{"numero_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE Novembre 1889.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 386, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LA\nWALLONIE\n\n\n     Novembre 1889.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE L'ART MODERNE CRITIQUE DES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 387, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "REVUE\n               L'ART MODERNE\n                    CRITIQUE        DES   ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n                            26, Bue de l'Industrie, Bruxelles.\n                               Abonnement : 10 fr. par an.\n                  Viennent de paraître :\nS c è n e s «Je B a l, livre de vers, par Alb. S t - P a u l .\nL e s D é b â c le s , par Émile V e r h a e r e n .\nC    l o   c  d e la N uit, par Adolphe R e t t é .\n               h    e   s\n\n\nL ’A r t e n E x il, roman, par G. R o d e n b a c h .\nS e r r e s c h a u d e s , par Maurice M a e t e r l i n c k .\n\n\n\n\n     L A P L E IA D E\n                   REVU E MENSUELLE              DE LITTÉ RA TU R E\n\n                                 18, rue Duperré, Paris.\n\n\n               ART                          &CRITIQUE\n           Revue hebdomadaire des Lettres et des .Arts\n                     P aris, 7, Rue des C anettes\n               Paris, 12 francs l’an; Étranger, 15 francs.\n                                 L A VOGUE\n      R EVU E MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E ET D ’A R T\n\n                        Publiée par livraisons de cent pages.\n                   Abonnements : Paris,      10 fr.; Étranger : 13 fr.\n                            P A R IS , P la ce des V o sg e s, 9.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 349, "page_fin": 351, "titre_corps": "From home", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "FROM HOME (*). St-James-Park. Un après-midi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 388, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1245, "texte": "FROM HOME (*).\n\n                                              S t - J a m e s -P a r k .\n\n   Un après-midi dans St-James-Park.\n   Le soleil luisarne au ciel lacté d’un vol paresseux\nde nuages; des prairies que tachètent les robes\ngrises des moutons et le pelage bigarré des bêtes à\ncornes, des bouquets d’arbres séculaires, un large\nétang dont la moire, trouée d’îles, estompée des\nreflets d’un pont rustique, frissonne sous le sillage\ndes canards et des sarcelles,, tout un délicieux coin\nde campagne automnale enclavé au cœur de Londres,\nsolitude champêtre que nulle rumeur ne trouble, où\nl’esprit se détend et les yeux se reposent.\n   Une fraîcheur monte des verdures, naguère mouil­\nlées d’une pluie passagère ; des appels d’oiseaux\ntrillent et susurrent; près du bord, des oies can­\ncanent et barbottent ; des jeunes gens en bras de\nchemise s’exercent à la paume, des misses, livre en\nmain, s’étalent dans les om brages; — une paix très\n douce descend sur tout ce monde, et de l’odeur\npénétrante des herbes, du gazouillis des feuillages,\n des troncs gainés de mousse, de la nappe d’eau azurée\n\n  (*) Suite, voir la Wallonie de septembre-octobre -1889.\n                                                                  23\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "350                                    la Wallonie.\n\n\n\nde ciel et pailletée de lumière, l’âme de la nature\ns’épand, chantante et parfumée, en vibrations molles\net attendries, poème mystérieux qui nous caresse au\nrhythme berceur.\n\n                                      SOIRÉE.\n\n   C ’était concert, ce soir, à Covent-Garden.\n   Autour de l’orch estre, émergeant en gradins du\ncentre de la salle, des têtes, des rubans, des babits\nnoirs et des robes fleuries moutonnaient, nappés de\nla clarté des lustres. Un vol de lanternes vénitiennes\nplanait, immobile, dans la verdure des bars co­\nquets installés sur la scène, des cordons de verres\nde couleur soulignaient les moulures, bordaient les\ngaleries mouvementées de curieux, et tandis que ces\nlumières avivaient les dorures, miroitaient aux\nperles des corsages, aigrettaient d’un rayon les\népingles des chevelures et chatoyaient en les plis\ndes soies et la nacre des éventails, une symphonie\ns’épandait, frémissante et douce, de cette tristesse\ndouce des fêtes, et l ’on eût dit — tant elle semblait\nimmatérielle — , le murmure un instant distinct de\nl’âme de la foule....\n   Des femmes vaguaient, tête hautaine, croupe\nprovoquante, ou bien, l’œil moqueur et le sourire\nfigé aux lèvres, frôlaient les groupes avec une grâce\nonduleuse de chatte, décochant leurs saillies effron­\ntées à ceux qui les persiflaient au passage.\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "    from Home.                                      351\n\n   Il nous était donné de les revoir ce soir encore,\n— et sous quel aspect! — celles dont nul n’avait\nvoulu.\n   L e troupeau des déshéritées s’était parqué vers\nminuit dans Regent-Street, vieilles hideuses cachant\nleurs rides sous le fard, Messalines obèses à l’haleine\nempestée de gin, filles banales tentant un dernier\nessai ; et çà et là une horizontale jolie, poursuivie ce\nsoir par la malechance, ou à laquelle de plus idoines\nà l ’art du raccrochage, avaient coupé l’herbe sous\nle pied. Ces êtres houlaient sur les larges trottoirs,\ns’arrachant les passants tardifs sous l’œil paterne\n des policemen ; les haines sifflaient entre rivales,\nles invectives se croisaient, et les blasphèmes, en\nun boueux assaut d’obscénités. E t dans le tas, des\nhommes allaient, ricanant, tâtant, marchandant,\nparmi ces pourvoyeuses de joies.\n    L ’un d’eux se tramait à l’aide de béquilles, —\n chenille de cette fange, stercoraire de cette ordure,\n— soulevant les voilettes, soupesant les seins avec\n une âpreté de maquignon à l’œuvre... Il parut enfin\n satisfait et rebroussa chemin flanqué de deux\n femelles.\n    Lentement s’éclaircissaient les rangs de la cohue\n infâme ; l’immonde trio avait disparu au tournant\n d’une rue. Nous nous éloignâmes, le cœur hoquetant\n de dégoût; et du lointain le heurt sec des béquilles\n sur le pavé arrivait jusqu’à nous, assourdi, en le\n silence de la nuit.\n                                A u g . VIERSET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 352, "page_fin": 353, "titre_corps": "Tale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. K...", "ancre_debut": "TALE. Et tandis que le prince chassait", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 391, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "TALE.\n\n  E t tandis que le prince chassait la biche - dans le\nbois, une fille nue se tenait dans la clairière\n  E t il ne voulut pas la voir à cause du péché, mais\nretourna vers son père avec sa meute\n  E t s’étant retourné, il la v it toujours\n  E t s’étant retourné à l’orée du bois, il la vit encore\n  E t s’étant retourné sur les escaliers, il la vit qui\nn’avait pas bougé de sa place, toujours à travers les\narbres.\n  E t il vint auprès du roi son père, qui était assis en\nun grand festin\n  E t s’étant retourné, i l la v it à travers les murailles\n  Alors le roi son père entra en colère et s’en fut\navec ses gens couvrir la fille nue\n  E t étant revenu, il dit : la voyez-vous encore ?\n  E t le fils s’étant retourné dit : Je la vois toujours\n  Alors le roi s’en fut avec ses gens creuser une\ngrande fosse où l ’on mit la fille nue\n  E t étant revenu, il dit : L a voyez-vous encore ?\n  E t le fils s’étant retourné dit : Je la vois toujours.\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 529, "texte": "    Tale.                                            353\n\n  E t comme la nuit était venue, le roi s’en fut avec\nses gens ensevelir la fille nue\n  E t étant revenu, il ne trouva plus son fils.\n  Lui, par des routes inconnues, était parti\n  E t il était allé rejoindre la fille miraculeuse.\n  E t ils étaient ensevelis tous les deux :\n  E t cela se voyait à travers les murailles,\n  A travers la nuit,\n   A travers les arbres,\n  A travers la terre.\n   Mais le roi était aveugle.\n\n                                          J. 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Chapitre I.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 393, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1022, "texte": "LE RÉVEIL.\n\n                          Nouvelle.\n\n                       C h a pitr e I.\n\n\n      Hiut h eu res tin tè re n t an clocher du v illag e, e t\n       to u t l’azu r du ciel en v ib ra.\n           Une buée légère monta du sol, s’éleva len­\n         tement de feuille en feuille, g lissant avec la\ndouceur d’une caresse sur la végétation rare des\ndunes. E t du ciel clair tomba comme un engour­\ndissement.\n   L a nuit venait, noyait peu à peu les choses, estom­\npait les contours, confondait les objets en des plaques\ngrises d’où pointaient par places la ligne claire d’une\nsaillie. Les silhouettes des dunes lointaines prenaient\ndes formes vagues, indéfinies, sans cesse grandis­\nsantes. L ’ombre ouatait lentement la nature d’une\ntorpeur : On la voyait venir de l’horizon embrumé,\ntomber comme une pluie fine sur la terre paresseuse,\ncouler entre les brins d’herbes, dévaler en cascades\nlourdes le long des pentes escarpées, tomber dans\nles vallées, escalader les crêtes qu’elle cachait peu à\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "    le Réveil.                                        355\n\n peu. L e bruit des choses s’amortissait : les cris\n d’oiseaux s’étaient éteints dans toute l’étendue de la\nlande, et le bourdonnement des insectes nocturnes\nn’était plus qu’un murmure vague, un mélancolique\n murmure de berceuse. Les feuilles se roulaient,\nsourdes aux caresses lassées de la brise. E t les\nfleurs déjà closes baissaient la tête pour dormir.\n   Toute seule dans l’immensité calme des grandes\n dunes de Knocke, couchée sur un versant moussu, le\n dos à la mer, une femme rêvassait.\n   Jolie — de la belle joliesse des brunes saines, —\njeune, grande, accentuant, dans l’élégance naturelle\n de sa pose abandonnée, la rare perfection de ses\nformes de femme, elle montrait, sous la transparence\nnacrée de sa peau rose, la coloration superbe d’un\nsang pur et vigoureux. L a tête, soulevée par un bras\ndont le geste faisait saillir la richesse de sa gorge\npleine, avait un visage petit, ovale, au nez droit relevé\nde narines fines et nerveuses, aux lèvres un peu\nfortes, largement découpées. Le menton, par contre,\nétait rond, ferme, avec un air raisonnable et sage\nqui seyait bien à son allure froide. Ses cheveux\nmats, légers et crêpelés s’étayaient en une coiffure\nhaute, où de fines mèches fauves passaient comme\ndes rubans d’or. Mais le regard surtout attirait, par\nson mélange singulier de clarté et d’ombre : Les\nyeux pales, d’une jolie teinte chatoyante de velours\ngris, s’animaient généralement jusqu’à paraître\nnoirs; mais un léger strabisme vaguait alors dans\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "356                                     la Wallonie.\n\n\n\ncette lumière, brouillait les flammes trop vives\nvoilait d’une moiteur leur éclat étrangement passion­\nnel; et le visage tout entier s’embaumait alors du\ncharme d’un mystère.\n    E lle avait la taille svelte, soup]e, admirablement\nprise dans un jersey noir, dont la laçure dessinait\nlargement la ligne du dos, supérieurement correcte et\nélégante. Sa robe aux longs plis droits s’était relevée\nun peu, et l’envolement des jupes blanches laissait\nvoir ses pieds étroits, longs, mais admirablement\ncambrés.\n    Devant elle, perçant l’obscurité de la blancheur de\nses maisonnettes basses, Knocke, le frais village de\nl ’extrême W est-Flandre, allongeait son unique rue.\n Quelques clochers lointains poussaient encore leurs\n silhouettes vagues sur la pâleur de l’horizon. Les\npointes des arbres émergaient toujours de la brume,\nmontante, mais leurs fouillées se confondaient en des\n flèches sombres qui faisaient au village comme un\n fond de collines. Les maisons se fermaient, une à\n une ; des portes claquaient dans le silence du soir, et\n des cris assourdis, des appels faiblissants venaient\n s’éteindre aux pieds de la jeune femme.\n    L a petite chaussée qui conduit à la mer se faisait\n déserte. Les vaches éparses dans les dunes rentraient\n  de leur allure lente, le front ployé sous l ’apaisement\n  de l’infini, qui lentement assoupissait la nature. On\n venait d’arrêter le moulin qui se dresse à l’entrée du\n  village et ses grandes ailes semblaient étreindre\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "    le Réveil.                                      357\n\nl ’ombre d’un geste éperdu. L ’église, une grosse tour\nbasse et trapue que lés vents du large avaient faite\ntoute noire, étendait sa protection sur les masures\ngroupées autour d’elle. Seule, elle veillait dans le\nrepos croissant de toutes choses. Un mystère parfu­\nmait ses vieilles pierres dont chaque fente était un\nnid, et que fleuronnaient de leurs embrassements ca­\npricieux des gerbes de lianes grimpantes. Sa veille\nse trahissait par la clarté dormante en les mille petits\ncarreaux verdâtres de ses fenêtres basses, si joliment\nlaides et tronquées.\n    Ce fut d’abord une lueur pâle, à peine distincte,\n discrète et douce comme un sourire de vieillard.\n Puis, tandis que le soleil tombant effleurait l’Océan\n de son orbe démesuré, les vieilles murailles parurent\n s’animer à leurs pensers d’autrefois. Un peu de rose\n vint se mêler à la blancheur de leur lumière, courut\n en lignes fines sur chacune des saillies, dessinant\n ainsi, très faiblement, la lourde architecture du mo­\n nument. E t celui-ci avec lenteur, émergea tout entier\n de la nuit. Les arêtes s’accentuèrent, tranchèrent en\n rayures vives sur l’ensemble gris de la masse, — et\n leur rouge, tout à coup, déborda sur les murailles\n en teintés décroissantes, comme si les vieilles\n pierres avaient bu le sang dont elles semblaient\n dessinées.\n    Alors l’astre couchant darda plus fort. De larges\n rayons fauves tombèrent sur l’église, ruisselèrent\n  tout flambants sur les murs réveillés, entrèrent dans\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": " 358                                     la Wallonie.\n\n\n\n les grands trous des corniches, fouillèrent jusqu’aux\n recoins les plus obscurs des ornements et des sculp­\n tures, — perlant en gouttes de feu sur les chapiteaux,\n aux angles des tablettes, dans les enroulements\n tumultueux des vieux lierres dont ils dorèrent la\n floraison d’un pailletis magique, pour s’aller perdre\n enfin, comme en un brasier, dans la carrelure bi­\n zarre des petites vitres en losanges, où leurs folies\n allumèrent des flambées prodigieuses, toute la ré­\n verbération sinistre et admirable d’un incendie\n nocturne.\n    Seule dans la nuit tombée, immobile, les yeux fixes,\ntout son être tendu dans une contemplation exta­\ntique, la jeune femme regardait s’allumer cette féerie\n du soleil dans les débris de la vieille tour. Ce réveil\nprenait dans le silence et le repos des êtres, quelque\nchose de formidable et de poignant. L ’air du soir\nconservait le trouble d’un énervement; la nature\ndormait, mais d’un sommeil lourd, gros de rêves\npassionnels et d’étreintes voluptueuses. Des par­\nfums vagues traînaient sur les choses, passaient\ndans l’atmosphère avec des douceurs de baisers. E t\ndu sol montait le ronronnement intense, troublé,\nfurieux de la grande mer qui s’agitait en grondant\nsur sa couche d’algues et de tempêtes.\n   Soudain un aboiement sonore et sec comme un\ncoup de feu, brisa le silence et fit tressaillir la jeune\nfille. Elle se releva toute droite, brusquement tirée\nde son rêve, tandis que d’un grand bond venait se\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "    le Réveil.                                        359\n\njeter a ses côtes un haut chien gris, à poils courts\n et luisants — de cette belle et solide race allemande\n des dogs d’Ulm.\n   — “ C ’est toi Kaizer ? „ dit-elle en caressant\nl’animal haletant; “ on m’attend, bein ? „\n   D ’un geste familier, elle avait pris le chien par une\nde ses oreilles, et, tenant ainsi tout contre elle sa\nbonne grosse tête aux yeux doux, elle se dirigeait vers\nla chaussée qui mène du village à la mer. Quelques\nchalets de pierres grises, très espacés les uns des\nautres, dressaient là la masse confuse de leur archi­\ntecture moderne, légère et élégante. Mais au moment\noù la jeune femme allait gravir le perron de l’un\nd’eux, une voix forte sonna derrière elle, l’appelant.\n   — “ Denise ! „\n   — “ C ’est vous, mère, „ dit-elle, en redescendant\nl’escalier.\n   Une femme âgée approchait, grande, le visage\nfroid et dur, l ’air viril et gênant dans sa longue\nrobe de laine noire, trop unie. Elle montait d’un\npas égal et soutenu, la taille haute et droite, en\nbalançant comme une plume, au bout de son bras\ndroit, un grand seau tout crémeux de lait frais.\n   — “ Vous voilà donc enfin ! „ cria joyeusement de\nl’étage un grand garçon de vingt-cinq ans qui fumait,\naccoudé à la fenêtre ouverte, tête nue et les cheveux\nen broussaille.\n   — “ Viens, mon Jean, nous allons souper, „ répon­\ndit la vieille femme en levant la tête. Quand elle lui\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "360                                   la Wallonie.\n\n\n\nparlait, son visage sévère se fondait en un sourire\ndélicieux et charmant.\n  — \" J ’accours ! „\n  La fenêtre claqua avec bruit, et la porte s’ouvrit\ntoute grande, jetant sur la route embrumée une\nvive traînée de lumière...\n\n                                     F r it z   ELL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 369, "titre_corps": "Mes mémoires : Le droit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MES MÉMOIRES. (6e Cahier) Le Droit. Opersequutores viduarum", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 400, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "MES        MÉMOIRES.\n\n                            ( 6 e C a h ie r )\n\n\n\n\n                          L e D r o it.\n                              O persequutores viduarum , o\n                           lupi rapaces, o crudeles advocati.\n                                                               B A RELETTA .\n\n\n\n         A V E R T IS S E M E N T P R É A L A B L E .\n\n                                   Dji va trouer nos mâ rli ki chante es\n                                latin kom on torai et ki fet des pas ­\n                                kèies ès fra n cès kom on kandri.\n                                                 C h an so n    w allonne.\n\n\n\n\n         'Nayant g u è re eu l'h a b itu d e de p récip iter le\n           cours de m es études, à l’orée de m on second\n           d o cto rat, — la clôture de ce fastid ieu x p en ­\n           ta th le — ch e rch a n t ce q u i p o u rra it u n peu\nd issip er l’arid ité de l’en seign em en t u n iv ersitaire, je\nso n g eai à l’u n de m es vieux am is, av o cat rem a r­\nqu ab le e t p eu occupé, railleu r, sceptique e t g o b a n t\np eu sa m atière, m ais trè s fort.\n  Je réfléchis, que certe il aurait plaisir à m’inoculer\nsa science et de plus, qu’il saurait l’agrémenter des\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1456, "texte": "362                                           la Wallonie.\n\n\n\n sarcasmes d’un esprit très fin et exceptionnellement\n délié pour notre Belgeoiserie.\n    En effet, chaque soir presque, car j ’avais fini par\n prendre grand goût à ces originales réunions, il\nm’illustrait de souvenirs le droit, et vivifiait un peu\n— et malgré lui — ce qu’en dépit de tout, grâce à\nl ’Université, je ne savais voir qu’une momie, ou bien\nune formidable pelote de fil mêlé, tombée sur le monde\n et dans laquelle le monde et tout le monde s’était\nempêtré.\n    Quelques-unes de ces illustrations corroboraient\ncertaines études psychologiques que j ’avais faites,\nd’autres leur jetaient un jour inattendu. Parm i elles,\nje choisis les trois suivantes qui, sans être les meil­\nleures, sont parmi les plus curieuses.\n\n\n                L ’IN C E S T E L É G A L .\n\n                             Il entendit un terrible grondement de\n                                passion qui lui niait la force de\n                                son repentir.\n                                                     B a l za c .\n\n   L e droit civil réserve à ceux qui l’étudient jusqu’en\nses tréfonds des surprises bien déconcertantes, mais\nparfois les plus étranges viennent vous agripper tout\nà l’improviste. Tu connais n’est-ce pas Robert\nd’Aigremont, ce garçon si beau et si remarquable­\nment intelligent ? Eh bien, il est fils légitim e de\nfrère et sœur !... Ne t ’exclame pas et ne crie à l’impos­\n"}, {"page_pdf": 402, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "    mes Mémoires.                                  363\n\nsibilité d’un tel fait ; c’est ainsi et mieux que nul\nautre le sais-je ayant été mêlé à une très carieuse\nrevendication de nom, origine de toute l’affaire.\n    Je me trouvais un soir en mon cabinet de travail,\noccupé à bloquer mon droit en attendant de vagues\nclients, lorsque fut introduite une grande jeune fille\n qui, dans l ’obscurité régnant autour de moi (une\n seule lampe éclairait mon ouvrage), me parut fort\n belle et très pâle. Elle me dit se nommer Inès Alarcon\n et être venue pour m’entretenir d’un procès qu’elle\nvoulait intenter. L ui demandant timidement qui me\nvalait l’h onneur de sa visite, très naturellement elle\nme dit : « Ici je ne connais personne. A u hasard j ’ai\nouvert un Bottin quelconque, section avocats, et\nj ’ai piqué un nom qui s’est trouvé le vôtre. Voilà. »\n    E t places prises, elle me dit son désir :\n    « Ma mère vivait à Grenade chez son frère aîné.\nU n jour y arriva l’un des plus anciens amis de ce dit\nfrère, un jeune belge, Jean d’Aigremont. Mon oncle\navait été élevé en Belgique, et c’était là une presque\nliaison d’enfance, que, ni l’éloignement, ni les longs\nlaps de temps sans nulle revoyance n’avaient pu\nrompre. Il fut reçu chez nous, comme un frère long­\ntemps absent et y fit un séjour prolongé. Son vo yag e\navait été occasionné par la mort toute récente de sa\nfemme. Jean d’Aigremont, très délicat, avait, paraît-\nil, été profondément affecté de cette très cruelle\nperte, et sa santé délabrée demandait un change­\nment de climat. C’était, m’a-t-on dit, un homme\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "364                                      la Wallonie.\n\n\n\nfaible, très délicat, blond, efféminé, avec un air de\ntristesse hésitante et résignée. Toute cette faiblesse\nséduisit ma mère, un peu par contraste, et comme\nelle était remarquablement belle, il ne resta pas\nindifférent à son charme. E n peu de temps ils s’ai­\nmèrent follement, et tous deux étant libres ils se\nfiancèrent. Mais par un malheureux respect des\nconvenances et des sentiments trop prudes de la très\ncatholique famille du fiancé — il avait encore son\npère et sa mère — ils convinrent de retarder les\nfiançailles officielles. Mais la violence de leur passion\nmutuelle les entraînant ils s’aimèrent trop, d’où moi!\nMon père dès qu’il s’aperçut de la situation partit\nafin de prévenir les siens et de régler les formalités\nnécessaires, Il promit de revenir dans le mois. — E t\njamais il ne revint : à son retour la phtisie le\n guettant, galopante l’avait cloué en son lit et le mots\nfatidique n’était écoulé, que mort il avait rejoint sa\nfemme et ses ayeux. Ignorant comme un grand                 *\n seigneur, la seule chose qu’il fit, fut de me recon­\nnaître en une lettre à ma mère, ajoutant « que ceci\n te serve de preuve ». Je naquis, fille naturelle, et\n impitoyables, ma mère fut chassée par les siens. Elle\n vécut seule, et m’éleva, à jamais triste et inconso­\n lée. Maintenant moi je dois me marier — parce que\nje suis belle. — E t les parents de mon fiancé, vieille\n et arrogante famille de chez nous, exigent pour con­\n sentir, que je porte le nom de mon père. Je suis\n venue pour cela : Il s’agirait de faire admettre par la\n"}, {"page_pdf": 404, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "    mes Mémoires.                                     3G5\n\njustice, l’acte de reconnaissance que je tiens et que\nvoilà ! »\n    J ’examinai et puis :\n    « C ’est tout ce que vous avez ? » \" Oui. » « C ’est\n peu et cet acte n’ayant rien d’authentique, votre\n demande sera infailliblement repoussée. » « E t vous\n croyez que nul moyen n’est d’obtenir ce nom, même\n en renonçant à tous droits, qui par hasard pour­\n raient m’échoir de ce chef? » « Non — à moins\n que celu i-ci... Le marquis d’Aigremont a laissé un\n fils légitime, pour un jeune homme physiquement\n assez semblable à son père, mais ayant gardé de sa\n mère tout un côté romanesque, doux et sentimental,\n avec des névrosités qui en font un être assez spé­\n cial. Seul possesseur actuel du nom, peut-être en\n vous adressant directement à lui, obtiendriez-vous\n ce nom que personne alors ne pourrait vous contes­\n ter. Si de droit il ne serait vôtre, de fait bien et il\n me semble que les parents de votre fiancé auraient\n mauvaise grâce à ne pas s’en contenter. » Elle y\n réfléchit, puis dit : « Soit, ceci est faisable et nulle\n honte n’aurai-je à réclamer ce qui en somme est\n mien et s’il a l’âme haute nul refus ne pourra m’être\n opposé. » E t rendez-vous pris pour le lendemain,\n majestueusement elle s’en alla me laissant plongé\n  dans l’anxiété de la bizarre démarche que nous\n allions tenter.\n     Ce jour-là, nous allâmes donc chez Anne d’A igre­\n  mont, qui vivait très seul et très retiré en son vieil\n                                                 21\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": " 366                                     la Wallonie.\n\n\n\n  hôtel domanial en lequel un scrupule religieux avait\n  conservé jusqu’aux plus menus détails d’un âge et de\n  mœurs disparus.\n     Ce fut avec une affabilité parfaite qu’il nous reçut\n  et ne se montra pas trop étonné à la requête de la\n  belle étrangère. Il savait, en effet, que son père\n  comptait se remarier lorsqu’il fut frappé. Mais cette\n  demande inopinée à laquelle au commencement de\n l’entretien, il paraissait devoir acquiescer sans trop\n de difficulté, lui parut un peu plus tard demander\n quelque réflexion et il pria Inès de lui faire l'honneur\n de venir chercher elle-même sa réponse dans une\n huitaine de jours, que lui ne pouvait à cette époque\n sortir, et que là était son excuse, etc. — E t nous y\n retournâmes. Une préoccupation ardente semblait\n l’avoir envahi et une agitation fébrile le secouait\n pendant qu’il s’excusait de ne pouvoir donner une\n réponse. Il allégua une vive indisposition nerveuse\n qui l ’avait empêché de songer à cette affaire. E t\n quelque chose de dur et de flamboyant passait en ses\npupilles dilatées lorsqu’il regardait Inès, elle tou­\njours rigide et silencieuse et sombrement patiente.\n     Une nouvelle entrevue fut donc nécessaire et celle-\nlà, définitive.\n    Ce fut - j e m’en souviendrai jusqu’au jour suprême,\nainsi que l’air d’égarement avec lequel il prononça\nces mots :\n    cc Mademoiselle, je vous eusse accordé sans diffi­\nculté ce que vous me demandez,\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "    mes Mémoires.                                   367\n\n    si vous me l’aviez demandé sous un autre prétexte,\n    et alors... rien qu’à vous;\n    mais eût-ce été une autre avec votre intention,\nj ’aurais acquiescé.\n    V oilà Mademoiselle, la seule réponse qu’il me soit\npossible de vous faire. »\n    E t rien ne put en tirer même une explication.\n Alors plus pâle que jamais et assombrie, elle lui dit\n « Demande sera portée en justice. » «Vous n’obtien­\n drez rien » « Je sais, mais je ferai scandale — par\n vengeance de votre obstination, » Cette menace\n parut le frapper, mais se redressant bautain et dur :\n « Prenez garde, je pourrais tant vous baïr si je com­\n mençais, et nos colères froides à nous autres énervés,\n sont terribles et tenaces » et une agitation fébrile\n telle commençait à s’emparer de lui, que j ’entraînai\n ma cliente mais non assez vite pour ne pas entendre\n un sanglot convulsif avec une chute de corps —\n derrière nous.\n    Or donc, malgré tous mes efforts, l’affaire fut\n inscrite et la lutte fut âpre entre les deux parties.\n L ’issue n’était pas douteuse. A u sortir de la salie,\n après l’audience, où Anne d’Aigremont l’avait fait\n affreusement maltraiter, la traitant d’aventurière et\n lançant même d’abominables insinuations tant sa\n colère était outrée et aveugle, elle le rencontra seul.\n  « Oh mon Frère que vous êtes lâche ! »\n     « Oui ma sœur, lâche et désespéré! Pardonnez-\n moi, mais je vous hais si fort. E t lui ! lui certes !\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "368                                      la Wallonie.\n\n\n\njamais vous ne l’épouserez, même s’il veut passer\noutre à votre défaite judiciaire ! » « Vous voulez\nm’être donc éternel persécuteur ? » « L ’aimez-vous\nma sœur ?» « Que vous importe ?» a Que m’importe ? »\nIl leva haut les bras, puis comme pris de terreur, le\nvisage caché entre les mains, il s’enfuit.\n   Pour ma part, la lumière s’était faite, et il me sem­\nblait que les événements pourraient devenir trop\nrares pour les négliger. Le hasard, ce grand maître\ndes destinées, immédiatement après m’avait mis en\nrapports directs et fréquents avec le marquis Anne.\nE t plusieurs fois il s’enquit de ma cliente. Il m’avait\nainsi demandé si son mariage tenait toujours. Je\nsavais qu’avant la décision des juges elle avait\nrenoncé à toutes idées d’épousailles, mais je n’en dis\nrien alléguant d’une simple ignorance. L a seule chose\nqu’il sut c’est qu’elle n’avait pas quitté le pays. Cette\nnouvelle parut le frapper fortement — et ce jour-là\nil n ’en parla plus.\n   Une autre fois, plus nerveux que de coutume et\nparaissant épuisé d’une longue lutte solitaire, il me\ndit : « Mon ami, rendez-moi le service et faites-moi\nle plaisir de vous charger d’une mission que je\nn’oserais jamais remplir moi-même. » « Laquelle? »\net un long silence que je ne voulus interrompre, puis\nenfin « demander à Mademoiselle Alarcon si elle\nveut oublier mes bassesses et mes injures et si elle\nveut.... si elle veut.... oh mon Dieu!... m’épouser! »\n   Chose bizarre, bien que m’y attendant presque,\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "    mes Mémoires.                                    369\n\nsongeant aux luttes effroyables qui avaient dû\nravager cet esprit exagérément traditionnaliste et\nmême religieux, je fus frappé comme d’une stupeur\nen pleine poitrine et à peine pus-je murmurer « votre\nsœur? » Il était tard et l’immense salle où nous nous\ntrouvions était à peine éclairée de fumeux et loin­\ntains falots. Un silence horrible l’emplit et je n’enten­\ndais plus que le petit crépitement des bois enflammés\net le sang battre sourdement mes tempes, bruit\ncadencé et dès l ’enfance si lointain et si entendu de\nce géant de temps qui s’avance, s’avance, et vous\nprend sans que jamais vous l’eussiez vu. Tout autour\nde nous dans l’attente semblait palpiter « oui ma\nsœur! » fit-il très lentement comme émettant une\nsuprême et désolée mais impuissante constatation.\n   J ’avais déjà maintes.fois remarqué en ma cliente\nune grande bizarrerie de sentiments à l’égard de son\nfrère et je ne doutais pas que l’intoxication ne fût\n mutuelle et que dans cette femme en vérité supé­\nrieure et moralement pervertie qui allait se marier\n sans amour, l’hésitation ne serait guère longue.\n Mais une nouvelle surprise m’attendait ; au premier\n mot que je lui en dis, elle s’écria : « Voilà près d’un\n an que j ’attendais ! »\n   E t trois mois plus tard, à l’épouvantable scandale\n de son monde, le marquis Anne d’Aigremont épou­\n sait Inès Alarcon, s a s œ u r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 370, "page_fin": 373, "titre_corps": "Mes mémoires : La matriculture ou charité bien ordonnée commence par soi-même", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA MATRICULTURE ou CHARITÉ BIEN ORDONNÉE COMMENCE PAR SOI-MÊME. Et peut-être que les malheurs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 409, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "L A M A TR IC U L T U R E\n\n                          ou\n\n  CH ARITÉ BIEN ORDONNÉE COMMENCE PAR SOI-MÊME.\n\n\n                                  Et peut-être que les malheurs\n                                qui m'ont rendu criminel pour­\n                                ront diminuer dans votre esprit\n                                une partie de l'horreur que mes\n                               forfaits doivent vous avoir donnée\n                                pour moi.\n                                                    d ’â r g e n s .\n\n\n\n\n   Je t ’ai déjà raconté quelques faits extraordinaires,\nrencontrés au cours de ma longue profession d’avo­\ncat, mais le sujet que nous avons traité ce soir, me\nrappelle l’affaire peut-être la plus effarrante à la­\nquelle j ’aie été mêlé.\n   Le mercantilisme moderne est une évidemment\nbien belle institution et très savamment développée,\nmais j ’ignorais qu’il eût ses artistes, pétris d’ingé­\nniosité retorse et d’inusitée perversité.\n   Si mes souvenirs sont exacts, il y a de ceci une\ndizaine d’années. Un homme et une femme étaient\npoursuivis sous l’abominable inculpation d’infanti­\ncide. Ils étaient accusés d’avoir commis ce crime afin\nde toucher la prime considérable pour laquelle la\nvie de leur moutard avait été assurée; et des soup­\nçons graves, jusqu’alors tus, s’élevaient : plusieurs\nenfants — tous leurs enfants même — étaient morts\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "    mes Mémoires.                                    371\n\n en bas âge d’une manière qui, actuellement, parais­\n sait mystérieuse. La coincidence était au moins\n étrange. Enfin on n’en parla pas, le ministère public\n à qui les preuves ne manquaient pas, lui-même se\n tut, craignant de soulever de trop irrésistibles tem­\npêtes, en une foule déjà très montée contre les deux\n misérables.\n   Je fus désigné d’office et les défendis tant bien\n que mal — n’ayant la clef du mystère — et c’était\nune rude besogne. Je devais nier, nier et nier devant\nune presque évidence. E t nulle pitié ne leur fut\n octroyée !\n   Peu après la femme devint folle, — elle paraissait\n d’ailleurs n’avoir trempé dans ce crime que passive­\nment — et l’homme tenta de se tuer, mais ne réussit\n qu’à suffisamment s’abîmer pour languir deux mois\navant de mourir.\n   Cet homme, très intelligent, d’un esprit froid,\nsec et délié, m’intéressait quoi que j ’en eusse, et tou­\njours un espoir de percer cette conscience m’amenait\nà son lit. Il était inflexible et tant qu’un doute de\nvie lui subsista il refusa de parler. On vint cepen­\ndant un jour me chercher de sa part : il se sentait\ntout à fait mourir et devant l’inconnu qui béait de­\nvant lui, par uue invraisemblable et terrifiante bra­\nvade, avec des mots coupés de gargouillements\nsourds (il avait voulu se couper le cou), il se vanta,\n— je ne trouve pas d’autre mot, de ceci :\n   « A dix-huit ans je me constatai intelligent et je\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "372                                      la Wallonie.\n\n\n\nme constatai pauvre. L a Société me devait la vie. Je\nsavais bien quelle ne me la donnerait pas. Je me\ndécidai à m’en emparer. Après mûre réflexion et aidé,\nje dois le reconnaître, par certaines circonstances,\nmon parti fat pris.\n    Dans la même boue que moi, croupissait, vierge\nencore par le plus grand des hasards, une fille stupide,\nmais véritablement taillée en poulinière. J ’étais alors,\nmoi, minable, gratte-papier, infime rond de cuir dans\nune société d’assurances sur la vie, et c’est connais­\nsant cette affaire, que je dressai un plan merveilleu­\n sement exécuté jusqu’à ce qu’une ridicule malechance\n vint me faire prendre, sur le fait presque !\n    Je me mariai donc pour avoir des enfants — et\nj ’en eus — beaucoup — sept ou huit, je ne sais plus\n au juste et je comptais encore en avoir un, deux peut-\n être, quand est survenue cette bête d’affaire. Tous\n ces enfants ont été assurés ; le premier, petitement\n de menues économies : à deux mois, un froid l’em­\n portait. Les survivants eurent leurs assurances gra­\n duellement élevées et prudemment prises à des\n agences différentes, puis moururent très jeunes, tous\n — vous entendez, tous, les sept ou les huit! » — «Mais,\n mon ami, c’est pis qu’abominable ce que vous me\n racontez là. N ’aviez-vous pas pitié de ces innocents\n que vous massacriez et rien dans vos entrailles de\n père ne hurlait-il contre votre effroyable besogne?»\n «Et monsieur ! à mon humble avis, est plus pitoyable,\n qui, prévoyant de l’avenir et sachant les douleurs de\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "    mes Mémoires.                                    373\n\nceux sans argent et de plus qu’il n’est possible qu’à\nceux-là d’être honnêtes, qui n’ont pas besoin d’être\nmalhonnêtes, oui, est plus pitoyable celui qui tue les\naînés pour permettre la vie sociale aux cadets. De\nplus, l’amour paternel n’est qu’une habitude. Croyez-\nvous que vous n’aimeriez autant un enfant substitué\nque celui de votre chair? Sophismes et enfantillages\ndonc, tout cela. Dans notre siècle, il s’agit d’être\nmoderne ou de n’être pas. Eh bien moi ! j ’ai voulu\nê t r e ! » Il s’arrêta suffoqué, puis peu après reprit :\n    « J ’avais fixé le chiffre de fortune à atteindre ;\npour y arriver un an plus tôt, j ’ai mis une assurance\ntrès considérable sur la tête de mon petit dernier\n( c'était même l'exagération de cette assurance qui,\ncorroborant de sourdes rumeurs, avait causé la\n débâcle), puis je supprimais la mère, puisque dès\nlors son rôle était terminé. Je disparaissais et ayant\nfait peau neuve, j ’eusse été aussi beau monsieur que\n vous, oui monsieur ! Seulement le hasard — il com­\n mençait à haleter et ce fut bientôt un râle — le\n hasard toujours ne vous protège pas. Combien je\n regrette...oui, combien je regrette de m’être si mala­\n droitement laissé pincer la dernière fois...la dernière\n fois !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 374, "page_fin": 379, "titre_corps": "Mes mémoires : La logique féminine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. Olin", "ancre_debut": "LA LOGIQUE FÉMININE. Mon Dieu faites que je ne me marie pas", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "L A LO G IQ U E FÉM IN IN E.\n\n                              Mon Dieu faites que je ne me marie\n                           pas ; et si je me marie , faites que je ne\n                           sois pas trompé ; et si je le suis , faites\n                            que je ne le sache pas ; et si je le sais,\n                           faites que cela me soit bien égal.\n                                                P r iè r e I t a l ie n n e .\n\n\n    Ce fut une alliance blâmable ! et ce qui, par la suite\n arriva, était dans l’ordre naturel des choses. En soi,\n le fait n’aurait ni nouveauté, ni intérêt, n’étaient\n certains détails dénotant une perversion très moderne\n et une artistique corruption, très planantes au-dessus\n des vulgarités journalières. Ce ne furent pas cette\nfois des accidents judiciaires, mais les hasards de la\nvie qui me firent pénétrer un mystère dont la seule\nombre avait inquiété mes contemporains.\n   Les époux, voici! lui 55 ans; elle 18. C ’était natu­\nrellement un débauché très riche voulant se payer\nson dernier régal de chair fraîche, et qui, tombé\nsur cette fille superbe, mais intelligente et perspi­\ncace, avait dû passer par ses conditions.\n   Non contente de se faire épouser — elle, fille\nsans pécune — elle avait refusé tant qu’un merveil­\nleux contrat n’était venu assurer son avenir : La\ntotalité des fortunes (!) retournait au dernier survi­\nvant. Le mâle n’ayant que d’importuns neveux et\ntalonné par son vice, avait accédé à to u t.\n   Ce fut son chant du cygne — et six mois plus tard,\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "    mes Mémoires.                                    375\n\n sa femme affichait publiquement un amant. Elle\n avait réussi à créer chez elle un .groupe d’amis qui\n étaient ses amis et attachés par ses très grandes\n qualités intellectuelles, et qui, tous pétris de l’ac­\n tuelle tolérance au vice qui caractérise cette fin de\n siècle lui étaient, malgré tout (et peut-être parce\n que.... tout) passionnément dévoués. Elle avait aussi\n enlevé plusieurs des amis de son mari, parmi les\njeunes, et même, poussé par une sorte d’involontaire\n et fatale rancune, son amant fut de tous celui\n qu’il détestait le plus cordialement. Devant ce\n groupe d’élus, rares et choisis, et dont malgré moi,\nje suis encore actuellement, fier d’avoir été, brave­\n ment elle disait : « Mon mari m’a achetée. Pauvre et\n belle je devais finir par là. Lui m’a payée plus cher\n qu’un autre voilà tout. Je suis à lui fort bien, mais\nj ’ai actuellement le droit d’être à d’autres : il a payé\nun droit de jouissance et non de propriété ! Or, telle\n est ma fantaisie ! » E t lui, pas plus bête en somme\n qu’un autre et n’étant dépourvu d’expérience, s’étant\n aperçu du fait, faible encore, restait perplexe. Enfin,\nvidé et son vice satisfait, poussé par l’un de ses\ncamarades des anciennes débauches (rebuté, lui, car\nil faut tout dire), il crut de bon goût de trouver la\nplaisanterie mauvaise et brutalement déposa une\n demande en divorce.\n    Nous étions tous si tranquillement plongés dans\nl’amicale contemplation de cet adultère avoué que\nceci nous frappa comme un coup de foudre, et par\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1528, "texte": "376                                      la Wallonie.\n\n\n\n un fait bizarre qui semble prouver que les amitiés\n avec un peu de vice au fond, sont plus sûres que\n celles où tout n ’est que pureté (celles-ci se froissent\ntandis que les autres ?), nous nous trouvâmes tous\nchez elle dès le premier bruit de cette vraiment\nsinistre nouvelle. Elle, calme et souriante, se moqua\nde nous et nous renvoya doucement sous prétexte\nqu’elle allait faire ses malles « devant quitter le\ndomicile conjugal ».\n   E lle s’en alla donc, et s’installa — chez une vieille\ntante, pour qui ce fut manne céleste, et — ceci n’est\nqu’un détail — je fus chargé de sa défense.\n   Mon Dieu ! ce fut heureusement inutile, car dès\nnotre départ de sa demeure (voici que je parle comme\navocat — et aussi comme ami d’E lle !) le mari\nsembla tomber d’un bloc, et la vieillesse qu’il avait\nécartée jusque là fondit sur lui — et bien qu’il fît\nprécipiter l’affaire autant qu’il était en son pouvoir,\npeu avant la fin du procès, en grande pompe — et en\nterre bénite il fut conduit.\n   Les procédures (en vertu de ce que nous venons\nde voir ce soir) furent donc arrêtées et la femme\ncoupable se trouva — très tranquillement — en\npossession de cette fortune qu’elle avait acquise en\nse prostituant et qui avait bien failli lui échapper —\nparce qu’elle n’avait su garder une juste mesure. Je\nne vous dirai pas quelle fantastique crémaillère nous\npendîmes le soir de la réintégration de notre grande\namie en son merveilleux logis. Ce fut très simple -\nment profanatoire.\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "    «les Mémoires.                                  377\n\n    D ’ailleurs le temps réglementaire du deuil écoulé\n-— les 10 mois fatidiques et légaux — elle épousait\n celui que les saintes langues bourgeoises procla­\nmaient « son complice ». Et, je puis en être garant,\nils vécurent longtemps, riches, beaux, amoureux et\n heureux !\n    Or, et c’est peut-être de ma part une faiblesse, tu\nle sais, je n’ai pas, envers l’humanité en général, une\n excessive bienveillance. Je ne t ’étonnerai donc guère\n en te disant que n’ignorant pas le caractère de mon\n amie, en tout ceci, bien des points restaient obscurs.\n Je n’étais pas assez naïf pour croire que cette femme\n qui étalait beaucoup d’elle et de ses pensées, ne le\n faisait pas pour cacher beaucoup du reste. Or ce reste\n m’intriguait.\n    J ’ai déjà dit que depuis longtemps je connaissais\n cette femme, certes, l’une si pas la plus remarquable\n que j ’ai rencontrée. Notre intimité— intellectuelle —\n était très grande et mes prodigieux paradoxes\n l’intéressaient souvent. Un soir que nous avions\n dîné à trois, prenant le bras de son mari (le deuxième)\n et le mien se penchant alternativement vers moi et\n vers lui, elle dit : «. Vous êtes, vous, mon cher, mon\n vice moral, comme lui, mon vice physique. » J ’avais\n aussi remarqué chaque fois que je me prétendais\n inétonnable, un très particulier ricanement quasi\n  carnassier qui me lançait en d’étranges réflexions.\n    E t j ’avouerai qu’ayant quelqu’habitude des gens,\n  et grande habitude d’elle — je percevais en son œil,\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "378                                       la Wallonie.\n\n\n\n des lueurs étranges qui me faisaient présager un\n gouffre d’impunissable criminalité.\n   Un soir d’hiver capitonné de neige que nous\n dînions, à deux cette fois, je l ’avais, avec prémédi­\ntation, littéralement exaspérée par mon nil mirari.\nL e dîner fini, en son exquis salon très tapissé, et\nd’atmosphère moite, à fumer d’odorantes cigarettes\nturques devant un intime et réconfortant feu de bois,\nles minuscules tasses filigranées et des liqueurs\nirisant les cristaux à côté de nous, brusquement\nelle me dit : «Enfin ! mon ami, vous parvenez à m’a­\ngacer, trop! et je veux vous étonner, ma foi, tant pis!\nNe vous en prenez qu’à vous-même. D ’ailleurs, je\nserais bien curieuse vraiment de voir l’un de mes\ndeux vices, le plus grand peut-être, me blâmer en\nquoi que ce soit ! De plus, j ’ai assez confiance en votre\nvicieuse amitié pour être certaine que jamais vous\nne trahirez mon secret. » E t sur un geste je m’ap­\nprochai d’elle, tout près, et j ’écoutai, ce qu’à voix,\nmalgré elle, basse elle me raconta. Non, je ne pour­\nrais te le répéter, le souvenir en est déjà bien\nlointain, non plus que faire revivre le frisson que\nmalgré moi j ’éprouvai au détail de cette étrange et\nglorieuse confession. Mais cependant en abrégé : Le\ndivorce prononcé contre elle, les conventions matri­\nmoniales en sa faveur tombaient.\n   Les héritiers ne pouvant continuer une instance\nen divorce, celle-ci n’étant pas considérée comme\nune action pécunière, que restait-il à faire? L ’homme\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "     mes Mémoires.                                           379\n\nqu’elle aim ait, elle l’aimait passionnément ; lui\nn’ayant aucune fortune, ce divorce, non seulement\nlui ôtait à elle les moyens de le tirer de sa misère\ndorée, mais les séparait irrémissiblement ou bien les\ndéclassait.\n  E n cette dure alternative pour un cœur haut, un\nesprit au-dessus de traditions surannées, une hési­\ntation même n’était pas possible. Aussi n’avait-elle\nnullement hésité. — «E t de quelle manière l’avez-\nvous.... achevé » — insinuai-je, avec une certaine\ntimidité. — «Oh je ne vous le dirai pas, car sur la foi\nd’un certain Shakespeare, ne m’avez-vous pas dit\nmaintes fois qu’il ne fallait jamais être assez fou pour\nse fier à un homme sur sa signature ou son serment,\nou à un ami dans le besoin? pas même à moi ajoutiez-\nvous, mon cher ricaneur. » — « Soit, mais... lui ! en\na-t-il jamais connu le tout ?» — Elle haussa les\népaules. « Oh non!... les hommes c’est si médiocre! »\n                                       P i e r r e - M . OLIN.\n\n\n   Note. Ce sixième cahier sera le dernier publié.\n   Mes Mémoires devaient originalement compter trois parties\nde sept cahiers chacune, le tout antérieur à novembre 1888.\nDes événements d’ordre extérieur nous ayant empêché de\ntravailler à cet ouvrage comme nous l’eussions désiré, nous\nn’avons réuni que les parties finies, abandonnant les\nébauches commencées. Le 7e cahier de cette 1re partie fut\npublié sous le titra de Finis, dans le n° de juin 87, Wallonie.\n                                                 P.-M. O.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 380, "page_fin": 381, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE. 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E lle comprendra : 1° Des membres honoraires ; 2° des\nmembres effectifs prenant une part assidue aux travaux du\ngroupe et en dirigeant l’œuvre ; 3° des membres correspon­\ndants qui s’occuperont des enquêtes sur place, correspondront\navec le Comité et recevront les publications de la Société.\n   Cette Société fera entre autres une tentative des plus\nintéressantes qui sera de fixer une orthographe wallonne.\n   Parmi les membres du bureau nous voyons les noms de\nnos amis W ilmotte, Vierset, Simon, Monseur, etc.\n   Bonne chance donc et bon courage à nos folkloristes\nwallons.\n                               ***\n   L ’exposition des X X s’ouvrira cette année plus tôt que\n de coutume. Elle disposera de ses locaux habituels du\n 15 janvier au 15 février.\n                                ***\n   M. Sylvain Dupuis, directeur des Nouveaux Concerts de\n Liège, organise un festival Vincent d’Indy dans lequel on\n entendra Sauge fleurie, la triologie de Wallenstein et la Sym­\nphonie pour piano et orchestre sur un thème montagnard.\n    Cette solennité est fixée au dimanche 26 janvier.\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "     H ô tel d e s A m é r i c a i n s\n       1 4 — R ue de l’A bbé de l’E pée — 1 4\n                                PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n               A u Centre des Ecoles.\n  Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                       PENSION DE FAMILLE.\n\n\n\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                    ET. Z E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            LIÈGE.\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n             P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_________________ RACCOMMODAGES.__________________\n         En souscription dans nos bureaux ;\n      CRÉPUSCULES                                    D ’A M I\n          Livre de vers par Gabriel M      .       ourey\n\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (-1880, 1887 et 1888) sont en vente\n                              au prix de G francs.\n                   I W a l l o n ! e e st en vente\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubetle place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. lîosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Velter rempart Stc-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, -19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1889-11-n11-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1889-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1889-000.pdf", "ocr_sha256": "d00c304405778aec076f986e55a36c13f728b10d040545fba5397463138a0954", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "4e ANNÉE, No 11. 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O lin ....................m e s m é m o i r e s .    —\n                                                               Avertisse­\n                                            ment préalable; l’Incéste légal;\n                                            la Matriculture; la Logique fé­\n                                            minine.\nPetite Chronique.\n\n\n\n\n                     Un numéro 50 centim es.\n\n\n\n\n                                  Des presses de II. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 386, "texte": "    LA\nWALLONIE\n\n\n     Novembre 1889.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "    REVUE\n               L'ART MODERNE\n                    CRITIQUE        DES   ARTS   ET   DE   LA   LITTÉRATURE\n\n                            26, Bue de l'Industrie, Bruxelles.\n                               Abonnement : 10 fr. par an.\n                  Viennent de paraître :\nS c è n e s «Je B a l, livre de vers, par Alb. S t - P a u l .\nL e s D é b â c le s , par Émile V e r h a e r e n .\nC    l o   c  d e la N uit, par Adolphe R e t t é .\n               h    e   s\n\n\nL ’A r t e n E x il, roman, par G. R o d e n b a c h .\nS e r r e s c h a u d e s , par Maurice M a e t e r l i n c k .\n\n\n\n\n     L A P L E IA D E\n                   REVU E MENSUELLE              DE LITTÉ RA TU R E\n\n                                 18, rue Duperré, Paris.\n\n\n               ART                          &CRITIQUE\n           Revue hebdomadaire des Lettres et des .Arts\n                     P aris, 7, Rue des C anettes\n               Paris, 12 francs l’an; Étranger, 15 francs.\n                                 L A VOGUE\n      R EVU E MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E ET D ’A R T\n\n                        Publiée par livraisons de cent pages.\n                   Abonnements : Paris,      10 fr.; Étranger : 13 fr.\n                            P A R IS , P la ce des V o sg e s, 9.\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                   FROM HOME (*).\n\n                                              S t - J a m e s -P a r k .\n\n   Un après-midi dans St-James-Park.\n   Le soleil luisarne au ciel lacté d’un vol paresseux\nde nuages; des prairies que tachètent les robes\ngrises des moutons et le pelage bigarré des bêtes à\ncornes, des bouquets d’arbres séculaires, un large\nétang dont la moire, trouée d’îles, estompée des\nreflets d’un pont rustique, frissonne sous le sillage\ndes canards et des sarcelles,, tout un délicieux coin\nde campagne automnale enclavé au cœur de Londres,\nsolitude champêtre que nulle rumeur ne trouble, où\nl’esprit se détend et les yeux se reposent.\n   Une fraîcheur monte des verdures, naguère mouil­\nlées d’une pluie passagère ; des appels d’oiseaux\ntrillent et susurrent; près du bord, des oies can­\ncanent et barbottent ; des jeunes gens en bras de\nchemise s’exercent à la paume, des misses, livre en\nmain, s’étalent dans les om brages; — une paix très\n douce descend sur tout ce monde, et de l’odeur\npénétrante des herbes, du gazouillis des feuillages,\n des troncs gainés de mousse, de la nappe d’eau azurée\n\n  (*) Suite, voir la Wallonie de septembre-octobre -1889.\n                                                                  23\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "350                                    la Wallonie.\n\n\n\nde ciel et pailletée de lumière, l’âme de la nature\ns’épand, chantante et parfumée, en vibrations molles\net attendries, poème mystérieux qui nous caresse au\nrhythme berceur.\n\n                                      SOIRÉE.\n\n   C ’était concert, ce soir, à Covent-Garden.\n   Autour de l’orch estre, émergeant en gradins du\ncentre de la salle, des têtes, des rubans, des babits\nnoirs et des robes fleuries moutonnaient, nappés de\nla clarté des lustres. Un vol de lanternes vénitiennes\nplanait, immobile, dans la verdure des bars co­\nquets installés sur la scène, des cordons de verres\nde couleur soulignaient les moulures, bordaient les\ngaleries mouvementées de curieux, et tandis que ces\nlumières avivaient les dorures, miroitaient aux\nperles des corsages, aigrettaient d’un rayon les\népingles des chevelures et chatoyaient en les plis\ndes soies et la nacre des éventails, une symphonie\ns’épandait, frémissante et douce, de cette tristesse\ndouce des fêtes, et l ’on eût dit — tant elle semblait\nimmatérielle — , le murmure un instant distinct de\nl’âme de la foule....\n   Des femmes vaguaient, tête hautaine, croupe\nprovoquante, ou bien, l’œil moqueur et le sourire\nfigé aux lèvres, frôlaient les groupes avec une grâce\nonduleuse de chatte, décochant leurs saillies effron­\ntées à ceux qui les persiflaient au passage.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "    from Home.                                      351\n\n   Il nous était donné de les revoir ce soir encore,\n— et sous quel aspect! — celles dont nul n’avait\nvoulu.\n   L e troupeau des déshéritées s’était parqué vers\nminuit dans Regent-Street, vieilles hideuses cachant\nleurs rides sous le fard, Messalines obèses à l’haleine\nempestée de gin, filles banales tentant un dernier\nessai ; et çà et là une horizontale jolie, poursuivie ce\nsoir par la malechance, ou à laquelle de plus idoines\nà l ’art du raccrochage, avaient coupé l’herbe sous\nle pied. Ces êtres houlaient sur les larges trottoirs,\ns’arrachant les passants tardifs sous l’œil paterne\n des policemen ; les haines sifflaient entre rivales,\nles invectives se croisaient, et les blasphèmes, en\nun boueux assaut d’obscénités. E t dans le tas, des\nhommes allaient, ricanant, tâtant, marchandant,\nparmi ces pourvoyeuses de joies.\n    L ’un d’eux se tramait à l’aide de béquilles, —\n chenille de cette fange, stercoraire de cette ordure,\n— soulevant les voilettes, soupesant les seins avec\n une âpreté de maquignon à l’œuvre... Il parut enfin\n satisfait et rebroussa chemin flanqué de deux\n femelles.\n    Lentement s’éclaircissaient les rangs de la cohue\n infâme ; l’immonde trio avait disparu au tournant\n d’une rue. Nous nous éloignâmes, le cœur hoquetant\n de dégoût; et du lointain le heurt sec des béquilles\n sur le pavé arrivait jusqu’à nous, assourdi, en le\n silence de la nuit.\n                                A u g . VIERSET.\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "                        TALE.\n\n  E t tandis que le prince chassait la biche - dans le\nbois, une fille nue se tenait dans la clairière\n  E t il ne voulut pas la voir à cause du péché, mais\nretourna vers son père avec sa meute\n  E t s’étant retourné, il la v it toujours\n  E t s’étant retourné à l’orée du bois, il la vit encore\n  E t s’étant retourné sur les escaliers, il la vit qui\nn’avait pas bougé de sa place, toujours à travers les\narbres.\n  E t il vint auprès du roi son père, qui était assis en\nun grand festin\n  E t s’étant retourné, i l la v it à travers les murailles\n  Alors le roi son père entra en colère et s’en fut\navec ses gens couvrir la fille nue\n  E t étant revenu, il dit : la voyez-vous encore ?\n  E t le fils s’étant retourné dit : Je la vois toujours\n  Alors le roi s’en fut avec ses gens creuser une\ngrande fosse où l ’on mit la fille nue\n  E t étant revenu, il dit : L a voyez-vous encore ?\n  E t le fils s’étant retourné dit : Je la vois toujours.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "    Tale.                                            353\n\n  E t comme la nuit était venue, le roi s’en fut avec\nses gens ensevelir la fille nue\n  E t étant revenu, il ne trouva plus son fils.\n  Lui, par des routes inconnues, était parti\n  E t il était allé rejoindre la fille miraculeuse.\n  E t ils étaient ensevelis tous les deux :\n  E t cela se voyait à travers les murailles,\n  A travers la nuit,\n   A travers les arbres,\n  A travers la terre.\n   Mais le roi était aveugle.\n\n                                          J. K ...\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "                   LE RÉVEIL.\n\n                          Nouvelle.\n\n                       C h a pitr e I.\n\n\n      Hiut h eu res tin tè re n t an clocher du v illag e, e t\n       to u t l’azu r du ciel en v ib ra.\n           Une buée légère monta du sol, s’éleva len­\n         tement de feuille en feuille, g lissant avec la\ndouceur d’une caresse sur la végétation rare des\ndunes. E t du ciel clair tomba comme un engour­\ndissement.\n   L a nuit venait, noyait peu à peu les choses, estom­\npait les contours, confondait les objets en des plaques\ngrises d’où pointaient par places la ligne claire d’une\nsaillie. Les silhouettes des dunes lointaines prenaient\ndes formes vagues, indéfinies, sans cesse grandis­\nsantes. L ’ombre ouatait lentement la nature d’une\ntorpeur : On la voyait venir de l’horizon embrumé,\ntomber comme une pluie fine sur la terre paresseuse,\ncouler entre les brins d’herbes, dévaler en cascades\nlourdes le long des pentes escarpées, tomber dans\nles vallées, escalader les crêtes qu’elle cachait peu à\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "    le Réveil.                                        355\n\n peu. L e bruit des choses s’amortissait : les cris\n d’oiseaux s’étaient éteints dans toute l’étendue de la\nlande, et le bourdonnement des insectes nocturnes\nn’était plus qu’un murmure vague, un mélancolique\n murmure de berceuse. Les feuilles se roulaient,\nsourdes aux caresses lassées de la brise. E t les\nfleurs déjà closes baissaient la tête pour dormir.\n   Toute seule dans l’immensité calme des grandes\n dunes de Knocke, couchée sur un versant moussu, le\n dos à la mer, une femme rêvassait.\n   Jolie — de la belle joliesse des brunes saines, —\njeune, grande, accentuant, dans l’élégance naturelle\n de sa pose abandonnée, la rare perfection de ses\nformes de femme, elle montrait, sous la transparence\nnacrée de sa peau rose, la coloration superbe d’un\nsang pur et vigoureux. L a tête, soulevée par un bras\ndont le geste faisait saillir la richesse de sa gorge\npleine, avait un visage petit, ovale, au nez droit relevé\nde narines fines et nerveuses, aux lèvres un peu\nfortes, largement découpées. Le menton, par contre,\nétait rond, ferme, avec un air raisonnable et sage\nqui seyait bien à son allure froide. Ses cheveux\nmats, légers et crêpelés s’étayaient en une coiffure\nhaute, où de fines mèches fauves passaient comme\ndes rubans d’or. Mais le regard surtout attirait, par\nson mélange singulier de clarté et d’ombre : Les\nyeux pales, d’une jolie teinte chatoyante de velours\ngris, s’animaient généralement jusqu’à paraître\nnoirs; mais un léger strabisme vaguait alors dans\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "356                                     la Wallonie.\n\n\n\ncette lumière, brouillait les flammes trop vives\nvoilait d’une moiteur leur éclat étrangement passion­\nnel; et le visage tout entier s’embaumait alors du\ncharme d’un mystère.\n    E lle avait la taille svelte, soup]e, admirablement\nprise dans un jersey noir, dont la laçure dessinait\nlargement la ligne du dos, supérieurement correcte et\nélégante. Sa robe aux longs plis droits s’était relevée\nun peu, et l’envolement des jupes blanches laissait\nvoir ses pieds étroits, longs, mais admirablement\ncambrés.\n    Devant elle, perçant l’obscurité de la blancheur de\nses maisonnettes basses, Knocke, le frais village de\nl ’extrême W est-Flandre, allongeait son unique rue.\n Quelques clochers lointains poussaient encore leurs\n silhouettes vagues sur la pâleur de l’horizon. Les\npointes des arbres émergaient toujours de la brume,\nmontante, mais leurs fouillées se confondaient en des\n flèches sombres qui faisaient au village comme un\n fond de collines. Les maisons se fermaient, une à\n une ; des portes claquaient dans le silence du soir, et\n des cris assourdis, des appels faiblissants venaient\n s’éteindre aux pieds de la jeune femme.\n    L a petite chaussée qui conduit à la mer se faisait\n déserte. Les vaches éparses dans les dunes rentraient\n  de leur allure lente, le front ployé sous l ’apaisement\n  de l’infini, qui lentement assoupissait la nature. On\n venait d’arrêter le moulin qui se dresse à l’entrée du\n  village et ses grandes ailes semblaient étreindre\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "    le Réveil.                                      357\n\nl ’ombre d’un geste éperdu. L ’église, une grosse tour\nbasse et trapue que lés vents du large avaient faite\ntoute noire, étendait sa protection sur les masures\ngroupées autour d’elle. Seule, elle veillait dans le\nrepos croissant de toutes choses. Un mystère parfu­\nmait ses vieilles pierres dont chaque fente était un\nnid, et que fleuronnaient de leurs embrassements ca­\npricieux des gerbes de lianes grimpantes. Sa veille\nse trahissait par la clarté dormante en les mille petits\ncarreaux verdâtres de ses fenêtres basses, si joliment\nlaides et tronquées.\n    Ce fut d’abord une lueur pâle, à peine distincte,\n discrète et douce comme un sourire de vieillard.\n Puis, tandis que le soleil tombant effleurait l’Océan\n de son orbe démesuré, les vieilles murailles parurent\n s’animer à leurs pensers d’autrefois. Un peu de rose\n vint se mêler à la blancheur de leur lumière, courut\n en lignes fines sur chacune des saillies, dessinant\n ainsi, très faiblement, la lourde architecture du mo­\n nument. E t celui-ci avec lenteur, émergea tout entier\n de la nuit. Les arêtes s’accentuèrent, tranchèrent en\n rayures vives sur l’ensemble gris de la masse, — et\n leur rouge, tout à coup, déborda sur les murailles\n en teintés décroissantes, comme si les vieilles\n pierres avaient bu le sang dont elles semblaient\n dessinées.\n    Alors l’astre couchant darda plus fort. De larges\n rayons fauves tombèrent sur l’église, ruisselèrent\n  tout flambants sur les murs réveillés, entrèrent dans\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": " 358                                     la Wallonie.\n\n\n\n les grands trous des corniches, fouillèrent jusqu’aux\n recoins les plus obscurs des ornements et des sculp­\n tures, — perlant en gouttes de feu sur les chapiteaux,\n aux angles des tablettes, dans les enroulements\n tumultueux des vieux lierres dont ils dorèrent la\n floraison d’un pailletis magique, pour s’aller perdre\n enfin, comme en un brasier, dans la carrelure bi­\n zarre des petites vitres en losanges, où leurs folies\n allumèrent des flambées prodigieuses, toute la ré­\n verbération sinistre et admirable d’un incendie\n nocturne.\n    Seule dans la nuit tombée, immobile, les yeux fixes,\ntout son être tendu dans une contemplation exta­\ntique, la jeune femme regardait s’allumer cette féerie\n du soleil dans les débris de la vieille tour. Ce réveil\nprenait dans le silence et le repos des êtres, quelque\nchose de formidable et de poignant. L ’air du soir\nconservait le trouble d’un énervement; la nature\ndormait, mais d’un sommeil lourd, gros de rêves\npassionnels et d’étreintes voluptueuses. Des par­\nfums vagues traînaient sur les choses, passaient\ndans l’atmosphère avec des douceurs de baisers. E t\ndu sol montait le ronronnement intense, troublé,\nfurieux de la grande mer qui s’agitait en grondant\nsur sa couche d’algues et de tempêtes.\n   Soudain un aboiement sonore et sec comme un\ncoup de feu, brisa le silence et fit tressaillir la jeune\nfille. Elle se releva toute droite, brusquement tirée\nde son rêve, tandis que d’un grand bond venait se\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "    le Réveil.                                        359\n\njeter a ses côtes un haut chien gris, à poils courts\n et luisants — de cette belle et solide race allemande\n des dogs d’Ulm.\n   — “ C ’est toi Kaizer ? „ dit-elle en caressant\nl’animal haletant; “ on m’attend, bein ? „\n   D ’un geste familier, elle avait pris le chien par une\nde ses oreilles, et, tenant ainsi tout contre elle sa\nbonne grosse tête aux yeux doux, elle se dirigeait vers\nla chaussée qui mène du village à la mer. Quelques\nchalets de pierres grises, très espacés les uns des\nautres, dressaient là la masse confuse de leur archi­\ntecture moderne, légère et élégante. Mais au moment\noù la jeune femme allait gravir le perron de l’un\nd’eux, une voix forte sonna derrière elle, l’appelant.\n   — “ Denise ! „\n   — “ C ’est vous, mère, „ dit-elle, en redescendant\nl’escalier.\n   Une femme âgée approchait, grande, le visage\nfroid et dur, l ’air viril et gênant dans sa longue\nrobe de laine noire, trop unie. Elle montait d’un\npas égal et soutenu, la taille haute et droite, en\nbalançant comme une plume, au bout de son bras\ndroit, un grand seau tout crémeux de lait frais.\n   — “ Vous voilà donc enfin ! „ cria joyeusement de\nl’étage un grand garçon de vingt-cinq ans qui fumait,\naccoudé à la fenêtre ouverte, tête nue et les cheveux\nen broussaille.\n   — “ Viens, mon Jean, nous allons souper, „ répon­\ndit la vieille femme en levant la tête. Quand elle lui\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "360                                   la Wallonie.\n\n\n\nparlait, son visage sévère se fondait en un sourire\ndélicieux et charmant.\n  — \" J ’accours ! „\n  La fenêtre claqua avec bruit, et la porte s’ouvrit\ntoute grande, jetant sur la route embrumée une\nvive traînée de lumière...\n\n                                     F r it z   ELL.\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                 MES        MÉMOIRES.\n\n                            ( 6 e C a h ie r )\n\n\n\n\n                          L e D r o it.\n                              O persequutores viduarum , o\n                           lupi rapaces, o crudeles advocati.\n                                                               B A RELETTA .\n\n\n\n         A V E R T IS S E M E N T P R É A L A B L E .\n\n                                   Dji va trouer nos mâ rli ki chante es\n                                latin kom on torai et ki fet des pas ­\n                                kèies ès fra n cès kom on kandri.\n                                                 C h an so n    w allonne.\n\n\n\n\n         'Nayant g u è re eu l'h a b itu d e de p récip iter le\n           cours de m es études, à l’orée de m on second\n           d o cto rat, — la clôture de ce fastid ieu x p en ­\n           ta th le — ch e rch a n t ce q u i p o u rra it u n peu\nd issip er l’arid ité de l’en seign em en t u n iv ersitaire, je\nso n g eai à l’u n de m es vieux am is, av o cat rem a r­\nqu ab le e t p eu occupé, railleu r, sceptique e t g o b a n t\np eu sa m atière, m ais trè s fort.\n  Je réfléchis, que certe il aurait plaisir à m’inoculer\nsa science et de plus, qu’il saurait l’agrémenter des\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "362                                           la Wallonie.\n\n\n\n sarcasmes d’un esprit très fin et exceptionnellement\n délié pour notre Belgeoiserie.\n    En effet, chaque soir presque, car j ’avais fini par\n prendre grand goût à ces originales réunions, il\nm’illustrait de souvenirs le droit, et vivifiait un peu\n— et malgré lui — ce qu’en dépit de tout, grâce à\nl ’Université, je ne savais voir qu’une momie, ou bien\nune formidable pelote de fil mêlé, tombée sur le monde\n et dans laquelle le monde et tout le monde s’était\nempêtré.\n    Quelques-unes de ces illustrations corroboraient\ncertaines études psychologiques que j ’avais faites,\nd’autres leur jetaient un jour inattendu. Parm i elles,\nje choisis les trois suivantes qui, sans être les meil­\nleures, sont parmi les plus curieuses.\n\n\n                L ’IN C E S T E L É G A L .\n\n                             Il entendit un terrible grondement de\n                                passion qui lui niait la force de\n                                son repentir.\n                                                     B a l za c .\n\n   L e droit civil réserve à ceux qui l’étudient jusqu’en\nses tréfonds des surprises bien déconcertantes, mais\nparfois les plus étranges viennent vous agripper tout\nà l’improviste. Tu connais n’est-ce pas Robert\nd’Aigremont, ce garçon si beau et si remarquable­\nment intelligent ? Eh bien, il est fils légitim e de\nfrère et sœur !... Ne t ’exclame pas et ne crie à l’impos­\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "    mes Mémoires.                                  363\n\nsibilité d’un tel fait ; c’est ainsi et mieux que nul\nautre le sais-je ayant été mêlé à une très carieuse\nrevendication de nom, origine de toute l’affaire.\n    Je me trouvais un soir en mon cabinet de travail,\noccupé à bloquer mon droit en attendant de vagues\nclients, lorsque fut introduite une grande jeune fille\n qui, dans l ’obscurité régnant autour de moi (une\n seule lampe éclairait mon ouvrage), me parut fort\n belle et très pâle. Elle me dit se nommer Inès Alarcon\n et être venue pour m’entretenir d’un procès qu’elle\nvoulait intenter. L ui demandant timidement qui me\nvalait l’h onneur de sa visite, très naturellement elle\nme dit : « Ici je ne connais personne. A u hasard j ’ai\nouvert un Bottin quelconque, section avocats, et\nj ’ai piqué un nom qui s’est trouvé le vôtre. Voilà. »\n    E t places prises, elle me dit son désir :\n    « Ma mère vivait à Grenade chez son frère aîné.\nU n jour y arriva l’un des plus anciens amis de ce dit\nfrère, un jeune belge, Jean d’Aigremont. Mon oncle\navait été élevé en Belgique, et c’était là une presque\nliaison d’enfance, que, ni l’éloignement, ni les longs\nlaps de temps sans nulle revoyance n’avaient pu\nrompre. Il fut reçu chez nous, comme un frère long­\ntemps absent et y fit un séjour prolongé. Son vo yag e\navait été occasionné par la mort toute récente de sa\nfemme. Jean d’Aigremont, très délicat, avait, paraît-\nil, été profondément affecté de cette très cruelle\nperte, et sa santé délabrée demandait un change­\nment de climat. C’était, m’a-t-on dit, un homme\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "364                                      la Wallonie.\n\n\n\nfaible, très délicat, blond, efféminé, avec un air de\ntristesse hésitante et résignée. Toute cette faiblesse\nséduisit ma mère, un peu par contraste, et comme\nelle était remarquablement belle, il ne resta pas\nindifférent à son charme. E n peu de temps ils s’ai­\nmèrent follement, et tous deux étant libres ils se\nfiancèrent. Mais par un malheureux respect des\nconvenances et des sentiments trop prudes de la très\ncatholique famille du fiancé — il avait encore son\npère et sa mère — ils convinrent de retarder les\nfiançailles officielles. Mais la violence de leur passion\nmutuelle les entraînant ils s’aimèrent trop, d’où moi!\nMon père dès qu’il s’aperçut de la situation partit\nafin de prévenir les siens et de régler les formalités\nnécessaires, Il promit de revenir dans le mois. — E t\njamais il ne revint : à son retour la phtisie le\n guettant, galopante l’avait cloué en son lit et le mots\nfatidique n’était écoulé, que mort il avait rejoint sa\nfemme et ses ayeux. Ignorant comme un grand                 *\n seigneur, la seule chose qu’il fit, fut de me recon­\nnaître en une lettre à ma mère, ajoutant « que ceci\n te serve de preuve ». Je naquis, fille naturelle, et\n impitoyables, ma mère fut chassée par les siens. Elle\n vécut seule, et m’éleva, à jamais triste et inconso­\n lée. Maintenant moi je dois me marier — parce que\nje suis belle. — E t les parents de mon fiancé, vieille\n et arrogante famille de chez nous, exigent pour con­\n sentir, que je porte le nom de mon père. Je suis\n venue pour cela : Il s’agirait de faire admettre par la\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "    mes Mémoires.                                     3G5\n\njustice, l’acte de reconnaissance que je tiens et que\nvoilà ! »\n    J ’examinai et puis :\n    « C ’est tout ce que vous avez ? » \" Oui. » « C ’est\n peu et cet acte n’ayant rien d’authentique, votre\n demande sera infailliblement repoussée. » « E t vous\n croyez que nul moyen n’est d’obtenir ce nom, même\n en renonçant à tous droits, qui par hasard pour­\n raient m’échoir de ce chef? » « Non — à moins\n que celu i-ci... Le marquis d’Aigremont a laissé un\n fils légitime, pour un jeune homme physiquement\n assez semblable à son père, mais ayant gardé de sa\n mère tout un côté romanesque, doux et sentimental,\n avec des névrosités qui en font un être assez spé­\n cial. Seul possesseur actuel du nom, peut-être en\n vous adressant directement à lui, obtiendriez-vous\n ce nom que personne alors ne pourrait vous contes­\n ter. Si de droit il ne serait vôtre, de fait bien et il\n me semble que les parents de votre fiancé auraient\n mauvaise grâce à ne pas s’en contenter. » Elle y\n réfléchit, puis dit : « Soit, ceci est faisable et nulle\n honte n’aurai-je à réclamer ce qui en somme est\n mien et s’il a l’âme haute nul refus ne pourra m’être\n opposé. » E t rendez-vous pris pour le lendemain,\n majestueusement elle s’en alla me laissant plongé\n  dans l’anxiété de la bizarre démarche que nous\n allions tenter.\n     Ce jour-là, nous allâmes donc chez Anne d’A igre­\n  mont, qui vivait très seul et très retiré en son vieil\n                                                 21\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": " 366                                     la Wallonie.\n\n\n\n  hôtel domanial en lequel un scrupule religieux avait\n  conservé jusqu’aux plus menus détails d’un âge et de\n  mœurs disparus.\n     Ce fut avec une affabilité parfaite qu’il nous reçut\n  et ne se montra pas trop étonné à la requête de la\n  belle étrangère. Il savait, en effet, que son père\n  comptait se remarier lorsqu’il fut frappé. Mais cette\n  demande inopinée à laquelle au commencement de\n l’entretien, il paraissait devoir acquiescer sans trop\n de difficulté, lui parut un peu plus tard demander\n quelque réflexion et il pria Inès de lui faire l'honneur\n de venir chercher elle-même sa réponse dans une\n huitaine de jours, que lui ne pouvait à cette époque\n sortir, et que là était son excuse, etc. — E t nous y\n retournâmes. Une préoccupation ardente semblait\n l’avoir envahi et une agitation fébrile le secouait\n pendant qu’il s’excusait de ne pouvoir donner une\n réponse. Il allégua une vive indisposition nerveuse\n qui l ’avait empêché de songer à cette affaire. E t\n quelque chose de dur et de flamboyant passait en ses\npupilles dilatées lorsqu’il regardait Inès, elle tou­\njours rigide et silencieuse et sombrement patiente.\n     Une nouvelle entrevue fut donc nécessaire et celle-\nlà, définitive.\n    Ce fut - j e m’en souviendrai jusqu’au jour suprême,\nainsi que l’air d’égarement avec lequel il prononça\nces mots :\n    cc Mademoiselle, je vous eusse accordé sans diffi­\nculté ce que vous me demandez,\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "    mes Mémoires.                                   367\n\n    si vous me l’aviez demandé sous un autre prétexte,\n    et alors... rien qu’à vous;\n    mais eût-ce été une autre avec votre intention,\nj ’aurais acquiescé.\n    V oilà Mademoiselle, la seule réponse qu’il me soit\npossible de vous faire. »\n    E t rien ne put en tirer même une explication.\n Alors plus pâle que jamais et assombrie, elle lui dit\n « Demande sera portée en justice. » «Vous n’obtien­\n drez rien » « Je sais, mais je ferai scandale — par\n vengeance de votre obstination, » Cette menace\n parut le frapper, mais se redressant bautain et dur :\n « Prenez garde, je pourrais tant vous baïr si je com­\n mençais, et nos colères froides à nous autres énervés,\n sont terribles et tenaces » et une agitation fébrile\n telle commençait à s’emparer de lui, que j ’entraînai\n ma cliente mais non assez vite pour ne pas entendre\n un sanglot convulsif avec une chute de corps —\n derrière nous.\n    Or donc, malgré tous mes efforts, l’affaire fut\n inscrite et la lutte fut âpre entre les deux parties.\n L ’issue n’était pas douteuse. A u sortir de la salie,\n après l’audience, où Anne d’Aigremont l’avait fait\n affreusement maltraiter, la traitant d’aventurière et\n lançant même d’abominables insinuations tant sa\n colère était outrée et aveugle, elle le rencontra seul.\n  « Oh mon Frère que vous êtes lâche ! »\n     « Oui ma sœur, lâche et désespéré! Pardonnez-\n moi, mais je vous hais si fort. E t lui ! lui certes !\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "368                                      la Wallonie.\n\n\n\njamais vous ne l’épouserez, même s’il veut passer\noutre à votre défaite judiciaire ! » « Vous voulez\nm’être donc éternel persécuteur ? » « L ’aimez-vous\nma sœur ?» « Que vous importe ?» a Que m’importe ? »\nIl leva haut les bras, puis comme pris de terreur, le\nvisage caché entre les mains, il s’enfuit.\n   Pour ma part, la lumière s’était faite, et il me sem­\nblait que les événements pourraient devenir trop\nrares pour les négliger. Le hasard, ce grand maître\ndes destinées, immédiatement après m’avait mis en\nrapports directs et fréquents avec le marquis Anne.\nE t plusieurs fois il s’enquit de ma cliente. Il m’avait\nainsi demandé si son mariage tenait toujours. Je\nsavais qu’avant la décision des juges elle avait\nrenoncé à toutes idées d’épousailles, mais je n’en dis\nrien alléguant d’une simple ignorance. L a seule chose\nqu’il sut c’est qu’elle n’avait pas quitté le pays. Cette\nnouvelle parut le frapper fortement — et ce jour-là\nil n ’en parla plus.\n   Une autre fois, plus nerveux que de coutume et\nparaissant épuisé d’une longue lutte solitaire, il me\ndit : « Mon ami, rendez-moi le service et faites-moi\nle plaisir de vous charger d’une mission que je\nn’oserais jamais remplir moi-même. » « Laquelle? »\net un long silence que je ne voulus interrompre, puis\nenfin « demander à Mademoiselle Alarcon si elle\nveut oublier mes bassesses et mes injures et si elle\nveut.... si elle veut.... oh mon Dieu!... m’épouser! »\n   Chose bizarre, bien que m’y attendant presque,\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "    mes Mémoires.                                    369\n\nsongeant aux luttes effroyables qui avaient dû\nravager cet esprit exagérément traditionnaliste et\nmême religieux, je fus frappé comme d’une stupeur\nen pleine poitrine et à peine pus-je murmurer « votre\nsœur? » Il était tard et l’immense salle où nous nous\ntrouvions était à peine éclairée de fumeux et loin­\ntains falots. Un silence horrible l’emplit et je n’enten­\ndais plus que le petit crépitement des bois enflammés\net le sang battre sourdement mes tempes, bruit\ncadencé et dès l ’enfance si lointain et si entendu de\nce géant de temps qui s’avance, s’avance, et vous\nprend sans que jamais vous l’eussiez vu. Tout autour\nde nous dans l’attente semblait palpiter « oui ma\nsœur! » fit-il très lentement comme émettant une\nsuprême et désolée mais impuissante constatation.\n   J ’avais déjà maintes.fois remarqué en ma cliente\nune grande bizarrerie de sentiments à l’égard de son\nfrère et je ne doutais pas que l’intoxication ne fût\n mutuelle et que dans cette femme en vérité supé­\nrieure et moralement pervertie qui allait se marier\n sans amour, l’hésitation ne serait guère longue.\n Mais une nouvelle surprise m’attendait ; au premier\n mot que je lui en dis, elle s’écria : « Voilà près d’un\n an que j ’attendais ! »\n   E t trois mois plus tard, à l’épouvantable scandale\n de son monde, le marquis Anne d’Aigremont épou­\n sait Inès Alarcon, s a s œ u r .\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "370                                        la Wallonie.\n\n\n\n\n               L A M A TR IC U L T U R E\n\n                          ou\n\n  CH ARITÉ BIEN ORDONNÉE COMMENCE PAR SOI-MÊME.\n\n\n                                  Et peut-être que les malheurs\n                                qui m'ont rendu criminel pour­\n                                ront diminuer dans votre esprit\n                                une partie de l'horreur que mes\n                               forfaits doivent vous avoir donnée\n                                pour moi.\n                                                    d ’â r g e n s .\n\n\n\n\n   Je t ’ai déjà raconté quelques faits extraordinaires,\nrencontrés au cours de ma longue profession d’avo­\ncat, mais le sujet que nous avons traité ce soir, me\nrappelle l’affaire peut-être la plus effarrante à la­\nquelle j ’aie été mêlé.\n   Le mercantilisme moderne est une évidemment\nbien belle institution et très savamment développée,\nmais j ’ignorais qu’il eût ses artistes, pétris d’ingé­\nniosité retorse et d’inusitée perversité.\n   Si mes souvenirs sont exacts, il y a de ceci une\ndizaine d’années. Un homme et une femme étaient\npoursuivis sous l’abominable inculpation d’infanti­\ncide. Ils étaient accusés d’avoir commis ce crime afin\nde toucher la prime considérable pour laquelle la\nvie de leur moutard avait été assurée; et des soup­\nçons graves, jusqu’alors tus, s’élevaient : plusieurs\nenfants — tous leurs enfants même — étaient morts\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "    mes Mémoires.                                    371\n\n en bas âge d’une manière qui, actuellement, parais­\n sait mystérieuse. La coincidence était au moins\n étrange. Enfin on n’en parla pas, le ministère public\n à qui les preuves ne manquaient pas, lui-même se\n tut, craignant de soulever de trop irrésistibles tem­\npêtes, en une foule déjà très montée contre les deux\n misérables.\n   Je fus désigné d’office et les défendis tant bien\n que mal — n’ayant la clef du mystère — et c’était\nune rude besogne. Je devais nier, nier et nier devant\nune presque évidence. E t nulle pitié ne leur fut\n octroyée !\n   Peu après la femme devint folle, — elle paraissait\n d’ailleurs n’avoir trempé dans ce crime que passive­\nment — et l’homme tenta de se tuer, mais ne réussit\n qu’à suffisamment s’abîmer pour languir deux mois\navant de mourir.\n   Cet homme, très intelligent, d’un esprit froid,\nsec et délié, m’intéressait quoi que j ’en eusse, et tou­\njours un espoir de percer cette conscience m’amenait\nà son lit. Il était inflexible et tant qu’un doute de\nvie lui subsista il refusa de parler. On vint cepen­\ndant un jour me chercher de sa part : il se sentait\ntout à fait mourir et devant l’inconnu qui béait de­\nvant lui, par uue invraisemblable et terrifiante bra­\nvade, avec des mots coupés de gargouillements\nsourds (il avait voulu se couper le cou), il se vanta,\n— je ne trouve pas d’autre mot, de ceci :\n   « A dix-huit ans je me constatai intelligent et je\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "372                                      la Wallonie.\n\n\n\nme constatai pauvre. L a Société me devait la vie. Je\nsavais bien quelle ne me la donnerait pas. Je me\ndécidai à m’en emparer. Après mûre réflexion et aidé,\nje dois le reconnaître, par certaines circonstances,\nmon parti fat pris.\n    Dans la même boue que moi, croupissait, vierge\nencore par le plus grand des hasards, une fille stupide,\nmais véritablement taillée en poulinière. J ’étais alors,\nmoi, minable, gratte-papier, infime rond de cuir dans\nune société d’assurances sur la vie, et c’est connais­\nsant cette affaire, que je dressai un plan merveilleu­\n sement exécuté jusqu’à ce qu’une ridicule malechance\n vint me faire prendre, sur le fait presque !\n    Je me mariai donc pour avoir des enfants — et\nj ’en eus — beaucoup — sept ou huit, je ne sais plus\n au juste et je comptais encore en avoir un, deux peut-\n être, quand est survenue cette bête d’affaire. Tous\n ces enfants ont été assurés ; le premier, petitement\n de menues économies : à deux mois, un froid l’em­\n portait. Les survivants eurent leurs assurances gra­\n duellement élevées et prudemment prises à des\n agences différentes, puis moururent très jeunes, tous\n — vous entendez, tous, les sept ou les huit! » — «Mais,\n mon ami, c’est pis qu’abominable ce que vous me\n racontez là. N ’aviez-vous pas pitié de ces innocents\n que vous massacriez et rien dans vos entrailles de\n père ne hurlait-il contre votre effroyable besogne?»\n «Et monsieur ! à mon humble avis, est plus pitoyable,\n qui, prévoyant de l’avenir et sachant les douleurs de\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "    mes Mémoires.                                    373\n\nceux sans argent et de plus qu’il n’est possible qu’à\nceux-là d’être honnêtes, qui n’ont pas besoin d’être\nmalhonnêtes, oui, est plus pitoyable celui qui tue les\naînés pour permettre la vie sociale aux cadets. De\nplus, l’amour paternel n’est qu’une habitude. Croyez-\nvous que vous n’aimeriez autant un enfant substitué\nque celui de votre chair? Sophismes et enfantillages\ndonc, tout cela. Dans notre siècle, il s’agit d’être\nmoderne ou de n’être pas. Eh bien moi ! j ’ai voulu\nê t r e ! » Il s’arrêta suffoqué, puis peu après reprit :\n    « J ’avais fixé le chiffre de fortune à atteindre ;\npour y arriver un an plus tôt, j ’ai mis une assurance\ntrès considérable sur la tête de mon petit dernier\n( c'était même l'exagération de cette assurance qui,\ncorroborant de sourdes rumeurs, avait causé la\n débâcle), puis je supprimais la mère, puisque dès\nlors son rôle était terminé. Je disparaissais et ayant\nfait peau neuve, j ’eusse été aussi beau monsieur que\n vous, oui monsieur ! Seulement le hasard — il com­\n mençait à haleter et ce fut bientôt un râle — le\n hasard toujours ne vous protège pas. Combien je\n regrette...oui, combien je regrette de m’être si mala­\n droitement laissé pincer la dernière fois...la dernière\n fois !\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "374                                             la Wallonie.\n\n\n\n\n             L A LO G IQ U E FÉM IN IN E.\n\n                              Mon Dieu faites que je ne me marie\n                           pas ; et si je me marie , faites que je ne\n                           sois pas trompé ; et si je le suis , faites\n                            que je ne le sache pas ; et si je le sais,\n                           faites que cela me soit bien égal.\n                                                P r iè r e I t a l ie n n e .\n\n\n    Ce fut une alliance blâmable ! et ce qui, par la suite\n arriva, était dans l’ordre naturel des choses. En soi,\n le fait n’aurait ni nouveauté, ni intérêt, n’étaient\n certains détails dénotant une perversion très moderne\n et une artistique corruption, très planantes au-dessus\n des vulgarités journalières. Ce ne furent pas cette\nfois des accidents judiciaires, mais les hasards de la\nvie qui me firent pénétrer un mystère dont la seule\nombre avait inquiété mes contemporains.\n   Les époux, voici! lui 55 ans; elle 18. C ’était natu­\nrellement un débauché très riche voulant se payer\nson dernier régal de chair fraîche, et qui, tombé\nsur cette fille superbe, mais intelligente et perspi­\ncace, avait dû passer par ses conditions.\n   Non contente de se faire épouser — elle, fille\nsans pécune — elle avait refusé tant qu’un merveil­\nleux contrat n’était venu assurer son avenir : La\ntotalité des fortunes (!) retournait au dernier survi­\nvant. Le mâle n’ayant que d’importuns neveux et\ntalonné par son vice, avait accédé à to u t.\n   Ce fut son chant du cygne — et six mois plus tard,\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "    mes Mémoires.                                    375\n\n sa femme affichait publiquement un amant. Elle\n avait réussi à créer chez elle un .groupe d’amis qui\n étaient ses amis et attachés par ses très grandes\n qualités intellectuelles, et qui, tous pétris de l’ac­\n tuelle tolérance au vice qui caractérise cette fin de\n siècle lui étaient, malgré tout (et peut-être parce\n que.... tout) passionnément dévoués. Elle avait aussi\n enlevé plusieurs des amis de son mari, parmi les\njeunes, et même, poussé par une sorte d’involontaire\n et fatale rancune, son amant fut de tous celui\n qu’il détestait le plus cordialement. Devant ce\n groupe d’élus, rares et choisis, et dont malgré moi,\nje suis encore actuellement, fier d’avoir été, brave­\n ment elle disait : « Mon mari m’a achetée. Pauvre et\n belle je devais finir par là. Lui m’a payée plus cher\n qu’un autre voilà tout. Je suis à lui fort bien, mais\nj ’ai actuellement le droit d’être à d’autres : il a payé\nun droit de jouissance et non de propriété ! Or, telle\n est ma fantaisie ! » E t lui, pas plus bête en somme\n qu’un autre et n’étant dépourvu d’expérience, s’étant\n aperçu du fait, faible encore, restait perplexe. Enfin,\nvidé et son vice satisfait, poussé par l’un de ses\ncamarades des anciennes débauches (rebuté, lui, car\nil faut tout dire), il crut de bon goût de trouver la\nplaisanterie mauvaise et brutalement déposa une\n demande en divorce.\n    Nous étions tous si tranquillement plongés dans\nl’amicale contemplation de cet adultère avoué que\nceci nous frappa comme un coup de foudre, et par\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "376                                      la Wallonie.\n\n\n\n un fait bizarre qui semble prouver que les amitiés\n avec un peu de vice au fond, sont plus sûres que\n celles où tout n ’est que pureté (celles-ci se froissent\ntandis que les autres ?), nous nous trouvâmes tous\nchez elle dès le premier bruit de cette vraiment\nsinistre nouvelle. Elle, calme et souriante, se moqua\nde nous et nous renvoya doucement sous prétexte\nqu’elle allait faire ses malles « devant quitter le\ndomicile conjugal ».\n   E lle s’en alla donc, et s’installa — chez une vieille\ntante, pour qui ce fut manne céleste, et — ceci n’est\nqu’un détail — je fus chargé de sa défense.\n   Mon Dieu ! ce fut heureusement inutile, car dès\nnotre départ de sa demeure (voici que je parle comme\navocat — et aussi comme ami d’E lle !) le mari\nsembla tomber d’un bloc, et la vieillesse qu’il avait\nécartée jusque là fondit sur lui — et bien qu’il fît\nprécipiter l’affaire autant qu’il était en son pouvoir,\npeu avant la fin du procès, en grande pompe — et en\nterre bénite il fut conduit.\n   Les procédures (en vertu de ce que nous venons\nde voir ce soir) furent donc arrêtées et la femme\ncoupable se trouva — très tranquillement — en\npossession de cette fortune qu’elle avait acquise en\nse prostituant et qui avait bien failli lui échapper —\nparce qu’elle n’avait su garder une juste mesure. Je\nne vous dirai pas quelle fantastique crémaillère nous\npendîmes le soir de la réintégration de notre grande\namie en son merveilleux logis. Ce fut très simple -\nment profanatoire.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "    «les Mémoires.                                  377\n\n    D ’ailleurs le temps réglementaire du deuil écoulé\n-— les 10 mois fatidiques et légaux — elle épousait\n celui que les saintes langues bourgeoises procla­\nmaient « son complice ». Et, je puis en être garant,\nils vécurent longtemps, riches, beaux, amoureux et\n heureux !\n    Or, et c’est peut-être de ma part une faiblesse, tu\nle sais, je n’ai pas, envers l’humanité en général, une\n excessive bienveillance. Je ne t ’étonnerai donc guère\n en te disant que n’ignorant pas le caractère de mon\n amie, en tout ceci, bien des points restaient obscurs.\n Je n’étais pas assez naïf pour croire que cette femme\n qui étalait beaucoup d’elle et de ses pensées, ne le\n faisait pas pour cacher beaucoup du reste. Or ce reste\n m’intriguait.\n    J ’ai déjà dit que depuis longtemps je connaissais\n cette femme, certes, l’une si pas la plus remarquable\n que j ’ai rencontrée. Notre intimité— intellectuelle —\n était très grande et mes prodigieux paradoxes\n l’intéressaient souvent. Un soir que nous avions\n dîné à trois, prenant le bras de son mari (le deuxième)\n et le mien se penchant alternativement vers moi et\n vers lui, elle dit : «. Vous êtes, vous, mon cher, mon\n vice moral, comme lui, mon vice physique. » J ’avais\n aussi remarqué chaque fois que je me prétendais\n inétonnable, un très particulier ricanement quasi\n  carnassier qui me lançait en d’étranges réflexions.\n    E t j ’avouerai qu’ayant quelqu’habitude des gens,\n  et grande habitude d’elle — je percevais en son œil,\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "378                                       la Wallonie.\n\n\n\n des lueurs étranges qui me faisaient présager un\n gouffre d’impunissable criminalité.\n   Un soir d’hiver capitonné de neige que nous\n dînions, à deux cette fois, je l ’avais, avec prémédi­\ntation, littéralement exaspérée par mon nil mirari.\nL e dîner fini, en son exquis salon très tapissé, et\nd’atmosphère moite, à fumer d’odorantes cigarettes\nturques devant un intime et réconfortant feu de bois,\nles minuscules tasses filigranées et des liqueurs\nirisant les cristaux à côté de nous, brusquement\nelle me dit : «Enfin ! mon ami, vous parvenez à m’a­\ngacer, trop! et je veux vous étonner, ma foi, tant pis!\nNe vous en prenez qu’à vous-même. D ’ailleurs, je\nserais bien curieuse vraiment de voir l’un de mes\ndeux vices, le plus grand peut-être, me blâmer en\nquoi que ce soit ! De plus, j ’ai assez confiance en votre\nvicieuse amitié pour être certaine que jamais vous\nne trahirez mon secret. » E t sur un geste je m’ap­\nprochai d’elle, tout près, et j ’écoutai, ce qu’à voix,\nmalgré elle, basse elle me raconta. Non, je ne pour­\nrais te le répéter, le souvenir en est déjà bien\nlointain, non plus que faire revivre le frisson que\nmalgré moi j ’éprouvai au détail de cette étrange et\nglorieuse confession. Mais cependant en abrégé : Le\ndivorce prononcé contre elle, les conventions matri­\nmoniales en sa faveur tombaient.\n   Les héritiers ne pouvant continuer une instance\nen divorce, celle-ci n’étant pas considérée comme\nune action pécunière, que restait-il à faire? L ’homme\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "     mes Mémoires.                                           379\n\nqu’elle aim ait, elle l’aimait passionnément ; lui\nn’ayant aucune fortune, ce divorce, non seulement\nlui ôtait à elle les moyens de le tirer de sa misère\ndorée, mais les séparait irrémissiblement ou bien les\ndéclassait.\n  E n cette dure alternative pour un cœur haut, un\nesprit au-dessus de traditions surannées, une hési­\ntation même n’était pas possible. Aussi n’avait-elle\nnullement hésité. — «E t de quelle manière l’avez-\nvous.... achevé » — insinuai-je, avec une certaine\ntimidité. — «Oh je ne vous le dirai pas, car sur la foi\nd’un certain Shakespeare, ne m’avez-vous pas dit\nmaintes fois qu’il ne fallait jamais être assez fou pour\nse fier à un homme sur sa signature ou son serment,\nou à un ami dans le besoin? pas même à moi ajoutiez-\nvous, mon cher ricaneur. » — « Soit, mais... lui ! en\na-t-il jamais connu le tout ?» — Elle haussa les\népaules. « Oh non!... les hommes c’est si médiocre! »\n                                       P i e r r e - M . OLIN.\n\n\n   Note. Ce sixième cahier sera le dernier publié.\n   Mes Mémoires devaient originalement compter trois parties\nde sept cahiers chacune, le tout antérieur à novembre 1888.\nDes événements d’ordre extérieur nous ayant empêché de\ntravailler à cet ouvrage comme nous l’eussions désiré, nous\nn’avons réuni que les parties finies, abandonnant les\nébauches commencées. Le 7e cahier de cette 1re partie fut\npublié sous le titra de Finis, dans le n° de juin 87, Wallonie.\n                                                 P.-M. O.\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "            PETITE CHRONIQUE.\n   Nous annonçons avec un véritable plaisir la fondation à\nLiège d’une Société scientifique ayant pour but de recueillir\nl’ensemble des traditions et des croyances populaires ainsi\nque la littérature orale du pays wallon. Cette Société\nle “ Folklore wallon „ aura donc un but purement scienti­\nfique. E lle comprendra : 1° Des membres honoraires ; 2° des\nmembres effectifs prenant une part assidue aux travaux du\ngroupe et en dirigeant l’œuvre ; 3° des membres correspon­\ndants qui s’occuperont des enquêtes sur place, correspondront\navec le Comité et recevront les publications de la Société.\n   Cette Société fera entre autres une tentative des plus\nintéressantes qui sera de fixer une orthographe wallonne.\n   Parmi les membres du bureau nous voyons les noms de\nnos amis W ilmotte, Vierset, Simon, Monseur, etc.\n   Bonne chance donc et bon courage à nos folkloristes\nwallons.\n                               ***\n   L ’exposition des X X s’ouvrira cette année plus tôt que\n de coutume. Elle disposera de ses locaux habituels du\n 15 janvier au 15 février.\n                                ***\n   M. Sylvain Dupuis, directeur des Nouveaux Concerts de\n Liège, organise un festival Vincent d’Indy dans lequel on\n entendra Sauge fleurie, la triologie de Wallenstein et la Sym­\nphonie pour piano et orchestre sur un thème montagnard.\n    Cette solennité est fixée au dimanche 26 janvier.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "     H ô tel d e s A m é r i c a i n s\n       1 4 — R ue de l’A bbé de l’E pée — 1 4\n                                PARIS.\nEn    face du Luxembourg. Près du V al de Grâce.\n               A u Centre des Ecoles.\n  Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                       PENSION DE FAMILLE.\n\n\n\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                    ET. Z E Y E N .\n         137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                            LIÈGE.\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI ZUBRODT,\n             P lace du T héâtre, 11, Liège.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n_________________ RACCOMMODAGES.__________________\n         En souscription dans nos bureaux ;\n      CRÉPUSCULES                                    D ’A M I\n          Livre de vers par Gabriel M      .       ourey\n\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n Quelques collections de LA WALLONIE (-1880, 1887 et 1888) sont en vente\n                              au prix de G francs.\n                   I W a l l o n ! e e st en vente\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé; George; D'Heur; Decq; Desoer; Aubette du\n      Pont d’Avroy ; Aubetle place Saint-Lambert.\nA BRUXELLES : Chez MM. lîosez, libraire, et Istace, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; Wennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Velter rempart Stc-Catherine.\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, -19, Quai St-M ichel; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie, 3.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "  4e ANNÉE, No 11.\n\n\n\n\n                              LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E ET D ’A R T\n\n\n                                             A l b e r t MOCKEL,\n           Comité de Rédaction               P ie r r e M. OLIN.\n                                             M a u r i c e SIV ILL E .\n\n                  Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liége.\n\nEnvoi d’un numéro spécim en contre 5 0 centim es\n              en tim bres-poste.\n     Abonnem ent :        5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n                                SOMMAIRE\n\nAug. V ie r se t.........................FR O M h o m e    (suite   et fin) :\n                                            St-James-Park, Soirée.\nJ. K .............................................Taie.\nF ritz E li . ; ..................... le Réveil.\nPierre-M . O lin ....................m e s m é m o i r e s .    —\n                                                               Avertisse­\n                                            ment préalable; l’Incéste légal;\n                                            la Matriculture; la Logique fé­\n                                            minine.\nPetite Chronique.\n\n\n\n\n                     Un numéro 50 centim es.\n\n\n\n\n                                  Des presses de II. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 9, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1889-11", "signet_source": "4ème année - N°11 - Novembre 1889", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 421) : « 4e année, No 11 », sommaire imprimé concordant avec les pièces de la livraison. 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