{"numero_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L A W A L L O N I E Janvier 1890.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 113, "texte": "L       A\n\n\n\nW   A   L   L   O       N       I   E\n\n\n\n\n                        Janvier 1890.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 26, Eue de l'In", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "REVUE     CRITIQUE      DES   ARTS     ET   DE   LA    LITTÉRATURE\n\n                26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n                   Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\n                      Viennent de paraître :\n\nS c è n e s d e B a l , livrede vers, par Alb. S t - P a u l .\nL es     D é l b â c l e s , par Émile V e r h a e r e n .\nC l o c h e s    e n l a N u i t , par Adolphe R e t t é .\n           e n E x i l , roman, par G. R o d e n b a c h .\nS e r r e s c h a u d e s , par Maurice M a e t e r l i n c k .\n\n\n\n       MERCURE DE FRANCE\n                               MENSUEL\n            15, ru e de l’E ch a u d é-S a in t-G erm a in\n                   Un an, 5 fr.; Union postale, 6 fr.\n\n\n\n\n       ART & CRITIQUE\n    Revue       hebdomadaire      des   Lettres    et des        Arts\n\n                 P a r is , 7, R u e d es C an ettes\n\n          Paris, 12 francs l’an; Étranger, 15 francs.\n\n          E n s o u s c rip tio n d a n s n os b u r e a u x :\n     C R É P U S C U L E S                        D ’A M E\n                Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE 4e ANNEE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 32, "texte": "LA\nWALLONIE\n\n\n     4e ANNEE\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 3, "page_fin": 28, "titre_corps": "L’intruse.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "L ’INTRUSE.                      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A u fond,\n  des fen êtres à v itra u x où dom ine le v e r t ; et une porte v itrée s ’o u vran t\n  su r un e terra sse . Une g ra n d e h o rlo g e flam ande en un co in . U ne lam pe\n  allum ée.\n\n\n\n  l e s t r o i s F i l l e s . — Venez ici, grand-père, asseyez-\n\nvous sons la lampe.\n  l ’ A ï e u l . — Il me semble qu’il ne fait pas très\n\nclair ici.\n"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "4                                            la Wallonie.\n\n\n\n    le P è r e .— Allons-nous sur la terrasse, ou restons-\n nous dans cette chambre ?\n    l ’ O n c l e . — Ne vaudrait-il pas mieux rester ici ? Il\n\n a plu toute la semaine et ces nuits sont humides\n et froides.\n   l a F i l l e a î n é e . — Il y a des étoiles cependant.\n\n   l ’ O n c l e . — O h ! les étoiles, ça ne prouve rien.\n\n   l ’ A ï e u l . — Il vaut mieux rester ici; on ne sait pas\n\n ce qui peut arriver.\n   l e P è r e . — Il ne faut plus avoir d’inquiétudes. Il\n\nn’y a plus de danger; elle est sauvée...\n   l ’ A ï e u l . — Elle ne me semble pas bien du tout...\n\n   l e P è r e . — Pourquoi dites-vous cela ?\n\n   l ’A ï e u l . — J ’ai entendu sa voix.\n\n   l e P è r e . — Mais puisque les médecins affirment\n\nque nous pouvons être tranquilles...\n   l ’ O n c l e . — V ous savez bien que votre beau-père\n\naime à nous inquiéter inutilement.\n   l ’ A ï e u l . — Je n’y vois pas comme vous autres.\n\n   l ’ O n c l e . — Il faut vous rapporter, alors, à nous\n\nautres qui voyons. Elle avait très bonne mine cette\naprès-midi. Elle dort profondément maintenant ; et\nnous n’allons pas empoisonner inutilement la pre­\nmière bonne soirée que nous ayons depuis longtemps.\nIl me semble que nous avons le droit de nous reposer,\net même de rire un peu, sans avoir peur, ce soir.\n   l e P è r e . — C’est vrai, c’est la première fois que\n\nje me sens chez moi, au milieu des miens, depuis\ncet accouchement terrible.\n"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "     l’Intruse.                                               5\n\n\n\n     l ’ O n c l e . — Une fois que la maladie est entrée\n\n dans une maison, on dirait qu’il y a un étranger dans\n la famille.\n     l e P ère. — Mais alors, on voit aussi, qu’à l’excep­\n\n tion de la famille, il ne faut compter sur personne.\n     l ’ O n c l e . — Vous avez bien raison.\n\n     l ’A ï e u l . — Pourquoi n’ai-je pu voir ma pauvre\n\n fille aujourd'hui ?\n    l ’ O n c l e . — V ous savez bien que le médecin l’a\n\n défendu.\n     l ’A ï e u l . — Je ne sais pas ce qu’il faut que je\n\npense.\n    l ’ O n c l e . — Il est inutile de vous inquiéter.\n\n    l ’ A ï e u l . (.Indiquant la porte à gauche.) — Elle ne\n\npeut pas nous entendre ?\n    l e P è r e . — Nous ne parlerons pas trop haut;\n\nd’ailleurs la porte est très épaisse ; et puis la sœur de\ncharité est avec elle, et nous avertirait si nous\nfaisions trop de bruit.\n    l ’ A ï e u l . (Indiquant la porte à droite.) — Il ne peut\n\npas nous entendre ?\n    l e P è r e . — Non, non.\n\n    l ’A ï e u l . — Il dort ?\n\n    l e P è r e . — Je suppose que oui.\n\n    L'A ïe u l. — Il faudrait aller voir.\n   l ’ O n c l e . — Il m’inquiéterait plus que votre femme,\n\nce petit. Voilà plusieurs semaines qu’il est né; et il\na remué à peine, il n’a pas poussé un seul cri jus­\nqu’ici; on dirait un enfant de cire.\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "6                                             la Wallonie.\n\n\n\n   l ’A ï e u l . — Je crois qu’il sera sourd, et peut-être\n\nmuet.... Voilà ce que c’est que les mariages consan­\nguins.... (Silence réprobateur.)\n   l e P è r e . — Je lui en veux presque du mal qu’il a\n\nfait à sa mère.\n   l ’ O n c l e . — Il faut être raisonnable ; ce n’ est pas sa\n\nfaute au pauvre petit. — Il est tout seul dans cette\nchambre ?\n   l e P è r e . — Oui; le médecin ne veut plus qu’il\n\nreste dans la chambre de sa mère.\n   l ’ O n c l e . — Mais la nourrice est avec lui?\n\n   l e P è r e . — Non; elle est allée se reposer un\n\nmoment; elle l’a bien gagné depuis ces jours derniers.\n— Ursule, va voir un peu s’il dort.\n   l a F i l l e a î n é e . — Oui, mon père. (Les trois sœurs\n\nse lèvent, et se tenant par la main, entrent dans la\nchambre à droite.)\n   l e P è r e . — A quelle heure notre sœur viendra-t-\n\nelle?\n   l ’ O n c l e . — Je crois qu’elle viendra vers neuf\n\nheures.\n   l e P è r e . — Il est neuf heures passées. Je voudrais\n\nqu’elle vienne ce soir; ma femme tient beaucoup à\nla voir.\n  l ’ O n c l e . — I1 est certain qu’elle viendra. C’est la\n\npremière fois qu’elle vienne ici?\n  l e P è r e . —-Elle n’est jamais entrée dans la maison.\n\n  l ’ O n c l e . — Il lui est très difficile de quitter son\n\ncouvent.\n"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "     l'Intruse.                                                 7\n\n\n\n   le   P è r e . — Elle sera seule?\n   l ’O ncle.       — Je pense qu’une des nonnes l’accom­\n pagnera. Elles ne peuvent pas sortir seules.\n    l e P è r e . — Elle est la supérieure cependant.\n\n    l ’ O n c l e . — La règle est la même pour toutes.\n\n    l ’ A ï e u l . — Vous n’avez plus d’inquiétudes?\n\n    l ’ O n c l e . — Pourquoi donc aurions-nous des in­\n\n quiétudes? Il ne faut plus revenir là-dessus. Il n’y a\nplus rien à craindre.\n   l ’A ï e u l . — Votre sœur est plus âgée que vous?\n\n   l ’ O n c l e . — Elle est l’aînée de nous tous.\n\n   l ’ A ï e u l . — Je ne sais pas ce que j ’ai ; je ne suis pas\n\ntranquille. Je voudrais que votre sœur fût ici.\n   l ’ O n c l e . — Elle viendra; elle l’a promis.\n\n   l ’ A ï e u l . — Je voudrais que cette soirée fût passée!\n\n(Rentrent les trois filles.)\n   l e P è r e . — Il dort?\n\n   l a F i l l e a î n é e . — Oui mon père, très profon­\n\ndément.\n   l ’ O n c l e . — Qu’allons-nous faire en attendant?\n\n   l ’ A ï e u l . — En attendant quoi?\n\n   l ’ O n c l e . — En attendant notre sœur.\n\n   l e P è r e . — Tu ne vois rien venir, Ursule ?\n\n   l a F i l l e a î n é e (à la fenêtre). — Non, mon père.\n\n   le P è re. •     — Et dans l’avenue? tu vois l’avenue?\n   l a F i l l e . — Oui, mon père; il y a clair de lune; et\n\nje vois l’avenue jusqu’aux bois de sapins.\n   l ’ A ï e u l . — Et tu ne vois personne, Ursule?\n\n   l a F i l l e . — Personne, grand-père.\n"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "8                                             la Wallonie.\n\n\n\n    l ’O ncle.     — Quel temps fait-il ?\n    la   F il l e . —  Il fait très beau; entendez-vous les\nrossignols ?\n   l ’ O n c l e . — Oui, oui.\n\n   l a F i l l e . — Un peu de vent s’élève dans l’avenue?\n\n   l ’ A ï e u l . — Un peu de vent dans l’avenue, Ursule?\n\n   t.a F i l l e . — Oui, les arbres tremblent un peu.\n   l ’ O n c l e . — C’est étonnant que ma sœur ne soit\n\npas encore ici.\n   l ’ A ï e u l .— Je n’entends plus les rossignols, Ursule.\n\n   l a F i l l e . — Je crois que quelqu’un est entré dans\n\nle jardin, grand-père.\n   l ’ A ï e u l . — Qui est-ce ?\n\n   la F il l e . -    Je ne sais pas, je ne vois personne.\n   l ’ O n c l e . — C’est qu’il n’y a personne.\n\n   l a F i l l e . — Il doit y avoir quelqu’un dans le\n\njardin ; les rossignols se sont tus tout à coup.\n   l ’ A ï e u l . — Je n’entends pas marcher cependant.\n\n   l a F i l l e . — Il fa-ut que quelqu’un passe près de\n\nl’étang, car les cygnes ont peur.\n   u n e a u t r e F i l l e . — Tous les poissons de l’étang\n\nplongent subitement.\n    le   P ère . — Tu ne vois personne?\n    la   F ille . —     Personne, mon père.\n    le   P ère . — Mais cependant, l’étang est dans le\nclair de lune....\n    la   F i l l e . — Oui; je vois que les cygnes\n                                                 ont peur.\n   l ’ O n c l e . — Je suis sûr que c’est ma sœur qui les\n\nefiraie. Elle sera entrée par la petite porte.\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1261, "texte": "    l' Intruse.                                           9\n\n\n\n   l e P è r e . — Je ne m’explique pas pourquoi les\n\nchiens n’aboient point.\n   l a F i l l e . — Je vois le chien de garde tout au fond\n\nde sa niche.\n  l ’ O n c l e . — Il a peur de ma sœur. Je vais voir. (Il\n\nappelle.) Ma sœur ! ma sœur ! Est-ce toi ? — Il n’y a\npersonne.\n   l a F i l l e . — Je suis sûre que quelqu’un est entré\n\ndans le jardin. Vous allez voir.\n   l ’ O n c l e . — Mais elle me répondrait !\n\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce que les rossignols ne recommen­\n\ncent pas à chanter, Ursule ?\n   l a F i l l e . — Je n’en entends plus un seul dans\n\ntoute la campagne.\n   l ’ A ï e u l . — Il n’y a pas de bruit cependant.\n\n   l e P è r e . — H y a un silence de mort.\n\n   l ’ A ï e u l . — Il faut que ce soit un inconnu qui les\n\neffraie, car si c’était quelqu’un de la maison, ils ne se\ntairaient pas.\n   l ’ O n c l e . — Allez-vous vous occuper des rossi­\n\ngnols, à présent ?\n   l ’A ï e u l . — Toutes les fenêtres sont-elles ouvertes,\n\nUrsule ?\n   l a F i l l e . — La porte vitrée est ouverte, grand-\n\npère.\n   l ’A ï e u l . — Il me semble que le froid entre dans la\n\nchambre.\n   l a F i l l e . — Il y a un peu de vent dans le jardin,\n\ngrand-père, et les roses s’effeuillent.\n"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": " 10                                            la Wallonie.\n\n\n\n      le   P è r e . — Eh bien, ferme la porte, Ursule.   Il est\n tard.\n    l a F i l l e . — Oui, mon père. — Je ne peux pas\n\n fermer la porte, mon père.\n    l e s d e u x a u t r e s F i l l e s . — Nous ne pouvons pas\n\n fermer la porte.\n    l ’A ï e u l . — Qu’y a-t-il donc à la porte, mes filles ?\n\n    l ’ O n c l e . — Il ne faut pas dire cela d’une voix\n\n extraordinaire. Je vais les aider.\n    l a F i l l e a î n é e . — Nous ne parvenons pas à la\n\n fermer tout à fait.\n    l ’ O n c l e . — C’est à cause de l’humidité. Appuyons\n\n ensemble. Il faut qu’il y ait quelque chose entre les\n battants.\n   l e P è r e . — Le menuisier l’arrangera demain.\n\n   l ’A ï e u l . — Est-ce que le menuisier vient, demain ?\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père, il vient travailler\n\n dans la cave.\n   l ’A ï e u l . — Il va faire du bruit dans la maison !...\n\n   l a F i l l e . — Je lui dirai de travailler doucement.\n\n(On entend, tout à coup, le bruit d’une faux qu'on\naiguise au dehors.)\n   l ’ A ï e u l (tressaillant.) — O h !\n\n   l ’ O n c l e . — Ursule, qu’est-ce que c’est ?\n\n   l a F i l l e . — Je ne sais pas au juste; je crois que\n\nc’est le jardinier. Je ne vois pas bien; il est dans\nl’ombre de la maison.\n   l e P è r e . — C’est le jardinier qui va faucher.\n\n   l ’ O n c l e . — Il fauche pendant la nuit ?\n"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "     l’Intruse.                                            11\n\n\n    l e P è r e . — N’est-ce pas dimanche, demain ? —\n\n Oui. — J ’ai remarqué que l’herbe était très haute\nautour de la maison.\n    l ’ A ï e u l . — Il me semble que sa faux fait tant de\n\nbruit....\n   l a F i l l e . — Il fauche autour de la maison.\n\n   l ’ A ï e u l . — L ’aperçois-tu, Ursule ?\n\n   l a F i l l e . — Non, grand-père, il est dans l’obscu­\n\nrité.\n   l ’ A ï e u l . — Il me semble que sa faux fait tant de\n\nbruit....\n   l a F i l l e . — C’est que vous avez l’oreille très fine,\n\ngrand-père.\n   l ’ A ï e u l . — Je crains qu’il ne réveille ma fille.\n\n   l ’ O n c l e . — Nous l’entendons à peine.\n\n   l ’ A ï e u l . — Moi, je l’entends comme s’il fauchait\n\ndans la maison.\n   l ’ O n c l e . — La malade ne l’entendra pas; il n’y a\n\npas de danger.\n   l e P è r e . -— Il me semble que la lampe ne brûle pas\n\nbien ce soir.\n  l ’ O n c l e . — Il faudrait y mettre de l’huile.\n\n  l e P è r e . — J ’en ai vu mettre ce matin. Elle brûle\n\nmal depuis qu’on a fermé la fenêtre.\n  l ’ O n c l e . — Je crois que le verre est voilé.\n\n  l a P è r e . — Elle brûlera mieux tout à l’heure.\n\n  l a F i l l e . — Grand-père s’est endormi. Il n’a pas\n\ndormi depuis trois nuits.\n  l e P è r e . — Il a eu bien des inquiétudes.\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "12                                          la Wallonie.\n\n\n\n     l’Oncle.      — Il s’inquiète toujours outre mesure. Il\ny a des moments où il ne veut pas entendre raison.\n   l e P è r e . — C’est assez excusable à son âge.\n\n   l ’ O n c l e . — Dieu sait où nous en serons à son âge !\n\n   l e P è r e . — Il a près de quatre-vingts ans.\n\n   l ’ O n c l e . — Alors, on a le droit d’être étrange.\n\n   l e P è r e . — Peut-être serons-nous plus étrange\n\nque lui.\n   l ’ O n c l e . — On ne sait pas ce qui peut arriver.\n\nIl est drôle à certains moments.\n   l e P è r e . — Il est comme tous les aveugles.\n\n   l ’ O n c l e . — Ils réfléchissent un peu trop.\n\n   l e P è r e . — Ils ont trop de temps à perdre.\n\n   l ’ O n c l e . — Ils n’ont pas autre chose à faire.\n\n   l e P è r e . — Et puis, ils n’ont aucune distraction.\n\n   l ’ O n c l e . — Cela doit être terrible.\n\n   l e P è r e . — Il paraît qu’on s’y habitue.\n\n   l ’ O n c l e . — Je ne puis pas me l’imaginer.\n\n   l e P è r e . — Il est certain qu’ils sont à plaindre.\n\n   l ’ O n c l e . — Ne pas savoir où l’on est, ne pas savoir\n\nd’ où l’on vient, ne pas savoir où l’on va ; ne plus\ndistinguer midi de minuit, ni l’été de l’hiver... et\ntoujours ces ténèbres, ces ténèbres... j ’aimerais mieux\nne plus vivre... est-ce que c’est absolument incurable?\n   l e P è r e . — Il paraît que oui.\n\n   l ’ O n c l e . — Mais il n’est pas absolument aveugle ?\n\n   l e P è r e . — Il distingue les grandes clartés.\n\n   l ’ O n c l e . — Ayons soin de nos pauvres yeux !\n\n   l e P è r e . — Il a souvent d’étranges idées.\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1385, "texte": "     l'Intruse.                                                       13\n\n\n\n   l ’O ncle.    —   Il y    a   des m om en ts   où   il n ’ e s t p a s\na m u sa n t.\n   le   P è r e . — Il dit   absolument tout ce qu’il pense.\n   l ’O n cle.     — Mais il n’a pas toujours été ainsi ?\n   l e P è r e . — Mais non ; dans le temps il était aussi\n\nraisonnable que nous ; il ne disait rien d’extra­\nordinaire. Il est vrai qu’Ursule l’encourage un peu\ntrop ; elle répond à toutes ses questions...\n   l ’ O n c l e . — Il vaudrait mieux ne pas répondre ;\n\nc’est lui rendre-un mauvais service. (Dix heures\nsonnent.)\n   l ’ A ï e u l (s'éveillant.) — Suis-je tourné vers la porte\n\nvitrée ?\n   l a F i l l e . — Vous avez bien dormi, grand-père ?\n\n   l ’ A ï e u l . — Suis-je tourné vers la porte vitrée ?\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père.\n\n   l ’ A ï e u l . — Il n’y a personne à la porte vitrée ?\n\n   l a F i l l e . — Mais non, grand-père, je ne vois per­\n\nsonne.\n   l ’A ï e u l . — Je croyais que quelqu’un attendait.\n\nIl n’ est venu personne, Ursule ?\n   l a F i l l e . — Personne, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . (A VOncle et au Père) — Et votre sœur\n\nn’est pas venue ?\n   l ’ O n c l e . — Il est trop tard ; elle ne viendra plus ;\n\nce n’est pas gentil de sa part.\n   l e P è r e . — Elle commence à m’inquiéter. ( On\n\nentend un bruit,comme de quelqu'un qui entre dans la\nmaison.)\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": " 14                                         la Wallonie.\n\n\n\n      l ’O n cle.    — Elle est là ! avez-vous entendu ?\n     l e P è r e . — Oui ; quelqu’un est entré par les sou­\n\n  terrains.\n     l ’ O n c l e . — Il faut que ce soit notre sœur. J ’ai\n\n reconnu son pas.\n     l ’ A ï e u l . — J ’ai entendu marcher lentement.\n\n     l e P è r e . — Elle est entrée très doucement.\n\n     l ’ O n c l e . — Elle sait qu’il y a un malade.\n\n    l ’ A ï e u l . — Je n’entends plus rien maintenant.\n\n    l ’ O n c l e . — Elle montera immédiatement, on lui\n\n dira que nous sommes ici.\n    l e P è r e . — Je suis heureux qu’elle soit venue.\n\n    l ’ O n c l e . — J ’étais sûr qu’elle viendrait ce soir.\n\n    l ’ A ï e u l . — Elle tarde bien à monter.\n\n    l ’ O n c l e . — Il faut cependant que ce soit elle.\n\n    l e P è r e . — Nous n’attendons pas d’autres visites.\n\n    l ’A ï e u l . — Je n’entends aucun bruit dans les sou­\n\n terrains.\n    l e P è r e . — Je vais appeler la servante ; nous\n\n saurons à quoi nous en tenir. (Il tire un cordon de\n sonnette.)\n    l ’A ï e u l . — J’entends déjà du bruit dans l’escalier.\n\n    l e P è r e . — C’est la servante qui monte.\n\n    l ’ A ï e u l . — Il me semble qu’elle n’est pas seule.\n\n    l e P è r e . — C’est la servante qui fait tant de bruit.\n\n    l ’ O n c l e . — On dirait qu’elle a des jambes de\n\n plomb.\n    l e P è r e . — Elle devient d’une grosseur effrayante ;\n\nje crois qu’elle est hydropique.\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "     l’ Intruse.                                          15\n\n\n\n    l ’ O n c l e . — Il serait temps de s’en débarrasser ;\n\nvous allez l’avoir sur les bras.\n    l ’A ï e u l . — J ’entends les pas de votre sœur !\n\n    l e P è r e . — Je n’entends, moi, que la servante.\n\n   l ’A ï e u l . — C’est votre sœur! c’est votre sœur!\n\n( On frappe à la petite porte)\n    l ’ O n c l e . — Elle frappe à la porte de l’escalier\n\ndérobé.\n    l e P è r e . — Je vais ouvrir moi-même, parce que\n\ncette petite porte fait trop de bruit ; elle ne sert que\nlorsqu’on veut entrer dans la chambre sans qu’on\ns’en aperçoive. (Il entr’ouvre la petite porte; la servante\nreste dehors, dans Ventre-bâillement) O ù êtes-vous?\n   l a S e r v a n t e . — Ici, Monsieur.\n\n   l ’ A ï e u l . — Votre sœur est à la porte?\n\n   l ’ O n c l e . — Je ne vois que la servante.\n\n   l e P è r e . — Il n’y a que la servante. (A la servante.)\n\nQui est-ce qui est entré dans la maison?\n   l a S e r v a n t e . — Entré dans la maison, Monsieur?\n\n   l e P è r e . — Oui; il est venu quelqu’un tout à\n\nl’heure ?\n   l a S e r v a n t e . —- Il n’est venu personne, Monsieur.\n\n   l ’A ï e u l . — Qui est-ce qui soupire ainsi?\n\n   l ’ O n c l e . — C’est la servante ; elle est essoufflée.\n\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce qu’elle pleure?\n\n   l ’ O n c l e . — Mais non; pourquoi pleurerait-elle?\n\n   l e P è r e . (A la servante) — Quelqu’un n’est-il pas\n\nentré, tout à l’heure ?\n   l a S e r v a n t e . — Mais non, Monsieur.\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "16                                                la Wallonie.\n\n\n\n     le   Père. —     Mais nous avons entendu ouvrir la\nporte !\n     la   S e r v a n t e . — C’est   moi qui ai fermé la porte,\nMonsieur.\n     le   P è r e . — Elle était ouverte?\n     L a S e r v a n t e . — Oui, Monsieur.\n     l e P è r e . — Pourquoi         était-elle ouverte, à cette\nheure ?\n   l a S e r v a n t e . — Je ne sais pas, Monsieur, moi, je\n\nl’avais fermée.\n   l e P è r e . — Mais alors, qui est-ce qui l’a ouverte?\n\n   l a S e r v a n t e . — Je ne sais pas, Monsieur, il faut\n\nque quelqu’un soit sorti après moi, Monsieur.\n   l e P è r e . — Il faut faire attention. — Mais ne\n\npoussez donc pas la porte; vous savez bien qu’elle\nfait du bruit!\n   l a S e r v a n t e . — Mais, Monsieur, je ne touche pas\n\nà la porte!\n   l e P è r e . — Mais si! vous poussez comme si vous\n\nvouliez entrer dans la chambre!\n   l a S e r v a n t e . — Mais, Monsieur, je suis à trois pas\n\n de la porte!\n   l e P è r e . — Parlez un peu moins haut.\n\n   l ’ A ï e ü l . — Est-ce qu’on éteint la lumière?\n\n   l a F i l l e a î n é e . — Mais non, grand-père.\n\n    l ’ A ï e u l . — Il me semble qu’il fait noir tout à coup.\n\n    l e P è r e . (A la servante.) — Vous pouvez des­\n\n cendre maintenant; mais ne faites plus tant de\n bruit dans l’escalier.\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1373, "texte": "     l’ Intruse.                                                17\n\n\n\n  la    S ervante.        — Je n’ai pas fait de bruit dans\nl’escalier, Monsieur.\n   l e P è r e .— Je vous dis que vous avez fait du bruit;\n\ndescendez doucement; vous éveilleriez Madame.\n   l a S e r v a n t e . — Ce n’est pas moi qui ai fait du\n\nbruit, Monsieur.\n   l e P è r e . — Et s’il venait quelqu’un, maintenant,\n\ndites que nous n’y sommes pas.\n   l ’ O n c l e . — Oui, dites que nous n’y sommes pas !\n\n   l ’ A ï e u l . ( Tressaillant.) - Il ne fallait pas dire cela !\n\n   l e P è r e . — .... Si ce n’est pour ma sœur et pour le\n\nmédecin.\n   l ’ O n c l e . — A quelle heure le médecin viendra-t-il?\n\n   l e P è r e . — Il ne pourra pas venir avant minuit.\n\n(Il ferme la porte. On entend sonner onze heures.)\n   l ’ A ï e u l . — Elle est entrée ?\n\n   l e P è r e . — Qui donc?\n\n   l ’ A ï e u l . — La servante ?\n\n   l e P è r e . — Mais non ; elle est descendue.\n\n   l ’ A ï e u l . — Je croyais qu’elle s’était assise à la\n\ntable ?\n   l ’ O n c l e . — La servante?\n\n   l ’ A ïe u l . —   O u i.\n   l ’O ncle.     — Il ne manquerait plus que cela!\n   l ’A ïe u l .  — Personne n’est entré dans la chambre?\n  l e P è r e . — Mais non, personne.\n\n  l ’A ï e u l . — Et votre sœur n’est pas ici?\n\n  l ’ O n c l e . — Notre sœur? — Mais notre sœur n’est\n\npas venue ; où sont donc vos idées ?\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": " 18                                           la Wallonie.\n\n\n\n      l ’A ï e u l .— Vous voulez me tromper!\n      l ’O n cle.   — Vous tromper?\n    l ’A ï e u l . — Ursule, dis-moi la vérité, pour l’amour\n\n de Dieu !\n    l a F i l l e a î n é e . — Grand-père ! grand-père, qu’est-\n\n ce que vous avez?\n    l ’A ï e u l . — Il est arrivé quelque chose!... Je suis\n\n sûr que ma fille est plus mal!...\n    l ’ O n c l e . — Est-ce que vous rêvez?\n\n    l ’ A ï e u l . — Vous ne voulez pas me le dire!... Je\n\n vois bien qu’il y a quelque chose!...\n    l ’ O n c l e . — En ce cas, vous voyez mieux que nous.\n\n    l ’ A ï e u l . — Ursule, dis-moi la vérité !\n\n   l a F i l l e . — Mais on vous dit la vérité, grand-\n\n père !\n   l ’ A ï e u l . — Tu n’as pas ta voix ordinaire !\n\n   l e P è r e . — C’est parce que vous l’effrayez.\n\n   l ’ A ï e u l . — Votre voix est changée, elle aussi!\n\n   l e P è r e . — Mais vous devenez fou ! (Lui et VOnde\n\nse font des signes d!intelligence, pour se persuader que\nl’A ïeul a perdu la raison.)\n   l ’A ï e u l . — J ’entends bien que vous avez peur !\n\n   l e P è r e . — Mais de quoi donc aurions-nous peur?\n\n   l ’A ï e u l . — Pourquoi voulez-vous me tromper ?\n\n   l ’ O n c l e . — Qui est-ce qui songe à vous tromper?\n\n   l ’ A ï e u l . — Pourquoi avez-vous éteint la lumière ?\n\n   l ’ O n c l e . — Mais on n’a pas éteint la lumière ; il\n\nfait aussi clair qu’auparavant.\n   l a F i l l e . — Il me semble que la lampe a baissé.\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "    l’ Intruse.                                            19\n\n\n\n  le   P è r e . — J ’y vois aussi clair que d’habitude.\n  l ’A ïe u l .   — J ’ai des meules de moulin sur les yeux !\nMes filles, dites-moi donc ce qui arrive ici ! dites-le-\nmoi pour l’amour de Dieu, vous autres qui voyez !\nJe suis ici, tout seul, dans des ténèbres sans fin ! Je\nne sais pas qui vient s’asseoir à côté de moi ! Je ne\nsais plus ce qui se passe à deux pas de moi !...\nPourquoi parliez-vous à voix basse, tout à l’heure ?\n  l e P è r e . — Personne n’a parlé à voix basse.\n\n   l ’ A ï e u l . — Vous avez parlé à voix basse, à la\n\nporte.\n   l e P è r e . — Vous avez entendu tout ce que j ’ai dit.\n\n   l ’A ï e u l . — Vous avez introduit quelqu’un dans la\n\nchambre !\n   l e P è r e . — Mais je vous dis que personne n’est\n\nentré !\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce votre sœur ou un prêtre ? — il\n\nne faut pas essayer de me tromper. — Ursule, qui\nest-ce qui est entré ?\n   l a F i l l e . — Personne, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . — Il ne faut pas essayer de me tromper ;\n\nje sais ce que je sais ! — Combien sommes-nous ici ?\n   l a F i l l e . — Nous sommes six autour de la table,\n\ngrand-père.\n   l ’A ï e u l . — Vous êtes tous autour de la table ?\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . — Vous êtes là, Paul ?\n\n   l e P è r e . — Oui.\n\n   l ’ A ï e u l . — Vous êtes là, Olivier?\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "20                                           la Wallonie.\n\n\n\n   l ’ O n c l e . — Mais oui ; mais oui ; je suis ici, à ma\n\nplace ordinaire. Ce n’est pas sérieux n’est-ce pas ?\n   l ’A ï e u l . — Tu es là Geneviève ?\n\n   u n e d e s F i l l e s . — Oui, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . — Tu es là, Gertrude ?\n\n   u n e a u t r e F i l l e . — Oui, grand-père.\n\n   l ’ A ï e u l . — Tu es ici, Ursule ?\n\n   l a F i l l e a î n é e . — Oui, grand-père, à côté de vous.\n\n   l ’A ï e u l . — Et qui est-ce qui s’est assis là ?\n\n   l a F i l l e . — Où donc, grand-père ? — Il n’y a per­\n\nsonne.\n  l ’A ï e u l . — Ici, au milieu de nous ?\n\n   l a F i l l e . — Mais il n’y a personne, grand-père !\n\n  l e P è r e . — On vous dit qu’il n’y a personne !\n\n   l ’A ï e u l . — Mais vous ne voyez pas vous autres !\n\n  l ’ O n c l e . — Voyons, vous voulez rire ?\n\n  l ’A ï e u l . — Je n’ai pas envie de rire, je vous assure.\n\n  l ’ O n c l e . — Alors, croyez-en ceux qui voient.\n\n  l ’A ï e u l . (Indécis.) —      Je croyais qu’il y avait\nquelqu’un...\n  l ’ O n c l e . - Pourquoi irions-nous vous tromper ? à\n\nquoi cela servirait-il ?\n  l e P è r e . — Il faudrait bien vous dire la vérité.\n\n  l ’O n cle. -      A quoi bon se tromper mutuellement ?\n  l e P è r e . — Vous ne pourriez pas vivre longtemps\n\ndans l’erreur.\n  l ’A ï e u l . — Je voudrais être chez moi !\n\n  le P è r e . -      Mais vous êtes chez vous ici!\n  l ’ O n c l e . — Ne sommes-nous pas chez nous?\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "       l’Intruse.                                           21\n\n\n\n   le P ère . — Êtes-vous chez des étrangers?\n  l ’O n c le .   — Vous êtes étrange, ce soir.\n  l ’A ïe u l.    — C’est vous autres qui me semblez\nétranges !\n  le    P è r e . — Vous manque-t-il quelque chose?\n  l ’A ïe u l .     — Je ne sais pas ce que j ’ai!\n  l ’O n cle.       — Voulez-vous prendre quelque chose ?\n   l a F i l l e a î n é e . — Grand-père, que vous faut-il,\n\ngrand-père?\n    l ’ A ï e u l . — Donnez-moi vos petites mains, mes\n\nfilles.\n   l e s t r o i s F i l l e s . — Oui, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l .    Pourquoi tremblez-vous toutes les trois,\nmes filles?\n   l a F i l l e a î n é e . — Nous ne tremblons presque pas,\n\ngrand-père.\n   l ’ A ï e u l . — Je crois que vous êtes pâles toutes\n\nles trois.\n   l a F i l l e a î n é e . — Il est tard, grand-père, et nous\n\nsommes fatiguées.\n   l e P è r e . — Il faudrait aller vous coucher; et grand-\n\npère aussi ferait mieux de prendre un peu de repos.\n   l ’ A ï e u l . — Je ne pourrais pas dormir cette nuit !\n\n   l ’ O n c l e . — Nous attendrons le médecin.\n\n   l ’A ïe u l . -   Préparez-moi à la vérité !\n   l ’ O n c l e . — Mais il n’y a pas de vérité !\n\n   l ’ A ï e u l . — Alors, je ne sais pas ce qu’il y a!\n\n   l ’ O n c l e . — Je vous dis qu’il n’y a rien du tout!\n\n   l ’ A ï e u l . — Je voudrais voir ma pauvre fille !\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "22                                           la Wallonie.\n\n\n\n  l e P è r e . — Mais vous savez bien que c’est impos­\n\nsible; il ne faut pas l’éveiller inutilement.\n  l ’ O n c l e . — Vous la verrez demain.\n\n   l ’A ï e u l . — On n’entend aucun bruit dans sa\n\nchambre.\n  l ’ O n c l e . — Je serais inquiet si j ’entendais du bruit.\n\n  l ’A ï e u l . — Il y a bien longtemps que je n’ai vu\n\nma fille!... Je lui ai pris les mains hier au soir et je ne\nla voyais pas !... Je ne sais plus ce qu’elle devient. Je\nne sais plus comment elle est... Je ne connais plus\nson visage... Elle doit être changée depuis ces se­\nmaines !... J ’ai senti les os de ses joues sous mes\nmains... Il n’y a plus que les ténèbres entre elle et\nmoi, et vous tous!... Ce n’est plus vivre ainsi... ce\nn’est pas vivre cela!... Vous êtes là, tous, les yeux\nouverts à regarder mes yeux morts, et pas un de\nvous n’a pitié!... Je ne sais pas ce que j ’ai... on ne dit\njamais ce qu’il faudrait dire... et tout est effrayant\nquand on y songe... Mais pourquoi ne parlez-vous\nplus, maintenant?\n   l ’ O n c l e . — Que voulez-vous que nous disions,\n\npuisque vous ne voulez pas nous croire?\n   l ’ A ï e u l . — Vous avez peur de vous trahir !\n\n   l e P è r e . — Mais soyez donc raisonnable, à la fin!\n\n   l ’ A ï e u l . — Il y a longtemps que l’on me cache\n\nquelque chose ici!... Il s’est passé quelque chose dans\nla maison... Mais je commence à comprendre main­\ntenant... Il y a trop longtemps qu’on me trompe! —\nVous croyez donc que je ne saurai jamais rien? — Il\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "     l’Intruse.                                             23\n\n\n\ny a des moments où je suis moins aveugle que vous,\nvous savez!... Est-ce que je ne vous entends pas\nchuchoter, depuis des jours et des jours, comme si\nvous étiez dans la maison d’un pendu ? — Je n’ose\npas dire ce que je sais ce soir... Mais je saurai la\nvérité!... J ’attendrai que vous disiez la vérité ; mais\nil y a longtemps que je le sais, malgré vous ! — Et\nmaintenant, je sens que vous êtes tous plus pâles\nque des morts !\n   les      t r o is E il l e s . —    Grand-père, grand-père !\nQu’avez-vous donc, grand-père ?\n   l ’A ï e u l . — Ce n’est pas de vous que je parle, mes\n\nfilles, non, ce n’est pas de vous que je parle... Je sais\nbien que vous m’apprendriez la vérité, s’ils n’étaient\npas autour de vous !... Et d’ailleurs, je suis siîr qu’ils\nvous trompent aussi... Vous verrez, mes filles, vous\nverrez !... Est-ce que je ne vous entends pas sangloter\ntoutes les trois?\n   l ’ O n c l e . — Moi, je ne reste pas ici.\n\n   l e P è r e . — Est-ce que, vraiment, ma femme est si\n\nmal?...\n   l ’ A ï e u l . — Il ne faut plus essayer de me tromper;\n\nil est trop tard maintenant, et je sais la vérité mieux\nque vous !...\n   l ’ O n c l e . — Mais         enfin, nous ne sommes pas\naveugles nous !\n   l e P è r e . — Voulez-vous entrer dans la chambre\n\nde votre fille ? Il y a ici un malentendu et une\nerreur qui doivent finir. Voulez-vous ?\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1233, "texte": "24                                            la Wallonie.\n\n\n\n     l ’A ï e u l .   — N on; non, pas maintenant... pas\nencore...\n   l ’ O n c l e . — Vous voyez bien que vous n’êtes pas\n\nraisonnable.\n   l ’ A ï e u l . — On ne sait jamais tout ce qu’un homme\n\nn’a pu dire dans sa vie !... — Qui est-ce qui fait ce\nbruit ?\n   l a F i l l e a î n é e . — C’est la lampe qui palpite ainsi,\ngrand-père. Je crois qu’elle va s’éteindre.\n  l e P è r e . — Il n’y a plus d’huile.\n  l a F i l l e . — Elle s’éteint tout à fait.\n  l e P è r e . — Nous ne pouvons pas rester ainsi dans\nles ténèbres.\n  l ’ O n c l e . — Pourquoi pas? - J ’y suis déjà habitué.\n  l e P ère . — Il y a de la lumière dans la chambre\nde ma femme.\n  l ’O n c le .    — Nous en prendrons tout à l’heure,\nquand le médecin sera venu.\n   l e P è r e . — Il est vrai qu’on y voit assez ; il y a la\n\nclarté du dehors.\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce qu’il fait clair dehors ?\n\n   l e P è r e . — Plus clair qu’ici.\n\n   l ’ O n c l e . — Moi, j ’aime autant causer dans l’obscu­\n\nrité.\n   l e P è r e . — Moi aussi. (Silence.)\n\n   l ’ A ï e u l . — Il me semble que l’horloge fait tant\n\nde bruit!...\n   l a F i l l e a î n é e . — C’est parce qu’on ne parle plus,\n\ngrand-père.\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "    l’ Intruse.                                            25\n\n\n\n  l ’A ïe u l .   — Mais pourquoi vous taisez-vous tous ?\n  l’O ncle.       —De quoi voulez-vous que nous parlions?\n— Vous n’êtes pas sérieux ce soir.\n   l ’A ï e u l . — Est-ce qu’il fait très noir dans la\n\nchambre ?\n   l ’ O n c l e . — Il n’y fait pas très clair. (Silence)\n\n   l ’A ï e u l . — Je ne       me sens pas bien, Ursule;\nouvre un peu la fenêtre.\n   l e P è r e . — Oui, ma fille, ouvre un peu la fenêtre ;\n\nje commence à avoir besoin d’air, moi aussi. (La fille\nouvre une fenêtre)\n   l ’ O n c l e . — Je crois positivement, que nous avons\n\nété enfermés trop longtemps.\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce que la fenêtre        est ouverte,\nUrsule ?\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père, elle est large ouverte.\n\n   l ’A ï e u l . — On ne dirait pas qu’elle est ouverte ; il\n\nne vient aucun bruit du dehors.\n   l a F i l l e . — Non, grand-père, il n’y a pas le\n\nmoindre bruit.\n   l e P è r e . — Il y a un silence extraordinaire.\n\n   l a F i l l e . — On entendrait marcher un ange.\n\n   l ’ O n c l e . — Voilà pourquoi je n’aime pas la cam­\n\npagne.\n   l ’A ï e u l . — Je voudrais entendre un peu de bruit.\n\nQuelle heure est-il, Ursule ?\n   l a F i l l e . — Minuit bientôt, grand-père. (Ici l'oncle\n\nse met à marcher de long en large dans la chambre)\n   l ’A ï e u l . — Qui est-ce qui marche ainsi, autour de\n\nnous?\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "26                                          la Wallonie.\n\n\n\n   l ’ O n c l e . — C’est moi, c’est moi, n’ayez pas peur.\n\nJ ’éprouve le besoin de marcher un peu. (Silence.)\n— Mais je vais me rasseoir; — je ne vois pas où je\nvais. (Silence)\n   l ’ A ï e u l . — Je voudrais être ailleurs!\n\n   l a F i l l e . — Où voudriez-vous aller, grand’père?\n\n   l ’A ï e u l . — Je     ne sais où — dans une autre\nchambre.\n   l e P è r e . — O ù irions-nous ?\n\n   l ’ O n c l e . — Il est trop tard pour aller ailleurs.\n\n(Silence. Ils sont assis, immobiles, autour de la table)\n   l ’A ï e u l . — Qu’est-ce que j ’entends, Ursule?\n\n   l a F i l l e . — Rien,, grand-père, ce sont des feuilles\n\nqui tombent; — oui, ce sont des feuilles qui tombent\nsur la terrasse.\n   l ’A ï e u l . — Va fermer la fenêtre, Ursule.\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père. (Elle ferme la fenêtre\n\net revient s’asseoir.)\n   l ’ A ï e u l . — J ’ai froid.  (Silence. Les trois sœurs\ns'embrassent.) Qu’est-ce que j ’entends maintenant?\n   l e P è r e . — Ce sont les trois sœurs qui s’em­\n\nbrassent.\n   l ’ O n c l e . - Il me semble qu’elles sont bien pâles,\n\nce soir. (Silence)\n   l ’ A ï e u l . — Qu’est-ce que j ’entends maintenant,\n\nUrsule?\n   l a F i l l e . — Rien, grand-père ; ce sont mes mains\n\nque j ’ai jointes.\n   l ’ A ï e u l . (Silence) Qu’est-ce que j ’entends, qu’est-\n\nce que j ’entends, Ursule?\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "    l'In truse.                                            27\n\n\n\n   L a F i l l e . — Je ne sais pas, grand-père; peut-être\nmes sœurs qui tremblent un peu?\n   l ’ A ï e u l . — J ’ai peur aussi mes filles.\n\n   (Ici un rayon de lune pénètre par un coin des\nvitraux et répand, çà et là, quelques lueurs louches et\nétranges dans la chambre. Minuit sonne, et, au der­\nnier coup, il semble, à certains, qu’on entende, très\nvaguement, un bruit comme de quelqu’un qui se lèverait\nen toute hâte.)\n   l ’A ï e u l . (Tressaillant d’une épouvante spéciale.) —\n\nQui est-ce qui s’est levé?\n   l ’ O n c l e . — On ne s’est pas levé!\n\n   l e P è r e . — Je ne me suis pas levé!\n\n   l e s t r o i s F i l l e s . — Moi non plus! — Moi non\n\nplus ! — Moi non plus !\n   l ’A ï e u l . — Il y         a quelqu’un qui s’est levé de\ntable !\n   l ’ O n c l e . — Allumez la lumière !\n\n    (Ici on entend tout à c o u p un vagissement d’épou­\nvante, à droite, dans la chambre de l’enfant; et ce vagis­\nsement continue avec des gradations de terreur, jusqu’à\nla fin de la scène.)\n    l e P è r e . — Ecoutez! l’enfant!\n\n    l ’ O n c l e . — Il n’a jamais pleuré!\n\n    l e P è r e . — Allons voir !\n\n    (En ce moment, on entend courir à pas précipités et\nsourds, dans la chambre à gauche. — Ensuite, un\n silence de mort. — Ils écoutent dans une muette terreur;\njusqu’à ce que la porte de cette chambre s’ouvre lente­\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "28                                         la Wallonie.\n\n\n\n ment; la clarté de la pièce voisine s'irrue dans la salle,\n et la sœur de charité paraît sur le seuil en ses vêtements\n noirs, et s'incline avec un geste triste, pour annoncer la\n mort de la femme. Ils comprennent, et, après un moment\n d'indécision et d’effroi, entrent en silence dans la\n chambre mortuaire; tandis que l'oncle, sur le pas de la\nporte, s’efface poliment pour laisser passer les trois\njeunes filles. L'aveugle, resté seul, se lève et s'agite à\n tâtons dans les ténèbres autour de la table.)\n   l ’A ïeul . — Où allez-vous? — Où allez-vous? Elles\nm’ont laissé tout seul!\n\n                          M a u r i c e MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                          FIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 32, "titre_corps": "Chanson.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A*", "ancre_debut": "CHANSON.                                            à A lbert Saint-Paul                                        et A c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "CHANSON.\n\n                                          à A lbert Saint-Paul\n                                       et A chille D elaroche.\n\nPrès de la mer, à la fontaine\nelle chantait à la fontaine :\n\nAh vire e t gyre et vire le dé !\n\n\nA fontaine profonde, arrivant de la plaine,\nà profonde fontaine un gueux j ’ai rencontré\net vire, et gyre, et vire le dé !\nI l avait haute allure une dague à la gaine\nétrange, et ses façons de vous dire dondaine\nlui donnaient de grands airs comme d’un capitaine\nsur tous les brigands par lui commandés.\n\net virent et gyrent et virent les dés !\n\nUn long mantel aux bords déchirés\net scs plis profonds comme un songe d’aimer...\n(ah longue et triste et longue est la plaine !)\nmontrait poitrine ferme et pleine\nson mantel entr’ouvert montrait sa nudité.\n\n— Ah triste et longue, triste est la plaine\ndit-il, et de mes yeux des larmes vit couler.\nJe suis triste ma mie et porte voire peine\nah j e suis triste comme la plaine ;\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "30                                                 la Wallonie.\n\n\n     mon âme a des recels de maux à bien garder\n     mon cœur a des trésors inconnus à donner :\n     je suis triste ma mie, venez me consoler.\n\n     (Mais longue et triste, longue est la plaine.)\n\n     — Je ne pourrais, lui dis-je; un amant désiré\n     il s’en fu t à la guerre il y a des années\n     et l’attends qui viendra du bout de cette plaine\n     oh longue et triste comme ma peine —-\n     et qui boira de ses baisers\n     tous mes pleurs esseulés coulant à la fontaine.\n\n     (Mais vire et gyre et vire le dé,\n     il n'aurait pas dû s’en aller.)\n\n     — Mais si vaine est la triste et longue, longue plaine !\n     l’amour d’antan, l’ami ne l’a-t-il oubliée ?\n     (sa paupière elle gyre, elle vire soudaine)\n     ah trop longue est la plaine, il vous a dédaignée.\n     Votre amant, je le vis aux pieds d’une autre reine\n     ton amant oublia la promesse lointaine,\n     son baiser méprisa ta poitrine trop vaine ;\n     lui quand virait, gyrait et que virait le dé\n     une autre belle, bien plus belle, a rencontrée\n     et boit l’amour rivale à des lèvres germaines...\n     Je suis triste, ma mie, ah viens me consoler !\n     — S’il arrivait... sa dague de haine\n     de rouges lèvres elle a marqué\n     mes petits membres séparés,\n     mes bras fluets désenlacés\n     et ma bondissante chevelure dénouée\n     inutilement dénouée\n     sur mes baisers désavoués\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "Chanson.                                                  31\n\n\npour l’apaiser, prier, détourner sa haine...\n— Vois comme longue et triste est la plaine ;\nviens ! je défaille sous ma peine,\nviens dans nos yeux jumeaux nos âmes contempler.\n Vois : longue, vaste, immense est la plaine;\ns’il arrivait au loin, — nous saurons nous garder.\n— Je t’aime ! je t’aime ! prends-moi toute, sois la carène\nqui tranche de l'étrave onduleux flots pâmés.\nOui, sans espoir et longue, trop longue est la plaine :\n Viens, mirons notre image au cristal des fontaines\net que vire et que gyre et que vire le dé !\n Viens, je suis triste, am i,partage ma peine,\nviens mirer ton amour à mes lèvres d’aimer :\nah verse ta langueur aux plis de mes baisers !\n\n(A la fontaine,\nau bout de longue, et triste, et longue plaine,\nun autre amant j ’ ai rencontré\net que vire et que gyre et que vire le dé!)\n\nMais se dressant sur la triste plaine :\n— Femme infidèle, tu m’as oublié',\nC’est moi qui t’appris les baisers\net pour guérir ma longue peine\nj ’avais traversé toute la plaine,\nj ’avais passé, pour tes baisers,\nla triste, et longue, longue plaine !\n— Ah, beau sire ? mais vire le dé !\n\nSoudain sur moi sa dague a levé;\npreste m'enfuis autour de la fontaine\ndans les grands prés longeant la profonde fontaine.\nMais lui, de lourds sanglots le vis tout secoué\nqui pleurait, maudissant la triste et longue plaine :\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "32                                               la Wallonie.\n\n\n     et je l’aimais, celui qui m’apprit les baisers...\n\n     H élas, il vit dans la fontaine ,\n     au plus profond de la fontaine\n     un jour qui tuait jours passés ;\n     il vit son image adorée,\n     il vit l’image détestée,\n     et dague en main s’y est jeté\n     pour tuer l'amant préféré.\n\n     Ali me fu t longue, longue la plaine\n     quand seule revins sans baisers :\n     il s ’est noyé dans la fontaine,\n     et vire et gyre et vire le dé !\n\n     Pourquoi m’a-t-il voulu tromper ?\n     Sous les longs vêtements de laine\n     aux plis du mantel déchiré,\n     mes lèvres voyaient les baisers\n     qu'y mordilla leur amour vaine...\n     A h que m’a-t-il voulu tromper !\n     car j ’avais reconnu l’Aimé\n     et l’aurais vu du loin de la plus longue plaine :\n     j ’avais reconnu mes baisers.\n\n     E t vire et gyre et vire le dé :\n     Près de la mer à la fontaine,\n     errant au long des longues plaines,\n     seule je vais portant ma peine\n     et l’on me verra délaissée\n     errante aux longues, longues plaines.\n\n\n                                               À*\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 35, "titre_corps": "Autour de soi.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "AU TOU R DE SOI.     à Henri de Régnier.              M ille", "ancre_fin": "inclinant un baiser vers l’abîme.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "la petite Elle à Madame E. M.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "AU TOU R DE SOI.\n\n\n  à Henri de Régnier.\n\n\n\n          M ille basaltes en colonnades\n          et les hauts murs de marbre noir\nsur des granits, massivement, par esplanades.\n\nTous les géants et leurs douteuses masses\nétagent m alem ent leurs masses, lourds de siècles\nmassivement, par les dalles des esplanades\noù des gestes se croisent d’ombres cruciales.\nUn peuple roide est lourd de pierre\ninam ovible, et sa rudesse en les basaltes\nse tord abruptement sous les décom bres d’ une salle,\nne songeant qu’autrefois, après bataille, après massacre,\nsous les hauts chevaliers qui forgeaient la victoire\nen martelant l ’ahan des armes et des cuirasses,\nlà hennirent des bonds caparaçonnés d’or.\n\nUn désastre, la hache et le glaive de proie\nsous le marbre, aux basaltes tonnèrent l’alarme,\n— un désastre cassa les rondaches et les armes;\nles panaches de gloire et les cimiers d’orgueil\navec les cris du bronze et l’or des étendards\net les chars dont s’acclam e le faste des rois,\net les fanfares d’or cabrées par cataractes\navec les cimiers d’or s’abîmèrent en l’histoire.\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "34                                               ta Wallonie.\n\n\nTout est m ort à jam ais pour les mém oires d’hommes :\ntelle vêpre en rumeur la trom pe du beffroi\nsonnant pillage et larmes et vacarm e de foule,\nle chant de l ’oliphant triom phant lors des sacres,\nles marches sous l ’orgueil des hautberts de parade;\nles pesants palefrois qui bondissaient, les dents au mors\npour les terreurs brutales et corps à corps dans les saccages,\nla victoire forgée contre les armes d’ or,\nla victoire qu’on forge sur les casques d’ or,\nTout est m ort à jam ais pour les mém oires d’hommes :\n\nune ombre a dévoré les chevaliers de proie.\n\nTous les géants, sur des granits, qui se refoulent\nmonstrueusement dans les ténèbres verdâtres,\nun peuple roide est lourd de pierre\net sa rudesse en les basaltes\nse tord abruptement sous les basaltes en colonnades.\nL es ruines s’étagent érigeant les basaltes\npar cataractes là roidies au flanc du roc,\npar cataractes, où l ’étendard se déferla,\noù l’or de l ’oliphant déploya ses fanfares.\nUn fer abrupt déchire et mord les bras de pierre\ncar sa rudesse en les basaltes\nse tord abruptement sous les basaltes en colonnades\net le silence est de ruines dans la plaine\nnormalement figée au bas.\n\n\n\nOr sur le froid du marbre et dans la terreur des basaltes\nun miracle fit de merveille épanouir\nla fragilité d’une indécise corolle.\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1074, "texte": "      la petite Elle.                                            35\n\n\nJ ’ai vu ses lents pétales ingénument s’ouvrir,\net pales palpiter aux brises d’alentour :\nc’est une mélodie inapprise d’amour\nsous le fracas du bronze tonnant la bataille,\nc’est une balancelle où muse une marquise\nqu’emporte la clameur des vagues en la bourrasque.\nJ 'a i vu sa lèvre enfant parmi les rosées d’argyrose\nle corps gracile et ses adolescences smaragdines,\nj ’ai vu la simple vierge innocemment tentée\npencher sur la montagne, au flanc de roc, un geste en pleurs.\n\nNaïve pour ces mâles parois de basalte\net lé marbre et les colonnades par étages\nelle, pour ces géants qui ne le verront pas\net qui massivement vont l’écraser de marbre,\nah j ’ai vu l’innocente fillette frémir\nd’un battement des cils furtifs sous le regard....\nElle, la pure enfant dont avec la pensée\nles regards ingénus distillent des rosées,\nj ’ai vu la Fière, et l’œil au loin là qui s ’exalte\ndéserter les candeurs glaciales des cimes\n\néglantine inclinant un baiser vers l’abîme.\n\n\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 36, "titre_corps": "La petite elle.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A*", "ancre_debut": "la petite Elle à Madame E. M. l’Ignorante qui passez", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 1301, "texte": "la    p e t it e   Elle.\n\n\n  à M adam e E . M .\n\n\n\nl’ Ignorante qui passez,\nvous, c'était Vous la fluette jeune fille\nenfantelette ! enfant très fière et l’œil au loin\nvous, l’orgueil ingénu sous le haut front tout en révolte.\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "36                                                 la Wallonie.\n\n\n\nElles firent, les fées, à lire doigts qu’effile\nun noble anonchalir de princesses fileuses\nles boucles, l’ennuagé vol comme une haleine\ndu blond fluide aux fuites enrouleuses de boucles.\n\n\nOh, les boucles, soyez la seule molle courbe\nd’un petit être inconscient, fragile à m’éblouir!\nElle est fragile, elle est fière, elle est toute grêle\net c'est naïvement le long sourire épanoui\noù s’effeuillent en désirs informulés ses rêves,\ncar le haut front qui déclive aux tendresses d’or\népèle un battement des paupières comme des ailes\noù tout l’azur se mêle aux vagues de. la mer.\n\nLes boucles, ses boucles, soyez la seule molle courbe\nondulant les musicales souplesses droites\net la Ligne de ma fillette! si l’éludent\ncandides longuement des baisers qu’acidulé\nun nubile refus, très fugitif, de moue exquise. —\nses lignes, soyez Elle, une marquise enfant.\nMarquise ?... et ligne élue aux grâces garçonnières !\nféminine pour s’enlacer jusqu’à mourir,\nl’éprise d’un soupir que nul jamais n’ouit,\nféline si l’étire et si l'épuise un vide ennui\nou ducale érigeant dynastique un sourire :\n\ncelle qui sait lever un doigt silencieux\net palpitant des cils vers une aurore d’éblouir,\nd’un geste illuminer des Terres de merveilles.\n\n                                                          A*\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 37, "titre_corps": "Nocturne.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "N O C T U R N E.    L S ramiers assoupis sur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "N O C T U R N E.\n\n\n\nL S ramiers assoupis sur les balustres d’or\nE\n      L e lon g de l’eau lunaire des lagunes\nS’essorent au murmure ému du vent des dunes\n      V ers les lointains d’ un fabuleux décor.\n\nA u x balcons des palais enguirlandés de lustres\n      Un friselis frileux de falbalas,\nE t voilà s’ effeuiller par touffes les lilas\n      Sur les remous des profondeurs palustres.\n\nL es gondoles d’am our lourdes pour ce soir-là\n     D e girandoles et de banderolles\nTram ent l ’écho m ourant des m olles barcarolles\n      Sur un doux air dém odé de gala.\n\nPuis lent comme un remords, oh ! si len t, le silence\n     Sur l’eau lasse où s’ éplorent les lilas,\nE t l’indolent élan vers les bleus au-delàs\n     D es souvenirs mi-morts de som nolence.\n\n                                S tu a r t   M E R R IL L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 38, "page_fin": 43, "titre_corps": "La chair et l’esprit.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Henrotay", "ancre_debut": "LA CHAIR ET L ’ ESPRIT                         ( f r a g m e n t .)                                                   pour A lbert Mo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "LA CHAIR ET L ’ ESPRIT\n\n                       ( f r a g m e n t .)\n\n\n\n\n                                              pour A lbert Mockel.\n\n\n\n\nC      h ose  étrange, quoique le soleil fût loin encore\n         de disparaître derrière les montagnes, là-bas,\n        l’air se faisait frigide et la terre semblait gre ­\n        lotter.\n   Et le soleil était pâle comme s’il eût déjà saigné\ntoute sa vie luxuriante.\n   La lumière était diffuse, ballottée sans direction ;\nles images arrivaient troubles, multiples, comme au\ntravers d’un remous.\n  Des nuages s’allumèrent, à l’Occident, un à un,\nmaladifs; des nuages... non, le globe solaire se dé­\ncomposait en lambeaux qui allèrent à la dérive ; se\ndispersèrent en s’effritant jusqu’à ce que le ciel fût\ninfesté d’une poussière blême, homogène, imminente.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "     la Chair et l’Esprit.                             39\n\n\n     Puis un souffle se leva, je ne sais d’où, éperdu, un\n  souffle méphitique et putride.\n    Je crus sentir se figer mon sang... Je me retournai :\n Sur le flanc d e la montagne, courait un râlement;\n les feuilles se détachaient des rameaux, tournoyaient,\n se laissaient choir; les rameaux se détachaient des\n branches avec un bruit sec, se laissaient choir. Et\n un solennel vol de corbeaux se leva, monta silencieu­\n sement, puis plongea derrière la montagne.\n    D ’une noire crevasse, béante en le roc, partit un\n mélancolique rugissement, auquel deux autres ré­\n pondirent sur des tons différents, mais aussi mélan­\n coliques et résignés devant la fatalité. Et sortirent,\n l’un à la suite de l’autre, un Ours très morne, une\n Tigresse alarmée et un superbe Lion, pensif.\n    Ils se dirigeaient vers moi, ils me frôlèrent au\npassage sans paraître s’apercevoir de mon existence,\net moi qui les sentais indifférents, je n’eus point\nd’inquiétude.\n    Puis il se séparèrent machinalement, perdus de\nvouloir; l’Ours se dirigea vers les montagnes loin­\ntaines, la Tigresse et le Lion, suivant la vallée, l’un\nà gauche, l’autre à droite ; par moment, un rugisse­\nment leur échappait, terne, vitreux, comme si le sol\nen eût absorbé l'éclat. Et ils s’éloignèrent à pas\nlents et graves, au-devant de l’inévitable.\n    Cependant la lumière agonisait là-haut et s’éta­\nblirent de réginales ténèbres.\n   J’eus peur en cette vallée d’agonie et, cherchant\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "40                                      la Wallonie.\n\n\n\n un vague refuge, je me hâtai craintivement vers\n l’Antre; mais je fus saisi de frayeur devant les\n ténèbres absolues et je m’arrêtai à l’orifice.\n    Les râlements de la montagne s’éteignirent, toute\n clarté se tut ; la lumière et le son se figèrent.\n    Et j ’eus un solennel effroi, car je sentais que\nj ’allais paraître devant mon âme.\n    Lors, des entrailles du ténébreux Silence, issit ce\n définitif dialogue :\n    Lui. — Auras-tu pitié, ô Reine étrange ! du désar­\nroi où s’efforce mon dévouement à bout de res­\n sources... si ce n’est le dédain de lassitude de m’a­\n vouer tes appétits somptueux et redoutables ?\n    Serai-je méprisé pour trop d’amour et te détour­\n neras-tu, ostensive d’un nauséeux dégoût, de l’amant\n qui t’aima jusqu’à l’avilissement, Reine magnifique\n et sombre ? Oublieras-tu, devant ma misère, ton\nœuvre, la noblesse glorieuse de ma race et les magni­\nficences de mes fabuleux domaines ?\n    Les parcs du Désir et leurs nuits lunaires aux\nrêves de blancheur et les musiques virginales en\noffrande vers des ciels d’Aimer.\n    Les domaines de l’Intellect où des Pics altiers et\nleurs conquérants vols d’ aigles et les ruisselantes\ncascades de vibrations lumineuses en des cristallisa­\ntions adamantines.\n    Les plaines de l’Imagination avec leurs toisons\nrutilantes, leurs palais magiques et les angéliques\nincantations des cloches, aux crépuscules, par des\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "     la Chair et l’ Esprit.                              41\n\n\n\n perspectives éloquentes d’infini, vers des Edens\n magnétiques de conquête.\n    Les lacs immuables du Souvenir où se recueillent\n les cités et leurs vies figées.\n    Les fanaux de la liaison, défiant, superbes, les\n remous des enlaçantes ténèbres.\n    Les grèves du vouloir, et les rocs de défi et l’éter­\n nel assaut des marées.\n    Et même, en les orages de l’ Orgueil, les grands\n gestes de Soi.\n    Je renonçai à toutes ces splendeurs et je t’en fis\n l’hommage, espérant, par mes misérables guenilles\n de la Sensation, ô Reine spleenétique, attendrir ton\n égoïsme natif...\n    E l l e . — Moroses, la récurrence morose, le rognon ­\n nement maussade de tes sacrifices... amant morose,\n que veux-tu de moi ?\n    Lui.— Je t’ai donc tirée de ta méprisante torpeur !\n Et c’ est avec une lassitude outrageante que ta\n bouche de nuit daigne proférer des paroles d’amer\n dégoût... Je renonçai donc à toutes ces splendeurs\n et je te dis : “ Je puis, par ces richesses, faire s’ouvrir\n devant toi les portes du Ciel et de l’Enfer; je te\n créerai de divines voluptés, des pâmoisons à tenter\n Satan lui-même, des vibrations qui se répercuteront\njusque dans les espaces du Pressentiment.,,\n   Tu me répondis : “ Je veux cela „ sans que ta\nbouche d’ombre me remerciât de mon héroïque ser­\nvilité. Et après chaque prodige, Reine insatiable\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "42                                        la Wallonie.\n\n\n\n — dans le secret dessein d’exaspérer encore mon\n amour, — tu roulais mon exil aux sombres et dessé­\n chantes contrées de la Désespérance.\n    E l l e . — Amant morose, que veux-tu de moi ?\n    Lui. — Je veux... Tu m’as laissé, par une raffinée\n férocité, — l’image ironique de ma native noblesse,\n et aussi, — oh! la machination est géniale.... —\n l’intuition de ma \"misère en ce lac d’ébène de la\n Conscience....\n    Daigne au moins achever ton œuvre et que, si je\n fus ange, je perde la remembrance du Ciel, et préci­\n pite-moi dans5cet absolu bonheur de l’Inconscience,\n dans le Néant. Accorde-moi la seule joie possible\n encore pour moi : qu’en la dernière phosphorescence\nde mon être je me consume et te crée un frisson\ninéprouvé !\n    E l l e . — Amant morose, sache donc, — puisqu’on\nle trouble de ta dernière fièvre, tu ne peux plus pro­\njeter que des lueurs, non des éclairs, — sache donc\nque ma torpeur est la résignation à la Fatalité.\n    Curieuse d’un Devenir dont toi, esclave du Présent,\ntu avais perdu le sens, j ’ai voulu, par les magnificences\nde tes fabuleux domaines, acheter le droit de parcou­\nrir de mes regards profanes le Livre où fut consignée\nla Science de la Vie !...\n    Et m’est apparue la Loi de progression de la\nvolupté vers l’Inconnu. L ’inéprouvé n’est plus l’in­\nconnu pour moi. Si j ’ignore le terme prochain, je\nconnais la constante qui nous en sépare, et n’est-ce\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 594, "texte": "  la Chair et l’ Esprit.                               43\n\n\nen elle que gît la joie ? Et si connaître est posséder)\npuis-je désirer ce que je possède ?\n   Cesse donc tes plaintes puériles, — indignes de la\nnoblesse glorieuse de ta race, — et apprends la sereine\nindifférence devant la fatale Indifférence.\n   Résigne-toi, amant morose, à l’inutilité de tes\nprodiges et de ton héroïque servilité et sache que la\nmort est proche, de notre Amour, car est morte\nl’énergie de mon despotisme, l e s e u l a l i m e n t d e\nson   e x is t e n c e .\n\n\n\n                               A u g . HENROTAY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 44, "titre_corps": "Le lys et la rose.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Saint-Paul", "ancre_debut": "LE L Y S ET LA ROSE.      M oi, la blonde des midis p", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "LE L Y S ET LA ROSE.\n\n    M oi, la blonde des midis profanes\n    Qu’enflamme mon orgueil royal,\n    D e mon cœur où meurt l’ardeur de prairial\n    D e mon cœur s’ émane un parfum de femme.\n  J e suis la chair subtile aux nuances d’ aurore\n  E t je frém is de la splendeur des nacres roses\n    Si le soleil sur ma rosée éploie\n    L ’éventail d’or des rayons de sa joie.\n    Que n’avez-vous. L y s grêle, mes dards frêles,\n  Mes pétales qui sont des langues ou des ailes\n  E t disent aux amants vers quel ciel désiré\n  M onte le triom phe verm eil de leurs baisers.\n\n  Taisez-vous, ô ma sœur, et ne troublez mon rêve.\n  L a volupté vous grise et le sang des étés.\n  J e garde la gloire froide de m on calice,\n  Epanouie aux nuits stellaires et de lune\n  E t je grandis dans la blancheur de ma fierté\nCar votre orgueil livre la solitude de mon dédain.\n  M a pâle nudité fait le signe des mains\n  D es suppliantes mains qu’ élève la prière\n  Quand la candeur vierge de. mes pétales\n  Surgit vers la lune au-dessus des rivières\nE n la noblesse de nulle tache — com m e un glaive.\n\n                La vertu de cette fable\n                N ’ est-elle inappréciable?\n\n                                 A l b e r t SA IN T -P A U L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 48, "titre_corps": "À l’irrévélée.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Raoul Pascalis", "ancre_debut": "A L ’IR R É V É L É E.    A L A M ÉM O IRE DU COM TE D E V", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "A L ’IR R É V É L É E.\n\n\n A L A M ÉM O IRE DU COM TE D E V I L L I E R S DE L ’ I s L E A d AM.\n\n\n\n\n                                        Car j e sens dans ma chair la loi\n                                           d u Péché      qui contredit la loi\n                                           de l'Esprit.      (Imit. de J.C .)\n\nO T oi dont les regards de ma Pensée sont pleins\net qui remplis le moule intérieur de m on A m e\nexactem ent, au point de n’y pas laisser l’ empreinte\nlégère d’aucune autre im age de souvenir !\n\n\nO T oi dont s’ enorgueillit l’ errance de mon rêve\net la conscience illuminée de mon éveil,\ntoujours présente en m oi, obéissante à l’appel\nde ma voix, solliciteuse de ta Présence !\n\nO Toi, R ecluse de vie, H abitante m ystique\nde m on front-tabernacle et de m on cœur-autel,\nfantôm ale Vision comme un spectre h antant.\nles dédales secrets de mon Am e : ta demeure !\n\n\nV ision intimement liée en l'A utrefois —\nà la chaîne des préexistences spirituelles — !\nO T oi qui fus l ’Amante initiale des ciels,\nl ’Épouse prédestinée en l’aurore des âges,\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "6                                                la Wallonie.\n\n\n     belle d’une beauté d’irréel et d’infini,\n     candide d’ une blancheur de neige im marcessible ;\n     éclatante et sereine com m e un levant soleil,\n     douce com m e les nuits, tendre comme les étoiles !\n\n     O Toute-Glorieuse, et Toute-Resplendissante\n     M agicienne de grâce, Enchanteresse d’amour,\n     om nipotente F ée dont l’aérien sourire\n    m ’est l ’arc-en-ciel de toute jo ie et de tout plaisir!\n\n\n    O Toute-M iséricordieuse et M agnanime,\n    ô jam ais Im plorée, ô jam ais priée en vain ;\n    D ispensatrice aimable de toutes les faveurs\n    et de tous les dons magiques de munificence :\n\n\n    Écoute, oh ! écoute ma suppliante Prière,\n    et je t ’exalterai, et je te magnifierai !\n    Écoute, oh ! prête-m oi une oreille favorable\n    E t sois touchée au sens supérieur de mon désir !\n\n\n    P ar un prodige divin de ta toute puissance\n    à même d’élim iner les bornes du Possible,\n    par un décret miraculeux de ta volonté\n    souveraine à triom pher des volontés hostiles,\n\n    une heure, — oh ! l’Heure bénie entre toutes les heures !\n    une heure, — ô tim bre qui la sonnera dans le Tem ps !\n    une heure, révèle-toi terrestrem ent “ R éelle „\n    aux facultés vives de ma subjectivité !\n\n\n    Une heure de plein éveil et d’esprit conscient ;\n    une heure, apparais-moi corporellem ent Présente :\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": " à l’ Irrévélée.                                           47\n\n\nprésente en l ’entité m atérielle de ta chair\net de ton sang, de tes contours et de tes form es !\n\nUne heure révèle-toi apparente et tangible,\nform elle à mes regards scrutateurs de ton aspect\ncomme sensible au toucher de mes mains afférentes\nde ta réelle vie et de ton réel contact !\n\n\nUne heure d’ exception, viens habiter m a vie :\nma vie, rocher d’exil où m ’ a jeté le sort\nfuneste et rancunier des puissances créatrices ;\nma vie dont tu fais l’horizon céleste et le port !\n\nUne heure, viens bleuir l’éther som bre de mon ciel\nde l’ opale liquide et claire de ta prunelle !\nune heure, viens insuffler dans mes poumons taris\nce souffle vivifiant et pur de ton haleine !\n\n\nUne heure, viens verser à ma lèvre le doux philtre\nenivrant de ta bouche, endormeuse de crainte.\nUne heure renferm e-m oi dans la couche vivante\nde tes bras, berceurs câlins d’ allégeance et d’oubli.\n\nUne heure nourris-moi du pain consubstantiel\nde ta chair et ton cœur — Saintes-Espèces de ton E tre !\nSois-moi — cette heure — le principe et le battement\nvital, coexistant de mon existence même.\n\nCar alors, résumant dans mon être l ’ineffable\nquintessence de cette heure d’apparition,\nim prégné à toujours du fluide indéfectible\nde ta surnaturelle mais réelle Présence\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 395, "texte": "48                                             la Wallonie.\n\n\n\n       pourrais-je mieux attendre en la triste dépendance\n       corruptible et précaire de ma vitalité —\n       l'Heure, l’heure suprême marquée en l ’im m uable\n       du divin rendez-vous de Ciel et d’Éternité.\n\n\n                                        R a o u l PA S C A L IS.\n\n\n\n\n     Des “ Proses psychiques „ en préparation.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 49, "page_fin": 50, "titre_corps": "From home : Brouillard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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Une pluie imper­\nceptible, poisseuse et sale, se collait aux habits, les\npieds clapotaient dans des flaques douteuses, les bou­\ntiques s’éclairaient l’une après l’autre de becs-de-gaz\ncerclés d’un halo livide. Puis le brouillard s’épaissit,\nenveloppa les maisons, les voitures, les êtres ; tout\ndevint indistinct à dix pas. Les véhicules ralentis­\nsaient leur course ; les passants glissaient comme des\nspectres dans cette ombre trouée par les lumières des\nmagasins et les lanternes des cabs. La métropole\nredevenait le Londres spleenétique, badigeonné de\nsuie, noyé de tristesse, suant le dégoût, la ville\n\n\n  (') Suite. Voir les nos d 'octobre-novembre et décembre\n\n                                                                  4\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "50                                       la Wallonie.\n\n\n\nsombre dont le fleuve roule des épaves Humaines, et\noù le vent qui hurle par les lucarnes a pour hochets\ndes corps de pendus.\n  Le ciel était devenu jaune, d’un jaune terreux,\nrougeâtre vers l’horizon. Je repris le chemin de\nFleet-Street, l’opacité de la brume rendant toute pro­\nmenade impossible.\n  Ma commensale — une jeune italienne mariée de\nquelques mois à peine — était seule dans la sitting-\nroom, le front pensif collé aux vitres.\n  Elle se retourna :\n  — Pensava al sole mio (je pensais à mon cher\nsoleil), dit-elle avec un triste sourire.\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 52, "titre_corps": "From home : Petticoat-Lane", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. 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Les riches maisons de l’avenue, cor­\nrectes, impénétrables et flegmatiques comme un\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "    from Home.                                       51\n\n\nvisage de gentleman, le masquent de leurs honnêtes\nfaçades. Les anglais “ respectables „ ne s’y four­\nvoient jamais, et fidèles au cant britannique, affectent\nd’ignorer ce coin lépreux de la grande cité.\n   Ruelles malpropres, bicoques sinistres, bardes\nloqueteuses, tintamarre ahurissant : cela donne au\nPetticoat-Lame un cachet de misère lamentable et\ngrotesque, que n’adoucit malheureusement ni le\nrutilent soleil, ni la pittoresque bigarrure des cara­\nvansérails orientaux. Sous un ciel implacablement\ngrisâtre et brumeux, les couleurs se sont ternies,\net l’on n’a devant soi qu’une tourbe immonde, où\ndétonne parfois la face honnête et effarée de quelque\ncountryman.\n   Tout d’abord apparaît le Cloth exchange (marché\naux habits), vaste cour aux murs jadis blancs, cou­\nverte d’échoppes où ballottent, à des tringles, les\ndéfroques les plus fantaisistes. Au milieu d’un hour-\nvari infernal, des êtres houlent, ricanants et sournois.\nEt quels êtres ! Filous, ruffians, tire-laine, voleurs,\nreceleurs, pick-pockets, repris de justice et gibier de\npotence y viennent trafiquer le butin de la semaine,\nsous les yeux des policemen, dont le helmet de cuir\ndomine la cohue. Que feraient-ils, du reste ? Le\ncourage ne leur manque pas, ce sont des gaillards\nsolides, aux biceps éprouvés; mais ils savent qu’ils\nseraient écharpés à la moindre sortie intempestive,\net ils laissent philosophiquement s’échanger les\nhorions et se poursuivre ce commerce interlope.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "52                                       la Wallonie.\n\n\n\n   Une chose frappe : l’apparente bonhomie avec\nlaquelle le Client est dupé, trompé, exploité par\n cette racaille. Un marchand essaie lui-même la\njaquette ou le paletot, s’offre à l’acheteur de face,\n de dos, de trois quarts, de profil, pour qu’il puisse\njuger de “ l’effet,, tout en lui cachant trous et\nreprises avec une habileté extrême ; un autre, tandis\nqu’un paysan endosse son acquisition, lui subtilise\nsa vieille nippe qui est aussitôt exposée et vendue\navant que le volé se soit aperçu de la chose. Tout\ncela se passe en famille; avec une simplicité biblique.\n   La rumeur grandit, les boniments se mêlent, des\ncris strident, les marchands se démènent sur leurs\ntrétaux, un vacarme forain règne dans ce caphar­\nnaüm, se continue dans les impasses, les ruelles, les\nhangars voisins. Là, s’étalent sur les pavés, sur des\ntables, des brouettes, les objets les plus hétéroclites :\npaires de bottes et bouteilles de champagne, che­\nmises n’ayant guère servi et moules nageant dans\nun liquide verdâtre, cornichons, savates, dentelles,\nferraille, chapeaux, vieilles chaussettes; marchands\nde bagues, de porte-monnaie, de montres, de chaînes,\ncouvrent de leurs cris les hurlements d’un supplicié\nauquel on arrache des cors ; des juifs sales et dé­\nbraillés, dont une ficelle rattache au cou la chemise,\npromènent leur pacotille de bric-à-brac, trouvant\nmoyen de glisser aux naïfs une bourse avec 1 shilling\npour six pence.\n   De temps à autre, des types qui arrêtent par leur\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 58, "titre_corps": "From home : Seven-Dials", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "SEVEN DIALS.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 1160, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "SEVEN DIA LS.\n\n\n\n   Le quartier des Seven Dials, le samedi soir, à\nl’heure du marché.\n   Un ami m’accompagne en ce sinistre coin de\nLondres que nous espérons visiter inaperçus, grâce à\nnotre accoutrement réussi de voyou français.\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "54                                          la Wallonie.\n\n\n\n   Sous la lueur jaune des becs de gaz, la foule des\nmisérables et des loqueteux grouille entre les bou­\ntiques et les charrettes de légumes et de fruits ali­\ngnées le long des trottoirs. C’est un tohu-bohu\nindescriptible, une poussée d’êtres sans nom, de\nbrutes que la convoitise excite, de chourineurs à\ndémarche louche, de vide-goussets en quête d’af­\nfaires, d’enfants émaciés et de matrones à la graisse\ntremblotante qui se pressent, se bousculent, s’inju­\nrient, houlent des étals aux public-houses, puis se\ndéversent dans les lanes obscures qui béent, là tout\nprès.\n   Les marchands s’époumonnent, dominent le va­\ncarme de leurs cris : “ two a pound! three a penny!\nles bouchers exposent des halfs (demi-têtes de mou­\nton), de petites portions de viande noirâtre et vio­\nlacée, piquées de fiches en fer avec plaque indiquant\nles prix; les épiceries, les quincailleries s’emplissent\nd’un va-et-vient incessant ; des débits d’ale nous\narrive, assourdi, un bruit de dispute; par moment, une\nporte, violemment ouverte, vomit quelques pochards\nqui achèvent leur bataille dans la boue, jusqu’à ce\nqu’un policeman les sépare, les yeux bleuis, la bouche\n en sang, ou les temporaux tuméfiés.\n   Nous pénétrons dans un public-house. Chose\n étrange! là encore apparaît la propreté des intérieurs\n anglais; l’étain reluit, les robinets brillent, les verres\n étincellent, les tonneaux époussetés arquent leurs\n deuves sous les caresses du gaz; seuls, les murs\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "  from Home.                                        55\n\n\nsalis par les chignons et les paletots crasseux\nportent la marque indélébile de la tourbe qui s’y\nvautre. Elle est là sous nos yeux, pressée au comp­\ntoir, accroupie dans les coins, affalée sur l’unique\nbanc qui court le long de la muraille. Pas de gaieté,\npas d’expansion : les clients débraillés lampent sur\nplace, sans que leurs faces incendiées se dérident, et\nquand le poison qu’ils absorbent les abat sur le\ncarreau, d’autres s’en viennent, repoussent du pied\nles brutes affaissées, et font sonner sur l’étain le\ngain de la semaine, quitte à tomber lourdement à\nleur tour, assommés comme des bœufs sous le\nmaillet.\n   Ce sont les suppliciés du gin, les démons d’un\nenfer dont rien ne peut peindre l’horreur, enfer\nd’ivresse, de misère et de mort lente. Certes,\nl’absinthe est tout aussi meurtrière, mais c’est la fée\nverte, qui, marotte en main et sur la tête le bonnet\naux tintinnabulantes clochettes, vous mène à l’abîme\nen vous enveloppant de rêves. Ici, dans ce lieu de\nbestiale dégradation, le gin m’apparaît comme un\nsquelette étreignant de ses phalanges osseuses la\ngorge des buveurs.\n   Une femme survient, hideuse, trogne enluminée;\nsur son bras repose un enfant, emmitoufflé d’un\nchâle en loques ; et tandis que ses lèvres sucent la\nmamelle flasque de la gorge, celle-ci vide le gin à\nplein gobelet.\n   Nous nous aventurons dans les ruelles obscures\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "56                                        la Wallonie.\n\n\n\nqu’éclairent çà et là, comme des yeux sinistres, le\ngaz des lodgings, les fanaux rouges des gin-shops. Nul\nbruit de bastringue, de café-chantant. Des ivrognes\ntitubent, des ombres nous coudoient, se glissent dans\nles lodgings qu’étiquètent des bandes de papier :\n6d per niglit, for single men. Ce sont les plus luxueux,\nceux dont les couchettes sont passables. On en\ntrouve d’autres pour 4 ou 2 d. où les individus,\ngrabataires effroyables, se mêlent sans dictinction\nde sexe, dans des salles malsaines, grouillantes de\nvermine.\n   Devant nous s’enchevêtre dans l’ombre un lacis de\nlanes et d’impasses. Nous marchons au hasard, les\nmains dans les poches. Le vent de nuit nous apporte\npar bouffées le bruit d’une querelle, d’une rixe loin­\ntaine : les policemen ont disparu, des rôdeurs nous\ntoisent, des ricanements nous poursuivent; notre\ndéguisement, maladroitement français, ne nous\ntrahit que mieux. Je sens la peur me secouer de\nfrissons, me couvrir le front d’une sueur moite. Par\nmoment, dans cette obscurité épaisse, nous nous\nbutons à des bornes de pierre entravant le chemin,\nau mur d’un cul-de-sac; il faut revenir sur nos pas,\nfeindre l’indifférence devant ces loups et louves\naccroupis devant leurs tanières, rester calmes sous\nles insultes qui nous éclaboussent comme boue.\n   Un passage couvert, obscur et infect, nous conduit\n au milieu d’une cour intérieure, éclairée de lampes\nfumeuses : des noctambules sont adossés au mur,\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1433, "texte": "  from Home.                                        57\n\n\nbrûle-gueule aux lèvres, des gamins font la roue, des\nloupeuses en haillons se passent une bouteille, une\nglapissante vieille à béquilles nous invective, nous\npoursuit en traînant la patte, des clampins dégue­\nnillés sont assis par tas sur les seuils des buildings\nqui béent, noirs et farouches, comme des bauges de\nsangliers.\n   Dans une encoignure,une petite fille est accroupie,\nles mains aux pliants des genoux, prête à se renver­\nser sur le dos, jambes écartées : “ A penny, Sir! will\nyou see ? „\n   Elle a dix ans, douze ans peut-être.\n   Nous allons toujours, perdus dans ce dédale. Au\nsortir d’une lane étroite, des femmes nous inter­\npellent en slang (argot). Par-ci par-là, éclatent, dans\ncette pétarade d’injures et plaisanteries incompré­\nhensibles pour nous, des phrases en patois london ­\nnien que mon conducteur me traduit à mesure :\n   — Par ici les missionnaires, nous avons besoin\nd’être converties.\n   — Que venez-vous faire chez les honnêtes gens ?\n   — Laissez-les dormir !\n   — N’avez-vous plus de poux chez vous ?\n   Nous pressons le pas, mais les jambes flageolent,\nl’angoisse nous oppresse. Vite, une issue pour sortir\nde ce cloaque, pour nous échapper de cet enfer !\nAussi bien le courage est à bout, le dégoût nous\nétouffe, l’air empesté nous étreint la gorge, une buée\nde crime monte de cette fange et flotte sur nos\ntempes comme un voile de sang.\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 399, "texte": "58                                         la Wallonie.\n\n\n\n   Quelques dernières impasses; une vieille ivre\ns’enfuit, trébuche, se relève pour retomber plus loin,\nharcelée par des femmes hurlantes; une rumeur\nsourde arrive jusqu’à nous, s’accentue, grossit\nencore; c’est le marché qui grouille là-bas, sous le\npapillonnement du gaz blafard.\n\n                                  A u g . V IE R S E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 60, "titre_corps": "Poèmes ironiques : XVI", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Vyttall", "ancre_debut": "PO ÈM ES IRONIQUES.                            X V I                                            pour Arm. Julin.       — Je sui", "ancre_fin": "la fleur sombre de ma Parole.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "XX rêve aboli orgueil éteint", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "PO ÈM ES IRONIQUES.\n\n\n                         X V I\n\n\n\n                                        pour Arm . Julin.\n\n\n\n\n  — Je suis le Poison qui corrompt, désagrège,\némiette les vies humaines.\n\n   Car ma parole a des verbes si doux, des inflexions\nsi harmonieuses, de si tentants murmures, pour dire\nle repos calme et majestueux de la mort,\n\n   que même les élus de la vie, à qui tout est promis :\njoie, richesse, amour, et les autres biens de la terre ;\n\n  pleins d’une ardeur muette vers le port profond,\ncachant en eux leur Foi impénétrable,\n\n  pensent que c’est chose bien mesquine et bien\nvaine que d’aller et venir, que lutter et combattre,\nparmi la tourbe des vilains et des laids, pour ce qui\nest Bon et pour ce qui est Beau ;\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 524, "texte": "60                                                   la Wallonie.\n\n\n\n\n  et que rien ne vaut la béatitude infinie de ne plus\nêtre — et le vide absolu du corps qui repose\n\n  dans la terre friable et paisible d’un cimetière de\ncampagne,\n\n     dans le terreau léger des bruyères,\n\n     dans le sable mouvant des plages occidentales.\n\n\n   Et moi pourtant, je ne puis point mourir malgré\nl’impérieux désir qui m’obsède — car je dois\n\n  partout faire germer et s’épanouir la fleur sombre\nde ma Parole.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 60, "page_fin": 61, "titre_corps": "Poèmes ironiques : XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Vyttall", "ancre_debut": "Pourquoi toucher de mes mains blanches les choses de la vie o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 607, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "Pourquoi toucher de mes mains blanches les choses\nde la vie ou même laisser couler sur moi les heures\nbourbeuses des temps.\n\n  J’ai regardé ceux qui viennent et ceux qui s’en\nvont: j ’ai regardé ceux qui demeurent, ceux qui\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 989, "texte": "  Poèmes ironiques.                                   61\n\n\naiment et ceux qui pleurent; ceux qui jouissent —\nun grand dédain est entré dans mon cœur.\n\n  Non : même cette Fleur Etrange de l’Art qui s’épa­\nnouit là-bas sur la colline, je ne La veux point\ncueillir.\n\n  Car pourquoi traverser les railleries et les insultes\ndes Pharisiens assemblés, et des mains qu’on voulait\nbaiser, recevoir le fiel avec l’hysope.\n\n  —Un lit de fer, des draps de lin tissé, une chambre\nbien blanche, la fenêtre ouverte sur le ciel ensoleillé,\nun frais arôme de Printemps et de Fleurs mêlé au\nparfum subtil de quelque rare Poison.\n\n   Puis l’obscurité, le repos, l’oubli — l'abolition de\nsoi. —\n\n  — Vous m’ensevelirez, mon Ami, dans le sable\nléger des dunes, non loin de quelque petite chapelle\noù rêve le Dieu de ma mère;\n\n  pour que le son vieillot de la cloche fêlée, le clapo­\ntement des vagues et la caresse des vents\n\n  — me tiennent bien endormi. —\n\n                               G aston   VYTTALL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 65, "titre_corps": "Petite chronique.", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE.     N otre ami et collaborat", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n\n\n  N otre ami et collaborateur A dolphe R etté vient de perdre\nsa jeune femme. L a Wallonie lui adresse ses plus sincères\ncom plim ents de condoléance.\n                                *\n  L ’exposition des X X a été ouverte samedi 18 janvier\ndevant un public choisi, parmi lequel nom bre de très jolies\nfemm es. Dim anche, étant public, a été plus drôle. L es\nclameurs et indignations ont recom m encé : la stupidité et\nl ’ignorance bourgeoises ont d’intarissables fiels. Parm i les\nartistes qui ont eu le plus grand succès citons : le sculpteur\nG eorge Minne, les peintres R ob ert Picard, W illy Schlobach,\nPaul Signac, H . de Toulouse Lautrec. D eux choses bien\namusantes : la rage de certains personnages, pacifiques\nd ’ordinaire — et la manie de tout expliquer par le japonism e.\nCe pauvre japonism e, l’ a-t-on assez mis à toutes sauces et ce\nqu’il ferait une tête à se voir mêlé à tout ceci !\n                              * *\n  L ’A rt moderne a publié une série d’articles (de Edm ond\nP icard évidemm ent) sur le sémitisme, l’aryanisme, ou tou ­\nchant des questions se rattachant à cet ordre d’idées. Plu­\nsieurs de ces articles sont de tout prem ier ordre. Pourquoi\nfaut-il que l’un des derniers : Un nouveau moyen âge contienne\ndes erreurs à faire chavirer des maisons et détruire la valeur\nde cet article qui contient quelques vérités. I1 y est fait cette\ndécouverte stupéfiante que les artistes m odernes ne tra-\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "    petite Chronique.                                          63\n\n\nvaillent que pour le m onde “ ce m onde odieux qui ayant\nsoutiré à lui les grandes fortunes prétend avoir par surcroît\nle m onopole des belles choses et en son puissant syndicat\nconcentre l’art comme il a concentré l’argent. „ Si tel était le\nmonde, nous l ’applaudirions avec fureur. Mais alors quand\nM. Picard tom be sur “ les gens de bel air, les high-lifards „\nil est assez illogique : lu i qui démontre hebdom adairem ent,\nleur non souci de tout art, la veulerie de leurs appréciations,\nle nul de leurs idées, se trompe donc ? Puis quels sont bien\nles Artistes qui travaillent pour ce groupe cosm opolite mâtiné\nde sémitisme ? L es vrais, les grands ? A llons donc, quelle\nplaisanterie. Oui, ceux-ci, citons-en quelques-uns, au hasard:\nD audet, Coppée, Feuillet, Ohnet, Maupassant, H alévy, Cla­\nretie, D elpit, etc., puis toute la B ougrerie picturesque, et le\ncabotinage théâtral et les musiques de Gounod, Massenet,\nSalvayre, G odard et d’ autres. M ais qu’y a-t-il vraiment d’art\nen toute cette sequelle. Nous n’admettons pas que ce soit\nceux-là que M. Picard nomme des artistes.          E t dans ce\n“ m onde,, connaît-on seulement l’A r t ? Nous jurons que non.\nCertes l’art s’ est restreint à un petit groupe, mais ce petit\ngroupe n’a rien à voir avec le m onde et nous dirons même\nque ceux com posant ce groupe ne sont jam ais “ du m onde „\nou bien en sortent :\n  L es artistes travaillent pour eux-mêmes et pour leurs\négaux.\n                                ***\n\n\n\n  Dernier écho du passage de Coquelin à B ayreuth :\n  L a toile venait de tom ber sur le charme du V endredi-Saint,\nde Parsifal.\n  Une dame s’approchant du cabotin.\n  “ E h bien ! qu’en dites-vous ? Adm irable n’ est-ce pas ?\n  E t lui avec enthousiasme : “ Charmant ! Charmant ! „\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1572, "texte": "64                                              la Wallonie.\n\n\n\n\n     L es renseignements que nous avons reçus directement de\nTanger au sujet de M. A rthur Rim baud sont trop incom plets\net ne nous paraissent pas assez sûrs pour que nous les\npubliions actuellement.\n     L e G il-Blas du 4 décembre a publié un m erveilleux conte\nde Camille Lem onier intitulé : La Fileuse de minuit.\n\n                                * *\n     Dans la dernière quinzaine de février s’ ouvrira à l ’E m u ­\nlation la 2e exposition des Cinq. MM. M aréchal Baues,\nM ataive Cambresier. Mlle M olitor remplace M. E dgar D ’hont\nqui s’abstient cette année.\n                                 ***\n                                * *\n     L a Pléiade (de Paris) s’ est transformée après son cin­\nquième n°. E lle paraît désormais sous le titre de Mercure de\nFrance.\n     Sous cette nouvelle form e, à notre intéressante consœur,\nbonne chance et longue vie.\n                                 *\n                                * *\n     La Wallonie paraîtra en n ° double vers la fin de février,\nou com mencement de mars.\n     Ce n ° contiendra entre autres, des vers de Stéphane M al­\nlarmé, de Francis Vielé-Griffin, de Stuart M errill, de Gabriel\nM ourey, d’A ch ille Delaroche, d’Em ile Verhaeren, un Talc de\nCh. Van L erberghe, etc. — Un article de critique sur le salon\ndes X X . Une critique de la Princesse Maleine et de l’Intruse\nde notre collaborateur M aurice        M aeterlinck, par Albert\nM ockel, la critique du 2e concert du Conservatoire et des\nN ouveaux Concerts (Concert d’Indy), etc.\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "      H ô tel                 des             A m é ric a in s\n          1 4 — R u e de l ’ A b b é de l’ E p ée — 1 4\n                                        P A R IS .\nEn face du Luxembourg. Près du Val de Grâce.\n           Au Centre des Ecoles.\n    Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                             PENSION DE FAM ILLE.\n\n\n\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                       EL ZEY E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                   L I E G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n\n    FABRIQUE DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                    Place du Théâtre, 11, L iége.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                             RACCOMMODAGES.\n\n     Q uelques c o llectio n s d e LA W A LLO N IE (-1886, 1 8 8 7 , 18 8 8 et 18 8 9 )\n                         so n t en v en te au p rix de 6 fra n cs.\n\n                     L a W a llo n ie e st en ven te\n\nA LIÈ G E : Chez MM. G n usé; G eo rg e; D ’H e u r; B ra n d t; A ubett6 du Pont\n     d ’ A vro y.\nA B R U X E L L E S : Chez MM. R o sez, lib raire , et Ista ce, lib raire.\nA GAND : Chez MM. A . H oste, lib ra ire, ru e des Cham ps ; W en n ew itz (M uquard),\n     lib raire, ru e des Cham ps ; V u ilsteke, lib raire, ru e au x V ach es.\nA A N VER S : ch ez Mme Ve De V e tter, rem part S te-C ath erin e.\n\n\nA P A R IS : Chez MM. V an ier, lib raire, 1 9 , Quai St-M ichel ; S a vin e , lib raire,\n     1 8 , ru e D rouot, et à la L ib rairie N o u velle, ru e de la B o étie , 3.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE, No 1. LA W A L L O N IE R E V U E M E N S U E L L", "ancre_fin": "NT : 5 fr. par an. 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Union postale : 6 fr.                 50.\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-01-n1-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SO M M A IRE M aurice M aeterlinck . . l ’Intruse (drame). 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F rom H om e : Brouillard.\n                                                          P etticoat lane.\n                                                          Seven D ials.\nGaston V y t t a l ...................... Poèm es ironiques.\n                              Petite Chronique.\n\n\n\n\n                       Ce numéro Un Franc.\n\n\n\n\n                                 Des presses de H. Vaillant-C arm anne , à Liég e.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 2, "texte": "                    L       A\n\n\n\nW   A   L   L   O       N       I   E\n\n\n\n\n                        Janvier 1890.\n"}, {"page_pdf": 3, "texte": " REVUE     CRITIQUE      DES   ARTS     ET   DE   LA    LITTÉRATURE\n\n                26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n                   Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\n                      Viennent de paraître :\n\nS c è n e s d e B a l , livrede vers, par Alb. S t - P a u l .\nL es     D é l b â c l e s , par Émile V e r h a e r e n .\nC l o c h e s    e n l a N u i t , par Adolphe R e t t é .\n           e n E x i l , roman, par G. R o d e n b a c h .\nS e r r e s c h a u d e s , par Maurice M a e t e r l i n c k .\n\n\n\n       MERCURE DE FRANCE\n                               MENSUEL\n            15, ru e de l’E ch a u d é-S a in t-G erm a in\n                   Un an, 5 fr.; Union postale, 6 fr.\n\n\n\n\n       ART & CRITIQUE\n    Revue       hebdomadaire      des   Lettres    et des        Arts\n\n                 P a r is , 7, R u e d es C an ettes\n\n          Paris, 12 francs l’an; Étranger, 15 francs.\n\n          E n s o u s c rip tio n d a n s n os b u r e a u x :\n     C R É P U S C U L E S                        D ’A M E\n                Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n"}, {"page_pdf": 4, "texte": "    LA\nWALLONIE\n\n\n     4e ANNEE\n"}, {"page_pdf": 5, "texte": ""}, {"page_pdf": 6, "texte": "                             L ’INTRUSE.\n\n                    DRAME              EN UN A C T E .\n\n\n                                                            à Edm ond Picard.\n\n\n\n\n                                 PERSONNAGES :\n\n\n           L ’A IE U L . (Il est aveugle.)\n           LE P È R E .\n           L’ O N CLE.\n          LE S T R O IS F IL L E S .\n          LA SOEUR DE C H A R IT É .\n          LA S E R V A N T E .\n\n\n                     La scène daim les temps modernes.\n\n\nUne salle assez som bre en un vieu x ch âteau . Une p orte à d ro ite , une\n  porto à ga u ch e, et une p etite porte m asquée, dans un a n g le. A u fond,\n  des fen êtres à v itra u x où dom ine le v e r t ; et une porte v itrée s ’o u vran t\n  su r un e terra sse . Une g ra n d e h o rlo g e flam ande en un co in . U ne lam pe\n  allum ée.\n\n\n\n  l e s t r o i s F i l l e s . — Venez ici, grand-père, asseyez-\n\nvous sons la lampe.\n  l ’ A ï e u l . — Il me semble qu’il ne fait pas très\n\nclair ici.\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "4                                            la Wallonie.\n\n\n\n    le P è r e .— Allons-nous sur la terrasse, ou restons-\n nous dans cette chambre ?\n    l ’ O n c l e . — Ne vaudrait-il pas mieux rester ici ? Il\n\n a plu toute la semaine et ces nuits sont humides\n et froides.\n   l a F i l l e a î n é e . — Il y a des étoiles cependant.\n\n   l ’ O n c l e . — O h ! les étoiles, ça ne prouve rien.\n\n   l ’ A ï e u l . — Il vaut mieux rester ici; on ne sait pas\n\n ce qui peut arriver.\n   l e P è r e . — Il ne faut plus avoir d’inquiétudes. Il\n\nn’y a plus de danger; elle est sauvée...\n   l ’ A ï e u l . — Elle ne me semble pas bien du tout...\n\n   l e P è r e . — Pourquoi dites-vous cela ?\n\n   l ’A ï e u l . — J ’ai entendu sa voix.\n\n   l e P è r e . — Mais puisque les médecins affirment\n\nque nous pouvons être tranquilles...\n   l ’ O n c l e . — V ous savez bien que votre beau-père\n\naime à nous inquiéter inutilement.\n   l ’ A ï e u l . — Je n’y vois pas comme vous autres.\n\n   l ’ O n c l e . — Il faut vous rapporter, alors, à nous\n\nautres qui voyons. Elle avait très bonne mine cette\naprès-midi. Elle dort profondément maintenant ; et\nnous n’allons pas empoisonner inutilement la pre­\nmière bonne soirée que nous ayons depuis longtemps.\nIl me semble que nous avons le droit de nous reposer,\net même de rire un peu, sans avoir peur, ce soir.\n   l e P è r e . — C’est vrai, c’est la première fois que\n\nje me sens chez moi, au milieu des miens, depuis\ncet accouchement terrible.\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": "     l’Intruse.                                               5\n\n\n\n     l ’ O n c l e . — Une fois que la maladie est entrée\n\n dans une maison, on dirait qu’il y a un étranger dans\n la famille.\n     l e P ère. — Mais alors, on voit aussi, qu’à l’excep­\n\n tion de la famille, il ne faut compter sur personne.\n     l ’ O n c l e . — Vous avez bien raison.\n\n     l ’A ï e u l . — Pourquoi n’ai-je pu voir ma pauvre\n\n fille aujourd'hui ?\n    l ’ O n c l e . — V ous savez bien que le médecin l’a\n\n défendu.\n     l ’A ï e u l . — Je ne sais pas ce qu’il faut que je\n\npense.\n    l ’ O n c l e . — Il est inutile de vous inquiéter.\n\n    l ’ A ï e u l . (.Indiquant la porte à gauche.) — Elle ne\n\npeut pas nous entendre ?\n    l e P è r e . — Nous ne parlerons pas trop haut;\n\nd’ailleurs la porte est très épaisse ; et puis la sœur de\ncharité est avec elle, et nous avertirait si nous\nfaisions trop de bruit.\n    l ’ A ï e u l . (Indiquant la porte à droite.) — Il ne peut\n\npas nous entendre ?\n    l e P è r e . — Non, non.\n\n    l ’A ï e u l . — Il dort ?\n\n    l e P è r e . — Je suppose que oui.\n\n    L'A ïe u l. — Il faudrait aller voir.\n   l ’ O n c l e . — Il m’inquiéterait plus que votre femme,\n\nce petit. Voilà plusieurs semaines qu’il est né; et il\na remué à peine, il n’a pas poussé un seul cri jus­\nqu’ici; on dirait un enfant de cire.\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": "6                                             la Wallonie.\n\n\n\n   l ’A ï e u l . — Je crois qu’il sera sourd, et peut-être\n\nmuet.... Voilà ce que c’est que les mariages consan­\nguins.... (Silence réprobateur.)\n   l e P è r e . — Je lui en veux presque du mal qu’il a\n\nfait à sa mère.\n   l ’ O n c l e . — Il faut être raisonnable ; ce n’ est pas sa\n\nfaute au pauvre petit. — Il est tout seul dans cette\nchambre ?\n   l e P è r e . — Oui; le médecin ne veut plus qu’il\n\nreste dans la chambre de sa mère.\n   l ’ O n c l e . — Mais la nourrice est avec lui?\n\n   l e P è r e . — Non; elle est allée se reposer un\n\nmoment; elle l’a bien gagné depuis ces jours derniers.\n— Ursule, va voir un peu s’il dort.\n   l a F i l l e a î n é e . — Oui, mon père. (Les trois sœurs\n\nse lèvent, et se tenant par la main, entrent dans la\nchambre à droite.)\n   l e P è r e . — A quelle heure notre sœur viendra-t-\n\nelle?\n   l ’ O n c l e . — Je crois qu’elle viendra vers neuf\n\nheures.\n   l e P è r e . — Il est neuf heures passées. Je voudrais\n\nqu’elle vienne ce soir; ma femme tient beaucoup à\nla voir.\n  l ’ O n c l e . — I1 est certain qu’elle viendra. C’est la\n\npremière fois qu’elle vienne ici?\n  l e P è r e . —-Elle n’est jamais entrée dans la maison.\n\n  l ’ O n c l e . — Il lui est très difficile de quitter son\n\ncouvent.\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "     l'Intruse.                                                 7\n\n\n\n   le   P è r e . — Elle sera seule?\n   l ’O ncle.       — Je pense qu’une des nonnes l’accom­\n pagnera. Elles ne peuvent pas sortir seules.\n    l e P è r e . — Elle est la supérieure cependant.\n\n    l ’ O n c l e . — La règle est la même pour toutes.\n\n    l ’ A ï e u l . — Vous n’avez plus d’inquiétudes?\n\n    l ’ O n c l e . — Pourquoi donc aurions-nous des in­\n\n quiétudes? Il ne faut plus revenir là-dessus. Il n’y a\nplus rien à craindre.\n   l ’A ï e u l . — Votre sœur est plus âgée que vous?\n\n   l ’ O n c l e . — Elle est l’aînée de nous tous.\n\n   l ’ A ï e u l . — Je ne sais pas ce que j ’ai ; je ne suis pas\n\ntranquille. Je voudrais que votre sœur fût ici.\n   l ’ O n c l e . — Elle viendra; elle l’a promis.\n\n   l ’ A ï e u l . — Je voudrais que cette soirée fût passée!\n\n(Rentrent les trois filles.)\n   l e P è r e . — Il dort?\n\n   l a F i l l e a î n é e . — Oui mon père, très profon­\n\ndément.\n   l ’ O n c l e . — Qu’allons-nous faire en attendant?\n\n   l ’ A ï e u l . — En attendant quoi?\n\n   l ’ O n c l e . — En attendant notre sœur.\n\n   l e P è r e . — Tu ne vois rien venir, Ursule ?\n\n   l a F i l l e a î n é e (à la fenêtre). — Non, mon père.\n\n   le P è re. •     — Et dans l’avenue? tu vois l’avenue?\n   l a F i l l e . — Oui, mon père; il y a clair de lune; et\n\nje vois l’avenue jusqu’aux bois de sapins.\n   l ’ A ï e u l . — Et tu ne vois personne, Ursule?\n\n   l a F i l l e . — Personne, grand-père.\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "8                                             la Wallonie.\n\n\n\n    l ’O ncle.     — Quel temps fait-il ?\n    la   F il l e . —  Il fait très beau; entendez-vous les\nrossignols ?\n   l ’ O n c l e . — Oui, oui.\n\n   l a F i l l e . — Un peu de vent s’élève dans l’avenue?\n\n   l ’ A ï e u l . — Un peu de vent dans l’avenue, Ursule?\n\n   t.a F i l l e . — Oui, les arbres tremblent un peu.\n   l ’ O n c l e . — C’est étonnant que ma sœur ne soit\n\npas encore ici.\n   l ’ A ï e u l .— Je n’entends plus les rossignols, Ursule.\n\n   l a F i l l e . — Je crois que quelqu’un est entré dans\n\nle jardin, grand-père.\n   l ’ A ï e u l . — Qui est-ce ?\n\n   la F il l e . -    Je ne sais pas, je ne vois personne.\n   l ’ O n c l e . — C’est qu’il n’y a personne.\n\n   l a F i l l e . — Il doit y avoir quelqu’un dans le\n\njardin ; les rossignols se sont tus tout à coup.\n   l ’ A ï e u l . — Je n’entends pas marcher cependant.\n\n   l a F i l l e . — Il fa-ut que quelqu’un passe près de\n\nl’étang, car les cygnes ont peur.\n   u n e a u t r e F i l l e . — Tous les poissons de l’étang\n\nplongent subitement.\n    le   P ère . — Tu ne vois personne?\n    la   F ille . —     Personne, mon père.\n    le   P ère . — Mais cependant, l’étang est dans le\nclair de lune....\n    la   F i l l e . — Oui; je vois que les cygnes\n                                                 ont peur.\n   l ’ O n c l e . — Je suis sûr que c’est ma sœur qui les\n\nefiraie. Elle sera entrée par la petite porte.\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "    l' Intruse.                                           9\n\n\n\n   l e P è r e . — Je ne m’explique pas pourquoi les\n\nchiens n’aboient point.\n   l a F i l l e . — Je vois le chien de garde tout au fond\n\nde sa niche.\n  l ’ O n c l e . — Il a peur de ma sœur. Je vais voir. (Il\n\nappelle.) Ma sœur ! ma sœur ! Est-ce toi ? — Il n’y a\npersonne.\n   l a F i l l e . — Je suis sûre que quelqu’un est entré\n\ndans le jardin. Vous allez voir.\n   l ’ O n c l e . — Mais elle me répondrait !\n\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce que les rossignols ne recommen­\n\ncent pas à chanter, Ursule ?\n   l a F i l l e . — Je n’en entends plus un seul dans\n\ntoute la campagne.\n   l ’ A ï e u l . — Il n’y a pas de bruit cependant.\n\n   l e P è r e . — H y a un silence de mort.\n\n   l ’ A ï e u l . — Il faut que ce soit un inconnu qui les\n\neffraie, car si c’était quelqu’un de la maison, ils ne se\ntairaient pas.\n   l ’ O n c l e . — Allez-vous vous occuper des rossi­\n\ngnols, à présent ?\n   l ’A ï e u l . — Toutes les fenêtres sont-elles ouvertes,\n\nUrsule ?\n   l a F i l l e . — La porte vitrée est ouverte, grand-\n\npère.\n   l ’A ï e u l . — Il me semble que le froid entre dans la\n\nchambre.\n   l a F i l l e . — Il y a un peu de vent dans le jardin,\n\ngrand-père, et les roses s’effeuillent.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": " 10                                            la Wallonie.\n\n\n\n      le   P è r e . — Eh bien, ferme la porte, Ursule.   Il est\n tard.\n    l a F i l l e . — Oui, mon père. — Je ne peux pas\n\n fermer la porte, mon père.\n    l e s d e u x a u t r e s F i l l e s . — Nous ne pouvons pas\n\n fermer la porte.\n    l ’A ï e u l . — Qu’y a-t-il donc à la porte, mes filles ?\n\n    l ’ O n c l e . — Il ne faut pas dire cela d’une voix\n\n extraordinaire. Je vais les aider.\n    l a F i l l e a î n é e . — Nous ne parvenons pas à la\n\n fermer tout à fait.\n    l ’ O n c l e . — C’est à cause de l’humidité. Appuyons\n\n ensemble. Il faut qu’il y ait quelque chose entre les\n battants.\n   l e P è r e . — Le menuisier l’arrangera demain.\n\n   l ’A ï e u l . — Est-ce que le menuisier vient, demain ?\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père, il vient travailler\n\n dans la cave.\n   l ’A ï e u l . — Il va faire du bruit dans la maison !...\n\n   l a F i l l e . — Je lui dirai de travailler doucement.\n\n(On entend, tout à coup, le bruit d’une faux qu'on\naiguise au dehors.)\n   l ’ A ï e u l (tressaillant.) — O h !\n\n   l ’ O n c l e . — Ursule, qu’est-ce que c’est ?\n\n   l a F i l l e . — Je ne sais pas au juste; je crois que\n\nc’est le jardinier. Je ne vois pas bien; il est dans\nl’ombre de la maison.\n   l e P è r e . — C’est le jardinier qui va faucher.\n\n   l ’ O n c l e . — Il fauche pendant la nuit ?\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "     l’Intruse.                                            11\n\n\n    l e P è r e . — N’est-ce pas dimanche, demain ? —\n\n Oui. — J ’ai remarqué que l’herbe était très haute\nautour de la maison.\n    l ’ A ï e u l . — Il me semble que sa faux fait tant de\n\nbruit....\n   l a F i l l e . — Il fauche autour de la maison.\n\n   l ’ A ï e u l . — L ’aperçois-tu, Ursule ?\n\n   l a F i l l e . — Non, grand-père, il est dans l’obscu­\n\nrité.\n   l ’ A ï e u l . — Il me semble que sa faux fait tant de\n\nbruit....\n   l a F i l l e . — C’est que vous avez l’oreille très fine,\n\ngrand-père.\n   l ’ A ï e u l . — Je crains qu’il ne réveille ma fille.\n\n   l ’ O n c l e . — Nous l’entendons à peine.\n\n   l ’ A ï e u l . — Moi, je l’entends comme s’il fauchait\n\ndans la maison.\n   l ’ O n c l e . — La malade ne l’entendra pas; il n’y a\n\npas de danger.\n   l e P è r e . -— Il me semble que la lampe ne brûle pas\n\nbien ce soir.\n  l ’ O n c l e . — Il faudrait y mettre de l’huile.\n\n  l e P è r e . — J ’en ai vu mettre ce matin. Elle brûle\n\nmal depuis qu’on a fermé la fenêtre.\n  l ’ O n c l e . — Je crois que le verre est voilé.\n\n  l a P è r e . — Elle brûlera mieux tout à l’heure.\n\n  l a F i l l e . — Grand-père s’est endormi. Il n’a pas\n\ndormi depuis trois nuits.\n  l e P è r e . — Il a eu bien des inquiétudes.\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "12                                          la Wallonie.\n\n\n\n     l’Oncle.      — Il s’inquiète toujours outre mesure. Il\ny a des moments où il ne veut pas entendre raison.\n   l e P è r e . — C’est assez excusable à son âge.\n\n   l ’ O n c l e . — Dieu sait où nous en serons à son âge !\n\n   l e P è r e . — Il a près de quatre-vingts ans.\n\n   l ’ O n c l e . — Alors, on a le droit d’être étrange.\n\n   l e P è r e . — Peut-être serons-nous plus étrange\n\nque lui.\n   l ’ O n c l e . — On ne sait pas ce qui peut arriver.\n\nIl est drôle à certains moments.\n   l e P è r e . — Il est comme tous les aveugles.\n\n   l ’ O n c l e . — Ils réfléchissent un peu trop.\n\n   l e P è r e . — Ils ont trop de temps à perdre.\n\n   l ’ O n c l e . — Ils n’ont pas autre chose à faire.\n\n   l e P è r e . — Et puis, ils n’ont aucune distraction.\n\n   l ’ O n c l e . — Cela doit être terrible.\n\n   l e P è r e . — Il paraît qu’on s’y habitue.\n\n   l ’ O n c l e . — Je ne puis pas me l’imaginer.\n\n   l e P è r e . — Il est certain qu’ils sont à plaindre.\n\n   l ’ O n c l e . — Ne pas savoir où l’on est, ne pas savoir\n\nd’ où l’on vient, ne pas savoir où l’on va ; ne plus\ndistinguer midi de minuit, ni l’été de l’hiver... et\ntoujours ces ténèbres, ces ténèbres... j ’aimerais mieux\nne plus vivre... est-ce que c’est absolument incurable?\n   l e P è r e . — Il paraît que oui.\n\n   l ’ O n c l e . — Mais il n’est pas absolument aveugle ?\n\n   l e P è r e . — Il distingue les grandes clartés.\n\n   l ’ O n c l e . — Ayons soin de nos pauvres yeux !\n\n   l e P è r e . — Il a souvent d’étranges idées.\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "     l'Intruse.                                                       13\n\n\n\n   l ’O ncle.    —   Il y    a   des m om en ts   où   il n ’ e s t p a s\na m u sa n t.\n   le   P è r e . — Il dit   absolument tout ce qu’il pense.\n   l ’O n cle.     — Mais il n’a pas toujours été ainsi ?\n   l e P è r e . — Mais non ; dans le temps il était aussi\n\nraisonnable que nous ; il ne disait rien d’extra­\nordinaire. Il est vrai qu’Ursule l’encourage un peu\ntrop ; elle répond à toutes ses questions...\n   l ’ O n c l e . — Il vaudrait mieux ne pas répondre ;\n\nc’est lui rendre-un mauvais service. (Dix heures\nsonnent.)\n   l ’ A ï e u l (s'éveillant.) — Suis-je tourné vers la porte\n\nvitrée ?\n   l a F i l l e . — Vous avez bien dormi, grand-père ?\n\n   l ’ A ï e u l . — Suis-je tourné vers la porte vitrée ?\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père.\n\n   l ’ A ï e u l . — Il n’y a personne à la porte vitrée ?\n\n   l a F i l l e . — Mais non, grand-père, je ne vois per­\n\nsonne.\n   l ’A ï e u l . — Je croyais que quelqu’un attendait.\n\nIl n’ est venu personne, Ursule ?\n   l a F i l l e . — Personne, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . (A VOncle et au Père) — Et votre sœur\n\nn’est pas venue ?\n   l ’ O n c l e . — Il est trop tard ; elle ne viendra plus ;\n\nce n’est pas gentil de sa part.\n   l e P è r e . — Elle commence à m’inquiéter. ( On\n\nentend un bruit,comme de quelqu'un qui entre dans la\nmaison.)\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": " 14                                         la Wallonie.\n\n\n\n      l ’O n cle.    — Elle est là ! avez-vous entendu ?\n     l e P è r e . — Oui ; quelqu’un est entré par les sou­\n\n  terrains.\n     l ’ O n c l e . — Il faut que ce soit notre sœur. J ’ai\n\n reconnu son pas.\n     l ’ A ï e u l . — J ’ai entendu marcher lentement.\n\n     l e P è r e . — Elle est entrée très doucement.\n\n     l ’ O n c l e . — Elle sait qu’il y a un malade.\n\n    l ’ A ï e u l . — Je n’entends plus rien maintenant.\n\n    l ’ O n c l e . — Elle montera immédiatement, on lui\n\n dira que nous sommes ici.\n    l e P è r e . — Je suis heureux qu’elle soit venue.\n\n    l ’ O n c l e . — J ’étais sûr qu’elle viendrait ce soir.\n\n    l ’ A ï e u l . — Elle tarde bien à monter.\n\n    l ’ O n c l e . — Il faut cependant que ce soit elle.\n\n    l e P è r e . — Nous n’attendons pas d’autres visites.\n\n    l ’A ï e u l . — Je n’entends aucun bruit dans les sou­\n\n terrains.\n    l e P è r e . — Je vais appeler la servante ; nous\n\n saurons à quoi nous en tenir. (Il tire un cordon de\n sonnette.)\n    l ’A ï e u l . — J’entends déjà du bruit dans l’escalier.\n\n    l e P è r e . — C’est la servante qui monte.\n\n    l ’ A ï e u l . — Il me semble qu’elle n’est pas seule.\n\n    l e P è r e . — C’est la servante qui fait tant de bruit.\n\n    l ’ O n c l e . — On dirait qu’elle a des jambes de\n\n plomb.\n    l e P è r e . — Elle devient d’une grosseur effrayante ;\n\nje crois qu’elle est hydropique.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "     l’ Intruse.                                          15\n\n\n\n    l ’ O n c l e . — Il serait temps de s’en débarrasser ;\n\nvous allez l’avoir sur les bras.\n    l ’A ï e u l . — J ’entends les pas de votre sœur !\n\n    l e P è r e . — Je n’entends, moi, que la servante.\n\n   l ’A ï e u l . — C’est votre sœur! c’est votre sœur!\n\n( On frappe à la petite porte)\n    l ’ O n c l e . — Elle frappe à la porte de l’escalier\n\ndérobé.\n    l e P è r e . — Je vais ouvrir moi-même, parce que\n\ncette petite porte fait trop de bruit ; elle ne sert que\nlorsqu’on veut entrer dans la chambre sans qu’on\ns’en aperçoive. (Il entr’ouvre la petite porte; la servante\nreste dehors, dans Ventre-bâillement) O ù êtes-vous?\n   l a S e r v a n t e . — Ici, Monsieur.\n\n   l ’ A ï e u l . — Votre sœur est à la porte?\n\n   l ’ O n c l e . — Je ne vois que la servante.\n\n   l e P è r e . — Il n’y a que la servante. (A la servante.)\n\nQui est-ce qui est entré dans la maison?\n   l a S e r v a n t e . — Entré dans la maison, Monsieur?\n\n   l e P è r e . — Oui; il est venu quelqu’un tout à\n\nl’heure ?\n   l a S e r v a n t e . —- Il n’est venu personne, Monsieur.\n\n   l ’A ï e u l . — Qui est-ce qui soupire ainsi?\n\n   l ’ O n c l e . — C’est la servante ; elle est essoufflée.\n\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce qu’elle pleure?\n\n   l ’ O n c l e . — Mais non; pourquoi pleurerait-elle?\n\n   l e P è r e . (A la servante) — Quelqu’un n’est-il pas\n\nentré, tout à l’heure ?\n   l a S e r v a n t e . — Mais non, Monsieur.\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "16                                                la Wallonie.\n\n\n\n     le   Père. —     Mais nous avons entendu ouvrir la\nporte !\n     la   S e r v a n t e . — C’est   moi qui ai fermé la porte,\nMonsieur.\n     le   P è r e . — Elle était ouverte?\n     L a S e r v a n t e . — Oui, Monsieur.\n     l e P è r e . — Pourquoi         était-elle ouverte, à cette\nheure ?\n   l a S e r v a n t e . — Je ne sais pas, Monsieur, moi, je\n\nl’avais fermée.\n   l e P è r e . — Mais alors, qui est-ce qui l’a ouverte?\n\n   l a S e r v a n t e . — Je ne sais pas, Monsieur, il faut\n\nque quelqu’un soit sorti après moi, Monsieur.\n   l e P è r e . — Il faut faire attention. — Mais ne\n\npoussez donc pas la porte; vous savez bien qu’elle\nfait du bruit!\n   l a S e r v a n t e . — Mais, Monsieur, je ne touche pas\n\nà la porte!\n   l e P è r e . — Mais si! vous poussez comme si vous\n\nvouliez entrer dans la chambre!\n   l a S e r v a n t e . — Mais, Monsieur, je suis à trois pas\n\n de la porte!\n   l e P è r e . — Parlez un peu moins haut.\n\n   l ’ A ï e ü l . — Est-ce qu’on éteint la lumière?\n\n   l a F i l l e a î n é e . — Mais non, grand-père.\n\n    l ’ A ï e u l . — Il me semble qu’il fait noir tout à coup.\n\n    l e P è r e . (A la servante.) — Vous pouvez des­\n\n cendre maintenant; mais ne faites plus tant de\n bruit dans l’escalier.\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "     l’ Intruse.                                                17\n\n\n\n  la    S ervante.        — Je n’ai pas fait de bruit dans\nl’escalier, Monsieur.\n   l e P è r e .— Je vous dis que vous avez fait du bruit;\n\ndescendez doucement; vous éveilleriez Madame.\n   l a S e r v a n t e . — Ce n’est pas moi qui ai fait du\n\nbruit, Monsieur.\n   l e P è r e . — Et s’il venait quelqu’un, maintenant,\n\ndites que nous n’y sommes pas.\n   l ’ O n c l e . — Oui, dites que nous n’y sommes pas !\n\n   l ’ A ï e u l . ( Tressaillant.) - Il ne fallait pas dire cela !\n\n   l e P è r e . — .... Si ce n’est pour ma sœur et pour le\n\nmédecin.\n   l ’ O n c l e . — A quelle heure le médecin viendra-t-il?\n\n   l e P è r e . — Il ne pourra pas venir avant minuit.\n\n(Il ferme la porte. On entend sonner onze heures.)\n   l ’ A ï e u l . — Elle est entrée ?\n\n   l e P è r e . — Qui donc?\n\n   l ’ A ï e u l . — La servante ?\n\n   l e P è r e . — Mais non ; elle est descendue.\n\n   l ’ A ï e u l . — Je croyais qu’elle s’était assise à la\n\ntable ?\n   l ’ O n c l e . — La servante?\n\n   l ’ A ïe u l . —   O u i.\n   l ’O ncle.     — Il ne manquerait plus que cela!\n   l ’A ïe u l .  — Personne n’est entré dans la chambre?\n  l e P è r e . — Mais non, personne.\n\n  l ’A ï e u l . — Et votre sœur n’est pas ici?\n\n  l ’ O n c l e . — Notre sœur? — Mais notre sœur n’est\n\npas venue ; où sont donc vos idées ?\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": " 18                                           la Wallonie.\n\n\n\n      l ’A ï e u l .— Vous voulez me tromper!\n      l ’O n cle.   — Vous tromper?\n    l ’A ï e u l . — Ursule, dis-moi la vérité, pour l’amour\n\n de Dieu !\n    l a F i l l e a î n é e . — Grand-père ! grand-père, qu’est-\n\n ce que vous avez?\n    l ’A ï e u l . — Il est arrivé quelque chose!... Je suis\n\n sûr que ma fille est plus mal!...\n    l ’ O n c l e . — Est-ce que vous rêvez?\n\n    l ’ A ï e u l . — Vous ne voulez pas me le dire!... Je\n\n vois bien qu’il y a quelque chose!...\n    l ’ O n c l e . — En ce cas, vous voyez mieux que nous.\n\n    l ’ A ï e u l . — Ursule, dis-moi la vérité !\n\n   l a F i l l e . — Mais on vous dit la vérité, grand-\n\n père !\n   l ’ A ï e u l . — Tu n’as pas ta voix ordinaire !\n\n   l e P è r e . — C’est parce que vous l’effrayez.\n\n   l ’ A ï e u l . — Votre voix est changée, elle aussi!\n\n   l e P è r e . — Mais vous devenez fou ! (Lui et VOnde\n\nse font des signes d!intelligence, pour se persuader que\nl’A ïeul a perdu la raison.)\n   l ’A ï e u l . — J ’entends bien que vous avez peur !\n\n   l e P è r e . — Mais de quoi donc aurions-nous peur?\n\n   l ’A ï e u l . — Pourquoi voulez-vous me tromper ?\n\n   l ’ O n c l e . — Qui est-ce qui songe à vous tromper?\n\n   l ’ A ï e u l . — Pourquoi avez-vous éteint la lumière ?\n\n   l ’ O n c l e . — Mais on n’a pas éteint la lumière ; il\n\nfait aussi clair qu’auparavant.\n   l a F i l l e . — Il me semble que la lampe a baissé.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "    l’ Intruse.                                            19\n\n\n\n  le   P è r e . — J ’y vois aussi clair que d’habitude.\n  l ’A ïe u l .   — J ’ai des meules de moulin sur les yeux !\nMes filles, dites-moi donc ce qui arrive ici ! dites-le-\nmoi pour l’amour de Dieu, vous autres qui voyez !\nJe suis ici, tout seul, dans des ténèbres sans fin ! Je\nne sais pas qui vient s’asseoir à côté de moi ! Je ne\nsais plus ce qui se passe à deux pas de moi !...\nPourquoi parliez-vous à voix basse, tout à l’heure ?\n  l e P è r e . — Personne n’a parlé à voix basse.\n\n   l ’ A ï e u l . — Vous avez parlé à voix basse, à la\n\nporte.\n   l e P è r e . — Vous avez entendu tout ce que j ’ai dit.\n\n   l ’A ï e u l . — Vous avez introduit quelqu’un dans la\n\nchambre !\n   l e P è r e . — Mais je vous dis que personne n’est\n\nentré !\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce votre sœur ou un prêtre ? — il\n\nne faut pas essayer de me tromper. — Ursule, qui\nest-ce qui est entré ?\n   l a F i l l e . — Personne, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . — Il ne faut pas essayer de me tromper ;\n\nje sais ce que je sais ! — Combien sommes-nous ici ?\n   l a F i l l e . — Nous sommes six autour de la table,\n\ngrand-père.\n   l ’A ï e u l . — Vous êtes tous autour de la table ?\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . — Vous êtes là, Paul ?\n\n   l e P è r e . — Oui.\n\n   l ’ A ï e u l . — Vous êtes là, Olivier?\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "20                                           la Wallonie.\n\n\n\n   l ’ O n c l e . — Mais oui ; mais oui ; je suis ici, à ma\n\nplace ordinaire. Ce n’est pas sérieux n’est-ce pas ?\n   l ’A ï e u l . — Tu es là Geneviève ?\n\n   u n e d e s F i l l e s . — Oui, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l . — Tu es là, Gertrude ?\n\n   u n e a u t r e F i l l e . — Oui, grand-père.\n\n   l ’ A ï e u l . — Tu es ici, Ursule ?\n\n   l a F i l l e a î n é e . — Oui, grand-père, à côté de vous.\n\n   l ’A ï e u l . — Et qui est-ce qui s’est assis là ?\n\n   l a F i l l e . — Où donc, grand-père ? — Il n’y a per­\n\nsonne.\n  l ’A ï e u l . — Ici, au milieu de nous ?\n\n   l a F i l l e . — Mais il n’y a personne, grand-père !\n\n  l e P è r e . — On vous dit qu’il n’y a personne !\n\n   l ’A ï e u l . — Mais vous ne voyez pas vous autres !\n\n  l ’ O n c l e . — Voyons, vous voulez rire ?\n\n  l ’A ï e u l . — Je n’ai pas envie de rire, je vous assure.\n\n  l ’ O n c l e . — Alors, croyez-en ceux qui voient.\n\n  l ’A ï e u l . (Indécis.) —      Je croyais qu’il y avait\nquelqu’un...\n  l ’ O n c l e . - Pourquoi irions-nous vous tromper ? à\n\nquoi cela servirait-il ?\n  l e P è r e . — Il faudrait bien vous dire la vérité.\n\n  l ’O n cle. -      A quoi bon se tromper mutuellement ?\n  l e P è r e . — Vous ne pourriez pas vivre longtemps\n\ndans l’erreur.\n  l ’A ï e u l . — Je voudrais être chez moi !\n\n  le P è r e . -      Mais vous êtes chez vous ici!\n  l ’ O n c l e . — Ne sommes-nous pas chez nous?\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "       l’Intruse.                                           21\n\n\n\n   le P ère . — Êtes-vous chez des étrangers?\n  l ’O n c le .   — Vous êtes étrange, ce soir.\n  l ’A ïe u l.    — C’est vous autres qui me semblez\nétranges !\n  le    P è r e . — Vous manque-t-il quelque chose?\n  l ’A ïe u l .     — Je ne sais pas ce que j ’ai!\n  l ’O n cle.       — Voulez-vous prendre quelque chose ?\n   l a F i l l e a î n é e . — Grand-père, que vous faut-il,\n\ngrand-père?\n    l ’ A ï e u l . — Donnez-moi vos petites mains, mes\n\nfilles.\n   l e s t r o i s F i l l e s . — Oui, grand-père.\n\n   l ’A ï e u l .    Pourquoi tremblez-vous toutes les trois,\nmes filles?\n   l a F i l l e a î n é e . — Nous ne tremblons presque pas,\n\ngrand-père.\n   l ’ A ï e u l . — Je crois que vous êtes pâles toutes\n\nles trois.\n   l a F i l l e a î n é e . — Il est tard, grand-père, et nous\n\nsommes fatiguées.\n   l e P è r e . — Il faudrait aller vous coucher; et grand-\n\npère aussi ferait mieux de prendre un peu de repos.\n   l ’ A ï e u l . — Je ne pourrais pas dormir cette nuit !\n\n   l ’ O n c l e . — Nous attendrons le médecin.\n\n   l ’A ïe u l . -   Préparez-moi à la vérité !\n   l ’ O n c l e . — Mais il n’y a pas de vérité !\n\n   l ’ A ï e u l . — Alors, je ne sais pas ce qu’il y a!\n\n   l ’ O n c l e . — Je vous dis qu’il n’y a rien du tout!\n\n   l ’ A ï e u l . — Je voudrais voir ma pauvre fille !\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "22                                           la Wallonie.\n\n\n\n  l e P è r e . — Mais vous savez bien que c’est impos­\n\nsible; il ne faut pas l’éveiller inutilement.\n  l ’ O n c l e . — Vous la verrez demain.\n\n   l ’A ï e u l . — On n’entend aucun bruit dans sa\n\nchambre.\n  l ’ O n c l e . — Je serais inquiet si j ’entendais du bruit.\n\n  l ’A ï e u l . — Il y a bien longtemps que je n’ai vu\n\nma fille!... Je lui ai pris les mains hier au soir et je ne\nla voyais pas !... Je ne sais plus ce qu’elle devient. Je\nne sais plus comment elle est... Je ne connais plus\nson visage... Elle doit être changée depuis ces se­\nmaines !... J ’ai senti les os de ses joues sous mes\nmains... Il n’y a plus que les ténèbres entre elle et\nmoi, et vous tous!... Ce n’est plus vivre ainsi... ce\nn’est pas vivre cela!... Vous êtes là, tous, les yeux\nouverts à regarder mes yeux morts, et pas un de\nvous n’a pitié!... Je ne sais pas ce que j ’ai... on ne dit\njamais ce qu’il faudrait dire... et tout est effrayant\nquand on y songe... Mais pourquoi ne parlez-vous\nplus, maintenant?\n   l ’ O n c l e . — Que voulez-vous que nous disions,\n\npuisque vous ne voulez pas nous croire?\n   l ’ A ï e u l . — Vous avez peur de vous trahir !\n\n   l e P è r e . — Mais soyez donc raisonnable, à la fin!\n\n   l ’ A ï e u l . — Il y a longtemps que l’on me cache\n\nquelque chose ici!... Il s’est passé quelque chose dans\nla maison... Mais je commence à comprendre main­\ntenant... Il y a trop longtemps qu’on me trompe! —\nVous croyez donc que je ne saurai jamais rien? — Il\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "     l’Intruse.                                             23\n\n\n\ny a des moments où je suis moins aveugle que vous,\nvous savez!... Est-ce que je ne vous entends pas\nchuchoter, depuis des jours et des jours, comme si\nvous étiez dans la maison d’un pendu ? — Je n’ose\npas dire ce que je sais ce soir... Mais je saurai la\nvérité!... J ’attendrai que vous disiez la vérité ; mais\nil y a longtemps que je le sais, malgré vous ! — Et\nmaintenant, je sens que vous êtes tous plus pâles\nque des morts !\n   les      t r o is E il l e s . —    Grand-père, grand-père !\nQu’avez-vous donc, grand-père ?\n   l ’A ï e u l . — Ce n’est pas de vous que je parle, mes\n\nfilles, non, ce n’est pas de vous que je parle... Je sais\nbien que vous m’apprendriez la vérité, s’ils n’étaient\npas autour de vous !... Et d’ailleurs, je suis siîr qu’ils\nvous trompent aussi... Vous verrez, mes filles, vous\nverrez !... Est-ce que je ne vous entends pas sangloter\ntoutes les trois?\n   l ’ O n c l e . — Moi, je ne reste pas ici.\n\n   l e P è r e . — Est-ce que, vraiment, ma femme est si\n\nmal?...\n   l ’ A ï e u l . — Il ne faut plus essayer de me tromper;\n\nil est trop tard maintenant, et je sais la vérité mieux\nque vous !...\n   l ’ O n c l e . — Mais         enfin, nous ne sommes pas\naveugles nous !\n   l e P è r e . — Voulez-vous entrer dans la chambre\n\nde votre fille ? Il y a ici un malentendu et une\nerreur qui doivent finir. Voulez-vous ?\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "24                                            la Wallonie.\n\n\n\n     l ’A ï e u l .   — N on; non, pas maintenant... pas\nencore...\n   l ’ O n c l e . — Vous voyez bien que vous n’êtes pas\n\nraisonnable.\n   l ’ A ï e u l . — On ne sait jamais tout ce qu’un homme\n\nn’a pu dire dans sa vie !... — Qui est-ce qui fait ce\nbruit ?\n   l a F i l l e a î n é e . — C’est la lampe qui palpite ainsi,\ngrand-père. Je crois qu’elle va s’éteindre.\n  l e P è r e . — Il n’y a plus d’huile.\n  l a F i l l e . — Elle s’éteint tout à fait.\n  l e P è r e . — Nous ne pouvons pas rester ainsi dans\nles ténèbres.\n  l ’ O n c l e . — Pourquoi pas? - J ’y suis déjà habitué.\n  l e P ère . — Il y a de la lumière dans la chambre\nde ma femme.\n  l ’O n c le .    — Nous en prendrons tout à l’heure,\nquand le médecin sera venu.\n   l e P è r e . — Il est vrai qu’on y voit assez ; il y a la\n\nclarté du dehors.\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce qu’il fait clair dehors ?\n\n   l e P è r e . — Plus clair qu’ici.\n\n   l ’ O n c l e . — Moi, j ’aime autant causer dans l’obscu­\n\nrité.\n   l e P è r e . — Moi aussi. (Silence.)\n\n   l ’ A ï e u l . — Il me semble que l’horloge fait tant\n\nde bruit!...\n   l a F i l l e a î n é e . — C’est parce qu’on ne parle plus,\n\ngrand-père.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "    l’ Intruse.                                            25\n\n\n\n  l ’A ïe u l .   — Mais pourquoi vous taisez-vous tous ?\n  l’O ncle.       —De quoi voulez-vous que nous parlions?\n— Vous n’êtes pas sérieux ce soir.\n   l ’A ï e u l . — Est-ce qu’il fait très noir dans la\n\nchambre ?\n   l ’ O n c l e . — Il n’y fait pas très clair. (Silence)\n\n   l ’A ï e u l . — Je ne       me sens pas bien, Ursule;\nouvre un peu la fenêtre.\n   l e P è r e . — Oui, ma fille, ouvre un peu la fenêtre ;\n\nje commence à avoir besoin d’air, moi aussi. (La fille\nouvre une fenêtre)\n   l ’ O n c l e . — Je crois positivement, que nous avons\n\nété enfermés trop longtemps.\n   l ’ A ï e u l . — Est-ce que la fenêtre        est ouverte,\nUrsule ?\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père, elle est large ouverte.\n\n   l ’A ï e u l . — On ne dirait pas qu’elle est ouverte ; il\n\nne vient aucun bruit du dehors.\n   l a F i l l e . — Non, grand-père, il n’y a pas le\n\nmoindre bruit.\n   l e P è r e . — Il y a un silence extraordinaire.\n\n   l a F i l l e . — On entendrait marcher un ange.\n\n   l ’ O n c l e . — Voilà pourquoi je n’aime pas la cam­\n\npagne.\n   l ’A ï e u l . — Je voudrais entendre un peu de bruit.\n\nQuelle heure est-il, Ursule ?\n   l a F i l l e . — Minuit bientôt, grand-père. (Ici l'oncle\n\nse met à marcher de long en large dans la chambre)\n   l ’A ï e u l . — Qui est-ce qui marche ainsi, autour de\n\nnous?\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "26                                          la Wallonie.\n\n\n\n   l ’ O n c l e . — C’est moi, c’est moi, n’ayez pas peur.\n\nJ ’éprouve le besoin de marcher un peu. (Silence.)\n— Mais je vais me rasseoir; — je ne vois pas où je\nvais. (Silence)\n   l ’ A ï e u l . — Je voudrais être ailleurs!\n\n   l a F i l l e . — Où voudriez-vous aller, grand’père?\n\n   l ’A ï e u l . — Je     ne sais où — dans une autre\nchambre.\n   l e P è r e . — O ù irions-nous ?\n\n   l ’ O n c l e . — Il est trop tard pour aller ailleurs.\n\n(Silence. Ils sont assis, immobiles, autour de la table)\n   l ’A ï e u l . — Qu’est-ce que j ’entends, Ursule?\n\n   l a F i l l e . — Rien,, grand-père, ce sont des feuilles\n\nqui tombent; — oui, ce sont des feuilles qui tombent\nsur la terrasse.\n   l ’A ï e u l . — Va fermer la fenêtre, Ursule.\n\n   l a F i l l e . — Oui, grand-père. (Elle ferme la fenêtre\n\net revient s’asseoir.)\n   l ’ A ï e u l . — J ’ai froid.  (Silence. Les trois sœurs\ns'embrassent.) Qu’est-ce que j ’entends maintenant?\n   l e P è r e . — Ce sont les trois sœurs qui s’em­\n\nbrassent.\n   l ’ O n c l e . - Il me semble qu’elles sont bien pâles,\n\nce soir. (Silence)\n   l ’ A ï e u l . — Qu’est-ce que j ’entends maintenant,\n\nUrsule?\n   l a F i l l e . — Rien, grand-père ; ce sont mes mains\n\nque j ’ai jointes.\n   l ’ A ï e u l . (Silence) Qu’est-ce que j ’entends, qu’est-\n\nce que j ’entends, Ursule?\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "    l'In truse.                                            27\n\n\n\n   L a F i l l e . — Je ne sais pas, grand-père; peut-être\nmes sœurs qui tremblent un peu?\n   l ’ A ï e u l . — J ’ai peur aussi mes filles.\n\n   (Ici un rayon de lune pénètre par un coin des\nvitraux et répand, çà et là, quelques lueurs louches et\nétranges dans la chambre. Minuit sonne, et, au der­\nnier coup, il semble, à certains, qu’on entende, très\nvaguement, un bruit comme de quelqu’un qui se lèverait\nen toute hâte.)\n   l ’A ï e u l . (Tressaillant d’une épouvante spéciale.) —\n\nQui est-ce qui s’est levé?\n   l ’ O n c l e . — On ne s’est pas levé!\n\n   l e P è r e . — Je ne me suis pas levé!\n\n   l e s t r o i s F i l l e s . — Moi non plus! — Moi non\n\nplus ! — Moi non plus !\n   l ’A ï e u l . — Il y         a quelqu’un qui s’est levé de\ntable !\n   l ’ O n c l e . — Allumez la lumière !\n\n    (Ici on entend tout à c o u p un vagissement d’épou­\nvante, à droite, dans la chambre de l’enfant; et ce vagis­\nsement continue avec des gradations de terreur, jusqu’à\nla fin de la scène.)\n    l e P è r e . — Ecoutez! l’enfant!\n\n    l ’ O n c l e . — Il n’a jamais pleuré!\n\n    l e P è r e . — Allons voir !\n\n    (En ce moment, on entend courir à pas précipités et\nsourds, dans la chambre à gauche. — Ensuite, un\n silence de mort. — Ils écoutent dans une muette terreur;\njusqu’à ce que la porte de cette chambre s’ouvre lente­\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "28                                         la Wallonie.\n\n\n\n ment; la clarté de la pièce voisine s'irrue dans la salle,\n et la sœur de charité paraît sur le seuil en ses vêtements\n noirs, et s'incline avec un geste triste, pour annoncer la\n mort de la femme. Ils comprennent, et, après un moment\n d'indécision et d’effroi, entrent en silence dans la\n chambre mortuaire; tandis que l'oncle, sur le pas de la\nporte, s’efface poliment pour laisser passer les trois\njeunes filles. L'aveugle, resté seul, se lève et s'agite à\n tâtons dans les ténèbres autour de la table.)\n   l ’A ïeul . — Où allez-vous? — Où allez-vous? Elles\nm’ont laissé tout seul!\n\n                          M a u r i c e MAETERLINCK.\n\n\n\n\n                          FIN.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                    CHANSON.\n\n                                          à A lbert Saint-Paul\n                                       et A chille D elaroche.\n\nPrès de la mer, à la fontaine\nelle chantait à la fontaine :\n\nAh vire e t gyre et vire le dé !\n\n\nA fontaine profonde, arrivant de la plaine,\nà profonde fontaine un gueux j ’ai rencontré\net vire, et gyre, et vire le dé !\nI l avait haute allure une dague à la gaine\nétrange, et ses façons de vous dire dondaine\nlui donnaient de grands airs comme d’un capitaine\nsur tous les brigands par lui commandés.\n\net virent et gyrent et virent les dés !\n\nUn long mantel aux bords déchirés\net scs plis profonds comme un songe d’aimer...\n(ah longue et triste et longue est la plaine !)\nmontrait poitrine ferme et pleine\nson mantel entr’ouvert montrait sa nudité.\n\n— Ah triste et longue, triste est la plaine\ndit-il, et de mes yeux des larmes vit couler.\nJe suis triste ma mie et porte voire peine\nah j e suis triste comme la plaine ;\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "30                                                 la Wallonie.\n\n\n     mon âme a des recels de maux à bien garder\n     mon cœur a des trésors inconnus à donner :\n     je suis triste ma mie, venez me consoler.\n\n     (Mais longue et triste, longue est la plaine.)\n\n     — Je ne pourrais, lui dis-je; un amant désiré\n     il s’en fu t à la guerre il y a des années\n     et l’attends qui viendra du bout de cette plaine\n     oh longue et triste comme ma peine —-\n     et qui boira de ses baisers\n     tous mes pleurs esseulés coulant à la fontaine.\n\n     (Mais vire et gyre et vire le dé,\n     il n'aurait pas dû s’en aller.)\n\n     — Mais si vaine est la triste et longue, longue plaine !\n     l’amour d’antan, l’ami ne l’a-t-il oubliée ?\n     (sa paupière elle gyre, elle vire soudaine)\n     ah trop longue est la plaine, il vous a dédaignée.\n     Votre amant, je le vis aux pieds d’une autre reine\n     ton amant oublia la promesse lointaine,\n     son baiser méprisa ta poitrine trop vaine ;\n     lui quand virait, gyrait et que virait le dé\n     une autre belle, bien plus belle, a rencontrée\n     et boit l’amour rivale à des lèvres germaines...\n     Je suis triste, ma mie, ah viens me consoler !\n     — S’il arrivait... sa dague de haine\n     de rouges lèvres elle a marqué\n     mes petits membres séparés,\n     mes bras fluets désenlacés\n     et ma bondissante chevelure dénouée\n     inutilement dénouée\n     sur mes baisers désavoués\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "Chanson.                                                  31\n\n\npour l’apaiser, prier, détourner sa haine...\n— Vois comme longue et triste est la plaine ;\nviens ! je défaille sous ma peine,\nviens dans nos yeux jumeaux nos âmes contempler.\n Vois : longue, vaste, immense est la plaine;\ns’il arrivait au loin, — nous saurons nous garder.\n— Je t’aime ! je t’aime ! prends-moi toute, sois la carène\nqui tranche de l'étrave onduleux flots pâmés.\nOui, sans espoir et longue, trop longue est la plaine :\n Viens, mirons notre image au cristal des fontaines\net que vire et que gyre et que vire le dé !\n Viens, je suis triste, am i,partage ma peine,\nviens mirer ton amour à mes lèvres d’aimer :\nah verse ta langueur aux plis de mes baisers !\n\n(A la fontaine,\nau bout de longue, et triste, et longue plaine,\nun autre amant j ’ ai rencontré\net que vire et que gyre et que vire le dé!)\n\nMais se dressant sur la triste plaine :\n— Femme infidèle, tu m’as oublié',\nC’est moi qui t’appris les baisers\net pour guérir ma longue peine\nj ’avais traversé toute la plaine,\nj ’avais passé, pour tes baisers,\nla triste, et longue, longue plaine !\n— Ah, beau sire ? mais vire le dé !\n\nSoudain sur moi sa dague a levé;\npreste m'enfuis autour de la fontaine\ndans les grands prés longeant la profonde fontaine.\nMais lui, de lourds sanglots le vis tout secoué\nqui pleurait, maudissant la triste et longue plaine :\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "32                                               la Wallonie.\n\n\n     et je l’aimais, celui qui m’apprit les baisers...\n\n     H élas, il vit dans la fontaine ,\n     au plus profond de la fontaine\n     un jour qui tuait jours passés ;\n     il vit son image adorée,\n     il vit l’image détestée,\n     et dague en main s’y est jeté\n     pour tuer l'amant préféré.\n\n     Ali me fu t longue, longue la plaine\n     quand seule revins sans baisers :\n     il s ’est noyé dans la fontaine,\n     et vire et gyre et vire le dé !\n\n     Pourquoi m’a-t-il voulu tromper ?\n     Sous les longs vêtements de laine\n     aux plis du mantel déchiré,\n     mes lèvres voyaient les baisers\n     qu'y mordilla leur amour vaine...\n     A h que m’a-t-il voulu tromper !\n     car j ’avais reconnu l’Aimé\n     et l’aurais vu du loin de la plus longue plaine :\n     j ’avais reconnu mes baisers.\n\n     E t vire et gyre et vire le dé :\n     Près de la mer à la fontaine,\n     errant au long des longues plaines,\n     seule je vais portant ma peine\n     et l’on me verra délaissée\n     errante aux longues, longues plaines.\n\n\n                                               À*\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                     AU TOU R DE SOI.\n\n\n  à Henri de Régnier.\n\n\n\n          M ille basaltes en colonnades\n          et les hauts murs de marbre noir\nsur des granits, massivement, par esplanades.\n\nTous les géants et leurs douteuses masses\nétagent m alem ent leurs masses, lourds de siècles\nmassivement, par les dalles des esplanades\noù des gestes se croisent d’ombres cruciales.\nUn peuple roide est lourd de pierre\ninam ovible, et sa rudesse en les basaltes\nse tord abruptement sous les décom bres d’ une salle,\nne songeant qu’autrefois, après bataille, après massacre,\nsous les hauts chevaliers qui forgeaient la victoire\nen martelant l ’ahan des armes et des cuirasses,\nlà hennirent des bonds caparaçonnés d’or.\n\nUn désastre, la hache et le glaive de proie\nsous le marbre, aux basaltes tonnèrent l’alarme,\n— un désastre cassa les rondaches et les armes;\nles panaches de gloire et les cimiers d’orgueil\navec les cris du bronze et l’or des étendards\net les chars dont s’acclam e le faste des rois,\net les fanfares d’or cabrées par cataractes\navec les cimiers d’or s’abîmèrent en l’histoire.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "34                                               ta Wallonie.\n\n\nTout est m ort à jam ais pour les mém oires d’hommes :\ntelle vêpre en rumeur la trom pe du beffroi\nsonnant pillage et larmes et vacarm e de foule,\nle chant de l ’oliphant triom phant lors des sacres,\nles marches sous l ’orgueil des hautberts de parade;\nles pesants palefrois qui bondissaient, les dents au mors\npour les terreurs brutales et corps à corps dans les saccages,\nla victoire forgée contre les armes d’ or,\nla victoire qu’on forge sur les casques d’ or,\nTout est m ort à jam ais pour les mém oires d’hommes :\n\nune ombre a dévoré les chevaliers de proie.\n\nTous les géants, sur des granits, qui se refoulent\nmonstrueusement dans les ténèbres verdâtres,\nun peuple roide est lourd de pierre\net sa rudesse en les basaltes\nse tord abruptement sous les basaltes en colonnades.\nL es ruines s’étagent érigeant les basaltes\npar cataractes là roidies au flanc du roc,\npar cataractes, où l ’étendard se déferla,\noù l’or de l ’oliphant déploya ses fanfares.\nUn fer abrupt déchire et mord les bras de pierre\ncar sa rudesse en les basaltes\nse tord abruptement sous les basaltes en colonnades\net le silence est de ruines dans la plaine\nnormalement figée au bas.\n\n\n\nOr sur le froid du marbre et dans la terreur des basaltes\nun miracle fit de merveille épanouir\nla fragilité d’une indécise corolle.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "      la petite Elle.                                            35\n\n\nJ ’ai vu ses lents pétales ingénument s’ouvrir,\net pales palpiter aux brises d’alentour :\nc’est une mélodie inapprise d’amour\nsous le fracas du bronze tonnant la bataille,\nc’est une balancelle où muse une marquise\nqu’emporte la clameur des vagues en la bourrasque.\nJ 'a i vu sa lèvre enfant parmi les rosées d’argyrose\nle corps gracile et ses adolescences smaragdines,\nj ’ai vu la simple vierge innocemment tentée\npencher sur la montagne, au flanc de roc, un geste en pleurs.\n\nNaïve pour ces mâles parois de basalte\net lé marbre et les colonnades par étages\nelle, pour ces géants qui ne le verront pas\net qui massivement vont l’écraser de marbre,\nah j ’ai vu l’innocente fillette frémir\nd’un battement des cils furtifs sous le regard....\nElle, la pure enfant dont avec la pensée\nles regards ingénus distillent des rosées,\nj ’ai vu la Fière, et l’œil au loin là qui s ’exalte\ndéserter les candeurs glaciales des cimes\n\néglantine inclinant un baiser vers l’abîme.\n\n\n\n\n                                      la    p e t it e   Elle.\n\n\n  à M adam e E . M .\n\n\n\nl’ Ignorante qui passez,\nvous, c'était Vous la fluette jeune fille\nenfantelette ! enfant très fière et l’œil au loin\nvous, l’orgueil ingénu sous le haut front tout en révolte.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "36                                                 la Wallonie.\n\n\n\nElles firent, les fées, à lire doigts qu’effile\nun noble anonchalir de princesses fileuses\nles boucles, l’ennuagé vol comme une haleine\ndu blond fluide aux fuites enrouleuses de boucles.\n\n\nOh, les boucles, soyez la seule molle courbe\nd’un petit être inconscient, fragile à m’éblouir!\nElle est fragile, elle est fière, elle est toute grêle\net c'est naïvement le long sourire épanoui\noù s’effeuillent en désirs informulés ses rêves,\ncar le haut front qui déclive aux tendresses d’or\népèle un battement des paupières comme des ailes\noù tout l’azur se mêle aux vagues de. la mer.\n\nLes boucles, ses boucles, soyez la seule molle courbe\nondulant les musicales souplesses droites\net la Ligne de ma fillette! si l’éludent\ncandides longuement des baisers qu’acidulé\nun nubile refus, très fugitif, de moue exquise. —\nses lignes, soyez Elle, une marquise enfant.\nMarquise ?... et ligne élue aux grâces garçonnières !\nféminine pour s’enlacer jusqu’à mourir,\nl’éprise d’un soupir que nul jamais n’ouit,\nféline si l’étire et si l'épuise un vide ennui\nou ducale érigeant dynastique un sourire :\n\ncelle qui sait lever un doigt silencieux\net palpitant des cils vers une aurore d’éblouir,\nd’un geste illuminer des Terres de merveilles.\n\n                                                          A*\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                N O C T U R N E.\n\n\n\nL S ramiers assoupis sur les balustres d’or\nE\n      L e lon g de l’eau lunaire des lagunes\nS’essorent au murmure ému du vent des dunes\n      V ers les lointains d’ un fabuleux décor.\n\nA u x balcons des palais enguirlandés de lustres\n      Un friselis frileux de falbalas,\nE t voilà s’ effeuiller par touffes les lilas\n      Sur les remous des profondeurs palustres.\n\nL es gondoles d’am our lourdes pour ce soir-là\n     D e girandoles et de banderolles\nTram ent l ’écho m ourant des m olles barcarolles\n      Sur un doux air dém odé de gala.\n\nPuis lent comme un remords, oh ! si len t, le silence\n     Sur l’eau lasse où s’ éplorent les lilas,\nE t l’indolent élan vers les bleus au-delàs\n     D es souvenirs mi-morts de som nolence.\n\n                                S tu a r t   M E R R IL L .\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "         LA CHAIR ET L ’ ESPRIT\n\n                       ( f r a g m e n t .)\n\n\n\n\n                                              pour A lbert Mockel.\n\n\n\n\nC      h ose  étrange, quoique le soleil fût loin encore\n         de disparaître derrière les montagnes, là-bas,\n        l’air se faisait frigide et la terre semblait gre ­\n        lotter.\n   Et le soleil était pâle comme s’il eût déjà saigné\ntoute sa vie luxuriante.\n   La lumière était diffuse, ballottée sans direction ;\nles images arrivaient troubles, multiples, comme au\ntravers d’un remous.\n  Des nuages s’allumèrent, à l’Occident, un à un,\nmaladifs; des nuages... non, le globe solaire se dé­\ncomposait en lambeaux qui allèrent à la dérive ; se\ndispersèrent en s’effritant jusqu’à ce que le ciel fût\ninfesté d’une poussière blême, homogène, imminente.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "     la Chair et l’Esprit.                             39\n\n\n     Puis un souffle se leva, je ne sais d’où, éperdu, un\n  souffle méphitique et putride.\n    Je crus sentir se figer mon sang... Je me retournai :\n Sur le flanc d e la montagne, courait un râlement;\n les feuilles se détachaient des rameaux, tournoyaient,\n se laissaient choir; les rameaux se détachaient des\n branches avec un bruit sec, se laissaient choir. Et\n un solennel vol de corbeaux se leva, monta silencieu­\n sement, puis plongea derrière la montagne.\n    D ’une noire crevasse, béante en le roc, partit un\n mélancolique rugissement, auquel deux autres ré­\n pondirent sur des tons différents, mais aussi mélan­\n coliques et résignés devant la fatalité. Et sortirent,\n l’un à la suite de l’autre, un Ours très morne, une\n Tigresse alarmée et un superbe Lion, pensif.\n    Ils se dirigeaient vers moi, ils me frôlèrent au\npassage sans paraître s’apercevoir de mon existence,\net moi qui les sentais indifférents, je n’eus point\nd’inquiétude.\n    Puis il se séparèrent machinalement, perdus de\nvouloir; l’Ours se dirigea vers les montagnes loin­\ntaines, la Tigresse et le Lion, suivant la vallée, l’un\nà gauche, l’autre à droite ; par moment, un rugisse­\nment leur échappait, terne, vitreux, comme si le sol\nen eût absorbé l'éclat. Et ils s’éloignèrent à pas\nlents et graves, au-devant de l’inévitable.\n    Cependant la lumière agonisait là-haut et s’éta­\nblirent de réginales ténèbres.\n   J’eus peur en cette vallée d’agonie et, cherchant\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "40                                      la Wallonie.\n\n\n\n un vague refuge, je me hâtai craintivement vers\n l’Antre; mais je fus saisi de frayeur devant les\n ténèbres absolues et je m’arrêtai à l’orifice.\n    Les râlements de la montagne s’éteignirent, toute\n clarté se tut ; la lumière et le son se figèrent.\n    Et j ’eus un solennel effroi, car je sentais que\nj ’allais paraître devant mon âme.\n    Lors, des entrailles du ténébreux Silence, issit ce\n définitif dialogue :\n    Lui. — Auras-tu pitié, ô Reine étrange ! du désar­\nroi où s’efforce mon dévouement à bout de res­\n sources... si ce n’est le dédain de lassitude de m’a­\n vouer tes appétits somptueux et redoutables ?\n    Serai-je méprisé pour trop d’amour et te détour­\n neras-tu, ostensive d’un nauséeux dégoût, de l’amant\n qui t’aima jusqu’à l’avilissement, Reine magnifique\n et sombre ? Oublieras-tu, devant ma misère, ton\nœuvre, la noblesse glorieuse de ma race et les magni­\nficences de mes fabuleux domaines ?\n    Les parcs du Désir et leurs nuits lunaires aux\nrêves de blancheur et les musiques virginales en\noffrande vers des ciels d’Aimer.\n    Les domaines de l’Intellect où des Pics altiers et\nleurs conquérants vols d’ aigles et les ruisselantes\ncascades de vibrations lumineuses en des cristallisa­\ntions adamantines.\n    Les plaines de l’Imagination avec leurs toisons\nrutilantes, leurs palais magiques et les angéliques\nincantations des cloches, aux crépuscules, par des\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "     la Chair et l’ Esprit.                              41\n\n\n\n perspectives éloquentes d’infini, vers des Edens\n magnétiques de conquête.\n    Les lacs immuables du Souvenir où se recueillent\n les cités et leurs vies figées.\n    Les fanaux de la liaison, défiant, superbes, les\n remous des enlaçantes ténèbres.\n    Les grèves du vouloir, et les rocs de défi et l’éter­\n nel assaut des marées.\n    Et même, en les orages de l’ Orgueil, les grands\n gestes de Soi.\n    Je renonçai à toutes ces splendeurs et je t’en fis\n l’hommage, espérant, par mes misérables guenilles\n de la Sensation, ô Reine spleenétique, attendrir ton\n égoïsme natif...\n    E l l e . — Moroses, la récurrence morose, le rognon ­\n nement maussade de tes sacrifices... amant morose,\n que veux-tu de moi ?\n    Lui.— Je t’ai donc tirée de ta méprisante torpeur !\n Et c’ est avec une lassitude outrageante que ta\n bouche de nuit daigne proférer des paroles d’amer\n dégoût... Je renonçai donc à toutes ces splendeurs\n et je te dis : “ Je puis, par ces richesses, faire s’ouvrir\n devant toi les portes du Ciel et de l’Enfer; je te\n créerai de divines voluptés, des pâmoisons à tenter\n Satan lui-même, des vibrations qui se répercuteront\njusque dans les espaces du Pressentiment.,,\n   Tu me répondis : “ Je veux cela „ sans que ta\nbouche d’ombre me remerciât de mon héroïque ser­\nvilité. Et après chaque prodige, Reine insatiable\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "42                                        la Wallonie.\n\n\n\n — dans le secret dessein d’exaspérer encore mon\n amour, — tu roulais mon exil aux sombres et dessé­\n chantes contrées de la Désespérance.\n    E l l e . — Amant morose, que veux-tu de moi ?\n    Lui. — Je veux... Tu m’as laissé, par une raffinée\n férocité, — l’image ironique de ma native noblesse,\n et aussi, — oh! la machination est géniale.... —\n l’intuition de ma \"misère en ce lac d’ébène de la\n Conscience....\n    Daigne au moins achever ton œuvre et que, si je\n fus ange, je perde la remembrance du Ciel, et préci­\n pite-moi dans5cet absolu bonheur de l’Inconscience,\n dans le Néant. Accorde-moi la seule joie possible\n encore pour moi : qu’en la dernière phosphorescence\nde mon être je me consume et te crée un frisson\ninéprouvé !\n    E l l e . — Amant morose, sache donc, — puisqu’on\nle trouble de ta dernière fièvre, tu ne peux plus pro­\njeter que des lueurs, non des éclairs, — sache donc\nque ma torpeur est la résignation à la Fatalité.\n    Curieuse d’un Devenir dont toi, esclave du Présent,\ntu avais perdu le sens, j ’ai voulu, par les magnificences\nde tes fabuleux domaines, acheter le droit de parcou­\nrir de mes regards profanes le Livre où fut consignée\nla Science de la Vie !...\n    Et m’est apparue la Loi de progression de la\nvolupté vers l’Inconnu. L ’inéprouvé n’est plus l’in­\nconnu pour moi. Si j ’ignore le terme prochain, je\nconnais la constante qui nous en sépare, et n’est-ce\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "  la Chair et l’ Esprit.                               43\n\n\nen elle que gît la joie ? Et si connaître est posséder)\npuis-je désirer ce que je possède ?\n   Cesse donc tes plaintes puériles, — indignes de la\nnoblesse glorieuse de ta race, — et apprends la sereine\nindifférence devant la fatale Indifférence.\n   Résigne-toi, amant morose, à l’inutilité de tes\nprodiges et de ton héroïque servilité et sache que la\nmort est proche, de notre Amour, car est morte\nl’énergie de mon despotisme, l e s e u l a l i m e n t d e\nson   e x is t e n c e .\n\n\n\n                               A u g . HENROTAY.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "         LE L Y S ET LA ROSE.\n\n    M oi, la blonde des midis profanes\n    Qu’enflamme mon orgueil royal,\n    D e mon cœur où meurt l’ardeur de prairial\n    D e mon cœur s’ émane un parfum de femme.\n  J e suis la chair subtile aux nuances d’ aurore\n  E t je frém is de la splendeur des nacres roses\n    Si le soleil sur ma rosée éploie\n    L ’éventail d’or des rayons de sa joie.\n    Que n’avez-vous. L y s grêle, mes dards frêles,\n  Mes pétales qui sont des langues ou des ailes\n  E t disent aux amants vers quel ciel désiré\n  M onte le triom phe verm eil de leurs baisers.\n\n  Taisez-vous, ô ma sœur, et ne troublez mon rêve.\n  L a volupté vous grise et le sang des étés.\n  J e garde la gloire froide de m on calice,\n  Epanouie aux nuits stellaires et de lune\n  E t je grandis dans la blancheur de ma fierté\nCar votre orgueil livre la solitude de mon dédain.\n  M a pâle nudité fait le signe des mains\n  D es suppliantes mains qu’ élève la prière\n  Quand la candeur vierge de. mes pétales\n  Surgit vers la lune au-dessus des rivières\nE n la noblesse de nulle tache — com m e un glaive.\n\n                La vertu de cette fable\n                N ’ est-elle inappréciable?\n\n                                 A l b e r t SA IN T -P A U L .\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "               A L ’IR R É V É L É E.\n\n\n A L A M ÉM O IRE DU COM TE D E V I L L I E R S DE L ’ I s L E A d AM.\n\n\n\n\n                                        Car j e sens dans ma chair la loi\n                                           d u Péché      qui contredit la loi\n                                           de l'Esprit.      (Imit. de J.C .)\n\nO T oi dont les regards de ma Pensée sont pleins\net qui remplis le moule intérieur de m on A m e\nexactem ent, au point de n’y pas laisser l’ empreinte\nlégère d’aucune autre im age de souvenir !\n\n\nO T oi dont s’ enorgueillit l’ errance de mon rêve\net la conscience illuminée de mon éveil,\ntoujours présente en m oi, obéissante à l’appel\nde ma voix, solliciteuse de ta Présence !\n\nO Toi, R ecluse de vie, H abitante m ystique\nde m on front-tabernacle et de m on cœur-autel,\nfantôm ale Vision comme un spectre h antant.\nles dédales secrets de mon Am e : ta demeure !\n\n\nV ision intimement liée en l'A utrefois —\nà la chaîne des préexistences spirituelles — !\nO T oi qui fus l ’Amante initiale des ciels,\nl ’Épouse prédestinée en l’aurore des âges,\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "6                                                la Wallonie.\n\n\n     belle d’une beauté d’irréel et d’infini,\n     candide d’ une blancheur de neige im marcessible ;\n     éclatante et sereine com m e un levant soleil,\n     douce com m e les nuits, tendre comme les étoiles !\n\n     O Toute-Glorieuse, et Toute-Resplendissante\n     M agicienne de grâce, Enchanteresse d’amour,\n     om nipotente F ée dont l’aérien sourire\n    m ’est l ’arc-en-ciel de toute jo ie et de tout plaisir!\n\n\n    O Toute-M iséricordieuse et M agnanime,\n    ô jam ais Im plorée, ô jam ais priée en vain ;\n    D ispensatrice aimable de toutes les faveurs\n    et de tous les dons magiques de munificence :\n\n\n    Écoute, oh ! écoute ma suppliante Prière,\n    et je t ’exalterai, et je te magnifierai !\n    Écoute, oh ! prête-m oi une oreille favorable\n    E t sois touchée au sens supérieur de mon désir !\n\n\n    P ar un prodige divin de ta toute puissance\n    à même d’élim iner les bornes du Possible,\n    par un décret miraculeux de ta volonté\n    souveraine à triom pher des volontés hostiles,\n\n    une heure, — oh ! l’Heure bénie entre toutes les heures !\n    une heure, — ô tim bre qui la sonnera dans le Tem ps !\n    une heure, révèle-toi terrestrem ent “ R éelle „\n    aux facultés vives de ma subjectivité !\n\n\n    Une heure de plein éveil et d’esprit conscient ;\n    une heure, apparais-moi corporellem ent Présente :\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": " à l’ Irrévélée.                                           47\n\n\nprésente en l ’entité m atérielle de ta chair\net de ton sang, de tes contours et de tes form es !\n\nUne heure révèle-toi apparente et tangible,\nform elle à mes regards scrutateurs de ton aspect\ncomme sensible au toucher de mes mains afférentes\nde ta réelle vie et de ton réel contact !\n\n\nUne heure d’ exception, viens habiter m a vie :\nma vie, rocher d’exil où m ’ a jeté le sort\nfuneste et rancunier des puissances créatrices ;\nma vie dont tu fais l’horizon céleste et le port !\n\nUne heure, viens bleuir l’éther som bre de mon ciel\nde l’ opale liquide et claire de ta prunelle !\nune heure, viens insuffler dans mes poumons taris\nce souffle vivifiant et pur de ton haleine !\n\n\nUne heure, viens verser à ma lèvre le doux philtre\nenivrant de ta bouche, endormeuse de crainte.\nUne heure renferm e-m oi dans la couche vivante\nde tes bras, berceurs câlins d’ allégeance et d’oubli.\n\nUne heure nourris-moi du pain consubstantiel\nde ta chair et ton cœur — Saintes-Espèces de ton E tre !\nSois-moi — cette heure — le principe et le battement\nvital, coexistant de mon existence même.\n\nCar alors, résumant dans mon être l ’ineffable\nquintessence de cette heure d’apparition,\nim prégné à toujours du fluide indéfectible\nde ta surnaturelle mais réelle Présence\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "48                                             la Wallonie.\n\n\n\n       pourrais-je mieux attendre en la triste dépendance\n       corruptible et précaire de ma vitalité —\n       l'Heure, l’heure suprême marquée en l ’im m uable\n       du divin rendez-vous de Ciel et d’Éternité.\n\n\n                                        R a o u l PA S C A L IS.\n\n\n\n\n     Des “ Proses psychiques „ en préparation.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                  FROM           HOME (*).\n\n\n                                                     B R O U ILLA R D .\n\n\n\n   Je m’étais hasardé au dehors malgré la brume qui\nemplissait l’air, rampait sur les pavés, s’accrochait\nen lambeaux fuligineux aux corniches des toits. Le\nsoleil par instants montrait son disque pâle et froid,\nvite effacé par la flottante buée. Une pluie imper­\nceptible, poisseuse et sale, se collait aux habits, les\npieds clapotaient dans des flaques douteuses, les bou­\ntiques s’éclairaient l’une après l’autre de becs-de-gaz\ncerclés d’un halo livide. Puis le brouillard s’épaissit,\nenveloppa les maisons, les voitures, les êtres ; tout\ndevint indistinct à dix pas. Les véhicules ralentis­\nsaient leur course ; les passants glissaient comme des\nspectres dans cette ombre trouée par les lumières des\nmagasins et les lanternes des cabs. La métropole\nredevenait le Londres spleenétique, badigeonné de\nsuie, noyé de tristesse, suant le dégoût, la ville\n\n\n  (') Suite. Voir les nos d 'octobre-novembre et décembre\n\n                                                                  4\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "50                                       la Wallonie.\n\n\n\nsombre dont le fleuve roule des épaves Humaines, et\noù le vent qui hurle par les lucarnes a pour hochets\ndes corps de pendus.\n  Le ciel était devenu jaune, d’un jaune terreux,\nrougeâtre vers l’horizon. Je repris le chemin de\nFleet-Street, l’opacité de la brume rendant toute pro­\nmenade impossible.\n  Ma commensale — une jeune italienne mariée de\nquelques mois à peine — était seule dans la sitting-\nroom, le front pensif collé aux vitres.\n  Elle se retourna :\n  — Pensava al sole mio (je pensais à mon cher\nsoleil), dit-elle avec un triste sourire.\n\n\n                                    PE TTIC O A T-LAN E .\n\n\n\n   Le dimanche matin, — à l’heure où le silence des\nrues n’est troublé que par le pas des graves anglicans\n se rendant au prêche, — un quartier de Londres\ns’emplit de Sabbath-breakers (violateurs du dimanche)\nqui, sans souci des lois et des shérifs, y ouvrent le\nplus bruyant, le plus étrange et le plus excentrique\ndes marchés.\n   C’est le Petticoat-Lane,entre Bishopsgate e t White-\nChapel, ainsi appelé du nom de sa principale artère,\nla ruelle du Jupon. Du dehors, rien n’en révèle\nl’existence. Les riches maisons de l’avenue, cor­\nrectes, impénétrables et flegmatiques comme un\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "    from Home.                                       51\n\n\nvisage de gentleman, le masquent de leurs honnêtes\nfaçades. Les anglais “ respectables „ ne s’y four­\nvoient jamais, et fidèles au cant britannique, affectent\nd’ignorer ce coin lépreux de la grande cité.\n   Ruelles malpropres, bicoques sinistres, bardes\nloqueteuses, tintamarre ahurissant : cela donne au\nPetticoat-Lame un cachet de misère lamentable et\ngrotesque, que n’adoucit malheureusement ni le\nrutilent soleil, ni la pittoresque bigarrure des cara­\nvansérails orientaux. Sous un ciel implacablement\ngrisâtre et brumeux, les couleurs se sont ternies,\net l’on n’a devant soi qu’une tourbe immonde, où\ndétonne parfois la face honnête et effarée de quelque\ncountryman.\n   Tout d’abord apparaît le Cloth exchange (marché\naux habits), vaste cour aux murs jadis blancs, cou­\nverte d’échoppes où ballottent, à des tringles, les\ndéfroques les plus fantaisistes. Au milieu d’un hour-\nvari infernal, des êtres houlent, ricanants et sournois.\nEt quels êtres ! Filous, ruffians, tire-laine, voleurs,\nreceleurs, pick-pockets, repris de justice et gibier de\npotence y viennent trafiquer le butin de la semaine,\nsous les yeux des policemen, dont le helmet de cuir\ndomine la cohue. Que feraient-ils, du reste ? Le\ncourage ne leur manque pas, ce sont des gaillards\nsolides, aux biceps éprouvés; mais ils savent qu’ils\nseraient écharpés à la moindre sortie intempestive,\net ils laissent philosophiquement s’échanger les\nhorions et se poursuivre ce commerce interlope.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "52                                       la Wallonie.\n\n\n\n   Une chose frappe : l’apparente bonhomie avec\nlaquelle le Client est dupé, trompé, exploité par\n cette racaille. Un marchand essaie lui-même la\njaquette ou le paletot, s’offre à l’acheteur de face,\n de dos, de trois quarts, de profil, pour qu’il puisse\njuger de “ l’effet,, tout en lui cachant trous et\nreprises avec une habileté extrême ; un autre, tandis\nqu’un paysan endosse son acquisition, lui subtilise\nsa vieille nippe qui est aussitôt exposée et vendue\navant que le volé se soit aperçu de la chose. Tout\ncela se passe en famille; avec une simplicité biblique.\n   La rumeur grandit, les boniments se mêlent, des\ncris strident, les marchands se démènent sur leurs\ntrétaux, un vacarme forain règne dans ce caphar­\nnaüm, se continue dans les impasses, les ruelles, les\nhangars voisins. Là, s’étalent sur les pavés, sur des\ntables, des brouettes, les objets les plus hétéroclites :\npaires de bottes et bouteilles de champagne, che­\nmises n’ayant guère servi et moules nageant dans\nun liquide verdâtre, cornichons, savates, dentelles,\nferraille, chapeaux, vieilles chaussettes; marchands\nde bagues, de porte-monnaie, de montres, de chaînes,\ncouvrent de leurs cris les hurlements d’un supplicié\nauquel on arrache des cors ; des juifs sales et dé­\nbraillés, dont une ficelle rattache au cou la chemise,\npromènent leur pacotille de bric-à-brac, trouvant\nmoyen de glisser aux naïfs une bourse avec 1 shilling\npour six pence.\n   De temps à autre, des types qui arrêtent par leur\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "  from Home.                                            53\n\n\nbizarrerie, des faces effrayantes d’ivresse ou de bes­\ntialité, des êtres émaciés dont les membres squelet­\ntiques semblent crier dans leurs jointures comme des\nmachines mal graissées.\n   Assise sur un ta.3 de détritus, une vieille mange,\nle corps drapé d’une guenille en satin frappé, la tête\ncouverte d’un chiffon qui fut jadis un élégant cha­\npeau brun où s’essorait un oiseau des îles. Plus loin,\npoussant un charretin de fruits, une jolie fille blonde,\nvêtue d’une taille rouge : deux boutons manquent,\net l’un des seins, — que nulle chemise ne voile —-\ndresse sa pointe rose hors du corsage béant.\n   Les ruelles dégoulinent vers une grande place où\nstationnent en file les fruitières et les maraîchères.\nJe me fraie à grand’peine un passage à travers\ncette cohue d’affamés qui se tassent autour des étals,\net, les oreilles encore tintantes de ces populacières\nclameurs, je m’échappe par le quartier juif, aux\nmurailles tapissées d’affiches hébraïques, où derrière\nleurs comptoirs, les descendants d’Isaac et de Jacob\npèsent et soupèsent avec minutie.\n\n                                        SEVEN DIA LS.\n\n\n\n   Le quartier des Seven Dials, le samedi soir, à\nl’heure du marché.\n   Un ami m’accompagne en ce sinistre coin de\nLondres que nous espérons visiter inaperçus, grâce à\nnotre accoutrement réussi de voyou français.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "54                                          la Wallonie.\n\n\n\n   Sous la lueur jaune des becs de gaz, la foule des\nmisérables et des loqueteux grouille entre les bou­\ntiques et les charrettes de légumes et de fruits ali­\ngnées le long des trottoirs. C’est un tohu-bohu\nindescriptible, une poussée d’êtres sans nom, de\nbrutes que la convoitise excite, de chourineurs à\ndémarche louche, de vide-goussets en quête d’af­\nfaires, d’enfants émaciés et de matrones à la graisse\ntremblotante qui se pressent, se bousculent, s’inju­\nrient, houlent des étals aux public-houses, puis se\ndéversent dans les lanes obscures qui béent, là tout\nprès.\n   Les marchands s’époumonnent, dominent le va­\ncarme de leurs cris : “ two a pound! three a penny!\nles bouchers exposent des halfs (demi-têtes de mou­\nton), de petites portions de viande noirâtre et vio­\nlacée, piquées de fiches en fer avec plaque indiquant\nles prix; les épiceries, les quincailleries s’emplissent\nd’un va-et-vient incessant ; des débits d’ale nous\narrive, assourdi, un bruit de dispute; par moment, une\nporte, violemment ouverte, vomit quelques pochards\nqui achèvent leur bataille dans la boue, jusqu’à ce\nqu’un policeman les sépare, les yeux bleuis, la bouche\n en sang, ou les temporaux tuméfiés.\n   Nous pénétrons dans un public-house. Chose\n étrange! là encore apparaît la propreté des intérieurs\n anglais; l’étain reluit, les robinets brillent, les verres\n étincellent, les tonneaux époussetés arquent leurs\n deuves sous les caresses du gaz; seuls, les murs\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "  from Home.                                        55\n\n\nsalis par les chignons et les paletots crasseux\nportent la marque indélébile de la tourbe qui s’y\nvautre. Elle est là sous nos yeux, pressée au comp­\ntoir, accroupie dans les coins, affalée sur l’unique\nbanc qui court le long de la muraille. Pas de gaieté,\npas d’expansion : les clients débraillés lampent sur\nplace, sans que leurs faces incendiées se dérident, et\nquand le poison qu’ils absorbent les abat sur le\ncarreau, d’autres s’en viennent, repoussent du pied\nles brutes affaissées, et font sonner sur l’étain le\ngain de la semaine, quitte à tomber lourdement à\nleur tour, assommés comme des bœufs sous le\nmaillet.\n   Ce sont les suppliciés du gin, les démons d’un\nenfer dont rien ne peut peindre l’horreur, enfer\nd’ivresse, de misère et de mort lente. Certes,\nl’absinthe est tout aussi meurtrière, mais c’est la fée\nverte, qui, marotte en main et sur la tête le bonnet\naux tintinnabulantes clochettes, vous mène à l’abîme\nen vous enveloppant de rêves. Ici, dans ce lieu de\nbestiale dégradation, le gin m’apparaît comme un\nsquelette étreignant de ses phalanges osseuses la\ngorge des buveurs.\n   Une femme survient, hideuse, trogne enluminée;\nsur son bras repose un enfant, emmitoufflé d’un\nchâle en loques ; et tandis que ses lèvres sucent la\nmamelle flasque de la gorge, celle-ci vide le gin à\nplein gobelet.\n   Nous nous aventurons dans les ruelles obscures\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "56                                        la Wallonie.\n\n\n\nqu’éclairent çà et là, comme des yeux sinistres, le\ngaz des lodgings, les fanaux rouges des gin-shops. Nul\nbruit de bastringue, de café-chantant. Des ivrognes\ntitubent, des ombres nous coudoient, se glissent dans\nles lodgings qu’étiquètent des bandes de papier :\n6d per niglit, for single men. Ce sont les plus luxueux,\nceux dont les couchettes sont passables. On en\ntrouve d’autres pour 4 ou 2 d. où les individus,\ngrabataires effroyables, se mêlent sans dictinction\nde sexe, dans des salles malsaines, grouillantes de\nvermine.\n   Devant nous s’enchevêtre dans l’ombre un lacis de\nlanes et d’impasses. Nous marchons au hasard, les\nmains dans les poches. Le vent de nuit nous apporte\npar bouffées le bruit d’une querelle, d’une rixe loin­\ntaine : les policemen ont disparu, des rôdeurs nous\ntoisent, des ricanements nous poursuivent; notre\ndéguisement, maladroitement français, ne nous\ntrahit que mieux. Je sens la peur me secouer de\nfrissons, me couvrir le front d’une sueur moite. Par\nmoment, dans cette obscurité épaisse, nous nous\nbutons à des bornes de pierre entravant le chemin,\nau mur d’un cul-de-sac; il faut revenir sur nos pas,\nfeindre l’indifférence devant ces loups et louves\naccroupis devant leurs tanières, rester calmes sous\nles insultes qui nous éclaboussent comme boue.\n   Un passage couvert, obscur et infect, nous conduit\n au milieu d’une cour intérieure, éclairée de lampes\nfumeuses : des noctambules sont adossés au mur,\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "  from Home.                                        57\n\n\nbrûle-gueule aux lèvres, des gamins font la roue, des\nloupeuses en haillons se passent une bouteille, une\nglapissante vieille à béquilles nous invective, nous\npoursuit en traînant la patte, des clampins dégue­\nnillés sont assis par tas sur les seuils des buildings\nqui béent, noirs et farouches, comme des bauges de\nsangliers.\n   Dans une encoignure,une petite fille est accroupie,\nles mains aux pliants des genoux, prête à se renver­\nser sur le dos, jambes écartées : “ A penny, Sir! will\nyou see ? „\n   Elle a dix ans, douze ans peut-être.\n   Nous allons toujours, perdus dans ce dédale. Au\nsortir d’une lane étroite, des femmes nous inter­\npellent en slang (argot). Par-ci par-là, éclatent, dans\ncette pétarade d’injures et plaisanteries incompré­\nhensibles pour nous, des phrases en patois london ­\nnien que mon conducteur me traduit à mesure :\n   — Par ici les missionnaires, nous avons besoin\nd’être converties.\n   — Que venez-vous faire chez les honnêtes gens ?\n   — Laissez-les dormir !\n   — N’avez-vous plus de poux chez vous ?\n   Nous pressons le pas, mais les jambes flageolent,\nl’angoisse nous oppresse. Vite, une issue pour sortir\nde ce cloaque, pour nous échapper de cet enfer !\nAussi bien le courage est à bout, le dégoût nous\nétouffe, l’air empesté nous étreint la gorge, une buée\nde crime monte de cette fange et flotte sur nos\ntempes comme un voile de sang.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "58                                         la Wallonie.\n\n\n\n   Quelques dernières impasses; une vieille ivre\ns’enfuit, trébuche, se relève pour retomber plus loin,\nharcelée par des femmes hurlantes; une rumeur\nsourde arrive jusqu’à nous, s’accentue, grossit\nencore; c’est le marché qui grouille là-bas, sous le\npapillonnement du gaz blafard.\n\n                                  A u g . V IE R S E T .\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "           PO ÈM ES IRONIQUES.\n\n\n                         X V I\n\n\n\n                                        pour Arm . Julin.\n\n\n\n\n  — Je suis le Poison qui corrompt, désagrège,\némiette les vies humaines.\n\n   Car ma parole a des verbes si doux, des inflexions\nsi harmonieuses, de si tentants murmures, pour dire\nle repos calme et majestueux de la mort,\n\n   que même les élus de la vie, à qui tout est promis :\njoie, richesse, amour, et les autres biens de la terre ;\n\n  pleins d’une ardeur muette vers le port profond,\ncachant en eux leur Foi impénétrable,\n\n  pensent que c’est chose bien mesquine et bien\nvaine que d’aller et venir, que lutter et combattre,\nparmi la tourbe des vilains et des laids, pour ce qui\nest Bon et pour ce qui est Beau ;\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "60                                                   la Wallonie.\n\n\n\n\n  et que rien ne vaut la béatitude infinie de ne plus\nêtre — et le vide absolu du corps qui repose\n\n  dans la terre friable et paisible d’un cimetière de\ncampagne,\n\n     dans le terreau léger des bruyères,\n\n     dans le sable mouvant des plages occidentales.\n\n\n   Et moi pourtant, je ne puis point mourir malgré\nl’impérieux désir qui m’obsède — car je dois\n\n  partout faire germer et s’épanouir la fleur sombre\nde ma Parole.\n\n\n                           XX\n\n\n                                ... rêve abol i .. . orgueil étein t...\n\n\n\n\n  Pourquoi toucher de mes mains blanches les choses\nde la vie ou même laisser couler sur moi les heures\nbourbeuses des temps.\n\n  J’ai regardé ceux qui viennent et ceux qui s’en\nvont: j ’ai regardé ceux qui demeurent, ceux qui\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "  Poèmes ironiques.                                   61\n\n\naiment et ceux qui pleurent; ceux qui jouissent —\nun grand dédain est entré dans mon cœur.\n\n  Non : même cette Fleur Etrange de l’Art qui s’épa­\nnouit là-bas sur la colline, je ne La veux point\ncueillir.\n\n  Car pourquoi traverser les railleries et les insultes\ndes Pharisiens assemblés, et des mains qu’on voulait\nbaiser, recevoir le fiel avec l’hysope.\n\n  —Un lit de fer, des draps de lin tissé, une chambre\nbien blanche, la fenêtre ouverte sur le ciel ensoleillé,\nun frais arôme de Printemps et de Fleurs mêlé au\nparfum subtil de quelque rare Poison.\n\n   Puis l’obscurité, le repos, l’oubli — l'abolition de\nsoi. —\n\n  — Vous m’ensevelirez, mon Ami, dans le sable\nléger des dunes, non loin de quelque petite chapelle\noù rêve le Dieu de ma mère;\n\n  pour que le son vieillot de la cloche fêlée, le clapo­\ntement des vagues et la caresse des vents\n\n  — me tiennent bien endormi. —\n\n                               G aston   VYTTALL.\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "             PETITE CHRONIQUE.\n\n\n  N otre ami et collaborateur A dolphe R etté vient de perdre\nsa jeune femme. L a Wallonie lui adresse ses plus sincères\ncom plim ents de condoléance.\n                                *\n  L ’exposition des X X a été ouverte samedi 18 janvier\ndevant un public choisi, parmi lequel nom bre de très jolies\nfemm es. Dim anche, étant public, a été plus drôle. L es\nclameurs et indignations ont recom m encé : la stupidité et\nl ’ignorance bourgeoises ont d’intarissables fiels. Parm i les\nartistes qui ont eu le plus grand succès citons : le sculpteur\nG eorge Minne, les peintres R ob ert Picard, W illy Schlobach,\nPaul Signac, H . de Toulouse Lautrec. D eux choses bien\namusantes : la rage de certains personnages, pacifiques\nd ’ordinaire — et la manie de tout expliquer par le japonism e.\nCe pauvre japonism e, l’ a-t-on assez mis à toutes sauces et ce\nqu’il ferait une tête à se voir mêlé à tout ceci !\n                              * *\n  L ’A rt moderne a publié une série d’articles (de Edm ond\nP icard évidemm ent) sur le sémitisme, l’aryanisme, ou tou ­\nchant des questions se rattachant à cet ordre d’idées. Plu­\nsieurs de ces articles sont de tout prem ier ordre. Pourquoi\nfaut-il que l’un des derniers : Un nouveau moyen âge contienne\ndes erreurs à faire chavirer des maisons et détruire la valeur\nde cet article qui contient quelques vérités. I1 y est fait cette\ndécouverte stupéfiante que les artistes m odernes ne tra-\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "    petite Chronique.                                          63\n\n\nvaillent que pour le m onde “ ce m onde odieux qui ayant\nsoutiré à lui les grandes fortunes prétend avoir par surcroît\nle m onopole des belles choses et en son puissant syndicat\nconcentre l’art comme il a concentré l’argent. „ Si tel était le\nmonde, nous l ’applaudirions avec fureur. Mais alors quand\nM. Picard tom be sur “ les gens de bel air, les high-lifards „\nil est assez illogique : lu i qui démontre hebdom adairem ent,\nleur non souci de tout art, la veulerie de leurs appréciations,\nle nul de leurs idées, se trompe donc ? Puis quels sont bien\nles Artistes qui travaillent pour ce groupe cosm opolite mâtiné\nde sémitisme ? L es vrais, les grands ? A llons donc, quelle\nplaisanterie. Oui, ceux-ci, citons-en quelques-uns, au hasard:\nD audet, Coppée, Feuillet, Ohnet, Maupassant, H alévy, Cla­\nretie, D elpit, etc., puis toute la B ougrerie picturesque, et le\ncabotinage théâtral et les musiques de Gounod, Massenet,\nSalvayre, G odard et d’ autres. M ais qu’y a-t-il vraiment d’art\nen toute cette sequelle. Nous n’admettons pas que ce soit\nceux-là que M. Picard nomme des artistes.          E t dans ce\n“ m onde,, connaît-on seulement l’A r t ? Nous jurons que non.\nCertes l’art s’ est restreint à un petit groupe, mais ce petit\ngroupe n’a rien à voir avec le m onde et nous dirons même\nque ceux com posant ce groupe ne sont jam ais “ du m onde „\nou bien en sortent :\n  L es artistes travaillent pour eux-mêmes et pour leurs\négaux.\n                                ***\n\n\n\n  Dernier écho du passage de Coquelin à B ayreuth :\n  L a toile venait de tom ber sur le charme du V endredi-Saint,\nde Parsifal.\n  Une dame s’approchant du cabotin.\n  “ E h bien ! qu’en dites-vous ? Adm irable n’ est-ce pas ?\n  E t lui avec enthousiasme : “ Charmant ! Charmant ! „\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "64                                              la Wallonie.\n\n\n\n\n     L es renseignements que nous avons reçus directement de\nTanger au sujet de M. A rthur Rim baud sont trop incom plets\net ne nous paraissent pas assez sûrs pour que nous les\npubliions actuellement.\n     L e G il-Blas du 4 décembre a publié un m erveilleux conte\nde Camille Lem onier intitulé : La Fileuse de minuit.\n\n                                * *\n     Dans la dernière quinzaine de février s’ ouvrira à l ’E m u ­\nlation la 2e exposition des Cinq. MM. M aréchal Baues,\nM ataive Cambresier. Mlle M olitor remplace M. E dgar D ’hont\nqui s’abstient cette année.\n                                 ***\n                                * *\n     L a Pléiade (de Paris) s’ est transformée après son cin­\nquième n°. E lle paraît désormais sous le titre de Mercure de\nFrance.\n     Sous cette nouvelle form e, à notre intéressante consœur,\nbonne chance et longue vie.\n                                 *\n                                * *\n     La Wallonie paraîtra en n ° double vers la fin de février,\nou com mencement de mars.\n     Ce n ° contiendra entre autres, des vers de Stéphane M al­\nlarmé, de Francis Vielé-Griffin, de Stuart M errill, de Gabriel\nM ourey, d’A ch ille Delaroche, d’Em ile Verhaeren, un Talc de\nCh. Van L erberghe, etc. — Un article de critique sur le salon\ndes X X . Une critique de la Princesse Maleine et de l’Intruse\nde notre collaborateur M aurice        M aeterlinck, par Albert\nM ockel, la critique du 2e concert du Conservatoire et des\nN ouveaux Concerts (Concert d’Indy), etc.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "      H ô tel                 des             A m é ric a in s\n          1 4 — R u e de l ’ A b b é de l’ E p ée — 1 4\n                                        P A R IS .\nEn face du Luxembourg. Près du Val de Grâce.\n           Au Centre des Ecoles.\n    Tous les appartements ont vue sur de magnifiques jardins.\n                             PENSION DE FAM ILLE.\n\n\n\n\nPHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                       EL ZEY E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                   L I E G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n\n    FABRIQUE DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                    Place du Théâtre, 11, L iége.\nPorte-cigares en écume de mer, ambre et racine de bruyère.\n  — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                             RACCOMMODAGES.\n\n     Q uelques c o llectio n s d e LA W A LLO N IE (-1886, 1 8 8 7 , 18 8 8 et 18 8 9 )\n                         so n t en v en te au p rix de 6 fra n cs.\n\n                     L a W a llo n ie e st en ven te\n\nA LIÈ G E : Chez MM. G n usé; G eo rg e; D ’H e u r; B ra n d t; A ubett6 du Pont\n     d ’ A vro y.\nA B R U X E L L E S : Chez MM. R o sez, lib raire , et Ista ce, lib raire.\nA GAND : Chez MM. A . H oste, lib ra ire, ru e des Cham ps ; W en n ew itz (M uquard),\n     lib raire, ru e des Cham ps ; V u ilsteke, lib raire, ru e au x V ach es.\nA A N VER S : ch ez Mme Ve De V e tter, rem part S te-C ath erin e.\n\n\nA P A R IS : Chez MM. V an ier, lib raire, 1 9 , Quai St-M ichel ; S a vin e , lib raire,\n     1 8 , ru e D rouot, et à la L ib rairie N o u velle, ru e de la B o étie , 3.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "   5e ANNÉE, No 1.\n\n\n\n\n                              LA           W A L L O N IE\nR E V U E M E N S U E L L E D E L IT T É R A T U R E E T D ’A R T\n\n\n\n\n   Directeurs : MM. A l b e r t M O C K E L et P i e r r e M. O LIN .\n\n                  Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\nAdresser toutes les communications 317, Avenue Louise, Bruxelles.\n\n     ABONNEM ENT : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr.                 50.\n\n\n\n                               SO M M A IRE\n\nM aurice M aeterlinck . . l ’Intruse (drame).\nA * ..................................................Chanson.\n                                        autour de Soi.\n                                        la petite Elle.\nStuart M e r r i l l ......................Nocturne.\nAuguste Henrotay . . .                       la Chair et l ’E sprit (fragm ent).\nAlbert Saint-Paul. . . .                     le L y s et la R ose.\nRaoul P a sc a lis ......................à l ’Irrévélée.\nAuguste Vierset . . . .                      F rom H om e : Brouillard.\n                                                          P etticoat lane.\n                                                          Seven D ials.\nGaston V y t t a l ...................... Poèm es ironiques.\n                              Petite Chronique.\n\n\n\n\n                       Ce numéro Un Franc.\n\n\n\n\n                                 Des presses de H. Vaillant-C arm anne , à Liég e.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1890-01", "signet_source": "5ème année - N°1 - Janvier 1890", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 69) : « 5e année, No 1 », avec le sommaire imprimé ; le mois n'y est pas lisible dans l'OCR. Indices internes pour janvier 1890 : la Petite chronique annonce que l'exposition des XX « a été ouverte samedi 18 janvier » ; la note de From home renvoie aux numéros « d'octobre-novembre et décembre » (suite).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}