{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA W A L L O N I E Mai 1889.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "LA\nW   A   L   L   O    N    I     E\n\n\n\n\n                    Mai 1889.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’A R T M O D E R N E REVUE CRI", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 171, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "L ’A R T M O D E R N E\nREVUE    CRITIQUE     DES     ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n            26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                    Viennent de paraître :\n\nS cèn es d e Bal, petit vol. de vers, par A.lb. S t -P aul ,.\nT r a ité d u Verbe, par René G h i l .\nLes Dé bâ c les, par Emile Ve r h a e r e n .\nC loches de la Nuit, par Adolphe R e t t é .\n\n           L A P L É IA D E\n                 R EVU E DE LITTÉRATURE\n     chez L A C O M B L E Z , rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n        CA P R ICE - R EVUE\n JOURNAL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, ILLUSTRÉ,\n              paraissant le Samedi.\n            D ire c te u r   : M aurice SIVILLE.\n Abonnements pour la Belgique : 6 francs l ’an, étranger 8 fr.\n Direction et Administration : 81, rue de Livourne, Bruxelles.\n\n\n\nÉCRITS POUR L'ART R EV U E M ENSUELLE\n La livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n        Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n         LA CRAVACHE,\n     9, Cour des Miracles, Paris. — 10 francs l’an.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 156, "titre_corps": "De Jules Barbey d’Aurévilly", "titre_sommaire": "Fragments", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "de JULES BARBEY d’AURÉVILLY.     Un haut artiste, Jules Ba", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 172, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "de JULES BARBEY d’AURÉVILLY.\n\n   Un haut artiste, Jules Barbey d’Aurévilly , a récemment\nquitté nos batailles de lettres.\n   Qui ne sommes journalistes et n’oserions sur le grand mort\nélever l’équivoque tombeau d’un article fait à la hâte, — on\nne juge pas ainsi Jules Barbey d’Aurévilly ! (*) — nous avons\npensé qu’il serait bon de choisir en son œuvre quelques\nphrases, une ligne, un mot qui dans nos lectures, au gré\ncapricieux de l’instant, nous auraient surtout dominés. — Il\nn’est ici, cela va sans dire, nulle tentative de complet résumé,\nbien qu’en sa prose Barbey d’Aurévilly doive plus clairement\net droit surgir qu’en des critiques. Nous voulons, et seule­\nment, ceci : rappeler de cet océan quelques vagues très\nseules, pour qu’à nos plages tout en murmures d’elles, fière­\nm ent encore elles laissent onduler leurs lentes courbes\nd’argent sombre.\n Le monde, c’est l’imbécillité multipliée par elle-\nmême, et élevée à sa plus haute puissance.\n  Car il était de cette race sauvage et un peu fière\nd’hommes pour qui rien n’est illusion dans la vie :\nyeux perçants, qui voient la ride à côté de la bouche\naimée, la misère du cœur qu’ils pressent sur leur\ncœur avec le plus d’amour.\n\n (*) Une ou deux belles études, tôt publiées, font exception.\n                                                                11\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "154                                     la Wallonie.\n\n\n\n  Hommes qui n’ont de respect pour rien sur la\nterre ; — que le monde accuse d’égoïsme parce que\nleur mor est plus grand que le monde - de méchan­\nceté, parce que leur œil implacable a tout vu des\nmotifs cachés.\n   Il avait l’opinion hautaine que qui veut une femme\nl’a toujours.\n   Car il vaut mieux donner sa personne que d’écrire,\net, par Jupiter ! Madame, ceci n’est point un para­\ndoxe comme ceux que je soutiens parfois.\n  L a pitié qui n’est peut-être que l’entente et le\nressouvenir de nos douleurs à nous-mêmes...\n  Croyez-le ! la mère n’est si belle que quand elle\nest un débris de l’amante.\n   Je m’appuyais sur mon orgueil, et je regardais, sur\nle mur, comme cette attitude m’allait bien.\n  L ’abattement me tint lieu de résistance et je me\nsupportai vivre parce que, dans l’écroulement uni­\nversel des facultés de mon âme, il m’était aussi indif­\nférent de vivre que de mourir.\n  Réfléchir sur son bonheur n’est-ce pas le doubler.\n  C’est que les femmes, quoi qu’elles puissent dire\ndans les méprises de leurs tendres âmes ou affirmer\ndans l’hypocrisie de leurs vanités, ont beaucoup plus\nsoif de bonheur que d’amour.\n  Plus autre côté, peut-être n’y a-t-il que deux êtres\nvulgaires qui puissent s’aimer longtemps.\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "    de Jules Barbey d’Aurevilly.                   155\n\n  On entendait la note craintive du crapaud répétée\nà courts intervalles dans le silence du marais, har­\nmonie si résignée, mais si douloureuse.\n   L ’homme est si profondément vil qu’il fait des\nviletés des actions qu’il ne comprend pas, parce\nqu’ainsi il est toujours sûr de les comprendre.\n La force - la plus belle chose qu’il y ait dans le\nmonde après la vertu.\n  A force d’amour et dans l’intérêt de leur amour, les\nâmes très pures doivent avoir l’hypocrisie et le cou­\nrage des choses physiques et des tentatives auda­\ncieuses qui naturellement leur répugnent en raison\nmême de leur élévation et de leur supériorité.\n  Avoir l’air d’un homme qui se sacrifie quand on ne\nfait que sa volonté est l’air suprême en matière de\nfemmes comme en matière de peuple.\n  Notre réputation est le masque d’opéra avec lequel\non va dans le monde et l’on ne sait pas souvent\nquelles bonnes et aimables choses cache la noirceur\nde cet affreux loup que les autres vous attachent\nsur la figure.\n   Je ne crois pas à l’amitié des femmes. L a loi qui\nrégit l’humanité est salique ; nous n’avons point de\npairesses. L ’amitié d’une femme c’est de l’amour\nvierge ou de l’amour veuf. C’est avant ou après.\n  En fait de femmes, c’est dans les huîtres que l’on\ntrouve les perles.\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "156                                      la Wallonie.\n\n\n\n  En donnant le nom à un enfant, il faut penser à la\nfemme qui un jour aura à le prononcer.\n  La première lettre d’amour. — L a première tache\ndont toutes les hermines doivent mourir.\n  A vec les femmes, c’est comme avec les nations, il\nfaut être heureux et impitoyable.\n   C’est quelquefois une manière bien délicate de\nfaire la cour aux femmes que d’avoir des torts avec\nelles. Cela leur crée la supériorité de pardonner.\n  On voit dans le cœur des femmes par les trous\nqu’on fait à leur amour propre.\n  E tre belle et aimée, ce n’est être que femme.\n  Ê tre laide et savoir se faire aimer, c’est être\nPrincesse.\n  Les peintres puissants peuvent tout peindre et\nleur peinture est toujours assez morale quand elle\nest tragique et qu’elle donne l’horreur des choses\nqu’elle retrace.\n  Il n’y en a pas une seule à qui on puisse dire\nsérieusement le mot de “ Mon ange ! „ sans exagérer.\n   .... le postillon, image de la vie, qui fait toujours\ntrop claquer son fouet au départ !\n  Pour des têtes construites d’une certaine façon\nmilitaire, ne jamais se rendre est, à propos de tout,\ntoujours toute la question, comme à Waterloo.\n                                           (A suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 157, "page_fin": 158, "titre_corps": "Hommage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Saint-Paul", "ancre_debut": "HOMMAGE.  E L S m e r c is d u p a r d o n m u e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 176, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "HOMMAGE.\n\nE\nL S m e r c is d u p a r d o n m u e t\n D o n t ic i to m b e l ’a v a la n c h e ,\n Les clairs festons de mes mercis\n Enguirlandent par la pensée\n Tout l’abandon des abondances.\n\n Toi qui t’ignorais pauvrement.\n Timidité candide, toi !\n Dont aussi tombe l’avalanche\n Des mercis du pardon muet,\n D ’avoir osé savoir saisir\n En tes palais perles de fée\n L e viril intactile rêve\n Tiens le sourire des mercis.\n\n Tiens le bouquet flamme des âmes !\n L e bouquet flamme, le bouquet\n Qui flambe au cœur des sages mages,\n E t qu’ont offert les sages mages\n Couverts des fleurs de vos hivers,\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 624, "texte": "158                                       la Wallonie.\n\n\n\n      Des fleurs qui fleurissaient ta peur,\n      Toi qui t’ignorais pauvrement,\n      Timidité candide, toi !\n      E t qu’ont offert les sages mages\n      A ton désir et vos sourires\n      En vos palais perles de fées.\n\n      Tiens le bouquet des sacres d’or\n      Saignant aux anguleux vitraux\n      Des cathédrales du miracle,\n      L e bouquet consacré des sacres\n      En vos palais, entre vos doigts\n      D ’idole dont saigne aux vitraux\n      Des cathédrales du miracle\n      La sombre rose d’ignorance.\n\n                             A lb e r t SAINT-PAUL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 163, "titre_corps": "Un poète gantois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Van Lerberghe", "ancre_debut": "UN POÈTE GANTOIS.              M on cœ ur pleure d ’Au tr efo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1245, "texte": "UN POÈTE GANTOIS.\n\n            M on cœ ur pleure d ’Au tr efo is ,\n par Grégoire L e Roy. — Exemplaires sur Japon et Hollande,\n           dessin de Fernand Khnopff. Paris, V anier.\n   Le poète qui nous apparaît aujourd’hui de l'Autrefois a\n réalisé, dans une œuvre des plus intenses, cette sensation\n définie par Baudelaire : la volupté du regret. Il est le poète\n de ces heures spéciales qui succèdent à la douleur et où l’âme\ns’alanguit et se mélancolise dans les fausses convalescences\ndu soir. L ’adorable chanson de Chérubin eût pu servir d’épi­\ngraphe à son livre. Ses vers aux sons plaintifs de cors, de\ncloches et de cornemuses au fond des bois, nous donnent une\négale nostalgie de bonheur, de passé doux et frêle, presque\nd’enfance.\n   Ce bonheur d’autrefois domine le livre de M. Le Roy.\nPas un vers qui ne soit polarisé vers cette terre natale,\npas un poème qui ne le chante doucement ou ne s’en sou­\nvienne. C’est une tristesse, en effet, toute discrète, presque\nsilencieuse, d'aïeule, sans nulle lamentation sanglotante qui\nla trouble.\n   E t des aïeules disent la merveilleuse légende : En elles\ncomme l’Autrefois dans les vierges se symbolise le Présent,\nn’ont-elles pas au suprême degré l’air calme, tristement sou­\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "160                                                la Wallonie.\n\n\n\nriant de ces pensées arrêtées entre ciel et terre, dans une\nbéatitude, de souvenir, cette pudeur de la douleur, cette\nexpression mystique et résignée, et devant l’irréparable,\ncette inertie absolue de volonté, cette immobile attitude\nfatale qui caractérise ici l’âme du poète ?\n   Celles qui sont revenues, d’un passé, si immatériel qu’il\nest presque de rien, et si lointain que c’est de la Légende —\ndu temps où les reines filaient — fantômes de ces adorables\nprincesses d’antan dont Théodore de Banville a célébré les\ntriomphes et comme le sacre et dont s’intronise ici de façon\nplus subtile, la grâce délicate et gothique, les attitudes de\nmorbidesse et de rêve sous le voile aux mille nuances du\nsymbole. Les voici, en une page mémorable, brodant en\nfabuleuses laines leurs chimères, cependant que le temps passe\net que leur virginité s’oublie parmi les lacs, et les étangs ; les\nvoici, le soir, qu’elles reviennent à leurs fuseaux dans la\ncommémoraison : on n’entend que leurs souffles et leurs\nmains, discrétion divine dans ces chambres de silence. Elles\nsont seules dans le soir. E lles chantent en des palais fermés.\nElles n'osent plus filer, elles ont peur de leur voix même :\n                 Que je suis seule dans ma voix.\n   En sa genèse d’art, c’est toute une vie flamande, hollan­\ndaise plutôt, qui se reflète en ces pages.\n   D e ces vieilles au rouet, de ces chambres closes, de ces\nlégendes, de ces soirs, de ces lampes, de ces fontaines, de ces\nchemins qu’on voit du haut des tours, de ces pâles étangs où\nvoguent des cygnes, de ces paysages crépusculaires, de ces\nfigures enveloppées de clair-obscur, de cette ombre traversée\npar éclaircies des surnaturelles lueurs de l’autrefois, se\ndégage quelque chose de cette victime mélancolie qui, depuis\nGérard Dov etP ieter de Hoogh jusqu’à ce peintre de défini­\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "     Un poète gantois.                                       161\n\ntive tristesse Israëls, a été l’un des sentiments caracté­\nristiques de la race. Même milieu, même lumière, souvent\nencore et si subjective que soit la conception du poète, un\npeu de cette réalité, un peu de naïveté charmante où\ns’évoque, et se dessine le primitif décor de l'Autrefois.\n                 Et tristement le vent du nord\n                 Souffle sur ma chandelle morte.\n   A la manière de ces maîtres, M. Le Roy est aussi le\npeintre du recueillement. La ville flamande où il est né a\ndonné à son œuvre, comme à celle de George Rodenbach, le\nsolennel et doux apaisement de ses quais, de ses eaux dor­\nmantes, de ses cloches, la simplicité de ses intérieurs calmes\net monastiques et par la fenêtre les campagnes paisibles.\nComme eux il a su de façon miraculeuse en dégager le rêve\nsilencieux et la tristesse sans outrance, équilibrée, pleine\nd’harmonie.\n   Cependant la couleur d’ombre, malgré les nappes de lune\nqui s’y répandent, n’est plus la même ; elle est moins immé­\ndiate et s’est subtilisée. Les mots qui la composent sont\nd’une immatérialité, d’une fluidité presque célestes. Une\nassociation plus logique unit à sa tristesse des teintes mates\net voilées, semblables à ces étoffes d’Orient que le soleil\nsemble avoir fanées et qui en conservent à jamais dans leur\nsplendeur morte, la lassitude et le regret.\n   Ainsi que la teinte vaporeuse et fondue des mots accom­\npagne la tristesse de la pensée pâle, le chant des phrases\nl’accompagne aussi en d’infimes modulations chuchottantes\net mourantes. Musique d'ombre, voix lontaines, échos de\nvalses, Angélus, Hallalis, tristes sur la tour dans le soir. Tout\nen conservant les anciens rythmes et sans les recherches qui\npassionnent maintenant tant de poètes, c’est de la musique\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "162                                            la Wallonie.\n\n\n\n d’une tournure qui tourne et revient sur elle-même, la\n musique propre à cette peinture d’intérieur dont elle comme\n la vie rythmique, le pendule et le rouet, le sable qui s’écoule,\n ou par la campagne aperçue le balancement régulier des\n branches ou les ondulations infinies des eaux. L e mouve­\n m ent des couleurs et des sons est alors lent et mesuré, pareil\n à l’immuable succession des heures, des mois et des années.\n L ’ancienne chanson n’est-elle tout entière basée sur ce prin­\n cipe de l’identité, de la répétition dans la musique, tandis\n que la pensée évolue et se représente sous ses m ille faces\n dans la phrase mélodique qui en est alors comme le résumé,\n le symbole général.\n    Plusieurs poèmes réalisent de façon absolue cette merveil­\n leuse correspondance de pensée, de modulations et de teintes.\nTel entre autres le chef-d’œuvre : le Cygne et cette mystique\nMaison d’amour, d’un attouchement si mystérieux de suaves\nparoles, d’une si belle chute étrange de pétales dans la\nlumière.\n    E t après ?... M. Grégoire Le Roy, comme son nom d’in­\nsigne fierté, est avant tout un poète d’aristocratie. Il ne\nsemble pas que le vulgaire puisse trouver avec son œuvre\naucun point de contact. C’est de l’art exclusif, hermétique.\nAinsi que maint artiste de ce temps, dont c’est l’honneur, il\na écarté de ses vers jusqu’à l’ombre d’une préoccupation\nsociale, d’une mission ou d’une pose. Donc, il n’y a pas\nd’idées dans ses vers; cela est entendu. Il n’a fait qu’exprimer\nla fatalité de la vie, la volupté du regret, la consolation\nsouveraine des songes et n’a fait, avec ceux dont parle\nBaudelaire, que porter à Dieu ce meilleur témoignage que\nnous puissions donner de notre dignité, les pleurs. Son livre\nest pur. Jusque dans les gouffres de la désespérance, c’est\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "     Un poète gantois.                                      163\n\nune âme restée virginale et délicate. M atériellement même,\nc’est un livre exquis, de mains de reines.\n   L ’auteur de la Sphinge, M. Fernand Khnopff, a symbolisé\nen d’admirables mirages toute la féminine volupté de ce\nregret d’autrefois, si mystique et comme réfléchie, qui\ndomine l’œuvre du poète, et le sculpteur M. Georges Minne,\nen a exprimé, en un frontispice et des culs-de-lampe de\ngrande allure, la signification fatale, le côté morne et le\ndésespoir.\n   E t cela aussi, comme spirituellement l’œuvre tout entière,\nn’est-il à ce cœur qui pleure d’autrefois, au fond de silencieux\ncrépuscule, une incomparable maison de songe, maison d’or?\n                           C h a b l e s VAN LERBERGHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 166, "titre_corps": "Maisons borgnes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "MAISONS BORGNES.                                       Pour George Keller.            ELES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "MAISONS BORGNES.\n                                      Pour George Keller.\n\n\n         ELES se dressent dans un quartier maudit, les\n          maisons borgnes, le long d’une rue étroite\n          où le passant solitaire file, tête basse, visi­\n          blement apeuré par la douloureuse réson­\n nance des dalles qui geignent et crient sous le\n martèlement des pieds. Elles sont déjetées, affais­\n sées, tordues, comme si depuis des ans et des ans\n elles étaient minées par on ne sait quelle corrosive\n et surhumaine souffrance.\n    Oh ! les cruelles émotions que leur contemplation\nm’a values, ce si mélancolique soir d’automne où le\nvent hurlait par dessus la ville et fouaillait les\nnuages — de lourds nuages livides qui galopaient\ntrès bas dans un ciel de suie et se déchiraient brus­\n quement au heurt des cheminées et des tours !\n   Enclose dans sa cage vitrée où elle se trémoussait\ncomme un papillon dans les affres d’une torturante\nagonie, endeuillissant la masse des ténèbres d’une\nlueur de chapelle ardente, une flamme de réverbère\néclaboussait de sa tremblante clarté la façade des\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "    Maisons borgnes.                                  165\n\nmaisons borgnes. E t c’était comme des mains, de\ntrès frêles mains aux doigts de lumière et d’ombre\n qui bataillaient et se griffaient sur les murs lépreux,\nle long desquels la pluie dégoulinait en larmes vis­\nqueuses. Des vitres cassées, balafrées de bandes de\npapier, dansaient dans leur châssis avec un léger\ntintement sinistre que scandaient, par intervalles,\nles claquements d’un volet dont le bois pourri s’effri­\ntait et qui, retenu par une seule charnière, pendillait\nlamentablement.\n   Tout à coup, une porte s’entrebailla avec un an­\ngoissant râle de gonds rouillés et une femme parut\nsur le seuil. Sa figure rongée par la chlorose, s’avivait\nde fard aux pommettes et ses yeux, comme des\nbraises, ardaient sous de longues paupières noires.\n   E lle s’éloigna, sautillante, et tandis que j ’obser­\nvais le luisarnement de son collier de perles, j ’eus\nsoudain la vision de la ténébreuse besogne qu’elle\nallait accomplir par cette nuit d’épouvante :\n   “ Dans une chambre mal éclairée où flottent d’é­\nnervants parfums, sur l’oreiller d’un lit de hasard,\nune tête d’homme repose, immobile et effrayante.\nSes chairs vertes sont tigrées de rides; sa bouche\ntordue dans un amer rictus montre l’émail de deux\nou trois dents autour desquelles les lèvres, scellées\naux commissures par des caillots de sang, forment\nun bourrelet bleuâtre; ses paupières baissées, rigides\net lourdes comme des lamelles de fer, écrasent les\nyeux au fond de leurs orbites, et ses cheveux, comme\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 845, "texte": "166                                         la Wallonie.\n\n\n\nceux des noyés, se collent en mèches empoissées sur\nla lividité du front.\n   Par une fissure du crâne, lentement, sa cervelle\ns’écoule sur le parquet...\n   Agenouillée sur le lit, le torse nu, les seins ballants,\nla chevelure emmêlée et pendante, une femme, s’in­\nclinant vers cet homme qui s’est consumé au feu de\nses caresses, le contemple avidement de ses yeux de\nharpie. Satisfaite de son œuvre, grisée par la joie\nd’avoir anéanti une Intelligence, broyé une Volonté,\nelle est prise, soudain, d’un rire féroce, satanique,\nqui résonne comme un glas dans la chambre silen­\ncieuse et secoue tout son corps au-dessus du cadavre\n— le cadavre dont la tête se détache, inerte et gri­\nmaçante, sur la blancheur de l’oreiller. „\n\n                                   H u b e r t K R A IN S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 175, "titre_corps": "Vers vous voici falloir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M*.", "ancre_debut": "v e r s Vous v o ici F a l l o i r .                                                   Camille Lemonnier.          vS e l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 186, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "v e r s Vous v o ici F a l l o i r .\n\n\n                                                Camille Lemonnier.\n\n\n       vS e l t e , et vierge assurément, mais pourquoi\n         pas un peu languide ? — son casque de che­\n         veux si blonds s’étoile parfois d’étincelles\n         moelleuses, et c’est moelleux sur la soie\nmauve et ses plis très mois.\n   E lle est toute musique, baignée en sa musique par\nses gestes, mois aussi pour sa grâce réfléchie, et très\nlents de souplesses qui pour se dérouler ondulent.\n   Une petite soirée. Elle danse, elle a dansé. Il en\nest venu de blonds, de bruns, qui l’ont entraînée,\nsous l’éclair des lustres et dans cette musique bête,\n— bête, et qui l’amuse. Elle a dansé (toute cette\nlumière!) et se trouve un peu lasse, lasse. Oui, plu­\nsieurs valses ; et l’un d’eux savait causer, ou à peu\nprès ; — mais celui-là, il est si laid, et ses yeux de pois­\nson bourgeois. L ’autre, celui qui bientôt viendra,\ncertes il est beaucoup mieux ; son v if regard un peu\nmétallique, les cheveux noirs ; et puis n’est-ce pas\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "168                                       la Wallonie.\n\n\n\nun Italien, ou bien de la Hongrie ? Elle ne sait plus,\non le lui a présenté tantôt ; oui, de l’Italie, un\nItalien !\n  Un Italien... c’est qu’on les dit si passionnés ?..\n  (Eh bien, eh bien, devient-elle curieuse !)\n\n   A h, le voilà.\n   Deux têtes s’inclinent, elle prend un bras : Ils\nvalsent.\n   Il est pâle, et mince ! on le dirait nerveux, souffrant\npeut-être... pourtant viril, assez ; — est-il vrai qu’ils\nsoient si passionnés ?\n   Il valse bien.\n   Cette valse, elle s’enroule d’un rythme voluptueux,\nen harmonie avec le rythme de la Jeune F ille, et\nl’on dirait des volutes, les volutes d’une musicale\nvapeur très lourde, on dirait des volutes indéfini­\nment, leurs courbes. Ils vont, et leurs courbes\nlaissent dans l’air comme des traces de caresses,\nleurs ondulements sont d’une très lascive musique.\nElle, mais elle est bien lasse, oh sans nulle force au\nbras du cavalier ! et la pensée vague, vague au long\ndes enlaçantes courbes, vague en volutes indéfinies,\net contournées comme leurs courbes. Ces courbes se\ncontournent lascivement ; elle ne pense plus, elle\ntourne, tourne, elle ondule dans l’air et sa musique\nde caresses, et je ne sais quel ivre chatouillis, cet air\nqui la frôle, ce bal : — elle frissonne.\n   Plus rien, elle ne voit rien ; des choses qui\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "    Prose symphonique.                                169\n\ntournent, du vague, indéfiniment les vagues volutes\net ces courbes qui l ’entraînent en rythmes de velours.\n— Mais les choses, autour d’elle, les choses tournent\ntrop vaguement, trop vaguement de cycles barbares\net fous ; cela tourne, cela tourne, et elle va tomber si\nelle regarde encore !...\n   L a valse continue et s’enroule lascive, dans le\nvertige des choses qui tournent, les cycles fous, et\ntout ce mou, cette langueur des courbes à défaillir !\nFiévreusement, pour fuir le fol vertige du vague\nautour d’elle, comme pour sauver sa vie, elle\nattache son regard sur lui. — Il plonge son regard\ndirect en ces grands yeux vagues, et les fait frémir...\n   Cet Italien, ses yeux luisent ; d’une étrange\nbeauté, ils luisent de lueurs bizarres, et de leur\nfluide issit un attrait pervers, qui domine, ardent,\nqui devient presque animal, d’un reflet glauque, et\nqui la trouble...\n   Ce regard est quasi bestial, en la belle figure plutôt\npensive. E t c’est elle, elle... Honteuse, malgré son\nétourdissement, elle reprend son regard à l’homme\nqui la voudrait conquérir. Mais cela tourne, ces\nchoses, ce vague, trop cela tourne, cela tourne ! Elle\nferme les yeux pour ne pas voir, elle ne pourrait plus\nles ouvrir, non ! et les rythmes l’emportent, ils se\ncroisent, ils frôlent telle si lascive courbe de tantôt,\nle vague, oh le si vague des cycles fous et des volutes\nlascives qui la voluptent. De mignons chatouillis,\nd’un subit effleurement de plumes l’électrisent ; mi-\n                                                 12\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "170                                       la Wallonie.\n\n\n\npâmée elle s’abandonne, elle flotte comme une épave\nà ce bras; ce bras, comme une très molle vague et\ntrès forte, qui la soutient, la berce ; doucement, irré­\nsistiblement la caresse, la porte, l ’enlace d’un volup­\ntueux contour et... Non, non ! les yeux, malgré ses\npaupières closes elle les sent, et leur flamme glauque\nqui perce et la conquiert. Ce regard glauque, ce\nregard virilement décisif, il pèse sur elle, il ban te les\nmois remous de valse, — et là, n’est-ce pas le frôle­\nment d’une baleine, la tiédeur coupée d’une baleine\nqui désire, une baleine d’h omme dans son cou...\n   E lle est toute prise; et la valse l’emporte en sa\nvolupté de vagues volutes.\n\n\n  L a soirée finie ; quelque agitation de soies froissées,\nau vestiaire ; et la voiture roule dans la claire gelée,\npar les rues plus vides et sonores.\n  Seule en sa chambre (où l’air pesant encore d’un\ngrand feu qui s’éteint), la jeune fille muse, elle\nhésite, elle quitte ses vêtements avec lenteur, quasi\npeureuse. E t puis vite en son lit, et la lumière\néteinte.\n  E lle se pelotonne et se détire, songe, frissonne\nencore. L ’air est pesant, et chargée d’arômes touffus\ncette chambre. Une blanche poussière de lune est\ntamisée par les rideaux, et, dans leurs mailles, la\ncroisée se dessine faiblement. (Ces couvertures, elles\nne la vêtent pas assez, elles sont trop légères, elles\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "    Prose symphonique.                               171\n\ns’envoleraient; et pourtant quelle moite lassitude\néchauffée la pénètre ?)\n  E lle se noue en ses pensées.\n   Aim er? oh oui l’amour, le but apparent de sa\npetite vie qui s’effrite en fêtes; mais légalem ent!\nE t ces retenues d’une ingénuité qui sait trop et ne\nsait pas bien, les yeux baissés, n’oser rien dire, même\nles folies des grandes audaces c’est pour l’amour\nassurément. Le plus tard? des noces convenues, et\nfaire du sentiment par égard pour l’usage. Comme\nc’est loin du joli héros si romantique d’avance\nchoyé dans les pensions, le gentil héros bien vaillant,\ntrès noir et viril et même bête, des richesses mas­\nsives à l’éblouir, et qui la brûlerait de regards fous !\n   (Cette chambre s’émoie de parfums lourds, et la\nlune qui filtre sa douce petite clarté, la lune est\nd’une très vaine neige, bien vaine ! Ses rayons ténus\ns’étirent sur les meubles, avec des gestes chats; ils\nfouillent félinement les replis des courtines, on dirait\nqu’ils désirent.)\n   Des courants d’un fluide aimanté se meuvent dans\ncette chambre; des choses s’y pâment de touchers\nmagnétiques; et puis cette chaleur la ferait défaillir,\nà la fin !\n   E lle ne sait pas ce qu’elle désire ; elle voudrait,\nelle voudrait !... Cette chaleur l’oppresse, décidé­\nment, et pourtant les couvertures si légères, trop\nlégères, ne la vêtent pas assez ; elle est presque nue,\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": " 172                                     la Wallonie.\n\n\n\n  là dessous, et des idées louches la laissent frémis­\n  sante, les joues pourprées, toute confuse.\n     Confuse, toute confuse aussi dans cet emmêlé des\n  idées. Sous la chaleur, — les draps si légers qu’ils\n  s’en iraient voleter, — les draps n’ont-ils des ondu­\n lations vers une courbe ? une courbe, enflée : et vrai­\n ment ils ondulent (c’est l’air, cet air si chaud, trop\n  chaud, et ses volutes qui les attirent). — Car la\n courbe s’anime, se contourne, monte lorsqu’elle\n ondule, et si d’hésiter se reprend, continue, d’un mol\n flottis qui se replie et fluide s’enroule.\n    Ces draps enflés, leur courbe s’enroule. — Oh le\n doux rythme de leur courbe ! E t cela la berce, le\n rythme, ces draps ondulants comme les muscles\n d’une poitrine qui respire, ces draps et leur doux\n mouvoir, ils l’abandonnent à peine, légers, et la\n bercent, la caressent, la soulèvent enlacée dans leur\n courbe, comme des vagues.\n    Oh la vaste mer blanche et tiède qui sous elle\n ondule !\n    Ces vagues tièdes, elles ont des caresses, et\ntournent. Leur rythme se perd et revient, elles se\nperdent les renaissantes volutes liquides ; elles la\nportent, mi-pâmée qui s’abandonne, et se dérobent en\nfrôlement d’ivres chatouillis. — C’est la vaste mer,\nla tiède, et qui sous elle ondule. Les flots, les tièdes\nflots, doucement la caressent, l’emportent, la sou­\ntiennent, de voluptueux contours l’électrisent... Ils\nsont mois et forts, ces flots et leur rythme valse en\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "    Prose symphonique.                                178\n\n quelle douceur profonde, lentement et vite, des\n courbes, les si lascives courbes qui renaissent, les\n vagues volutes liquides, et leurs cycles fous l’en­\n roulent irrésistiblement.\n   Les vagues, les tièdes vagues elles dansent ! Oh\nleurs courbes, leurs si lascives courbes lascivement\nvalsent, elles tournent, leurs cycles fous virent\n girent et l’emportent, — irrésistibles.\n   C’est la vaste mer, tiède et qui roule. Des vagues\nl’enroulent de replis lourds, et sourde aux soupirs\nl’émeute des flots. L à des nuages, oh non ! des\nnuées, gonflent leurs voiles si lourds, qui tournent.\nE t les vagues, ces vagues, fortes comme des bras,\ndes bras puissants qui la portent et la tiennent, des\nbras lascifs qui l’entraînent éperdue, au rythme fou\nde la valse folle.\n   L a valse, la valse des flots qui dansent, la valse\ndes flots qui tournent, lenteur, la valse des flots\nmontueux qui roulent, et forts qui l’emportent\néperdue aux flots, et mâles, ces flots, comme des\nbras de mâles.\n   Cela tourne, ces choses, ces vagues, ça tourne. La\nvalse la roule au gré des remous, la roule ! — et va-t-\nelle mourir en ces vagues... E lle ferme les yeux pour\nne pas les voir. E t l’emportent les rythmes, se croisent,\nl’enlacent, mâles et fous, de cycles fous, et mous de\nvolutes qui la voluptent. Ces flots, ces bras mâles,\nces flots, ces emmêlés flots dans la foule, et leurs\ncourbes de valse et leurs chatouillis d’or, et leurs\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "174                                      la Wallonie.\n\n\n\nplumes lascives d’écumes fluides, et ce rythm e de\nbras mâles qui la conquièrent! Oh ces lourds flots ,\nces bras lourds qui l’emportent ! L a valse l ’enroule,\net ces bras la maîtrisent. Ces bras, ces bras forts,\nmais ces bras sont d’un homme! E t la valse l’emporte\nen sa ronde morbide.\n   Les bras, ils sont là, puissants, qui la tiennent.\nUne poitrine d’homme comprime sa chair. Une ha­\nleine se mêle aux neiges de son col, et dans l’ombre\nles Yeux luisent bizarrement.\n   Il est là ! ses yeux noirs et fauves la brûlent. Ils la\nbrûlent, ces yeux brillants d’éclairs de bête ! E t le\nrythme se casse, la valse est rompue et ces regards\nfixes la magnétisent. Les bras la tiennent immobile ;\nles lourds yeux la scrutent, et des convoitises dé­\nroulent leurs anneaux. Elle ne regarde, elle sent\nqu’en elle un long désir inavoué monte comme un\nserpent. — Elle ne regarde, non! mais les yeu x la\npercent de flèches moites; le regard, comme une\nmain sadique, la frôle de caresses, darde en son plus\nintime, la livre comme nue à la vue d’un homme...\nE lle se débat, il se rapproche ; elle le sent fatal mais\nle repousse, oh le repousse de toute sa fierté, sa belle\nfierté vierge haletante d’angoisse.\n   Un cri ! des lèvres invisibles, des lèvres chaudes\nont touché sa nuque ; elles froissent son cou, ses\njeunes seins, elles froissent sa chair éperdue, avides\nla domptent d’une force molle, — et despotique aux\nlèvres ce baiser direct...\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "    Prose symphonique.                              175\n\n   — C ’est ignoble... lâche !\n   E lle se plie et se déplie, souple, fuyante en son\nimmobile horizontalité de rêve, et serre convulsi­\nvement les membres pour être inviolable. Des\ncaresses, des caresses et des baisers, des caresses\nencore ! Oh convulsive de volupté qui s’épouvante,\nelle repousse des gestes, elle mord ses cris, mord des\nbaisers, bat l’air des bras sous le mâle invincible, car\nrectiligne cette rigidité...\n   — Dieu !\n\n  L ’air grelotte. Sur le lit échevelée, criant son\nmal et sanglotante sous la souillure, se tord la\nvierge honteuse, violée par le souvenir.\n   E t pas une ombre noire aux yeux brillants qui\nvole éparse, cogne le plafond, et traverse la vitre\npour se perdre dans les ténèbres. — Non.\n   De la nuit gemmée d’étoiles, s’épand une demi-\nclarté fluide. Des ailes mutines voltigeront aux\ngrêles ramures givrées, et des oiseaux vont là tantôt\ns’égosiller. C’est un tranquille silence de virginité\npensive, et d’étoiles qui pensent, et de gemmes en la\nnuit. Sur la nature neige la lune très musicale, les\nrideaux filtrent sa neige vaine,\net dans cette musique argentine, la Croix de la\nfenêtre se dessine avec une douce faiblesse.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 176, "page_fin": 184, "titre_corps": "Chronique de l’art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHRONIQUE DE L ’ART.                 CHRONIQUE BRUXELLOISE", "ancre_fin": "atténuée, et qui délicatement émouvait. M*.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LIT TÉRAIRE.                             GRITTE.     Nouvelle par Gus", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 195, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "CHRONIQUE DE L ’ART.\n\n\n              CHRONIQUE BRUXELLOISE.\n                    E x p o s it io n d e p o r t r a it s a n t iq u e s .\n                 (Epoque grecque en Egypte.)\n   On a fait assez de tapage autour de cette très curieuse\n exposition, mais comme toujours, beaucoup de tapage à côté.\n On s’est exclamé, on s’est pâmé. Encore un peu l’on déclarait\n dégottés tous les peintres passés présents et à venir. Enfin\nc’était une véritable révélation de grand Art.\n   La vérité est que cette exposition est très attachante à\ndivers points de vue : scientifique, ethnologique, historique\net technique. L ’intérêt artistique est en somme le moindre.\nTous ces portraits sont peints d’après une formule uniforme\net les reproductions qu’on en a faites sont mieux que les\noriginaux. L e procédé — l’encaustique — est lui, très\nintéressant : ces peintures sont pour la plupart d’une remar­\nquable fraîcheur de coloris.\n   Un catalogue des plus amusants commentait ces panneaux.\n   Ainsi le n° 26, une bonne grosse tête d’homme inoffensif\nest analysé: Buste, d’un homme qui paraissait souffrir du\nraccourcissement d’un muscle du cou, le sternokleidomastoïdien.\nPresque tous avaient l’air de portraits de têtes en bois, sauf\ndes yeux artificiellement brillants et absolument aucune\nnotion d’atmosphère.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": "     Chronique de l'Art.                                                     177\n\n  Au fond, une montagne de plus qui n’a accouché que d’une\nsouris.\n                       E x p o s it io n d u c e r c l e a r t is t iq u e .\n  Ce seul compte rendu, le mot de notre ami Em. V. : Il y\na une porte ouverte sur une exposition ; il vaudrait mieux\nqu’elle fût fermée.\n                            E x p o s it io n d e s a q u a r e l l is t e s .\n\n  Voir le compte rendu de l’an dernier (*).\n                                                              P. M. O.\n                        a l ’É m u l a t i o n . —   N o ir e t B l a n c .\n\n   Comme impression générale, beaucoup de volonté de faire\nde l’art.\n   Certains ont réussi : D e W itte e t Collin; Donnay et Rassen­\nfosse se sont révélés. Les autres n’ont pas réussi à se frayer\nde nouveaux chemins et, malgré leur désir de faire du neuf,\nse sont embourbés dans les banalités.\n   Il serait téméraire de juger De W itte d’après cette expo­\nsition assez restreinte. Néanmoins dans la plupart de ses\neaux-fortes et dans deux dessins (une femme allaitant son\nenfant — baignée d’une atmosphère fraîche et lumineuse —\net une mignonne tète de fillette) se révèlent la main et le\ncœur d’un artiste de tempérament.\n   De toute l’exposition de Donnay se dégage une impression\nde poésie sentimentale et mystique à lui propre. Que le sujet\nsoit moderne ou légendaire, la personnalité de Donnay\ns’affirme, bien caractérisée.\n  (*) Cette année-là il n’en a pas été fait.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "178                                                   la Wallonie.\n\n\n\n    Dans quelques-unes des œuvres qui se trouvent à l’Émula­\n tion, la conception frise le génie (Adagio, le Sphinx, la\nBarque de misère, les Projets de peinture décorative, Pluie\n et fumée, les Esseulées, etc...).\n    Mentionnons aussi le portrait de Messieurs M..., très\n simple, très vrai, un grand souci de l’expression — et ceci\nn’est qu’une aurore, et quelle aurore ! —\n    Collin a presque compromis ses précédents succès par\n quelques pages d’une maladresse inouïe. Heureusement\nquelques belles pages (Etude d’hôpital, le Soir, Misère).\n    L ’exposition de Rassenfosse n’est plus celle d’un amateur.\nDans quelques-uns de ses dessins et de ses eaux-fortes, cet\nartiste fait preuve de distinction et d’une expérience du\nmétier qui n’est plus du cher.\n    D ’Ém ile de Baré, citons entre ses eaux-fortes et ses vernis-\nmous “ les grands Marais, „ qui nous pénètre bien de cette\nimpression de solitude désolée des Campines.\n    H. Berchmans et P. Namur, bien humains, bien efféminés\net bien superficiels.\n   L es dessins de M. Halbart ont trouvé le plus d’acquéreuis.\nCela ne nous surprend pas : ils sont très soignés, très propres,\njolim ent encadrés et surtout très bourgeois.           C. P.\n           J. RAGGHIANTI ; Concerto en si b min. (1)\n   Rompant avec les traditions acrobatiques que nous ont\nlaissées les Vieuxtemps et les de Bériot, Ragghianti vise à\nla virtuosité plus austère de Corelli, Tartini, V iotti et autres\nmaîtres classiques de l’archet.\n  (*) Par suite d'un malentendu, notre critique détaillée du concerto de\nRagghianti n’a pu paraître dans le précédent numéro de la Wallonie. Le\nmanque d’espace nous oblige à n’en présenter qu’une étude très succincte.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "     Chronique de l'Art.                                             179\n\n  Dans ce concerto, les traits sont très clairsemés et, toujours,\nrecouvrent des développements symphoniques.\n  L es thèmes sont très bien choisis et le dessin symphonique\ntrès heureux, bien que parfois la phrase remémore Wagner.\n  L es harmonies et l’orchestration sont très colorées.\n  En résum é, œuvre d’un jeune par ses inégalités et la furia,\npresque digne d’un maître par les grandes qualités que nous\nvenons d’énumérer.                                     C. P.\n                                L e s S a is o n s d e H a y d n .\n\n   L ’audition du dernier oratorio de Haydn à la Société\nd’Emulation, est un véritable événement musical; cette œuvre\na été exécutée si rarement depuis plus d e soixante-quinze ans\nque par ce seul fait elle intéresse beaucoup. On n’a pu\nentendre complètement les Saisons qu’à Vienne, en 1801, un\ndemi-siècle plus tard au Conservatoire de Paris, et enfin en\n1875, aux Concerts Pasdeloup. A noter aussi une exécution\nen province, à Niort, en 1854.\n                              ** *\n   Considéré dans son ensemble, cet oratorio apparaît comme\nune suite de tableaux : tout y est descriptif. Comme le disait\nHaydn lui-même, les personnages sont des paysans, et, en\neffet, l’œuvre entière n’est qu’une peinture de la vie agreste,\navec les caractères distinctifs que lui imprime chaque saison.\n   C’est d’abord un intense désir du renouveau, et une aspi­\nration au rude travail des champs, exprimée en une prière\nsimple, mais d’une réelle grandeur, puis un chant de recon­\nnaissance au Créateur. Tout cela n’est que de la joie mêlée\nd’admiration, et débordant du cœur enthousiaste de l’homme.\nL 'Eté est la peinture d’une journée : Après l'indescriptible\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "180                                            la Wallonie.\n\n\n\nscène d’un lever de soleil, voici l’accablante chaleur de midi,\npuis c’est l’orage, et enfin le calme si frais de la soirée,\nlorsque tinte l’angelus et que. dans son éclat voilé apparaît la\npremière étoile. Au début de l’automne, la célébration du\ntravail, ainsi qu’une scène d’amour charmante en son ingé­\nnuité. Bientôt retentissent de joyeuses sonneries de cors,\nimage d’une chasse échevelée, et puis les gais refrains de la\nvendange, et les danses folles au son des musettes et des\ntambourins.\n   Enfin, pendant l'Hiver, avec le vague regret des plaisirs\npassés, les fileuses chantent pour se distraire, accompagnées\npar le monotone bruissement du rouet, et, à l’heure du repos,\nc’est encore une chanson naïve dite par l’une d’elles.\n                               ** *\n   L a donnée des Saisons exige donc une adaptation musi­\ncale purement descriptive ; sous ce rapport, c’e s t, sans\nconteste, la chasse et la danse (dans l'Automne) qui sont les\nmieux dépeintes, — ces deux scènes se caractérisant d’elles-\nmêmes. D ’autres parties sont aussi traitées magistralement;\nmais parfois le style descriptif est appliqué à rendre des\ndétails un peu insignifiants. Alors, l’imagination aidant, il est\ndangereux de faire des confusions déplorables, comme cet\nauditeur cité par A. Jullien, qui prenait l’angelus sonné par\nles cors, pour le coassement des grenouilles!\n   Dans son ensemble cet oratorio est certainement une\noeuvre. Le style de Haydn en d’élégantes simplesses s’y élève\nparfois à une grande hauteur. L ’esprit moderne, il est vrai,\nne s’accommode plus de la monotonie des récitatifs, d’une\ndescription entravant par sa continuité le développement des\npensées; mais on n’en admire pas moins certaines pages,\ninaccessibles aux atteintes du temps.                 E. S.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "      Chronique de l ’Art.                                   181\n\n\n     A signaler aux Concerts d’hiver, la dernière symphonie de\n César Franck. Œuvre intéressante, mais extraordinairement\n inégale, d’une orchestration sans unité et certes inférieure à\n beaucoup des compositions du maître. C’est aussi moins per­\n sonnel, sauf la dernière partie qui rappelle un peu, par sa\n couleur animée, la finale de la sonate pour piano et violon.\n L ’allégro, qui manque assez de perspective et de cohésion,\n s’illumine un moment d’un éclair admirable. Dans l’allégretto\nl’on voudrait des plans moins indécis, plus de puissance et de\nnoblesse. Il va sans dire que ces observations n’ont qu’une\nvaleur relative, et que l’œuvre est d’un musicien.\n    A la Monnaie, une reprise trop hâtée de Lohengrin. Mme\nCaron est bien, dans le rôle d’E lsa; MM. Engel, Séguin et\nRenard, fort bien (Lohengrin. Telramund et le Héraut) ;\nl’orchestre aussi, sauf quelques détails. Mais les chœurs et\nles seconds rôles !                                  L. H.\n                               *\n                              * *\n   Mardi 21 mai, c’était à Verviers la dernière séance de\nMusique de chambre; on devait exécuter les 10' et 15e Qua­\ntuors de Beethoven. D ’abord le sagace critique, M. Maurice\nKufferath, directeur du Guide Musical, a fait une causerie\nfamilière commentant les œuvres qu’on allait entendre, les\nexpliquant, désignant leurs affinités ou leurs différences, mon­\ntrant la marche ascendante du génie de Beethoven sortant\ndes formules pour arriver dans le 15e Quatuor à une expres­\nsion aussi intense que dans la 9e Symphonie. Puis les archets\nont parlé; c’était joué avec conviction, avec émotion; en art,\nc’est là l'essentiel. Bravo donc à MM. L. et J. Kéfer, Vonken\net Massau, et surtout au promoteur de ces artistes séances,\nM. Louis Kéfer.                                             P.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "182                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n    Un cercle nouvel-éclos, le Cercle des Jeunes, semble annon­\ncer ici quelque préoccupation de se “ distraire „ par les\nchoses de l’esprit, et comme l’idée d’une adolescence plus\nprintanière, fleurie certes de bonnes intentions. — A peine né,\nle Cercle prouvait son existence, le 17 mai, devant un public\nde lettrés et de mondains, par une intéressante soirée de\nlittérature et de musique. A vrai dire, les membres du Cercle\nont encore bien des progrès à faire : mais on parle de projets\npas quelconques du tout, entre autres un concert XVIIIe\nsiècle, et quelque littérature de ces années, peut-être.\n    Pour cette première soirée, le? Jeunes avaient obtenu\nl ’aide gracieuse d’un violoniste, M. Choisy; d’un pianiste,\nM. Massin; d’une cantatrice, Mlle Ledent, et de M. Maurice\nW ilm otte, homme de lettres. — M. Choisy n’est pas encore\ntrès sûr de lui-même, mais il paraît annoncer un musicien de\ntact, habile à modeler avec finesse les fluides lignes d’une\nphrase musicale. M. Massin, lui aussi, pourrait devenir un\nbon pianiste, et, sur un instrument détestable, — ou bien\nserait-ce l’acoustique de la salle? — a fait preuve d’assez\nétincelantes qualités.\n    Mlle Mary Ledent syndiquait artiste en élisant, pour les\ndélicatement traduire, ces deux maîtres : M onsigny et\nW agner. Gênée peut-être par une chaleur où l’on suffoquait,\nelle ne m’a pas semblé très en voix. Mais dans cet air de\nMonsigny, W atteau musicien qui contient tout le siècle de\nLouis X V et surtout de M arie-Antoinette, physiquement la\ntrès blonde fragilité de l’artiste, son interprétation si\nW atteau et les contours du phraser, portaient la rêverie indé­\ncisément vers les Poètes de ces grâces exquises : Paul Ver­\nlaine, Georges K hnopff, Albert Saint-Paul.... — En l’un des\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "     Chronique de l’Art.                                     183\n\nCinq Poèmes de W agner, — étude pour T ristan, —\nMlle Ledent dit en très pure artiste le charme un peu triste\net vain des songes qui passent ; diction musicale et wagné­\nrienne par la cohérence du mot à son enveloppe-musique, —\net parce qu’à la phrase chantée, les inflexions donnaient des\ngestes. Mais il faudrait quelque plus vive acuité aux cassures\nde telles doubles croches, et par là plus de vérité : évoluant\nnon pas vers la parole, mais vers un maximum d’intensité\nexpressive.\n   De toutes les conférences que j ’ai entendues depuis l’âge\nde raison (et ma pauvre âme sait s’il y en a ! ) sans aucun\ndoute voici la plus clairement artiste et la plus fine.\nM. Maurice W ilm otte est peut-être, avec M. Emile de\nL aveleye, le seul Liégeois qui sache causer. Deux sectes de\ncarbonari m êlent chez nous à la conspiration du silence\ncelle du monologue, — intéressant parfois, mais plantureux.\nUne troisième sait parler de soi, même avec éloquence;\nd’autres, les plus nombreux, prolixement de rien ; et puis il y\na les timides, comme moi, desquels l’électricité sensitive\nlongtemps accumulée, soudain éclate en ridicules éclairs\nd’audaces, comme d’une batterie de jarres.\n   Maurice W ilm otte sait causer, et ce don très rare faisait\nqu’en vérité, même transposée, entre la lampe et le verre\nd’eau, dans cette formule si belge d’une conférence, la conver­\nsation vivait entre le public et lui, et que les auditeurs sem ­\nblaient y prendre part. On ne raconte pas ces impressions\nqui voltigent sur des nuances : dire que “ notre ami Maurice\nW ilmotte nous entretint des chansons populaires, fit, au bloc\nen or fruste de sa profonde science, des ciselures à éblouir, et,\nsubtilement analysées doux versions d’une chanson char­\nmante, les compara pour conclure à.... „ allons donc! il fau­\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "184                                            la Wallonie.\n\n\n\ndrait plutôt dire les gestes, un rien maniérés mais exquis,\nla grâce musicale du parler, les reflets d’une langue riche et\ncristalline, les phrases, improvisées, mais fermes comme la\nchose écrite, élégantes et nettes comme ce X V IIIe siècle\nd’où nous vient évidemment Maurice W ilmotte.\n   De tout cela, je ne veux élire qu’un souvenir : c’est une\nimpression, un soir, dans les quartiers riches à Liège. Il tombe\nune rosée de mélancolie, où baignent les maisons bourgeoises ;\net là, sur une pensée très seule, voici qu’à travers le trans­\nparent silence les voix lointaines d’un crâmignon viennent\ndoucement se contrepointer... E t voyez l’impéritie du cri­\ntique! Cela, que maladroitement j ’ai voulu résumer, était\ndans la causerie un épisode vivant, d’une lumière atténuée,\net qui délicatement émouvait.                           M*.\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 185, "titre_corps": "Gritte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "CH. D.", "ancre_debut": "CHRONIQUE LIT TÉRAIRE.                             GRITTE.     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C’est là une vague\nsilhouette de jeune fille poitrinaire, vue à travers le rêve des\ndoux Noëls du Nord, une pauvre vie souffrante et tôt fauchée\nque l’auteur nous conte en des phrases atténuées, rappelant\nun peu la pénétrante impression de saveur intime de cer­\ntains Dickens, — avec ci et là, des coins affairés du Paris\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 303, "texte": "     Chronique Littéraire.                                  185\n\nd’hiver, des croquis d’intérieur heureusement enlevés. La\nseule tare de l’œuvrette est ce type du vieux colonel, parfois\nbien peu intéressant.\n                                                    CH. D.\n                             * *\n   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 185, "titre_corps": "Le Traité du verbe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Le TRAITÉ D U VERBE vient de paraître, chez Deman", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 204, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "Le TRAITÉ D U VERBE vient de paraître, chez Deman,\navec l’énoncé de la méthode philosophique de Ghil, —\nphilosophie évolutive, on le sait, — et de la manière d’art :\ninstrumentation. La manière d’art reste strictement celle\nde la 2e édition, mais l’énoncé en est tout différent, et pas\nune phrase du nouveau livre n’est à retrouver dans le\nlivre précédent. René Ghil a supprimé ici tout ce qu’il consi­\ndérait comme hors-d’œuvre, amplifications poétiques ou\nsimples cantilènes de la voix qui s’évague. C’est grand\ndommage pour la joie des poètes : je me souviens de tels\nchapitres, l'Unité, Wagnérisme, qui brillaient comme de\npures gemmes, incrustées au métal d’une langue à mille\nreflets. En revanche, d’importantes pages sont ajoutées : une\nrapide vue d’ensemble sur la littérature d’avant ces jours, la\nméthode évolutive, etc. L ’auteur a voulu moins de digressions\nd’artiste qui songe, et plus de rigueur dans la démonstra­\ntion ; marche très naturelle, du reste, si l’on veut se rappeler\nque telles découvertes de musique lui vinrent instinctives,\net qu’ensuite il coordonna comme penseur, les idées incons­\nciemment incluses en son œuvre de poète.\n   Toutes les pages de ce très fier Traité du Verbe valent\nqu’on les discute longuement, et quelques-unes prêteraient\nsans doute ici même à la controverse; mais il faudrait, pour\nce faire, plus de place — et plus d’autorité ! — que je n’en\npossède.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 188, "titre_corps": "Cloches en la nuit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M*.", "ancre_debut": "CLOCHES EN LA NUIT, un beau volume in-4°, eau-forte de M e y e r", "ancre_fin": "sont pour l’attention des lettrés. 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C’est,\n d’un être, — il a souffert, il a vécu, nous le savons, — l’éternel\n départ ; puis vaguant par la vie, cercles de sensations, de\n pensers qui s’ébauchent, et toujours il vague, il vague, —\n oh mettre à la voile, et l’atterrir au loin de la mer si toujours\nnocturne, ou solitaire vaguer en la forêt de vie, noire, si noire ;\n des villes épaississent autour de lui de noirs réseaux inextri­\n cables, et dans le noir, des cloches tumultueuses crient des\nmots infinis; que voudrait-il, chercher, chercher... ou si, plutôt,\nle Rien ? — Tout passe, et gire, et flue, tout meurt :\n                  L e carillonneur se penche\n                  et regarde en bas vers la ville.\n                  Qui donc emportez-vous là-bas ?\n                                               C’est toi...\n   Adolphe R etté s’est affranchi de la règle prosodique, et\nne sacrifie que de temps en temps à ce vieil Alexandrin. Son\nvers, il le bâtit assez bien à la mode de Gustave Kahn,\nirrégulier, sur des assises de rythme et non pas de mesure.\nFermement je le crois, un progrès est dans ce sens, — s’il\nsied de parler, en Art, de Progrès ! Mais cette forme, pour\nmoins compressive qu’elle paraisse, est beaucoup plus difficile\nà bien manier. Jules Laforgue en tira des effets merveilleux\nAprès lui, Gustave Kahn me paraît le seul qui n’ait échoué\n(la technique de Rimbaud est, en somme, différente, et\nd’autres n’ont voulu s’y longtemps essayer).\n   Un tel vers ne vit pas sans un résistant et souple tissu\nmusical. Mais Gustave Kahn a déchiré ce fluide réseau, le\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "     Chronique Littéraire.                                  187\n\nlaissant à mainte place jusqu’au néant s’effiloquer ; e t,— le\nremplaçant du reste, même à son insu, par un fond curieux\net scintillant de pointillage à la Seurat, — il n’a souvent\ngardé que les fils d’or, discontinument brodés sur la trame\nmusicale. Il offre ce phénomène assez étrange (mais expliqué\n peut-être par certaines compositions de l’école française) :\n des rythmes se mouvant en des harmonies qui s’effritent.\n   Évidemment cet article n’est pas pour attaquer le très\nvrai Poète Gustave Kahn ; la critique de cette manière d’art\n est peut-être à venir bientôt, en cette Revue, et alors il me\nsera loisir de compléter ma pensée. Mais comme Adolphe\nR etté adopte la technique de Gustave Kahn, de qui il\nsubit peut-être un peu l’influence, ces observations s’impo­\nsaient.\n   Ce qu’il y a en moins, dans Adolphe Retté, c’est le poin­\ntillé, les petites taches de tons francs dont l’ensemble formait\nà diverses pages des Palais nomades une harmonie de\nlumière juxtaposée à la musique. Le livre en acquiert plus\naisément de la sécheresse, — d’autant que mille souvenirs et\ndésirs philosophiques s'y pressent, — et la forme en paraît\nmoins solide. Je sais qu’Adolphe Retté est très curieux de\nmusique, et veut en mettre dans ses vers : malheureusement\nils manquent de ce continu et résistant tissu harmonique de\nquoi je parlais tantôt, de cette vraiment ondoyante symphonie.\n   Mais assez critiqué. Beaucoup est à louer, dans ce livre de\ndébut. E t d’abord, malgré quelque défaut de perspective,\nl’unité de l’œuvre, tous les vers orientés au même but, Des\nmotifs, dès le principe énoncés, sont développés et reviennent\nselon des Cycles, en le Poème. Ici déjà nous percevons un\ntravail symphonique; mais les thèmes principaux seront plus\nlonguement et totalement développés en les livres suivants ;\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 762, "texte": " 188                                             la Wallonie.\n\n\n\n la Forêt bruissante, le Bouclier, la Chanson de la Tard-Venue\n et la Ritournelle des âmes vieilles.\n   Nombreux, des vers de haute allure arrêtent en l’œuvre\n d’Adolphe Retté. Parfois on voudrait un peu plus de no­\n blesse, peut-être. Mais des pages sont très fières et belles;\net souvent des musiques, et le dard d’une image barbelée et\nacute qui s’empenne d’une idée, des cantilènes disant le\ndépart vague de barques, et puis c’est la douce chanson des\nforêts, ou c’est un soir de spleen tombant sur la grande salle\noù se meut lentement l’horloge....\n   Ces pièces, et d’autres que je voudrais transcrire, sont pour\nl’attention des lettrés.                                M*.\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 188, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETIT E CHRONIQUE. 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Près du V al de Grâce.\n              A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                            PENSION DE FAMILLE.\n\n               T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                        ET. Z E Y EN .\n          137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                 L IE    G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                   P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                   RACCOMMODAGES. _______ ___\n              En souscription dans nos bureaux .\n      C   r    ê    p   u    s   c   u   l   e   s    D ' A m       e\n           Livre de vers par Gabriel Mourey .\n25 exem plaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collections et dépositaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1115, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (1886, -1887 et 1888) sont en vente\n                              au prix de 6 francs.\nL a W a l l o n i e e t l e s É c r i t s p o u r l ’A r t s e t r o u v e n t\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D’Heur; D ecq;D esoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istacé, libraire.\nA GAND : Chez MM- A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme V° De Vetter, rempart Ste-Patherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, i9 , Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    -18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNEE, No 5. 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M. OLIN.\n                                                  M a u r ic e SIV IL L E .\n\n                    Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-05-n5-207", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "envoi «l’un numéro spécim en con", "ancre_fin": "par an. 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Un poète gantois.\nH ubert K r a i n s .....................Maisons borgnes.\nM ......................................................Prose symphonique.\nP .M .O ......................................... Chronique bruxelloise.\nG. P ................................................. A l’Émulation.—N oiret   blanc.\nC. P .................................................Concerto en si b min.     de J.\n                                                    Ragghianti.\nE. S .............................................. Les saisons de Haydn.\nL. H ............................................\nP ...................................................... Chronique de l ’art.\nM ...................................................\nCh. D ............................................. Gritte.\n* * * .............................................. L e traité du verbe.\nM * .............................................. Cloches en la nuit.\n\n                                   Petite Chronique.\n                        Un num éro 50 centim es.\n\n                                      Des presses de H. Vaillant-Carmanne , à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 170, "texte": "                         LA\nW   A   L   L   O    N    I     E\n\n\n\n\n                    Mai 1889.\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "     L ’A R T M O D E R N E\nREVUE    CRITIQUE     DES     ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n            26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                    Viennent de paraître :\n\nS cèn es d e Bal, petit vol. de vers, par A.lb. S t -P aul ,.\nT r a ité d u Verbe, par René G h i l .\nLes Dé bâ c les, par Emile Ve r h a e r e n .\nC loches de la Nuit, par Adolphe R e t t é .\n\n           L A P L É IA D E\n                 R EVU E DE LITTÉRATURE\n     chez L A C O M B L E Z , rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n        CA P R ICE - R EVUE\n JOURNAL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE, ILLUSTRÉ,\n              paraissant le Samedi.\n            D ire c te u r   : M aurice SIVILLE.\n Abonnements pour la Belgique : 6 francs l ’an, étranger 8 fr.\n Direction et Administration : 81, rue de Livourne, Bruxelles.\n\n\n\nÉCRITS POUR L'ART R EV U E M ENSUELLE\n La livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n        Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n         LA CRAVACHE,\n     9, Cour des Miracles, Paris. — 10 francs l’an.\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "  de JULES BARBEY d’AURÉVILLY.\n\n   Un haut artiste, Jules Barbey d’Aurévilly , a récemment\nquitté nos batailles de lettres.\n   Qui ne sommes journalistes et n’oserions sur le grand mort\nélever l’équivoque tombeau d’un article fait à la hâte, — on\nne juge pas ainsi Jules Barbey d’Aurévilly ! (*) — nous avons\npensé qu’il serait bon de choisir en son œuvre quelques\nphrases, une ligne, un mot qui dans nos lectures, au gré\ncapricieux de l’instant, nous auraient surtout dominés. — Il\nn’est ici, cela va sans dire, nulle tentative de complet résumé,\nbien qu’en sa prose Barbey d’Aurévilly doive plus clairement\net droit surgir qu’en des critiques. Nous voulons, et seule­\nment, ceci : rappeler de cet océan quelques vagues très\nseules, pour qu’à nos plages tout en murmures d’elles, fière­\nm ent encore elles laissent onduler leurs lentes courbes\nd’argent sombre.\n Le monde, c’est l’imbécillité multipliée par elle-\nmême, et élevée à sa plus haute puissance.\n  Car il était de cette race sauvage et un peu fière\nd’hommes pour qui rien n’est illusion dans la vie :\nyeux perçants, qui voient la ride à côté de la bouche\naimée, la misère du cœur qu’ils pressent sur leur\ncœur avec le plus d’amour.\n\n (*) Une ou deux belles études, tôt publiées, font exception.\n                                                                11\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "154                                     la Wallonie.\n\n\n\n  Hommes qui n’ont de respect pour rien sur la\nterre ; — que le monde accuse d’égoïsme parce que\nleur mor est plus grand que le monde - de méchan­\nceté, parce que leur œil implacable a tout vu des\nmotifs cachés.\n   Il avait l’opinion hautaine que qui veut une femme\nl’a toujours.\n   Car il vaut mieux donner sa personne que d’écrire,\net, par Jupiter ! Madame, ceci n’est point un para­\ndoxe comme ceux que je soutiens parfois.\n  L a pitié qui n’est peut-être que l’entente et le\nressouvenir de nos douleurs à nous-mêmes...\n  Croyez-le ! la mère n’est si belle que quand elle\nest un débris de l’amante.\n   Je m’appuyais sur mon orgueil, et je regardais, sur\nle mur, comme cette attitude m’allait bien.\n  L ’abattement me tint lieu de résistance et je me\nsupportai vivre parce que, dans l’écroulement uni­\nversel des facultés de mon âme, il m’était aussi indif­\nférent de vivre que de mourir.\n  Réfléchir sur son bonheur n’est-ce pas le doubler.\n  C’est que les femmes, quoi qu’elles puissent dire\ndans les méprises de leurs tendres âmes ou affirmer\ndans l’hypocrisie de leurs vanités, ont beaucoup plus\nsoif de bonheur que d’amour.\n  Plus autre côté, peut-être n’y a-t-il que deux êtres\nvulgaires qui puissent s’aimer longtemps.\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "    de Jules Barbey d’Aurevilly.                   155\n\n  On entendait la note craintive du crapaud répétée\nà courts intervalles dans le silence du marais, har­\nmonie si résignée, mais si douloureuse.\n   L ’homme est si profondément vil qu’il fait des\nviletés des actions qu’il ne comprend pas, parce\nqu’ainsi il est toujours sûr de les comprendre.\n La force - la plus belle chose qu’il y ait dans le\nmonde après la vertu.\n  A force d’amour et dans l’intérêt de leur amour, les\nâmes très pures doivent avoir l’hypocrisie et le cou­\nrage des choses physiques et des tentatives auda­\ncieuses qui naturellement leur répugnent en raison\nmême de leur élévation et de leur supériorité.\n  Avoir l’air d’un homme qui se sacrifie quand on ne\nfait que sa volonté est l’air suprême en matière de\nfemmes comme en matière de peuple.\n  Notre réputation est le masque d’opéra avec lequel\non va dans le monde et l’on ne sait pas souvent\nquelles bonnes et aimables choses cache la noirceur\nde cet affreux loup que les autres vous attachent\nsur la figure.\n   Je ne crois pas à l’amitié des femmes. L a loi qui\nrégit l’humanité est salique ; nous n’avons point de\npairesses. L ’amitié d’une femme c’est de l’amour\nvierge ou de l’amour veuf. C’est avant ou après.\n  En fait de femmes, c’est dans les huîtres que l’on\ntrouve les perles.\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "156                                      la Wallonie.\n\n\n\n  En donnant le nom à un enfant, il faut penser à la\nfemme qui un jour aura à le prononcer.\n  La première lettre d’amour. — L a première tache\ndont toutes les hermines doivent mourir.\n  A vec les femmes, c’est comme avec les nations, il\nfaut être heureux et impitoyable.\n   C’est quelquefois une manière bien délicate de\nfaire la cour aux femmes que d’avoir des torts avec\nelles. Cela leur crée la supériorité de pardonner.\n  On voit dans le cœur des femmes par les trous\nqu’on fait à leur amour propre.\n  E tre belle et aimée, ce n’est être que femme.\n  Ê tre laide et savoir se faire aimer, c’est être\nPrincesse.\n  Les peintres puissants peuvent tout peindre et\nleur peinture est toujours assez morale quand elle\nest tragique et qu’elle donne l’horreur des choses\nqu’elle retrace.\n  Il n’y en a pas une seule à qui on puisse dire\nsérieusement le mot de “ Mon ange ! „ sans exagérer.\n   .... le postillon, image de la vie, qui fait toujours\ntrop claquer son fouet au départ !\n  Pour des têtes construites d’une certaine façon\nmilitaire, ne jamais se rendre est, à propos de tout,\ntoujours toute la question, comme à Waterloo.\n                                           (A suivre.)\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                HOMMAGE.\n\nE\nL S m e r c is d u p a r d o n m u e t\n D o n t ic i to m b e l ’a v a la n c h e ,\n Les clairs festons de mes mercis\n Enguirlandent par la pensée\n Tout l’abandon des abondances.\n\n Toi qui t’ignorais pauvrement.\n Timidité candide, toi !\n Dont aussi tombe l’avalanche\n Des mercis du pardon muet,\n D ’avoir osé savoir saisir\n En tes palais perles de fée\n L e viril intactile rêve\n Tiens le sourire des mercis.\n\n Tiens le bouquet flamme des âmes !\n L e bouquet flamme, le bouquet\n Qui flambe au cœur des sages mages,\n E t qu’ont offert les sages mages\n Couverts des fleurs de vos hivers,\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "158                                       la Wallonie.\n\n\n\n      Des fleurs qui fleurissaient ta peur,\n      Toi qui t’ignorais pauvrement,\n      Timidité candide, toi !\n      E t qu’ont offert les sages mages\n      A ton désir et vos sourires\n      En vos palais perles de fées.\n\n      Tiens le bouquet des sacres d’or\n      Saignant aux anguleux vitraux\n      Des cathédrales du miracle,\n      L e bouquet consacré des sacres\n      En vos palais, entre vos doigts\n      D ’idole dont saigne aux vitraux\n      Des cathédrales du miracle\n      La sombre rose d’ignorance.\n\n                             A lb e r t SAINT-PAUL.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "             UN POÈTE GANTOIS.\n\n            M on cœ ur pleure d ’Au tr efo is ,\n par Grégoire L e Roy. — Exemplaires sur Japon et Hollande,\n           dessin de Fernand Khnopff. Paris, V anier.\n   Le poète qui nous apparaît aujourd’hui de l'Autrefois a\n réalisé, dans une œuvre des plus intenses, cette sensation\n définie par Baudelaire : la volupté du regret. Il est le poète\n de ces heures spéciales qui succèdent à la douleur et où l’âme\ns’alanguit et se mélancolise dans les fausses convalescences\ndu soir. L ’adorable chanson de Chérubin eût pu servir d’épi­\ngraphe à son livre. Ses vers aux sons plaintifs de cors, de\ncloches et de cornemuses au fond des bois, nous donnent une\négale nostalgie de bonheur, de passé doux et frêle, presque\nd’enfance.\n   Ce bonheur d’autrefois domine le livre de M. Le Roy.\nPas un vers qui ne soit polarisé vers cette terre natale,\npas un poème qui ne le chante doucement ou ne s’en sou­\nvienne. C’est une tristesse, en effet, toute discrète, presque\nsilencieuse, d'aïeule, sans nulle lamentation sanglotante qui\nla trouble.\n   E t des aïeules disent la merveilleuse légende : En elles\ncomme l’Autrefois dans les vierges se symbolise le Présent,\nn’ont-elles pas au suprême degré l’air calme, tristement sou­\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "160                                                la Wallonie.\n\n\n\nriant de ces pensées arrêtées entre ciel et terre, dans une\nbéatitude, de souvenir, cette pudeur de la douleur, cette\nexpression mystique et résignée, et devant l’irréparable,\ncette inertie absolue de volonté, cette immobile attitude\nfatale qui caractérise ici l’âme du poète ?\n   Celles qui sont revenues, d’un passé, si immatériel qu’il\nest presque de rien, et si lointain que c’est de la Légende —\ndu temps où les reines filaient — fantômes de ces adorables\nprincesses d’antan dont Théodore de Banville a célébré les\ntriomphes et comme le sacre et dont s’intronise ici de façon\nplus subtile, la grâce délicate et gothique, les attitudes de\nmorbidesse et de rêve sous le voile aux mille nuances du\nsymbole. Les voici, en une page mémorable, brodant en\nfabuleuses laines leurs chimères, cependant que le temps passe\net que leur virginité s’oublie parmi les lacs, et les étangs ; les\nvoici, le soir, qu’elles reviennent à leurs fuseaux dans la\ncommémoraison : on n’entend que leurs souffles et leurs\nmains, discrétion divine dans ces chambres de silence. Elles\nsont seules dans le soir. E lles chantent en des palais fermés.\nElles n'osent plus filer, elles ont peur de leur voix même :\n                 Que je suis seule dans ma voix.\n   En sa genèse d’art, c’est toute une vie flamande, hollan­\ndaise plutôt, qui se reflète en ces pages.\n   D e ces vieilles au rouet, de ces chambres closes, de ces\nlégendes, de ces soirs, de ces lampes, de ces fontaines, de ces\nchemins qu’on voit du haut des tours, de ces pâles étangs où\nvoguent des cygnes, de ces paysages crépusculaires, de ces\nfigures enveloppées de clair-obscur, de cette ombre traversée\npar éclaircies des surnaturelles lueurs de l’autrefois, se\ndégage quelque chose de cette victime mélancolie qui, depuis\nGérard Dov etP ieter de Hoogh jusqu’à ce peintre de défini­\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "     Un poète gantois.                                       161\n\ntive tristesse Israëls, a été l’un des sentiments caracté­\nristiques de la race. Même milieu, même lumière, souvent\nencore et si subjective que soit la conception du poète, un\npeu de cette réalité, un peu de naïveté charmante où\ns’évoque, et se dessine le primitif décor de l'Autrefois.\n                 Et tristement le vent du nord\n                 Souffle sur ma chandelle morte.\n   A la manière de ces maîtres, M. Le Roy est aussi le\npeintre du recueillement. La ville flamande où il est né a\ndonné à son œuvre, comme à celle de George Rodenbach, le\nsolennel et doux apaisement de ses quais, de ses eaux dor­\nmantes, de ses cloches, la simplicité de ses intérieurs calmes\net monastiques et par la fenêtre les campagnes paisibles.\nComme eux il a su de façon miraculeuse en dégager le rêve\nsilencieux et la tristesse sans outrance, équilibrée, pleine\nd’harmonie.\n   Cependant la couleur d’ombre, malgré les nappes de lune\nqui s’y répandent, n’est plus la même ; elle est moins immé­\ndiate et s’est subtilisée. Les mots qui la composent sont\nd’une immatérialité, d’une fluidité presque célestes. Une\nassociation plus logique unit à sa tristesse des teintes mates\net voilées, semblables à ces étoffes d’Orient que le soleil\nsemble avoir fanées et qui en conservent à jamais dans leur\nsplendeur morte, la lassitude et le regret.\n   Ainsi que la teinte vaporeuse et fondue des mots accom­\npagne la tristesse de la pensée pâle, le chant des phrases\nl’accompagne aussi en d’infimes modulations chuchottantes\net mourantes. Musique d'ombre, voix lontaines, échos de\nvalses, Angélus, Hallalis, tristes sur la tour dans le soir. Tout\nen conservant les anciens rythmes et sans les recherches qui\npassionnent maintenant tant de poètes, c’est de la musique\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "162                                            la Wallonie.\n\n\n\n d’une tournure qui tourne et revient sur elle-même, la\n musique propre à cette peinture d’intérieur dont elle comme\n la vie rythmique, le pendule et le rouet, le sable qui s’écoule,\n ou par la campagne aperçue le balancement régulier des\n branches ou les ondulations infinies des eaux. L e mouve­\n m ent des couleurs et des sons est alors lent et mesuré, pareil\n à l’immuable succession des heures, des mois et des années.\n L ’ancienne chanson n’est-elle tout entière basée sur ce prin­\n cipe de l’identité, de la répétition dans la musique, tandis\n que la pensée évolue et se représente sous ses m ille faces\n dans la phrase mélodique qui en est alors comme le résumé,\n le symbole général.\n    Plusieurs poèmes réalisent de façon absolue cette merveil­\n leuse correspondance de pensée, de modulations et de teintes.\nTel entre autres le chef-d’œuvre : le Cygne et cette mystique\nMaison d’amour, d’un attouchement si mystérieux de suaves\nparoles, d’une si belle chute étrange de pétales dans la\nlumière.\n    E t après ?... M. Grégoire Le Roy, comme son nom d’in­\nsigne fierté, est avant tout un poète d’aristocratie. Il ne\nsemble pas que le vulgaire puisse trouver avec son œuvre\naucun point de contact. C’est de l’art exclusif, hermétique.\nAinsi que maint artiste de ce temps, dont c’est l’honneur, il\na écarté de ses vers jusqu’à l’ombre d’une préoccupation\nsociale, d’une mission ou d’une pose. Donc, il n’y a pas\nd’idées dans ses vers; cela est entendu. Il n’a fait qu’exprimer\nla fatalité de la vie, la volupté du regret, la consolation\nsouveraine des songes et n’a fait, avec ceux dont parle\nBaudelaire, que porter à Dieu ce meilleur témoignage que\nnous puissions donner de notre dignité, les pleurs. Son livre\nest pur. Jusque dans les gouffres de la désespérance, c’est\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "     Un poète gantois.                                      163\n\nune âme restée virginale et délicate. M atériellement même,\nc’est un livre exquis, de mains de reines.\n   L ’auteur de la Sphinge, M. Fernand Khnopff, a symbolisé\nen d’admirables mirages toute la féminine volupté de ce\nregret d’autrefois, si mystique et comme réfléchie, qui\ndomine l’œuvre du poète, et le sculpteur M. Georges Minne,\nen a exprimé, en un frontispice et des culs-de-lampe de\ngrande allure, la signification fatale, le côté morne et le\ndésespoir.\n   E t cela aussi, comme spirituellement l’œuvre tout entière,\nn’est-il à ce cœur qui pleure d’autrefois, au fond de silencieux\ncrépuscule, une incomparable maison de songe, maison d’or?\n                           C h a b l e s VAN LERBERGHE.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "            MAISONS BORGNES.\n                                      Pour George Keller.\n\n\n         ELES se dressent dans un quartier maudit, les\n          maisons borgnes, le long d’une rue étroite\n          où le passant solitaire file, tête basse, visi­\n          blement apeuré par la douloureuse réson­\n nance des dalles qui geignent et crient sous le\n martèlement des pieds. Elles sont déjetées, affais­\n sées, tordues, comme si depuis des ans et des ans\n elles étaient minées par on ne sait quelle corrosive\n et surhumaine souffrance.\n    Oh ! les cruelles émotions que leur contemplation\nm’a values, ce si mélancolique soir d’automne où le\nvent hurlait par dessus la ville et fouaillait les\nnuages — de lourds nuages livides qui galopaient\ntrès bas dans un ciel de suie et se déchiraient brus­\n quement au heurt des cheminées et des tours !\n   Enclose dans sa cage vitrée où elle se trémoussait\ncomme un papillon dans les affres d’une torturante\nagonie, endeuillissant la masse des ténèbres d’une\nlueur de chapelle ardente, une flamme de réverbère\néclaboussait de sa tremblante clarté la façade des\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "    Maisons borgnes.                                  165\n\nmaisons borgnes. E t c’était comme des mains, de\ntrès frêles mains aux doigts de lumière et d’ombre\n qui bataillaient et se griffaient sur les murs lépreux,\nle long desquels la pluie dégoulinait en larmes vis­\nqueuses. Des vitres cassées, balafrées de bandes de\npapier, dansaient dans leur châssis avec un léger\ntintement sinistre que scandaient, par intervalles,\nles claquements d’un volet dont le bois pourri s’effri­\ntait et qui, retenu par une seule charnière, pendillait\nlamentablement.\n   Tout à coup, une porte s’entrebailla avec un an­\ngoissant râle de gonds rouillés et une femme parut\nsur le seuil. Sa figure rongée par la chlorose, s’avivait\nde fard aux pommettes et ses yeux, comme des\nbraises, ardaient sous de longues paupières noires.\n   E lle s’éloigna, sautillante, et tandis que j ’obser­\nvais le luisarnement de son collier de perles, j ’eus\nsoudain la vision de la ténébreuse besogne qu’elle\nallait accomplir par cette nuit d’épouvante :\n   “ Dans une chambre mal éclairée où flottent d’é­\nnervants parfums, sur l’oreiller d’un lit de hasard,\nune tête d’homme repose, immobile et effrayante.\nSes chairs vertes sont tigrées de rides; sa bouche\ntordue dans un amer rictus montre l’émail de deux\nou trois dents autour desquelles les lèvres, scellées\naux commissures par des caillots de sang, forment\nun bourrelet bleuâtre; ses paupières baissées, rigides\net lourdes comme des lamelles de fer, écrasent les\nyeux au fond de leurs orbites, et ses cheveux, comme\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "166                                         la Wallonie.\n\n\n\nceux des noyés, se collent en mèches empoissées sur\nla lividité du front.\n   Par une fissure du crâne, lentement, sa cervelle\ns’écoule sur le parquet...\n   Agenouillée sur le lit, le torse nu, les seins ballants,\nla chevelure emmêlée et pendante, une femme, s’in­\nclinant vers cet homme qui s’est consumé au feu de\nses caresses, le contemple avidement de ses yeux de\nharpie. Satisfaite de son œuvre, grisée par la joie\nd’avoir anéanti une Intelligence, broyé une Volonté,\nelle est prise, soudain, d’un rire féroce, satanique,\nqui résonne comme un glas dans la chambre silen­\ncieuse et secoue tout son corps au-dessus du cadavre\n— le cadavre dont la tête se détache, inerte et gri­\nmaçante, sur la blancheur de l’oreiller. „\n\n                                   H u b e r t K R A IN S .\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "               v e r s Vous v o ici F a l l o i r .\n\n\n                                                Camille Lemonnier.\n\n\n       vS e l t e , et vierge assurément, mais pourquoi\n         pas un peu languide ? — son casque de che­\n         veux si blonds s’étoile parfois d’étincelles\n         moelleuses, et c’est moelleux sur la soie\nmauve et ses plis très mois.\n   E lle est toute musique, baignée en sa musique par\nses gestes, mois aussi pour sa grâce réfléchie, et très\nlents de souplesses qui pour se dérouler ondulent.\n   Une petite soirée. Elle danse, elle a dansé. Il en\nest venu de blonds, de bruns, qui l’ont entraînée,\nsous l’éclair des lustres et dans cette musique bête,\n— bête, et qui l’amuse. Elle a dansé (toute cette\nlumière!) et se trouve un peu lasse, lasse. Oui, plu­\nsieurs valses ; et l’un d’eux savait causer, ou à peu\nprès ; — mais celui-là, il est si laid, et ses yeux de pois­\nson bourgeois. L ’autre, celui qui bientôt viendra,\ncertes il est beaucoup mieux ; son v if regard un peu\nmétallique, les cheveux noirs ; et puis n’est-ce pas\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "168                                       la Wallonie.\n\n\n\nun Italien, ou bien de la Hongrie ? Elle ne sait plus,\non le lui a présenté tantôt ; oui, de l’Italie, un\nItalien !\n  Un Italien... c’est qu’on les dit si passionnés ?..\n  (Eh bien, eh bien, devient-elle curieuse !)\n\n   A h, le voilà.\n   Deux têtes s’inclinent, elle prend un bras : Ils\nvalsent.\n   Il est pâle, et mince ! on le dirait nerveux, souffrant\npeut-être... pourtant viril, assez ; — est-il vrai qu’ils\nsoient si passionnés ?\n   Il valse bien.\n   Cette valse, elle s’enroule d’un rythme voluptueux,\nen harmonie avec le rythme de la Jeune F ille, et\nl’on dirait des volutes, les volutes d’une musicale\nvapeur très lourde, on dirait des volutes indéfini­\nment, leurs courbes. Ils vont, et leurs courbes\nlaissent dans l’air comme des traces de caresses,\nleurs ondulements sont d’une très lascive musique.\nElle, mais elle est bien lasse, oh sans nulle force au\nbras du cavalier ! et la pensée vague, vague au long\ndes enlaçantes courbes, vague en volutes indéfinies,\net contournées comme leurs courbes. Ces courbes se\ncontournent lascivement ; elle ne pense plus, elle\ntourne, tourne, elle ondule dans l’air et sa musique\nde caresses, et je ne sais quel ivre chatouillis, cet air\nqui la frôle, ce bal : — elle frissonne.\n   Plus rien, elle ne voit rien ; des choses qui\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "    Prose symphonique.                                169\n\ntournent, du vague, indéfiniment les vagues volutes\net ces courbes qui l ’entraînent en rythmes de velours.\n— Mais les choses, autour d’elle, les choses tournent\ntrop vaguement, trop vaguement de cycles barbares\net fous ; cela tourne, cela tourne, et elle va tomber si\nelle regarde encore !...\n   L a valse continue et s’enroule lascive, dans le\nvertige des choses qui tournent, les cycles fous, et\ntout ce mou, cette langueur des courbes à défaillir !\nFiévreusement, pour fuir le fol vertige du vague\nautour d’elle, comme pour sauver sa vie, elle\nattache son regard sur lui. — Il plonge son regard\ndirect en ces grands yeux vagues, et les fait frémir...\n   Cet Italien, ses yeux luisent ; d’une étrange\nbeauté, ils luisent de lueurs bizarres, et de leur\nfluide issit un attrait pervers, qui domine, ardent,\nqui devient presque animal, d’un reflet glauque, et\nqui la trouble...\n   Ce regard est quasi bestial, en la belle figure plutôt\npensive. E t c’est elle, elle... Honteuse, malgré son\nétourdissement, elle reprend son regard à l’homme\nqui la voudrait conquérir. Mais cela tourne, ces\nchoses, ce vague, trop cela tourne, cela tourne ! Elle\nferme les yeux pour ne pas voir, elle ne pourrait plus\nles ouvrir, non ! et les rythmes l’emportent, ils se\ncroisent, ils frôlent telle si lascive courbe de tantôt,\nle vague, oh le si vague des cycles fous et des volutes\nlascives qui la voluptent. De mignons chatouillis,\nd’un subit effleurement de plumes l’électrisent ; mi-\n                                                 12\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "170                                       la Wallonie.\n\n\n\npâmée elle s’abandonne, elle flotte comme une épave\nà ce bras; ce bras, comme une très molle vague et\ntrès forte, qui la soutient, la berce ; doucement, irré­\nsistiblement la caresse, la porte, l ’enlace d’un volup­\ntueux contour et... Non, non ! les yeux, malgré ses\npaupières closes elle les sent, et leur flamme glauque\nqui perce et la conquiert. Ce regard glauque, ce\nregard virilement décisif, il pèse sur elle, il ban te les\nmois remous de valse, — et là, n’est-ce pas le frôle­\nment d’une baleine, la tiédeur coupée d’une baleine\nqui désire, une baleine d’h omme dans son cou...\n   E lle est toute prise; et la valse l’emporte en sa\nvolupté de vagues volutes.\n\n\n  L a soirée finie ; quelque agitation de soies froissées,\nau vestiaire ; et la voiture roule dans la claire gelée,\npar les rues plus vides et sonores.\n  Seule en sa chambre (où l’air pesant encore d’un\ngrand feu qui s’éteint), la jeune fille muse, elle\nhésite, elle quitte ses vêtements avec lenteur, quasi\npeureuse. E t puis vite en son lit, et la lumière\néteinte.\n  E lle se pelotonne et se détire, songe, frissonne\nencore. L ’air est pesant, et chargée d’arômes touffus\ncette chambre. Une blanche poussière de lune est\ntamisée par les rideaux, et, dans leurs mailles, la\ncroisée se dessine faiblement. (Ces couvertures, elles\nne la vêtent pas assez, elles sont trop légères, elles\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "    Prose symphonique.                               171\n\ns’envoleraient; et pourtant quelle moite lassitude\néchauffée la pénètre ?)\n  E lle se noue en ses pensées.\n   Aim er? oh oui l’amour, le but apparent de sa\npetite vie qui s’effrite en fêtes; mais légalem ent!\nE t ces retenues d’une ingénuité qui sait trop et ne\nsait pas bien, les yeux baissés, n’oser rien dire, même\nles folies des grandes audaces c’est pour l’amour\nassurément. Le plus tard? des noces convenues, et\nfaire du sentiment par égard pour l’usage. Comme\nc’est loin du joli héros si romantique d’avance\nchoyé dans les pensions, le gentil héros bien vaillant,\ntrès noir et viril et même bête, des richesses mas­\nsives à l’éblouir, et qui la brûlerait de regards fous !\n   (Cette chambre s’émoie de parfums lourds, et la\nlune qui filtre sa douce petite clarté, la lune est\nd’une très vaine neige, bien vaine ! Ses rayons ténus\ns’étirent sur les meubles, avec des gestes chats; ils\nfouillent félinement les replis des courtines, on dirait\nqu’ils désirent.)\n   Des courants d’un fluide aimanté se meuvent dans\ncette chambre; des choses s’y pâment de touchers\nmagnétiques; et puis cette chaleur la ferait défaillir,\nà la fin !\n   E lle ne sait pas ce qu’elle désire ; elle voudrait,\nelle voudrait !... Cette chaleur l’oppresse, décidé­\nment, et pourtant les couvertures si légères, trop\nlégères, ne la vêtent pas assez ; elle est presque nue,\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": " 172                                     la Wallonie.\n\n\n\n  là dessous, et des idées louches la laissent frémis­\n  sante, les joues pourprées, toute confuse.\n     Confuse, toute confuse aussi dans cet emmêlé des\n  idées. Sous la chaleur, — les draps si légers qu’ils\n  s’en iraient voleter, — les draps n’ont-ils des ondu­\n lations vers une courbe ? une courbe, enflée : et vrai­\n ment ils ondulent (c’est l’air, cet air si chaud, trop\n  chaud, et ses volutes qui les attirent). — Car la\n courbe s’anime, se contourne, monte lorsqu’elle\n ondule, et si d’hésiter se reprend, continue, d’un mol\n flottis qui se replie et fluide s’enroule.\n    Ces draps enflés, leur courbe s’enroule. — Oh le\n doux rythme de leur courbe ! E t cela la berce, le\n rythme, ces draps ondulants comme les muscles\n d’une poitrine qui respire, ces draps et leur doux\n mouvoir, ils l’abandonnent à peine, légers, et la\n bercent, la caressent, la soulèvent enlacée dans leur\n courbe, comme des vagues.\n    Oh la vaste mer blanche et tiède qui sous elle\n ondule !\n    Ces vagues tièdes, elles ont des caresses, et\ntournent. Leur rythme se perd et revient, elles se\nperdent les renaissantes volutes liquides ; elles la\nportent, mi-pâmée qui s’abandonne, et se dérobent en\nfrôlement d’ivres chatouillis. — C’est la vaste mer,\nla tiède, et qui sous elle ondule. Les flots, les tièdes\nflots, doucement la caressent, l’emportent, la sou­\ntiennent, de voluptueux contours l’électrisent... Ils\nsont mois et forts, ces flots et leur rythme valse en\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "    Prose symphonique.                                178\n\n quelle douceur profonde, lentement et vite, des\n courbes, les si lascives courbes qui renaissent, les\n vagues volutes liquides, et leurs cycles fous l’en­\n roulent irrésistiblement.\n   Les vagues, les tièdes vagues elles dansent ! Oh\nleurs courbes, leurs si lascives courbes lascivement\nvalsent, elles tournent, leurs cycles fous virent\n girent et l’emportent, — irrésistibles.\n   C’est la vaste mer, tiède et qui roule. Des vagues\nl’enroulent de replis lourds, et sourde aux soupirs\nl’émeute des flots. L à des nuages, oh non ! des\nnuées, gonflent leurs voiles si lourds, qui tournent.\nE t les vagues, ces vagues, fortes comme des bras,\ndes bras puissants qui la portent et la tiennent, des\nbras lascifs qui l’entraînent éperdue, au rythme fou\nde la valse folle.\n   L a valse, la valse des flots qui dansent, la valse\ndes flots qui tournent, lenteur, la valse des flots\nmontueux qui roulent, et forts qui l’emportent\néperdue aux flots, et mâles, ces flots, comme des\nbras de mâles.\n   Cela tourne, ces choses, ces vagues, ça tourne. La\nvalse la roule au gré des remous, la roule ! — et va-t-\nelle mourir en ces vagues... E lle ferme les yeux pour\nne pas les voir. E t l’emportent les rythmes, se croisent,\nl’enlacent, mâles et fous, de cycles fous, et mous de\nvolutes qui la voluptent. Ces flots, ces bras mâles,\nces flots, ces emmêlés flots dans la foule, et leurs\ncourbes de valse et leurs chatouillis d’or, et leurs\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "174                                      la Wallonie.\n\n\n\nplumes lascives d’écumes fluides, et ce rythm e de\nbras mâles qui la conquièrent! Oh ces lourds flots ,\nces bras lourds qui l’emportent ! L a valse l ’enroule,\net ces bras la maîtrisent. Ces bras, ces bras forts,\nmais ces bras sont d’un homme! E t la valse l’emporte\nen sa ronde morbide.\n   Les bras, ils sont là, puissants, qui la tiennent.\nUne poitrine d’homme comprime sa chair. Une ha­\nleine se mêle aux neiges de son col, et dans l’ombre\nles Yeux luisent bizarrement.\n   Il est là ! ses yeux noirs et fauves la brûlent. Ils la\nbrûlent, ces yeux brillants d’éclairs de bête ! E t le\nrythme se casse, la valse est rompue et ces regards\nfixes la magnétisent. Les bras la tiennent immobile ;\nles lourds yeux la scrutent, et des convoitises dé­\nroulent leurs anneaux. Elle ne regarde, elle sent\nqu’en elle un long désir inavoué monte comme un\nserpent. — Elle ne regarde, non! mais les yeu x la\npercent de flèches moites; le regard, comme une\nmain sadique, la frôle de caresses, darde en son plus\nintime, la livre comme nue à la vue d’un homme...\nE lle se débat, il se rapproche ; elle le sent fatal mais\nle repousse, oh le repousse de toute sa fierté, sa belle\nfierté vierge haletante d’angoisse.\n   Un cri ! des lèvres invisibles, des lèvres chaudes\nont touché sa nuque ; elles froissent son cou, ses\njeunes seins, elles froissent sa chair éperdue, avides\nla domptent d’une force molle, — et despotique aux\nlèvres ce baiser direct...\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "    Prose symphonique.                              175\n\n   — C ’est ignoble... lâche !\n   E lle se plie et se déplie, souple, fuyante en son\nimmobile horizontalité de rêve, et serre convulsi­\nvement les membres pour être inviolable. Des\ncaresses, des caresses et des baisers, des caresses\nencore ! Oh convulsive de volupté qui s’épouvante,\nelle repousse des gestes, elle mord ses cris, mord des\nbaisers, bat l’air des bras sous le mâle invincible, car\nrectiligne cette rigidité...\n   — Dieu !\n\n  L ’air grelotte. Sur le lit échevelée, criant son\nmal et sanglotante sous la souillure, se tord la\nvierge honteuse, violée par le souvenir.\n   E t pas une ombre noire aux yeux brillants qui\nvole éparse, cogne le plafond, et traverse la vitre\npour se perdre dans les ténèbres. — Non.\n   De la nuit gemmée d’étoiles, s’épand une demi-\nclarté fluide. Des ailes mutines voltigeront aux\ngrêles ramures givrées, et des oiseaux vont là tantôt\ns’égosiller. C’est un tranquille silence de virginité\npensive, et d’étoiles qui pensent, et de gemmes en la\nnuit. Sur la nature neige la lune très musicale, les\nrideaux filtrent sa neige vaine,\net dans cette musique argentine, la Croix de la\nfenêtre se dessine avec une douce faiblesse.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "          CHRONIQUE DE L ’ART.\n\n\n              CHRONIQUE BRUXELLOISE.\n                    E x p o s it io n d e p o r t r a it s a n t iq u e s .\n                 (Epoque grecque en Egypte.)\n   On a fait assez de tapage autour de cette très curieuse\n exposition, mais comme toujours, beaucoup de tapage à côté.\n On s’est exclamé, on s’est pâmé. Encore un peu l’on déclarait\n dégottés tous les peintres passés présents et à venir. Enfin\nc’était une véritable révélation de grand Art.\n   La vérité est que cette exposition est très attachante à\ndivers points de vue : scientifique, ethnologique, historique\net technique. L ’intérêt artistique est en somme le moindre.\nTous ces portraits sont peints d’après une formule uniforme\net les reproductions qu’on en a faites sont mieux que les\noriginaux. L e procédé — l’encaustique — est lui, très\nintéressant : ces peintures sont pour la plupart d’une remar­\nquable fraîcheur de coloris.\n   Un catalogue des plus amusants commentait ces panneaux.\n   Ainsi le n° 26, une bonne grosse tête d’homme inoffensif\nest analysé: Buste, d’un homme qui paraissait souffrir du\nraccourcissement d’un muscle du cou, le sternokleidomastoïdien.\nPresque tous avaient l’air de portraits de têtes en bois, sauf\ndes yeux artificiellement brillants et absolument aucune\nnotion d’atmosphère.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "     Chronique de l'Art.                                                     177\n\n  Au fond, une montagne de plus qui n’a accouché que d’une\nsouris.\n                       E x p o s it io n d u c e r c l e a r t is t iq u e .\n  Ce seul compte rendu, le mot de notre ami Em. V. : Il y\na une porte ouverte sur une exposition ; il vaudrait mieux\nqu’elle fût fermée.\n                            E x p o s it io n d e s a q u a r e l l is t e s .\n\n  Voir le compte rendu de l’an dernier (*).\n                                                              P. M. O.\n                        a l ’É m u l a t i o n . —   N o ir e t B l a n c .\n\n   Comme impression générale, beaucoup de volonté de faire\nde l’art.\n   Certains ont réussi : D e W itte e t Collin; Donnay et Rassen­\nfosse se sont révélés. Les autres n’ont pas réussi à se frayer\nde nouveaux chemins et, malgré leur désir de faire du neuf,\nse sont embourbés dans les banalités.\n   Il serait téméraire de juger De W itte d’après cette expo­\nsition assez restreinte. Néanmoins dans la plupart de ses\neaux-fortes et dans deux dessins (une femme allaitant son\nenfant — baignée d’une atmosphère fraîche et lumineuse —\net une mignonne tète de fillette) se révèlent la main et le\ncœur d’un artiste de tempérament.\n   De toute l’exposition de Donnay se dégage une impression\nde poésie sentimentale et mystique à lui propre. Que le sujet\nsoit moderne ou légendaire, la personnalité de Donnay\ns’affirme, bien caractérisée.\n  (*) Cette année-là il n’en a pas été fait.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "178                                                   la Wallonie.\n\n\n\n    Dans quelques-unes des œuvres qui se trouvent à l’Émula­\n tion, la conception frise le génie (Adagio, le Sphinx, la\nBarque de misère, les Projets de peinture décorative, Pluie\n et fumée, les Esseulées, etc...).\n    Mentionnons aussi le portrait de Messieurs M..., très\n simple, très vrai, un grand souci de l’expression — et ceci\nn’est qu’une aurore, et quelle aurore ! —\n    Collin a presque compromis ses précédents succès par\n quelques pages d’une maladresse inouïe. Heureusement\nquelques belles pages (Etude d’hôpital, le Soir, Misère).\n    L ’exposition de Rassenfosse n’est plus celle d’un amateur.\nDans quelques-uns de ses dessins et de ses eaux-fortes, cet\nartiste fait preuve de distinction et d’une expérience du\nmétier qui n’est plus du cher.\n    D ’Ém ile de Baré, citons entre ses eaux-fortes et ses vernis-\nmous “ les grands Marais, „ qui nous pénètre bien de cette\nimpression de solitude désolée des Campines.\n    H. Berchmans et P. Namur, bien humains, bien efféminés\net bien superficiels.\n   L es dessins de M. Halbart ont trouvé le plus d’acquéreuis.\nCela ne nous surprend pas : ils sont très soignés, très propres,\njolim ent encadrés et surtout très bourgeois.           C. P.\n           J. RAGGHIANTI ; Concerto en si b min. (1)\n   Rompant avec les traditions acrobatiques que nous ont\nlaissées les Vieuxtemps et les de Bériot, Ragghianti vise à\nla virtuosité plus austère de Corelli, Tartini, V iotti et autres\nmaîtres classiques de l’archet.\n  (*) Par suite d'un malentendu, notre critique détaillée du concerto de\nRagghianti n’a pu paraître dans le précédent numéro de la Wallonie. Le\nmanque d’espace nous oblige à n’en présenter qu’une étude très succincte.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "     Chronique de l'Art.                                             179\n\n  Dans ce concerto, les traits sont très clairsemés et, toujours,\nrecouvrent des développements symphoniques.\n  L es thèmes sont très bien choisis et le dessin symphonique\ntrès heureux, bien que parfois la phrase remémore Wagner.\n  L es harmonies et l’orchestration sont très colorées.\n  En résum é, œuvre d’un jeune par ses inégalités et la furia,\npresque digne d’un maître par les grandes qualités que nous\nvenons d’énumérer.                                     C. P.\n                                L e s S a is o n s d e H a y d n .\n\n   L ’audition du dernier oratorio de Haydn à la Société\nd’Emulation, est un véritable événement musical; cette œuvre\na été exécutée si rarement depuis plus d e soixante-quinze ans\nque par ce seul fait elle intéresse beaucoup. On n’a pu\nentendre complètement les Saisons qu’à Vienne, en 1801, un\ndemi-siècle plus tard au Conservatoire de Paris, et enfin en\n1875, aux Concerts Pasdeloup. A noter aussi une exécution\nen province, à Niort, en 1854.\n                              ** *\n   Considéré dans son ensemble, cet oratorio apparaît comme\nune suite de tableaux : tout y est descriptif. Comme le disait\nHaydn lui-même, les personnages sont des paysans, et, en\neffet, l’œuvre entière n’est qu’une peinture de la vie agreste,\navec les caractères distinctifs que lui imprime chaque saison.\n   C’est d’abord un intense désir du renouveau, et une aspi­\nration au rude travail des champs, exprimée en une prière\nsimple, mais d’une réelle grandeur, puis un chant de recon­\nnaissance au Créateur. Tout cela n’est que de la joie mêlée\nd’admiration, et débordant du cœur enthousiaste de l’homme.\nL 'Eté est la peinture d’une journée : Après l'indescriptible\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "180                                            la Wallonie.\n\n\n\nscène d’un lever de soleil, voici l’accablante chaleur de midi,\npuis c’est l’orage, et enfin le calme si frais de la soirée,\nlorsque tinte l’angelus et que. dans son éclat voilé apparaît la\npremière étoile. Au début de l’automne, la célébration du\ntravail, ainsi qu’une scène d’amour charmante en son ingé­\nnuité. Bientôt retentissent de joyeuses sonneries de cors,\nimage d’une chasse échevelée, et puis les gais refrains de la\nvendange, et les danses folles au son des musettes et des\ntambourins.\n   Enfin, pendant l'Hiver, avec le vague regret des plaisirs\npassés, les fileuses chantent pour se distraire, accompagnées\npar le monotone bruissement du rouet, et, à l’heure du repos,\nc’est encore une chanson naïve dite par l’une d’elles.\n                               ** *\n   L a donnée des Saisons exige donc une adaptation musi­\ncale purement descriptive ; sous ce rapport, c’e s t, sans\nconteste, la chasse et la danse (dans l'Automne) qui sont les\nmieux dépeintes, — ces deux scènes se caractérisant d’elles-\nmêmes. D ’autres parties sont aussi traitées magistralement;\nmais parfois le style descriptif est appliqué à rendre des\ndétails un peu insignifiants. Alors, l’imagination aidant, il est\ndangereux de faire des confusions déplorables, comme cet\nauditeur cité par A. Jullien, qui prenait l’angelus sonné par\nles cors, pour le coassement des grenouilles!\n   Dans son ensemble cet oratorio est certainement une\noeuvre. Le style de Haydn en d’élégantes simplesses s’y élève\nparfois à une grande hauteur. L ’esprit moderne, il est vrai,\nne s’accommode plus de la monotonie des récitatifs, d’une\ndescription entravant par sa continuité le développement des\npensées; mais on n’en admire pas moins certaines pages,\ninaccessibles aux atteintes du temps.                 E. S.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "      Chronique de l ’Art.                                   181\n\n\n     A signaler aux Concerts d’hiver, la dernière symphonie de\n César Franck. Œuvre intéressante, mais extraordinairement\n inégale, d’une orchestration sans unité et certes inférieure à\n beaucoup des compositions du maître. C’est aussi moins per­\n sonnel, sauf la dernière partie qui rappelle un peu, par sa\n couleur animée, la finale de la sonate pour piano et violon.\n L ’allégro, qui manque assez de perspective et de cohésion,\n s’illumine un moment d’un éclair admirable. Dans l’allégretto\nl’on voudrait des plans moins indécis, plus de puissance et de\nnoblesse. Il va sans dire que ces observations n’ont qu’une\nvaleur relative, et que l’œuvre est d’un musicien.\n    A la Monnaie, une reprise trop hâtée de Lohengrin. Mme\nCaron est bien, dans le rôle d’E lsa; MM. Engel, Séguin et\nRenard, fort bien (Lohengrin. Telramund et le Héraut) ;\nl’orchestre aussi, sauf quelques détails. Mais les chœurs et\nles seconds rôles !                                  L. H.\n                               *\n                              * *\n   Mardi 21 mai, c’était à Verviers la dernière séance de\nMusique de chambre; on devait exécuter les 10' et 15e Qua­\ntuors de Beethoven. D ’abord le sagace critique, M. Maurice\nKufferath, directeur du Guide Musical, a fait une causerie\nfamilière commentant les œuvres qu’on allait entendre, les\nexpliquant, désignant leurs affinités ou leurs différences, mon­\ntrant la marche ascendante du génie de Beethoven sortant\ndes formules pour arriver dans le 15e Quatuor à une expres­\nsion aussi intense que dans la 9e Symphonie. Puis les archets\nont parlé; c’était joué avec conviction, avec émotion; en art,\nc’est là l'essentiel. Bravo donc à MM. L. et J. Kéfer, Vonken\net Massau, et surtout au promoteur de ces artistes séances,\nM. Louis Kéfer.                                             P.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "182                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n    Un cercle nouvel-éclos, le Cercle des Jeunes, semble annon­\ncer ici quelque préoccupation de se “ distraire „ par les\nchoses de l’esprit, et comme l’idée d’une adolescence plus\nprintanière, fleurie certes de bonnes intentions. — A peine né,\nle Cercle prouvait son existence, le 17 mai, devant un public\nde lettrés et de mondains, par une intéressante soirée de\nlittérature et de musique. A vrai dire, les membres du Cercle\nont encore bien des progrès à faire : mais on parle de projets\npas quelconques du tout, entre autres un concert XVIIIe\nsiècle, et quelque littérature de ces années, peut-être.\n    Pour cette première soirée, le? Jeunes avaient obtenu\nl ’aide gracieuse d’un violoniste, M. Choisy; d’un pianiste,\nM. Massin; d’une cantatrice, Mlle Ledent, et de M. Maurice\nW ilm otte, homme de lettres. — M. Choisy n’est pas encore\ntrès sûr de lui-même, mais il paraît annoncer un musicien de\ntact, habile à modeler avec finesse les fluides lignes d’une\nphrase musicale. M. Massin, lui aussi, pourrait devenir un\nbon pianiste, et, sur un instrument détestable, — ou bien\nserait-ce l’acoustique de la salle? — a fait preuve d’assez\nétincelantes qualités.\n    Mlle Mary Ledent syndiquait artiste en élisant, pour les\ndélicatement traduire, ces deux maîtres : M onsigny et\nW agner. Gênée peut-être par une chaleur où l’on suffoquait,\nelle ne m’a pas semblé très en voix. Mais dans cet air de\nMonsigny, W atteau musicien qui contient tout le siècle de\nLouis X V et surtout de M arie-Antoinette, physiquement la\ntrès blonde fragilité de l’artiste, son interprétation si\nW atteau et les contours du phraser, portaient la rêverie indé­\ncisément vers les Poètes de ces grâces exquises : Paul Ver­\nlaine, Georges K hnopff, Albert Saint-Paul.... — En l’un des\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "     Chronique de l’Art.                                     183\n\nCinq Poèmes de W agner, — étude pour T ristan, —\nMlle Ledent dit en très pure artiste le charme un peu triste\net vain des songes qui passent ; diction musicale et wagné­\nrienne par la cohérence du mot à son enveloppe-musique, —\net parce qu’à la phrase chantée, les inflexions donnaient des\ngestes. Mais il faudrait quelque plus vive acuité aux cassures\nde telles doubles croches, et par là plus de vérité : évoluant\nnon pas vers la parole, mais vers un maximum d’intensité\nexpressive.\n   De toutes les conférences que j ’ai entendues depuis l’âge\nde raison (et ma pauvre âme sait s’il y en a ! ) sans aucun\ndoute voici la plus clairement artiste et la plus fine.\nM. Maurice W ilm otte est peut-être, avec M. Emile de\nL aveleye, le seul Liégeois qui sache causer. Deux sectes de\ncarbonari m êlent chez nous à la conspiration du silence\ncelle du monologue, — intéressant parfois, mais plantureux.\nUne troisième sait parler de soi, même avec éloquence;\nd’autres, les plus nombreux, prolixement de rien ; et puis il y\na les timides, comme moi, desquels l’électricité sensitive\nlongtemps accumulée, soudain éclate en ridicules éclairs\nd’audaces, comme d’une batterie de jarres.\n   Maurice W ilm otte sait causer, et ce don très rare faisait\nqu’en vérité, même transposée, entre la lampe et le verre\nd’eau, dans cette formule si belge d’une conférence, la conver­\nsation vivait entre le public et lui, et que les auditeurs sem ­\nblaient y prendre part. On ne raconte pas ces impressions\nqui voltigent sur des nuances : dire que “ notre ami Maurice\nW ilmotte nous entretint des chansons populaires, fit, au bloc\nen or fruste de sa profonde science, des ciselures à éblouir, et,\nsubtilement analysées doux versions d’une chanson char­\nmante, les compara pour conclure à.... „ allons donc! il fau­\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "184                                            la Wallonie.\n\n\n\ndrait plutôt dire les gestes, un rien maniérés mais exquis,\nla grâce musicale du parler, les reflets d’une langue riche et\ncristalline, les phrases, improvisées, mais fermes comme la\nchose écrite, élégantes et nettes comme ce X V IIIe siècle\nd’où nous vient évidemment Maurice W ilmotte.\n   De tout cela, je ne veux élire qu’un souvenir : c’est une\nimpression, un soir, dans les quartiers riches à Liège. Il tombe\nune rosée de mélancolie, où baignent les maisons bourgeoises ;\net là, sur une pensée très seule, voici qu’à travers le trans­\nparent silence les voix lointaines d’un crâmignon viennent\ndoucement se contrepointer... E t voyez l’impéritie du cri­\ntique! Cela, que maladroitement j ’ai voulu résumer, était\ndans la causerie un épisode vivant, d’une lumière atténuée,\net qui délicatement émouvait.                           M*.\n\n\n        CHRONIQUE LIT TÉRAIRE.\n\n                           GRITTE.\n    Nouvelle par Gust. R a h l e n b e c k . Extrait de la Revue\n                           de Belgique.\n   Sous ce titre exquis : G ritte, Gustave Rahlenbeck a récem ­\nment donné à la Revue de Belgique une nouvellette qui est\ncertes la meilleure pièce qu’il ait produite. C’est là une vague\nsilhouette de jeune fille poitrinaire, vue à travers le rêve des\ndoux Noëls du Nord, une pauvre vie souffrante et tôt fauchée\nque l’auteur nous conte en des phrases atténuées, rappelant\nun peu la pénétrante impression de saveur intime de cer­\ntains Dickens, — avec ci et là, des coins affairés du Paris\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "     Chronique Littéraire.                                  185\n\nd’hiver, des croquis d’intérieur heureusement enlevés. La\nseule tare de l’œuvrette est ce type du vieux colonel, parfois\nbien peu intéressant.\n                                                    CH. D.\n                             * *\n   Le TRAITÉ D U VERBE vient de paraître, chez Deman,\navec l’énoncé de la méthode philosophique de Ghil, —\nphilosophie évolutive, on le sait, — et de la manière d’art :\ninstrumentation. La manière d’art reste strictement celle\nde la 2e édition, mais l’énoncé en est tout différent, et pas\nune phrase du nouveau livre n’est à retrouver dans le\nlivre précédent. René Ghil a supprimé ici tout ce qu’il consi­\ndérait comme hors-d’œuvre, amplifications poétiques ou\nsimples cantilènes de la voix qui s’évague. C’est grand\ndommage pour la joie des poètes : je me souviens de tels\nchapitres, l'Unité, Wagnérisme, qui brillaient comme de\npures gemmes, incrustées au métal d’une langue à mille\nreflets. En revanche, d’importantes pages sont ajoutées : une\nrapide vue d’ensemble sur la littérature d’avant ces jours, la\nméthode évolutive, etc. L ’auteur a voulu moins de digressions\nd’artiste qui songe, et plus de rigueur dans la démonstra­\ntion ; marche très naturelle, du reste, si l’on veut se rappeler\nque telles découvertes de musique lui vinrent instinctives,\net qu’ensuite il coordonna comme penseur, les idées incons­\nciemment incluses en son œuvre de poète.\n   Toutes les pages de ce très fier Traité du Verbe valent\nqu’on les discute longuement, et quelques-unes prêteraient\nsans doute ici même à la controverse; mais il faudrait, pour\nce faire, plus de place — et plus d’autorité ! — que je n’en\npossède.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "180                                             la Wallonie.\n\n\n\n                  CLOCHES EN LA NUIT,\n un beau volume in-4°, eau-forte de M e y e r ; Léon Vanier,\n                         éditeur.\n   Livre de vers qui marque un viril effort vers l’art. C’est,\n d’un être, — il a souffert, il a vécu, nous le savons, — l’éternel\n départ ; puis vaguant par la vie, cercles de sensations, de\n pensers qui s’ébauchent, et toujours il vague, il vague, —\n oh mettre à la voile, et l’atterrir au loin de la mer si toujours\nnocturne, ou solitaire vaguer en la forêt de vie, noire, si noire ;\n des villes épaississent autour de lui de noirs réseaux inextri­\n cables, et dans le noir, des cloches tumultueuses crient des\nmots infinis; que voudrait-il, chercher, chercher... ou si, plutôt,\nle Rien ? — Tout passe, et gire, et flue, tout meurt :\n                  L e carillonneur se penche\n                  et regarde en bas vers la ville.\n                  Qui donc emportez-vous là-bas ?\n                                               C’est toi...\n   Adolphe R etté s’est affranchi de la règle prosodique, et\nne sacrifie que de temps en temps à ce vieil Alexandrin. Son\nvers, il le bâtit assez bien à la mode de Gustave Kahn,\nirrégulier, sur des assises de rythme et non pas de mesure.\nFermement je le crois, un progrès est dans ce sens, — s’il\nsied de parler, en Art, de Progrès ! Mais cette forme, pour\nmoins compressive qu’elle paraisse, est beaucoup plus difficile\nà bien manier. Jules Laforgue en tira des effets merveilleux\nAprès lui, Gustave Kahn me paraît le seul qui n’ait échoué\n(la technique de Rimbaud est, en somme, différente, et\nd’autres n’ont voulu s’y longtemps essayer).\n   Un tel vers ne vit pas sans un résistant et souple tissu\nmusical. Mais Gustave Kahn a déchiré ce fluide réseau, le\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "     Chronique Littéraire.                                  187\n\nlaissant à mainte place jusqu’au néant s’effiloquer ; e t,— le\nremplaçant du reste, même à son insu, par un fond curieux\net scintillant de pointillage à la Seurat, — il n’a souvent\ngardé que les fils d’or, discontinument brodés sur la trame\nmusicale. Il offre ce phénomène assez étrange (mais expliqué\n peut-être par certaines compositions de l’école française) :\n des rythmes se mouvant en des harmonies qui s’effritent.\n   Évidemment cet article n’est pas pour attaquer le très\nvrai Poète Gustave Kahn ; la critique de cette manière d’art\n est peut-être à venir bientôt, en cette Revue, et alors il me\nsera loisir de compléter ma pensée. Mais comme Adolphe\nR etté adopte la technique de Gustave Kahn, de qui il\nsubit peut-être un peu l’influence, ces observations s’impo­\nsaient.\n   Ce qu’il y a en moins, dans Adolphe Retté, c’est le poin­\ntillé, les petites taches de tons francs dont l’ensemble formait\nà diverses pages des Palais nomades une harmonie de\nlumière juxtaposée à la musique. Le livre en acquiert plus\naisément de la sécheresse, — d’autant que mille souvenirs et\ndésirs philosophiques s'y pressent, — et la forme en paraît\nmoins solide. Je sais qu’Adolphe Retté est très curieux de\nmusique, et veut en mettre dans ses vers : malheureusement\nils manquent de ce continu et résistant tissu harmonique de\nquoi je parlais tantôt, de cette vraiment ondoyante symphonie.\n   Mais assez critiqué. Beaucoup est à louer, dans ce livre de\ndébut. E t d’abord, malgré quelque défaut de perspective,\nl’unité de l’œuvre, tous les vers orientés au même but, Des\nmotifs, dès le principe énoncés, sont développés et reviennent\nselon des Cycles, en le Poème. Ici déjà nous percevons un\ntravail symphonique; mais les thèmes principaux seront plus\nlonguement et totalement développés en les livres suivants ;\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": " 188                                             la Wallonie.\n\n\n\n la Forêt bruissante, le Bouclier, la Chanson de la Tard-Venue\n et la Ritournelle des âmes vieilles.\n   Nombreux, des vers de haute allure arrêtent en l’œuvre\n d’Adolphe Retté. Parfois on voudrait un peu plus de no­\n blesse, peut-être. Mais des pages sont très fières et belles;\net souvent des musiques, et le dard d’une image barbelée et\nacute qui s’empenne d’une idée, des cantilènes disant le\ndépart vague de barques, et puis c’est la douce chanson des\nforêts, ou c’est un soir de spleen tombant sur la grande salle\noù se meut lentement l’horloge....\n   Ces pièces, et d’autres que je voudrais transcrire, sont pour\nl’attention des lettrés.                                M*.\n\n                 PETIT E CHRONIQUE.\n   Le défaut de place nous oblige à remettre au n° prochain\nl’analyse de l'A rt en exil par Georges Rodenbach, Vesprées\npar Henry de Braisne, La chanson des mois par Victor\nB arrucand, et la critique de l’exposition d’œuvres d’art\nancien organisée à Paris par Mme Haass.\n                                 ** *\n   Le peintre Henry de Groux a fait tirer, de son œuvre\nsuperbe : la Procession, quelques exemplaires d’une reproduc­\ntion photographique; celle-ci très bien venue, et qui mesure\nl m30 de long sur 0m40 de haut, est en souscription au prix\nde 20 francs, rue Keyenveld, 71, Bruxelles.\n                                 * vr*\n   E r r a t a . — Page 137, endormiras et non endormira;\np. 139, jaillissent et non jaillisent; p. 119, interprétées et non\ninterprétés; p. 150, de Götterdämmerung et non du.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "     H14ô te l d e s A m é r i c a i1n4 s\n               — R u e de l ’A b b é de l ’ E p é e —\n                                     PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n              A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                            PENSION DE FAMILLE.\n\n               T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                        ET. Z E Y EN .\n          137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                 L IE    G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                   P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                   RACCOMMODAGES. _______ ___\n              En souscription dans nos bureaux .\n      C   r    ê    p   u    s   c   u   l   e   s    D ' A m       e\n           Livre de vers par Gabriel Mourey .\n25 exem plaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1886, -1887 et 1888) sont en vente\n                              au prix de 6 francs.\nL a W a l l o n i e e t l e s É c r i t s p o u r l ’A r t s e t r o u v e n t\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D’Heur; D ecq;D esoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istacé, libraire.\nA GAND : Chez MM- A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme V° De Vetter, rempart Ste-Patherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, i9 , Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    -18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "  4e ANNEE, No 5.\n\n                                 LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTE RA TU R E ET JJ A K T\n\n                                                  E r n e s t M AHAIM ,\n                                                  A l b e r t MOCKEL,\n            Comité de Rédaction                   P. M. OLIN.\n                                                  M a u r ic e SIV IL L E .\n\n                    Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\nenvoi «l’un numéro spécim en contre 5 0 centime*\n               en tim bres-poste.\n     ABONNEM ENT :           5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n                                   SOMMAIRE :\nJu les B arbey d’A urévilly.\nA lbert Saint-Paul . . . . Hommage.\nCharles Van L erberghe. . Un poète gantois.\nH ubert K r a i n s .....................Maisons borgnes.\nM ......................................................Prose symphonique.\nP .M .O ......................................... Chronique bruxelloise.\nG. P ................................................. A l’Émulation.—N oiret   blanc.\nC. P .................................................Concerto en si b min.     de J.\n                                                    Ragghianti.\nE. S .............................................. Les saisons de Haydn.\nL. H ............................................\nP ...................................................... Chronique de l ’art.\nM ...................................................\nCh. D ............................................. Gritte.\n* * * .............................................. L e traité du verbe.\nM * .............................................. Cloches en la nuit.\n\n                                   Petite Chronique.\n                        Un num éro 50 centim es.\n\n                                      Des presses de H. Vaillant-Carmanne , à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-05", "signet_source": "4ème année - N°5 - Mai 1889", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 209 : « 4e année, N° 5 »), conforme au signet ; le mois (mai 1889) n'a pas pu être lu sur la couverture. Indice interne : la mort de Barbey d'Aurévilly (avril 1889) est présentée comme récente (« a récemment quitté nos batailles de lettres »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}