{"numero_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA W A L L O N I E Mai 1890.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 75, "texte": "LA\nW   A   L L O   N    I E\n\n\n\n\n                Mai 1890.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’ART MODERNE REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 159, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 976, "texte": "L ’ART MODERNE\n REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE\n            26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                Viennent de paraître :\nS cèn es de Bal, livre de vers, par Alb. S t - P a u l .\nL es D ébâcles, par Êmile V e r h a e r e n .\nCloches e n la N uit, par Adolphe R e t t é .\nL’A rt en E x il, roman, par G. R o d e n b a c h .\nS e r r e s c haudes, par Maurice M a e t e r l i n c k .\n\n       m im ü r e m « â m e\n                         MENSUEL\n          15, ru e de l’E chaudé-Saint-G erm ain\n               Un an, 5 fr.; Union postale, G fr.\n\n\n      ART & CRITIQUE\n    Revue hebdomadaire des Lettres et des Arts\n              P a ris , 7, R ue des Canettea\n        Paris, 12 francs l’an; Étranger, 15 francs.\n       E n souscription d an s nos b u re a u x ;\n    C R É P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 146, "titre_corps": "Le silencieusement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE SILENCIEUSEMENT.  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Aux\nterminales avenues, de légères étoupes de brume,\nquoique sur les façades et vers les frises, l’heure\nd’apothéose se traîne en or crépusculaire encor.\n   Eux se promènent d’un égal pas volontaire, en\nvêtements simples, mais qui paraphent décorative ­\nment le moindre de leurs gestes. Leurs sens, par une\nlongue et personnelle éducation, ont tendu l’intelli­\ngence vers chaque énigme. Leur seule et totale\npassion ? Se contrôler, se dissimuler héros, se défier\ndu fait, plus encore, du rêve — et s’étudier entre eux,\nà cette heure de quotidienne allée et venue, quand\nles réverbères aux pointes dansantes, sont susciteurs\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "148                                     la Wallonie.\n\nd’un peuple d’âmes en d’hermétiques prisons de\nverre lumineusement prisonnières.\n\n   Parmi eux, une alliance de femmes dont le corps\nguère ne tente, mais quelle finesse non gantée des\nmains et quelle songeuse intrépidité du front et qui\nlentes, évoquent de lentes impératrices silencieuses\nde leurs palais. Qui d’entre elles, dites, perpétue\nEsther? Lesquelles la pâle Agripinne? Lesquelles\nFrédégonde? Laquelle cette toxique Brinvilliers\net cette Maintenon glaciale et toi, inquisitoriale\nIsabelle ? Hélas les yeux d’or brûlé, les yeux en flam­\nbeaux de bataille et en miroirs d’Empire, ces yeux\naujourd’hui par la seule et téméraire volonté de\nrevivre, grands encor ! Ils dardent à travers de frêles\net futiles voilettes la muette suggestion de leur passé.\nCeux-là sont morts qui les aimèrent avec leur épée et\nleur foi et les voici ceux d’aujourd’hui, les seuls qui\nles aiment, qui les peuvent aimer encore avec leur\nregret. E t ce monde de seuls et de seules, se regarde\npasser, songeurs et songeuses : que ces flammes des\nlanternes isolées et prisonnières — réunies — feraient\nl’âme pourtant de quel incendie ?\n\n  E t si parfois deux tels regards s’entrecroisent et,\npour ainsi dire, se retrouvent après tant d’années\nd’errance solitaire, comme deux fermoirs de joyaux,\néblouis l’un de l’autre, ils s’agraffent sur un même\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "    une Promenade.                                  149\n\namour.Certes pas un geste, pas une parole, à peine un\nsigne — mais dites l’incandescence d’un diamant car­\nbonisé en un laboratoire de marbre.Cette communion\nrapide, toute en pensée, libre, infinie, jusqu’où\ns’éperonne-t-elle ? Jusqu’où ? Si non vers ces\npolaires paradis, pavoisés de soleil, chaleur et neige,\ngel qui brûle. Ils savent, eux, d’imaginaires hivers,\nlà-bas, où peut-être ils pourraient vivre de l’impossi­\nbilité même d’aimer en un étem el froid. Mais encore\net après? Car il leur faut — eux, les profonds désa­\nbusés du réel — mêler à tout la négation ironique —\net quelle minute au delà de l’immédiate joie, qui\nd’entre eux oserait la tenter, ici?\n\n   E t les frêles et magiques lanternes allumées en\ntopazes, s’étendent indéfiniment aux deux côtés de\nla rue et s’étagent, rompes d’or, vers un triomphal\nrêve qu’ils ont songé un instant, mais auquel,\nrevenus vers eux seuls, ils ont déjà tourné le dos.\n        (1889)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 150, "page_fin": 151, "titre_corps": "Un soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "UN SOIR. Avec les doigts de ma tor", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 650, "texte": "UN SOIR.\nAvec les doigts de ma torture\nGratteurs de mauvaise écriture,\nManiaque inspecteur de maux,\nJ ’écris encor des mots, des mots....\nQuant à mon âme elle est partie.\nMorosement et pour extraire\nL ’arrière-faix de ma colère,\nAigu d’orgueil, crispé d'effort,\nJe racle en vain mon cerveau mort.\nQuant à mon âme elle est partie.\nJe voudrais me cracher moi-même,\nLa lèvre en sang, la face blême :\nL'ivrogne de son propre moi\nS’éructerait en un renvoi.\nQuanta mon âme elle est partie.\nHomme las de rage, qui rage\nD'être lassé de son orage,\nLa vie en lui ne se prouvait\nQue par l'horreur qu'il en avait.\nQuant à mon âme elle est partie.\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "un Soir.                                    151\n\n    Mes poings ont tordu dans le livre\n    L ’intordable fièvre de vivre;\n    Ils ne Vont point tordue assez\n    Bien que mes poings en soient cassés.\n    Quant à mon âme elle est partie.\n\n    Le han du soir suprême, écoute!\n    Se fend là-bas sur la grand'route ;\n    Clos tes volets — c'est bien fini\n    Le mors aux dents vers l'infini.\n    Quant à ton âme elle est partie.\n\n (1888)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 152, "page_fin": 158, "titre_corps": "Un réveil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "UN RÉVEIL.     Il ouvrit les yeux mais a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1391, "texte": "UN RÉVEIL.\n    Il ouvrit les yeux mais aussitôt les referma, crain­\n tif du matin brutal qui s’installait dans la chambre.\n Il le savait : invariablement, comme hier, comme\n avant-hier, comme toujours ses rideaux blancs au­\n raient la même teinte d’acajou fané, les panneaux de\n porte, la même mince gouttelette de lumière sur la\n clavicule de leur poignée métallique ; le même orne­\n ment le blesserait de sa futilité prétentieuse, là, sur\n un fronton de cadre ; ce serait, par la fenêtre, l’inva­\n riable paysage de toits bastionnés de cheminées\n grises. Il referma les yeux.\n    E t rechercha le sommeil. Il se souvint de son cau­\n chemar. Avec des torches rouges éteintes et d’une\n odeur épouvantable de mort et de pourriture, on\n transportait des cercueils au fond d’un cimetière, la\nnuit. Des pelles fichées en terre et des croix soules,\n à droite, à gauche. Dites, le maigre décor d’un terrain\nfleuri tel : jaune — et des trous violets, ci et là, comme\ndes plaies ouvertes. Un chat, tout-à-coup, sauta\nhors d’une fosse fraîche et sur un tertre s’établit. E t\nce chat se mit à grandir, à grandir, à monter, à\nmonter : les pattes sortaient de la fourrure, im­\nmenses ; la tête s’énormisait, la queue battait l’im­\nmensité. Lui regardait ce chat devenir colosse.... Puis\nune lacune dans la mémoire. Pourtant, à certain\ninstant, un des yeux du chat avait dardé si haut\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "    un Réveil.                                        153\n\ndans le ciel, oui, c’était bien cela ; l’œil du chat avait\nété l’œil unique de la lune. Il l’avait senti sur lui,\nregard vert, qui tombait, là, entre les omoplates —\nil aurait touché le point avec son doigt — là, comme\nune goutte d’acide, entre ses omoplates. Il se tâta;\npuis réfléchit. Avait-il mal encore ? E t le doute de\nson mal lui fit bouder : “ Bah ! est-on certain de\nquelque chose ? „ E t machinalement, à haute voix,\nil se répondit : “ On n’est sûr de rien, absolument de\nrien. „ Puis, en un éclair, la promesse qu’il s’était\nfaite, le soir d’hier, de provoquer lui-même, la\nquotidienne torture, le dressa de son ht, droit. Il ne\nse demanda plus même pourquoi des êtres absurdes\ncomme lui, vivaient et continuaient à vivre et à\nmanquer de raison pratique pour s’en aller mourir,\nsans rien dire à personne, quelque part, là-bas, au\nfond d’une crevasse de montagne. Il relut certaines\nlettres dont chaque mot avait le serpentin pouvoir\nde lui cravacher le cœur jusqu’au sang, les lut et les\nrelut et comme hier et avant-hier et toujours, ses\nnerfs se m irent à brûler tout son corps. Il en sentait\nles pointes de feu en épingles au long du dos lente­\nment gagner les côtes et la nuque et toute la tête. Il\nn ’eut garde de chasser, d’essayer même de chasser\nune seule pensée douloureuse, il y appuyait et ne\ncessait qu’au moment où l’excès du mal le jeta en\nune crise de larmes. Alors il eut pour lui le mépris\nde quelqu’un de fort pour les êtres lâches et mous. Il\nvoulut d’un seul coup se relever : m aître — mais ne put\ns’obéir. Les hoquets continuèrent à saccager sa gorge.\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1646, "texte": "154                                     la Wallonie.\n\n    Le soleil, peu à peu, à coups de poings de lumière,\n avait renversé les gros nuages d’octobre et s’était\n mis à marcher dans le ciel. La chère ironie de cette\n allégresse sur sa peine le ressuscita lentement, à\n moins que ce ne fut la décharge même des pleurs et\n des pleurs. Il réfléchit à quelque sage parole bien\n vraie ou plutôt bien poétique : “ E t que c’est tenter\n Dieu que d’aimer la douleur. „ Tenter Dieu ? Cela le\n fit rire et lui m it un sarcasme aux lèvres. Mais ce\n sarcasme, cette bravade facile, oh comme il se mit à\n la soudain regretter. Si fort, qu’elle lui devint une\n occasion d’injures vers soi et de se plaindre et de\n bêtement se frapper et enfantinement le front, comme\n s’il avait voulu atteindre et châtier son cerveau\n tout à coup mis à nu. E t plus aigu et plus profond\nce regret d’avoir été ridicule conflagra en véritable\n désespoir. Il aurait voulu se supplicier physiquement\npour faire souffrir cette langue, cette langue banale,\njamais assez silencieuse. A quoi bon n’importe quelle\nparole, puisque la pensée est plus essentielle et plus\nintime ? La parole, cette chose presque des autres ;\nen tous cas, pour eux. Non! il n’était pas le totale­\nment fier et profond qu’il voulait être, il n’avait pas\nassez encore la haine de l’extérieur ; il se dépensait\net à chaque épreuve, il sortait de soi-même. Son\nrêve ? recevoir du dehors la souffrance et l’occasion\nde s’en cingler et ne lui en échange rien donner.\nS’aimer dans la débâcle muette de son cœur et de\nson esprit, mais s’aimer seul, uniquement seul,\n sans un signe jamais pour appeler au secours.\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "    un Réveil.                                       155\n\n   Il s’aperçut qu’il était loin de tout sarcasme et\nque l’idée pure de la torture égoïste existait tou­\njours en lui. E t des rêves de bonheur possible lui\nvenaient, un bonheur à rebours et à contre-lumière,\nprovoqué par lui seul, à force de braver et de défier\nsa raison. Il riait de ceux qui croient au repos dans\nl’inconscience. Comme si les hommes, les modernes,\nhéritiers de tant de générations de deuil humain,\npouvaient revenir vers les origines et recommencer\nle monde. E t des exemples de mystiques et de saints\nqui s’étaient affranchis des affres de la vie par des\nannées de macérations atroces, surgirent.\n   Il prit une toute mince petite épée et se l’enfonça\nassez avant, sans un cri, sous les ongles. Un miroir\nplacé devant lui le renseigna sur la presqu’immo ­\nbilité de son visage.\n   Il se m it à songer aux heures les plus noires de sa\nvie, surtout à ces morts qu’il avait tant aimés dans\nl’enfance. Seul aujourd’hui, dans ce retrait banal de\ngarni, il restaurait l’existence douce des baisers et des\ncaresses et l’autrefois candide et frais de la famille.\nA tous, il leur avait fermé lui-même les yeux, à son\npère, à sa mère et à cette admirable femme de tante\nadorée dont jadis il avait l’image placée au-dessus\nde son lit. L ’image, il l’avait depuis deux ans, pen­\ndant une heure d’atroce hostilité, détruite. E t se\nsentir si vide de toute tendresse, alors pourtant qu’il\nse découvrait et qu’il se sentait un cœur exaspéré\nd’amour et si contradictoirement bon à certaines\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "156                                     la Wallonie.\n\nminutes, fit affluer en lui des marées de tristesse\nimmense et grise, mais aucune larme cette fois ne\njaillit; — et triomphalement sa force resta debout.\n   Mais alors, lentement et comme il s’auscultait la\nvolonté restée ferme, un doute surgit. Cette si\nconstante lutte contre la joie, au fond, n’était-ce pas\nune comédie qu’il se jouait ? Était-il vraiment l’être\ndouloureux qu'il se croyait et l’absurdité de sa nature\ncultivée et comme éduquée, n ’était-elle pas elle-\nmême toute en surface ? E t toutes ses années, depuis\ndes années, repassèrent devant lui, trop rapides pour\nles noter et de toutes il tordait la souffrance : cama­\nraderies d’enfance méchantes, séjour de pension\nbaillant, cruautés de tous contre lui, amours avec\ndes croix à leur sommet, amitiés douteuses et men­\ndiantes : toute la forêt d’épines traversée. Et, tout\nimmédiatement après, la géhenne des idées, le champ\nde bataille des livres, la déroute du travail, l’ironie\nde l’effort, le sinistre revers à tête de Méduse de la\nscience.\n   A cet instant — que de fois les mêmes pressenti­\nments lui étaient surgis savait-il d’où? — il comprit\nque le jour qui venait d’éclater en aurore allait lui\nlaisser tomber sur la tête ses douze heures de vie\nmonotone, avec, certes, un souci de plus, avant le\nsoir. Lequel ? — Il en avait la curiosité en même\ntemps que la peur. Lequel ? — Il conjecturait qui,\nparmi ceux que fatalement il rencontrerait, allait,\naprès la main amicalement tendue, dire le mot de\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "    un Réveil.                                       157\n\nsupplice. Lequel ? — Allait-il le provoquer par une\ninterrogation ou l’attendre. Lequel ? — Avait-il à se\nreprocher un acte qui motivât des représailles ?\nLequel ? — Lequel ?\n   E t son esprit cherchait, creusait, se mordait lui-\nmême par demandes et réponses et se saignait à\ncoups pressentiment.\n   A réfléchir plus pénétramment, dites ! s’il était lui-\nmême le tentateur. Etudier les autres avec le désir\nautant de les torturer que de se torturer soi-même ?\nIl les connaissait les doubles-fonds de la prétendue\nsympathie et l’accueil démonstratif et bienveillant.\nBonheur à crever toute cette sonorité de tambourin\ndes paroles doucement fraternelles et les louanges\net les prétextes masqués de sourire : bonne œuvre\net fière et juste. Même courageuse.\n   E t par un geste agressif, pointé vers le vide, illu­\nsoirement peuplé de visages, il apostrophait l’un,\ncaricaturait tel, exclamait : canailles ! fourbes ! Mais\nlui vint la honte d’être par le fait même de sa colère\ninférieur à ceux qu’il détestait et il se demanda\npresque pardon à lui-même. E t sa fureur renaquit\nd’avoir à se demander pardon de quelque chose.\n   Ainsi serait-il toujours l’agité, le remueur de\nl’inutile, qui se sent nul et qui ne s’aime que dans\ncette inanité douloureuse.\n   Puis soudainement des voix de bonté naïve et de\ntendresse vers personne, qui résonnèrent en lui.\nUn ineffable attrait vers des générosités vagues, des\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "158                                     la Wallonie.\n\ndouceurs universelles, des dévouements fous, mais\nsilencieusement et comme avec crainte. Oui, n ’être\nque patience, confiance, sacrifice et contre soi seul\nhargne, trépignement, insulte. S’il était une sagesse\nc’était celle-là. E t le malheureux et le triste, ouvrit\ntoute grande la fenêtre et longuement, lentement,\npareil à quelqu’humble croyant qui implore la grâce\nefficiente de son Dieu, il se pencha vers des fleurs\net des branches, il écouta, attentif, le vent à travers\nles feuilles, et c’était bien à cette heure une porte de\nson âme qui s’ouvrait à l’ineffable joie de l’air et des\nbrises apaisantes.\n   H uit heures sonnèrent, nettes.\n   Se retournant — et dans le vieux cadran de cuivre\nvert de l’horloge ne voilà-t-il pas qu’il reconnut,\nindubitablement, à ne pas s’y méprendre une minute,\nl’œil du chat, l’œil unique entrevu dans son rêve. La\ngoutte d’acide à la même place, juste à la même\nplace, lui rebrûla le dos.\n   H uit heures ! Il sortit précipitamment.\n   Jadis, pendant l’enfance, la première heure de\nchaque jour — celle-ci — il la vouait à sa prière du\nmatin : \" Notre père qui êtes aux cieux.... „\n   — Non... mais peut-être..., non, non, cela moins\nencore que le reste !\n  ( 1888 )\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 159, "titre_corps": "Sais-je où", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SAIS-JE OÙ.       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Tandis que le bail de nitre et d’or, par au-\ndessus, carre sa châsse — et resplendit.\n   Claires et fuyantes ainsi que des soies et des\nmoires, c’est lentes et lentes, qu’elles sont, mes\npensées, en ce cristal de fluidités nageantes. Parmi\nles jardins émeraudés, sur de fragiles pavois de\nperles, au fond de subites maisons de nacre, aussitôt\nque construites — disparues, c’est de l’illusion d’or,\nd’argent, de pourpres, de lunes et de soleils, certes !\navec le rien au bout. Mais qu’importe ! le mensonge\nsu, le rêve percé à jour, que charmants à cause de leur\nfausseté même ! E t voici en cette fantasmagorie\nclaire et trompeuse, voici de graciles spectres de\n                                               11\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "162                                        la Wallonie.\n\nnaiades balancées en des arcs-en-ciel et des nymphes\nnées et mortes en l’éclair d’un rai de prisme et des\nondines en des niches de saphirs, sur des bouches de\nfleurs ouvertes, comme des poupées de verre,\n endormies.\n   E t toujours mes pensées lentes en ce cristal de\nfluidités nageantes, songent, heureuses et belles :\nqu’elles n ’importent devant les carreaux de leur\npalais, ces faces rondes de la bêtise trouées d’inter­\nrogation niaise. Seules ! en ce remous de visages gras\net curieux, les nez aplatis contre les vitres ; seules ! en\nce peuple d’yeux fixes, qui regardent sans com­\nprendre et comme indignés leurs écailles étrange­\nment d’or, leurs nageoires frêles comme des ailes,\nleurs voyages monotones autour d’une toujours même\némeraude d’eau, leurs siestes longtemps immobiles\nentre deux pierres moussues et toute leur vie passive\net voluptueusement froide.\n   Ainsi vivent-elles mes pensées parmi des gemmes\nbulbeuses, en ce cristal de fluidités nageantes et telle\nserait leur existence à tout jamais pavoisée, si l’une\nd’elles, certes, un jour, fatalement, par simple désir\nd’absurdité, ne devait casser la glace d’illusion et de\nsplendeur et, choyante hors du mirage, entraîner\ntoutes les autres sur le trottoir, où de brutales ser­\nvantes, modèles de propreté et d’ordre, les pousseront\nà coups de balai vers les égouts infinis.\n   (1889)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 163, "titre_corps": "Quelques-uns", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "QUELQUES-UNS. Plus loin que les soleil", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1008, "texte": "QUELQUES-UNS.\nPlus loin que les soleils une ville d’ébène\nSe dresse et mire énormément en leur cerveau.\nSon deuil et sa grandeur de morte et de caveau,\nLa terre? elle a passé. Le ciel? se voit à peine\nE t de l'ombre toujours, immensément toujours.\nUn horizon d’ivoire y traîne des suaires\nSur des monts soulevées en tertres mortuaires\nQui n’ont plus souvenir de ce qui fu t les jours.\nE t ces passants muets marchent dans les soirs blêmes\nHommes pleins de douleurs, vieux de tristesse, seuls.\nIls ont plié leurs ans ainsi que des linceuls;\nIls sont les revenus de tout, même d’eux-mêmes.\nLes vices leur sont noirs mais aussi les vertus ;\nLeurs cœurs saignés à blanc et leurs ardeurs matées,\nIls travaillent à vivre indulgemment athées.\nLeurs yeux qui s’enflammaient encor, ils les ont tus\nE t maintenant plus rien en eux jamais ne bouge;\nNi les désirs, ni les regrets, ni les effrois;\nIls n’ont plus même hélas le grand rêve des Croix\nNi le dernier espoir tendu vers la mort rouge.\n     (1887)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 165, "titre_corps": "En Biscaye", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "EN BISCAYE.     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Le bou­\nvier les insulte d’une colère sans cause, pour se\ndistraire. Une charge de charbon de bois ballotte, de\ndroite à gauche; de gauche à droite, lourdement\nballotte. Les floches du joug semblent des pleurs et\nl’on regarde souffrir les regards à travers, souffrir!\nIls trimballeront, les bœufs, et ce sera ainsi jus ­\nqu’au soir pour eux aussi, les résignés et les lamen­\ntables. Les maigres échines, les pattes tordues, les\nsabots entrouverts avec leur plaie saignante, aux\nfentes de la corne ! E t toujours leurs yeux!\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 914, "texte": " »\n\n       en Biscaye.                                  165\n\n   Moi, à la fenêtre d’une chambre haute, j’attends\nque, par pitié, une lumière s’allume en une ferme\nvoir des visages avec de la clarté autour, les voir, et\nvoir des gens manger, parler; des enfants se bar­\nbouiller de soupe, des chats mâcher des arêtes, et\ndes attitudes d’ombres, le poing aux dents, bouder\ncontre le mur. E t tout cela à travers les splendeurs\net les reflets glauques des carreaux! E t s’en aller\npar là, vaguer et revenir; mais plus triste bientôt\nd’une joie attendue qui pourtant ne vient pas — car ce\nn’était pas cette banale lumière, ni ces gens, ni cette\nfenêtre allumée dans la nuit, c’était autre chose, le\nsais-je, que je rêvais.\n  Tandis que les bœufs, là-bas, dévalent toujours ; une\npetite lanterne nocturne pend allumée à leur cou et\nballotte, lueur rouge, qui dévale et s’éloigne patiem ­\nment vers la mer !\n     (1888)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 166, "titre_corps": "Le polder", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE POLDER.  Le polder moite et qui su", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1277, "texte": "LE POLDER.\n Le polder moite et qui suait sa force crue,\n Sous les midis, par coins de glaise étincelants,\n S’étalait tel : en champs luisants de miroirs blancs\n Taillés à chocs brutaux de pique et de charme.\n La Flandre — au coup de col de ses gros chevaux roux\n Barochant de l’écume au branle de leur tête\n E t pieds gluants — traînait son vieux travail de bête,\n Par à travers les blocs de ces lourds terreaux mous.\n De la graisse d’humus et de labour, fondue,\n Coulait dans le vent d’or d’automne — et lentement\n Toute la plaine enflait sous ce débordement\n De vie éparse aux quatre loins de l’étendue.\n C’étaient, à l’angle clair d’un bois et d’un marais,\n Des gars casseurs de terre avec de grandes bêches :\n On entendait souffler leur corps d’ahans revêches\n E t d’un rythme visqueux tomber les tas d’engrais.\n Plus loin, les servantes tassaient les sacs, par groupes,\n  En mouchoirs rouges, en sabots noirs, en jupons bleus ;\n E t se baissaient-elles : leurs reins, pliés en deux,\n Faisaient surgir du sol, monstrueuses, leurs croupes.\n E t derrière eux, l’Escaut poussait son flux vermeil,\n  Par au delà les près et les digues masquantes\n  E t les navires cinglaient, toutes voiles claquantes,\n  Leur proue et leurs sabords souffletés de soleil.\n(1884)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 167, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SONNET.  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Des mantelets\nDes coiffes et des sarreaux, par troupelets,\nVont au village et son clocher lavé de craie.\nPommes et bigarreaux ! et par dessus la haie\nLeurs grappes rouge et jaune — et, dans le verger clair,\nBrusque, comme un sursaut, claque du linge en l'air.\n  (1889)\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 168, "page_fin": 174, "titre_corps": "Les maitres du siècle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Em. Verhaeren", "ancre_debut": "En sortant de l’exposition des portraits du siècle, on a la vag", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 183, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "En sortant de l’exposition des portraits du siècle,\non a la vague impression d’avoir vécu un instant\nd’une vie historique que précise dans l’illusion tel\ninoubliable tableau, résumant une époque. C’est la\nseule impression qui reste, impression d’ensemble,\nplutôt de songeur que de critique. L ’aménagement\nde la salle est parfait ; il n’y a pas encombrement\nd’envois. Si les œuvres étaient plus généralement\nsupérieures, on se croirait regardé par un sénat de\ngrands morts, immortalisés par l’art. Mais, à la ré­\nflexion, on reste loin du compte.\n   Ce salon permet de classer certains peintres, à\nréputation bourgeoise et haute comme un panache,\net de les faire rentrer dans la vieille boîte de carton\noù moisissent les schakos et les bicornes — leur\nvraie place. G allait, de Keyser, — qui encore parmi\nles morts? et qui encore parmi les vivants ?\n   Ces peintres décidément ont volé la bonne foi du\npublic et son argent. Ils se sont grassement fait\npayer leurs coups de pinceau pour l’effaçage desquels\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "    les Maîtres du Siècle.                           169\n\n il faudrait aujourd’hui des coups de balai. Tout ce\n que l’Académie a sacré grand art, tout ce qu’elle a\n titré grand artiste est dans ce présent salon ruine et\n banqueroute. Les tableaux de Grallait apparaissent\n creux, mornes, vides, superficiels ; ceux de de Keyser,\n mous, fades, inutiles; ceux de Wappers, soufflés et\n communs. E t si l’on examine qui, dans l’actuelle\n lutte du poncif contre la vie, a pris la place de ces\n pseudo-maîtres, on remarque chez ces derniers,\n mêmes tendances neutres et veules et même échec.\n A quoi bon s’étendre? L’évidence commence à s’im­\n poser; l’évidence qui, pour tant d’yeux, n’est pas\n même une clarté. Cette fois néanmoins on ne l’ose\nnier, et c’est vraiment fête de noter que seuls parmi\nles belges Agneessens et De W inne s’imposent. Les\nautres, ils font soit les bottes de leur modèle, soit la\nrobe, soit la chaise dans laquelle le modèle est assis ;\ntels font des bracelets et des broches, tels des mains,\ntels encore des cheveux; aucun d’eux ne fait ou n’est\ncapable de faire un portrait.\n   Le portrait ?\n   D’après qu’on l’envisage : photographique, c’est-à-\ndire platement ressemblant, ou moralement et syn­\nthétiquement expressif, est un art de premier ou de\ncinquième ordre. Il y a parmi les peintres appelés\nportraitistes M. Ingres, mais il y a aussi M. Herbo.\nHerbo et Ingres, la première fois peut-être que ces\ndeux noms-là voisinent quelque part !\n   Les grands maîtres ont tous mis dans leurs toiles\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "170                                    la Wallonie.\n\nune part de leur rêve. David répondait à Napoléon\nposant devant lui et lui faisant remarquer que ses\ntraits n’étaient pas adéquatement rendus sur la toile :\n— Sire, à travers votre image, je peins la Victoire.\n   D’autres dans un portrait de Mirabeau disent\nl’éloquence; dans un portrait d’Elisabeth d’Angle­\nterre, la cruauté; dans un portrait de madame de\nMaintenon, la sécheresse janséniste.\n   Un portrait n ’est vraiment haut et immortel que\ns’il représente au delà du modèle, une classe sociale,\nun temps ou un siècle et une pensée. On fait en ce\ncas bon marché du reste. La ressemblance ? —\nillusoire — et mesquine dès qu’elle devient le but\nunique. Tel portrait peut s’assimiler presqu’à une\nnature morte. Il devient aussi peu intéressant, ce\nquelconque spécimen humain, aggravé de bourgeois,\nqu’une variété de carottes ou de poireaux. J ’en sais\nauxquels je préfère n’importe quelle fleur, fut-ce un\npissenlit.\n   Mais si, comme dans les œuvres d’Ingres, de David,\nde Laurence, de Gros, de Goya, l’âme et le caractère\nsont victorieusement cloués en drapeau conquis sur\nla toile et que le personnage, on l’oublie et qu’on\nsemble soi-même se retrouver dans la faculté de\ncœur ou de cerveau rendue soudain matériellement\npar le dessin et la couleur, alors le portrait apparaît\nart aussi profond et aussi grand que l’art des pri­\nmitifs allemands ou italiens.\n   Quelques artistes s’égarent aussi à ne voir dans\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "    les Maîtres du Siècle.                         171\n\nun portrait que décoration et arrangement. W isthler,\npar exemple. Ils se réclament de Velasquez, qui\ncerte n ’avait point leur préoccupation exclusive.\nIls marient des tons, ils jouent, comme de parfaits\nvirtuoses, de caressantes symphonies pour les yeux,\nils composent des nocturnes. Leur art est évocatif\ncomme une musique; il est très haut et très raffiné,\nmais le portrait dans l’occurrence, devenant un\nsimple prétexte, nous n’admettons guère leur mode\nde peindre comme moyen de traduire la figure\nhumaine.\n   Les plus grands portraitistes sont incontestable­\nment les gothiques. Ils ont produit l’homme, le\n caractère de l’homme et l’époque. Quelques-uns,\nqui m ettaient leurs amis et leurs parents en effigie\nen leurs toiles symboliques, ont peint des idées.\n   Dans la présente exposition des portraits du siècle,\nun seul génie, Ingres, les rappelle. Il peint comme\n eux à tons plats, ses couleurs sont restées aussi\nfraîches que les leurs; il a leur simplicité grande,\nleur scrupule et leur probité. Sa vieille marquise de\nTournou a l’intensité de vie qui jaillit des chefs-\n d’œuvre des Holbein et des Clouet. Elle représente\n sa caste et une date dans l’histoire de cette caste.\n Qu’il l’ait voulu ou non, le peintre est devenu en la\npeignant historien et penseur. Peut-être n’a-t-il\ntendu qu’à rendre ce que son modèle avait d’indivi­\n duel — ce qui s’accorderait avec ses théories —\n qu’importe ! son génie l’a poussé au delà et son\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "172                                      la Wallonie.\n\n  œuvre n’est pas seulement la marquise de Tournou,\n c’est une marquise ou plutôt c’est la marquise fran­\n çaise, débris d’ancien régime, survivant en ce com­\n mencement de siècle napoléonien. En face de cette\n œuvre on oublie tous les Lembach et tous les Bonnat\n du monde. Ces manieurs vulgaires ou drolatiques\n de brosses et de pâtes ne résistent pas au moindre\n examen. Lembach semble faire surgir tous ses per­\n sonnages d’un conte d'Hoffmann; sa peinture est\n saure, son pinceau on le devine sec comme une arête\n de poisson et gluant comme elle. Bonnat triture de\n la craie en ses huiles, aboutit au trompe l’œil, cherche\n la ressemblance crue — c’est tout. A rt bourgeois\n sans nul souci d’intellectuelle interprétation; rien,\n que de l’habilité et l’acquis. Peinture à recette\n académique, où les clairs éclatent aluminiumés en\n des opacitiques de bitume cotonneuse, peinture pour\ngens officiels, pour redingotes à rosette, boutonnées\nsur un cœur de ploutocrate ou pour jupes de velours\nbridant des girons de matrones juives. Oh l’exécrable\net honteux art morne !\n   Heureusement voici Delacroix. Le portrait de ce\ngénie par lui même, vu dans son propre cerveau tel\nqu’il se sentait : volontaire, fermé, dédaigneux,\nmalade, hautain, souverain. N’importe quel miroir\nn’a pu ainsi refléter cette figure. Pour la surprendre\ntelle, il y a fallu une vision extraordinaire, une\nvision nocturne plus que de plein jour, une vision je\ndirais volontiers hallucinée. Teint jaune et verdâtre,\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1520, "texte": "     les Maîtres du Siècle.                            173\n\n yeux qui semblent se resserrer et comme se ramasser\n en regard méchant, lèvres minces de mépris et dans\n toute la tête on ne sait quel air de dandy mordant,\n d’une perspicacité souterraine de diplomate.\n    E t à côté un Goya, que dans la Société nouvelle,\n Maurice Sulzberger a nettem ent défini : un mathé­\n maticien de la cruauté. C’est très exactement et très\n artistem ent trouvé. Puis un général Hur/o, par Gros,\n très militairement campé ; puis un Georges IV de\n Louvrence; puis plusieurs Courbet — et même un\n Cabanel, bien que cela semble anormal.\n    Quant aux Belges, voici quelques têtes de Navez,\n toutes aiguës de caractère, voici Fernand Khnopff\n dont les envois graves et d'une spéciale élégance\n arrêtent, voici Agneessens le meilleur portraitiste de\nsa génération, voici enfin de \"Wïnne, le seul de nos\npeintres qui sut peindre des personnages. Ni banalité,\nni enflure — un haut goût sévère et distingué. Sur­\ntout remarquable, le portrait de M. Sandford.\n   On pourrait après cela tirer le rideau. Mais reste\nà signaler un dessin aux trois crayons de Vander ­\nhaert. Deux tout jeunes gens’forment un groupe de\nlignes souples et gracieuses; les têtes sont d’une\nbelle étude, d’une psychologie précise, d’une ado­\nlescence à peine sortie de l’enfance. L’artiste a vic­\ntorieusement évité le danger de tomber dans la\ngravure de modes.\n   E t Rouillard, un oublié certes, voici qu’il ressuscite\nen cette image de vieille dame en blanc dont les\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 311, "texte": "174                                     la Wallonie.\n\ntraits évoquent les vives grand’mères d’antan, les\nfigures sagaces et spirituelles et tout un passé allègre\net familial.\n   L ’exposition des portraits des maîtres du siècle a\nété un succès et un enseignement.\n                               E m. VERHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 177, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE.   Vient de mourir, tout jeune", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "PETITE CHRONIQUE.\n  Vient de mourir, tout jeune, M. Gaston Dubédat, fondateur\ndes Ecrits pour l’Art. Nous n’avons pas à rappeler les ten­\ndances de cette si artistique et sincère revue qui fut à un\nmoment d’un si haut intérêt, diminuée . depuis par des\ndiscussions ainsi que de médiocres recrues. M. Dubédat qui\nse refusait à écrire lui-même s’est fait généreusement le\nsoutien et le défenseur de cette hardie tentative. De pareils\ncaractères sont trop rares pour que tout artiste ne participe\nà ce deuil.\n                                  *\n                              *       *\n\n\n   L a saison des Concerts Populaires de Bruxelles a été\n clôturée par une incomparable festivité.\n   D’importants fragments de W agner et la 5e symphonie de\nBeethoven, dirigés par ce génial chef d’orchestre, Hans\nRichter. Nous ne dirons rien de la pauvre rhapsodie de Liszt\nqui a été écrasée entre ces deux colosses. L ’interprétation a\nété admirable, et l’orchestre a été supérieur à ce qu’il a\njamais été. De plus, il y à une véritable fascination à voir\ndiriger tout un concert sans une seule partition. Le succès a\nété énorme et cette fois entièrement justifié. Il est incontes­\ntable que Hans Richter a, à la fois sur son orchestre et sur\nson public, une véritable influence magnétique : elle dominait\ntous deux.\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "176                                         la Wallonie.\n\n\n  La Wallonie paraîtra en numéro double pour juin et juillet.\nNous pouvons annoncer d’importants fragments de Jean\nMoréas.\n                             *\n  Notre collaborateur Maurice Maeterlinck a réédité la\nPrincesse Maleine. Après son succès, il y était en quelque\nsorte obligé et cette publication a été une joie pour ceux qui\nn’avaient pu se procurer d’exemplaire de la première édition\n(édition privée).\n  L ’œuvre très soigneusement éditée par Van Melle, à Gand,\nest en vente au prix de 5 francs.\n                             **\n  On annonce sous peu la publication d’un nouveau drame\nde Maurice Maeterlinck : Les Aveugles, chez Lacomblez, à\nBruxelles.\n                             **•*\n   Ont paru chez Harper, à New-York, des Poîmes en prose\nfrançaise merveilleusement traduits par Stuart Merrill;\nles principaux de ceux qui firent avec notre ami le voyage\ntransatlantique : Louis Bertrand, Baudelaire, Villiers do\nl’Isle Adam, Stéphane Mallarmé, Huysmans, Henri de\nRégnier, Mikhael, Delaroche, Hennequin, Hector Chainaye,\nCh. Eudes Bonin.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "             Œuvres de Emile VERHÂEREN\n      L es F la m a n d e s (Hochsteyn) épuisé.\n      Conte de Minuit, épuisé.\n      L es M oines (A. Lemerre).\n      L es Soirs (Deman) épuisé.\n      L es D ébâcles (Deman).\n      L es F la m b e a u x noirs (Deman), à paraître très pro­\n            chainement.\n\n        POÈMES ANCIENS E T ROMANESQUES\n              par H em i de Régnier\n               Chez Bailly, 11, Chaussée d’Antin, Paris.\n\n   ENTRETIENS POLITIQUES & LITTÉRAIRES\n                               Revue mensuelle\n                         P rix : 5 fran cs l’an.\n             Chez Bailly, 11, Chaussin d’Antin, Paris.\n\n     Quelques collections de LA WALLONIE (1886, 1887, 1888 et 1889)\n                      sont en vente au prix de 6 francs.\n                   La W allonie est en vente\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé ; George; D 'H eur; B randt; Aubett6 du Pont\n    d’Avroy.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire; Istace, libraire, et Lacomblez, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; W ennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetter, rem part Sle-Catherine.\n\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-Michel ; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie 3\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE, No 5 LA WALLONIE REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET", "ancre_fin": "t : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Émile V e rh a e re n . . 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Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-05-n5-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Émile V e rh a e re n . . Le Silencieusement. » Une", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 193, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 378, "fin_caractere_exclue": 1132, "texte": "SOMMAIRE\nÉmile V e rh a e re n . . Le Silencieusement.\n            »                 Une Promenade.\n            ))                Un Soir.\n            »                 Un Réveil.\n            »                 Sais-je où?\n            »                 Une Nuit.\n            »                 L ’Aquarium.\n            »                 Quelques-uns.\n            »                 E n Biscaye.\n            »                 Le Polder.\n            »                 Sonnet.\n            »                 Les Maîtres du Siècle.\n                          Petite Chronique.\n\n\n                  Ce num éro 50 centim es.\n\n                                                                ,\n                            Des presses de II. Vuillant-Carmanne à Liège.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 158, "texte": "                 LA\nW   A   L L O   N    I E\n\n\n\n\n                Mai 1890.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "       L ’ART MODERNE\n REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE\n            26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n                Viennent de paraître :\nS cèn es de Bal, livre de vers, par Alb. S t - P a u l .\nL es D ébâcles, par Êmile V e r h a e r e n .\nCloches e n la N uit, par Adolphe R e t t é .\nL’A rt en E x il, roman, par G. R o d e n b a c h .\nS e r r e s c haudes, par Maurice M a e t e r l i n c k .\n\n       m im ü r e m « â m e\n                         MENSUEL\n          15, ru e de l’E chaudé-Saint-G erm ain\n               Un an, 5 fr.; Union postale, G fr.\n\n\n      ART & CRITIQUE\n    Revue hebdomadaire des Lettres et des Arts\n              P a ris , 7, R ue des Canettea\n        Paris, 12 francs l’an; Étranger, 15 francs.\n       E n souscription d an s nos b u re a u x ;\n    C R É P U S C U L E S D ’A M E\n          Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires sur Japon, à 5 francs, sont à souscrire.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "    LE SILENCIEUSEMENT.\n\nEn un plein jour, larme de lampes,\n        Qui brûlent en l’honneur\nDe tout l’inexprimé du cœur,\nLe silence, par un chemin de rampes,\n        Descend vers ma rancœur.\n        Il circule très lentement\nPar ma chambre d'esseulement;\n       Je vis tranquillement en lui;\n       Il me frôle de sa robe,\nParfois, ses deux mains doigtées d’aube\n       Closent les yeux de mon ennui.\n       Nous nous écoutons ne rien dire\nE t je rêve de vie absurde et l’heure expire.\nPar la croisée à l’air, des araignées\nTissent leur tamis d’or, depuis combien d’années ?...\nSaisir le va et vient menteur des sequins d’or\nQu’un peu d’eau de soleil amène au long du bord,\nLisser les crins du vent qui passe,\nSe futiliser, le cœur intègre,\nE t plein de sa folie allègre,\nRegarder loin, vers l’horizon fallace,\n                                               10\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "14 6                                             la Wallonie.\n\n       Aimer l’écho, parce qu’il n’est personne\n       E t lentement traîner son pas qui sonne,\n       Par les chemins en volutes de l’inutile.\n       Etre le rai mince et ductile\n       Qui se repose encor dans les villes du soir,\n       Lorsque déjà le gaz mord le trottoir.\n       S'asseoir sur les genoux de marbre\n       D ’une vieille statue au pied d’un arbre\n       E t faire un tout avec ce bloc de clair granit,\n       Qui serait là depuis l’éternité, tranquille,\n       Avec, autour du socle, un peu de fleurs jonquille.\n       Ne point saisir au vol ce qui se définit;\n       Passer et ne pas trop s’arrêter au passage;\n       Ne jamais repasser surtout, ne savoir l’âge\n       Ni du moment, ni de l’année — et puis finir\n       Par ne jamais vouloir de soi se souvenir!\n  (1889)\n\n\n\n\n                                             I\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "             UNE PROMENADE.\n\nE       N un merveilleux boulevard moderne, à l’éveil\n         du premier réverbère —flamboyante topaze —\n         eux, ils sortent ; et paraître là, bannit de la\n         promenade, par gêne aussitôt contagieuse,\nles disparates flâneurs. A gauche, à droite, en le\nparallèle face à face des vitrines allumées, les\nquadrangulaires de soie et de velours jardins et les\nmiriadaires orfèvreries soudainement miroirées. Aux\nterminales avenues, de légères étoupes de brume,\nquoique sur les façades et vers les frises, l’heure\nd’apothéose se traîne en or crépusculaire encor.\n   Eux se promènent d’un égal pas volontaire, en\nvêtements simples, mais qui paraphent décorative ­\nment le moindre de leurs gestes. Leurs sens, par une\nlongue et personnelle éducation, ont tendu l’intelli­\ngence vers chaque énigme. Leur seule et totale\npassion ? Se contrôler, se dissimuler héros, se défier\ndu fait, plus encore, du rêve — et s’étudier entre eux,\nà cette heure de quotidienne allée et venue, quand\nles réverbères aux pointes dansantes, sont susciteurs\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "148                                     la Wallonie.\n\nd’un peuple d’âmes en d’hermétiques prisons de\nverre lumineusement prisonnières.\n\n   Parmi eux, une alliance de femmes dont le corps\nguère ne tente, mais quelle finesse non gantée des\nmains et quelle songeuse intrépidité du front et qui\nlentes, évoquent de lentes impératrices silencieuses\nde leurs palais. Qui d’entre elles, dites, perpétue\nEsther? Lesquelles la pâle Agripinne? Lesquelles\nFrédégonde? Laquelle cette toxique Brinvilliers\net cette Maintenon glaciale et toi, inquisitoriale\nIsabelle ? Hélas les yeux d’or brûlé, les yeux en flam­\nbeaux de bataille et en miroirs d’Empire, ces yeux\naujourd’hui par la seule et téméraire volonté de\nrevivre, grands encor ! Ils dardent à travers de frêles\net futiles voilettes la muette suggestion de leur passé.\nCeux-là sont morts qui les aimèrent avec leur épée et\nleur foi et les voici ceux d’aujourd’hui, les seuls qui\nles aiment, qui les peuvent aimer encore avec leur\nregret. E t ce monde de seuls et de seules, se regarde\npasser, songeurs et songeuses : que ces flammes des\nlanternes isolées et prisonnières — réunies — feraient\nl’âme pourtant de quel incendie ?\n\n  E t si parfois deux tels regards s’entrecroisent et,\npour ainsi dire, se retrouvent après tant d’années\nd’errance solitaire, comme deux fermoirs de joyaux,\néblouis l’un de l’autre, ils s’agraffent sur un même\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "    une Promenade.                                  149\n\namour.Certes pas un geste, pas une parole, à peine un\nsigne — mais dites l’incandescence d’un diamant car­\nbonisé en un laboratoire de marbre.Cette communion\nrapide, toute en pensée, libre, infinie, jusqu’où\ns’éperonne-t-elle ? Jusqu’où ? Si non vers ces\npolaires paradis, pavoisés de soleil, chaleur et neige,\ngel qui brûle. Ils savent, eux, d’imaginaires hivers,\nlà-bas, où peut-être ils pourraient vivre de l’impossi­\nbilité même d’aimer en un étem el froid. Mais encore\net après? Car il leur faut — eux, les profonds désa­\nbusés du réel — mêler à tout la négation ironique —\net quelle minute au delà de l’immédiate joie, qui\nd’entre eux oserait la tenter, ici?\n\n   E t les frêles et magiques lanternes allumées en\ntopazes, s’étendent indéfiniment aux deux côtés de\nla rue et s’étagent, rompes d’or, vers un triomphal\nrêve qu’ils ont songé un instant, mais auquel,\nrevenus vers eux seuls, ils ont déjà tourné le dos.\n        (1889)\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "               UN SOIR.\nAvec les doigts de ma torture\nGratteurs de mauvaise écriture,\nManiaque inspecteur de maux,\nJ ’écris encor des mots, des mots....\nQuant à mon âme elle est partie.\nMorosement et pour extraire\nL ’arrière-faix de ma colère,\nAigu d’orgueil, crispé d'effort,\nJe racle en vain mon cerveau mort.\nQuant à mon âme elle est partie.\nJe voudrais me cracher moi-même,\nLa lèvre en sang, la face blême :\nL'ivrogne de son propre moi\nS’éructerait en un renvoi.\nQuanta mon âme elle est partie.\nHomme las de rage, qui rage\nD'être lassé de son orage,\nLa vie en lui ne se prouvait\nQue par l'horreur qu'il en avait.\nQuant à mon âme elle est partie.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "un Soir.                                    151\n\n    Mes poings ont tordu dans le livre\n    L ’intordable fièvre de vivre;\n    Ils ne Vont point tordue assez\n    Bien que mes poings en soient cassés.\n    Quant à mon âme elle est partie.\n\n    Le han du soir suprême, écoute!\n    Se fend là-bas sur la grand'route ;\n    Clos tes volets — c'est bien fini\n    Le mors aux dents vers l'infini.\n    Quant à ton âme elle est partie.\n\n (1888)\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                   UN RÉVEIL.\n    Il ouvrit les yeux mais aussitôt les referma, crain­\n tif du matin brutal qui s’installait dans la chambre.\n Il le savait : invariablement, comme hier, comme\n avant-hier, comme toujours ses rideaux blancs au­\n raient la même teinte d’acajou fané, les panneaux de\n porte, la même mince gouttelette de lumière sur la\n clavicule de leur poignée métallique ; le même orne­\n ment le blesserait de sa futilité prétentieuse, là, sur\n un fronton de cadre ; ce serait, par la fenêtre, l’inva­\n riable paysage de toits bastionnés de cheminées\n grises. Il referma les yeux.\n    E t rechercha le sommeil. Il se souvint de son cau­\n chemar. Avec des torches rouges éteintes et d’une\n odeur épouvantable de mort et de pourriture, on\n transportait des cercueils au fond d’un cimetière, la\nnuit. Des pelles fichées en terre et des croix soules,\n à droite, à gauche. Dites, le maigre décor d’un terrain\nfleuri tel : jaune — et des trous violets, ci et là, comme\ndes plaies ouvertes. Un chat, tout-à-coup, sauta\nhors d’une fosse fraîche et sur un tertre s’établit. E t\nce chat se mit à grandir, à grandir, à monter, à\nmonter : les pattes sortaient de la fourrure, im­\nmenses ; la tête s’énormisait, la queue battait l’im­\nmensité. Lui regardait ce chat devenir colosse.... Puis\nune lacune dans la mémoire. Pourtant, à certain\ninstant, un des yeux du chat avait dardé si haut\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "    un Réveil.                                        153\n\ndans le ciel, oui, c’était bien cela ; l’œil du chat avait\nété l’œil unique de la lune. Il l’avait senti sur lui,\nregard vert, qui tombait, là, entre les omoplates —\nil aurait touché le point avec son doigt — là, comme\nune goutte d’acide, entre ses omoplates. Il se tâta;\npuis réfléchit. Avait-il mal encore ? E t le doute de\nson mal lui fit bouder : “ Bah ! est-on certain de\nquelque chose ? „ E t machinalement, à haute voix,\nil se répondit : “ On n’est sûr de rien, absolument de\nrien. „ Puis, en un éclair, la promesse qu’il s’était\nfaite, le soir d’hier, de provoquer lui-même, la\nquotidienne torture, le dressa de son ht, droit. Il ne\nse demanda plus même pourquoi des êtres absurdes\ncomme lui, vivaient et continuaient à vivre et à\nmanquer de raison pratique pour s’en aller mourir,\nsans rien dire à personne, quelque part, là-bas, au\nfond d’une crevasse de montagne. Il relut certaines\nlettres dont chaque mot avait le serpentin pouvoir\nde lui cravacher le cœur jusqu’au sang, les lut et les\nrelut et comme hier et avant-hier et toujours, ses\nnerfs se m irent à brûler tout son corps. Il en sentait\nles pointes de feu en épingles au long du dos lente­\nment gagner les côtes et la nuque et toute la tête. Il\nn ’eut garde de chasser, d’essayer même de chasser\nune seule pensée douloureuse, il y appuyait et ne\ncessait qu’au moment où l’excès du mal le jeta en\nune crise de larmes. Alors il eut pour lui le mépris\nde quelqu’un de fort pour les êtres lâches et mous. Il\nvoulut d’un seul coup se relever : m aître — mais ne put\ns’obéir. Les hoquets continuèrent à saccager sa gorge.\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "154                                     la Wallonie.\n\n    Le soleil, peu à peu, à coups de poings de lumière,\n avait renversé les gros nuages d’octobre et s’était\n mis à marcher dans le ciel. La chère ironie de cette\n allégresse sur sa peine le ressuscita lentement, à\n moins que ce ne fut la décharge même des pleurs et\n des pleurs. Il réfléchit à quelque sage parole bien\n vraie ou plutôt bien poétique : “ E t que c’est tenter\n Dieu que d’aimer la douleur. „ Tenter Dieu ? Cela le\n fit rire et lui m it un sarcasme aux lèvres. Mais ce\n sarcasme, cette bravade facile, oh comme il se mit à\n la soudain regretter. Si fort, qu’elle lui devint une\n occasion d’injures vers soi et de se plaindre et de\n bêtement se frapper et enfantinement le front, comme\n s’il avait voulu atteindre et châtier son cerveau\n tout à coup mis à nu. E t plus aigu et plus profond\nce regret d’avoir été ridicule conflagra en véritable\n désespoir. Il aurait voulu se supplicier physiquement\npour faire souffrir cette langue, cette langue banale,\njamais assez silencieuse. A quoi bon n’importe quelle\nparole, puisque la pensée est plus essentielle et plus\nintime ? La parole, cette chose presque des autres ;\nen tous cas, pour eux. Non! il n’était pas le totale­\nment fier et profond qu’il voulait être, il n’avait pas\nassez encore la haine de l’extérieur ; il se dépensait\net à chaque épreuve, il sortait de soi-même. Son\nrêve ? recevoir du dehors la souffrance et l’occasion\nde s’en cingler et ne lui en échange rien donner.\nS’aimer dans la débâcle muette de son cœur et de\nson esprit, mais s’aimer seul, uniquement seul,\n sans un signe jamais pour appeler au secours.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "    un Réveil.                                       155\n\n   Il s’aperçut qu’il était loin de tout sarcasme et\nque l’idée pure de la torture égoïste existait tou­\njours en lui. E t des rêves de bonheur possible lui\nvenaient, un bonheur à rebours et à contre-lumière,\nprovoqué par lui seul, à force de braver et de défier\nsa raison. Il riait de ceux qui croient au repos dans\nl’inconscience. Comme si les hommes, les modernes,\nhéritiers de tant de générations de deuil humain,\npouvaient revenir vers les origines et recommencer\nle monde. E t des exemples de mystiques et de saints\nqui s’étaient affranchis des affres de la vie par des\nannées de macérations atroces, surgirent.\n   Il prit une toute mince petite épée et se l’enfonça\nassez avant, sans un cri, sous les ongles. Un miroir\nplacé devant lui le renseigna sur la presqu’immo ­\nbilité de son visage.\n   Il se m it à songer aux heures les plus noires de sa\nvie, surtout à ces morts qu’il avait tant aimés dans\nl’enfance. Seul aujourd’hui, dans ce retrait banal de\ngarni, il restaurait l’existence douce des baisers et des\ncaresses et l’autrefois candide et frais de la famille.\nA tous, il leur avait fermé lui-même les yeux, à son\npère, à sa mère et à cette admirable femme de tante\nadorée dont jadis il avait l’image placée au-dessus\nde son lit. L ’image, il l’avait depuis deux ans, pen­\ndant une heure d’atroce hostilité, détruite. E t se\nsentir si vide de toute tendresse, alors pourtant qu’il\nse découvrait et qu’il se sentait un cœur exaspéré\nd’amour et si contradictoirement bon à certaines\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "156                                     la Wallonie.\n\nminutes, fit affluer en lui des marées de tristesse\nimmense et grise, mais aucune larme cette fois ne\njaillit; — et triomphalement sa force resta debout.\n   Mais alors, lentement et comme il s’auscultait la\nvolonté restée ferme, un doute surgit. Cette si\nconstante lutte contre la joie, au fond, n’était-ce pas\nune comédie qu’il se jouait ? Était-il vraiment l’être\ndouloureux qu'il se croyait et l’absurdité de sa nature\ncultivée et comme éduquée, n ’était-elle pas elle-\nmême toute en surface ? E t toutes ses années, depuis\ndes années, repassèrent devant lui, trop rapides pour\nles noter et de toutes il tordait la souffrance : cama­\nraderies d’enfance méchantes, séjour de pension\nbaillant, cruautés de tous contre lui, amours avec\ndes croix à leur sommet, amitiés douteuses et men­\ndiantes : toute la forêt d’épines traversée. Et, tout\nimmédiatement après, la géhenne des idées, le champ\nde bataille des livres, la déroute du travail, l’ironie\nde l’effort, le sinistre revers à tête de Méduse de la\nscience.\n   A cet instant — que de fois les mêmes pressenti­\nments lui étaient surgis savait-il d’où? — il comprit\nque le jour qui venait d’éclater en aurore allait lui\nlaisser tomber sur la tête ses douze heures de vie\nmonotone, avec, certes, un souci de plus, avant le\nsoir. Lequel ? — Il en avait la curiosité en même\ntemps que la peur. Lequel ? — Il conjecturait qui,\nparmi ceux que fatalement il rencontrerait, allait,\naprès la main amicalement tendue, dire le mot de\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "    un Réveil.                                       157\n\nsupplice. Lequel ? — Allait-il le provoquer par une\ninterrogation ou l’attendre. Lequel ? — Avait-il à se\nreprocher un acte qui motivât des représailles ?\nLequel ? — Lequel ?\n   E t son esprit cherchait, creusait, se mordait lui-\nmême par demandes et réponses et se saignait à\ncoups pressentiment.\n   A réfléchir plus pénétramment, dites ! s’il était lui-\nmême le tentateur. Etudier les autres avec le désir\nautant de les torturer que de se torturer soi-même ?\nIl les connaissait les doubles-fonds de la prétendue\nsympathie et l’accueil démonstratif et bienveillant.\nBonheur à crever toute cette sonorité de tambourin\ndes paroles doucement fraternelles et les louanges\net les prétextes masqués de sourire : bonne œuvre\net fière et juste. Même courageuse.\n   E t par un geste agressif, pointé vers le vide, illu­\nsoirement peuplé de visages, il apostrophait l’un,\ncaricaturait tel, exclamait : canailles ! fourbes ! Mais\nlui vint la honte d’être par le fait même de sa colère\ninférieur à ceux qu’il détestait et il se demanda\npresque pardon à lui-même. E t sa fureur renaquit\nd’avoir à se demander pardon de quelque chose.\n   Ainsi serait-il toujours l’agité, le remueur de\nl’inutile, qui se sent nul et qui ne s’aime que dans\ncette inanité douloureuse.\n   Puis soudainement des voix de bonté naïve et de\ntendresse vers personne, qui résonnèrent en lui.\nUn ineffable attrait vers des générosités vagues, des\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "158                                     la Wallonie.\n\ndouceurs universelles, des dévouements fous, mais\nsilencieusement et comme avec crainte. Oui, n ’être\nque patience, confiance, sacrifice et contre soi seul\nhargne, trépignement, insulte. S’il était une sagesse\nc’était celle-là. E t le malheureux et le triste, ouvrit\ntoute grande la fenêtre et longuement, lentement,\npareil à quelqu’humble croyant qui implore la grâce\nefficiente de son Dieu, il se pencha vers des fleurs\net des branches, il écouta, attentif, le vent à travers\nles feuilles, et c’était bien à cette heure une porte de\nson âme qui s’ouvrait à l’ineffable joie de l’air et des\nbrises apaisantes.\n   H uit heures sonnèrent, nettes.\n   Se retournant — et dans le vieux cadran de cuivre\nvert de l’horloge ne voilà-t-il pas qu’il reconnut,\nindubitablement, à ne pas s’y méprendre une minute,\nl’œil du chat, l’œil unique entrevu dans son rêve. La\ngoutte d’acide à la même place, juste à la même\nplace, lui rebrûla le dos.\n   H uit heures ! Il sortit précipitamment.\n   Jadis, pendant l’enfance, la première heure de\nchaque jour — celle-ci — il la vouait à sa prière du\nmatin : \" Notre père qui êtes aux cieux.... „\n   — Non... mais peut-être..., non, non, cela moins\nencore que le reste !\n  ( 1888 )\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                     SAIS-JE OÙ.\n      C’est quelque part en des pays du Nord, le sais-je ?\n      C'est quelque part en des loins aciéreux\n      Où les blancs ongles de la neige\n      Griffent des pans de roc nitreux.\n     E t c’est grand gel — miroiré brusquement\n     En des marais d’argent dormant;\n     E t c’est givre qui grince et pince\n      Les lancettes d’un taillis mince.\n     E t c’est minuit ainsi qu'un grand bloc blanc\n      Sur les marais d’argent dormant\n     E t c’est minuit qui pince et grince\n     Et, comme une grande main, rince\n     Les cristaux froids du firmament.\n     E t c'est en ce lointain nocturne,\n     Clair d’un silence d’aimant,\n     Comme une cloche taciturne\n     Que tait son glas, mortellement.\n     E t c’est encore grand’messe de froid\n     E t de drives comme en cortège...\nC’est quelque part en un très vieux pays du Nord, le sais-je ?\nMais c'est aussi dans un vieux cœur du Nord — en moi.\n    (1890)\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                     UNE NUIT.\nMaintenant que dans les plaines il s’est fait soir,\nAvec ses grands ciseaux d’ébène et taciturnes,\nL’ombre sculpte ses murs et ses cloisons nocturnes\nComme un Escurial donjonné d'argent noir.\nPalais de flambeaux morts où le minuit n'étale\nAucune dalle de lune au clair, palais si lourd\nQue de ses blocs — pour l’âme et pour le songe — il sourd\nUne éternelle insensibilité totale.\nOh morne et monotone il est venu si long,\nDu bout de grands couloirs, chargés de somnolence,\nTel pour à jamais, il est venu le vieux silence\nS’asseoir énormément sous son manteau de plomb.\nIl est venu si grandement s’asseoir — et l’on espère\nQue plus jamais sur ces pierres, couleur de nuit,\nNi les hommes futils ne casseront de bruit\nNi les aubes ne brouteront de la lumière.\nNi l’angoisse ni la terreur ne cingleront,\nAvec leurs torches d’or, l’oubli de ces grand' salles;\nMais que seules les ténèbres polycéphales\nEn cette éternité de noir, signifieront,\nEn dehors des forces et du temps et du nombre,\nTel idéal désir d’être une ombre, — d’un cœur\nQui se rêve dans ce palais : un empereur\nAccoudé, quelque part, sur un bloc d’argent sombre.\n    (1887)\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                 L’AQUARIUM.\n\n       Le beau rêve et silencieux que ce glauque\n        aquarium de mes pensées, parmi des gemmes\n        bulbeuses, nageantes. Bloc d’eau massive,\n        qui s’illustre d’une vie soudaine de lueurs et\nde pierres. Un flot remue-t-il? — Dites, alors quelle\nagitation de miroirs en cette armoire, où — topazes\ncolossales — les feux reverbérés des lustres et des\nlampes semblent, depuis des siècles, en des écrins\ndormir ! Sommeils de joyaux les yeux ouverts ; fleurs\nqui brûlez, boréales ; longues lumières vaguement\nvêtues. Tandis que le bail de nitre et d’or, par au-\ndessus, carre sa châsse — et resplendit.\n   Claires et fuyantes ainsi que des soies et des\nmoires, c’est lentes et lentes, qu’elles sont, mes\npensées, en ce cristal de fluidités nageantes. Parmi\nles jardins émeraudés, sur de fragiles pavois de\nperles, au fond de subites maisons de nacre, aussitôt\nque construites — disparues, c’est de l’illusion d’or,\nd’argent, de pourpres, de lunes et de soleils, certes !\navec le rien au bout. Mais qu’importe ! le mensonge\nsu, le rêve percé à jour, que charmants à cause de leur\nfausseté même ! E t voici en cette fantasmagorie\nclaire et trompeuse, voici de graciles spectres de\n                                               11\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "162                                        la Wallonie.\n\nnaiades balancées en des arcs-en-ciel et des nymphes\nnées et mortes en l’éclair d’un rai de prisme et des\nondines en des niches de saphirs, sur des bouches de\nfleurs ouvertes, comme des poupées de verre,\n endormies.\n   E t toujours mes pensées lentes en ce cristal de\nfluidités nageantes, songent, heureuses et belles :\nqu’elles n ’importent devant les carreaux de leur\npalais, ces faces rondes de la bêtise trouées d’inter­\nrogation niaise. Seules ! en ce remous de visages gras\net curieux, les nez aplatis contre les vitres ; seules ! en\nce peuple d’yeux fixes, qui regardent sans com­\nprendre et comme indignés leurs écailles étrange­\nment d’or, leurs nageoires frêles comme des ailes,\nleurs voyages monotones autour d’une toujours même\némeraude d’eau, leurs siestes longtemps immobiles\nentre deux pierres moussues et toute leur vie passive\net voluptueusement froide.\n   Ainsi vivent-elles mes pensées parmi des gemmes\nbulbeuses, en ce cristal de fluidités nageantes et telle\nserait leur existence à tout jamais pavoisée, si l’une\nd’elles, certes, un jour, fatalement, par simple désir\nd’absurdité, ne devait casser la glace d’illusion et de\nsplendeur et, choyante hors du mirage, entraîner\ntoutes les autres sur le trottoir, où de brutales ser­\nvantes, modèles de propreté et d’ordre, les pousseront\nà coups de balai vers les égouts infinis.\n   (1889)\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "              QUELQUES-UNS.\nPlus loin que les soleils une ville d’ébène\nSe dresse et mire énormément en leur cerveau.\nSon deuil et sa grandeur de morte et de caveau,\nLa terre? elle a passé. Le ciel? se voit à peine\nE t de l'ombre toujours, immensément toujours.\nUn horizon d’ivoire y traîne des suaires\nSur des monts soulevées en tertres mortuaires\nQui n’ont plus souvenir de ce qui fu t les jours.\nE t ces passants muets marchent dans les soirs blêmes\nHommes pleins de douleurs, vieux de tristesse, seuls.\nIls ont plié leurs ans ainsi que des linceuls;\nIls sont les revenus de tout, même d’eux-mêmes.\nLes vices leur sont noirs mais aussi les vertus ;\nLeurs cœurs saignés à blanc et leurs ardeurs matées,\nIls travaillent à vivre indulgemment athées.\nLeurs yeux qui s’enflammaient encor, ils les ont tus\nE t maintenant plus rien en eux jamais ne bouge;\nNi les désirs, ni les regrets, ni les effrois;\nIls n’ont plus même hélas le grand rêve des Croix\nNi le dernier espoir tendu vers la mort rouge.\n     (1887)\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                  EN BISCAYE.\n\n   De grands bœufs fauves, noués au timon, des­\n cendent la montagne et le cri suppliciant des roues,\n en les ornières broyées, passe sur mon cœur, sur mon\nsi morne cœur, gris de sa pluie de souvenirs comme\nle paysage où des brouillards pleurent des larmes\nd’eau, si tristes, si pauvres, si monotones — et jusqu’au\nsoir, ce sera ainsi — et des loques de nuées brouille­\nront la vallée et des fumées lourdes envelopperont\nles roches et toujours j ’entendrai et je souffrirai la\ntorture des roues mélancoliques sur mon si morne\ncœur.\n   Les bœufs fauves, têtes ployées, passent, d’autres\narrivent, têtes ployées, comme les premiers. Le bou­\nvier les insulte d’une colère sans cause, pour se\ndistraire. Une charge de charbon de bois ballotte, de\ndroite à gauche; de gauche à droite, lourdement\nballotte. Les floches du joug semblent des pleurs et\nl’on regarde souffrir les regards à travers, souffrir!\nIls trimballeront, les bœufs, et ce sera ainsi jus ­\nqu’au soir pour eux aussi, les résignés et les lamen­\ntables. Les maigres échines, les pattes tordues, les\nsabots entrouverts avec leur plaie saignante, aux\nfentes de la corne ! E t toujours leurs yeux!\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": " »\n\n       en Biscaye.                                  165\n\n   Moi, à la fenêtre d’une chambre haute, j’attends\nque, par pitié, une lumière s’allume en une ferme\nvoir des visages avec de la clarté autour, les voir, et\nvoir des gens manger, parler; des enfants se bar­\nbouiller de soupe, des chats mâcher des arêtes, et\ndes attitudes d’ombres, le poing aux dents, bouder\ncontre le mur. E t tout cela à travers les splendeurs\net les reflets glauques des carreaux! E t s’en aller\npar là, vaguer et revenir; mais plus triste bientôt\nd’une joie attendue qui pourtant ne vient pas — car ce\nn’était pas cette banale lumière, ni ces gens, ni cette\nfenêtre allumée dans la nuit, c’était autre chose, le\nsais-je, que je rêvais.\n  Tandis que les bœufs, là-bas, dévalent toujours ; une\npetite lanterne nocturne pend allumée à leur cou et\nballotte, lueur rouge, qui dévale et s’éloigne patiem ­\nment vers la mer !\n     (1888)\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                LE POLDER.\n Le polder moite et qui suait sa force crue,\n Sous les midis, par coins de glaise étincelants,\n S’étalait tel : en champs luisants de miroirs blancs\n Taillés à chocs brutaux de pique et de charme.\n La Flandre — au coup de col de ses gros chevaux roux\n Barochant de l’écume au branle de leur tête\n E t pieds gluants — traînait son vieux travail de bête,\n Par à travers les blocs de ces lourds terreaux mous.\n De la graisse d’humus et de labour, fondue,\n Coulait dans le vent d’or d’automne — et lentement\n Toute la plaine enflait sous ce débordement\n De vie éparse aux quatre loins de l’étendue.\n C’étaient, à l’angle clair d’un bois et d’un marais,\n Des gars casseurs de terre avec de grandes bêches :\n On entendait souffler leur corps d’ahans revêches\n E t d’un rythme visqueux tomber les tas d’engrais.\n Plus loin, les servantes tassaient les sacs, par groupes,\n  En mouchoirs rouges, en sabots noirs, en jupons bleus ;\n E t se baissaient-elles : leurs reins, pliés en deux,\n Faisaient surgir du sol, monstrueuses, leurs croupes.\n E t derrière eux, l’Escaut poussait son flux vermeil,\n  Par au delà les près et les digues masquantes\n  E t les navires cinglaient, toutes voiles claquantes,\n  Leur proue et leurs sabords souffletés de soleil.\n(1884)\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                         SONNET.\n\nLes nets éveils d’été des bourgades sorts branches\nE t sous ombre coupée au vent — et les roseaux\nE t les aiguilles d’or des insectes des eaux\nE t les barres des ponts de bois et leurs croix blanches.\nE t prés de beurre et lait — et métairie en planches\nOù les jarres de grès vermeil sur les carreaux\nE t les crèmes, couleur de soufre, aux soupiraux\nE t la servante, avec du cru soleil aux manches.\nCes nets éveils dans le matin! Des mantelets\nDes coiffes et des sarreaux, par troupelets,\nVont au village et son clocher lavé de craie.\nPommes et bigarreaux ! et par dessus la haie\nLeurs grappes rouge et jaune — et, dans le verger clair,\nBrusque, comme un sursaut, claque du linge en l'air.\n  (1889)\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "       LES MAITRE DU SIÈCLE.\n\n   En sortant de l’exposition des portraits du siècle,\non a la vague impression d’avoir vécu un instant\nd’une vie historique que précise dans l’illusion tel\ninoubliable tableau, résumant une époque. C’est la\nseule impression qui reste, impression d’ensemble,\nplutôt de songeur que de critique. L ’aménagement\nde la salle est parfait ; il n’y a pas encombrement\nd’envois. Si les œuvres étaient plus généralement\nsupérieures, on se croirait regardé par un sénat de\ngrands morts, immortalisés par l’art. Mais, à la ré­\nflexion, on reste loin du compte.\n   Ce salon permet de classer certains peintres, à\nréputation bourgeoise et haute comme un panache,\net de les faire rentrer dans la vieille boîte de carton\noù moisissent les schakos et les bicornes — leur\nvraie place. G allait, de Keyser, — qui encore parmi\nles morts? et qui encore parmi les vivants ?\n   Ces peintres décidément ont volé la bonne foi du\npublic et son argent. Ils se sont grassement fait\npayer leurs coups de pinceau pour l’effaçage desquels\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "    les Maîtres du Siècle.                           169\n\n il faudrait aujourd’hui des coups de balai. Tout ce\n que l’Académie a sacré grand art, tout ce qu’elle a\n titré grand artiste est dans ce présent salon ruine et\n banqueroute. Les tableaux de Grallait apparaissent\n creux, mornes, vides, superficiels ; ceux de de Keyser,\n mous, fades, inutiles; ceux de Wappers, soufflés et\n communs. E t si l’on examine qui, dans l’actuelle\n lutte du poncif contre la vie, a pris la place de ces\n pseudo-maîtres, on remarque chez ces derniers,\n mêmes tendances neutres et veules et même échec.\n A quoi bon s’étendre? L’évidence commence à s’im­\n poser; l’évidence qui, pour tant d’yeux, n’est pas\n même une clarté. Cette fois néanmoins on ne l’ose\nnier, et c’est vraiment fête de noter que seuls parmi\nles belges Agneessens et De W inne s’imposent. Les\nautres, ils font soit les bottes de leur modèle, soit la\nrobe, soit la chaise dans laquelle le modèle est assis ;\ntels font des bracelets et des broches, tels des mains,\ntels encore des cheveux; aucun d’eux ne fait ou n’est\ncapable de faire un portrait.\n   Le portrait ?\n   D’après qu’on l’envisage : photographique, c’est-à-\ndire platement ressemblant, ou moralement et syn­\nthétiquement expressif, est un art de premier ou de\ncinquième ordre. Il y a parmi les peintres appelés\nportraitistes M. Ingres, mais il y a aussi M. Herbo.\nHerbo et Ingres, la première fois peut-être que ces\ndeux noms-là voisinent quelque part !\n   Les grands maîtres ont tous mis dans leurs toiles\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "170                                    la Wallonie.\n\nune part de leur rêve. David répondait à Napoléon\nposant devant lui et lui faisant remarquer que ses\ntraits n’étaient pas adéquatement rendus sur la toile :\n— Sire, à travers votre image, je peins la Victoire.\n   D’autres dans un portrait de Mirabeau disent\nl’éloquence; dans un portrait d’Elisabeth d’Angle­\nterre, la cruauté; dans un portrait de madame de\nMaintenon, la sécheresse janséniste.\n   Un portrait n ’est vraiment haut et immortel que\ns’il représente au delà du modèle, une classe sociale,\nun temps ou un siècle et une pensée. On fait en ce\ncas bon marché du reste. La ressemblance ? —\nillusoire — et mesquine dès qu’elle devient le but\nunique. Tel portrait peut s’assimiler presqu’à une\nnature morte. Il devient aussi peu intéressant, ce\nquelconque spécimen humain, aggravé de bourgeois,\nqu’une variété de carottes ou de poireaux. J ’en sais\nauxquels je préfère n’importe quelle fleur, fut-ce un\npissenlit.\n   Mais si, comme dans les œuvres d’Ingres, de David,\nde Laurence, de Gros, de Goya, l’âme et le caractère\nsont victorieusement cloués en drapeau conquis sur\nla toile et que le personnage, on l’oublie et qu’on\nsemble soi-même se retrouver dans la faculté de\ncœur ou de cerveau rendue soudain matériellement\npar le dessin et la couleur, alors le portrait apparaît\nart aussi profond et aussi grand que l’art des pri­\nmitifs allemands ou italiens.\n   Quelques artistes s’égarent aussi à ne voir dans\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "    les Maîtres du Siècle.                         171\n\nun portrait que décoration et arrangement. W isthler,\npar exemple. Ils se réclament de Velasquez, qui\ncerte n ’avait point leur préoccupation exclusive.\nIls marient des tons, ils jouent, comme de parfaits\nvirtuoses, de caressantes symphonies pour les yeux,\nils composent des nocturnes. Leur art est évocatif\ncomme une musique; il est très haut et très raffiné,\nmais le portrait dans l’occurrence, devenant un\nsimple prétexte, nous n’admettons guère leur mode\nde peindre comme moyen de traduire la figure\nhumaine.\n   Les plus grands portraitistes sont incontestable­\nment les gothiques. Ils ont produit l’homme, le\n caractère de l’homme et l’époque. Quelques-uns,\nqui m ettaient leurs amis et leurs parents en effigie\nen leurs toiles symboliques, ont peint des idées.\n   Dans la présente exposition des portraits du siècle,\nun seul génie, Ingres, les rappelle. Il peint comme\n eux à tons plats, ses couleurs sont restées aussi\nfraîches que les leurs; il a leur simplicité grande,\nleur scrupule et leur probité. Sa vieille marquise de\nTournou a l’intensité de vie qui jaillit des chefs-\n d’œuvre des Holbein et des Clouet. Elle représente\n sa caste et une date dans l’histoire de cette caste.\n Qu’il l’ait voulu ou non, le peintre est devenu en la\npeignant historien et penseur. Peut-être n’a-t-il\ntendu qu’à rendre ce que son modèle avait d’indivi­\n duel — ce qui s’accorderait avec ses théories —\n qu’importe ! son génie l’a poussé au delà et son\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "172                                      la Wallonie.\n\n  œuvre n’est pas seulement la marquise de Tournou,\n c’est une marquise ou plutôt c’est la marquise fran­\n çaise, débris d’ancien régime, survivant en ce com­\n mencement de siècle napoléonien. En face de cette\n œuvre on oublie tous les Lembach et tous les Bonnat\n du monde. Ces manieurs vulgaires ou drolatiques\n de brosses et de pâtes ne résistent pas au moindre\n examen. Lembach semble faire surgir tous ses per­\n sonnages d’un conte d'Hoffmann; sa peinture est\n saure, son pinceau on le devine sec comme une arête\n de poisson et gluant comme elle. Bonnat triture de\n la craie en ses huiles, aboutit au trompe l’œil, cherche\n la ressemblance crue — c’est tout. A rt bourgeois\n sans nul souci d’intellectuelle interprétation; rien,\n que de l’habilité et l’acquis. Peinture à recette\n académique, où les clairs éclatent aluminiumés en\n des opacitiques de bitume cotonneuse, peinture pour\ngens officiels, pour redingotes à rosette, boutonnées\nsur un cœur de ploutocrate ou pour jupes de velours\nbridant des girons de matrones juives. Oh l’exécrable\net honteux art morne !\n   Heureusement voici Delacroix. Le portrait de ce\ngénie par lui même, vu dans son propre cerveau tel\nqu’il se sentait : volontaire, fermé, dédaigneux,\nmalade, hautain, souverain. N’importe quel miroir\nn’a pu ainsi refléter cette figure. Pour la surprendre\ntelle, il y a fallu une vision extraordinaire, une\nvision nocturne plus que de plein jour, une vision je\ndirais volontiers hallucinée. Teint jaune et verdâtre,\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "     les Maîtres du Siècle.                            173\n\n yeux qui semblent se resserrer et comme se ramasser\n en regard méchant, lèvres minces de mépris et dans\n toute la tête on ne sait quel air de dandy mordant,\n d’une perspicacité souterraine de diplomate.\n    E t à côté un Goya, que dans la Société nouvelle,\n Maurice Sulzberger a nettem ent défini : un mathé­\n maticien de la cruauté. C’est très exactement et très\n artistem ent trouvé. Puis un général Hur/o, par Gros,\n très militairement campé ; puis un Georges IV de\n Louvrence; puis plusieurs Courbet — et même un\n Cabanel, bien que cela semble anormal.\n    Quant aux Belges, voici quelques têtes de Navez,\n toutes aiguës de caractère, voici Fernand Khnopff\n dont les envois graves et d'une spéciale élégance\n arrêtent, voici Agneessens le meilleur portraitiste de\nsa génération, voici enfin de \"Wïnne, le seul de nos\npeintres qui sut peindre des personnages. Ni banalité,\nni enflure — un haut goût sévère et distingué. Sur­\ntout remarquable, le portrait de M. Sandford.\n   On pourrait après cela tirer le rideau. Mais reste\nà signaler un dessin aux trois crayons de Vander ­\nhaert. Deux tout jeunes gens’forment un groupe de\nlignes souples et gracieuses; les têtes sont d’une\nbelle étude, d’une psychologie précise, d’une ado­\nlescence à peine sortie de l’enfance. L’artiste a vic­\ntorieusement évité le danger de tomber dans la\ngravure de modes.\n   E t Rouillard, un oublié certes, voici qu’il ressuscite\nen cette image de vieille dame en blanc dont les\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "174                                     la Wallonie.\n\ntraits évoquent les vives grand’mères d’antan, les\nfigures sagaces et spirituelles et tout un passé allègre\net familial.\n   L ’exposition des portraits des maîtres du siècle a\nété un succès et un enseignement.\n                               E m. VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "             PETITE CHRONIQUE.\n  Vient de mourir, tout jeune, M. Gaston Dubédat, fondateur\ndes Ecrits pour l’Art. Nous n’avons pas à rappeler les ten­\ndances de cette si artistique et sincère revue qui fut à un\nmoment d’un si haut intérêt, diminuée . depuis par des\ndiscussions ainsi que de médiocres recrues. M. Dubédat qui\nse refusait à écrire lui-même s’est fait généreusement le\nsoutien et le défenseur de cette hardie tentative. De pareils\ncaractères sont trop rares pour que tout artiste ne participe\nà ce deuil.\n                                  *\n                              *       *\n\n\n   L a saison des Concerts Populaires de Bruxelles a été\n clôturée par une incomparable festivité.\n   D’importants fragments de W agner et la 5e symphonie de\nBeethoven, dirigés par ce génial chef d’orchestre, Hans\nRichter. Nous ne dirons rien de la pauvre rhapsodie de Liszt\nqui a été écrasée entre ces deux colosses. L ’interprétation a\nété admirable, et l’orchestre a été supérieur à ce qu’il a\njamais été. De plus, il y à une véritable fascination à voir\ndiriger tout un concert sans une seule partition. Le succès a\nété énorme et cette fois entièrement justifié. Il est incontes­\ntable que Hans Richter a, à la fois sur son orchestre et sur\nson public, une véritable influence magnétique : elle dominait\ntous deux.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "176                                         la Wallonie.\n\n\n  La Wallonie paraîtra en numéro double pour juin et juillet.\nNous pouvons annoncer d’importants fragments de Jean\nMoréas.\n                             *\n  Notre collaborateur Maurice Maeterlinck a réédité la\nPrincesse Maleine. Après son succès, il y était en quelque\nsorte obligé et cette publication a été une joie pour ceux qui\nn’avaient pu se procurer d’exemplaire de la première édition\n(édition privée).\n  L ’œuvre très soigneusement éditée par Van Melle, à Gand,\nest en vente au prix de 5 francs.\n                             **\n  On annonce sous peu la publication d’un nouveau drame\nde Maurice Maeterlinck : Les Aveugles, chez Lacomblez, à\nBruxelles.\n                             **•*\n   Ont paru chez Harper, à New-York, des Poîmes en prose\nfrançaise merveilleusement traduits par Stuart Merrill;\nles principaux de ceux qui firent avec notre ami le voyage\ntransatlantique : Louis Bertrand, Baudelaire, Villiers do\nl’Isle Adam, Stéphane Mallarmé, Huysmans, Henri de\nRégnier, Mikhael, Delaroche, Hennequin, Hector Chainaye,\nCh. Eudes Bonin.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "             Œuvres de Emile VERHÂEREN\n      L es F la m a n d e s (Hochsteyn) épuisé.\n      Conte de Minuit, épuisé.\n      L es M oines (A. Lemerre).\n      L es Soirs (Deman) épuisé.\n      L es D ébâcles (Deman).\n      L es F la m b e a u x noirs (Deman), à paraître très pro­\n            chainement.\n\n        POÈMES ANCIENS E T ROMANESQUES\n              par H em i de Régnier\n               Chez Bailly, 11, Chaussée d’Antin, Paris.\n\n   ENTRETIENS POLITIQUES & LITTÉRAIRES\n                               Revue mensuelle\n                         P rix : 5 fran cs l’an.\n             Chez Bailly, 11, Chaussin d’Antin, Paris.\n\n     Quelques collections de LA WALLONIE (1886, 1887, 1888 et 1889)\n                      sont en vente au prix de 6 francs.\n                   La W allonie est en vente\nA LIÈGE : Chez MM. Gnusé ; George; D 'H eur; B randt; Aubett6 du Pont\n    d’Avroy.\nA BRUXELLES : Chez MM. Rosez, libraire; Istace, libraire, et Lacomblez, libraire.\nA GAND : Chez MM. A. Hoste, libraire, rue des Champs ; W ennewitz (Muquard),\n    libraire, rue des Champs ; Vuilsteke, libraire, rue aux Vaches.\nA ANVERS : chez Mme Ve De Vetter, rem part Sle-Catherine.\n\nA PARIS : Chez MM. Vanier, libraire, 19, Quai St-Michel ; Savine, libraire,\n    18, rue Drouot, et à la Librairie Nouvelle, rue de la Boétie 3\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "  5e ANNÉE, No 5\n\n\n                         LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n\n\n  Directeurs : M M . A l b e r t MOCKEL et P i e r r e - M . OLIN.\n               Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\nAdresser toutes les communications 317, Avenue Louise, Bruxelles.\n    A b o n n e m e n t : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n                          SOMMAIRE\nÉmile V e rh a e re n . . Le Silencieusement.\n            »                 Une Promenade.\n            ))                Un Soir.\n            »                 Un Réveil.\n            »                 Sais-je où?\n            »                 Une Nuit.\n            »                 L ’Aquarium.\n            »                 Quelques-uns.\n            »                 E n Biscaye.\n            »                 Le Polder.\n            »                 Sonnet.\n            »                 Les Maîtres du Siècle.\n                          Petite Chronique.\n\n\n                  Ce num éro 50 centim es.\n\n                                                                ,\n                            Des presses de II. Vuillant-Carmanne à Liège.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1890-05", "signet_source": "5ème année - N°5 - Mai 1890", "preuve": "Numéro lu sur la couverture, PDF 193 (5e année, No 5) ; mois non lu sur la couverture OCR ; mort récente de Gaston Dubédat (Petite chronique) compatible avec mai 1890.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}