{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE 30 Juin 1889.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 35, "texte": "LA\nWALLONIE\n\n    30 Juin 1889.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE L ’ART MODERNE CRITIQUE DE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 211, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "REVUE\n         L ’ART MODERNE\n            CRITIQUE      DES    ARTS     ET    DE    LA   LITTÉRATURE\n\n               26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                    Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                        V iennent de paraître :\nS cèn es d e B al, l i v r e d e v e r s , p a r A l b . S t - P a u l .\nTraité d u V e r b e , p a r René G h i l .\nL e s D é b â c l e s», par Emile Ve r h a e r e n .\nC l o c h e s en l a N u i t , par Adolphe R e t t .î ,\n\n              LA P L É I A D E\n         R EVU E M ENSUELLE DE LITTÉRATURE\n                      18, rue Duperré, Paris.\n\n              L A P L É IA D E\n                  R EV U E D E LITTÉRATURE\n       chez L A C O M B LE Z, rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n\n\nÉCRITS POUR L'ART   R EV U E M ENSUELLE\n  L a livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n          Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n            LA GRAVAGHE,\n JOURNAL ARTISTIQUE, LITTÉRAIRE & FIN A N C IER ;\n                     Hebdomadaire.\n      9, Cour des Miracles, Paris. — 10 francs l’an\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 190, "titre_corps": "Le salut à l’étrangère", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "LE S A L U T A L'ÉTRANGÈRE.   Q U E n’es-tu l’Exilée, hélas", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 894, "texte": "LE S A L U T A L'ÉTRANGÈRE.\n\n\nQ U E n’es-tu l’Exilée, hélas ! ou l’Etrangère\n    Cachant pour vrai trésor sous sa robe en lambeaux\n    Une pierrerie immortelle et messagère\n    De quelque astre levé derrière les tombeaux !\n\n\n    La voix d’enfant est douce en les chansons d’aïeules\n    E t le glaive du père mort ou massacré\n    Sied aux mains des filles errantes qui vont seules\n    Loin de la Nuit sanglante où leur âme a pleuré.\n\n\n    Le vent a dispersé les oiseaux et les nues,\n    Les feuilles volent sur le fleuve vert et noir\n    E t jonchent le morne sable des grèves nues\n    Où des iris fleuris éclatent dans le soir.\n\n\n    M’apportes-tu sous tes haillons de Voyageuse\n    A qui sourit l’étoile en la forêt sans fleurs\n    L ’opale que la grotte avare et ténébreuse\n    Mit cent ans, goutte à goutte, à germer de ses pleurs?\n                                                     13\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "190                                         la Wallonie.\n\n\n\n      Si le glaive est toujours l’ornement du trophée\n      Où luit l’opâle prise entre trois griffes d’or\n      Quel talisman s’exalte en tes cheveux de fée\n      Pour que je croie à ta promesse d’un trésor?\n\n\n      Nul signe que tu sois Celle pour qui dédie\n      La magique forêt ses arbres merveilleux\n      Et ses paons triomphaux dont la roue irradie\n      Une extase de plume où rayonnent des yeux.\n\n\n      Qui sait si le flot sombre ainsi qu’une herbe mûre\n      Ouvrira ses sillons devant tes pas divins ?\n      Qu’importe de n’avoir pour preuve et pour augure\n      Que ta simple beauté des pays d’où tu vins.\n\n\n      Prends ma main ! le Soir apaise l’onde fatale\n      Du fleuve où nous entrons comme dans un tombeau\n      Jusqu’à ce qu’elle monte à ton sourire pâle...\n\n      Nul talisman en ses cheveux flottant sur l’eau !\n\n                                  H e n r i d e RÉGNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 191, "page_fin": 192, "titre_corps": "La forêt bruissante", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "LA F O R Ê T BRUISSANTE.                                       FRAGMENT.   “ D e u x nu é e s s o n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 214, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1067, "texte": "LA F O R Ê T BRUISSANTE.\n\n\n                                    FRAGMENT.\n\n\n“ D e u x nu é e s s o n t passées a u b o r d d u c ré p u s c u le —\nô le v ib r a n t a p p a re illa g e des p la g e s d ’o r des g r a n d s c ie u x fa b u le u x\n—   m o u r a n t e n d e rn ie rs d é lic a ts ra m u s c u le s\no n d u la n t d e u x nu é es te n d u e s a u x étangs d ’u n s o ir b le u .\n\n\nO p a le s c e n te a s -tu passé\nv a p e u r et f le u r des r iv e s a h ! fle u r s a u v a g e ?\nn ’a tta rd e p a s c e tte â m e d o u b le et v ir e au ju b ilé\nq u e s’offre le s o le il en s o le n n e l c a rn a g e . „ —\n\n\n„ Bruissent les harpes monocordes\nces soirs religieux du rite des printemps\nqui d'un haut geste chasseront la horde\nen hastes émoussées des jours —\n                               tous les reflets sordides d’un antan,\npour refleurir le clair infini d’astres\nneigé vers l’albe Eden d’un zénith où très pilles\ndeux nuées de nous échappées à de plus ténébreux désastres —\n\nde frais avrils y préparaient la floue alcove boréale. „ —\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 602, "texte": "192                                           la Wallonie.\n\n\n\n“ O douceur tremblante de ta bouche émue\nc’est l’advenue du légendaire envol qui l’adore et l’adule,\nah! viens — ces nuées en une vague vespérale fondue\nle seul lys montera parfait des mains de crépuscule,\n\nE t vois les parvis d’or des cathédrales d’ombre imminente\noù de noirs orgues clangoraient la mort du vieux soleil des temps\n— j ’ai ta bouche étoilée en lents baisers toute fervente —\net ce grand ciel navré là-bas qui saigne éperduement,\nah! fier amour — immensément! „\n\n                                        A d o l p h e RETTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 199, "titre_corps": "Bois de mai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "ROIS DE MAI.       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Une aurore spectrale, faite des aryennes jadis\n éteintes, l ’éclaire sumaturellement, une aurore pres­\n tigieuse, coralline, pétrie d’âmes, qui déborde l’ho­\n rizon comme une avalanche de roses naïves, du vête\n chaque ligne d’une chasteté d’opale et change les\nfeuillages en transparences carnées que broutent des\n chevreuils et, derrière, à perte de vue, les villages\n condruziens en visions de cristal embrasé, pleines de\ngens sortis pour goûter l’air enchanteur et le spec­\ntacle radieux. C’est dimanche après-midi. Bien loin\njoue un orgue. La Gervagne, assoupie et rayonnante,\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "194                                        la Wallonie.\n\n\n\nrevit la quintessence de ses jours défunts, et ses\ncloches qui pleurent la résurrection des poésies —\nplus mystérieusement ineffables mortes — viennent\ns’éteindre, échos moussus, dans les branches four­\nmillantes de gazouillis et d’étoiles bleues. Des buis­\nsons et des graminées où le soleil sème des plumes\nde colibris, les bouleaux en surplis satinés balancent\nleurs panaches comme des rêves d’argent et de rubis\ndans les hauts arbres frémissants. Mille essaims\nd’oiseaux et d’insectes comme une surabondance de\nfleurs envolées du sol, irisent les taillis et les futaies :\ntulipes miraillées des chardonnerets, or sauvage des\nloriots, pourpre affectueuse du bouvreuil, geais\nqu’émaille un saphir, mésanges lilas, roitelets olive,\nargus aux ailes œillées couleur de la pervenche,\néclairs topaze d’abeilles, s’entrecroisent en tous\nsens : on dirait l’arc-en-ciel en pièces dans les brises.\nMolles de thym, de marjolaine, de m uguet, ces\nbrises traversent avec des bruits de sources les\nrameaux pâmés et bercent la forêt au concert\nimmense des ramages et des sussurements. L ’au­\n rore émerveille toujours les choses en sa candeur,\nmais elle n’apparaît plus qu’à travers un diamant\nvolatile où les houles de végétation, extasiées et\nriantes, savourent la jeune sève avec l’ingénuité\n d’adolescentes naissant à la puberté; et les corolles,\nmi-ouvertes, s’ignorent encore gynécée et pollen.\n Cette éphémère pureté exhale un tel baume que les\n chênes antiques, les ormes gigantisques, les hêtres\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1568, "texte": "    Bois de Mai.                                      195\n\nseigneuriaux, les sapins nocturnes, les houx cruels,\n paraissent touchants comme les frêles plantes,\nbrillants comme des feux d’artifice, purs comme\nl’aubépine éclatante de blancheur que courtise là-bas\nun tilleul de lumière! E t dans ces prismes, ces\nencens, ces musiques, passent, comme des légions\nd’ablettes dans l’eau claire, des légions de lueurs; ce\nsont les fantômes des efflorescences d’autrefois qui\nreviennent passionnément chuchoter à la jeunesse :\n   “ Gardez l’immatériel amour, on n’est heureux\nqu’avant de l’être. Après même vaut mieux... et le bon­\nheur alors est surtout la souvenance des désirs. Pro­\nlongez le divin désir, l’heure des regrets n’est jamais\ntardive. R estez enfantins, fous, inapaisés. O brasiers\ndes anthères, consumez-vous d’impatience et d’ado­\nration devant l’émoi des pistils ! „\n   Les bois soudain blêmissent dans un frémissement\nde béatitude. Puis l’émerveillement s’enfiévre. Une\nsuavéolence nuptiale s’allume. Précédées d’un refrain\nde mélancolie, des jeunes filles débouchent le long\nd’un ruisseau sonore qui renverse la splendide virgi­\nnale vision dans les roseaux et les myosotis. O\nguirlande d’amour! Elles s’avancent, le reste de\nl’univers est mort ou venu là, elles s’avancent, légères\ncomme des sylphides, robes flottantes, chapeaux sur\nles épaules d’où s’envolent au lieu d’ailes des rubans.\nPassent des têtes blondes comme Cypris, de noires\ntêtes à reflets cyalins, des têtes brunes qui scintillent\ndans les clartés ; des yeux turquoise, des yeux agate,\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "196                                    la Wallonie.\n\n\n\ndes yeux d’aube, des yeux de lune, des yeux qu’ha­\nbitent l’âme des tourterelles ; des joues semblables à\ndes fraises écrasées dans la neige, à des pêches\nmûrissantes, à des hortensias, à des couchants d’oc­\ntobre; des bouches pareilles à des grenades fendues,\nà des sorbes étoilées, à des œillets entr’ouverts, à\ndes papillons posés, à des corolles errantes qui\nchanteraient!\n   Une, dans ce ravissant parterre en marche, me\ncaptiva.\n   Elle était petite, mais plus idéale encore que ses\ncompagnes. Les boutons s’ouvraient à son passage,\nles gorges redoublaient de douceur enflammée. Avant\nque je la reconnusse, la cadence de sa jupe nacrée et\nl’auréole de sa grâce m’enthousiasmaient déjà, et je\nmarivaudai un brin : “ Palsembleu! c’est Iris ou\nLisette! ou marquise et bergère à la fois? Cythère,\nTrianon : quel lieu reste vide? Ah, bien que sans\npoudre ni jabot, je vous adorerais beaucoup — si\nce n’était peu ! Cythère ! Oh ! le merveilleux sot !\nN’est-ce pas éclatant que vous venez au moins du\nciel où vous avez conquis, à la pointe de vos yeux, un\npan des territoires d’azur — ce corsage digne à peine\nde vous caresser! Que devient, Madame, après cet\nexploit, la gloire du chevalier d’Ecosse qui rapporta\nde Palestine un fleuve ? „\n   Mais soudain le visage de la fascinatrice m’ap­\nparut : éblouissant et suave choc! Sans les avoir\nvus jeunes, ces bandeaux châtains, ces délicieux\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "    Bois de Mai.                                    197\n\ntraits pensifs, ces aimantes prunelles lavande, cette\n carnation de lys ensoleillé à travers une églantine,\nje les reconnais, une palpitation m’étouffe : “ Oh!....\nSois, je t ’en conjure, lente, laisse devant ton avril\ns’affoler celui que tu vis à balbutier et qui le fait\ntoujours, n’ayant pas encore de langue devant Cybèle\net ses tourbillons de songes. Mes chimères d’aurore\ns’abritaient dans ton sein. Si on me les rendait, je\n choisirais mieux encore, entre tous les maux, les plus\nnobles. Te souviens-tu dans l ’obscur vacillement\nrouge du feu mourant, des oraisons du soir!... Chère\nexhumée des entrailles inconnues dont m’hallu ­\ncinent les énigmatiques arômes, tu sais si ma\ndépouille enfin s’en assouvira, si l’herbe du seuil\nnatal renferme tous mes rêves. Mais ne dis rien et\nm’oublie. Si tu n’as pu garder l’âge adorable pour\nêtre chérie en des jours plus mystiques par mon âme\nplus belle, que l ’aspect de ma douleur au moins\nn’altère pas ta paix infinie. Sois lente seulement,\nta sérénité allège ma poitrine orageuse. Elle\nl’envahit comme les zéphyrs un crépuscule lourd\nd’électricité. D ’enfantines bouffées me reviennent,\nrosoyantes et suaves. Sois lente, que de toi mon\namour se rassasie en cette splendeur qui semble ton\nimmense et pâle rayonnement,et que les vagues mots\ndes hommes leur lèguent au moins une incomparable\napparition ! „ Adieu, adieu. Il faut que rien ne dure !\nCes heures mêmes, femmes bénies, où coulent à vos\ngenoux nos espoirs et nos larmes, lueurs dans la\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "198                                       la Wallonie.\n\n\n\nrafale éternelle ! Je suppliais encore, la dernière\njeune fille s’éclipsait à la suite de ma fée — perdue.\n   Le bois s’émeut dans mes yeux mouillés, puis se\nbalance étrangement. Les arbres s’ébranlent comme\nles danseurs d’un quadrille. En vain grandit encore\nla magie, les bois restent vides, consternés. Tous les\noiseaux, piteusement branchés, se taisent. Les fleurs\nvolent aux cieux; les étoiles s’abattent; et la ren­\ncontre d’une fleur et d’une étoile lutte, la fleur\ndisant : “ Des cieux, je la verrai toujours ! „ L ’étoile :\n “ Mieux vaut l’herbe qu’elle a foulée ! „ E t la confu­\n sion des arbres, suivant l’aurore enfuie, s’éloigne,\n s’éloigne sur ses traces. Le soleil foudroie. Sa splen­\n deur essentielle prend les milliards de teintes des\n beautés qu’elle dévore. L a Gervagne se dérobe,\n débandade de souvenances: les lucarnes,béantes fré­\n nésies, lampent les féeries éperdues des rayons qui\n emparadisent d’ambre l’attente et les hantises des\n greniers poudreux ; dans les floraisons du trèfle, la\n poussière de nos routes et la fournaise des cieux\n s’en vont vers le rivage et vers Liège, ensorcelants\n inconnus ! sarraus des dimanches et cages égosillées ;\n les flammes multicolores des fleurs anciennes re­\n viennent et encensent l’été blanc des potagers ; des\n voix aux surannées euphonies oubliées m’éclairent\n soudainement de sensations et d’atmosphère na­\n tales; le château, dont l’écarlate mélodie d’un vitrail\n tremble dans les mélèzes, réveille, telle une confusion\n de mirages, son opulent tumulte de gloires nobiliaires.\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "    Bois de Mai.                                    199\n\nToutes ces choses, mon cœur, dont tu n’es qu’un\nfaible parfum, s’engloutissent dans l’horizon qui\nchatoie de fascinations devinées. Je vois un océan\nde ténèbres d’or — qui s’ouvrent lentement. Au\nfond, au fond d’inouïes perspectives, que nimbe\nl’essence des siècles, parmi d’odorantes harmonies,\nse blottit une agitation compacte d’objets et de\nregards familiers, les plus chers ravis aux suprêmes\nintimités. C’est la Jérusalem où j ’irai m’épanouir en\nl’eucharistie dernière, où l’atome recèle tout, où les\njoies usées renaissent éternellement neuves, où les\ndélires de tous les temps emplissent pour chacun\nchaque seconde, où je n’ouïrai plus sous de resplen­\ndissants nuages inaccessibles ma vie entière qui\nsanglotte dans floréal en exil.\n\n                            C é l e s t i n DEM BLON.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 200, "page_fin": 200, "titre_corps": "Langueur hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LANGUEUR HIVER.                                       Pour Sylvain Toriani.   pe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 223, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "LANGUEUR HIVER.\n\n                                     Pour Sylvain Toriani.\n\n\nperdu sous les houles mornes du brouillard,\n Un orgue lamentable exhale son air poignant\n Qu’étouffe la torpeur de l’espace stagnant. —\nEperdu sous les houles mornes du brouillard.\n\nQuelle vaste douleur saigne à l’âme de l’orgue plaintif\nQui sanglotte ainsi ses spasmes lents de dolence :\nSa voix d’agonie se glace au gel du silence\nQuelle vaste douleur saigne à l’âme de l’orgue plaintif ?\n\nL ’orgue en détresse implore, implore les cœurs,\nLes cœurs sont givrés telles les landes hivernales,\nE t inhumainement la neige éperd les râles.\nL ’orgue en détresse implore, implore les cœurs.\n\nOh! ce lancinant appel qui languit au loin,\nTandis que tinte l’alarme des cloches moroses\nEn la léthargie consternante des choses\nOh ! ce lancinant appel qui languit au loin.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 201, "page_fin": 201, "titre_corps": "Parc lunaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Delville", "ancre_debut": "Parc lunaire.                                           201                 P A R C LUNAIRE.                                        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Tous les jours, pendant d", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 225, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 915, "texte": "P A R L A F E N Ê T R E OUVERTE.\n\n\n\n        Tous les jours, pendant des semaines.\n            Une idylle joliment nuancée embaumait\n         de sa poésie matinale les jardinets de mes\n        voisins.\n  Les lilas jetaient leurs parfums, près des floréales\nblancheurs épanouies aux vieilles murailles, et quel­\nques espaliers, en fête de noces, s’étoilaient de fleu­\nrettes délicates.\n  L e ciel était dans un ravissement de lumière\nnouvelle ; aux fenêtres entr’ouvertes, les rideaux\nvoletaient dans une brise chargée du relent des\nsèves. Les pignons et les cheminées s’enlevaient sur\nun azur ingénu.\n  E t chaque jour, âme des jardinets fleuris, les\nmêmes airs, joués par un piano invisible....\n  Les notes égrenées, tantôt rapides, avec des\nrythmes de valses, tantôt sentimentales, résonnaient\nsi poétiquement, incitant, mêlées à la voluptueuse\nodeur des plantes amoureuses, à des rêveries liliales\net douces.\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "    Par la fenêtre ouverte.                        203\n\n   Cette musique, je ne sais par quelque artiste\ndoigté arpégée, était ineffablement printanière, rivée\nau renouveau des pétales et des bourgeons, comme\nla chanson bachique de cette ivresse des premières\nfleurs, sous les caresses langoureuses des senteurs\nd’avril.\n                              E ugène DEMOLDER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 204, "titre_corps": "L’île des lotos", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. Ferdinand Herold", "ancre_debut": "L ’ILE DES LOTOS.    LE chêne vigoureux et le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 227, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 711, "texte": "L ’ILE DES LOTOS.\n\n\n\nLE chêne vigoureux et le maigre platane\nSe baignent aux fraîcheurs vivantes de la mer ;\nPlus loin, dans la forêt vierge encore du fer,\nS’enroulent au palmier la vigne et la liane.\n\nUn vol d’oiseaux rieurs et mélodieux plane\nDans la sérénité transparente de l’air;\nE t des lotos d’azur, de pourpre ou d’argent clair\nFlottent parmi les eaux d’un étang diaphane.\n\n\nLà, jamais le pilote, égaré dans le soir,\nN’entend passer les cris amers du désespoir,\nNi le gémissement des foules désolées :\n\nCar, dans l’île divine, au fond du bois empli\nD ’hymnes ambroisiens et de lueurs voilées,\nL es hommes bienheureux mangent la Fleur d’oubli.\n\n                     A . F e r d i n a n d HEROLD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 205, "page_fin": 209, "titre_corps": "Fragments", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. Barbey d’Aurévilly", "ancre_debut": "de JU LES B A R B E Y d’A U R E V I L L Y .        Paris, où les barricades", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "de JU LES B A R B E Y d’A U R E V I L L Y .\n\n\n\n\n   Paris, où les barricades n’étaient pas dressées\nencore, avait un aspect sinistre et redoutable. Il\nétait désert. Le soleil y tombait d’aplomb comme\nune première pluie de feu qu’une autre devait suivre,\npuisque toutes ces fenêtres, masquées de leurs per­\nsiennes, allaient, tout à l’heure, cracher la mort...\n   Le capitaine de Brassard poitrinait au feu, comme\nune belle femme, au bal, qui veut mettre sa gorge\nen valeur.\n\n   .... Là, du moins, le ciel avait sa largeur, et la\ngrandeur de l’espace faisait une vague lumière...\n  Un des avantages de la causerie en voiture, c’est\nqu’elle peut cesser quand on n’a plus rien à se dire,\net cela sans embarras pour personne. Dans un salon,\non n’a point cette liberté.\n  Je n’ai jamais pu voir une fenêtre, — éclairée la\nnuit, — dans une ville couchée, par laquelle je\npassais, — sans accrocher à ce cadre de lumière un\n                                              14\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "206                                     la Wallonie.\n\n\n\n    Je suis convaincu que, pour certaines âmes, il y a\n le bonheur de l’imposture. Il y a une effroyable, mais\n enivrante félicité dans l’idée qu’on ment et qu’on\n trompe ; dans la pensée qu’on se sait seul soi-même,\n et qu’on joue à la société une comédie dont elle est\n dupe, et dont on se rembourse les frais de mise en\n scène par toutes les voluptés du mépris.... Les\nnatures au cœur sur la main ne se font pas l’idée des\njouissances solitaires de l’hypocrisie, de ceux qui\nvivent et peuvent respirer, la tête lacée dans un\nmasque. Mais, quand on y pense, ne comprend-on\npas que leurs sensations aient réellement la profon­\ndeur enflammée de l ’enfer? Or, l’enfer, c’est le ciel\nen creux. L e mot diabolique ou divin, appliqué à\nl’intensité des jouissances, exprime la même chose,\nc’est-à-dire des sensations qui vont jusqu’au sur­\nnaturel.\n   ... le corps est la moulure de l’âme.\n   L a vulgarité préserve des influences supérieures, -\ncomme un sac de laine préserve des coups de canon.\n   Il en est également de la musique et de la vie. Ce\nqui fait l’expression de l’une et de l’autre, ce sont les\nsilences bien plus que les accords.\n   ... il avait pour lui le respect d’un homme qui a\npesé la vie dans tous les trébuchets du mépris et qui\ntrouvait que rien n’est plus beau, après tout, que la\nforce humaine écrasée par la stupidité du destin !\n  La vie est plus forte, quand ce ne sont pas les\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1387, "texte": "    de Jules Barbey d’Aurévilly.                      207\n\nfacultés qui baissent, mais les malheurs qui ont\ngrandi.\n  ... c’étaient des licenciés de la vie et de l’Espérance.\n  Les hommes peuvent renoncer à l’amour mal­\npropre, mais jamais à l’amour-propre de la femme.\n\n   E lle fût sortie d’une orgie de bacchantes, comme\nl’Innocence de son premier péché. Jusque dans la\nfemme vaincue, pâmée, à demi-morte, on retrouvait\nla vierge confuse, avec la grâce toujours fraîche de\nses troubles et le charme auroral de ses rougeurs...\n   ... le langage périrait à exprimer cela !\n   A h le corps de cette femme était sa seule âme !\n\n   Il avait la faculté de se regarder faire et de se\njuger à mesure qu’il agissait, sans que son jugement,\ntrès souvent contraire à son acte, empêchât son\nacte, ou que son acte nuisît à son jugement :\nasymptote terrible.\n   ... Il y a beaucoup moins de variété qu’on ne croît\ndans les figures humaines, dont les traits sont\nsoumis à une géométrie étroite et inflexible, et\npeuvent se ramener à quelques types généraux. La\nbeauté est une. Seule, la laideur est multiple, et\nencore sa multiplicité est bien vite épuisée. Dieu a\nvoulu qu’il n’y eût d’infini que la physionomie, parce\nque la physionomie est une immersion de l’âme à\ntravers les lignes correctes ou incorrectes, pures ou\ntourmentées du visage.\n   ... cette familiarité prématurée, ce tutoiement si\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "208                                       la Wallonie.\n\n\n\ndivin, — le ciel ! — sur les lèvres d’une femme qui\nvous aime, et qui devient la plus sanglante des inso­\nlences dans la bouche d’une créature pour qui vous\nn’êtes qu’un passant...\n  Il était de ces rares amants qui veulent grande la\nfemme qu’ils adorent.\n  Les imbéciles, — c’est-à-dire à peu près tout le\nmonde, — croient que rajeunir serait une invention\ncharmante de la nature humaine. Mais ceux qui\nconnaissent la vie savent mieux le profit que ce\nserait. Tressegnies se dit avec effroi qu’il allait peut-\nêtre se retrouver trop jeune.\n   ... ce qu’il y a de foi naïve et de terreur religieuse\ndans Marguerite fait d’elle cette figure qui se grave\nen vous pour jamais, quand on l’a vue passer... Figure\nde missel qui entre en scène un missel à la main, et\nqui meurt dans l’église des remords de son péché...\nPauvre sainte qui n’a pas abouti ! coupée, souillée et\nensanglantée dans sa fleur!... c’est la jeune fille primi­\ntive, cueillie aisément à la surface et au courant de\nla nature humaine, l’être élémentaire sur lequel les\nfemmes de toutes les sociétés et de toutes les civili­\nsations sont bâties et travaillées.\n   L a femme, c’est la source de la passion humaine,\nsoit qu’elle l’éprouve, soit qu’elle l ’inspire. Elle la\nrespire toujours! Les œuvres des hommes de génie\nsont pleines de la femme dans sa prodigieuse variété,\ndans la richesse de tous ses types. Le génie des\nhommes de génie est même en proportion du nombre\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "    de Jules Barbey d ’Aurévilly.                     209\n\n de femmes et des types de femmes qu’on rencontre\n dans leurs écrits...\n   Il avait, quand il s’agissait de revenir sur ses\n œuvres, la patience de l’insecte qui traîne son fétu et\nperce son lambris. Mais la patience est particulière à\nl’insecte. Le génie est impatient, au contraire; et\n d’un coup d’aile, il finit tout. Le comique a besoin\n d’être chaud et noble, à sa manière. Ce qui est bas\n cesse d’être spirituel. Dans les lieux bas, les lumières\ns’éteignent quand elles y entrent... Phénomène que\nle monde intellectuel répète, le monde matériel et le\nmonde moral n’étant que des répétitions de l’un dans\nl’autre, — des répercussions!\n   Le romancier est, en effet, créateur à la manière\ndes poètes. Il peut être lyrique, dramatique comme\nle poète, et même c’est notre dernier poète actuel\ndans la prose qui monte, déferle et engloutit tout !\nEn cet instant de mœurs littéraires et de civilisation\nprosaïques, le romancier pourrait être notre dernier\npoète épique s’il avait la langue spéciale et néces­\nsaire du vers...\n    (à suivre.)            J. BARBEY d ’AURÉVILLY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 210, "page_fin": 214, "titre_corps": "L’Art en exil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M*", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE.                                     l ’A r t e n   E x i l ( 1).      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Cela donnera-t-il du pain à l’ouvrier, et\n pourront-ils y trouver un simple grain de mil, les pauvres\n actionnaires du canal de Suez ?\n    Inutiles, nous le sommes et c’est notre gloire, puisqu’utile\n est synonyme d’enfante-matière, et que ce paradoxal néolo­\n gisme est maintenant comme toujours la raison du commerce\n intellectuel (?) moyen. Mais nous le savons, mais nous le\n voulons, et cette idée doit nous être une âcre jouissance.\n Pourquoi donc ces mains rebelles, à quoi bon des regrets, et\n s’il faut encore, vraiment, récriminer ?\n    Il est vrai qu’en l’artiste peut dormir un homme, — l’artiste\n qui devrait être loin du peuple un ailé d’ailes qui fuient.\n L ’homme est en lui la partie inférieure, celle qui l’empêche\n\n  (1) Par Georges Rodenbach; Paris, librairie moderne.\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "     Chronique Littéraire,                                     211\n\n d’entièrement s ’isoler, le trait d’union qui la rive aux autres,\n puisqu’elle ne consiste qu’en une manière de “ sentir comme\n les autres. „ Mais, c’est écrire chose banale, celle-là même\n sera d’essence plus pure, souvent, dans un être affiné, et la\n sensibilité de ses nerfs rendra toujours ses impressions plus\n subtiles que celles du vulgaire. Or Georges Rodenbach, dont\n l’art se noue, malgré sa forme plus moderne, aux Intimités\n de Coppée et aux Vaincs Tendresses de Sully Prudhomme\n — devait logiquement, s’il étudiait un artiste, voir en lui\n l’homme qui souffre. Je ne veux nullement lui en faire un\n reproche puisqu’il a dit ce qu’il devait dire. Beaucoup sont\npoètes avant tout par les yeux, d’autres par le cœur, — et\nceux-là surtout sont d’habitude appelés poètes — un petit\nnombre par le cerveau, quelques-uns par le cœur et la tête :\nceux qui songent. Qu’importe cela ? S’il faut chercher des\n exemples près de nous, Albert Giraud dans sa fierté a vu de\nbeaux vers, Fernand Severin en a senti avec noblesse,\nGeorges Khnopff en a songé d’angéliques, Emile Verhaeren\nen a vu en a senti, et souvent en a pensé, noirement, par la\nterreur et par la violence... — En ce moment l’Art évolue\nvers le songe et la philosophie, certes; j’estime aussi plus\nhaut les poètes qui pensent, —- mais Jules Laforgue souvent,\nmais Paul Verlaine, ne sont-ils point des poètes du sentir ?\n    Je m’attendais peut-être à ne pas voir décrites dans\nl'A rt en E xil l’âpre lutte, et profonde, de l’artiste contre soi-\nmême, la sourde bataille du vouloir et du rêve, — où même\nassez rarement les vagues amères qui se gonflent en lui\nlorsqu’il frôle en passant des choses viles. Mais je regrette\nque Georges Rodenbach n’ait pu enlever à sa forme un excès\nde mollesse, qu’il ait gardé, bien qu’il vînt ici dans la foule,\nune ouateuse indécision de l’idée. Son livre manque de\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "212                                            la Wallonie.\n\n\n\n poigne et de souplesse, de virilité même ; il ne vit pas assez,\n pas assez largement à même la vie, pas assez intimement\n non plus ; je ne demande ni des phrases à tapage ni les\n vigueurs massives d’un hercule, mais plus de nerfs sinon plus\n de muscles, un peu plus la palpitation de la chose qui est :\n Jean Rembrandt, ce héros d’un livre qui est une autobio­\ngraphie, est une médaille sans relief. Encore, pour la noblesse\n du sujet, faut-il regretter les trop continuelles récriminations\n contre le peuple, la bourgeoisie épaisse, la patrie qui ne\n comprend pas ses vrais artistes. Odi profanum vulgus et arceo;\nmais, quand on l’a éloigné, qu’on n’en parle plus. Malgré une\n description animée je n’aime guère l’attitude de ce poète,\nJean Rembrandt, qui regrette mesquinement (qui envie\npresque) le populacier triomphe d’un prix de Rome couronné,\n et qui voudrait “ surprendre son nom chuchoté au passage,\nêtre suivi dans les rues comme cela arriva à Musset au\ntemps de sa jeunesse et de son génie. „ — Je me trompais\ntantôt, l'A rt en E xil n’est pas une autobiographie ; Georges\nRodenbach est plus haut que Jean Rembrandt.\n   L e si délicat poète qui l’an dernier écrivait du Silence ne\nme paraît pas à l’aise dans la prose, — j ’entends dans le\nroman. E t malgré cela, l 'A rt en E xil contient des pages\nadorablement ciselées. D es nuances très fines sont pour\ntracer doucement les contours d’un béguinage flamand ; et\ndes lignes sveltes encadrent la tranquille silhouette de sa\nreligieuse ; encore lorsqu’elle meurt, d’une agonie secouée\npar le tumulte de la rue, en la pleine marée d’un jour\nd’élections.\n   Quelques larges descriptions se meuvent dans le livre :\nune procession qui se déroule, le béguinage, un cortège popu­\nlaire, les quais tristes et seuls de Gand, et l’entassement des\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1945, "texte": "     Chronique Littéraire.                                    213\n\ntours de la ville lointaine. Georges Rodenbach ne décrit pas\npour décrire, comme le font trop souvent les naturalistes.\nChez lui le paysage est associé à l’action, et n’est point vu\ntel qu’un monsieur quelconque le pourrait voir, mais tel que\ndoit le modeler, l’étrécir ou le magnifier l’idée du personnage\npour qui il existe, celui qui en trouve la signification. Par\ncette méthode, encore incomplète chez lui, Georges Roden­\nbach s’inscrit parmi les romanciers qui cherchent du neuf. Il\ns’indique poète par la spéciale forme du livre, pas assez\nprécise et pas assez variée dans le tour, mais chargée de\ncomparaisons, de mots suggestifs, — quelques-uns, aussi,\nsont malheureux, — d’étincelantes orfèvreries en bouts de\nphrases taillés, chatoyants et clairs. Je ne sais pas un\nromancier récent qui, pour décorer sa prose en ondulantes\npelouses, l’anime de plus nombreux et frais parterres d’images\naux corolles toutes pensives de parfum. Mais ici le critique\naurait dû avertir le poète, qui d’entre ces fleurs arrachés les\nfuchsias plus ordinaires, n’eût laissé que les orchidées exquises.\nE t sans doute le critique lui eût conseillé encore de fouiller\nplus subtilement la pensée de Jean Rembrandt et de la jeune\nfemme qui meurt sans qu’intellectuellement ils se soient\npossédés. Georges Rodenbach passe trop à la surface de ce\nmalentendu, qui est pourtant, oui, c’est je crois normal, le\ngrand malentendu de presque tous les artistes raffinés qui\ntentent le mariage. Là se trouvait une étude délicate et forte,\nvivante et encore neuve', car l’admirable Charles Demailly,\ndont la femme superficielle est bien une comédienne, laisse\nplace à une œuvre différente en laquelle le psychologue dirait\nles luttes d’un poète près d’elle, celle qu’il aurait choisie\nsuivant la formule prônée : “ Sois belle et tais-toi. „ La\nfigure m uette de Marie est bien esquissée, mais il est dom­\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "214                                                la Wallonie.\n\n\n\nmage que l’auteur n’ait pas poussé plus loin son croquis,\nmême sans analyse, ne fût-ce que pour la rendre plus sugges­\ntive, cette figure féminine dont l’image reste un peu incertaine\ndans le souvenir.\n   E t — disons la vérité à nos amis, — cela n’eût-il pas été\nmieux pour l’art que des regrets et que des plaintes contre le\nPays qui ne goûte ses poètes ? Pétrarque et M. Zorilla sont\nridicules sous leurs matérielles couronnes, sur leur char à\novations; mais qu’est-ce, réclamer contre la foule, puisqu’elle\nnous est indifférente ?\n   D ’ailleurs nous nous ostracisons nous-mêmes autant qu’on\nnous ostracisé, et Georges Rodenbach lui-même a écrit\nsuperbement dans la Jeunesse Blanche :\n          Soyons les goélands, songe blanc de la mer\n          Vers qui cherche à monter l’insulte des écumes,\n          Puisqu’en leur vol épars la neige de leurs plumes\n          Tombe comme un pardon sur l’océan amer.\n   Qu’on s’en souvienne, toute noblesse est un exil, l’art\ns’exile vers du limpide; et puisqu’il s’élève, le Poète, ne\nparaîtra-t-il pas toujours celui qui s’éloigne?\n                                                  M*\n                               *\n                              **\n   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 214, "page_fin": 215, "titre_corps": "L’Art symboliste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L'Art Symboliste. 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Malheureusemeut c’est incomplet, et\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "       Chronique Littéraire.                                                      215\n\npar trop exclusif; de plus, les conclusions de l’auteur semblent\nprématurées. Qui donc nous assure de cela, qu’à la Religion\ndoivent aboutir les Sciences ? E t la proposition : l'A rt est\nl'œuvre d’inscrire un dogme dans un symbole humain et de le\ndévelopper p ar le moyen de perpétuelles variations harmoniques\nprie instamment qu’on la démontre. L ’Évangile Éternel est\npromis dans l’Apocalypse, et, voilà quelques siècles, on\nl’avait rédigé. Qui nous le prouve si proche ?\n   En une préface d’une langue très artiste, Paul Adam\nscrute avec largeur et pénétration les origines des idées qui\nsi vigoureusement vivent pour notre Présent. Page à lire.\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 215, "page_fin": 220, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE.   Cordial merci à la Pléiade", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 238, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 759, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n\n  C o r d ia l m e r c i à la Pléiade q u i, g ra c ie u s e m e n t, a n n o n ce la\nWallonie. C ’est é v id e m m e n t p a r u n la p s u s c a la m i q ue sous\ndes v e rs de M. P a u l R o u x se t r o u v e la s ig n a tu re S A I N T - P A U L\nR o u x . C o m m e ce tte e r r e u r p o u r r a it a m e n e r u n e c o n fu s io n\n                                            M. S A I N T - P A U L , n o u s la\na v e c le n o m de n o tre c o lla b o ra t e u r\n                              à la Pléiade.\ns ig n a lo n s a m ic a le m e n t\n\n                                    **\n  V E S P R É E S , vingt-trois sonnets par Henry de Braisne, chez\nJules L évy ; la Chanson des mois, treize petits poèmes par\nVictor Barrucand, chez Maurice Dreyfous, Paris. L ’auteur du\nsecond de ces livres montre une inexpérience et une naïveté\nde jeunesse qui font excuser par un sourire la médiocrité de\nses vers, dont quelques-uns de ci de là, rarement, sont assez\nbien venus cela même fait défaut au premier.\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "216                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n    En réponse à un article, d’ailleurs très intéressant, de\n M. René Ghil, MM. Achille Delaroche, Albert Mockel et\n Albert Saint-Paul ont adressé à la Revue Indépendante la\n lettre que voici :\n            Monsieur le Rédacteur,\n    En un article de la Revue Indépendante de mai, signé\n René Ghil et titre : Méthode évolutive instrumentale, nous\n lisons ceci :\n    “ Des poètes, en France et en Belgique, ont affirmé leur\n „ talent vers mon espoir, auquel les portaient de latentes et\n „ plus ou moins pareilles tendances, etc., etc. „\n    Suivent les noms.\n    Nous n’avons pas à discuter toutes les idées y émises,\n mais nos noms figurant après telles théories sembleraient là\n accepter une solidarité avec le signataire. Nous croyons\n utile (et puisque l’occasion nous est fournie pour l’édification\n de vos lecteurs) de dire une fois pour toutes quels sont nos\nvouloirs et de faire cesser une équivoque qui a trop duré. La\nresponsabilité — nous le reconnaissons d’ailleurs — en est\n attribuable pour une grande part à la Direction des E crits\npour l’Art.\n    Quand nous acceptâmes, en juin 1888, de concert avec\nM. René Ghil et quelques amis, de relever les E crits pour\nl’A rt, silencieux depuis un an, ce fut dans notre pensée pour\nrechercher en commun la solution des problèmes esthé­\ntiques qui tourmentent la génération actuelle, et dont\njusque-là nous avions tenté solitairement la réalisation.\nJamais nous ne voulûmes nous enrégimenter sous une\nbannière, pour nous soumettre servilement à des théories,\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1707, "texte": "     Petite chronique.                                     217\n\npeut-être pas définitives, — même pour leur auteur, — et en\ntous cas ne pouvant logiquement et utilement être mises\nen œuvre que par lui.\n   Notre seule tendance commune était donc le désir d’aller\nde l’avant, de rendre au vers sa destination musicale, primi­\ntive et essentielle, chacun selon ses moyens et sa méthode\npropre.\n   Nous eûmes le regret de constater que ces vouloirs étaient\ninsuffisamment exprimés dans le programme liminaire de la\nRevue. Un nouveau numéro, avec le même manifeste\naggravé, parut en novembre dernier — et cette fois à notre\ninsu. Nous fîmes alors des représentations à M. Ghil qui\npublia dans un numéro ultérieur une rectification malheu­\nreusement incomplète que nous achevons aujourd’hui, —\npuisque l’article paru ici même pourrait donner lieu à des\nméprises.\n   Certes, nous protestons de notre sympathie et de notre\nadmiration pour M. Ghil que nous considérons comme un\ntrès curieux esprit et d’une saveur si spéciale. Mais nous ne\nsaurions admettre autrement que comme une charmante\nfantaisie l’Instrumentation poétique telle qu’elle est exprimée\nen le Traité du Verbe.\n   Le langage est à la fois un son et un signe : comme signe,\nil est la représentation figurée de l’Idée. Comme son, il est\nsusceptible d’être ordonnancé musicalement, et jusqu’à un\ncertain point assimilable au son inarticulé. Mais sa qualité\nde signe ou symbole indique que c’est surtout idéalement\nqu’on peut le considérer comme musique, et qu’il ne saurait\nse dissoudre, comme le son inarticulé, en une combinaison\nde notes harmoniques exprimant l’émotion par les seuls\naccords vibratoires. D ’ailleurs, les expériences de Helmholtz,\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": " 218                                             la Wallonie.\n\n\n\n   de W illis, de Donders, démontrent que les voyelles ont leurs\n  harmoniques propres, moins nombreux, distincts des in­\n  struments ordinaires, et variables selon les idiomes et les\n  dialectes, selon la voix parlée, psalmodiée ou chantée. L ’in­\n  tensité des harmoniques qu’elles présentent ne dépend pas,\n  comme dans la plupart des instruments, du numéro d’ordre,\n mais de la hauteur absolue. En outre, W heatstone et W undt\n ont remarqué que, dans les sons musicaux, les tons partiels\njouent un rôle secondaire, tandis qu’ils servent de base aux\n sons articulés, et que l’émission de certains tons partiels\n caractérise chaque voyelle. Si donc le langage a sa musique\n spéciale, il ne nous semble pas permis de conclure autrement\n que par analogie ou métaphore à l'identité des voyelles avec\nles instruments.\n    Quant à la coloration, s’il est légitim e de dire que l’asso­\nciation des idées nous fait lier telle syllabe à tel fait coloré, à\n telle forme extérieure, — s’il y a des correspondances certaines\nentre la vibration sonore et la vibration lumineuse, on ne\nsaurait préciser scientifiquement la couleur de chaque lettre\net les nuances perçues sont du domaine de la pathologie.\n    D ’ailleurs ce n’est guère par des procédés empruntés au\nmatériel de l’orchestre que nous pourrons réaliser une poésie-\nmusique, mais plutôt par une compréhension plus pénétrante\nde l’harmonie expressive. On devra chercher surtout à rendre\nle ion de sentiment, c’est-à-dire le rapport nécessaire entre\nl’émotion et son expression. Y concourront et le mouvement\nrythmique, et l’apparentement des syllabes, et le déséquilibre\nessentiel de l’ancien vers français, lequel est une phrase\nmusicale d’un nombre constant de syllabes, et, de durée,\nvariable, — au contraire des vers latin et grec qui sont d’un\nnombre variable de syllabes et sensiblement égaux en durée.\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "     Petite chronique.                                       219\n\n   L ’erreur singulière de notre métrique ayant été jusqu’ici\nde considérer toutes le s syllabes comme isochrones, tandis\nqu’évidemment les séquences rythmiques sont loin d’être\néquivalentes dans le temps.\n   Pour la rime — si on la conserve, — qu’elle ne soit plus\nune superfétation sans aucun rapport harmonique avec\nl’intérieur du vers ; mais qu’elle serve à renforcer le ton et la\ncouleur de l’ensemble. Non que nous n’admettions le vers\ninrime ou numériquement plus long que l’alexandrin, toute\nliberté devant être laissée à l’artiste de choisir sa phrase\nmusicale comme plus expressive.\n   Philosophique? tout poète digne de ce nom a le devoir de\nl’être. Mais ne doit-il se traîner à la remorque de scolastiques\nplus ou moins ingénieuses. Aussi, quelle que soit notre admi­\nration pour Darwin et Spencer, les promoteurs de la philo­\nsophie transformiste, nous ne saurions accepter qu’à titre\nhypothétique un systèm e qui restera sans doute un des plus\npuissants efforts de l’esprit critique en notre siècle, mais\ndont l’insuffisance pour expliquer la vie idéale a été maintes\nfois démontrée.\n   L ’ère des écoles, d’ailleurs, semble définitivement close.\nClassements, catégories, c’est tout au plus archaïques\nbibelots bons à flatter la manie d’étiquettes de pédagogues\nretardataires, et au-dessus desquels s’épanouit, dans une\natmosphère de lumineuse liberté, le triomphe de l’Art\nindividuel.\n  Paris, 13 juin 1889.            A c h il l e DELAROCHE.\n                                  A l b e r t MOCKEL.\n\n                                  A l b e r t SAINT-PAUL,\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "220                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n   Lire, dans l'A rt moderne du 28 avril, un conte inédit,\nmerveilleux, de Jules Laforgue. Dans la Cravache du 18 m ai\nF élix Fénéon analyse la Théorie de la Dynamogénie et les\nnotes sur le rapporteur esthétique de M. Charles Henry.\n                                ***\n   L ’éditeur L. V anier fera paraître bientôt un livre de\nGustave Kahn : Chansons d’amant. L e même éditeur publie\ndans les Hommes d’aujourd’hui, le portrait-charge et la bio­\ngraphie par Paul Verlaine des littérateurs en vue : Verlaine,\nVilliers de l’Isle Adam, Barbey d’Aurévilly, Huysmans,\nMallarmé, de Goncourt, Rimbaud, Moréas, Charles Vignier,\nJules Laforgue, Paul Adam, Léon Hennique, Viélé-Griffin,\nRené Ghil, Maurice Barrès, Henri de Régnier, etc.\n                                ***\n   E r r a t a . — page 160 : presque de rêve, et non presque de\nrien; id. : intime mélancolie, et non victime mélancolie;\np. 161 : infinies modulations, et non infinies; id. : un peu de\ncette naïveté, et non un peu de naïveté.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "H1ô4 tel des A m érica in s — R", "ancre_fin": "on, à 5 francs, sont à souscrire.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quelques collections de LA WALLO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 244, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1031, "texte": "H1ô4 tel   des A m érica in s\n          — R ue de l’Abbé de l’E pée — 14\n                                 PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n              A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                        PENSION DE FAMILLE.\n             T R A M W A Y S P O U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                   H. Z E Y B E .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            L I È G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_____________ RACCOMMODAGES.\n           En souscription dans nos bureaux ;\n    C R É P U S C U L E S             D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collections et dépositaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 244, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1031, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (1886, 1887 et 1888) sont en vente\n                             au prix de G francs.\nLa W allonie e t les Écrits pour l’Art se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D’Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetter, rempart ste-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-06-30-n6-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNEE, No 6. 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Bois de Mai.\nJean D elville . . . · . . Vers.\nEug. D e m o ld e r .....................Par la Fenêtre ouverte.\nA. Ferdinand H érold . . . l ’Ile des Lotos.\nJu les B arbey d’A urévilly . Fragments.\nM * ................................................... l’A rt en E xil, par   Georges\n                                                               Rodenbach.\n                                                  l ’Art symboliste, par Georges\n                                                       Vanor.\n\n                                   Petite Chronique.\n                        Un numéro 50 centim es.\n\n\n                                      Des presses de H. Vaillant-Carmanne , à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 210, "texte": "    LA\nWALLONIE\n\n    30 Juin 1889.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": " REVUE\n         L ’ART MODERNE\n            CRITIQUE      DES    ARTS     ET    DE    LA   LITTÉRATURE\n\n               26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                    Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                        V iennent de paraître :\nS cèn es d e B al, l i v r e d e v e r s , p a r A l b . S t - P a u l .\nTraité d u V e r b e , p a r René G h i l .\nL e s D é b â c l e s», par Emile Ve r h a e r e n .\nC l o c h e s en l a N u i t , par Adolphe R e t t .î ,\n\n              LA P L É I A D E\n         R EVU E M ENSUELLE DE LITTÉRATURE\n                      18, rue Duperré, Paris.\n\n              L A P L É IA D E\n                  R EV U E D E LITTÉRATURE\n       chez L A C O M B LE Z, rue des Paroissiens, Bruxelles.\n\n\n\nÉCRITS POUR L'ART   R EV U E M ENSUELLE\n  L a livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n          Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n            LA GRAVAGHE,\n JOURNAL ARTISTIQUE, LITTÉRAIRE & FIN A N C IER ;\n                     Hebdomadaire.\n      9, Cour des Miracles, Paris. — 10 francs l’an\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "   LE S A L U T A L'ÉTRANGÈRE.\n\n\nQ U E n’es-tu l’Exilée, hélas ! ou l’Etrangère\n    Cachant pour vrai trésor sous sa robe en lambeaux\n    Une pierrerie immortelle et messagère\n    De quelque astre levé derrière les tombeaux !\n\n\n    La voix d’enfant est douce en les chansons d’aïeules\n    E t le glaive du père mort ou massacré\n    Sied aux mains des filles errantes qui vont seules\n    Loin de la Nuit sanglante où leur âme a pleuré.\n\n\n    Le vent a dispersé les oiseaux et les nues,\n    Les feuilles volent sur le fleuve vert et noir\n    E t jonchent le morne sable des grèves nues\n    Où des iris fleuris éclatent dans le soir.\n\n\n    M’apportes-tu sous tes haillons de Voyageuse\n    A qui sourit l’étoile en la forêt sans fleurs\n    L ’opale que la grotte avare et ténébreuse\n    Mit cent ans, goutte à goutte, à germer de ses pleurs?\n                                                     13\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "190                                         la Wallonie.\n\n\n\n      Si le glaive est toujours l’ornement du trophée\n      Où luit l’opâle prise entre trois griffes d’or\n      Quel talisman s’exalte en tes cheveux de fée\n      Pour que je croie à ta promesse d’un trésor?\n\n\n      Nul signe que tu sois Celle pour qui dédie\n      La magique forêt ses arbres merveilleux\n      Et ses paons triomphaux dont la roue irradie\n      Une extase de plume où rayonnent des yeux.\n\n\n      Qui sait si le flot sombre ainsi qu’une herbe mûre\n      Ouvrira ses sillons devant tes pas divins ?\n      Qu’importe de n’avoir pour preuve et pour augure\n      Que ta simple beauté des pays d’où tu vins.\n\n\n      Prends ma main ! le Soir apaise l’onde fatale\n      Du fleuve où nous entrons comme dans un tombeau\n      Jusqu’à ce qu’elle monte à ton sourire pâle...\n\n      Nul talisman en ses cheveux flottant sur l’eau !\n\n                                  H e n r i d e RÉGNIER.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "            LA F O R Ê T BRUISSANTE.\n\n\n                                    FRAGMENT.\n\n\n“ D e u x nu é e s s o n t passées a u b o r d d u c ré p u s c u le —\nô le v ib r a n t a p p a re illa g e des p la g e s d ’o r des g r a n d s c ie u x fa b u le u x\n—   m o u r a n t e n d e rn ie rs d é lic a ts ra m u s c u le s\no n d u la n t d e u x nu é es te n d u e s a u x étangs d ’u n s o ir b le u .\n\n\nO p a le s c e n te a s -tu passé\nv a p e u r et f le u r des r iv e s a h ! fle u r s a u v a g e ?\nn ’a tta rd e p a s c e tte â m e d o u b le et v ir e au ju b ilé\nq u e s’offre le s o le il en s o le n n e l c a rn a g e . „ —\n\n\n„ Bruissent les harpes monocordes\nces soirs religieux du rite des printemps\nqui d'un haut geste chasseront la horde\nen hastes émoussées des jours —\n                               tous les reflets sordides d’un antan,\npour refleurir le clair infini d’astres\nneigé vers l’albe Eden d’un zénith où très pilles\ndeux nuées de nous échappées à de plus ténébreux désastres —\n\nde frais avrils y préparaient la floue alcove boréale. „ —\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "192                                           la Wallonie.\n\n\n\n“ O douceur tremblante de ta bouche émue\nc’est l’advenue du légendaire envol qui l’adore et l’adule,\nah! viens — ces nuées en une vague vespérale fondue\nle seul lys montera parfait des mains de crépuscule,\n\nE t vois les parvis d’or des cathédrales d’ombre imminente\noù de noirs orgues clangoraient la mort du vieux soleil des temps\n— j ’ai ta bouche étoilée en lents baisers toute fervente —\net ce grand ciel navré là-bas qui saigne éperduement,\nah! fier amour — immensément! „\n\n                                        A d o l p h e RETTÉ.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                      ROIS DE MAI.\n\n\n    A Anna Regnier.            Âdlé les rodge maïe, à F rainai...\n\n\n\n         Le soleil fulgurant qui pantèle de spasmes d’or\n          dans les sourires de l’azur, s’auréole, pour\n          les baiser, de lames tremblantes, semblables\n          aux ailes d’un moulin féerique : et ses rayons,\n purs comme des bienfaits, percent les nues bordées\n de feu, fleurissent l’espace de mousselines éblouies,\n et couronnent d’agiles flammes mauves et vermeilles\n les bois — vastes incendies émeraudes. L ’intérieur,\n saturé d’effluves séculaires, semble un éden frais\n éclos. Une aurore spectrale, faite des aryennes jadis\n éteintes, l ’éclaire sumaturellement, une aurore pres­\n tigieuse, coralline, pétrie d’âmes, qui déborde l’ho­\n rizon comme une avalanche de roses naïves, du vête\n chaque ligne d’une chasteté d’opale et change les\nfeuillages en transparences carnées que broutent des\n chevreuils et, derrière, à perte de vue, les villages\n condruziens en visions de cristal embrasé, pleines de\ngens sortis pour goûter l’air enchanteur et le spec­\ntacle radieux. C’est dimanche après-midi. Bien loin\njoue un orgue. La Gervagne, assoupie et rayonnante,\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "194                                        la Wallonie.\n\n\n\nrevit la quintessence de ses jours défunts, et ses\ncloches qui pleurent la résurrection des poésies —\nplus mystérieusement ineffables mortes — viennent\ns’éteindre, échos moussus, dans les branches four­\nmillantes de gazouillis et d’étoiles bleues. Des buis­\nsons et des graminées où le soleil sème des plumes\nde colibris, les bouleaux en surplis satinés balancent\nleurs panaches comme des rêves d’argent et de rubis\ndans les hauts arbres frémissants. Mille essaims\nd’oiseaux et d’insectes comme une surabondance de\nfleurs envolées du sol, irisent les taillis et les futaies :\ntulipes miraillées des chardonnerets, or sauvage des\nloriots, pourpre affectueuse du bouvreuil, geais\nqu’émaille un saphir, mésanges lilas, roitelets olive,\nargus aux ailes œillées couleur de la pervenche,\néclairs topaze d’abeilles, s’entrecroisent en tous\nsens : on dirait l’arc-en-ciel en pièces dans les brises.\nMolles de thym, de marjolaine, de m uguet, ces\nbrises traversent avec des bruits de sources les\nrameaux pâmés et bercent la forêt au concert\nimmense des ramages et des sussurements. L ’au­\n rore émerveille toujours les choses en sa candeur,\nmais elle n’apparaît plus qu’à travers un diamant\nvolatile où les houles de végétation, extasiées et\nriantes, savourent la jeune sève avec l’ingénuité\n d’adolescentes naissant à la puberté; et les corolles,\nmi-ouvertes, s’ignorent encore gynécée et pollen.\n Cette éphémère pureté exhale un tel baume que les\n chênes antiques, les ormes gigantisques, les hêtres\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "    Bois de Mai.                                      195\n\nseigneuriaux, les sapins nocturnes, les houx cruels,\n paraissent touchants comme les frêles plantes,\nbrillants comme des feux d’artifice, purs comme\nl’aubépine éclatante de blancheur que courtise là-bas\nun tilleul de lumière! E t dans ces prismes, ces\nencens, ces musiques, passent, comme des légions\nd’ablettes dans l’eau claire, des légions de lueurs; ce\nsont les fantômes des efflorescences d’autrefois qui\nreviennent passionnément chuchoter à la jeunesse :\n   “ Gardez l’immatériel amour, on n’est heureux\nqu’avant de l’être. Après même vaut mieux... et le bon­\nheur alors est surtout la souvenance des désirs. Pro­\nlongez le divin désir, l’heure des regrets n’est jamais\ntardive. R estez enfantins, fous, inapaisés. O brasiers\ndes anthères, consumez-vous d’impatience et d’ado­\nration devant l’émoi des pistils ! „\n   Les bois soudain blêmissent dans un frémissement\nde béatitude. Puis l’émerveillement s’enfiévre. Une\nsuavéolence nuptiale s’allume. Précédées d’un refrain\nde mélancolie, des jeunes filles débouchent le long\nd’un ruisseau sonore qui renverse la splendide virgi­\nnale vision dans les roseaux et les myosotis. O\nguirlande d’amour! Elles s’avancent, le reste de\nl’univers est mort ou venu là, elles s’avancent, légères\ncomme des sylphides, robes flottantes, chapeaux sur\nles épaules d’où s’envolent au lieu d’ailes des rubans.\nPassent des têtes blondes comme Cypris, de noires\ntêtes à reflets cyalins, des têtes brunes qui scintillent\ndans les clartés ; des yeux turquoise, des yeux agate,\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "196                                    la Wallonie.\n\n\n\ndes yeux d’aube, des yeux de lune, des yeux qu’ha­\nbitent l’âme des tourterelles ; des joues semblables à\ndes fraises écrasées dans la neige, à des pêches\nmûrissantes, à des hortensias, à des couchants d’oc­\ntobre; des bouches pareilles à des grenades fendues,\nà des sorbes étoilées, à des œillets entr’ouverts, à\ndes papillons posés, à des corolles errantes qui\nchanteraient!\n   Une, dans ce ravissant parterre en marche, me\ncaptiva.\n   Elle était petite, mais plus idéale encore que ses\ncompagnes. Les boutons s’ouvraient à son passage,\nles gorges redoublaient de douceur enflammée. Avant\nque je la reconnusse, la cadence de sa jupe nacrée et\nl’auréole de sa grâce m’enthousiasmaient déjà, et je\nmarivaudai un brin : “ Palsembleu! c’est Iris ou\nLisette! ou marquise et bergère à la fois? Cythère,\nTrianon : quel lieu reste vide? Ah, bien que sans\npoudre ni jabot, je vous adorerais beaucoup — si\nce n’était peu ! Cythère ! Oh ! le merveilleux sot !\nN’est-ce pas éclatant que vous venez au moins du\nciel où vous avez conquis, à la pointe de vos yeux, un\npan des territoires d’azur — ce corsage digne à peine\nde vous caresser! Que devient, Madame, après cet\nexploit, la gloire du chevalier d’Ecosse qui rapporta\nde Palestine un fleuve ? „\n   Mais soudain le visage de la fascinatrice m’ap­\nparut : éblouissant et suave choc! Sans les avoir\nvus jeunes, ces bandeaux châtains, ces délicieux\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "    Bois de Mai.                                    197\n\ntraits pensifs, ces aimantes prunelles lavande, cette\n carnation de lys ensoleillé à travers une églantine,\nje les reconnais, une palpitation m’étouffe : “ Oh!....\nSois, je t ’en conjure, lente, laisse devant ton avril\ns’affoler celui que tu vis à balbutier et qui le fait\ntoujours, n’ayant pas encore de langue devant Cybèle\net ses tourbillons de songes. Mes chimères d’aurore\ns’abritaient dans ton sein. Si on me les rendait, je\n choisirais mieux encore, entre tous les maux, les plus\nnobles. Te souviens-tu dans l ’obscur vacillement\nrouge du feu mourant, des oraisons du soir!... Chère\nexhumée des entrailles inconnues dont m’hallu ­\ncinent les énigmatiques arômes, tu sais si ma\ndépouille enfin s’en assouvira, si l’herbe du seuil\nnatal renferme tous mes rêves. Mais ne dis rien et\nm’oublie. Si tu n’as pu garder l’âge adorable pour\nêtre chérie en des jours plus mystiques par mon âme\nplus belle, que l ’aspect de ma douleur au moins\nn’altère pas ta paix infinie. Sois lente seulement,\nta sérénité allège ma poitrine orageuse. Elle\nl’envahit comme les zéphyrs un crépuscule lourd\nd’électricité. D ’enfantines bouffées me reviennent,\nrosoyantes et suaves. Sois lente, que de toi mon\namour se rassasie en cette splendeur qui semble ton\nimmense et pâle rayonnement,et que les vagues mots\ndes hommes leur lèguent au moins une incomparable\napparition ! „ Adieu, adieu. Il faut que rien ne dure !\nCes heures mêmes, femmes bénies, où coulent à vos\ngenoux nos espoirs et nos larmes, lueurs dans la\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "198                                       la Wallonie.\n\n\n\nrafale éternelle ! Je suppliais encore, la dernière\njeune fille s’éclipsait à la suite de ma fée — perdue.\n   Le bois s’émeut dans mes yeux mouillés, puis se\nbalance étrangement. Les arbres s’ébranlent comme\nles danseurs d’un quadrille. En vain grandit encore\nla magie, les bois restent vides, consternés. Tous les\noiseaux, piteusement branchés, se taisent. Les fleurs\nvolent aux cieux; les étoiles s’abattent; et la ren­\ncontre d’une fleur et d’une étoile lutte, la fleur\ndisant : “ Des cieux, je la verrai toujours ! „ L ’étoile :\n “ Mieux vaut l’herbe qu’elle a foulée ! „ E t la confu­\n sion des arbres, suivant l’aurore enfuie, s’éloigne,\n s’éloigne sur ses traces. Le soleil foudroie. Sa splen­\n deur essentielle prend les milliards de teintes des\n beautés qu’elle dévore. L a Gervagne se dérobe,\n débandade de souvenances: les lucarnes,béantes fré­\n nésies, lampent les féeries éperdues des rayons qui\n emparadisent d’ambre l’attente et les hantises des\n greniers poudreux ; dans les floraisons du trèfle, la\n poussière de nos routes et la fournaise des cieux\n s’en vont vers le rivage et vers Liège, ensorcelants\n inconnus ! sarraus des dimanches et cages égosillées ;\n les flammes multicolores des fleurs anciennes re­\n viennent et encensent l’été blanc des potagers ; des\n voix aux surannées euphonies oubliées m’éclairent\n soudainement de sensations et d’atmosphère na­\n tales; le château, dont l’écarlate mélodie d’un vitrail\n tremble dans les mélèzes, réveille, telle une confusion\n de mirages, son opulent tumulte de gloires nobiliaires.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "    Bois de Mai.                                    199\n\nToutes ces choses, mon cœur, dont tu n’es qu’un\nfaible parfum, s’engloutissent dans l’horizon qui\nchatoie de fascinations devinées. Je vois un océan\nde ténèbres d’or — qui s’ouvrent lentement. Au\nfond, au fond d’inouïes perspectives, que nimbe\nl’essence des siècles, parmi d’odorantes harmonies,\nse blottit une agitation compacte d’objets et de\nregards familiers, les plus chers ravis aux suprêmes\nintimités. C’est la Jérusalem où j ’irai m’épanouir en\nl’eucharistie dernière, où l’atome recèle tout, où les\njoies usées renaissent éternellement neuves, où les\ndélires de tous les temps emplissent pour chacun\nchaque seconde, où je n’ouïrai plus sous de resplen­\ndissants nuages inaccessibles ma vie entière qui\nsanglotte dans floréal en exil.\n\n                            C é l e s t i n DEM BLON.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "         LANGUEUR HIVER.\n\n                                     Pour Sylvain Toriani.\n\n\nperdu sous les houles mornes du brouillard,\n Un orgue lamentable exhale son air poignant\n Qu’étouffe la torpeur de l’espace stagnant. —\nEperdu sous les houles mornes du brouillard.\n\nQuelle vaste douleur saigne à l’âme de l’orgue plaintif\nQui sanglotte ainsi ses spasmes lents de dolence :\nSa voix d’agonie se glace au gel du silence\nQuelle vaste douleur saigne à l’âme de l’orgue plaintif ?\n\nL ’orgue en détresse implore, implore les cœurs,\nLes cœurs sont givrés telles les landes hivernales,\nE t inhumainement la neige éperd les râles.\nL ’orgue en détresse implore, implore les cœurs.\n\nOh! ce lancinant appel qui languit au loin,\nTandis que tinte l’alarme des cloches moroses\nEn la léthargie consternante des choses\nOh ! ce lancinant appel qui languit au loin.\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": " Parc lunaire.                                           201\n\n\n\n             P A R C LUNAIRE.\n\n                                      Pour Victor Rousseau.\n\n\nS'a ccalme la rumeur profane des multitudes.\n  Vers la Lune ascendue les Bronzes symboliques\n   Galbent dans la nuit bleue leurs nudités antiques\n  En la sphingesque majesté des attitudes.\n\nUn rêve d’encens symphonise le LAC lustral\nQu’incante la présence sidérale des Cygnes,\nElégiaquement pâmant leurs albes lignes\nSous les musiques sacrées de l’infini astral.\n\nS’enivrant de silence les pelouses endolories\nS’alanguissent en la clarté de calmes rêveries ;\nParmi l’ombrage somnolent des charmilles\n\nPlane le conjugal sommeil des oiseaux lassés;\nE t l ’asphalte muette des sentiers délaissés\nNe frémit plus sous le pas lascif des idylles.\n                                    J e a n DEL VILLE.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "    P A R L A F E N Ê T R E OUVERTE.\n\n\n\n        Tous les jours, pendant des semaines.\n            Une idylle joliment nuancée embaumait\n         de sa poésie matinale les jardinets de mes\n        voisins.\n  Les lilas jetaient leurs parfums, près des floréales\nblancheurs épanouies aux vieilles murailles, et quel­\nques espaliers, en fête de noces, s’étoilaient de fleu­\nrettes délicates.\n  L e ciel était dans un ravissement de lumière\nnouvelle ; aux fenêtres entr’ouvertes, les rideaux\nvoletaient dans une brise chargée du relent des\nsèves. Les pignons et les cheminées s’enlevaient sur\nun azur ingénu.\n  E t chaque jour, âme des jardinets fleuris, les\nmêmes airs, joués par un piano invisible....\n  Les notes égrenées, tantôt rapides, avec des\nrythmes de valses, tantôt sentimentales, résonnaient\nsi poétiquement, incitant, mêlées à la voluptueuse\nodeur des plantes amoureuses, à des rêveries liliales\net douces.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "    Par la fenêtre ouverte.                        203\n\n   Cette musique, je ne sais par quelque artiste\ndoigté arpégée, était ineffablement printanière, rivée\nau renouveau des pétales et des bourgeons, comme\nla chanson bachique de cette ivresse des premières\nfleurs, sous les caresses langoureuses des senteurs\nd’avril.\n                              E ugène DEMOLDER.\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "        L ’ILE DES LOTOS.\n\n\n\nLE chêne vigoureux et le maigre platane\nSe baignent aux fraîcheurs vivantes de la mer ;\nPlus loin, dans la forêt vierge encore du fer,\nS’enroulent au palmier la vigne et la liane.\n\nUn vol d’oiseaux rieurs et mélodieux plane\nDans la sérénité transparente de l’air;\nE t des lotos d’azur, de pourpre ou d’argent clair\nFlottent parmi les eaux d’un étang diaphane.\n\n\nLà, jamais le pilote, égaré dans le soir,\nN’entend passer les cris amers du désespoir,\nNi le gémissement des foules désolées :\n\nCar, dans l’île divine, au fond du bois empli\nD ’hymnes ambroisiens et de lueurs voilées,\nL es hommes bienheureux mangent la Fleur d’oubli.\n\n                     A . F e r d i n a n d HEROLD.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": " de JU LES B A R B E Y d’A U R E V I L L Y .\n\n\n\n\n   Paris, où les barricades n’étaient pas dressées\nencore, avait un aspect sinistre et redoutable. Il\nétait désert. Le soleil y tombait d’aplomb comme\nune première pluie de feu qu’une autre devait suivre,\npuisque toutes ces fenêtres, masquées de leurs per­\nsiennes, allaient, tout à l’heure, cracher la mort...\n   Le capitaine de Brassard poitrinait au feu, comme\nune belle femme, au bal, qui veut mettre sa gorge\nen valeur.\n\n   .... Là, du moins, le ciel avait sa largeur, et la\ngrandeur de l’espace faisait une vague lumière...\n  Un des avantages de la causerie en voiture, c’est\nqu’elle peut cesser quand on n’a plus rien à se dire,\net cela sans embarras pour personne. Dans un salon,\non n’a point cette liberté.\n  Je n’ai jamais pu voir une fenêtre, — éclairée la\nnuit, — dans une ville couchée, par laquelle je\npassais, — sans accrocher à ce cadre de lumière un\n                                              14\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "206                                     la Wallonie.\n\n\n\n    Je suis convaincu que, pour certaines âmes, il y a\n le bonheur de l’imposture. Il y a une effroyable, mais\n enivrante félicité dans l’idée qu’on ment et qu’on\n trompe ; dans la pensée qu’on se sait seul soi-même,\n et qu’on joue à la société une comédie dont elle est\n dupe, et dont on se rembourse les frais de mise en\n scène par toutes les voluptés du mépris.... Les\nnatures au cœur sur la main ne se font pas l’idée des\njouissances solitaires de l’hypocrisie, de ceux qui\nvivent et peuvent respirer, la tête lacée dans un\nmasque. Mais, quand on y pense, ne comprend-on\npas que leurs sensations aient réellement la profon­\ndeur enflammée de l ’enfer? Or, l’enfer, c’est le ciel\nen creux. L e mot diabolique ou divin, appliqué à\nl’intensité des jouissances, exprime la même chose,\nc’est-à-dire des sensations qui vont jusqu’au sur­\nnaturel.\n   ... le corps est la moulure de l’âme.\n   L a vulgarité préserve des influences supérieures, -\ncomme un sac de laine préserve des coups de canon.\n   Il en est également de la musique et de la vie. Ce\nqui fait l’expression de l’une et de l’autre, ce sont les\nsilences bien plus que les accords.\n   ... il avait pour lui le respect d’un homme qui a\npesé la vie dans tous les trébuchets du mépris et qui\ntrouvait que rien n’est plus beau, après tout, que la\nforce humaine écrasée par la stupidité du destin !\n  La vie est plus forte, quand ce ne sont pas les\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "    de Jules Barbey d’Aurévilly.                      207\n\nfacultés qui baissent, mais les malheurs qui ont\ngrandi.\n  ... c’étaient des licenciés de la vie et de l’Espérance.\n  Les hommes peuvent renoncer à l’amour mal­\npropre, mais jamais à l’amour-propre de la femme.\n\n   E lle fût sortie d’une orgie de bacchantes, comme\nl’Innocence de son premier péché. Jusque dans la\nfemme vaincue, pâmée, à demi-morte, on retrouvait\nla vierge confuse, avec la grâce toujours fraîche de\nses troubles et le charme auroral de ses rougeurs...\n   ... le langage périrait à exprimer cela !\n   A h le corps de cette femme était sa seule âme !\n\n   Il avait la faculté de se regarder faire et de se\njuger à mesure qu’il agissait, sans que son jugement,\ntrès souvent contraire à son acte, empêchât son\nacte, ou que son acte nuisît à son jugement :\nasymptote terrible.\n   ... Il y a beaucoup moins de variété qu’on ne croît\ndans les figures humaines, dont les traits sont\nsoumis à une géométrie étroite et inflexible, et\npeuvent se ramener à quelques types généraux. La\nbeauté est une. Seule, la laideur est multiple, et\nencore sa multiplicité est bien vite épuisée. Dieu a\nvoulu qu’il n’y eût d’infini que la physionomie, parce\nque la physionomie est une immersion de l’âme à\ntravers les lignes correctes ou incorrectes, pures ou\ntourmentées du visage.\n   ... cette familiarité prématurée, ce tutoiement si\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "208                                       la Wallonie.\n\n\n\ndivin, — le ciel ! — sur les lèvres d’une femme qui\nvous aime, et qui devient la plus sanglante des inso­\nlences dans la bouche d’une créature pour qui vous\nn’êtes qu’un passant...\n  Il était de ces rares amants qui veulent grande la\nfemme qu’ils adorent.\n  Les imbéciles, — c’est-à-dire à peu près tout le\nmonde, — croient que rajeunir serait une invention\ncharmante de la nature humaine. Mais ceux qui\nconnaissent la vie savent mieux le profit que ce\nserait. Tressegnies se dit avec effroi qu’il allait peut-\nêtre se retrouver trop jeune.\n   ... ce qu’il y a de foi naïve et de terreur religieuse\ndans Marguerite fait d’elle cette figure qui se grave\nen vous pour jamais, quand on l’a vue passer... Figure\nde missel qui entre en scène un missel à la main, et\nqui meurt dans l’église des remords de son péché...\nPauvre sainte qui n’a pas abouti ! coupée, souillée et\nensanglantée dans sa fleur!... c’est la jeune fille primi­\ntive, cueillie aisément à la surface et au courant de\nla nature humaine, l’être élémentaire sur lequel les\nfemmes de toutes les sociétés et de toutes les civili­\nsations sont bâties et travaillées.\n   L a femme, c’est la source de la passion humaine,\nsoit qu’elle l’éprouve, soit qu’elle l ’inspire. Elle la\nrespire toujours! Les œuvres des hommes de génie\nsont pleines de la femme dans sa prodigieuse variété,\ndans la richesse de tous ses types. Le génie des\nhommes de génie est même en proportion du nombre\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "    de Jules Barbey d ’Aurévilly.                     209\n\n de femmes et des types de femmes qu’on rencontre\n dans leurs écrits...\n   Il avait, quand il s’agissait de revenir sur ses\n œuvres, la patience de l’insecte qui traîne son fétu et\nperce son lambris. Mais la patience est particulière à\nl’insecte. Le génie est impatient, au contraire; et\n d’un coup d’aile, il finit tout. Le comique a besoin\n d’être chaud et noble, à sa manière. Ce qui est bas\n cesse d’être spirituel. Dans les lieux bas, les lumières\ns’éteignent quand elles y entrent... Phénomène que\nle monde intellectuel répète, le monde matériel et le\nmonde moral n’étant que des répétitions de l’un dans\nl’autre, — des répercussions!\n   Le romancier est, en effet, créateur à la manière\ndes poètes. Il peut être lyrique, dramatique comme\nle poète, et même c’est notre dernier poète actuel\ndans la prose qui monte, déferle et engloutit tout !\nEn cet instant de mœurs littéraires et de civilisation\nprosaïques, le romancier pourrait être notre dernier\npoète épique s’il avait la langue spéciale et néces­\nsaire du vers...\n    (à suivre.)            J. BARBEY d ’AURÉVILLY.\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "         CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n                                  l ’A r t e n   E x i l ( 1).\n\n    Certes voici un livre qui dit bien Georges Rodenbach. Au\n long des pages on voit l’enfance religieuse, l’adolescence qui\n longtemps a cru, si ingénument belle en son geste de vivre,\n.puis la jeunesse, et longtemps mourir entre les bras moux\n d’une vie étrangère. Cela n’est-il pas un peu notre existence\n à tous, qui peinons sur l’œuvre de l’esprit, inutiles, voire\n parasites d’une société qui n’a pas besoin de tels efforts. Des\n vers, des fresques, le marbre et des symphonies, toutes ces\n perles, allons donc ! Cela donnera-t-il du pain à l’ouvrier, et\n pourront-ils y trouver un simple grain de mil, les pauvres\n actionnaires du canal de Suez ?\n    Inutiles, nous le sommes et c’est notre gloire, puisqu’utile\n est synonyme d’enfante-matière, et que ce paradoxal néolo­\n gisme est maintenant comme toujours la raison du commerce\n intellectuel (?) moyen. Mais nous le savons, mais nous le\n voulons, et cette idée doit nous être une âcre jouissance.\n Pourquoi donc ces mains rebelles, à quoi bon des regrets, et\n s’il faut encore, vraiment, récriminer ?\n    Il est vrai qu’en l’artiste peut dormir un homme, — l’artiste\n qui devrait être loin du peuple un ailé d’ailes qui fuient.\n L ’homme est en lui la partie inférieure, celle qui l’empêche\n\n  (1) Par Georges Rodenbach; Paris, librairie moderne.\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "     Chronique Littéraire,                                     211\n\n d’entièrement s ’isoler, le trait d’union qui la rive aux autres,\n puisqu’elle ne consiste qu’en une manière de “ sentir comme\n les autres. „ Mais, c’est écrire chose banale, celle-là même\n sera d’essence plus pure, souvent, dans un être affiné, et la\n sensibilité de ses nerfs rendra toujours ses impressions plus\n subtiles que celles du vulgaire. Or Georges Rodenbach, dont\n l’art se noue, malgré sa forme plus moderne, aux Intimités\n de Coppée et aux Vaincs Tendresses de Sully Prudhomme\n — devait logiquement, s’il étudiait un artiste, voir en lui\n l’homme qui souffre. Je ne veux nullement lui en faire un\n reproche puisqu’il a dit ce qu’il devait dire. Beaucoup sont\npoètes avant tout par les yeux, d’autres par le cœur, — et\nceux-là surtout sont d’habitude appelés poètes — un petit\nnombre par le cerveau, quelques-uns par le cœur et la tête :\nceux qui songent. Qu’importe cela ? S’il faut chercher des\n exemples près de nous, Albert Giraud dans sa fierté a vu de\nbeaux vers, Fernand Severin en a senti avec noblesse,\nGeorges Khnopff en a songé d’angéliques, Emile Verhaeren\nen a vu en a senti, et souvent en a pensé, noirement, par la\nterreur et par la violence... — En ce moment l’Art évolue\nvers le songe et la philosophie, certes; j’estime aussi plus\nhaut les poètes qui pensent, —- mais Jules Laforgue souvent,\nmais Paul Verlaine, ne sont-ils point des poètes du sentir ?\n    Je m’attendais peut-être à ne pas voir décrites dans\nl'A rt en E xil l’âpre lutte, et profonde, de l’artiste contre soi-\nmême, la sourde bataille du vouloir et du rêve, — où même\nassez rarement les vagues amères qui se gonflent en lui\nlorsqu’il frôle en passant des choses viles. Mais je regrette\nque Georges Rodenbach n’ait pu enlever à sa forme un excès\nde mollesse, qu’il ait gardé, bien qu’il vînt ici dans la foule,\nune ouateuse indécision de l’idée. Son livre manque de\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "212                                            la Wallonie.\n\n\n\n poigne et de souplesse, de virilité même ; il ne vit pas assez,\n pas assez largement à même la vie, pas assez intimement\n non plus ; je ne demande ni des phrases à tapage ni les\n vigueurs massives d’un hercule, mais plus de nerfs sinon plus\n de muscles, un peu plus la palpitation de la chose qui est :\n Jean Rembrandt, ce héros d’un livre qui est une autobio­\ngraphie, est une médaille sans relief. Encore, pour la noblesse\n du sujet, faut-il regretter les trop continuelles récriminations\n contre le peuple, la bourgeoisie épaisse, la patrie qui ne\n comprend pas ses vrais artistes. Odi profanum vulgus et arceo;\nmais, quand on l’a éloigné, qu’on n’en parle plus. Malgré une\n description animée je n’aime guère l’attitude de ce poète,\nJean Rembrandt, qui regrette mesquinement (qui envie\npresque) le populacier triomphe d’un prix de Rome couronné,\n et qui voudrait “ surprendre son nom chuchoté au passage,\nêtre suivi dans les rues comme cela arriva à Musset au\ntemps de sa jeunesse et de son génie. „ — Je me trompais\ntantôt, l'A rt en E xil n’est pas une autobiographie ; Georges\nRodenbach est plus haut que Jean Rembrandt.\n   L e si délicat poète qui l’an dernier écrivait du Silence ne\nme paraît pas à l’aise dans la prose, — j ’entends dans le\nroman. E t malgré cela, l 'A rt en E xil contient des pages\nadorablement ciselées. D es nuances très fines sont pour\ntracer doucement les contours d’un béguinage flamand ; et\ndes lignes sveltes encadrent la tranquille silhouette de sa\nreligieuse ; encore lorsqu’elle meurt, d’une agonie secouée\npar le tumulte de la rue, en la pleine marée d’un jour\nd’élections.\n   Quelques larges descriptions se meuvent dans le livre :\nune procession qui se déroule, le béguinage, un cortège popu­\nlaire, les quais tristes et seuls de Gand, et l’entassement des\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "     Chronique Littéraire.                                    213\n\ntours de la ville lointaine. Georges Rodenbach ne décrit pas\npour décrire, comme le font trop souvent les naturalistes.\nChez lui le paysage est associé à l’action, et n’est point vu\ntel qu’un monsieur quelconque le pourrait voir, mais tel que\ndoit le modeler, l’étrécir ou le magnifier l’idée du personnage\npour qui il existe, celui qui en trouve la signification. Par\ncette méthode, encore incomplète chez lui, Georges Roden­\nbach s’inscrit parmi les romanciers qui cherchent du neuf. Il\ns’indique poète par la spéciale forme du livre, pas assez\nprécise et pas assez variée dans le tour, mais chargée de\ncomparaisons, de mots suggestifs, — quelques-uns, aussi,\nsont malheureux, — d’étincelantes orfèvreries en bouts de\nphrases taillés, chatoyants et clairs. Je ne sais pas un\nromancier récent qui, pour décorer sa prose en ondulantes\npelouses, l’anime de plus nombreux et frais parterres d’images\naux corolles toutes pensives de parfum. Mais ici le critique\naurait dû avertir le poète, qui d’entre ces fleurs arrachés les\nfuchsias plus ordinaires, n’eût laissé que les orchidées exquises.\nE t sans doute le critique lui eût conseillé encore de fouiller\nplus subtilement la pensée de Jean Rembrandt et de la jeune\nfemme qui meurt sans qu’intellectuellement ils se soient\npossédés. Georges Rodenbach passe trop à la surface de ce\nmalentendu, qui est pourtant, oui, c’est je crois normal, le\ngrand malentendu de presque tous les artistes raffinés qui\ntentent le mariage. Là se trouvait une étude délicate et forte,\nvivante et encore neuve', car l’admirable Charles Demailly,\ndont la femme superficielle est bien une comédienne, laisse\nplace à une œuvre différente en laquelle le psychologue dirait\nles luttes d’un poète près d’elle, celle qu’il aurait choisie\nsuivant la formule prônée : “ Sois belle et tais-toi. „ La\nfigure m uette de Marie est bien esquissée, mais il est dom­\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "214                                                la Wallonie.\n\n\n\nmage que l’auteur n’ait pas poussé plus loin son croquis,\nmême sans analyse, ne fût-ce que pour la rendre plus sugges­\ntive, cette figure féminine dont l’image reste un peu incertaine\ndans le souvenir.\n   E t — disons la vérité à nos amis, — cela n’eût-il pas été\nmieux pour l’art que des regrets et que des plaintes contre le\nPays qui ne goûte ses poètes ? Pétrarque et M. Zorilla sont\nridicules sous leurs matérielles couronnes, sur leur char à\novations; mais qu’est-ce, réclamer contre la foule, puisqu’elle\nnous est indifférente ?\n   D ’ailleurs nous nous ostracisons nous-mêmes autant qu’on\nnous ostracisé, et Georges Rodenbach lui-même a écrit\nsuperbement dans la Jeunesse Blanche :\n          Soyons les goélands, songe blanc de la mer\n          Vers qui cherche à monter l’insulte des écumes,\n          Puisqu’en leur vol épars la neige de leurs plumes\n          Tombe comme un pardon sur l’océan amer.\n   Qu’on s’en souvienne, toute noblesse est un exil, l’art\ns’exile vers du limpide; et puisqu’il s’élève, le Poète, ne\nparaîtra-t-il pas toujours celui qui s’éloigne?\n                                                  M*\n                               *\n                              **\n   L 'A rt Symboliste. C’est, par M. Georges Vanor, un fragment\nde très actuelle critique littéraire. Des paysages d’idées qui\nintéressent, de claires vues de çi de là, l’analyse rapide de\nquelques beaux talents fleuris en l’école, symboliste, aussi\ndes choses qu’on savait. L e livre, un peu court pour le titre,\narrête surtout par les pages du début, lorsque, d’après\nGustave Kahn, l’auteur s’essaye à donner brièvement\nl’Evangile du groupe. Malheureusemeut c’est incomplet, et\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "       Chronique Littéraire.                                                      215\n\npar trop exclusif; de plus, les conclusions de l’auteur semblent\nprématurées. Qui donc nous assure de cela, qu’à la Religion\ndoivent aboutir les Sciences ? E t la proposition : l'A rt est\nl'œuvre d’inscrire un dogme dans un symbole humain et de le\ndévelopper p ar le moyen de perpétuelles variations harmoniques\nprie instamment qu’on la démontre. L ’Évangile Éternel est\npromis dans l’Apocalypse, et, voilà quelques siècles, on\nl’avait rédigé. Qui nous le prouve si proche ?\n   En une préface d’une langue très artiste, Paul Adam\nscrute avec largeur et pénétration les origines des idées qui\nsi vigoureusement vivent pour notre Présent. Page à lire.\n\n\n\n                   PETITE CHRONIQUE.\n\n  C o r d ia l m e r c i à la Pléiade q u i, g ra c ie u s e m e n t, a n n o n ce la\nWallonie. C ’est é v id e m m e n t p a r u n la p s u s c a la m i q ue sous\ndes v e rs de M. P a u l R o u x se t r o u v e la s ig n a tu re S A I N T - P A U L\nR o u x . C o m m e ce tte e r r e u r p o u r r a it a m e n e r u n e c o n fu s io n\n                                            M. S A I N T - P A U L , n o u s la\na v e c le n o m de n o tre c o lla b o ra t e u r\n                              à la Pléiade.\ns ig n a lo n s a m ic a le m e n t\n\n                                    **\n  V E S P R É E S , vingt-trois sonnets par Henry de Braisne, chez\nJules L évy ; la Chanson des mois, treize petits poèmes par\nVictor Barrucand, chez Maurice Dreyfous, Paris. L ’auteur du\nsecond de ces livres montre une inexpérience et une naïveté\nde jeunesse qui font excuser par un sourire la médiocrité de\nses vers, dont quelques-uns de ci de là, rarement, sont assez\nbien venus cela même fait défaut au premier.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "216                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n    En réponse à un article, d’ailleurs très intéressant, de\n M. René Ghil, MM. Achille Delaroche, Albert Mockel et\n Albert Saint-Paul ont adressé à la Revue Indépendante la\n lettre que voici :\n            Monsieur le Rédacteur,\n    En un article de la Revue Indépendante de mai, signé\n René Ghil et titre : Méthode évolutive instrumentale, nous\n lisons ceci :\n    “ Des poètes, en France et en Belgique, ont affirmé leur\n „ talent vers mon espoir, auquel les portaient de latentes et\n „ plus ou moins pareilles tendances, etc., etc. „\n    Suivent les noms.\n    Nous n’avons pas à discuter toutes les idées y émises,\n mais nos noms figurant après telles théories sembleraient là\n accepter une solidarité avec le signataire. Nous croyons\n utile (et puisque l’occasion nous est fournie pour l’édification\n de vos lecteurs) de dire une fois pour toutes quels sont nos\nvouloirs et de faire cesser une équivoque qui a trop duré. La\nresponsabilité — nous le reconnaissons d’ailleurs — en est\n attribuable pour une grande part à la Direction des E crits\npour l’Art.\n    Quand nous acceptâmes, en juin 1888, de concert avec\nM. René Ghil et quelques amis, de relever les E crits pour\nl’A rt, silencieux depuis un an, ce fut dans notre pensée pour\nrechercher en commun la solution des problèmes esthé­\ntiques qui tourmentent la génération actuelle, et dont\njusque-là nous avions tenté solitairement la réalisation.\nJamais nous ne voulûmes nous enrégimenter sous une\nbannière, pour nous soumettre servilement à des théories,\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "     Petite chronique.                                     217\n\npeut-être pas définitives, — même pour leur auteur, — et en\ntous cas ne pouvant logiquement et utilement être mises\nen œuvre que par lui.\n   Notre seule tendance commune était donc le désir d’aller\nde l’avant, de rendre au vers sa destination musicale, primi­\ntive et essentielle, chacun selon ses moyens et sa méthode\npropre.\n   Nous eûmes le regret de constater que ces vouloirs étaient\ninsuffisamment exprimés dans le programme liminaire de la\nRevue. Un nouveau numéro, avec le même manifeste\naggravé, parut en novembre dernier — et cette fois à notre\ninsu. Nous fîmes alors des représentations à M. Ghil qui\npublia dans un numéro ultérieur une rectification malheu­\nreusement incomplète que nous achevons aujourd’hui, —\npuisque l’article paru ici même pourrait donner lieu à des\nméprises.\n   Certes, nous protestons de notre sympathie et de notre\nadmiration pour M. Ghil que nous considérons comme un\ntrès curieux esprit et d’une saveur si spéciale. Mais nous ne\nsaurions admettre autrement que comme une charmante\nfantaisie l’Instrumentation poétique telle qu’elle est exprimée\nen le Traité du Verbe.\n   Le langage est à la fois un son et un signe : comme signe,\nil est la représentation figurée de l’Idée. Comme son, il est\nsusceptible d’être ordonnancé musicalement, et jusqu’à un\ncertain point assimilable au son inarticulé. Mais sa qualité\nde signe ou symbole indique que c’est surtout idéalement\nqu’on peut le considérer comme musique, et qu’il ne saurait\nse dissoudre, comme le son inarticulé, en une combinaison\nde notes harmoniques exprimant l’émotion par les seuls\naccords vibratoires. D ’ailleurs, les expériences de Helmholtz,\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": " 218                                             la Wallonie.\n\n\n\n   de W illis, de Donders, démontrent que les voyelles ont leurs\n  harmoniques propres, moins nombreux, distincts des in­\n  struments ordinaires, et variables selon les idiomes et les\n  dialectes, selon la voix parlée, psalmodiée ou chantée. L ’in­\n  tensité des harmoniques qu’elles présentent ne dépend pas,\n  comme dans la plupart des instruments, du numéro d’ordre,\n mais de la hauteur absolue. En outre, W heatstone et W undt\n ont remarqué que, dans les sons musicaux, les tons partiels\njouent un rôle secondaire, tandis qu’ils servent de base aux\n sons articulés, et que l’émission de certains tons partiels\n caractérise chaque voyelle. Si donc le langage a sa musique\n spéciale, il ne nous semble pas permis de conclure autrement\n que par analogie ou métaphore à l'identité des voyelles avec\nles instruments.\n    Quant à la coloration, s’il est légitim e de dire que l’asso­\nciation des idées nous fait lier telle syllabe à tel fait coloré, à\n telle forme extérieure, — s’il y a des correspondances certaines\nentre la vibration sonore et la vibration lumineuse, on ne\nsaurait préciser scientifiquement la couleur de chaque lettre\net les nuances perçues sont du domaine de la pathologie.\n    D ’ailleurs ce n’est guère par des procédés empruntés au\nmatériel de l’orchestre que nous pourrons réaliser une poésie-\nmusique, mais plutôt par une compréhension plus pénétrante\nde l’harmonie expressive. On devra chercher surtout à rendre\nle ion de sentiment, c’est-à-dire le rapport nécessaire entre\nl’émotion et son expression. Y concourront et le mouvement\nrythmique, et l’apparentement des syllabes, et le déséquilibre\nessentiel de l’ancien vers français, lequel est une phrase\nmusicale d’un nombre constant de syllabes, et, de durée,\nvariable, — au contraire des vers latin et grec qui sont d’un\nnombre variable de syllabes et sensiblement égaux en durée.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "     Petite chronique.                                       219\n\n   L ’erreur singulière de notre métrique ayant été jusqu’ici\nde considérer toutes le s syllabes comme isochrones, tandis\nqu’évidemment les séquences rythmiques sont loin d’être\néquivalentes dans le temps.\n   Pour la rime — si on la conserve, — qu’elle ne soit plus\nune superfétation sans aucun rapport harmonique avec\nl’intérieur du vers ; mais qu’elle serve à renforcer le ton et la\ncouleur de l’ensemble. Non que nous n’admettions le vers\ninrime ou numériquement plus long que l’alexandrin, toute\nliberté devant être laissée à l’artiste de choisir sa phrase\nmusicale comme plus expressive.\n   Philosophique? tout poète digne de ce nom a le devoir de\nl’être. Mais ne doit-il se traîner à la remorque de scolastiques\nplus ou moins ingénieuses. Aussi, quelle que soit notre admi­\nration pour Darwin et Spencer, les promoteurs de la philo­\nsophie transformiste, nous ne saurions accepter qu’à titre\nhypothétique un systèm e qui restera sans doute un des plus\npuissants efforts de l’esprit critique en notre siècle, mais\ndont l’insuffisance pour expliquer la vie idéale a été maintes\nfois démontrée.\n   L ’ère des écoles, d’ailleurs, semble définitivement close.\nClassements, catégories, c’est tout au plus archaïques\nbibelots bons à flatter la manie d’étiquettes de pédagogues\nretardataires, et au-dessus desquels s’épanouit, dans une\natmosphère de lumineuse liberté, le triomphe de l’Art\nindividuel.\n  Paris, 13 juin 1889.            A c h il l e DELAROCHE.\n                                  A l b e r t MOCKEL.\n\n                                  A l b e r t SAINT-PAUL,\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "220                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n   Lire, dans l'A rt moderne du 28 avril, un conte inédit,\nmerveilleux, de Jules Laforgue. Dans la Cravache du 18 m ai\nF élix Fénéon analyse la Théorie de la Dynamogénie et les\nnotes sur le rapporteur esthétique de M. Charles Henry.\n                                ***\n   L ’éditeur L. V anier fera paraître bientôt un livre de\nGustave Kahn : Chansons d’amant. L e même éditeur publie\ndans les Hommes d’aujourd’hui, le portrait-charge et la bio­\ngraphie par Paul Verlaine des littérateurs en vue : Verlaine,\nVilliers de l’Isle Adam, Barbey d’Aurévilly, Huysmans,\nMallarmé, de Goncourt, Rimbaud, Moréas, Charles Vignier,\nJules Laforgue, Paul Adam, Léon Hennique, Viélé-Griffin,\nRené Ghil, Maurice Barrès, Henri de Régnier, etc.\n                                ***\n   E r r a t a . — page 160 : presque de rêve, et non presque de\nrien; id. : intime mélancolie, et non victime mélancolie;\np. 161 : infinies modulations, et non infinies; id. : un peu de\ncette naïveté, et non un peu de naïveté.\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "     H1ô4 tel   des A m érica in s\n          — R ue de l’Abbé de l’E pée — 14\n                                 PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n              A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                        PENSION DE FAMILLE.\n             T R A M W A Y S P O U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                   H. Z E Y B E .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            L I È G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_____________ RACCOMMODAGES.\n           En souscription dans nos bureaux ;\n    C R É P U S C U L E S             D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1886, 1887 et 1888) sont en vente\n                             au prix de G francs.\nLa W allonie e t les Écrits pour l’Art se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D’Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetter, rempart ste-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "  4e ANNEE, No 6.\n\n\n                                  LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTE RA TU R E ET D ’A R T\n\n                                                  A l b e r t MOCKEL,\n             Comité de Rédaction                  P i e r r e M. OLIN.\n                                                   M a u r ic e SIG ILL E .\n\n                     Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\nEnvoi d’un numéro spécimen contre 5 0 centimes\n              en tim bres-poste.\n\n      ABONNEM ENT :          5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n                                    SOMMAIRE :\n\n\nH enri de R égnier . . . . Salut à l’Etrangère.\nAdolphe R etté ..........................la Forêt bruissante.\nCélestin Demblon . . . . Bois de Mai.\nJean D elville . . . · . . Vers.\nEug. D e m o ld e r .....................Par la Fenêtre ouverte.\nA. Ferdinand H érold . . . l ’Ile des Lotos.\nJu les B arbey d’A urévilly . Fragments.\nM * ................................................... l’A rt en E xil, par   Georges\n                                                               Rodenbach.\n                                                  l ’Art symboliste, par Georges\n                                                       Vanor.\n\n                                   Petite Chronique.\n                        Un numéro 50 centim es.\n\n\n                                      Des presses de H. Vaillant-Carmanne , à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-06-30", "signet_source": "4ème année - N°6 - 30 juin 1889", "preuve": "Numéro lu sur la couverture/sommaire (PDF 245 : « 4e année, N° 6 »), sans date imprimée lisible. Le mois (juin 1889) repose sur des indices internes : lettre datée « Paris, 13 juin 1889 » (p. 219), renvois à la Revue indépendante « de mai » et à la Cravache du 18 mai, à l’Art moderne du 28 avril. Signet : 30 juin 1889.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}