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St-Paul.\nLes D éb â cles, par Emile V e r h a e r e n .\nCloches en la N uit, par Adolphe R e t t é .\nL’A rt en E xil, roman, par G. R odenbach .\nS e r r e s chaudes, par Maurice Ma e t e r l in c k .\n\n\n  LA PLEIADE\n         REVUE M ENSUELLE D E LITTÉRATURE\n                   18, rue Duperré, Paris.\n\n\n      ART & CRITIQUE\n   Revue hebdomadaire des Lettres et des Arts\n             P aris, 7, Rue des Canettes\n       Paris, 12 Crânes l’an; Étranger, 15 francs.\n                   L A        V O G U E\n  REVUE M ENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n            Publiée par livraisons de cent pages.\n         Abonnements : Paris. 10 fr.; Étranger : 13 fr.\n            P A R I S , P la c e d e s V o s g e s , 9.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 285, "page_fin": 285, "titre_corps": "L’eau du rêve : Mirage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "George Keller", "ancre_debut": "L’EAU DU REVE. 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I. critique rappelle, à s’y", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1281, "texte": "UNE ÉVOLUTION DE LA CRITIQUE.\n                                                        I.\n\n\n          critique rappelle, à s’y méprendre, le mythe\n                 a\n\n        charmant et terrible de l’antique oiseau,\n        renaissant toujours de ses cendres avec une\n        nouvelle jeunesse. Empruntées ou non, ses\nplumes ne sont jamais complètement ternies. On a\ndit depuis longtemps que la critique littéraire allait\nn’être plus, et avec toute apparence de justesse. Il\nn’y avait plus de ressource pour sa fragile existence\nque dans la réclame, au langage pléonastique et\noutré, que dans le nébuleux à côté de la dissertation\nphilosophique, où le livre jugé n’est rien, où le jugeur\nest tout. E t voici qu’en un an plusieurs volumes, sans\nlien extérieur ni attaches intimes l’un avec l ’autre,\nviennent dérouter le pessimisme des prophètes\ncourants. De ces volumes deux ont pour auteur un\nphilosophe d’instinct et d’éducation, énamouré de la\npsychologie anglaise et l’émule heureux de ses der­\nniers disciples (*) ; un autre nous vient de Galicie (2),\n\n   ( 1)   E m ile H e n n e q u in .        la Critique scientifique, -I v o l . — les Écrivains\nfrancisés , 1 v o l .\n   (2)    11 .       K a w c z y n s k i.   Essai com paratif sur l'Origine et l’Histoire des\nRythmes.\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "     une Évolution de la Critique.                                287\n\n et il est signé d’un nom de savant; un autre encore\n est une thèse de docteur parisienne (1), thèse d’his­\ntoire littéraire, hérissée de citations et de références\net presque maussade d’aspect. Je ne suis pas à bout\n de titres ; mais ces indications suffisent ; elles sont\nrassurantes pour l’avenir d’une forme de pensée,\nsinon d’art, qui a déjà une histoire et qui a conquis\ndes droits au respect. L a nature même des travaux,\ninspirés aujourd’hui par elle, nous montre la nouvelle\nvoie où elle devra s’engager. Ce n’est pas trop oser\nque de formuler cet axiome : “ La critique scienti­\nfique est née „, et son indispensable corollaire : “ La\ncritique littéraire est morte „.\n   Je m’occuperai bientôt des études de M. Henne­\nquin; je ne veux que signaler aujourd’hui les œuvres\nde pure science que j ’ai nommées après elles et la\nsecrète harmonie doctrinale qui unit l’esprit de\ncelles-là et la destination de celles-ci d’une manière\nsi imprévue et pourtant si indissoluble. Leurs divers\nauteurs ne se sont pas connus ; l’un d’eux est mort,\nétranger à l’érudition historique et philologique; le\nsecond est un helléniste, attiré et comme violenté\npar la Muse plus barbare du Moyen A g e français ;\nle troisième est un Slave, philologue mâtiné de\nrêveur, n’ayant perçu du courant intellectuel qui\nnous berce, qu’un lointain écho de vagues mugis­\nsantes et le malaise inconscient d’un remous.\n\n  (*) A. Jeanroy. les Origines de la Poésie lyrique eu France au Moyen\nAge.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "288                                      la Wallonie.\n\n\n\n     La thèse générale de M. Hennequin est la négation\n même du principe démocratique dans les choses de\n l ’esprit. Thèse prévue, semble-t-il, et vieille comme\n les lettres. Mais les développements qu’elle reçoit de\n son défenseur, empruntent au choix des exemples, à\n la nature des raisonnements aussi, une originalité\n savoureuse. Comme Carlyle, M. Hennequin a le culte\n des hommes-héros. L ’antiquité avait ses demi-dieux,\n bienfaiteurs d’une contrée ; l’Occident chrétien a ses\n saints patrons, d’un nimbe de sentimentalité plus\n noble, d’ailleurs, et l’objet de crédulité non moins\n basse. L ’art ne doit-il pas avoir ses intermédiaires\n naturels entre l’essence divine de la pensée pure et la\n masse grossière des esprits réceptifs ? Dès lors, plus\n d’action et de réaction, suivant la formule d’une\nphilosophie soi-disant scientifique, mais l’impulsion\nmonistique jaillie de haut, subie toujours et plus ou\nmoins heureusement. Ce n’est plus le milieu qui\n engendre ou pétrit le cerveau “ génial „ de l ’artiste ;\nc’est celui-ci qui crée, en quelque sorte, une ambiance\nharmonique, qui la colore des nuances chères à sa\nvisuabté morale ; un peu plus, nous pourrions em­\nprunter la terminologie familière à l’idéalisme sub­\nje ctif et dire : Le public (le monde visible) n’a pas\nd’existence réelle; il n’a d’existence idéale que dans\nle rayon projeté par l’appareil lumineux du créateur\nd’art (la pensée divine) ; bien qu’il s’arrête en deçà\nde la proposition métaphysique que nous ébauchons\nici, M. Hennequin ne paraît pas éloigné d’en accepter\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "    une Évolution de la Critique.                     289\n\nles dernières conséquences. Voici comment s’exprime\nà son tour, M. K awczynski : “ Toute induction dans\n„ le domaine de l’art, ou de la science, comme toute\n„ induction en général, me paraît être toujours indi­\n   viduelle et personnelle, et procéder d’un esprit\n„ supérieur en son genre à tous les autres, qui l’i ­\n   mitent ensuite. „ E t prenant l’exemple de M. Taine\net de ses récentes études sur la Révolution française,\nl’auteur se refuse à y découvrir l ’influence d’un état\nd’opinion nouveau, dont la synthèse de cet écrivain\nné serait qu’une résultante plus ou moins raisonnée :\n“ Seul de son opinion à l’heure de la publication de\n„ son œuvre, aujourd’hui il ne l’est plus probablement.\n„ Telle est toujours la relation entre la foule et l ’idée\n„ nouvelle... „ (pp. 15-16).\n   M. K aw czynski poursuit son analyse et vient\ncontester à une science née d’hier, celle du folk-lore,\nc’est-à-dire des traditions et des croyances popu­\nlaires, certaines de ses conclusions et sa légitimité\nmême. A quoi bon, en effet, rechercher avec tant de\nsoin les échos confus, les créations incomplètes, les\nfœtus d’imagination et de vibration de la foule, si\néchos, créations, fœtus ne sont qu’un relief dédaigné\nde la table des aèdes inspirés et des sages ? Peu dif­\nférente est l’appréciation de M. Jeanroy dans une\nsavante histoire de la lyrique du moyen âge français\net de ses imitations étrangères. “ Cette conception\n„ en quelque sorte mystique et superstitieuse de\n„ la poésie populaire, dit-il, a le double inconvénient\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "290                                      la Wallonie.\n\n\n\n „ de prêter à la phrase et de couper court aux\n „ recherches sérieuses ; il semble, en effet, que quand\n „ on a dit d’un genre qu’il avait sa source dans la\n „ poésie populaire, on soit arrivé à un terme irréduc ­\n     tible et que l’on n’ait plus qu’à s’incliner devant\n „ l ’opération mystérieuse de la nature. Si, au con­\n     traire, on entend simplement par là des produc­\n t i o n s émanant, sans doute, de poètes déterminés\n „ pourvus d’une certaine culture, faisant œuvre\n „ réfléchie et littéraire..., des pièces composées en un\n „ mot, non par le peuple, mais pour le peuple, et pour\n „ le peuple tout entier, nous croyons que ce terme\n „ commode est ici suffisamment exact, et qu’il peut\n„ être conservé „ (p. XI).\n     Il serait fastidieux d’exposer ici la genèse de la\nrévolution scientifique, dont l’évangile vient d’être\nsi nettement promulgué par ces divers penseurs.\nE lle ne date pas d’hier; elle a ses antécédents histo­\nriques, mais ce sont les moins marquants pour nous.\nDans la région des lettres, elle est plus accusée encore\net depuis un temps plus long. L ’école que nous\nsoutenons tous de notre ferveur de lévites en est la\nfille aînée, et nous verrons, à propos des livres de\nM. Hennequin, que ses tendances avouées s’accordent\nmerveilleusement avec les constatations désinté­\nressées de cet écrivain. Je n’indiquerai qu’une cause\nprobable, la débauche de politique cancanière et\nusurière à laquelle ces vin gt ans nous ont contraints\nd’assister. Nous sommes là, comme les esclaves\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "    une Évolution de la Critique.                   291\n\nantiques, à l’heure tardive de la Bacchanale, où l ’on\nne verse plus suivant les rites de la table, où chaque\nconvive saisit l ’amphore au col gracile de ses mains\ntitubantes et brise le travail d’art, dont le porteur\nreste impuissant et muet dans son recul désœuvré.\nMais il est d’autres facteurs plus mystérieux et plus\nlents, d’une impulsion aussi mathématique. A la\nscience d’en ressentir et d’en exprimer la mobilité\nprogressive. Je n’ai voulu qu’indiquer un élément\ndu devenir, avec lequel la génération actuelle n’est\npas déjà sans compter. MM. Hennequin, Kawczynski,\nJeanroy et bien d’autres, ont-ils observé toujours\nfidèlement, dans leurs provinces respectives de\nl’esprit critique, le rapport exact entre le penseur ou\nl’artiste et le public qui se range derrière eux ? Le\npremier, avec une vue foncièrement équitable, est\nparfois égaré par une connaissance trop fragmen­\ntaire des courants intellectuels de nos modernes\ncivilisations. Plus en profondeur et, pour ainsi dire,\nimpeccable, l’érudition de M. Jeanroy a d’autres\ndéfauts, elle pèche par l’étroitesse et la littéralité\nsurtout. M. Kawczynski est un rêveur, sans doute,\nplus encore qu’un savant; il a trop nourri en lui l’in­\nstinct de généralisation, si ardent chez le Slave et si\nmal réfréné par les patientes investigations du jour\nle jour ; mais tous les trois, venus de si loin pour se\nrencontrer si vite, se tiennent fraternellement les\nmains dans une même affirmation de croyance.\nPourquoi cette croyance ne serait-elle qu’une éma­\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "292                                     la Wallonie.\n\n\n\nnation individuelle? N ’y a-t-il pas, à côté des vérités\nabsolues, les vérités relatives d’un âge, d’un siècle,\nou même d’une portion de siècle? J ’avoue être attiré\npar ces rencontres de convictions jeunes et auda­\ncieuses, par leur indéniable conformité à un état de\nl’esprit artistique, qui sourd confusément pour le\npublic, mais qui a déjà toute sa vigueur et sa matu­\nrité pour les initiés sincères. Nous verrons bientôt\nque l’échafaudage théorique de ces prêcheurs d’une\nnouvelle foi n’est pas également ferme en toutes ses\nassises. Mais au-dessus d’elles le phare est là qui\nrayonne et impose à nos attentions ses multiples\nprojections d’idées.\n                              M a u r i c e W ILM O TTE.\n      (à suivre.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 293, "page_fin": 293, "titre_corps": "La nuit profane", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA NUIT PROFANE. Hélas ! l’ albe Nuit n’est po", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 672, "texte": "LA NUIT PROFANE.\n\n\n\nHélas ! l’ albe Nuit n’est point le sommeil mystique,\nL’ accalmie énorme et sacrée des Passions.\nImpur, ô douleur, comme pour des profanations\nLe cri de la chair hurle en la Nuit érotique.\n\n\nL’ Ombre vautre encore le monde dans des crimes\nEt ivre du sang jailli des drames ténébreux,\nSous les astres horrifiés au ciel douloureux\nRaie l’hymne sinistre des sanglants abîmes.\n\n\nUn spasme saturnal tord la décadence.\nNid idéal ne luit dans l’infini charnel\nDes races perverses ruant leur vice éternel.\n\n\n— Et l’ aube étale à l’Ame, révolte d’innocence,\nSur l’ horreur du monde souillé d’éclaboussures,\nLe cloaque universel des nocturnes luxures !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Sphinge blanche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Delville", "ancre_debut": "SPHINGE BLANCHE. 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B a u d e l a ir e .\n\n\n\n\n      En son profil sacré d’archange hiératique\n      Ravi en la mysticité d’un marbre divin,\n      Comme un lys transparait l’idéal féminin\n      Qui séraphise son blanc visage extatique.\n\n      L’infini de ses yeux s’illumine aux splendeurs\n      Sereines, flammes de l’azur élégiaque,\n      Et, vierge immaculée et paradisiaque\n      Vestalement rêve son cime d’ albes candeurs.\n\n      Sphinge, sa lèvre énigmatique renie\n      Le verbe impur et profond de la vie\n      Et nul songe humain n’a hanté son front astral\n\n      Ce saint front d’idole, ce pur front d’élite\n      En la spiritualité duquel palpite\n      La suprême ferveur d’un culte sidéral.\n\n                                      J e a n DELVILLE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 295, "page_fin": 301, "titre_corps": "Mes mémoires : Soirs intimes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MES MÉMOIRES. ( 5 e C a h ie r ) EROTOLOGIE.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 330, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "MES       MÉMOIRES.\n                        ( 5 e C a h ie r )\n\n\n\n\n                      EROTOLOGIE.\n\n                                Ad omnes mille diabolos !\n                                                     M enot.\n\n\n                  SOIRS INTIM ES.\n\n                       Il convient que les nobles esprits ne fraient\n                         jam ais qu’avec leurs pareils.\n                                                Sh akespeare.\n\n\n\n\n       Ce soir nous étions réunis, comme de coutume\n          ce jour, les très peu nombreux qui pussions\n         nous parler à pensée ouverte — et, autant que\n         possible il est, dire l’intégrité de nos idées-\n   E t ce vieil éternel sujet reparut : l’Amour.\n   Tous, intelligents d’intelligence altière, deux,\ntrois peut-être, sensitifs. E t pourtant que de dures\nchoses furent dites.\n  Il y en eut qui avouèrent aimer.\n   D ’autres s’en prétendirent capables.\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "296                                             la Wallonie.\n\n\n\n  D ’autres se lamentaient de ne l’avoir jamais fait,\nou de s’en craindre impuissants sans en être cepen­\ndant repoussés par un dégoût ni un mépris : simple\natrophie sentimentale, croyaient-ils.\n  Mais il y en avait un, silencieux jusque-là, qui\nsouriait, gai ou sceptique ou pour ne pas pleurer,\nput-on jamais savoir ?\n  Une expression de douleur méchante voltigeait\nsur ses lèvres retroussées par un rictus doucement\nsardonique, quand, très calme, il parla.\n\n\n                   Que peut-on sur la fem m e dans la société ? Rien.\n                   Dans la solitude ? Tout !\n                                                   M ic h e l e t .\n\n\n   “ C’est une chose étrange, surtout en notre si courte\nvie d’étudiant, que de voir des faits auxquels nous\nétions certains de conserver une réelle importance,\ndisparaître peu à peu dans une ombre épaississante\nd’oubli, ou plutôt, pour être plus exact, de total\ndésintérêt. Je n’en veux, pour ma part, d’exemple\nque celui-ci que je vais vous raconter, ne fût-ce que\npour ne pas le voir fuir à jamais de ma frivole\nmémoire, et aussi parce qu’il est dans l'air ce soir ! „\n   Celui qui venait de parler ainsi, était l ’un des plus\nsinguliers parmi les habitués de ces originales réu­\nnions hebdomadaires. Esprit froid et ironique, il\nsemblait, dans ses continuels mépris de toute senti­\nmentalité, mettre la colère de quelqu’un qui a été\ntrompé : avait-il vainement tendu en offertoire son\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "    mes Mémoires.                                    297\n\ncœur juvénile, ou bien mystique khoéphore, s’était-il\nankylosé dans cette offre toujours méprisée, ou\nquelque farouche désillusion avait-elle éclairé cet\nesprit si clair et si clairvoyant. Nul de nous ne le\nsavait, car jamais une confidence n’était descendue\nde ses lèvres hautaines et un peu tristes. Nous en\npressentions une que l’ardeur froide et contenue de\nnotre ami devait, pour nous, rendre des plus extra­\nordinaires. E t dans la fumée bleuâtre des pipes et des\ncigarettes, interrompu seulement et rarement par le\ncliquetis de tasses de thé qu’on remuait, il continua.\n    “ Ce fut une menue aventure d’amour d’un naguère\nnon encore bien éloigné. A quelques-uns, premières\ncasquettes d’Université, nous fréquentions assidûment\nla boutique d’honnêtes petits bourgeois du faubourg\nS te-Marguerite. Naturellement, les beaux yeux des\nancêtres n’étaient pour rien dans les très longues\nstations que nous faisions en l’exiguë arrière-bou­\ntique : deux fillettes de quinze et dix-sept ans, l’âge\nliégeois, vous savez ! Bien que fort jolies toutes deux,\nil arriva, comme toujours, que l’une d’elles éclipsa\npresque totalement sa sœur. L a plus jeune, toute\npetite, frêle et mince, intelligente, et au fond très\nrouée, menait à la baguette son bataillon de “ ga­\nlants „ , tandis que l’autre se trouvait assez isolée, un\npeu confidente et médiatrice des adorateurs rebutés,\nnombreux, de la cadette. D ’une invraisemblable\nbonté, c’était toujours elle qui s’interposait dans les\ninnombrables brouilles survenant soit entre sa sœur,\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "298                                       la Wallonie.\n\n\n\ntrès autocratique, et l ’un de nous, soit entre nous-\nmêmes. S i je fus amené à m’en occuper spécialement,\nce fut très probablement à cause de l'encombrement\nde sa sœur, et parce que je n’ai jamais aimé à faire\npartie ni d’une foule, ni d’un troupeau.\n   Mais il est nécessaire, pour admettre la suite de ce\nrécit, que vous notiez bien ceci : Je n’avais de toquade\nni pour l’une ni pour l’autre, j ’avais simplement\ndevant moi deux jolis sujets d’étude d’un monde que\njusque là j ’avais nécessairement ignoré, et dans cet\nâge ridicule, on n’est que trop atteint de cette funeste\nmaladie : l’analyse, au lieu de tout bêtement se lais­\nser vivre, voir sans chercher de fallacieux pourquoi ?\n   L a plus jeune, à l’origine, m’avait attiré par sa très\nremarquable personnalité, et une originalité des plus\ndéconcertantes. Celle-ci, maintenant me séduisait\npar la sentimentalité triste et soumise d’un caractère,\nje vous l’ai déjà dit, invraisemblablement bon, bien\n que parfaitement exalté.\n   Vous qui me connaissez, savez quelle antipathie\nsoulève mon premier aspect, et vous m’accorderez\nque je dis vrai en affirmant que tous amis, je les ai\nconquis! Ici, ce fut une conquête semblable, et qui ne\n se fit même pas rapidement. Mais une volonté\npuissante arrive toujours à dominer autrui, jusqu’en\nses plus intimes pensées, et à la fin, par la suggestion\nimpulsive de ma volonté permanente, un amour en\nelle se leva. Amour qui n’était qu’une forme de ma\nvolonté et dont, je l’avoue, je me croyais maître\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1566, "texte": "    mes Mémoires.                                     299\n\nabsolu. Poussé par Dieu sait quel démon expérimen­\ntateur, curieux de voir jusqu’où cet amour pouvait\n aller, j ’en abusai, lui infligeant, avec volupté, toutes\nles tortures morales que pressentait mon intuitive\nimagination — tout en les mêlant de menues atten­\ntions qui, par la perplexité et les doutes combinés\n qu’elles créaient, ôtaient tout repos et tout espoir de\n certitude à la pauvre enfant.\n    Cependant, malgré le charme pervers que je trou­\n vais à mes continuelles petites vilénies, et les parfois\n adorables raccommodements qui en étaient le plus\n ordinaire dénouement, cet amour finit par me paraître\n excessif, et quelque peu fatigant, en sa douce et\nconstante violence. Mais il résista à toutes tracasse­\nries et duretés réelles, et nulle compensation, cette\nfois ! E lle semblait offrir son cœur aux blessures que\nj ’y voulais faire, comme prostrée en une adoration\nque, si je la trouvais assez ridicule et nullement\nméritée, je ne pouvais considérer sans un involon­\ntaire attendrissement, qu’alors, fougueusement je\nrefoulais et dont je me vengeais en cruautés. Elle\nrésista même — absolument — à toute volonté des­\ntructive et je me trouvai assez humilié de la voir ainsi\nsoustraite à ce que je croyais ma toute puissante\ninfluence. Mais sa souffrance était abominable, car\nelle doutait de ma négation d’amour, bien que je\nn’eusse pas le courage de l’avouer franchement, quoi­\nqu’il fut certain qu’elle eût moins souffert d’une telle\ncertitude que du doute odieux dans lequel elle se\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1529, "texte": "300                                     la Wallonie.\n\n\n\n débattait. Une grande pitié et même une certaine\namitié ou sympathie me reprochaient le mal que je\nlui faisais ainsi par simple caprice de curieux, et\n cette pitié finit par dominer toute autre impression.\n   Ma volonté échouait donc, et un amer chagrin (j’en\nétais encore capable, en cette bienheureuse et naïve\n époque) me poignait de la voir s’abstraire en un im­\npossible sentiment. Je résolus de tenter l’Inconnu.\n   Sans aucune difficulté, elle se prêta à des essais\nd’hypnotisme. Facilement, j ’obtins les effets les plus\nordinaires et les plus connus, jusqu’aux suggestions\nles plus compliquées, à l’état de veille, à temps et à\ndistance.\n   Je réussis donc en son esprit rebellé, a réimplanter\nma volonté, cette fois définitive ! Mais ne voulant à\naucun prix, sans certitude, risquer la suprême tenta­\ntive, j ’essayai de lui inspirer par ordres formels,\nlents et réitérés, une répulsion vive et persistante\nà l’égard de l’un de nous pour qui elle avait une\ngrande sympathie. E t la chose fut.\n   Alors commença un long et pénible travail : Je lui\ninsufflais une graduelle indifférence, un oubli d’amour\n que je voulais remplacer par une cordiale camara­\n derie qu’elle valait ! Comme si on l’eût violée, elle\n eut, les premiers jours, de formidables révoltes et\n d’enragées dénégations avec des crises de larmes\net des lamentations où je devais employer toute la\nviolence de ma sauvage volonté pour dominer ses\nrefus alors que j ’ordonnais “ Tu ne m’aimes plus!\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "    mes Mémoires.                                          301\n\nNon... Je ne veux plus que tu m’aimes. „ E t revenue à\nelle, elle conservait le [souvenir vague de choses\n étranges, s’effarant de la diminution de son amour.\n    Un jour, plus triste que de coutume, se parlant à\n elle-même, et comme faisant une cruelle constatation,\nje l’entendis murmurer: “ Ah ! mon rêve seul ne\n s’interrompt pas !. „\n    Mais cette fois, toutes ses résistances furent vaines.\n Ce fut long et pour tous deux épuisant et doulou­\nreux et traversé de recrudescences inquiétantes qui\nse firent de plus en plus rares, puis disparurent, et ce\nfut fini.\n    J ’avais donc arraché de son cœur ce sentiment\nqu’elle jurait y être plus enraciné que sa vie, et elle\nétait sincère !\n    Or donc, comment veut-on qu’après cette récente\net décisive expérience je puisse croire encore à\nl’amour, puisqu’il m’est possible de l’inspirer pour\nmoi-même ou pour autrui, de le faire disparaître, de\nle remplacer par la haine ou le mépris, le tout au seul\ngré de mon bon plaisir, peu importe par quel moyen !\nDites ! amis, que me reste-t-il de l’Amour ?\n                              La cérémonie faite\n                              Mironton, mironton, mirontaine,\n                              La cérémonie faite,\n                              Chacun s'en fu t coucher.\n                              Les uns avec leurs femmes\n                              Mironton, mironton, mirontaine,\n                              Les uns avec leurs fem mes\n                              E t les autres tout seuls.\n                                                 M albrough.\n\n                                                     20\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 302, "page_fin": 303, "titre_corps": "Mes mémoires : Amour platonique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AMOUR PLATONIQUE. 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Il peut s’attacher à plu­\nsieurs à la fois et à chacune autant qu’à toutes.\n   E n réalité, l’amour n’existe que pour la Femme,\nrendant hommage à ce que les femmes sont parcelles\nd’Elle.\n  L ’amour simplement platonique évite les désen­\nchantements, car souvent il s’attache à de simples\nvisions qui n’ont d’existence réelle que dans notre\nimagination.\n  Il évite tout dégoût.\n   Il y a dans l ’amour malpropre trois périodes : le\ndésir, l’assouvissement, la nausée. L ’ennui provient\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1240, "texte": "    mes Mémoires.                                      303\n\nde l ’absence de désirs. Avoir l’Amour, c’est posséder\nle Désir. C ’est éterniser celui-ci, que de se refuser à\nl ’assouvir.\n   Les plaisirs de l’amour ne sont d’ailleurs que dans\nles préliminaires, l ’attaque, si l ’on peut dire, donc le\nDésir !\n   C’est prendre donc la quintessence de l’Amour,\nson osmazome, avec le mépris de toute matérialité\nécœurante : l’Immatérialisation d’un sentiment ma­\ntériel en son origine.\n\n  Dans toute femme que nous connaissons et que de\nbonne foi nous croyons aimer, il y a mille détails qui\nnous choquent et nous blessent.\n\n   L a vie commune, quelque courte qu’elle puisse\nêtre, n’est faite que de concessions, et toute conces­\nsion entraîne un abaissement, donc un avilissement.\nL ’Amour... complet avilit celui qui en est la victime;\net ce qui le prouve, c’est le perpétuel ridicule des\namoureux dans le collage, qu’il soit concubinaire ou\nlégal.\n   Dans l ’amour platonique, élévation de pensée sans\nsouci des lendemains, surtout en sa suprême essence:\n   Aim er une Inconnue : de fait, nous ne pouvons\naimer que les femmes qui nous ignorent, et que nous\nne connaissons pas, car autour d’elles seules nous\npouvons créer le Rêve de l’Amour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 304, "titre_corps": "Mes mémoires : Constatation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. 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Heureux\nsont-ils de souffrir : Car à être aimé et à faire souffrir,\ns’il est une jouissance d’orgueil — de vanité simple­\nment, pour les âmes médiocres, combien douloureux\nce désir ! jamais assouvi, d’un sentiment de cœur et\nnon de tête.\n\n                                     P i e r r e -M . O L I N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 305, "titre_corps": "Nocturnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Dupont", "ancre_debut": "NOCTURNEMENT. 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Cha rin g -C ro s s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LONDRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "FROM HOME.\n\n                                           ARRIVEE.\n\n\n\n\n       Cha rin g -C ro s s ! un assourdissement de sifflets,\n         de roues, de hans saccadés de locomotives,\n         de heurts secs de wagons, de transferts de\n    y    caisses et de bagages ; toute la fourmillante\nagitation d’une gare de métropole qu’une babélique\nconfusion de langues anime d’un bourdonnement\nénorme.\n   Sur les quais — que la prévoyance anglaise place\nà niveau du marchepied des trains — la cohue se\npresse, bariolée de robes claires, de plaids écossais,\nde couvertures de voyage, plaquant leurs teintes\nvives sur les paletots sombres; une houle compacte\nflue vers la sortie, visages tôt disparus, voix vite\nimperceptibles, monde d’âmes qui s’ignorent, et vont\ncontinuer à aimer et à souffrir en quelque coin de\nl’immense ville, sans se douter qu’auprès d’elles\npeut-être, le hasard des foules a fait\n       Passer rapidement des âmes fraternelles.\n  A u dehors, tandis que clame la vie intense et\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 542, "texte": "    from Home.                                     307\n\nconcentrée du Strand, les cabs alertes filent à toute\nvitesse, emportant les voyageurs aburis qui, tout à\nl’heure encore, dans leur ignorance de l’anglais,\ns’inquiétaient de ne pouvoir se tirer d’affaire ; com­\nmissionnaires et cochers les ont entourés, déchargés,\nentraînés avant qu’ils n’aient eu le temps de dire\nmot, et les malles casées, le cabman à son poste, ils\nse sont sentis véhiculés au galop pour une destina­\ntion inconnue. AU right !\n\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 307, "page_fin": 308, "titre_corps": "From home : Londres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "LONDRES. J’ai parcouru Londres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE STRAND", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 1397, "texte": "LONDRES.\n\n\n   J ’ai parcouru Londres au hasard des flâneries,\ncoudoyé son peuple affairé, contemplé son fleuve\nnoirâtre, entendu grincer ses docks en rumeur ; et\nune impression étrange m’est restée, teintée de lassi­\ntude morne et d’inexplicable oppression.\n   E lle est pourtant parfois d’un gai pittoresque, la\nville sombre, quand un coup de soleil met sa patine\nsur la moire des eaux, éclaire le fourmillement in­\nsensé des rues et nappe de lumière blonde l ’herbe\ndes squares ; on pourrait s’égayer à la vue des ladies\nfagotées d’étoffes criardes, des copurchics aux ca­\nnines mâchoires et aux poings de boxeurs, des vieilles\ncaricaturales nippées de luxueuses défroques et des\nstatues piteuses, engoncées en leurs redingotes de\nbronze, que surélèvent un peu partout des socles\nbarbouillés de suie.\n   Mais l ’amour et la gaieté semblent proscrits au\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1329, "texte": "308                                       la Wallonie.\n\n\n\npays du spleen; la vie urbaine, faite à Paris de tra­\nvail gai, de liesse et de flânerie fantaisiste, n’est ici\nque le tourbillonnement éperdu d’êtres harcelés par\nles besoins du struggle for life; l’âpre soif du gain\nplisse les fronts, enfièvre les faces, dessèche le rire\nsur les lèvres; la foule jamais lasse se déverse le long\ndes trottoirs, se glisse en la cohue des cabs, monte\net descend les échelles des omnibus, ou s’engouffre\nen les stations souterraines de l ' Under Ground —\nmeute avide s’arrachant les lambeaux d’une journa­\nlière curée. —\n   E t l’amertume de ce labeur d’enfer flotte en l ’at­\nmosphère aqueuse, suinte des façades poissées, se\ndégage des brouillards du fleuve, s’infiltre en vous\ngoutte à goutte ; mais ce labeur continu, implacable,\natroce, ces hommes n’ayant d’autre jouet que le\nboulet de forçat que le travail leur rive au pied, ces\nusines où les machines grincent et rugissent, ces\nquais où se déchargent tous les produits du monde,\nc’est aussi la suprême incarnation de l’Industrie et\ndu Commerce, et la cité colossale, l ’énorme monstre\nde pierre, tueur de corps et broyeur d’âmes, vous\nploie malgré vous en une admiration mêlée de\ncrainte, comme un passager devant la mer effrayante\net superbe.\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 309, "titre_corps": "From home : Le Strand", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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Le Strand, vers six heures", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LONDON-BRIDGE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 1329, "fin_caractere_exclue": 1451, "texte": "LE   STRAND.\n\n\n  L e Strand, vers six heures, à la sortie des bureaux.\n  Surgie on ne sait d’où, la foule innombrable des\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "    front Home.                                    309\n\ncommis se déverse en courants multiples qui s'en­\nchevêtrent, se confondent, engorgent les rues et les\nsquares, et communiquent à ce cœur de Londres une\nextraordinaire vitalité.\n   P ar moments, un constable, portant le distinctif\nbrassard à raies rouges des policemen de la Cité,\nimmobilise d’un geste l ’interminable file des cabs et\ndes voitures ; les intéressés en profitent pour changer\nde trottoir, — et guidés par la merveilleuse sûreté\nde main de leurs conducteurs, les chevaux se\nrefraient un passage au milieu de la poussée énorme.\n   Des camelots circulent dans la cohue, la voix\nenrouée mais inlassable, les vendeurs de journaux se\ndémènent, et, fuyant cette agitation passagère, les\npigeons familiers de la Cité, qui tout le jour picorent\nsans vergogne sous les pieds des passants, volètent\neffarés sur les toits en attendant la fin de l’alerte.\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 311, "titre_corps": "From home : London-Bridge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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Voici London-Bridge", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "THAMES-SUBWAY", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 344, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 946, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "LONDON-BRIDGE.\n\n\n   V oici London-Bridge, avec ses misérables accrou­\npis, — lèpre humaine collée le long des parapets, —\nson encombrement de piétons, ses deux doubles\nrangées de cabs, de handsoms, de tilburies, d’omnibus\nmulticolores, de camions lourds aux caisses estam­\npillées, avec son éternel bruissement de ruche géante\nque coupe sans relâche le claquement sec des fouets.\n   E n dessous, la Tamise morne coule entre deux\nrives sans quais, formées de docks et d’entrepôts\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1539, "texte": "310                                       la Wallonie.\n\n\n\n noirâtres, aux grues tendues dans l’espace, comme\n de gigantesques bras de potences. Une nuée de\ntonnes, de ballots gigottent au bout des chaînes\n grinçantes, s’entassent dans les cabs et dans les\n caves, fantastiques oiseaux tourbillonnant à perte de\nvue jusqu’au coude du fleuve, là-bas, dans la bruine\n où s’effacent les navires en partance.\n   L e “ London \"Weather „ mouille le tout d’une\npetite pluie continue qui vous percepeu à peu, dégage\nde la boue des rues une vapeur malsaine, et couvre\nles eaux d’une résille dont les petits bateaux à\nvapeur, — ces insectes d’acier — déchirent sans fin\nles mailles toujours reprisées.\n   L ’esprit pensif recule vers ces siècles qui mêlaient\nla pourpre de leurs fastes à celle des batailles ; du\nlointain surgit la ville morte des Plantagenets et des\nStuarts, et le pont de Londres revit un instant, en la\nbrume de ma rêverie, l’enfantin, merveilleux et tra­\ngique moyen âge, et puis la Renaissance avec sa\nfoule bariolée des loqueteux, des bourgeois, des sou­\ndards et des gentilshommes, le luxe insolent des cor­\ntèges princiers, la claironnante fanfare des troupes,\nles cris des femmes violentées par les reîtres, ou l ’âcre\nodeur des tueries couvrant le fleuve de cadavres.\n   Du pont ancien, il e st vrai, rien ne subsiste ; mais\n— comme les Thibétains persuadés qu’une âme\nunique transmigre en les corps de leurs Lamas\nsuccessifs — , nous croyons volontiers aux souvenirs\ns’éternisant malgré l’inévitable mutation des choses :\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "    from Home.                                     311\n\nles spectres des naufragés hantent, nous semble-t-il,\nles vagues qui pourtant ne sont point celles qui jadis\nhurlèrent ; W aterloo est tout rouge encore du sang\nde la vieille garde, quoique bien des printemps en\naient renouvelé l ’herbe; et sur le London-Bridge\nmoderne, je m’imagine entendre le galop des côtes\nde fer du Protecteur, les bandes forcenées de W at-\nT yler et voir se dresser, à son extrémité méridio­\nnale, l’ancienne porte de Southwark dont la tour\ncarrée sinistrement s’enguirlandait des têtes des\ncriminels d’Etat.\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 311, "titre_corps": "From home : Thames-Subway", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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L ’humidité suinte des\nparois, la crainte mal définie d’un soudain envahis­\nsement du fleuve vous serre la gorge d’un malaise,\nles lumières nimbées de vapeur moite ont l’air de\nfeux-follets fantastiques ; on a l’appréhension d’un\nsol gluant de crapauds et de limaces, et quand les\ndernières marches vous ramènent au jour, — en un\nquartier interlope où point ne faudrait s'aventurer à\nla brume — persiste longtemps encore la vision de\nce boyau lugubre ; l’un des intestins de la mon­\nstrueuse Capitale.\n                                A u g . V IE R SET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 316, "titre_corps": "Chantefable un peu naïve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A*", "ancre_debut": "C H A N T E FA B L E U N P E U N A ÏV E (* ). Si s’endormi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1441, "texte": "C H A N T E FA B L E U N P E U N A ÏV E (* ).\n\n                          Si s’endormi dusqu’au demain a haute prime,\n                        que li pastorels iscirent de la v ile.... et s’esveille\n                        au cri des oisiax et des pastoriax, si s'enbati sor\n                        aus.\n                          — Bel enfant, fait fele], damedix vos i ait !\n                                              A         et N\n                                                u c a s s in          , XVIII.\n                                                               ic o l e t e\n\n\n\n\n   Dans les petites maisons branlantes, qui songent sous leur\npatine de Passé,\n   dans les vieilles petites maisons vit une petite Fée suave\nqui est l’âme des petites maisons.\n  Dans les greniers, les vieux greniers tout vibrants d’or,\n  l’or qui rutile sur leurs vieux flancs de bois,\n  dans les vieux greniers vibrants d’or vit une petite Fée\nsuave qui est l’âme des greniers d’or.\n  Dans les vieux toits ventrus, moussus,\n  les vieux toits lézardés aux bonnes figures d’aïeul,\n  dans les bons toits claudicants vibre une âme de Fée\ninconnue.\n  Dans les ruisselets encore vierges,\n  sous les lutins qui se poursuivent et s’esquivent,\n   dans les ruissels aux contours fluides\n  gazouille une petite Fée limpide.\n\n  (*) C’est ici, — sous sa forme la plus développée et pour trouver place\ndans un long poème, — un leit-motiv d'ingénuité.\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1114, "texte": "  Chantefable un peu naïve.                             313\n\nJe te connais Fée lazuline\nje te connais, la Juvénile !\n Toi, la si vieille, comme des siècles,\net toujours tes flancs puérils.\n Toi la longue voix d’une âme qui s’éplore,         !\n loi la profonde voix des temps morts :\net ton lamento qui s'atténue\nvers ces graciles cantilènes d’ingénue.\n Toi, la voyante, qui as vécu;\n toi, la sachante, qui as souffert.\n Toi la mutine sous le noir poids des ères\n et toujours la gamine\n en rêves que ton grêle sourire lutine,\n — oh ton vernal sourire d’églantine !\n\nPetite Fée triste comme un reflet de souvenirs roses,\n — et fugaces les caprices du roitelet qui se pose !\n toi, l'adorablement futile\n comme la noblesse de ce qu’ils nomment inutile,\n oh — toi, la grâce timide et qui n’ose,\n timide avec tes gaucheries infantiles\n— toi qui t’insinues en subtile\n dans le secret des yeux moroses,\nje te connais, la Juvénile,\n vieux doux parfum de ces vieilles choses.\n\nD ans les bois, des oiseaux m’ont dit :\n“ C’est Elle, c’est Elle qui flue en nos perles !\nla douce Fée Lazuli murmure\nen nos purs chants liquides.\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "314                                           la Wallonie.\n\n\n\n Ces perles, ces reflets d’eaux fugitives,\n nos musiques liquides et qui passent\n oh tout le pur des chants limpides\n c’est d’une fée qu’il nous est venu.\n\n (Lui qui passe candide, ah l’avons entrevu\n le svelte qui s’érige entre les tiges grandelettes\n souple d'ailes naïves et paupières éblouies\n audacieusement s’unies au grand sourire....\n puis le sourire d’être et vivre l’indocile\n émerveillement d’or en boucles sur le front,\n et vivre et rire et joie longue de chevelure\n ballante en gemmes et feux qui flottent, s’encourir\n et de jeu x s’écriant juvénile passer.)\n\n Tels soirs de lune, illuminés où la Lune dérive,\nperle en dérive libre au vertige d’azur\nFée Lazuli venue de ses brumes idéelles\nnous dit toutes les runes qui s’illunent au ciel :\nles étoiles sont l’or d'une arène impalpable\nsemée emmi le Fleuve-Nuit....\n                               et puis la Lune\nen dérive argyrée sous les vagues des nues\nparfum e d’un sonore effluve les doux sables.\nDes oiseaux qui, perdus au clair du vide, fuient,\nont vu la Perle en fleur dont l’âme ailée s’effume\net du calice et de l’arôme épanouis\net de cette âme qui se divinise en harmonies\nleur voix a pris des chants d’astres évanouis\nd'où la plainte inouie infiniment s’effuse.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "  Chantefable u n peu naïve.                           315\n\nOr des perles, des lunes vives\nsous les ruissels aussi fleurissent\net leur dérive épanouie\nquand s’égosillent nos gazouillis\ntintinnabule et doux-module\ndes sons de lune sur les rives.\nSoti âme qui perdure aux vagulines lasses\ndans les ruissels aux musiques fluides,\nsa grande âme chantante et qui passe\ndans le ruisselis des flots qui passent\nFée Lazuli l’a répandue.\n\nL a lunaire Fée Lazuli,\nnocturne fée du flux qui rit et prie,\n— perle argentine et d’or et d’iris et lucide\nson âme qu’elle éperle aux vagulines lasses\nà Lazuli p ar nous se dédie à sa venue.\n\n(M ais l’avons aperçu d’un hésitant venir\npensivement, candide et tous ses regards en murmure\npasser grêle qui muse entre les tiges grandelettes.)\n\nNos baisers, cherchent pâture de perles\nélues pour les vocalises de bienvenue,\nnos longs baisers vers les ruissels qui désaltèrent.\nNos baisers cherchent pâture de perles\nque Lazuli nous a bienvoulues\nsous la cantilène des feuillées\nau gré du ruissel en délire\ndes chansons déliées;\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 876, "texte": "316                                                la Wallonie.\n\n\n\n  là, nos luttes de plume éjouïe ès ramures\n   éperdument au gré des brises qui l'ondulent\n  avivent, d’un éveil en sourires, la rive;\n  et tous nos petits becs, ah de l’azur avides\n  les subtils ! quand s’émeut la brume, telle si\n  lutte et matutinale évolue une flûte,\n  plume éjouïe au mcl des ramures grisées\n  égrènent sur l'humide feuillée en susurre\n  suavité ! la pure musique ingénue :\n\n  Car l’avons entrevu dans son venir pensif\n  grêle et penché parm i les tiges grandelettes\n  lui, jadis la candeur unie et qui se bombe\n  naïve sous les boucles indociles, jadis\n  lui qu’on v it là s’émerveiller d’or en sourires\n  et de jeux nous jasan t juvénile passer.\n                                                         A*\nCet hiver.\n\n                                                                  1\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-016", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 330, "titre_corps": "La grâce du sommeil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles van Lerberghe", "ancre_debut": "LA GRACE DU SOMMEIL. à Maurice Siville", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 352, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "LA GRACE DU SOMMEIL.\n\n\n    à Maurice Siville.                    « ’tis a consummation\n                                         Devoutly to be wish'd. »\n\nC              soir de l'Épiphanie. On venait de tirer les rois.\n     ' É T A I T le\n      Une grande gaîté remplissait la chambre, où la tarte\n      énorme aux confitures, surmontée de roses en papier,\n circulait maintenant autour de la table scintillante, sous\nl’éclat des bougies. Tonte la famille était là, depuis les grands\nparents en costumes surannés, jusqu’aux petits enfants juchés\nsur des livres et tapageant dans leur assiette. Tous occu­\npaient le poste que le sort leur avait désigné : le confesseur\nà la droite du roi et le médecin à sa gauche, le fou près du\nconseiller, chacun selon son rang, et tous entouraient le\npère, un gros homme rouge à face hilare assis au centre de\ntoute cette joie, une couronne de papier doré sur la tête, en\nce titre de Roi-Mage qu’il obtenait du sort, depuis des temps\nimmémoriaux.\n   Il venait de vider son verre et une clameur formidable\nretentissait encore à ses oreilles : le roi boit ! le roi boit !\nlorsqu’en rouvrant les yeux il eut une épouvantable stupeur.\nIl était dans le ciel, assis sur un arbre, au milieu d’une\ngrande plaine pourpre. Ses yeux s’écarquillaient. Il voyait\nencore leurs visages, la lumière des bougies, il entendait\n                                                         21\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "318                                             la Wallonie.\n\n\n\nencore leurs voix. Tout cela était encore en lui, et les choses\nn’étaient plus à jamais. Cela avait duré le temps d’un éclair.\nE t le sentiment de la réalité lui revint peu à peu, Il était\nmort, et, Dieu merci ! sauvé.\n   Un tel bonheur l’emplit à cette idée, qu’il en jeta dans le\nciel un grand cri sonore, en battant des mains, incapable de\nréprimer cette manifestation bruyante de bonheur qui lui\nétait familière dans les grandes chances de sa vie. Cela\nacheva de lui faire reconnaître qu’il vivait et qu’il était bien\nau ciel. Ce hasard inoui, car c’en était un vraiment ! le rem­\nplissait d’une félicité plus profonde, qu’il n ’en avait jamais\néprouvé sur terre. La joie des élus se reconnaissait là. E t\nde fait il s’en souvenait bien, il s’était confessé la veille et le\nmatin même, fête des rois, il avait communié. Il était en état\nde grâce ; il avait été jugé digne sans appel, ce qui expliquait\nla rapidité des choses. Il était monté, sans passer même par\nle purgatoire. Du tribunal, il n’avait rien su. Dieu, sans\ndoute, épargnait à ses élus ce triste spectacle ; et il se sou­\nvint qu’il avait appris, jadis, que cela se passait dans la\nchambre même, au milieu des gens et des meubles, au\nmoment où l’âme sortait de la bouche.\n   Cela bouleversait toutes ses idées. Il était mort sans en rien\nsentir, rien apercevoir. Il s’était toujours imaginé cela, aux\njours sombres de sa vie, comme quelque chose d’épouvantable,\nune fente de tout l’être, un craquement.\n   Il est vrai qu’il était mort sans agonie, de mort subite, et\nl’idée de l’horrible danger qu’il avait couru en mourant ainsi,\nsans la moindre présence d’esprit, sans la moindre conscience\nde la chose, au sein d’un repas, le fît frémir.\n   Mal eût pu lui en prendre un autre jour, et Dieu, certes,\navait été pour lui d’une bonté qui le rem plissait de gratitude,\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "      la Grâce du Sommeil.                                     319\n\n\n en le prenant, ce jour de fête, au milieu des innocentes et\n saintes joies de la famille.\n    Comme ils avaient dû se saisir, lorsque au milieu de la\n fête, il était resté la bouche béante et sans vie. Comme ils\n allaient être malheureux ! Et alors seulement la pensée de\n tout le chagrin qu’il leur laissait, de tout le vide qu’il faisait\n au milieu d’eux, s’empara de son âme et l’emplit d’amertume.\n Il s’étonna de n’y avoir pas songé plus tôt. La pensée de\n sa femme et de ses huit enfants qu’il laissait dans les larmes\n et sans soutien, et qu’il ne reverrait jamais plus, empesta\ntout son bonheur. Il fit de violents efforts pour pleurer, pour\n soulager son chagrin, sans pouvoir y parvenir.\n   E t une étrange musique d’instruments à cordes qu’on\njouait dans la plaine, le mit en colère par son inapropos. La\njoie des autres en de telles circonstances lui était odieuse,\nmême au Paradis. Une foule de choses maintenant revenaient\nà son esprit et lui étaient autant de lancinantes douleurs. Sa\nfemme était enceinte d’un neuvième enfant qui naîtrait sans\npère, puis il n’avait pas fait de testament, ses affaires non\nplus n’étaient guère en ordre ; la brasserie dont il était le chef\nse désorganisait; sa veuve? on allait la circonvenir, lui\nsusciter un tas de tracas ou d’histoires. Il connaissait des\ngens louches capables de ne rien respecter. Ah ! quel dégoût !\nIl s’envenimait les choses à plaisir, se les représentait comme\nréelles déjà et il était agité d’un telle colère que tout l’arbre\nen tremblait.\n   U remarqua alors dans la plaine, où la musique persistait\ntoujours, un phénomène qui ne fut pas sans lui causer quelque\némoi. D es espèces de jeunes filles nues avec de longues ailes\ny jouaient, plongeaient et disparaissaient et d’autres en\nremontaient sans cesse, à tous les horizons. Ce qu’il avait\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "320                                            la Wallonie.\n\n\n\n pris pour une plaine n’était donc que quelque chose d’imma­\n tériel, une substance fluide tout au plus, l’air même ou\nl ’éclatante lumière qui l’éblouissait. Peut-être la surface de\n ce bonheur où il n’avait qu’à plonger pour en sentir les\n délectables ivresses prédites, ou Dieu lui-même au sein de\n qui ces âmes s’abîmaient. Il en eut le vertige et s’y serait\nfatalem ent précipité, si une subite terreur de dégringoler\ndans l’infini ne lui eût fait fermer les yeux.\n    Alors, rentré en lui-même, il reprit le fil de ses tristes\npensées et resongea au grand malheur dans sa maison.\n    Comment donc était-il mort ? Il eût voulu connaître là\ndessus l’avis du docteur, un brave ami de la fam ille qui\navait dû être bien stupéfait, lui qui, à cause des émana­\ntions du houblon, lui assurait une longévité extraordinaire.\n    Etait-ce de la rupture d’un vaisseau? d’une congestion\ncérébrale ? d’une apoplexie foudroyante ? ou s’était-il simple­\nment étouffé en vidant son verre, en avalant la fève des rois,\nsotte coutume contre laquelle il avait protesté déjà et qu’on\neût dû supprimer, car elle était grosse de dangers. E t la gêne,\nl’ennui d’ètre ainsi mort au milieu de tout le monde, devant\ndes femmes et des enfants, et d’avoir troublé la fête, le\nreprit comme de quelque chose d’inconvenant et de déplacé\nau suprême degré. Il allait creuser cette idée lorsque des voix\nlui firent rouvrir les yeux.\n    Une foule d’anges volaient maintenant autour de lui, le\nfrôlant de leurs grandes ailes et de leurs chevelures d’or. Un\nd’eux, une suave jeune fille, qu’il lui sembla avoir déjà vue\nquelque part sur des images, s’approcha de plus près et sem­\nbla l’inviter : Cher ange, disait-elle, ne nous envolerons-nous\npas ensemble auprès de Dieu ? Alors il remarqua sans trop\nd’étonnement qu’il avait lui-même une sorte de longue robe\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                     321\n\nblanche et des ailes. Il faillit soudain les ouvrir et s’envoler,\nm ais la sensation de cet immense déploiement de plumes fut\nsi étrange, et la peur de nouveau de culbuter dans l’espace\nfut si grande, qu’il referma prestement ses ailes et ses yeux.\nDerechef il tomba dans ses tristes pensées. Il se vit lui-même\npâle et raide étendu sur son lit, en chemise, une croix entre\nses doigts de cire. Des cierges crépitaient. Il y avait une\n odeur fade et tiède dans la chambre. Les siens étaient là,\ntous priaient à genoux, et de temps en temps une béguine\nleur passait le buis pour l’asperger d’eau bénite. Quel lamen­\ntable spectacle! Dans la ville, la funèbre nouvelle se répan­\ndait. Il voyait très bien le manque d’étonnement, l’indifférence\n des visages. Puis il parcourut la ville en esprit. Rien n’était\nchangé. Les trams circulaient toujours, chacun vaquait à sa\nbesogne. Il y avait des affiches aux théâtres, dans les cafés\ndes gens étaient assis et causaient d’autres choses. Des\nnavires entraient dans le port, des trains sifflaient et sortaient\nde la gare, pleins de voyageurs. E t pourtant il n’était plus.\nD e nouveau il revenait à sa rue comme poussé là par un\ninstinct fatal. Tous les stores de sa maison étaient baissés,\ntoutes les fenêtres étaient closes, sauf une, la sienne, large\nouverte....\n   Puis il ne sentit plus qu’une énervante odeur de fleurs, à\nen défaillir, et qui semblait venir de là.\n   Mais cette odeur, il la reconnut bientôt, c’était celle des\nfleurs de son arbre, d’étranges longues fleurs blanches, comme\nil crut en avoir déjà vu, et qui, au moindre souffle, exhalaient\nun arôme qui l’enivrait et dont il avait peur. Alors abandon­\nnant ses songeries il s’occupa prudemment à cueillir une à\nune toutes celles qu’il pouvait atteindre, sans bouger de sa\nplace, et à les jeter dans cette plaine, où elles se fondaient\ncomme une neige dans de l’eau.\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": " 322                                                la Wallonie.\n\n\n\n     Cependant la grosse cloche de l’église paroissiale semblait\n  sonner à ses oreilles et brusquement, tandis qu’il cueillait\n  toujours des fleurs, il vit le corbillard devant sa porte : les\n  voitures amenaient la famille, tout un attroupement s’était\n  formé. Deux croque-morts sortaient de la maison à reculons,\n  amenant le cercueil. Il y avait un grand silence. D es gens se\n penchaient à toutes les fenêtres, tout le monde se découvrait.\n Il en éprouvait une gêne véritable. Puis le corbillard se mit\n  en marche en oscillant, couvert de couronnes, et la solennelle\n file des carosses s’ébranla.\n    A l’église, le curé l’attendait avec ses chantres en surplis\n et ses acolytes portant la croix et les deux drapeaux noirs.\n E t c’était l’offertoire, le défilé de tous ses parents, amis, clients\n et fournisseurs à côté du grand catafalque. Ils passaient un\n à un à sa droite, en main un cierge crépitant où se trouvait\n une pièce de monnaie, puis repassaient à sa gauche, sans le\n cierge; on encensait le cercueil, on l’aspergeait à la porte, on\njetait dessus des pelletées de terre. Au cimetière aussi, on en\njetait sur lui dans la fosse; c’étaient comme des coups de\n tambour; et il s’interrompit brusquement de jeter des fleurs,\n tant cette action lui sembla acquérir dans cette circonstance\n une signification douloureuse.\n    Pour chasser ces idées, il rouvrit les yeux et s’intéressa au\n ciel. Il comprit maintenant qu’il n’y avait autour de l’arbre\n où il était assis qu’une atmosphère impondérable et infinie\n dans laquelle se mouvaient librement les anges. Puis il re­\ngarda en haut et s’envola comme un ballon dans les branches.\nL a tension de toute son âme vers la fulgurante merveille\nqu’il venait d’entrevoir là-bas, avait été si forte, qu’il s’y\nserait inévitablem ent allé cogner au risque de pires malheurs,\nsi un subit instinct de conservation ne l’eût fait solidement\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                   323\n\nse cramponner juste aux dernières branches de la cîme de\nl’arbre.\n   D e ce point d’observation, il pouvait contempler, à loisir,\nles miraculeuses merveilles du ciel. A travers une infinie\nvibration de lumière laiteuse, car elle avait jusqu’au goût\ndu lait, une innombrable foule d’anges nouveaux dont les\nvisages y semblaient comme en fusion et dont les corps on­\ndulaient comme des flammes en un soir d’orage, se distin­\nguait à d’incalculables distances, une sorte de zone incan­\ndescente et sonore qui semblait converger en éclat vers un\npoint unique, Dieu sans doute, qu’il n’osa plus regarder de\npeur d’y être de nouveau attiré. Et cela n’avait pas l’air\n d’être. Tout se mêlait, rien n’était plus limité ni distinct;\ntout semblait retombé en enfance ; rien n’avait une couleur\n propre et tout était multicolore; le son ne se définissait\nplus de la lumière, ni la lumière des ombres; malgré le\nprodigieux remuement des choses, tout semblait immobile,\nunique et simple ; simple, mais non facile à dire, d’autant plus\n qu’il ne pouvait trouver aucune image équivalente à ces\ninconsistantes perceptions, si ce n’est un grand bonheur en\n été au bord de l’eau, sous des arbres; ou le long courant\n froid de l’extase dans la moelle épinière ; et qu’il ne s’atten­\n dait à rien de ce genre, s’étant toujours figuré le ciel comme\n un salut solennel dans un cirque énorme, avec des gradins\n et des stalles de diamant, où des saints étaient assis autour\n de la Trinité, pendant que les anges encensaient et que les\n orgues entonnaient des cantiques. Ce ciel-ci, à force d’être\n tout à la fois, n’avait plus de caractère personnel. Ce n’était\n pas laid, à vrai dire, mais cela choquait. L ’impression était\n fâcheuse. On n’y voyait que du feu. Quel ciel était-ce donc là ?\n E t que lui avait-on enseigné dans le catéchisme ? Ou était,\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "324                                            la Wallonie.\n\n\n\n par exemple, la Sainte Vierge, où étaient les saints ? Où\nétaient son père et sa mère, son oncle, son aïeul, toute cette\nfamille qu’il devait y revoir et serrer sur son cœur? Ce\nn’était donc pas ce qu’il avait cru ? Mais comment alors\navait-il pu se sauver ?... Certes, pour beau que fût ce spectacle\nétrange, il se l’était imaginé plus beau encore. Celui-ci, avec\nses allures fantastiques, était peut-être , comme on dit, plus\nsublime, mais il manquait d’ordre, d’ensemble, en un mot, de\ngoût. C’était l’œuvre d’une imagination exaltée, rebelle aux\nrègles. La lumière surtout, cette lumière aveuglante le cho­\nquait par sa violence. Il eût fallu positivement des lunettes\nbleues pour bien voir là dedans. Enfin c’était un ciel par trop\nsubtil, trop éthéré, trop métaphysique. D e telles choses ne\nse concevaient pas par les sens comme une belle fête, il y\nfallait une application d’esprit. C’était du plaisir géométrique,\nun paradis de savants, de poètes. Ce qui lui déplaisait par­\ndessus tout, outre le parfum persistant de son arbre, c’était\nla musique de l’espace. Impossible de s’imaginer quelque\nchose de plus bruyant, de plus discordant, de moins mélo­\ndieux. Il était évident pour lui que chaque musicien jouait\nson air propre, sans s’inquiéter de ceux des autres, ni suivre\naucune mesure, et une telle chose était monstrueuse, en dépit\nde tout bon sens, et le révoltait à tel point qu’il se boucha\nles oreilles pour ne plus l’entendre.\n   Subitem ent, il eut une terreur immense à l’idée des\nsacrilèges pensers qu’il venait d’avoir là en plein Ciel, au\nrisque d’être cent m ille fois précipité dans l’enfer pour cause\nd’indignité. Il attendit quelque temps, persuadé qu’il allait\nêtre pulvérisé, mais comme rien ne se passait, il se rassura,\net désormais il se crut bien définitivement établi en possession\nde ses droits, inamovible.\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                     325\n\n    E t il prit un peu plus d’aisance et de liberté, même un\ncertain sourire léger et entendu remplaça sur ses lèvres la\n stupeur froide des heures précédentes et il n’aurait pas été\n loin de descendre de son arbre, si, malgré tout, l’anomalie\n de ce Ciel ne lui eût toujours inspiré une vague défiance.\n    En somme, on avait l’éternité. Mieux valait être prudent,\ninspecter, et réfléchir à toutes ces choses avant de prendre\nson parti, avant d’obéir à ces belles sirènes ailées dont la\nnudité dangereuse eût pu le compromettre. Il se contenta\n donc d’ouvrir largement son esprit à toutes les conjectures;\n cette allure de libre-pensée, qu’il avait parfois dangereuse­\nm ent affectée pendant sa vie, ne lui déplaisait pas. Au fond,\nil aimait l’audace, pourvu qu’elle connût des bornes et fût\nsimplement imaginative; l’audace de l’action, comme celle\npar exemple de descendre inopportunément de cet arbre,\nétant le fait des sots. Donc, avec un petit air voltairien, il se\nmit à songer et, immédiatement, un doute se fit en son esprit.\n   Si ce n’était pas le Ciel ? Il y avait bien des raisons, toutes\nplausibles. Rien de cela ne lui avait été enseigné. La concep­\ntion même de ce Ciel manquait de caractère religieux,\nabsolument. Puis c’était un Ciel impossible, écrasant, en\ncontradiction flagrante avec toutes ses idées de bonheur. Son\ndésir allait bien au delà. C’était une déception, et sauf les\ndélicieux anges, dont les libres allures l’offusquaient même\nun peu, quel rapport avec la profonde austérité des dogmes\nqui lui avait été si bien prêchée, et quoiqu’il ne fût pas\npuritain, loin de là ! avec les simples règles même d’une\npudeur bien entendue ?\n   Ensuite comment était-il là? Sa place, il se l’avouait en\ntoute humilité, était au purgatoire. Dans le vrai Ciel ce n’eût\npas été si facile et la comparaison du chameau et du trou de\nl’aiguille lui revint en mémoire.\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "326                                             la Wallonie.\n\n\n\n    Mais s’il n’était pas au ciel où était-il donc ? Au Paradis\n terrestre ? Dans la lune ? Au centre de la terre ? Dans un\n domaine de fées? Dans l’Olympe, au W alh alla, aux jardins\n de Mahomet, dans l’une des souargas, dans le paradis de\n quelque religion inconnue et qui était malencontreusement la\n seule vraie, sans qu’il s’en fût jamais douté ?\n   E t des doutes l’envahirent sur la réalité même de ce\nParadis. Est-ce qu’en somme il ne s’abusait pas ? Tout cela\n existait-il vraiment ? Quelqu’un, qu’il avait cru fou, n’avait-il\npoint prétendu que les choses extérieures n’avaient pas\nd’existence propre, que ce n’étaient que des créations du cer­\nveau de l’homme, que le ciel ne consisterait que dans une\nsorte de perpétuatiou hallucinée et comme tangible de ces\nimaginations d’enfance ? Etait-il dans un - ciel de cette\nespèce ?\n   Mais que ces phénomènes fussent les simples résultats de\nson cerveau, il se refusait à le croire. Il en avait eu tantôt\nun véritable démenti dans la résistance de l’arbre à cette\nfatale attraction d’en haut. Tout ceci n’était que trop réel.\nPeut-être n’était-il pas mort. Serait-il devenu fou ? E tait-ce\nune monomanie, ce ciel ? Une folie raisonnante puisqu’il la\nraisonnait ? Abîme de sinistres pensées. Il avait entendu\nconter des cas bizarres. Des hommes se croyaient Dieu et\nagissaient en conséquence. La terre leur paraissait, justement,\nun lieu de délices perpétuelles.\n   Mais pouvait-on être si consciemment fou ? Avec une\npensée calme à ce point-là, et sceptique ? L ’hallucination\nétait plus probable. Des faits analogues s’y produisent.\nDes corps font obstacle, on agit, on se meut, on raisonne. D es\nsomnambules marchent dans les gouttières, comme des chats,\navec sûreté ; il avait vu des magnétisés tomber à genoux\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                       327\n\ndevant on ne sait quels Paradis invisibles, faire des signes\nde croix, et donner des, symptômes flagrants de béatitude.\n   Une simple congestion au cerveau avait pu produire cet effet,\nles vapeurs de tout le vin qu’il avait bu à la fête, la suffoca­\ntion de la fève ; et l’idée plus simple qu’il s’était endormi à\ntable et qu’il rêvait, malgré l’insolite de cette constatation,\nfinit par triompher de toutes les autres, par s’emparer en\nm aîtresse de son esprit. Ce fut comme une aurore. Tout\ns’éclairait maintenant et apparaissait sous son vrai jour ; il\nne put réprimer un sourire en songeant à toutes les tristesses,\nà toutes les colères, à toutes les terreurs qu’il avait subies.\nIl dormait certes au milieu des siens, ce soir de fête; on\ncontinuait la musique et le chant; l’éclat des lumières\nimpressionnait ses yeux. Sans doute était-il près du réveil\npuisque ses idées devenaient si extraordinairement lucides.\nE t il reconnut, sauf ce détail de peu d'importance, toute la\nvraisemblance de cette opinion: l’incohérence des images\ndans le rêve, leur caractère fantasque, la sensation de l’abîme,\ndu vertige, la répugnance qu’on a à mouvoir ses membres, la\nlégèreté des corps qui tendent vers l’espace. E t il s’amusa à\nreconstruire comme un jeu de patience les cinq, six images\nprimitives d’où avaient dû naître toutes ces fantasmagories.\nUn ballet qu’il avait vu récemment au théâtre, les étoiles qu’il\navait regardées dans un télescope sur la grand’place, un\nsoir d’automne, une phrase sur le ciel que son confesseur lui\navait dite la veille, une exposition de peinture moderne, le\nscintillem ent des bougies, les flammes du punch, l’arôme que\nrépandait la tarte, de la musique de Wagner jouée par une\nde ses nièces pendant le souper même, et telles autres res­\nsouvenances. C’était vraiment une merveille que de se\nreconnaître ainsi rêver ! Il fit plusiers efforts pour se réveiller,\nsans y réussir.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "328                                             la Wallonie.\n\n\n\n    C’était toujours son rêve du ciel et les anges obstinés,\n tenaces, qui passaient près de lui en le regardant avec des\n yeux doux et tristes. Il demanda qu’on le secouât par l’épaule,\n qu’on lui soufflât dans le nez, qu’on lui jetât de l’eau froide\n au visage, mais les anges ne semblaient pas comprendre. Il\n finit par se pincer jusqu’au sang. Plusieurs tentatives de ce\n genre avortèrent, toutes aussi misérablement les unes que\nles autres.\n    Un de ces délicieux anges, dont il s’obstinait à rêver quand\nmême, s’approcha de lui, tâchant désespérément de lui\ndonner le vertige de ses yeux, de le faire choir dans ses\nailes ; il se cramponna à l’arbre, et comme l’ange redou­\nblait ses assauts importuns, il cassa une brauche et l’écarta,\nen frappant dessus comme sur un oiseau.\n   Il eut une trêve et essaya de se rendormir, persuadé main­\ntenant que de tels cauchemars étaient malsains, fatals à la\ndigestion et qu’ils troublaient l’équilibre. Mieux valait dormir\nsans rêver. Peut-être même rêvait-il à haute voix, l’écoutait-\non, était-il un objet d’hilarité grotesque, et quoiqu’il fût bon\nenfant et ne dédaignât pas la plaisanterie, cette idée dans\nl’état de surexcitation où se trouvait son âme, l’agaça outre\nmesure. Il ferma les yeux tâchant par tous les moyens de\ndormir sans rêver. La besogne n’était pas facile. Le rêve du\nciel survivait à tout, quoique, il est vrai, plus obscurément.\nMaintenant il le poursuivait, le traquait dans tous les recoins\nde son cerveau. Il s’ingénia à penser dans le vide, à ne pas\npenser surtout qu’il ne pensait pas, finit par employer des\nmoyens mécaniques tels que de petits cercles qu’il traçait\ndans l’ombre de son âme, comme des nombrils, et fixait de\nses yeux intérieurs pour les hypnotiser; des moulins qu’il\nfaisait tourner et dont il suivait le vol multicolore, en louchant;\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1781, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                      329\n\navec application ; des opérations algébriques laborieuses dont\nil parachevait le résultat ; le mouvement perpétuel, le carré\nde l’hypoténuse, la recherche de la quadrature du cercle,\nopération plus laborieuse que les autres et qui faillit faire\néclater son cerveau. Un moment il crut avoir réussi au delà de\nses espérances, et l’idée du ciel était si loin de lui, qu’il crut\nqu’il était éveillé. Il regarda entre ses cils, tonnerre de Dieu!\nle cauchemar était toujours là, c’était un remords, une malé­\ndiction à la fin ; le ciel ne le lâcherait donc jamais ! et subite­\nment radouci, il eut une idée naïve, enfantine, presque sau­\ngrenue, éclose dans son cerveau sans qu’il sût pourquoi et qui\nsans tout ce casse-tête le fit aboutir simplement. Il referma\nles yeux, décidé à ne plus les rouvrir jamais ; il fit sa prière\n du soir, demandant à Dieu même par l’intercession de ses\n saints, dans les termes cent fois redits, de le préserver de tout\nmauvais songe, de lui donner un sommeil heureux, réparateur\n et paisible, sans tentations, sans trouble, le sommeil des\njustes enfin. Il n’avait pas achevé sa prière qu’elle était\n exaucée.\n   La vision avait cessé. Il dormait dans une ombre tiède et\n douce ; il se sentait dormir paisiblement, sans rêves ; c’était\n une sensation obscure et veloutée, infinie; il ronflait à poings\n fermés, le sourire des enfants aux lèvres, comme un bien­\n heureux, et cette demi-conscience même finit par s’obscurcir,\n par l’abandonner à la paix absolue et inviolable, au bonheur\n désormais sans tache de la divine grâce de ne plus penser.\n\n         “ Messieurs,\n   . . . “ Je n’énumérerai pas davantage les éminents ser­\n  vices rendus par le défunt à la société, les nombreuses\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "330                                               la Wallonie.\n\n\n\n„ associations de philanthropie et d’art où il a si généreusement\n„ donné de sa personne, les notables progrès qu’il a apportés à\n„ cette branche de l’industrie, où il avait acquis, pendant sa\n„ trop courte carrière, une situation si haute et si enviée, mé­\n   rites qui éclatent aux yeux de tous et que Sa Majesté naguère\n„ a daigné récompenser par la croix de son ordre; qu’il me\n„ suffise de constater en terminant que celui qui a été si inopi­\n  nément enlevé à l’affection des siens au milieu des saines et\n„ joyeuses festivités de la famille (*), était un homme de grand\n„ cœur. Profondément généreux et probe, il avait su conquérir\n„ des sympathies dans tous les rangs de la société. I l était\n„ dévoué à sa famille, à sa patrie, il est resté fidèle aux convic­\n   tions de sa jeunesse, sans toutefois en exclure la large\n„ tolérance d’un vigoureux esprit ouvert à tous les progrès.\n   „ Adieu, cher ami, tandis que nous te pleurons sur cette fosse\n„ trop tôt ouverte, T U D O R S D E L ’É T E R N E L SO M M E IL\n„ que tu as si bien mérité par les vertus et la sagesse de ta vie.\n   „ Adieu, bon citoyen, bon père de famille, excellent homme,\n„ cher ami, adieu ! „\n                           C h a r l e s v a n LERBERG HE.\n\n  (*) Mr X mourut, en eff et, d’une rupture d'anévrisme, le dimanche\n6 janvier, fête de l'Épiphanie, vers les 10 heures du soir.\n                                                      L'Auteur.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-017", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 331, "page_fin": 336, "titre_corps": "Chronique littéraire : Villiers de l’Isle-Adam", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE. VILLIERS DE L ’ISLE-ADAM. Un drame de V", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n                               VILLIERS DE L ’ISLE-ADAM.\n\n    Un drame de V illiers (*) a pour titre la Révolte, un deuxième\n l’Evasion, un autre le Nouveau-Monde. Ces trois mots le\n contiennent en leurs plus secrètes correspondances, et sont, le\n diaphane réseau à travers quoi il nous fut donné de voir cet\nesprit.\n   Il arriva chez nous, sans transition, d’un autre siècle.\nEtranger (de là sans doute sa réputation d’écrivain étrange),\nil fut et resta étranger à nos luttes, au quotidien mode de\npenser des journaux, à l’actuelle politicaille et aux fruc­\ntueuses chances qui tirent par la ficelle le cerf-volant de la\nfortune. Tombé comme d’un trop décevant espace où fuiraient\nd’éclatants soleils, on le devine regarder autour de lui,\nd’abord saris comprendre. Il vient de l’ancien régime, et\ntrouve des bourgeois avec des journalistes, non sans l’appoint\nde quelques bons cabots ; le règne n’est plus du sang, mais de\nl’argent et de la blague avide.\n   Certes, il en est blessé; mais sa noblesse se refuse à être\n   (*) Avis préalable aux friands d’« actualité » qui seraient tentés par le\ntitre :\n   Je n’ai vu qu’une seule fois Villiers de l’Isle-Adam; je ne sais rien des\nanecdotes et ne lis pas le Figaro. J’ignore, mais oui vraiment j’ignore\ntomes les anecdotes ; et, si j’en savais, je les oublierais pour écrire ces\npages, n’aimant pas à tresser des faits divers en couronnes funèbres.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "332                                            la Wallonie.\n\n\n\n directement atteinte par ce qu’elle coudoie, et remplace la\n colère par un beau sourire de mépris, un sourire aigu —\n l’ironie des Contes cruels — un sourire triste comme une\n chanson de folle, qui nargue et perce et fouille les poitrines.\n    Oui, il est bien cet étranger venu de siècles morts, de\nnoblesses déchues, de soleils désormais éteints, ou, mieux\nque cela, disséqués en profitables, économiques et très sociales\nveilleuses. Ses yeux léthargiques, malgré tout froissés des\nturpitudes frôlées, se souviennent des hautes cîmes qu’à\nl’origine ils contemplèrent; et l’exilé tombé là de ces grands\nsiècles qu’il dut fouler, chante l’hymne filial aux siècles dont\nil fut.\n    Les flots d’une révolte, qui n’a pu s’écouler entière dans le\nsourire, se lèvent en lui impérieusement, se crètent d’écume,\nmontueux et larges, et sont nobles toujours comme la mer.\nSouffrant d’être ici vraiment un étranger, il cherchera l’éva­\nsion de cette obscure cuisine où s’égara son esprit de roi; il\ncherchera pour soi, comme lit de repos à ses pensées, comme\nune oasis éclaircie de cristallines fontaines pour son malheu­\nreux génie fatigué du désert, — il cherchera le Nouveau-\nMonde.\n    Or, esprit qui sait, et en qui les âges d’où il est intellec­\ntuellem ent issu mirent le trait bref aux gestes immenses qui\nest l’intuition, Villiers créa lui-même son nouveau monde.\nPar une ironie dernière, ce nouveau monde qu’il se créait, ce\nmonde du Rêve fut créé selon le nôtre : e t, comme une\ninsulte éblouissante au rire d’éclair, le Poète voulut sans\ndoute montrer à ce monde inconscient ce qu’il recélait de\ngloire et de resplendissants rayons.\n    Toute contingence est parcelle d’un métal dont l’Idée peut\nmarteler un signe de l’infini. Les faits, l’épisode, tout ce qui\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "     Chronique littéraire.                                    333\n\nnous entoure est un peuple muet, d’une silencieuse éloquence\naux gestes qui signifient. C’est à l’Intuition de découvrir\ncette signification, — et l’on pourrait avancer que la vie d’un\nfait, d’une contingence, est conditionnée par l’existence de\nl’idée pour laquelle ils existent, qui est leur raison d’être. Or\nles voix mystérieuses qui d’un Instant à un Instant disent la\nvie, sont en tumulte vers leur vie et se répondent, leur langage\nobscur et si vaste, celui qui parfois le saisit n’est-ce pas le\nPoète, ou le Savant qui pense ? et pour user de très grands\nmots, peut-être pourrait-on l’appeler celui   qui trouve ou\ndonne à trouver le rapport du rythme accidentel au rythme\nuniversel. Villiers de l’Isle-Adam fut de ceux-là qui savent\nentendre et voir; pour nous, cette plèbe dont parle l’Apoca­\nlypse, il traduisit en signes plus intelligibles le langage\nmystérieux qui nous reste étranger. Je pense bien qu’il le fit,\nen grande partie, inconsciemment : mais non sans l’amertune\nde qui voit et annonce ce qu’il sait que d’autres ne pour­\nront voir (*).\n  On pourrait,— on l’a fait trop souvent non sans hostilité,—\nrapprocher Villiers d’Edgar Poë. En les deux géniaux poètes,\navec des affinités subtiles, les mêmes éléments de l’œuvre\ncoexistent : comme pour le poète français, le motif d’écrire\nparaît avoir été chez Edgar Poë le dégoût d’un monde abject\npour sa natale fierté ; en même temps qu’un rafraîchissant\nexil dans la science il voulut trouver une contrée où s’évader,\net se créa un monde en matérialisant des rêves. Peut-être\nchez tous deux faudrait-il chercher le mobile de cette maté­\nrialisation, ce qui les força jamais à réaliser un rêve par\nl’écriture. Est-ce la crainte de la mort, — qu’on se rappelle\n\n\n  (*) Dans les Contes Cruels, Impatience île la Foule.\n                                                         22\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "334                                             la Wallonie.\n\n\n\n Ligeia, Vera,— la soif d’une survie, le désir d’une expérience,\n plus petitement la nécessité quotidienne de vivre, — ou la\n charité hautaine du Roy qui jette l’or à la foule ? mais ce sont\nlà des points qu’il conviendra peut-être d’analyser ailleurs.\n   Entre Poë et Villiers, la différence naît de la nature de\nl’Idée. Poë, rigoureux et précis mais d’une diaphane imma­\ntérialité, despote d’un rêve qu’il édifia splendide, se voit le\nrire crispé aux lèvres, les mains énervées aux flancs du\nmonument qu’il fit surgir des choses. Villiers, nullement plus\naristocratique de soudaine pensée, mais plus traditionnelle­\nment princier, vit d’une révolte qui jamais ne se convulse et\nplutôt s’éloigne en dédaignant. Villiers de l’Isle-Adam, moins\ngrand sans doute, — s’il est permis de mesurer ! — est peut-\nêtre plus proche du désir futur par sa sérénité. Aussi le sait-on\n catholique, mais de la race de J. Barbey d’Aurévilly, attaché\npour toujours à l ’ancien régime que rappelle son très noble\nsourire. Edgar Poë, idéaliste-panthéiste,-—Eurêka — et privé\nde ce port confortable d’une formule religieuse, voit son esprit\nsans chaîne secoué de plus grandioses visions ; son œ il a\nscruté plus d’univers, mais il en a gardé des souvenirs peut-\nêtre encore irréductibles, et comme l’indécise sensation d’une\ninsécurité.\n   Villiers, lui aussi, est idéaliste (*), — parfois ne dirait-on\nspiritiste ? — , mais il est avant tout chrétien : c’est en la foi\nqu’il puise la force aiguisée du dédain et sa pensée trouve\ndans l’idée de Dieu un repos digne de sa noblesse. Son\nidéalisme est celui d’un intuitif surtout, — idéalisme de\nsentiment : car le cerveau du comte de Villiers fut surtout\nriche de grands vols lyriques et certes bien moins compliqué\nque celui d’Edgar Poë.\n (*) Vera, l'Am our suprême.\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "      Chronique littéraire.                                              335\n\n   Ce qui fera bien saisir les différences, — et j ’y insiste, car\ntrop souvent on discuta l’identité ! — c’est la spéciale\nmanière dont ils conçurent la science.\n  Edgar Poë se réfugie dans la science; elle est son castel\nencore vierge, vierge et impénétrable et seul comme le castel\nde sa Pensée pure. Contre le monde il cherche asile en sa\npensée. Contre le monde aussi il trouve dans la science un\nasile somptueux, comme un temple nouveau, riche de sym­\nboles et de gestes et de rites : de gestes qui montrent plus\nhaut, de rites qui entonnent un cantique à l’énigme, de sym­\nboles qui dévoilent leur Philosophie. Il marche par la science\ncomme les vieux Grecs fendaient les mers, vers le continent\ninconnu et la Toison d’or qu’il contient : il marche à travers\nla science vers la philosophie qui en émane.\n  Lorsque la science apparut à Villiers de l’Isle-Adam, il la\nperçut d’abord étrangère, et la sentit bientôt insolite à sa foi.\nA ce poète d’intuition, qui n’en vit pas en cet instant la\nRaison d’être, elle fut évidemment hostile. — Et l’ironie et\nle dédain issus de sa croyance l'instiguant contre la foule, sa\nnoblesse fut blessée de savoir que le peuple admirait, — sans\ncomprendre,mais admirait,— ce qu’il n’avait pas encore inscrit,\nlui, dans le cercle où rayonnait son regard. Etonné, peut-être\nvaguement inquiet, il se fit une arme de cette Etrangère\net son mépris de Légitimiste et de vieux noble voulut\nflageller la foule positive avec les bandelettes de son\nidole (1). On peut dire qu’il persifla la foule en remplaçant\npour elle — et comme elle le devait concevoir , — par les méca­\nniques de la science, la pure cantilène du sentiment. —\nCependant cette alliée — mariage de raison sans doute, —\ns’imposait, réclamait des regards, l’obsédait même de sa\n\n\n( 1) la Machine à Gloire,- l'Analyse chimique du dernier Soupir, par exemple.\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "336                                               la Wallonie.\n\n\n\nprésence. Un jour vint qu’il la v it et qu’elle le fascina; il\nen saisit la signification et la décréta splendide, et donnant\nau Savant des allures comme dans l’épopée, il créa Edison :\nil avait enfin conçu la Science et, pour soi-même, découvert\nsa raison d’être. Alors il la ploya vers son idée, et c’est\nainsi qu’il fit surgir l’étonnante vision de l'Eve future, qu’on\npourrait traduire par cette proposition :\n   “ la Science positive m’apparaît, ayant pour FONCTION\nd’édifier le Rêve. „\n   E t je m’arrête ici, n’ayant pas l’ambition d’être “ complet „\n en ces pages écrites un peu d’instinct. Rien n’a été dit par\n moi de la forme merveilleuse du comte de Villiers, ni de son\nmépris pour le Progrès et la “ Civilisation „ (histoires insolites).\nIl fut un des créateurs du vrai Poème en prose, et nul depuis\nn’a dépassé en lumière, en pureté de lignes ou par l’éclat de\npierreries, les nobles féeries qui se déroulent dans sa phrase.\nMais que sert-il de le montrer et ne vaut-il pas m ieux relire\nAkëdysséril, Lysiane d’Aubelleyne ou l'Annonciateur ?\n   Villiers est mort pauvre; soit. Il est mort sans la gloire\nassez nauséabonde exsudée par la foule. Mais n’affichons pas\ndes regrets trop décidément stériles; s’il est entré dans\nle passé avec tout ce qui vivait encore en lui pour l’Art,\nc’est qu’ainsi le voulaient les temps qui le firent naître.\nJe sais de mes amis qui déplorent la perte de ce que recélait\nencore d’informulé le cerveau du Poète; — qu’importe? Il\nest venu comme il fallait qu’il vînt et ce qui devait lui\nsurvivre nous reste : l’Idée génératrice dont il féconda les\nchoses qu’il sut voir, — laquelle donnera naissance à d’autres\nIdées, indéfiniment, indéfiniment dans l’avenir.\n                                         A l b e r t MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-018", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 337, "page_fin": 338, "titre_corps": "Chronique littéraire : Premières proses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PREMIÈRES PROSES (*). Un livre de très jeune", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 372, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "PREM IÈRES PROSES (*).\n    Un livre de très jeune, qui nous arrive comme une promesse\nde claires moissons dans un avenir proche. Il règne dans ces\npremières proses je ne sais quel bon air de franchise d’art,\nde brave et belle sincérité juvénile, avec on dirait une peur\n de s’ouvrir vraiment à quelque décisif vol d’ailes. Ce n’est ici\nqu’une tentative, quelques pages plutôt d’essai et qui furent\nécrites sans trop de liaison; l’auteur y obéit aussi à des\ndésirs un peu divers, cherchant la droite et large route qu’il\nse veut dans l’avenir. Jusqu’à présent la personnalité ne\nparaît pas très décidée, il faut le dire; mais de toutes les\npetites pages ici réunies, — citons vieux Truand, Notes\ntristes, Nocturne, — se dégage l’impression d’un élégant\neffort vers une écriture suggestive, et une vue très subjective\nde la nature.\n   M. Del chevalerie se range ainsi au nombre de ceux qui\ncherchent un art individuel, en dehors de l’histoire natura­\nliste, et vraiment l’élégance native de sa forme, avec maintes\nphrases qui mènent loin l’esprit, sont pour faire espérer de\nlui, bientôt sans doute, un bon Livre.\n                                               A. J. HEYMANS (**).\n  Une belle et noble étude, bellement écrite et noblement\npensée. L ’auteur est l’un des derniers venus aux XX , et l’un\ndes peintres les plus artistes et les plus sympathiques que je\nsache — aussi de ceux qui sont aux avant-postes.\n  L ’œuvre et l’histoire du talent de A. J. Heymans, — l’un\n  (*) Par Charles D   e lc h e v a le rie ,   20   exemplaires hors commerce ;\nBénard, Liège.\n  (**) Par Henry V\n                an    de   Velde,      extrait de la Revue générale.\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": " 338                                              la Wallonie.\n\n\n\n  des meilleurs de l’Ecole de Tervueren, et le seul qui d’eux\n  tous soit resté dans le fier courant des idées qui marchent,—\n  Henry Van de V elde les analyse avec une rare élévation\n  d’esprit, et un remarquable détachement des théories d’écoles,\n  lui, tout fervent des récentes découvertes sur la recompo­\n  sition optique des couleurs, et qui devait juger un peintre\n  plus ancien.\n     Maintes pages seraient à détacher de ce travail;, voici\n  quelques lignes d’une très nette pensée, et qui disent fort\n  bien ce que nous croyons tous :\n     “ L ’émotion transcrite en une œuvre n’en fait-elle pas la\n  plus grande valeur ? La rancœur nous est venue, à temps,\n  des virtuosités, pour avoir trouvé que les vraies grandes\n  âmes ne se sont jamais repues d’elle. Parmi les modernes,\n l’œuvre de J. F. M illet en est l’exemple le plus frappant.\n  Choses mal peintes, de la plus maladroite harmonie de\n couleur, et s’imposant malgré tout, comme les plus hautaines\n et les plus m erveilleuses œuvres d’art.\n     „ Non, il faut plus pour la réalisation de l’œuvre que l’ex­\n clusive F orme, il lui faut de vrais morceaux d’âmes ou des\n pensées !\n     „ Je sais bien que cela est à l’en contre de la théorie de bril­\n lants esthètes, qui recherchent en peinture, avant toute autre\n qualité, ce qu’ils nomment « du tempérament » et qui\n com m ettent cette erreur de n’en admettre qu’un seul à\n l ’exclusion de tous les autres : le tempérament vigoureux.\n     „ En leur pensée, la peinture n ’est que cette voluptueuse\n caresse aux yeux, alors qu’elle est plus que cela, la m ysté­\n rieuse langue qui, tant aux yeux qu’au cœur et à l’intellect,\n peut dire les plus indicibles choses en les plus diverses\nformes ! la plus sensuelle et la plus austère, la plus naïve et\nla plus raffinée. Chacun de nous l’emploie selon ses sens. „\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-019", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 339, "page_fin": 348, "titre_corps": "Chronique littéraire : Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE. La Revue Indépendante a inséré", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 374, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n   La Revue Indépendante a inséré dans sa livraison d’août,\nla lettre collective de MM. Delaroche, St-Paul et Mockel, qui\nparut dans la Wallonie. Nous avons oublié de l’annoncer dans\nnotre dernier n°.\n                               *\n                                 * *\n\n   Dans certaines cours, un officier du palais a pour fonction\nprincipale d’annoncer : “ le Roi ! „ quand S.M. arrive. Il y a\naussi dans le monde des arts, des gens dont c’est l’unique\nmétier de crier “ le Roi! C’est lucratif, il y a l’aumône des\nreflets et maints revenants bons. Malheureusement ils crient\nun peu trop à tue-tête, et souvent de travers.\n   Quelques librettistes et compositeurs français ont cette\nspécialité de jeter leur voix aigre-douce sur les noms des\ngrands hommes : Gounod et Faust, Ambroise Thomas avec\nMignon, Hamlet, le Songe d’une nuit d’été. Voici venir Benja­\nm en Godard, qui s’attaque de front au souvenir de Dante et\nva le camper en ténor amoureux, dans un décor d’opéra\nH alévy, devant le trou du souffleur, entre les haies toujours\nimprévues de ces bons chœurs inamovibles. Il y aura\nBéatrice, Virgile, un tombeau, l’Enfer, un chœur des dam­\nnés (!!), le Paradis, tout, vous dis-je. On n’a oublié que le Pur­\ngatoire et c’est grand dommage.\n   Quant à M. Thomas, c’est au ballet de la Tempête qu’il\ndoit sa nouvelle collaboration avec Shakespeare. E t songez\nqu’à je ne sais quel banquet, on l’a félicité chaudement\n d’avoir tant, contribué à faire connaître ce pauvre auteur\n d’Hamlet....\n   E t M. Alexandre Dumas, donc!\n                                ** *\n   Ah, le théâtre ! Emile Zola veut rénover le drame lyrique;\n M. Gallet a tiré un libretto de son dernier roman, le Rêve,\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": " 340                                          la Wallonie.\n\n\n\n  et M. Bruneau a reçu la commande d’une partition complète\n pour le dit. C’est tout à fait neuf, mais vraiment tout à fait\n neuf! “ C’est, comme le dit Zola, une simple conversation\n musicale entre cinq personnages ., en redingote, robe à\n volants, soutane et veston de travail. Mais c’est parfait,\n plus que parfait. E t comme c’est bien l’essence du drame\n lyrique, ce père noble d’évèque, ces deux honorables, oh très\n honorables! bourgeois, et la candide pensionnaire Angélique,\n sans oublier le sympathique Félicien...\n    Certainement, nous irons voir cela.\n                                ***\n    On sait que les Troyens de Berlioz vont être donnés pour\n la première fois en entier à Karlsruhe; la pièce sera montée\n ensuite (y compris la Prise de Troie) à Berlin et à Weimar.\n    Eh bien, que faites-vous donc, en France ?\n                                \"*\n    Il y est allé! Qui? Coquelin. Où? à Bayreuth. E t les\njournaux déclarent qu’il fut profondément ému.\n    Dans le but évident de ne pas troubler la représentation,\nl’acteur français avait eu la courtoisie de garder l’incognito.\n — Jusqu’à un certain point, comme on le voit.\n    Du reste, la tranquillité si touchante de Coquelin ne doit\npas trop surprendre : il avait l’exemple de l’Empereur d’A lle­\nmagne. Tous les journaux sont d’accord, en effet, pour louer\nà l’envi S. M. teutonne et constater qu’elle ne fit pas trop de\nbruit en dehors des entr’actes, et ne voulut pas interrompre\nles scènes angéliques de P arsifal par la soudaine tempête\nd’une Wacht am Bhein bien cuivrée. Vraiment, ii fut conve­\nnable, dit-on.\n                                 *\n    D ’une lettre que nous envoya récemment un ami, nous\nextrayons cette curieuse boutade sur la merveilleuse expo­\nsition qui va finir :\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "    petite Chronique.                                      341\n\n    J ’ai été un peu à Paris, voir Burne Jones, Moreau, D ela­\ncroix, W atts, Thaulow, etc., la danse du ventre, et les\n adorables Javanaises. C’est mon meilleur souvenir, ces filles\n \" très parées dans l’étrange demi-jour de leur case et qui\ntournent lentement dans la stridente musique avec de si\nénigmatiques inflexions de mains et de si souriantes pour­\nsuites les yeux dans les yeux.\n   E t l’Exposition quelle curieuse idée de ciel moderne, de\nParadis industriel, de félicité temporelle. Les 40 centimes\nd’entrée, c’est presque gratis. Les temps nouveaux où la\ngratuité, nécessaire au bonheur complet, sera absolue, sont\névidemment proches. On ne voit que des gens qui s’émer­\nveillent et passent agréablement le temps. N ’avez-vous pas\neu cette persistante idée que c’est là le ciel futur qui allait\ndans quelques siècles — car d’incontestables progrès sont\nencore à faire — remplacer l’autre? J ’ai remarqué le visage\ndes élus, ceux pour qui voir sous l’arche illuminée d’une\ntour une douzaine de plumeaux en feu (surmontés d’un navire\nen plâtre et d’une troupe de républiques dont la dernière\nlève la jambe au sommet d’un dôme, illuminé lui aussi), est\nune félicité suprême. Combien je les ai enviés, car le châti­\nm ent des damnés est évidemment de voir ainsi que je viens\nde dire, sans Splendeur : « Ils ne verront pas Dieu. » Les\ndamnés aussi, j ’imagine, seront choqués d’une foule de choses\ndont les élus n’apercevront pas l’utilité bienveillante et pour\nainsi dire la Providence.\n   C’est ainsi que les innombrables poteaux indicateurs\ndressés au milieu de ces merveilles pour indiquer les urinoirs\net les water-closets et les houris qui vous y tendent des\nfeuilles de fibres végétales — avec des sourires désormais\nirrétribuables — ne scandaliseront les hommes qu’en pro­\nportion de leur état de grâce.\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "342                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Il reste cependant bien des choses à faire. L e but, par\n exemple, est à changer, vu cet inespéré résultat de béatitude.\nIl ne devrait plus s’agir de prospérité commerciale ou de\nprogrès industriel, mais de créer un Paradis permanent où\nl’on pût, à son aise, jouir de tous les plaisirs possibles pen­\n dant les loisirs obtenus par son travail. Ensuite le progrès\ndevrait viser à la gratuité absolue ou, du moins, apparente\n(systèm e Cook) de façon à ce qu’une fois l’entrée prise, on\nne dût plus désagréablement débourser pour le Duval, l’as­\ncenseur, le water-closet, la chaise et la danse du ventre.\nIl faudrait encore pouvoir jouir de tous les objets et généra­\nlem ent de toutes les créatures comprises dans l’enceinte du\nParadis et qu’il n’y eût d’autre lim ite que la nécessité de\nfaire queue en cas de compétition multiple et la défense de\nrien emporter hors de la dite enceinte, en cas de sortie.\n   Enfin il faudrait qu’il y eût plus de fraternité entre tous\nces élus qui actuellement se groupent par familles ou mar­\nchent seuls comme des damnés. Il suffirait d’établir à cet\neffet des Tables d’Hôtes et des Bals, ou de faire exécuter la\ndevise française par la force : le bonheur de tous se trouvant\nen jeu. »\n                               ** *\n   L e 28 octobre ont été célébrées en grande pompe les\nobsèques d’Em ile Augier. Les ministres suivaient le cercueil,\navec l’Académie, la Comédie française, etc.\n   Augier fit au théâtre une littérature honorable, très à la\nportée du bourgeois, mais avec des mérites de dignité et de\nsincérité. Au moins ne composait-il pas de ces pièces pour\nl’exportation (Théodora) et de ces petites machines à ficelles\nqui puent le cabotin. Pour cela, et pour des attitudes droites\net le travail probe et réfléchi de ses comédies, il a droit à du\nrespect.\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "    petite Chronique.                                        343\n\n   Nous avons dit la pompe de ses funérailles; il y avait en\noutre une cérémonie musicale somptueuse à l’église, et le\nThéâtre Français ferma ses portes en signe de deuil. Cet\nhonneur, Augier le partage avec Casimir Delavigne, Eugène\nScribe, François Ponsard et Victor Hugo. Ce dernier, connais­\nsant ses prédécesseurs, n’avait pas demandé “ d’en être „.\n   Aux obsèques de Villiers de l’Isle-Adam, il n’y eut que du\nsilence. M. W . le seul d’entre nous (je parle des Liégeois)\nqui put accompagner le grand poète jusqu’au cimetière, nous\ndisait qu’à peine 15 ou 18 personnes avaient suivi le corps\njusque là ; et cela se faisait lugubrement, par un temps gris,\ncomme avec maussaderie.\n                                ***\n   La Revue belge (oh belge) est bien contente : M. Jules\nAbrassart, son éminent concitoyen, a obtenu la palme d’or\nd’une société évidemment canadienne, appelée je ne sais\npourquoi l’Académie Montréal de Toulouse. La Revue belge\nassure que “ la muse de notre cher poète est partout appelée\naux plus éclatants triomphes „. C’est ainsi qu’elle obtint\ndernièrement une palme d’argent des Abeilles Normandes.\nM. Tilman a de l’éloquence, quand il s’emballe, et j ’avoue\navoir éprouvé une émotion, d’ailleurs bien légitime, lorsque\nje parvins au dernier aliéna : “ Honneur à la Belgique ! Trois\nfois honneur à M. Abrassart. „\n   Mes bien sincères, M. Tilman. mes bien sincères.\n                                *   '\n                              * *\n  Mais dites donc, là-bas, à Bruxelles, les gens des minis­\ntères ! n’avez-vous pas entendu dire que Félicien Bops est\ndécoré de la Légion d’honneur ? Et, bien qu’il soit l’un des\nrares à ne posséder point le petit ruban de l’Ordre de Léopold,\nFélicien Rops est d’ici, savez-vous ! je n’oserais dire qu’il est\nbelge, — Monsieur Tilman le revendiquerait — mais bien\nw allon du moins, Monsieur le Ministre.\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "344                                                    la Wallonie.\n\n\n\n\n   L a c o n v e r s i o n d e l a J e u n e B e l g i q u e nous fait grand\nplaisir. Certes, depuis deux ans, ne pouvait-on s’attendre à\ntelle et heureuse conclusion des arguments discutés. Nous\nqui dès le début avions indiqué les divergences, et restons\nfermes sur nos idées intactes, nous applaudissons de tout\ncœur au meilleur vouloir de ces artistes.\n   La Jeune Belgique, analysant l’article ici paru, de MM.D ela­\nroche, Saint-Paul et Mockel, conclut : “ Nous voici d’accord,\nabsolument d’accord. „ Et plus loin : “ E t maintenant mar­\nchons ensemble, sans ergoter en route sur des théories abso­\nlues. „ Soit; et disons, nous aussi, quelle joie nous fut cet\narticle de la Revue bruxelloise Nous avons toujours jugé\npuéril d’attaquer ou de railler les idées de la Jeune Belgique ;\nmais nous avons défendu les nôtres. Si les hostilités cessent\net si l’on marche vers nous, nous saurons nous garder des\nrécriminations vaines.\n   D ’ailleurs la Jeune Belgique avait encore de beaux poètes\net un sincère amour de l’art. En faut-il davantage pour être\nvite à peu près d’accord ?\n                                     ** *\n   Lire dans l’avant-dernier n° de la Société nouvelle, un bon\net scintillant article d’Eugène Demolder sur l’Exposition de\nParis. Du même auteur, dans le dernier numéro, la Montée\nau Calvaire, d’après les primitifs flamands. Dans la Vogue, les\nvers de Henri de. Régnier, Albert Saint-Paul, Achille Dela­\nroche; la prose de Merrill; les chroniques de Gustave Kahn.\nDans la Jeune Belgique (septembre) les vers de Gilkin (une\npièce merveilleuse, la 2e). Dans la Revue Indépendante, un\ncurieux article sur l’architecture métallique, par J. K. H uys­\nmans. Dans A rt et critique, la fin de la polémique entre\nMM. Ghil, Delaroche, Saint-Paul et Mockel. A ce propos,\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "    petite Chronique.                                        345\n\nla Jeune Belgique publie les lettres de Saint-Paul et Delaroche,\nsans indiquer à quelles attaques injustes elles répondent,\nlesquelles en expliquent la violence.\n   Erreur inconsciente évidemment, et que cet entrefilet\nrépare bien assez.\n   Aussi M. Mockel écrivit aux Ecrits pour l’A rt, et sa lettre\nfut reproduite dans A rt et Critique, pour affirmer à nouveau\nsa solidarité avec MM. Saint-Paul et Delaroche.\n                                 *\n                               * *\n   L ’Echo de Paris a ouvert un concours littéraire, clos au\n31 octobre. Deux prix de 500 francs étaient attribués à la\nmeilleure pièce de vers (il en fallait 50) et la même somme\ndevait payer le meilleur conte et la meilleure chronique. Le\nrésultat du concours sera connu prochainement.\n   Voici quels sont les jurés du concours de poésie : Théodore\nde Banville, Paul Bourget, François Coppée, Léon Dierx,\nJosé-Maria de Hérédia, Leconte de Lisle, Stéphane Mallarmé,\nArmand Silvestre, Catulle Mendès, Sully Prudhomme.\n   Pour le conte en prose : Théodore de Banville, Henry\nBauer, Paul Bourget, Léon Cladel, Alphonse Daudet, Edmond\n de Goncourt, Jules Lemaître, Edmond Lepellier, Guy de\n Maupassant, Catulle Mendès, Octave Mirbeau, Montjoyeux,\n Jean Reibrach, Aurélien Scholl, Armand Silvestre.\n   Sauf une ou deux taches, on pouvait difficilement mieux\n choisir parmi les poètes « arrivés »; mais l’absence de Verlaine\n fait trouver bizarre le nom de Silvestre qui s’étale. .. Pour le\n conte, c’est plus panaché. Quant au jury de chroniqueurs, il\n n’a rien qui puisse nous intéresser.\n                                ***\n            Monsieur,\n   Voudriez-vous annoncer à vos lecteurs-collaborateurs que\nje ferai paraître, le 25 décembre prochain, le GRAND DIC-\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "346                                             la Wallonie.\n\n\n\nTIONNAIRE DES POÈTES CONTEMPORAINS; et les prier\n de m ’envoyer leur nom, leur âge et la liste de leurs ouvrages\nédités ou manuscrits. L ’insertion est gratuite et elle n’entraîne\nnullement l'obligation de souscrire à un volume. Les adresses\ndes poètes ne seront pas indiquées.\n   L e Dictionnaire sera précédé de notices concernant les\njournaux et revues de poésies. Vous voudrez bien, Monsieur\net cher confrère, m ’envoyer la notice de votre journal avec\nindication de périodicité, prix d’abonnements, les noms du\nDirecteur, Rédacteur en chef et des principaux collabora­\nteurs. Le Dictionnaire devant être tiré à un grand nombre\nd’exemplaires, je n’ai pas besoin de vous signaler les réels\nservices qu’il est appelé à rendre aux poètes et aux journaux\nde poésie.\n   Agréez, Monsieur et cher confrère,mes civilités empressées.\n     23, rue Racine, Paris.               H e n r i JOUVE.\n                               *\n   Va paraître le sixièm e volume de l’Almanach de l’Univer­\nsité de Gand. Les manuscrits peuvent être envoyés, jusqu’au\n15 novembre, par tous lettrés qui voudraient y collaborer;\n12, Coupure, à Gand.\n                              * *\n   Sommaire (septembre) de L a Vogue, l’excellente revue\nparisienne dont nous avons déjà parlé :\n   Gustave Kahn, Chronique; Jean Lorrain, Logis de poète;\nH enri de Régnier, Petits poèmes anciens et romanesques ; F élix\nFénéon, Tableaux; Francis Vielé Griffin, Sous la nuit (vers) ;\nPaul Adam. Les prim itifs en L orraine; Georges Vanor,\nApparitions (vers) ; Stuart Merrill, Hécatombes ; Albert Saint-\nPaul, D ’un lampas (vers) ; Achille Delaroche, Laus m orituris;\nEm ile II. Meyer, Céramique, verrerie, meuble à l'Exposition ;\nAdolphe R etté, Notes et notules.\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1734, "texte": "    petite Chronique.                                       347\n\n                                * **\n   Les lettres apprendront avec plaisir que M. Stéphane\nMallarmé vient de donner à la revue de M. Jullien, son\npoème : Le Guignon, considérablement remanié. Cette nou­\nvelle version, par les vers si précis et selon la beauté\nmystérieuse dont Stéphane Mallarmé sait les arcanes, saisira\nplus encore, s’il est possible, qu’en les déjà superbes strophes\ndu Guignon inséré jadis au Parnasse.              (La Vogue.)\n                                * *\n                                 *\n\n   D ’après la Gazette générale de musique, de Berlin, les Fran­\nçais ne savent pas chanter, l’école française est exécrable;\nles Français ne savent pas danser non plus. Et, pour en\nrevenir à leur chant, c’est odieux! On pousse des sons forts\nqui chevrotent, et puis ça diminue en passant par le nez...\npouah ! Ils ne savent pas respirer, les Français, ni prononcer\ncomme il convient ; et si vous connaissiez l’effrayante con­\ntraction des muscles, c’est horrible!\n   A h bah ! c’est donc en Allemagne ? Tiens, tiens, tiens,\nnous ne savions pas cela.\n                               ***\n   Dans le Rappel, Saint-Saëns annonce l’invention d’un har­\nmonium qui ne serait pas, à compensation, comme les autres\ninstruments à clavier. L e perfectionnement vaut qu’on le\nnote ; mais nous avons peine à croire, malgré les explications\nde Saint-Saëns, que les nécessaires et multiples complications\ndu nouveau clavier n’en rendent pas le maniement d’une\ndifficulté invincible.\n                               * *\n   D ’une revue amie, peu coutumière du fait, cette phrase\nsignée Camille Bellaigue :\n   “ Reprenez tour à tour l’admirable lamento d’Eléazar :\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "348                                           la Wallonie.\n\n\n\nBachel, grand du Seigneur, et l’admirable adieu de W otan\ndéposant un baiser sur les yeux de Brunehild, vous recon­\nnaîtrez, je crois, qu’à de certaines hauteurs, toutes les inspi­\nrations du génie finissent, sinon par se ressembler, du moins\npar se rejoindre. „ N ’est-ce pas M. Bellaigue qui reprochait\nà Beethoven sa IXe symphonie?\n                                »\n   Une association internationale d’écrivains et artistes socia­\nlistes s’est formée à Paris, sous le patronage de MM. Cladel,\nRosny, Bonnetain.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "H1ô4 tel des A m érica in s — R", "ancre_fin": "on, à 5 francs, sont à souscrire.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quelques collections de LA WALLO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1036, "texte": "H1ô4 tel   des A m érica in s\n          — R ue de l’A bbé de l’E pée — 14\n                                PARIS.\nEn    face    du Luxembourg. Près du Y a l de Grâce.\n                 A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur cle magnifiques jardins.\n                       PENSION DE FAM ILLE.\n             T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n      ET. Z E Y 1 ÎN .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                        L I E G E.\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n             Place du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_________________ RACCOMMODAGES.                ____________\n         En souscription dans nos bureaux :\n    C R É P U S C U L E S D ’A M E\n            Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Collections et dépositaires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quelques collections de LA WALLO", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1036, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "Quelques collections de LA WALLONIE (1880, 1887 et 1888) sont en vente\n                             au prix de 6 francs.\n                  La W allonie est en vente\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Hosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetler, rempart Ste-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Roelie, 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-09-n9-10-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNÉE, N° 9 ET 10. 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O lin ....................MES m ém o ires. — Soirs intimes;\n                                                         Amour platonique; Consta­\n                                                         tation.\nA. D u p on t        .................. Nocturnement\nAug. V ie r se t.....           f r o m h om e : Arrivée,                   Londres,\n                                                         le Strand, London-Bridge,\n                                                         Thames-Subway.\nA*    .............................................. Chantefable un peu naïve.\nCharles Van Lerberghe                               . la Grâce du Sommeil.\nChronique littéraire :\nA lbert M o c k e l .....................Villiers de l’Isle-Adam.\nX .................................................... Premières Proses , par Ch.\n                                             Delchevalerie; A . J. Hey-\n                                             mans, par Henry Yan de\n                                             Velde.\nPetite Chronique.\n                     Un num éro 50 centim es.\n\n\n                                  Des presses de II. Vuillant-Carmanne , à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 318, "texte": "WALLONIE\n     LA\n\n\n\n\n    Septembre-Octobre 1889.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": " REVUE\n      L'ART MODERNE\n           CRITIQUE   DES   ARTS    ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n             26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n                 Abonnement : 10 fr. par an.\n\n               Viennent de paraître :\nS cèn es de B al, livre de vers, par Alb. St-Paul.\nLes D éb â cles, par Emile V e r h a e r e n .\nCloches en la N uit, par Adolphe R e t t é .\nL’A rt en E xil, roman, par G. R odenbach .\nS e r r e s chaudes, par Maurice Ma e t e r l in c k .\n\n\n  LA PLEIADE\n         REVUE M ENSUELLE D E LITTÉRATURE\n                   18, rue Duperré, Paris.\n\n\n      ART & CRITIQUE\n   Revue hebdomadaire des Lettres et des Arts\n             P aris, 7, Rue des Canettes\n       Paris, 12 Crânes l’an; Étranger, 15 francs.\n                   L A        V O G U E\n  REVUE M ENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n            Publiée par livraisons de cent pages.\n         Abonnements : Paris. 10 fr.; Étranger : 13 fr.\n            P A R I S , P la c e d e s V o s g e s , 9.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "   L’EAU DU REVE.\n                            MIRAGE.\n\nL’ OR clair du soleil se parfile\nLà-bas sous les alismas teints\nAu bleu vaporeux des matins.\nE t rêvant le long de la file\nM ystérieuse des roseaux,\nEn la conque d’or la Chinoise...\nLà-bas, vers la tour de turquoise\nS’éventillent les bleus oiseaux.\nLa conque d’or est un calice\nQui passe indécis effleurer\nL e ciel ! tant doux à se mirer\nDans l’Eau blonde où la conque glisse!\n                              AUBE.\n\nFROLANT les fleurs d’aube l’Eau jase,\nLes fleurs s’éclairent parfumées...\nVers des cieux fondant par fumées\nD ’aurore, de rêve et d’extase,\nL ’onde blonde et lente, oh divine!\nAux fleurs des aurores se pâme.\nLes fleurs — closes! — pour que leur âme\nAu cœur des parfums se devine\nOuvrent leurs corolles ravies...\nE t l’Eau sourit et rose gaze\nDes hymens de rêve et d’extase\nPar delà le miroir des vies.\n                           G e o r g e KELLER.\n                                         19\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": " UNE ÉVOLUTION DE LA CRITIQUE.\n                                                        I.\n\n\n          critique rappelle, à s’y méprendre, le mythe\n                 a\n\n        charmant et terrible de l’antique oiseau,\n        renaissant toujours de ses cendres avec une\n        nouvelle jeunesse. Empruntées ou non, ses\nplumes ne sont jamais complètement ternies. On a\ndit depuis longtemps que la critique littéraire allait\nn’être plus, et avec toute apparence de justesse. Il\nn’y avait plus de ressource pour sa fragile existence\nque dans la réclame, au langage pléonastique et\noutré, que dans le nébuleux à côté de la dissertation\nphilosophique, où le livre jugé n’est rien, où le jugeur\nest tout. E t voici qu’en un an plusieurs volumes, sans\nlien extérieur ni attaches intimes l’un avec l ’autre,\nviennent dérouter le pessimisme des prophètes\ncourants. De ces volumes deux ont pour auteur un\nphilosophe d’instinct et d’éducation, énamouré de la\npsychologie anglaise et l’émule heureux de ses der­\nniers disciples (*) ; un autre nous vient de Galicie (2),\n\n   ( 1)   E m ile H e n n e q u in .        la Critique scientifique, -I v o l . — les Écrivains\nfrancisés , 1 v o l .\n   (2)    11 .       K a w c z y n s k i.   Essai com paratif sur l'Origine et l’Histoire des\nRythmes.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "     une Évolution de la Critique.                                287\n\n et il est signé d’un nom de savant; un autre encore\n est une thèse de docteur parisienne (1), thèse d’his­\ntoire littéraire, hérissée de citations et de références\net presque maussade d’aspect. Je ne suis pas à bout\n de titres ; mais ces indications suffisent ; elles sont\nrassurantes pour l’avenir d’une forme de pensée,\nsinon d’art, qui a déjà une histoire et qui a conquis\ndes droits au respect. L a nature même des travaux,\ninspirés aujourd’hui par elle, nous montre la nouvelle\nvoie où elle devra s’engager. Ce n’est pas trop oser\nque de formuler cet axiome : “ La critique scienti­\nfique est née „, et son indispensable corollaire : “ La\ncritique littéraire est morte „.\n   Je m’occuperai bientôt des études de M. Henne­\nquin; je ne veux que signaler aujourd’hui les œuvres\nde pure science que j ’ai nommées après elles et la\nsecrète harmonie doctrinale qui unit l’esprit de\ncelles-là et la destination de celles-ci d’une manière\nsi imprévue et pourtant si indissoluble. Leurs divers\nauteurs ne se sont pas connus ; l’un d’eux est mort,\nétranger à l’érudition historique et philologique; le\nsecond est un helléniste, attiré et comme violenté\npar la Muse plus barbare du Moyen A g e français ;\nle troisième est un Slave, philologue mâtiné de\nrêveur, n’ayant perçu du courant intellectuel qui\nnous berce, qu’un lointain écho de vagues mugis­\nsantes et le malaise inconscient d’un remous.\n\n  (*) A. Jeanroy. les Origines de la Poésie lyrique eu France au Moyen\nAge.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "288                                      la Wallonie.\n\n\n\n     La thèse générale de M. Hennequin est la négation\n même du principe démocratique dans les choses de\n l ’esprit. Thèse prévue, semble-t-il, et vieille comme\n les lettres. Mais les développements qu’elle reçoit de\n son défenseur, empruntent au choix des exemples, à\n la nature des raisonnements aussi, une originalité\n savoureuse. Comme Carlyle, M. Hennequin a le culte\n des hommes-héros. L ’antiquité avait ses demi-dieux,\n bienfaiteurs d’une contrée ; l’Occident chrétien a ses\n saints patrons, d’un nimbe de sentimentalité plus\n noble, d’ailleurs, et l’objet de crédulité non moins\n basse. L ’art ne doit-il pas avoir ses intermédiaires\n naturels entre l’essence divine de la pensée pure et la\n masse grossière des esprits réceptifs ? Dès lors, plus\n d’action et de réaction, suivant la formule d’une\nphilosophie soi-disant scientifique, mais l’impulsion\nmonistique jaillie de haut, subie toujours et plus ou\nmoins heureusement. Ce n’est plus le milieu qui\n engendre ou pétrit le cerveau “ génial „ de l ’artiste ;\nc’est celui-ci qui crée, en quelque sorte, une ambiance\nharmonique, qui la colore des nuances chères à sa\nvisuabté morale ; un peu plus, nous pourrions em­\nprunter la terminologie familière à l’idéalisme sub­\nje ctif et dire : Le public (le monde visible) n’a pas\nd’existence réelle; il n’a d’existence idéale que dans\nle rayon projeté par l’appareil lumineux du créateur\nd’art (la pensée divine) ; bien qu’il s’arrête en deçà\nde la proposition métaphysique que nous ébauchons\nici, M. Hennequin ne paraît pas éloigné d’en accepter\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "    une Évolution de la Critique.                     289\n\nles dernières conséquences. Voici comment s’exprime\nà son tour, M. K awczynski : “ Toute induction dans\n„ le domaine de l’art, ou de la science, comme toute\n„ induction en général, me paraît être toujours indi­\n   viduelle et personnelle, et procéder d’un esprit\n„ supérieur en son genre à tous les autres, qui l’i ­\n   mitent ensuite. „ E t prenant l’exemple de M. Taine\net de ses récentes études sur la Révolution française,\nl’auteur se refuse à y découvrir l ’influence d’un état\nd’opinion nouveau, dont la synthèse de cet écrivain\nné serait qu’une résultante plus ou moins raisonnée :\n“ Seul de son opinion à l’heure de la publication de\n„ son œuvre, aujourd’hui il ne l’est plus probablement.\n„ Telle est toujours la relation entre la foule et l ’idée\n„ nouvelle... „ (pp. 15-16).\n   M. K aw czynski poursuit son analyse et vient\ncontester à une science née d’hier, celle du folk-lore,\nc’est-à-dire des traditions et des croyances popu­\nlaires, certaines de ses conclusions et sa légitimité\nmême. A quoi bon, en effet, rechercher avec tant de\nsoin les échos confus, les créations incomplètes, les\nfœtus d’imagination et de vibration de la foule, si\néchos, créations, fœtus ne sont qu’un relief dédaigné\nde la table des aèdes inspirés et des sages ? Peu dif­\nférente est l’appréciation de M. Jeanroy dans une\nsavante histoire de la lyrique du moyen âge français\net de ses imitations étrangères. “ Cette conception\n„ en quelque sorte mystique et superstitieuse de\n„ la poésie populaire, dit-il, a le double inconvénient\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "290                                      la Wallonie.\n\n\n\n „ de prêter à la phrase et de couper court aux\n „ recherches sérieuses ; il semble, en effet, que quand\n „ on a dit d’un genre qu’il avait sa source dans la\n „ poésie populaire, on soit arrivé à un terme irréduc ­\n     tible et que l’on n’ait plus qu’à s’incliner devant\n „ l ’opération mystérieuse de la nature. Si, au con­\n     traire, on entend simplement par là des produc­\n t i o n s émanant, sans doute, de poètes déterminés\n „ pourvus d’une certaine culture, faisant œuvre\n „ réfléchie et littéraire..., des pièces composées en un\n „ mot, non par le peuple, mais pour le peuple, et pour\n „ le peuple tout entier, nous croyons que ce terme\n „ commode est ici suffisamment exact, et qu’il peut\n„ être conservé „ (p. XI).\n     Il serait fastidieux d’exposer ici la genèse de la\nrévolution scientifique, dont l’évangile vient d’être\nsi nettement promulgué par ces divers penseurs.\nE lle ne date pas d’hier; elle a ses antécédents histo­\nriques, mais ce sont les moins marquants pour nous.\nDans la région des lettres, elle est plus accusée encore\net depuis un temps plus long. L ’école que nous\nsoutenons tous de notre ferveur de lévites en est la\nfille aînée, et nous verrons, à propos des livres de\nM. Hennequin, que ses tendances avouées s’accordent\nmerveilleusement avec les constatations désinté­\nressées de cet écrivain. Je n’indiquerai qu’une cause\nprobable, la débauche de politique cancanière et\nusurière à laquelle ces vin gt ans nous ont contraints\nd’assister. Nous sommes là, comme les esclaves\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "    une Évolution de la Critique.                   291\n\nantiques, à l’heure tardive de la Bacchanale, où l ’on\nne verse plus suivant les rites de la table, où chaque\nconvive saisit l ’amphore au col gracile de ses mains\ntitubantes et brise le travail d’art, dont le porteur\nreste impuissant et muet dans son recul désœuvré.\nMais il est d’autres facteurs plus mystérieux et plus\nlents, d’une impulsion aussi mathématique. A la\nscience d’en ressentir et d’en exprimer la mobilité\nprogressive. Je n’ai voulu qu’indiquer un élément\ndu devenir, avec lequel la génération actuelle n’est\npas déjà sans compter. MM. Hennequin, Kawczynski,\nJeanroy et bien d’autres, ont-ils observé toujours\nfidèlement, dans leurs provinces respectives de\nl’esprit critique, le rapport exact entre le penseur ou\nl’artiste et le public qui se range derrière eux ? Le\npremier, avec une vue foncièrement équitable, est\nparfois égaré par une connaissance trop fragmen­\ntaire des courants intellectuels de nos modernes\ncivilisations. Plus en profondeur et, pour ainsi dire,\nimpeccable, l’érudition de M. Jeanroy a d’autres\ndéfauts, elle pèche par l’étroitesse et la littéralité\nsurtout. M. Kawczynski est un rêveur, sans doute,\nplus encore qu’un savant; il a trop nourri en lui l’in­\nstinct de généralisation, si ardent chez le Slave et si\nmal réfréné par les patientes investigations du jour\nle jour ; mais tous les trois, venus de si loin pour se\nrencontrer si vite, se tiennent fraternellement les\nmains dans une même affirmation de croyance.\nPourquoi cette croyance ne serait-elle qu’une éma­\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "292                                     la Wallonie.\n\n\n\nnation individuelle? N ’y a-t-il pas, à côté des vérités\nabsolues, les vérités relatives d’un âge, d’un siècle,\nou même d’une portion de siècle? J ’avoue être attiré\npar ces rencontres de convictions jeunes et auda­\ncieuses, par leur indéniable conformité à un état de\nl’esprit artistique, qui sourd confusément pour le\npublic, mais qui a déjà toute sa vigueur et sa matu­\nrité pour les initiés sincères. Nous verrons bientôt\nque l’échafaudage théorique de ces prêcheurs d’une\nnouvelle foi n’est pas également ferme en toutes ses\nassises. Mais au-dessus d’elles le phare est là qui\nrayonne et impose à nos attentions ses multiples\nprojections d’idées.\n                              M a u r i c e W ILM O TTE.\n      (à suivre.)\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "         LA NUIT PROFANE.\n\n\n\nHélas ! l’ albe Nuit n’est point le sommeil mystique,\nL’ accalmie énorme et sacrée des Passions.\nImpur, ô douleur, comme pour des profanations\nLe cri de la chair hurle en la Nuit érotique.\n\n\nL’ Ombre vautre encore le monde dans des crimes\nEt ivre du sang jailli des drames ténébreux,\nSous les astres horrifiés au ciel douloureux\nRaie l’hymne sinistre des sanglants abîmes.\n\n\nUn spasme saturnal tord la décadence.\nNid idéal ne luit dans l’infini charnel\nDes races perverses ruant leur vice éternel.\n\n\n— Et l’ aube étale à l’Ame, révolte d’innocence,\nSur l’ horreur du monde souillé d’éclaboussures,\nLe cloaque universel des nocturnes luxures !\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "294                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n           SPHINGE BLANCHE.\n\n                      Et dans cette nature étrange et symbolique,\n                      Où l’ange inviolé se mêle au sphinx antique.\n                                               C h . B a u d e l a ir e .\n\n\n\n\n      En son profil sacré d’archange hiératique\n      Ravi en la mysticité d’un marbre divin,\n      Comme un lys transparait l’idéal féminin\n      Qui séraphise son blanc visage extatique.\n\n      L’infini de ses yeux s’illumine aux splendeurs\n      Sereines, flammes de l’azur élégiaque,\n      Et, vierge immaculée et paradisiaque\n      Vestalement rêve son cime d’ albes candeurs.\n\n      Sphinge, sa lèvre énigmatique renie\n      Le verbe impur et profond de la vie\n      Et nul songe humain n’a hanté son front astral\n\n      Ce saint front d’idole, ce pur front d’élite\n      En la spiritualité duquel palpite\n      La suprême ferveur d’un culte sidéral.\n\n                                      J e a n DELVILLE.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "              MES       MÉMOIRES.\n                        ( 5 e C a h ie r )\n\n\n\n\n                      EROTOLOGIE.\n\n                                Ad omnes mille diabolos !\n                                                     M enot.\n\n\n                  SOIRS INTIM ES.\n\n                       Il convient que les nobles esprits ne fraient\n                         jam ais qu’avec leurs pareils.\n                                                Sh akespeare.\n\n\n\n\n       Ce soir nous étions réunis, comme de coutume\n          ce jour, les très peu nombreux qui pussions\n         nous parler à pensée ouverte — et, autant que\n         possible il est, dire l’intégrité de nos idées-\n   E t ce vieil éternel sujet reparut : l’Amour.\n   Tous, intelligents d’intelligence altière, deux,\ntrois peut-être, sensitifs. E t pourtant que de dures\nchoses furent dites.\n  Il y en eut qui avouèrent aimer.\n   D ’autres s’en prétendirent capables.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "296                                             la Wallonie.\n\n\n\n  D ’autres se lamentaient de ne l’avoir jamais fait,\nou de s’en craindre impuissants sans en être cepen­\ndant repoussés par un dégoût ni un mépris : simple\natrophie sentimentale, croyaient-ils.\n  Mais il y en avait un, silencieux jusque-là, qui\nsouriait, gai ou sceptique ou pour ne pas pleurer,\nput-on jamais savoir ?\n  Une expression de douleur méchante voltigeait\nsur ses lèvres retroussées par un rictus doucement\nsardonique, quand, très calme, il parla.\n\n\n                   Que peut-on sur la fem m e dans la société ? Rien.\n                   Dans la solitude ? Tout !\n                                                   M ic h e l e t .\n\n\n   “ C’est une chose étrange, surtout en notre si courte\nvie d’étudiant, que de voir des faits auxquels nous\nétions certains de conserver une réelle importance,\ndisparaître peu à peu dans une ombre épaississante\nd’oubli, ou plutôt, pour être plus exact, de total\ndésintérêt. Je n’en veux, pour ma part, d’exemple\nque celui-ci que je vais vous raconter, ne fût-ce que\npour ne pas le voir fuir à jamais de ma frivole\nmémoire, et aussi parce qu’il est dans l'air ce soir ! „\n   Celui qui venait de parler ainsi, était l ’un des plus\nsinguliers parmi les habitués de ces originales réu­\nnions hebdomadaires. Esprit froid et ironique, il\nsemblait, dans ses continuels mépris de toute senti­\nmentalité, mettre la colère de quelqu’un qui a été\ntrompé : avait-il vainement tendu en offertoire son\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "    mes Mémoires.                                    297\n\ncœur juvénile, ou bien mystique khoéphore, s’était-il\nankylosé dans cette offre toujours méprisée, ou\nquelque farouche désillusion avait-elle éclairé cet\nesprit si clair et si clairvoyant. Nul de nous ne le\nsavait, car jamais une confidence n’était descendue\nde ses lèvres hautaines et un peu tristes. Nous en\npressentions une que l’ardeur froide et contenue de\nnotre ami devait, pour nous, rendre des plus extra­\nordinaires. E t dans la fumée bleuâtre des pipes et des\ncigarettes, interrompu seulement et rarement par le\ncliquetis de tasses de thé qu’on remuait, il continua.\n    “ Ce fut une menue aventure d’amour d’un naguère\nnon encore bien éloigné. A quelques-uns, premières\ncasquettes d’Université, nous fréquentions assidûment\nla boutique d’honnêtes petits bourgeois du faubourg\nS te-Marguerite. Naturellement, les beaux yeux des\nancêtres n’étaient pour rien dans les très longues\nstations que nous faisions en l’exiguë arrière-bou­\ntique : deux fillettes de quinze et dix-sept ans, l’âge\nliégeois, vous savez ! Bien que fort jolies toutes deux,\nil arriva, comme toujours, que l’une d’elles éclipsa\npresque totalement sa sœur. L a plus jeune, toute\npetite, frêle et mince, intelligente, et au fond très\nrouée, menait à la baguette son bataillon de “ ga­\nlants „ , tandis que l’autre se trouvait assez isolée, un\npeu confidente et médiatrice des adorateurs rebutés,\nnombreux, de la cadette. D ’une invraisemblable\nbonté, c’était toujours elle qui s’interposait dans les\ninnombrables brouilles survenant soit entre sa sœur,\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "298                                       la Wallonie.\n\n\n\ntrès autocratique, et l ’un de nous, soit entre nous-\nmêmes. S i je fus amené à m’en occuper spécialement,\nce fut très probablement à cause de l'encombrement\nde sa sœur, et parce que je n’ai jamais aimé à faire\npartie ni d’une foule, ni d’un troupeau.\n   Mais il est nécessaire, pour admettre la suite de ce\nrécit, que vous notiez bien ceci : Je n’avais de toquade\nni pour l’une ni pour l’autre, j ’avais simplement\ndevant moi deux jolis sujets d’étude d’un monde que\njusque là j ’avais nécessairement ignoré, et dans cet\nâge ridicule, on n’est que trop atteint de cette funeste\nmaladie : l’analyse, au lieu de tout bêtement se lais­\nser vivre, voir sans chercher de fallacieux pourquoi ?\n   L a plus jeune, à l’origine, m’avait attiré par sa très\nremarquable personnalité, et une originalité des plus\ndéconcertantes. Celle-ci, maintenant me séduisait\npar la sentimentalité triste et soumise d’un caractère,\nje vous l’ai déjà dit, invraisemblablement bon, bien\n que parfaitement exalté.\n   Vous qui me connaissez, savez quelle antipathie\nsoulève mon premier aspect, et vous m’accorderez\nque je dis vrai en affirmant que tous amis, je les ai\nconquis! Ici, ce fut une conquête semblable, et qui ne\n se fit même pas rapidement. Mais une volonté\npuissante arrive toujours à dominer autrui, jusqu’en\nses plus intimes pensées, et à la fin, par la suggestion\nimpulsive de ma volonté permanente, un amour en\nelle se leva. Amour qui n’était qu’une forme de ma\nvolonté et dont, je l’avoue, je me croyais maître\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "    mes Mémoires.                                     299\n\nabsolu. Poussé par Dieu sait quel démon expérimen­\ntateur, curieux de voir jusqu’où cet amour pouvait\n aller, j ’en abusai, lui infligeant, avec volupté, toutes\nles tortures morales que pressentait mon intuitive\nimagination — tout en les mêlant de menues atten­\ntions qui, par la perplexité et les doutes combinés\n qu’elles créaient, ôtaient tout repos et tout espoir de\n certitude à la pauvre enfant.\n    Cependant, malgré le charme pervers que je trou­\n vais à mes continuelles petites vilénies, et les parfois\n adorables raccommodements qui en étaient le plus\n ordinaire dénouement, cet amour finit par me paraître\n excessif, et quelque peu fatigant, en sa douce et\nconstante violence. Mais il résista à toutes tracasse­\nries et duretés réelles, et nulle compensation, cette\nfois ! E lle semblait offrir son cœur aux blessures que\nj ’y voulais faire, comme prostrée en une adoration\nque, si je la trouvais assez ridicule et nullement\nméritée, je ne pouvais considérer sans un involon­\ntaire attendrissement, qu’alors, fougueusement je\nrefoulais et dont je me vengeais en cruautés. Elle\nrésista même — absolument — à toute volonté des­\ntructive et je me trouvai assez humilié de la voir ainsi\nsoustraite à ce que je croyais ma toute puissante\ninfluence. Mais sa souffrance était abominable, car\nelle doutait de ma négation d’amour, bien que je\nn’eusse pas le courage de l’avouer franchement, quoi­\nqu’il fut certain qu’elle eût moins souffert d’une telle\ncertitude que du doute odieux dans lequel elle se\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "300                                     la Wallonie.\n\n\n\n débattait. Une grande pitié et même une certaine\namitié ou sympathie me reprochaient le mal que je\nlui faisais ainsi par simple caprice de curieux, et\n cette pitié finit par dominer toute autre impression.\n   Ma volonté échouait donc, et un amer chagrin (j’en\nétais encore capable, en cette bienheureuse et naïve\n époque) me poignait de la voir s’abstraire en un im­\npossible sentiment. Je résolus de tenter l’Inconnu.\n   Sans aucune difficulté, elle se prêta à des essais\nd’hypnotisme. Facilement, j ’obtins les effets les plus\nordinaires et les plus connus, jusqu’aux suggestions\nles plus compliquées, à l’état de veille, à temps et à\ndistance.\n   Je réussis donc en son esprit rebellé, a réimplanter\nma volonté, cette fois définitive ! Mais ne voulant à\naucun prix, sans certitude, risquer la suprême tenta­\ntive, j ’essayai de lui inspirer par ordres formels,\nlents et réitérés, une répulsion vive et persistante\nà l’égard de l’un de nous pour qui elle avait une\ngrande sympathie. E t la chose fut.\n   Alors commença un long et pénible travail : Je lui\ninsufflais une graduelle indifférence, un oubli d’amour\n que je voulais remplacer par une cordiale camara­\n derie qu’elle valait ! Comme si on l’eût violée, elle\n eut, les premiers jours, de formidables révoltes et\n d’enragées dénégations avec des crises de larmes\net des lamentations où je devais employer toute la\nviolence de ma sauvage volonté pour dominer ses\nrefus alors que j ’ordonnais “ Tu ne m’aimes plus!\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "    mes Mémoires.                                          301\n\nNon... Je ne veux plus que tu m’aimes. „ E t revenue à\nelle, elle conservait le [souvenir vague de choses\n étranges, s’effarant de la diminution de son amour.\n    Un jour, plus triste que de coutume, se parlant à\n elle-même, et comme faisant une cruelle constatation,\nje l’entendis murmurer: “ Ah ! mon rêve seul ne\n s’interrompt pas !. „\n    Mais cette fois, toutes ses résistances furent vaines.\n Ce fut long et pour tous deux épuisant et doulou­\nreux et traversé de recrudescences inquiétantes qui\nse firent de plus en plus rares, puis disparurent, et ce\nfut fini.\n    J ’avais donc arraché de son cœur ce sentiment\nqu’elle jurait y être plus enraciné que sa vie, et elle\nétait sincère !\n    Or donc, comment veut-on qu’après cette récente\net décisive expérience je puisse croire encore à\nl’amour, puisqu’il m’est possible de l’inspirer pour\nmoi-même ou pour autrui, de le faire disparaître, de\nle remplacer par la haine ou le mépris, le tout au seul\ngré de mon bon plaisir, peu importe par quel moyen !\nDites ! amis, que me reste-t-il de l’Amour ?\n                              La cérémonie faite\n                              Mironton, mironton, mirontaine,\n                              La cérémonie faite,\n                              Chacun s'en fu t coucher.\n                              Les uns avec leurs femmes\n                              Mironton, mironton, mirontaine,\n                              Les uns avec leurs fem mes\n                              E t les autres tout seuls.\n                                                 M albrough.\n\n                                                     20\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "302                                         la Wallonie.\n\n\n\n   Nous nous tûmes, et comme il se faisait tard, cha­\ncun s’en alla se coucher, les uns avec leurs femmés,\nles autres tout seuls.\n\n\n\n         AMOUR PLATONIQUE.\n\n                              O quoi tuxuriœ , o quot sodomiœ,\n                           o quot fornicationes, dam ant latrinœ ,\n                           latibula ubi sunt pueri suffocati.\n                                                   B arelet t a .\n\n\n\n\n   L ’amour est un sentiment qui, en tant que senti­\nment, doit s’abstraire de la Matérialité.\n   Il est vaste et complexe ; il s’arrête un moment sur\nune personne, puis passe à une autre, sans cesser\nd’être le même et lui-même. Il peut s’attacher à plu­\nsieurs à la fois et à chacune autant qu’à toutes.\n   E n réalité, l’amour n’existe que pour la Femme,\nrendant hommage à ce que les femmes sont parcelles\nd’Elle.\n  L ’amour simplement platonique évite les désen­\nchantements, car souvent il s’attache à de simples\nvisions qui n’ont d’existence réelle que dans notre\nimagination.\n  Il évite tout dégoût.\n   Il y a dans l ’amour malpropre trois périodes : le\ndésir, l’assouvissement, la nausée. L ’ennui provient\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "    mes Mémoires.                                      303\n\nde l ’absence de désirs. Avoir l’Amour, c’est posséder\nle Désir. C ’est éterniser celui-ci, que de se refuser à\nl ’assouvir.\n   Les plaisirs de l’amour ne sont d’ailleurs que dans\nles préliminaires, l ’attaque, si l ’on peut dire, donc le\nDésir !\n   C’est prendre donc la quintessence de l’Amour,\nson osmazome, avec le mépris de toute matérialité\nécœurante : l’Immatérialisation d’un sentiment ma­\ntériel en son origine.\n\n  Dans toute femme que nous connaissons et que de\nbonne foi nous croyons aimer, il y a mille détails qui\nnous choquent et nous blessent.\n\n   L a vie commune, quelque courte qu’elle puisse\nêtre, n’est faite que de concessions, et toute conces­\nsion entraîne un abaissement, donc un avilissement.\nL ’Amour... complet avilit celui qui en est la victime;\net ce qui le prouve, c’est le perpétuel ridicule des\namoureux dans le collage, qu’il soit concubinaire ou\nlégal.\n   Dans l ’amour platonique, élévation de pensée sans\nsouci des lendemains, surtout en sa suprême essence:\n   Aim er une Inconnue : de fait, nous ne pouvons\naimer que les femmes qui nous ignorent, et que nous\nne connaissons pas, car autour d’elles seules nous\npouvons créer le Rêve de l’Amour.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "304                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n                CONSTATATION.\n\n                          Celle ci ayant aperçu le jeune homme\n                       reçut si fortem ent en l'Ame l'image de sa\n                       beauté, qu'à la première rencontre de leurs\n                       yeu x, il lui parut qu'elle n'était plus à\n                       elle-même.\n                                               L u ig i   da   Porto.\n\n\n\n   Deux choses on tué l’Amour : l’Analyse et le Flirt.\n   Les esprits encore indemnes d’analyse flirtent mal,\net ce flirtage ébauché les mène parfois à l ’Amour.\n   Heureux ceux-là en leur non-réussite ! Heureux\nsont-ils de souffrir : Car à être aimé et à faire souffrir,\ns’il est une jouissance d’orgueil — de vanité simple­\nment, pour les âmes médiocres, combien douloureux\nce désir ! jamais assouvi, d’un sentiment de cœur et\nnon de tête.\n\n                                     P i e r r e -M . O L I N .\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "     NOCTURNEMENT.\n\n\n\nA u h a u t du clocher, comme un mât\n    Veille — vigie — une corneille,\n    Tandis que funèbrement bat\n    L a cloche vague un branle bas\n    Sur la mer des toits qui sommeille\n\n     L a bise, dans les abat-sons\n     Siffle ainsi qu’entre des cordages\n     Requérant les flots de maisons\n     Dans la houle des horizons\n     Vers de chimériques rivages\n\n     Parmi le flux de l'océan\n     Sublime, la face importune\n     D ’un noyé monte lentement.....\n     E t la corneille est déployant\n     Ses longs bras sauveurs — vers la Lune.\n                              A r t h u r DUPONT.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                  FROM HOME.\n\n                                           ARRIVEE.\n\n\n\n\n       Cha rin g -C ro s s ! un assourdissement de sifflets,\n         de roues, de hans saccadés de locomotives,\n         de heurts secs de wagons, de transferts de\n    y    caisses et de bagages ; toute la fourmillante\nagitation d’une gare de métropole qu’une babélique\nconfusion de langues anime d’un bourdonnement\nénorme.\n   Sur les quais — que la prévoyance anglaise place\nà niveau du marchepied des trains — la cohue se\npresse, bariolée de robes claires, de plaids écossais,\nde couvertures de voyage, plaquant leurs teintes\nvives sur les paletots sombres; une houle compacte\nflue vers la sortie, visages tôt disparus, voix vite\nimperceptibles, monde d’âmes qui s’ignorent, et vont\ncontinuer à aimer et à souffrir en quelque coin de\nl’immense ville, sans se douter qu’auprès d’elles\npeut-être, le hasard des foules a fait\n       Passer rapidement des âmes fraternelles.\n  A u dehors, tandis que clame la vie intense et\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "    from Home.                                     307\n\nconcentrée du Strand, les cabs alertes filent à toute\nvitesse, emportant les voyageurs aburis qui, tout à\nl’heure encore, dans leur ignorance de l’anglais,\ns’inquiétaient de ne pouvoir se tirer d’affaire ; com­\nmissionnaires et cochers les ont entourés, déchargés,\nentraînés avant qu’ils n’aient eu le temps de dire\nmot, et les malles casées, le cabman à son poste, ils\nse sont sentis véhiculés au galop pour une destina­\ntion inconnue. AU right !\n\n                                     LONDRES.\n\n\n   J ’ai parcouru Londres au hasard des flâneries,\ncoudoyé son peuple affairé, contemplé son fleuve\nnoirâtre, entendu grincer ses docks en rumeur ; et\nune impression étrange m’est restée, teintée de lassi­\ntude morne et d’inexplicable oppression.\n   E lle est pourtant parfois d’un gai pittoresque, la\nville sombre, quand un coup de soleil met sa patine\nsur la moire des eaux, éclaire le fourmillement in­\nsensé des rues et nappe de lumière blonde l ’herbe\ndes squares ; on pourrait s’égayer à la vue des ladies\nfagotées d’étoffes criardes, des copurchics aux ca­\nnines mâchoires et aux poings de boxeurs, des vieilles\ncaricaturales nippées de luxueuses défroques et des\nstatues piteuses, engoncées en leurs redingotes de\nbronze, que surélèvent un peu partout des socles\nbarbouillés de suie.\n   Mais l ’amour et la gaieté semblent proscrits au\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "308                                       la Wallonie.\n\n\n\npays du spleen; la vie urbaine, faite à Paris de tra­\nvail gai, de liesse et de flânerie fantaisiste, n’est ici\nque le tourbillonnement éperdu d’êtres harcelés par\nles besoins du struggle for life; l’âpre soif du gain\nplisse les fronts, enfièvre les faces, dessèche le rire\nsur les lèvres; la foule jamais lasse se déverse le long\ndes trottoirs, se glisse en la cohue des cabs, monte\net descend les échelles des omnibus, ou s’engouffre\nen les stations souterraines de l ' Under Ground —\nmeute avide s’arrachant les lambeaux d’une journa­\nlière curée. —\n   E t l’amertume de ce labeur d’enfer flotte en l ’at­\nmosphère aqueuse, suinte des façades poissées, se\ndégage des brouillards du fleuve, s’infiltre en vous\ngoutte à goutte ; mais ce labeur continu, implacable,\natroce, ces hommes n’ayant d’autre jouet que le\nboulet de forçat que le travail leur rive au pied, ces\nusines où les machines grincent et rugissent, ces\nquais où se déchargent tous les produits du monde,\nc’est aussi la suprême incarnation de l’Industrie et\ndu Commerce, et la cité colossale, l ’énorme monstre\nde pierre, tueur de corps et broyeur d’âmes, vous\nploie malgré vous en une admiration mêlée de\ncrainte, comme un passager devant la mer effrayante\net superbe.\n                                    LE   STRAND.\n\n\n  L e Strand, vers six heures, à la sortie des bureaux.\n  Surgie on ne sait d’où, la foule innombrable des\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "    front Home.                                    309\n\ncommis se déverse en courants multiples qui s'en­\nchevêtrent, se confondent, engorgent les rues et les\nsquares, et communiquent à ce cœur de Londres une\nextraordinaire vitalité.\n   P ar moments, un constable, portant le distinctif\nbrassard à raies rouges des policemen de la Cité,\nimmobilise d’un geste l ’interminable file des cabs et\ndes voitures ; les intéressés en profitent pour changer\nde trottoir, — et guidés par la merveilleuse sûreté\nde main de leurs conducteurs, les chevaux se\nrefraient un passage au milieu de la poussée énorme.\n   Des camelots circulent dans la cohue, la voix\nenrouée mais inlassable, les vendeurs de journaux se\ndémènent, et, fuyant cette agitation passagère, les\npigeons familiers de la Cité, qui tout le jour picorent\nsans vergogne sous les pieds des passants, volètent\neffarés sur les toits en attendant la fin de l’alerte.\n\n                              LONDON-BRIDGE.\n\n\n   V oici London-Bridge, avec ses misérables accrou­\npis, — lèpre humaine collée le long des parapets, —\nson encombrement de piétons, ses deux doubles\nrangées de cabs, de handsoms, de tilburies, d’omnibus\nmulticolores, de camions lourds aux caisses estam­\npillées, avec son éternel bruissement de ruche géante\nque coupe sans relâche le claquement sec des fouets.\n   E n dessous, la Tamise morne coule entre deux\nrives sans quais, formées de docks et d’entrepôts\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "310                                       la Wallonie.\n\n\n\n noirâtres, aux grues tendues dans l’espace, comme\n de gigantesques bras de potences. Une nuée de\ntonnes, de ballots gigottent au bout des chaînes\n grinçantes, s’entassent dans les cabs et dans les\n caves, fantastiques oiseaux tourbillonnant à perte de\nvue jusqu’au coude du fleuve, là-bas, dans la bruine\n où s’effacent les navires en partance.\n   L e “ London \"Weather „ mouille le tout d’une\npetite pluie continue qui vous percepeu à peu, dégage\nde la boue des rues une vapeur malsaine, et couvre\nles eaux d’une résille dont les petits bateaux à\nvapeur, — ces insectes d’acier — déchirent sans fin\nles mailles toujours reprisées.\n   L ’esprit pensif recule vers ces siècles qui mêlaient\nla pourpre de leurs fastes à celle des batailles ; du\nlointain surgit la ville morte des Plantagenets et des\nStuarts, et le pont de Londres revit un instant, en la\nbrume de ma rêverie, l’enfantin, merveilleux et tra­\ngique moyen âge, et puis la Renaissance avec sa\nfoule bariolée des loqueteux, des bourgeois, des sou­\ndards et des gentilshommes, le luxe insolent des cor­\ntèges princiers, la claironnante fanfare des troupes,\nles cris des femmes violentées par les reîtres, ou l ’âcre\nodeur des tueries couvrant le fleuve de cadavres.\n   Du pont ancien, il e st vrai, rien ne subsiste ; mais\n— comme les Thibétains persuadés qu’une âme\nunique transmigre en les corps de leurs Lamas\nsuccessifs — , nous croyons volontiers aux souvenirs\ns’éternisant malgré l’inévitable mutation des choses :\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "    from Home.                                     311\n\nles spectres des naufragés hantent, nous semble-t-il,\nles vagues qui pourtant ne sont point celles qui jadis\nhurlèrent ; W aterloo est tout rouge encore du sang\nde la vieille garde, quoique bien des printemps en\naient renouvelé l ’herbe; et sur le London-Bridge\nmoderne, je m’imagine entendre le galop des côtes\nde fer du Protecteur, les bandes forcenées de W at-\nT yler et voir se dresser, à son extrémité méridio­\nnale, l’ancienne porte de Southwark dont la tour\ncarrée sinistrement s’enguirlandait des têtes des\ncriminels d’Etat.\n                             THAM ES-SUBW AY.\n\n   Un escalier y conduit, planchéié, d’une centaine\nde marches, s’enfonçant en colimaçon dans le sol.\n   Très loin des proportions monumentales du\nfameux tunnel, celui-ci n’est qu’un immense tube de\nprès de trois cents mètres, éclairé tous les quinze\npas de becs de gaz blafards. L ’humidité suinte des\nparois, la crainte mal définie d’un soudain envahis­\nsement du fleuve vous serre la gorge d’un malaise,\nles lumières nimbées de vapeur moite ont l’air de\nfeux-follets fantastiques ; on a l’appréhension d’un\nsol gluant de crapauds et de limaces, et quand les\ndernières marches vous ramènent au jour, — en un\nquartier interlope où point ne faudrait s'aventurer à\nla brume — persiste longtemps encore la vision de\nce boyau lugubre ; l’un des intestins de la mon­\nstrueuse Capitale.\n                                A u g . V IE R SET.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "         C H A N T E FA B L E U N P E U N A ÏV E (* ).\n\n                          Si s’endormi dusqu’au demain a haute prime,\n                        que li pastorels iscirent de la v ile.... et s’esveille\n                        au cri des oisiax et des pastoriax, si s'enbati sor\n                        aus.\n                          — Bel enfant, fait fele], damedix vos i ait !\n                                              A         et N\n                                                u c a s s in          , XVIII.\n                                                               ic o l e t e\n\n\n\n\n   Dans les petites maisons branlantes, qui songent sous leur\npatine de Passé,\n   dans les vieilles petites maisons vit une petite Fée suave\nqui est l’âme des petites maisons.\n  Dans les greniers, les vieux greniers tout vibrants d’or,\n  l’or qui rutile sur leurs vieux flancs de bois,\n  dans les vieux greniers vibrants d’or vit une petite Fée\nsuave qui est l’âme des greniers d’or.\n  Dans les vieux toits ventrus, moussus,\n  les vieux toits lézardés aux bonnes figures d’aïeul,\n  dans les bons toits claudicants vibre une âme de Fée\ninconnue.\n  Dans les ruisselets encore vierges,\n  sous les lutins qui se poursuivent et s’esquivent,\n   dans les ruissels aux contours fluides\n  gazouille une petite Fée limpide.\n\n  (*) C’est ici, — sous sa forme la plus développée et pour trouver place\ndans un long poème, — un leit-motiv d'ingénuité.\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "  Chantefable un peu naïve.                             313\n\nJe te connais Fée lazuline\nje te connais, la Juvénile !\n Toi, la si vieille, comme des siècles,\net toujours tes flancs puérils.\n Toi la longue voix d’une âme qui s’éplore,         !\n loi la profonde voix des temps morts :\net ton lamento qui s'atténue\nvers ces graciles cantilènes d’ingénue.\n Toi, la voyante, qui as vécu;\n toi, la sachante, qui as souffert.\n Toi la mutine sous le noir poids des ères\n et toujours la gamine\n en rêves que ton grêle sourire lutine,\n — oh ton vernal sourire d’églantine !\n\nPetite Fée triste comme un reflet de souvenirs roses,\n — et fugaces les caprices du roitelet qui se pose !\n toi, l'adorablement futile\n comme la noblesse de ce qu’ils nomment inutile,\n oh — toi, la grâce timide et qui n’ose,\n timide avec tes gaucheries infantiles\n— toi qui t’insinues en subtile\n dans le secret des yeux moroses,\nje te connais, la Juvénile,\n vieux doux parfum de ces vieilles choses.\n\nD ans les bois, des oiseaux m’ont dit :\n“ C’est Elle, c’est Elle qui flue en nos perles !\nla douce Fée Lazuli murmure\nen nos purs chants liquides.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "314                                           la Wallonie.\n\n\n\n Ces perles, ces reflets d’eaux fugitives,\n nos musiques liquides et qui passent\n oh tout le pur des chants limpides\n c’est d’une fée qu’il nous est venu.\n\n (Lui qui passe candide, ah l’avons entrevu\n le svelte qui s’érige entre les tiges grandelettes\n souple d'ailes naïves et paupières éblouies\n audacieusement s’unies au grand sourire....\n puis le sourire d’être et vivre l’indocile\n émerveillement d’or en boucles sur le front,\n et vivre et rire et joie longue de chevelure\n ballante en gemmes et feux qui flottent, s’encourir\n et de jeu x s’écriant juvénile passer.)\n\n Tels soirs de lune, illuminés où la Lune dérive,\nperle en dérive libre au vertige d’azur\nFée Lazuli venue de ses brumes idéelles\nnous dit toutes les runes qui s’illunent au ciel :\nles étoiles sont l’or d'une arène impalpable\nsemée emmi le Fleuve-Nuit....\n                               et puis la Lune\nen dérive argyrée sous les vagues des nues\nparfum e d’un sonore effluve les doux sables.\nDes oiseaux qui, perdus au clair du vide, fuient,\nont vu la Perle en fleur dont l’âme ailée s’effume\net du calice et de l’arôme épanouis\net de cette âme qui se divinise en harmonies\nleur voix a pris des chants d’astres évanouis\nd'où la plainte inouie infiniment s’effuse.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "  Chantefable u n peu naïve.                           315\n\nOr des perles, des lunes vives\nsous les ruissels aussi fleurissent\net leur dérive épanouie\nquand s’égosillent nos gazouillis\ntintinnabule et doux-module\ndes sons de lune sur les rives.\nSoti âme qui perdure aux vagulines lasses\ndans les ruissels aux musiques fluides,\nsa grande âme chantante et qui passe\ndans le ruisselis des flots qui passent\nFée Lazuli l’a répandue.\n\nL a lunaire Fée Lazuli,\nnocturne fée du flux qui rit et prie,\n— perle argentine et d’or et d’iris et lucide\nson âme qu’elle éperle aux vagulines lasses\nà Lazuli p ar nous se dédie à sa venue.\n\n(M ais l’avons aperçu d’un hésitant venir\npensivement, candide et tous ses regards en murmure\npasser grêle qui muse entre les tiges grandelettes.)\n\nNos baisers, cherchent pâture de perles\nélues pour les vocalises de bienvenue,\nnos longs baisers vers les ruissels qui désaltèrent.\nNos baisers cherchent pâture de perles\nque Lazuli nous a bienvoulues\nsous la cantilène des feuillées\nau gré du ruissel en délire\ndes chansons déliées;\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "316                                                la Wallonie.\n\n\n\n  là, nos luttes de plume éjouïe ès ramures\n   éperdument au gré des brises qui l'ondulent\n  avivent, d’un éveil en sourires, la rive;\n  et tous nos petits becs, ah de l’azur avides\n  les subtils ! quand s’émeut la brume, telle si\n  lutte et matutinale évolue une flûte,\n  plume éjouïe au mcl des ramures grisées\n  égrènent sur l'humide feuillée en susurre\n  suavité ! la pure musique ingénue :\n\n  Car l’avons entrevu dans son venir pensif\n  grêle et penché parm i les tiges grandelettes\n  lui, jadis la candeur unie et qui se bombe\n  naïve sous les boucles indociles, jadis\n  lui qu’on v it là s’émerveiller d’or en sourires\n  et de jeux nous jasan t juvénile passer.\n                                                         A*\nCet hiver.\n\n                                                                  1\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "             LA GRACE DU SOMMEIL.\n\n\n    à Maurice Siville.                    « ’tis a consummation\n                                         Devoutly to be wish'd. »\n\nC              soir de l'Épiphanie. On venait de tirer les rois.\n     ' É T A I T le\n      Une grande gaîté remplissait la chambre, où la tarte\n      énorme aux confitures, surmontée de roses en papier,\n circulait maintenant autour de la table scintillante, sous\nl’éclat des bougies. Tonte la famille était là, depuis les grands\nparents en costumes surannés, jusqu’aux petits enfants juchés\nsur des livres et tapageant dans leur assiette. Tous occu­\npaient le poste que le sort leur avait désigné : le confesseur\nà la droite du roi et le médecin à sa gauche, le fou près du\nconseiller, chacun selon son rang, et tous entouraient le\npère, un gros homme rouge à face hilare assis au centre de\ntoute cette joie, une couronne de papier doré sur la tête, en\nce titre de Roi-Mage qu’il obtenait du sort, depuis des temps\nimmémoriaux.\n   Il venait de vider son verre et une clameur formidable\nretentissait encore à ses oreilles : le roi boit ! le roi boit !\nlorsqu’en rouvrant les yeux il eut une épouvantable stupeur.\nIl était dans le ciel, assis sur un arbre, au milieu d’une\ngrande plaine pourpre. Ses yeux s’écarquillaient. Il voyait\nencore leurs visages, la lumière des bougies, il entendait\n                                                         21\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "318                                             la Wallonie.\n\n\n\nencore leurs voix. Tout cela était encore en lui, et les choses\nn’étaient plus à jamais. Cela avait duré le temps d’un éclair.\nE t le sentiment de la réalité lui revint peu à peu, Il était\nmort, et, Dieu merci ! sauvé.\n   Un tel bonheur l’emplit à cette idée, qu’il en jeta dans le\nciel un grand cri sonore, en battant des mains, incapable de\nréprimer cette manifestation bruyante de bonheur qui lui\nétait familière dans les grandes chances de sa vie. Cela\nacheva de lui faire reconnaître qu’il vivait et qu’il était bien\nau ciel. Ce hasard inoui, car c’en était un vraiment ! le rem­\nplissait d’une félicité plus profonde, qu’il n ’en avait jamais\néprouvé sur terre. La joie des élus se reconnaissait là. E t\nde fait il s’en souvenait bien, il s’était confessé la veille et le\nmatin même, fête des rois, il avait communié. Il était en état\nde grâce ; il avait été jugé digne sans appel, ce qui expliquait\nla rapidité des choses. Il était monté, sans passer même par\nle purgatoire. Du tribunal, il n’avait rien su. Dieu, sans\ndoute, épargnait à ses élus ce triste spectacle ; et il se sou­\nvint qu’il avait appris, jadis, que cela se passait dans la\nchambre même, au milieu des gens et des meubles, au\nmoment où l’âme sortait de la bouche.\n   Cela bouleversait toutes ses idées. Il était mort sans en rien\nsentir, rien apercevoir. Il s’était toujours imaginé cela, aux\njours sombres de sa vie, comme quelque chose d’épouvantable,\nune fente de tout l’être, un craquement.\n   Il est vrai qu’il était mort sans agonie, de mort subite, et\nl’idée de l’horrible danger qu’il avait couru en mourant ainsi,\nsans la moindre présence d’esprit, sans la moindre conscience\nde la chose, au sein d’un repas, le fît frémir.\n   Mal eût pu lui en prendre un autre jour, et Dieu, certes,\navait été pour lui d’une bonté qui le rem plissait de gratitude,\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "      la Grâce du Sommeil.                                     319\n\n\n en le prenant, ce jour de fête, au milieu des innocentes et\n saintes joies de la famille.\n    Comme ils avaient dû se saisir, lorsque au milieu de la\n fête, il était resté la bouche béante et sans vie. Comme ils\n allaient être malheureux ! Et alors seulement la pensée de\n tout le chagrin qu’il leur laissait, de tout le vide qu’il faisait\n au milieu d’eux, s’empara de son âme et l’emplit d’amertume.\n Il s’étonna de n’y avoir pas songé plus tôt. La pensée de\n sa femme et de ses huit enfants qu’il laissait dans les larmes\n et sans soutien, et qu’il ne reverrait jamais plus, empesta\ntout son bonheur. Il fit de violents efforts pour pleurer, pour\n soulager son chagrin, sans pouvoir y parvenir.\n   E t une étrange musique d’instruments à cordes qu’on\njouait dans la plaine, le mit en colère par son inapropos. La\njoie des autres en de telles circonstances lui était odieuse,\nmême au Paradis. Une foule de choses maintenant revenaient\nà son esprit et lui étaient autant de lancinantes douleurs. Sa\nfemme était enceinte d’un neuvième enfant qui naîtrait sans\npère, puis il n’avait pas fait de testament, ses affaires non\nplus n’étaient guère en ordre ; la brasserie dont il était le chef\nse désorganisait; sa veuve? on allait la circonvenir, lui\nsusciter un tas de tracas ou d’histoires. Il connaissait des\ngens louches capables de ne rien respecter. Ah ! quel dégoût !\nIl s’envenimait les choses à plaisir, se les représentait comme\nréelles déjà et il était agité d’un telle colère que tout l’arbre\nen tremblait.\n   U remarqua alors dans la plaine, où la musique persistait\ntoujours, un phénomène qui ne fut pas sans lui causer quelque\némoi. D es espèces de jeunes filles nues avec de longues ailes\ny jouaient, plongeaient et disparaissaient et d’autres en\nremontaient sans cesse, à tous les horizons. Ce qu’il avait\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "320                                            la Wallonie.\n\n\n\n pris pour une plaine n’était donc que quelque chose d’imma­\n tériel, une substance fluide tout au plus, l’air même ou\nl ’éclatante lumière qui l’éblouissait. Peut-être la surface de\n ce bonheur où il n’avait qu’à plonger pour en sentir les\n délectables ivresses prédites, ou Dieu lui-même au sein de\n qui ces âmes s’abîmaient. Il en eut le vertige et s’y serait\nfatalem ent précipité, si une subite terreur de dégringoler\ndans l’infini ne lui eût fait fermer les yeux.\n    Alors, rentré en lui-même, il reprit le fil de ses tristes\npensées et resongea au grand malheur dans sa maison.\n    Comment donc était-il mort ? Il eût voulu connaître là\ndessus l’avis du docteur, un brave ami de la fam ille qui\navait dû être bien stupéfait, lui qui, à cause des émana­\ntions du houblon, lui assurait une longévité extraordinaire.\n    Etait-ce de la rupture d’un vaisseau? d’une congestion\ncérébrale ? d’une apoplexie foudroyante ? ou s’était-il simple­\nment étouffé en vidant son verre, en avalant la fève des rois,\nsotte coutume contre laquelle il avait protesté déjà et qu’on\neût dû supprimer, car elle était grosse de dangers. E t la gêne,\nl’ennui d’ètre ainsi mort au milieu de tout le monde, devant\ndes femmes et des enfants, et d’avoir troublé la fête, le\nreprit comme de quelque chose d’inconvenant et de déplacé\nau suprême degré. Il allait creuser cette idée lorsque des voix\nlui firent rouvrir les yeux.\n    Une foule d’anges volaient maintenant autour de lui, le\nfrôlant de leurs grandes ailes et de leurs chevelures d’or. Un\nd’eux, une suave jeune fille, qu’il lui sembla avoir déjà vue\nquelque part sur des images, s’approcha de plus près et sem­\nbla l’inviter : Cher ange, disait-elle, ne nous envolerons-nous\npas ensemble auprès de Dieu ? Alors il remarqua sans trop\nd’étonnement qu’il avait lui-même une sorte de longue robe\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                     321\n\nblanche et des ailes. Il faillit soudain les ouvrir et s’envoler,\nm ais la sensation de cet immense déploiement de plumes fut\nsi étrange, et la peur de nouveau de culbuter dans l’espace\nfut si grande, qu’il referma prestement ses ailes et ses yeux.\nDerechef il tomba dans ses tristes pensées. Il se vit lui-même\npâle et raide étendu sur son lit, en chemise, une croix entre\nses doigts de cire. Des cierges crépitaient. Il y avait une\n odeur fade et tiède dans la chambre. Les siens étaient là,\ntous priaient à genoux, et de temps en temps une béguine\nleur passait le buis pour l’asperger d’eau bénite. Quel lamen­\ntable spectacle! Dans la ville, la funèbre nouvelle se répan­\ndait. Il voyait très bien le manque d’étonnement, l’indifférence\n des visages. Puis il parcourut la ville en esprit. Rien n’était\nchangé. Les trams circulaient toujours, chacun vaquait à sa\nbesogne. Il y avait des affiches aux théâtres, dans les cafés\ndes gens étaient assis et causaient d’autres choses. Des\nnavires entraient dans le port, des trains sifflaient et sortaient\nde la gare, pleins de voyageurs. E t pourtant il n’était plus.\nD e nouveau il revenait à sa rue comme poussé là par un\ninstinct fatal. Tous les stores de sa maison étaient baissés,\ntoutes les fenêtres étaient closes, sauf une, la sienne, large\nouverte....\n   Puis il ne sentit plus qu’une énervante odeur de fleurs, à\nen défaillir, et qui semblait venir de là.\n   Mais cette odeur, il la reconnut bientôt, c’était celle des\nfleurs de son arbre, d’étranges longues fleurs blanches, comme\nil crut en avoir déjà vu, et qui, au moindre souffle, exhalaient\nun arôme qui l’enivrait et dont il avait peur. Alors abandon­\nnant ses songeries il s’occupa prudemment à cueillir une à\nune toutes celles qu’il pouvait atteindre, sans bouger de sa\nplace, et à les jeter dans cette plaine, où elles se fondaient\ncomme une neige dans de l’eau.\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": " 322                                                la Wallonie.\n\n\n\n     Cependant la grosse cloche de l’église paroissiale semblait\n  sonner à ses oreilles et brusquement, tandis qu’il cueillait\n  toujours des fleurs, il vit le corbillard devant sa porte : les\n  voitures amenaient la famille, tout un attroupement s’était\n  formé. Deux croque-morts sortaient de la maison à reculons,\n  amenant le cercueil. Il y avait un grand silence. D es gens se\n penchaient à toutes les fenêtres, tout le monde se découvrait.\n Il en éprouvait une gêne véritable. Puis le corbillard se mit\n  en marche en oscillant, couvert de couronnes, et la solennelle\n file des carosses s’ébranla.\n    A l’église, le curé l’attendait avec ses chantres en surplis\n et ses acolytes portant la croix et les deux drapeaux noirs.\n E t c’était l’offertoire, le défilé de tous ses parents, amis, clients\n et fournisseurs à côté du grand catafalque. Ils passaient un\n à un à sa droite, en main un cierge crépitant où se trouvait\n une pièce de monnaie, puis repassaient à sa gauche, sans le\n cierge; on encensait le cercueil, on l’aspergeait à la porte, on\njetait dessus des pelletées de terre. Au cimetière aussi, on en\njetait sur lui dans la fosse; c’étaient comme des coups de\n tambour; et il s’interrompit brusquement de jeter des fleurs,\n tant cette action lui sembla acquérir dans cette circonstance\n une signification douloureuse.\n    Pour chasser ces idées, il rouvrit les yeux et s’intéressa au\n ciel. Il comprit maintenant qu’il n’y avait autour de l’arbre\n où il était assis qu’une atmosphère impondérable et infinie\n dans laquelle se mouvaient librement les anges. Puis il re­\ngarda en haut et s’envola comme un ballon dans les branches.\nL a tension de toute son âme vers la fulgurante merveille\nqu’il venait d’entrevoir là-bas, avait été si forte, qu’il s’y\nserait inévitablem ent allé cogner au risque de pires malheurs,\nsi un subit instinct de conservation ne l’eût fait solidement\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                   323\n\nse cramponner juste aux dernières branches de la cîme de\nl’arbre.\n   D e ce point d’observation, il pouvait contempler, à loisir,\nles miraculeuses merveilles du ciel. A travers une infinie\nvibration de lumière laiteuse, car elle avait jusqu’au goût\ndu lait, une innombrable foule d’anges nouveaux dont les\nvisages y semblaient comme en fusion et dont les corps on­\ndulaient comme des flammes en un soir d’orage, se distin­\nguait à d’incalculables distances, une sorte de zone incan­\ndescente et sonore qui semblait converger en éclat vers un\npoint unique, Dieu sans doute, qu’il n’osa plus regarder de\npeur d’y être de nouveau attiré. Et cela n’avait pas l’air\n d’être. Tout se mêlait, rien n’était plus limité ni distinct;\ntout semblait retombé en enfance ; rien n’avait une couleur\n propre et tout était multicolore; le son ne se définissait\nplus de la lumière, ni la lumière des ombres; malgré le\nprodigieux remuement des choses, tout semblait immobile,\nunique et simple ; simple, mais non facile à dire, d’autant plus\n qu’il ne pouvait trouver aucune image équivalente à ces\ninconsistantes perceptions, si ce n’est un grand bonheur en\n été au bord de l’eau, sous des arbres; ou le long courant\n froid de l’extase dans la moelle épinière ; et qu’il ne s’atten­\n dait à rien de ce genre, s’étant toujours figuré le ciel comme\n un salut solennel dans un cirque énorme, avec des gradins\n et des stalles de diamant, où des saints étaient assis autour\n de la Trinité, pendant que les anges encensaient et que les\n orgues entonnaient des cantiques. Ce ciel-ci, à force d’être\n tout à la fois, n’avait plus de caractère personnel. Ce n’était\n pas laid, à vrai dire, mais cela choquait. L ’impression était\n fâcheuse. On n’y voyait que du feu. Quel ciel était-ce donc là ?\n E t que lui avait-on enseigné dans le catéchisme ? Ou était,\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "324                                            la Wallonie.\n\n\n\n par exemple, la Sainte Vierge, où étaient les saints ? Où\nétaient son père et sa mère, son oncle, son aïeul, toute cette\nfamille qu’il devait y revoir et serrer sur son cœur? Ce\nn’était donc pas ce qu’il avait cru ? Mais comment alors\navait-il pu se sauver ?... Certes, pour beau que fût ce spectacle\nétrange, il se l’était imaginé plus beau encore. Celui-ci, avec\nses allures fantastiques, était peut-être , comme on dit, plus\nsublime, mais il manquait d’ordre, d’ensemble, en un mot, de\ngoût. C’était l’œuvre d’une imagination exaltée, rebelle aux\nrègles. La lumière surtout, cette lumière aveuglante le cho­\nquait par sa violence. Il eût fallu positivement des lunettes\nbleues pour bien voir là dedans. Enfin c’était un ciel par trop\nsubtil, trop éthéré, trop métaphysique. D e telles choses ne\nse concevaient pas par les sens comme une belle fête, il y\nfallait une application d’esprit. C’était du plaisir géométrique,\nun paradis de savants, de poètes. Ce qui lui déplaisait par­\ndessus tout, outre le parfum persistant de son arbre, c’était\nla musique de l’espace. Impossible de s’imaginer quelque\nchose de plus bruyant, de plus discordant, de moins mélo­\ndieux. Il était évident pour lui que chaque musicien jouait\nson air propre, sans s’inquiéter de ceux des autres, ni suivre\naucune mesure, et une telle chose était monstrueuse, en dépit\nde tout bon sens, et le révoltait à tel point qu’il se boucha\nles oreilles pour ne plus l’entendre.\n   Subitem ent, il eut une terreur immense à l’idée des\nsacrilèges pensers qu’il venait d’avoir là en plein Ciel, au\nrisque d’être cent m ille fois précipité dans l’enfer pour cause\nd’indignité. Il attendit quelque temps, persuadé qu’il allait\nêtre pulvérisé, mais comme rien ne se passait, il se rassura,\net désormais il se crut bien définitivement établi en possession\nde ses droits, inamovible.\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                     325\n\n    E t il prit un peu plus d’aisance et de liberté, même un\ncertain sourire léger et entendu remplaça sur ses lèvres la\n stupeur froide des heures précédentes et il n’aurait pas été\n loin de descendre de son arbre, si, malgré tout, l’anomalie\n de ce Ciel ne lui eût toujours inspiré une vague défiance.\n    En somme, on avait l’éternité. Mieux valait être prudent,\ninspecter, et réfléchir à toutes ces choses avant de prendre\nson parti, avant d’obéir à ces belles sirènes ailées dont la\nnudité dangereuse eût pu le compromettre. Il se contenta\n donc d’ouvrir largement son esprit à toutes les conjectures;\n cette allure de libre-pensée, qu’il avait parfois dangereuse­\nm ent affectée pendant sa vie, ne lui déplaisait pas. Au fond,\nil aimait l’audace, pourvu qu’elle connût des bornes et fût\nsimplement imaginative; l’audace de l’action, comme celle\npar exemple de descendre inopportunément de cet arbre,\nétant le fait des sots. Donc, avec un petit air voltairien, il se\nmit à songer et, immédiatement, un doute se fit en son esprit.\n   Si ce n’était pas le Ciel ? Il y avait bien des raisons, toutes\nplausibles. Rien de cela ne lui avait été enseigné. La concep­\ntion même de ce Ciel manquait de caractère religieux,\nabsolument. Puis c’était un Ciel impossible, écrasant, en\ncontradiction flagrante avec toutes ses idées de bonheur. Son\ndésir allait bien au delà. C’était une déception, et sauf les\ndélicieux anges, dont les libres allures l’offusquaient même\nun peu, quel rapport avec la profonde austérité des dogmes\nqui lui avait été si bien prêchée, et quoiqu’il ne fût pas\npuritain, loin de là ! avec les simples règles même d’une\npudeur bien entendue ?\n   Ensuite comment était-il là? Sa place, il se l’avouait en\ntoute humilité, était au purgatoire. Dans le vrai Ciel ce n’eût\npas été si facile et la comparaison du chameau et du trou de\nl’aiguille lui revint en mémoire.\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "326                                             la Wallonie.\n\n\n\n    Mais s’il n’était pas au ciel où était-il donc ? Au Paradis\n terrestre ? Dans la lune ? Au centre de la terre ? Dans un\n domaine de fées? Dans l’Olympe, au W alh alla, aux jardins\n de Mahomet, dans l’une des souargas, dans le paradis de\n quelque religion inconnue et qui était malencontreusement la\n seule vraie, sans qu’il s’en fût jamais douté ?\n   E t des doutes l’envahirent sur la réalité même de ce\nParadis. Est-ce qu’en somme il ne s’abusait pas ? Tout cela\n existait-il vraiment ? Quelqu’un, qu’il avait cru fou, n’avait-il\npoint prétendu que les choses extérieures n’avaient pas\nd’existence propre, que ce n’étaient que des créations du cer­\nveau de l’homme, que le ciel ne consisterait que dans une\nsorte de perpétuatiou hallucinée et comme tangible de ces\nimaginations d’enfance ? Etait-il dans un - ciel de cette\nespèce ?\n   Mais que ces phénomènes fussent les simples résultats de\nson cerveau, il se refusait à le croire. Il en avait eu tantôt\nun véritable démenti dans la résistance de l’arbre à cette\nfatale attraction d’en haut. Tout ceci n’était que trop réel.\nPeut-être n’était-il pas mort. Serait-il devenu fou ? E tait-ce\nune monomanie, ce ciel ? Une folie raisonnante puisqu’il la\nraisonnait ? Abîme de sinistres pensées. Il avait entendu\nconter des cas bizarres. Des hommes se croyaient Dieu et\nagissaient en conséquence. La terre leur paraissait, justement,\nun lieu de délices perpétuelles.\n   Mais pouvait-on être si consciemment fou ? Avec une\npensée calme à ce point-là, et sceptique ? L ’hallucination\nétait plus probable. Des faits analogues s’y produisent.\nDes corps font obstacle, on agit, on se meut, on raisonne. D es\nsomnambules marchent dans les gouttières, comme des chats,\navec sûreté ; il avait vu des magnétisés tomber à genoux\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                       327\n\ndevant on ne sait quels Paradis invisibles, faire des signes\nde croix, et donner des, symptômes flagrants de béatitude.\n   Une simple congestion au cerveau avait pu produire cet effet,\nles vapeurs de tout le vin qu’il avait bu à la fête, la suffoca­\ntion de la fève ; et l’idée plus simple qu’il s’était endormi à\ntable et qu’il rêvait, malgré l’insolite de cette constatation,\nfinit par triompher de toutes les autres, par s’emparer en\nm aîtresse de son esprit. Ce fut comme une aurore. Tout\ns’éclairait maintenant et apparaissait sous son vrai jour ; il\nne put réprimer un sourire en songeant à toutes les tristesses,\nà toutes les colères, à toutes les terreurs qu’il avait subies.\nIl dormait certes au milieu des siens, ce soir de fête; on\ncontinuait la musique et le chant; l’éclat des lumières\nimpressionnait ses yeux. Sans doute était-il près du réveil\npuisque ses idées devenaient si extraordinairement lucides.\nE t il reconnut, sauf ce détail de peu d'importance, toute la\nvraisemblance de cette opinion: l’incohérence des images\ndans le rêve, leur caractère fantasque, la sensation de l’abîme,\ndu vertige, la répugnance qu’on a à mouvoir ses membres, la\nlégèreté des corps qui tendent vers l’espace. E t il s’amusa à\nreconstruire comme un jeu de patience les cinq, six images\nprimitives d’où avaient dû naître toutes ces fantasmagories.\nUn ballet qu’il avait vu récemment au théâtre, les étoiles qu’il\navait regardées dans un télescope sur la grand’place, un\nsoir d’automne, une phrase sur le ciel que son confesseur lui\navait dite la veille, une exposition de peinture moderne, le\nscintillem ent des bougies, les flammes du punch, l’arôme que\nrépandait la tarte, de la musique de Wagner jouée par une\nde ses nièces pendant le souper même, et telles autres res­\nsouvenances. C’était vraiment une merveille que de se\nreconnaître ainsi rêver ! Il fit plusiers efforts pour se réveiller,\nsans y réussir.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "328                                             la Wallonie.\n\n\n\n    C’était toujours son rêve du ciel et les anges obstinés,\n tenaces, qui passaient près de lui en le regardant avec des\n yeux doux et tristes. Il demanda qu’on le secouât par l’épaule,\n qu’on lui soufflât dans le nez, qu’on lui jetât de l’eau froide\n au visage, mais les anges ne semblaient pas comprendre. Il\n finit par se pincer jusqu’au sang. Plusieurs tentatives de ce\n genre avortèrent, toutes aussi misérablement les unes que\nles autres.\n    Un de ces délicieux anges, dont il s’obstinait à rêver quand\nmême, s’approcha de lui, tâchant désespérément de lui\ndonner le vertige de ses yeux, de le faire choir dans ses\nailes ; il se cramponna à l’arbre, et comme l’ange redou­\nblait ses assauts importuns, il cassa une brauche et l’écarta,\nen frappant dessus comme sur un oiseau.\n   Il eut une trêve et essaya de se rendormir, persuadé main­\ntenant que de tels cauchemars étaient malsains, fatals à la\ndigestion et qu’ils troublaient l’équilibre. Mieux valait dormir\nsans rêver. Peut-être même rêvait-il à haute voix, l’écoutait-\non, était-il un objet d’hilarité grotesque, et quoiqu’il fût bon\nenfant et ne dédaignât pas la plaisanterie, cette idée dans\nl’état de surexcitation où se trouvait son âme, l’agaça outre\nmesure. Il ferma les yeux tâchant par tous les moyens de\ndormir sans rêver. La besogne n’était pas facile. Le rêve du\nciel survivait à tout, quoique, il est vrai, plus obscurément.\nMaintenant il le poursuivait, le traquait dans tous les recoins\nde son cerveau. Il s’ingénia à penser dans le vide, à ne pas\npenser surtout qu’il ne pensait pas, finit par employer des\nmoyens mécaniques tels que de petits cercles qu’il traçait\ndans l’ombre de son âme, comme des nombrils, et fixait de\nses yeux intérieurs pour les hypnotiser; des moulins qu’il\nfaisait tourner et dont il suivait le vol multicolore, en louchant;\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "     la Grâce du Sommeil.                                      329\n\navec application ; des opérations algébriques laborieuses dont\nil parachevait le résultat ; le mouvement perpétuel, le carré\nde l’hypoténuse, la recherche de la quadrature du cercle,\nopération plus laborieuse que les autres et qui faillit faire\néclater son cerveau. Un moment il crut avoir réussi au delà de\nses espérances, et l’idée du ciel était si loin de lui, qu’il crut\nqu’il était éveillé. Il regarda entre ses cils, tonnerre de Dieu!\nle cauchemar était toujours là, c’était un remords, une malé­\ndiction à la fin ; le ciel ne le lâcherait donc jamais ! et subite­\nment radouci, il eut une idée naïve, enfantine, presque sau­\ngrenue, éclose dans son cerveau sans qu’il sût pourquoi et qui\nsans tout ce casse-tête le fit aboutir simplement. Il referma\nles yeux, décidé à ne plus les rouvrir jamais ; il fit sa prière\n du soir, demandant à Dieu même par l’intercession de ses\n saints, dans les termes cent fois redits, de le préserver de tout\nmauvais songe, de lui donner un sommeil heureux, réparateur\n et paisible, sans tentations, sans trouble, le sommeil des\njustes enfin. Il n’avait pas achevé sa prière qu’elle était\n exaucée.\n   La vision avait cessé. Il dormait dans une ombre tiède et\n douce ; il se sentait dormir paisiblement, sans rêves ; c’était\n une sensation obscure et veloutée, infinie; il ronflait à poings\n fermés, le sourire des enfants aux lèvres, comme un bien­\n heureux, et cette demi-conscience même finit par s’obscurcir,\n par l’abandonner à la paix absolue et inviolable, au bonheur\n désormais sans tache de la divine grâce de ne plus penser.\n\n         “ Messieurs,\n   . . . “ Je n’énumérerai pas davantage les éminents ser­\n  vices rendus par le défunt à la société, les nombreuses\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "330                                               la Wallonie.\n\n\n\n„ associations de philanthropie et d’art où il a si généreusement\n„ donné de sa personne, les notables progrès qu’il a apportés à\n„ cette branche de l’industrie, où il avait acquis, pendant sa\n„ trop courte carrière, une situation si haute et si enviée, mé­\n   rites qui éclatent aux yeux de tous et que Sa Majesté naguère\n„ a daigné récompenser par la croix de son ordre; qu’il me\n„ suffise de constater en terminant que celui qui a été si inopi­\n  nément enlevé à l’affection des siens au milieu des saines et\n„ joyeuses festivités de la famille (*), était un homme de grand\n„ cœur. Profondément généreux et probe, il avait su conquérir\n„ des sympathies dans tous les rangs de la société. I l était\n„ dévoué à sa famille, à sa patrie, il est resté fidèle aux convic­\n   tions de sa jeunesse, sans toutefois en exclure la large\n„ tolérance d’un vigoureux esprit ouvert à tous les progrès.\n   „ Adieu, cher ami, tandis que nous te pleurons sur cette fosse\n„ trop tôt ouverte, T U D O R S D E L ’É T E R N E L SO M M E IL\n„ que tu as si bien mérité par les vertus et la sagesse de ta vie.\n   „ Adieu, bon citoyen, bon père de famille, excellent homme,\n„ cher ami, adieu ! „\n                           C h a r l e s v a n LERBERG HE.\n\n  (*) Mr X mourut, en eff et, d’une rupture d'anévrisme, le dimanche\n6 janvier, fête de l'Épiphanie, vers les 10 heures du soir.\n                                                      L'Auteur.\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "          CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n                               VILLIERS DE L ’ISLE-ADAM.\n\n    Un drame de V illiers (*) a pour titre la Révolte, un deuxième\n l’Evasion, un autre le Nouveau-Monde. Ces trois mots le\n contiennent en leurs plus secrètes correspondances, et sont, le\n diaphane réseau à travers quoi il nous fut donné de voir cet\nesprit.\n   Il arriva chez nous, sans transition, d’un autre siècle.\nEtranger (de là sans doute sa réputation d’écrivain étrange),\nil fut et resta étranger à nos luttes, au quotidien mode de\npenser des journaux, à l’actuelle politicaille et aux fruc­\ntueuses chances qui tirent par la ficelle le cerf-volant de la\nfortune. Tombé comme d’un trop décevant espace où fuiraient\nd’éclatants soleils, on le devine regarder autour de lui,\nd’abord saris comprendre. Il vient de l’ancien régime, et\ntrouve des bourgeois avec des journalistes, non sans l’appoint\nde quelques bons cabots ; le règne n’est plus du sang, mais de\nl’argent et de la blague avide.\n   Certes, il en est blessé; mais sa noblesse se refuse à être\n   (*) Avis préalable aux friands d’« actualité » qui seraient tentés par le\ntitre :\n   Je n’ai vu qu’une seule fois Villiers de l’Isle-Adam; je ne sais rien des\nanecdotes et ne lis pas le Figaro. J’ignore, mais oui vraiment j’ignore\ntomes les anecdotes ; et, si j’en savais, je les oublierais pour écrire ces\npages, n’aimant pas à tresser des faits divers en couronnes funèbres.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "332                                            la Wallonie.\n\n\n\n directement atteinte par ce qu’elle coudoie, et remplace la\n colère par un beau sourire de mépris, un sourire aigu —\n l’ironie des Contes cruels — un sourire triste comme une\n chanson de folle, qui nargue et perce et fouille les poitrines.\n    Oui, il est bien cet étranger venu de siècles morts, de\nnoblesses déchues, de soleils désormais éteints, ou, mieux\nque cela, disséqués en profitables, économiques et très sociales\nveilleuses. Ses yeux léthargiques, malgré tout froissés des\nturpitudes frôlées, se souviennent des hautes cîmes qu’à\nl’origine ils contemplèrent; et l’exilé tombé là de ces grands\nsiècles qu’il dut fouler, chante l’hymne filial aux siècles dont\nil fut.\n    Les flots d’une révolte, qui n’a pu s’écouler entière dans le\nsourire, se lèvent en lui impérieusement, se crètent d’écume,\nmontueux et larges, et sont nobles toujours comme la mer.\nSouffrant d’être ici vraiment un étranger, il cherchera l’éva­\nsion de cette obscure cuisine où s’égara son esprit de roi; il\ncherchera pour soi, comme lit de repos à ses pensées, comme\nune oasis éclaircie de cristallines fontaines pour son malheu­\nreux génie fatigué du désert, — il cherchera le Nouveau-\nMonde.\n    Or, esprit qui sait, et en qui les âges d’où il est intellec­\ntuellem ent issu mirent le trait bref aux gestes immenses qui\nest l’intuition, Villiers créa lui-même son nouveau monde.\nPar une ironie dernière, ce nouveau monde qu’il se créait, ce\nmonde du Rêve fut créé selon le nôtre : e t, comme une\ninsulte éblouissante au rire d’éclair, le Poète voulut sans\ndoute montrer à ce monde inconscient ce qu’il recélait de\ngloire et de resplendissants rayons.\n    Toute contingence est parcelle d’un métal dont l’Idée peut\nmarteler un signe de l’infini. Les faits, l’épisode, tout ce qui\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "     Chronique littéraire.                                    333\n\nnous entoure est un peuple muet, d’une silencieuse éloquence\naux gestes qui signifient. C’est à l’Intuition de découvrir\ncette signification, — et l’on pourrait avancer que la vie d’un\nfait, d’une contingence, est conditionnée par l’existence de\nl’idée pour laquelle ils existent, qui est leur raison d’être. Or\nles voix mystérieuses qui d’un Instant à un Instant disent la\nvie, sont en tumulte vers leur vie et se répondent, leur langage\nobscur et si vaste, celui qui parfois le saisit n’est-ce pas le\nPoète, ou le Savant qui pense ? et pour user de très grands\nmots, peut-être pourrait-on l’appeler celui   qui trouve ou\ndonne à trouver le rapport du rythme accidentel au rythme\nuniversel. Villiers de l’Isle-Adam fut de ceux-là qui savent\nentendre et voir; pour nous, cette plèbe dont parle l’Apoca­\nlypse, il traduisit en signes plus intelligibles le langage\nmystérieux qui nous reste étranger. Je pense bien qu’il le fit,\nen grande partie, inconsciemment : mais non sans l’amertune\nde qui voit et annonce ce qu’il sait que d’autres ne pour­\nront voir (*).\n  On pourrait,— on l’a fait trop souvent non sans hostilité,—\nrapprocher Villiers d’Edgar Poë. En les deux géniaux poètes,\navec des affinités subtiles, les mêmes éléments de l’œuvre\ncoexistent : comme pour le poète français, le motif d’écrire\nparaît avoir été chez Edgar Poë le dégoût d’un monde abject\npour sa natale fierté ; en même temps qu’un rafraîchissant\nexil dans la science il voulut trouver une contrée où s’évader,\net se créa un monde en matérialisant des rêves. Peut-être\nchez tous deux faudrait-il chercher le mobile de cette maté­\nrialisation, ce qui les força jamais à réaliser un rêve par\nl’écriture. Est-ce la crainte de la mort, — qu’on se rappelle\n\n\n  (*) Dans les Contes Cruels, Impatience île la Foule.\n                                                         22\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "334                                             la Wallonie.\n\n\n\n Ligeia, Vera,— la soif d’une survie, le désir d’une expérience,\n plus petitement la nécessité quotidienne de vivre, — ou la\n charité hautaine du Roy qui jette l’or à la foule ? mais ce sont\nlà des points qu’il conviendra peut-être d’analyser ailleurs.\n   Entre Poë et Villiers, la différence naît de la nature de\nl’Idée. Poë, rigoureux et précis mais d’une diaphane imma­\ntérialité, despote d’un rêve qu’il édifia splendide, se voit le\nrire crispé aux lèvres, les mains énervées aux flancs du\nmonument qu’il fit surgir des choses. Villiers, nullement plus\naristocratique de soudaine pensée, mais plus traditionnelle­\nment princier, vit d’une révolte qui jamais ne se convulse et\nplutôt s’éloigne en dédaignant. Villiers de l’Isle-Adam, moins\ngrand sans doute, — s’il est permis de mesurer ! — est peut-\nêtre plus proche du désir futur par sa sérénité. Aussi le sait-on\n catholique, mais de la race de J. Barbey d’Aurévilly, attaché\npour toujours à l ’ancien régime que rappelle son très noble\nsourire. Edgar Poë, idéaliste-panthéiste,-—Eurêka — et privé\nde ce port confortable d’une formule religieuse, voit son esprit\nsans chaîne secoué de plus grandioses visions ; son œ il a\nscruté plus d’univers, mais il en a gardé des souvenirs peut-\nêtre encore irréductibles, et comme l’indécise sensation d’une\ninsécurité.\n   Villiers, lui aussi, est idéaliste (*), — parfois ne dirait-on\nspiritiste ? — , mais il est avant tout chrétien : c’est en la foi\nqu’il puise la force aiguisée du dédain et sa pensée trouve\ndans l’idée de Dieu un repos digne de sa noblesse. Son\nidéalisme est celui d’un intuitif surtout, — idéalisme de\nsentiment : car le cerveau du comte de Villiers fut surtout\nriche de grands vols lyriques et certes bien moins compliqué\nque celui d’Edgar Poë.\n (*) Vera, l'Am our suprême.\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "      Chronique littéraire.                                              335\n\n   Ce qui fera bien saisir les différences, — et j ’y insiste, car\ntrop souvent on discuta l’identité ! — c’est la spéciale\nmanière dont ils conçurent la science.\n  Edgar Poë se réfugie dans la science; elle est son castel\nencore vierge, vierge et impénétrable et seul comme le castel\nde sa Pensée pure. Contre le monde il cherche asile en sa\npensée. Contre le monde aussi il trouve dans la science un\nasile somptueux, comme un temple nouveau, riche de sym­\nboles et de gestes et de rites : de gestes qui montrent plus\nhaut, de rites qui entonnent un cantique à l’énigme, de sym­\nboles qui dévoilent leur Philosophie. Il marche par la science\ncomme les vieux Grecs fendaient les mers, vers le continent\ninconnu et la Toison d’or qu’il contient : il marche à travers\nla science vers la philosophie qui en émane.\n  Lorsque la science apparut à Villiers de l’Isle-Adam, il la\nperçut d’abord étrangère, et la sentit bientôt insolite à sa foi.\nA ce poète d’intuition, qui n’en vit pas en cet instant la\nRaison d’être, elle fut évidemment hostile. — Et l’ironie et\nle dédain issus de sa croyance l'instiguant contre la foule, sa\nnoblesse fut blessée de savoir que le peuple admirait, — sans\ncomprendre,mais admirait,— ce qu’il n’avait pas encore inscrit,\nlui, dans le cercle où rayonnait son regard. Etonné, peut-être\nvaguement inquiet, il se fit une arme de cette Etrangère\net son mépris de Légitimiste et de vieux noble voulut\nflageller la foule positive avec les bandelettes de son\nidole (1). On peut dire qu’il persifla la foule en remplaçant\npour elle — et comme elle le devait concevoir , — par les méca­\nniques de la science, la pure cantilène du sentiment. —\nCependant cette alliée — mariage de raison sans doute, —\ns’imposait, réclamait des regards, l’obsédait même de sa\n\n\n( 1) la Machine à Gloire,- l'Analyse chimique du dernier Soupir, par exemple.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "336                                               la Wallonie.\n\n\n\nprésence. Un jour vint qu’il la v it et qu’elle le fascina; il\nen saisit la signification et la décréta splendide, et donnant\nau Savant des allures comme dans l’épopée, il créa Edison :\nil avait enfin conçu la Science et, pour soi-même, découvert\nsa raison d’être. Alors il la ploya vers son idée, et c’est\nainsi qu’il fit surgir l’étonnante vision de l'Eve future, qu’on\npourrait traduire par cette proposition :\n   “ la Science positive m’apparaît, ayant pour FONCTION\nd’édifier le Rêve. „\n   E t je m’arrête ici, n’ayant pas l’ambition d’être “ complet „\n en ces pages écrites un peu d’instinct. Rien n’a été dit par\n moi de la forme merveilleuse du comte de Villiers, ni de son\nmépris pour le Progrès et la “ Civilisation „ (histoires insolites).\nIl fut un des créateurs du vrai Poème en prose, et nul depuis\nn’a dépassé en lumière, en pureté de lignes ou par l’éclat de\npierreries, les nobles féeries qui se déroulent dans sa phrase.\nMais que sert-il de le montrer et ne vaut-il pas m ieux relire\nAkëdysséril, Lysiane d’Aubelleyne ou l'Annonciateur ?\n   Villiers est mort pauvre; soit. Il est mort sans la gloire\nassez nauséabonde exsudée par la foule. Mais n’affichons pas\ndes regrets trop décidément stériles; s’il est entré dans\nle passé avec tout ce qui vivait encore en lui pour l’Art,\nc’est qu’ainsi le voulaient les temps qui le firent naître.\nJe sais de mes amis qui déplorent la perte de ce que recélait\nencore d’informulé le cerveau du Poète; — qu’importe? Il\nest venu comme il fallait qu’il vînt et ce qui devait lui\nsurvivre nous reste : l’Idée génératrice dont il féconda les\nchoses qu’il sut voir, — laquelle donnera naissance à d’autres\nIdées, indéfiniment, indéfiniment dans l’avenir.\n                                         A l b e r t MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "     Chronique littéraire.                                                 337\n\n                                       PREM IÈRES PROSES (*).\n    Un livre de très jeune, qui nous arrive comme une promesse\nde claires moissons dans un avenir proche. Il règne dans ces\npremières proses je ne sais quel bon air de franchise d’art,\nde brave et belle sincérité juvénile, avec on dirait une peur\n de s’ouvrir vraiment à quelque décisif vol d’ailes. Ce n’est ici\nqu’une tentative, quelques pages plutôt d’essai et qui furent\nécrites sans trop de liaison; l’auteur y obéit aussi à des\ndésirs un peu divers, cherchant la droite et large route qu’il\nse veut dans l’avenir. Jusqu’à présent la personnalité ne\nparaît pas très décidée, il faut le dire; mais de toutes les\npetites pages ici réunies, — citons vieux Truand, Notes\ntristes, Nocturne, — se dégage l’impression d’un élégant\neffort vers une écriture suggestive, et une vue très subjective\nde la nature.\n   M. Del chevalerie se range ainsi au nombre de ceux qui\ncherchent un art individuel, en dehors de l’histoire natura­\nliste, et vraiment l’élégance native de sa forme, avec maintes\nphrases qui mènent loin l’esprit, sont pour faire espérer de\nlui, bientôt sans doute, un bon Livre.\n                                               A. J. HEYMANS (**).\n  Une belle et noble étude, bellement écrite et noblement\npensée. L ’auteur est l’un des derniers venus aux XX , et l’un\ndes peintres les plus artistes et les plus sympathiques que je\nsache — aussi de ceux qui sont aux avant-postes.\n  L ’œuvre et l’histoire du talent de A. J. Heymans, — l’un\n  (*) Par Charles D   e lc h e v a le rie ,   20   exemplaires hors commerce ;\nBénard, Liège.\n  (**) Par Henry V\n                an    de   Velde,      extrait de la Revue générale.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": " 338                                              la Wallonie.\n\n\n\n  des meilleurs de l’Ecole de Tervueren, et le seul qui d’eux\n  tous soit resté dans le fier courant des idées qui marchent,—\n  Henry Van de V elde les analyse avec une rare élévation\n  d’esprit, et un remarquable détachement des théories d’écoles,\n  lui, tout fervent des récentes découvertes sur la recompo­\n  sition optique des couleurs, et qui devait juger un peintre\n  plus ancien.\n     Maintes pages seraient à détacher de ce travail;, voici\n  quelques lignes d’une très nette pensée, et qui disent fort\n  bien ce que nous croyons tous :\n     “ L ’émotion transcrite en une œuvre n’en fait-elle pas la\n  plus grande valeur ? La rancœur nous est venue, à temps,\n  des virtuosités, pour avoir trouvé que les vraies grandes\n  âmes ne se sont jamais repues d’elle. Parmi les modernes,\n l’œuvre de J. F. M illet en est l’exemple le plus frappant.\n  Choses mal peintes, de la plus maladroite harmonie de\n couleur, et s’imposant malgré tout, comme les plus hautaines\n et les plus m erveilleuses œuvres d’art.\n     „ Non, il faut plus pour la réalisation de l’œuvre que l’ex­\n clusive F orme, il lui faut de vrais morceaux d’âmes ou des\n pensées !\n     „ Je sais bien que cela est à l’en contre de la théorie de bril­\n lants esthètes, qui recherchent en peinture, avant toute autre\n qualité, ce qu’ils nomment « du tempérament » et qui\n com m ettent cette erreur de n’en admettre qu’un seul à\n l ’exclusion de tous les autres : le tempérament vigoureux.\n     „ En leur pensée, la peinture n ’est que cette voluptueuse\n caresse aux yeux, alors qu’elle est plus que cela, la m ysté­\n rieuse langue qui, tant aux yeux qu’au cœur et à l’intellect,\n peut dire les plus indicibles choses en les plus diverses\nformes ! la plus sensuelle et la plus austère, la plus naïve et\nla plus raffinée. Chacun de nous l’emploie selon ses sens. „\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "             PETITE CHRONIQUE.\n   La Revue Indépendante a inséré dans sa livraison d’août,\nla lettre collective de MM. Delaroche, St-Paul et Mockel, qui\nparut dans la Wallonie. Nous avons oublié de l’annoncer dans\nnotre dernier n°.\n                               *\n                                 * *\n\n   Dans certaines cours, un officier du palais a pour fonction\nprincipale d’annoncer : “ le Roi ! „ quand S.M. arrive. Il y a\naussi dans le monde des arts, des gens dont c’est l’unique\nmétier de crier “ le Roi! C’est lucratif, il y a l’aumône des\nreflets et maints revenants bons. Malheureusement ils crient\nun peu trop à tue-tête, et souvent de travers.\n   Quelques librettistes et compositeurs français ont cette\nspécialité de jeter leur voix aigre-douce sur les noms des\ngrands hommes : Gounod et Faust, Ambroise Thomas avec\nMignon, Hamlet, le Songe d’une nuit d’été. Voici venir Benja­\nm en Godard, qui s’attaque de front au souvenir de Dante et\nva le camper en ténor amoureux, dans un décor d’opéra\nH alévy, devant le trou du souffleur, entre les haies toujours\nimprévues de ces bons chœurs inamovibles. Il y aura\nBéatrice, Virgile, un tombeau, l’Enfer, un chœur des dam­\nnés (!!), le Paradis, tout, vous dis-je. On n’a oublié que le Pur­\ngatoire et c’est grand dommage.\n   Quant à M. Thomas, c’est au ballet de la Tempête qu’il\ndoit sa nouvelle collaboration avec Shakespeare. E t songez\nqu’à je ne sais quel banquet, on l’a félicité chaudement\n d’avoir tant, contribué à faire connaître ce pauvre auteur\n d’Hamlet....\n   E t M. Alexandre Dumas, donc!\n                                ** *\n   Ah, le théâtre ! Emile Zola veut rénover le drame lyrique;\n M. Gallet a tiré un libretto de son dernier roman, le Rêve,\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": " 340                                          la Wallonie.\n\n\n\n  et M. Bruneau a reçu la commande d’une partition complète\n pour le dit. C’est tout à fait neuf, mais vraiment tout à fait\n neuf! “ C’est, comme le dit Zola, une simple conversation\n musicale entre cinq personnages ., en redingote, robe à\n volants, soutane et veston de travail. Mais c’est parfait,\n plus que parfait. E t comme c’est bien l’essence du drame\n lyrique, ce père noble d’évèque, ces deux honorables, oh très\n honorables! bourgeois, et la candide pensionnaire Angélique,\n sans oublier le sympathique Félicien...\n    Certainement, nous irons voir cela.\n                                ***\n    On sait que les Troyens de Berlioz vont être donnés pour\n la première fois en entier à Karlsruhe; la pièce sera montée\n ensuite (y compris la Prise de Troie) à Berlin et à Weimar.\n    Eh bien, que faites-vous donc, en France ?\n                                \"*\n    Il y est allé! Qui? Coquelin. Où? à Bayreuth. E t les\njournaux déclarent qu’il fut profondément ému.\n    Dans le but évident de ne pas troubler la représentation,\nl’acteur français avait eu la courtoisie de garder l’incognito.\n — Jusqu’à un certain point, comme on le voit.\n    Du reste, la tranquillité si touchante de Coquelin ne doit\npas trop surprendre : il avait l’exemple de l’Empereur d’A lle­\nmagne. Tous les journaux sont d’accord, en effet, pour louer\nà l’envi S. M. teutonne et constater qu’elle ne fit pas trop de\nbruit en dehors des entr’actes, et ne voulut pas interrompre\nles scènes angéliques de P arsifal par la soudaine tempête\nd’une Wacht am Bhein bien cuivrée. Vraiment, ii fut conve­\nnable, dit-on.\n                                 *\n    D ’une lettre que nous envoya récemment un ami, nous\nextrayons cette curieuse boutade sur la merveilleuse expo­\nsition qui va finir :\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "    petite Chronique.                                      341\n\n    J ’ai été un peu à Paris, voir Burne Jones, Moreau, D ela­\ncroix, W atts, Thaulow, etc., la danse du ventre, et les\n adorables Javanaises. C’est mon meilleur souvenir, ces filles\n \" très parées dans l’étrange demi-jour de leur case et qui\ntournent lentement dans la stridente musique avec de si\nénigmatiques inflexions de mains et de si souriantes pour­\nsuites les yeux dans les yeux.\n   E t l’Exposition quelle curieuse idée de ciel moderne, de\nParadis industriel, de félicité temporelle. Les 40 centimes\nd’entrée, c’est presque gratis. Les temps nouveaux où la\ngratuité, nécessaire au bonheur complet, sera absolue, sont\névidemment proches. On ne voit que des gens qui s’émer­\nveillent et passent agréablement le temps. N ’avez-vous pas\neu cette persistante idée que c’est là le ciel futur qui allait\ndans quelques siècles — car d’incontestables progrès sont\nencore à faire — remplacer l’autre? J ’ai remarqué le visage\ndes élus, ceux pour qui voir sous l’arche illuminée d’une\ntour une douzaine de plumeaux en feu (surmontés d’un navire\nen plâtre et d’une troupe de républiques dont la dernière\nlève la jambe au sommet d’un dôme, illuminé lui aussi), est\nune félicité suprême. Combien je les ai enviés, car le châti­\nm ent des damnés est évidemment de voir ainsi que je viens\nde dire, sans Splendeur : « Ils ne verront pas Dieu. » Les\ndamnés aussi, j ’imagine, seront choqués d’une foule de choses\ndont les élus n’apercevront pas l’utilité bienveillante et pour\nainsi dire la Providence.\n   C’est ainsi que les innombrables poteaux indicateurs\ndressés au milieu de ces merveilles pour indiquer les urinoirs\net les water-closets et les houris qui vous y tendent des\nfeuilles de fibres végétales — avec des sourires désormais\nirrétribuables — ne scandaliseront les hommes qu’en pro­\nportion de leur état de grâce.\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "342                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Il reste cependant bien des choses à faire. L e but, par\n exemple, est à changer, vu cet inespéré résultat de béatitude.\nIl ne devrait plus s’agir de prospérité commerciale ou de\nprogrès industriel, mais de créer un Paradis permanent où\nl’on pût, à son aise, jouir de tous les plaisirs possibles pen­\n dant les loisirs obtenus par son travail. Ensuite le progrès\ndevrait viser à la gratuité absolue ou, du moins, apparente\n(systèm e Cook) de façon à ce qu’une fois l’entrée prise, on\nne dût plus désagréablement débourser pour le Duval, l’as­\ncenseur, le water-closet, la chaise et la danse du ventre.\nIl faudrait encore pouvoir jouir de tous les objets et généra­\nlem ent de toutes les créatures comprises dans l’enceinte du\nParadis et qu’il n’y eût d’autre lim ite que la nécessité de\nfaire queue en cas de compétition multiple et la défense de\nrien emporter hors de la dite enceinte, en cas de sortie.\n   Enfin il faudrait qu’il y eût plus de fraternité entre tous\nces élus qui actuellement se groupent par familles ou mar­\nchent seuls comme des damnés. Il suffirait d’établir à cet\neffet des Tables d’Hôtes et des Bals, ou de faire exécuter la\ndevise française par la force : le bonheur de tous se trouvant\nen jeu. »\n                               ** *\n   L e 28 octobre ont été célébrées en grande pompe les\nobsèques d’Em ile Augier. Les ministres suivaient le cercueil,\navec l’Académie, la Comédie française, etc.\n   Augier fit au théâtre une littérature honorable, très à la\nportée du bourgeois, mais avec des mérites de dignité et de\nsincérité. Au moins ne composait-il pas de ces pièces pour\nl’exportation (Théodora) et de ces petites machines à ficelles\nqui puent le cabotin. Pour cela, et pour des attitudes droites\net le travail probe et réfléchi de ses comédies, il a droit à du\nrespect.\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "    petite Chronique.                                        343\n\n   Nous avons dit la pompe de ses funérailles; il y avait en\noutre une cérémonie musicale somptueuse à l’église, et le\nThéâtre Français ferma ses portes en signe de deuil. Cet\nhonneur, Augier le partage avec Casimir Delavigne, Eugène\nScribe, François Ponsard et Victor Hugo. Ce dernier, connais­\nsant ses prédécesseurs, n’avait pas demandé “ d’en être „.\n   Aux obsèques de Villiers de l’Isle-Adam, il n’y eut que du\nsilence. M. W . le seul d’entre nous (je parle des Liégeois)\nqui put accompagner le grand poète jusqu’au cimetière, nous\ndisait qu’à peine 15 ou 18 personnes avaient suivi le corps\njusque là ; et cela se faisait lugubrement, par un temps gris,\ncomme avec maussaderie.\n                                ***\n   La Revue belge (oh belge) est bien contente : M. Jules\nAbrassart, son éminent concitoyen, a obtenu la palme d’or\nd’une société évidemment canadienne, appelée je ne sais\npourquoi l’Académie Montréal de Toulouse. La Revue belge\nassure que “ la muse de notre cher poète est partout appelée\naux plus éclatants triomphes „. C’est ainsi qu’elle obtint\ndernièrement une palme d’argent des Abeilles Normandes.\nM. Tilman a de l’éloquence, quand il s’emballe, et j ’avoue\navoir éprouvé une émotion, d’ailleurs bien légitime, lorsque\nje parvins au dernier aliéna : “ Honneur à la Belgique ! Trois\nfois honneur à M. Abrassart. „\n   Mes bien sincères, M. Tilman. mes bien sincères.\n                                *   '\n                              * *\n  Mais dites donc, là-bas, à Bruxelles, les gens des minis­\ntères ! n’avez-vous pas entendu dire que Félicien Bops est\ndécoré de la Légion d’honneur ? Et, bien qu’il soit l’un des\nrares à ne posséder point le petit ruban de l’Ordre de Léopold,\nFélicien Rops est d’ici, savez-vous ! je n’oserais dire qu’il est\nbelge, — Monsieur Tilman le revendiquerait — mais bien\nw allon du moins, Monsieur le Ministre.\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "344                                                    la Wallonie.\n\n\n\n\n   L a c o n v e r s i o n d e l a J e u n e B e l g i q u e nous fait grand\nplaisir. Certes, depuis deux ans, ne pouvait-on s’attendre à\ntelle et heureuse conclusion des arguments discutés. Nous\nqui dès le début avions indiqué les divergences, et restons\nfermes sur nos idées intactes, nous applaudissons de tout\ncœur au meilleur vouloir de ces artistes.\n   La Jeune Belgique, analysant l’article ici paru, de MM.D ela­\nroche, Saint-Paul et Mockel, conclut : “ Nous voici d’accord,\nabsolument d’accord. „ Et plus loin : “ E t maintenant mar­\nchons ensemble, sans ergoter en route sur des théories abso­\nlues. „ Soit; et disons, nous aussi, quelle joie nous fut cet\narticle de la Revue bruxelloise Nous avons toujours jugé\npuéril d’attaquer ou de railler les idées de la Jeune Belgique ;\nmais nous avons défendu les nôtres. Si les hostilités cessent\net si l’on marche vers nous, nous saurons nous garder des\nrécriminations vaines.\n   D ’ailleurs la Jeune Belgique avait encore de beaux poètes\net un sincère amour de l’art. En faut-il davantage pour être\nvite à peu près d’accord ?\n                                     ** *\n   Lire dans l’avant-dernier n° de la Société nouvelle, un bon\net scintillant article d’Eugène Demolder sur l’Exposition de\nParis. Du même auteur, dans le dernier numéro, la Montée\nau Calvaire, d’après les primitifs flamands. Dans la Vogue, les\nvers de Henri de. Régnier, Albert Saint-Paul, Achille Dela­\nroche; la prose de Merrill; les chroniques de Gustave Kahn.\nDans la Jeune Belgique (septembre) les vers de Gilkin (une\npièce merveilleuse, la 2e). Dans la Revue Indépendante, un\ncurieux article sur l’architecture métallique, par J. K. H uys­\nmans. Dans A rt et critique, la fin de la polémique entre\nMM. Ghil, Delaroche, Saint-Paul et Mockel. A ce propos,\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "    petite Chronique.                                        345\n\nla Jeune Belgique publie les lettres de Saint-Paul et Delaroche,\nsans indiquer à quelles attaques injustes elles répondent,\nlesquelles en expliquent la violence.\n   Erreur inconsciente évidemment, et que cet entrefilet\nrépare bien assez.\n   Aussi M. Mockel écrivit aux Ecrits pour l’A rt, et sa lettre\nfut reproduite dans A rt et Critique, pour affirmer à nouveau\nsa solidarité avec MM. Saint-Paul et Delaroche.\n                                 *\n                               * *\n   L ’Echo de Paris a ouvert un concours littéraire, clos au\n31 octobre. Deux prix de 500 francs étaient attribués à la\nmeilleure pièce de vers (il en fallait 50) et la même somme\ndevait payer le meilleur conte et la meilleure chronique. Le\nrésultat du concours sera connu prochainement.\n   Voici quels sont les jurés du concours de poésie : Théodore\nde Banville, Paul Bourget, François Coppée, Léon Dierx,\nJosé-Maria de Hérédia, Leconte de Lisle, Stéphane Mallarmé,\nArmand Silvestre, Catulle Mendès, Sully Prudhomme.\n   Pour le conte en prose : Théodore de Banville, Henry\nBauer, Paul Bourget, Léon Cladel, Alphonse Daudet, Edmond\n de Goncourt, Jules Lemaître, Edmond Lepellier, Guy de\n Maupassant, Catulle Mendès, Octave Mirbeau, Montjoyeux,\n Jean Reibrach, Aurélien Scholl, Armand Silvestre.\n   Sauf une ou deux taches, on pouvait difficilement mieux\n choisir parmi les poètes « arrivés »; mais l’absence de Verlaine\n fait trouver bizarre le nom de Silvestre qui s’étale. .. Pour le\n conte, c’est plus panaché. Quant au jury de chroniqueurs, il\n n’a rien qui puisse nous intéresser.\n                                ***\n            Monsieur,\n   Voudriez-vous annoncer à vos lecteurs-collaborateurs que\nje ferai paraître, le 25 décembre prochain, le GRAND DIC-\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "346                                             la Wallonie.\n\n\n\nTIONNAIRE DES POÈTES CONTEMPORAINS; et les prier\n de m ’envoyer leur nom, leur âge et la liste de leurs ouvrages\nédités ou manuscrits. L ’insertion est gratuite et elle n’entraîne\nnullement l'obligation de souscrire à un volume. Les adresses\ndes poètes ne seront pas indiquées.\n   L e Dictionnaire sera précédé de notices concernant les\njournaux et revues de poésies. Vous voudrez bien, Monsieur\net cher confrère, m ’envoyer la notice de votre journal avec\nindication de périodicité, prix d’abonnements, les noms du\nDirecteur, Rédacteur en chef et des principaux collabora­\nteurs. Le Dictionnaire devant être tiré à un grand nombre\nd’exemplaires, je n’ai pas besoin de vous signaler les réels\nservices qu’il est appelé à rendre aux poètes et aux journaux\nde poésie.\n   Agréez, Monsieur et cher confrère,mes civilités empressées.\n     23, rue Racine, Paris.               H e n r i JOUVE.\n                               *\n   Va paraître le sixièm e volume de l’Almanach de l’Univer­\nsité de Gand. Les manuscrits peuvent être envoyés, jusqu’au\n15 novembre, par tous lettrés qui voudraient y collaborer;\n12, Coupure, à Gand.\n                              * *\n   Sommaire (septembre) de L a Vogue, l’excellente revue\nparisienne dont nous avons déjà parlé :\n   Gustave Kahn, Chronique; Jean Lorrain, Logis de poète;\nH enri de Régnier, Petits poèmes anciens et romanesques ; F élix\nFénéon, Tableaux; Francis Vielé Griffin, Sous la nuit (vers) ;\nPaul Adam. Les prim itifs en L orraine; Georges Vanor,\nApparitions (vers) ; Stuart Merrill, Hécatombes ; Albert Saint-\nPaul, D ’un lampas (vers) ; Achille Delaroche, Laus m orituris;\nEm ile II. Meyer, Céramique, verrerie, meuble à l'Exposition ;\nAdolphe R etté, Notes et notules.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "    petite Chronique.                                       347\n\n                                * **\n   Les lettres apprendront avec plaisir que M. Stéphane\nMallarmé vient de donner à la revue de M. Jullien, son\npoème : Le Guignon, considérablement remanié. Cette nou­\nvelle version, par les vers si précis et selon la beauté\nmystérieuse dont Stéphane Mallarmé sait les arcanes, saisira\nplus encore, s’il est possible, qu’en les déjà superbes strophes\ndu Guignon inséré jadis au Parnasse.              (La Vogue.)\n                                * *\n                                 *\n\n   D ’après la Gazette générale de musique, de Berlin, les Fran­\nçais ne savent pas chanter, l’école française est exécrable;\nles Français ne savent pas danser non plus. Et, pour en\nrevenir à leur chant, c’est odieux! On pousse des sons forts\nqui chevrotent, et puis ça diminue en passant par le nez...\npouah ! Ils ne savent pas respirer, les Français, ni prononcer\ncomme il convient ; et si vous connaissiez l’effrayante con­\ntraction des muscles, c’est horrible!\n   A h bah ! c’est donc en Allemagne ? Tiens, tiens, tiens,\nnous ne savions pas cela.\n                               ***\n   Dans le Rappel, Saint-Saëns annonce l’invention d’un har­\nmonium qui ne serait pas, à compensation, comme les autres\ninstruments à clavier. L e perfectionnement vaut qu’on le\nnote ; mais nous avons peine à croire, malgré les explications\nde Saint-Saëns, que les nécessaires et multiples complications\ndu nouveau clavier n’en rendent pas le maniement d’une\ndifficulté invincible.\n                               * *\n   D ’une revue amie, peu coutumière du fait, cette phrase\nsignée Camille Bellaigue :\n   “ Reprenez tour à tour l’admirable lamento d’Eléazar :\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "348                                           la Wallonie.\n\n\n\nBachel, grand du Seigneur, et l’admirable adieu de W otan\ndéposant un baiser sur les yeux de Brunehild, vous recon­\nnaîtrez, je crois, qu’à de certaines hauteurs, toutes les inspi­\nrations du génie finissent, sinon par se ressembler, du moins\npar se rejoindre. „ N ’est-ce pas M. Bellaigue qui reprochait\nà Beethoven sa IXe symphonie?\n                                »\n   Une association internationale d’écrivains et artistes socia­\nlistes s’est formée à Paris, sous le patronage de MM. Cladel,\nRosny, Bonnetain.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "     H1ô4 tel   des A m érica in s\n          — R ue de l’A bbé de l’E pée — 14\n                                PARIS.\nEn    face    du Luxembourg. Près du Y a l de Grâce.\n                 A u Centre des Ecoles.\n   Tous les appartements ont vue sur cle magnifiques jardins.\n                       PENSION DE FAM ILLE.\n             T R A M W A Y S PO U R L 'E X P O SIT IO N .\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n      ET. Z E Y 1 ÎN .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                        L I E G E.\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n             Place du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_________________ RACCOMMODAGES.                ____________\n         En souscription dans nos bureaux :\n    C R É P U S C U L E S D ’A M E\n            Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (1880, 1887 et 1888) sont en vente\n                             au prix de 6 francs.\n                  La W allonie est en vente\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubette place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. Hosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetler, rempart Ste-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Roelie, 3.\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "  4e ANNÉE, N° 9 ET 10.\n\n\n                              LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E ET D ’A R T\n\n                                             A l b e r t MOCKEL,\n           Comité de Rédaction               P i e r r e M. OLIN.\n                                             M a u r ic e S IV ILL E .\n\n                  Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\nEnvol (l’un numéro spécim en contre 3 0 centim es\n               en tim bres-poste.\n     ABONNEMENT : 5 fr . par an. Union postale : 6 fr . 5 0 .\n\n\n                                SOMMAIRE :\nG eorge K e lle r .l’Eau du Rêve (vers).\nM aurice W ilm otte . . . une Évolution de la Critique.\nJean D e l v i l l e .............Sonnets.\nP ierre M. O lin ....................MES m ém o ires. — Soirs intimes;\n                                                         Amour platonique; Consta­\n                                                         tation.\nA. D u p on t        .................. Nocturnement\nAug. V ie r se t.....           f r o m h om e : Arrivée,                   Londres,\n                                                         le Strand, London-Bridge,\n                                                         Thames-Subway.\nA*    .............................................. Chantefable un peu naïve.\nCharles Van Lerberghe                               . la Grâce du Sommeil.\nChronique littéraire :\nA lbert M o c k e l .....................Villiers de l’Isle-Adam.\nX .................................................... Premières Proses , par Ch.\n                                             Delchevalerie; A . J. Hey-\n                                             mans, par Henry Yan de\n                                             Velde.\nPetite Chronique.\n                     Un num éro 50 centim es.\n\n\n                                  Des presses de II. Vuillant-Carmanne , à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-09", "signet_source": "4ème année - N°9-10 - Septembre-Octobre 1889", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 385) : « 4e année, n° 9 et 10 », conforme au signet ; le mois n'est pas lisible dans l'OCR de la couverture. Indices internes : Petite chronique mentionnant la livraison d'août de la Revue indépendante (« notre dernier n° ») ; sommaire imprimé de la couverture concordant avec les pièces.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}