{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA W ALL0 N IE 31 Juillet 1889.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 246, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "LA\nW ALL0 N IE\n\n\n\n      31 Juillet 1889.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE L ’ART MODERNE CRITIQUE DE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 247, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 977, "texte": "REVUE\n         L ’ART MODERNE\n          CRITIQUE   DES   ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n            26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n               Viennent de paraître :\nS cèn es de Bal, livre de vers, par Alb. S t -P a u l .\nT ra ité du V erb e , par René G h i l .\nLes Débâcles, par Emile Ve r h a e r e n .\nCloches en la Nuit, par Adolphe R e t t é .\nL’A rt en E xil, roman, par G. R odenbach .\nS e r r e s chaudes, par Maurice Ma e t e r l in c k .\n\n\n  LA PLEIADE\n         REVUE M ENSUELLE DE LITTÉRATURE\n                 18, rue D uperré, Paris.\n\n\nÉCRITS POUR L’ART  R EVU E M ENSUELLE\n  La livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n         Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n                 LA VOGUE\n  REVU E M ENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n          Publiée par livraisons de cent pages.\n       Abonnements : Paris, 10 fr.; Étranger : 13 fr.\n           P A R IS , P la ce des V o sg e s, 9.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 222, "titre_corps": "Comme tous les soirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "COMME TOUS LES SOIRS.                       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(CROQUIS DE CARNET.)      A Newp", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 250, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "PAYSAG ES ET PORTRAITS.\n\n                 (CROQUIS DE CARNET.)\n\n\n   A Newport. — Sur les eaux de la baie de Narra-\ngansett, et sur la côte opposée, l’opacité jaune d’un\nbrouillard, déteignant le bleu des eaux, le jaune des\nplages, le vert des terres. Le soleil, au ras de l ’ouest,\napparaît en boule rouge sous une poussière d’or, et\ns’affaisse peu à peu dans un banc de vapeur pourpre\nqui rampe à l’horizon. Une lueur d’un rouge rosé\ns’épand par le ciel crépusculaire, tandis que le disque\ndu soleil, resplendissant comme un bouclier de cuivre\nroux, disparaît, aplati, dans la houle humide des\nbrouillards. Puis un long nuage violet s’étire sur le\nfaste éteint de l’Occident.\n\n\n  A New-York. — Vers l’ouest, un ciel liquide, d’un\nbleu très pâle, teinté à l’horizon d’un rose sale, contre\nlequel se déchiquètent des toits, des tours, des\ncheminées d’usine. E t de partout tire-bouchonnent\nvers le nord des fumées roses, noires et violettes.\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "224                                    la Wallonie.\n\n\n\n   A New- York. — L a rue droite, bordée de becs de\ngaz, file entre les maisons brunes et rouges vers le\ncrépuscule. A u bout, dans l’obscurité violette, la\ncharpente de Velevated railroad se contourne contre\nun fourmillement bleuâtre de lumières électriques.\nPuis un ciel strié de raies bitumineuses et roses, et\nlà-haut, par-delà les poussières suburbaines, dans\nl’immensité pâle du firmament, les premières étoiles\nd’une mélancolique nuit d’automne.\n\n\n\n\n   Vieille dame. — Elle cache ses quatre-vingt-qua ­\ntorze ans au fond d’une chaise roulante, sous un\namoncellement de châles d’où émergent sa face de\nmomie et ses mains lâchement gantées de filoselle.\nSes yeux s’ouvrent pâlement sous des paupières\nécailleuses, à l’ombre d’un large chapeau de paille\nnoire. Les pommettes lui saillent vers les tempes,\nsous une chair boursouflée, tailladée, et toute grise\nd’une poussière qui fait songer au salpêtre des\nruines. Entre le nez aquilin et le menton crochu\npalpite une ombre qui est la bouche. E lle parle,\nponctuant son dire de gestes d’une burlesque gran­\ndeur. Elle vante Spinoza, glisse sur le Christianisme\nésotérique, s’arrête au Bouddhisme, prédit la victoire\nfinale de l’Ame Universelle sur la matière des\nmondes. E t sous ce crâne de vieille prophétesse\nsemble gronder un tumulte de cosmogonies.\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1421, "texte": "    Paysages et Portraits.                             225\n\n   Jeune fille au piano. — Sous la lueur rose d’une\nlampe à trépied, elle laisse voltiger ses doigts sur\nle clavier sonore du piano. Frêlement penchée, les\ntorsades de sa chevelure en l’ombre, elle lève-ses\nyeux miroitants vers la blancheur mate d’une page\nde musique, et chante, ses lèvres écarlates retrous­\nsées comme des pétales de roses cardinal. Tantôt\nrieuse, tantôt sérieuse. Sa gorge blanche, visible à\ntravers l’échancrure étroite d’un corsage noir, pal­\npite. E t à mesure qu’elle s’incline ou se redresse,\nd’un mouvement de divine harmonie, ses prunelles,\nsous l’arc délicat des sourcils, s’allument à la clarté\ncirculaire de l’abat-jour rose, ou s’éteignent dans\nune pénombre triste, oh ! triste comme un crépuscule\nd’amour.\n\n   Au jardin — Atalante moderne, en costume noir\naux manches bouffantes et aux sinueux falbalas, elle\ns’amuse à courir dans la lumière d’or du matin.\nD ’une grâce élastique et nerveuse, elle tend vers le\nbut, ses lèvres entr’ouvertes dans un halètement, et\nles mèches folles de sa chevelure lui fouettant le rose\ndes oreilles. L a voici : le gravier grince, sa robe frou­\nfroute; sa taille se redresse, sa gorge bombe, — et\nhalte ! d’un geste d’impériale noblesse, front haut,\nregard étincelant, narines palpitantes.\n   Posture inoubliable de vierge et de souveraine !\n\n                               S tu a r t M ERRILL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 226, "page_fin": 226, "titre_corps": "Haute-lice", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "H A UTE-LICE.   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SERRES CHAUDES. Frontis", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "MAURICE MAETERLINCK.\n\nSERRES CHAUDES. Frontispice et culs-de-lampe, par George M   in n e .\n\n             Édition sur hollande. Paris, Vanier.\n\n   On se souvient des débuts de M. Maurice Maeterlinck et de\nla vive attention dont ses étranges et suggestifs poèmes\nfurent entourés dès l’abord. Ses vers aux tons violets, blancs\nélectriques, pleins de phosphore et d’orage ouvraient en nos\nbeaux soirs de fêtes une succession d’horizons nouveaux,\nsinistres et silencieux.\n   Un poète original s’annonçait, d’une vision inconnue. Le\nlivre qu’il nous apporte tient ses grandes promesses. Les\nsensations de décadence sont arrivées ici à leur hypersthénie,\nà leur dernière éclosion fiévreuse : Ce sont des Serres chaudes,\nles suprêmes fleurs noires de cette température maladive\nd’âme surchauffée et de fièvre.\n   A ces lueurs absolues tout se transforme, l’air est tiède,\naccablant et suffocant, on pâlit, les mains tremblent de fièvres\nm oites ; on est sur les limites d’un étrange pays de mort et\nde folie ; les yeux s’imprégnent d’une sulfureuse clarté qui\nleur fait découvrir tout un monde de mystères, \" toute une\nvallée de l’âme à jamais immobile. „ La singulière magie du\npoète fait voir et sentir au delà des sensations ; il en a l’in­\ntuition ; il y découvre des symboles, des analogies, des près-\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "228                                            ta Wallonie.\n\n\n\nsentiments, des sympathies et des antipathies non encore\nexplorées. Il voit le tréfonds des choses, la joie dans la dou­\nleur, la douleur dans la joie, le surnaturel dans le naturel,\npartout et toujours l’horreur, l’imparfait, le fini, le danger de\nvivre, la difficulté de vivre. Au lieu d’en saisir les harmonies,\nil écoute les intimes discordances des choses, leurs relations\nbrisées. Il traduit les ombres qui enveloppent tout mirage et\nqui en sont le fond même et la cause, comme il sait percevoir\ndans les ombres l’étincellement des cieux invisibles.\n   Ses symboles célèbrent la solennelle impuissance, les\ndésirs immobiles, la lassitude des songes, les tentations\nmauvaises, les deuils de l’amour, la soif mystique, les ombres\ndu soleil.\n   Pour rendre cette vision par une image matérielle, elle me\nsemble au milieu d’un étrange jardin de Hollande, un bassin\ntiède, immobile et souffrant d’inertie, fleuri des sublimes\nnymphéacées de sa torpeur : “ E t torpenti multa relinquitur\nmiseria. „ C’est là que se reflète la nature en ce soir d’orage.\nL es choses paraissent émerger de ses profondeurs ; ce ne sont\nque des rayons réfractés, mais leurs obstinées images ont\nfini par empoisonner l’eau, par en troubler l’essence, par se\nconfondre avec elle : symboles de leurs douleurs, lumières\nde leurs ténèbres. E t ce quelque chose de plus que nous\napercevons au fond des images, en elles et alentour, le\nmiroir qui montre plus qu’il ne reflète « a, glas that shows\nus many more » c’est l’âme elle-même, tiède, immobile et\nsouffrante.\n   Malgré cette intuition, le poète n’est pas, en certains\ntermes, un mystique. Il a un mystérieux spécial, extrahumain,\nen ce sens qu’il s’élève au-dessus de la raison humaine dans\nles régions polaires de la désassociation des idées, du pur\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "     Maurice Maeterlinck.                                    229\n\ninstinct, de la sensation primitive et sauvage, mais qui en\nelle-même, soit qu’elle s’échappe entre les ombres granitiques\nde la mort ou ramifie ses subtils feuillages aux plus loin­\ntaines clartés, leur reste asservie. Car il a la foi.\n   L a prière en cet état d’âme est naturelle. C’est la prière\nde l’enfance simple et confiante. C’est celle dumalade, la\nplainte à la fois et l’appel, le signe de croix sous les éclairs.\nE t c’est aussi une prière de pitié, un kyrie de miséricorde.\n« Seigneur ayez pitié du verbe. Ayez pitié de tout, mon Dieu. „\nDe page en page se répètent ces plaintifs échos qui finale­\nment se confondent en une prière incomparable où passent\ntoutes les brises du ciel :\n                 Mon âme en est triste à la fin\n                 Elle est triste enfin d’être lasse,\n                 Elle est lasse enfin d’être en vain,\n                 Elle est triste et lasse à la fin\n                 Et j’attends vos mains sur ma face.\n                 J'attends vos doigts purs sur ma face\n                 Pareils à des anges de glace.\n   L ’âme, comme une sainte Cécile qu’on a murée dans son\nétuve, y fait sa prière; elle devient étrangement pâle, ses\nyeux sont dans la mort, ses mains sont sur les eaux de la\nfolie, mais les orchidées de sa couronne, celles-là ne vont pas\nmourir. Elles se réjouissent au-dessus d’elle, troupe d’anges\ndans les voluptés et les parfums du ciel. En littérature,\nM. Maeterlinck me semble un tempérament mâle, fait de\nconcentration et de force, essentiellement germanique, mi-\nanglais, mi-néerlandais dans son intempérance sauvage et\nfroide, dans sa puissance à contenir le bouillonnement inté­\nrieur des images, à l’immobiliser en des vagues de glace.\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "230                                            la Wallonie.\n\n\n\nLui, non plus, n’est pas le chlorotique amant des pâles roses\net des solanées. Son idéal est vert plutôt. Son style est fort,\namer, âpre, sans mollesse, sans nuances, de couleur presque\nindienne ; la polychromie barbare unie au tacheté sombre des\nstyles de décadence. La plupart de ses vers sont formés de\nContrastes, d’éléments qui s’attirent à la fois et se repoussent.\nCe sont les pôles positifs et négatifs des choses. On est\nsecoué d’un frisson à la fois douloureux et joyeux, lumineux\net sombre. Certains sont la lourdeur des soirs d’été, la pluie\ntiède, le ciel constamment d’orages latents et d’éclairs,\nl ’odeur des moissons chaudes ; d’autres ont les vacillations\nfroides du mercure, les phosphorescentes peaux des pan­\nthères, l’empoisonnement de la ciguë et de la belladone;\nl’élasticité des seins moites et fermes, l’effervescence et la\nstagnation méphitique des mares.\n    On remarque dans ces poèmes un certain défaut d’ordre,\nde composition savante, c’est-à-dire de cet art symétrique\nqui consiste à ranger chaque chose à sa place et selon sa\nvaleur, pour un effet mélodieux d’ensemble, art qui triomphe\ndans Raphaël et le sonnet, poème de volonté, pour cette\nraison sans doute aimé de Baudelaire. M. Maeterlinck est\nl ’un de ceux qui s’écartent le plus de la théorie baudelai­\nrienne de la volonté comme principe de composition. On\npourrait dire de lui ce que Taine dit de Carlyle : “ Ces inéga­\nlités peignent bien le germain solitaire, énergique, imaginatif,\namateur de contrastes violents, fondé sur la réflexion person­\nnelle et triste, avec des retours imprévus de l’instinct\nphysique, si différent des races latines et classiques, races\nd’orateurs ou d’artistes où l’on ne goûte que des idées suivies,\noù l’on n’est heureux que par le spectacle des formes harmo­\nnieuses, où l’imagination est réglée, où la volupté semble\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "     Maurice Maeterlinck.                                      231\n\nnaturelle. „ Aussi le subtil fil d’or qui relie nos poèmes\nlogiques est-il cassé; plus d’unité de lieu, de temps, ni\n d’action, seule l’unité harmonique des couleurs et de la finale\n sensation maladive. Aussi a-t-il cette intelligence libre éman­\n cipée de la volonté, cette compréhension profonde et objective du\nmonde extérieur dont parle Shopenhauer comme du foyer des\nsuprêmes lumières. Puis-je en faire un plus grand éloge?\n    Mais il a les défauts de ces qualités : l’outrance, la fatigue,\nl’aveuglant des couleurs, le manque de méthode. Il est par­\nfois obscur. Il eût pu envelopper de plus d’harmonie musi­\n cale ses pièces libres, leur insuffler comme dans le prélude\n de son chef-d’œuvre : l’Hôpital, une sorte de seconde vie\naérienne et rythmique qui les eût fait selon l’Elévation du\nmaître : “ se purifier dans l’air supérieur, s’élancer vers les\nchamps lumineux et sereins. „ Avec de la méthode et du talent\nd’autres eussent composé d’excellents poèmes de nombre de\nces sensations, les analysant, les sertissant, leur enlevant\nleur rudesse, les baignant de musique et de nuances ; il a\npréféré, et qui de nous ne lui donnera raison? les jeter dans\nla nuit toutes à la fois, multicolores, comme un feu d’artifice\ngrandiose et insensé.\n   L ’interprétation faite du poème par M. George Minne est\nmagistrale : sommeils de pierre sous de sombres éclipses,\nrefuge de pécheurs en ces grottes de glace, inextricables\nlianes de cette forêt vierge des sensations, air de péché\nmortel, mornes feuillages, horizons de mort, mains secou­\nrables.... tout le livre est dans cette page d’immobile épou­\nvante, qui révèle un artiste puissant et personnel.\n                            Ch a r le s VAN LERBERGHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 232, "page_fin": 233, "titre_corps": "Vers tranquilles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M*", "ancre_debut": "V E R S TR AN Q UILLES.                                            à Auguste Henrotay.   des V", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 790, "texte": "V E R S TR AN Q UILLES.\n\n\n                                         à Auguste Henrotay.\n\n\ndes Voix, là-bas des voix m'appellent, — des voix;\nn'est-ce d’enfants qui jouent, et des sourires puis des moues\net rires ! c'est la joie de vivre, — la joie.\ndes Voix m’appellent] et serait elle\ndroite et svelte une simple Jeune Fille\n      et sur la pelouse étoilée\n      son petit pas de fiancée\nà tel fluide amour de la brise pour les ramilles ?\nles voix... Ah dites votre chanson tiède\net les enfants, et l’or des boucles sur les joues\net Vous la simple E nfant grandelette, éblouie\ndu contenu babil de la ramure en fête.\nL as! voici près des traces lassées\ndes voix plus mâles qui l’indécisent;\net de sa ligne évanouie\nla surprise d’éveil épuise\nun mol épanouir d’émois qui vont passer.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "  Vers tranquilles.                                          233\n\n       Les voix, c’est du lointain....\n et germaines, ces incertaines\n d’amours qu'entraîne l’Autrefois,\n — jadis ces voix m'eussent parlé de moi.\n Les voix... lit du limpide au rire, et c’est la cantilène\n de s’aimer, vous les voix humaines qui chantez !\n Dites, ne savez-vous les bleus lointains de la vallée,\n ni loin le bleu mentir des longues, longues allées ?\n Voix qui chantez la terre, oh ! les si douces qui mentez\n      les voix du rire, voix dit rire !\n et ne verrez jam ais l’aérienne Fiancée\n      ni de la colline s'élancée\n la subtile fumée d’un rêve qui s’étire.\n\n                                                     M*\n\n\nMai.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 234, "page_fin": 241, "titre_corps": "Chapitre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Mario Varvara", "ancre_debut": "CHAPITRE )(1    D ’une longue désolation", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1203, "texte": "CHAPITRE )(1\n\n\n\nD ’une longue désolation d’adolescence spirituellement soli­\n       taire, elle sortait un silencieux calme de songe, une\n       mélancolie tranquille de rêves épars.\n    Tout en déployant un tempérament d’intelligence solide,\nraisonneuse, elle était née avec dans les veines, dans les\noreilles, sur l’épiderme une démangeaison douce, un cha­\ntouillant désir de familiales caresses, d’intimes câlineries.\n    Toute petite, lorsque résonnait à peine en sa bouche\nl ’effort brouillé des très vagues syllabes initiales, elle ployait,\nen la grâce d’une amoureuse coquetterie naïve, la finesse de\nsa tête légèrement sur l ’épaule, en souriant une fraîcheur\nmignonnette de sourire pamé, comme sous l’imaginaire frôle­\nment de doigts sympathiques.\n    Brusques, des fléaux de mort anéantissaient le père, la\nmère. Et, tout enfant, fléchissant encore sur ses grêles\npetites jambes incertaines, elle n’offrit désormais la douceur\nrondelette et tiède de sa joue qu’aux mains et aux lèvres\nillusoires.\n    Pas de parents. Loyalem ent et froidement, un tuteur\nadministra sa fortune — appréciable — fit convenablement\nélever la demoiselle.\n  ( 1) Du volume Intacte à paraître.\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "     Chapitre.                                              235\n\n   D es attentions stipendiées l’entourèrent. Des années inter­\n minables de pensionnat s’écoulèrent.\n   La petite demeura longtemps dans un effarement vague\n d’attente, avec la perception confuse de soins désintéressés,\n de caresses meilleures; et longuement persista sur sa peau\n délicate la démangeaison fine et pâmante des calineries\n désirées d’instinct.\n   Puis, l'atmosphère mathématique, l’irréparable monotonie\n des jours factices de pension, fécondèrent en sa cervelle un\n renoncement résigné aux joies à jamais insaisissables ; elle\n se laissait couler en une tranquillité grise, déroulait son\n existence en une sorte de terne crépuscule, long et immobile\n — stagnait en une mare d’intellectuelles pénombres. Ses\n sérieuses attitudes éloignaient d’elle le gaminant tapage des\npensionnaires turbulentes, ne se prêtaient même pas — tant\nelles étaient naturelles et simples — aux taquineries des\nméchantes. Peu à peu se fit autour d’elle un inconscient\nvide, toutes les manifestations de sa personne agissant sur\nles autres d’une légère, mais opiniâtre, répulsion douce. Par\nintermittence, elle eut des amies, passagères, des jeux, rares.\nSes sympathies, d’ailleurs presque superficielles, allaient aux\nnouvelles venues de préférence. Il lui arriva — très rare­\nment — de se lier d’une affection vive à quelque petite pen­\nsionnaire; mais toujours une méchanceté de l’élue pulvérisait\nle charme. Une pointe menue de douleur, par sa délicatesse\nblessée ; puis, l’oubli. E t le déroulement infini des immobiles\ncrépuscules ternes.\n   Mais dans son cerveau, bourdonnant d’un sourd et continuel\ndésir d’activité, vivait la préoccupation tentante de confuses\nchoses dignes d’intérêt pour elle, capable de saisir d’un\nsalutaire travail ses facultés pensantes.\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "236                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Alors, dans les brumes d’une intuition primitive, elle\ncommença de sentir des aspects de vie libre, des actions\ntremblotantes de foules, des déroulements blafards de\nfamilles bourgeoises, des calmes de rues désertes ; de pai­\nsibles et fiévreux tableaux passaient tour à tour en sa mé­\nmoire. E t ce ne fut, d’abord, sur ces suppositions d’existence,\nque la pâle atmosphère d’astres malades. Puis, comme ses\nvisions prospéraient et s’accusaient plus nettes, une plus\nvigoureuse illumination de soleil les baigna. Cela se faisait\nnaturellement, sans questions curieuses, sans le désir d’une\nexplication, peut-être dans l’inconscience d’une observative\nfaculté atavique. Dans son cerveau demeurait sans doute le\ngrain des tempéraments enquêteurs, attentifs aux environ­\nnantes scènes. Et, par la nécessité que faisait naître le\nparticulier état de spirituelle solitude où s’attristait cette\ndélicatesse de nature câline, le germe violenté poussait en\nfloraisons précoces, établissant en la tête juvénile de\nsérieuses curiosités si pressantes, que les vitales figurations\n du dehors violaient les enceintes cloîtreuses, et se présen­\ntaient justes et réelles à ce miracle de jeunesse divinatrice\n\n\n\n   Quelques années — un temps indéfinissable — suivirent,\noù le cerveau de la jeune fille se fortifia, en des lenteurs pro­\ngressives, aiguillonné par un latent souci. Un jour, comme\nde claires eaux de source fraîche coulèrent sous son crâne,\nbaignèrent sa mémoire d’une éclairante joie de conscience.\nE lle commençait de se sentir maîtresse, de voir en elle-même ;\nelle se reconnut le pouvoir de suivre avec une logique sûre\nles marches de ses visions. — Alors, il lui sembla que sa vie\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "     Chapitre.                                              •237\n\nse détachât d’elle, courût aux autres, s’insinuât en des spec­\ntacles de nature. E t c’était la sensation d’une perte déli­\ncieuse, d’une abdication émue, la haute mélancolie d’un\néparpillement de son être.\n   E lle s’absorba davantage en ses contemplations de songe,\nvécut dans un plus intime recueillement, perdit presque la\nnotion de sa temporaire existence factice. Autour d’elle, le\npensionnat s’évanouissait; elle en subissait la monotonie très\nlongue mécaniquement, obéissant à l’habitude inéluctable.\nToute à ses occupations cérébrales, elle développait des\ncharmes pensifs, s’épanouissait en des joliesses simples de\nlignes.\n   Quand s’approcha l’époque de liberté, la demoiselle eut un\néveil d’activités visibles. Des éclats de rire sonnèrent, pen­\ndant que, sur l’apparition candide du râtelier, arquait la lèvre\nune ligne de doux orgueil. De plus vives et plus changeantes\nnuances roses musèrent sur ses joues, et dans ses yeux,\nd’ordinaire voilés par les contemplations intérieures, pétil­\nlèrent parfois les courtes et soudaines rondes des rieuses\nétincelles de gaminerie.\n   Mais la veille de la sortie, une solennité vague se mêla aux\nallégresses. Elle eut la satisfaction sobre, la joie sérieuse.\nE l lorsque, le lendemain, s’ouvrirent devant elle les portes de\nce pensionnat où d’innombrables jours identiques s’étaient\nécoulés en d’étroites bornes, sous les pattes de velours d’une\nsi triste indifférence polie et d’un si sombre fard de soins de\ncommande, elle dirigea son attention sur une vastité de vie\ndiverse, qu’une supposition ouvrait devant elle — et soupira,\ncontente.\n\n\n                                                       1G\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1885, "texte": "238                                            la Wallonie.\n\n\n\n    Malgré l’esprit divinateur, et le long désir de jours libres,\n elle ne put se soustraire aux immédiates étreintes de déséqui­\n libre. Des étonnements vagues la saisirent; l’envahit un\n malaise de désuétude. L e changement brusque de milieu et\n de méthode ne fu t pas sans l’étouffer tant soit peu, comme\n s’étouffe une respiration, longtemps comprimée en d’ané­\n miques atmosphères, à la soudaine et violente secousse d’une\n large puissance d’air. — Mais, par la naturelle solidité de ses\n ressorts, son esprit se campa vite dans un aplomb durable;\n et l’apprentissage de la vie nouvelle se fit logiquement,\n presque sans efforts. — Elle sut se servir de superficielles\nrelations pour s’initier aux conventions superficielles, pour­\ntant indispensables; de là, elle prit toute seule l’essor vers\n de plus vastes et de plus essentielles connaissances.\n    Une simple coquetterie de logement minuscule abrita ses\nheures de repos et de calme pensée. — D ’ordinaire, elle che­\nminait en les rues habillée de sombre, les yeux et les oreilles\nau guet, se grisant des révolutions de nuances, des luttes de\nmouvements, des guerres de rumeurs — ne perdant pourtant\npas une certaine froideur attentive de jugement.\n    E lle fut vite un peu lassée de ce vagabondage. La vigueur\nd’un immense besoin d’épanouissement, après les si lentes\nannées prisonnières, s’accusait de jour en jour plus vive.\nTout en éprouvant une sympathie embryonnaire pour sa\npatrie — Paris — en l’instant elle n’y respirait pas à l’aise,\néperonnée par la violence d’un désir d’horizons très larges et\ndivers.\n   Aussi un matin — automatiquement presque — s’achemina-\nt-elle vers une gare. E t le cahotement piètre de son fiacre\nen la matinale fraîcheur l’émut, en lui donnant la sensation\ntrès agréable d’une avant-garde de plus formidables roule­\nments.\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "    Chapitre.                                               239\n\n   E lle courut des terres étrangères, respirant à pleine poi­\ntrine, emportée dans un tourbillon d’émotions mouvantes.\nUne sourde fièvre serpentait en ses veines; ses yeux, ses\nlèvres tremblotaient parfois de confuses espérances. Encore\ndemeurait en tout son être le répugnant souvenir de l’épo­\nque marécageuse; et plus énergiquement encore la dominait\nla nécessité impérieuse de l’oubli, et de l’affirmation victo­\nrieuse de sa récente liberté. Elle ne s’attardait donc pas en\nles villes. Après les premières impressions de nouveauté,\n après les premiers naturels triomphes de ses facultés obser­\nvatives lui suscitant en la cervelle l’intérêt pour les foules\nnouvelles, l’exaltation fiévreuse la ressaisissait. Un étouffe­\nment lui pressait la gorge ; les murailles, les maisons cita­\n dines paraissaient se dresser en bornes gênantes pour sa\n respiration. E t puis elle s’engourdissait; l’atmosphère lui\n semblait stagnante, les mouvements, autour d’elle, se dévelop­\npaient en paresse ; alors, elle remontait dans le train, s’élan­\n çait, satisfaite, en les courses vertigineuses. Les fouets des\n vents précipités n’étaient que des caresses pour son visage\n et pour sa tête nue, où s’affolaient, en la fraîcheur des\n secousses, les menus cheveux. Les interminables fuites des\n voies la remplissaient de délice ; l’illusion d'allure migrante\n des arbres dans le lointain, c’était une fine chatouille pour\n ses yeux clignotants; les horizons en fuite, avec leurs\n bagages de nuages et de lumières, lui mettaient, enfin, dans\n l’esprit, le calme de la satisfaction. Cette violence de dérou­\n lem ent de paysage convenait à la puissance de ses nécessités\n expansives.\n    Quelques mois se passèrent en incessantes courses furieuses\n à travers de longues étendues. A la fin, une fatigue la saisit,\n l’insistante gêne des milieux trop ouverts, des continuelles\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": " 240                                             la Wallonie.\n\n\n\n assourdissantes fuites, des visions de nature sans cesse\n galopante. Un lointain sourire de jours recueillis, paisibles\n l’enjôla. L ’embryonnaire attirance vers Paris se développait\n en l ’exil, les aspects de la capitale s’enjolivaient en le sou­\n venir, déployant une plus nombreuse richesse de charmes.\n    E lle se décida. E t un dernier exploit d’express la ramena\n en la ville désirée.\n\n\n\n    Après une époque courte de délassante paresse, un regain\n  de nerveuse inquiétude fit naître un besoin nouveau de\n  voyage. R éapparaissait le souvenir des jours stagnants, plus\n pâle, c’est vrai, mais néanmoins assez harcelant pour lui\n mettre en les veines le trouble des activités pas entièrement\n satisfaites.\n    Aussi se complut-elle en de nombreuses excursions brèves\n aux alentours. Son intelligence s’affinait, manifestait des\n exigences de subtilités ; des raffinements de sensations éclo­\n saient en sa cervelle, disposée à leurs atteintes par la fatalité\n du milieu et par le terrain propice. E t ce ne furent plus les\n griseries vastes des horizons très déployés, des courses\n turbulentes. Ce fut une suite d’admirations modérées conve­\nnables, des remarques d’une perversité légère, des complica­\ntions initiales d’observations exceptionnelles, rares, quelque\npeu troublantes. Elle se promena à travers les paysages\napprêtés de banlieue, se plaisant en des joies froides à ces\nétalages de campagnes douteuses, à ce mécanisme de\nfeuillages violentés. Elle s’y abandonna, en des promenades\nlentes, en des allures maladives, comme mordue par la\ncontagion de cette verdure phtisique.\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "     Chapitre.                                             241\n\n   E lle était un instrument de nerfs ultra-sensible aux\ninfluences des environnantes atmosphères, vibrant de vibra­\ntions semblables à la contemplation des scènes de vie. Ses\ntendances observatives imprimaient en sa mémoire les\naspects remarqués de joie ou de souffrance, d’enthousiasme\nou de scepticisme. Mais, au fond, il persistait toujours en\nelle la vague sensation d’une douceur mélancolique dont se\nnuait toute apparition de nature.\n   Peu à peu s’apâlit et s’éteignit ce besoin de déplacement\ncontinuel. L es brèves courses en la banlieue s’espacèrent, se\nraccourcirent encore. Puis elle finit par délaisser toute gare,\nvaincue par la gêne de cette insistance de bruits roulants.\n   Un définitif amour pour sa ville l’étreignit. Elle trouvait\ndésormais en Paris de quoi satisfaire ses désirs multiples.\nD ’attentives promenades l’occupèrent. Elle éprouva le besoin\nde pénétrer en l’essence des physionomies, des mouvements,\ndes décors. Une familiarité s’établit entre elle et la ville de\nfièvre, et elle ne se plut désormais qu’en les notations de\ncette vie multiforme et complexe.\n                                       Mario VARVARA.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 245, "titre_corps": "Une réponse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "René Ghil", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE.                          UNE RÉPONSE.    A la lettre c", "ancre_fin": "était. R ené GHIL. Juillet 89.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RÉPONSE A UNE NOTE.     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Achille Delaroche, Albert\nMockel et Albert Saint-Paul, il sied de donner ici (car la\nRevue Indépendante ne crut pas devoir la leur insérer), une\nréponse, et un assentiment quant à la conclusion.\n   Dans mon Article à la Revue indépendante, titré : Méthode\névolutive-instrumentiste, et commentaire à l’édition intégrale\nde mon T r a i t é DU V e r b e , cette phrase est incriminée :\n“ Des poètes, en France et en Belgique, ont affirmé leur\ntalent vers mon espoir, auquel les portaient de latentes\net plus ou moins pareilles tendances.... „ suivent plusieurs\nnoms.\n   Mon amitié et mon admiration pour ces poètes, qui écrivent\navec moi aux ÉCRITS POUR L’A r t et à la WALLONIE, m ’ont\nseules incité à déranger l’ordre de mon article pour inter­\ncaler leurs noms.\n   Ce passage, d’ailleurs, se terminait par ceci : “ Bien que\ntout individualiste soit mon Art. „ C’est clair.\n   Passons, pour un instant....\n   Il convient de décharger la Direction des ÉCRITS POUR\nl ’A r t , de cette accusation, que la Déclaration m ise en tête\n\ndu no de novembre parut à l’insu des Rédacteurs. La vérité\nest, qu’elle est pareille quant aux théories demeurées le\nmêmes, pareille à part quelques détails plus explicites, au\nManifeste du n° de Juin qui a été communiqué sur épreuve à\nchacun, et quelques-uns même, tels MM. Achille Delaroche\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "     Petite chronique.                                       243\n\net Albert Saint-Paul, indiquèrent des corrections dont l’on\ntint compte strictement.\n   L e passage de la lettre, de “ Le langage est à la fois un son\net un signe, etc. „ à “ Philosophique ? tout poète, etc. „ est\nréédité presque en mêmes termes, ce mois, aux ÉCRITS POUR\nL’A r t , par M. Achille Delaroche, dans un long article.\n  M a réponse suit, en le même n° : elle est écrite avec\nquelques passages de l’ édition intégrale de mon TRAITÉ DU\nV e r b e , simplement.\n   Il en sera évident : que ce que déclarent MM. Delaroche,\nSaint-Paul et Mockel, quant à l’Instrumentation, puis à la\ntrès secondaire coloration (“ le moins de hasard lumineux\ndonné aux mots „, dit seulement le T r a i t é : et comme c’e s t.\ntrop commode de prononcer : pathologie, devant les milliers\nde cas de vision colorée et d’autres transpositions intellec­\ntuelles attestant, certes, une évolutive et progressive synthèse\ndes sens élevés!) : il en sera évident que ce qu’ils expriment\nencore sur le vers (moins l’admission du vers libre qui n’est\npour moi que recommencement ou diminution de l’alexan­\ndrin), sur la rime et la strophe : que tout cela n’est qu’un\ncommentaire, commentaire qui tout en voulant m’accuser\nd’étroitesse, se trouve seul étroit et ratiocine.\n   A propos de la Philosophie :\n   “ Philosophique ? tout poète digne de ce nom a le devoir de\nl’être, disent-ils. Mais ne doit-il se traîner à la remorque de\nscolastiques plus ou moins ingénieuses? „\n   Tout poète digne de ce nom doit être philosophique : c’est\nvrai, et c’est le TRAITÉ DU V e r b e qui l’a dit le premier\nparmi les sarcasmes. Il a dit aussi ma Philosophie : d’autres\npoètes, et les signataires de la lettre en question, n’ont pas\nproclamé la leur.\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": " 244                                                   la Wallonie.\n\n\n\n     La mienne, Philosophie évolutive, qui part des Théories\n  transformistes, et quoi qu’en disent mes contradicteurs, en\n terminant la vieille et puérile querelle des M atérialistes et\n des Idéalistes monte aux plus idéalistes vouloirs, est certes\n avec la Science la plus moderne : et l’on ne s’attendait pas à\n propos d’elle à telle phrase rappelant “ les scolastiques plus\n ou moins ingénieuses. „ Non plus à ce qu’on la dise “ dogma­\n tique „ : car mon Œuvre, dans mon esprit existante, est la\n mise en œuvre de cette Philosophie, son expérimentation et\n sa preuve. Ce qui en est dit et paru peut laisser prévoir, mais,\n après tout, qu’on attende avant de prononcer pour ou contre,\n en l’essentiel.\n     Terminons : ma meilleure réponse est encore d’adresser\n ceux qui ne seraient convaincus à mon T r a i t é DU V e r b e\n (première édition en 85), à l’édition intégrale de mars 88,\nà l’Article son commentaire à la Revue Indépendante, à mon\n G e s t e i n g é n u , et bientôt mon M e i l l e u r D e v e n i r , les\ndeux premiers livres de mon Œuvre.\n    L ’on saura alors que depuis, d’instrum entation et de Philo­\nsophie l’on épilogua seulement, — inutilement.\n    Mais ne terminons sans donner l’assentiment à ceci :\n“ L ’Ere des écoles est close... „ proclamé surtout, n’est-ce\npas ? parce que les signataires se crurent “ enrégimentés en\nles ECRITS, asservis à mes Théories „ .\n    Fréquentes et assez nettes pourtant, aux ECRITS et ailleurs,\nont été mes déclarations quand quelqu’un par rire négli­\ngeable, ou, en quelque petit cénacle trop petitement subtil, par\ncalcul sournois, avançait pareille chose : mais répétons-les.\n    Il n’est qu’une m aîtrise, celle d’idées.\n    Celle-là, c’est mon droit et mon devoir de la revendiquer\npour ma Philosophie évolutive et l’Instrumentation verbale.\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 597, "texte": "     Petite chronique.                                     245\n\n   Or, qu’il soit entendu que mon art est tout individualiste,\nqu’il n’admet qu’une Œuvre, la mienne, portant vers un\navenir pour lequel ma volonté seule est nécessaire.\n   Donc, il n’existe pas de groupe philosophique-instrumen­\ntiste. Il existe une Méthode poétique évolutive-instrumentiste\nqui est ma propriété et qu’il ne me plaira pas qu’on dénature.\n   Mais, merci à ces amis d’avoir donné lieu de dissiper une\néquivoque, s’il en était.\n                                              R ené GHIL.\n   Juillet 89.\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 245, "page_fin": 246, "titre_corps": "Réponse à une note", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche, Albert Mockel, Albert Saint-Paul", "ancre_debut": "RÉPONSE A UNE NOTE.     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Ghil : mais d’autres\nle purent croire qui avaient lu sans doute au manifeste de\njuin ceci : “ Notre programme est uniquement et intégrale­\nment le T r a i t é d u V e r b e , tel que le donne en édition\ndéfinitive M. Deman de Bruxelles. „ Interprétation d’autant\nplus fantaisiste que nous ignorions cette édition définitive.\n   L es remarques par nous faites quant à la valeur du temps\ndans le vers et la nécessité de fonder la strophe, non plus sur\nla rime, mais sur le rapport du nombre et du temps, base plus\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1255, "texte": "246                                                la Wallonie.\n\n\n\nessentiellement   musicale, n ’ont      été, que   nous   sachions,\nformulées par aucune poétique. A moins que le TRAITÉ DU\nV e r b e ne soit une encycolopédie !\n  Ce n’était pas le lieu — (et M. Ghil en triomphe qui s’ima­\ngine qu’une suite de postulats sans liaison nécessaire et\ncorroborés d’aucune preuve suffisent à constituer une philo­\nsophie) — dans cet énoncé forcément sommaire et incomplet\nde nos idées, de proclamer à notre tour une doctrine philoso­\nphique : mais elle le sera en temps utile. E t disons dès main­\ntenant, que nous la voudrons autonome et non tributaire de\nsystèm es déjà connus dont les plus récents furent formulés il\ny a quelque vingt ans.\n  Toutes déclarations qui ne sauraient être “ étroites „\npuisque, résultant d’opinions personnelles, elles ne se pré­\ntendent imposées à quiconque.\n  Mais retenant sa conclusion, nous sommes là pleinement\nd’accord : “ Il n’existe pas de groupe philosophique-instru­\nm entiste. „ Ajoutons : il n’y en a jam ais eu.\n                                  A c h il l e DELAROCHE.\n                                  A l b e r t MOCKEL.\n                                  A l b e r t SAINT-PAUL.\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 246, "page_fin": 250, "titre_corps": "Au conservatoire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P.", "ancre_debut": "AU CONSERVATOIRE                      Concours supérieurs.    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Ah ouiche ! — Faites\nde l’effet, poussez ! dit un professeur de chant. — Voyez ce que\nfa it Pachman, enseigne un autre maître. — Im itez Y saye,\nrecommande un troisième. — Faites comme moi, déclame un\nquatrième. — Je suis le maître de la baraque, laissez que je\ncontrôle, commande l’Eminent souverain. — Faites comme on\ndit... approuve l’imminent dernier.\n   E t de l’usine à musique sortent pomponés, couronnés,\ncongratulés, fleuris, les “ heureux concurrents „ auxquels la\nplupart des critiques dispensent à tout hasard la rosée sau­\nmâtre et provinciale d’éloges pris dans le tas... (où donc la\nrosée s’appelle-t-elle du serin ?)\n   Tout cela, dont nous affectons de sourire, est pénible au\nfond. E t malgré soi, lorsqu’on pense aux jeunes cerveaux\nainsi façonnés par la force des influences, — bien peu\néchappent à ces horribles engrenages, — aux intelligences\namenuisées, triturées, modelées suivant les tendances des\nProfesseurs, puis estampillées du diplôme de fabrique et\nlivrées à la consommation, on se prend à désirer qu’un\ngigantesque coup de balai nous débarrasse de tout ce monde\net qu’on instaure un peu d’art à sa place.\n   Ces réserves faites, voici la critique.\n                              *\n                                  **\n  L e concours de chant a été exceptionnel, cette année.\nMelle Mary Ledent, bonne médaille en vermeil, et M. Désiré\nDemest, bonne médaille en argent; on sent de suite la\nméthode de M. Bonheur dans leur façon pure et naturelle\nd’émettre les sons.\n  Pas de criaillerie, pas de traits dont les notes intermé­\ndiaires sont avalées, pas de trémolo d’accordéon pleurard,\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "248                                                la Wallonie.\n\n\n\n de portamento de jubé rural, point de ces alternances subites\n des nuances comme une L égia quelconque ; en un mot le\n contrepied de la méthode (?) de M. Vercken.\n   Mlle Ledent est remarquable par une diction intelligente,\n artiste et sobre; la voix, un mezzo cristallin, est posée, fluide,\ntendant parfois légèrement à l’indolence dans le sostenuto.\nAvec un sentim ent contenu et beaucoup de distinction elle a\ndit l’air vaporeux de Lohengrin.\n   M. Demest, une voix sans caractère bien déterminé, mais\nà force de méthode et de goût, devenue intéressante. Bien\ndits, les airs du Valet de chambre et de Zampa. Quant à l’air\nde la Pentecôte de Bach, outre que ce genre de musique exige\nune voix timbrée et étendue, l’accent qu’y imprimait\nM. Dem est manquait d ’austérité.\n   Les deux concurrents avaient cru devoir inscrire des\nmélodies de M. Radoux dans leur répertoire au choix, où ne\ndevraient pourtant figurer que des oeuvres sérieuses quoique\nde divers genres (*). L e jury s’est empressé de faire chanter\nces mélodies : cette flagornerie est dans l’ordre. D ’ailleurs\nMlle Ledent et M. Dem est ont bien détaillé ces mélodies. Ils\nont démontré, à l ’instar de Prud’homme défendant son pays\net le combattant s’il le faut, qu’ils savent chanter de bonne\nmusique, et au besoin de la mauvaise.\n   Aux classes d’instruments je signale la composition d’un\nconcurrent, M. Gaucet : Concertino pour cornet à pistons,\noeuvrette pas laide, convenant à l’instrument et agrémentée\nd’harmonies chromatiques parfois ingénieuses. Sans préten­\ntions d’ailleurs.\n\n  (') Voici, par curiosité, les compositeurs choisis par Mlle Ledent :\nBach, Haendel, Mozart, Beethoven, Richard Wagner, et Radoux.\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "    Pépite chronique.                                       249\n\n   Deux bons instrumentistes aussi, MM. Gérome, basson, et\nEnglebert, hautbois. Quatre pianistes. Mlle Servais, timide et\nincolore. L e concerto de Grieg qu’elle a choisi n’est pas\nféminable du tout, malgré ses airs penchés;.une noblesse\nvraie s’exhale de l 'Adagio, joué assez paiement de même que\nles délicieuses variations de Hândel, par Mlle Servais qui\npourra gagner en acquit et en autorité, avant d’obtenir, pro­\nchainement sans doute, la médaille en vermeil.\n   M. Straetmans, bon musicien, un mécanisme sautillant,\nproduit un son maigre et tend à bredouiller dans les accords\nrapides. C’est la spécialité de la classe de M. Donis, de jouer\nen relevant les doigts en marteaux, tenant la paume trop\nbas ; l’attaque subite et sèche. La théorie de ce système serait\nbonne si l’on s’en tenait à la lettre qu’on touche le clavier\ncomme une table rigide, alors qu’en réalité les notes cèdent et\nqu’on enfonce du piano. Cette méthode s’applique en revanche\nfort bien aux pièces de clavecin à sonorités grêles, à gammes\nvéloces, à notes piquées, comme la Sonate de Scarlatti que\nM. Straetmans à détaillée fort brillamment.\n   Chez M. Plantin, le son plus fourni, la lucidité des traits\nplus grande, résultat général observé aussi chez les jeunes\nM awet et Jongen, autres élèves de M. Ghymers.\n   La progression des nuances est plus régulière, plus élé­\ngamment faite ; tout cela n’est pas dû, sans doute, exclusive­\nment à ce que. M. Ghymers fait relever la paume et arrondir\nles doigts, mais ce procédé y est pour une part, je suppose.\nM. Plantin a bien saisi et rendu le Concerto national de Litolff\net une transcription de Liszt ; médaille en vermeil bien placée.\n   M. Pâques, même tendance au tapotage, mais rachetée en\npartie par d’autres qualités, telles que le brillant avec lequel\nil a exécuté le Nocturne de M. Omar Cui (membre du jury).\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "250                                              la Wallonie.\n\n\n\n    M. Pâques a composé un concerto de piano; beaucoup de\n souplesse, d’ingéniosité dans les timbres et l’agencement\n des périodes. Mais que peu personnel! Schuman, pour des\n tournures éplorées, Radoux par des bouts de phrases préten­\n tieuses aboutissant à des dissonnances suspendues, sont\n rappelés à chaque coin. L es réminiscences sont certes très\n excusables chez ce débutant; cependant nous aurions désiré\n quelque chose de plus primesautier, abrupt même, plutôt\n que ce faire un peu vieillot. M. Pâques a une compréhension\n rapide des choses et une diversité de moyens qui pourraient\nfaire peut-être espérer mieux pour l’avenir.\n   Reste M. Bourdoux, violoniste. Archet peu gracieux et\nnotes trop coulées.\n   Un élève intelligent, car l ’expression donnée par lui au\n Concerto de Mendelssohn, pour être discutable comme vérité,\nn ’en dénote pas moins une nature très intéressante. R este à\nvoir l’orientation du futur virtuose; il paraît plutôt porté vers\nle côté Rondo de St-Saëns, qu’attiré vers le Bach de la Cia­\nconna, si l’on en juge d’après l’audition de ces pièces. Rien\nd’encore bien déterminé, d’ailleurs. M. Bourdoux est très\njeune.\n   — E t voilà la critique terminée.\n                                                           P.\n                                     * *\n    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 250, "page_fin": 252, "titre_corps": "Caprice-revue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Krains", "ancre_debut": "C a p r i c e -R e v u e a cessé de paraître. Son d", "ancre_fin": "comme Gargantua fit de plusieurs pèlerins H. 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Je crois plutôt qu’ils vivent de relavures et\n qu’ils ont fait leur évangile du catéchisme des cochons de\n Carlyle :\n    « L ’Univers, autant qu’une saine conjecture peut le définir,\n » est une immense auge à porcs, consistant en solides et en\n » liquides, et autres variétés ou contrastes, mais spécialement\n » en relavures qu’on peut atteindre et en relavures qu’on ne\n » peut pas atteindre. »\n   L es relavures ne tombent pas du ciel, on ne les recueille\npas dans ces pays chimériques que l’imagination des poètes\nplace dans l’éther, et, à contempler les étoiles, on risque\n d’attraper le torticolis. Voilà pourquoi le Belge est cet\nhomme qui marche toujours le long du même sentier, tête\nbaissée, les yeux fixés sur la boue que ses pieds pétrissent,\ns’arrêtant seulement, pour les flairer, devant les choses qui\nparlent à son estomac.\n   Encore, si on pouvait compter sur la jeunesse... Mais, je ne\npense pas qu’elle nous sauvera. Le jeune homme belge offre\nun échantillon de gâtisme précoce bien intéressant à ob­\nserver. De bonne heure, on lui a enseigné le catéchisme de\nCarlyle et il est édifié sur l’importance des relavures. La peur\nde s’écarter des conventions bourgeoises, et de compromettre\nson avenir en laissant de temps à autre ses pensées s’ac­\ncrocher aux nuages qui galopent dans le bleu, l’enveloppe\nde ses bandelettes et fait de lui une momie qu’on remise,\nvers trente ans, dans une niche où elle garde la raideur d’un\nsaint de bois.\n   Pauvre peuple, inerte et veule, qui ne continue à se remuer\nque parce qu’il est entouré d’ogres charitables et qui n’ont\npas faim !\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "252                                                  la Wallonie.\n\n\n\n  On frémit, en songeant que le jour où ceux-ci gagneront\ndes crampes d’estomac, ils pourront nous manger à la four­\nchette, comme Gargantua fit de plusieurs pèlerins...\n                                            H. KRAINS.\n                                      *\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 252, "page_fin": 252, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "C’est chez l’éditeur V anier qu’a été publié l'A rt symboliste", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 279, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "C’est chez l’éditeur V anier qu’a été publié l'A rt symboliste\nde Georges Vanor. Notre critique, dans la livraison de juin\noublia d’en faire mention.\n                                * *   *\n\n   Cordial salut de bienvenue à la Vogue (1), revue parisienne,\nde littérature et d’art dont le 1er n° vient de paraître et qu’un\nmalentendu nous empêcha d’annoncer il y a un mois. La\n Vogue entend continuer, en l’élargissant, la campagne entre­\nprise, en 1887, dans cette autre Vogue qui vécut un an, puis\nen 1888, par Gustave Kahn, dans la Revue indépendante.\nE t vraiment, elle paraît armée pour que dure et triomphe\nl’effort. A côté de Gustave Kahn, le rédacteur en chef, dont\non se rappelle les Palais Nomades et qui publie aujourd’hui\nChansons d’Amants, à côté du secrétaire de la rédaction\nAdolphe Retté, se groupent Paul Adam, Jean Ajalbert,\nF élix Fénéon, Charles Henrjr, Francis Vielé-Griffin, Francis\nPoictevin, Henri de Régnier, Stuart Merrill, etc.\n   MM. Camille et Lucien Pissarro, Signac, Seurat, Dubois-\nPillet, Luce, Gausson, Emile L aforgue, E. H. Meyer et\nH ayet viendront collaborer, de la pointe, du crayon et du\nburin, à l’édition de luxe.\n                               * *\n   E r r a t a , page 194, sussur ements, lisez susurrements ;\ngigantisques, lisez gigantesques; page 197, 5me ligne, lisez :\nque tu vis balbutier. Page 205, in fine, une phrase rompue\npar la mise en pages, doit se lire : je n’ai jamais pu voir\nune fenêtre, — éclairée la nuit, — dans une ville couchée,\npar laquelle je passais, — sans accrocher à ce cadre de\nlumière un monde de pensées, — sans imaginer derrière ces\nrideaux des intim ités et des drames...\n  ( 1) Paris 10 fr. l’an; étranger 13 fr. ; 9, place des Vosges, Paris.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "H14ô tel des A m érica in s — R", "ancre_fin": "on, à 5 francs, sont à souscrire.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quelques collections de LA WALLO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "H14ô tel   des A m érica in s\n         — R ue de l’A bbé de l’E pée — 14\n                                  PARIS.\nEn face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n           A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                        PENSION DE FAMILLE.\n             T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                    H    .    Z E      Y    E    N     .\n          137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                              LIÈGE.\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                 P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_____________ RACCOMMODAGES._____________\n         En souscription dans nos bureaux ;\n      C R Ê P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel Mourey .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collections et dépositaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1038, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (1886, -1887 et 1888) sont en vente\n                              au prix de 6 francs.\nL a W a l l o n i e e t l e s É c r i t s p o u r l ’A r t s e t r o u v e n t\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Itosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsleke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNÉE, No 7. 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OLIN.\n                                         M a u r ic e SIV ILL E .\n\n                 Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-07-31-n7-207", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Envol d’un numéro spécimen contr", "ancre_fin": "par an. 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Haute-Lice (vers).\nCharles Van Lerberghe. . Maurice Maeterlinck.\nM* ................................................... Vers tranquilles.\nM ario V a r v a r a .....................Chapitre.\nR ené Ghil. . . . . . . . une Réponse.\nAchille D elaroche . . . .\nA lbert M o c k e l..................... Note.\nA lbert Saint-Paul . . . .\nP ...................................................... au Conservatoire.\nH ubert K r a i n s .....................Caprice-Revue.\n                             Petite Chronique.\n                    Un numéro 50 centim es.\n\n\n                               Des presses de II. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 246, "texte": "       LA\nW ALL0 N IE\n\n\n\n      31 Juillet 1889.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": " REVUE\n         L ’ART MODERNE\n          CRITIQUE   DES   ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n            26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n               Viennent de paraître :\nS cèn es de Bal, livre de vers, par Alb. S t -P a u l .\nT ra ité du V erb e , par René G h i l .\nLes Débâcles, par Emile Ve r h a e r e n .\nCloches en la Nuit, par Adolphe R e t t é .\nL’A rt en E xil, roman, par G. R odenbach .\nS e r r e s chaudes, par Maurice Ma e t e r l in c k .\n\n\n  LA PLEIADE\n         REVUE M ENSUELLE DE LITTÉRATURE\n                 18, rue D uperré, Paris.\n\n\nÉCRITS POUR L’ART  R EVU E M ENSUELLE\n  La livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n         Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n                 LA VOGUE\n  REVU E M ENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n          Publiée par livraisons de cent pages.\n       Abonnements : Paris, 10 fr.; Étranger : 13 fr.\n           P A R IS , P la ce des V o sg e s, 9.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "      COMME TOUS LES SOIRS.\n\n                     I.\n\n Le vieux crapaud de la nuit glauque\n Vers la lune de fiel et d'or,\n C’est lui, là-bas, dans les roseaux,\n La morne bouche à fleur des eaux,\n               Qui rauque.\n\n  Là-bas, dans les roseaux,\n  Ces yeux immensément ouverts\n  Sur les minuits de l’univers\n  C’est lui dans les roseaux\n  Le vieux crapaud de mes sanglots.\n\n  Quand les taches des stellaires poisons\n Mordent le plomb des horizons\n— Ecoute, il se rape du fer par l’étendue —\n  C’est lui, cette toujours voix entendue\n        Là-bas dans les roseaux.\n\n  Monotones, à fleur des eaux,\n  Monotones, comme des gonds,\n  Monotones, s’en vont les sons\n  Monotones, par les automnes.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "222                                    la Wallonie.\n\n\n\n      Les nuits ne sont pas assez longues\n      Pour que tarissent les diplithongues\n      Toujours les mêmes de ces sons\n      Qui se frôlent comme des gonds.\n\n      N i les noroîts assez stridents\n      N i les hivers assez mordants\n      Avec leur triple rang de dents\n                Gel, givre et neige,\n      Afin que plus ne montent en cortège\n      Les lamentables lamentos\n      D u vieux crapaud de mes sanglots.\n\n                         II.\n      Vers la lune de fiel et d’or\n      Si quelque soir le cri s’endort\n      C’est que mon cœur qui rauque à mort,\n      Morne crapaud, il sera mort!\n\n                           E mile V E R H A E R E N .\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "     PAYSAG ES ET PORTRAITS.\n\n                 (CROQUIS DE CARNET.)\n\n\n   A Newport. — Sur les eaux de la baie de Narra-\ngansett, et sur la côte opposée, l’opacité jaune d’un\nbrouillard, déteignant le bleu des eaux, le jaune des\nplages, le vert des terres. Le soleil, au ras de l ’ouest,\napparaît en boule rouge sous une poussière d’or, et\ns’affaisse peu à peu dans un banc de vapeur pourpre\nqui rampe à l’horizon. Une lueur d’un rouge rosé\ns’épand par le ciel crépusculaire, tandis que le disque\ndu soleil, resplendissant comme un bouclier de cuivre\nroux, disparaît, aplati, dans la houle humide des\nbrouillards. Puis un long nuage violet s’étire sur le\nfaste éteint de l’Occident.\n\n\n  A New-York. — Vers l’ouest, un ciel liquide, d’un\nbleu très pâle, teinté à l’horizon d’un rose sale, contre\nlequel se déchiquètent des toits, des tours, des\ncheminées d’usine. E t de partout tire-bouchonnent\nvers le nord des fumées roses, noires et violettes.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "224                                    la Wallonie.\n\n\n\n   A New- York. — L a rue droite, bordée de becs de\ngaz, file entre les maisons brunes et rouges vers le\ncrépuscule. A u bout, dans l’obscurité violette, la\ncharpente de Velevated railroad se contourne contre\nun fourmillement bleuâtre de lumières électriques.\nPuis un ciel strié de raies bitumineuses et roses, et\nlà-haut, par-delà les poussières suburbaines, dans\nl’immensité pâle du firmament, les premières étoiles\nd’une mélancolique nuit d’automne.\n\n\n\n\n   Vieille dame. — Elle cache ses quatre-vingt-qua ­\ntorze ans au fond d’une chaise roulante, sous un\namoncellement de châles d’où émergent sa face de\nmomie et ses mains lâchement gantées de filoselle.\nSes yeux s’ouvrent pâlement sous des paupières\nécailleuses, à l’ombre d’un large chapeau de paille\nnoire. Les pommettes lui saillent vers les tempes,\nsous une chair boursouflée, tailladée, et toute grise\nd’une poussière qui fait songer au salpêtre des\nruines. Entre le nez aquilin et le menton crochu\npalpite une ombre qui est la bouche. E lle parle,\nponctuant son dire de gestes d’une burlesque gran­\ndeur. Elle vante Spinoza, glisse sur le Christianisme\nésotérique, s’arrête au Bouddhisme, prédit la victoire\nfinale de l’Ame Universelle sur la matière des\nmondes. E t sous ce crâne de vieille prophétesse\nsemble gronder un tumulte de cosmogonies.\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "    Paysages et Portraits.                             225\n\n   Jeune fille au piano. — Sous la lueur rose d’une\nlampe à trépied, elle laisse voltiger ses doigts sur\nle clavier sonore du piano. Frêlement penchée, les\ntorsades de sa chevelure en l’ombre, elle lève-ses\nyeux miroitants vers la blancheur mate d’une page\nde musique, et chante, ses lèvres écarlates retrous­\nsées comme des pétales de roses cardinal. Tantôt\nrieuse, tantôt sérieuse. Sa gorge blanche, visible à\ntravers l’échancrure étroite d’un corsage noir, pal­\npite. E t à mesure qu’elle s’incline ou se redresse,\nd’un mouvement de divine harmonie, ses prunelles,\nsous l’arc délicat des sourcils, s’allument à la clarté\ncirculaire de l’abat-jour rose, ou s’éteignent dans\nune pénombre triste, oh ! triste comme un crépuscule\nd’amour.\n\n   Au jardin — Atalante moderne, en costume noir\naux manches bouffantes et aux sinueux falbalas, elle\ns’amuse à courir dans la lumière d’or du matin.\nD ’une grâce élastique et nerveuse, elle tend vers le\nbut, ses lèvres entr’ouvertes dans un halètement, et\nles mèches folles de sa chevelure lui fouettant le rose\ndes oreilles. L a voici : le gravier grince, sa robe frou­\nfroute; sa taille se redresse, sa gorge bombe, — et\nhalte ! d’un geste d’impériale noblesse, front haut,\nregard étincelant, narines palpitantes.\n   Posture inoubliable de vierge et de souveraine !\n\n                               S tu a r t M ERRILL.\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                   H A UTE-LICE.\n\n Au plafond !...                           à Albert Mockel.\n\n\nO R se baigner au fleuve arborescent d’un astre\n   C’est le mien — je le veux striant les âges pâles\n   A lui le fier courant vers la cité qu’encastre\n  Un grumeleux marais de vigiles cordiales\n   Gare à ta tour branlante archer — darde tes flèches\n   Ma meute en rouges abois s’agriffe aux créneaux\n   Mais fuis plutôt — déjà les hautes flammes lèchent\n   Ce mur veule où tournoie un vol fou de corbeaux,\n   Cependant que très-doux au friselis des palmes\n   Amoureux seulement de la tulipe noire\n   J ’arrose le jardin de mes floraisons calmes\n   E t le mire en un flot d’or où voltent des moires —\n   Qu’il combatte bien loin mon bon fleuve de guerre\n   J ’évente mon ciel tendre en triomphes d’étoiles\n   Pour attraper le rêve frêle d’éphémères\n   L ’araignée incomprise a tendu là ses toiles.\n                                  A dolphe RETTÉ.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "        MAURICE MAETERLINCK.\n\nSERRES CHAUDES. Frontispice et culs-de-lampe, par George M   in n e .\n\n             Édition sur hollande. Paris, Vanier.\n\n   On se souvient des débuts de M. Maurice Maeterlinck et de\nla vive attention dont ses étranges et suggestifs poèmes\nfurent entourés dès l’abord. Ses vers aux tons violets, blancs\nélectriques, pleins de phosphore et d’orage ouvraient en nos\nbeaux soirs de fêtes une succession d’horizons nouveaux,\nsinistres et silencieux.\n   Un poète original s’annonçait, d’une vision inconnue. Le\nlivre qu’il nous apporte tient ses grandes promesses. Les\nsensations de décadence sont arrivées ici à leur hypersthénie,\nà leur dernière éclosion fiévreuse : Ce sont des Serres chaudes,\nles suprêmes fleurs noires de cette température maladive\nd’âme surchauffée et de fièvre.\n   A ces lueurs absolues tout se transforme, l’air est tiède,\naccablant et suffocant, on pâlit, les mains tremblent de fièvres\nm oites ; on est sur les limites d’un étrange pays de mort et\nde folie ; les yeux s’imprégnent d’une sulfureuse clarté qui\nleur fait découvrir tout un monde de mystères, \" toute une\nvallée de l’âme à jamais immobile. „ La singulière magie du\npoète fait voir et sentir au delà des sensations ; il en a l’in­\ntuition ; il y découvre des symboles, des analogies, des près-\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "228                                            ta Wallonie.\n\n\n\nsentiments, des sympathies et des antipathies non encore\nexplorées. Il voit le tréfonds des choses, la joie dans la dou­\nleur, la douleur dans la joie, le surnaturel dans le naturel,\npartout et toujours l’horreur, l’imparfait, le fini, le danger de\nvivre, la difficulté de vivre. Au lieu d’en saisir les harmonies,\nil écoute les intimes discordances des choses, leurs relations\nbrisées. Il traduit les ombres qui enveloppent tout mirage et\nqui en sont le fond même et la cause, comme il sait percevoir\ndans les ombres l’étincellement des cieux invisibles.\n   Ses symboles célèbrent la solennelle impuissance, les\ndésirs immobiles, la lassitude des songes, les tentations\nmauvaises, les deuils de l’amour, la soif mystique, les ombres\ndu soleil.\n   Pour rendre cette vision par une image matérielle, elle me\nsemble au milieu d’un étrange jardin de Hollande, un bassin\ntiède, immobile et souffrant d’inertie, fleuri des sublimes\nnymphéacées de sa torpeur : “ E t torpenti multa relinquitur\nmiseria. „ C’est là que se reflète la nature en ce soir d’orage.\nL es choses paraissent émerger de ses profondeurs ; ce ne sont\nque des rayons réfractés, mais leurs obstinées images ont\nfini par empoisonner l’eau, par en troubler l’essence, par se\nconfondre avec elle : symboles de leurs douleurs, lumières\nde leurs ténèbres. E t ce quelque chose de plus que nous\napercevons au fond des images, en elles et alentour, le\nmiroir qui montre plus qu’il ne reflète « a, glas that shows\nus many more » c’est l’âme elle-même, tiède, immobile et\nsouffrante.\n   Malgré cette intuition, le poète n’est pas, en certains\ntermes, un mystique. Il a un mystérieux spécial, extrahumain,\nen ce sens qu’il s’élève au-dessus de la raison humaine dans\nles régions polaires de la désassociation des idées, du pur\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "     Maurice Maeterlinck.                                    229\n\ninstinct, de la sensation primitive et sauvage, mais qui en\nelle-même, soit qu’elle s’échappe entre les ombres granitiques\nde la mort ou ramifie ses subtils feuillages aux plus loin­\ntaines clartés, leur reste asservie. Car il a la foi.\n   L a prière en cet état d’âme est naturelle. C’est la prière\nde l’enfance simple et confiante. C’est celle dumalade, la\nplainte à la fois et l’appel, le signe de croix sous les éclairs.\nE t c’est aussi une prière de pitié, un kyrie de miséricorde.\n« Seigneur ayez pitié du verbe. Ayez pitié de tout, mon Dieu. „\nDe page en page se répètent ces plaintifs échos qui finale­\nment se confondent en une prière incomparable où passent\ntoutes les brises du ciel :\n                 Mon âme en est triste à la fin\n                 Elle est triste enfin d’être lasse,\n                 Elle est lasse enfin d’être en vain,\n                 Elle est triste et lasse à la fin\n                 Et j’attends vos mains sur ma face.\n                 J'attends vos doigts purs sur ma face\n                 Pareils à des anges de glace.\n   L ’âme, comme une sainte Cécile qu’on a murée dans son\nétuve, y fait sa prière; elle devient étrangement pâle, ses\nyeux sont dans la mort, ses mains sont sur les eaux de la\nfolie, mais les orchidées de sa couronne, celles-là ne vont pas\nmourir. Elles se réjouissent au-dessus d’elle, troupe d’anges\ndans les voluptés et les parfums du ciel. En littérature,\nM. Maeterlinck me semble un tempérament mâle, fait de\nconcentration et de force, essentiellement germanique, mi-\nanglais, mi-néerlandais dans son intempérance sauvage et\nfroide, dans sa puissance à contenir le bouillonnement inté­\nrieur des images, à l’immobiliser en des vagues de glace.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "230                                            la Wallonie.\n\n\n\nLui, non plus, n’est pas le chlorotique amant des pâles roses\net des solanées. Son idéal est vert plutôt. Son style est fort,\namer, âpre, sans mollesse, sans nuances, de couleur presque\nindienne ; la polychromie barbare unie au tacheté sombre des\nstyles de décadence. La plupart de ses vers sont formés de\nContrastes, d’éléments qui s’attirent à la fois et se repoussent.\nCe sont les pôles positifs et négatifs des choses. On est\nsecoué d’un frisson à la fois douloureux et joyeux, lumineux\net sombre. Certains sont la lourdeur des soirs d’été, la pluie\ntiède, le ciel constamment d’orages latents et d’éclairs,\nl ’odeur des moissons chaudes ; d’autres ont les vacillations\nfroides du mercure, les phosphorescentes peaux des pan­\nthères, l’empoisonnement de la ciguë et de la belladone;\nl’élasticité des seins moites et fermes, l’effervescence et la\nstagnation méphitique des mares.\n    On remarque dans ces poèmes un certain défaut d’ordre,\nde composition savante, c’est-à-dire de cet art symétrique\nqui consiste à ranger chaque chose à sa place et selon sa\nvaleur, pour un effet mélodieux d’ensemble, art qui triomphe\ndans Raphaël et le sonnet, poème de volonté, pour cette\nraison sans doute aimé de Baudelaire. M. Maeterlinck est\nl ’un de ceux qui s’écartent le plus de la théorie baudelai­\nrienne de la volonté comme principe de composition. On\npourrait dire de lui ce que Taine dit de Carlyle : “ Ces inéga­\nlités peignent bien le germain solitaire, énergique, imaginatif,\namateur de contrastes violents, fondé sur la réflexion person­\nnelle et triste, avec des retours imprévus de l’instinct\nphysique, si différent des races latines et classiques, races\nd’orateurs ou d’artistes où l’on ne goûte que des idées suivies,\noù l’on n’est heureux que par le spectacle des formes harmo­\nnieuses, où l’imagination est réglée, où la volupté semble\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "     Maurice Maeterlinck.                                      231\n\nnaturelle. „ Aussi le subtil fil d’or qui relie nos poèmes\nlogiques est-il cassé; plus d’unité de lieu, de temps, ni\n d’action, seule l’unité harmonique des couleurs et de la finale\n sensation maladive. Aussi a-t-il cette intelligence libre éman­\n cipée de la volonté, cette compréhension profonde et objective du\nmonde extérieur dont parle Shopenhauer comme du foyer des\nsuprêmes lumières. Puis-je en faire un plus grand éloge?\n    Mais il a les défauts de ces qualités : l’outrance, la fatigue,\nl’aveuglant des couleurs, le manque de méthode. Il est par­\nfois obscur. Il eût pu envelopper de plus d’harmonie musi­\n cale ses pièces libres, leur insuffler comme dans le prélude\n de son chef-d’œuvre : l’Hôpital, une sorte de seconde vie\naérienne et rythmique qui les eût fait selon l’Elévation du\nmaître : “ se purifier dans l’air supérieur, s’élancer vers les\nchamps lumineux et sereins. „ Avec de la méthode et du talent\nd’autres eussent composé d’excellents poèmes de nombre de\nces sensations, les analysant, les sertissant, leur enlevant\nleur rudesse, les baignant de musique et de nuances ; il a\npréféré, et qui de nous ne lui donnera raison? les jeter dans\nla nuit toutes à la fois, multicolores, comme un feu d’artifice\ngrandiose et insensé.\n   L ’interprétation faite du poème par M. George Minne est\nmagistrale : sommeils de pierre sous de sombres éclipses,\nrefuge de pécheurs en ces grottes de glace, inextricables\nlianes de cette forêt vierge des sensations, air de péché\nmortel, mornes feuillages, horizons de mort, mains secou­\nrables.... tout le livre est dans cette page d’immobile épou­\nvante, qui révèle un artiste puissant et personnel.\n                            Ch a r le s VAN LERBERGHE.\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "        V E R S TR AN Q UILLES.\n\n\n                                         à Auguste Henrotay.\n\n\ndes Voix, là-bas des voix m'appellent, — des voix;\nn'est-ce d’enfants qui jouent, et des sourires puis des moues\net rires ! c'est la joie de vivre, — la joie.\ndes Voix m’appellent] et serait elle\ndroite et svelte une simple Jeune Fille\n      et sur la pelouse étoilée\n      son petit pas de fiancée\nà tel fluide amour de la brise pour les ramilles ?\nles voix... Ah dites votre chanson tiède\net les enfants, et l’or des boucles sur les joues\net Vous la simple E nfant grandelette, éblouie\ndu contenu babil de la ramure en fête.\nL as! voici près des traces lassées\ndes voix plus mâles qui l’indécisent;\net de sa ligne évanouie\nla surprise d’éveil épuise\nun mol épanouir d’émois qui vont passer.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "  Vers tranquilles.                                          233\n\n       Les voix, c’est du lointain....\n et germaines, ces incertaines\n d’amours qu'entraîne l’Autrefois,\n — jadis ces voix m'eussent parlé de moi.\n Les voix... lit du limpide au rire, et c’est la cantilène\n de s’aimer, vous les voix humaines qui chantez !\n Dites, ne savez-vous les bleus lointains de la vallée,\n ni loin le bleu mentir des longues, longues allées ?\n Voix qui chantez la terre, oh ! les si douces qui mentez\n      les voix du rire, voix dit rire !\n et ne verrez jam ais l’aérienne Fiancée\n      ni de la colline s'élancée\n la subtile fumée d’un rêve qui s’étire.\n\n                                                     M*\n\n\nMai.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                       CHAPITRE )(1\n\n\n\nD ’une longue désolation d’adolescence spirituellement soli­\n       taire, elle sortait un silencieux calme de songe, une\n       mélancolie tranquille de rêves épars.\n    Tout en déployant un tempérament d’intelligence solide,\nraisonneuse, elle était née avec dans les veines, dans les\noreilles, sur l’épiderme une démangeaison douce, un cha­\ntouillant désir de familiales caresses, d’intimes câlineries.\n    Toute petite, lorsque résonnait à peine en sa bouche\nl ’effort brouillé des très vagues syllabes initiales, elle ployait,\nen la grâce d’une amoureuse coquetterie naïve, la finesse de\nsa tête légèrement sur l ’épaule, en souriant une fraîcheur\nmignonnette de sourire pamé, comme sous l’imaginaire frôle­\nment de doigts sympathiques.\n    Brusques, des fléaux de mort anéantissaient le père, la\nmère. Et, tout enfant, fléchissant encore sur ses grêles\npetites jambes incertaines, elle n’offrit désormais la douceur\nrondelette et tiède de sa joue qu’aux mains et aux lèvres\nillusoires.\n    Pas de parents. Loyalem ent et froidement, un tuteur\nadministra sa fortune — appréciable — fit convenablement\nélever la demoiselle.\n  ( 1) Du volume Intacte à paraître.\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "     Chapitre.                                              235\n\n   D es attentions stipendiées l’entourèrent. Des années inter­\n minables de pensionnat s’écoulèrent.\n   La petite demeura longtemps dans un effarement vague\n d’attente, avec la perception confuse de soins désintéressés,\n de caresses meilleures; et longuement persista sur sa peau\n délicate la démangeaison fine et pâmante des calineries\n désirées d’instinct.\n   Puis, l'atmosphère mathématique, l’irréparable monotonie\n des jours factices de pension, fécondèrent en sa cervelle un\n renoncement résigné aux joies à jamais insaisissables ; elle\n se laissait couler en une tranquillité grise, déroulait son\n existence en une sorte de terne crépuscule, long et immobile\n — stagnait en une mare d’intellectuelles pénombres. Ses\n sérieuses attitudes éloignaient d’elle le gaminant tapage des\npensionnaires turbulentes, ne se prêtaient même pas — tant\nelles étaient naturelles et simples — aux taquineries des\nméchantes. Peu à peu se fit autour d’elle un inconscient\nvide, toutes les manifestations de sa personne agissant sur\nles autres d’une légère, mais opiniâtre, répulsion douce. Par\nintermittence, elle eut des amies, passagères, des jeux, rares.\nSes sympathies, d’ailleurs presque superficielles, allaient aux\nnouvelles venues de préférence. Il lui arriva — très rare­\nment — de se lier d’une affection vive à quelque petite pen­\nsionnaire; mais toujours une méchanceté de l’élue pulvérisait\nle charme. Une pointe menue de douleur, par sa délicatesse\nblessée ; puis, l’oubli. E t le déroulement infini des immobiles\ncrépuscules ternes.\n   Mais dans son cerveau, bourdonnant d’un sourd et continuel\ndésir d’activité, vivait la préoccupation tentante de confuses\nchoses dignes d’intérêt pour elle, capable de saisir d’un\nsalutaire travail ses facultés pensantes.\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "236                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Alors, dans les brumes d’une intuition primitive, elle\ncommença de sentir des aspects de vie libre, des actions\ntremblotantes de foules, des déroulements blafards de\nfamilles bourgeoises, des calmes de rues désertes ; de pai­\nsibles et fiévreux tableaux passaient tour à tour en sa mé­\nmoire. E t ce ne fut, d’abord, sur ces suppositions d’existence,\nque la pâle atmosphère d’astres malades. Puis, comme ses\nvisions prospéraient et s’accusaient plus nettes, une plus\nvigoureuse illumination de soleil les baigna. Cela se faisait\nnaturellement, sans questions curieuses, sans le désir d’une\nexplication, peut-être dans l’inconscience d’une observative\nfaculté atavique. Dans son cerveau demeurait sans doute le\ngrain des tempéraments enquêteurs, attentifs aux environ­\nnantes scènes. Et, par la nécessité que faisait naître le\nparticulier état de spirituelle solitude où s’attristait cette\ndélicatesse de nature câline, le germe violenté poussait en\nfloraisons précoces, établissant en la tête juvénile de\nsérieuses curiosités si pressantes, que les vitales figurations\n du dehors violaient les enceintes cloîtreuses, et se présen­\ntaient justes et réelles à ce miracle de jeunesse divinatrice\n\n\n\n   Quelques années — un temps indéfinissable — suivirent,\noù le cerveau de la jeune fille se fortifia, en des lenteurs pro­\ngressives, aiguillonné par un latent souci. Un jour, comme\nde claires eaux de source fraîche coulèrent sous son crâne,\nbaignèrent sa mémoire d’une éclairante joie de conscience.\nE lle commençait de se sentir maîtresse, de voir en elle-même ;\nelle se reconnut le pouvoir de suivre avec une logique sûre\nles marches de ses visions. — Alors, il lui sembla que sa vie\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "     Chapitre.                                              •237\n\nse détachât d’elle, courût aux autres, s’insinuât en des spec­\ntacles de nature. E t c’était la sensation d’une perte déli­\ncieuse, d’une abdication émue, la haute mélancolie d’un\néparpillement de son être.\n   E lle s’absorba davantage en ses contemplations de songe,\nvécut dans un plus intime recueillement, perdit presque la\nnotion de sa temporaire existence factice. Autour d’elle, le\npensionnat s’évanouissait; elle en subissait la monotonie très\nlongue mécaniquement, obéissant à l’habitude inéluctable.\nToute à ses occupations cérébrales, elle développait des\ncharmes pensifs, s’épanouissait en des joliesses simples de\nlignes.\n   Quand s’approcha l’époque de liberté, la demoiselle eut un\néveil d’activités visibles. Des éclats de rire sonnèrent, pen­\ndant que, sur l’apparition candide du râtelier, arquait la lèvre\nune ligne de doux orgueil. De plus vives et plus changeantes\nnuances roses musèrent sur ses joues, et dans ses yeux,\nd’ordinaire voilés par les contemplations intérieures, pétil­\nlèrent parfois les courtes et soudaines rondes des rieuses\nétincelles de gaminerie.\n   Mais la veille de la sortie, une solennité vague se mêla aux\nallégresses. Elle eut la satisfaction sobre, la joie sérieuse.\nE l lorsque, le lendemain, s’ouvrirent devant elle les portes de\nce pensionnat où d’innombrables jours identiques s’étaient\nécoulés en d’étroites bornes, sous les pattes de velours d’une\nsi triste indifférence polie et d’un si sombre fard de soins de\ncommande, elle dirigea son attention sur une vastité de vie\ndiverse, qu’une supposition ouvrait devant elle — et soupira,\ncontente.\n\n\n                                                       1G\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "238                                            la Wallonie.\n\n\n\n    Malgré l’esprit divinateur, et le long désir de jours libres,\n elle ne put se soustraire aux immédiates étreintes de déséqui­\n libre. Des étonnements vagues la saisirent; l’envahit un\n malaise de désuétude. L e changement brusque de milieu et\n de méthode ne fu t pas sans l’étouffer tant soit peu, comme\n s’étouffe une respiration, longtemps comprimée en d’ané­\n miques atmosphères, à la soudaine et violente secousse d’une\n large puissance d’air. — Mais, par la naturelle solidité de ses\n ressorts, son esprit se campa vite dans un aplomb durable;\n et l’apprentissage de la vie nouvelle se fit logiquement,\n presque sans efforts. — Elle sut se servir de superficielles\nrelations pour s’initier aux conventions superficielles, pour­\ntant indispensables; de là, elle prit toute seule l’essor vers\n de plus vastes et de plus essentielles connaissances.\n    Une simple coquetterie de logement minuscule abrita ses\nheures de repos et de calme pensée. — D ’ordinaire, elle che­\nminait en les rues habillée de sombre, les yeux et les oreilles\nau guet, se grisant des révolutions de nuances, des luttes de\nmouvements, des guerres de rumeurs — ne perdant pourtant\npas une certaine froideur attentive de jugement.\n    E lle fut vite un peu lassée de ce vagabondage. La vigueur\nd’un immense besoin d’épanouissement, après les si lentes\nannées prisonnières, s’accusait de jour en jour plus vive.\nTout en éprouvant une sympathie embryonnaire pour sa\npatrie — Paris — en l’instant elle n’y respirait pas à l’aise,\néperonnée par la violence d’un désir d’horizons très larges et\ndivers.\n   Aussi un matin — automatiquement presque — s’achemina-\nt-elle vers une gare. E t le cahotement piètre de son fiacre\nen la matinale fraîcheur l’émut, en lui donnant la sensation\ntrès agréable d’une avant-garde de plus formidables roule­\nments.\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "    Chapitre.                                               239\n\n   E lle courut des terres étrangères, respirant à pleine poi­\ntrine, emportée dans un tourbillon d’émotions mouvantes.\nUne sourde fièvre serpentait en ses veines; ses yeux, ses\nlèvres tremblotaient parfois de confuses espérances. Encore\ndemeurait en tout son être le répugnant souvenir de l’épo­\nque marécageuse; et plus énergiquement encore la dominait\nla nécessité impérieuse de l’oubli, et de l’affirmation victo­\nrieuse de sa récente liberté. Elle ne s’attardait donc pas en\nles villes. Après les premières impressions de nouveauté,\n après les premiers naturels triomphes de ses facultés obser­\nvatives lui suscitant en la cervelle l’intérêt pour les foules\nnouvelles, l’exaltation fiévreuse la ressaisissait. Un étouffe­\nment lui pressait la gorge ; les murailles, les maisons cita­\n dines paraissaient se dresser en bornes gênantes pour sa\n respiration. E t puis elle s’engourdissait; l’atmosphère lui\n semblait stagnante, les mouvements, autour d’elle, se dévelop­\npaient en paresse ; alors, elle remontait dans le train, s’élan­\n çait, satisfaite, en les courses vertigineuses. Les fouets des\n vents précipités n’étaient que des caresses pour son visage\n et pour sa tête nue, où s’affolaient, en la fraîcheur des\n secousses, les menus cheveux. Les interminables fuites des\n voies la remplissaient de délice ; l’illusion d'allure migrante\n des arbres dans le lointain, c’était une fine chatouille pour\n ses yeux clignotants; les horizons en fuite, avec leurs\n bagages de nuages et de lumières, lui mettaient, enfin, dans\n l’esprit, le calme de la satisfaction. Cette violence de dérou­\n lem ent de paysage convenait à la puissance de ses nécessités\n expansives.\n    Quelques mois se passèrent en incessantes courses furieuses\n à travers de longues étendues. A la fin, une fatigue la saisit,\n l’insistante gêne des milieux trop ouverts, des continuelles\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": " 240                                             la Wallonie.\n\n\n\n assourdissantes fuites, des visions de nature sans cesse\n galopante. Un lointain sourire de jours recueillis, paisibles\n l’enjôla. L ’embryonnaire attirance vers Paris se développait\n en l ’exil, les aspects de la capitale s’enjolivaient en le sou­\n venir, déployant une plus nombreuse richesse de charmes.\n    E lle se décida. E t un dernier exploit d’express la ramena\n en la ville désirée.\n\n\n\n    Après une époque courte de délassante paresse, un regain\n  de nerveuse inquiétude fit naître un besoin nouveau de\n  voyage. R éapparaissait le souvenir des jours stagnants, plus\n pâle, c’est vrai, mais néanmoins assez harcelant pour lui\n mettre en les veines le trouble des activités pas entièrement\n satisfaites.\n    Aussi se complut-elle en de nombreuses excursions brèves\n aux alentours. Son intelligence s’affinait, manifestait des\n exigences de subtilités ; des raffinements de sensations éclo­\n saient en sa cervelle, disposée à leurs atteintes par la fatalité\n du milieu et par le terrain propice. E t ce ne furent plus les\n griseries vastes des horizons très déployés, des courses\n turbulentes. Ce fut une suite d’admirations modérées conve­\nnables, des remarques d’une perversité légère, des complica­\ntions initiales d’observations exceptionnelles, rares, quelque\npeu troublantes. Elle se promena à travers les paysages\napprêtés de banlieue, se plaisant en des joies froides à ces\nétalages de campagnes douteuses, à ce mécanisme de\nfeuillages violentés. Elle s’y abandonna, en des promenades\nlentes, en des allures maladives, comme mordue par la\ncontagion de cette verdure phtisique.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "     Chapitre.                                             241\n\n   E lle était un instrument de nerfs ultra-sensible aux\ninfluences des environnantes atmosphères, vibrant de vibra­\ntions semblables à la contemplation des scènes de vie. Ses\ntendances observatives imprimaient en sa mémoire les\naspects remarqués de joie ou de souffrance, d’enthousiasme\nou de scepticisme. Mais, au fond, il persistait toujours en\nelle la vague sensation d’une douceur mélancolique dont se\nnuait toute apparition de nature.\n   Peu à peu s’apâlit et s’éteignit ce besoin de déplacement\ncontinuel. L es brèves courses en la banlieue s’espacèrent, se\nraccourcirent encore. Puis elle finit par délaisser toute gare,\nvaincue par la gêne de cette insistance de bruits roulants.\n   Un définitif amour pour sa ville l’étreignit. Elle trouvait\ndésormais en Paris de quoi satisfaire ses désirs multiples.\nD ’attentives promenades l’occupèrent. Elle éprouva le besoin\nde pénétrer en l’essence des physionomies, des mouvements,\ndes décors. Une familiarité s’établit entre elle et la ville de\nfièvre, et elle ne se plut désormais qu’en les notations de\ncette vie multiforme et complexe.\n                                       Mario VARVARA.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "             PETITE CHRONIQUE.\n\n\n                       UNE RÉPONSE.\n   A la lettre collective de MM. Achille Delaroche, Albert\nMockel et Albert Saint-Paul, il sied de donner ici (car la\nRevue Indépendante ne crut pas devoir la leur insérer), une\nréponse, et un assentiment quant à la conclusion.\n   Dans mon Article à la Revue indépendante, titré : Méthode\névolutive-instrumentiste, et commentaire à l’édition intégrale\nde mon T r a i t é DU V e r b e , cette phrase est incriminée :\n“ Des poètes, en France et en Belgique, ont affirmé leur\ntalent vers mon espoir, auquel les portaient de latentes\net plus ou moins pareilles tendances.... „ suivent plusieurs\nnoms.\n   Mon amitié et mon admiration pour ces poètes, qui écrivent\navec moi aux ÉCRITS POUR L’A r t et à la WALLONIE, m ’ont\nseules incité à déranger l’ordre de mon article pour inter­\ncaler leurs noms.\n   Ce passage, d’ailleurs, se terminait par ceci : “ Bien que\ntout individualiste soit mon Art. „ C’est clair.\n   Passons, pour un instant....\n   Il convient de décharger la Direction des ÉCRITS POUR\nl ’A r t , de cette accusation, que la Déclaration m ise en tête\n\ndu no de novembre parut à l’insu des Rédacteurs. La vérité\nest, qu’elle est pareille quant aux théories demeurées le\nmêmes, pareille à part quelques détails plus explicites, au\nManifeste du n° de Juin qui a été communiqué sur épreuve à\nchacun, et quelques-uns même, tels MM. Achille Delaroche\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "     Petite chronique.                                       243\n\net Albert Saint-Paul, indiquèrent des corrections dont l’on\ntint compte strictement.\n   L e passage de la lettre, de “ Le langage est à la fois un son\net un signe, etc. „ à “ Philosophique ? tout poète, etc. „ est\nréédité presque en mêmes termes, ce mois, aux ÉCRITS POUR\nL’A r t , par M. Achille Delaroche, dans un long article.\n  M a réponse suit, en le même n° : elle est écrite avec\nquelques passages de l’ édition intégrale de mon TRAITÉ DU\nV e r b e , simplement.\n   Il en sera évident : que ce que déclarent MM. Delaroche,\nSaint-Paul et Mockel, quant à l’Instrumentation, puis à la\ntrès secondaire coloration (“ le moins de hasard lumineux\ndonné aux mots „, dit seulement le T r a i t é : et comme c’e s t.\ntrop commode de prononcer : pathologie, devant les milliers\nde cas de vision colorée et d’autres transpositions intellec­\ntuelles attestant, certes, une évolutive et progressive synthèse\ndes sens élevés!) : il en sera évident que ce qu’ils expriment\nencore sur le vers (moins l’admission du vers libre qui n’est\npour moi que recommencement ou diminution de l’alexan­\ndrin), sur la rime et la strophe : que tout cela n’est qu’un\ncommentaire, commentaire qui tout en voulant m’accuser\nd’étroitesse, se trouve seul étroit et ratiocine.\n   A propos de la Philosophie :\n   “ Philosophique ? tout poète digne de ce nom a le devoir de\nl’être, disent-ils. Mais ne doit-il se traîner à la remorque de\nscolastiques plus ou moins ingénieuses? „\n   Tout poète digne de ce nom doit être philosophique : c’est\nvrai, et c’est le TRAITÉ DU V e r b e qui l’a dit le premier\nparmi les sarcasmes. Il a dit aussi ma Philosophie : d’autres\npoètes, et les signataires de la lettre en question, n’ont pas\nproclamé la leur.\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": " 244                                                   la Wallonie.\n\n\n\n     La mienne, Philosophie évolutive, qui part des Théories\n  transformistes, et quoi qu’en disent mes contradicteurs, en\n terminant la vieille et puérile querelle des M atérialistes et\n des Idéalistes monte aux plus idéalistes vouloirs, est certes\n avec la Science la plus moderne : et l’on ne s’attendait pas à\n propos d’elle à telle phrase rappelant “ les scolastiques plus\n ou moins ingénieuses. „ Non plus à ce qu’on la dise “ dogma­\n tique „ : car mon Œuvre, dans mon esprit existante, est la\n mise en œuvre de cette Philosophie, son expérimentation et\n sa preuve. Ce qui en est dit et paru peut laisser prévoir, mais,\n après tout, qu’on attende avant de prononcer pour ou contre,\n en l’essentiel.\n     Terminons : ma meilleure réponse est encore d’adresser\n ceux qui ne seraient convaincus à mon T r a i t é DU V e r b e\n (première édition en 85), à l’édition intégrale de mars 88,\nà l’Article son commentaire à la Revue Indépendante, à mon\n G e s t e i n g é n u , et bientôt mon M e i l l e u r D e v e n i r , les\ndeux premiers livres de mon Œuvre.\n    L ’on saura alors que depuis, d’instrum entation et de Philo­\nsophie l’on épilogua seulement, — inutilement.\n    Mais ne terminons sans donner l’assentiment à ceci :\n“ L ’Ere des écoles est close... „ proclamé surtout, n’est-ce\npas ? parce que les signataires se crurent “ enrégimentés en\nles ECRITS, asservis à mes Théories „ .\n    Fréquentes et assez nettes pourtant, aux ECRITS et ailleurs,\nont été mes déclarations quand quelqu’un par rire négli­\ngeable, ou, en quelque petit cénacle trop petitement subtil, par\ncalcul sournois, avançait pareille chose : mais répétons-les.\n    Il n’est qu’une m aîtrise, celle d’idées.\n    Celle-là, c’est mon droit et mon devoir de la revendiquer\npour ma Philosophie évolutive et l’Instrumentation verbale.\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "     Petite chronique.                                     245\n\n   Or, qu’il soit entendu que mon art est tout individualiste,\nqu’il n’admet qu’une Œuvre, la mienne, portant vers un\navenir pour lequel ma volonté seule est nécessaire.\n   Donc, il n’existe pas de groupe philosophique-instrumen­\ntiste. Il existe une Méthode poétique évolutive-instrumentiste\nqui est ma propriété et qu’il ne me plaira pas qu’on dénature.\n   Mais, merci à ces amis d’avoir donné lieu de dissiper une\néquivoque, s’il en était.\n                                              R ené GHIL.\n   Juillet 89.\n                 RÉPONSE A UNE NOTE.\n\n   Nous ne voudrions éterniser une polémique absolument\nstérile, mais la réponse de M. René Ghil appelle quelques\nremarques nécessaires.\n   Donc, qu’il soit entendu ceci : Non! des corrections pro­\nposées par MM. Achille Delaroche et Albert Saint-Paul il ne\nfut tenu aucun compte, sauf pour ce dernier quelques obser­\nvations sans caractère théorique. M. Albert Mockel formula\nmême des réserves en un article de la Wallonie.\n   Non ! les signataires ci-dessus ne se crurent pas “ enrégi­\nmentés et asservis „ aux théories de M. Ghil : mais d’autres\nle purent croire qui avaient lu sans doute au manifeste de\njuin ceci : “ Notre programme est uniquement et intégrale­\nment le T r a i t é d u V e r b e , tel que le donne en édition\ndéfinitive M. Deman de Bruxelles. „ Interprétation d’autant\nplus fantaisiste que nous ignorions cette édition définitive.\n   L es remarques par nous faites quant à la valeur du temps\ndans le vers et la nécessité de fonder la strophe, non plus sur\nla rime, mais sur le rapport du nombre et du temps, base plus\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "246                                                la Wallonie.\n\n\n\nessentiellement   musicale, n ’ont      été, que   nous   sachions,\nformulées par aucune poétique. A moins que le TRAITÉ DU\nV e r b e ne soit une encycolopédie !\n  Ce n’était pas le lieu — (et M. Ghil en triomphe qui s’ima­\ngine qu’une suite de postulats sans liaison nécessaire et\ncorroborés d’aucune preuve suffisent à constituer une philo­\nsophie) — dans cet énoncé forcément sommaire et incomplet\nde nos idées, de proclamer à notre tour une doctrine philoso­\nphique : mais elle le sera en temps utile. E t disons dès main­\ntenant, que nous la voudrons autonome et non tributaire de\nsystèm es déjà connus dont les plus récents furent formulés il\ny a quelque vingt ans.\n  Toutes déclarations qui ne sauraient être “ étroites „\npuisque, résultant d’opinions personnelles, elles ne se pré­\ntendent imposées à quiconque.\n  Mais retenant sa conclusion, nous sommes là pleinement\nd’accord : “ Il n’existe pas de groupe philosophique-instru­\nm entiste. „ Ajoutons : il n’y en a jam ais eu.\n                                  A c h il l e DELAROCHE.\n                                  A l b e r t MOCKEL.\n                                  A l b e r t SAINT-PAUL.\n\n\n\n                             AU CONSERVATOIRE\n                     Concours supérieurs.\n   Cette année, même bonne moyenne de lauréats.... médio­\ncritas. Des m édaillistes? plusieurs. Des artistes? un ou deux\npeut-être. — E t pourtant on pourrait exiger de tous les\n“ diplômés supérieurs „ autre chose qu’une technique péni­\nblem ent assimilée. On devrait assister à l’anthèse d’un talent,\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "    Petite chronique.                                       247\n\nprévoir l’orientation d’une personnalité. Ah ouiche ! — Faites\nde l’effet, poussez ! dit un professeur de chant. — Voyez ce que\nfa it Pachman, enseigne un autre maître. — Im itez Y saye,\nrecommande un troisième. — Faites comme moi, déclame un\nquatrième. — Je suis le maître de la baraque, laissez que je\ncontrôle, commande l’Eminent souverain. — Faites comme on\ndit... approuve l’imminent dernier.\n   E t de l’usine à musique sortent pomponés, couronnés,\ncongratulés, fleuris, les “ heureux concurrents „ auxquels la\nplupart des critiques dispensent à tout hasard la rosée sau­\nmâtre et provinciale d’éloges pris dans le tas... (où donc la\nrosée s’appelle-t-elle du serin ?)\n   Tout cela, dont nous affectons de sourire, est pénible au\nfond. E t malgré soi, lorsqu’on pense aux jeunes cerveaux\nainsi façonnés par la force des influences, — bien peu\néchappent à ces horribles engrenages, — aux intelligences\namenuisées, triturées, modelées suivant les tendances des\nProfesseurs, puis estampillées du diplôme de fabrique et\nlivrées à la consommation, on se prend à désirer qu’un\ngigantesque coup de balai nous débarrasse de tout ce monde\net qu’on instaure un peu d’art à sa place.\n   Ces réserves faites, voici la critique.\n                              *\n                                  **\n  L e concours de chant a été exceptionnel, cette année.\nMelle Mary Ledent, bonne médaille en vermeil, et M. Désiré\nDemest, bonne médaille en argent; on sent de suite la\nméthode de M. Bonheur dans leur façon pure et naturelle\nd’émettre les sons.\n  Pas de criaillerie, pas de traits dont les notes intermé­\ndiaires sont avalées, pas de trémolo d’accordéon pleurard,\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "248                                                la Wallonie.\n\n\n\n de portamento de jubé rural, point de ces alternances subites\n des nuances comme une L égia quelconque ; en un mot le\n contrepied de la méthode (?) de M. Vercken.\n   Mlle Ledent est remarquable par une diction intelligente,\n artiste et sobre; la voix, un mezzo cristallin, est posée, fluide,\ntendant parfois légèrement à l’indolence dans le sostenuto.\nAvec un sentim ent contenu et beaucoup de distinction elle a\ndit l’air vaporeux de Lohengrin.\n   M. Demest, une voix sans caractère bien déterminé, mais\nà force de méthode et de goût, devenue intéressante. Bien\ndits, les airs du Valet de chambre et de Zampa. Quant à l’air\nde la Pentecôte de Bach, outre que ce genre de musique exige\nune voix timbrée et étendue, l’accent qu’y imprimait\nM. Dem est manquait d ’austérité.\n   Les deux concurrents avaient cru devoir inscrire des\nmélodies de M. Radoux dans leur répertoire au choix, où ne\ndevraient pourtant figurer que des oeuvres sérieuses quoique\nde divers genres (*). L e jury s’est empressé de faire chanter\nces mélodies : cette flagornerie est dans l’ordre. D ’ailleurs\nMlle Ledent et M. Dem est ont bien détaillé ces mélodies. Ils\nont démontré, à l ’instar de Prud’homme défendant son pays\net le combattant s’il le faut, qu’ils savent chanter de bonne\nmusique, et au besoin de la mauvaise.\n   Aux classes d’instruments je signale la composition d’un\nconcurrent, M. Gaucet : Concertino pour cornet à pistons,\noeuvrette pas laide, convenant à l’instrument et agrémentée\nd’harmonies chromatiques parfois ingénieuses. Sans préten­\ntions d’ailleurs.\n\n  (') Voici, par curiosité, les compositeurs choisis par Mlle Ledent :\nBach, Haendel, Mozart, Beethoven, Richard Wagner, et Radoux.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "    Pépite chronique.                                       249\n\n   Deux bons instrumentistes aussi, MM. Gérome, basson, et\nEnglebert, hautbois. Quatre pianistes. Mlle Servais, timide et\nincolore. L e concerto de Grieg qu’elle a choisi n’est pas\nféminable du tout, malgré ses airs penchés;.une noblesse\nvraie s’exhale de l 'Adagio, joué assez paiement de même que\nles délicieuses variations de Hândel, par Mlle Servais qui\npourra gagner en acquit et en autorité, avant d’obtenir, pro­\nchainement sans doute, la médaille en vermeil.\n   M. Straetmans, bon musicien, un mécanisme sautillant,\nproduit un son maigre et tend à bredouiller dans les accords\nrapides. C’est la spécialité de la classe de M. Donis, de jouer\nen relevant les doigts en marteaux, tenant la paume trop\nbas ; l’attaque subite et sèche. La théorie de ce système serait\nbonne si l’on s’en tenait à la lettre qu’on touche le clavier\ncomme une table rigide, alors qu’en réalité les notes cèdent et\nqu’on enfonce du piano. Cette méthode s’applique en revanche\nfort bien aux pièces de clavecin à sonorités grêles, à gammes\nvéloces, à notes piquées, comme la Sonate de Scarlatti que\nM. Straetmans à détaillée fort brillamment.\n   Chez M. Plantin, le son plus fourni, la lucidité des traits\nplus grande, résultat général observé aussi chez les jeunes\nM awet et Jongen, autres élèves de M. Ghymers.\n   La progression des nuances est plus régulière, plus élé­\ngamment faite ; tout cela n’est pas dû, sans doute, exclusive­\nment à ce que. M. Ghymers fait relever la paume et arrondir\nles doigts, mais ce procédé y est pour une part, je suppose.\nM. Plantin a bien saisi et rendu le Concerto national de Litolff\net une transcription de Liszt ; médaille en vermeil bien placée.\n   M. Pâques, même tendance au tapotage, mais rachetée en\npartie par d’autres qualités, telles que le brillant avec lequel\nil a exécuté le Nocturne de M. Omar Cui (membre du jury).\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "250                                              la Wallonie.\n\n\n\n    M. Pâques a composé un concerto de piano; beaucoup de\n souplesse, d’ingéniosité dans les timbres et l’agencement\n des périodes. Mais que peu personnel! Schuman, pour des\n tournures éplorées, Radoux par des bouts de phrases préten­\n tieuses aboutissant à des dissonnances suspendues, sont\n rappelés à chaque coin. L es réminiscences sont certes très\n excusables chez ce débutant; cependant nous aurions désiré\n quelque chose de plus primesautier, abrupt même, plutôt\n que ce faire un peu vieillot. M. Pâques a une compréhension\n rapide des choses et une diversité de moyens qui pourraient\nfaire peut-être espérer mieux pour l’avenir.\n   Reste M. Bourdoux, violoniste. Archet peu gracieux et\nnotes trop coulées.\n   Un élève intelligent, car l ’expression donnée par lui au\n Concerto de Mendelssohn, pour être discutable comme vérité,\nn ’en dénote pas moins une nature très intéressante. R este à\nvoir l’orientation du futur virtuose; il paraît plutôt porté vers\nle côté Rondo de St-Saëns, qu’attiré vers le Bach de la Cia­\nconna, si l’on en juge d’après l’audition de ces pièces. Rien\nd’encore bien déterminé, d’ailleurs. M. Bourdoux est très\njeune.\n   — E t voilà la critique terminée.\n                                                           P.\n                                     * *\n    C a p r i c e -R e v u e a cessé de paraître. Son directeur — un\nnaïf, à coup sûr, et un téméraire — s’était imaginé qu’après\n cinquante-neuf ans de paix, de liberté, de prospérité et de\nmufflisme, il doit être possible à un journal littéraire de\nvivoter modestement en Belgique. Il sait maintenant à quoi\ns’en tenir sur l’intérêt que les Belges portent aux choses\nartistiques. — Un député disait dernièrement à la Chambre\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "     Petite chronique.                                       251\n\n que lui et ses concitoyens vivent de bonne soupe et non de\n beau langage. Je crois plutôt qu’ils vivent de relavures et\n qu’ils ont fait leur évangile du catéchisme des cochons de\n Carlyle :\n    « L ’Univers, autant qu’une saine conjecture peut le définir,\n » est une immense auge à porcs, consistant en solides et en\n » liquides, et autres variétés ou contrastes, mais spécialement\n » en relavures qu’on peut atteindre et en relavures qu’on ne\n » peut pas atteindre. »\n   L es relavures ne tombent pas du ciel, on ne les recueille\npas dans ces pays chimériques que l’imagination des poètes\nplace dans l’éther, et, à contempler les étoiles, on risque\n d’attraper le torticolis. Voilà pourquoi le Belge est cet\nhomme qui marche toujours le long du même sentier, tête\nbaissée, les yeux fixés sur la boue que ses pieds pétrissent,\ns’arrêtant seulement, pour les flairer, devant les choses qui\nparlent à son estomac.\n   Encore, si on pouvait compter sur la jeunesse... Mais, je ne\npense pas qu’elle nous sauvera. Le jeune homme belge offre\nun échantillon de gâtisme précoce bien intéressant à ob­\nserver. De bonne heure, on lui a enseigné le catéchisme de\nCarlyle et il est édifié sur l’importance des relavures. La peur\nde s’écarter des conventions bourgeoises, et de compromettre\nson avenir en laissant de temps à autre ses pensées s’ac­\ncrocher aux nuages qui galopent dans le bleu, l’enveloppe\nde ses bandelettes et fait de lui une momie qu’on remise,\nvers trente ans, dans une niche où elle garde la raideur d’un\nsaint de bois.\n   Pauvre peuple, inerte et veule, qui ne continue à se remuer\nque parce qu’il est entouré d’ogres charitables et qui n’ont\npas faim !\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "252                                                  la Wallonie.\n\n\n\n  On frémit, en songeant que le jour où ceux-ci gagneront\ndes crampes d’estomac, ils pourront nous manger à la four­\nchette, comme Gargantua fit de plusieurs pèlerins...\n                                            H. KRAINS.\n                                      *\n\n   C’est chez l’éditeur V anier qu’a été publié l'A rt symboliste\nde Georges Vanor. Notre critique, dans la livraison de juin\noublia d’en faire mention.\n                                * *   *\n\n   Cordial salut de bienvenue à la Vogue (1), revue parisienne,\nde littérature et d’art dont le 1er n° vient de paraître et qu’un\nmalentendu nous empêcha d’annoncer il y a un mois. La\n Vogue entend continuer, en l’élargissant, la campagne entre­\nprise, en 1887, dans cette autre Vogue qui vécut un an, puis\nen 1888, par Gustave Kahn, dans la Revue indépendante.\nE t vraiment, elle paraît armée pour que dure et triomphe\nl’effort. A côté de Gustave Kahn, le rédacteur en chef, dont\non se rappelle les Palais Nomades et qui publie aujourd’hui\nChansons d’Amants, à côté du secrétaire de la rédaction\nAdolphe Retté, se groupent Paul Adam, Jean Ajalbert,\nF élix Fénéon, Charles Henrjr, Francis Vielé-Griffin, Francis\nPoictevin, Henri de Régnier, Stuart Merrill, etc.\n   MM. Camille et Lucien Pissarro, Signac, Seurat, Dubois-\nPillet, Luce, Gausson, Emile L aforgue, E. H. Meyer et\nH ayet viendront collaborer, de la pointe, du crayon et du\nburin, à l’édition de luxe.\n                               * *\n   E r r a t a , page 194, sussur ements, lisez susurrements ;\ngigantisques, lisez gigantesques; page 197, 5me ligne, lisez :\nque tu vis balbutier. Page 205, in fine, une phrase rompue\npar la mise en pages, doit se lire : je n’ai jamais pu voir\nune fenêtre, — éclairée la nuit, — dans une ville couchée,\npar laquelle je passais, — sans accrocher à ce cadre de\nlumière un monde de pensées, — sans imaginer derrière ces\nrideaux des intim ités et des drames...\n  ( 1) Paris 10 fr. l’an; étranger 13 fr. ; 9, place des Vosges, Paris.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "    H14ô tel   des A m érica in s\n         — R ue de l’A bbé de l’E pée — 14\n                                  PARIS.\nEn face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n           A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                        PENSION DE FAMILLE.\n             T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                    H    .    Z E      Y    E    N     .\n          137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                              LIÈGE.\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n                 P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_____________ RACCOMMODAGES._____________\n         En souscription dans nos bureaux ;\n      C R Ê P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel Mourey .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1886, -1887 et 1888) sont en vente\n                              au prix de 6 francs.\nL a W a l l o n i e e t l e s É c r i t s p o u r l ’A r t s e t r o u v e n t\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Itosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsleke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": " 4e ANNÉE, No 7.\n\n\n                            LA WALLONIE\nR EVUE MENSUELLE DE LITTE RA TU R E E T D ’A R T\n\n                                         A l b e r t MOCKEL,\n          Comité de Rédaction            P ie r r e M. OLIN.\n                                         M a u r ic e SIV ILL E .\n\n                 Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\nEnvol d’un numéro spécimen contre 5 0 centim es\n              en tim bres-poste.\n     ABONNEM ENT :      5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n                             SOMMAIRE :\n\n\nEm ile V erhaeren . . . . comme tous les Soirs (vers).\nStuart M errill ..........................Paysages et Portraits.\nAdolphe R etté ......................... Haute-Lice (vers).\nCharles Van Lerberghe. . Maurice Maeterlinck.\nM* ................................................... Vers tranquilles.\nM ario V a r v a r a .....................Chapitre.\nR ené Ghil. . . . . . . . une Réponse.\nAchille D elaroche . . . .\nA lbert M o c k e l..................... Note.\nA lbert Saint-Paul . . . .\nP ...................................................... au Conservatoire.\nH ubert K r a i n s .....................Caprice-Revue.\n                             Petite Chronique.\n                    Un numéro 50 centim es.\n\n\n                               Des presses de II. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-07-31", "signet_source": "4ème année - N°7 - 31 juillet 1889", "preuve": "Numéro lu en tête du sommaire imprimé sur la couverture, PDF 281 (« 4e année, No 7 »), sans mois lisible dans l'OCR ; la signature de René Ghil « Juillet 89 » (PDF 272) et la mention de la « livraison de juin » (PDF 279) confirment la livraison de juillet 1889. Le sommaire de couverture (PDF 281) confirme les attributions.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}