{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA W A L L O N I E 31 Août 1889.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "LA\nW   A   L   L   O     N     I   E\n\n\n\n\n                    31 Août 1889.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE L ’ART MODERNE CRITIQUE DE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 283, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "REVUE\n       L ’ART MODERNE\n          CRITIQUE   DES   ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n            26, Eue de l’Industrie, Bruxelles.\n                Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                 Viennent de paraître :\nS cèn es de Bal, livre de vers, par Alb. S t -P a u l .\nT ra ité du Verbe, par René G h i l .\nL es D ébâcles, par Emile V e r h a e r e n .\nCloches en la Nuit, par Adolphe R e t t é .\nl ’A rt en E xil, roman, par G. R odenbach .\nS e r r e s ch a u d es, par Maurice Ma e t e r l in c k .\n\n\n  LA PLEIADE\n         REVU E M ENSUELLE D E LITTÉRATURE\n                 18, rue Duperré, Paris.\n\n\nÉCRITS POUR L’ART   R EVU E M ENSUELLE\n  L a livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n          Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n                           VO G UE\n  R EVU E M ENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n          Publiée par livraisons de cent pages.\n       Abonnements : Paris, 10 fr.; Etranger : 13 fr.\n           P A R IS , P la ce des V o sg e s, 9.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 253, "titre_corps": "La Vierge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "PROSES. 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La nuit règne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 285, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 258, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "N OCTURNE.\n\n  pour Albert Mockel.\n   L a nuit rè g n e , malement rig id e , sur la ville\nendormie ; et la lune, enserrée de brumes sournoises,\nsemble le noyau vague d’une nébuleuse qui souffre.\n   Le silence indulgent enveloppe toutes choses et\ncaresse le tas obscur des maisons. L a Nuit, de ses\nlongues ailes joyeuses de vampire, réchauffe les\nsommeils épars, et son haleine torpide rallume la\nmensongère flamme du rêve au brasier des espoirs.\n   La lune, étranglée en son carcan de brouillards,\nparaît un chef exsangue d’assassiné. Est-elle donc\nsi lointaine qu’on n’entende geindre son agonie?\n\n   Soudain, comme un rire de gavroche s’égrène en\nricanant le carillon de minuit : “ Dormez... dormez ! „\nAlors, dans la paix des alcôves, des ombres doulou­\nreuses s’agitent, et de leur sommeil repoussent\nvaguement un cauchemar.\n\n  E t la lune, là-bas, meurt étouffée, sans pouvoir\ncrier sa mort.\n      Juin.             Ch a r l e s   DELCHE VALERIE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 255, "page_fin": 256, "titre_corps": "Je te souhaitai moins sincère...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Mourey", "ancre_debut": "JE TE SOUHAITAI MOINS SINCÈRE. Je te souhaitai moins sincère et moins expansive", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 286, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "JE TE SOUHAITAI MOINS SINCÈRE.\n\n\n\n\n  J E te souhaitai moins sincère et moins expansive,\n _ plus compliquée, et moins trop ardente en tes élans,\n     moins toute de primesaut, mais d’âme plus pensive,\n     d’âme subtile, musicale, à baisers plus lents.\n\n    Je rêvai des abandons savants, des impudeurs\n    liturgiques, des caresses bien étudiées,\n    même des imperfections, certaines laideurs\n    impérieuses, et des beautés falsifiées.\n\n    Je voulus que notre amour fut une chose rare,\n    personnelle et pas le moins du monde à la portée\n    de tous; un rêve réel de volupté bizarre,\n    infiniment diverse et longuement dégustée :\n\n    Les lèvres chercheuses venant se réfugier\n    on ne sait où ; des étreintes parfois incomplètes ;\n    le vol d’un désir moderne, quintessencié,\n    s’égarant au tout hasard fou des routes secrètes ;\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "256                                                 la Wallonie.\n\n\n\n      E t puis, et surtout d’ineffables communions\n      de nos deux âmes et sans que nos deux corps s’en m êlent,\n      de ces riens qui vous ouvrent le ciel, séductions\n      des yeux aimés, au vouloir des Psychés qui s’appellent,\n\n      Envols audacieux vers un grand plaisir cherché\n      toujours, jamais atteint, mais qu’on sait devoir fleurir\n      un jour... et plus tard, trouver quelque nouveau Péché\n      si monstrueux, mais si bon qu’on en puisse mourir.\n\n                                           G a b r ie l M O U R E Y .\n\n Extrait Je Crépuscules d'âme, en préparation.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 264, "titre_corps": "Fragments", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Barbey d’Aurévilly", "ancre_debut": "de JULES BARBEY d’AURÉVILLY. Ce ton détaché qui semble ne pas tenir du tout", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 288, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 850, "texte": "de JU LES B A R B E Y d’A U R É V I L L Y .\n\n\n\n\n    ... Ce ton détaché qui semble ne pas tenir du tout\nà la réponse et qui est l’hypocrisie de la curiosité.\n   L e calme était déjà revenu dans ce dandy, le plus\ncarré et le plus majestueux des dandys, lesquels —\nvous le savez ! — méprisent toute émotion, comme\ninférieure, et ne croient pas, comme ce niais de\nGoethe, que l’étonnement puisse jamais être une\nposition honorable pour l’esprit humain.\n   ... on v it plus dans la vie qu’on n’a pas que dans\nla vie qu’on a.\n   Rien ne ressemble plus à un moine qu’un soldat.\n   ... dans ce premier âge de la vie, la volupté a son\népouvante...\n  Si j ’étais timide, je ne voulais pas être un niais ! L a\ngrande raison française pour faire sans remords tout\nce qu’il y a de pis.\n  ... la haine a soif de mépris. Le mépris, c’est son\nnectar, à la haine !\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "258                                     la Wallonie.\n\n\n\n    E lle ne me répondit jamais que par de vagues\nétreintes. Sa bouche triste demeurait muette de\ntout... excepté de baisers !\n   Il y a des femmes qui vous disent : “ Je me perds\npour vous ; „ il y en a d’autres qui vous disent : “ Tu\nvas bien me mépriser; „ et ce sont là des manières\ndifférentes d’exprimer la fatalité de l’amour.\n    Je compris la jouissance du mystère dans la com­\nplicité, qui, même sans l ’espérance de réussir, ferait\nencore des conspirateurs incorrigibles.\n    ... car, avec les dandys, on n’a guère que la plai­\nsanterie pour se faire un peu respecter.\n   Tout s’assoupit dans l’âme la plus robuste, et peut-\nêtre parce qu’elle est la plus robuste...\n    ... Une vieille mécontente aux yeux bleus, froids et\naffilés...\n   .... [des femmes, voyant le front vieilli de don\nJuan] regardaient peut-être l’heure qu’il était pour\nelles à ce front.\n    ... les lumières élargies et rampantes des mille\nbougies des candélabres, ces bouquets de feu aux\ntiges sculptées de bronze et d’or.\n   Lionne, d’une espèce inconnue, qui s’imaginait\navoir des griffes, et qui, quand elle voulait les\nallonger, n’en trouvait jamais dans ses magnifiques\npattes de velours. C’est avec du velours qu’elle\négratignait !\n   ... tout était simple et Dandy comme l’entendait\nBrummell, c’est-à-dire irremarquable, dans la tenue\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "    de Jules Barbey d'Aurévilly.                     259\n\n de cet homme qui n’attirait l ’attention que par lui-\n même...\n     ... ses yeux, deux larges diamants noirs taillés\n pour toutes les fiertés de la vie...\n     C ’était, aurait-on cru à les voir ainsi passer, des\n créatures supérieures, qui n’apercevaient pas même\n à leurs orteils la terre sur laquelle ils marchaient, et\n qui traversaient le monde dans leur nuage, comme,\n dans Homère, les Immortels !... Ils étaient superbes,\n en s’éloignant ainsi, sous les rayons du soleil de\n midi, dans la majesté de leur entrelacement, ces\n deux êtres...\n    Pour les âmes nobles, ce danger, de cela seul qu’il\n est ignoble, est d’autant plus grand ; et Savigny, en\n s’y exposant, y trouvait peut-être la seule anxieuse\n volupté qui enivre vraiment les âmes fortes.\n    Là, comme dans les rares maisons de Paris où l’on\n a conservé les grandes traditions de la causerie, on\nne carre guère de phrases, et le monologue est à peu\nprès inconnu. Bien n’y rappelle l’article du journal\n et le discours politique, ces deux moules si vulgaires\n de la pensée, au dix-neuvième siècle. L ’esprit se\n contente d’y briller en mots charmants ou profonds,\nmais bientôt dits ; quelquefois même en de simples\nintonations, et moins que cela encore, en quelque\npetit geste de génie. Grâce à ce bienheureux salon,\nj ’ai mieux reconnu une puissance dont je n’avais\njamais douté, la puissance du monosyllabe.\n    ... Elles cherchaient peut-être à corporiser leurs\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "260                                      la Wallonie.\n\n\n\nrêveries, ce qui est aussi difficile que de spiritualiser\nses sensations.\n   Les filles, ruinées par la révolution, mouraient\nstoïquement vieilles et vierges, appuyées sur leurs\nécussons qui leur suffisaient contre tout.\n   L a voix, ce ciseau d’or avec lequel nous sculptons\nnos pensées dans l’âme de ceux qui nous écoutent et\ny gravons la séduction...\n   ... l’homme fait partie du génie ou du talent qu’on\na... : les hommes qui ne sont pas plus grands que leur\ngénie n’ont pas un génie qui soit vraiment grand.\n   L a gloire est quelquefois grotesque pour dégriser\nd’elle ceux qui l ’aiment trop.\n   Il y a comme cela de par le monde de la librairie,\ndes messieurs dont la fonction est de faire des\nnotices sur les livres et qui sautent ainsi sur les\népaules des auteurs connus, pour qu’on les voie.\n   ... la Bête immense à mille pattes qu’on appelle la.\nPhilosophie du X V I IIe siècle, ce monstre perce-\noreille qui perça partout doctrines et mœurs.... cette\nchimère de Philosophie, ce serpent qui se mord la\nqueue sans pouvoir l’avaler jamais...\n   La ressource des amours-propres offensés, c’est une\ndéfinition meurtrière de la Critique.\n   Ce sont les détails qui donnent aux œuvres de la\npensée ou de l’art leur prestige, leur danger, leur\ndurée. Ce sont les détails seuls qui les font vivre...\n   Sainte-Beuve, dont présentement les Lilliputiens\ndes journaux font un grand critique, et qui, selon\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "    de Jules Barbey d ’Aurévilly   .                            261\n\nmoi, en était un petit, Sainte-Beuve, qui voyait\nmenu, trottait menu, disait menu, n’avait pas cette\npuissance de l’invention, la plus belle qu’on puisse\navoir en critique, et qui s’ajoute au discernement. Il\nn’était pas de force à refaire d’ensemble ce qui avait\nété manqué en détail. Il ne montra jamais par un\nexemple le parti qu’on pouvait tirer d’une idée. Il\nn’en éventra jamais aucune. Il se contentait de dire\nsa petite impression; puis se retirait sous ses petites\nphrases, petit serpent de ces petites fleurs !\n   Le Passé est irrévocable et on ne cache pas ce\nqu’on a été autrefois avec ce qu’on est présentement.\n   Un livre publié est un acte accompli, et s’il fut une\nerreur ou une faute, les irréparables fautes ne se\nrachètent qu’en se confessant.\n   L ’homme ne peut toucher à la vérité s’il n’a déjà\nété touché par la vérité. Pour faire le premier pas\nvers elle, il faut qu’elle soit déjà en lui.\n   Si Dieu n’envoie pas de ces grands esprits omni­\npotents qui sont comme les Thaumaturges de la\npensée, et qui la frappent et la changent par les\nmiracles du génie, il n’y aura bientôt plus moyen de\nla ressusciter !\n   .... si, au lieu de brûler les écrits de Luther, dont\nles cendres retombèrent sur l’Europe comme une\nsemence, on avait brûlé Luther lui-même, le monde\nétait sauvé, au moins pour un siècle (1).\n\n (1) Il y a ici, une note explicative développant ce thème : de deux\nmaux choisir le moindre.\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "262                                      la Wallonie.\n\n\n\n  Les hommes se trompent sur les idées, mais les\nidées ne trompent pas les hommes. Tout ce qu’elles\nportent dans leurs invisibles flancs en sort toujours-.\n   .... cette publicité dévorante de chaque jour, sem­\nblable à cette gueule de Lion, à Venise, où chacun\nvenait jeter ses délations. Hélas ! nos pensées sont\nles délations des temps actuels, sur lesquelles l’Avenir\nnous jugera ; — cruel conseil des D ix qui jettera aux\nLagunes nos mémoires !\n   C ’est une idée de myope de croire qu’il y ait ici-bas\ndes choses tout à fait inutiles.\n   Les mots heureux sont comme les gens heureux :\n— on leur passe tout, même d’être absurdes.\n   Il faut des prophètes aux nations vieilles qui ont\nle sentiment de leur vieillesse et qui, ne pouvant se\nrésoudre à mourir, voudraient noyer les angoisses de\nleur dernière heure dans toutes les ébriétés de\nl’avenir.\n  Pour influer sur une époque, il ne faut pas trop la\ndominer.\n   Ce qu’on prend à la Vérité Éternelle pour le\ndonner au Temps consommateur, égoïste et ingrat,\nle Temps ne le rend jamais et l’a bientôt dévoré.\n   Il n’est pas toujours sûr de jeter le talent qu’on a\ndans le gouffre de son époque, comme le Doge de\nVenise jetait son anneau dans la mer, qu’il ne crai­\ngnait pas d’épouser avec ses tempêtes, ses monstres\net ses fanges. A cela, on ne gagne qu’une épouse\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "    de Jules Barbey d ’Aurévilly.                    263\n\norageuse, perfide et souillée, et souvent on perd son\nanneau.\n   .... ces fiers génies appartenaient à la Vérité\nabsolue, et par tout ce qui les avait constitués d’im­\nmenses forces intellectuelles, repoussaient loin d’eux\nles indignes vasselages de l’espace et du temps.\n\n    Dans la vie intellectuelle de l’écrivain ou de\nl’artiste, il est un livre, il est une œuvre qui fait la\ndestinée et tout à coup se trouve marqué à jamais de\nl ’ongle éclatant de la gloire. Littérairement, ce n’est\npas toujours le livre qui honore le plus le talent de\nl’écrivain, ni l’œuvre de l’artiste qui a le plus de\nperfection et de rondeur. Mystérieuse préférence de\nde la gloire, qui, comme les femmes, préfère bien\nsouvent sans choisir !\n    .... cette pointe d’esprit aiguë et subtile qui se\nplante aux articulations de toutes choses et entre un\nbrillant comme un glaive de cristal...\n  .... l’Erreur est essentiellement prolifique. Terrible\nMégère de l’esprit qu’elle épouse, elle l’asservit par\nses enfants.\n  .... si nous cessons d’être chrétiens, nous ne vau­\ndrons même plus assez pour être idolâtres.\n  Les guerres d’idées sont des guerres sans entrailles.\nLes guerres d’intérêts ou de sentiment ont leurs\nlassitudes, mais les guerres d’idées vont toujours. Il\nn’y a pas de T rève de Dieu pour elles. On croirait\nqu’entre la Vérité et l’Erreur, Dieu a voulu qu’il y\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "264                                        la Wallonie.\n\n\n\neût une espèce d’anthropophagie intellectuelle. Il\nfaut que l’une dévore l’autre pour qu’il y ait paix....\n\n   Les bêtes sentent l’orage quelques minutes avant\nl’orage... les h ommes aussi. Un immense frissonne­\nment court déjà le long de l’échine de la vieille\nEurope et lui lève le poil sur son corps épouvanté.\nLes Evénements, ces Muets de la Providence, comme\ndes canonniers à leurs pièces, sont près de laisser\ntomber l’étincelle... qu’arrivera-t-il ? (1850)\n\n\n\n                J u l e s B A R B E Y d’A U R É V IL L Y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 265, "page_fin": 266, "titre_corps": "Gavr’inis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "GAVR’INIS. La pipe de bois noir vissée au coin des lèvres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "G A V R ’INIS.\n\n\n\nL a pipe de bois noir vissée au coin des lèvres,\n   Cheveux bouclant sous le chapeau de cuir bouilli,\n   Le mathurin, tanné des vents, jauni des fièvres,\n   — Ayant sous tous les cieux trime dur et vieilli —\n   M'effeuillait le bouquet ingénu des légendes.....\n\n   Dans la brise rêvait l’âme morne des landes ;\n   Vers la plage, en chantant, la mer houlait ses flots,\n   Et devant nous, au sein d’un archipel d’ilots,\n   Gavr’inis, l’île du géant, dressait, superbes,\n   Ses bords où les Morgan se jouent parmi les herbes.\n\n   Le vieux Breton disait les chants des anciens jours;\n   Myrdhinn ; la ronde impie et folle, au clair d’étoiles\n   Des nains velus autour des croix des carrefours ;\n   Les sveltes korrigan au corps paré de voiles,\n   Pilleuses de berceaux et blancs esprits de mort,\n   Qui démêlent, au brun de nuit, près des fontaines,\n   Leur chevelure blonde avec un peigne d’or ;\n   Il disait les Morgan, filles des eaux, sirènes\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "266                                         la Wallonie.\n\n\n\n      Au torse souple, à la voix douce, à l’œil fatal,\n      Qui volontiers, vers leurs retraites de cristal,\n      Attirent les mortels, le front ceint de verveines.\n\n      Puis le vieillard conta les prouesses des preux......\n\n      Le soleil déclinant ruisselait dans le creux\n      Des vagues', l’on eût dit qu’en essaim les ondines\n      Glissaient, voiles sertis de perles smaragdines ;\n      Et dans le flamboiement de la pou p re et des ors\n      Gavr’inis— où les nains ridés,aux pieds faunesqu.es,\n      Dansent sous les dolmens en comptant leurs trésors—\n      Pour mieux glorifier ces récits titanesques,\n      Mêlait ses frondaisons aux fastueux décors.\n\n                                        A u g . VIERSET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 267, "page_fin": 272, "titre_corps": "Temps perfide", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Stiernet", "ancre_debut": "TE M PS PERFIDE. Laekcn, I er mal. lAlusif des joies en allées", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 298, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "TE M PS PERFIDE.\n\n                                          Laekcn, I er mal.\n\n\n         lAlusif des joies en allées, le temps, ce soir,\n           ramène vers la côte sinueuse de mes pensers\n           la yole rapide et silencieuse où, mi-assoupi,\n           voguait le passé vers l’océan d’oubli.\n   Les idées, d’un long sommeil s’endorment, prin­\n cesses de contes, filleules de fées : revive le soleil qui\nles fit éclore, resplendisse le ciel d’alors, souffle la\nbrise qui agita leurs mousselines et, troublantes sous\nle magique baiser du prince Charmant, elles se\nrelèvent radieuses et ressuscitent avec les choses\nsœurs.\n   Oui, le temps est perfide, car, je n’aime plus, je ne\nveux plus aimer et un renouveau de cœur invinci­\nblement m’anime. J ’étouffe. Contre les murs de ma\nchambre, se replient, souffrantes, les grandes ailes\nroses et transparentes de mon âme essorée; follement,\nnaît en moi le désir immense d’abattre facilement\nles obstacles, d’un geste lent et tout-puissant.\n   De l’air !\n   De la lumière !\n   De l’espace!\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "268                                      la Wallonie.\n\n\n\n   Trop large entre deux files çà et là interrompues\nde maisons ridiculement mièvres et discordantes,\nl’Avenue de la Reine : sympathique, parce qu’elle\nlaisse à mon œil la joie de chercher très loin ses\nrêves. — Oh ! la douloureuse horreur d’un mur\ndont la prétentieuse petitesse me cache l’Infini! —\nSympathique, l’Avenue qui n’est que détail s’hu­\nmiliant sous la sereine splendeur d’un ciel où traîne\nun froissement de gaze dont les déchirures se dentel­\nlisent d’argent.\n   La magie de mes grandes campagnes couvertes\nd’avrillet m’effleure et je pense aux flots de latente\nvie impatiente qui va, crevant les bourgeons, inonder\nles bois, les prairies, les cœurs. Cependant roule,\ntriomphale, la débordante coulée de lumière, vers\nl’église qui, soudain, là-bas, en un élancement d'autel\ngigantesque, surgit comme pour l’empêcher de péné­\ntrer, inutile et ironique, dans l’orgueilleuse nécropole.\n   Le temps d’aujourd’hui, dans ces mêmes lieux, je le\nconnais. Il fut déjà où je l'ai imaginé identique; il\nm’émeut, mais, je ne puis traduire avec certitude,\nsouvenir ou réalisation.\n   Les passants, nuls dans leur nature et leurs per­\nsonnalités , n’existent que comme mouvements,\néléments infimes, mais nécessaires de l’Ambiant si\npropice et adéquat à l ’état de mes esprits plus\nagités que les rurales solitudes souventes fois pré­\nférées. Je ne les vois point, les passants, mais, je\nsens qu’ils se meuvent !\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1522, "texte": "    Temps perfide.                                 2G9\n\n  Or, devant moi, la Senne, — long serpent glauque\nexhalant les pestes, sorti des sombreurs d’égouts\ndamnés ralant sous la ville, — en vain, s’efforce de\npétrir de rayons ses eaux troubles. S ’éternisent son\naspect de haillons et sa nostalgie des rives vertes\nentre les deux murs très hauts. Au-dessus d’elle,\npleurant la lumière, le Vieux Songeur aux rides\nprofondes, couleur des chemins, la casquette de\nloutre enfoncée sur des yeux inutiles, levés vers un\nciel impitoyable : la balèvre tombée d’indifférence,\nla dextre tendue, tenant la calotte quêteuse et le\nbâton avertisseur de l’obstacle, l’aveugle, de la\nmain gauche, use le garde-fou et enferme dans la\nlongueur du pont son pas d’Ahasvérus en la nuit\néternelle.\n   Soudain, sur un fond resplendissant, il se dessine\nsuperbe, en des contours à la Michel-Ange et sort du\ngrand V ague où nageait ma pensée, parce qu’une\nfemme jeune lui a jeté son obole. — Oh ! avec quelle\npuissance illuminant mes vues ! — et pourquoi si\nmagnétique, la lointaine et svelte apparition ?\n  Mais le temps est clair, plein de voix et je ne suis\nplus enveloppé du grand manteau de songeries,\nbleuâtre comme une fumée de cigarette issant des\ndeux lèvres saignantes d’une sultane.....\n  Une voiture de tramway file, trop criarde en sa\ncouleur verte et le piaffement brutal des chevaux.\n  Deux saluts d’indifférents m’importunent, met­\ntant, comme deux tâches dans mon paysage presque\n                                              18\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "270                                        la Wallonie.\n\n\n\ninexistant, deux visages radieux de seule et stupide\nmatérialité.\n   A u loin, cette taille jolie, mais, semble-t-il, pareille\nà tant d’autres, cette démarche de sylphide, tyran­\nnisent mes regards : légère, la jeune femme va, va,\ntraversant, plus attirante, les flots de soleil jaillissant\npar les brèches du mur d’ombre des constructions....\n   V oici que l ’Avenue bifurque et les deux chemins,\nse traînant disgracieux, gravissent les Deux-Ponts,\nenfermant, — échappée à la voracité dévastatrice de\nla ville où croissent trop d’hommes pour laisser place\nà l’herbe, — une belle oasis aux couleurs de tendre\naveinière.\n   Puis, par l’austère grillage, je vois l’astucieux bou ­\nlingrin qui, profondément se dérobe : c’est un antre,\nune fosse de fauves. A u fond, glissent, acérains et\nnombreux, de longs serpents minces et, dans une\nfumée noire aux multiples et effrayantes volutes, je\ndevine le monstre, sifflant, grondant, crachant des\nflammes, rugissant, qui s’éloigne et sème du feu.\n   Plus rapide que lui, je franchis les espaces, jaloux\nà la pensée que, sans moi, il parcourra les lieux\nchers où, mélancolique, chante tout un temps dis­\nparu.\n   Fugace est cette pensée. — Toujours, là-bas,\ns’agite le petit manteau clair de la bachelette chari­\ntable. E t que m’importe ce manteau ?.... E t cette\npersonne.... ? Je n e la connais point ; elle ne se doute\npas qu’elle m’intéresse. Pourquoi s’obstine-t-elle à\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "    Temps perfide.                                  271\n\nmarcher devant moi : ou plutôt, pourquoi me suis-je\ndétourné pour la suivre...?\n    Une attraction suprême me guide et, de me voir\nplus près d’elle, un bonheur m’allège. J ’aperçois\n distinctement son chapeau, un coquet chapeau relevé,\naérien; cette coiffure m’hallucine et ce profil que\nj ’entrevois....\n    Inconnu ? — E t ce geste... ?\n    Apertement se confirme une notion antérieure,\nmais incomplèment remémorée. Les abîmes des\ndéroutants mystères s’ouvrent, insondables; m’as­\nsaillent les souvenirs des dogmes professés en deçà\nde nous, de la possibilité d’une première vie, de l’im­\nmortalité des âmes et des idées, de la métempsycose\ndes brahmines.\n    L a nuit insensiblement accroche ses grandes\nombres aux angles des rues, le crépuscule comble les\nlointains, fait l’espace plus chattemite, le capitonne\nde rêves et charge la brise de caresses.\n    Sans cesse du même pas, rapide et sautillant, Elle\ntraverse la place Liedts, suit la montueuse Rue\n des Palais, comme la Chimère enjoleuse, jamais\natteinte, sans cesse me forçant à la suivre, à chaque\ndétail qu’elle me découvre, rivant une nouvelle\nchaîne.\n\n\n  L a Rue Royale, longue entre deux guirlandes de\nréverbères.....\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "272                                      la Wallonie.\n\n\n\n     De la balustrade du Jardin botanique, mon regard\n  se perd dans le vaste panorama ; jusqu’au plateau\n extrême, jusque dans le ciel, partout, éclatent les\n lumières et, derrière mes visions diaphanes, m’entoure\n une géante aventurine.\n     Cependant la ville se mouvemente. Dans l’empres­\n sement de la foule désireuse de loisir, la jeune femme\n a disparu        Je ne la vois plus et, d’abord, une\n douloureuse sensation d’esseulement, de tristesse,\n m’étreint.....\n    Que dis-je ?\n    Mais la voici près de moi, me frôlant      E t pour­\n tant, elle est partie, mais son image, son ombre plus\n troublante est là : l’appel de mon âme l’a créée et je\n sens que la personne m’était indifférente ; l’appa­\nrence seule me captivait et l’évocation dépourvue de\nréel me charme.....\n    Elle tourne la tête vers moi, sourit....\n    T o i! T oi! — C’est ton inconscient souvenir que\nj ’ai poursuivi en l’Inconnue ! J ’ai marché sur ses pas\nparce ce qu’elle te ressemble !\n    Mais, je ne t 'aimais plus ! Tu m’as trompé en te\nglissant perfidement sous les habits de cette femme....\nPourquoi es-tu là ? Qu’espères-tu ? —\n    A travers tous les bruits et tous les oublis, oh ! la\npersistante mélodie des anciennes Aimées, balancée\nsur les revenantes effluves des heures d’amour !\n\n                              H ubert   S TIE R N E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 276, "titre_corps": "Chronique littéraire : Joies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE. JOIES (1). L’an dernier, M. Francis Vielé-Griffin donnait Ancaeus", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 304, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n                                              JOIES (1).\n\n   L ’an dernier, M. Francis Vielé-Griffin donnait Ancaeus,\ndrame symbolique et légendaire déroulé en un décor de\npampres et de fêtes, où le rêve aussi s’évaguait vers les flots\noccidentaux qu’illustra le glorieux sillage du navire Argo. De\nla Toison d’Or, étendard chimérique comme éployé dans la\nnuit par la main fantômale de quelqu’un des Argonautes\nmorts, demeurait la splendeur fatale incluse en l’âme d’An­\ncaeus, unique survivant, afin qu’au seuil nuptial, par une\ninvitante Hécate d’été, il connut mieux que la suprême joie\nétant d’illusion, il la garderait emportant, en l’ombre der­\nnière, l’intact prestige de cette harmonieuse épousée de\ncrépuscule : Samia virginale.\n  Aujourd’hui, M. Francis Vielé-Griffin publie une suite de\npoèmes, Joies, sur un thème de même idéal et qu’il développe\nde la sorte : l’exquise grâce flavescente d’une jeune femme\npasse en des paysages, surtout d’automne et de printemps, se\nmagnifie de rayons en nuances douces, selon le rythme versi­\ncolore d’une campagne indiquée par de musicales strophes\n  (1) Joies, livre de vers par M. Francis Vielé-Griff in, chez Tresse et\nStock, à Paris.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1934, "texte": " 274                                             la Wallonie.\n\n\n\n  qui la peignent de calme, de silence frissonnant et de mystère\n  un peu; ou profilée, cette amie, au bord d’une rivière lente­\n  ment fuyeuse, tandis que la pare d’un charme triste l’ombre\n  grisâtre des saulaies. Aussi, le poète erre avec elle le long\n  des grèves où se plaignent de mourrir sans cesse et sans\n  cesse les orgues mouvantes de la mer. Et combien, en un\n  adorable unisson, se marient partout leurs pensées et leurs\n  songes ; parfois, des repos sans vaines paroles et voués à la\n joie d’être deux et de réaliser, plus solitaires, le sens intime\n  et si complexe de l’immanente féerie des choses, parfois, des\n  dialogues discrets où l’idée, identique en eux, s ’échange et se\n répercute, sonorités comme d’un cristal éolien, d’une âme à\n l’autre — tel un sanglot de bonheur en demi-teintes et de\n tristesse au fond, quelque plainte d’une viole d’amour plus\n vibrante parmi la flexible et profonde symphonie dont les\n adule et les berce le grand Pan éternel.\n    E t puis, le livre fermé, s’impose cette irréparable vérité :\n toute joie, pour une âme haute, est faite de tristesse parce que\n d’un instant; toute joie expire en tristesse parce qu’illusoire;\n toute joie est illusoire parce que la vie est d’illusions; et toute\n joie se double de résignation parce que le peu qu’elle fut,\n console peut-être de n’avoir goûté la joie parfaite toujours\n pressentie, jamais réalisée.\n    Je ne veux rien citer et pour cette raison-ci : les poèmes\n de M. Vielé-Griffin sont d’une texture si serrée et pressante,\ntoutes les strophes s’y enchaînent d’un tel lien orchestral,\n que je croirais commettre un crime de lèse-poésie, les déflo­\nrer, en en détachant quelques vers.\n    Je signalerai un nouvel et heureux emploi du refrain\nmodifié et déplacé d’après les facettes changeantes de l’ém o­\ntion ; l’effet obtenu est ravissant surtout en ces deux rondes :\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "     Chronique Littéraire.                                     275\n\nles Cloches du Nord (publiées dans la Revue indépendante de\n1888) et Où est la Marguerite? (la Vogue de juillet 1889 en\neut la bonne fortune).\n   Je ne veux pas non plus disséquer le faire de M. Vielé-\nGriffin; il est sien, bien sien, cela suffit; — et, au surplus,\ntoute écriture à ce sujet me paraîtrait dénuée d’intérêt: le\nseul métier — aussi le devoir — d’un poète étant de sincère­\nment et personnellement traduire son émotion pour, avant\ntout sa propre estime, et ensuite pour valoir la gratitude des\nlettrés — j ’entends un poète, titre que je considère quasi\ncomme un absolu rare — à quoi bon le fastidieux et dessé­\nchant labeur d’édifier des théories qui ne sauraient être que\npersonnelles et qui, promulguées, n’acquerront jamais\nvaleur de loi, puisqu’elles ont presque toujours lieu au détri­\nm ent d’œuvres par elles empreintes de système — soit\nd’étriquement, voire même de cacophonie, et la cause : trop\nde réglementation à priori. La seule loi pour le poète —\nM. Griffin l’a excellemment compris — sera donc d’affirmer\nson droit à une poétique libre, poétique qui résultera de ses\nvers et non d’après laquelle ses vers seront faits ; qu’il œuvre\nartistiquement et —- encore une fois — sincèrement : nul n’a\nrien à lui demander de plus. Tout autre principe d’art lui sera\noiseux, fit-on intervenir, pour l’étayer, tels racontars plus ou\nmoins scientifiques, qu’il vaut mieux laisser tranquilles.\n   Je relève encore l’heureux parti que M. Vielé-Griffin a su\ntirer de chansons populaires, en tant que motifs choisis très\nfinement ; ce sont thyrses légers ravis à un trésor trop\nnégligé et qu’il est, je crois, le seul jusqu’ici, des tout contem­\nporains avec l’à jamais regretté Jules Laforgue, à savoir\nmettre en valeur — thyrses, par son fait, magiques où s’en­\nguirlande le méandre odorant et fleuri de ses vers.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "276                                               la Wallonie.\n\n\n\n   Parmi cette jeunesse jusqu’à cette heure tant raillée,\noutragée aussi par un hypocrite écrivain qui, sous couleur de\nsauvegarder « la dignité de l’art, » se permit, récemment\nencore et sans aucun mandat, d’anonymes injures à l’égard\nde poètes dont le mépris lui est acquis (1), parmi ces sincères\net hauts lettrés qui, tôt ou tard, — malgré tous Lemaître,\nHenry Fouquier et autres aligneurs de nul, en outre du chro­\nniqueur mentionné plus haut — seront reconnus pour tels,\nM. Francis Vielé-Griffin s’affirme, une fois de plus, un des\npremiers. — Ce témoignage d’ami apporté ici qu’il fait œuvre-\nbonne lui sera, je l’espère, un plaisir.\n\n                                         A do lph e R ETTÉ.\n\n (1) Dédié à M. Rosny de la Revue indépendante.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 283, "titre_corps": "Nos morts : Armand Chainaye", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "NOS MORTS. ARMAND CHAINAYE. La jeune écolo de peinture belge", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 308, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "NOS MORTS.\n\n                              ARMAND CHAINAYE.\n\n   La jeune écolo de peinture belge, et nos amis Achille et\nHector Chainaye, viennent de faire une grande perte par la\nmort d’Armand Chainaye, à la famille de qui La Wallonie\nadresse ses plus vives condoléances.\n   Armand Chainaye était né à Liège le 1er janvier 1864.\n   Il fit des études complètes de peinture à l’Académie royale\ndes beaux-arts de cette ville, où ses professeurs et ses con­\ndisciples le tenaient pour un esprit doué des plus belles\nqualités d’art. Malgré l’originalité instinctive et le caractère\nprimesautier de ses débuts, il obtint plusieurs distinctions\ndans les dernières années.\n   Qui ne se souvient de cet exubérant garçon, joyeux,\nexagéré, plein de cœur, débordant d’enthousiasme pour les\nchoses de l’Art, ou transporté de colère à la vue d’une\nmesquinerie ? Quel tempérament d’artiste ! Une intuition\nmerveilleuse suppléant à l’expérience, un instinct inné du\nbeau, l’horreur du convenu, du banal, de l’officiel, une sur­\nprenante richesse d’imagination, tout lui était dévolu. Ses\ndébuts avaient annoncé une fière personnalité. Paysages,\nfleurs, une grande page historique, Caïn : dans ces divers\ngenres s’affirmait sa vision hardie, sa palette claire et neuve.\nIl laisse en outre des morceaux de sculpture excellents.\n   Il avait quitté Liège depuis quatre ans pour se fixer à\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "278                                            la Wallonie.\n\n\n\nBruxelles. C’est dans ces quatre dernières années qu’il entre­\nprit de grand travaux d’art décoratif. Ne nommons que les\nœuvres principales : Un Repas au Moyen âge, toile exécutée\nen 1885 pour l’hôtel Notger, place St-Lambert, à L iège; de\ngrands panneaux représentant des Scènes de la Vie des Champs,\nqui décorent les salons d’un château aux environs de Liège ;\nenfin les robustes et spirituelles peintures de la Taverne de\nMunich, rue de Namur, à Bruxelles, d’une variété et d’une\ngamme si originales, achevées en février 1888.\n   En travaillant à cette œuvre, pendant l’hiver rigoureux,\nil contracta une bronchite qui s’aggrava bientôt et dégénéra\nen phthisie pulmonaire.\n   Pendant sa maladie, Armand Chainaye exécuta une série\nde petites œuvres, tableaux charmants de fleurs, tout rayon­\nnants de lumière subtile ; ce furent les derniers essais de cette\nâme pleine de poésie, dont les premiers essais annonçaient un\npeintre gracieux et puissant, à la vision riante et multiple.\n   Armand Chainaye est mort à Bruxelles le 9 août dernier.\nToute la jeunesse artistique du pays était représentée à ses\nfunérailles, le 12 août. D e nombreux artistes et des hommes\nde lettres d’un nom connu avaient également tenu à y assis­\nter. Citons au hasard de nos souvenirs : MM. Vinçotte,\nLambeaux, Dillens, Raway, Feron et Lorand de la Reforme,\nHallaux de la Chronique, V olders du Peuple, le Dr Jorissenne,\nDemblon, G-iraud, Maubel, etc, etc.\n   Au cimetière de Saint-Josse-ten-Noode, où l’inhumation a eu\nlieu, Célestin Demblon a prononcé un émouvant discours. Ce\ndiscours évoque en des termes si parfaits le souvenir du jeune\nartiste disparu, il dit si éloquemment les regrets que nous\ncause cette mort, que nous avons voulu le reproduire ici\nmême, le tenant pour un portrait décisif d’Armand Chainaye.\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "     Nos Morts.                                             279\n\n                        Discours de M. Célestin Demblon,\n               Messieurs,\n    Fixer tout ce qui m’assaille sur la tombe d’Armand\n  Chainaye, vous émerveillerait de douleur.\n    Mais quelle n’est pas notre faiblesse devant nos plus pro­\n fonds sentiments et nos plus hauts devoirs! et comme cette\n faiblesse s’accentue encore quand il s’agit de saluer suprê­\n mement, non pas un artiste mort vieux et dont l’œuvre\n supplée dans toutes les imaginations à l’indigence des paroles,\n mais une gloire fauchée en herbe ! C’est alors qu’est malaisée\n la tâche, l’amitié suspecte en raison même de sa force, mais\n c’est alors aussi, peut-être alors seulement, que l'art doit\n prendre le deuil.\n    Notre cher Armand Chainaye meurt à l’aube. Artistique­\n ment il n’a que vingt-quatre ans, car depuis un an et demi, il\n lutte contre un implacable mal. Mais l’aube fait pressentir le\njour, et quand un chêneau s’élève d’entre les broussailles, on\nsait ce qu’il deviendra. Le beau jeune homme qui quitte le\nsoleil et la vie qu’il adorait, serait devenu un artiste de\ngrande taille.\n   Il appartient d’ailleurs à une famille comme à une géné­\nration exceptionnelles.\n   Fam ille élue qui donne aux lettres et aux arts trois frères\nprofondément doués. Famille originaire de Namur et par la\nmère de l’exquise petite ville de Dinant où naquirent les\ndeux premiers peintres de W allonie, Joachim Patenier et\nAntoine W iertz. Les mystérieuses et logiques alchimies qui\nprésident invariablement, comme des fées lointaines, aux\nélaborations d’un artiste, unirent un de ses membres, puis­\nsante nature, à une de ces admirables mères dont mon pays a\nle secret, s’il y a un pays des mères, dont la distinction n’est\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "280                                            la Wallonie.\n\n\n\nsurpassée que par la tendresse, et dont la tendresse essuie\ntous les assauts et toutes les traîtrises du malheur, en vertu\n de l’inexorable loi que la supériorité s’expie. Mais la souf­\nfrance est un philtre ! Si tout se paie, quel ne doit pas être le\nprix de la gloire ? Voici le cinquième fils de cette mère qui\nentre dans l’autre vie. Il fallait, au risque d’atteindre de\ndélicates fiertés, mêler dans un même souvenir ceux qui\nrestent à celui qui s’en va, évoquer, à cette heure poignante,\nl’image du foyer le plus intensément artistique qu’ait eu\nL iège, foyer charmant et sacré, puisque toutes les autres\ngrandeurs se subordonnent à l’Art éternel, foyer où nous\npassâmes d’adorables heures, comme enfoncés dans l’âme\nmême du pays, concentrée et rayonnante là, et que tu ne\nverras plus, mon cher Armand, bien que ta présence mystique\nl’emplisse à jamais !\n   E lle reste aussi dans ta génération. Tes frères d’armes\nsauront garder ta mémoire, comme ces guerriers antiques\nqui complétaient leur triomphe en ramenant les restes du\njeune héros, arrachés à l’ennemi. Ils ne t ’abandonneront pas\nsur le champ de bataille, ni toi, ni le vigoureux Henri de\nTombeur dont tu traçais naguère la colonne funéraire, ni le\nsémillant Max W aller, tous deux si beaux, ni d’autres encore.\nLes arts sont solidaires, c’est aux écrivains surtout à te\nrecueillir. Ils sont assez forts aujourd’hui. Quels que soient\nles titres des aînés dans un demi-siècle où, la riche plante\nmonoïque nommée Belgique non encore parvenue à l’heure\nd’une floraison littéraire définitive, ils n’ont pu qu’esquisser\nles voies, si on excepte un groupe impérissable de noms, c’est\nla génération surgie en 1880 qui arrive à l’éclosion et fascine\ndéjà la grande France elle-même. Sa moisson de gloire sera,\nd’envieuses railleries l’affirment aussi, d’une splendeur peu\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "     Nos Morts.                                               281\n\ncommune. Armand bataillait parmi ces nobles milices. Il eut\ndes spectateurs sa part d’inepties. Car notre pays doute\nparfois indignement de lui-même, malgré les vastes explosions\nd’une immortelle école de peinture. Non qu’il manque d’en­\nthousiasme, il n’en a que trop ; mais il en abreuve ses fausses\ngloires, la plupart officielles, et le refuse avec ingratitude aux\nvraies. Il proclame Conscience le Victor Hugo belge, et laisse\ns’éteindre non seulement dans la misère, mais dans une\nobscurité que nous dissipons à grand peine, l’original, le\ngrand Charles de Coster qui, selon le mot de Lemonnier,\nconstitue à lui seul une littérature. E t de Rubens même, il\nn’admire en général que l’enchère des tableaux. Je m’arrête,\nne voulant pas transformer cette tombe en tribune. Ni surtout\nsacrifier le présent au passé qui valait moins encore. Mais\nrappelons sans cesse ces vérités salutaires, afin que la jeune\ngénération sache ce que coûtera la victoire complète et\ns’impose une fraternelle reconnaissance envers certaines\nmémoires. E lle se doit aux yeux de l’avenir, comme une\nfamille, dans son intégrale physionomie.\n   Il ne faut pas que nous nous consolions de la mort\nd’Armand Chainaye. C’est une aube radieuse qui rentre dans\nla nuit. Tous ceux qui ont vu ces toiles superbes exécutées à\nun âge où des maîtres n’avaient pas donné d’œuvre person­\nnelle, étaient certains que le pays de Liège tenait un peintre.\nTous ceux qui connaissaient Armand de près en étaient plus\ncertains encore.\n   Il débordait de force et de gaité. Nul plus que lui ne sem­\nblait hors des atteintes du mal qui l’emporte. Il s’annonçait\ncomme un de ces ardents travailleurs heureux, à la Titien,\nterreaux inépuisables que la fécondité soulage plutôt qu’elle\nne les affaiblit. Jamais il ne devait compter avec la lassitude\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "282                                             la Wallonie.\n\n\n\n ni le découragement. Il s’enivrait largement, bien qu’il eût\n la féminité de sa race, des choses fastueuses, des rêves de\n vaillance et de la vie bruyante. Tel un jeune Jordaens gen­\n tilhomme, un Franz Hais parisien, Ajax incarné dans Van\n Dyck. Car il est inutile de parler de sa beauté : elle était\n incomparable : robuste, élégant, un profil martialement. idéal,\n un front magnifique qui rayonnait, un bleu regard magné­\n tique, une toison d’un blond pur, et l’expression du poète,\n “ le mois de mai sur les joues, „ semblait inspirée par lui.\nComment croire que tout cela n’est plus ! Comment le ressus­\nciter un peu! et donner l’idée de sa conversation, la plus\nextraordinaire que j ’aie encore entendue par la subtile puis­\nsance et la déconcertante variété avec laquelle elle éclatait\nen aperçus brefs, allégoriques et spontanés ! Qui fut jamais\nplus spontané qu’Armand ? “ Je suis mes impressions à la\nlettre, me disait-il un jour. Elles se chamaillent parfois. Et\npuis ? L e cerveau d’ailleurs s’amuse à nous jouer de mauvais\ntours. Il nous fait penser à des choses !... „ Violemment spon­\ntanée était sa conversation. Plus impressionniste que docu­\nmentaire, il possédait une intuition prompte comme la foudre,\net sûre. Entre vingt souvenirs, domine celui de notre voyage à\nParis, — il avait vingt ans. Il appréciait les choses étonnam­\nment, d’instinct, ayant peu lu. Au Luxembourg, passant\ndevant des flots de toiles souvent banales, il demeura comme\naimanté par la petite église villageoise de Millet, et s’écria :\n“ C’est la perle, faite de rien. Que les malins analysent ceci ! „\nConduit devant le Sommeil d’Antiope du Corrège, au Louvre:\n“ C’est très beau, dit-il tranquillement, mais je suis trop à\nmon aise... „ Il ne pouvait quitter la Joconde : “ De celle-là,\ndit-il en s’éloignant, on devrait défendre de parler. Ça ne\nsert qu’aux imbéciles et à quoi ça sert-il ? „ L ’être prodigieux\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "    Nos Morts.                                              283\n\nqui s’appelle Rembrandt le fascinait, bien qu’il gardât dans\nses plus fortes admirations du sang-froid : “ Je le connais,\ndit-il, lui seul peint des portraits par en dessous. Les autres\nplus ou moins savonnent. Ils peignent, une lampe à la main.\nLui, de mémoire allumée; ce n’est pas un secret, c’est une\nélectricité du cerveau! „ Et comme j ’exaltais les splendeurs\nfauves du dieu : “ Oui, dit-il, elles sont belles à leur place.\nJe ne préfère aucune couleur. „ Tous ses mots portaient\nainsi, avec une éblouissante facilité.\n   L ’homme indiquait l’œuvre future. On se la figure abon­\ndante, profonde sans effort, outrancière sans pose, diversifiée,\nlargem ent chatoyante et, si l’on veut bien donner au mot un\nsens spécial et favorable, pleine de virtuosité : Armand\naimait les scènes pittoresques, mâles et joyeuses, et les pro­\nfusions très nuancées de fleurs. Dans cette œuvre on achève\nde voir l’homme aussi. Son caractère était complexe et\nmobile. Exubérant, excessif, sensible aux moindres choses,\nil parcourait en quelques minutes, comme un Louis Lambert\nextérieur, tous les claviers des émotions des plus douces et\ndes plus riantes aux plus âpres — mais jamais les sombres.\nIl vivait comme l’oiseau sous la cloche pneumatique, dépen­\nsant en un jour la provision d’une année. Trop jeune encore\npour avoir, avec un tempérament pareil, une des vertus\nessentielles de la force, la patience, il ruait dans les bran­\ncards où la vie nous attache tous : non qu’il eût jamais connu\nle besoin, mais il bouillonnait à la vue des injustes, des sots\net des hypocrites qui s’efforcent de faire passer, comme de la\nfausse monnaie, l’égoïsme et les vices pour des qualités. Il\nblâmait l’abnégation, et eût volontiers fait de sa palette un\nbouclier et de son pinceau une épée. C’était d’ailleurs, à l’oc­\ncasion, un redresseur de torts sans égal. E t pourtant, quelle\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 285, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE Érasme Raway termine en ce moment une", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 1305, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n  Erasme R away termine en ce moment une étude sur la\nIX me symphonie et la musique moderne, qui bientôt va\nparaître en un volume non mis dans le commerce. Le livre\nse compose d’articles publiés dans le Guide musical, corrigés,\naugmentés, enrichis d’une préface; l’auteur y énonce ses\nthéories musicales et son esthétique générale ; c’est à lire.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "    H1ô4 te— lR ue ddee sl’A bbéA m  éricain s\n                                  de l’E pée — 14\n                                PARIS.\nEn face du Luxembourg. Près du Val de Grâce.\n           Au Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                       PENSION DE FAMILLE.\n             T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                   H. Z E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                       L IÈ G E .\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électriqué.\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n             P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_________________ RACCOMMODAGES.__________________\n         En souscription dans nos bureaux ;\n    C R É P U S C U L E S               D ’A M E\n            Livre de vers par Gabriel M       .    ourey\n\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1886, 1887 et 1888) sont en vente\n                             au prix <le G francs.\nLa W allonie et les Écrits pour l’Art se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Ghez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mnlc Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.-\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNÉE, No 8. 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OLIN.\n                                        M a u r ic e SIV ILL E .\n\n\n                Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-08-31-n8-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Envoi d’un numéro spécimen contr", "ancre_fin": "par an. 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Je te souhaitai moins sincère\n                                            (vers).\nJu les B arbey d’A urévilly. Fragments.\nAug. V ierset............................. Gavr’inis (vers).\nH ubert S t ie r u e t .................... Temps perfide.\nAdolphe R e tté ......................... Chronique littéraire : Joies.\nCélestin Dem blon.................... Nos Morts.\n                            Petite Chronique.\n                   Un num éro 50 centim es.\n\n\n\n\n                              Des presses de II. 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R odenbach .\nS e r r e s ch a u d es, par Maurice Ma e t e r l in c k .\n\n\n  LA PLEIADE\n         REVU E M ENSUELLE D E LITTÉRATURE\n                 18, rue Duperré, Paris.\n\n\nÉCRITS POUR L’ART   R EVU E M ENSUELLE\n  L a livraison : 50 centimes ; abonnement : 6 francs l’an.\n          Bureaux : 47 bis, avenue de Clichy, Paris.\n\n                           VO G UE\n  R EVU E M ENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n          Publiée par livraisons de cent pages.\n       Abonnements : Paris, 10 fr.; Etranger : 13 fr.\n           P A R IS , P la ce des V o sg e s, 9.\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                     PROSES.\n\n                                L A V IE R G E .\n\n\n\nD     ans     l’assyrienne salle de porphyre, sous un\n          dais rouge aux insolites fleurs d’argent, la\n         vierge trône,\n            E n ses bruns cheveux, l’éclat sournois\nd’une gemme — comme la lumineuse plaie de son\nrêve.\n   E t l’impériale merveille de son corps adolescent\ng ît insoupçonnée aux plis vastes d’un peplum.\n   Assise en la cathèdre d’ébène — tenant, en sa\ndextre alanguie, l’immémorial sceptre d’orgueil, elle\nlaisse à ses pieds tomber le regard de ses yeux lan­\nguides — ses yeux ténébreux, à peine étoilés d’un\nsonge d’ennui.\n   Distraite, elle regarde les marches de son trône,\nindifférente aux jonchées d’ossements qui parsèment\nles dalles.\n   E t, levant les yeux, ses yeux charmeurs et meur­\ntrière, la sphynge lance aux confins de la salle (car\non voit, entre les massives colonnes de granit,\ns’étendre la plaine infinie), lance son rêve aux hori-\n                                               17\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "254                                           la Wallonie.\n\n\n\nzons clairs, souriante soudain de ses affolantes lèvres\nmauvaises, de ses mauvais yeux lointains :\n\n  L a vierge songe aux victimes prochaines.\n      Mai.\n                                         N OCTURNE.\n\n  pour Albert Mockel.\n   L a nuit rè g n e , malement rig id e , sur la ville\nendormie ; et la lune, enserrée de brumes sournoises,\nsemble le noyau vague d’une nébuleuse qui souffre.\n   Le silence indulgent enveloppe toutes choses et\ncaresse le tas obscur des maisons. L a Nuit, de ses\nlongues ailes joyeuses de vampire, réchauffe les\nsommeils épars, et son haleine torpide rallume la\nmensongère flamme du rêve au brasier des espoirs.\n   La lune, étranglée en son carcan de brouillards,\nparaît un chef exsangue d’assassiné. Est-elle donc\nsi lointaine qu’on n’entende geindre son agonie?\n\n   Soudain, comme un rire de gavroche s’égrène en\nricanant le carillon de minuit : “ Dormez... dormez ! „\nAlors, dans la paix des alcôves, des ombres doulou­\nreuses s’agitent, et de leur sommeil repoussent\nvaguement un cauchemar.\n\n  E t la lune, là-bas, meurt étouffée, sans pouvoir\ncrier sa mort.\n      Juin.             Ch a r l e s   DELCHE VALERIE.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "JE TE SOUHAITAI MOINS SINCÈRE.\n\n\n\n\n  J E te souhaitai moins sincère et moins expansive,\n _ plus compliquée, et moins trop ardente en tes élans,\n     moins toute de primesaut, mais d’âme plus pensive,\n     d’âme subtile, musicale, à baisers plus lents.\n\n    Je rêvai des abandons savants, des impudeurs\n    liturgiques, des caresses bien étudiées,\n    même des imperfections, certaines laideurs\n    impérieuses, et des beautés falsifiées.\n\n    Je voulus que notre amour fut une chose rare,\n    personnelle et pas le moins du monde à la portée\n    de tous; un rêve réel de volupté bizarre,\n    infiniment diverse et longuement dégustée :\n\n    Les lèvres chercheuses venant se réfugier\n    on ne sait où ; des étreintes parfois incomplètes ;\n    le vol d’un désir moderne, quintessencié,\n    s’égarant au tout hasard fou des routes secrètes ;\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "256                                                 la Wallonie.\n\n\n\n      E t puis, et surtout d’ineffables communions\n      de nos deux âmes et sans que nos deux corps s’en m êlent,\n      de ces riens qui vous ouvrent le ciel, séductions\n      des yeux aimés, au vouloir des Psychés qui s’appellent,\n\n      Envols audacieux vers un grand plaisir cherché\n      toujours, jamais atteint, mais qu’on sait devoir fleurir\n      un jour... et plus tard, trouver quelque nouveau Péché\n      si monstrueux, mais si bon qu’on en puisse mourir.\n\n                                           G a b r ie l M O U R E Y .\n\n Extrait Je Crépuscules d'âme, en préparation.\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "  de JU LES B A R B E Y d’A U R É V I L L Y .\n\n\n\n\n    ... Ce ton détaché qui semble ne pas tenir du tout\nà la réponse et qui est l’hypocrisie de la curiosité.\n   L e calme était déjà revenu dans ce dandy, le plus\ncarré et le plus majestueux des dandys, lesquels —\nvous le savez ! — méprisent toute émotion, comme\ninférieure, et ne croient pas, comme ce niais de\nGoethe, que l’étonnement puisse jamais être une\nposition honorable pour l’esprit humain.\n   ... on v it plus dans la vie qu’on n’a pas que dans\nla vie qu’on a.\n   Rien ne ressemble plus à un moine qu’un soldat.\n   ... dans ce premier âge de la vie, la volupté a son\népouvante...\n  Si j ’étais timide, je ne voulais pas être un niais ! L a\ngrande raison française pour faire sans remords tout\nce qu’il y a de pis.\n  ... la haine a soif de mépris. Le mépris, c’est son\nnectar, à la haine !\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "258                                     la Wallonie.\n\n\n\n    E lle ne me répondit jamais que par de vagues\nétreintes. Sa bouche triste demeurait muette de\ntout... excepté de baisers !\n   Il y a des femmes qui vous disent : “ Je me perds\npour vous ; „ il y en a d’autres qui vous disent : “ Tu\nvas bien me mépriser; „ et ce sont là des manières\ndifférentes d’exprimer la fatalité de l’amour.\n    Je compris la jouissance du mystère dans la com­\nplicité, qui, même sans l ’espérance de réussir, ferait\nencore des conspirateurs incorrigibles.\n    ... car, avec les dandys, on n’a guère que la plai­\nsanterie pour se faire un peu respecter.\n   Tout s’assoupit dans l’âme la plus robuste, et peut-\nêtre parce qu’elle est la plus robuste...\n    ... Une vieille mécontente aux yeux bleus, froids et\naffilés...\n   .... [des femmes, voyant le front vieilli de don\nJuan] regardaient peut-être l’heure qu’il était pour\nelles à ce front.\n    ... les lumières élargies et rampantes des mille\nbougies des candélabres, ces bouquets de feu aux\ntiges sculptées de bronze et d’or.\n   Lionne, d’une espèce inconnue, qui s’imaginait\navoir des griffes, et qui, quand elle voulait les\nallonger, n’en trouvait jamais dans ses magnifiques\npattes de velours. C’est avec du velours qu’elle\négratignait !\n   ... tout était simple et Dandy comme l’entendait\nBrummell, c’est-à-dire irremarquable, dans la tenue\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "    de Jules Barbey d'Aurévilly.                     259\n\n de cet homme qui n’attirait l ’attention que par lui-\n même...\n     ... ses yeux, deux larges diamants noirs taillés\n pour toutes les fiertés de la vie...\n     C ’était, aurait-on cru à les voir ainsi passer, des\n créatures supérieures, qui n’apercevaient pas même\n à leurs orteils la terre sur laquelle ils marchaient, et\n qui traversaient le monde dans leur nuage, comme,\n dans Homère, les Immortels !... Ils étaient superbes,\n en s’éloignant ainsi, sous les rayons du soleil de\n midi, dans la majesté de leur entrelacement, ces\n deux êtres...\n    Pour les âmes nobles, ce danger, de cela seul qu’il\n est ignoble, est d’autant plus grand ; et Savigny, en\n s’y exposant, y trouvait peut-être la seule anxieuse\n volupté qui enivre vraiment les âmes fortes.\n    Là, comme dans les rares maisons de Paris où l’on\n a conservé les grandes traditions de la causerie, on\nne carre guère de phrases, et le monologue est à peu\nprès inconnu. Bien n’y rappelle l’article du journal\n et le discours politique, ces deux moules si vulgaires\n de la pensée, au dix-neuvième siècle. L ’esprit se\n contente d’y briller en mots charmants ou profonds,\nmais bientôt dits ; quelquefois même en de simples\nintonations, et moins que cela encore, en quelque\npetit geste de génie. Grâce à ce bienheureux salon,\nj ’ai mieux reconnu une puissance dont je n’avais\njamais douté, la puissance du monosyllabe.\n    ... Elles cherchaient peut-être à corporiser leurs\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "260                                      la Wallonie.\n\n\n\nrêveries, ce qui est aussi difficile que de spiritualiser\nses sensations.\n   Les filles, ruinées par la révolution, mouraient\nstoïquement vieilles et vierges, appuyées sur leurs\nécussons qui leur suffisaient contre tout.\n   L a voix, ce ciseau d’or avec lequel nous sculptons\nnos pensées dans l’âme de ceux qui nous écoutent et\ny gravons la séduction...\n   ... l’homme fait partie du génie ou du talent qu’on\na... : les hommes qui ne sont pas plus grands que leur\ngénie n’ont pas un génie qui soit vraiment grand.\n   L a gloire est quelquefois grotesque pour dégriser\nd’elle ceux qui l ’aiment trop.\n   Il y a comme cela de par le monde de la librairie,\ndes messieurs dont la fonction est de faire des\nnotices sur les livres et qui sautent ainsi sur les\népaules des auteurs connus, pour qu’on les voie.\n   ... la Bête immense à mille pattes qu’on appelle la.\nPhilosophie du X V I IIe siècle, ce monstre perce-\noreille qui perça partout doctrines et mœurs.... cette\nchimère de Philosophie, ce serpent qui se mord la\nqueue sans pouvoir l’avaler jamais...\n   La ressource des amours-propres offensés, c’est une\ndéfinition meurtrière de la Critique.\n   Ce sont les détails qui donnent aux œuvres de la\npensée ou de l’art leur prestige, leur danger, leur\ndurée. Ce sont les détails seuls qui les font vivre...\n   Sainte-Beuve, dont présentement les Lilliputiens\ndes journaux font un grand critique, et qui, selon\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "    de Jules Barbey d ’Aurévilly   .                            261\n\nmoi, en était un petit, Sainte-Beuve, qui voyait\nmenu, trottait menu, disait menu, n’avait pas cette\npuissance de l’invention, la plus belle qu’on puisse\navoir en critique, et qui s’ajoute au discernement. Il\nn’était pas de force à refaire d’ensemble ce qui avait\nété manqué en détail. Il ne montra jamais par un\nexemple le parti qu’on pouvait tirer d’une idée. Il\nn’en éventra jamais aucune. Il se contentait de dire\nsa petite impression; puis se retirait sous ses petites\nphrases, petit serpent de ces petites fleurs !\n   Le Passé est irrévocable et on ne cache pas ce\nqu’on a été autrefois avec ce qu’on est présentement.\n   Un livre publié est un acte accompli, et s’il fut une\nerreur ou une faute, les irréparables fautes ne se\nrachètent qu’en se confessant.\n   L ’homme ne peut toucher à la vérité s’il n’a déjà\nété touché par la vérité. Pour faire le premier pas\nvers elle, il faut qu’elle soit déjà en lui.\n   Si Dieu n’envoie pas de ces grands esprits omni­\npotents qui sont comme les Thaumaturges de la\npensée, et qui la frappent et la changent par les\nmiracles du génie, il n’y aura bientôt plus moyen de\nla ressusciter !\n   .... si, au lieu de brûler les écrits de Luther, dont\nles cendres retombèrent sur l’Europe comme une\nsemence, on avait brûlé Luther lui-même, le monde\nétait sauvé, au moins pour un siècle (1).\n\n (1) Il y a ici, une note explicative développant ce thème : de deux\nmaux choisir le moindre.\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "262                                      la Wallonie.\n\n\n\n  Les hommes se trompent sur les idées, mais les\nidées ne trompent pas les hommes. Tout ce qu’elles\nportent dans leurs invisibles flancs en sort toujours-.\n   .... cette publicité dévorante de chaque jour, sem­\nblable à cette gueule de Lion, à Venise, où chacun\nvenait jeter ses délations. Hélas ! nos pensées sont\nles délations des temps actuels, sur lesquelles l’Avenir\nnous jugera ; — cruel conseil des D ix qui jettera aux\nLagunes nos mémoires !\n   C ’est une idée de myope de croire qu’il y ait ici-bas\ndes choses tout à fait inutiles.\n   Les mots heureux sont comme les gens heureux :\n— on leur passe tout, même d’être absurdes.\n   Il faut des prophètes aux nations vieilles qui ont\nle sentiment de leur vieillesse et qui, ne pouvant se\nrésoudre à mourir, voudraient noyer les angoisses de\nleur dernière heure dans toutes les ébriétés de\nl’avenir.\n  Pour influer sur une époque, il ne faut pas trop la\ndominer.\n   Ce qu’on prend à la Vérité Éternelle pour le\ndonner au Temps consommateur, égoïste et ingrat,\nle Temps ne le rend jamais et l’a bientôt dévoré.\n   Il n’est pas toujours sûr de jeter le talent qu’on a\ndans le gouffre de son époque, comme le Doge de\nVenise jetait son anneau dans la mer, qu’il ne crai­\ngnait pas d’épouser avec ses tempêtes, ses monstres\net ses fanges. A cela, on ne gagne qu’une épouse\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "    de Jules Barbey d ’Aurévilly.                    263\n\norageuse, perfide et souillée, et souvent on perd son\nanneau.\n   .... ces fiers génies appartenaient à la Vérité\nabsolue, et par tout ce qui les avait constitués d’im­\nmenses forces intellectuelles, repoussaient loin d’eux\nles indignes vasselages de l’espace et du temps.\n\n    Dans la vie intellectuelle de l’écrivain ou de\nl’artiste, il est un livre, il est une œuvre qui fait la\ndestinée et tout à coup se trouve marqué à jamais de\nl ’ongle éclatant de la gloire. Littérairement, ce n’est\npas toujours le livre qui honore le plus le talent de\nl’écrivain, ni l’œuvre de l’artiste qui a le plus de\nperfection et de rondeur. Mystérieuse préférence de\nde la gloire, qui, comme les femmes, préfère bien\nsouvent sans choisir !\n    .... cette pointe d’esprit aiguë et subtile qui se\nplante aux articulations de toutes choses et entre un\nbrillant comme un glaive de cristal...\n  .... l’Erreur est essentiellement prolifique. Terrible\nMégère de l’esprit qu’elle épouse, elle l’asservit par\nses enfants.\n  .... si nous cessons d’être chrétiens, nous ne vau­\ndrons même plus assez pour être idolâtres.\n  Les guerres d’idées sont des guerres sans entrailles.\nLes guerres d’intérêts ou de sentiment ont leurs\nlassitudes, mais les guerres d’idées vont toujours. Il\nn’y a pas de T rève de Dieu pour elles. On croirait\nqu’entre la Vérité et l’Erreur, Dieu a voulu qu’il y\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "264                                        la Wallonie.\n\n\n\neût une espèce d’anthropophagie intellectuelle. Il\nfaut que l’une dévore l’autre pour qu’il y ait paix....\n\n   Les bêtes sentent l’orage quelques minutes avant\nl’orage... les h ommes aussi. Un immense frissonne­\nment court déjà le long de l’échine de la vieille\nEurope et lui lève le poil sur son corps épouvanté.\nLes Evénements, ces Muets de la Providence, comme\ndes canonniers à leurs pièces, sont près de laisser\ntomber l’étincelle... qu’arrivera-t-il ? (1850)\n\n\n\n                J u l e s B A R B E Y d’A U R É V IL L Y .\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                  G A V R ’INIS.\n\n\n\nL a pipe de bois noir vissée au coin des lèvres,\n   Cheveux bouclant sous le chapeau de cuir bouilli,\n   Le mathurin, tanné des vents, jauni des fièvres,\n   — Ayant sous tous les cieux trime dur et vieilli —\n   M'effeuillait le bouquet ingénu des légendes.....\n\n   Dans la brise rêvait l’âme morne des landes ;\n   Vers la plage, en chantant, la mer houlait ses flots,\n   Et devant nous, au sein d’un archipel d’ilots,\n   Gavr’inis, l’île du géant, dressait, superbes,\n   Ses bords où les Morgan se jouent parmi les herbes.\n\n   Le vieux Breton disait les chants des anciens jours;\n   Myrdhinn ; la ronde impie et folle, au clair d’étoiles\n   Des nains velus autour des croix des carrefours ;\n   Les sveltes korrigan au corps paré de voiles,\n   Pilleuses de berceaux et blancs esprits de mort,\n   Qui démêlent, au brun de nuit, près des fontaines,\n   Leur chevelure blonde avec un peigne d’or ;\n   Il disait les Morgan, filles des eaux, sirènes\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "266                                         la Wallonie.\n\n\n\n      Au torse souple, à la voix douce, à l’œil fatal,\n      Qui volontiers, vers leurs retraites de cristal,\n      Attirent les mortels, le front ceint de verveines.\n\n      Puis le vieillard conta les prouesses des preux......\n\n      Le soleil déclinant ruisselait dans le creux\n      Des vagues', l’on eût dit qu’en essaim les ondines\n      Glissaient, voiles sertis de perles smaragdines ;\n      Et dans le flamboiement de la pou p re et des ors\n      Gavr’inis— où les nains ridés,aux pieds faunesqu.es,\n      Dansent sous les dolmens en comptant leurs trésors—\n      Pour mieux glorifier ces récits titanesques,\n      Mêlait ses frondaisons aux fastueux décors.\n\n                                        A u g . VIERSET.\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "               TE M PS PERFIDE.\n\n                                          Laekcn, I er mal.\n\n\n         lAlusif des joies en allées, le temps, ce soir,\n           ramène vers la côte sinueuse de mes pensers\n           la yole rapide et silencieuse où, mi-assoupi,\n           voguait le passé vers l’océan d’oubli.\n   Les idées, d’un long sommeil s’endorment, prin­\n cesses de contes, filleules de fées : revive le soleil qui\nles fit éclore, resplendisse le ciel d’alors, souffle la\nbrise qui agita leurs mousselines et, troublantes sous\nle magique baiser du prince Charmant, elles se\nrelèvent radieuses et ressuscitent avec les choses\nsœurs.\n   Oui, le temps est perfide, car, je n’aime plus, je ne\nveux plus aimer et un renouveau de cœur invinci­\nblement m’anime. J ’étouffe. Contre les murs de ma\nchambre, se replient, souffrantes, les grandes ailes\nroses et transparentes de mon âme essorée; follement,\nnaît en moi le désir immense d’abattre facilement\nles obstacles, d’un geste lent et tout-puissant.\n   De l’air !\n   De la lumière !\n   De l’espace!\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "268                                      la Wallonie.\n\n\n\n   Trop large entre deux files çà et là interrompues\nde maisons ridiculement mièvres et discordantes,\nl’Avenue de la Reine : sympathique, parce qu’elle\nlaisse à mon œil la joie de chercher très loin ses\nrêves. — Oh ! la douloureuse horreur d’un mur\ndont la prétentieuse petitesse me cache l’Infini! —\nSympathique, l’Avenue qui n’est que détail s’hu­\nmiliant sous la sereine splendeur d’un ciel où traîne\nun froissement de gaze dont les déchirures se dentel­\nlisent d’argent.\n   La magie de mes grandes campagnes couvertes\nd’avrillet m’effleure et je pense aux flots de latente\nvie impatiente qui va, crevant les bourgeons, inonder\nles bois, les prairies, les cœurs. Cependant roule,\ntriomphale, la débordante coulée de lumière, vers\nl’église qui, soudain, là-bas, en un élancement d'autel\ngigantesque, surgit comme pour l’empêcher de péné­\ntrer, inutile et ironique, dans l’orgueilleuse nécropole.\n   Le temps d’aujourd’hui, dans ces mêmes lieux, je le\nconnais. Il fut déjà où je l'ai imaginé identique; il\nm’émeut, mais, je ne puis traduire avec certitude,\nsouvenir ou réalisation.\n   Les passants, nuls dans leur nature et leurs per­\nsonnalités , n’existent que comme mouvements,\néléments infimes, mais nécessaires de l’Ambiant si\npropice et adéquat à l ’état de mes esprits plus\nagités que les rurales solitudes souventes fois pré­\nférées. Je ne les vois point, les passants, mais, je\nsens qu’ils se meuvent !\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "    Temps perfide.                                 2G9\n\n  Or, devant moi, la Senne, — long serpent glauque\nexhalant les pestes, sorti des sombreurs d’égouts\ndamnés ralant sous la ville, — en vain, s’efforce de\npétrir de rayons ses eaux troubles. S ’éternisent son\naspect de haillons et sa nostalgie des rives vertes\nentre les deux murs très hauts. Au-dessus d’elle,\npleurant la lumière, le Vieux Songeur aux rides\nprofondes, couleur des chemins, la casquette de\nloutre enfoncée sur des yeux inutiles, levés vers un\nciel impitoyable : la balèvre tombée d’indifférence,\nla dextre tendue, tenant la calotte quêteuse et le\nbâton avertisseur de l’obstacle, l’aveugle, de la\nmain gauche, use le garde-fou et enferme dans la\nlongueur du pont son pas d’Ahasvérus en la nuit\néternelle.\n   Soudain, sur un fond resplendissant, il se dessine\nsuperbe, en des contours à la Michel-Ange et sort du\ngrand V ague où nageait ma pensée, parce qu’une\nfemme jeune lui a jeté son obole. — Oh ! avec quelle\npuissance illuminant mes vues ! — et pourquoi si\nmagnétique, la lointaine et svelte apparition ?\n  Mais le temps est clair, plein de voix et je ne suis\nplus enveloppé du grand manteau de songeries,\nbleuâtre comme une fumée de cigarette issant des\ndeux lèvres saignantes d’une sultane.....\n  Une voiture de tramway file, trop criarde en sa\ncouleur verte et le piaffement brutal des chevaux.\n  Deux saluts d’indifférents m’importunent, met­\ntant, comme deux tâches dans mon paysage presque\n                                              18\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "270                                        la Wallonie.\n\n\n\ninexistant, deux visages radieux de seule et stupide\nmatérialité.\n   A u loin, cette taille jolie, mais, semble-t-il, pareille\nà tant d’autres, cette démarche de sylphide, tyran­\nnisent mes regards : légère, la jeune femme va, va,\ntraversant, plus attirante, les flots de soleil jaillissant\npar les brèches du mur d’ombre des constructions....\n   V oici que l ’Avenue bifurque et les deux chemins,\nse traînant disgracieux, gravissent les Deux-Ponts,\nenfermant, — échappée à la voracité dévastatrice de\nla ville où croissent trop d’hommes pour laisser place\nà l’herbe, — une belle oasis aux couleurs de tendre\naveinière.\n   Puis, par l’austère grillage, je vois l’astucieux bou ­\nlingrin qui, profondément se dérobe : c’est un antre,\nune fosse de fauves. A u fond, glissent, acérains et\nnombreux, de longs serpents minces et, dans une\nfumée noire aux multiples et effrayantes volutes, je\ndevine le monstre, sifflant, grondant, crachant des\nflammes, rugissant, qui s’éloigne et sème du feu.\n   Plus rapide que lui, je franchis les espaces, jaloux\nà la pensée que, sans moi, il parcourra les lieux\nchers où, mélancolique, chante tout un temps dis­\nparu.\n   Fugace est cette pensée. — Toujours, là-bas,\ns’agite le petit manteau clair de la bachelette chari­\ntable. E t que m’importe ce manteau ?.... E t cette\npersonne.... ? Je n e la connais point ; elle ne se doute\npas qu’elle m’intéresse. Pourquoi s’obstine-t-elle à\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "    Temps perfide.                                  271\n\nmarcher devant moi : ou plutôt, pourquoi me suis-je\ndétourné pour la suivre...?\n    Une attraction suprême me guide et, de me voir\nplus près d’elle, un bonheur m’allège. J ’aperçois\n distinctement son chapeau, un coquet chapeau relevé,\naérien; cette coiffure m’hallucine et ce profil que\nj ’entrevois....\n    Inconnu ? — E t ce geste... ?\n    Apertement se confirme une notion antérieure,\nmais incomplèment remémorée. Les abîmes des\ndéroutants mystères s’ouvrent, insondables; m’as­\nsaillent les souvenirs des dogmes professés en deçà\nde nous, de la possibilité d’une première vie, de l’im­\nmortalité des âmes et des idées, de la métempsycose\ndes brahmines.\n    L a nuit insensiblement accroche ses grandes\nombres aux angles des rues, le crépuscule comble les\nlointains, fait l’espace plus chattemite, le capitonne\nde rêves et charge la brise de caresses.\n    Sans cesse du même pas, rapide et sautillant, Elle\ntraverse la place Liedts, suit la montueuse Rue\n des Palais, comme la Chimère enjoleuse, jamais\natteinte, sans cesse me forçant à la suivre, à chaque\ndétail qu’elle me découvre, rivant une nouvelle\nchaîne.\n\n\n  L a Rue Royale, longue entre deux guirlandes de\nréverbères.....\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "272                                      la Wallonie.\n\n\n\n     De la balustrade du Jardin botanique, mon regard\n  se perd dans le vaste panorama ; jusqu’au plateau\n extrême, jusque dans le ciel, partout, éclatent les\n lumières et, derrière mes visions diaphanes, m’entoure\n une géante aventurine.\n     Cependant la ville se mouvemente. Dans l’empres­\n sement de la foule désireuse de loisir, la jeune femme\n a disparu        Je ne la vois plus et, d’abord, une\n douloureuse sensation d’esseulement, de tristesse,\n m’étreint.....\n    Que dis-je ?\n    Mais la voici près de moi, me frôlant      E t pour­\n tant, elle est partie, mais son image, son ombre plus\n troublante est là : l’appel de mon âme l’a créée et je\n sens que la personne m’était indifférente ; l’appa­\nrence seule me captivait et l’évocation dépourvue de\nréel me charme.....\n    Elle tourne la tête vers moi, sourit....\n    T o i! T oi! — C’est ton inconscient souvenir que\nj ’ai poursuivi en l’Inconnue ! J ’ai marché sur ses pas\nparce ce qu’elle te ressemble !\n    Mais, je ne t 'aimais plus ! Tu m’as trompé en te\nglissant perfidement sous les habits de cette femme....\nPourquoi es-tu là ? Qu’espères-tu ? —\n    A travers tous les bruits et tous les oublis, oh ! la\npersistante mélodie des anciennes Aimées, balancée\nsur les revenantes effluves des heures d’amour !\n\n                              H ubert   S TIE R N E T .\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "          CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n                                              JOIES (1).\n\n   L ’an dernier, M. Francis Vielé-Griffin donnait Ancaeus,\ndrame symbolique et légendaire déroulé en un décor de\npampres et de fêtes, où le rêve aussi s’évaguait vers les flots\noccidentaux qu’illustra le glorieux sillage du navire Argo. De\nla Toison d’Or, étendard chimérique comme éployé dans la\nnuit par la main fantômale de quelqu’un des Argonautes\nmorts, demeurait la splendeur fatale incluse en l’âme d’An­\ncaeus, unique survivant, afin qu’au seuil nuptial, par une\ninvitante Hécate d’été, il connut mieux que la suprême joie\nétant d’illusion, il la garderait emportant, en l’ombre der­\nnière, l’intact prestige de cette harmonieuse épousée de\ncrépuscule : Samia virginale.\n  Aujourd’hui, M. Francis Vielé-Griffin publie une suite de\npoèmes, Joies, sur un thème de même idéal et qu’il développe\nde la sorte : l’exquise grâce flavescente d’une jeune femme\npasse en des paysages, surtout d’automne et de printemps, se\nmagnifie de rayons en nuances douces, selon le rythme versi­\ncolore d’une campagne indiquée par de musicales strophes\n  (1) Joies, livre de vers par M. Francis Vielé-Griff in, chez Tresse et\nStock, à Paris.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": " 274                                             la Wallonie.\n\n\n\n  qui la peignent de calme, de silence frissonnant et de mystère\n  un peu; ou profilée, cette amie, au bord d’une rivière lente­\n  ment fuyeuse, tandis que la pare d’un charme triste l’ombre\n  grisâtre des saulaies. Aussi, le poète erre avec elle le long\n  des grèves où se plaignent de mourrir sans cesse et sans\n  cesse les orgues mouvantes de la mer. Et combien, en un\n  adorable unisson, se marient partout leurs pensées et leurs\n  songes ; parfois, des repos sans vaines paroles et voués à la\n joie d’être deux et de réaliser, plus solitaires, le sens intime\n  et si complexe de l’immanente féerie des choses, parfois, des\n  dialogues discrets où l’idée, identique en eux, s ’échange et se\n répercute, sonorités comme d’un cristal éolien, d’une âme à\n l’autre — tel un sanglot de bonheur en demi-teintes et de\n tristesse au fond, quelque plainte d’une viole d’amour plus\n vibrante parmi la flexible et profonde symphonie dont les\n adule et les berce le grand Pan éternel.\n    E t puis, le livre fermé, s’impose cette irréparable vérité :\n toute joie, pour une âme haute, est faite de tristesse parce que\n d’un instant; toute joie expire en tristesse parce qu’illusoire;\n toute joie est illusoire parce que la vie est d’illusions; et toute\n joie se double de résignation parce que le peu qu’elle fut,\n console peut-être de n’avoir goûté la joie parfaite toujours\n pressentie, jamais réalisée.\n    Je ne veux rien citer et pour cette raison-ci : les poèmes\n de M. Vielé-Griffin sont d’une texture si serrée et pressante,\ntoutes les strophes s’y enchaînent d’un tel lien orchestral,\n que je croirais commettre un crime de lèse-poésie, les déflo­\nrer, en en détachant quelques vers.\n    Je signalerai un nouvel et heureux emploi du refrain\nmodifié et déplacé d’après les facettes changeantes de l’ém o­\ntion ; l’effet obtenu est ravissant surtout en ces deux rondes :\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "     Chronique Littéraire.                                     275\n\nles Cloches du Nord (publiées dans la Revue indépendante de\n1888) et Où est la Marguerite? (la Vogue de juillet 1889 en\neut la bonne fortune).\n   Je ne veux pas non plus disséquer le faire de M. Vielé-\nGriffin; il est sien, bien sien, cela suffit; — et, au surplus,\ntoute écriture à ce sujet me paraîtrait dénuée d’intérêt: le\nseul métier — aussi le devoir — d’un poète étant de sincère­\nment et personnellement traduire son émotion pour, avant\ntout sa propre estime, et ensuite pour valoir la gratitude des\nlettrés — j ’entends un poète, titre que je considère quasi\ncomme un absolu rare — à quoi bon le fastidieux et dessé­\nchant labeur d’édifier des théories qui ne sauraient être que\npersonnelles et qui, promulguées, n’acquerront jamais\nvaleur de loi, puisqu’elles ont presque toujours lieu au détri­\nm ent d’œuvres par elles empreintes de système — soit\nd’étriquement, voire même de cacophonie, et la cause : trop\nde réglementation à priori. La seule loi pour le poète —\nM. Griffin l’a excellemment compris — sera donc d’affirmer\nson droit à une poétique libre, poétique qui résultera de ses\nvers et non d’après laquelle ses vers seront faits ; qu’il œuvre\nartistiquement et —- encore une fois — sincèrement : nul n’a\nrien à lui demander de plus. Tout autre principe d’art lui sera\noiseux, fit-on intervenir, pour l’étayer, tels racontars plus ou\nmoins scientifiques, qu’il vaut mieux laisser tranquilles.\n   Je relève encore l’heureux parti que M. Vielé-Griffin a su\ntirer de chansons populaires, en tant que motifs choisis très\nfinement ; ce sont thyrses légers ravis à un trésor trop\nnégligé et qu’il est, je crois, le seul jusqu’ici, des tout contem­\nporains avec l’à jamais regretté Jules Laforgue, à savoir\nmettre en valeur — thyrses, par son fait, magiques où s’en­\nguirlande le méandre odorant et fleuri de ses vers.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "276                                               la Wallonie.\n\n\n\n   Parmi cette jeunesse jusqu’à cette heure tant raillée,\noutragée aussi par un hypocrite écrivain qui, sous couleur de\nsauvegarder « la dignité de l’art, » se permit, récemment\nencore et sans aucun mandat, d’anonymes injures à l’égard\nde poètes dont le mépris lui est acquis (1), parmi ces sincères\net hauts lettrés qui, tôt ou tard, — malgré tous Lemaître,\nHenry Fouquier et autres aligneurs de nul, en outre du chro­\nniqueur mentionné plus haut — seront reconnus pour tels,\nM. Francis Vielé-Griffin s’affirme, une fois de plus, un des\npremiers. — Ce témoignage d’ami apporté ici qu’il fait œuvre-\nbonne lui sera, je l’espère, un plaisir.\n\n                                         A do lph e R ETTÉ.\n\n (1) Dédié à M. Rosny de la Revue indépendante.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                    NOS MORTS.\n\n                              ARMAND CHAINAYE.\n\n   La jeune écolo de peinture belge, et nos amis Achille et\nHector Chainaye, viennent de faire une grande perte par la\nmort d’Armand Chainaye, à la famille de qui La Wallonie\nadresse ses plus vives condoléances.\n   Armand Chainaye était né à Liège le 1er janvier 1864.\n   Il fit des études complètes de peinture à l’Académie royale\ndes beaux-arts de cette ville, où ses professeurs et ses con­\ndisciples le tenaient pour un esprit doué des plus belles\nqualités d’art. Malgré l’originalité instinctive et le caractère\nprimesautier de ses débuts, il obtint plusieurs distinctions\ndans les dernières années.\n   Qui ne se souvient de cet exubérant garçon, joyeux,\nexagéré, plein de cœur, débordant d’enthousiasme pour les\nchoses de l’Art, ou transporté de colère à la vue d’une\nmesquinerie ? Quel tempérament d’artiste ! Une intuition\nmerveilleuse suppléant à l’expérience, un instinct inné du\nbeau, l’horreur du convenu, du banal, de l’officiel, une sur­\nprenante richesse d’imagination, tout lui était dévolu. Ses\ndébuts avaient annoncé une fière personnalité. Paysages,\nfleurs, une grande page historique, Caïn : dans ces divers\ngenres s’affirmait sa vision hardie, sa palette claire et neuve.\nIl laisse en outre des morceaux de sculpture excellents.\n   Il avait quitté Liège depuis quatre ans pour se fixer à\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "278                                            la Wallonie.\n\n\n\nBruxelles. C’est dans ces quatre dernières années qu’il entre­\nprit de grand travaux d’art décoratif. Ne nommons que les\nœuvres principales : Un Repas au Moyen âge, toile exécutée\nen 1885 pour l’hôtel Notger, place St-Lambert, à L iège; de\ngrands panneaux représentant des Scènes de la Vie des Champs,\nqui décorent les salons d’un château aux environs de Liège ;\nenfin les robustes et spirituelles peintures de la Taverne de\nMunich, rue de Namur, à Bruxelles, d’une variété et d’une\ngamme si originales, achevées en février 1888.\n   En travaillant à cette œuvre, pendant l’hiver rigoureux,\nil contracta une bronchite qui s’aggrava bientôt et dégénéra\nen phthisie pulmonaire.\n   Pendant sa maladie, Armand Chainaye exécuta une série\nde petites œuvres, tableaux charmants de fleurs, tout rayon­\nnants de lumière subtile ; ce furent les derniers essais de cette\nâme pleine de poésie, dont les premiers essais annonçaient un\npeintre gracieux et puissant, à la vision riante et multiple.\n   Armand Chainaye est mort à Bruxelles le 9 août dernier.\nToute la jeunesse artistique du pays était représentée à ses\nfunérailles, le 12 août. D e nombreux artistes et des hommes\nde lettres d’un nom connu avaient également tenu à y assis­\nter. Citons au hasard de nos souvenirs : MM. Vinçotte,\nLambeaux, Dillens, Raway, Feron et Lorand de la Reforme,\nHallaux de la Chronique, V olders du Peuple, le Dr Jorissenne,\nDemblon, G-iraud, Maubel, etc, etc.\n   Au cimetière de Saint-Josse-ten-Noode, où l’inhumation a eu\nlieu, Célestin Demblon a prononcé un émouvant discours. Ce\ndiscours évoque en des termes si parfaits le souvenir du jeune\nartiste disparu, il dit si éloquemment les regrets que nous\ncause cette mort, que nous avons voulu le reproduire ici\nmême, le tenant pour un portrait décisif d’Armand Chainaye.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "     Nos Morts.                                             279\n\n                        Discours de M. Célestin Demblon,\n               Messieurs,\n    Fixer tout ce qui m’assaille sur la tombe d’Armand\n  Chainaye, vous émerveillerait de douleur.\n    Mais quelle n’est pas notre faiblesse devant nos plus pro­\n fonds sentiments et nos plus hauts devoirs! et comme cette\n faiblesse s’accentue encore quand il s’agit de saluer suprê­\n mement, non pas un artiste mort vieux et dont l’œuvre\n supplée dans toutes les imaginations à l’indigence des paroles,\n mais une gloire fauchée en herbe ! C’est alors qu’est malaisée\n la tâche, l’amitié suspecte en raison même de sa force, mais\n c’est alors aussi, peut-être alors seulement, que l'art doit\n prendre le deuil.\n    Notre cher Armand Chainaye meurt à l’aube. Artistique­\n ment il n’a que vingt-quatre ans, car depuis un an et demi, il\n lutte contre un implacable mal. Mais l’aube fait pressentir le\njour, et quand un chêneau s’élève d’entre les broussailles, on\nsait ce qu’il deviendra. Le beau jeune homme qui quitte le\nsoleil et la vie qu’il adorait, serait devenu un artiste de\ngrande taille.\n   Il appartient d’ailleurs à une famille comme à une géné­\nration exceptionnelles.\n   Fam ille élue qui donne aux lettres et aux arts trois frères\nprofondément doués. Famille originaire de Namur et par la\nmère de l’exquise petite ville de Dinant où naquirent les\ndeux premiers peintres de W allonie, Joachim Patenier et\nAntoine W iertz. Les mystérieuses et logiques alchimies qui\nprésident invariablement, comme des fées lointaines, aux\nélaborations d’un artiste, unirent un de ses membres, puis­\nsante nature, à une de ces admirables mères dont mon pays a\nle secret, s’il y a un pays des mères, dont la distinction n’est\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "280                                            la Wallonie.\n\n\n\nsurpassée que par la tendresse, et dont la tendresse essuie\ntous les assauts et toutes les traîtrises du malheur, en vertu\n de l’inexorable loi que la supériorité s’expie. Mais la souf­\nfrance est un philtre ! Si tout se paie, quel ne doit pas être le\nprix de la gloire ? Voici le cinquième fils de cette mère qui\nentre dans l’autre vie. Il fallait, au risque d’atteindre de\ndélicates fiertés, mêler dans un même souvenir ceux qui\nrestent à celui qui s’en va, évoquer, à cette heure poignante,\nl’image du foyer le plus intensément artistique qu’ait eu\nL iège, foyer charmant et sacré, puisque toutes les autres\ngrandeurs se subordonnent à l’Art éternel, foyer où nous\npassâmes d’adorables heures, comme enfoncés dans l’âme\nmême du pays, concentrée et rayonnante là, et que tu ne\nverras plus, mon cher Armand, bien que ta présence mystique\nl’emplisse à jamais !\n   E lle reste aussi dans ta génération. Tes frères d’armes\nsauront garder ta mémoire, comme ces guerriers antiques\nqui complétaient leur triomphe en ramenant les restes du\njeune héros, arrachés à l’ennemi. Ils ne t ’abandonneront pas\nsur le champ de bataille, ni toi, ni le vigoureux Henri de\nTombeur dont tu traçais naguère la colonne funéraire, ni le\nsémillant Max W aller, tous deux si beaux, ni d’autres encore.\nLes arts sont solidaires, c’est aux écrivains surtout à te\nrecueillir. Ils sont assez forts aujourd’hui. Quels que soient\nles titres des aînés dans un demi-siècle où, la riche plante\nmonoïque nommée Belgique non encore parvenue à l’heure\nd’une floraison littéraire définitive, ils n’ont pu qu’esquisser\nles voies, si on excepte un groupe impérissable de noms, c’est\nla génération surgie en 1880 qui arrive à l’éclosion et fascine\ndéjà la grande France elle-même. Sa moisson de gloire sera,\nd’envieuses railleries l’affirment aussi, d’une splendeur peu\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "     Nos Morts.                                               281\n\ncommune. Armand bataillait parmi ces nobles milices. Il eut\ndes spectateurs sa part d’inepties. Car notre pays doute\nparfois indignement de lui-même, malgré les vastes explosions\nd’une immortelle école de peinture. Non qu’il manque d’en­\nthousiasme, il n’en a que trop ; mais il en abreuve ses fausses\ngloires, la plupart officielles, et le refuse avec ingratitude aux\nvraies. Il proclame Conscience le Victor Hugo belge, et laisse\ns’éteindre non seulement dans la misère, mais dans une\nobscurité que nous dissipons à grand peine, l’original, le\ngrand Charles de Coster qui, selon le mot de Lemonnier,\nconstitue à lui seul une littérature. E t de Rubens même, il\nn’admire en général que l’enchère des tableaux. Je m’arrête,\nne voulant pas transformer cette tombe en tribune. Ni surtout\nsacrifier le présent au passé qui valait moins encore. Mais\nrappelons sans cesse ces vérités salutaires, afin que la jeune\ngénération sache ce que coûtera la victoire complète et\ns’impose une fraternelle reconnaissance envers certaines\nmémoires. E lle se doit aux yeux de l’avenir, comme une\nfamille, dans son intégrale physionomie.\n   Il ne faut pas que nous nous consolions de la mort\nd’Armand Chainaye. C’est une aube radieuse qui rentre dans\nla nuit. Tous ceux qui ont vu ces toiles superbes exécutées à\nun âge où des maîtres n’avaient pas donné d’œuvre person­\nnelle, étaient certains que le pays de Liège tenait un peintre.\nTous ceux qui connaissaient Armand de près en étaient plus\ncertains encore.\n   Il débordait de force et de gaité. Nul plus que lui ne sem­\nblait hors des atteintes du mal qui l’emporte. Il s’annonçait\ncomme un de ces ardents travailleurs heureux, à la Titien,\nterreaux inépuisables que la fécondité soulage plutôt qu’elle\nne les affaiblit. Jamais il ne devait compter avec la lassitude\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "282                                             la Wallonie.\n\n\n\n ni le découragement. Il s’enivrait largement, bien qu’il eût\n la féminité de sa race, des choses fastueuses, des rêves de\n vaillance et de la vie bruyante. Tel un jeune Jordaens gen­\n tilhomme, un Franz Hais parisien, Ajax incarné dans Van\n Dyck. Car il est inutile de parler de sa beauté : elle était\n incomparable : robuste, élégant, un profil martialement. idéal,\n un front magnifique qui rayonnait, un bleu regard magné­\n tique, une toison d’un blond pur, et l’expression du poète,\n “ le mois de mai sur les joues, „ semblait inspirée par lui.\nComment croire que tout cela n’est plus ! Comment le ressus­\nciter un peu! et donner l’idée de sa conversation, la plus\nextraordinaire que j ’aie encore entendue par la subtile puis­\nsance et la déconcertante variété avec laquelle elle éclatait\nen aperçus brefs, allégoriques et spontanés ! Qui fut jamais\nplus spontané qu’Armand ? “ Je suis mes impressions à la\nlettre, me disait-il un jour. Elles se chamaillent parfois. Et\npuis ? L e cerveau d’ailleurs s’amuse à nous jouer de mauvais\ntours. Il nous fait penser à des choses !... „ Violemment spon­\ntanée était sa conversation. Plus impressionniste que docu­\nmentaire, il possédait une intuition prompte comme la foudre,\net sûre. Entre vingt souvenirs, domine celui de notre voyage à\nParis, — il avait vingt ans. Il appréciait les choses étonnam­\nment, d’instinct, ayant peu lu. Au Luxembourg, passant\ndevant des flots de toiles souvent banales, il demeura comme\naimanté par la petite église villageoise de Millet, et s’écria :\n“ C’est la perle, faite de rien. Que les malins analysent ceci ! „\nConduit devant le Sommeil d’Antiope du Corrège, au Louvre:\n“ C’est très beau, dit-il tranquillement, mais je suis trop à\nmon aise... „ Il ne pouvait quitter la Joconde : “ De celle-là,\ndit-il en s’éloignant, on devrait défendre de parler. Ça ne\nsert qu’aux imbéciles et à quoi ça sert-il ? „ L ’être prodigieux\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "    Nos Morts.                                              283\n\nqui s’appelle Rembrandt le fascinait, bien qu’il gardât dans\nses plus fortes admirations du sang-froid : “ Je le connais,\ndit-il, lui seul peint des portraits par en dessous. Les autres\nplus ou moins savonnent. Ils peignent, une lampe à la main.\nLui, de mémoire allumée; ce n’est pas un secret, c’est une\nélectricité du cerveau! „ Et comme j ’exaltais les splendeurs\nfauves du dieu : “ Oui, dit-il, elles sont belles à leur place.\nJe ne préfère aucune couleur. „ Tous ses mots portaient\nainsi, avec une éblouissante facilité.\n   L ’homme indiquait l’œuvre future. On se la figure abon­\ndante, profonde sans effort, outrancière sans pose, diversifiée,\nlargem ent chatoyante et, si l’on veut bien donner au mot un\nsens spécial et favorable, pleine de virtuosité : Armand\naimait les scènes pittoresques, mâles et joyeuses, et les pro­\nfusions très nuancées de fleurs. Dans cette œuvre on achève\nde voir l’homme aussi. Son caractère était complexe et\nmobile. Exubérant, excessif, sensible aux moindres choses,\nil parcourait en quelques minutes, comme un Louis Lambert\nextérieur, tous les claviers des émotions des plus douces et\ndes plus riantes aux plus âpres — mais jamais les sombres.\nIl vivait comme l’oiseau sous la cloche pneumatique, dépen­\nsant en un jour la provision d’une année. Trop jeune encore\npour avoir, avec un tempérament pareil, une des vertus\nessentielles de la force, la patience, il ruait dans les bran­\ncards où la vie nous attache tous : non qu’il eût jamais connu\nle besoin, mais il bouillonnait à la vue des injustes, des sots\net des hypocrites qui s’efforcent de faire passer, comme de la\nfausse monnaie, l’égoïsme et les vices pour des qualités. Il\nblâmait l’abnégation, et eût volontiers fait de sa palette un\nbouclier et de son pinceau une épée. C’était d’ailleurs, à l’oc­\ncasion, un redresseur de torts sans égal. E t pourtant, quelle\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "284                                             la Wallonie.\n\n\n\ndouceur au fond ! Quelle timidité même ! Quel besoin surtout\nd’aimer et d’être aimé ! La générosité, il l’avait despotique.\nLe jour qu’on lui payait une toile, il accourait vous demander\nun service qui consistait à offrir de l’argent. On devait lutter\npour ne pas rendre ce service. “ Connais-tu, disait-il alors,\nun bon garçon dans l’embarras ? On doit s’aider. Je sonne à\nla première porte et j ’exige du pain, si j ’ai faim. Tout à tous,\nvoilà la justice, et l’avenir ! „ Telle était la bonté de ce fier\njeune homme impétueux et expansif, ravi à une femme\ndévouée et à une petite fille charmante. Il a passé dans les\npassions enchantées et le voluptueux amour universel des\n artistes\"souverains, et sans lesquels on végète misérablement.\n   Que l’âme des choses, dont il émanait, reçoive cette essence\nprécieuse, puisqu’ainsi l’exige la fatalité, à qui nous attri­\nbuons sans doute notre aveuglement. Il n’y a pas d’accident\nni de perte dans la nature. J ’ai apporté un peu de cette terre\nliégeoise que tu aimais et que tu aurais glorifiée, de laquelle\nsont sorties tes visions et l’auréole où tu survis dans notre\npensée, et je la dépose sur ton cercueil avec le suprême adieu\n de tous ceux qui te pleurent, cher Armand !\n\n\n             PETITE CHRONIQUE.\n  Erasme R away termine en ce moment une étude sur la\nIX me symphonie et la musique moderne, qui bientôt va\nparaître en un volume non mis dans le commerce. Le livre\nse compose d’articles publiés dans le Guide musical, corrigés,\naugmentés, enrichis d’une préface; l’auteur y énonce ses\nthéories musicales et son esthétique générale ; c’est à lire.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "    H1ô4 te— lR ue ddee sl’A bbéA m  éricain s\n                                  de l’E pée — 14\n                                PARIS.\nEn face du Luxembourg. Près du Val de Grâce.\n           Au Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                       PENSION DE FAMILLE.\n             T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                   H. Z E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                       L IÈ G E .\n    Spécialité d’agrandissement à la lumière électriqué.\n   FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n             P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_________________ RACCOMMODAGES.__________________\n         En souscription dans nos bureaux ;\n    C R É P U S C U L E S               D ’A M E\n            Livre de vers par Gabriel M       .    ourey\n\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1886, 1887 et 1888) sont en vente\n                             au prix <le G francs.\nLa W allonie et les Écrits pour l’Art se trouvent\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Ghez MM. Rosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mnlc Ve De Vetter, rempart Ste-Catherine.-\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": " 4e ANNÉE, No 8.\n\n\n                          LA WALLONIE\nREVU E MENSUELLE DE LITTE RA TU R E E T D ’A R T\n\n                                        A l b e r t MOCKEL,\n          Comité de Rédaction           P i e r r e M . OLIN.\n                                        M a u r ic e SIV ILL E .\n\n\n                Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\nEnvoi d’un numéro spécimen contre 5 0 centim es\n              en tim bres-poste.\n    ABONNEMENT :       5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n                            SOMMAIRE :\n\n\nCharles D elch evalerie . . Proses.\nG abriel M o u r e y .................... Je te souhaitai moins sincère\n                                            (vers).\nJu les B arbey d’A urévilly. Fragments.\nAug. V ierset............................. Gavr’inis (vers).\nH ubert S t ie r u e t .................... Temps perfide.\nAdolphe R e tté ......................... Chronique littéraire : Joies.\nCélestin Dem blon.................... Nos Morts.\n                            Petite Chronique.\n                   Un num éro 50 centim es.\n\n\n\n\n                              Des presses de II. 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