer une respira­\ntion, ou autre chose semblable : la passion sublimée et palpi­\ntante dont elle vibrait à Bruxelles et à Verviers, je n’ai pu\nla retrouver entière, ici, dans Tristan et Ysolde. Mais en le\nfinale du Götterdämmerung, la W alküre tragique s’est à\nnouveau révélée, et dans les thèmes en tempêtes qui se\ndéchaînent, sonnant la mort du W alhall ébranlé, elle dit\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "     Chronique Musicale.                                        151\n\nhéroïquement Siegfried, le guerrier fier qui fut parjure sans\nle vouloir, et la fin du W alhall qui s’écroule dans sa mort.\n   Après tel hautain souvenir, il paraît difficile de laisser\nplace à des réserves, et j ’ose à peine dire ce regret bien vif :\nqu’au lieu de l’air d’Elisabeth au 2e acte de Tannhaüser,\nMadame Materna n’ait choisi la musicale prière du 3e acte,\nsi admirablement interprétée par elle à V erviers.\n   L ’orchestre a fait merveille : il est vrai que le désintéres­\nsement de MM. Dupuis et Vanderschilde n’avait pas épargné\nles répétitions ; il est vrai aussi que M. Dupuis s’était dépensé\nnoblement (jusqu’à neuf heures en un seul jour). Sauf le\nmouvement des M aîtres chanteurs, d’une lenteur excessive\ndans la première partie, un peu de confusion dans la Huldi­\ngungs Marsch, et puis les cuivres trop gonflés et redondants,\nje ne trouve guère que des critiques de détail : pas assez de\nfluidité au début du Prélude de Tristan, les sons de cor pas\nassez longs dans la Siegfried Idylle, et autres misères encore\nplus imperceptibles. D ’ailleurs, ceux qui entendirent les répé­\ntitions savent que ces menus défauts ne peuvent être imputés\nà M. Dupuis. Celui-ci ne mérite que des éloges ; et de plus pour\nla belle lutte qu’il conduisit cet hiver et qu’il vient de si fière­\nment terminer, il a droit à la gratitude et à la sympathie\nde ceux qui aiment l’Art.\n                                                         L. H.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 152, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE Bien-venue à la Pléiade", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "PETIT E CHRONIQUE.\n   Bien-venue à la Pléiade (*), la revue qui renaît aux grands\nparterres de Paris. Puisse-t-elle aussi noblement s’élever\nque la Pléiade primitive, celle d’il y a deux ans. Dans le\nnouveau groupe, les noms de tels poètes et prosateurs, parmi\nles collaborateurs effectifs : Henri de Régnier, Jean Ajalbert,\nMaurice Barrés, Rodolphe Darzens, L. Tailhade, F. Viélé­\nGriffin, Ephraïm Mikhaël, Pierre Quillard, Rachilde, —\nces noms disent haut et clair qu’un art de belle jeunesse va\nlà s’épanouir. W elcome à ces amis, et longue vie à la Pléiade.\n\n  A d e l , la Révolte future (**), poème social par M. Jean\nLombard, avec une préface-critique de M. Théodore Jean.\nBien qu’il ait appelé son fils Annibal, M. Jean Lombard\nmontre un tempérament d’écrivain, un peu romantique, un\npeu Richepin, avec des vigueurs. Des images sonores et qui\nrutilent, une vue assez large de certains groupes de la\nSociété; mais une propension funeste à gonfler les joues et à\nboursoufler la phrase, quelques incorrections aussi, et des\nnaïvetés. Adel est assurément supérieur au moyen niveau\nde cet art humanitaire, sans être de l’art pour cela. Quelques\npages intéressent, parfois. Quant à M. Théodore Jean, sa\npréface, d’ailleurs assez écrite, est amusante; il se donne\nbeaucoup de peine et veut prouver que les artistes n’aimeront\npas les poèmes pour le peuple, non plus que ses préfaces;\nvraiment c’était inutile.\n                               * *\n  Notre gratitude à l’E tudiant, qui publie nos sommaires.\nLire dans l’E tudiant des vers d’Emile Verhaeren, reproduits\nde son dernier livre, les Débâcles.\n  (*) -10 francs l’an; Paris, 18, rue Duperré.\n  (**) Paris, librairie universelle, rue de Seine, n° 1.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE ET. 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Z ' E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            L IÈ G E .\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                Place du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                   RACCOMMODAGES.\n\n\n\nÉCRITS POUR L ART  R EVU E M ENSUELLE\n  L a livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n          Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n           A paraître chez V A N IER ce m ois :\n  CLOCHES E N L A N UIT\n               Livre de vers par Adolphe R e t t é .\n        En souscription dans nos bureaux ;\n     C R É P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collections et dépositaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 168, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 1633, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (1886, -1887 et -1888) sont en vente\n                             au prix de G francs.\nLa W allonie et les Ecrits pour l’Ar t se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Cnusé; George; D’Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-Michel; Savine, libraire,\n    4 8, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n     libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA A n v e r s : chez Mme Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNEE, Ν° 4. 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M. OLIN.\n                                      MAURICE       SIVI LLE.\n\n              Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-04-n4-207", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Envol d’un numéro spécim en cont", "ancre_fin": "U n io n p o s ta le : 6 fr. 60.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE : Camille Lem onnier .", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 169, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 407, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "Envol d’un numéro spécim en contre 8 0 cen tim e·\n              en tim bres-poste.\n    ABONNEM ENT    : 5 fr. p a r an. 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L e Mot de l ’énigme.\nPierre Q u illard . . . L ’Aventurier.\nCharl. D elchevalerie. Brumaire.\n                     Chronique L ittéraire :\nM............................ Scènes de bal.\nCél. Demblon . . . . Les poètes Namurois.\n                      Chronique Musicale :\nL uisa A n zo letti . . . L a musique en Italie.\nL. H .........................A Verviers.\nL. H .................... Concert Wagner.\n                         Petite Chronique.\n                Un numéro 50 centimes.\n\n                           Des presses de H . Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 134, "texte": "      LA\nW ALLONIE\n\n\n\n     Avril 1889,\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "      L ’A R T M O D E R N E\nREVUE     CRITIQUE    DES    ARTS     ET   DE    LA   LITTÉRATURE\n             26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                          A paraître :\n                 SCÈNES DE B A L\n          1 petit vol. de vers, par A l b . S t -PAUL.\n        LE T R A IT É D U VERRE\n                par R ené GHIL.\n                 Les Flambeaux Noirs\n         Livre de vers par Em ile VERH AEREN.\n\n            L REVUE\n              A PD ELLITTÉRATURE\n                       É IA D E\n      chez LA C O M B LE Z, rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n        CA P RICE- R EVUE\nJOURNAL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, ILLUSTRÉ,\n             paraissant le Samedi.\n             D i r e c t e u r : M aurice SIVILLE.\nAbonnements pour la Belgique : G francs l’an, étranger 8 fr.\nDirection et Administration : 81, rue de Livoum e, Bruxelles.\n\n     H1ô4 tel   des A m érica in s\n          — R ue d e l ’A b b é de l’E p é e — 1 4\n                              PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n              A u -Centre des Ecoles.\n Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                     PENSION DE FAMILLE.\n\n           T R A M W A Y S P O U R L ’E X P O S I T I O N .\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "            PREMIERES PROSES.\n\n\n\n                        (1865)\n\n                       IM PR E SSIO N U R BA IN E .\n\n\n\n      Les   flammes estivales font dans la rue comme\n         une gloire d’apothéose. Tout un rang de\n         maisons baigne encore dans l’ombre, mais\n         cette ombre brûle elle-même déjà comme un\nflambeau, et un mince ourlet lilas borde les trottoirs,\ntranchant sur la clarté crue du jour. Du pavé monte\nune blancheur aveuglante, écrasant jusqu’à la nappe\nd’argent fondu qui liquéfie le ciel, et dans la perspec­\ntive bout une buée pâle, où les aspects se fondent.\n   A u milieu de cet air de fournaise, Paris travaille\net ses poumons exhalent un grand souffle rauque et\nsourd. P ar moments un visage d’ouvrier, aux chairs\ndétendues et roses, vient aspirer, aux terrasses, les\nâcres effluves de l’atmosphère braséante; et par la\nfente des persiennes on voit bouger la nudité grasse\n des filles de joie.\n                                                 9\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "122                                    la Wallonie.\n\n\n\n   Les sueurs du travail et de l’amour fument à la\nfois, formant par places, sur le ciel éblouissant, une\nvapeur mince qui se dissout au brouillard des autres\névaporations; et une odeur de chair lasse par bouffées\nfades roule le long des façades, chauffées comme des\ndalles de fours.\n  A u loin, Sèvres, Meudon, Saint-Cloud, Suresnes\nétalent la rondeur vaste de leurs collines, nymphes à\ndemi plongées dans la fraîcheur des eaux; et çà et là\ndes noyés étoilent, fleurs de pestilence, horribles\ncharognes, l’herbe haute où tantôt s’enfonceront des\nreins de femmes.\n                          C a m ille LEM ONNIER.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "               LE GYNDÈS.\n\n\n                                   A José Maria lie Heredia.\n\n                          I.\n\neLs chevaux niséens marchent devant l’année\n  Libres de tout harnais et ferrés de vermeil :\n  Leur poil immaculé, d’où monte une fumée,\n     l’air d’un marbre blanc, rosé p ar le soleil.\n\n Ils marchent : K yros sait qu’une puissance amie\n Palpite dans leurs flancs et rayonne en leurs yeux\n E t K yros vient d’entrer en Mésopotamie\n Guidé par ces chevaux où v it l’âme des dieux.\n\n Le plus ardent connaît les gués de la rivière\n Il entre, en battant Veau, qui fa it comme un semis\n D e perles, sur ses flancs, sa queue et sa crinière,\n M ais le fleuve obéit à des dieux ennemis.\n\n C’est le premier rem part de Babylôn tremblante\n Le Gyndès protecteur dont les flots envahis\n Grondent de refléter une aurore sanglante\n Où sombrera la gloire antique du pays.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "124                                          la Wallonie.\n\n\n\n      Le cheval a senti l'hostilité du fleuve :\n      Un frisson hérissa ses crins blancs sur sa peau :\n      Mais, sans que ce péril plein de gloire l’émeuve,\n      Il marche, la crinière au vent, comme un drapeau.\n\n      Il marche noblement, et l’écume lui saute\n      Au poitrail, et foulant l'embûche des roseaux\n      Perfidement enchevêtrés, il dresse haute\n      Sa vaillante encolure émergeant sur les eaux.\n\n      M ais vents, roseaux, courants, tout est d'intelligence :\n      C’est l’étranger, c’est l’occident, l’outrage amer',\n      Le. fleuve humilié s’acharne à la vengeance,\n      E t déferle âprement ses flots comme la mer.\n\n      Hélios verse en vain sa splendeur paternelle,\n      Le cheval se roidit, et désespérément\n      Un regard plein d’adieux pleure dans sa prunelle\n      E t tout s'éteint dans un dernier hennissement.\n\n      Alors Kyros, la rage au cœur, les yeux en larmes,\n      Contre le fleuve impur qui vient de l’outrager,\n      Jure, les bras tendus avec un sourd bruit d’armes,\n      Un serment formidable en langage étranger.\n                             II.\n\n      Depuis un an, l'Asie entière est dans l’attente :\n      Que font les bataillons exilés des combats?\n      Les soldats ont serré les armes sous la tente,\n      K yros fa it un travail que l’on ne comprend pas.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "le Gyndès.                                              125\n\n  L ’effort multiplié des bandes travailleuses,\n  A remué le sable et la terre et la chaux :\n  Taillé des pilotis dans le tronc des yeuses,\n  E t fa it rugir la forge et les ardents réchauds.\n\n  Ils se sont façonné des machines étranges:\n  Des digues ont surgi dans l’amas des poteaux,\n  E t comme les fléaux font retentir les granges\n  Le sol a tressailli du choc lourd des marteaux.\n\n E t d’autres ouvriers ont creusé dans les plaines,\n Creusé bien loin, creusé partout, creusé sans fin,\n E t les Mèdes avaient pour guides des Hellènes,\n Le Mède étant plus fo rt et l'Hellène plus fin.\n\n E t douze mois s’étant passés dans ces ouvrages,\n K yros f it une offrande aux mânes du cheval :\n Au fracas des buccins tombèrent les barrages,\n E t le fleuve effaré se cabra dans le val.\n\n I l se sentait captif de rigoles cachées : .\n Trois cent soixante-dix canaux étaient creusés\n Le Gyndès, éloigné de ses rives séchées,\n Coulait avec fureur dans des lits imposés.\n\n E t lui, lui dont les flots roulaient les grands érables\n Des racines au faîte en leurs vastes remous,\n N 'était plus qu’un lacis de ruisseaux misérables\n Que les femmes passaient sans mouiller leurs genoux.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "126                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n                              III.\n\n      Or la ville, croyant son mur infranchissable,\n      R aillait K yros avec des rires familiers :\n      — Comme un petit enfant, il joue avec le sable,\n      E t ses soldats lassés y so?it morts par milliers !\n\n      Rassurés, tous buvaient le bonheur de revivre,\n      Les femmes dansaient, et, lasses, venaient s’asseoir\n      Aux genoux des guerriers; Babylôn était ivre\n      E t des parfums montaient dans l’azur chaud du soir.\n\n      Seuls les vieillards assis auprès des portes neuves,\n      Jetaient sur cette joie un regard anxieux,\n      E t mornes, attendaient le Punisseur de fleuves,\n      Qui domptait la nature et qui vengeait les dieux.\n                                     M a r c e l C O L L IÈ R E .\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "         LE MOT DE L'ENIGME.\n\n\n\n                                      ,4 Pierre Quillard.\n\n\n\n        O,r pour échapper à l’oracle, Oidipous s’était\n         exilé de Corinthe, abandonnant le palais\n         attristé de sa faute, le vieillard Polybos et\n         la reine Meropé. Les prunelles emplies\nd’horreur, frissonnant à la pensée du crime inéluc­\ntable prédit par le Dieu, il avait erré hagard sur les\nchemins. Un matin, à l ’heure où l’aube allume le\nflanc des collines, dans l’ombreuse vallée où abou­\ntissent trois voies, il avait châtié l’ancêtre insolent\nqui l’insultait, puis, les yeux toujours fixés sur les\nastres, il avait continué sa course vagabonde, allant\nvers les pays où il pourrait se rire du destin.\n   Cependant, l’âme des aïeux divins vivait en son\nâme ; fils de roi il rêvait un avenir glorieux, il pen­\nsait qu’un trône lui était dû, et ces songes héroïques\nlui faisaient oublier par instant les paroles entendues\nauprès du fatidique trépied.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "128                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Quand il apprit les malheurs de Théba ; quand,\nprès d’une fontaine, un pâtre lui conta le meurtre de\nLaios, les vengeances de la sphinge mangeuse de\nchair humaine et les promesses de Jokasté, il pensa\nqu’il devait délivrer la ville aux sept portes pour\ndevenir l’époux d’une souveraine et le maître des\nantiques Kadméiones.\n   Il se retira en la profondeur des forêts et, pendant\ndes jours et des nuits, couché sur des feuilles sèches,\nne prenant aucune nourriture, buvant seulement\nquelques gorgées d’eau, il réfléchit sur l’Enigme et\nsur le mot qui vaincrait la Vierge ailée.\n   Les Aigipans et les Hamadryades, cachés derrière\nles chênes, épiaient avec une vague épouvante le\nrêveur sombre. Dans le bois, solennisé par cette pen­\nsée cherchant à se saisir, les chèvres-pieds n’osaient\nplus poursuivre les nymphes ; tout se taisait autour\nde l’homme, car les dieux invisibles illuminaient peu\nà peu son esprit, destiné par les lois inviolables\nà pénétrer le mystère.\n   Un soir, un satyre vit briller subitement les yeu x\nd’Oidipous, il surprit sur ses lèvres un sourire, et,\nquand le soleil se leva, le chercheur quitta sa\nretraite, se dirigeant vers Théba.\n   Indifféremment, il délaissa Megara, il franchit le\nKitairôn cher à Dionysos, il but l’eau de l ’Asopos, et\naprès avoir traversé les plaines béotiennes, il vit\ns’élever, dans les brumes aurorales, Kadmée, la\nvieille citadelle qui avait jadis contemplé les Heliko-\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "     le Mot de l ’énigme.                           129\n\n nides chantant aux noces d’Harmonia et de Kadmos.\n Le mont Sphingios, gardien de la cité ogygienne lui\n apparut ; au sommet était accroupie l’enchanteresse\n au corps de bête : Oidipous gravit la hauteur.\n    Lorsqu’il eut atteint la cîme, la Sphinge se dressa\n devant lui ; elle le regarda d’un profond regard, mais\n les inflexibles paupières du héros ne s’abaissèrent\n pas. Il soutint sans trembler le choc des redoutables\n prunelles, ainsi il n’aperçut pas sur le sol les osse­\n ments de ceux qui avaient péri aux pieds du monstre,\n dans l ’audacieux effort de l’escalade, les uns, tombés\n en voulant baiser les lèvres de la charmeresse ; les\n autres, déchirés en étreignant ses seins aigus ;\n ceux-ci, broyés quand ils bondirent sur sa croupe, et\n ceux-là, morts à la suprême minute où de leurs\n doigts ils effleuraient ses cheveux.\n    Debout, le fils des rois attendait toujours, et la\nvierge parla, d’une voix pâle, sans timbre, sans lieu :\n    Il est temps encore pour toi, Inconnu. Si, plus\nhéroïque que les ordinaires mortels, tu as pu subir\nmon regard sans être épouvanté, tu ne résisteras pas\nà l’horreur de la question posée, et comme ceux qui\nt ’ont précédé, tu périras. V a-t-en ! Pour toi peut-\nêtre, peuvent briller de splendides aurores et\ns’éteindre des crépuscules consolants ; fuis par les\nchamps, sans retourner la tête : ne me tente pas.\n    Le chercheur intrépide répondit :\n   J ’attends ta demande, ô vierge ; j ’ai pensé long­\ntemps, je n’ai plus peur.\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "130                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Etranger tu l’as voulu. — Les lourdes syllabes\ntombèrent dans l’air ; elles paraissaient descendre de\nsphères inconnues et non de l’Etre dont la bouche\ncependant s’agitait :\n   Qui suis-je, interrogeait la Sphinge ! Divinateur\ntrès subtil, pénètre mon essence. Prononce donc la\nparole, qui me fera te dire le secret dernier.\n   Oidipous regarda la cité qui s’éveillait dans le\nlointain, les tours qui s’érigeaient, rutilantes sous le\nsoleil, les blancs frontons des temples et les tombes\ndes guerriers illustres ; puis, très calme, il dit :\n   Immolatrice mauvaise, tu n’es pas, et nul mystère\nne te fut confié. Un jour tu as parlé, t ’affirmant la\ndépositaire de l ’énigme ineffable, et les hommes\ncandides t ’ont cru, car il leur était doux d’entendre\nproclamer l’existence de leur perpétuel Idéal. Lassés\npar leurs recherches vaines, ils venaient vers toi\nl’âme anxieuse, et leurs frères ne s’étonnaient point\nde ne plus revoir les voyageurs hardis. Maintenant,\ntu as fait assez de victimes ; il est temps de parler.\nIl faut que les mortels crédules reconnaissent l’ina­\nnité de leur croyance ; ils doivent savoir que seule,\nleur aveugle foi crée ta puissance. E t désormais,\ndélivrés du décevant espoir de vaincre, ils marche­\nront vers le but perpétuellement glorifié, car ô\nfallacieuse incitatrice, moi l’élu des immortels je\nviens te dire : ton mensonge déifié, adoré, est ton\nunique force et ton secret c’est que tu n’as pas de\nsecret.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "    le Mot de l ’énigme.                              131\n\n   Les paroles de l’homme résonnaient ainsi qu’un\nappel de trompettes, elles retentissaient dans la\nplaine, et les habitants de la ville les entendirent. Ils\nsortirent en foule, emplissant les places. A vec une\népouvante joyeuse, ils virent la tueuse qu’ils avaient\ncrue immortelle, disparaître comme une illusoire\napparence, s’évanouir sans laisser trace d’une brume,\net ils acclamèrent le héros qui restait seul sur le\nSphingios.\n   Quand le dompteur de la prophétesse descendit la\nmontagne, les vierges vinrent à sa rencontre, por­\ntant des palmes et des fleurs. Elles tendirent vers\nlui leurs mains reconnaissantes, et, après l’avoir\nsalué roi, elles le conduisirent dans Théba.\n   Ainsi tomba la Sphinge, et c’était inévitable, car,\npar des volontés éternelles, il fallait que le fatal\nLabdakide connût le lit de sa mère et enfantât des\nfils fraternels.\n                                B ern ard LAZARE.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "             L ’A VEN TURIER.\n\n\n                                          A Charles Andler.\n\n\nLà-haut, temple ou palais dressé sur la colline,\n  Un amoncellement de blocs prodigieux\n  Monte : des chiens de bronze aux yeux de cornaline\n  Hurlent aux quatre vents, la gueule vers les cieux.\n\n Les murs massifs, coupés de portes métalliques,\n Sont écaillés de cuivre et peints de vermillon;\n Au faîte, le soleil frappe de feux obliques\n Un étendard taillé dans la peau d’un lion.\n\n Pacifiques, devant la demeure farouche,\n Des rosiers rouges et des lys parent le bois\n Où passe, inoffensive aux roses qu’elle touche,\n L ’Enfant belle à dompter les héros et les rois.\n\n Le calme lumineux du jour mourant caresse\n L ’Enfant grave : elle glisse entre les nobles fleurs\n Avec des gestes lents d’idole ou de prêtresse\n Qui n’a jamais connu le rire ni les fleurs.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "l ’Aventurier.                                       133\n\nElle va, contemplant de ses larges prunelles\nLes vagues de forêts qui ferment l’horizon\nE t le val où le soir vêt d’ombres solennelles\nLe Maître hérissé d’une horrible toison.\n\nC’est son père, tueur de bœufs, ployeur de chênes;\nEmbusqué tel qu’un fauve aux aguets, il attend\nLes voyageurs qui vont vers les cités prochaines\nE t fait craquer leurs os en ses doigts de Titan.\n\nPuis il revient, tranquille, après chaque tuerie,\nCourbé sous le butin comme un roi triomphant,\nE t tandis que les morts saignent dans la prairie\nSuspend de lourds colliers au cou de son enfant.\n\nMaintenant une nuit de lune, froide et claire,\nDécoupe le profil des monts sur les chemins :\nL e meurtrier fatal, sans haine et sans colère,\nEcoute s’approcher un bruit de pas humains.\n\nE t voici qu’au détour de la route moussue\nApparaît, radieux sous l’armure qui luit,\nUn guerrier casqué d’or qui porte une massue\nE t dont le manteau rouge illumine la nuit.\n\nLe Tueur, allongé dans la broussaille, épie\nL e Héros dédaigneux en marche vers la mort;\nMais celui-ci, clamant vers la muraille impie,\nRéveille les échos de la forêt qui dort :\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "134                                            la Wallonie,.\n\n\n\n      “ Je suis venu: hors du repaire, ô vainqueur dhommes!\n      Si tu fuis devant moi, je dirai que tu mens ;\n      Mais tu mériteras le nom dont tu te nommes\n      Si tu peux m’étouffer dans tes embrassements. „\n\n      — “ Soit ! Tes dents connaîtront la saveur de la terre. „\n      Et l’antique lutteur se dresse avec ennui\n      Pour écraser d’un coup de poing et faire taire\n      L ’éphèbe aventureux qui parla devant lui.\n\n      Ils se prennent, poitrine unie et chair mêlée,\n      Groupe tumultueux de râles et de cris :\n      L ’Enfant calme regarde, au fond de la vallée,\n      L e meurtre habituel, du haut des monts fleuris.\n\n      Elle voit seulement se mouvoir dans la plaine\n      L ’ombre du double corps et des torses jumeaux\n      E t sûre du vainqueur, s’enivre avec l’haleine\n      Des parfums langoureux épars sous les rameaux.\n\n      Mais tout à coup, après une clameur sauvage,\n      Ses impassibles yeux se ferment de terreur :\n      Comme un bœuf abattu dans le natal herbage,\n      L ’Invincible est couché sous le jeune Lutteur.\n\n      E t le guerrier sanglant, par les pentes ardues,\n      Monte vers le jardin : “ Vous serez apaisés,\n      O morts, je vengerai vos âmes éperdues\n      E t la victime est belle et vierge de baisers.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "l ’Aventurier.                                          135\n\nO morts, je vais tuer dans la F ille maudite\nLes exécrables fils qui naîtraient de ses flancs. „\nIl dit et vient, hagard du meurtre qu'il médite\nE t l’Enfant parle aux fleurs et tend ses bras tremblants :\n\n“ L ’Homme vous briserait avec ses mains brutales,\nRoses que je laissais fleurir et défleurir;\nUn arôme puissant monte de vos pétales,\nVos parfums sont trop doux pour que j ’aime à mourir.\n\nMa chair frissonne ; sauvez-moi, fleurs protectrices.\nO lys, lys glorieux que je n’ai pas cueillis,\nJe voudrais me cacher dans vos étroits calices\nE t refermer sur vous le voile des taillis.\n\nAu moins, versez en moi vos senteurs que j ’emporte\nDans le morne pays vos baumes précieux,\nO fleurs qui renaîtrez lorsque je serai morte,\nFleurs, étem elles Pleurs, fleurs égales aux dieux! „\n\nElle murmure encore des mots et des prières\nMais le vainqueur, surgi des âpres escaliers,\nTraîne par les cheveux l’Enfant dans les clairières\nE t fait boire son sang aux roses des halliers.\n\n“ J ’ai tué le Brigand et la Magicienne,\nL ’œuvre est bonne : luisez sur ma route, astres purs ! „\nE t l’Ephèbe drapé dans la pourpre ancienne,\nSe hâte dans la nuit vers les monstres futurs.\n                                 P i e r r e QUILLARD.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                   BRUMAIRE.\n\n\n                     Un chien perdu grelotte en abois à la lune...\n                     Oh! pourquoi ce sanglot, quand nul ne l’a battu?\n\n\n\nC'\n                                                 Jules L afa r g u e .\n\n\n\n\n        e st , ce m auvais soir de b rum e, g ran d e dé ­\n         tresse en mon âme.....\n            Il n’est plus, le vieil azur qui parfois\n         consola mes lassitudes d’être; du ciel mou\nle brouillard tombe par lourdes masses sur mon front\nqui ne rêve plus.\n   Aussi ce matin je pressentais, dans l’air affadi, le\nvol dolent du pauvre ange que j ’aime — l ’ange au\nsourire triste, le douloureux ange de Mélancolie,\ndont je sens à présent peser sur moi les grandes ailes\ngrises, les ailes tristes, les ailes fripées de pluie....\n   L e glas sonne en mon cœur. Mon vieux cœur\nenfantin s’éplore en longs miserere. E n mon cœur\nappâli danse la ronde lente, la ronde moqueuse;\ndansent les vieux espoirs, les candeurs fanées et les\nrappels d ’amour, et les inquiétants sourires.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "    Brumaire.                                       137\n\n  Oh la vie, la pitoyable plaisanterie !.... E t ne pas\nsavoir en rire !\n  R êver ? cela fait si mal ! — Mourir alors ? je n’ose\npas....\n  0 Seigneur ! être l’un de ces heureux meurtris\ndont l ’âme a pu saigner l’Œuvre !\n  Espérer ? Non, pas cela, plus cela !....\n  Souffrir plutôt. Souffrir      et c’est si bon d’en\nmourir et d’en vivre !\n\n  Je songe à toi, la maternelle Enfant si pure et si\ndouce ! aux bons grands yeux verts, ô calme sœur\ndu Silence ! toi la berceuse enfant mortuaire, qui\npieusement un soir m’endormira, après la songerie\ndernière en tes yeux infinis.\n\n                       Ch a r l e s   DEL CHEVALERIE.\n\n\n\n\n                                               10\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "        CHRONIQUE L I T T É R A I R E .\n\n\n                    SCÈNES DE BAL (*).\n   Une très belle et subtile analyse des SCÈNES DE BAL a\nparu dans l’A rt moderne, récemment. Il serait oiseux de\ndémontrer encore ce que le haut critique a frappé d’un si net\nrelief : la couleur exclusivement française, non plus mêlée\nd’italianisme, et la grande distinction des Scènes de B al.\nCependant quelques mots restent à dire sur l’ensemble et le\ndétail. — Albert Saint-Paul m’apparaît comme le plus féminin\ndes poètes de la dernière heure, celui qui le plus est épris des\nchoses frêles et excelle à détailler les finesses. Plus féminin\nassurément que Georges Khnopff, dont les vers sont des\nvisions d’ange, il vit d’une humanité grâcieuse et douce, qui\nse réjouit à manier des élégances.\n   Cet aimer du fragile semblerait devoir en faire un ana­\nlyste exclusivement. Mais une influence, — la musique sans\ndoute, — a élargi son horizon, et ses touchers de femme\nobéissent au cerveau d’un homme.\n   C’est dans la musique, par conséquent, et son alliance\navec la féminité, qu’il faut chercher la caractéristique de ce\npetit livre adorable : Scènes de Bal.\n   La musique, cette logicienne qui plane, lui a fait concevoir\n\n  (*) Par Albert Saint-Paul, 450 exemplaires d’une édition charmante\nsur Japon supérieur, E. Deman, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "     Chronique Littéraire.                                    139\n\nune œuvre, lorsque d’abord on s’attendait à des pastels\nexquis, sans nulle idée pour les unir. L e X V IIIe siècle de\nGeorges Khnopff a certes une grande unité parce qu’il est un\ntableau complet. Dans les Scènes de Bal, et pour la première\nfois je pense, il y a en plus cette obsession : le parfum d’une\njoliesse aimée qui va mourir.\n    Cela, dis-je, est dû sans doute à la musique. A la musique\naussi, art sans lequel nul ballet, c’est encore à la musique\nchoyée qu’Albert Saint-Paul doit son originalité la plus\nvisible : l’aptitude à saisir le rythme maniéré d’un geste, les\nmignardises d’attitudes, un clin singulier des paupières, ou la\ncourbe des moues félines qui vont sourire...\n    L ’œuvre se colore de peu d’images, mais c’est la subtilité\ndes lignes aux soies des plis mutins, et des marquises, les\ntrop fêtées, s’improvisées jalouses, en des parcs, avec des\nglobes laiteux à toute lumière, des fuites éparpillées pour\nlutiner qui les poursuit ; enfants mignons venus en guirlandes\nfleuries autour des gerbes d’eau qui jaillisent; et puis des\npas menus qui vont, qui vont ; un départ en gaieté frivole\nsur le lac, et bruits de rames, et rire aigu des violons dans\nl’île, et c’est le grand soir dans les arbres et sur les terrasses\nl’on coquette. — E t puis en chasse, en chasse par les bois !—\net puis en fuite, hélas, bientôt : car voici dans le très loin,\nvoici que sombre un très lourd écho ; oui c’est la fuite qui\nhâte leur désarroi, et pour accueillir de nouveaux hommes,\nun vent d’exil va disperser les frêles pétales de ces roses qui\nmeurent.\n    Pour traduire un pareil sujet, il faut un vocabulaire choisi.\nAlbert Saint-Paul a très heureusement serti dans ses vers\ndes vocables mignons, sans afféterie dépassant le but et des\nconsonnances grêles, précises à merveilleusement évoquer\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": " 140                                                 la Wallonie.\n\n\n\n les grâces artificielles de ses personnages. Quelques-unes des\n plus belles pièces du recueil ont paru ici (*).\n    Il n’est donc pas nécessaire de citer les vers du poète pour\nillustrer par un exemple ce que je dis de sa musique. Sauf,\nà un seul endroit, l’ombre fâcheuse d’une mélodie im ita­\ntive, cette musique est bien l’harmonie fine et mince et qui\ns’étire pour évoquer des vénustés frêles. Peut-être voudrais-\nje plus de continuité dans le tissu musical, une basse plus\nconstamment cohérente.... et encore ! Et puis vraiment suis-je\nmagister, d’aller, avec d’énormes loupes, chercher le point\nnoir imperceptible de cette petite perfection rose.\n                                                          M.\n\n                  LES POÈTES NAMUROIS,\n        par A u g u s t e V i e r s e t . — Liège, B é n a r d .\n   Après son Essai d’orthographe wallonne d’après la méthode\n Chavée et son essai linguitisque, Germain-wallon, M. Auguste\nVierset publie, joliment attiffée par M. Aug. Donnay et la\nmaison Bénard, l’analyse pieusement méticuleuse des poètes .\nwallons namurois. Une intéressante préface reproduit la brave\nhistoire des Moncrabaux et déplore l’agonie du vieux wallon.\n   Ma seule déception, c’est de n’avoir rien trouvé sur la\npoésie wallonne avant W érotte qui débuta vers 1830. Il est\nvrai qu’à Namur comme à L iége, c’est depuis cette date\nqu’on a le plus écrit en wallon : le chant du cygne de notre\npatois emplit ces trois derniers quarts de siècle et il est né\nplus de poésies et de comédies wallonnes en Belgique que\ndans tous les siècles du Pays de Liège. Est-ce parce que\nnotre race a le culte des souvenirs et que c’est depuis la\n (*) la Wallonie, février 1888.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "     Chronique Littéraire.                                 141\n\n révolution, de 1830 que sa glorieuse existence politique a\n vraiment disparu ? Toutefois le mouvement moderne fait\n plus parade des crâneries intrinsèques de la langue qu’il\n n’exhume intensément des souvenirs. Ceux-ci ne semblent\n souvent qu’un prétexte; et les préoccupations politiques\n ayant trop contaminé cette littérature, la rendent d’autant\n plus mesquine que, si nous avions même eu un Auguste B ar­\n bier, la scène historique de la France nous manque. Les\n morceaux des deux siècles derniers sont au moins exempts\n de pose, sinon de politique, car notre touchant ruisselet\n de littérature a la même proportion d’utilitarisme que le\n lumineux fleuve français. J ’attendais donc dans l’œuvre de\n M. V ierset quelques-unes de ces vieilles pièces qui sont\n précieuses en raison de leur rareté et qui nous font magique­\nment communier avec l ’âme des aïeux, absente de l’indiges­\ntion en plusieurs in-folios des Délices du Pais de Liège.\nNamur n’aurait-elle pas une de ces vieilles pièces dont il\nreste ici une cinquantaine ? quelque franche inspiration de\nterroir au parfum évoquant celui de Josquin des Prés et de\nLa Pêche miraculeuse de Henri de Blés ? Voilà qui est cher\naux amants de l’ancienne âme locale !\n   Cette lacune, dont M. V ierset est sans doute innocent,\nn’empêche pas que son livre — écrit avec un souci très rare\ndans ces sortes d’œuvres, — ne donne l’exacte sensation de\nNamur, une de nos villes caractéristiques, qui semble se\nressentir de l’hospitalité forcée qu’elle offrit jadis aux\nCimbres et aux Teutons. Le caractère wallon s’y marque\naussi net qu’à Liège, qu’à Tournai ou qu’à Verviers, mais\ngazé d’une certaine lourdeur. Namur est notre Limousin\ncomme V erviers notre Marseille. Un séjour que j ’y fis autre­\nfois me permit d’en faire l’incessante remarque, confirmée\npar une lecture de Charles W érotte.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "142                                            la Wallonie.\n\n\n\n    W érotte et Colson évoquent Namur. Ce n’est pas qu’ils\nsoient de bien grande taille. Mais j’ai eu l’âge de M. Vierset,\n et je lui sais gré de sa tendresse extrême et des regrets filials\nqui ont ravivé en moi d’agonisantes impressions. Ses der­\nnières pages m’ont ému, je les ai profondément comprises.\nElles ont été le vaste éclair d’ambre qui a arraché une\n seconde, d’une région enténébrée de ma mémoire, tous les ho­\nrizons et toutes les vivantes saveurs urbaines d’une éphémère\n conception patriale. Ceux qui l’ont eue me comprendront ;\n une citation ne dirait rien aux autres. Aussi deux sentiments\nluttent en moi : le prestige d’accents aimés m’hallucine et\nje crains d’être froid, puis, la réflexion venant, je crains le\n contraire. Je pense garder une juste mesure en disant que\nSuars, Lagrange, Colson et même W érotte, — pour ne parler\nque des morts — ont plutôt laissé d’attrayants documents\npoétiques que de la poésie. W érotte doit être lu par tous les\nW allons, il est loin de la délicate perfection fréquente chez\nnotre Nicolas Defrecheux, mais il incarne assez bien la\nbonne grosse sentimentalité namuroise, son énergie parfois\ntriviale et son sans-gêne parfois indécent, à preuve certaine\ndéclaration d’amour à un moment tel... que M. V ierset a eu\nle bon goût de ne pas reproduire la chanson la plus connue\ndu recueil, pareil comique étant ignoble.\n    Je loue M. Vierset de son indulgence. Sans elle eût-il fait\nson utile travail avec une si consciencieuse minutie ? Mais ce\nqui montre la supériorité du français sur notre cher patois\nmoribond et surtout de la génération littéraire actuelle sur\nles deux précédentes, c’est la différence qui éclate entre\nl ’analyseur et les analysés. On dirait un orfèvre — qui n’est\npas Monsieur Josse — montant des cailloux !\n                                      CÉLESTIN DEMBLON.\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "         CHRONIQUE MUSICALE.\n\n\n                  L A M U S IQ U E E N I T A L I E ,\n\nA propos d’une étude critique de M . LUDOVICO A l b e r t i .\n\n                              (Suite.)\n  A Athènes, où s’était étendue de Sparte la culture musi­\ncale, des maîtres célèbres, qui se succédèrent sans interrup­\ntion, depuis les guerres contre les Mèdes jusqu’à la conquête\nmacédonienne, posent les bases de la théorie et de la\ntechnique ; sous leur direction, les écoles communales\nd’Athènes deviennent le centre de l’intelligence et de la phi­\nlosophie. En avançant comme science, la musique acquiert\ncomme art de l’importance et de la considération. Près des\nécoles d’Alexandrie, dédiées aux recherches scientifiques\net beaucoup plus encore aux mathématiques musicales,\nd’autres écoles viennent aussi d’être établies, destinées à\nl’éducation des artistes et s’occupant de l’organisation des\nfêtes artistiques.\n   Renommée est l’école de Théos, ayant une sorte d’affinité\navec le Conservatoire moderne; là, dans un programme de\nvastes études, nous voyons rangées la mélographie\n(μελογραφια), c’est-à-dire la composition musicale, et la\nrhythmographie (ρυθμογραφια).L aliberté hellénique perdue,\ndisparut aussi le principe pédagogique de l’art musical, qui\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "144                                          la Wallonie.\n\n\n\nne se trouve ensuite pratiqué nulle part; et Rome eut en\nhéritage de la Grèce seulement l'organisation de l’enseigne­\nment particulier à l’artiste de profession. Il en resta des\ntraces dans la partie orientale de l’empire romain jusqu’à la\nchute définitive du paganisme.\n   La lumière du christianisme se leva, et, comme la civ ili­\nsation nouvelle tend à tout réédifier, l’art païen aussi se\nrégénère en rentrant dans le temple. Devenu le monopole\nde l’église, cet art fut pratiqué exclusivement d’abord par\nles sinfoniaci, c’est-à-dire un choeur d’enfants dédiés au\nservice du culte (première institution du pape V italiano);\nensuite il s’étendit dans les cloîtres et dans les séminaires\npour les fils de la domesticité; plus tard, au XVIe siècle,\nnous voyons l’art se populariser, et nous voyons aussi\napparaître en Italie, semblables aux écoles des cloîtres, une\nsorte de Conservatoire pour les orphelins et les fils des\npauvres, destinés à augmenter la phalange des chanteurs\ndes églises ; enfin, à l’époque de la révolution française,\nl’enseignement devint laïque par la fondation du Conserva­\ntoire de Paris. Sur celui-ci se modelèrent peu à peu tous les\nautres établissements musicaux des principales villes d’E u­\nrope.\n   On peut donc observer dans les diverses époques de la\ncivilisation chrétienne la répétition d’un fait constaté dans\nles civilisations antérieures : la musique, à mesure qu’elle se\ndéveloppe et que l ’idée de sa mission éducatrice s’enracine\ndans les esprits, sortant du temple se propage dans le peuple,\net le privilège d’une seule caste devient le patrimoine de\ntous. La différence consiste seulement en ceci : tandis que la\nmusique joue un si grand rôle en notre temps et prend tant\nd’extension, on ne se donne nullement la peine d’en favoriser\nle développement.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "      Chronique Musicale.                                            145\n\n    Malgré la merveilleuse efflorescence musicale de notre\n siècle, nous n’avons pu qu’établir des centres d’étude pour\nles virtuoses. On reconnaît l’efficacité morale de l’art ; mais\n comme on ne tient compte que de l’effet immédiat (1), l’attrait,\nil en dérive la croyance que cet art est aisément accessible\nà tous. L ’art, qui est transcendant par excellence, se dérobe\névidemment à l’intelligence commune; on le tient, avec son\ninterprète l’artiste, pour une chose inutile à la société; la\nfoule cependant est envahie par le faux et prétentieux dilet­\n tantisme.\n   Oui, parlons de cette passion, perte de l’art... On croit\ncompléter par une décoration charmante toute bonne éduca­\ntion en arrivant à un degré quelconque d’habileté d’exécution\nsur un instrument; il suffit de tapoter une polka sur le piano,\nou bien de miauler quelque petite romance, pour obtenir une\ncertaine supériorité même sur les artistes, et le droit de se\nposer en juge compétent. Une multitude d’ignorants et de\nprétentieux d’un côté, de l’autre une troupe affamée de\npseudo-aristarques, race misérable, qui tient son origine\nde la même cause de perversion artistique, abusent de\nl’ignorance du public et des besoins des artistes.\n   Voilà donc comment, sans l’appui de ceux qui devraient le\nplus l’aider, courant le risque d’oublier sa vraie destination\nou de manquer à sa propre mission en devenant l’esclave\nd’un goût corrompu, la musique, rivée à l’inaction, s’affaisse\net s’affaiblit de plus en plus. Néanmoins, quel art- exerça\nautant d’empire que la musique de nos jours ? Dans quelle\népoque a-t-elle soulevé autour d’elle un si général intérêt ?—-\nC’est précisément de cet intérêt qu’il nous faut tirer le parti\n   (*) Débilitant, qui énerve comme une habitude lascive, et tue l’art en\nl’épuisant.                                                    L. H.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "146                                             la Wallonie.\n\n\n\nle meilleur pour faire aboutir l’art à son but sublime......\nPopulariser dans sa base l’éducation musicale; la pratiquer dans\ndes centres bien organisés, consacrés uniquement à l’instruc­\ntion supérieure de l’artiste, et auxquels est assignée la direction\nsuprême de l’art, c'est comprendre et seconder la mission\nessentiellement humanitaire de la musique dans la civilisation\nmoderne. „\n   Ici, à l’aide d’une citation très appropriée des théories\nd’Aristote sur l’éducation musicale du peuple, l’écrivain\nréfute une objection qu’il se faisait lui-même : “ Veut-on\nfaire d’un peuple ou d’une nation un seul artiste ? u „ Et,\naprès, il répond très clairement à cette autre question :\n “ De quelle manière les établissements musicaux, qu’ils\ns’appellent Conservatoires ou Ecoles de musique, doivent-ils\n exercer la suprême direction de l’art ? — En cultivant et en\nconservant le goût artistique, dit-il, soit par la propagation\nqu’en font les artistes compositeurs et les virtuoses sortis de\n ces écoles et possédant une réelle culture, selon les exigences\n de leur art ; soit par les exécutions magistrales entendues\n dans les mêmes établissements. Celles-ci sont destinées à\n perpétuer la tradition par l’exécution caractéristique des\n œuvres classiques, quand, cette tradition existe; à la créer,\n à l’établir, quand elle n’existe pas. L es biblothèques seules\n à présent gardent les monuments du passé; leur influence\n sur les progrès de l’art et sur la formation du goût ne peut\n être que trop faible; car la lecture des partitions, lettre\n morte pour le vulgaire, est bien inférieure comme résultat à\n une exécution réelle. Mais que l’on ne nous dise pas que\n nous pouvons apprécier ces œuvres dans les théâtres et les\n concerts publics...: où entre le spéculateur, l’art est sacrifié. „\n    Pour finir M. Alberti considère justement les obligations\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "     Chronique Musicale.                                         147\n\nqui seraient de la compétence du gouvernement à l’égard de\nla direction et du progrès artistique des Conservatoires. “ Les\néconomistes d’E tat ne veulent admettre dans le champ de\nl’art que l'initiative individuelle ; car, une utilité immédiate ne\ns’y montrant pas, le gouvernement ne peut s’en mêler. Nous\nnous passons des statistiques, qui démontreraient assez bien\nquelles sont les ressources matérielles de l’art musical. Il\nsuffit d’observer combien de richesse nationale surgit dans\nles théâtres d’opéras, que de personnes y gagnent leur vie, et\ncombien d’industries se développent autour d’eux. Pour nous,\nnombre d’arguments d’ordre supérieur imposent cette ingé­\nrence du gouvernement. D ’abord ce lui est un devoir de\nfavoriser tout ce qui tend au bien-être et au perfectionnement\nmoral et physique du peuple. En second lieu, l’histoire con­\nfirme ce devoir ; car elle démontre comment à toutes les\népoques, chaque autorité constituée reconnut qu’il était\nnécessaire d’entreprendre elle-même la direction de l’ensei­\ngnement musical.\n   L e gouvernement, tout en laissant aux Conseils acadé­\nmiques une liberté d’action assez large, ne doit pas renoncer\nà certaines charges qui lui appartiennent, comme par\nexemple, l’élection des professeurs, l’institution des commis­\nsions ad hoc, lesquelles, pendant l’examen des titres des\ncandidats, doivent résider au Ministère, et se composer de\nmembres tout à fa it étrangers à l’établissement intéressé; mais\nsurtout on doit user de précaution dans le choix des profes­\nseurs et particulièrement des directeurs.... D e la vigilance et\nde l ’œuvre intelligente du directeur dépend la prospérité\nd’un Conservatoire; c’est pourquoi il faudrait qu’il y ait\ndans la personne que l’on désigne, plus que le           v ir tu o s e\n\ncélèbre ou le musicien savant : l’homme de lettres, animé\nd’énergie et doué d’une large vue intellectuelle. „\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": " 148                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Nous avons dû renoncer malgré nous au désir de donner\nl’entière traduction de l’étude de M. Alberti. Plusieurs\nquestions d’intérêt particulier ne nous semblaient pas à leur\nplace loin du centre auquel elles appartiennent ; tandis que\nle lecteur peut se former aussi par cet extrait un jugement\nde l’entière publication.\n   Achevons, ainsi que nous avons commencé, en signalant\nce jeune écrivain comme celui qui parmi tous ces collègues\nnous semble posséder le plus de cette intuition, de cette\nconscience éclairée et de cet esprit nourri d’un vrai savoir\nscientifique qui donnent au critique le droit d’imposer ses\nopinions, et au lecteur intelligent quelque satisfaction à les\naccepter.\n                                     L u isa ANZOLETTI.\n\n                                       a   V e r v ieus.\n\n\n   Verviers, ma foi, devient pour la musique la succursale de\nLiège, et une succursale qui le devance en certaines choses. —\nNous nous faisions cette réflexion, le 10 avril, en sortant du\nbrillant concert auquel Louis Kéfer nous avait conviés. Avec\nun orchestre peu nombreux, formé d’éléments assez nouveaux\net quelque peu disparates, Louis Kéfer est parvenu, à force\nd’énergie et en y employant ses belles qualités de chef, à\nexécuter les grandes oeuvres de la musique moderne, telles\nque la symphonie libre de Raway, des symphonies de\nBeethoven, et d’importants fragments de W agner. Certes, la\nperfection est impossible dans une petite ville ; aussi les\ncuivres et les bois, individuellement, sont-ils très médiocres.\nMais les cordes sont remarquables ; et puis la volonté du\nchef dardant sur tout l’orchestre, l’œuvre sort victorieuse et\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "     Chronique Musicale.                                     149\n\n claire et la pensée du compositeur jaillit en belle lumière.\n    Si l’interprétation du finale de Parsifal (1er acte) manquait\n parfois de clarté, à côté de passages saisissants, en revanche\n l’orchestre et les chœurs étaient superbes dans le finale des\n M aîtres Chanteurs, dans Espana de Chabrier, dans Tristan,\n — et, sauf un petit fragment gâté par les bois, dans Peer Gynt\n de Grieg.\n    Madame Materna animait le concert par la grandeur de\n ses inflexions ; nous parlerons d’elle plus longuement tantôt.\n    Car vite il nous faut féliciter hautement, et remercier\nLouis Kéfer, qui s’est bellement dépensé pour l’Art. Un\nexemple de son intelligente influence novatrice : le pro­\ngramme contient lithographiés, tous les leit motiven des\nœuvres wagnériennes interprétés. Cela, il est le premier à le\nfaire en Belgique — oh ma brave et retardaire petite nation\nbelge ! — et il a même étendu l’innovation aux programmes\nd’intéressantes soirées consacrées à la musique de chambre,\net qu’il organise. A Bruxelles et à Liège ne pourrait-on\nl’imiter enfin ? A Liège, au Conservatoire et aux concerts de\nM. Dupuis, — à Bruxelles aux concerts Servais, — le pro­\ngramme contient l’analyse des œuvres. C’est bien, mais ce\nn’est pas assez ; et le Conservatoire, qui est une Ecole de\nmusique, devrait avoir à cœur de rendre complète sa mission.\n\n\n                                Co n c e r t W a g n e r .\n\n\n  Sous la direction et grâce à l’intelligente initiative de\nM. Dupuis, voici la plus intéressante soirée musicale que\nnous ayons eue depuis des années. Avec un orchestre rénové\npar l’énergique et rigoureux bâton d’un musicien-artiste, une\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "150                                          la Wallonie.\n\n\n\n cantatrice non pareille, — madame Materna, — et des\n fragments exclusivement élus dans l’œuvre de W agner, on\n pouvait espérer quelque idéal triomphe de Musique.\n    L e programme, composé avec le plus grand soin, donnait\n la perspective des diverses manières du maître. Il commen­\n çait par le Vaisseau fantôme et se terminait par le finale de\nla Götterdämmerùng, en embrassant Tannhaüser, la Siegfried\n Idylle (sur des thèmes de Siegfried), Tristan et Ysolde,\nles M aîtres chanteurs, avec cet épilogue de la Ruldigungs\n Marsch pour évoquer la figure angélique et noble du dernier\nRoy qui fut : Louis II de W ittelsbach, Seigneur de la\nBavière.\n   Madame Materna, je l’avais entendue quatre ou cinq fois\ndéjà; est-il besoin de dire que mon admiration pour la mu­\nsicienne interprète n’a pu que grandir encore. Mais elle nous\narrivait un peu fatiguée, cette fois, et l’ampleur de sa voix\nn’était plus celle des concerts Servais, à Bruxelles. A\nV erviers déjà, on la sentait exténuée : mais là son déclamer\nfut si tragique, elle imprégna d’une telle surhumanité la mort\nextatique d’Ysolde, que nul passager regret ne pouvait se\nfaire jour, en sa présence. A Liège, peut-être un peu\ndépaysée de son lumineux royaume d’art, au milieu d’un\npublic en foule si mondaine, on eût dit qu’une hésitation\nparalysait d’abord ses forces d’expansion. Assurément il ne\ns’agit point d’éplucher sa méthode, de critiquer une respira­\ntion, ou autre chose semblable : la passion sublimée et palpi­\ntante dont elle vibrait à Bruxelles et à Verviers, je n’ai pu\nla retrouver entière, ici, dans Tristan et Ysolde. Mais en le\nfinale du Götterdämmerung, la W alküre tragique s’est à\nnouveau révélée, et dans les thèmes en tempêtes qui se\ndéchaînent, sonnant la mort du W alhall ébranlé, elle dit\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "     Chronique Musicale.                                        151\n\nhéroïquement Siegfried, le guerrier fier qui fut parjure sans\nle vouloir, et la fin du W alhall qui s’écroule dans sa mort.\n   Après tel hautain souvenir, il paraît difficile de laisser\nplace à des réserves, et j ’ose à peine dire ce regret bien vif :\nqu’au lieu de l’air d’Elisabeth au 2e acte de Tannhaüser,\nMadame Materna n’ait choisi la musicale prière du 3e acte,\nsi admirablement interprétée par elle à V erviers.\n   L ’orchestre a fait merveille : il est vrai que le désintéres­\nsement de MM. Dupuis et Vanderschilde n’avait pas épargné\nles répétitions ; il est vrai aussi que M. Dupuis s’était dépensé\nnoblement (jusqu’à neuf heures en un seul jour). Sauf le\nmouvement des M aîtres chanteurs, d’une lenteur excessive\ndans la première partie, un peu de confusion dans la Huldi­\ngungs Marsch, et puis les cuivres trop gonflés et redondants,\nje ne trouve guère que des critiques de détail : pas assez de\nfluidité au début du Prélude de Tristan, les sons de cor pas\nassez longs dans la Siegfried Idylle, et autres misères encore\nplus imperceptibles. D ’ailleurs, ceux qui entendirent les répé­\ntitions savent que ces menus défauts ne peuvent être imputés\nà M. Dupuis. Celui-ci ne mérite que des éloges ; et de plus pour\nla belle lutte qu’il conduisit cet hiver et qu’il vient de si fière­\nment terminer, il a droit à la gratitude et à la sympathie\nde ceux qui aiment l’Art.\n                                                         L. H.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "152                                                   la Wallonie.\n\n\n\n             PETIT E CHRONIQUE.\n   Bien-venue à la Pléiade (*), la revue qui renaît aux grands\nparterres de Paris. Puisse-t-elle aussi noblement s’élever\nque la Pléiade primitive, celle d’il y a deux ans. Dans le\nnouveau groupe, les noms de tels poètes et prosateurs, parmi\nles collaborateurs effectifs : Henri de Régnier, Jean Ajalbert,\nMaurice Barrés, Rodolphe Darzens, L. Tailhade, F. Viélé­\nGriffin, Ephraïm Mikhaël, Pierre Quillard, Rachilde, —\nces noms disent haut et clair qu’un art de belle jeunesse va\nlà s’épanouir. W elcome à ces amis, et longue vie à la Pléiade.\n\n  A d e l , la Révolte future (**), poème social par M. Jean\nLombard, avec une préface-critique de M. Théodore Jean.\nBien qu’il ait appelé son fils Annibal, M. Jean Lombard\nmontre un tempérament d’écrivain, un peu romantique, un\npeu Richepin, avec des vigueurs. Des images sonores et qui\nrutilent, une vue assez large de certains groupes de la\nSociété; mais une propension funeste à gonfler les joues et à\nboursoufler la phrase, quelques incorrections aussi, et des\nnaïvetés. Adel est assurément supérieur au moyen niveau\nde cet art humanitaire, sans être de l’art pour cela. Quelques\npages intéressent, parfois. Quant à M. Théodore Jean, sa\npréface, d’ailleurs assez écrite, est amusante; il se donne\nbeaucoup de peine et veut prouver que les artistes n’aimeront\npas les poèmes pour le peuple, non plus que ses préfaces;\nvraiment c’était inutile.\n                               * *\n  Notre gratitude à l’E tudiant, qui publie nos sommaires.\nLire dans l’E tudiant des vers d’Emile Verhaeren, reproduits\nde son dernier livre, les Débâcles.\n  (*) -10 francs l’an; Paris, 18, rue Duperré.\n  (**) Paris, librairie universelle, rue de Seine, n° 1.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                   ET. Z ' E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            L IÈ G E .\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                Place du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                   RACCOMMODAGES.\n\n\n\nÉCRITS POUR L ART  R EVU E M ENSUELLE\n  L a livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n          Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n           A paraître chez V A N IER ce m ois :\n  CLOCHES E N L A N UIT\n               Livre de vers par Adolphe R e t t é .\n        En souscription dans nos bureaux ;\n     C R É P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1886, -1887 et -1888) sont en vente\n                             au prix de G francs.\nLa W allonie et les Ecrits pour l’Ar t se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Cnusé; George; D’Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-Michel; Savine, libraire,\n    4 8, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n     libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA A n v e r s : chez Mme Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "  4e ANNEE, Ν° 4.\n\n\n                        LA WALLONIE\nBEVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n\n                                      E r n e s t MAHAIM,\n                                      A l b e r t MOCKEL,\n         Comité de Rédaction\n                                      P. M. OLIN.\n                                      MAURICE       SIVI LLE.\n\n              Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\nEnvol d’un numéro spécim en contre 8 0 cen tim e·\n              en tim bres-poste.\n    ABONNEM ENT    : 5 fr. p a r an. U n io n p o s ta le : 6 fr. 60.\n\n                          SOMMAIRE :\n\nCamille Lem onnier . Premières proses : Impression urbaine.\nM arcel Gollière . . . L e Gyndès.\nBernard L azare . . L e Mot de l ’énigme.\nPierre Q u illard . . . L ’Aventurier.\nCharl. D elchevalerie. Brumaire.\n                     Chronique L ittéraire :\nM............................ Scènes de bal.\nCél. Demblon . . . . Les poètes Namurois.\n                      Chronique Musicale :\nL uisa A n zo letti . . . L a musique en Italie.\nL. H .........................A Verviers.\nL. H .................... Concert Wagner.\n                         Petite Chronique.\n                Un numéro 50 centimes.\n\n                           Des presses de H . Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-04", "signet_source": "4ème année - N°4 - Avril 1889", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (« 4e ANNÉE, N° 4 »), PDF 169, avec le sommaire imprimé qui correspond aux pièces ; le mois (avril 1889) ne figure pas dans l'OCR de couverture et reste celui du signet.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}