{"numero_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE Juin et Juillet 1890.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 46, "texte": "LA\n\nWALLONIE\n\n\n    Juin et Juillet 1890.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE L ’ART M OD ERNE C R IT IQ U E DES ARTS ET DE LA LIT T", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 195, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "REVUE\n      L ’ART M OD\n                ERNE\n        C R IT IQ U E   DES    ARTS    ET   DE    LA   LIT T É R A T U R E\n\n            26, Eue de l'Industrie, Bruxelles.\n                 Abonnem ent : 10 fr. par an.\n\n\n\n\n      MERCURE DE FRANCE\n                              M ENSU EL\n\n         15, rue de l’E chaudé-Saint-G erm ain\n\n                 Un an, 5 fr.; Union postale, 6 fr.\n\n\n\n\n     ART & CRITIQUE\n   Revue    hebdom adaire        des    Lettres    et des       Arts\n               P a r is, 7, R ue d es C anettes\n        Paris, 12 francs l’a n ; Étranger, 15 francs.\n\n\n\n\n        En so u scrip tion dans nos b u reau x ;\n\n    C R É P U S C U L E S                         D ’A M E\n            Livre de vers par Gabriel M o u r e y .\n25 exemplaires su r Japon, à 5 francs, sont à sou scrire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 177, "page_fin": 183, "titre_corps": "Ballets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stéphane Mallarmé", "ancre_debut": "I                         BALLETS             ACorn alba me ravit, qui da", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 196, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "I\n\n                       BALLETS\n\n\n\n\n        ACorn alba me ravit, qui danse comme dévê­\n        tue; c’est-à-dire que sans le sem blant d’aide\n         offert à un enlèvem ent ou à la chute par une\n        présence volante e t assoupie de gazes, elle\nparaît, appelée dans l’air, s’y soutenir, du fait italien\nd’une moelleuse tension de sa personne.\n   T out le souvenir, non ! du spectacle à l’Eden, faute\nde Poésie : ce qu’on nomme ainsi, au contraire, y\nfoisonne, débauche aimable pour l’esprit libéré de la\nfréquentation des personnages à robes, habit et mots\ncélèbres. Seulem ent le charme est aux pages du\nlivret, il ne passe pas dans la représentation. Les\nastres, eux-mêmes, lesquels j ’ai pour croyance que\nrarem ent il faut déranger et pas sans raisons consi­\ndérables de m éditative gravité (vrai qu’ici, selon\nl’explication, l’Am our les m eut et les assemble), je\n                                                 12\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "178                                           la Wallonie.\n\n\nfeuillette et j ’apprends qu’ils sont de la partie ; et\nl’incohérent m anque hautain de signification qui\nscintille en l’alphabet de la N uit va consentir à\ntracer l e mot V i v i a n e , enjôleurs nom de la f é e et titre\ndu poème, selon quelques coups d’épingle stellaires\nen une toile de fond bleue : car le corps de ballet,\ntotal, ne figurera autour de l'étoile (la peut-on mieux\nnommer!) la danse idéale des constellations. Point!\nde là on partait, vous voyez dans quels mondes,\ndroit à l’abîme de l’art. L a neige aussi dont chaque\nflocon ne revit pas au va-et-vient d’un blanc balla ­\nbile ou selon une valse, ni le je t vernal des floraisons :\ntout ce qui est, en effet, la Poésie, ou nature animée,\nne sort du texte que pour se figer en des manœuvres\nde carton et l’éblouissante stagnation des mousse­\nlines lie et feu. Aussi dans l’ordre de l’action, j ’ai vu\nun cercle magique par autre chose dessiné que le\ntour continu ou les lacs de la fée même : etc. Mille\ndétails piquants d’invention, sans qu’aucun atteigne\nà une im portance de fonctionnement avéré et normal,\ndans le rendu. A-t-on jamais, notam m ent au cas\nsidéral précité, avec plus d’héroïsme passé outre la\ntentation de reconnaître en même temps que des\nanalogies solennelles, cette loi, que le prem ier sujet,\nhors cadre, de la danse soit une synthèse mobile, en\nson incessante ubiquité, des attitudes de chaque\ngroupe : comme elles ne la font que détailler, en tan t\nque fractions, à l’infini. Telle, une réciprocité, dont\nrésulte l’in-individuel, chez la coryphée et dans\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "    Ballets.                                         179\n\n\nl’ensemble, de l’être dansant, jam ais qu’emblème,\npoint quelqu’un....\n   Le jugem ent, ou l’axiome, à affirmer en fait de\nballet !\n   A savoir que la danseuse n'est pas une femme qui\ndanse, pour ces motifs juxtaposés qu’elle n'est pas une\nfemme, mais une m étaphore résum ant un des aspects\nélém entaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc.,\net qu’elle ne danse pas, suggérant, par le prodige de\nraccourcis ou d’élans, avec écriture corporelle ce\nqu’il faudrait des paragraphes en prose dialoguée\nau tan t que descriptive, pour exprimer, dans la\nrédaction : poème dégagé de to u t appareil du scribe.\n   Après une légende, la Fable point comme l’en­\ntendit le goût classique ou m achinerie d’empyrée,\nmais selon le sens restrein t d’une transposition de\nnotre caractère, ainsi que de nos façons, au type\nsimple de l’animal. Le jeu aisé consistait à re-tra ­\nduire à l’aide de personnages, il est vrai, plus ins­\ntinctifs comme bondissants et m uets que ceux à qui\nun conscient langage perm et de s’énoncer dans la\ncomédie, les sentim ents hum ains donnés par le fabu­\nliste à d’énamourés volatiles. La danse est ailes, il\ns’ag it d’oiseaux et des départs en l’à-jamais, des\nretours vibrants comme flèche : à qui scrute la\nreprésentation des D e u x P ig e o n s apparaît par la\nvertu du sujet, cela, une obligatoire suite des motifs\nfondam entaux du Ballet. L ’effort d’im agination pour\nle trouveur de ces sim ilitudes ne s’annonce pas ardu,\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": " 180                                     la Wallonie.\n\n\nmais c’est quelque chose que d’apercevoir une\nparité médiocre même, et le résultat intéresse, en art.\nLeurre! sauf dans le prem ier acte, une jolie incar­\nnation des ram iers en l’hum anité mimique ou dan­\nsante des protagonistes.\n\n       Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre\n\n deux ou plusieurs, par paire, sur un toit, ainsi que la\n mer, vu en l’arceau d’une ferme thessalienne, et\n vivants, ce qui est, mieux que peints, dans la profon­\n deur e t d’un juste goût. L ’un des am ants à l’autre\n les m ontre puis soi-même, langage initial, comparai­\n son. T an t peu à peu les allures du couple acceptent\n de l’influence du pigeonnier becquètem ents ou sur­\n sauts, pâmoisons, que se voit cet envahissem ent\n d’aérienne lascivité sur lui glisser, avec des ressem­\n blances éperdues. Enfants, les voici oiseaux, ou le\n contraire, d’oiseaux enfants, selon qu’on veut com­\n prendre l’échange dont toujours et dès lors, lui et\n elle, devraient exprim er le double jeu : peut-être,\n toute l’aventure de la différence sexuelle ! Or je ces­\n serai de m ’élever à une autre considération, que\n suggère le Ballet, adjuvant et le paradis de toute\nspiritualité, d’au tan t qu’après cet ingénu prélude,\nrien n ’a lieu, sauf la perfection des exécutants, qui\nvaille un instant d’arrière-exercice du regard, rien....\nFastidieux de m ettre le doigt sur l ’inanité quelconque\nissue d’un gracieux m otif premier. Voilà la fuite du\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "     Ballets.                                         181\n\n\n vagabond, laquelle prêtait, du moins, à cette espèce\n d’extatique impuissance à disparaître qui délicieu­\n sem ent attache aux planchers la danseuse; puis\n quand viendra, dans le rappel du même site ou le\n foyer, l’heure poignante et adorée du rapatriem ent,\n après intercalation d’une fête à quoi tout va tourner\n sous l’orage, et que les déchirés, pardonnante et\n fugitif, s’uniront : ce sera.... Conçoit-on l’hym ne de\n danse final et triom phal où diminue jusqu’à la source\n de leur joie ivre l’espace mis entre les fiancés par la\n nécessité du voyage ! Ce sera.... comme si la chose se\n passait, Madame ou Monsieur, chez l ’un de vous avec\n quelque baiser très indifférent en A rt, toute la\n Danse n ’étan t de cet acte que la m ystérieuse inter­\n prétation sacrée. Seulement, songer ainsi, c’est à se\nfaire rappeler par un tra it de flûte le ridicule de son\né ta t visionnaire quant au contem porain banal qu’il\nfaut, après tout, représenter, par condescendance\npour le fauteuil d’Opéra.\n   A l’exception d’un rapport perçu avec n etteté\nentre l’allure habituelle du vol et m aints effets choré­\ngraphiques, puis le transport au Ballet, non sans\ntricherie, de la Fable, demeure quelque histoire\nd’amour : il faut que virtuose sans pair à l’interm ède\ndu D ivertissem ent (rien n ’y est que morceaux et pla­\ncage) l'ém erveillante Mademoiselle Maurice résume\nle sujet par sa divination mêlée d’anim alité trouble et\npure à tous propos désignant les allusions non mises\nau point, ainsi qu’avant un pas elle invite, avec deux\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "182                                       la Wallonie.\n\n\ndoigts, un pli frém issant de sa jupe et simule une\nimpatience de plume vers l’idée.\n   U n a rt tient la scène, historique avec le D ram e;\navec le Ballet, autre, emblématique. Allier, mais ne\nconfondre ; ce n ’est point d’emblée et selon un tra i­\ntem ent commun qu’il faut joindre deux attitudes\njalouses de leur silence respectif, la mimique et la\ndanse, to u t à coup étrangères si l’on en force le\nrapprochement. U n exemple illustre ce propos : a-t-\n on pas tout à l’heure, pour rendre une identique\n essence, celle de l’oiseau, chez deux interprètes,\nimaginé d’élire une mime à côté d’une danseuse, c’est\n confronter trop de différence! l’autre, si l’une est\n colombe, devenant j ’ignore quoi, la brise par exemple.\n Au moins, très judicieusement, à l’Eden, employant\n les deux modes d’a rt exclusifs, un écrivain de théâtre\n expérimenté a pris pour thème l’antagonism e que\n chez son héros participant du double monde, homme\n déjà et enfant encore, installe la rivalité de la femme\n qui marche (même à lui, sur des tapis de royauté)\n avec celle, non moins chère du fait de sa voltige\n seule, la prim itive et fée. Le tra it distinctif de chaque\n genre théâtral mis en contact ou opposé se trouve\n commander l’œuvre qui emploie le disparate à son\n architecture même. R esterait à trouver une commu­\n nication. Le librettiste ignore d’ordinaire que la\n  danseuse, qui s’exprime par des pas, ne comprend\n  d’éloquence autre, même le geste.\n    A moins du génie disant “ La Danse figure le\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "    Ballets.                                        183\n\n\ncaprice à l’essor rythm ique — voici, avec leur nom bre,\nles quelques équations sommaires de toute fantaisie\n— or la forme hum aine dans sa plus excessive mobi­\nlité, ou vrai développement, ne les peut transgresser,\nen tan t, je le sais, qu’incorporation visuelle de\nl’idée „ : cela, puis un coup d’œil jeté sur un ensemble\nde chorégraphie ! personne à qui ce moyen convienne\nd’établir un ballet. Connue la tournure d’esprit con­\ntem poraine, chez ceux mêmes, aux facultés ayant\npour fonction de se produire miraculeuses : il y fau­\ndrait substituer je ne sais quel impersonnel ou\nfulgurant regard absolu, comme l’éclair qui enve­\nloppe, depuis quelques ans, la danseuse d’Edens,\nfondant une crudité électrique à des blancheurs extra­\ncharnelles de fards, et en fait bien l’être prestigieux\nreculé au delà de toute vie possible.\n\n                          S téph a n e   MALLARMÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 184, "titre_corps": "Le trophée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE TROPHÉE.            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(FRAGMENT.)      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Les courlis dans les ros", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 205, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 767, "texte": "CHANSON.\n\n\n                   Les courlis dans les roseaux!\n                   (F aut-il que je vous en parle,\n                   Des courlis dans les roseaux ?)\n                   O vous jolie Fée des eaux.\n\n\n                   Le porcher et les pourceaux !\n                   (Faut-il que je. vous en parle,\n                   D u porcher et des pourceaux ?)\n                   O vous jolie Fée des eaux.\n\n\n                   Mon cœur pris en vos réseaux !\n                   (F aut-il que je vous en parle,\n                   D e mon cœur en vos réseaux?)\n                   O vous jolie Fée des eaux.\n\n\n\n      E x tra it du P élerin passionné, so u s presse.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 187, "page_fin": 187, "titre_corps": "Élégie première", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Élégie première.                                              187              É L É G IE P R E M I È R E .   Ce n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "Élégie première.                                              187\n\n\n\n\n         É L É G IE P R E M I È R E .\n\n\nCe ne fu t, quand, des Pléiades le déclin pluvieux\n               Moleste le bois dénu.\n\nAlors Zéphyre éventait les je u x\nDes Grâces, alors des linots tin ta it le sermon m enu;\nE t l’épice, alors, abondait et la rosée, soulas\nDes jardins : lorsque ainsi tu parlas :\n\n“J 'a i vu fu ir et passer le Temps qui nous devance\nTel un ce rf que jam ais aucun chasseur ne joint.\nJ 'a i vu nos fleurs d’hier, printem ps plein d’inconstance,\nE t l’hiver et l’été, comme en un même point.\n\n“ O pauvre bien-aimê, tout cet augure double\nS ’est reflété dans m oi, m ieux qu’au clair d’un m iro ir,\nVoici la trêve, et si quelque chose me trouble\nC’est la pitié que j ’ai de ton vain désespoir.\n\n“ Laissons au cœur moins docte oser encor prétendre,\nE t d’un vueil à cela mettre la vanité.\nCar ne le sais-tu pas ! et que saurons-nous prendre\nA cette ombre dissoute avant d’avoir été. „\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 189, "titre_corps": "Élégie deuxième", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "É L É G IE DE UXIÈ ME.         Plus durement que trait", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 207, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "É L É G IE DE UXIÈ ME.\n\n\n      Plus durement que trait turquois,\n      Amour, plaisant doux archer, blesse\n      Rustiques garçons et grands rois.\n\n      Par telle langueur et faiblesse,\n      D ieu oublia et diffame eut\n      D avid qui haïssait mollesse.\n\n      Semblablemen t l’autre, qui fu t\n      Salomon, si très sage augure,\n      De grand renom piteux déchut.\n\n      Bouche feinte et feinte figure,\n      Yeux bénins aux gracieux lacs\n      Honte cèlent et mal’m ort dure :\n\n      Agamemnon n'en eut soulas,\n      Aussi, la forcenée Hélène\n      Le fit voir au duc Ménélas.\n\n      Achille servit Polyxène ;\n      Chez la Lydienne Herculus\n      F ila quenouillette aime-laine.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "Élégie deuxième.                              189\n\n\n\n      De Stratonice, Sêleucus\n      Souffrit empire et vassclage,\n      De Chryseïde, Troïlus.\n\n      A u gré d'un coloré visage,\n      N ’écouta les buccins retors\n      Antoine, preux trop plus que sage.\n\n      E t tout docte, en nonchaloir fors\n      De, sa Faustine, Marc-Aurèle,\n      V it de cendre ses lauriers ords.\n\n      A insi, en la bailli’ de celle\n      D ont les cheveux passent l’or fin,\n      ( Las ! qui m’est félonne et cruelle)\n\n      Je cuide le Permesse vain.\n      E t mon souffle n’a véhémence\n      D ’animer le roseau divin\n\n      Qui clamait mon nom par la France.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 190, "titre_corps": "Églogue à Æmilius", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Moréas", "ancre_debut": "EGLOGUE A ÆMILIUS.        Alors que j ’étais, ô Æ m iliu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "EGLOGUE A ÆMILIUS.\n\n      Alors que j ’étais, ô Æ m ilius, le nouveau\n      Temps, alors que, la feuille de. primerole;\n      Que mon âge allait plus éclairci que l’eau\n      De la source matutinale en sa rigole\n      De gravier : devis ni son,\n      Fredons, comme de tourtres et passes,\n      N ’envolaient de ma bouche aimée des grâces,\n      M ais, soupirer et complainte et tenson.\n\n      O Æ milius, pourquoi, sur l’agreste flûte, ai-je\n      D it l’automne maligne et le cortège\n      De pluies, alors que Flora versait\n      Beau-riante, l’étrenne de sa corbeille,\n      E t, d’un tortis, Cyprine mes boucles pressait,\n      O Æ m ilius ; et la barbe, à peine, entour l’oreille,\n                     Me naissait ?\n\n      L’été, maintenant, grandit l'ombre de mes pas;\n      L a mi-été, maintenant, boit la rosée. Ah, n ’est-il pas\n      Levé, l’astre qui fa it s’ouvrir la fleur tardive\n      D u safran? Æ milius, Æmilius, voici bruire\n      L ’heure, au roseau que mon souffle avive,\n      L ’heure de lamenter.\n                               Ore, je vous vais dire :\n      La folâtre Amarylle, et le joyeux Tityre.\n\n                                       Jean    MORÉAS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 191, "page_fin": 192, "titre_corps": "Les petits enfants : Sur la mer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. Olin", "ancre_debut": "L E S P E T I T S EN FAN TS.                              II.       S U R LA M E R .      Un tout peti", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 210, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "L E S P E T I T S EN FAN TS.\n\n\n                           II.\n\n\n    S U R LA M E R .\n\n\n   Un tout petit garçon et une toute petite fille se\ntrouvaient seuls dans un petit bateau sur la mer déserte,\ntrès loin de la côte !\n   I l y avait bien longtemps déjà qu’ils étaient partis.\n   Ils n’auraient su dire vers où, mais il avait fallu\nqu’ils s’en allassent.\n   E t étant si jeunes, ils n’avaient emporté avec eux que\nleurs cœurs ingénus.\n   E t il y avait si longtemps qu’ils étaient partis, si\nlongtemps, qu’ils commençaient tout doucement à mourir\nde faim.\n   Où arriveraient-ils ? Ils ne se le demandaient même\npas, mais certes ils ne voulaient revenir chez eux. Puis\nchez eux, où cela pouvait-il encore bien être? Ils\nl’avaient si complètement oublié, et la route en était\nperdue.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 497, "texte": "192                                     la Wallonie.\n\n\n   Enfin la fillette dit : “ O ami, sais-tu ce que tu\ndevrais faire ? „\n   “ Non, petite chérie ! „\n   “ Tu devrais me manger : tu pourrais attendre plus\nlongtemps ; ce serait beaucoup plus pratique ! „\n   “ Hélas, chère ; chère que j ’aime tant ! as-tu déjà,\nfrivole, oublié que nous avons quitté nos parents et que\nnous nous sommes abandonnés à la mer solitaire pour\ncela seul :pour fuir tout ce qui est pratique !,,\n\n\n\n  Pierre-M. OL I N.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 194, "titre_corps": "Odelettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "ODELETTES.                      I.   Qu’une m ain m ène mes D ou", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 212, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 539, "texte": "ODELETTES.\n\n                    I.\n\n\nQu’une m ain m ène mes D ouleurs\nA la fontaine tacitu rn e\nD ’une eau où se sont join ts leurs pleurs.\nM ornes et graves, une à une,\n\nMon Ame avec ses pâles Sœurs !\n\nQu’ils aillent, ô mes Désespoirs,\nP arm i l ’oubli du bois nocturne\nSuspendre aux arbres les plis noirs\nDe leurs tuniques, une à une,\n\nP lus en pièces de soirs en soirs\n\nE t je pencherai sur l’eau calme\nMa face pâle et taciturne\nToutes mes peines et mes larm es\nAvec mes douleurs, une à une,\n\nQui sont les Sœurs de ma F ortune\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "194                                                 la Wallonie.\n\n\n                                II.\n\n\n             U n masque ovale à lèvres peintes\n             F ixe ses yeux songeurs et doux\n             A ux m urailles d’en face peintes\n             De mosaïques et d’ors roux.\n\n             L a face r it en des guirlandes\n             De fruits, de feuilles et d’oiseaux,\n             L es banderoles des légendes\n             C aptivent le vol des oiseaux,\n\n      E t les oiseaux, les fleurs, le masque et la guirlande\n      Content la même histoire et la même légende :\n\n             Sourire sans joie à des choses\n             Qu’on sait mortes et n ’être plus\n             Parm i les torsades de roses\n             D ’autres printem ps qui ne sont plus.\n\n            Voir les fruits de qui l’on fut iv re\n            Peints aux mosaïques des murs,\n            E t les colombes se survivre\n            E n ombres captives aux murs.\n\n       L èvre fardée au sang des vins dont on fut ivre,\n       E n masque doux, sourire à jam ais et survivre !\n\n                                       H enri   de     R é g n ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 195, "page_fin": 195, "titre_corps": "Sous les yeux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A*", "ancre_debut": "SOUS L E S Y E U X .                     H om m age à S tép h a n e M all", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 214, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 587, "texte": "SOUS L E S Y E U X .\n\n                   H om m age à S tép h a n e M allarm é.\n\n\n\nClaire de pavois, m a pensée\nGlisse aux moires de ton destin ;\nN ’est-ce un trop m onstrueux festin\nQu’espère l’onde cadencée,\n\nQuand sur mon fluide chemin\nT a paupière se balancée,\nD u voguer vers la Fiancée\nJ e plonge aux houles de dem ain?\n\nAux rives, les ténèbres vives\nF um ent de fulgurants falots.\nMais il écrase sous les flots,\n\n\nL e poulpe des vagues déclives,\nL es sanglots d’Ange et le doux les\n D ’un vain R egard où tu dérives.\n\n                                                      A*.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 196, "page_fin": 197, "titre_corps": "Le vain sourire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A*", "ancre_debut": "LE VAIN SO URIRE.                                               à Stuart M errill.    d’une Om", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 215, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 1009, "texte": "LE VAIN SO URIRE.\n\n                                             à Stuart M errill.\n\n\n\nd’une Ombre au Songe qu’elle issît\nvoulut mon vœu. si tu t’illum es, Fiancée!\nE t m atutine prim itive Elle lutine\n ’Elle un doux son de lune ému d'éparre en ma veillée.\n\n N ul sourire ému qu’amenuise\nun fu g itif ennui vers cette église de s’aimer!\nmais nul sourire d’Elle et de ses lèvres lazulines\nn’avive un tombeau sourd, dans la sonore cathédrale\nimmense de n'ouïr pour songe de ses ombres\nqu'un si pur chant de lune où triomphent des anges.\nEtrange exil! bruire, ou blanche qu’illumine\nun fracas d’étendards éployés des nuages\nt’ériger, reine languide et noble d'égal\nennui, sans qu’un mal amenuise ton sourire\nni qu’aux luths en l’azur notre clameur réponde.\n\n( Là-bas, oui, là serait la vocalise\nd’une jeune étrangère phtisique, la sœur\nqui nous module un frêle amour, les nuits d’ébène :\nune vierge qui boite au clair soleil d’avril.)\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 976, "texte": "     le Vain sourire.                                       197\n\n\n O Lazare, Jésus ne te fera plus vivre !\nD u marbre, s’il ondule un cantique trop pur\nvieux cœur, il ne pourrait te relever encore.\n Vieillards d’ombre les marbres de la cathédrale\nse fo n t roides sur les lourds siècles des murailles ;\nmoines et chanoines entonnent un pesant psaume et l’orgue\nimmense d’ondes et voix déferlantes, déploie\nles siècles en étendard aux flancs du catafalque.\nLes chanoines de vespre, ils encombrent les stalles;\npas une dalle aux nefs en remords ne frissonne\net vous, la Foule d’âmes ignorant la terreur,\nhoules amères d’écœur où ballottent des morts,\ntombes mornes, que l'ignorance vous endorme.\n\n Or vaine une musique infantile éparpille\ndes neiges d’harmonie au vitrail séculaire ;\nle sourire d’aimer, Séléné l’éternise\net jam ais pour ces longs vieillards ne s’éthérise\nle chant vaste dont plie, une aile de lumière.\n\n\n                                                     A*\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 198, "page_fin": 200, "titre_corps": "Impressions d’artiste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "S.-Ml.", "ancre_debut": "IM P R E S S IO N S D’AR T IST E .                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A peine installé dans ma chambre d’hôtel,\nj ’entends chanter dans la rue: je me penche hors de\nla fenêtre, et j ’aperçois une bande de conspirateurs\n d’opéra, aux m anteaux rejetés noblem ent sur l’épaule\ngauche, en train de contempler un petit homme qui\ndansait comme un diablotin au clair de la lune. E t\nje compris nettem ent combien j ’étais loin de la froide\net rigide Allemagne.\n    Le lendemain, galop fou par la ville : d’admirables\n arènes romaines, des églises, des ponts, des fresques\nde Pisanello, des tableaux de Girolalmo dei Libri,\nles tombeaux des Scaligeri, la maison de Dante,\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "    Impressions (l’Artiste.                         199\n\n\n le tom beau de Ju liette; mais surtout ces maisons\nlépreuses, branlantes, crevassées, bariolées, et toutes\n glorieuses de loques multicolores, qui s’inclinent sur\n les eaux jaunâtres de l’Adige; surtout aussi cette\nfoule d’hommes maigres et bruns, tous sâles, mais\ntous beaux d’une m ystérieuse noblesse dans leurs\nm anteaux de brigands.\n    Le train pour Florence. Nous traversons des\nplaines où m anœ uvrent de petits soldats d’opérette ;\ndes régim ents entiers, hommes et officiers, tournent\nla tête pour voir passer le train. O de Molkte !\n    Enfin Florence, la ville au doux nom, qu’on aime\ncomme une am ante couronnée de lys. Quels B o t ­\nticelli, quels G hirlandajo, quels Lippo Memmi,\nquels Lorenzo di Credi, quels Filippino Lippi !\nCes doux noms qui gazouillent, qui susurrent, qui\nm urm urent ! E t ces F ra Angelico de San Marco !\nEnfin je ne puis m’exprim er qu’en points d’exclama­\ntion.\n   Une singulière impression à Florence. J e m ’étais\npromené à Santa M aria Novella, à San Marco, au\nDuomo, et j ’avais la tête pleine de visions du temps\npassé : belles dames aux brocarts d’or s’accoudant\nsur des terrasses de m arbre, éphèbes pervers aux\ncheveux calamistrés, processions balafrées de rouge\ne t de bleu et d’am aranthe, bannières et crucifix au\nsoleil, et l’éternelle colère des orgues et toujours ces\nm andolines de Boccacio ! E t soudain je tombe dans\nla Via Calzajuoli où se dém enait l’ignoble carnaval\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1317, "texte": "200                                     la Wallonie.\n\n\nflorentin : voyoux accoutrés en femmes, pierrots en\nblanc maculé de boue; des touristes anglais aux\nfaux nez de carton, et les rires si tristes de la foule\nnoire, noire, noire, Soudain un remous, un silence»\nune éclaircie, et voilà passer comme un rêve des\nvieilles Fois, crucifix en tête, une bande de frères\nde la Miséricorde, p ortant un blessé sur un brancart\nnoir, qui ressemble à un cercueil. Puis de nouveau\nle rire nasal des mirlitons et les fanfares des grooms\nen goguette.\n   E t voici Rome qui sent le moisi, la poussière, la\nmort. H ier je me suis surpris à pleurer dans le\nColisée et je n ’étais pas saoul. Saint-Pierre est une\ndésillusion : quelle affreuse architecture de parade !\net ce sombre Vatican au fond duquel somnole un\npape écarlate, comme cela sent aussi l’inéluctable\nruine des fastueuses religions !\n   E t voilà le Forum : de la boue d’où ém ergent des\ncolonnes; l’on sent rem uer là-dedans la poudre des\nmorts, la nuit l’on doit entendre des voix dans ce\ntem ple de Vénus. Mais une transtevérine vient de\npasser : tête de Muse tragique sur un buste antique ;\nle sang de cette terre coule en elle. M ystère épou­\nvantable des destinées du monde !\n                                              S.-Ml .\n\n\n                       M - ...\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 201, "page_fin": 204, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "O iseau b leu , c o u le u r d u tem p s ! ... »                                         (V ieille R om ance.)     Quels o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1155, "texte": "O iseau b leu , c o u le u r d u tem p s ! ... »\n                                        (V ieille R om ance.)\n\n\n\n\nQuels oiseaux angoissés et les pennes sanglantes\népandent leur vol noir et si las ! sur nos soirs !\n\nCrépuscule sous la lune pâle des brandes\nc’était très h au t l’essor hors le duvet natal\nquand la fatale flèche em pourpra les flancs frêles :\net depuis.... toujours! neigent les ailes, les ailes!\nquelle tiède rosée au pied du m ur natal !\n\nA h ! pourquoi vous asseoir au bord de nos fontaines,\n   s et des bleuets en vos cheveux blonds ?\nPlus l’orchestre de la feuillée aux danses en rond :\n      vos guirlandes de m ains si pâles et lointaines !\nIl g ît sur la pelouse rose du Manoir\nl’Oiseau rare, l’Oiseau bleu, l’Oiseau de vos rêves,\n                     Pastourelles !\nLes ailes saignent, les ailes ! les ailes !\n\n   “ P lus nous n ’irons en rond vers l’hoir de ces Manoirs,\nguirlandes nous n ’irons vers l’aube des tourelles\ndisperser en la brise hym naire des émois,\nsous la garde des glaïeuls aux lames vives,\nle subtil ventem ent des écharpes votives\nqui tournoie et ondoie au vouloir de nos doigts !\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": " 202                                            la Wallonie.\n\n\n L es ailes saignent! l’angoisse des ailes\n si neigeuse parm i l’espoir des baisers frêles ! „\n\nPourquoi ces colliers d’or ? pourquoi vos bracelets ?\n                   vos bracelets d’or roux !\nsous l’orgueil lambrissé du fabuleux palais\nL a F ête! c’est fini: éteintes les torchères !\n\nQ uand flottaient sur l’azur vos ailes vexillaires,\npâle vol ébloui d’héraldique passé,\nquelle aube se levait des hauts plafonds d’ébène!\n\nCe fut vers une fête de fleurs ces frêles pennes\nbruissant aux buissons de l’avril givré d’heur,\nque rieuses de m ièvre et lascive candeur,\nparm i la pallide moisson de leurs corolles,\non p alpitait en l’or d’espoirs étésiens.\n\nOù tous ces vols bleus voilant le feu des midis ?\n           ces vols bleus de nos désirs\nà travers des pays fleuris de rêverie!\nah!loin! loin! à tir e d’aile vers les vœux anciens!\nL in blanc qui frémissiez de guimpes si frivoles\nsu r des fronts liturgiques et de lis et très purs !\nL in blanc des poitrines pallides et fleuries !\nah! nous bercer en des lacis de candeur et d’azur\nau m ystique verger où vaguent les Théories !\n\nP alpitation d’or par les glycines bleues\nl’illusoire babil des ailes sibyllines\nle rire des ailes glauques en les glycines\nqui tram e aux treillis d’or son oracle anxieux\nvaticine que vont les pas victorieux\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "                                                         203\n\n\nceints d ’aurore et de musiques m atutinales.\nEployant aux cieux clairs leurs vagues printanières\nla brise siffle et p leut sur l’or de ces bannières\net parm i les plangueurs graves d’orgues nuptiales\nquelle basilique m onte en l’aube m atinale !\n\n“ B rodant l’or des midis nos éch arpes sourient\nvers le Héros verm eil des fervides batailles :\nnos tresses an étendard flottent devant ses pas\net la flamme m ystique veille en nos lam padaires.\nQu’il m arche an palais de nos subtils ébats !\nqu’il m arche p ar la moire ardente des batailles,\nle vol de nos écharpes nouera ses doigts sanglants ! „\n\nAh ! pourquoi ce lin blanc d’illusoires fiançailles ?\n               pourquoi vos théories ?\nL es ailes râlent ! l’agonie aux lasses ailes\n     tram an t leurs arabesques de ténèbres !\n\nRoides et glorieux sous la flamme des glaives\nhéraldiques, les P reux siègent en heaum es d’or,\net p ar la salle en deuil où nul astre se lève\nla m uette lueur des prunelles de m ort\nscintille aux trous de masques d’ombre séculaire :\nl’effroi funèbre plane au festival de fer,\noù le torque allum é de fauves pierreries\nfiançait son orgueil aux guirlan d es fleuries,\nagonisant d’attendre en leur luxe désert\nle b ras qui b ran d ira le rêve héréditaire :\ncependant qu’au recul des cris et de la n uit\nhoule du soir qui roule au fond de l’ombre ardente\nla panique d’acier s’ém eut pâle et stridente.\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "204                                                la Wallonie.\n\n\n           O que tristes ces guirlandes,\n           flo ttant à toutes les fontaines !\n           que tristes parm i les landes\n           l ’émoi des dentelles lointaines !\n\nL e noir vol des gonfanons de la détresse\nélargit sur nos soirs ses vacillantes volutes :\net grêle crissem ent d'étoffe qui s’enfuit\nvoilà qu’elle défaille en désastre de chute\nla sanglante jonchée au fond de notre ivresse.\n\nQuelle nuée au soir de pennes en détresse!\n\nSans même le sillage ami par les ram ures\nle frêle défilé de dix doigts puérils\nSi doux sur le futur de nos vœux en périls\nen vol d’ombre évanoui vain de murm ures !\net pour une clarté de leurre où pleure demain\nce ruissellem ent grave de heaumes et de glaives\nqui déferlaient en l’or liquide des midis.\nSuprême crépuscule au front de l’Astre-roi\ns’élargit le claquem ent des ailes sinistres.\n\nA h ! loin ! la folle idylle des cithares et des sistres !\nvers l’espoir d ’une aurore étrangem ent nuée\nces ailes! ces ailes! ah! quelle nuée!\n\n                                    A c h i l l e D ELA ROCH E.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 205, "page_fin": 206, "titre_corps": "Laisse tomber les roses...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Grégoire Le Roy", "ancre_debut": "L A ISS E T O M B E R L E S ROSES.            L aisse faner sur mes gen", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 224, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "L A ISS E T O M B E R L E S ROSES.\n\n\n         L aisse faner sur mes genoux\n         L es pâles roses de ton front,\n         Laisse faner les pâles roses\n         D ont les p étales tom beront,\n         T ristem ent alanguis et doux,\n            Sous mes paupières closes.\n\n           L aisse tom ber des roses !\n\n         L aisse tes mains sur mes pensées,\n            L aisse tes lèvres ointes,\n         0 tes lèvres ja d is baisées !\n         L aisse ta lèvre et tes m ains jointes\n            A utour de mes pensées...\n\n         L aisse faner les pâles roses...\n\n         E t laisse alors les litanies\n      Des nonnes errantes dans les ténèbres\nGeindre et se plaindre autour de l’église qui dort, —\n         L e rem ords les en a bannies, —\n      L aisse tom ber la douleur et la m ort\n            De leurs lèvres funèbres.\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 509, "texte": "206                                         la Wallonie.\n\n\n Qu’im porte ! n ’ai-je pas autour de m a pensée\n        Où le serpent de l’angoisse se tord,\n        Tes chères mains, endormeuses de m o rt?\n          E t n ’ai-je pas sur mes genoux\n          L es pâles roses de ton front ?\n                      L es pâles roses\n          D ont les pétales tom beront,\n          Comme des brises sur mon âm e?\n\n            L aisse tom ber les roses!\n\n                                     G r é g o i r e l e ROY.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 207, "page_fin": 252, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "CHRO NIQU E L IT T É R A I R E .       E n feuilletant, scène ap", "ancre_fin": "sait admirer Parsifal. Alb. M.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Petite chronique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 226, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "CHRO NIQU E L IT T É R A I R E .\n\n\n    E n feuilletant, scène après scène et pour la quantièm e\n fois ? cette m erveille de rêve à jam ais surgie par le geste de\n V illiers de l ’Islte A dam : A xe l, e t comme me requérait à\n l’égal de tous chefs-d’œ uvre la suggestive enfant de M aurice\nM aeterlinck : la Princesse Maleine, longtem ps je songeai au\nth éâtre, à ce th é âtre où tendent nos désirs, le th éâtre où\nparm i les magies d’éclatants ou lointains décors un acte se\n dresse, que l’on sa it total, et d’im pareille clarté resplendit\nl’a rt comme un bolide. Si loin que je m e reporte dans les\ntem ps, les tem ps, bien peu nom breux m’apparaissent les seuls\nqui virent et purent nous entièrem ent dominer. L es trois\ngrands tragiques de la Grèce m ontrant E schyle en gloire plus\npure, K alidâça dans les adm irables féeries de V ikram orvaçî,\nShakespeare g randi p ar quelques triom phais soirs pris en\nson œuvre, Goëth e p ar F au st, Shelley p a r son Prom éthée,\nR ichard W agner enfin p ar dix fulgurants poèmes. E n est-il\nun autre, après ces archanges, qui put te rrasser le démon le\nrejetan t hors de la véridique scène?\n   Le th é â tre , réalisation plastique d’un poème, nous le\nvoulons un m iroir de la vie. P ourtant, comme telles glaces\nde Venise, ne devra-t-il point nous a rrê te r d’abord par\nquelqu’entrelac de fleurs et feuillages, m o n tran t mieux ainsi\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "208                                              la Wallonie.\n\n\ncomme lointaine et virtuelle seulem ent, là-bas reculée, la\ncristalline image qu’il absorbe pour nous ?\n   Nous voulons qu’il soit un M iroir de la Vie. Mais nous ne\ndirons pas la vie quotidienne, car elle va s’effritant p ar menus\nfaits et, sans le trav ail synthétique du penseur, n ’enferme en\nelle rien de décisif, nul rayon perforant de vérité norm ale,—\nsi ce n ’est peut-être, et si obscurément, les deux grands\nprincipes de l’analogie.\n   L e véritable artiste me p arait être celui qui, le plus su b ti­\nlem ent de son époque par la forme, érige son œ uvre sur le roc\net le piédestal d’une vérité qui ne connaît les siècles. Il devra\ndonc, selon l’harmonie, ordonnancer les images di s faits, pour\ndégager un sym bole en sa vive nudité baignée de l’idéale\nlueur de la forme. De même, le peintre dispose les masses\nd ’ombre en consonnances et dissonnances calculées pour faire\nsaillir d’un clair relief, nuancé par l’harm onie des tons\nvoisins, le centre d'impression qu’exige l’unité de son œuvre.\n   Au théâtre, comme dans le livre et comme dans la sym ­\nphonie, l’a rt nous m ontre nous-méme à nos yeux, m ais ce\nnous-même est un fantôm e pour nos doigts lourds; car le\npropre d’une œ uvre d’a rt est de former un monde distinct\nayant son atm osphère, sa lumière et sa vie; il fau t qu’elle\nsoit ab straite du monde présent, que les personnages ne\n soient pas tel individu ta n tô t coudoyé, m ais qu’ils se m euvent\n éloignés du concret, comme de pures idées. Aussi a-t-on\n cherché avec raison les sujets légendaires, parce qu’ils ne\n sont d’aucun siècle et ne présentent pas distinctem ent à\n chaque témoin sa forme trop réelle, ou celle d’un concitoyen\nqu’il reconnaît. J e le répète, au théâtre moderne, les tragiques\nne sont guère parvenus à nous faire vivre en de tels lointains;\nà peine par la Phèdre de R acine et ces marm oréens Burgraves\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "    Chronique littéraire.                                           209\n\n\nde V ictor Hugo. L es comiques, jam ais, que je sache; dans la\npantomime quelques essais “ et tout le reste est littératu re,,.\nSur la scène lyrique, si nous m ettons à p a rt la valeur p u re­\nm ent musicale de certaines œuvres, dom inant les grandes\nmosaïques sans unité de l’opéra et de l’opéra-comique il ne\ndemeure debout qu’une belle tentative de Glück, quelques\nvelléités de C.-M. von W eber, Fidélio de Beethoven, et enfin,\nréalisation prodigieuse d’un génie synthétique, le D ram e de\nR ichard W agner.\n   L a musique porte en soi, plus que toute création littéraire,\n— et parce qu’elle est d’une harm onie plus totale — le\nmagique privilège de se créer un monde. Mais la plupart\ndes musiciens ont lutté contre leur a rt et, négligeant l’unité\nformelle, ont brisé en une foule incohérente de petits sys­\ntèmes cet auguste et personnel univers que devait être\nl’OEUVRE. I1 fallut la IX e symphonie et le geste de Beethoven\npour désigner le but. Cependant, déjà loin dans le passé,\nquelques princes de l'a r t m usical avaient réalisé, outre\nl’unité de l’action pensée, l’unité d’atm osphère au moins dans\nlaquelle évoluaient les images encore diverses (*). Plus\nrécemment, des vers y parvinrent aussi.\n   Pourquoi, dans la litté ra tu re comme dans la musique, cet\nidéal commença-t-il à prendre forme loin du th éâtre ? C’est\nqu’au théâtre le spectateur, voyant des hommes m atérielle­\nm ent représentés et des personnages qui s’exprim ent à peu\npi'ès en la langue de ses contemporains, est ten té d’apercevoir\nsur la scène une anecdote et un individu, — non pas l’his­\ntoire éternelle de l’Homme. L a scène et sa vie resten t forcé-\n\n\n\n  (*) La p a s s ion selon S u in t M a tth ieu , p a r exem ple.\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "210                                                                     la Wallonie.\n\n\nm ent plus tangibles, tandis qu’au poète lyrique ainsi qu’au\nsym phoniste il est plus facile de dissim uler les contours de\nla m atière, derrière la brum e irisée de la phrase, ou des\naccords. L e drame se déroulait trop près du sp ectateu r; il\nfallait donc plus d’unité, de continuité et d’harm onie, oui,\nune plus grande force créatrice de mondes harm onieusem ent\nillusoires, un plus grand a rt d’abstraction pour m ettre ce\nspectateur à même de discerner la droite ligne symbolique\nde l’œuvre. E t ce but, la musique a pu l ’atteindre av an t la\nlitté ra tu re (*) encore une fois parce qu’un accord émané de\nl ’orchestre (surtout lorsqu’invisible), élève entre la scène et\nle spectateur un sonore brouillard tran sp aren t qui isole\ncelle-ci du monde quotidien.\n    Au théâtre, to u t ce qui est près de nous — p ar exemple,\npour les personnages, des signes trop semblables aux modes\nde relations usités par les adm inistrés de M. B eern aert ou de\nM. Carnot, — tout rappel direct de ce qui nous entoure perce\nbrutalem ent la tram e continue de l’œ uvre e t la si frêle\nenveloppe du monde illusoire où se m eut l’action. A insi la\nprose non rythm ée s’oppose moins facilem ent à cette rupture\nque le vers même sim plem ent rythm é ; ainsi le vers aux\n\n\n    (*) La litté ra tu re seu le; c a r ra p p e lo n s-n o u s que les d ra m e s d e K alidàça\né ta ie n t des d ram es ly riq u e s ; que la m u siq u e d ev ait a cc o m p a g n e r la tr a ­\ngédie g re c q u e ; que n o n s eu le m e n t les ch œ u rs c h a n ta ie n t, m ais que so u ­\nv e n t les a c te u rs d éclam aien t u n e v éritab le m é lo d ie ; qu'enfin le m asque\nles e n le v ait au m onde des a u d ite u rs e t c h an g e a it le so n de la voix, d ’ail,\nle u rs so u ten u e com m e en u n e s o rte de m élopée. (V oyez, e n tre a u tre s ,\nBu rn o u f : H istoire lie la litté ra tu re grecque, pages 2 6 8 e t s u iv a n te s du\npre m ie r v o lu m e.) E l l’h arm o n ie des v e rs, e t la noble p lastiq u e, e t la\nm u siq u e des le n ts g e ste s ! lit les év o lu tio n s du c h œ u r, s o u v en t é tra n g e r\nau x p e rso n n ag e s, e t à qui les sp e c ta te u rs sem blent av o ir co nféré le d ro it\nd ’ê tre le u r in te rp rè te .\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "     Chronique littéraire.                                     211\n\n\nseuls dessins de rythm e moins que le vers affermi de m arches\nharm oniques; ainsi, toute parole proche de notre habituel\nlangage, moins qu’une pantomime rythm ée ; ainsi, prose, vers\net gestes moins que musique.\n   E ncore, les moindres détails peuvent détruire cette conti­\nn uité, et l’abstraction qui en résulte: les noms des acteurs,\nd’avance appris ou en vedette ; les distractions des voisins ;\ntel visage reconnu, un sourire surpris, un cri de couleur\ndiscordant au rêve ; dans la salle, la lum ière qui scintille au\nlu stre et aux girandoles, ou une mise en scène trop éclatante\net qui détonnerait. — Les conditions de vie pour le rêve\nreprésenté sont naturellem ent le silence en dehors de la\nmusique, et l’obscurité en dehors de la scène. E t puis des\nacteurs anonymes. J e ne veux voir ni M ounet-Sully ni Van\nD yck, m ais H am let ou Parsifal. Il me p ara ît même que le\nnom de l'auteur, sur l’affiche ou en tête du livre, est une faute\ncontre l’harm onie ; on devrait le proclam er, avec les noms\ndes interprètes, à l’issue du spectacle, si l’on y tie n t; et,\ndans le livre, l’inscrire non en grosses lettres sur la couver­\ntu re et près du titre, mais à la fin, avec les autres indications,\nl’im pression entière une fois vécue.\n   Au théâtre, plusieurs formes ont en elles-mêmes de quoi\ncontenir le Dram e. L a réalisation complète pourrait être une\ngrave pantom im e jouée dans le plus subtil silence. — le\nrythm e des gestes tra ç a n t le dessin de cette musique néces­\nsaire dont le silence même serait la couleur et l’harm onie;\nou la pantom im e grave commentée par une musique adéquate;\nou le ballet, rénové enfin ! ou, après le dram e lyrique\ncomme le conçut W agner, un dram e en vers harm onisés\nprécédé d’une introduction musicale, destinée à circonscrire\net à colorer l’atm osphère de l’œ uvre ; puis de la musique en\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": " 212                                                                 la Wallonie.\n\n\n m élodrame continu pour soutenir la déclam ation, et encore\n de la musique entre les parties et pendant telle pause de\n l’action visible. E t je rêve, quant au décor, je rêve de scènes\ntrès au loin, où, parm i les chansons du chœ ur populaire, de\nnaïfs personnages im m obiliseraient un geste sur fond d’or.\nMais dans la plastique, si nous l’im aginons telle, il faudrait\ntoutes les ingénuités des poses, et, sinon A lvary et L ili\nD ressler peut-être, quel acteur au penser gothique pourrait\nfaire chanter les innocentes lignes d’un Boisserée ?\n    Toute œ uvre d’art, si l’on veut, exige un esprit qui la\nsubisse. Mais quelle différence ne sera point celle du lecteur\nou du musicien (*) lorsqu’il s’im prégne de l’œ uvre en la\nsolitude animée à peine de nuls fantôm es par une ondoyante\nfumée de pipe confidente, oui, quelle différence d’avec la foule\nlà réunie coude à coude et les yeux fôlant mille autres y eux,\npour que devant elle apparaisse — le Spectacle !\n    L a Foule, le Public, et non pas une foule et un public. Car\nle propre de l’art, lorsqu’il s’impose, est de lier p ar mille\nétranges courants pour en créer soudain un seul être, les\ncollections éparses d’idées, de sensations, de souvenirs et de\nvagues rêves qui composent une assemblée.\n    Ce que le poète peut exiger, ce qu’il doit sans nul cri\ninspirer à une foule, c’est la complicité attentive qui la change\nen la Foule. E t ce, p a r deux moyens il me semble : la conti­\nnuité qui ne laisse pas un in stan t seuls avec eux-mêmes ces\ndivers électeurs, avocats ou financiers, — le public, — et la\nsuggestion qui leur accorde, comme par une condescendance\nroyale du Penseur, une p a rt dans l’action elle-même, avec la\n\n\n   (*) C ar      n ’e s t pas b esoin de c o rd es ou clav ier ré a lisa n t p o u r a u tru i\nles h arm o n ies que p ar les yeux il s e n t e r r e r à son ouïe.\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "        Chronique littéraire.                                                           213\n\n\n  mission, d’achever chacun en soi-même, en en g ard an t la\n  conclusion, le raisonnem ent ou le fait norm al dont la scène\n  illum ine les prémisses.\n     L a suggestion, à p a rt K alidâça, peut-être Shakespeare et\n  Goëthe, et, en ce siècle, Shelley et W agner, n ’avait pas\n  toujours ju sq u ’ici préoccupé les poètes. Mais la continuité fut\n  recherchée par les tragiques grecs et nos dram aturges\n  classiques. L e public lui-même en a la notion au moins\n rudim entaire. Je me souviens avoir vu, comme vous tous, des\n tem pêtes bouleverser soudain fauteuils d’orchest r e et\n poulailler, lorsqu’un acteur, se croyant sûr des applaudisse­\n m ents conquis, risquait « une inconvenance » quelconque.\n  C’est que, p ar une attitu d e déplacée, le ténor ou le baryton,\n seigneur ou roi, rom pait subitem ent la tram e continue. O r\n cette continuité, en quoi consiste l’œ uvre d’art, est, pour le\n public, le signe de sa raison d’être, elle lu i dévoile son utilité,\n l’investit d’une fonction sacrée, en fa it un tout cohérent, une\n unité vivante et nécessaire ; et l ’acteur, par son incartade,\n nie d’un seul geste décisif l’être nouveau, l’être unanime des\n spectateurs, leur fonction et leur raison d’être, pour les\n changer à l ’in stan t même en une simple collection de bons\nbourgeois, ahuris, inutiles, et qui peut-être devinent alors\nconfusément ce qu’ils sont.\n    C’est pour m ieux réaliser la continuité, en écartan t to u t\nconcret rappel, to u t détail im m édiat qui ren d rait à chacun\ndes auditeurs la notion de son individualité, c’est pour ce\nm otif que l’action nécessite un recul d’horizon douteux,\nl ’éloignement de la légende (*). E t pour ce m otif aussi les\n\n\n  (*) J ’ai dév elo p p é ja d is c e tte idée en a n aly sa n t les F la ire u rs, d ram e\nde C harles Van L erh erg h e. ( W a llo n ie. fév rier 1 8 8 9 .)\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1809, "texte": "214                                                         la Wallonie.\n\n\nbelles tentatives réalistes des G oncourt, Revenants, d’Ibsen,\nles comédies de Becque et d’Ancey, les deux prem iers actes\ndu Mâle de Lem onnier, oui tous ces spectacles m algré leur\nm érite ne m e paraissent point nous donner ce que nous\ndésirons.\n    Villiers de l’Isle Adam, presque seul, av a it fait vivre des\n actes parlés par l’étonnante suggestion de quelques phrases.\n    On se rappelle la scène de la pendule dans la Révolte, et\n les m ots qui term inent la Révolte et l’Invasion. Or, une\n œ uvre m agistrale de V illiers vient d’être publiée après sa\n m ort (par les soins de MM. M allarm é et J.-K . Huysm ans,\n car il sied de les associer à l’ami qu’ils réconfortèrent).\n    D ans A x e l (*), le Poète a m agiquem ent transfiguré des\n hommes, et les a créés tels que leur grandeur les éloigne de\n nous pour les in staurer légendaires et les laisser agir selon\n la continuité la plus stricte. J ’allusionne ici su rto u t les deux\n  prem ières et la quatrièm e partie. L a troisième, le monde\n  occulte, v it p ar une m erveilleuse et plus inégale discussion\n  philosophique, mais n ’ayant plus du poème la succession\n  continue d’images et de gestes, comme aussi devenue sou­\n  dain plus m oderne et plus proche et dépourvue de plastique,\n  elle échappe au théâtre.\n     Car il implique, le théâtre, toutes les féeries du décor,\n  toute la sculpture en action de l’orchestique, dont la silen­\n  cieuse éloquence arrache par un geste, p ar la courbe ou la\n  décisive roideur d’une attitude, p ar un ensemble de lignes\n  expressives et de couleurs, la signification totale incluse au\n  m ystère de l’œuvre.\n\n\n    ( *) A x e l, œ u v re p o sth u m e de V illiers de l'isle Adam, inachevée. Chez\n Q u e n tin , à P a ris .\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "     Chronique littéraire.                                    215\n\n\n    C’est ce que V illiers nous m ontre encore seigneurialem ent\ndans le monde religieux, où les cierges brûlent sur l’autel, où\nl ’orgue éploie d’impériales draperies, où des vierges en blanc\ns’avancent, ondulent et prient, puis s’effarent et s’envolent\ncomme cygnes ou comme neiges ; dans le féodal m anoir\nd ’A uersperg tendu de royales tapisseries sur les lam bris,\nniellé d’arm es héroïques, et farouche par une présence d’aus­\ntères guerriers ; dans le monde passionnel enfin, lorsque parm i\nla foule de statues funéraires et le m arbre noir s’ém ouvant\nd’une onctueuse lueur de lampe, un flot subit d’or et de\ngemmes brise la ténèbre, ja illit, trébuche et croule en\nflammes. D e telles visions rappellent les prestiges de W agner,\net s’illum inent d’un éblouissem ent égal. E t que dire des\npersonnages eux-mêmes, sinon que le seul E dgar Poë au rait\npu concevoir un couple de telle B eauté ?\n    A xel est une des plus vastes conceptions que je sache, une\nŒUVRE parm i les trois ou quatre, les plus grandioses, qui\nrestero n t de n o tre siècle. L es magies d’une impeccable phrase\ndéroulent des splendeurs, et la pensée du génie nous revêt\nd’ailes pour le suivre. C ependant je ne parlerai pas plus\nlongtem ps d'Axel, car après un tel livre de longues appro­\nbations ressem bleraient à des aboiem ents : le propre du génie\nest d’imposer le silence. — E n outre, pour critiquer une\nœuvre, il faut la dom iner ou s’im aginer un in stan t qu’on la\ndomine. A xel se dresse trop haut au-dessus de moi; me\ng randir par l’im agination jusqu’à de telles cîmes, ce m ’est\nimpossible. E t quant à dim inuer un chef-d’œ uvre p ar l’analyse\nqui la ronge, comme un ta re t au flanc du h au t navire...\n    Si de ra re s faiblesses se d év o ilen t, de ci de là, on\nce dram e inachevé, je laisse à de plus audacieux le soin\nde les critiquer : il y avait déjà péril à parler de Villiers de\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "210                                                               la Wallonie.\n\n\nl’Isle A dam lorsque Stéphane M allarm é lui-même l’av ait\nmagnifié de sa parole (*). Si je le te n ta i, ce fu t pour\nsaluer encore le ducal poète qui a fui cette vie ; et, en sou­\nh a ita n t qu’un musicien — m ais il fau d rait W agner ! —\nimpose à des harm onies m ystérieuses et princières le devoir\nd’accom pagner et de commenter les actes et les paroles que\nla scène irradie, profondém ent je m’incline devant la gloire\n du chef-d’œuvre.\n   Le th é âtre est à la fois a rt musique et a rt plastique. E n\nta n t qu’a rt plastique, il exige une concordance des mouve­\nm ents, l ’unanim ité des gestes, lignes et couleurs, dans un\n sens unique ; comme a rt musique, fût-il silencieux, l’harm o­\nnie est nécessaire à son existence ; c’est par elle qu’il for­\nm era un tout, un être doué de vie propre, et cette consis­\ntance, l’œ uvre l’acquerra par la continuité, comme je le\ndisais tantôt, et (c’est la définition de l’harmonie) par\nl’accord organique des directions vers le B ut. Or, étant\ndonnée la m arche de l’esprit au sym bole, ce B u t ne\nsera pas im m édiat, et c’est à l’entendem ent, ici indéfini, des\nspectateurs, qu’échoit le rôle de le concevoir, de réu n ir le\nfaisceau convergent de ces lignes : d’où la suggestion. E t\nmême, l’œ uvre d’a rt m ystérieuse et parfaite devant être\nsuggestive à l’infini, ces directions ne seraient-elles point\ndes parallèles, si l’on veut adm ettre cette définition : les\nparallèles sont les côtés cl’un angle dont le sommet est l’in fini.\nP our l’œ uvre d’a rt ainsi conçue, l’infini serait donc un\ninfini subjectif, objectivé dans le th éâtre (pardon !) — l’angle\nnaissant dans quelque E sprit.\n\n\n   (*) Villiers de. l'Isle A d a m , c o n fé re n ce , vie n t de p a ra ître chez B ailly,\n4 4 , ch au ssée d ’A n lin , P a ris .\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1944, "texte": "      Chronique littéraire.                                                        217\n\n\n   Shakespeare avait placé la continuité dans l’action hu­\nm aine et, bien que souvent chez lui le B ut de ces directions\nsoit plus facilem ent tangible, il donne à te l acte une si\nmagique totalité, qu’il en surgit le m ystère d’un lointain être\nvivant : parfois aussi la suggestion ne trouve pas sa fin à un\nB u t relativem ent précis ; Othello par exemple n ’est qu’un\njouet m anié par le principal personnage, Jago, une chose en\nquoi se m anifeste Jago, sim plem ent, et qui pourrait être un\nautre am ant. — W agner v it p a r la continuité d’action philo­\nsophique, — ce qui, au théâtre, pourrait ne pas suffire, le\ndialogue disant tout, — m ais aussi par la continuité p resti­\ngieuse et la suggestion de l’orchestre aidée par le souvenir et\npar l’orchestique y incluse, enfin par la plastique toujours\ngrandiose de la scène et du décor. Ces deux exemples suffiront,\nje l’espère, à me faire com prendre.\n   Que l’on ne s’étonne pas de me voir citer Maurice M aeter­\nlinck après de tels noms ; assurém ent, par son dram e, n’a-t-il\npu se hausser d’un seul coup d’aile aux altitudes habitées\npar ces génies ; mais, après Charles Van L erberghe, il a\ninstauré au th é â tre un a r t inconnu, aterrissant aux rives les\nplus solitaires. Remarquons-le, il n ’a pas glacé la “ complicité\nattentive „ de l’auditeur, comme tels grands poètes, en disant\nto u t; mais, se rappelant que l’œ uvre d’a rt v aut encore en ce\nqu’elle sous-entend, il a réalisé, dans l'Intruse surtout, une\nétonnante continuité par des m ouvements d’im ages qui\nsuggèrent (*).\n\n\n  (*) M aurice M aeterlin ck : l'In tru se , d ram e en u n a cte, e x tra it de la\nW allonie ; la Princesse Maleine, d ra m e en cin q a ctes e t en p ro s e ; éd itio n\np rivée à 30 e x e m p la ire s ; vient de p a ra ître u n e 2e éd itio n chez L ouis Van\nMelle, M-, ru e Saint-G eorges, à G a n d.\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "218                                           la Wallonie.\n\n\n   L a Princesse Maleine requiert par plus de saisissantes\nm erveilles; l'Intruse par une plus sûre possession des\nmoyens dram atiques et par une plus logique unité. Les\ndeux pièces font n aître l’indéfinissable d’une sensation qui\nne se résout point, la légende si fuyante à l’horizon, mais\naussi la vie sourde et montueuse avec ses gestes, une pensée\nlonguem ent tu e et qui parfois déchire la tram e du silence.\nIl faudrait q uitter la littératu re seule et vaguer dans le\ndram e musical pour chercher dans Tristan, dans Götter­\ndammerùng et dans P arsifal des suggestions analogues; et\nencore, la manière de faire inopiném ent surg ir telle phrase\ncomme un sursaut de couleuvre appartient bien à M aeter­\nlinck, avec le secret de laisser l’angoisse courir sous les mots\nen un m uet frisson inexpliqué.\n   L e h au t Poète dont je parle a pourtant cédé à quelques\ninfluences. L a Princesse n ’est pas très éloignée des vierges\nrêvées par V an L erberghe, le sujet de l’Intruse nous fait\nsonger aux F laireurs, enfin tels personnages de la Princesse\n Maleine décèlent le souvenir d’H am let et de M acbeth. Mais\nque peuvent signifier, au fond, ces regrets, si Maurice Mae­\nterlinck a su créer à nouveau l’atm osphère d’une œuvre, au\npoint de nous transporter comme d’un bond hors du monde;\ns’il a suscité en nous un rythm e nouveau, si d’un sujet déjà\nsu, comme l'Intruse, il a fait s’ériger des forêts inconnues ?—\nL a parenté intellectuelle du Poète s’indique avec les prim i­\ntifs italiens (tels anges de B. Gozzoli, de Masolino, et\nsurtout ces étranges fresques d’Antonio Vite); elle s’affirme\nencore très proche avec les préraphaélites anglais. Mais rien\nau th éâtre ne rappelle cette effrayante scène finale do\nl'Intruse, grande par les blocs de silence et parfois les paroles\n qui tom bent des ténèbres ; ni le symbole de cet aveugle qui\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "       Chronique littéraire.                                                             219\n\n\nperçoit les grandes clartés et voit ce que les autres ne\nvoient point. Celui-là p eu t voir, qui voit en soi-même; il\ndistingue les g r a n d e s c l a r t é s , parce qu’il n ’en est pas dé­\ntourné, comme les autres, par les mille clartés vaines et\ntransitoires qui leur paraissent nécessaires et les em pêchent\nde discerner la vraie lumière. I l a ainsi reconquis la prim itive\nsimplesse du voir et du sentir, et, comme à l’enfant qui ne v i t\npas encore, les g r a n d e s c l a r t é s ne lui sont pas voilées p a r une\nvie extérieure dont il n ’est plus.\n   L ' I n t r u s e , c’est l’inattendue m o r t . E lle approche de loin,\ninvisible, et les Jeunes F illes devinent une insolite présence.\n\n    « Un peu de v e n t s ’élève d an s l’av en u e. — O ui, les a rb re s tre m b le n t u n\npeu. — Il d o it y a v o ir q u e lq u 'u n d an s le ja rd in , les ro ssig n o ls se so n t\ntu s to u t à c o u p ... — Il fau t que q u e lq u ’u n passe d e rriè re l’é ta n g , c ar,\nles cy g n es o n t p e u r. — T o u s les p oissons de l’é ta n g p lo n g e n t s u b ite ­\nm ent. Le P ère. — Tu ne vois p erso n n e ? La F ille. — P e rso n n e , m on p è re .\nLe Père. — Mais c e p e n d a n t, l’é ta n g e st d a n s le c la ir de lu n e ... La F ille —\nOui ; je vois que les cy g n es o n t p e u r... J e vois le c h ie n de g a rd e to u t au\nfond de sa n ic h e .. — Je n 'e n te n d s plus u n seu l ro ssig n o l d a n s to u te la\ncam pag n e. Le Père. — Il y a un silen ce de m o rt. \".\n\n   M alheureusem ent, après l’adm irable scène dont j ’extrais\nces fragm ents, un détail me heurte : l’intruse funèbre se\nrévèle par le bruit d’une faux qu’on aiguise au dehors, et\nsoudain la M ort déchoit de sa grandeur, sa te rreu r d’être\ninvisible disparaît, pour évoquer la déplaisante allégorie du\nsquelette arm é de la faux. Il peut sem bler puéril de chercher\nainsi les petits points noirs, mais mon esprit de w allon se\nrefuse à se représenter ainsi la M O R T ; p eut-être aussi y a-t-il\nlà chez moi une lacune déjà observée, et une difficulté à\nsaisir entièrem ent le concret. Cette légère critique faite, je\ntiens à dire plus h au t mon respect et mon adm iration. A p art\nles F l a i r e u r s , jam ais le théâtre littéraire n ’a été renouvelé\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "220                                           la Wallonie.\n\n\naussi profondém ent que par l'Intruse et la Princesse M aleine,\ndepuis de longues années. U ne puissance stupéfiante nous\nétrein t à la lecture de ce drame ; le poète nous étrein t les\nmuscles et nous p étrit les nerfs avec une invincible force,\nsans qu’il cherche jam ais à produire une impression qui ne\nsoit pas pour le triom phe de l’A rt. Enfin, dans l'Intruse, le\nsujet est norm al; ce n ’est plus une anecdote, même royale.\nD ans la Princesse Maleine l’intrigue assez compliquée\npouvait aider le travail de l’écrivain; ici, le sujet étan t\ndonné, il a to u t tiré de soi-même.\n   Mais, si l’In tru se vaut p ar son unité, sa continuité et sa\npuissance, la Princesse Maleine nous em porte su r des ailes\nplus m ystérieuses. L e personnage de la Princesse ne rap ­\npelle, même de loin, rien de ce que nous connaissons au\nthéâtre. L ’Urvaçî de K a lid â ç a , la princesse d’un conte\npopulaire égyptien dont il ne reste qu’un fragm ent, voilà ses\nplus proches pi rentes à mes yeux : or, des siècles et toute une\ndéviation dans l’axe des idées rendent plus que chimérique\npareil cousinage.... Sauf la scène finale de l'Intruse, je ne\nconnais pas, dans to u t le théâtre littéraire, une seule page\nd’une suggestion plus pénétrante que la rencontre dans ce\nparc nocturne et près d’un je t d’eau vacillant, la rencontre et\nl’inconnue terreu r du Prince H jalm ar et de la Princesse\nM aleine. E t que dire des phrases partout balancées qui se\ndressent, ont de m ouvantes formes et décisivement naissent\nà toute lum ière ? Rappelez-vous la Princesse M aleine, enfer­\nmée dans la tour de ténèbres et de faim, parce qu’elle aime le\nP rince, elle si fière et faible et seule, plus seule avec le\ndévoûm ent stupide d’une nourrice; lorsqu’enfin, une pierre\ndéplacée, le soleil victorieux ja illit dans la tombe de pierre,\npour qu’un regard s’éperde sur la m ort d’une campagne d é-\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "     Chronique littéraire.                                       221\n\n\nvastée. Songez à la sim plicité magique des moyens en la scène\ndu P arc, ta n tô t citée, et à l’intensité surprenante de telles\nparoles proférées p a r la vierge effrayée de l’inconnu. Revoyez\nle vieux roi, déjà près de la tombe, songeant à l ’inévitable\ncrime et criant : “ Il y a un cyprès qui me fait des signes ! „\nEnfin la Princesse toute seule en la chambre où ram pent les\nombres molles, ses terreurs, et, le couple royal entré là, la\nReine qui lui enroule au cou le lacet de la m ort, avec des\ncaresses : “ Il faut être dorlotée à ton âge; je vais être ta\npauvre maman. „\n   Répétons-le vingt fois, celui qui anim a l'Intruse et la\nPrincesse Maleine, le hautain et neuf Poète des Serres chaudes\na fait grande œ uvre d’art. Sa Princesse n ’est pas Ophélie,\nelle n ’est pas Sak u n tala ; rien, — au th é â tre — n ’a d’accoin­\ntances directes avec cette pâle Jeune Fille. L es chœ urs\nd’Eschyle, dans les suppliantes, font rêver à sa douceur\nd’exil; m ais il y a en elle un charm e de m ystère m auvais, de\nlongs yeux vénéneux qui déjà vont s’éteindre. C’est une\nfillette de V an L erbergh e si inconsciemment venue dans les\nserres chaudes, et qui s’y m eurt ; étouffée en ce palais empoi­\nsonné, elle s’y m eurt, elle s’y m eurt! E lle est claire, elle est\npure, d'une chasteté d’étrangère apparue, — et pourtan t son\nhaleine est d’une m alade, il sourd de sa poitrine des effluves\nangéliques et pervers ; elle est équivoque et triste, et nul ne\nsau rait affirmer avec certitude que tout cela existe, ni\nqu’elle-même est bien là, devant nous. C’est la Princesse, la\nPrincesse.... E lle, ses paupières vagues et toutes ses boucles\nen lianes ; des cheveux qui s’enrouleraient de caresses\nvivantes, étrangem ent tièdes sinon de glace, un col irréel où\ns’enlaceraient des m alheurs, — un sa n Giovannino d e Donatello\nparm i des te rreu rs am biguës, un Botticelli dans la M alaria.\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "222                                                           la W allonie.\n\n\n   Si j ’en avais le tem ps, j ’analyserais longuem ent la psycho­\nlogie de celui qui rêva la Princesse Maleine. L o rsq u ’on se\nrappelle les Serres chaudes, et tels de ses écrits, on devine\naisém ent en lui un F lam and concentré, détourné du seul\ndécor magnifié en toute sa race, oui, captivé par l’influence\nétrangère des peintres italiens et des poètes anglais —\nB otticelli, Swinburne, W a lt W hitm an, sans doute. Enfin ce\nprincier m ystique dévoilerait de ses idées l’essentielle forme :\nle sadisme. Il a lui-même prononcé ce mot en parlan t d’Iw an\nGilkin, et, comme à l’auteur des Serres chaudes, jam ais il ne\ns’appliqua plus justem ent qu’à ce poète des heures troubles,\nen sa religiosité tourm entée par d’équivoques fantôm es (*).\n   Ici, peut-être serait-il opportun d’ouvrir une parenthèse.\nLorsqu’un soir je fis allusion au sadisme de Botticelli, devant\nquelques poètes que j ’aime et que j ’adm ire, — l’un d’eux était\nmême un prince de ces temps, — tous ils sourirent ne voulant\nm ’approuver. E t pourtant j ’ai gardé intacte en moi-même\n cette opinion instinctive. Comme M aeterlinck l’a écrit, je\nserais tenté de croire que les Poètes anglais réalisèrent plus\n que les autres cette forme prim itive de l’art. L ’érudition me\nfait absolum ent défaut : je connais trop peu ou trop mal la\nlittératu re anglaise pour oser affirmer. Cependant Swinburne,\n Quencey, l’étrange W a lt W hitm an qui grandit sur les terres\n d’Amérique, Shelley et quelques autres me paraissent les plus\n purs m aîtres du sadisme. J e devine qu’on me raillera; mais\n qu’im porte ? L e sadisme s’illumine à mes yeux comme la plus\n longue et la plus blanche des fleurs m ystiques, il est toute\n chair de vierge, tous pleurs de fée ; un élancem ent du moi\n\n\n    ( *) Iw an Gilkin : La dim inution de l'a rtiste , lui) e x em p laires, s u r Hol­\nla n d e , chez D em an, 1 5 fran c s.\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "       Chronique littéraire.                                                           223\n\n\nqui irradie sur les choses sans en vouloir exprim er toute\nl’Idée, la pensée de S aint-Jean vers l ’innocente M arie. Il ne\ns’ag it pas ici de Justine, pas plus que le sadisme, ruisseau\ncandide, n ’a sa source dans une impuissance forcée : il vien­\ndrait plutôt, si l’on exige pareil détail, d’une chasteté voulue,\net des effluves d’arides vouloirs à s’effumer en vanité. Il est\ningénu comme l’enfant qu’il adore, m ais il a) tous les doutes\nde la jeune fille à 16 ans. Enfin, si le faux sadisme n aît d’une\npensée devenue sensuelle, le v rai sadisme, en sa m ysticité,\nangéliquement s’élève d’un désir contenu qu’il spiritualise.\nPour mieux me faire entendre, je citerai ces vers de Shelley\nqui en contiennent l’image :\n\n               Fo r th e S e n sitiv e P la n t has n o t b rig h t flow er ;\n               R ad ian ce an d o d o u r a re n o t its d o w e r;\n               It loves, even like Love, its deep b e a rt is full,\n               It d e sires w ha t it bas n o t, th e Beau tifu l !\n\n   Comme l’a fait observer M aeterlinck (*), le sadism e est\ntrès rare dans la litté ra tu re française. E n peinture, il est\nfréquent chez les prim itifs, et, de nos jours, on le trouverait\nchez les préraphaélites, anglais et chez le fabuleux G ustave\nMoreau. E n musique, il est plus difficile à distinguer. J e cite :\nles chorals de la Passion selon Saint-M atthieu, de Bach\n(o H aupt voll B lùt und W ùnden, surtout) le chœ ur des soprani\nde l'actus Tragicus, de Bach, et, dans l’œ uvre de W agner,\nquelques surprenantes pages de Parsifal, de Siegfried, le pré-\n\n\n   (’) D ans lu P léia d e, de B ru x elles, fév rier -1800, M. M aeterlinck cite\n dans les le ttre s fran ç a ise s J u les L afo rg u e, B au d e la ire , Iw a n G ilkin e t\n Ch. Van L e rb e rg h e ; p o u r B au d elaire, je n e pu is ê tre de so n a v is, m ais\nj ’a jo u te ra is à ces n om s celu i de l'a n g é liq u e P o ète G eorges K hnopff et\n R im bau d , d a n s les prem ières com m unions s u rto u t.\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "224                                                               la Wallonie.\n\n\nlude de Lohengrin, et surtout la Siegfried-I dyll, née d’un\nsentim ent de paternité assurém ent chaste. E n France. César\nF ranck en est souvent proche, Berlioz faillit l’atteindre\ndans une partie de la F u ite en E gypte et dans la B allade du\nroi de T hulé; V incent d’Indy si bellem ent sincère et juvénile\ny tend parfois, et Gounod en est aussi loin que possible.\n    P ar un désir trop pur, et que rien ne réalise, Iw an Gilkin\net M aurice M aeterlinck sont des sadiques, au tan t que Ju les\nLaforgue, V an L erberghe et Khnopff, mais d’une autre\nmanière. A ce point de vue particulier, je trouve des concor­\n dances subtiles entre l ’art de V an L erberghe et l’a rt de\n G hirlandajo, Moreau, B urne Jones, K ate G reenaw ay; entre\n Georges K hnopff et le moine de Fiesole, en évoquant aussi\nquelques prim itifs de la Souabe et de la F ranconie; entre\nJu les Laforgue et certaines femmes de M antegna peut-être,\n puis certes des fillettes naïves comme en a de tem ps à autre\n Rogier V an der W eyden, les vierges de M artin Schongaùer\n qui grava d’éternels visages, enfin celles qui passent dans les\n albums de Kate G reenaw ay, mais devenues soudain fran ­\n çaises (*). M aeterlinck v it en songe les incunables des X III® et\n X IV e siècles, à Munich; il fut veillé par des anges de Botticelli,\n ceux aux plus minces lèvres comme violettes, et les princesses\n de W a lte r Crane ont grandi pour être ses sœurs.\n    Iw an Gilkin rappelle en ses plus belles pièces les éphèbes\n\n\n   ( ') P o u r J u le s Laforgue, so n g ez à lla m le l, à liu lh , à Salom ë; à\nL o h e n g rin ; relisez la co m p la in te sous le Figuier bouddhique :\n                                Oh reviens là !\n              R eviens vittjir p a r m i mes cheveux, mes cheveux\n              l)e m oi, j e t'y fe r a i des bracelets d 'a v œ u x ...\net (R e lté me le soufflej les Stérilités.\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1754, "texte": "     Chronique littéraire.                                       225\n\n\nsi chastes de D onatello; d’autres fois, les pures noblesses\nviriles de G ustave Moreau transparaissent encore (comme du\nsa in t Georges de Moreau, l’Hercule si bellem ent juvénile, le\nPoète et la muse, etc.). De même que les F lorentins au X V e\nsiècle, Iw an Gilkin est arrivé au sadisme par le culte de la\nforme en la spiritualisant, et ils sont bien rares les Poètes\nqui surent, comme lui, com prendre la Beauté du corps de\nl’homme.\n   Témoin ce sonnet :\n                                BOIS SACRÉ.\n\n            Jailli n u des v ê te m en ts vils,\n            C hair de n a c re , lu m iè re , jo ie ,\n            Le so u p le éphèbe dan se e t broie\n            Le sol d ’o r c ra q u é d e béryls.\n\n             M oelleux, v e rts et b le u s, de su b tils\n            L a ta n ie rs au x palm es de soie\n            P ro p a g e n t l’o m b rag e où chatoie\n            M aint ra y o n c la ir e n tre des cils.\n\n            A insi p av o n ien n e s’allum e\n            La m agique fo rêt de plum e\n            Aux flam boyantes cim es d ’yeux\n\n            Où l’e n fa n t p e u re u x des caresses\n            F u it p a r jo lis b onds sin u eu x\n            L’eff roi des tro p h au tes te n d re sse s.\n\n  Ces vers d’une perfection enchantée ne rappellent-ils pas,\nsans l’im iter en quoi que ce soit, l’une des pages les plus\nétonnam m ent plastiques du Banquet ou le P etit saint Jean de\nD onatello, à F aïen ce? Ainsi compris, l’am our des Form es\nréalise l’a rt le plus haut, car la ligne, devenue harm onie\nmême, on un esprit, se fait subjective, au même titre que toute\nidée.\n                                                            15\n\n\n\n\n                     /\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "226                                              la Wallonie.\n\n\n     Mais Gilkin est hanté p ar d’autres rêves. A côté de visions\n  comme celle-ci, d’une atm osphère sacrée et de gestes\n  lointains, des conceptions très différentes (et de beaucoup les\n  plus nombreuses) complètont son œuvre. U ne étrange\n bataille a dû se livrer entre l ’influence d’une éducation\n catholique, sans doute aussi l’influence de P laton, celle de\n philosophes pessim istes, celle de Baudelaire et celle de\n peintres admirés. B audelaire, venu en second lieu probable­\n m ent, a fini par triom pher et je ne connais pas un poète qui\n  ait subi plus absolument que Gilkin la domination des Fleurs\n die mal. H eureusem ent, s’il fiança désormais ses idées aux\n songes de Pierre-Charles, il ne se laissa pas entièrem ent\n absorber par lui. Sa viride et vivace nature s’infusa la sève\n étrangère pour resurgir plus volontaire, et, en décelant à\n jam ais la filiation fatidique, sauvegarda sa personnalité d’ê tre\n libre. Gilkin a su trouver d’inattendues images, des mots\n barbelés, d’étranges évocations de choses glauques, froides,\n baveuses et glabres, des terreu rs de m ains squameuses dans\n l’obscurité lourde, contrastant avec la lumière jaillie de\njeunes chairs, les courbes joueuses d’enfants enjoleurs, et les\n saveurs de pulpes juteuses qui rafraîchissent.\n    Il répéterait volontiers, j ’imagine, en se l’appliquant, cette\nphrase de Théophile G autier : 11 C’est un étrange pays que\nmon âme, un pays florissant et splendide en apparence, mais\nplus saturé de miasmes putrides et délétères que le pays de\nB atavia : le moindre rayon de soleil sur la vase y fait éclore\nles reptiles et pulluler les moustiques ; — les larges tulipes\njaunes, les nagarassis et les fleurs d’angsoka y voilent pom­\npeusem ent d’immondes charognes, „ etc. — J e pense au\ncontraire que l’âme de Gilkin, saturée de miasmos en ap p a­\nrence, est bien réellem ent florissante et splendide.\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "      Chronique littéraire.                                  227\n\n\n    Ses tendances habituelles ne sont évidemm ent point les\n nôtres; les pièces comme le Bois sacré sont des exceptions\n dans son livre et le titre même indique des préoccupations\n déjà anciennes, très fréquentes à Bruxelles, mais inconnues\n aux poètes de l’heure présente. Cependant, s’il est un peu\n inégal aussi, ce livre dévoile une si droite conscience d’art,\n une telle franchise d ’élan vers la Beauté, qu’il me séduit et\n attire m a sym pathie avec une irrésistible force. E t, bizar­\n rerie qui s’explique : ces grandes pages exprim ant des pensées\n mauvaises, de troubles désirs, une haine noire et le mépris\n de l’homme, — en un décor de fleuves torpides, de fleurs\n fétides m ais belles comme du sang, des fleurs, des forêts et\n des eaux m ortes parm i de narcotiques effluves et des ténèbres\n venimeuses, — non ces pages ne me laissent nulle impression\ntorve ou glaçante. Car la noblesse claire du poète irise\nchaque ligne, et l’on se rappelle seulem ent un regard limpide\ncomme une source, une fierté révoltée par le mal, un élégant\ngeste qui dédaigne, et soudain la rosée lustrale de m ille gout­\ntelettes adam antines.\n   Q uant à la technique d’Iw an Gilkin, elle est celle du P a r­\nnasse, un peu renovée, de ci de là, par des combinaisons de\nsonorités expressives. Iw an Gilkin affectionne les rythm es\nfixes, et certes je ne le lui reprocherai point, puisqu’il ne\nconçoit son œ uvre que sous cette forme. L a tex tu re de ces\nvers dénonce une science experte, qu’il sied d’adm irer chez\nun P arnassien, car chacune des écoles poétiques a sa raison\nd’ê tre ou l ’a eue jadis, et ne faut-il pas ju g e r des poètes\nd’après le point de vue où ils se sont placés ? Une réserve\ndoit être faite, p ourtant : si l’on excepte quelques pages, les\nessais de musique apparus çà et là n’ajoutent rien à la valeur\ndu livre; il fau d rait donner à toute une pièce une base musi­\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "228                                                              la Wallonie.\n\n\ncale, ou n ’en pas donner à un seul vers ; des tentatives isolées\nà  tel hém istiche rom pent les plans et n ’ont pas valeur musi­\ncale, c’est-à-dire harmonique.\n   Mais insistons encore sur la ra re perfection de telles\nstrophes de la Dam nation de l'artiste. Assurém ent M. Gilkin\nest un ouvrier bien plus sûr de lui-même que ne le fu t\nBaudelaire, — il faut oser l’écrire — et sa technique, irré­\nprochable, ne laisse place à nulle cheville parasite, si l’on\noublie la Prière du m atin et une ou deux autres pièces, anté­\nrieures aux autres sans doute. Les successions d’images de\nGilkin sont logiques, étroitem ent cohérentes, et c’est m erveille\nde voir le souple et fastueux vêtem ent, l’étincelante\nplastique qu’il su t donner à des psychologies. Comme il faut\nse borner, et qu’un exemple dit cent fois plus que mille\nanalyses, pour un Poète, voici un m iraculeux sonnet qui illu­\nmine un é ta t d’âme sans le décrire, en même tem ps qu’il\ns’homologue au Bois sacré par la grâce virile de jeunes chairs.\n                                     L’ÉTANG.\n\n      Un é ta n g où la v erte im age des bois plonge\n      R éjouit so n eau fraîch e où des ad o le sc e n ts\n      De le u rs b eaux m em bres n u s , d élicats et p u issa n ts\n      C aressen t les re g a rd s é p ars d an s l’a ir qui songe.\n\n      F le u r de je u n e ss e , ô ro se e t blond n a g eu r allonge\n      A llonge la c a n d e u r de te s b ra s in n o c e n ts\n      V ers m on rêv e, a ttiré p a r ces b ra s c aressan ts\n      D ans l’é ta n g où la v e rte im age des bois plonge.\n\n      O bo n té de la vie ! ô s a n té du soleil !\n      Voici q u e d a n s l’a ir bleu b o u rd o n n e u n doux conseil\n      D’o u b lie r, d 'êtr e h eu reu x d an s l’h erb e en fleu r des berges.\n\n      — E t d an s l’a z u r du ciel l’in v isib le av en ir\n      Q ue c e tte jo ie offense, afin de la p u n ir\n      A iguise en tap in o is ses c ru e lle s fl am berges.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "      Chronique littéraire.                                                    229\n\n\n   E n voici un autre, de ceux que je signalais ta n tô t, les vers\nde tons froids, noirs et som ptueusem ent verdâtres; il fait\ncontraste avec le précédent et indiquera bien dans quel sens, —\net pas dans un autre — M. Gilkin peut être appelé disciple\nde B audelaire.\n   Cette dernière pièce est plus dans la teinte générale du\nlivre; de plus, elle est m usicalem ent ordonnée.\n\n                                      LE VIVIER.\n\n       Mon liv re e st u n v iv ie r profond de m a rb re n o ir\n       Où p arfo is, te p e n c h a n t plein d’h o rre u r, tu peux v o ir\n       O r e t flam m e ! o n d u le r d a n s la fan g e e t l’eau n o ire\n       U ne m u rè n e com m e u n long é clair de m oire.\n\n       D ans l’éb èn e affamé de ce b o ueux m iro ir\n       Le s o leil, qui s’y v o it n o ir d 'u n d eu il sa n s esp o ir,\n       Boit les b a ise rs g la ire u x d’u n e flore illusoire\n       Où s ’o u v re, au lieu des fleurs, m a in te le n te m âch o ire.\n\n       Toi qui v ien s te m ire r d an s ces tra ître u x rem o u s,\n       R eg a rd e , ô c h e r v isag e h y p o c rite e t si d o u x ,\n       Sous ton re fle t tre m b la n t g lisse r des m o n stres m ous.\n\n       P o u r re p a ître à la fois m es a m o u rs e t m es h a in e s,\n       Tous les jo u rs , de m es m ain s, je n o u rris m es m u rèn es\n       De b eaux yeux frais d ’en fa n ts e t d ’e n tra ille s hu m ain es.\n\n    Mais je me suis attardé ; le théâtre, M aurice M aeterlinck et\nIw an Gilkin m ’ont entraîné p a r des routes inconnues, et voici\nque je ne pourrai pas donner aux autres poètes dont les livres\nm ’entourent, toute la place qu’il faudrait. J e suis heureuse­\nm ent bien à l’aise avec H enri de R égnier, car je ne veux ici\nque signaler son m erveilleux missel du rêve, e t P ierre Quil­\nla rd en fera bientôt ici même une analyse approfondie. —\nMais vraim ent il est trop difficile de passer vite le long de ce\nparc des Légendes; et je veux m’y perdre encore. Oh la\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": " 230                                                                la Wallonie.\n\n\n radieuse atm osphère bleutée, diaphane jusqu’à ces là-bas\n  d’horizons veloutés, dans les vapeurs où glissent les Poèmes\n  anciens et romanesques (*) ! J ’ai beau fureter dans m a mémoire,\n  bien peu de livres de vers m’ont laissé d’aussi frais souvenirs.\n  C’est ici, p ar un nonchalant et si noble trouvère, l’évocation\n  de m ers où les grandes nefs s’avancent à toutes voiles, des\n hommes qui venaient de terres transatlantiques, et d’autres\n qui partirent, des cris et des chants, des gestes de femmes sur\n la plage, — et c’est la mer; c’est le bois vaste aux tem ps an­\n tiques, — peut-être avons-nous vu la Grèce, — le bois et les\n folles qui s’encoururent sous les branches, les chevelures\n d’or et feu sous les branches, les folles ! et des poursuites qui\n vont, de satyres en poursuite des folles, et des luisantes\n chevelures - au v ert rougissant des halliers, car c’est l’au­\n tomne, et c’est le soir, et les voici qui repassent les folles,\n tandis qu’en la ténèbre :\n\n                Une torche s’embrase en un bouquet d’éclairs\n                Ou secoue a u x étangs mornes des pierreries\n                Ou s’enfouit vivante en des antres ouverts.\n\n   Mais elles sont parties les folles revenues ! rien n ’est plus\nd’elles qu’un peu de songe, et ne sont-elles, ces disparues,\ncomme tous masques et ce que nous vîmes, ne seraient-elles\nque des apparences, de vaines et vagues qui rient et fuient,\nquand nos yeux, fixes encore, s’attard en t à chercher l’immo­\nbile au courant de la vie ?\n   Bien loin dans les années qui furent, oh se revivre là !\n\n\n   (*) P a r H enri de R é g n ie r, t i r és à p e tit n o m b re et trè s b ien édités par\nB ailly, 11, c h au ssée d 'A n tin , P a r is ; m édaillon p a r F élicien Ro p s, de la\nplus p u re b e au té, m ais qui e û t m ieux b laso n n é les v e rs d 'Iw a n Gilkin.\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "     Chronique littéraire.                                          231\n\n\nun masque et ses vides regards, sous les recloses paupières,\ntendus vers quelqu’étoile, et le vent qui se joue et bourdonne\n en ces lèvres sans voix, visage de m ystère, ali n ’es-tu pas\ncelle-là que jadis j ’ai connue,\n   Quand tu m archais vivante, eu les idolâtries,\n   Parm i les palmes et le sang et parm i l’or !\n   J e sais! jad is je fus celui qui p artit, et j ’avais l’âme triste ;\nje fus l’E rra n t vers mon destin, et comme h au t je tenais mes\narmes et comme droite m a bannière, un jo u r la V ille m’ap­\np aru t et to i qui m’attendais sur la to u r massive. E t je t ’ai\nsaluée, reine de m a virile destinée; E trangère, peut-être\nfatale, n ’es-tu point celle dont les brocards cèlent la pierre\ncéleste, n ’est-il à toi le talism an, la gemme de clarté que\ncherchaient mes arm es et mes errants désirs ? — H élas, déjà\nl’image s’efface en l’onde qui coule; ah je ne suis plus celui-\nlà, m ais tu n ’avais la Pierrerie.\n   Mirages, et que l’atten te est faite pour décevoir ! L a chi­\nmère de son vol d’acier a dominé les passants de ces\ncontrées, et ses ongles sont d’un aigu m étal. Mais ta n t de\nrêves, ah qu’ils somm eillent ! Lointaine et irréelle est la\ntoujours désirée toison d’or, et voici bien du soir encombrer\ntoutes les vallées! L e silence et le deuil planent comme le\nsoir dans les vallées :\n\n            La Mém oire p leu re su r la p ierre des tom bes,\n            G loriole é te m e lle et très an tiq u e espoir,\n            E t ces songes sont com m e un e x il de colombes\n            E m p o rta n t à leu r bec des roses au ciel noir.\n\n  Vous, la Princesse qu’il devait éveiller, ah mourez vite,\nmourez vite, car le chevalier ne viendra ! T riste est la forêt,\ncomme une m ort de princesse, et vers les grèves encore des\nchants d’adieu se prolongent. Ils sont partis les princes\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2032, "texte": "232                                                               la Wallonie.\n\n\ncouverts de soie, par les m ers et les m ers; les belles qu’ils\naim aient, ils les ont oubliées, et jam ais plus les larges flots\nne les porteront vers elles. Car les temps sont de larm es; et\nde plus dures étreintes se crispent sur les désirs. L a voici\npasser encore, celle que je vis; mais c’est par la forêt m au­\nvaise, et je ne sais quelles plaintes rôdent dans le vent. L a\nn uit est triste, la forêt se lamente, et soudain voici l ’aube\néclaircir les cîmes, et je suis seul, et to u t cela que je vécus,\nces joies et ces mélancolies, ah ce n ’était que la magie d’un\nsonge !\n   Or voici de nouveaux crépuscules :\n\n           Le v e n t du so ir dénoue aux robes défleuries\n           La c e in tu re d ’ém ail e t l’é ch arp e de soie,\n           Les d rap s lo u rd s des tréteau x o n d u len t au x p ra irie s\n           Où frisson n e la b an d ero le qui s ’éploie.\n\n\n           Il filtre u n a ir é p ars de flûte e t de viole\n           S o u p ir d ’a rc h e t qui v ib re aux g rêles c o rd es d’o r\n           Et cesse si ja illit du ch œ u r qui s’étiole\n           Q uelque san g lo t tro u a n t la to ile du décor.\n\n\n           De g ra n d s o rg u e ils ro m p u s com m e en é clats de glaives,\n           De g ra n d s esp o irs tu é s com m e des oiseaux bleus\n           Qui sa ig n e n t p a r la n u it d e la m er e t des g rè v e s,\n           Où lu ise n t les to rc h e s des Actes fabuleux.\n\n           Le cri du b u ccin c la ir s ’en lace de violes,\n           Il m e u rt des ailes aux franges d ’o r des tré te a u x\n           E t des flûtes to u t bas p le u re n t des g lo rio les,\n           Ram es des Nefs d’esp o ir en larm es s u r les eaux !\n\n           Le c ré p u sc u le e st si tris te c l ce so ir d e fête\n           Si d én u é de rir e e t h an té du vieux so n g e !\n           Et la p ra irie est to u te ro se e t v io lette\n           E t le g e ste en un g este d’om bre se p ro lo n g e.\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "     Chronique littéraire.                                                       233\n\n\n           E t les jo u e u se s en le u rs robes d éfleuries\n           S e n te n t le u r voix ré tiv e aux rô les oubliés.\n           S u r elles se m o u rir l’é c la t des p ie rre rie s\n           E t leu rs m asques c h o ie n t et se b ris e n t à le u rs pieds.\n\n           P lu s tre m b la n te s d an s l’om b re où trem b le u n e viole\n           Elles é co u ten t frisso n n e r to u te la m o rt,\n           E t ja illir com m e un c ri du c h œ u r qui s'étio le\n           Le b uccin c la ir tro u a n t la to ile du d éco r!\n\n           Face à face e t d e v an t le so ir qui le fascine\n           A l’é tra n g e p ra irie où ne foule les fleurs\n           Nul Avide d 'o u ïr la F able sybilline\n           Que se d ira ie n t le u rs voix d’A m antes e t de S œ u rs !\n\n           Et le doux c h œ u r ép ars e t g ra v e com m e u n e âm e\n           Lasse à jam ais e t qui p leu re e t suffoque au songe\n           Des bleus o iseau x b rû lé s p a r la to rc h e de flamme\n           R éto rq u e le silen ce où se plaît le u r m en so n g e!\n\n\n  Tout cela, que nous entendîmes, et les spectacles qui\nfurent les nôtres, gais rouets dans la ville en fête, et plus\nd’un soir de mélancolie, celle de qui je disais :\n\n                 La seule voix, la voix p ré c ie u se ,\n                 A passé le long du rivage\n                En l’a u ro re ou le so ir au la rg e\n        Sans q u ’a b o rd â t jam ais la barque au mât d ’yeuse.\n                  Et j ’e n te n d ais p le u re r les ra m e s s u r la m er\n                  Et les oiseaux frô ler les voiles,\n        E t j'atte n d a is sa face en ses cheveux s u r le ciel c la ir\n                 Et l’été d o u x pleuvait d ’étoiles.\n\n   Ali celle-là, comme d ’autres et d’autres, visions claires et\nvisions tristes, to u t cela n ’est qu’un vain spectacle, un vain\nspectacle de jadis, et c’est l’énigme dont je n ’ai pas le mot,\nl’Enigme.\n   E t c’est le Songe de la Forêt. Aux lointains de futaies qui\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": " 234                                                           la Wallonie.\n\n\nse gem ment de rejaillissante lumière, la Dame merveilleuse\nest l’habitante de la F orêt. Des vierges et des enfants en\nont l’image de toutes pierreries, et des pélerins s’en furent\nlà-bas, qui ne revinrent plus ; des chevaliers avaient passé\nqui n ’avaient aperçu la dame merveilleuse, m ais l’E sp rit\nqui dort en le m ystère de la F orêt dit à la Dame des m er­\nveilles :\n\n          « R eg ard e v ers l'o ré e e t l’a u ro re\n          Pa r la tro u é e o u v e rte en le bois,\n          Mon rê v e rê v e ra de ta voix,\n          Que vois-tu p a r delà la fo rêt et l'au ro re !\n\n          T o u rn e-to i v e rs l’o ré e e t s o u ris à l’a u ro re ,\n          A dem i soulevée éblouie e t div in e,\n          É c a rte d ’u n len t g e ste é tra n g e e t vague encore\n          Les h a u te s ro ses dont l’h erb e en fle u rs te dom ine.\n\n          L’écho des jo u rs p e rd u s e st m o rt en m a m ém oire\n          E t m on passé n a ta l e st vague com m e un songe.\n          Tes cheveux s u r m es yeux m i-clos et san s m ém oire\n          M êlent le u r c en d re é p arse aux tre s se s de m on songe. »\n\n    E t la Dame d it : “ J e vois les plaines, les plaines, le\n fleuve indulgent parm i les moissons mûries, et plus loin, des\n enfants s’éjouissent aux vignes. J e vois la Ville, et les palais\n et les carrefours ; des am antes sont à q uitter leurs am ants\n de noblesse, et sur les portes un masque rit d’un rire obscène.\n J e vois les Chevaliers qui p a rte n t, parten t pour les conquêtes;\n des m onstres de m étal ciselé couronnent leurs armes, et la\nchimère se déploie sur les cimiers. Je vois.... la Ville est triste\net de m ystère; des p élerins vont à pas tranquilles p ar les\nchemins, sous les étoiles. Mais c’est la nuit, c’est l’ombre,\nl ’ombre ! Toute la Ville s’y est fondue, je ne vois plus enfants,\nni chevaliers, ni pélerins ; ah c’est la Nuit !,.\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "     Chronique littéraire.                                                        235\n\n\n   E t le Dorm eur de la F o rê t dit à la Dame : “ J e fus ces\nenfants et leur bénin sourire, m ais ils sont m orts en moi ;\nje sus toutes les lèvres tendues des am antes; le m auvais\nmasque c’était moi; je fus les chevaliers, pennons au vent, e t\nleurs bannières; m ais les guivres des casques m’ont m ordu,\net la chimère s’est envolée, et je fus homme vil, et j ’ai couru\npar les chemins. Ces pèlerins, je vécus leur vie, et je partis\ndans la forêt vaste; mais j ’ignorais l’invisible But, et je ne\nsavais pas que tu y dormais ton sommeil de merveilles :\n        Mon rêv e qui fu t toi fle u rit en te s m ains pâ les\n        Qui c u eillaien t to u r à to u r la ro se e t I’ancolie\n        Du m en so n g e c h an g e a n t de leu rs le u rre s d’opales.\n\n        Le m illièm e fou de l’an tiq u e Folie\n        Moi le Sage ép erd u de l’an tiq u e Sagesse,\n        L’E r ra n t q u ’u n vœ u de d u r d e stin p o u rc h a sse e t lie\n        Moi le P a u v re affamé de to u te la la rg e sse !\n\n        J e su is venu v e rs toi p o u r u n e h eu re éphém ère\n        Où je fus l’hôte de ta m agie étern elle\n        Toi le Songe, toi l'O p ale, loi la Chim ère\n        V ers qui d ’a u tre s iro n t com m e j ’allai v e rs elle.\n\n        E t la fo rêt re d e v ie n d ra la fo rêt m orne\n        S ans v estig es p o u r moi de rir e s e t d'oiseaux\n        En la ro b e j ’e n te n d s p ié tin e r la lico rn e\n        Qui b rise les ru b is au b ris de ses sab o ts.\n\n        L’om b re im m ense d o n t ton silen ce e st le m ystère\n        R ep ren d ton rir e é p ars en son écho n a ta l;\n        J u sq u ’à l’h e u re où v ie n d ra q u elq u ’un qui so it mon frère\n        D ors en te s g ro tte s d ’o r, de fleu rs et de c rista l.\n\n        Et j e re d e sc e n d ra i la c o llin e san s ro ses.\n        Vers la ville en d o rm ie et le fleuve so n o re\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "236                                                              la Wallonie.\n\n\n         E t j'ira i m 'acco u d er p rè s des fontaines closes\n         Au m u r où les ro seau x frisso n n e n t de l’a u ro re .\n\n         S u r les flûtes si m erv eilleu ses q u ’elles sem blent\n         E g re n e r des opales e t des am éth y stes,\n         S o u p ir de voix qui p leu re et de lèv res qui tre m b le n t,\n         S u r les flûtes qui s o n t u n peu des âm es triste s ,\n\n         Je c h a n te ra i v ers l’om b re e t les étoiles m ortes\n         Ju sq u 'à l’aube où b le u it l’o pale du lac m ort\n         Ce q u ’aux E to iles de ja d is et qui so n t m ortes\n         En le m agique Bois c h an ta cet oiseau d ’o r. »\n\n    Une étonnante unité d’atm osphère et de couleur, une unité\nde tendances et l’unité de la pensée aussi signalent ce beau\nlivre. Des titre s divers s’allongent d’une si nonchalante grâce :\nla Vigile des Grèves, le fol Automne, le Salut à l’E trangère,\nmotifs de Légende et de Mélancolie, Scènes au Crépuscule,\nle Songe de la F o rê t; mais l’œuvre est bien un seul être\npolymorphe, et c’est bien d’une seule âme qu’on vient de\nvoir les songes. Car c’est une psychologie, les P oèmes anciens\net romanesques, celle de nous tous qui devinons au-dessus\nde nous, quelque part, Quelque Chose. H enri de Régnier,\nmieux que personne peut-être, sait par des images et des\nsuggestions analyser un esprit. L a paraphrase que j ’ai tentée,\nfidèle quant au décor de chaque partie du livre, aura pu faire\ndeviner combien aérienne et comme allégée est cette évo­\ncation d’une âme. E lle s’ordonne selon des images radieuses,\nindéfinim ent suggestives, et l’on vit de sa vie en les forêts\nde tous ses rêves, arraché pour longtemps à rien qui ne soit\nelle. C’est le plus bel éloge qui puisse s’incliner devant un\nfront de poète.\n   J e veux pourtant reprocher à H enri de R égnier une\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "     Chronique littéraire.                                     237\n\n\ncertaine uniform ité dans l’agencement des vers, des répé­\ntitions et le choix des mêmes tons pour la p lu p a rt de ses\nimages. Que des m ots semblables reviennent souvent, il serait\npuéril de le faire observer à ce m aître ouvrier. Mais j ’aurais\nvoulu plus de décisives lignes, des contours plus fermes, une\nchair plus nerveuse. J e le sais d ’ailleurs, to u t est fluent\ndans ce livre et tout doit fuir, le sujet et la philosophie de\nl’auteur l’exigeant avec force. E ncore H enri de R égnier\naurait-il pu donner à telles strophes une forme plus défini­\ntive, dans ses vers libres surtout, se défier peut-être de sa\ntrop grande aisance. Car nul de nos poètes ne fu t à sa\nnaissance paré de plus beaux dons par une plus douce Fée.\n   L e lyrism e doit découler de H enri de R égnier comme le\nvin d’une am phore; on le sent natu rel à sa bouche comme\naux chevelures les diam ants, comme aux corsages tous les\nbouquets. Des visions enchantées caressent à chaque minute\nses prunelles, et des vers les traduisent comme instinctive­\nm ent l’enfant parle. Ceux que j ’ai cités ne sont pas toujours\nles plus beaux, mais je les ai transcrits parce qu’ils chan­\ntaient sur mes lèvres, et il y a dans tout ce livre une si\nconstante brise musicale, chargée des pures images s’y\nélancées, qu’en prenant au hasard j ’ai dû choisir de beaux\nvers. Ces visions enchantées que j ’allusionnais, elles sont de\nl’ordre le plus noble, elles passent dans le soleil, parm i des\ncristaux, des lacs aux forêts captives, des femmes qui sont\nreines ou fées bien loin dans nulle histoire. E t elles se déplient\ndoucement, vêtues de gaze comme d’ailes nacrées, en de\nvagues paysages aux grandes lignes qui sont de courbes et\npensives.\n   L e paysage d’H enri de Régnier invinciblem ent fait songer\nà Puvis de Chavannes, aux plaines si chastes et comme\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "238                                                                la Wallonie.\n\n\nlactées, aux parcs d’une tranquille am plitude, vêtus de jour\npour des présences légendaires ou royales, aux m ontagnes\nqui glissent en pente adoucie, et toujours larges selon l’h a r­\nmonie et le plus m ajestueux silence.\n   J e veux com pléter ce rapprochem ent : si, par la peinture,\nPuvis de Chavannes m ’a laissé des souvenirs de ciels entre­\nvus, H enri de R égnier m ’en a laissé de presque aussi clairs\np ar son m erveilleux livre. — E t qu’ajouterais-je encore sans\ndim inuer mon im pression?\n\n                                           * *\n   T ant est devenue m aîtresse, en ces derniers temps, la\nconviction qu’il faut suggérer, voici, d’un puissant naturiste,\nun rom an sans cesse tendu vers le m ystère. Le Possédé (*),\nde Camille Lem onnier, appartient bien par son sujet aux\npays habituellem ent visités par les naturalistes; mais il s’en\nexile par la forme. Un probe m agistrat, la cinquantaine\narrivée, oublie jusqu’à la femme, sa compagne aim ante dans\nla vie, celle qu’il aime encore de toute sa tendresse, il l’oublie\npour vouloir insatiablem ent l’équivoque institutrice de ses\nenfants ; un fait d’atavism e se précise : il sent le dominer en\ntoute sa chair l’influence d’un aïeul dont le sang court en ses\nveines.\n   P areil sujet ne devait pas nous plaire outre mesure,\nsem blait-il. Mais Camille Lem onnier l’a transform é, le tri­\ntu ra n t de ses m ains fortes jusqu’à en faire ja illir un livre\namer, toutes les âpretés, les dégradations morales et les\ndouleurs, un livre qui à m aints points de vue est le livre d’un\npoète. L ’au teu r si divers du Mâle, de la Glcbe et de VHysté-\n\n\n  (*) Le Possédé, p a r Cam ille L e m o n n ie r; C h arp en tier, é d iteu r.\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "     Chronique littéraire.                                   239\n\n\n rique, s’est rapproché cette fois, par sa forme, des tendances\n les pins récentes. On connaît ce chatoyant style de Lem on­\n nier, les phrases allongées qui se bistournent et se redressent,\n du rouge et des m étaux p erlant des muscles à chaque effort ;\n ici, comme en certaines pages de E n Allemagne, les mots\nrevêtent parfois des transparences opalisées, une épithète\n se nue de rêve, un mot surgit, nimbé d’ombre vaincue, et\n qu’on n ’attendait pas. C’est qu’avant d’être un romancier,\n Camille Lem onnier est un artiste, un des plus purs artistes de\nla prose française en ces jours. On connaît ses trésors de ru ti­\nlances, les opulences de son vocabulaire ; ici il s’est exaspéré\nparfois comme en tels chapitres de H uysm ans, il a des cas­\nsures d’antimoine, des reflets qui s’évaguent, ou s’irradient en\nmille aigrettes. D ’autres fois, avec des mots simples, d’im ­\nprévues parenthèses, il élève loin du terrestre et quotidien\npersonnage mis en scène, pour illum iner je ne sais quelles\ncontrées d’écrasem ent qu’il explore. I l parle des yeux, les\nyeux noirs d’une jeune femme : “ (des lys noirs, le soir, au\ncoin d’une eau morne). „ Ou bien c’est, dans le cauchem ar de\nLépervié un polaire paysage qui s’élève et se tasse. Ou\nencore, en une basse aventure, Lépervié rencontre un obsé­\nd an t regard : “ (En des yeux incolores et diffus de fiévreux,\nun triste, un bizarrem ent triste et distant regard, comme\nmonté d’une destinée m alheureuse et qui, sur ce visage\nglabre, aux joues vieillottes et secouées par moments d’une\ntoux, avait la douceur hum ble d’un reproche ou d’un regret\npour un im m érité outrage.) „\n   Il est affligeant de penser qu’un ta len t de si puissante\nallure s’exerce sur l’histoire d’un président libidineux. Mais\nà chaque in stan t nous sommes emportés loin du pauvre\nLépervié dans la région des norm es; ce n ’est plus un individu\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "240                                             la Wallonie.\n\n\nqui parle, agit et se déshonore, c’est l’éternelle brute humaine\nen lu tte avec son esprit. Ce livre, divisé en courts p ara­\ngraphes, comme si l’auteur avait voulu se forcer à écarter\ntoute description objective et inutile, ce livre est to u t de\npsychologie et d’une acuité de lame luisante, d’une âcreté\nrévoltée comme un mépris devenu de la pitié. Certes est-il\naussi éloigné de la formule naturaliste qu’Emile V erhaeren\nl’est de Richepin, ou V erlaine de François Coppée!\n   P eut-être il dénonce comme une hâte de trav ail, et se\ntrouve forcément inégal p ar cela même qu’il décèle l’évolution\nde son auteur. Inégal, m ais toujours artiste, toujours fière­\nm ent dédaigneux des moyens vulgaires, il évoque p ar des\nimages, par des hantises, par de soudains détails groupés,\nd’où naissent des crescendo d’impressions à faire haleter. Je\nl’ai dit, pas une seule description comme les m ultiplient les\nn aturalistes; mais la création, sur des plants nets et par\nprécises touches, de plusieurs figures humaines. Il y a là une\nfemme, Rakm a, une femme à la Rops, enfiévrée, froide pour­\nta n t, dévergondée et cruelle, m aigre avec toutes les sou­\nplesses et ses inflexibles regards de ja is; une silhouette\ntracée de la pointe à l’eau-forte, fière, nerveuse et de\nmembres agiles, im pavide parce qu’elle est et sera, m épri­\nsante parce qu’elle a été, affolée d’un vieillard pour qu’elle le\ndévore et grandem ent belle comme les Sataniques.\n   Mais j ’adore surtout le clair visage de fillette, la si blanche\nqui m ourut lorsqu’elle découvrit la débauche.\n   “     Léger, furtif, agile, un pas, un aimable petit pas\nailé (arrête, arrête, enfant!) frôla les tapis de l’escalier, un\npas qu’ils ne pouvaient plus entendre et qui m ontait, se\npressait, se rapprochait, une seconde s’immobilisait sur le\nseuil de la porte restée ouverte. Puis un cri partait, l’effroi\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "      Chronique littéraire.                                                     241\n\n\net la douleur d’un cri, un tel cri qu’une âme s’y déchira.\nPaule, accourue pour surprendre son père à son réveil, to u t\nà coup apercevait (ah! l ’horreur de dire cela!), parm i les\nrobes et les linges dévastés, un b attem ent affreux de membres\nen l’air, comme de bêtes ruées au m assacre, une fureur hon­\nteuse de chairs nues qui s’étreignaient. E t, toute pâle, épou­\nvantée, elle se reje tait à trav ers l ’escalier, sau tan t les\nm arches, les deux mains devant elle        ,,\n   J e le répète, en s’écartant de plus en plus du p etit clan\nn aturaliste, — d’ailleurs en a-t-il jam ais fait partie? —\nCamille Lem onnier a cherché pour le rom an une forme nou­\nvelle. Jam ais il n ’a m ontré plus m agistral son talen t qu’en ce\nlivre, encore inégal; mais en attendant le sûr et complet\nchef-d’œ uvre qu’il annonce, Le Possédé, par cette prestigieuse\nR akm a, p ar la psychologie disséquant Lépervié d’inexo­\nrables mains, p ar le discret modelé des figures de second\nplan, p ar le flot des images, les soudains rêves mornes et les\nm iroitem ents d’une langue m étallique, Le Possédé est une\nœuvre, et de la plus virile force.\n   U n hasard ami, et je lui en sais gré, m ’a donné de m ontrer\naujourd’hui des livres de vraie grandesse. J e ne suis pas, par\ntem péram ent, un éternel bénisseur; mais que dire d’une\nœ uvre de génie comme AXÊL, que peut-on jargonner de la\nPrincesse Maleine ou des Poèmes anciens, à moins qu’on ne\ns’incline? Mes Mémoires (*), par Pierre-M . Olin, en des mor­\nceaux de prose d’allure assez diverse, recomposent un moi\nbizarre, un caractère comme 0n eût dit autrefois. J e connais\n\n\n   (*) Mes Mémoires, p a r P ie r re -M . O lin ; des p re sse s de La W allonie,\nVail a n t-C a rm a n n e , à Liège. Dix e x em p laires s u r H ollande Van G elder,\nso u s u n o rig in al e t so b re c a rto n n a g e an g lais.\n\n                                                                         16\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "'242                                             la Wallonie.\n\n\ndes poètes qui d’instinct détestent l’auteur de cette biogra­\nphie; j ’en connais d’autres qu’elle requiert, et j ’en suis. C’est\nqu’une surprenante et vivante sincérité d’analyse, am ère sous\nun m asque léger d’ironie, une reconstitution subtile de\npensées e t d’associations d’idées doivent outrager m aints\ndésirs de rêveurs, comme elles étonnent et conquièrent la\ncritique d’autres qui rêvent aussi. L a critique! Un livre ainsi\ntiré à dix exem plaires et distribué à de seuls amis semble\nn’en point vouloir supporter la pédanterie, et il y a dans ce\nfait un suprême dédain, un jo li haussem ent d’épaules qui\ns’indique plus nettem ent encore au long des pages feuilletées.\nCe livre est d’un égotisme parfait, et p ar là il agace en même\ntem ps qu’il attire. N ’est-ce pas ce que souhaitait son auteur?\nU n volontaire garçon, soutenu d’orgueil et qui s’isole dans un\nm épris peut-être trop facile, un étrange esprit desséché pour\ntoutes choses, horm is l’art, un paradoxal et m ouvant esprit\ns’y dévoile en liberté. L ivre en apparence peu cohérent, il vaut\np ar une originalité là toute vive, une originalité comme je\nn ’en connais guère; il déconcerte par de brusques sursauts\ndans l’intellect, il est cruel, n ’a jam ais “ le coeur sur la\nm ain „ et s’en défend comme d’une quasi turpitu d e; très\nartificiel à dessein, il chasse la cam araderie p ar un bref sourire\nvoisin du pôle, et, comme dans ces grottes cachées et froides\nles scintillantes stalactites, en son exil d’erm ite seigneurial\nil s’ouvre to u t entier pour l’ami qui serait l’Ami, en laissant\nvoir un im périal trésor d’amour, des fiertés aux doigts cares­\n sants, toutes les joies ingénues.\n    Mes Mémoires, mais non pas une autobiographie au sens\n ordinaire du mot, sauf l’indéfinissable de nous-même, les\n souvenirs transm ués en notre œ uvre et les désirs des heures\n secrètes, qui, m algré nous ou consciemment, infiltreront\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "       Chronique littéraire.                                                                 243\n\n\ntoujours leur sève dans nos plus inconnues forêts. L ’histoire\nest brève : Il fut jadis un cœur comme les autres, il vibra\npour être déçu ; comme il s’é tait replié sur lui-même, encore\nblessé de passions vaines, l’a r t soudain lui apparu t formi­\ndable, et des philosophies. I l reconnut son grave Péché\nd’avoir laissé ja illir vers de folles apparences la toute puis­\nsance de l’Ê tre en soi-même et pour soi-même; il reconnut\nle royaum e sans bornes du moi qui ne s’éperd, et se nia d’un\nseul geste l’existence objective des choses. Alors ce fu t son\nregard sceptique et l’ironie comme expérim entale et m athé­\nm aticienne pour s’am user du paradoxe selon les figures\nentrevues. Ju sq u ’à ce qu’un jo u r une Faiblesse l ’assom brit;\nil songea longuem ent à toutes grandeurs qu’il eût peut-être\nfait surgir si son orgueil y avait consenti, et soudain se\ntrouva très seul.\n   A p a rt la conclusion qui volontairem ent déchoit vers une\npassagère lâcheté si humaine, cette philosophie po u rrait se\nsym boliser p ar la spirale, dont l’idée a depuis longtemps\nséduit m a réflexion. C’est la spirale au centre asym ptote, qui\nse déroule et se déroule indéfiniment, élargissant ses ellipses\nm ouvantes pour chercher la raison objective qu’elle n ’attein ­\ndra ja m ais ; et c’est l’âm e-spirale qui sur elle-même s’enroule,\nvertigineusem ent toujours se rapprochée du centre subjectif\nqu’elle n ’attein d ra jam ais (*).\n\n\n    (*) En so n re m a rq u a b le liv re, le P roblèm e, le d o c te u r A ntoine Gros\nv ie n t de lo n g u e m e n t d év elo p p er c e tte hy p o th èse, c o n clu sio n de ses beaux\ntra v a u x p h ilo so p h iq u es. Voici du c h a p itre lap id aire, un fragm ent :\n« l’o rg a n e e sse n tie l de l'âm e en so n dom aine ato m iq u e p e u t ê tre re p ré ­\ns e n té p a r u n e co u rb e , s o it u n e sp ira le lo g ary th m iq u e non tra c é e s u r un\np lan , m ais se d é v elo p p an t d an s l'esp ace en hélice ellip tiq u e, le c ercle,\ncas p a rtic u lie r de l'ellip se , é ta n t ra re m e n t réalisé. Une telle courbe\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": " 244                                                                     la Wallonie.\n\n\n    Il est vrai, le moi semble n ’être encore qu’un postulat; le\n raisonnem ent n ’a pu jusqu’ici me prouver son existence\n comme entité absolue, et n ’est-ce point que le centre de la\nspirale ne sera jam ais a tte in t? J e n ’en ai point la connais­\nsance directe, et il ne se révèle que p ar ses phénomènes, les\nidées. J ’en obtiens la notion en abstrayant d’une collection\nd’idées to u t ce qu’elles renferm ent de dissemblable, et alors\n le moi s’illumine à mes yeux comme la synthèse des idées.\nMais si, plus tard, je fais une deuxième synthèse, ce produit\nne sera pas égal au précédent, si même les résultats ne sont\ncontradictoires. J e ne puis donc concevoir le moi que comme\nune quantité relative et variable, bien qu’une sorte d’instinct\nparalogique m ’en impose la foi. L ’homme cherche à prendre\nconscience dans la femme, comme l ’être dans le paysage, en\ny percevant le creux modelé qu’y fouilla son relief; de même\nun scel arm orial ap p araît par la cire exprim ant le blason\nqu’il frappa, et la musique se révèle en sculptant du silence.\nL ’homme se cherche dans l’amour, et n’est-ce pas pour cela\nque nous désirons la Jeune F ille en l’entourant de vagues\nliturgies? — comme on veut une limpidité de glace et la\npassivité d’une eau qui ne peut fuir, domptée p ar le cadre\nd ’or ou d’ébène. Pierre-M . Olin a probablem ent dirigé sa\n\n\ns'e n ro u le v ers u n c e n tre asy m p to te, on v e rtu de la loi de sa c o n stru c tio n ,\nelle tend p e rp é tu e llem en t v e rs ['in fin im en t p e tit ab so lu , elle p e u t é la rg ir\nses volutes in d éfin im en t d an s le sen s d iv e rg e n t, c ’e s t-à -dire vers l’infini ­\nm en t g ra n d de l'esp ace. »\n    D ire m on re sp ec t p o u r l’œ u v re de M. Gros, ce n’e st pas m ’e n g ag e r à\na d m e ttre to u te s ses id é e s; p a r exem ple le c h ap itre s u r la réa lité du\nm onde physique, et, page 2 3 3 , c e tte p h ra se d 'a ille u rs a tté n u é e e n su ite :\n« l’o b serv atio n et l’e x p é r ie n c e .... so n t la so u rc e de toutes no s c o n n ais­\nsan ces. »\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "        Chronique littéraire.                                                           245\n\n\nréflexion dans ce sens, et c’est ce qui explique la conclusion\nde son petit livre.\n   Q uant à la forme, le livre d’Olin est im parfait. L es amis\nont droit à une brutale franchise ; eh bien la phrase parfois\ns’em barrasse, trop bourrée de traîtreuses incidentes qui\nrom pent le rythm e. Si P ierre Olin publie un jo u r Mes\nMémoires en une édition moins strictem ent privée, il fera\nbien de supprim er aussi les chapitres sur le droit et la\ncritique, inutiles c’est-à-dire nuisibles. Mais qu’il ne change\npas une ligne à ses confessions sceptiques, e t surtout qu’il\nne touche pas à ces pages : le Sceau du passé et Finis, car,\np ar l’idée profonde et la si noble forme, elles réalisent le\nBeau dans toute sa pureté.\n                                            *\n                                           * *\n   Dédiés au Poète et seigneur José M aria de Hérédia, voici\nles Paeans et les Thrènes (*) de F erdinand H érold. N’y\nvoyez point, de grâce, une œ uvre trop posthum e du compo­\nsiteur de Zam pa, m ais de solides vers parnassiens sur des\nsujets antiques. J e suis très loin d’adm ettre l’esthétique\nparnassienne, m ais l’école eut sa raison d’être puisqu’elle\nfut. E t, lorsqu’on relit tel poème de Leconte de Lisle, tel\nsonnet de H érédia où vibrent les soleils, on ne peut s’empê­\ncher d’adm irer m algré tout. M. F erdinand H érold s’inspire\nsurtout de Leconte de L isle; disons-le, il a même subi\nson influence. Depuis, rénovant sa technique, il a résolum ent\nadopté le vers libre, ou, comme le dit H érédia lui-même, les\nvers polymorphes. Mais, dans ces hym nes de victoire ou de\nlarm es, en cette poésie entièrem ent objective, il avait su\n\n\n  ( *) Les P a ea n s et les Thrènes, par F e rd in a n d H é r o ld ; P a ris, L em erre .\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1990, "texte": "246                                                                 la Wallonie.\n\n\nmodeler et sculpter des formes, saisir des gestes, décrire\ndes paysages de clarté. J e ne saisis point l’idée d’ensemble\nde ce livre, s’il en a une, m ais les divers motifs s’apparient\nbien comme des barques cinglant vers le même horizon, et\nl’unité existe au moins dans le lieu et dans les personnages :\nles héros et les dieux de la Grèce. M. H érold, qui songe\nm aintenant à des saintes et à des fées du moyen âge, est\ndéjà bien loin de son livre; mais il reverra sans doute long­\ntem ps avec plaisir plusieurs m orceaux de son recueil, et, par\nexemple, ce sonnet :\n                                  Le   je u n e   d ie u .\n\n\n\n           Avec l'éc la t p o u rp ré d’u n tem p le p o u r d éco r,\n           Le V ainqueur ra d ie u x , le P rin c e je u n e e t b ra v e ,\n           Qui tra în e un lo n g tro u p e a u de re in e s com m e esclave,\n           S’én iv re de l’e n ce n s qui b rû le aux vases d 'o r.\n\n           S u r so n larg e cim ier, où Nikê prend l’e sso r,\n           Sem ble p lan er la Muse h éro ïq u e qui g rav e\n           Son nom im m aculé s u r l’a ira in e t la lavé,\n           P o u r q u ’il su rv iv e au x nom s d ’H éraclès e t d 'H ecto r.\n\n           Le fro n t so u m is, e t p ro s te rn é s d e v a n t le trô n e ,\n           H ellènes, S y rien s, M èdes q u ê te n t l’aum one\n           D’un s o u rire in d u lg e n t ou d ’un reg ard d is tra it.\n\n           E t plein d ’a rd e u rs p o u r de no u v elles a v en tu re s,\n           En so n o rg u e il sp len d id e e t q u e nul ne v a in c ra it,\n           Le p u issa n t fils de Zeus rêv e aux g lo ires fu tu res.\n\n\n                                           * *\n  Plus encore que les vers de F erdinand H érold, la N éva (*) de\nM. D um ur est un ensemble de descriptions. C’est dire que\n\n\n  (*) La Néva,   par Louis        D um ur ,   à S a in t-P é tersb o u rg . A P a ris,   chez\nSavine.\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "     Chronique littéraire.                                   247\n\n\nM . D um ur ne se rattach e nullem ent aux tendances actuelles.\nS’il innove, c’est dans la forme : Son vers est basé su r le\nrythm e, comme les vers de l ’antiquité. C’était une excellente\nidée, la m esure n ’étan t pas, en soi, un principe musical,\n— le m ot principe ici dans le sens étymologique. M alheu­\nreusem ent, en s’appuyant sur les toniques, il a construit un\nvers très m onotone parce qu’il se déploie presque toujours sur\nun invariable dessin, les pieds étan t régulièrem ent disposés.\nI l eût mieux valu s’inspirer directem ent de la Grèce, se ra p ­\npeler que le vers à peu près régulier, le vers héroïque, était\naccom pagné p ar le monoch orde ou la lyre, que Sapho m aniait\nl’heptachorde et que tous les lyriques étaient des musiciens.\nOr, c’est en ces lyriques, Pindare par exemple, que la mu­\nsique s’unit le plus intim em ent aux rythm es ; si M. Dumur\n(e t je ne trouve pas d’autre raison à ses rem aniem ents) avait\nvoulu se rapprocher de la musique, il aurait pu mieux faire\nen adoptant les rythm es libres des lyriques, avec un accom­\npagnem ent de musique form ant l’harmonie. Ou encore, comme\nquelques-uns nous le tentons, faire en trer rythm es et h a r­\nmonie dans la composition du vers lui-même ainsi rendu\ncomplet. D ’ailleurs je n ’attache pas plus d’im portance qu’il\nne sied à ces discussions de forme, et je n ’y eusse fait allu­\nsion si la Néva ne se présentait avec les caractères d’un m a­\nnifeste. Enfin j ’accorderai volontiers que si le livre de\nM. D um ur m anque souvent de ferm eté dans le dessin et de\npuissance dans la couleur, il contient au moins des descrip­\ntions scintillantes ; de plus, il faut signaler l’innovation, car\nelle m ontre en son auteur un artiste qui veut chercher.\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "248                                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n   Il m ’est difficile d'être im partial pour le Meilleur Devenir\net le Geste ingénu (*), M. René Ghil m’ayant exclu jad is des\nÉ crits pour l’A r t, en même tem ps que MM. D elaroche et\nSaint-Paul, apparem m ent parce que nous ne partagions pas\nses idées. J e prie ceux qui me liront de ne pas l’oublier, en\nmême tem ps que je me m ets en garde contre moi-même.\n   Peu de poètes furent aussi bien doués que M. René Ghil,\ne t celui qui écrivit la prem ière édition du Traité du verbe\nétait certes un artiste. U ne conception claire de la musique,\ndes images aux tons rares, une langue charm ante auraient\ndû faire de M. René Ghil un écrivain de haute valeur. M aints\nvers de lui sont du reste adorables : les deux “ air pastoral „,\ndes fragm ents du prem ier Geste ingénu et, de ci de là, en la\np lu p art de ses poèmes, des évocations exquises. Mais depuis,\nM. René Ghil s’est desséché à force de vouloir échafauder\ndes théories et de les réaliser aussi; puis il a obéi à des\ninfluences étrangères : de la sociologie, que sais-je, enfin il a\nperdu un tem ps précieux à im prim er des choses désagréables\nou des injures gratuites contre celui qu’il avait appelé son\nm aître, et contre divers poètes m odernes. L e D arw inism e\nsurtout, et le positivisme (avec la philosophie de H egel que\nM. Ghil espère rénover) en form ant dans ce cerveau un h âtif\nmélange, induisirent M. Ghil en des erreurs bien graves pour\nun poète. Ainsi fut conçu le Meilleur Devenir, poème didactique\ncomme le dit son auteur lui-même, où. en cherchant à décrire\nles phases du transform ism e, M. René Ghil n’aboutit qu’à\nune suite de descriptions presqne toujours puériles, en ne\n\n  (*) Le M eilleur Devenir e t le Geste in g én u , u n volum e p a r R e n é G hil,\nchez l’a u te u r, à M elle, 2 fran c s.\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "     Chronique littéraire.                                                     249\n\n\ngardant de sa prim itive musique qu’un souvenir d’harmonie\nvague. Quelques parties, d’abord publiées, purent sembler\nintéressantes et faire espérer de belles pages, lorsqu’on les\nconsidérait comme un brouillon ; mais loin de magnifier ses\nprojets, M. R ené Ghil les a rapetissés par l’expression. L e\nMeilleur Devenir n ’est pas de la science pour les savants, et\nil n ’est pas plus de la poésie pour les poètes qu’il n ’est de la\nmusique pour les musiciens. J ’en excepte M. T hebault, qui\ndoit être un charm ant garçon.\n   S’il n ’avait publié que le Meilleur D evenir, je n ’aurais pas\nici parlé de M. Ghil. Mais le Geste ingénu est d’une autre\nvaleur. A v rai dire, il n ’y demeure pas plus de dix vers de la\nprem ière édition, m ais M. Ghil y a fait entrer, en les agençant\nassez bien, le second A ir pastoral, des fragm ents de l'A ir\nnuptial, etc. L 'a ir pastoral, m alheureusem ent am puté, est\ntoujours un poème de grand charme, comme telles parties\ningénues de ce second livre, où passent des visions de jeunes\nfilles et d’adolescents radieux. M alheureusem ent, to u t se\ngâte à chaque page p ar des m ots terribles venus des préoccu­\npations sociales de l’auteur, p ar des considérations patholo­\ngiques sur la fonction d’amour, par des allusions à son rôle\ndans un E ta t bien ordonné, etc.\n   C’est ce qui a fait com m ettre à M. René Ghil, dans le\nGeste ingénu, à côté de visions adorables comme celle-ci :\n          E a u x d’ingénuités sans rives aux légendes\ndes vers comme les suivants :\n             Q uelqu’e n sé p u ltu re m e n t d 'ép o u x v e rtu e u x\n             Q ui, m êlés, e u re n t p a rt à l’œ u v re p o u r le M ieux.\n\nou d’autres, à la fin, lorsque des am ants angéliques s’enlacent,\nen songeant à ponctuellement accomplir leur devoir envers la\nSociété. Evidem m ent, c’est pour le mieux.\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "250                                             la Wallonie.\n\n\n   Q uant à l’obscurité si souvent reprochée à M. Ghil, il faut\nbien adm ettre une fois pour toutes qu’elle n’est pas si\népaisse. E n ces deux derniers livres, une clarté plus sensible\ns’est faite, et si l’on ne comprend pas, c’est parce qu’on ne le\nveut point. Mais, depuis l’été dernier, M. Ghil s’est encombré\nl’esprit de théories encore peu cohérentes, qui se m euvent on\nlourde foule pour écraser le Poète de jadis. J e ne puis\nadm ettre chez M. Ghil les tendances soi-disant modernes qui\nlui font regarder le poète comme un fonctionnaire désormais\nrétribué par l’E ta t à charge de célébrer lo culte dans le\ntem ple communiste. Sans dire même ce qu’a de peu réel une\nphilosophie expérim entale basée sur l’universel amour, — la\nlu tte pour l’existence resta n t en somme une hypothèse mieux\nappuyée — je ne saurais com prendre le sacerdotal poète\nim aginé p ar l’auteur du Meilleur Devenir. J ’ai beau me repré­\nsenter le Trocadéro, p ar exemple, transform é en un p yra­\nmidal escalier baigné de soleil ou lavé par l’ondée, et au\nsommet, face à face avec la tour Eiffel qu’il dominerait, un\npoète évolutiste officiant pour le Peuple; non je ne réussis\nà y voir qu’une cérémonie grotesque dont riraient même les\ninventeurs de la déesse Raison. E t quel plus large décor\nchoisir ?\n   E n se décrétant poète utile (il y a quelques mois), M. Ghil\n a proclamé tels ses amis des Ecrits pour l'A rt, en même tem ps\n qu’il déniait toute dynam ique sociale aux poètes étrangers.\n C’est parfait, et nous avons le plus beau lot. Mais V erhaeren\n s’est retiré, d’autres étaient exclus, et la rédaction des E crits\n s’est complétée par des recrues. C’est ainsi que MM. Gaud,\nRenaud, André, e tc., peut-être nuisibles jusqu’à l’été dernier,\n sont devenus soudain considérablem ent utiles, — disons indis­\n pensables. J ’en sais aussi qui sont utiles bien m algré eux, et\n le meilleur Poète des E crits ne me contredira point.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "     Chronique littéraire.                                      251\n\n\n   D u reste, je ne voudrais pas avoir l’air de railler M. Ghil\npour le plaisir de faire des plaisanteries; ce rôle est trop\nfacile. Non, si l’on sourit à l’énoncé de telles idées, c’est avec\nam ertume. M. René Ghil eut un très fier talent, et sans doute\nle possède-t-il encore. Mais il est a ttrista n t de penser qu’il le\ncache, qu’il gâte et amenuise ses beaux désirs d’autrefois,\nqu’il avilit une pierrerie en la je ta n t au peuple.\n   N ’am oindrissons pas le poète, et laissons l’a rt vivre isolé\nde sa pure vie lum ineuse ; on l’abaisse en lui donnant un\nrôle social, et l ’in staurer de force dans la Foule et pour la\nFoule qu’il dédaigne, c’est ne point concevoir sa grandesse\nd’éternel exilé.\n                                            A l b e r t MOCKEL.\n\n\n  J e dois signaler dans la Revue des Sciences et des A rts de\nLiège (nos 2, 3 et 4), une rem arquable étude du docteur\nJorissenne. Avec une im partialité ra re et une compétence\nscientifique qui fait souvent défaut aux poètes, l’auteur an a­\nlyse aux points de vue de l’acoustique et de l’a rt, les théories\nde la musique des vers; j ’ai surtout à me louer de la cour­\ntoisie parfaite — et même plus que cela — dont fait preuve\nM. Jorissenne, lorsqu’il discute quelques articles éparpillés\ndans 'les revues; et, en le rem erciant ici, je crois pouvoir\naffirmer qu’à p art la question des vers inégaux et rythm iques,\nnous sommes à peu près d’accord.\n   I1 faut lire aussi l’étude consacrée p a r M . Fréson au créateur\ndu drame lyrique, Richard W agner. Pages publiées dans la\nRevue de Belgique et réunies en un volume aven additions et\ncorrections. M. J. Fréson adresse son livre aux profanes,\n— p ar modestie évidem m ent, — et voudrait convertir\nquelques incrédules. Ce serait une œuvre bien inutile que\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 445, "texte": "252                                              la Wallonie.\n\n\ncelle-là ! Mais M. J . Fréson a fait beaucoup mieux, et les\nartistes liront avec g rand plaisir ces lignes enthousiastes d’un\nmusicien instruit, comme ils applaudiront aux coups de férule\ndistribués çà et là aux mondains par cet homme du monde\nqui comprend le th é âtre et sait adm irer Parsifal.\n                                                        A l b . M.\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-016", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 252, "page_fin": 257, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alb. M.", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE. M. HENRI de REGNIER a bien voulu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 271, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 445, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "P E T I T E CHRONIQUE.\n    M. H E N R I DE R é g n i e r a bien voulu accepter la direction\n de L a W ALLONIE à Paris. Nous l’en remercions ici et prions\nnos collaborateurs français de s’adresser désormais directement\n à lui (6, rue Boccador).\n                                   *\n                                  * *\n    La Wallonie a perdu un ami et un poète de très noble\nta len t en la personne d’E phraïm Mikh aël, enlevé p ar la\nphthisie à l’âge de 25 ans.\n    Si nous n ’avons pas jusqu’ici exprimé notre fraternelle\ntristesse, c’est que S tuart M errill, rendu oublieux par des\nvoyages divers, s’était chargé de l’annoncer pour nous tous.\n                                   *\n                                  « *\n   A u x entretiens politiques et littéraires. — La W allonie, qui\njam ais n ’a songé aux petites choses de la politique, n ’a pas à\ns’occuper des faciles infam ies commises par quelques touristes\nprussiens en te rre belgeoise. D ’ailleurs, nous ne sommes\npoint \" belges \" et c’est à la Jeune Belgique de protester, si\nelle le veut. W allons, Liégeois, nous sommes F ran çais de\nrace à plus ju ste titre que les Norm ands ou les M éridionaux.\n   Rem ontons au déluge : F rançais au temps de Pépin de\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "     ■petite Chronique.                                          253\n\n\nH erstal, de Charles M artel et de Charlemagne, ces Liégeois;\nindépendants depuis l’orée du moyen âge; m assacrés p a rle s\nducs de B ourgogne pour avoir soutenu la F rance ; nous qui\nnous étions unis librem ent aux F rançais en 1789 et fûmes\ndonnés ensuite m algré nous aux B ataves, devons-nous le\nrappeler constam m ent à nos m eilleurs amis, pour qu’ils nous\nconsidèrent comme leurs ?\n   Bien heureux encore lorsqu’on ne fait pas, du W allon\nR oland de L attre , l’Italien Orlando Lasso; de R ogier P astu r,\nR ogier van der W eyden ; de P atinir, de L om bart, etc., des\npeintres flamands !\n   E t à ce propos, peut-être conviendrait-il d’insinuer que\nF ra n ck est Liégeois comme G rétry, Félicien Rops un pur\nW allon, et qu’enfin Liège n ’est pas “ une des plus jolies villes\nde Flandre „, m algré l’opinion si autorisée de W alter Scott\net peut-être de V ictor Hugo!\n                                *\n                               * *\n   P our ceux qui aiment trop à faire des rapprochements : Du\npoème Aénor, que notre am i Achille Delaroche publiera\nbientôt en entier dans La Wallonie, avaient paru en 1888\ndeux fragm ents, rem aniés depuis, mais qui dès cette date\nportaient le titre définitif.\n  M. D elaroche n ’est donc point suspect de s’être inspiré\nd’un livre récent, m algré la quasi sim ilitude de titres.\n                                *\n                                *   *\n\n    L ire dans les Entretiens politiques et littéraires les articles\nde Griffin, Adam, de Régnier. De ce dernier, dans le n° de\nju illet, une m erveilleuse étude sur l’E au des fontaines et des\nparcs on les villes; de B ernard Lazare, une large et g ra n ­\ndiose évocation de foules israélites autour du veau d’or.\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "254                                           L a Wallonie.\n\n\n                                ***\n  Dénonçons aux confrères de Bruxelles, M. A lbert G irault,\nqui, la Plume nous l’apprend, a récité, le 24 mai, des vers d’un\nM. H araucourt, et l'Hymne de la guerre de Jules Canton, le\nrégénérateur de la poésie lam artinienne.\n                                ***\n   V ient de paraître chez B ailly, 11, chaussée d’A ntin, P aris,\nla réginale conférence de Stéphane M allarmé sur V illiers de\nl’Isle-A dam ; p rix : cinq francs; — à cinquante exemplaires.\n   Cette œ uvre fut analysée dans la Wallonie de février 1890.\nA bientôt la critique du dernier livre de Goffin, M axime, dont\nle projet et quelques fragm ents parurent en 1887 dans la\n Wallonie, sous ce titre : une Conclusion altière.\n   P araîtro n t bientôt :\n   Le P élerin passionné, par Jean M oréas; les Fastes, par\nS tu art M errill; les Poésies complètes de E phraïm M ikhaël;\nl'Au delà, de Ju les Bois; les Pétales de Nacre, d’A lbert Saint-\nP aul, livre de vers qui sera donné en la W allonie; Aénor,\nd’Achille Delaroche, qui sera publié p ar la W allonie-, le\nM iroir des Légendes, contes en prose, p ar B ernard L azare;\nla Gloire du Verbe, poèmes par P ierre Q uillard; Fleurs de\nbonne volonté, œ uvre posthum e de Ju les Laforgue. On sous­\ncrit chez Ed. D ujardin, 11, rue L epelletier, Paris, 25 francs;\nle Livre, par Camille Lem onnier, rom an-étude sur les plus\nrécentes écoles littéraires; Chantefable un peu naïve, par A*,\nlivre de vers avec introduction et épilogue en prose, et pré­\nlude m usical; enfin, Vielé-Griffin travaille à deux dram es\ndont nous attendons merveille.\n                                 *\n                                * *\n   L a Wallonie consacrera, à plusieurs reprises, un n ° entier,\nou un demi-n° au moins, à l’un de ses collaborateurs. Voici,\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "    petite Chronique.                                       255\n\n\npour la F rance, les noms de quelques-uns de ces poètes :\nAdolphe R etté, en août; puis viendront — cette liste n ’est\npas dressée par ordre de dates — H enri de Régnier, Je a n\nMoréas, F . Vielé-Griffin, S tuart M errill, A lbert Saint-Paul,\nAchille Delaroche, P ierre Quillard, Jules Bois, etc.\n                               *\n                              * *\n   Un unanim e besoin de s’incliner en face de l’art, et la\npensée qu’honorer l’auteur des Lèvres closes, c’était bien\nrendre hommage à un Poète, à la pureté du Poète, à la\nPoésie; cela, et le respect qu’impose toujours un caractère\nde noblesse, réunissait le 22 ju illet un groupe nombr eux de\ngens de lettres et de poètes acclam ant Léon Dierx. Car Léon\nD ierx vient d’être décoré de la Légion d’honneur; le Gouver­\nnem ent a fini p ar découvrir le ta le n t de prem ier ordre de\ncelui que nous aimons, et, chose bizarre, c’est vraim ent\ncomme poète et non comme fonctionnaire qu’il a été paré du\nruban rouge.\n   Au banquet du 22 juillet, on blâm ait vivem ent l ’absence\nde Leconte de Lisle, excusé peut-être p ar des cheveux\nblancs, et celle plus étrange encore de Sully-Prudhomme et\nde François Coppée. Mais on sait quelles barrières séparent\nles académiciens des poètes, et qui donc a vraim ent regretté\nCoppée ?\n   E n revanche, bien que ce banquet offert à un Poète eût été\norganisé par des journalistes, Stéphane Mallarmé, José M aria\nde H érédia, Catulle Mendès, des savants comme le docteur\nA nt. Cros, avaient voulu fêter Léon Dierx. Après eux de gros\nmessieurs do la presse. E t ce fut bon aussi, et réconfortant\npour nous, d ’entendre A rm and Silvestre saluer le Poète, en\navouant combien son a r t et sa noblesse étaient pour d’autres,\nsombrés dans le journalism e, une leçon et un ju ste reproche.\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "256                                            L a Wallonie.\n\n\nIl y avait à l’un des bouts un petit groupe com pact que\nH érédia désignait à M allarm é d’un sourire : B ernard L azare,\nA lbert Saint-Paul, P ierre Quillard, F . Hérold, A ndré F on­\ntainas et d’autres, et ce m ’est un chaud souvenir, les applau­\ndissements de ces jeunes artistes m ontant vers l’artiste si\npur, — comme je me rappellerai le front de clarté, l’œil si\nlim pide de Léon D ierx, avec la vision du Poète nous d istri­\nbuant des roses.                                       A. M.\n                                 *\n                                * *\n   Sommaire de la Pléiade (15 juillet).\n   Remembrance, G ontran D elrez; l'Aube du cœur, Camille\nLejeune. Oraison, p ar A lbert A rnay, où une rim e douteuse,\nmais ce très beau vers :\n           E t le baiser de l'aube aux lèvres de l'eau.\n   Rythmes en prose, par P e tit de Sandrau; Vers, p ar H enri\nP au th ier, d’une forme im parfaite, m ais non sans originalité;\nPoésies orientales traduites par C. H uart; Vers, par A. Je n a rt ;\nSonnets, par F . Roussel; Livres, Echos.\n                                * *\n   Les Flaireurs ; le drame de Charles V an Lerberghe (publié\np ar la Wallonie, jan v ier 1889), va p araître chez Lacomblez, à\nB ruxelles; prix un fr a n c ; 25 exem plaires sur hollande, à\n2 francs. C’est une bonne fortune pour tous ceux qui n ’avaient\npu lire dans la Wallonie cette œuvre originale et forte, et\nCh. V an L erberghe a droit à des remercîments.\n                                  *\n                                *   *\n  Signalons dans le dernier n° de la Jeune Belgique un\nadm irable poème en vers et en prose : l'E au promise, d’un\nami qui n'a pas voulu signer.\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "     Dernières Publications des Collaborateurs de la WALLONIE\nA c h il l e D e l a r o c h e .           .    .       A en or (à p ara ître prochainement).\nC a m il l e L e m o n n ie r .             .   .       Le Possédé.\nCh a r l e s V a n L e r b e r g h e .                  Les Flaireurs (hors commerce).\nM a u r ic e M a e t e r l in c k .             .       Serres chaudes.\n                                                        L a Princesse Maleine.\n                                                        Les Aveugles (à paraître prochai­\n                                                             nement),\n                                                        L 'Intruse (à paraître prochaine­\n                                                             ment).\nAlbert M ockel                    .    .   .    .       Chantefable un peu naïve (à pa­\n                                                            raître prochainement).\nG a b r ie l M o u r e y .             .    .   .       Crépuscules d’Ames.\nSt é ph a n e Ma lla rm é                   .       .   Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                        Villiers de l'Isle A dam .\n                                                        Pages (à p araître prochainement).\nP i e r r e -M . O l i n ........................       Mes Mémoires (hors concours).\nH e n r i d e R e g n ie r             .    .   .       Épisodes.\n                                                        Poèmes anciens et romanesques.\nA l b e r t S a i n t -P a u l         .    .       .   Scènes de Bal.\n                                                        Pétales de Nacre (à paraître pro­\n                                                            chainement).\nA d o l p h e R e t t é ........................        Cloches en la Nuit.\nE m il e V e r h a e r e n .           .    .       .   Les Soirs.\n                                                        Les Débâcles.\n                                                        Les Flambeaux Noirs (à paraître\n                                                            prochainement).\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5o ANNÉE, Nos 6 et 7 LA W ALLONIE R E V U E M E N SU ELLE D", "ancre_fin": "f r . p ar an. Union postale : 6 f r . 5 0 .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE Stép h ane M allarm é . 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Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-06-n6-7-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Stép h ane M allarm é . Ballets J e a n M o r é a s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 277, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 483, "fin_caractere_exclue": 1438, "texte": "SOMMAIRE\nStép h ane M allarm é . Ballets\nJ e a n M o r é a s . . . . L e Trophée.\n               »                         G alatée.\n               »                         Chanson.\n               »                         É légie première.\n                »                        Élégie deuxième.\n                »                        Églogue à Æ m ilius.\nPierre-M . Olin . . . L es P etits Enfants, II.\nH en ri de R é g n ier . . Odelettes.\nA * .................................... Sous les Yeux.\n »                                       Le V ain Sourire.\nS. M l................................. Im pressions d’A rtiste.\nA chille D elaroch e . . Vers.\nG régoire Le R oy . . L aisse tom ber les roses.\nAlb, M .............................. Chronique littéraire.\n                              P etite Chron ique.\n\n\n                          Ce num éro 1 franc.\n\n\n                                 Des presses de II. 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Seulem ent le charme est aux pages du\nlivret, il ne passe pas dans la représentation. Les\nastres, eux-mêmes, lesquels j ’ai pour croyance que\nrarem ent il faut déranger et pas sans raisons consi­\ndérables de m éditative gravité (vrai qu’ici, selon\nl’explication, l’Am our les m eut et les assemble), je\n                                                 12\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "178                                           la Wallonie.\n\n\nfeuillette et j ’apprends qu’ils sont de la partie ; et\nl’incohérent m anque hautain de signification qui\nscintille en l’alphabet de la N uit va consentir à\ntracer l e mot V i v i a n e , enjôleurs nom de la f é e et titre\ndu poème, selon quelques coups d’épingle stellaires\nen une toile de fond bleue : car le corps de ballet,\ntotal, ne figurera autour de l'étoile (la peut-on mieux\nnommer!) la danse idéale des constellations. Point!\nde là on partait, vous voyez dans quels mondes,\ndroit à l’abîme de l’art. L a neige aussi dont chaque\nflocon ne revit pas au va-et-vient d’un blanc balla ­\nbile ou selon une valse, ni le je t vernal des floraisons :\ntout ce qui est, en effet, la Poésie, ou nature animée,\nne sort du texte que pour se figer en des manœuvres\nde carton et l’éblouissante stagnation des mousse­\nlines lie et feu. Aussi dans l’ordre de l’action, j ’ai vu\nun cercle magique par autre chose dessiné que le\ntour continu ou les lacs de la fée même : etc. Mille\ndétails piquants d’invention, sans qu’aucun atteigne\nà une im portance de fonctionnement avéré et normal,\ndans le rendu. A-t-on jamais, notam m ent au cas\nsidéral précité, avec plus d’héroïsme passé outre la\ntentation de reconnaître en même temps que des\nanalogies solennelles, cette loi, que le prem ier sujet,\nhors cadre, de la danse soit une synthèse mobile, en\nson incessante ubiquité, des attitudes de chaque\ngroupe : comme elles ne la font que détailler, en tan t\nque fractions, à l’infini. Telle, une réciprocité, dont\nrésulte l’in-individuel, chez la coryphée et dans\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "    Ballets.                                         179\n\n\nl’ensemble, de l’être dansant, jam ais qu’emblème,\npoint quelqu’un....\n   Le jugem ent, ou l’axiome, à affirmer en fait de\nballet !\n   A savoir que la danseuse n'est pas une femme qui\ndanse, pour ces motifs juxtaposés qu’elle n'est pas une\nfemme, mais une m étaphore résum ant un des aspects\nélém entaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc.,\net qu’elle ne danse pas, suggérant, par le prodige de\nraccourcis ou d’élans, avec écriture corporelle ce\nqu’il faudrait des paragraphes en prose dialoguée\nau tan t que descriptive, pour exprimer, dans la\nrédaction : poème dégagé de to u t appareil du scribe.\n   Après une légende, la Fable point comme l’en­\ntendit le goût classique ou m achinerie d’empyrée,\nmais selon le sens restrein t d’une transposition de\nnotre caractère, ainsi que de nos façons, au type\nsimple de l’animal. Le jeu aisé consistait à re-tra ­\nduire à l’aide de personnages, il est vrai, plus ins­\ntinctifs comme bondissants et m uets que ceux à qui\nun conscient langage perm et de s’énoncer dans la\ncomédie, les sentim ents hum ains donnés par le fabu­\nliste à d’énamourés volatiles. La danse est ailes, il\ns’ag it d’oiseaux et des départs en l’à-jamais, des\nretours vibrants comme flèche : à qui scrute la\nreprésentation des D e u x P ig e o n s apparaît par la\nvertu du sujet, cela, une obligatoire suite des motifs\nfondam entaux du Ballet. L ’effort d’im agination pour\nle trouveur de ces sim ilitudes ne s’annonce pas ardu,\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": " 180                                     la Wallonie.\n\n\nmais c’est quelque chose que d’apercevoir une\nparité médiocre même, et le résultat intéresse, en art.\nLeurre! sauf dans le prem ier acte, une jolie incar­\nnation des ram iers en l’hum anité mimique ou dan­\nsante des protagonistes.\n\n       Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre\n\n deux ou plusieurs, par paire, sur un toit, ainsi que la\n mer, vu en l’arceau d’une ferme thessalienne, et\n vivants, ce qui est, mieux que peints, dans la profon­\n deur e t d’un juste goût. L ’un des am ants à l’autre\n les m ontre puis soi-même, langage initial, comparai­\n son. T an t peu à peu les allures du couple acceptent\n de l’influence du pigeonnier becquètem ents ou sur­\n sauts, pâmoisons, que se voit cet envahissem ent\n d’aérienne lascivité sur lui glisser, avec des ressem­\n blances éperdues. Enfants, les voici oiseaux, ou le\n contraire, d’oiseaux enfants, selon qu’on veut com­\n prendre l’échange dont toujours et dès lors, lui et\n elle, devraient exprim er le double jeu : peut-être,\n toute l’aventure de la différence sexuelle ! Or je ces­\n serai de m ’élever à une autre considération, que\n suggère le Ballet, adjuvant et le paradis de toute\nspiritualité, d’au tan t qu’après cet ingénu prélude,\nrien n ’a lieu, sauf la perfection des exécutants, qui\nvaille un instant d’arrière-exercice du regard, rien....\nFastidieux de m ettre le doigt sur l ’inanité quelconque\nissue d’un gracieux m otif premier. Voilà la fuite du\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "     Ballets.                                         181\n\n\n vagabond, laquelle prêtait, du moins, à cette espèce\n d’extatique impuissance à disparaître qui délicieu­\n sem ent attache aux planchers la danseuse; puis\n quand viendra, dans le rappel du même site ou le\n foyer, l’heure poignante et adorée du rapatriem ent,\n après intercalation d’une fête à quoi tout va tourner\n sous l’orage, et que les déchirés, pardonnante et\n fugitif, s’uniront : ce sera.... Conçoit-on l’hym ne de\n danse final et triom phal où diminue jusqu’à la source\n de leur joie ivre l’espace mis entre les fiancés par la\n nécessité du voyage ! Ce sera.... comme si la chose se\n passait, Madame ou Monsieur, chez l ’un de vous avec\n quelque baiser très indifférent en A rt, toute la\n Danse n ’étan t de cet acte que la m ystérieuse inter­\n prétation sacrée. Seulement, songer ainsi, c’est à se\nfaire rappeler par un tra it de flûte le ridicule de son\né ta t visionnaire quant au contem porain banal qu’il\nfaut, après tout, représenter, par condescendance\npour le fauteuil d’Opéra.\n   A l’exception d’un rapport perçu avec n etteté\nentre l’allure habituelle du vol et m aints effets choré­\ngraphiques, puis le transport au Ballet, non sans\ntricherie, de la Fable, demeure quelque histoire\nd’amour : il faut que virtuose sans pair à l’interm ède\ndu D ivertissem ent (rien n ’y est que morceaux et pla­\ncage) l'ém erveillante Mademoiselle Maurice résume\nle sujet par sa divination mêlée d’anim alité trouble et\npure à tous propos désignant les allusions non mises\nau point, ainsi qu’avant un pas elle invite, avec deux\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "182                                       la Wallonie.\n\n\ndoigts, un pli frém issant de sa jupe et simule une\nimpatience de plume vers l’idée.\n   U n a rt tient la scène, historique avec le D ram e;\navec le Ballet, autre, emblématique. Allier, mais ne\nconfondre ; ce n ’est point d’emblée et selon un tra i­\ntem ent commun qu’il faut joindre deux attitudes\njalouses de leur silence respectif, la mimique et la\ndanse, to u t à coup étrangères si l’on en force le\nrapprochement. U n exemple illustre ce propos : a-t-\n on pas tout à l’heure, pour rendre une identique\n essence, celle de l’oiseau, chez deux interprètes,\nimaginé d’élire une mime à côté d’une danseuse, c’est\n confronter trop de différence! l’autre, si l’une est\n colombe, devenant j ’ignore quoi, la brise par exemple.\n Au moins, très judicieusement, à l’Eden, employant\n les deux modes d’a rt exclusifs, un écrivain de théâtre\n expérimenté a pris pour thème l’antagonism e que\n chez son héros participant du double monde, homme\n déjà et enfant encore, installe la rivalité de la femme\n qui marche (même à lui, sur des tapis de royauté)\n avec celle, non moins chère du fait de sa voltige\n seule, la prim itive et fée. Le tra it distinctif de chaque\n genre théâtral mis en contact ou opposé se trouve\n commander l’œuvre qui emploie le disparate à son\n architecture même. R esterait à trouver une commu­\n nication. Le librettiste ignore d’ordinaire que la\n  danseuse, qui s’exprime par des pas, ne comprend\n  d’éloquence autre, même le geste.\n    A moins du génie disant “ La Danse figure le\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "    Ballets.                                        183\n\n\ncaprice à l’essor rythm ique — voici, avec leur nom bre,\nles quelques équations sommaires de toute fantaisie\n— or la forme hum aine dans sa plus excessive mobi­\nlité, ou vrai développement, ne les peut transgresser,\nen tan t, je le sais, qu’incorporation visuelle de\nl’idée „ : cela, puis un coup d’œil jeté sur un ensemble\nde chorégraphie ! personne à qui ce moyen convienne\nd’établir un ballet. Connue la tournure d’esprit con­\ntem poraine, chez ceux mêmes, aux facultés ayant\npour fonction de se produire miraculeuses : il y fau­\ndrait substituer je ne sais quel impersonnel ou\nfulgurant regard absolu, comme l’éclair qui enve­\nloppe, depuis quelques ans, la danseuse d’Edens,\nfondant une crudité électrique à des blancheurs extra­\ncharnelles de fards, et en fait bien l’être prestigieux\nreculé au delà de toute vie possible.\n\n                          S téph a n e   MALLARMÉ.\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                   LE TROPHÉE.\n\n\n         Mirage coloré, fragrance\n         D e jeunes jardins, et de carrefour rance ;\n         D oux frôler susurré, comme d’une source,\n         Râper anxieux, comme d’une étoffe rebourse;\n                   I l est un Monstre.\n\n         O toi, ô toi, ton âge le connut\n               Alors que fleur il eut,\n         E t jusqu’au seuil de son Automne empressé.\n\n          Ah, toi, bénie qu’elle soit, la tutélaire voix\n          Qui terrassé le fit sur les pavois\n               Bruissant d ta fortune.\n          Car n’es-tu pas, celui pour qui, ores, en vain\n                Saturne vente à la poupe,\nE t qui peut, s’il le veut, goûter l’instant frivole, comme un vin\n                Qui rit dedans la coupe !\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "Galatêe.                                          185\n\n\n\n\n                GALATÉE.\n\n\n                    (FRAGMENT.)\n\n\n\n  M ieux que Corinne, sous la tunique détorse,\n         Nulle n’a la cuisse potelée,\n  Couleur du cèdre dépouillé de son écorce\n  Sont les cheveux de Chariclée.\n  Corinne a les cheveux comme une lueur.\n  M ais Galatée a tout mon cœur.\n\n  Chariclé’, bonne et doucette et tendre,\n  Baisse ses yeux de pierre aventurine.\n  Telle la bacchante de Thrace, sait s’étendre,\n  D ’audace barbelée, Corinne.\n  Chariclé' charme par sa pudeur.\n  Mais Galatée a tout mon cœur.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "186                                                      la Wallonie.\n\n\n\n\n                              CHANSON.\n\n\n                   Les courlis dans les roseaux!\n                   (F aut-il que je vous en parle,\n                   Des courlis dans les roseaux ?)\n                   O vous jolie Fée des eaux.\n\n\n                   Le porcher et les pourceaux !\n                   (Faut-il que je. vous en parle,\n                   D u porcher et des pourceaux ?)\n                   O vous jolie Fée des eaux.\n\n\n                   Mon cœur pris en vos réseaux !\n                   (F aut-il que je vous en parle,\n                   D e mon cœur en vos réseaux?)\n                   O vous jolie Fée des eaux.\n\n\n\n      E x tra it du P élerin passionné, so u s presse.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "Élégie première.                                              187\n\n\n\n\n         É L É G IE P R E M I È R E .\n\n\nCe ne fu t, quand, des Pléiades le déclin pluvieux\n               Moleste le bois dénu.\n\nAlors Zéphyre éventait les je u x\nDes Grâces, alors des linots tin ta it le sermon m enu;\nE t l’épice, alors, abondait et la rosée, soulas\nDes jardins : lorsque ainsi tu parlas :\n\n“J 'a i vu fu ir et passer le Temps qui nous devance\nTel un ce rf que jam ais aucun chasseur ne joint.\nJ 'a i vu nos fleurs d’hier, printem ps plein d’inconstance,\nE t l’hiver et l’été, comme en un même point.\n\n“ O pauvre bien-aimê, tout cet augure double\nS ’est reflété dans m oi, m ieux qu’au clair d’un m iro ir,\nVoici la trêve, et si quelque chose me trouble\nC’est la pitié que j ’ai de ton vain désespoir.\n\n“ Laissons au cœur moins docte oser encor prétendre,\nE t d’un vueil à cela mettre la vanité.\nCar ne le sais-tu pas ! et que saurons-nous prendre\nA cette ombre dissoute avant d’avoir été. „\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "188                                      la Wallonie.\n\n\n\n\n        É L É G IE DE UXIÈ ME.\n\n\n      Plus durement que trait turquois,\n      Amour, plaisant doux archer, blesse\n      Rustiques garçons et grands rois.\n\n      Par telle langueur et faiblesse,\n      D ieu oublia et diffame eut\n      D avid qui haïssait mollesse.\n\n      Semblablemen t l’autre, qui fu t\n      Salomon, si très sage augure,\n      De grand renom piteux déchut.\n\n      Bouche feinte et feinte figure,\n      Yeux bénins aux gracieux lacs\n      Honte cèlent et mal’m ort dure :\n\n      Agamemnon n'en eut soulas,\n      Aussi, la forcenée Hélène\n      Le fit voir au duc Ménélas.\n\n      Achille servit Polyxène ;\n      Chez la Lydienne Herculus\n      F ila quenouillette aime-laine.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "Élégie deuxième.                              189\n\n\n\n      De Stratonice, Sêleucus\n      Souffrit empire et vassclage,\n      De Chryseïde, Troïlus.\n\n      A u gré d'un coloré visage,\n      N ’écouta les buccins retors\n      Antoine, preux trop plus que sage.\n\n      E t tout docte, en nonchaloir fors\n      De, sa Faustine, Marc-Aurèle,\n      V it de cendre ses lauriers ords.\n\n      A insi, en la bailli’ de celle\n      D ont les cheveux passent l’or fin,\n      ( Las ! qui m’est félonne et cruelle)\n\n      Je cuide le Permesse vain.\n      E t mon souffle n’a véhémence\n      D ’animer le roseau divin\n\n      Qui clamait mon nom par la France.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "190                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n          EGLOGUE A ÆMILIUS.\n\n      Alors que j ’étais, ô Æ m ilius, le nouveau\n      Temps, alors que, la feuille de. primerole;\n      Que mon âge allait plus éclairci que l’eau\n      De la source matutinale en sa rigole\n      De gravier : devis ni son,\n      Fredons, comme de tourtres et passes,\n      N ’envolaient de ma bouche aimée des grâces,\n      M ais, soupirer et complainte et tenson.\n\n      O Æ milius, pourquoi, sur l’agreste flûte, ai-je\n      D it l’automne maligne et le cortège\n      De pluies, alors que Flora versait\n      Beau-riante, l’étrenne de sa corbeille,\n      E t, d’un tortis, Cyprine mes boucles pressait,\n      O Æ m ilius ; et la barbe, à peine, entour l’oreille,\n                     Me naissait ?\n\n      L’été, maintenant, grandit l'ombre de mes pas;\n      L a mi-été, maintenant, boit la rosée. Ah, n ’est-il pas\n      Levé, l’astre qui fa it s’ouvrir la fleur tardive\n      D u safran? Æ milius, Æmilius, voici bruire\n      L ’heure, au roseau que mon souffle avive,\n      L ’heure de lamenter.\n                               Ore, je vous vais dire :\n      La folâtre Amarylle, et le joyeux Tityre.\n\n                                       Jean    MORÉAS.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "               L E S P E T I T S EN FAN TS.\n\n\n                           II.\n\n\n    S U R LA M E R .\n\n\n   Un tout petit garçon et une toute petite fille se\ntrouvaient seuls dans un petit bateau sur la mer déserte,\ntrès loin de la côte !\n   I l y avait bien longtemps déjà qu’ils étaient partis.\n   Ils n’auraient su dire vers où, mais il avait fallu\nqu’ils s’en allassent.\n   E t étant si jeunes, ils n’avaient emporté avec eux que\nleurs cœurs ingénus.\n   E t il y avait si longtemps qu’ils étaient partis, si\nlongtemps, qu’ils commençaient tout doucement à mourir\nde faim.\n   Où arriveraient-ils ? Ils ne se le demandaient même\npas, mais certes ils ne voulaient revenir chez eux. Puis\nchez eux, où cela pouvait-il encore bien être? Ils\nl’avaient si complètement oublié, et la route en était\nperdue.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "192                                     la Wallonie.\n\n\n   Enfin la fillette dit : “ O ami, sais-tu ce que tu\ndevrais faire ? „\n   “ Non, petite chérie ! „\n   “ Tu devrais me manger : tu pourrais attendre plus\nlongtemps ; ce serait beaucoup plus pratique ! „\n   “ Hélas, chère ; chère que j ’aime tant ! as-tu déjà,\nfrivole, oublié que nous avons quitté nos parents et que\nnous nous sommes abandonnés à la mer solitaire pour\ncela seul :pour fuir tout ce qui est pratique !,,\n\n\n\n  Pierre-M. OL I N.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "         ODELETTES.\n\n                    I.\n\n\nQu’une m ain m ène mes D ouleurs\nA la fontaine tacitu rn e\nD ’une eau où se sont join ts leurs pleurs.\nM ornes et graves, une à une,\n\nMon Ame avec ses pâles Sœurs !\n\nQu’ils aillent, ô mes Désespoirs,\nP arm i l ’oubli du bois nocturne\nSuspendre aux arbres les plis noirs\nDe leurs tuniques, une à une,\n\nP lus en pièces de soirs en soirs\n\nE t je pencherai sur l’eau calme\nMa face pâle et taciturne\nToutes mes peines et mes larm es\nAvec mes douleurs, une à une,\n\nQui sont les Sœurs de ma F ortune\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "194                                                 la Wallonie.\n\n\n                                II.\n\n\n             U n masque ovale à lèvres peintes\n             F ixe ses yeux songeurs et doux\n             A ux m urailles d’en face peintes\n             De mosaïques et d’ors roux.\n\n             L a face r it en des guirlandes\n             De fruits, de feuilles et d’oiseaux,\n             L es banderoles des légendes\n             C aptivent le vol des oiseaux,\n\n      E t les oiseaux, les fleurs, le masque et la guirlande\n      Content la même histoire et la même légende :\n\n             Sourire sans joie à des choses\n             Qu’on sait mortes et n ’être plus\n             Parm i les torsades de roses\n             D ’autres printem ps qui ne sont plus.\n\n            Voir les fruits de qui l’on fut iv re\n            Peints aux mosaïques des murs,\n            E t les colombes se survivre\n            E n ombres captives aux murs.\n\n       L èvre fardée au sang des vins dont on fut ivre,\n       E n masque doux, sourire à jam ais et survivre !\n\n                                       H enri   de     R é g n ie r .\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "    SOUS L E S Y E U X .\n\n                   H om m age à S tép h a n e M allarm é.\n\n\n\nClaire de pavois, m a pensée\nGlisse aux moires de ton destin ;\nN ’est-ce un trop m onstrueux festin\nQu’espère l’onde cadencée,\n\nQuand sur mon fluide chemin\nT a paupière se balancée,\nD u voguer vers la Fiancée\nJ e plonge aux houles de dem ain?\n\nAux rives, les ténèbres vives\nF um ent de fulgurants falots.\nMais il écrase sous les flots,\n\n\nL e poulpe des vagues déclives,\nL es sanglots d’Ange et le doux les\n D ’un vain R egard où tu dérives.\n\n                                                      A*.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": " 196                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n              LE VAIN SO URIRE.\n\n                                             à Stuart M errill.\n\n\n\nd’une Ombre au Songe qu’elle issît\nvoulut mon vœu. si tu t’illum es, Fiancée!\nE t m atutine prim itive Elle lutine\n ’Elle un doux son de lune ému d'éparre en ma veillée.\n\n N ul sourire ému qu’amenuise\nun fu g itif ennui vers cette église de s’aimer!\nmais nul sourire d’Elle et de ses lèvres lazulines\nn’avive un tombeau sourd, dans la sonore cathédrale\nimmense de n'ouïr pour songe de ses ombres\nqu'un si pur chant de lune où triomphent des anges.\nEtrange exil! bruire, ou blanche qu’illumine\nun fracas d’étendards éployés des nuages\nt’ériger, reine languide et noble d'égal\nennui, sans qu’un mal amenuise ton sourire\nni qu’aux luths en l’azur notre clameur réponde.\n\n( Là-bas, oui, là serait la vocalise\nd’une jeune étrangère phtisique, la sœur\nqui nous module un frêle amour, les nuits d’ébène :\nune vierge qui boite au clair soleil d’avril.)\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "     le Vain sourire.                                       197\n\n\n O Lazare, Jésus ne te fera plus vivre !\nD u marbre, s’il ondule un cantique trop pur\nvieux cœur, il ne pourrait te relever encore.\n Vieillards d’ombre les marbres de la cathédrale\nse fo n t roides sur les lourds siècles des murailles ;\nmoines et chanoines entonnent un pesant psaume et l’orgue\nimmense d’ondes et voix déferlantes, déploie\nles siècles en étendard aux flancs du catafalque.\nLes chanoines de vespre, ils encombrent les stalles;\npas une dalle aux nefs en remords ne frissonne\net vous, la Foule d’âmes ignorant la terreur,\nhoules amères d’écœur où ballottent des morts,\ntombes mornes, que l'ignorance vous endorme.\n\n Or vaine une musique infantile éparpille\ndes neiges d’harmonie au vitrail séculaire ;\nle sourire d’aimer, Séléné l’éternise\net jam ais pour ces longs vieillards ne s’éthérise\nle chant vaste dont plie, une aile de lumière.\n\n\n                                                     A*\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "       IM P R E S S IO N S D’AR T IST E .\n\n\n\n\n           O\n           rdonc nous traversâm es le Tyrol autrichien,\n          dont les m ontagnes ressem blaient à de la\n          crème fouettée; pardonnez la trivialité de\n          mes comparaisons, mais la nature est d’un\n        ! A u milieu de la nuit nous arrivons à Vérone :\nrues étroites, sans trottoirs, aux maisons hautes\noù s’accrochent des balcons en cages; et là haut,\ntrès haut, une mince bande d’azur sombre clouée\n d’étoiles. A peine installé dans ma chambre d’hôtel,\nj ’entends chanter dans la rue: je me penche hors de\nla fenêtre, et j ’aperçois une bande de conspirateurs\n d’opéra, aux m anteaux rejetés noblem ent sur l’épaule\ngauche, en train de contempler un petit homme qui\ndansait comme un diablotin au clair de la lune. E t\nje compris nettem ent combien j ’étais loin de la froide\net rigide Allemagne.\n    Le lendemain, galop fou par la ville : d’admirables\n arènes romaines, des églises, des ponts, des fresques\nde Pisanello, des tableaux de Girolalmo dei Libri,\nles tombeaux des Scaligeri, la maison de Dante,\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "    Impressions (l’Artiste.                         199\n\n\n le tom beau de Ju liette; mais surtout ces maisons\nlépreuses, branlantes, crevassées, bariolées, et toutes\n glorieuses de loques multicolores, qui s’inclinent sur\n les eaux jaunâtres de l’Adige; surtout aussi cette\nfoule d’hommes maigres et bruns, tous sâles, mais\ntous beaux d’une m ystérieuse noblesse dans leurs\nm anteaux de brigands.\n    Le train pour Florence. Nous traversons des\nplaines où m anœ uvrent de petits soldats d’opérette ;\ndes régim ents entiers, hommes et officiers, tournent\nla tête pour voir passer le train. O de Molkte !\n    Enfin Florence, la ville au doux nom, qu’on aime\ncomme une am ante couronnée de lys. Quels B o t ­\nticelli, quels G hirlandajo, quels Lippo Memmi,\nquels Lorenzo di Credi, quels Filippino Lippi !\nCes doux noms qui gazouillent, qui susurrent, qui\nm urm urent ! E t ces F ra Angelico de San Marco !\nEnfin je ne puis m’exprim er qu’en points d’exclama­\ntion.\n   Une singulière impression à Florence. J e m ’étais\npromené à Santa M aria Novella, à San Marco, au\nDuomo, et j ’avais la tête pleine de visions du temps\npassé : belles dames aux brocarts d’or s’accoudant\nsur des terrasses de m arbre, éphèbes pervers aux\ncheveux calamistrés, processions balafrées de rouge\ne t de bleu et d’am aranthe, bannières et crucifix au\nsoleil, et l’éternelle colère des orgues et toujours ces\nm andolines de Boccacio ! E t soudain je tombe dans\nla Via Calzajuoli où se dém enait l’ignoble carnaval\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "200                                     la Wallonie.\n\n\nflorentin : voyoux accoutrés en femmes, pierrots en\nblanc maculé de boue; des touristes anglais aux\nfaux nez de carton, et les rires si tristes de la foule\nnoire, noire, noire, Soudain un remous, un silence»\nune éclaircie, et voilà passer comme un rêve des\nvieilles Fois, crucifix en tête, une bande de frères\nde la Miséricorde, p ortant un blessé sur un brancart\nnoir, qui ressemble à un cercueil. Puis de nouveau\nle rire nasal des mirlitons et les fanfares des grooms\nen goguette.\n   E t voici Rome qui sent le moisi, la poussière, la\nmort. H ier je me suis surpris à pleurer dans le\nColisée et je n ’étais pas saoul. Saint-Pierre est une\ndésillusion : quelle affreuse architecture de parade !\net ce sombre Vatican au fond duquel somnole un\npape écarlate, comme cela sent aussi l’inéluctable\nruine des fastueuses religions !\n   E t voilà le Forum : de la boue d’où ém ergent des\ncolonnes; l’on sent rem uer là-dedans la poudre des\nmorts, la nuit l’on doit entendre des voix dans ce\ntem ple de Vénus. Mais une transtevérine vient de\npasser : tête de Muse tragique sur un buste antique ;\nle sang de cette terre coule en elle. M ystère épou­\nvantable des destinées du monde !\n                                              S.-Ml .\n\n\n                       M - ...\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                          « O iseau b leu , c o u le u r d u tem p s ! ... »\n                                        (V ieille R om ance.)\n\n\n\n\nQuels oiseaux angoissés et les pennes sanglantes\népandent leur vol noir et si las ! sur nos soirs !\n\nCrépuscule sous la lune pâle des brandes\nc’était très h au t l’essor hors le duvet natal\nquand la fatale flèche em pourpra les flancs frêles :\net depuis.... toujours! neigent les ailes, les ailes!\nquelle tiède rosée au pied du m ur natal !\n\nA h ! pourquoi vous asseoir au bord de nos fontaines,\n   s et des bleuets en vos cheveux blonds ?\nPlus l’orchestre de la feuillée aux danses en rond :\n      vos guirlandes de m ains si pâles et lointaines !\nIl g ît sur la pelouse rose du Manoir\nl’Oiseau rare, l’Oiseau bleu, l’Oiseau de vos rêves,\n                     Pastourelles !\nLes ailes saignent, les ailes ! les ailes !\n\n   “ P lus nous n ’irons en rond vers l’hoir de ces Manoirs,\nguirlandes nous n ’irons vers l’aube des tourelles\ndisperser en la brise hym naire des émois,\nsous la garde des glaïeuls aux lames vives,\nle subtil ventem ent des écharpes votives\nqui tournoie et ondoie au vouloir de nos doigts !\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": " 202                                            la Wallonie.\n\n\n L es ailes saignent! l’angoisse des ailes\n si neigeuse parm i l’espoir des baisers frêles ! „\n\nPourquoi ces colliers d’or ? pourquoi vos bracelets ?\n                   vos bracelets d’or roux !\nsous l’orgueil lambrissé du fabuleux palais\nL a F ête! c’est fini: éteintes les torchères !\n\nQ uand flottaient sur l’azur vos ailes vexillaires,\npâle vol ébloui d’héraldique passé,\nquelle aube se levait des hauts plafonds d’ébène!\n\nCe fut vers une fête de fleurs ces frêles pennes\nbruissant aux buissons de l’avril givré d’heur,\nque rieuses de m ièvre et lascive candeur,\nparm i la pallide moisson de leurs corolles,\non p alpitait en l’or d’espoirs étésiens.\n\nOù tous ces vols bleus voilant le feu des midis ?\n           ces vols bleus de nos désirs\nà travers des pays fleuris de rêverie!\nah!loin! loin! à tir e d’aile vers les vœux anciens!\nL in blanc qui frémissiez de guimpes si frivoles\nsu r des fronts liturgiques et de lis et très purs !\nL in blanc des poitrines pallides et fleuries !\nah! nous bercer en des lacis de candeur et d’azur\nau m ystique verger où vaguent les Théories !\n\nP alpitation d’or par les glycines bleues\nl’illusoire babil des ailes sibyllines\nle rire des ailes glauques en les glycines\nqui tram e aux treillis d’or son oracle anxieux\nvaticine que vont les pas victorieux\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                                         203\n\n\nceints d ’aurore et de musiques m atutinales.\nEployant aux cieux clairs leurs vagues printanières\nla brise siffle et p leut sur l’or de ces bannières\net parm i les plangueurs graves d’orgues nuptiales\nquelle basilique m onte en l’aube m atinale !\n\n“ B rodant l’or des midis nos éch arpes sourient\nvers le Héros verm eil des fervides batailles :\nnos tresses an étendard flottent devant ses pas\net la flamme m ystique veille en nos lam padaires.\nQu’il m arche an palais de nos subtils ébats !\nqu’il m arche p ar la moire ardente des batailles,\nle vol de nos écharpes nouera ses doigts sanglants ! „\n\nAh ! pourquoi ce lin blanc d’illusoires fiançailles ?\n               pourquoi vos théories ?\nL es ailes râlent ! l’agonie aux lasses ailes\n     tram an t leurs arabesques de ténèbres !\n\nRoides et glorieux sous la flamme des glaives\nhéraldiques, les P reux siègent en heaum es d’or,\net p ar la salle en deuil où nul astre se lève\nla m uette lueur des prunelles de m ort\nscintille aux trous de masques d’ombre séculaire :\nl’effroi funèbre plane au festival de fer,\noù le torque allum é de fauves pierreries\nfiançait son orgueil aux guirlan d es fleuries,\nagonisant d’attendre en leur luxe désert\nle b ras qui b ran d ira le rêve héréditaire :\ncependant qu’au recul des cris et de la n uit\nhoule du soir qui roule au fond de l’ombre ardente\nla panique d’acier s’ém eut pâle et stridente.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "204                                                la Wallonie.\n\n\n           O que tristes ces guirlandes,\n           flo ttant à toutes les fontaines !\n           que tristes parm i les landes\n           l ’émoi des dentelles lointaines !\n\nL e noir vol des gonfanons de la détresse\nélargit sur nos soirs ses vacillantes volutes :\net grêle crissem ent d'étoffe qui s’enfuit\nvoilà qu’elle défaille en désastre de chute\nla sanglante jonchée au fond de notre ivresse.\n\nQuelle nuée au soir de pennes en détresse!\n\nSans même le sillage ami par les ram ures\nle frêle défilé de dix doigts puérils\nSi doux sur le futur de nos vœux en périls\nen vol d’ombre évanoui vain de murm ures !\net pour une clarté de leurre où pleure demain\nce ruissellem ent grave de heaumes et de glaives\nqui déferlaient en l’or liquide des midis.\nSuprême crépuscule au front de l’Astre-roi\ns’élargit le claquem ent des ailes sinistres.\n\nA h ! loin ! la folle idylle des cithares et des sistres !\nvers l’espoir d ’une aurore étrangem ent nuée\nces ailes! ces ailes! ah! quelle nuée!\n\n                                    A c h i l l e D ELA ROCH E.\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": " L A ISS E T O M B E R L E S ROSES.\n\n\n         L aisse faner sur mes genoux\n         L es pâles roses de ton front,\n         Laisse faner les pâles roses\n         D ont les p étales tom beront,\n         T ristem ent alanguis et doux,\n            Sous mes paupières closes.\n\n           L aisse tom ber des roses !\n\n         L aisse tes mains sur mes pensées,\n            L aisse tes lèvres ointes,\n         0 tes lèvres ja d is baisées !\n         L aisse ta lèvre et tes m ains jointes\n            A utour de mes pensées...\n\n         L aisse faner les pâles roses...\n\n         E t laisse alors les litanies\n      Des nonnes errantes dans les ténèbres\nGeindre et se plaindre autour de l’église qui dort, —\n         L e rem ords les en a bannies, —\n      L aisse tom ber la douleur et la m ort\n            De leurs lèvres funèbres.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "206                                         la Wallonie.\n\n\n Qu’im porte ! n ’ai-je pas autour de m a pensée\n        Où le serpent de l’angoisse se tord,\n        Tes chères mains, endormeuses de m o rt?\n          E t n ’ai-je pas sur mes genoux\n          L es pâles roses de ton front ?\n                      L es pâles roses\n          D ont les pétales tom beront,\n          Comme des brises sur mon âm e?\n\n            L aisse tom ber les roses!\n\n                                     G r é g o i r e l e ROY.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "         CHRO NIQU E L IT T É R A I R E .\n\n\n    E n feuilletant, scène après scène et pour la quantièm e\n fois ? cette m erveille de rêve à jam ais surgie par le geste de\n V illiers de l ’Islte A dam : A xe l, e t comme me requérait à\n l’égal de tous chefs-d’œ uvre la suggestive enfant de M aurice\nM aeterlinck : la Princesse Maleine, longtem ps je songeai au\nth éâtre, à ce th é âtre où tendent nos désirs, le th éâtre où\nparm i les magies d’éclatants ou lointains décors un acte se\n dresse, que l’on sa it total, et d’im pareille clarté resplendit\nl’a rt comme un bolide. Si loin que je m e reporte dans les\ntem ps, les tem ps, bien peu nom breux m’apparaissent les seuls\nqui virent et purent nous entièrem ent dominer. L es trois\ngrands tragiques de la Grèce m ontrant E schyle en gloire plus\npure, K alidâça dans les adm irables féeries de V ikram orvaçî,\nShakespeare g randi p ar quelques triom phais soirs pris en\nson œuvre, Goëth e p ar F au st, Shelley p a r son Prom éthée,\nR ichard W agner enfin p ar dix fulgurants poèmes. E n est-il\nun autre, après ces archanges, qui put te rrasser le démon le\nrejetan t hors de la véridique scène?\n   Le th é â tre , réalisation plastique d’un poème, nous le\nvoulons un m iroir de la vie. P ourtant, comme telles glaces\nde Venise, ne devra-t-il point nous a rrê te r d’abord par\nquelqu’entrelac de fleurs et feuillages, m o n tran t mieux ainsi\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "208                                              la Wallonie.\n\n\ncomme lointaine et virtuelle seulem ent, là-bas reculée, la\ncristalline image qu’il absorbe pour nous ?\n   Nous voulons qu’il soit un M iroir de la Vie. Mais nous ne\ndirons pas la vie quotidienne, car elle va s’effritant p ar menus\nfaits et, sans le trav ail synthétique du penseur, n ’enferme en\nelle rien de décisif, nul rayon perforant de vérité norm ale,—\nsi ce n ’est peut-être, et si obscurément, les deux grands\nprincipes de l’analogie.\n   L e véritable artiste me p arait être celui qui, le plus su b ti­\nlem ent de son époque par la forme, érige son œ uvre sur le roc\net le piédestal d’une vérité qui ne connaît les siècles. Il devra\ndonc, selon l’harmonie, ordonnancer les images di s faits, pour\ndégager un sym bole en sa vive nudité baignée de l’idéale\nlueur de la forme. De même, le peintre dispose les masses\nd ’ombre en consonnances et dissonnances calculées pour faire\nsaillir d’un clair relief, nuancé par l’harm onie des tons\nvoisins, le centre d'impression qu’exige l’unité de son œuvre.\n   Au théâtre, comme dans le livre et comme dans la sym ­\nphonie, l’a rt nous m ontre nous-méme à nos yeux, m ais ce\nnous-même est un fantôm e pour nos doigts lourds; car le\npropre d’une œ uvre d’a rt est de former un monde distinct\nayant son atm osphère, sa lumière et sa vie; il fau t qu’elle\nsoit ab straite du monde présent, que les personnages ne\n soient pas tel individu ta n tô t coudoyé, m ais qu’ils se m euvent\n éloignés du concret, comme de pures idées. Aussi a-t-on\n cherché avec raison les sujets légendaires, parce qu’ils ne\n sont d’aucun siècle et ne présentent pas distinctem ent à\n chaque témoin sa forme trop réelle, ou celle d’un concitoyen\nqu’il reconnaît. J e le répète, au théâtre moderne, les tragiques\nne sont guère parvenus à nous faire vivre en de tels lointains;\nà peine par la Phèdre de R acine et ces marm oréens Burgraves\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "    Chronique littéraire.                                           209\n\n\nde V ictor Hugo. L es comiques, jam ais, que je sache; dans la\npantomime quelques essais “ et tout le reste est littératu re,,.\nSur la scène lyrique, si nous m ettons à p a rt la valeur p u re­\nm ent musicale de certaines œuvres, dom inant les grandes\nmosaïques sans unité de l’opéra et de l’opéra-comique il ne\ndemeure debout qu’une belle tentative de Glück, quelques\nvelléités de C.-M. von W eber, Fidélio de Beethoven, et enfin,\nréalisation prodigieuse d’un génie synthétique, le D ram e de\nR ichard W agner.\n   L a musique porte en soi, plus que toute création littéraire,\n— et parce qu’elle est d’une harm onie plus totale — le\nmagique privilège de se créer un monde. Mais la plupart\ndes musiciens ont lutté contre leur a rt et, négligeant l’unité\nformelle, ont brisé en une foule incohérente de petits sys­\ntèmes cet auguste et personnel univers que devait être\nl’OEUVRE. I1 fallut la IX e symphonie et le geste de Beethoven\npour désigner le but. Cependant, déjà loin dans le passé,\nquelques princes de l'a r t m usical avaient réalisé, outre\nl’unité de l’action pensée, l’unité d’atm osphère au moins dans\nlaquelle évoluaient les images encore diverses (*). Plus\nrécemment, des vers y parvinrent aussi.\n   Pourquoi, dans la litté ra tu re comme dans la musique, cet\nidéal commença-t-il à prendre forme loin du th éâtre ? C’est\nqu’au théâtre le spectateur, voyant des hommes m atérielle­\nm ent représentés et des personnages qui s’exprim ent à peu\npi'ès en la langue de ses contemporains, est ten té d’apercevoir\nsur la scène une anecdote et un individu, — non pas l’his­\ntoire éternelle de l’Homme. L a scène et sa vie resten t forcé-\n\n\n\n  (*) La p a s s ion selon S u in t M a tth ieu , p a r exem ple.\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "210                                                                     la Wallonie.\n\n\nm ent plus tangibles, tandis qu’au poète lyrique ainsi qu’au\nsym phoniste il est plus facile de dissim uler les contours de\nla m atière, derrière la brum e irisée de la phrase, ou des\naccords. L e drame se déroulait trop près du sp ectateu r; il\nfallait donc plus d’unité, de continuité et d’harm onie, oui,\nune plus grande force créatrice de mondes harm onieusem ent\nillusoires, un plus grand a rt d’abstraction pour m ettre ce\nspectateur à même de discerner la droite ligne symbolique\nde l’œuvre. E t ce but, la musique a pu l ’atteindre av an t la\nlitté ra tu re (*) encore une fois parce qu’un accord émané de\nl ’orchestre (surtout lorsqu’invisible), élève entre la scène et\nle spectateur un sonore brouillard tran sp aren t qui isole\ncelle-ci du monde quotidien.\n    Au théâtre, to u t ce qui est près de nous — p ar exemple,\npour les personnages, des signes trop semblables aux modes\nde relations usités par les adm inistrés de M. B eern aert ou de\nM. Carnot, — tout rappel direct de ce qui nous entoure perce\nbrutalem ent la tram e continue de l’œ uvre e t la si frêle\nenveloppe du monde illusoire où se m eut l’action. A insi la\nprose non rythm ée s’oppose moins facilem ent à cette rupture\nque le vers même sim plem ent rythm é ; ainsi le vers aux\n\n\n    (*) La litté ra tu re seu le; c a r ra p p e lo n s-n o u s que les d ra m e s d e K alidàça\né ta ie n t des d ram es ly riq u e s ; que la m u siq u e d ev ait a cc o m p a g n e r la tr a ­\ngédie g re c q u e ; que n o n s eu le m e n t les ch œ u rs c h a n ta ie n t, m ais que so u ­\nv e n t les a c te u rs d éclam aien t u n e v éritab le m é lo d ie ; qu'enfin le m asque\nles e n le v ait au m onde des a u d ite u rs e t c h an g e a it le so n de la voix, d ’ail,\nle u rs so u ten u e com m e en u n e s o rte de m élopée. (V oyez, e n tre a u tre s ,\nBu rn o u f : H istoire lie la litté ra tu re grecque, pages 2 6 8 e t s u iv a n te s du\npre m ie r v o lu m e.) E l l’h arm o n ie des v e rs, e t la noble p lastiq u e, e t la\nm u siq u e des le n ts g e ste s ! lit les év o lu tio n s du c h œ u r, s o u v en t é tra n g e r\nau x p e rso n n ag e s, e t à qui les sp e c ta te u rs sem blent av o ir co nféré le d ro it\nd ’ê tre le u r in te rp rè te .\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "     Chronique littéraire.                                     211\n\n\nseuls dessins de rythm e moins que le vers affermi de m arches\nharm oniques; ainsi, toute parole proche de notre habituel\nlangage, moins qu’une pantomime rythm ée ; ainsi, prose, vers\net gestes moins que musique.\n   E ncore, les moindres détails peuvent détruire cette conti­\nn uité, et l’abstraction qui en résulte: les noms des acteurs,\nd’avance appris ou en vedette ; les distractions des voisins ;\ntel visage reconnu, un sourire surpris, un cri de couleur\ndiscordant au rêve ; dans la salle, la lum ière qui scintille au\nlu stre et aux girandoles, ou une mise en scène trop éclatante\net qui détonnerait. — Les conditions de vie pour le rêve\nreprésenté sont naturellem ent le silence en dehors de la\nmusique, et l’obscurité en dehors de la scène. E t puis des\nacteurs anonymes. J e ne veux voir ni M ounet-Sully ni Van\nD yck, m ais H am let ou Parsifal. Il me p ara ît même que le\nnom de l'auteur, sur l’affiche ou en tête du livre, est une faute\ncontre l’harm onie ; on devrait le proclam er, avec les noms\ndes interprètes, à l’issue du spectacle, si l’on y tie n t; et,\ndans le livre, l’inscrire non en grosses lettres sur la couver­\ntu re et près du titre, mais à la fin, avec les autres indications,\nl’im pression entière une fois vécue.\n   Au théâtre, plusieurs formes ont en elles-mêmes de quoi\ncontenir le Dram e. L a réalisation complète pourrait être une\ngrave pantom im e jouée dans le plus subtil silence. — le\nrythm e des gestes tra ç a n t le dessin de cette musique néces­\nsaire dont le silence même serait la couleur et l’harm onie;\nou la pantom im e grave commentée par une musique adéquate;\nou le ballet, rénové enfin ! ou, après le dram e lyrique\ncomme le conçut W agner, un dram e en vers harm onisés\nprécédé d’une introduction musicale, destinée à circonscrire\net à colorer l’atm osphère de l’œ uvre ; puis de la musique en\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": " 212                                                                 la Wallonie.\n\n\n m élodrame continu pour soutenir la déclam ation, et encore\n de la musique entre les parties et pendant telle pause de\n l’action visible. E t je rêve, quant au décor, je rêve de scènes\ntrès au loin, où, parm i les chansons du chœ ur populaire, de\nnaïfs personnages im m obiliseraient un geste sur fond d’or.\nMais dans la plastique, si nous l’im aginons telle, il faudrait\ntoutes les ingénuités des poses, et, sinon A lvary et L ili\nD ressler peut-être, quel acteur au penser gothique pourrait\nfaire chanter les innocentes lignes d’un Boisserée ?\n    Toute œ uvre d’art, si l’on veut, exige un esprit qui la\nsubisse. Mais quelle différence ne sera point celle du lecteur\nou du musicien (*) lorsqu’il s’im prégne de l’œ uvre en la\nsolitude animée à peine de nuls fantôm es par une ondoyante\nfumée de pipe confidente, oui, quelle différence d’avec la foule\nlà réunie coude à coude et les yeux fôlant mille autres y eux,\npour que devant elle apparaisse — le Spectacle !\n    L a Foule, le Public, et non pas une foule et un public. Car\nle propre de l’art, lorsqu’il s’impose, est de lier p ar mille\nétranges courants pour en créer soudain un seul être, les\ncollections éparses d’idées, de sensations, de souvenirs et de\nvagues rêves qui composent une assemblée.\n    Ce que le poète peut exiger, ce qu’il doit sans nul cri\ninspirer à une foule, c’est la complicité attentive qui la change\nen la Foule. E t ce, p a r deux moyens il me semble : la conti­\nnuité qui ne laisse pas un in stan t seuls avec eux-mêmes ces\ndivers électeurs, avocats ou financiers, — le public, — et la\nsuggestion qui leur accorde, comme par une condescendance\nroyale du Penseur, une p a rt dans l’action elle-même, avec la\n\n\n   (*) C ar      n ’e s t pas b esoin de c o rd es ou clav ier ré a lisa n t p o u r a u tru i\nles h arm o n ies que p ar les yeux il s e n t e r r e r à son ouïe.\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "        Chronique littéraire.                                                           213\n\n\n  mission, d’achever chacun en soi-même, en en g ard an t la\n  conclusion, le raisonnem ent ou le fait norm al dont la scène\n  illum ine les prémisses.\n     L a suggestion, à p a rt K alidâça, peut-être Shakespeare et\n  Goëthe, et, en ce siècle, Shelley et W agner, n ’avait pas\n  toujours ju sq u ’ici préoccupé les poètes. Mais la continuité fut\n  recherchée par les tragiques grecs et nos dram aturges\n  classiques. L e public lui-même en a la notion au moins\n rudim entaire. Je me souviens avoir vu, comme vous tous, des\n tem pêtes bouleverser soudain fauteuils d’orchest r e et\n poulailler, lorsqu’un acteur, se croyant sûr des applaudisse­\n m ents conquis, risquait « une inconvenance » quelconque.\n  C’est que, p ar une attitu d e déplacée, le ténor ou le baryton,\n seigneur ou roi, rom pait subitem ent la tram e continue. O r\n cette continuité, en quoi consiste l’œ uvre d’art, est, pour le\n public, le signe de sa raison d’être, elle lu i dévoile son utilité,\n l’investit d’une fonction sacrée, en fa it un tout cohérent, une\n unité vivante et nécessaire ; et l ’acteur, par son incartade,\n nie d’un seul geste décisif l’être nouveau, l’être unanime des\n spectateurs, leur fonction et leur raison d’être, pour les\n changer à l ’in stan t même en une simple collection de bons\nbourgeois, ahuris, inutiles, et qui peut-être devinent alors\nconfusément ce qu’ils sont.\n    C’est pour m ieux réaliser la continuité, en écartan t to u t\nconcret rappel, to u t détail im m édiat qui ren d rait à chacun\ndes auditeurs la notion de son individualité, c’est pour ce\nm otif que l’action nécessite un recul d’horizon douteux,\nl ’éloignement de la légende (*). E t pour ce m otif aussi les\n\n\n  (*) J ’ai dév elo p p é ja d is c e tte idée en a n aly sa n t les F la ire u rs, d ram e\nde C harles Van L erh erg h e. ( W a llo n ie. fév rier 1 8 8 9 .)\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "214                                                         la Wallonie.\n\n\nbelles tentatives réalistes des G oncourt, Revenants, d’Ibsen,\nles comédies de Becque et d’Ancey, les deux prem iers actes\ndu Mâle de Lem onnier, oui tous ces spectacles m algré leur\nm érite ne m e paraissent point nous donner ce que nous\ndésirons.\n    Villiers de l’Isle Adam, presque seul, av a it fait vivre des\n actes parlés par l’étonnante suggestion de quelques phrases.\n    On se rappelle la scène de la pendule dans la Révolte, et\n les m ots qui term inent la Révolte et l’Invasion. Or, une\n œ uvre m agistrale de V illiers vient d’être publiée après sa\n m ort (par les soins de MM. M allarm é et J.-K . Huysm ans,\n car il sied de les associer à l’ami qu’ils réconfortèrent).\n    D ans A x e l (*), le Poète a m agiquem ent transfiguré des\n hommes, et les a créés tels que leur grandeur les éloigne de\n nous pour les in staurer légendaires et les laisser agir selon\n la continuité la plus stricte. J ’allusionne ici su rto u t les deux\n  prem ières et la quatrièm e partie. L a troisième, le monde\n  occulte, v it p ar une m erveilleuse et plus inégale discussion\n  philosophique, mais n ’ayant plus du poème la succession\n  continue d’images et de gestes, comme aussi devenue sou­\n  dain plus m oderne et plus proche et dépourvue de plastique,\n  elle échappe au théâtre.\n     Car il implique, le théâtre, toutes les féeries du décor,\n  toute la sculpture en action de l’orchestique, dont la silen­\n  cieuse éloquence arrache par un geste, p ar la courbe ou la\n  décisive roideur d’une attitude, p ar un ensemble de lignes\n  expressives et de couleurs, la signification totale incluse au\n  m ystère de l’œuvre.\n\n\n    ( *) A x e l, œ u v re p o sth u m e de V illiers de l'isle Adam, inachevée. Chez\n Q u e n tin , à P a ris .\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "     Chronique littéraire.                                    215\n\n\n    C’est ce que V illiers nous m ontre encore seigneurialem ent\ndans le monde religieux, où les cierges brûlent sur l’autel, où\nl ’orgue éploie d’impériales draperies, où des vierges en blanc\ns’avancent, ondulent et prient, puis s’effarent et s’envolent\ncomme cygnes ou comme neiges ; dans le féodal m anoir\nd ’A uersperg tendu de royales tapisseries sur les lam bris,\nniellé d’arm es héroïques, et farouche par une présence d’aus­\ntères guerriers ; dans le monde passionnel enfin, lorsque parm i\nla foule de statues funéraires et le m arbre noir s’ém ouvant\nd’une onctueuse lueur de lampe, un flot subit d’or et de\ngemmes brise la ténèbre, ja illit, trébuche et croule en\nflammes. D e telles visions rappellent les prestiges de W agner,\net s’illum inent d’un éblouissem ent égal. E t que dire des\npersonnages eux-mêmes, sinon que le seul E dgar Poë au rait\npu concevoir un couple de telle B eauté ?\n    A xel est une des plus vastes conceptions que je sache, une\nŒUVRE parm i les trois ou quatre, les plus grandioses, qui\nrestero n t de n o tre siècle. L es magies d’une impeccable phrase\ndéroulent des splendeurs, et la pensée du génie nous revêt\nd’ailes pour le suivre. C ependant je ne parlerai pas plus\nlongtem ps d'Axel, car après un tel livre de longues appro­\nbations ressem bleraient à des aboiem ents : le propre du génie\nest d’imposer le silence. — E n outre, pour critiquer une\nœuvre, il faut la dom iner ou s’im aginer un in stan t qu’on la\ndomine. A xel se dresse trop haut au-dessus de moi; me\ng randir par l’im agination jusqu’à de telles cîmes, ce m ’est\nimpossible. E t quant à dim inuer un chef-d’œ uvre p ar l’analyse\nqui la ronge, comme un ta re t au flanc du h au t navire...\n    Si de ra re s faiblesses se d év o ilen t, de ci de là, on\nce dram e inachevé, je laisse à de plus audacieux le soin\nde les critiquer : il y avait déjà péril à parler de Villiers de\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "210                                                               la Wallonie.\n\n\nl’Isle A dam lorsque Stéphane M allarm é lui-même l’av ait\nmagnifié de sa parole (*). Si je le te n ta i, ce fu t pour\nsaluer encore le ducal poète qui a fui cette vie ; et, en sou­\nh a ita n t qu’un musicien — m ais il fau d rait W agner ! —\nimpose à des harm onies m ystérieuses et princières le devoir\nd’accom pagner et de commenter les actes et les paroles que\nla scène irradie, profondém ent je m’incline devant la gloire\n du chef-d’œuvre.\n   Le th é âtre est à la fois a rt musique et a rt plastique. E n\nta n t qu’a rt plastique, il exige une concordance des mouve­\nm ents, l ’unanim ité des gestes, lignes et couleurs, dans un\n sens unique ; comme a rt musique, fût-il silencieux, l’harm o­\nnie est nécessaire à son existence ; c’est par elle qu’il for­\nm era un tout, un être doué de vie propre, et cette consis­\ntance, l’œ uvre l’acquerra par la continuité, comme je le\ndisais tantôt, et (c’est la définition de l’harmonie) par\nl’accord organique des directions vers le B ut. Or, étant\ndonnée la m arche de l’esprit au sym bole, ce B u t ne\nsera pas im m édiat, et c’est à l’entendem ent, ici indéfini, des\nspectateurs, qu’échoit le rôle de le concevoir, de réu n ir le\nfaisceau convergent de ces lignes : d’où la suggestion. E t\nmême, l’œ uvre d’a rt m ystérieuse et parfaite devant être\nsuggestive à l’infini, ces directions ne seraient-elles point\ndes parallèles, si l’on veut adm ettre cette définition : les\nparallèles sont les côtés cl’un angle dont le sommet est l’in fini.\nP our l’œ uvre d’a rt ainsi conçue, l’infini serait donc un\ninfini subjectif, objectivé dans le th éâtre (pardon !) — l’angle\nnaissant dans quelque E sprit.\n\n\n   (*) Villiers de. l'Isle A d a m , c o n fé re n ce , vie n t de p a ra ître chez B ailly,\n4 4 , ch au ssée d ’A n lin , P a ris .\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "      Chronique littéraire.                                                        217\n\n\n   Shakespeare avait placé la continuité dans l’action hu­\nm aine et, bien que souvent chez lui le B ut de ces directions\nsoit plus facilem ent tangible, il donne à te l acte une si\nmagique totalité, qu’il en surgit le m ystère d’un lointain être\nvivant : parfois aussi la suggestion ne trouve pas sa fin à un\nB u t relativem ent précis ; Othello par exemple n ’est qu’un\njouet m anié par le principal personnage, Jago, une chose en\nquoi se m anifeste Jago, sim plem ent, et qui pourrait être un\nautre am ant. — W agner v it p a r la continuité d’action philo­\nsophique, — ce qui, au théâtre, pourrait ne pas suffire, le\ndialogue disant tout, — m ais aussi par la continuité p resti­\ngieuse et la suggestion de l’orchestre aidée par le souvenir et\npar l’orchestique y incluse, enfin par la plastique toujours\ngrandiose de la scène et du décor. Ces deux exemples suffiront,\nje l’espère, à me faire com prendre.\n   Que l’on ne s’étonne pas de me voir citer Maurice M aeter­\nlinck après de tels noms ; assurém ent, par son dram e, n’a-t-il\npu se hausser d’un seul coup d’aile aux altitudes habitées\npar ces génies ; mais, après Charles Van L erberghe, il a\ninstauré au th é â tre un a r t inconnu, aterrissant aux rives les\nplus solitaires. Remarquons-le, il n ’a pas glacé la “ complicité\nattentive „ de l’auditeur, comme tels grands poètes, en disant\nto u t; mais, se rappelant que l’œ uvre d’a rt v aut encore en ce\nqu’elle sous-entend, il a réalisé, dans l'Intruse surtout, une\nétonnante continuité par des m ouvements d’im ages qui\nsuggèrent (*).\n\n\n  (*) M aurice M aeterlin ck : l'In tru se , d ram e en u n a cte, e x tra it de la\nW allonie ; la Princesse Maleine, d ra m e en cin q a ctes e t en p ro s e ; éd itio n\np rivée à 30 e x e m p la ire s ; vient de p a ra ître u n e 2e éd itio n chez L ouis Van\nMelle, M-, ru e Saint-G eorges, à G a n d.\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "218                                           la Wallonie.\n\n\n   L a Princesse Maleine requiert par plus de saisissantes\nm erveilles; l'Intruse par une plus sûre possession des\nmoyens dram atiques et par une plus logique unité. Les\ndeux pièces font n aître l’indéfinissable d’une sensation qui\nne se résout point, la légende si fuyante à l’horizon, mais\naussi la vie sourde et montueuse avec ses gestes, une pensée\nlonguem ent tu e et qui parfois déchire la tram e du silence.\nIl faudrait q uitter la littératu re seule et vaguer dans le\ndram e musical pour chercher dans Tristan, dans Götter­\ndammerùng et dans P arsifal des suggestions analogues; et\nencore, la manière de faire inopiném ent surg ir telle phrase\ncomme un sursaut de couleuvre appartient bien à M aeter­\nlinck, avec le secret de laisser l’angoisse courir sous les mots\nen un m uet frisson inexpliqué.\n   L e h au t Poète dont je parle a pourtant cédé à quelques\ninfluences. L a Princesse n ’est pas très éloignée des vierges\nrêvées par V an L erberghe, le sujet de l’Intruse nous fait\nsonger aux F laireurs, enfin tels personnages de la Princesse\n Maleine décèlent le souvenir d’H am let et de M acbeth. Mais\nque peuvent signifier, au fond, ces regrets, si Maurice Mae­\nterlinck a su créer à nouveau l’atm osphère d’une œuvre, au\npoint de nous transporter comme d’un bond hors du monde;\ns’il a suscité en nous un rythm e nouveau, si d’un sujet déjà\nsu, comme l'Intruse, il a fait s’ériger des forêts inconnues ?—\nL a parenté intellectuelle du Poète s’indique avec les prim i­\ntifs italiens (tels anges de B. Gozzoli, de Masolino, et\nsurtout ces étranges fresques d’Antonio Vite); elle s’affirme\nencore très proche avec les préraphaélites anglais. Mais rien\nau th éâtre ne rappelle cette effrayante scène finale do\nl'Intruse, grande par les blocs de silence et parfois les paroles\n qui tom bent des ténèbres ; ni le symbole de cet aveugle qui\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "       Chronique littéraire.                                                             219\n\n\nperçoit les grandes clartés et voit ce que les autres ne\nvoient point. Celui-là p eu t voir, qui voit en soi-même; il\ndistingue les g r a n d e s c l a r t é s , parce qu’il n ’en est pas dé­\ntourné, comme les autres, par les mille clartés vaines et\ntransitoires qui leur paraissent nécessaires et les em pêchent\nde discerner la vraie lumière. I l a ainsi reconquis la prim itive\nsimplesse du voir et du sentir, et, comme à l’enfant qui ne v i t\npas encore, les g r a n d e s c l a r t é s ne lui sont pas voilées p a r une\nvie extérieure dont il n ’est plus.\n   L ' I n t r u s e , c’est l’inattendue m o r t . E lle approche de loin,\ninvisible, et les Jeunes F illes devinent une insolite présence.\n\n    « Un peu de v e n t s ’élève d an s l’av en u e. — O ui, les a rb re s tre m b le n t u n\npeu. — Il d o it y a v o ir q u e lq u 'u n d an s le ja rd in , les ro ssig n o ls se so n t\ntu s to u t à c o u p ... — Il fau t que q u e lq u ’u n passe d e rriè re l’é ta n g , c ar,\nles cy g n es o n t p e u r. — T o u s les p oissons de l’é ta n g p lo n g e n t s u b ite ­\nm ent. Le P ère. — Tu ne vois p erso n n e ? La F ille. — P e rso n n e , m on p è re .\nLe Père. — Mais c e p e n d a n t, l’é ta n g e st d a n s le c la ir de lu n e ... La F ille —\nOui ; je vois que les cy g n es o n t p e u r... J e vois le c h ie n de g a rd e to u t au\nfond de sa n ic h e .. — Je n 'e n te n d s plus u n seu l ro ssig n o l d a n s to u te la\ncam pag n e. Le Père. — Il y a un silen ce de m o rt. \".\n\n   M alheureusem ent, après l’adm irable scène dont j ’extrais\nces fragm ents, un détail me heurte : l’intruse funèbre se\nrévèle par le bruit d’une faux qu’on aiguise au dehors, et\nsoudain la M ort déchoit de sa grandeur, sa te rreu r d’être\ninvisible disparaît, pour évoquer la déplaisante allégorie du\nsquelette arm é de la faux. Il peut sem bler puéril de chercher\nainsi les petits points noirs, mais mon esprit de w allon se\nrefuse à se représenter ainsi la M O R T ; p eut-être aussi y a-t-il\nlà chez moi une lacune déjà observée, et une difficulté à\nsaisir entièrem ent le concret. Cette légère critique faite, je\ntiens à dire plus h au t mon respect et mon adm iration. A p art\nles F l a i r e u r s , jam ais le théâtre littéraire n ’a été renouvelé\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "220                                           la Wallonie.\n\n\naussi profondém ent que par l'Intruse et la Princesse M aleine,\ndepuis de longues années. U ne puissance stupéfiante nous\nétrein t à la lecture de ce drame ; le poète nous étrein t les\nmuscles et nous p étrit les nerfs avec une invincible force,\nsans qu’il cherche jam ais à produire une impression qui ne\nsoit pas pour le triom phe de l’A rt. Enfin, dans l'Intruse, le\nsujet est norm al; ce n ’est plus une anecdote, même royale.\nD ans la Princesse Maleine l’intrigue assez compliquée\npouvait aider le travail de l’écrivain; ici, le sujet étan t\ndonné, il a to u t tiré de soi-même.\n   Mais, si l’In tru se vaut p ar son unité, sa continuité et sa\npuissance, la Princesse Maleine nous em porte su r des ailes\nplus m ystérieuses. L e personnage de la Princesse ne rap ­\npelle, même de loin, rien de ce que nous connaissons au\nthéâtre. L ’Urvaçî de K a lid â ç a , la princesse d’un conte\npopulaire égyptien dont il ne reste qu’un fragm ent, voilà ses\nplus proches pi rentes à mes yeux : or, des siècles et toute une\ndéviation dans l’axe des idées rendent plus que chimérique\npareil cousinage.... Sauf la scène finale de l'Intruse, je ne\nconnais pas, dans to u t le théâtre littéraire, une seule page\nd’une suggestion plus pénétrante que la rencontre dans ce\nparc nocturne et près d’un je t d’eau vacillant, la rencontre et\nl’inconnue terreu r du Prince H jalm ar et de la Princesse\nM aleine. E t que dire des phrases partout balancées qui se\ndressent, ont de m ouvantes formes et décisivement naissent\nà toute lum ière ? Rappelez-vous la Princesse M aleine, enfer­\nmée dans la tour de ténèbres et de faim, parce qu’elle aime le\nP rince, elle si fière et faible et seule, plus seule avec le\ndévoûm ent stupide d’une nourrice; lorsqu’enfin, une pierre\ndéplacée, le soleil victorieux ja illit dans la tombe de pierre,\npour qu’un regard s’éperde sur la m ort d’une campagne d é-\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "     Chronique littéraire.                                       221\n\n\nvastée. Songez à la sim plicité magique des moyens en la scène\ndu P arc, ta n tô t citée, et à l’intensité surprenante de telles\nparoles proférées p a r la vierge effrayée de l’inconnu. Revoyez\nle vieux roi, déjà près de la tombe, songeant à l ’inévitable\ncrime et criant : “ Il y a un cyprès qui me fait des signes ! „\nEnfin la Princesse toute seule en la chambre où ram pent les\nombres molles, ses terreurs, et, le couple royal entré là, la\nReine qui lui enroule au cou le lacet de la m ort, avec des\ncaresses : “ Il faut être dorlotée à ton âge; je vais être ta\npauvre maman. „\n   Répétons-le vingt fois, celui qui anim a l'Intruse et la\nPrincesse Maleine, le hautain et neuf Poète des Serres chaudes\na fait grande œ uvre d’art. Sa Princesse n ’est pas Ophélie,\nelle n ’est pas Sak u n tala ; rien, — au th é â tre — n ’a d’accoin­\ntances directes avec cette pâle Jeune Fille. L es chœ urs\nd’Eschyle, dans les suppliantes, font rêver à sa douceur\nd’exil; m ais il y a en elle un charm e de m ystère m auvais, de\nlongs yeux vénéneux qui déjà vont s’éteindre. C’est une\nfillette de V an L erbergh e si inconsciemment venue dans les\nserres chaudes, et qui s’y m eurt ; étouffée en ce palais empoi­\nsonné, elle s’y m eurt, elle s’y m eurt! E lle est claire, elle est\npure, d'une chasteté d’étrangère apparue, — et pourtan t son\nhaleine est d’une m alade, il sourd de sa poitrine des effluves\nangéliques et pervers ; elle est équivoque et triste, et nul ne\nsau rait affirmer avec certitude que tout cela existe, ni\nqu’elle-même est bien là, devant nous. C’est la Princesse, la\nPrincesse.... E lle, ses paupières vagues et toutes ses boucles\nen lianes ; des cheveux qui s’enrouleraient de caresses\nvivantes, étrangem ent tièdes sinon de glace, un col irréel où\ns’enlaceraient des m alheurs, — un sa n Giovannino d e Donatello\nparm i des te rreu rs am biguës, un Botticelli dans la M alaria.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "222                                                           la W allonie.\n\n\n   Si j ’en avais le tem ps, j ’analyserais longuem ent la psycho­\nlogie de celui qui rêva la Princesse Maleine. L o rsq u ’on se\nrappelle les Serres chaudes, et tels de ses écrits, on devine\naisém ent en lui un F lam and concentré, détourné du seul\ndécor magnifié en toute sa race, oui, captivé par l’influence\nétrangère des peintres italiens et des poètes anglais —\nB otticelli, Swinburne, W a lt W hitm an, sans doute. Enfin ce\nprincier m ystique dévoilerait de ses idées l’essentielle forme :\nle sadisme. Il a lui-même prononcé ce mot en parlan t d’Iw an\nGilkin, et, comme à l’auteur des Serres chaudes, jam ais il ne\ns’appliqua plus justem ent qu’à ce poète des heures troubles,\nen sa religiosité tourm entée par d’équivoques fantôm es (*).\n   Ici, peut-être serait-il opportun d’ouvrir une parenthèse.\nLorsqu’un soir je fis allusion au sadisme de Botticelli, devant\nquelques poètes que j ’aime et que j ’adm ire, — l’un d’eux était\nmême un prince de ces temps, — tous ils sourirent ne voulant\nm ’approuver. E t pourtant j ’ai gardé intacte en moi-même\n cette opinion instinctive. Comme M aeterlinck l’a écrit, je\nserais tenté de croire que les Poètes anglais réalisèrent plus\n que les autres cette forme prim itive de l’art. L ’érudition me\nfait absolum ent défaut : je connais trop peu ou trop mal la\nlittératu re anglaise pour oser affirmer. Cependant Swinburne,\n Quencey, l’étrange W a lt W hitm an qui grandit sur les terres\n d’Amérique, Shelley et quelques autres me paraissent les plus\n purs m aîtres du sadisme. J e devine qu’on me raillera; mais\n qu’im porte ? L e sadisme s’illumine à mes yeux comme la plus\n longue et la plus blanche des fleurs m ystiques, il est toute\n chair de vierge, tous pleurs de fée ; un élancem ent du moi\n\n\n    ( *) Iw an Gilkin : La dim inution de l'a rtiste , lui) e x em p laires, s u r Hol­\nla n d e , chez D em an, 1 5 fran c s.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "       Chronique littéraire.                                                           223\n\n\nqui irradie sur les choses sans en vouloir exprim er toute\nl’Idée, la pensée de S aint-Jean vers l ’innocente M arie. Il ne\ns’ag it pas ici de Justine, pas plus que le sadisme, ruisseau\ncandide, n ’a sa source dans une impuissance forcée : il vien­\ndrait plutôt, si l’on exige pareil détail, d’une chasteté voulue,\net des effluves d’arides vouloirs à s’effumer en vanité. Il est\ningénu comme l’enfant qu’il adore, m ais il a) tous les doutes\nde la jeune fille à 16 ans. Enfin, si le faux sadisme n aît d’une\npensée devenue sensuelle, le v rai sadisme, en sa m ysticité,\nangéliquement s’élève d’un désir contenu qu’il spiritualise.\nPour mieux me faire entendre, je citerai ces vers de Shelley\nqui en contiennent l’image :\n\n               Fo r th e S e n sitiv e P la n t has n o t b rig h t flow er ;\n               R ad ian ce an d o d o u r a re n o t its d o w e r;\n               It loves, even like Love, its deep b e a rt is full,\n               It d e sires w ha t it bas n o t, th e Beau tifu l !\n\n   Comme l’a fait observer M aeterlinck (*), le sadism e est\ntrès rare dans la litté ra tu re française. E n peinture, il est\nfréquent chez les prim itifs, et, de nos jours, on le trouverait\nchez les préraphaélites, anglais et chez le fabuleux G ustave\nMoreau. E n musique, il est plus difficile à distinguer. J e cite :\nles chorals de la Passion selon Saint-M atthieu, de Bach\n(o H aupt voll B lùt und W ùnden, surtout) le chœ ur des soprani\nde l'actus Tragicus, de Bach, et, dans l’œ uvre de W agner,\nquelques surprenantes pages de Parsifal, de Siegfried, le pré-\n\n\n   (’) D ans lu P léia d e, de B ru x elles, fév rier -1800, M. M aeterlinck cite\n dans les le ttre s fran ç a ise s J u les L afo rg u e, B au d e la ire , Iw a n G ilkin e t\n Ch. Van L e rb e rg h e ; p o u r B au d elaire, je n e pu is ê tre de so n a v is, m ais\nj ’a jo u te ra is à ces n om s celu i de l'a n g é liq u e P o ète G eorges K hnopff et\n R im bau d , d a n s les prem ières com m unions s u rto u t.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "224                                                               la Wallonie.\n\n\nlude de Lohengrin, et surtout la Siegfried-I dyll, née d’un\nsentim ent de paternité assurém ent chaste. E n France. César\nF ranck en est souvent proche, Berlioz faillit l’atteindre\ndans une partie de la F u ite en E gypte et dans la B allade du\nroi de T hulé; V incent d’Indy si bellem ent sincère et juvénile\ny tend parfois, et Gounod en est aussi loin que possible.\n    P ar un désir trop pur, et que rien ne réalise, Iw an Gilkin\net M aurice M aeterlinck sont des sadiques, au tan t que Ju les\nLaforgue, V an L erberghe et Khnopff, mais d’une autre\nmanière. A ce point de vue particulier, je trouve des concor­\n dances subtiles entre l ’art de V an L erberghe et l’a rt de\n G hirlandajo, Moreau, B urne Jones, K ate G reenaw ay; entre\n Georges K hnopff et le moine de Fiesole, en évoquant aussi\nquelques prim itifs de la Souabe et de la F ranconie; entre\nJu les Laforgue et certaines femmes de M antegna peut-être,\n puis certes des fillettes naïves comme en a de tem ps à autre\n Rogier V an der W eyden, les vierges de M artin Schongaùer\n qui grava d’éternels visages, enfin celles qui passent dans les\n albums de Kate G reenaw ay, mais devenues soudain fran ­\n çaises (*). M aeterlinck v it en songe les incunables des X III® et\n X IV e siècles, à Munich; il fut veillé par des anges de Botticelli,\n ceux aux plus minces lèvres comme violettes, et les princesses\n de W a lte r Crane ont grandi pour être ses sœurs.\n    Iw an Gilkin rappelle en ses plus belles pièces les éphèbes\n\n\n   ( ') P o u r J u le s Laforgue, so n g ez à lla m le l, à liu lh , à Salom ë; à\nL o h e n g rin ; relisez la co m p la in te sous le Figuier bouddhique :\n                                Oh reviens là !\n              R eviens vittjir p a r m i mes cheveux, mes cheveux\n              l)e m oi, j e t'y fe r a i des bracelets d 'a v œ u x ...\net (R e lté me le soufflej les Stérilités.\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "     Chronique littéraire.                                       225\n\n\nsi chastes de D onatello; d’autres fois, les pures noblesses\nviriles de G ustave Moreau transparaissent encore (comme du\nsa in t Georges de Moreau, l’Hercule si bellem ent juvénile, le\nPoète et la muse, etc.). De même que les F lorentins au X V e\nsiècle, Iw an Gilkin est arrivé au sadisme par le culte de la\nforme en la spiritualisant, et ils sont bien rares les Poètes\nqui surent, comme lui, com prendre la Beauté du corps de\nl’homme.\n   Témoin ce sonnet :\n                                BOIS SACRÉ.\n\n            Jailli n u des v ê te m en ts vils,\n            C hair de n a c re , lu m iè re , jo ie ,\n            Le so u p le éphèbe dan se e t broie\n            Le sol d ’o r c ra q u é d e béryls.\n\n             M oelleux, v e rts et b le u s, de su b tils\n            L a ta n ie rs au x palm es de soie\n            P ro p a g e n t l’o m b rag e où chatoie\n            M aint ra y o n c la ir e n tre des cils.\n\n            A insi p av o n ien n e s’allum e\n            La m agique fo rêt de plum e\n            Aux flam boyantes cim es d ’yeux\n\n            Où l’e n fa n t p e u re u x des caresses\n            F u it p a r jo lis b onds sin u eu x\n            L’eff roi des tro p h au tes te n d re sse s.\n\n  Ces vers d’une perfection enchantée ne rappellent-ils pas,\nsans l’im iter en quoi que ce soit, l’une des pages les plus\nétonnam m ent plastiques du Banquet ou le P etit saint Jean de\nD onatello, à F aïen ce? Ainsi compris, l’am our des Form es\nréalise l’a rt le plus haut, car la ligne, devenue harm onie\nmême, on un esprit, se fait subjective, au même titre que toute\nidée.\n                                                            15\n\n\n\n\n                     /\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "226                                              la Wallonie.\n\n\n     Mais Gilkin est hanté p ar d’autres rêves. A côté de visions\n  comme celle-ci, d’une atm osphère sacrée et de gestes\n  lointains, des conceptions très différentes (et de beaucoup les\n  plus nombreuses) complètont son œuvre. U ne étrange\n bataille a dû se livrer entre l ’influence d’une éducation\n catholique, sans doute aussi l’influence de P laton, celle de\n philosophes pessim istes, celle de Baudelaire et celle de\n peintres admirés. B audelaire, venu en second lieu probable­\n m ent, a fini par triom pher et je ne connais pas un poète qui\n  ait subi plus absolument que Gilkin la domination des Fleurs\n die mal. H eureusem ent, s’il fiança désormais ses idées aux\n songes de Pierre-Charles, il ne se laissa pas entièrem ent\n absorber par lui. Sa viride et vivace nature s’infusa la sève\n étrangère pour resurgir plus volontaire, et, en décelant à\n jam ais la filiation fatidique, sauvegarda sa personnalité d’ê tre\n libre. Gilkin a su trouver d’inattendues images, des mots\n barbelés, d’étranges évocations de choses glauques, froides,\n baveuses et glabres, des terreu rs de m ains squameuses dans\n l’obscurité lourde, contrastant avec la lumière jaillie de\njeunes chairs, les courbes joueuses d’enfants enjoleurs, et les\n saveurs de pulpes juteuses qui rafraîchissent.\n    Il répéterait volontiers, j ’imagine, en se l’appliquant, cette\nphrase de Théophile G autier : 11 C’est un étrange pays que\nmon âme, un pays florissant et splendide en apparence, mais\nplus saturé de miasmes putrides et délétères que le pays de\nB atavia : le moindre rayon de soleil sur la vase y fait éclore\nles reptiles et pulluler les moustiques ; — les larges tulipes\njaunes, les nagarassis et les fleurs d’angsoka y voilent pom­\npeusem ent d’immondes charognes, „ etc. — J e pense au\ncontraire que l’âme de Gilkin, saturée de miasmos en ap p a­\nrence, est bien réellem ent florissante et splendide.\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "      Chronique littéraire.                                  227\n\n\n    Ses tendances habituelles ne sont évidemm ent point les\n nôtres; les pièces comme le Bois sacré sont des exceptions\n dans son livre et le titre même indique des préoccupations\n déjà anciennes, très fréquentes à Bruxelles, mais inconnues\n aux poètes de l’heure présente. Cependant, s’il est un peu\n inégal aussi, ce livre dévoile une si droite conscience d’art,\n une telle franchise d ’élan vers la Beauté, qu’il me séduit et\n attire m a sym pathie avec une irrésistible force. E t, bizar­\n rerie qui s’explique : ces grandes pages exprim ant des pensées\n mauvaises, de troubles désirs, une haine noire et le mépris\n de l’homme, — en un décor de fleuves torpides, de fleurs\n fétides m ais belles comme du sang, des fleurs, des forêts et\n des eaux m ortes parm i de narcotiques effluves et des ténèbres\n venimeuses, — non ces pages ne me laissent nulle impression\ntorve ou glaçante. Car la noblesse claire du poète irise\nchaque ligne, et l’on se rappelle seulem ent un regard limpide\ncomme une source, une fierté révoltée par le mal, un élégant\ngeste qui dédaigne, et soudain la rosée lustrale de m ille gout­\ntelettes adam antines.\n   Q uant à la technique d’Iw an Gilkin, elle est celle du P a r­\nnasse, un peu renovée, de ci de là, par des combinaisons de\nsonorités expressives. Iw an Gilkin affectionne les rythm es\nfixes, et certes je ne le lui reprocherai point, puisqu’il ne\nconçoit son œ uvre que sous cette forme. L a tex tu re de ces\nvers dénonce une science experte, qu’il sied d’adm irer chez\nun P arnassien, car chacune des écoles poétiques a sa raison\nd’ê tre ou l ’a eue jadis, et ne faut-il pas ju g e r des poètes\nd’après le point de vue où ils se sont placés ? Une réserve\ndoit être faite, p ourtant : si l’on excepte quelques pages, les\nessais de musique apparus çà et là n’ajoutent rien à la valeur\ndu livre; il fau d rait donner à toute une pièce une base musi­\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "228                                                              la Wallonie.\n\n\ncale, ou n ’en pas donner à un seul vers ; des tentatives isolées\nà  tel hém istiche rom pent les plans et n ’ont pas valeur musi­\ncale, c’est-à-dire harmonique.\n   Mais insistons encore sur la ra re perfection de telles\nstrophes de la Dam nation de l'artiste. Assurém ent M. Gilkin\nest un ouvrier bien plus sûr de lui-même que ne le fu t\nBaudelaire, — il faut oser l’écrire — et sa technique, irré­\nprochable, ne laisse place à nulle cheville parasite, si l’on\noublie la Prière du m atin et une ou deux autres pièces, anté­\nrieures aux autres sans doute. Les successions d’images de\nGilkin sont logiques, étroitem ent cohérentes, et c’est m erveille\nde voir le souple et fastueux vêtem ent, l’étincelante\nplastique qu’il su t donner à des psychologies. Comme il faut\nse borner, et qu’un exemple dit cent fois plus que mille\nanalyses, pour un Poète, voici un m iraculeux sonnet qui illu­\nmine un é ta t d’âme sans le décrire, en même tem ps qu’il\ns’homologue au Bois sacré par la grâce virile de jeunes chairs.\n                                     L’ÉTANG.\n\n      Un é ta n g où la v erte im age des bois plonge\n      R éjouit so n eau fraîch e où des ad o le sc e n ts\n      De le u rs b eaux m em bres n u s , d élicats et p u issa n ts\n      C aressen t les re g a rd s é p ars d an s l’a ir qui songe.\n\n      F le u r de je u n e ss e , ô ro se e t blond n a g eu r allonge\n      A llonge la c a n d e u r de te s b ra s in n o c e n ts\n      V ers m on rêv e, a ttiré p a r ces b ra s c aressan ts\n      D ans l’é ta n g où la v e rte im age des bois plonge.\n\n      O bo n té de la vie ! ô s a n té du soleil !\n      Voici q u e d a n s l’a ir bleu b o u rd o n n e u n doux conseil\n      D’o u b lie r, d 'êtr e h eu reu x d an s l’h erb e en fleu r des berges.\n\n      — E t d an s l’a z u r du ciel l’in v isib le av en ir\n      Q ue c e tte jo ie offense, afin de la p u n ir\n      A iguise en tap in o is ses c ru e lle s fl am berges.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "      Chronique littéraire.                                                    229\n\n\n   E n voici un autre, de ceux que je signalais ta n tô t, les vers\nde tons froids, noirs et som ptueusem ent verdâtres; il fait\ncontraste avec le précédent et indiquera bien dans quel sens, —\net pas dans un autre — M. Gilkin peut être appelé disciple\nde B audelaire.\n   Cette dernière pièce est plus dans la teinte générale du\nlivre; de plus, elle est m usicalem ent ordonnée.\n\n                                      LE VIVIER.\n\n       Mon liv re e st u n v iv ie r profond de m a rb re n o ir\n       Où p arfo is, te p e n c h a n t plein d’h o rre u r, tu peux v o ir\n       O r e t flam m e ! o n d u le r d a n s la fan g e e t l’eau n o ire\n       U ne m u rè n e com m e u n long é clair de m oire.\n\n       D ans l’éb èn e affamé de ce b o ueux m iro ir\n       Le s o leil, qui s’y v o it n o ir d 'u n d eu il sa n s esp o ir,\n       Boit les b a ise rs g la ire u x d’u n e flore illusoire\n       Où s ’o u v re, au lieu des fleurs, m a in te le n te m âch o ire.\n\n       Toi qui v ien s te m ire r d an s ces tra ître u x rem o u s,\n       R eg a rd e , ô c h e r v isag e h y p o c rite e t si d o u x ,\n       Sous ton re fle t tre m b la n t g lisse r des m o n stres m ous.\n\n       P o u r re p a ître à la fois m es a m o u rs e t m es h a in e s,\n       Tous les jo u rs , de m es m ain s, je n o u rris m es m u rèn es\n       De b eaux yeux frais d ’en fa n ts e t d ’e n tra ille s hu m ain es.\n\n    Mais je me suis attardé ; le théâtre, M aurice M aeterlinck et\nIw an Gilkin m ’ont entraîné p a r des routes inconnues, et voici\nque je ne pourrai pas donner aux autres poètes dont les livres\nm ’entourent, toute la place qu’il faudrait. J e suis heureuse­\nm ent bien à l’aise avec H enri de R égnier, car je ne veux ici\nque signaler son m erveilleux missel du rêve, e t P ierre Quil­\nla rd en fera bientôt ici même une analyse approfondie. —\nMais vraim ent il est trop difficile de passer vite le long de ce\nparc des Légendes; et je veux m’y perdre encore. Oh la\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": " 230                                                                la Wallonie.\n\n\n radieuse atm osphère bleutée, diaphane jusqu’à ces là-bas\n  d’horizons veloutés, dans les vapeurs où glissent les Poèmes\n  anciens et romanesques (*) ! J ’ai beau fureter dans m a mémoire,\n  bien peu de livres de vers m’ont laissé d’aussi frais souvenirs.\n  C’est ici, p ar un nonchalant et si noble trouvère, l’évocation\n  de m ers où les grandes nefs s’avancent à toutes voiles, des\n hommes qui venaient de terres transatlantiques, et d’autres\n qui partirent, des cris et des chants, des gestes de femmes sur\n la plage, — et c’est la mer; c’est le bois vaste aux tem ps an­\n tiques, — peut-être avons-nous vu la Grèce, — le bois et les\n folles qui s’encoururent sous les branches, les chevelures\n d’or et feu sous les branches, les folles ! et des poursuites qui\n vont, de satyres en poursuite des folles, et des luisantes\n chevelures - au v ert rougissant des halliers, car c’est l’au­\n tomne, et c’est le soir, et les voici qui repassent les folles,\n tandis qu’en la ténèbre :\n\n                Une torche s’embrase en un bouquet d’éclairs\n                Ou secoue a u x étangs mornes des pierreries\n                Ou s’enfouit vivante en des antres ouverts.\n\n   Mais elles sont parties les folles revenues ! rien n ’est plus\nd’elles qu’un peu de songe, et ne sont-elles, ces disparues,\ncomme tous masques et ce que nous vîmes, ne seraient-elles\nque des apparences, de vaines et vagues qui rient et fuient,\nquand nos yeux, fixes encore, s’attard en t à chercher l’immo­\nbile au courant de la vie ?\n   Bien loin dans les années qui furent, oh se revivre là !\n\n\n   (*) P a r H enri de R é g n ie r, t i r és à p e tit n o m b re et trè s b ien édités par\nB ailly, 11, c h au ssée d 'A n tin , P a r is ; m édaillon p a r F élicien Ro p s, de la\nplus p u re b e au té, m ais qui e û t m ieux b laso n n é les v e rs d 'Iw a n Gilkin.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "     Chronique littéraire.                                          231\n\n\nun masque et ses vides regards, sous les recloses paupières,\ntendus vers quelqu’étoile, et le vent qui se joue et bourdonne\n en ces lèvres sans voix, visage de m ystère, ali n ’es-tu pas\ncelle-là que jadis j ’ai connue,\n   Quand tu m archais vivante, eu les idolâtries,\n   Parm i les palmes et le sang et parm i l’or !\n   J e sais! jad is je fus celui qui p artit, et j ’avais l’âme triste ;\nje fus l’E rra n t vers mon destin, et comme h au t je tenais mes\narmes et comme droite m a bannière, un jo u r la V ille m’ap­\np aru t et to i qui m’attendais sur la to u r massive. E t je t ’ai\nsaluée, reine de m a virile destinée; E trangère, peut-être\nfatale, n ’es-tu point celle dont les brocards cèlent la pierre\ncéleste, n ’est-il à toi le talism an, la gemme de clarté que\ncherchaient mes arm es et mes errants désirs ? — H élas, déjà\nl’image s’efface en l’onde qui coule; ah je ne suis plus celui-\nlà, m ais tu n ’avais la Pierrerie.\n   Mirages, et que l’atten te est faite pour décevoir ! L a chi­\nmère de son vol d’acier a dominé les passants de ces\ncontrées, et ses ongles sont d’un aigu m étal. Mais ta n t de\nrêves, ah qu’ils somm eillent ! Lointaine et irréelle est la\ntoujours désirée toison d’or, et voici bien du soir encombrer\ntoutes les vallées! L e silence et le deuil planent comme le\nsoir dans les vallées :\n\n            La Mém oire p leu re su r la p ierre des tom bes,\n            G loriole é te m e lle et très an tiq u e espoir,\n            E t ces songes sont com m e un e x il de colombes\n            E m p o rta n t à leu r bec des roses au ciel noir.\n\n  Vous, la Princesse qu’il devait éveiller, ah mourez vite,\nmourez vite, car le chevalier ne viendra ! T riste est la forêt,\ncomme une m ort de princesse, et vers les grèves encore des\nchants d’adieu se prolongent. Ils sont partis les princes\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "232                                                               la Wallonie.\n\n\ncouverts de soie, par les m ers et les m ers; les belles qu’ils\naim aient, ils les ont oubliées, et jam ais plus les larges flots\nne les porteront vers elles. Car les temps sont de larm es; et\nde plus dures étreintes se crispent sur les désirs. L a voici\npasser encore, celle que je vis; mais c’est par la forêt m au­\nvaise, et je ne sais quelles plaintes rôdent dans le vent. L a\nn uit est triste, la forêt se lamente, et soudain voici l ’aube\néclaircir les cîmes, et je suis seul, et to u t cela que je vécus,\nces joies et ces mélancolies, ah ce n ’était que la magie d’un\nsonge !\n   Or voici de nouveaux crépuscules :\n\n           Le v e n t du so ir dénoue aux robes défleuries\n           La c e in tu re d ’ém ail e t l’é ch arp e de soie,\n           Les d rap s lo u rd s des tréteau x o n d u len t au x p ra irie s\n           Où frisson n e la b an d ero le qui s ’éploie.\n\n\n           Il filtre u n a ir é p ars de flûte e t de viole\n           S o u p ir d ’a rc h e t qui v ib re aux g rêles c o rd es d’o r\n           Et cesse si ja illit du ch œ u r qui s’étiole\n           Q uelque san g lo t tro u a n t la to ile du décor.\n\n\n           De g ra n d s o rg u e ils ro m p u s com m e en é clats de glaives,\n           De g ra n d s esp o irs tu é s com m e des oiseaux bleus\n           Qui sa ig n e n t p a r la n u it d e la m er e t des g rè v e s,\n           Où lu ise n t les to rc h e s des Actes fabuleux.\n\n           Le cri du b u ccin c la ir s ’en lace de violes,\n           Il m e u rt des ailes aux franges d ’o r des tré te a u x\n           E t des flûtes to u t bas p le u re n t des g lo rio les,\n           Ram es des Nefs d’esp o ir en larm es s u r les eaux !\n\n           Le c ré p u sc u le e st si tris te c l ce so ir d e fête\n           Si d én u é de rir e e t h an té du vieux so n g e !\n           Et la p ra irie est to u te ro se e t v io lette\n           E t le g e ste en un g este d’om bre se p ro lo n g e.\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "     Chronique littéraire.                                                       233\n\n\n           E t les jo u e u se s en le u rs robes d éfleuries\n           S e n te n t le u r voix ré tiv e aux rô les oubliés.\n           S u r elles se m o u rir l’é c la t des p ie rre rie s\n           E t leu rs m asques c h o ie n t et se b ris e n t à le u rs pieds.\n\n           P lu s tre m b la n te s d an s l’om b re où trem b le u n e viole\n           Elles é co u ten t frisso n n e r to u te la m o rt,\n           E t ja illir com m e un c ri du c h œ u r qui s'étio le\n           Le b uccin c la ir tro u a n t la to ile du d éco r!\n\n           Face à face e t d e v an t le so ir qui le fascine\n           A l’é tra n g e p ra irie où ne foule les fleurs\n           Nul Avide d 'o u ïr la F able sybilline\n           Que se d ira ie n t le u rs voix d’A m antes e t de S œ u rs !\n\n           Et le doux c h œ u r ép ars e t g ra v e com m e u n e âm e\n           Lasse à jam ais e t qui p leu re e t suffoque au songe\n           Des bleus o iseau x b rû lé s p a r la to rc h e de flamme\n           R éto rq u e le silen ce où se plaît le u r m en so n g e!\n\n\n  Tout cela, que nous entendîmes, et les spectacles qui\nfurent les nôtres, gais rouets dans la ville en fête, et plus\nd’un soir de mélancolie, celle de qui je disais :\n\n                 La seule voix, la voix p ré c ie u se ,\n                 A passé le long du rivage\n                En l’a u ro re ou le so ir au la rg e\n        Sans q u ’a b o rd â t jam ais la barque au mât d ’yeuse.\n                  Et j ’e n te n d ais p le u re r les ra m e s s u r la m er\n                  Et les oiseaux frô ler les voiles,\n        E t j'atte n d a is sa face en ses cheveux s u r le ciel c la ir\n                 Et l’été d o u x pleuvait d ’étoiles.\n\n   Ali celle-là, comme d ’autres et d’autres, visions claires et\nvisions tristes, to u t cela n ’est qu’un vain spectacle, un vain\nspectacle de jadis, et c’est l’énigme dont je n ’ai pas le mot,\nl’Enigme.\n   E t c’est le Songe de la Forêt. Aux lointains de futaies qui\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": " 234                                                           la Wallonie.\n\n\nse gem ment de rejaillissante lumière, la Dame merveilleuse\nest l’habitante de la F orêt. Des vierges et des enfants en\nont l’image de toutes pierreries, et des pélerins s’en furent\nlà-bas, qui ne revinrent plus ; des chevaliers avaient passé\nqui n ’avaient aperçu la dame merveilleuse, m ais l’E sp rit\nqui dort en le m ystère de la F orêt dit à la Dame des m er­\nveilles :\n\n          « R eg ard e v ers l'o ré e e t l’a u ro re\n          Pa r la tro u é e o u v e rte en le bois,\n          Mon rê v e rê v e ra de ta voix,\n          Que vois-tu p a r delà la fo rêt et l'au ro re !\n\n          T o u rn e-to i v e rs l’o ré e e t s o u ris à l’a u ro re ,\n          A dem i soulevée éblouie e t div in e,\n          É c a rte d ’u n len t g e ste é tra n g e e t vague encore\n          Les h a u te s ro ses dont l’h erb e en fle u rs te dom ine.\n\n          L’écho des jo u rs p e rd u s e st m o rt en m a m ém oire\n          E t m on passé n a ta l e st vague com m e un songe.\n          Tes cheveux s u r m es yeux m i-clos et san s m ém oire\n          M êlent le u r c en d re é p arse aux tre s se s de m on songe. »\n\n    E t la Dame d it : “ J e vois les plaines, les plaines, le\n fleuve indulgent parm i les moissons mûries, et plus loin, des\n enfants s’éjouissent aux vignes. J e vois la Ville, et les palais\n et les carrefours ; des am antes sont à q uitter leurs am ants\n de noblesse, et sur les portes un masque rit d’un rire obscène.\n J e vois les Chevaliers qui p a rte n t, parten t pour les conquêtes;\n des m onstres de m étal ciselé couronnent leurs armes, et la\nchimère se déploie sur les cimiers. Je vois.... la Ville est triste\net de m ystère; des p élerins vont à pas tranquilles p ar les\nchemins, sous les étoiles. Mais c’est la nuit, c’est l’ombre,\nl ’ombre ! Toute la Ville s’y est fondue, je ne vois plus enfants,\nni chevaliers, ni pélerins ; ah c’est la Nuit !,.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "     Chronique littéraire.                                                        235\n\n\n   E t le Dorm eur de la F o rê t dit à la Dame : “ J e fus ces\nenfants et leur bénin sourire, m ais ils sont m orts en moi ;\nje sus toutes les lèvres tendues des am antes; le m auvais\nmasque c’était moi; je fus les chevaliers, pennons au vent, e t\nleurs bannières; m ais les guivres des casques m’ont m ordu,\net la chimère s’est envolée, et je fus homme vil, et j ’ai couru\npar les chemins. Ces pèlerins, je vécus leur vie, et je partis\ndans la forêt vaste; mais j ’ignorais l’invisible But, et je ne\nsavais pas que tu y dormais ton sommeil de merveilles :\n        Mon rêv e qui fu t toi fle u rit en te s m ains pâ les\n        Qui c u eillaien t to u r à to u r la ro se e t I’ancolie\n        Du m en so n g e c h an g e a n t de leu rs le u rre s d’opales.\n\n        Le m illièm e fou de l’an tiq u e Folie\n        Moi le Sage ép erd u de l’an tiq u e Sagesse,\n        L’E r ra n t q u ’u n vœ u de d u r d e stin p o u rc h a sse e t lie\n        Moi le P a u v re affamé de to u te la la rg e sse !\n\n        J e su is venu v e rs toi p o u r u n e h eu re éphém ère\n        Où je fus l’hôte de ta m agie étern elle\n        Toi le Songe, toi l'O p ale, loi la Chim ère\n        V ers qui d ’a u tre s iro n t com m e j ’allai v e rs elle.\n\n        E t la fo rêt re d e v ie n d ra la fo rêt m orne\n        S ans v estig es p o u r moi de rir e s e t d'oiseaux\n        En la ro b e j ’e n te n d s p ié tin e r la lico rn e\n        Qui b rise les ru b is au b ris de ses sab o ts.\n\n        L’om b re im m ense d o n t ton silen ce e st le m ystère\n        R ep ren d ton rir e é p ars en son écho n a ta l;\n        J u sq u ’à l’h e u re où v ie n d ra q u elq u ’un qui so it mon frère\n        D ors en te s g ro tte s d ’o r, de fleu rs et de c rista l.\n\n        Et j e re d e sc e n d ra i la c o llin e san s ro ses.\n        Vers la ville en d o rm ie et le fleuve so n o re\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "236                                                              la Wallonie.\n\n\n         E t j'ira i m 'acco u d er p rè s des fontaines closes\n         Au m u r où les ro seau x frisso n n e n t de l’a u ro re .\n\n         S u r les flûtes si m erv eilleu ses q u ’elles sem blent\n         E g re n e r des opales e t des am éth y stes,\n         S o u p ir de voix qui p leu re et de lèv res qui tre m b le n t,\n         S u r les flûtes qui s o n t u n peu des âm es triste s ,\n\n         Je c h a n te ra i v ers l’om b re e t les étoiles m ortes\n         Ju sq u 'à l’aube où b le u it l’o pale du lac m ort\n         Ce q u ’aux E to iles de ja d is et qui so n t m ortes\n         En le m agique Bois c h an ta cet oiseau d ’o r. »\n\n    Une étonnante unité d’atm osphère et de couleur, une unité\nde tendances et l’unité de la pensée aussi signalent ce beau\nlivre. Des titre s divers s’allongent d’une si nonchalante grâce :\nla Vigile des Grèves, le fol Automne, le Salut à l’E trangère,\nmotifs de Légende et de Mélancolie, Scènes au Crépuscule,\nle Songe de la F o rê t; mais l’œuvre est bien un seul être\npolymorphe, et c’est bien d’une seule âme qu’on vient de\nvoir les songes. Car c’est une psychologie, les P oèmes anciens\net romanesques, celle de nous tous qui devinons au-dessus\nde nous, quelque part, Quelque Chose. H enri de Régnier,\nmieux que personne peut-être, sait par des images et des\nsuggestions analyser un esprit. L a paraphrase que j ’ai tentée,\nfidèle quant au décor de chaque partie du livre, aura pu faire\ndeviner combien aérienne et comme allégée est cette évo­\ncation d’une âme. E lle s’ordonne selon des images radieuses,\nindéfinim ent suggestives, et l’on vit de sa vie en les forêts\nde tous ses rêves, arraché pour longtemps à rien qui ne soit\nelle. C’est le plus bel éloge qui puisse s’incliner devant un\nfront de poète.\n   J e veux pourtant reprocher à H enri de R égnier une\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "     Chronique littéraire.                                     237\n\n\ncertaine uniform ité dans l’agencement des vers, des répé­\ntitions et le choix des mêmes tons pour la p lu p a rt de ses\nimages. Que des m ots semblables reviennent souvent, il serait\npuéril de le faire observer à ce m aître ouvrier. Mais j ’aurais\nvoulu plus de décisives lignes, des contours plus fermes, une\nchair plus nerveuse. J e le sais d ’ailleurs, to u t est fluent\ndans ce livre et tout doit fuir, le sujet et la philosophie de\nl’auteur l’exigeant avec force. E ncore H enri de R égnier\naurait-il pu donner à telles strophes une forme plus défini­\ntive, dans ses vers libres surtout, se défier peut-être de sa\ntrop grande aisance. Car nul de nos poètes ne fu t à sa\nnaissance paré de plus beaux dons par une plus douce Fée.\n   L e lyrism e doit découler de H enri de R égnier comme le\nvin d’une am phore; on le sent natu rel à sa bouche comme\naux chevelures les diam ants, comme aux corsages tous les\nbouquets. Des visions enchantées caressent à chaque minute\nses prunelles, et des vers les traduisent comme instinctive­\nm ent l’enfant parle. Ceux que j ’ai cités ne sont pas toujours\nles plus beaux, mais je les ai transcrits parce qu’ils chan­\ntaient sur mes lèvres, et il y a dans tout ce livre une si\nconstante brise musicale, chargée des pures images s’y\nélancées, qu’en prenant au hasard j ’ai dû choisir de beaux\nvers. Ces visions enchantées que j ’allusionnais, elles sont de\nl’ordre le plus noble, elles passent dans le soleil, parm i des\ncristaux, des lacs aux forêts captives, des femmes qui sont\nreines ou fées bien loin dans nulle histoire. E t elles se déplient\ndoucement, vêtues de gaze comme d’ailes nacrées, en de\nvagues paysages aux grandes lignes qui sont de courbes et\npensives.\n   L e paysage d’H enri de Régnier invinciblem ent fait songer\nà Puvis de Chavannes, aux plaines si chastes et comme\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "238                                                                la Wallonie.\n\n\nlactées, aux parcs d’une tranquille am plitude, vêtus de jour\npour des présences légendaires ou royales, aux m ontagnes\nqui glissent en pente adoucie, et toujours larges selon l’h a r­\nmonie et le plus m ajestueux silence.\n   J e veux com pléter ce rapprochem ent : si, par la peinture,\nPuvis de Chavannes m ’a laissé des souvenirs de ciels entre­\nvus, H enri de R égnier m ’en a laissé de presque aussi clairs\np ar son m erveilleux livre. — E t qu’ajouterais-je encore sans\ndim inuer mon im pression?\n\n                                           * *\n   T ant est devenue m aîtresse, en ces derniers temps, la\nconviction qu’il faut suggérer, voici, d’un puissant naturiste,\nun rom an sans cesse tendu vers le m ystère. Le Possédé (*),\nde Camille Lem onnier, appartient bien par son sujet aux\npays habituellem ent visités par les naturalistes; mais il s’en\nexile par la forme. Un probe m agistrat, la cinquantaine\narrivée, oublie jusqu’à la femme, sa compagne aim ante dans\nla vie, celle qu’il aime encore de toute sa tendresse, il l’oublie\npour vouloir insatiablem ent l’équivoque institutrice de ses\nenfants ; un fait d’atavism e se précise : il sent le dominer en\ntoute sa chair l’influence d’un aïeul dont le sang court en ses\nveines.\n   P areil sujet ne devait pas nous plaire outre mesure,\nsem blait-il. Mais Camille Lem onnier l’a transform é, le tri­\ntu ra n t de ses m ains fortes jusqu’à en faire ja illir un livre\namer, toutes les âpretés, les dégradations morales et les\ndouleurs, un livre qui à m aints points de vue est le livre d’un\npoète. L ’au teu r si divers du Mâle, de la Glcbe et de VHysté-\n\n\n  (*) Le Possédé, p a r Cam ille L e m o n n ie r; C h arp en tier, é d iteu r.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "     Chronique littéraire.                                   239\n\n\n rique, s’est rapproché cette fois, par sa forme, des tendances\n les pins récentes. On connaît ce chatoyant style de Lem on­\n nier, les phrases allongées qui se bistournent et se redressent,\n du rouge et des m étaux p erlant des muscles à chaque effort ;\n ici, comme en certaines pages de E n Allemagne, les mots\nrevêtent parfois des transparences opalisées, une épithète\n se nue de rêve, un mot surgit, nimbé d’ombre vaincue, et\n qu’on n ’attendait pas. C’est qu’avant d’être un romancier,\n Camille Lem onnier est un artiste, un des plus purs artistes de\nla prose française en ces jours. On connaît ses trésors de ru ti­\nlances, les opulences de son vocabulaire ; ici il s’est exaspéré\nparfois comme en tels chapitres de H uysm ans, il a des cas­\nsures d’antimoine, des reflets qui s’évaguent, ou s’irradient en\nmille aigrettes. D ’autres fois, avec des mots simples, d’im ­\nprévues parenthèses, il élève loin du terrestre et quotidien\npersonnage mis en scène, pour illum iner je ne sais quelles\ncontrées d’écrasem ent qu’il explore. I l parle des yeux, les\nyeux noirs d’une jeune femme : “ (des lys noirs, le soir, au\ncoin d’une eau morne). „ Ou bien c’est, dans le cauchem ar de\nLépervié un polaire paysage qui s’élève et se tasse. Ou\nencore, en une basse aventure, Lépervié rencontre un obsé­\nd an t regard : “ (En des yeux incolores et diffus de fiévreux,\nun triste, un bizarrem ent triste et distant regard, comme\nmonté d’une destinée m alheureuse et qui, sur ce visage\nglabre, aux joues vieillottes et secouées par moments d’une\ntoux, avait la douceur hum ble d’un reproche ou d’un regret\npour un im m érité outrage.) „\n   Il est affligeant de penser qu’un ta len t de si puissante\nallure s’exerce sur l’histoire d’un président libidineux. Mais\nà chaque in stan t nous sommes emportés loin du pauvre\nLépervié dans la région des norm es; ce n ’est plus un individu\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "240                                             la Wallonie.\n\n\nqui parle, agit et se déshonore, c’est l’éternelle brute humaine\nen lu tte avec son esprit. Ce livre, divisé en courts p ara­\ngraphes, comme si l’auteur avait voulu se forcer à écarter\ntoute description objective et inutile, ce livre est to u t de\npsychologie et d’une acuité de lame luisante, d’une âcreté\nrévoltée comme un mépris devenu de la pitié. Certes est-il\naussi éloigné de la formule naturaliste qu’Emile V erhaeren\nl’est de Richepin, ou V erlaine de François Coppée!\n   P eut-être il dénonce comme une hâte de trav ail, et se\ntrouve forcément inégal p ar cela même qu’il décèle l’évolution\nde son auteur. Inégal, m ais toujours artiste, toujours fière­\nm ent dédaigneux des moyens vulgaires, il évoque p ar des\nimages, par des hantises, par de soudains détails groupés,\nd’où naissent des crescendo d’impressions à faire haleter. Je\nl’ai dit, pas une seule description comme les m ultiplient les\nn aturalistes; mais la création, sur des plants nets et par\nprécises touches, de plusieurs figures humaines. Il y a là une\nfemme, Rakm a, une femme à la Rops, enfiévrée, froide pour­\nta n t, dévergondée et cruelle, m aigre avec toutes les sou­\nplesses et ses inflexibles regards de ja is; une silhouette\ntracée de la pointe à l’eau-forte, fière, nerveuse et de\nmembres agiles, im pavide parce qu’elle est et sera, m épri­\nsante parce qu’elle a été, affolée d’un vieillard pour qu’elle le\ndévore et grandem ent belle comme les Sataniques.\n   Mais j ’adore surtout le clair visage de fillette, la si blanche\nqui m ourut lorsqu’elle découvrit la débauche.\n   “     Léger, furtif, agile, un pas, un aimable petit pas\nailé (arrête, arrête, enfant!) frôla les tapis de l’escalier, un\npas qu’ils ne pouvaient plus entendre et qui m ontait, se\npressait, se rapprochait, une seconde s’immobilisait sur le\nseuil de la porte restée ouverte. Puis un cri partait, l’effroi\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "      Chronique littéraire.                                                     241\n\n\net la douleur d’un cri, un tel cri qu’une âme s’y déchira.\nPaule, accourue pour surprendre son père à son réveil, to u t\nà coup apercevait (ah! l ’horreur de dire cela!), parm i les\nrobes et les linges dévastés, un b attem ent affreux de membres\nen l’air, comme de bêtes ruées au m assacre, une fureur hon­\nteuse de chairs nues qui s’étreignaient. E t, toute pâle, épou­\nvantée, elle se reje tait à trav ers l ’escalier, sau tan t les\nm arches, les deux mains devant elle        ,,\n   J e le répète, en s’écartant de plus en plus du p etit clan\nn aturaliste, — d’ailleurs en a-t-il jam ais fait partie? —\nCamille Lem onnier a cherché pour le rom an une forme nou­\nvelle. Jam ais il n ’a m ontré plus m agistral son talen t qu’en ce\nlivre, encore inégal; mais en attendant le sûr et complet\nchef-d’œ uvre qu’il annonce, Le Possédé, par cette prestigieuse\nR akm a, p ar la psychologie disséquant Lépervié d’inexo­\nrables mains, p ar le discret modelé des figures de second\nplan, p ar le flot des images, les soudains rêves mornes et les\nm iroitem ents d’une langue m étallique, Le Possédé est une\nœuvre, et de la plus virile force.\n   U n hasard ami, et je lui en sais gré, m ’a donné de m ontrer\naujourd’hui des livres de vraie grandesse. J e ne suis pas, par\ntem péram ent, un éternel bénisseur; mais que dire d’une\nœ uvre de génie comme AXÊL, que peut-on jargonner de la\nPrincesse Maleine ou des Poèmes anciens, à moins qu’on ne\ns’incline? Mes Mémoires (*), par Pierre-M . Olin, en des mor­\nceaux de prose d’allure assez diverse, recomposent un moi\nbizarre, un caractère comme 0n eût dit autrefois. J e connais\n\n\n   (*) Mes Mémoires, p a r P ie r re -M . O lin ; des p re sse s de La W allonie,\nVail a n t-C a rm a n n e , à Liège. Dix e x em p laires s u r H ollande Van G elder,\nso u s u n o rig in al e t so b re c a rto n n a g e an g lais.\n\n                                                                         16\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "'242                                             la Wallonie.\n\n\ndes poètes qui d’instinct détestent l’auteur de cette biogra­\nphie; j ’en connais d’autres qu’elle requiert, et j ’en suis. C’est\nqu’une surprenante et vivante sincérité d’analyse, am ère sous\nun m asque léger d’ironie, une reconstitution subtile de\npensées e t d’associations d’idées doivent outrager m aints\ndésirs de rêveurs, comme elles étonnent et conquièrent la\ncritique d’autres qui rêvent aussi. L a critique! Un livre ainsi\ntiré à dix exem plaires et distribué à de seuls amis semble\nn’en point vouloir supporter la pédanterie, et il y a dans ce\nfait un suprême dédain, un jo li haussem ent d’épaules qui\ns’indique plus nettem ent encore au long des pages feuilletées.\nCe livre est d’un égotisme parfait, et p ar là il agace en même\ntem ps qu’il attire. N ’est-ce pas ce que souhaitait son auteur?\nU n volontaire garçon, soutenu d’orgueil et qui s’isole dans un\nm épris peut-être trop facile, un étrange esprit desséché pour\ntoutes choses, horm is l’art, un paradoxal et m ouvant esprit\ns’y dévoile en liberté. L ivre en apparence peu cohérent, il vaut\np ar une originalité là toute vive, une originalité comme je\nn ’en connais guère; il déconcerte par de brusques sursauts\ndans l’intellect, il est cruel, n ’a jam ais “ le coeur sur la\nm ain „ et s’en défend comme d’une quasi turpitu d e; très\nartificiel à dessein, il chasse la cam araderie p ar un bref sourire\nvoisin du pôle, et, comme dans ces grottes cachées et froides\nles scintillantes stalactites, en son exil d’erm ite seigneurial\nil s’ouvre to u t entier pour l’ami qui serait l’Ami, en laissant\nvoir un im périal trésor d’amour, des fiertés aux doigts cares­\n sants, toutes les joies ingénues.\n    Mes Mémoires, mais non pas une autobiographie au sens\n ordinaire du mot, sauf l’indéfinissable de nous-même, les\n souvenirs transm ués en notre œ uvre et les désirs des heures\n secrètes, qui, m algré nous ou consciemment, infiltreront\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "       Chronique littéraire.                                                                 243\n\n\ntoujours leur sève dans nos plus inconnues forêts. L ’histoire\nest brève : Il fut jadis un cœur comme les autres, il vibra\npour être déçu ; comme il s’é tait replié sur lui-même, encore\nblessé de passions vaines, l’a r t soudain lui apparu t formi­\ndable, et des philosophies. I l reconnut son grave Péché\nd’avoir laissé ja illir vers de folles apparences la toute puis­\nsance de l’Ê tre en soi-même et pour soi-même; il reconnut\nle royaum e sans bornes du moi qui ne s’éperd, et se nia d’un\nseul geste l’existence objective des choses. Alors ce fu t son\nregard sceptique et l’ironie comme expérim entale et m athé­\nm aticienne pour s’am user du paradoxe selon les figures\nentrevues. Ju sq u ’à ce qu’un jo u r une Faiblesse l ’assom brit;\nil songea longuem ent à toutes grandeurs qu’il eût peut-être\nfait surgir si son orgueil y avait consenti, et soudain se\ntrouva très seul.\n   A p a rt la conclusion qui volontairem ent déchoit vers une\npassagère lâcheté si humaine, cette philosophie po u rrait se\nsym boliser p ar la spirale, dont l’idée a depuis longtemps\nséduit m a réflexion. C’est la spirale au centre asym ptote, qui\nse déroule et se déroule indéfiniment, élargissant ses ellipses\nm ouvantes pour chercher la raison objective qu’elle n ’attein ­\ndra ja m ais ; et c’est l’âm e-spirale qui sur elle-même s’enroule,\nvertigineusem ent toujours se rapprochée du centre subjectif\nqu’elle n ’attein d ra jam ais (*).\n\n\n    (*) En so n re m a rq u a b le liv re, le P roblèm e, le d o c te u r A ntoine Gros\nv ie n t de lo n g u e m e n t d év elo p p er c e tte hy p o th èse, c o n clu sio n de ses beaux\ntra v a u x p h ilo so p h iq u es. Voici du c h a p itre lap id aire, un fragm ent :\n« l’o rg a n e e sse n tie l de l'âm e en so n dom aine ato m iq u e p e u t ê tre re p ré ­\ns e n té p a r u n e co u rb e , s o it u n e sp ira le lo g ary th m iq u e non tra c é e s u r un\np lan , m ais se d é v elo p p an t d an s l'esp ace en hélice ellip tiq u e, le c ercle,\ncas p a rtic u lie r de l'ellip se , é ta n t ra re m e n t réalisé. Une telle courbe\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": " 244                                                                     la Wallonie.\n\n\n    Il est vrai, le moi semble n ’être encore qu’un postulat; le\n raisonnem ent n ’a pu jusqu’ici me prouver son existence\n comme entité absolue, et n ’est-ce point que le centre de la\nspirale ne sera jam ais a tte in t? J e n ’en ai point la connais­\nsance directe, et il ne se révèle que p ar ses phénomènes, les\nidées. J ’en obtiens la notion en abstrayant d’une collection\nd’idées to u t ce qu’elles renferm ent de dissemblable, et alors\n le moi s’illumine à mes yeux comme la synthèse des idées.\nMais si, plus tard, je fais une deuxième synthèse, ce produit\nne sera pas égal au précédent, si même les résultats ne sont\ncontradictoires. J e ne puis donc concevoir le moi que comme\nune quantité relative et variable, bien qu’une sorte d’instinct\nparalogique m ’en impose la foi. L ’homme cherche à prendre\nconscience dans la femme, comme l ’être dans le paysage, en\ny percevant le creux modelé qu’y fouilla son relief; de même\nun scel arm orial ap p araît par la cire exprim ant le blason\nqu’il frappa, et la musique se révèle en sculptant du silence.\nL ’homme se cherche dans l’amour, et n’est-ce pas pour cela\nque nous désirons la Jeune F ille en l’entourant de vagues\nliturgies? — comme on veut une limpidité de glace et la\npassivité d’une eau qui ne peut fuir, domptée p ar le cadre\nd ’or ou d’ébène. Pierre-M . Olin a probablem ent dirigé sa\n\n\ns'e n ro u le v ers u n c e n tre asy m p to te, on v e rtu de la loi de sa c o n stru c tio n ,\nelle tend p e rp é tu e llem en t v e rs ['in fin im en t p e tit ab so lu , elle p e u t é la rg ir\nses volutes in d éfin im en t d an s le sen s d iv e rg e n t, c ’e s t-à -dire vers l’infini ­\nm en t g ra n d de l'esp ace. »\n    D ire m on re sp ec t p o u r l’œ u v re de M. Gros, ce n’e st pas m ’e n g ag e r à\na d m e ttre to u te s ses id é e s; p a r exem ple le c h ap itre s u r la réa lité du\nm onde physique, et, page 2 3 3 , c e tte p h ra se d 'a ille u rs a tté n u é e e n su ite :\n« l’o b serv atio n et l’e x p é r ie n c e .... so n t la so u rc e de toutes no s c o n n ais­\nsan ces. »\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "        Chronique littéraire.                                                           245\n\n\nréflexion dans ce sens, et c’est ce qui explique la conclusion\nde son petit livre.\n   Q uant à la forme, le livre d’Olin est im parfait. L es amis\nont droit à une brutale franchise ; eh bien la phrase parfois\ns’em barrasse, trop bourrée de traîtreuses incidentes qui\nrom pent le rythm e. Si P ierre Olin publie un jo u r Mes\nMémoires en une édition moins strictem ent privée, il fera\nbien de supprim er aussi les chapitres sur le droit et la\ncritique, inutiles c’est-à-dire nuisibles. Mais qu’il ne change\npas une ligne à ses confessions sceptiques, e t surtout qu’il\nne touche pas à ces pages : le Sceau du passé et Finis, car,\np ar l’idée profonde et la si noble forme, elles réalisent le\nBeau dans toute sa pureté.\n                                            *\n                                           * *\n   Dédiés au Poète et seigneur José M aria de Hérédia, voici\nles Paeans et les Thrènes (*) de F erdinand H érold. N’y\nvoyez point, de grâce, une œ uvre trop posthum e du compo­\nsiteur de Zam pa, m ais de solides vers parnassiens sur des\nsujets antiques. J e suis très loin d’adm ettre l’esthétique\nparnassienne, m ais l’école eut sa raison d’être puisqu’elle\nfut. E t, lorsqu’on relit tel poème de Leconte de Lisle, tel\nsonnet de H érédia où vibrent les soleils, on ne peut s’empê­\ncher d’adm irer m algré tout. M. F erdinand H érold s’inspire\nsurtout de Leconte de L isle; disons-le, il a même subi\nson influence. Depuis, rénovant sa technique, il a résolum ent\nadopté le vers libre, ou, comme le dit H érédia lui-même, les\nvers polymorphes. Mais, dans ces hym nes de victoire ou de\nlarm es, en cette poésie entièrem ent objective, il avait su\n\n\n  ( *) Les P a ea n s et les Thrènes, par F e rd in a n d H é r o ld ; P a ris, L em erre .\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "246                                                                 la Wallonie.\n\n\nmodeler et sculpter des formes, saisir des gestes, décrire\ndes paysages de clarté. J e ne saisis point l’idée d’ensemble\nde ce livre, s’il en a une, m ais les divers motifs s’apparient\nbien comme des barques cinglant vers le même horizon, et\nl’unité existe au moins dans le lieu et dans les personnages :\nles héros et les dieux de la Grèce. M. H érold, qui songe\nm aintenant à des saintes et à des fées du moyen âge, est\ndéjà bien loin de son livre; mais il reverra sans doute long­\ntem ps avec plaisir plusieurs m orceaux de son recueil, et, par\nexemple, ce sonnet :\n                                  Le   je u n e   d ie u .\n\n\n\n           Avec l'éc la t p o u rp ré d’u n tem p le p o u r d éco r,\n           Le V ainqueur ra d ie u x , le P rin c e je u n e e t b ra v e ,\n           Qui tra în e un lo n g tro u p e a u de re in e s com m e esclave,\n           S’én iv re de l’e n ce n s qui b rû le aux vases d 'o r.\n\n           S u r so n larg e cim ier, où Nikê prend l’e sso r,\n           Sem ble p lan er la Muse h éro ïq u e qui g rav e\n           Son nom im m aculé s u r l’a ira in e t la lavé,\n           P o u r q u ’il su rv iv e au x nom s d ’H éraclès e t d 'H ecto r.\n\n           Le fro n t so u m is, e t p ro s te rn é s d e v a n t le trô n e ,\n           H ellènes, S y rien s, M èdes q u ê te n t l’aum one\n           D’un s o u rire in d u lg e n t ou d ’un reg ard d is tra it.\n\n           E t plein d ’a rd e u rs p o u r de no u v elles a v en tu re s,\n           En so n o rg u e il sp len d id e e t q u e nul ne v a in c ra it,\n           Le p u issa n t fils de Zeus rêv e aux g lo ires fu tu res.\n\n\n                                           * *\n  Plus encore que les vers de F erdinand H érold, la N éva (*) de\nM. D um ur est un ensemble de descriptions. C’est dire que\n\n\n  (*) La Néva,   par Louis        D um ur ,   à S a in t-P é tersb o u rg . A P a ris,   chez\nSavine.\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "     Chronique littéraire.                                   247\n\n\nM . D um ur ne se rattach e nullem ent aux tendances actuelles.\nS’il innove, c’est dans la forme : Son vers est basé su r le\nrythm e, comme les vers de l ’antiquité. C’était une excellente\nidée, la m esure n ’étan t pas, en soi, un principe musical,\n— le m ot principe ici dans le sens étymologique. M alheu­\nreusem ent, en s’appuyant sur les toniques, il a construit un\nvers très m onotone parce qu’il se déploie presque toujours sur\nun invariable dessin, les pieds étan t régulièrem ent disposés.\nI l eût mieux valu s’inspirer directem ent de la Grèce, se ra p ­\npeler que le vers à peu près régulier, le vers héroïque, était\naccom pagné p ar le monoch orde ou la lyre, que Sapho m aniait\nl’heptachorde et que tous les lyriques étaient des musiciens.\nOr, c’est en ces lyriques, Pindare par exemple, que la mu­\nsique s’unit le plus intim em ent aux rythm es ; si M. Dumur\n(e t je ne trouve pas d’autre raison à ses rem aniem ents) avait\nvoulu se rapprocher de la musique, il aurait pu mieux faire\nen adoptant les rythm es libres des lyriques, avec un accom­\npagnem ent de musique form ant l’harmonie. Ou encore, comme\nquelques-uns nous le tentons, faire en trer rythm es et h a r­\nmonie dans la composition du vers lui-même ainsi rendu\ncomplet. D ’ailleurs je n ’attache pas plus d’im portance qu’il\nne sied à ces discussions de forme, et je n ’y eusse fait allu­\nsion si la Néva ne se présentait avec les caractères d’un m a­\nnifeste. Enfin j ’accorderai volontiers que si le livre de\nM. D um ur m anque souvent de ferm eté dans le dessin et de\npuissance dans la couleur, il contient au moins des descrip­\ntions scintillantes ; de plus, il faut signaler l’innovation, car\nelle m ontre en son auteur un artiste qui veut chercher.\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "248                                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n   Il m ’est difficile d'être im partial pour le Meilleur Devenir\net le Geste ingénu (*), M. René Ghil m’ayant exclu jad is des\nÉ crits pour l’A r t, en même tem ps que MM. D elaroche et\nSaint-Paul, apparem m ent parce que nous ne partagions pas\nses idées. J e prie ceux qui me liront de ne pas l’oublier, en\nmême tem ps que je me m ets en garde contre moi-même.\n   Peu de poètes furent aussi bien doués que M. René Ghil,\ne t celui qui écrivit la prem ière édition du Traité du verbe\nétait certes un artiste. U ne conception claire de la musique,\ndes images aux tons rares, une langue charm ante auraient\ndû faire de M. René Ghil un écrivain de haute valeur. M aints\nvers de lui sont du reste adorables : les deux “ air pastoral „,\ndes fragm ents du prem ier Geste ingénu et, de ci de là, en la\np lu p art de ses poèmes, des évocations exquises. Mais depuis,\nM. René Ghil s’est desséché à force de vouloir échafauder\ndes théories et de les réaliser aussi; puis il a obéi à des\ninfluences étrangères : de la sociologie, que sais-je, enfin il a\nperdu un tem ps précieux à im prim er des choses désagréables\nou des injures gratuites contre celui qu’il avait appelé son\nm aître, et contre divers poètes m odernes. L e D arw inism e\nsurtout, et le positivisme (avec la philosophie de H egel que\nM. Ghil espère rénover) en form ant dans ce cerveau un h âtif\nmélange, induisirent M. Ghil en des erreurs bien graves pour\nun poète. Ainsi fut conçu le Meilleur Devenir, poème didactique\ncomme le dit son auteur lui-même, où. en cherchant à décrire\nles phases du transform ism e, M. René Ghil n’aboutit qu’à\nune suite de descriptions presqne toujours puériles, en ne\n\n  (*) Le M eilleur Devenir e t le Geste in g én u , u n volum e p a r R e n é G hil,\nchez l’a u te u r, à M elle, 2 fran c s.\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "     Chronique littéraire.                                                     249\n\n\ngardant de sa prim itive musique qu’un souvenir d’harmonie\nvague. Quelques parties, d’abord publiées, purent sembler\nintéressantes et faire espérer de belles pages, lorsqu’on les\nconsidérait comme un brouillon ; mais loin de magnifier ses\nprojets, M. R ené Ghil les a rapetissés par l’expression. L e\nMeilleur Devenir n ’est pas de la science pour les savants, et\nil n ’est pas plus de la poésie pour les poètes qu’il n ’est de la\nmusique pour les musiciens. J ’en excepte M. T hebault, qui\ndoit être un charm ant garçon.\n   S’il n ’avait publié que le Meilleur D evenir, je n ’aurais pas\nici parlé de M. Ghil. Mais le Geste ingénu est d’une autre\nvaleur. A v rai dire, il n ’y demeure pas plus de dix vers de la\nprem ière édition, m ais M. Ghil y a fait entrer, en les agençant\nassez bien, le second A ir pastoral, des fragm ents de l'A ir\nnuptial, etc. L 'a ir pastoral, m alheureusem ent am puté, est\ntoujours un poème de grand charme, comme telles parties\ningénues de ce second livre, où passent des visions de jeunes\nfilles et d’adolescents radieux. M alheureusem ent, to u t se\ngâte à chaque page p ar des m ots terribles venus des préoccu­\npations sociales de l’auteur, p ar des considérations patholo­\ngiques sur la fonction d’amour, par des allusions à son rôle\ndans un E ta t bien ordonné, etc.\n   C’est ce qui a fait com m ettre à M. René Ghil, dans le\nGeste ingénu, à côté de visions adorables comme celle-ci :\n          E a u x d’ingénuités sans rives aux légendes\ndes vers comme les suivants :\n             Q uelqu’e n sé p u ltu re m e n t d 'ép o u x v e rtu e u x\n             Q ui, m êlés, e u re n t p a rt à l’œ u v re p o u r le M ieux.\n\nou d’autres, à la fin, lorsque des am ants angéliques s’enlacent,\nen songeant à ponctuellement accomplir leur devoir envers la\nSociété. Evidem m ent, c’est pour le mieux.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "250                                             la Wallonie.\n\n\n   Q uant à l’obscurité si souvent reprochée à M. Ghil, il faut\nbien adm ettre une fois pour toutes qu’elle n’est pas si\népaisse. E n ces deux derniers livres, une clarté plus sensible\ns’est faite, et si l’on ne comprend pas, c’est parce qu’on ne le\nveut point. Mais, depuis l’été dernier, M. Ghil s’est encombré\nl’esprit de théories encore peu cohérentes, qui se m euvent on\nlourde foule pour écraser le Poète de jadis. J e ne puis\nadm ettre chez M. Ghil les tendances soi-disant modernes qui\nlui font regarder le poète comme un fonctionnaire désormais\nrétribué par l’E ta t à charge de célébrer lo culte dans le\ntem ple communiste. Sans dire même ce qu’a de peu réel une\nphilosophie expérim entale basée sur l’universel amour, — la\nlu tte pour l’existence resta n t en somme une hypothèse mieux\nappuyée — je ne saurais com prendre le sacerdotal poète\nim aginé p ar l’auteur du Meilleur Devenir. J ’ai beau me repré­\nsenter le Trocadéro, p ar exemple, transform é en un p yra­\nmidal escalier baigné de soleil ou lavé par l’ondée, et au\nsommet, face à face avec la tour Eiffel qu’il dominerait, un\npoète évolutiste officiant pour le Peuple; non je ne réussis\nà y voir qu’une cérémonie grotesque dont riraient même les\ninventeurs de la déesse Raison. E t quel plus large décor\nchoisir ?\n   E n se décrétant poète utile (il y a quelques mois), M. Ghil\n a proclamé tels ses amis des Ecrits pour l'A rt, en même tem ps\n qu’il déniait toute dynam ique sociale aux poètes étrangers.\n C’est parfait, et nous avons le plus beau lot. Mais V erhaeren\n s’est retiré, d’autres étaient exclus, et la rédaction des E crits\n s’est complétée par des recrues. C’est ainsi que MM. Gaud,\nRenaud, André, e tc., peut-être nuisibles jusqu’à l’été dernier,\n sont devenus soudain considérablem ent utiles, — disons indis­\n pensables. J ’en sais aussi qui sont utiles bien m algré eux, et\n le meilleur Poète des E crits ne me contredira point.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "     Chronique littéraire.                                      251\n\n\n   D u reste, je ne voudrais pas avoir l’air de railler M. Ghil\npour le plaisir de faire des plaisanteries; ce rôle est trop\nfacile. Non, si l’on sourit à l’énoncé de telles idées, c’est avec\nam ertume. M. René Ghil eut un très fier talent, et sans doute\nle possède-t-il encore. Mais il est a ttrista n t de penser qu’il le\ncache, qu’il gâte et amenuise ses beaux désirs d’autrefois,\nqu’il avilit une pierrerie en la je ta n t au peuple.\n   N ’am oindrissons pas le poète, et laissons l’a rt vivre isolé\nde sa pure vie lum ineuse ; on l’abaisse en lui donnant un\nrôle social, et l ’in staurer de force dans la Foule et pour la\nFoule qu’il dédaigne, c’est ne point concevoir sa grandesse\nd’éternel exilé.\n                                            A l b e r t MOCKEL.\n\n\n  J e dois signaler dans la Revue des Sciences et des A rts de\nLiège (nos 2, 3 et 4), une rem arquable étude du docteur\nJorissenne. Avec une im partialité ra re et une compétence\nscientifique qui fait souvent défaut aux poètes, l’auteur an a­\nlyse aux points de vue de l’acoustique et de l’a rt, les théories\nde la musique des vers; j ’ai surtout à me louer de la cour­\ntoisie parfaite — et même plus que cela — dont fait preuve\nM. Jorissenne, lorsqu’il discute quelques articles éparpillés\ndans 'les revues; et, en le rem erciant ici, je crois pouvoir\naffirmer qu’à p art la question des vers inégaux et rythm iques,\nnous sommes à peu près d’accord.\n   I1 faut lire aussi l’étude consacrée p a r M . Fréson au créateur\ndu drame lyrique, Richard W agner. Pages publiées dans la\nRevue de Belgique et réunies en un volume aven additions et\ncorrections. M. J. Fréson adresse son livre aux profanes,\n— p ar modestie évidem m ent, — et voudrait convertir\nquelques incrédules. Ce serait une œuvre bien inutile que\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "252                                              la Wallonie.\n\n\ncelle-là ! Mais M. J . Fréson a fait beaucoup mieux, et les\nartistes liront avec g rand plaisir ces lignes enthousiastes d’un\nmusicien instruit, comme ils applaudiront aux coups de férule\ndistribués çà et là aux mondains par cet homme du monde\nqui comprend le th é âtre et sait adm irer Parsifal.\n                                                        A l b . M.\n\n\n\n              P E T I T E CHRONIQUE.\n    M. H E N R I DE R é g n i e r a bien voulu accepter la direction\n de L a W ALLONIE à Paris. Nous l’en remercions ici et prions\nnos collaborateurs français de s’adresser désormais directement\n à lui (6, rue Boccador).\n                                   *\n                                  * *\n    La Wallonie a perdu un ami et un poète de très noble\nta len t en la personne d’E phraïm Mikh aël, enlevé p ar la\nphthisie à l’âge de 25 ans.\n    Si nous n ’avons pas jusqu’ici exprimé notre fraternelle\ntristesse, c’est que S tuart M errill, rendu oublieux par des\nvoyages divers, s’était chargé de l’annoncer pour nous tous.\n                                   *\n                                  « *\n   A u x entretiens politiques et littéraires. — La W allonie, qui\njam ais n ’a songé aux petites choses de la politique, n ’a pas à\ns’occuper des faciles infam ies commises par quelques touristes\nprussiens en te rre belgeoise. D ’ailleurs, nous ne sommes\npoint \" belges \" et c’est à la Jeune Belgique de protester, si\nelle le veut. W allons, Liégeois, nous sommes F ran çais de\nrace à plus ju ste titre que les Norm ands ou les M éridionaux.\n   Rem ontons au déluge : F rançais au temps de Pépin de\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "     ■petite Chronique.                                          253\n\n\nH erstal, de Charles M artel et de Charlemagne, ces Liégeois;\nindépendants depuis l’orée du moyen âge; m assacrés p a rle s\nducs de B ourgogne pour avoir soutenu la F rance ; nous qui\nnous étions unis librem ent aux F rançais en 1789 et fûmes\ndonnés ensuite m algré nous aux B ataves, devons-nous le\nrappeler constam m ent à nos m eilleurs amis, pour qu’ils nous\nconsidèrent comme leurs ?\n   Bien heureux encore lorsqu’on ne fait pas, du W allon\nR oland de L attre , l’Italien Orlando Lasso; de R ogier P astu r,\nR ogier van der W eyden ; de P atinir, de L om bart, etc., des\npeintres flamands !\n   E t à ce propos, peut-être conviendrait-il d’insinuer que\nF ra n ck est Liégeois comme G rétry, Félicien Rops un pur\nW allon, et qu’enfin Liège n ’est pas “ une des plus jolies villes\nde Flandre „, m algré l’opinion si autorisée de W alter Scott\net peut-être de V ictor Hugo!\n                                *\n                               * *\n   P our ceux qui aiment trop à faire des rapprochements : Du\npoème Aénor, que notre am i Achille Delaroche publiera\nbientôt en entier dans La Wallonie, avaient paru en 1888\ndeux fragm ents, rem aniés depuis, mais qui dès cette date\nportaient le titre définitif.\n  M. D elaroche n ’est donc point suspect de s’être inspiré\nd’un livre récent, m algré la quasi sim ilitude de titres.\n                                *\n                                *   *\n\n    L ire dans les Entretiens politiques et littéraires les articles\nde Griffin, Adam, de Régnier. De ce dernier, dans le n° de\nju illet, une m erveilleuse étude sur l’E au des fontaines et des\nparcs on les villes; de B ernard Lazare, une large et g ra n ­\ndiose évocation de foules israélites autour du veau d’or.\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "254                                           L a Wallonie.\n\n\n                                ***\n  Dénonçons aux confrères de Bruxelles, M. A lbert G irault,\nqui, la Plume nous l’apprend, a récité, le 24 mai, des vers d’un\nM. H araucourt, et l'Hymne de la guerre de Jules Canton, le\nrégénérateur de la poésie lam artinienne.\n                                ***\n   V ient de paraître chez B ailly, 11, chaussée d’A ntin, P aris,\nla réginale conférence de Stéphane M allarmé sur V illiers de\nl’Isle-A dam ; p rix : cinq francs; — à cinquante exemplaires.\n   Cette œ uvre fut analysée dans la Wallonie de février 1890.\nA bientôt la critique du dernier livre de Goffin, M axime, dont\nle projet et quelques fragm ents parurent en 1887 dans la\n Wallonie, sous ce titre : une Conclusion altière.\n   P araîtro n t bientôt :\n   Le P élerin passionné, par Jean M oréas; les Fastes, par\nS tu art M errill; les Poésies complètes de E phraïm M ikhaël;\nl'Au delà, de Ju les Bois; les Pétales de Nacre, d’A lbert Saint-\nP aul, livre de vers qui sera donné en la W allonie; Aénor,\nd’Achille Delaroche, qui sera publié p ar la W allonie-, le\nM iroir des Légendes, contes en prose, p ar B ernard L azare;\nla Gloire du Verbe, poèmes par P ierre Q uillard; Fleurs de\nbonne volonté, œ uvre posthum e de Ju les Laforgue. On sous­\ncrit chez Ed. D ujardin, 11, rue L epelletier, Paris, 25 francs;\nle Livre, par Camille Lem onnier, rom an-étude sur les plus\nrécentes écoles littéraires; Chantefable un peu naïve, par A*,\nlivre de vers avec introduction et épilogue en prose, et pré­\nlude m usical; enfin, Vielé-Griffin travaille à deux dram es\ndont nous attendons merveille.\n                                 *\n                                * *\n   L a Wallonie consacrera, à plusieurs reprises, un n ° entier,\nou un demi-n° au moins, à l’un de ses collaborateurs. Voici,\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "    petite Chronique.                                       255\n\n\npour la F rance, les noms de quelques-uns de ces poètes :\nAdolphe R etté, en août; puis viendront — cette liste n ’est\npas dressée par ordre de dates — H enri de Régnier, Je a n\nMoréas, F . Vielé-Griffin, S tuart M errill, A lbert Saint-Paul,\nAchille Delaroche, P ierre Quillard, Jules Bois, etc.\n                               *\n                              * *\n   Un unanim e besoin de s’incliner en face de l’art, et la\npensée qu’honorer l’auteur des Lèvres closes, c’était bien\nrendre hommage à un Poète, à la pureté du Poète, à la\nPoésie; cela, et le respect qu’impose toujours un caractère\nde noblesse, réunissait le 22 ju illet un groupe nombr eux de\ngens de lettres et de poètes acclam ant Léon Dierx. Car Léon\nD ierx vient d’être décoré de la Légion d’honneur; le Gouver­\nnem ent a fini p ar découvrir le ta le n t de prem ier ordre de\ncelui que nous aimons, et, chose bizarre, c’est vraim ent\ncomme poète et non comme fonctionnaire qu’il a été paré du\nruban rouge.\n   Au banquet du 22 juillet, on blâm ait vivem ent l ’absence\nde Leconte de Lisle, excusé peut-être p ar des cheveux\nblancs, et celle plus étrange encore de Sully-Prudhomme et\nde François Coppée. Mais on sait quelles barrières séparent\nles académiciens des poètes, et qui donc a vraim ent regretté\nCoppée ?\n   E n revanche, bien que ce banquet offert à un Poète eût été\norganisé par des journalistes, Stéphane Mallarmé, José M aria\nde H érédia, Catulle Mendès, des savants comme le docteur\nA nt. Cros, avaient voulu fêter Léon Dierx. Après eux de gros\nmessieurs do la presse. E t ce fut bon aussi, et réconfortant\npour nous, d ’entendre A rm and Silvestre saluer le Poète, en\navouant combien son a r t et sa noblesse étaient pour d’autres,\nsombrés dans le journalism e, une leçon et un ju ste reproche.\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "256                                            L a Wallonie.\n\n\nIl y avait à l’un des bouts un petit groupe com pact que\nH érédia désignait à M allarm é d’un sourire : B ernard L azare,\nA lbert Saint-Paul, P ierre Quillard, F . Hérold, A ndré F on­\ntainas et d’autres, et ce m ’est un chaud souvenir, les applau­\ndissements de ces jeunes artistes m ontant vers l’artiste si\npur, — comme je me rappellerai le front de clarté, l’œil si\nlim pide de Léon D ierx, avec la vision du Poète nous d istri­\nbuant des roses.                                       A. M.\n                                 *\n                                * *\n   Sommaire de la Pléiade (15 juillet).\n   Remembrance, G ontran D elrez; l'Aube du cœur, Camille\nLejeune. Oraison, p ar A lbert A rnay, où une rim e douteuse,\nmais ce très beau vers :\n           E t le baiser de l'aube aux lèvres de l'eau.\n   Rythmes en prose, par P e tit de Sandrau; Vers, p ar H enri\nP au th ier, d’une forme im parfaite, m ais non sans originalité;\nPoésies orientales traduites par C. H uart; Vers, par A. Je n a rt ;\nSonnets, par F . Roussel; Livres, Echos.\n                                * *\n   Les Flaireurs ; le drame de Charles V an Lerberghe (publié\np ar la Wallonie, jan v ier 1889), va p araître chez Lacomblez, à\nB ruxelles; prix un fr a n c ; 25 exem plaires sur hollande, à\n2 francs. C’est une bonne fortune pour tous ceux qui n ’avaient\npu lire dans la Wallonie cette œuvre originale et forte, et\nCh. V an L erberghe a droit à des remercîments.\n                                  *\n                                *   *\n  Signalons dans le dernier n° de la Jeune Belgique un\nadm irable poème en vers et en prose : l'E au promise, d’un\nami qui n'a pas voulu signer.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "     Dernières Publications des Collaborateurs de la WALLONIE\nA c h il l e D e l a r o c h e .           .    .       A en or (à p ara ître prochainement).\nC a m il l e L e m o n n ie r .             .   .       Le Possédé.\nCh a r l e s V a n L e r b e r g h e .                  Les Flaireurs (hors commerce).\nM a u r ic e M a e t e r l in c k .             .       Serres chaudes.\n                                                        L a Princesse Maleine.\n                                                        Les Aveugles (à paraître prochai­\n                                                             nement),\n                                                        L 'Intruse (à paraître prochaine­\n                                                             ment).\nAlbert M ockel                    .    .   .    .       Chantefable un peu naïve (à pa­\n                                                            raître prochainement).\nG a b r ie l M o u r e y .             .    .   .       Crépuscules d’Ames.\nSt é ph a n e Ma lla rm é                   .       .   Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                        Villiers de l'Isle A dam .\n                                                        Pages (à p araître prochainement).\nP i e r r e -M . O l i n ........................       Mes Mémoires (hors concours).\nH e n r i d e R e g n ie r             .    .   .       Épisodes.\n                                                        Poèmes anciens et romanesques.\nA l b e r t S a i n t -P a u l         .    .       .   Scènes de Bal.\n                                                        Pétales de Nacre (à paraître pro­\n                                                            chainement).\nA d o l p h e R e t t é ........................        Cloches en la Nuit.\nE m il e V e r h a e r e n .           .    .       .   Les Soirs.\n                                                        Les Débâcles.\n                                                        Les Flambeaux Noirs (à paraître\n                                                            prochainement).\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "  5o ANNÉE, Nos 6 et 7\n\n\n                               LA W ALLONIE\nR E V U E M E N SU ELLE D E L IT T É R A T U R E E T D ’ART\n\n\n\n    D irecteurs : M M . ALBERT MOCKEL, P I ERRE-M . OLIN\n                        et H e n r i d e R É G N IE R .\n                   B ureaux : rue St-A dalbert, 8, L iége.\n\n\nAdresser toutes les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles.\n\n\n     A b o n n e m e n t : 5 f r . p ar an. Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n\n\n\n                               SOMMAIRE\nStép h ane M allarm é . Ballets\nJ e a n M o r é a s . . . . L e Trophée.\n               »                         G alatée.\n               »                         Chanson.\n               »                         É légie première.\n                »                        Élégie deuxième.\n                »                        Églogue à Æ m ilius.\nPierre-M . Olin . . . L es P etits Enfants, II.\nH en ri de R é g n ier . . Odelettes.\nA * .................................... Sous les Yeux.\n »                                       Le V ain Sourire.\nS. M l................................. Im pressions d’A rtiste.\nA chille D elaroch e . . Vers.\nG régoire Le R oy . . L aisse tom ber les roses.\nAlb, M .............................. Chronique littéraire.\n                              P etite Chron ique.\n\n\n                          Ce num éro 1 franc.\n\n\n                                 Des presses de II. V a illa n t-C arm anne, à L iége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1890-06", "signet_source": "5ème année - N°6-7 - Juin-Juillet 1890", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 277 (5e année, Nos 6 et 7 = livraison de juin-juillet 1890) ; le sommaire imprimé de la couverture sert aussi aux attributions ; renvoi interne « Sommaire de la Pléiade (15 juillet) » p. 256.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}