{"numero_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Numéro consacré à I . Adolphe Retté. LA W A L L O N I E Août", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 168, "texte": "Numéro consacré à I . Adolphe Retté.\n\n\n\n\n                      LA\nW   A   L   L   O         N        I   E\n\n\n\n\n                              Août 1890.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L'ART MODERNE REVUE CRITIQUE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE 3", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 279, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "L'ART MODERNE\nREVUE   CRITIQUE     DES    ARTS      ET   DE     LA    LITTÉRATURE\n\n\n            36, E ue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\n\n\n    MERCURE DE FRANCE\n                           M ENSUEL\n\n           15, rue de l’Echaudé-Saint-Germain\n\n               Un an, 5 fr .; U nion p o stale, 6 fr.\n\n\n\n\n    ART & CRITIQUE\n  R evue    hebdom adaire       des    L ettres    et   des   Arts\n              Paris, 7, Rue des Canettes\n\n        P aris, 12 francs l’a n ; É tran g er, 15 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 261, "titre_corps": "Un prologue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "UN PROLOGUE. A Stuart Merrill. Un désir oublié", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1125, "texte": "UN PROLOGUE.\n\nA S t u a r t M e r r il l .\n\n\n                                 Un désir oublié qui pourtant veut renaître...\n                                               Déilicucc du Prem ier Faust.\n\n                                         I.\n\n                               L ’a v e n t u r i e r .\n\n\nQ      UELLE   aube véhémente a chassé l’ombre froide :\n        V oici se nuer cl’or les cîmes dépouillées\n        Où s’attristait hier un chœur de Destinées —\n        Quelle aube véhémente a chassé l’ombre froide?\n\n        L e palais dévalait au pied de la montagne,\n        Nul écho n’accueillait l’exil des voix antiques,\n        Des fantômes blafards flottaient sous les portiques —\n        L e palais s’écroulait au pied de la montagne.\n\n         Ce désert, ce silence et ces heures muettes\n         — Telles des vieilles lasses d’avoir trop vécu —\n         Le lierre conquérant du parvis jusqu’au faîte,\n         L e flambeau qui s’éteint d’un culte méconnu —\n         O silence, ô désert, ô ces heures muettes!...\n                                                                       17\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "258                                            la Wallonie.\n\n\n\n      Mais écoutez : tout vibre en l’aube véhémente,\n      Voici se nuer d’or les cîmes dépouillées;\n      Où s’attristait hier un chœur de Destinées\n      Un dieu naît fraternel qui rayonne et qui chante.\n\n      Geste fauve envolé sur l’Orient prochain\n      Sa chevelure en feu se déroule et sa main\n      M’appelle à conquérir des terres inconnues.\n\n      Je vous retrouve enfin doux prestiges niés,\n      O vierge Illusion que l’on disait perdue,\n      Evangile là-bas ! —\n                            tu m’invites — j ’irai.\n\n\n\n                               II.\n\n                       L e choeur.\n\n      Tant de rêves penchés sur cette âme fuyante :\n      C’est une eau pailletée ondoyant vers la nuit,\n      Qu’en sera-t-il ? —\n\n                      L e coryphée.\n\n                          la mort et la cendre sanglante\n      D ’un astre qui défaille à l’horizon terni.\n\n                       L e choeur.\n\n      J ’ai bien peur de la Nuit en cette âme fuyante!\n\n                     L ’a v e n t u r ie r .\n\n      Au balancer très lent de barques radieuses\n      Je descendrai le fleuve ombré d’orme et d’yeuse.\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "un Prologue.                                                                          259\n\n\n\n                           L e coryphée.\n\n\n  Chercher au loin, si vainement, ta route étrange !\n  Reste encore et t’endors en nos gramens fleuris.\n\n                              L e chœ ur.\n\n\n  Ces enfants, groupez-les autour de son logis,\n  Chantez pour retenir et gardez qu’on dérange\n  Le divin vagabond sur le seuil accroupi.\n\n                            L e coryphée.\n\n\n  Quelqu’un vint avec lui qui n’est pas son bon ange.\n\n                           L ’a v e n t u r i e r .\n\n  Ah ! la ville étrangère et l’étrange pays\n  Que me sont tes rumeurs, ô foule meurtrière,\n  Ne sais-je pas ton masque et que le rire ment\n  Dont le dard, autrefois, a lésé ma misère?\n  Vois-tu pas : j ’ai sur moi, baptismal talisman,\n  Une clarté ravie aux lumières Premières....\n\n  L a i s s e z d o n c , j e s a is t r o p l a c h a n s o n c o u t u m iè r e .\n\n\n                            L e coryphée.\n\n\n  O palais qu’ont pleuré l’insomnie et l’absence,\n  Salles où s’étiole un blanc songe d’antan,\n  Il outrage votre âme et la voue au silence.\n\n                            L ’a v e n t u r ie r .\n\n\n  Je su is le V O Y AG EU R d a n s l ’ e s p a c e e t le te m p s .\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "260                                                 la Wallonie.\n\n\n\n                           L e chœ ur.\n\n      Non, reste : le rêve puéril recommence\n      Et voudrait s’attarder aux rythmes de nos danses —\n      Puis ta route là-bas est si sombre pourtant !\n\n                         L ’a v e n t u r i e r .\n\n      Rendormez-vous factice éveil de rêves décevants :\n      Mon cœur est vers vos cris ô clairons d’aventure.\n\n                           L e chœ ur.\n\n      Voici nos bois profonds et leurs fraîches feuillures,\n      Nos grands bois endormeurs où des sources câlines\n      Et les brises d’été marient en longs murmures\n      Les cuivres chaleureux aux flûtes cristallines :\n      Ils sont tiens et tes pas y guideront nos pas.\n\n                         L ’AV E N TU R IE R .\n\n      Le port est au Levant que m’indique mon frère\n      Qui marche dans mon ombre et me parle tout bas.\n\n                          L e chœ ur.\n\n      La verveine et l’œillet parfument nos parterres\n      Et le jasmin nos murs, et ta les cueilleras.\n\n                        L ’a v e n t u r i e r .\n\n      Mon frère dit des mots scintillants de mystère\n      — A h! fols d’être sages, vous ne comprenez pas —\n      Il dit : “ Nos vieux héros te hèlent sur le môle\n  Et montrent le vaisseau par le flux caressé,\n  Leur vaste pavillon claque dans les huniers,\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1152, "texte": "un Prologue.                                           261\n\n\n\nE t ce sera bientôt — envolée vers quels pôles ! —\nL a chimère Absolue, effroi des mariniers.\nViens, nos dieux sont vivants, tu verras les Thulés\nAinsi splendeurs lactées surgir des brumes pâles\nEt s’élancer des flots les Atlantides d’or. „\n\nSéniles chuchoteurs de sentences banales,\nVous qui peinez courbés panai vos maigres flores,\nVous, plaignant ma démence — aveugles, regardez :\nLes aïeux ont largué les amarres dernières\nEt, prélude magique aux féeries espérées,\nUne aube triomphale illumine la mer.\n\n                      L e chœ ur.\n\nIronique mirage et mensonges d’Ailleurs,\nHorizons crus rougir en collines pamprées!....\nTu souffriras l’écueil, la détresse et l ’horreur\nDe heurter de ta proue des grèves désolées.\n\n                   L e coryphée.\n\nEt, pour avoir ouvert leur froide sépulture,\nTu reviendras sans le secret de tes dieux morts.\n\n                   L ’a v e n t u r i e r .\n\nO frissons d’infini, ô départs en l’aurore,\nL e vent frais du matin chante dans les voilures ! —\nE t vogueuse et joyeuse et sœur des vagues bleues,\nMon âme est éperdue d’un vertige de cieux.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 262, "page_fin": 265, "titre_corps": "Thulé-des-brumes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. R.", "ancre_debut": "THULÉ-DES-BRUMES (*). IL fait bien calme cette", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 285, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "THULÉ-DES-BRUMES (*).\n\n\nI L fait bien calme cette nuit! — Enseveli sous les fron ­\n     daisons annelées de tes cheveux, ivre un peu de tes lèvres\n     et de fatigue, j ’écoute bruire autour de nous l’ombre\nmoite qui sent bon le lilas et l’iris. Si mes mains reconnais­\nsantes s’en vont encore vers toi, mes yeux anormaux\ns’éjouissent d’une danse de lucioles sur la tenture où des\nramages extravaguent.\n  Quelle pensée — mystère pour moi-même — te crée main­\ntenant l’impavide que sacrent l’âme soupirée des fleurs\ncueillies hier et déjà mourantes, les baisers frôleurs d’Exis ­\ntences furtives éparses en la bizarrerie de cette chambre\nvieille et tel regard de Nord et d’Autrefois diffus dans l’eau\nnocturne de la glace ? Quel fard irréel givre ta joue ? Et\npourquoi les lucioles s’empressent-elles butiner la langueur\norangée de tes prunelles ? Entends-tu, la pendule palpite\n\n  (*) Thulé des Brumes, Crépuscule du soir, Noctambulisme se constituent\nde variations d'après des thèmes fournis par le haschich ; de là, certaines\ndéviations, certaines sautes brusques d’idées et ces poèmes édifiés sur un\nmot — fortuitement prononcé — ces déformations d’objets heurtés par\nune vision exaspérée, cette hypertrophie du moi, effets bien connus des\nhaschichins et que l’on s’est efforcé ici de rendre aussi approximativement\nque faire se pouvait.                                            A. H.\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "     Thulé-des-Brumes.                                      263\n\n\n\ncomme un cœur.... O grand calme odorant, sombre sérénité\nque ponctuent des feux errants : n’est-ce l’espace introublé\noù s’élaborent les mondes de la fable, ces paraboles, vertiges\nglacés d’argents stellaires, comètes vagabondes parmi des\nsemences d’astres, langes de ténèbres que zèbrent de\nbrusques phosphores, paresseuses fumées émiant des pollens\nmythiques et ces spires de blancheur en harmonies paiement\nlumineuses qui pleurent selon des rythmes éoliens....\n                               *\n                              * *\n   L a chambre s’enfonce lentemen1, d’un mouvement doux ;\nsoudain, s’étale un violet profond essaimant des gemmes\nissues de girandoles parfumées et dont la chute s’arrête pour\nallumer les cristaux do frêles stalactites.\n   Un jour nouveau paraît; les secondes sont des heures...\nc’est Autre-Part, ainsi que l’affirment des chœurs épicènes\nimprovisant sur un thème d’hier — ou de demain ; et, peut-\nêtre, n’est-ce nulle part, sauf en nous-mêmes l’Inconnu très\nloin qui se dresse sous des arceaux, sonores par le tumulte\ndes lames batailleuses d’une proche marée montante.\n  Le rideau s’est levé. Je te suppose la gentille fée en\nattente là-bas, au seuil de plusieurs palais étagés et rosement\nmarmoréens, parmi des territoires bleuissants que cernent\ndes squammes micacées....\n                               *\n                              * *\n  Ecoute : Il est une Ile si perdue au fond de la mer boréale\nqu’il faut être nous pour la connaître.La proue de nul navire\nn’a violé son unique plage; Vierge fière que drape une tunique\nen genêts d’or, en sapins gémissants, nimbée d’après-midi\naux tièdes caresses d’un soleil sobre, ceinturée de ses falaises\nnacreuses où les cavalcades cabrées des flots s’encolèrent de\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "264                                           la Wallonie.\n\n\n\nbrandir en vain et en vain des étendards d’algues, légen­\ndaire enfin et nostalgique aux bons poètes, elle est Thulé-\ndes-Brumes.\n  Parsifal y adore le Saint-Graal; James le Mélancolique\nprend à témoin de sa rancœur les arbres de la forêt des\nArdennes et moque le cor d’Obéron implorant Titania\nfuyeuse ; Ligeia enseigne la métaphysique à l’étudiant\nNathanaël; accoudée à un balustre que du lierre enguirlande,\nMélusine effeuille des camélias dont Astolphe, descendu de\nson hippogriffe, recueille dévotement les pétales; Sylvie avec\nAurélia s’asseyent à la Table-Ronde pour mieux ouïr un\noracle de l’enchanteur Merlin ; et Pierrot ingénu médite\nune pagode cosmique où logerait la Lune. Même, l’Oiseau\ncouleur du temps flûte des choses très fines dans les branches;\nCaliban, s’il ne ronfle et rêve d’outres pleines, fait danser\nAtta T roll; et Peter Schlemil a retrouvé son ombre....\n  Ah ! tu le sais comme moi, c’est bien là notre Ile. Tu te\nrappelles: tant de rêveries perdues sous les colonnades\nsifflantes des sapins aux senteurs robustes, tant d’errances\nen l’or onduleux des genêts ! Le soleil faible baisait sans\nl’offenser la soie ambrée de ton épiderme, et tes yeux —\n— divins jardins changeants — défiaient les vagues pareilles\nde la mer lamentante — et puis grandissaient, grandissaient\net signifiaient cet Océan, mon Esprit où s’engloutissent tes\norgueils. Tu étais la raine, j ’étais le roi ; afin de me plaire,\ntu chantais le poème de la Feuille du Saule ou le lai de la\nBelle qui cassa son miroir ; et, par le dédale viridant des\nsentes, nous allions, en une gloire estivale épanouie sur les\nâges, ô Reine, ô R oi que saluaient les cantilènes susurrées à\npeine des génies d’après-midi, dans cette Ile heureuse, notre\nroyaume : Thulé-des-Brumes....\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "    Thulé-des-Brumes.                                       265\n\n\n\n\n   Les girandoles se sont éteintes, les chœurs tus.... il fait\nfroid.... Des siècles ont coulé, je m’imagine, car je me sens\ntrès vieux depuis tant d’hiers....\n   Mon Dieu non, c’est la chambre — nullement fatidique —\net le lit. Il n’est plus devinable que le blême des draps et ta\nface sommeillante et ces tentures chimériques, dômes s’écrou­\nlant et cette Nuit où je me plais enlacé : les ondes ténébreuses\nde ta chevelure aromale.\n  Mais écoute encore : le coq chante; la campagne s’éveille,\ns’étire et frissonne ; la rosée tinte à petit bruit dans les\nherbes.... Et le soleil de Floréal rit en rais d’or à travers\nles persiennes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 266, "page_fin": 268, "titre_corps": "Nocturne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOCTURNE L vie effervescente ave", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "NOCTURNE\n\n\n\nL vie effervescente avec des cris farouches\nA\n Obsède l’exil noir de ce cœur dévasté,\n Un coup, encore un coup et des mots chuchotés —\n E t la tentation des lèvres sur ma bouche.\n\n                       * *\n L a vie est là — voix invitantes, mains agrippantes\n Et sa marotte et le grésil des grelots fous —\n Eprise d’implanter le désir comme un clou\n Barbelé dans ce cœur qui tremble et s’épouvante.\n                        *\n                       * *\n O vastitude où gronde un orgue de grands vents,\n L a vie a dispersé mes escadres de rêves;\n Elle a repris mon cœur et le blesse et l’achève\n Du fouet têtu d’un flot qu’elle teinte de sang.\n\n                       * *\n Rejeter ces fleurs sombres que la vie apporte ?\n Eluder le poison de leur réalité?\n Mon cœur a soif enfin de ce vin parfumé —\n Mais quel geste effaré d’un qui défend sa porte!....\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1094, "texte": "Nocturne.                                                267\n\n\n\n\nJ ’entends battre la vie comme une lourde horloge :\nAu doux passé vainqueur la porte est close en vain,\n— O feintise d’un roi détrôné qui déroge ! —\nVa, tu le sais, mon cœur, tu l’ouvriras demain.\n\n                          *\n                         * *\n\nQu’importe ! c’est la vie : vertiges triomphaux ;\nEt l ’Illusion belle allume ses fanaux,\nE t mon cœur se mémore éperdu vers vos cils\nChers yeux d’ombre et de ciel où frissonne un avril.\n\n\n\n                       ENVOI.\n\n\n                                           A la petite Lia.\n\n\n\nL a vio te soit propice, ô mon enfant qui dors\nLoin de mon cœur souffrant tant c’était grand’ pitié\nTout cet orgueil à faux dont nous avons saigné —\nLa vie te soit clémente, ô mon enfant qui dors.\n\n\nEssaims de frelons d’or essorés en étoiles\nMes désirs chanteront autour de ton sommeil —\nMais Demain, c’est l’Isis d’amour que l’on dévoile...\n\n\nDemain viendra, pareil à nos jours de soleil\nNaguère, quand mon cœur gonflé comme une voile\nSe mourait sur ton cœur en longs sanglots vermeils.\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "268                                           la Wallonie.\n\n\n\n      A h! la vie est bonne qui donne cette ivresse :\n      Demain nous appartient et tu seras l’amante,\n      Et mes bras caresseurs berceront ta faiblesse.\n\n\n      Dors — et toi Nuit heureuse et vous, nuées errantes,\n      Souffles qui murmurez sous les ramures frêles\n      Emportez mes baisers inapaisés vers elle.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 272, "titre_corps": "Crépuscule du soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CRÉPUSCULE DU SOIR. fins d e journée, la chamb", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1375, "texte": "CRÉPUSCULE DU SOIR.\n\n\n               fins d e journée, la chambre est plus triste\n   E R TA IN E S\n   C\n     encore où règne une âme momentanément sauve— mais\n     à quel prix ! — des remous bariolés de l’Illusion. En elle,\nd’obscures présences qui se font signe, les attitudes indiffé­\nrentes de Flornmyes lasses, un lourd amas penchant d’idées\ncalcinées, des songes que suffoque une atmosphère d’éternel\norage qui n’éclatera pas, des rivières sans but, avec l’attente\nstupide d’un passeur dont la barque pourrie doit couler à fond\nun de ces jours. Autour, décor fictif et mouvant que révèle la\nfenêtre large-ouverte, l’exil à peine résigné de hordes mon­\ngoles peuplant l’occidentale grisaille de la tenture : ô crins\nà jamais emmêlés des casques, carquois vides, rouille des\nsabres, damasquinages quasi-effacés, robes jaunes trouées\nque tissèrent les loisirs d’obliques femelles laissées à Samar\nKand ! — mais aussi, parfois, ces regards mal éteints où\nrugit la férocité d’un Djingis-Khan, et ce rire commémoratif\ndes tours bâties de têtes humaines, et l’écho d’un galop de\nchevaux tatares à travers un désert qu’aggravait le glapis­\nsement poltron des chacals. Ah! mortes de soif, toutes les\naventures !\n                               ***\n\n  Il reste cette chambre. — On bâillerait volontiers devant\nles gravures pénibles, les meubles méticuleux, le chantour­\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "270                                           la Wallonie.\n\n\n\nnage fleuri des chaises, les losanges impitoyables du tapis —\nn’était la glace, mystère d’or et d’ombre qu’éclabousse le\nsang d’un massacre épars dans le crépuscule — n’était que\ndeux âmes se sont longuement, froidement assassinées là, et\nque si l’une s’est donné la peine de survivre, c’est à condi­\ntion d’être un spectre — un larmoyant, famélique et rageur\nspectre.\n   Un élément d’intérêt est aussi fourni — il faut en tenir\ncompte — par le cadavre mal embaumé qui gît quelque part\n— mais où? — et dont la fétidité triomphe d’aromates hâtifs;\nses yeux ont coulé dans les joues et stagnent, verdâtres ; ils\nn’en rappellent pas moins la glaciale détresse propre à ma\nconscience : soit l’eau désormais dormante d’un puits aban­\ndonné où le Passé flotte, amer comme une sauge.\n   C’est tout à fait la chambre — ou l’âme, meurtrière surannée\nde soi-même, décidée à ne pas favoriser l’éclosion des ané­\nmones anémiques de la Fantaisie, et à fermer l’oreille aux\nsinistres propos équivoques qui se veulent chuchotés par le\nmalaise fébrile d’un crépuscule. Trop de revenants fraternels,\nsi l’on n’y veillait, se croiraient autorisés à vous marmotter\nainsi des rhapsodies sentimentales dont on n’a que faire. —\nD ’ailleurs, de leurs charades, la clef en est perdue.\n                                  *\n                              *       *\n\n   Maie dehors?.... Dehors, le ciel est d’argent pâle, de\npourpres légères, de mièvres satins soufre, se mourant en\nmolles ondulations vers l ’horizon cuivreux. Çà et là, les fabu­\nleuses caravanes des nuages, agatholithes et béryls qui, plus\ntard, deviendront les fauves coursiers emportant à des\nWalhalls d’étoiles les Walküres du rêve.\n  A cette heure, le clapotis lazuli des arbres sur l’occident\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "     Crépuscule du Soir.                                        271\n\n\n\ninquiète comme un présage; initiés très savants, ils défilent à\nregret devant l’acuité de ma perception, s’arrêtent parfois\npour échanger de ténébreuses confidences; ensuite, ils s’in­\nclinent selon des angles surprenants et délèguent des ramilles\nme révéler les arcanes suprêmes de l’ésotérisme végétal. Lors,\nle vent accourt, ricaneur, des quatre coins de l ’espace et,\npareil à un fol, secoue et flagelle éperdument la gravité aca,-\ndémique des rouvres, la maigreur blafarde des bouleaux,\nl’échevelure des saules; de grandes manches vides de bras\nsont secouées, des drapeaux en loques claquent et se\ndébattent, de falotes mains d’ivrognes brandissent des armes\nimpuissantes. — Enfin, un grand calme.... puis cette absurde\nclameur où se résument tant de rancunes susurrées à voix\ntrès basse depuis un instant : “ la Nature est un M O N STR E !...,,\n  Je la savais presque; et j ’en ressens quelque estime pour\nelle; à l’avenir elle m’apparaîtra moins solennellement vide,\npeut-être condescendrai-je même à gratifier ses aspects de\nquelque évocation.\n\n   Maintenant, viens ici, mon Aimée, petite bête cruelle, et\ntes dents luisant, ainsi des poignards, dans ta bouche entre­\nclose, et tes yeux qui me sont la grande Nuit astrale.\nRegarde le couchant : ces royales étoffes que l’on macule,\ncette désolation convulsive des arbres en proie aux étreintes\nmalignes du Vent, ces fleurs proférées comme des cris, toute\ncette Nature, torture permanente et laideur souffreteuse ne\nt’apprennent rien? N’as-tu pas pitié un peu?.... Non — tu ris.\nAlors, tais-toi, reste immobile, là — nimbée d’ombre et d’or\net de la brume sanglante, incluse dans la glace....\n  Paisible, instillant en moi la splendeur ignorante de tes\nyeux, tu reflètes à miracle — en l’Apparence — je ne sais\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "272                                            la Wallonie.\n\n\n\nquelle âme très ancienne blottie au tréfonds de mon être, et\ndont le réveil, souvent, récite avec lenteur d’étranges litanies.\n— Cela se passe, je crois, jadis, à l’aube des siècles aryas, un\nsoir de Pamyr et de pleine lune naissante (la lune triste et\nglacée comme ma conscience) — le ciel ruisselle encore des\ncruors d’un soleil égorgé. Debout sur le haut-lieu où s’épa­\nnouissent, en bleu bouquet odorant, les flammes inextin­\nguibles du feu sacré, je suis le Voyant, j ’entonne l’hymne\ninfini des Essences et des Formes; mon cœur arraché de ma\npoitrine se consume sur l’autel; et une mélancolique prê­\ntresse, droite, et pure en la virginité de sa robe blanche, me\ntend la coupe où je boirai, pour de futurs avatars, avec le\nmépris que me voueront fatalement les Actifs de ma race,\nl’amour entêté du seul Rêve. Et l’autel, c’est toi; mon cœur,\nc’est toi; la prêtresse, c’est toi — aussi la magnificence de\nl’hymne mortuaire dont tu représentes la strophe ultime en\nson irréparable perfection      Toutes ces choses, oui, mais\nsans que tu le saches — c’est même pourquoi je t’aime, mon\nenfant.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 275, "titre_corps": "Noctambulisme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOCTAMBULISME. L Nuit, les fenêtres vous", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "NOCTAMBULISME.\n\n\n\n     L Nuit, les fenêtres vous regardent comme si elles vou­\n     A\n      laient vous confier un secret. — Et c’est l ’en-allé loin\n      d’une glauque coulée d’aigues-marines se répercutant de\nfaçade en façade jusques au-dessus du fleuve qui tournoie en\nsirotant ses charognes — le fleuve, chanteur aux arches des\nponts, le fleuve où l’on a jeté les couteaux saigneux des vieilles\nboucheries. Comme s’il trépidait, en ébullition par de gigan­\ntesques fourneaux enfouis dans ses vases, des vapeurs rousses\net recuites l’empanachent, osées au point de salir le ciel et\nd’infirmer votre rire — étoiles. Heureusement, un vent venu\nd’ailleurs fouaille la naïade défraîchie qui trempe ses cras­\nseux appas dans ce fleuve, et se permet des gazouillis de\nsyrinx parmi les arbres exilés et malingres de la rive.\nPuis, voici galoper, avec de rauques sonneries c'e cor, la\nchasse d’un roi défunt. Incité, le preneur d’âmes embouche\nsa flûte noire, et, fier de défier le vent, s’évoque solitairement\nune époque dont il fut.... O vagues graïennes, vagues sacrées\nqui ceignez Salamine et promenez, balancée, la flottante\nDélos des bords siciliens au promontoire Sunium; ô vagues,\nen qui vibre l’harmonie des mondes surprise par les veillées\nde Platon; ô siestes sous les oliviers du Céramique; ô\n                                                        18\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1748, "texte": "274                                          la Wallonie.\n\n\n\nl’aigrette de Pallas et le rythme lent d’une procession gravis­\nsant l’Acropole!.... Il en persiste que Thésée séculaire, vain­\nqueur de renaissants Minotaures, j ’oublie toujours d’enlever\nles voiles funèbres de ma galère. Toutefois, je n’abandon­\nnerais plus mes Arianes éventuelles : c’est plutôt elles qui\nme quitteraient. Et elles auraient probablement raison de\nprendre ce soin.\n                                 *\n                             *       *\n\n  Taïaut! taïaut! la chasse s’affole et roule, ainsi mille\nlégions de chats endiablés, par les toits gris, par les gout­\ntières sonores, monotones écailles dont tu te carapaces faute\nde mieux, ô la ville.\n   Suivons d’en bas et regardons.\n   Les rues sont des serpents verts tachés d’or et chevauchés\nde maigres sorcières qui me tirent la langue : une langue\nflamboyante et fourchue ; de criminelles bâtisses se crevas­\nsent de rire aux sarabandes multicolores d’ijn alphabet dont\non les tatoua, sans doute pour dissimuler leurs lèpres ; des\nminuits rouillés se débattent dans la cage trop étroite des\nclochers. — Un Gargantua distrait s’oublie sur la ville....\n\n                             # *\n\n  La chasse s’est perdue vers les lointains sourds. Il pleut.\nUn nourrisson que sa mère refuse d’allaiter pleure dans une\nmansarde, quelque part, tout près. Un chien hurle, faute\nde provende — il n’aura pas sa pâtée. Et maintenant, c’est\nune cité veuve de ses habitants : seul, je la hante — mes pas\ny claquent comme les castagnettes d’un qui danserait son\nspleen — et la démolirai demain, étant donné le manque\nd’imprévu de ses architectures. — Mais subir encore, des\nheures, ces fenêtres plus ternes que l’œil d’un ivrogne, ces\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 503, "texte": "    Noctambulisme,                                         275\n\n\n\nfenêtres qui me regardent comme si elles avaient quelque\nsecret à me confier, alors qu’elles n’en hermétisent aucun ?...\nAbsorber la ville : noir et feu, partout ?...\n O Nuit, ma vierge sombre aux yeux de violette, emporte-\nmoi vers la balcon où s’enroulent les muscats et les viornes\n— où s’accoude mon Aimée, vers la chambre très vieille,\nvers les courtines fleuries qui défendent, de leurs plis par­\nfumés, le sommeil de mon Aimée...\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 276, "page_fin": 276, "titre_corps": "À merci", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A MERCI . ous êtes une église aux v", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 299, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 957, "texte": "A    MERCI .\n\n\nous êtes une église aux voûtes de silence\nV\n Pleine d’encens mourants et de cierges êteints —\n Je suis vers votre seuil un sanglant p élerin\n Amoureux du cilice et de la pénitence.\n\n\n Vous êtes un pays paré de fleurs mystiques\nLys bleuis on la lune alanguit ses pâleurs —\nJe suis un roi banni dont l’ennui nostalgique\nVous poursuit follement en des philtres menteurs.\n\nVous êtes une Nuit d’or sombre cl de velours\nOù s’exilent des chants de cloches de cristal —\nJe suis l’infirme chassé d’un tiède hôpital\nE t qui cherche la Flamme où chauffer ses doigts gourds.\n\nVous êtes un parfum mélancolique et lent\nAme douce ravie à d’humides corolles —\nJe suis l'Errant hagard, ivre — mais qve console\nCe frais arôme éclos aux gloires du couchant.\n\n\nO pays enchanté Nuit grave église ombreuse\nO parfum qui chantez des gammes lumineuses ! —\nDevant Tes yeux lointains par mon rêve habités\nMes désirs sont tombés comme des foins fauchés.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 277, "titre_corps": "Loisirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LOISIRS. P ROM ENADES le long do l’i", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "LOISIRS.\n\n P   ROM ENADES      le long do l’inertie jaunâtre des canaux,\n    stations éternisées dans un brouillard visqueux que dé­\n    chirent les cris enroués de locomotives en manœuvre —\ncompter les coups de pioche d’un terrassier dont la physio­\nnomie humble et canaille à la fois exaspère, observer les\ngrimaces d’un singe attaché là par un saltimbanque qui se\nsaoûle au cabaret du coin. Trop simples, ces grimaces : chez\nnous (atavisme et sélection, comment donc), il en est un jeu\nautrement complexe — témoin le schéma d’avarice et de ruse\ninscrit aux rides de l’ordeface de mon hôtesse, dès qu’il s’agit\nde régler. Fumer — boire aussi.... D ’autres jours, je contemple,\néperdu, le ciel tout printanièrement neuf et le soleil — tant,\nqu’ils s’indécisent et flottent pareils à un grand rêve bleu et\nor. Ou je cueille les giroflées d’un parterre et les disperse flotter\n— pour quel contraste! — sur l’eau croupie d’un baquet\ngrouillant de monades et de bactéries; mais un rayon dansant\ncrible cette pourriture de trous d’émeraude où palpitent,\nselon des milliards de facettes, do petites ailes diamantées.\nL e soir, je me complais au concert des crapauds qui filent des\nnotes de hautbois et se répondent d’un pré à l’autre. — Tout\nenfin, plutôt que d’affronter ce blême vieillard accroupi au\nfond d’un Vatican d’ombre et qui attend patiemment son\nheure : ma génuflexion et mon baiser sur sa pantoufle —\ntout, plutôt que ce pontife sinistre dont je récuse l’infailli­\nbilité : la conscience du Réel et scs cardinaux : l’Ennui.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 278, "titre_corps": "Invocation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "INVOCATION. TÉNÈBRE miséricordieuse, Charité", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "INVOCATION.\n\n T én èb re miséricordieuse, Charité aux yeux innocents\n     dont les cils d’or filtrent des larmes pallidement loin ­\n     taines, la Nuit épand à flots son silence pacifiant sur le\nsommeil agité de la ville. Les doigts ailés d’esprits subtils\némeuvent les cordes filant haut de harpes délicates : il plane\nun épithalame inouï peur les noces d’une âme et du Mystère.\n  Fontaine de toutes grâces — parmi les lys du recueille­\nment; eau sereine, fluide gemme convoitée où se sont noyées\nles barbaries du Vivre; clair fleuve en sanglots sillé de\ngondoles lumineuses — le deuil murmurant de violes mémo­\nriales y berce l’ennui d’un prince difforme et qui se cache —\nmiroir de mélancolie et d’oubli offrant les moires nivéennes\net bleues des solitudes lunaires — après tant d’étapes brû­\nlantes — à la fatigue d’un pèlerinage vers la basilique du\nNul; forêts de Gulistan, ombres fraîches qui t’enlinceulent,\nâme malade qu’ont corrodée, tout hier, les sels de la Mer\nDésolée — la bonne Nuit, maternelle caresse l’enfance fra­\ngile du Rêve — ah ! qu’elle ne survienne jamais la furtive\nluisance d’un petit-jour qui le décèlerait avorton — la\nsainte Nuit étoilée allume des cierges pour la messe de\nl’Idéal — Ah! que jamais ne jaillissent de l’horizon quoti­\ndien les brutales fanfares du soleil. — Que je sois en cette\nNuit souriante, que le charme velouté de cotte Nuit mystique\ndescende en moi — et tu ne m’auras plus, ville monstruouse,\ncauchemar affamé dont les gueules me guettent....\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 279, "page_fin": 279, "titre_corps": "L’éternel motif", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’ÉTERNEL MOTIF.       à     L-dessus, je me querelle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 713, "texte": "L ’ÉTERNEL MOTIF.\n\n\n    à\n    L-dessus, je me querelle avec mon âme.\n       — Viens voir ta mie, dit-elle. Ne veux-tu plus les\n     framboises fondantes de sa boucbe et l’écharpe de ses\n     bras, tiède soie, autour de ton col ?\n  — Non, mon désir n’est pas un pauvre quêtant l’aumône\nde sa beauté.\n  — Hypocrite! Viens donc mirer un coucher d’astre bico­\nlore en le lac 'de ses yeux.\n  — Non, je préfère ma belle Nuit pétillante d’ étoiles.\n  — Mais au moins, viens demain, lors qu’elle pleurera ton\nabsence.... Tu sais, sa joue humide où rafraîchir tes lèvres\ndesséchées — et ô ce pâle collier de perles trembleuses, ses\nlarmes à ton col.\n   — E h! va te promener...\n  — Dans les yeux de ta mie.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 280, "page_fin": 282, "titre_corps": "Soir trinitaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOIR TRINITAIRE. Première ! ô d’hyacinthe", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 927, "texte": "SOIR TRINITAIRE.\n\n\n\nPremière ! ô d’hyacinthe où le gel diaphane\n Miroite et se rigide en raideurs coruscantes,\n Tu t’efforces l’Unique : énigme dont ricane\n L ’éparse inanité de toiles et de tentes,\n Hasardeuse tribu qui fuyait, mais que fane\n Un midi boréal : ta face méprisante\n Et ta robe florie et l’or d’un piédestal\n D ’où s’épandra la paix hautaine de tes yeux\n Surpris de nul Réel attentant à leurs cieux —\n O certitude élue un grand soir aromal.\n\n D ’une enfance attardée à se savoir morbide,\nMaigre, et qui défierait la sveltesse des joncs,\nSi triste : une saulaie où les brises dévident\nLe plus aigu refrain de funèbres chansons,\nLa deuxième se voue aux calmes équivoques.\nSa bouche, miel en feu qui fleure les fruits verts\nEt ses yeux où l’ennui d’étangs mornes s’évoque,\nEau sombre reflétant des villes à l’envers,\nEt ton nimbe nocturne, ô sa folle toison —\nC’est le charme ambigu d'un très jeune garçon.\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "Soir trinitaire.                                      281\n\n\n\n  Voici ce qu’en des yeux de brume et d’Au-delà\n  Mes yeux de convoitise ont lu cette nuit-là :\n  “ Je suis la tierce amie et je garde en mon âme\n  Un peu de la légende apprise à tes jadis;\n  Azur inespéré de l ’encre et du kalame,\n  Je suis la fleur étrange éclose aux manuscrits;\n  Blancheur dès les parcs blancs où la conçut un songe\n  Je suis la figurine au sourire vaincu;\n  Rythme ancien dont persista l’inentendu,\n  Cette âme pour ton âme éprise de mensonge.\n  Et puis un doigt d’éclair désigne très là-bas\n  Une attente altérée et d’autres bras tendus;\n  Contemple-moi la coupe où tu ne boiras plus :\n  Je suis Celle qui passe et ne s’arrête pas. „\n\n\n\n  Reines de mon silence, ô Sœurs que pérennise\n  L ’instant qui mûrit aux treilles de volupté\n  Par vos torses cabrés en pâle trinité,\n  L ’Unique règne en vous dont s’embrase l’emprise\n  Sur mon âme immobile et de minuit — flux d’astres\n  Figés au fond d’un ciel de pourpres déchirées,\n  Ruine antérieure, ô Babel foudroyée ! —\n  Les yeux jaunes d’un sphynx surveillent son désastre.\n\n\n\n  Enfin, c’est un jardin hanté de rêves morts,\n Aromates trop lents que stimule le soir;\n Une valse bleu-sombre où tintent des clous d’or\n Les roule raviver en de lourds encensoirs\n Votre présence, ardeur qui fulgure aux encor.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 780, "texte": "282                                         la Wallonie.\n\n\n\n      Mystère qu’une mer homicide investit,\n      Triple idole debout sur des mondes détruits,\n      Tes regards, fleuve noir riche d’ambres et d’herbes,\n      Enlacent le jardin qui saigne de glaïeuls.\n      Entre : l’heure t’adore et d’un frisson t’accueille,\n      Dodone séculaire inclinant sa superbe\n      Mes chênes vers ta face ont des gestes d’aïeuls\n      Et mes pollens fiévreux s’ expirent des calices.\n\n\n      Ecoute palpiter le sommeil de mes lys,\n      Ecoute mon amour pleurer dans les bassins,\n      Ecoute ma folie dans les arbres, très loin....\n      La grand’route se tait où tintaient des galops...\n      Ton rire d’irréelle incante le jardin —\n\n\n      E t le soir sidéral tremble comme un sanglot.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 288, "titre_corps": "Du haschich", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "DU HASCHICH. C’EST l’empire lumineux et criminel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "DU HASCHICH.\n\n\n\n       C\n       'e s tl’empire lumineux et criminel où l’inté­\n          grale fleur du Rêve épand ses plus noirs\n         parfums; c’est la patrie du Silence; c’est le\n         théâtre de crépuscule et de lointain que\ndécorent des féeries nuageuses, qu’emplissent les\nsublimes déclamations muettes d’un géant solitaire :\ndrame formidable, joué pour elle seule, par une âme\ninsolite à qui l’univers sensible n’est plus qu’un nom­\nbreux tremplin d’où, élancée sans cesse, elle s’épa­\nnouit en gerbes étoilées dans les ténèbres de l’In­\nconscient ou gravite, telle une comète fulgurante,\npar les espaces ignorés.\n   Le haschich n’invente pas, ne crée rien; il exagère\nla personnalité, présente un miroir grossissant qui\nreflète le Moi — le Moi tout entier, sommets et bas-\nfonds — démesurément amplifié. Aussi, autant\nl’ivresse d’un Poète sera splendide, quel que soit\nd’ailleurs l’objet sur lequel elle se fixera, autant\ncelle d’un rustre serait niaise et nauséabonde. — On\na le haschich que l’on mérite d’avoir.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "284                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Supposez quelques haschichins doués du sens des\n correspondances qui fait les poètes       un comparse\n lucide dit des vers ou frappe des accords sur un\n piano. Chacun de nos intoxiqués se comportera\n selon son essence spirituelle et développera le thème\n fourni à son extase dans le sens de ses concepts\nfavoris. Celui-ci, musicien du Verbe, lorsque le réci­\n tant s’est tu, reprend un à un les vers et les profère,\n de nouveau, de cette autoritaire voix en rêve que\n donne le haschich. Avec une solennelle lenteur, il\n détache toutes les syllabes, découvre aux unes des,\n sonorités de gong, essuffle les autres comme les notes\nfuyeuses de flûtes trémolantes. Pour lui, les mots\nrevêtent de vibrantes tuniques phosphorescentes ; à\nles clamer, il tressaille d’une émotion religieuse, et\nles entrecoupe de longues pauses consacrées à mieux\n en pénétrer la magnificence nouvelle et la mystérieuse\nsignification. Des rapports imprévus s’établissent; de\ntoutes parts, des milliers d’idées touffues accourent se\ngreffer sur ce mot unique qui, bientôt, en raccourcis\naveuglants, symbolisera un système philosophique,\nune synthèse des religions, une époque, les plus\nabsconses spéculations de la Kabbale. Le mot Baby ­\nlone, par exemple, évoquera la civilisation assyrienne\ntout entière; le temps d’un éclair, avec une in­\ncroyable netteté, des siècles se dérouleront en\nfresques vivantes où se pressent des massacres et\ndes processions, les monuments et les paysages, les\nrois et les Baal, les prêtres et le peuple — non tels\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "    du Haschich.                                                 285\n\n\n\nqu’on les sait, mais transformés d’après une aper­\nception spéciale à l’haschichin et teintés des cou­\nleurs de son âme. Le poème même que celui-ci vient\nde s’approprier a perdu son sens véritable; non\nseulement l’haschichin a substitué sa pensée à celle\nde l’auteur, mais encore, sur tous les détails pris à\npart, il a édifié un poème personnel.\n  Un autre, amoureux de la couleur pure, intelligence\nobjective surtout, n’a pas prononcé un seul mot — à\npeine quelques exclamations, provoquées par la\nsplendeur des mirages déroulés devant lui, tradui­\nront-elles son extase. — Voici l’hallucination que\nlui suggéra un vers de Baudelaire :\n        .... Le soleil moribond s'endormir sous une arche ....\n   “ Je voyais un astre dépouillé de ses rayons se\nbalancer sous une voûte basse et sombre. Son globe\n seul, sourdement rouge, lançait de loin en loin des\n lueurs pareilles à celle d’un feu de forge agonisant.\n Tout autour, le Vide noir. C’était d’une tristesse\nprofonde; mais, malgré l’intérêt esthétique que je\nprenais à la déchéance de cet astre — évidemment\ncondamné à expier sous cette voûte des crimes\nanciens — je ne pouvais m’empêcher de me réjouir à\nla pensée que ses efforts pour s’échapper étaient tout\nà fait illusoires. La damnation d’un tel lamentable\nsoleil me parut si baroque que j ’éclatai d’un rire fou.\nSoudain, mon hilarité diabolique cessa : l’hallucina­\ntion se modifiait. — Dans une grande plaine de sable\njaune, un paon gigantesque épanouissait sa queue —\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "286                                       la Wallonie.\n\n\n\nune queue énorme qui remplaçait le ciel. Tous les\nœils de cette queue étaient à la fois des pierres\nprécieuses dardant des feux vert, or, bleu, roses et\n des étoiles sans nombre.... Brusquement, le paon la\nreplia; elle tomba sur le sol. — Alors, à travers un\npaysage brumeux que striaient çà et là des mai­\ngreurs de peupliers, une rivière coula. Elle glissait\n silencieusement se perdre derrière l’horizon et rou­\nlait, parmi des lunes noyées, les gemmes qui, tout à\nl’heure, stellaient la queue du paon. Avec une ten­\n dresse poignante je suivais ses méandres du regard;\nje savais qu’elle procédait de moi — et, bientôt, elle\nfut moi-même; mon âme s’écoulait à l’infini vers un\n avenir pourpré et charriait des illusions luisantes et\n des pensers radieux.... „\n    Il est à remarquer que l’eau joue, à peu près\ntoujours, un rôle capital dans les hallucinations\nprovoquées par le haschich. Sous toutes les formes,\nelle apparaît constamment : tantôt, pluie parfumée\net multicolore qui ruisselle à flots pressés et rafraîchit\ndélicieusement le corps du haschichin ; tantôt — on\nl’a vu plus haut — rivières venues on ne sait d’où,\nallant on ne sait où et sur lesquelles on aime à\nembarquer son rêve ; d’autres fois dans une contrée\nque l’on devine mystérieuse, lac solitaire où des saules\nqui sont des êtres intelligents et souffrants trempent\nleurs cheveux pâles, d’autres fois encore, océan gla­\ncial peuplé de banquises, etc.\n   La musique grave plonge le haschichin dans une\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "    du Haschich.                                      287\n\n\n\nmélancolie profonde mais où il se complaît et qui\npeut se résoudre en des torrents de larmes très\ndouces. Si la musique est gaie, ce seront des trans­\nports de joie et, souvent, une irrésistible envie de\ndanser.\n  Il faut noter le complet détachement de la vie\nquotidienne manifesté par le haschichin — indiffé­\nrence qui dure, parfois, plusieurs jours. Le rêveur est\nailleurs, plus haut, hors du temps — car la notion du\ntemps n’existe plus pour lui, puisqu’il vit des éter­\nnités en une minute. A toute question, même pres­\nsante, que lui adresserait un profane, il répondra\ninvariablement : “ Cela m'est égal „ ou “je ne sais pas „.\n  A remarquer encore l’excessive sensation de légè­\nreté que l’on éprouve; les membres ne pèsent plus;\non se sent fragile et poreux; on évite les gestes trop\nviolents, de peur de projeter au loin un bras ou une\njambe; on ne touche plus terre. Une des phrases que\nnous avons entendu répéter le plus souvent, et par\ndifférents adeptes, est celle-ci : “ Je nage dans les\nespaces bleus „ ou une autre, analogue.\n   Mais la dominante de l’ivresse du haschich est\ndonnée par un orgueil effréné. Le monde apparent\nn’existe plus qu’à l’état de symboles de vous-même;\nvous avez l’inébranlable conviction de pouvoir le\nmodifier à volonté et qu’il ne sera jamais qu’un\ninstant de votre création; vous vous complaisez à\ncaresser cette idée qu’un désir de vous, même inex­\nprimé, suffirait à l’anéantir.\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "288                                                   la Wallonie.\n\n\n\n   Un haschichin, fort de nos amis, disait à deux\ncomplices : “ Il est fort heureux pour vous que je sois\nde bonne humeur : babillez, tapagez, chantez — je\nvous le permets. Mais, sachez-le bien, dès que vous\ndeviendrez gênants, je vous résorberai d’une aspira­\ntion.... „ Et après un long silence : \" Car je suis le\nGrand Pan ! „ — Déclaration qui précipita les deux\nautres dans d’hystériques convulsions de rire — eux-\nmêmes étant, d’ailleurs, absolument convaincus de\nleur propre divinité (1).\n                                    *\n                                   * *\n                Il faut bien le dire : l’usage du has­\n   C o n c l u s io n .\nchich est funeste à l’intelligence ; c’est l’annihilation\nde ce qui constitue l’Etre-pensant — c’est la mort de\nla Volonté. Ainsi que s’écriait devant nous un poète\nfurieux et indigné de ne pouvoir ressaisir son Moi :\n\nOn n'est plus qu’un jouet dans les mains du Hasard!\n\n   C’est cela même.\n                                             A dolphe       BETTÉ.\n   ( 1) On peut absorber le haschich sous différentes formes. S’ il est on\nextrait gras, une cuiller à dessert bien pleine suffit. Comme le goût en est\nfort désagréable, il est bon, pour le dissimuler, d’envelopper la dose dans\nune feuille de pain à chanter. De dawamesk, il faut deux cuillers. La\nhaschichine se prend on pilules de cinq centigrammes chacune: deux\npilules constituent une forte dose — trois, ce serait peut-être excessif.\nLe café, le thé, l'alcool, sont des adjuvants recommandés ; surtout le café.\nOn peut manger une heure et demie après l’ ingestion.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "De nos Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "De nos Collaborateurs : A *. Chantefable un peu native (à pa", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 3159, "texte": "De nos Collaborateurs :\n\n A *.                                                  Chantefable un peu native (à pa­\n             ............................................\n                                                             raître prochainement).\n J u l e s B o i s ...............................      Au delà (à paraître prochaine­\n                                                             ment).\n H e c t o r Ch a în a y e . . .                       L ’Ame des choses.\n A c h il l e D e l a r o c h e . .                    Aenor (à paraître prochainement).\n CÉLESTIN D EMBLON . .                                 Contes mélancoliques.\n                                                       Le Roitelet.\n Ca m il l e L e m o n n ie r . .                      Le Possédé.\n Ch a r l e s V a n L e r b e r g h e                  Les Flaireurs.\n G r é g o ir e L e R o y . . .                        Mon Cœur pleure d'autrefois.\n M a u r ic e M a e t e r l in c k .                   Serres chaudes.\n                                                       La Princesse Maleine.\n                                                       Les Aveugles.\n                                                       L'Intruse.\n St é p h a n e M a l l a r m é                  . . Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                       Villiers de l'Isle Adam.\n                                                       Pages (à paraître prochainement).\n S t u a r t M e r r i l .........................     Les Gammes.\n                                                       Les Fastes (à paraître prochaine­\n                                                            ment).\n J e a n M o r e a s ................................  Les Cantilènes.\n                                                       Le Pèlerin passionné (sous presse).\n G a b r i e l M o u r e y . . . . Crépuscules d’Ames.\n                                                      Flammes mortes.\nP i e r r e - M . O l i n .........................   Mes Mémoires (hors commerce).\nH e n r i d e R e g n ie r                . . . Episodes.\n                                                      Poèmes anciens et romanesques.\nA d o l p h e R e t t é .........................      Cloches en la Nuit.\n                                                       Une belle Dame (à paraître).\n                                                      La F orêt bruissante      »\n                                                      La seule Nuit             »\nA l b e r t S a i n t - P a u l . . . Scènes de Bal.\n                                                      Pétales de Nacre (à paraître pro­\n                                                           chainement). .\nE m i l e V e r h a e r e n . . . . Les Soirs.\n                                                      Les Débâcles.\n                                                      Les Flambeaux Noirs (à paraître\n                                                           prochainement).\nF r a n c i s V i e l é -G r i f f i n . . Encœus.\n                                                      Joies.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE, No 8 LA W ALLONIE REVUE MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R", "ancre_fin": "elles. » «- par an Union postale : 6 fr. 50.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE : Adolphe Retté . 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OLIN\n                    et H e n r i d e RÉGNIER.\n\n                Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n\nAdresser toutes les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles.\n\n\n    »                 «-    par an Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-08-n8-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : Adolphe Retté . 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Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 278, "texte": "                Numéro consacré à I . Adolphe Retté.\n\n\n\n\n                      LA\nW   A   L   L   O         N        I   E\n\n\n\n\n                              Août 1890.\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "    L'ART MODERNE\nREVUE   CRITIQUE     DES    ARTS      ET   DE     LA    LITTÉRATURE\n\n\n            36, E ue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n               Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\n\n\n    MERCURE DE FRANCE\n                           M ENSUEL\n\n           15, rue de l’Echaudé-Saint-Germain\n\n               Un an, 5 fr .; U nion p o stale, 6 fr.\n\n\n\n\n    ART & CRITIQUE\n  R evue    hebdom adaire       des    L ettres    et   des   Arts\n              Paris, 7, Rue des Canettes\n\n        P aris, 12 francs l’a n ; É tran g er, 15 francs.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                          UN PROLOGUE.\n\nA S t u a r t M e r r il l .\n\n\n                                 Un désir oublié qui pourtant veut renaître...\n                                               Déilicucc du Prem ier Faust.\n\n                                         I.\n\n                               L ’a v e n t u r i e r .\n\n\nQ      UELLE   aube véhémente a chassé l’ombre froide :\n        V oici se nuer cl’or les cîmes dépouillées\n        Où s’attristait hier un chœur de Destinées —\n        Quelle aube véhémente a chassé l’ombre froide?\n\n        L e palais dévalait au pied de la montagne,\n        Nul écho n’accueillait l’exil des voix antiques,\n        Des fantômes blafards flottaient sous les portiques —\n        L e palais s’écroulait au pied de la montagne.\n\n         Ce désert, ce silence et ces heures muettes\n         — Telles des vieilles lasses d’avoir trop vécu —\n         Le lierre conquérant du parvis jusqu’au faîte,\n         L e flambeau qui s’éteint d’un culte méconnu —\n         O silence, ô désert, ô ces heures muettes!...\n                                                                       17\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "258                                            la Wallonie.\n\n\n\n      Mais écoutez : tout vibre en l’aube véhémente,\n      Voici se nuer d’or les cîmes dépouillées;\n      Où s’attristait hier un chœur de Destinées\n      Un dieu naît fraternel qui rayonne et qui chante.\n\n      Geste fauve envolé sur l’Orient prochain\n      Sa chevelure en feu se déroule et sa main\n      M’appelle à conquérir des terres inconnues.\n\n      Je vous retrouve enfin doux prestiges niés,\n      O vierge Illusion que l’on disait perdue,\n      Evangile là-bas ! —\n                            tu m’invites — j ’irai.\n\n\n\n                               II.\n\n                       L e choeur.\n\n      Tant de rêves penchés sur cette âme fuyante :\n      C’est une eau pailletée ondoyant vers la nuit,\n      Qu’en sera-t-il ? —\n\n                      L e coryphée.\n\n                          la mort et la cendre sanglante\n      D ’un astre qui défaille à l’horizon terni.\n\n                       L e choeur.\n\n      J ’ai bien peur de la Nuit en cette âme fuyante!\n\n                     L ’a v e n t u r ie r .\n\n      Au balancer très lent de barques radieuses\n      Je descendrai le fleuve ombré d’orme et d’yeuse.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "un Prologue.                                                                          259\n\n\n\n                           L e coryphée.\n\n\n  Chercher au loin, si vainement, ta route étrange !\n  Reste encore et t’endors en nos gramens fleuris.\n\n                              L e chœ ur.\n\n\n  Ces enfants, groupez-les autour de son logis,\n  Chantez pour retenir et gardez qu’on dérange\n  Le divin vagabond sur le seuil accroupi.\n\n                            L e coryphée.\n\n\n  Quelqu’un vint avec lui qui n’est pas son bon ange.\n\n                           L ’a v e n t u r i e r .\n\n  Ah ! la ville étrangère et l’étrange pays\n  Que me sont tes rumeurs, ô foule meurtrière,\n  Ne sais-je pas ton masque et que le rire ment\n  Dont le dard, autrefois, a lésé ma misère?\n  Vois-tu pas : j ’ai sur moi, baptismal talisman,\n  Une clarté ravie aux lumières Premières....\n\n  L a i s s e z d o n c , j e s a is t r o p l a c h a n s o n c o u t u m iè r e .\n\n\n                            L e coryphée.\n\n\n  O palais qu’ont pleuré l’insomnie et l’absence,\n  Salles où s’étiole un blanc songe d’antan,\n  Il outrage votre âme et la voue au silence.\n\n                            L ’a v e n t u r ie r .\n\n\n  Je su is le V O Y AG EU R d a n s l ’ e s p a c e e t le te m p s .\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "260                                                 la Wallonie.\n\n\n\n                           L e chœ ur.\n\n      Non, reste : le rêve puéril recommence\n      Et voudrait s’attarder aux rythmes de nos danses —\n      Puis ta route là-bas est si sombre pourtant !\n\n                         L ’a v e n t u r i e r .\n\n      Rendormez-vous factice éveil de rêves décevants :\n      Mon cœur est vers vos cris ô clairons d’aventure.\n\n                           L e chœ ur.\n\n      Voici nos bois profonds et leurs fraîches feuillures,\n      Nos grands bois endormeurs où des sources câlines\n      Et les brises d’été marient en longs murmures\n      Les cuivres chaleureux aux flûtes cristallines :\n      Ils sont tiens et tes pas y guideront nos pas.\n\n                         L ’AV E N TU R IE R .\n\n      Le port est au Levant que m’indique mon frère\n      Qui marche dans mon ombre et me parle tout bas.\n\n                          L e chœ ur.\n\n      La verveine et l’œillet parfument nos parterres\n      Et le jasmin nos murs, et ta les cueilleras.\n\n                        L ’a v e n t u r i e r .\n\n      Mon frère dit des mots scintillants de mystère\n      — A h! fols d’être sages, vous ne comprenez pas —\n      Il dit : “ Nos vieux héros te hèlent sur le môle\n  Et montrent le vaisseau par le flux caressé,\n  Leur vaste pavillon claque dans les huniers,\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "un Prologue.                                           261\n\n\n\nE t ce sera bientôt — envolée vers quels pôles ! —\nL a chimère Absolue, effroi des mariniers.\nViens, nos dieux sont vivants, tu verras les Thulés\nAinsi splendeurs lactées surgir des brumes pâles\nEt s’élancer des flots les Atlantides d’or. „\n\nSéniles chuchoteurs de sentences banales,\nVous qui peinez courbés panai vos maigres flores,\nVous, plaignant ma démence — aveugles, regardez :\nLes aïeux ont largué les amarres dernières\nEt, prélude magique aux féeries espérées,\nUne aube triomphale illumine la mer.\n\n                      L e chœ ur.\n\nIronique mirage et mensonges d’Ailleurs,\nHorizons crus rougir en collines pamprées!....\nTu souffriras l’écueil, la détresse et l ’horreur\nDe heurter de ta proue des grèves désolées.\n\n                   L e coryphée.\n\nEt, pour avoir ouvert leur froide sépulture,\nTu reviendras sans le secret de tes dieux morts.\n\n                   L ’a v e n t u r i e r .\n\nO frissons d’infini, ô départs en l’aurore,\nL e vent frais du matin chante dans les voilures ! —\nE t vogueuse et joyeuse et sœur des vagues bleues,\nMon âme est éperdue d’un vertige de cieux.\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "           THULÉ-DES-BRUMES (*).\n\n\nI L fait bien calme cette nuit! — Enseveli sous les fron ­\n     daisons annelées de tes cheveux, ivre un peu de tes lèvres\n     et de fatigue, j ’écoute bruire autour de nous l’ombre\nmoite qui sent bon le lilas et l’iris. Si mes mains reconnais­\nsantes s’en vont encore vers toi, mes yeux anormaux\ns’éjouissent d’une danse de lucioles sur la tenture où des\nramages extravaguent.\n  Quelle pensée — mystère pour moi-même — te crée main­\ntenant l’impavide que sacrent l’âme soupirée des fleurs\ncueillies hier et déjà mourantes, les baisers frôleurs d’Exis ­\ntences furtives éparses en la bizarrerie de cette chambre\nvieille et tel regard de Nord et d’Autrefois diffus dans l’eau\nnocturne de la glace ? Quel fard irréel givre ta joue ? Et\npourquoi les lucioles s’empressent-elles butiner la langueur\norangée de tes prunelles ? Entends-tu, la pendule palpite\n\n  (*) Thulé des Brumes, Crépuscule du soir, Noctambulisme se constituent\nde variations d'après des thèmes fournis par le haschich ; de là, certaines\ndéviations, certaines sautes brusques d’idées et ces poèmes édifiés sur un\nmot — fortuitement prononcé — ces déformations d’objets heurtés par\nune vision exaspérée, cette hypertrophie du moi, effets bien connus des\nhaschichins et que l’on s’est efforcé ici de rendre aussi approximativement\nque faire se pouvait.                                            A. H.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "     Thulé-des-Brumes.                                      263\n\n\n\ncomme un cœur.... O grand calme odorant, sombre sérénité\nque ponctuent des feux errants : n’est-ce l’espace introublé\noù s’élaborent les mondes de la fable, ces paraboles, vertiges\nglacés d’argents stellaires, comètes vagabondes parmi des\nsemences d’astres, langes de ténèbres que zèbrent de\nbrusques phosphores, paresseuses fumées émiant des pollens\nmythiques et ces spires de blancheur en harmonies paiement\nlumineuses qui pleurent selon des rythmes éoliens....\n                               *\n                              * *\n   L a chambre s’enfonce lentemen1, d’un mouvement doux ;\nsoudain, s’étale un violet profond essaimant des gemmes\nissues de girandoles parfumées et dont la chute s’arrête pour\nallumer les cristaux do frêles stalactites.\n   Un jour nouveau paraît; les secondes sont des heures...\nc’est Autre-Part, ainsi que l’affirment des chœurs épicènes\nimprovisant sur un thème d’hier — ou de demain ; et, peut-\nêtre, n’est-ce nulle part, sauf en nous-mêmes l’Inconnu très\nloin qui se dresse sous des arceaux, sonores par le tumulte\ndes lames batailleuses d’une proche marée montante.\n  Le rideau s’est levé. Je te suppose la gentille fée en\nattente là-bas, au seuil de plusieurs palais étagés et rosement\nmarmoréens, parmi des territoires bleuissants que cernent\ndes squammes micacées....\n                               *\n                              * *\n  Ecoute : Il est une Ile si perdue au fond de la mer boréale\nqu’il faut être nous pour la connaître.La proue de nul navire\nn’a violé son unique plage; Vierge fière que drape une tunique\nen genêts d’or, en sapins gémissants, nimbée d’après-midi\naux tièdes caresses d’un soleil sobre, ceinturée de ses falaises\nnacreuses où les cavalcades cabrées des flots s’encolèrent de\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "264                                           la Wallonie.\n\n\n\nbrandir en vain et en vain des étendards d’algues, légen­\ndaire enfin et nostalgique aux bons poètes, elle est Thulé-\ndes-Brumes.\n  Parsifal y adore le Saint-Graal; James le Mélancolique\nprend à témoin de sa rancœur les arbres de la forêt des\nArdennes et moque le cor d’Obéron implorant Titania\nfuyeuse ; Ligeia enseigne la métaphysique à l’étudiant\nNathanaël; accoudée à un balustre que du lierre enguirlande,\nMélusine effeuille des camélias dont Astolphe, descendu de\nson hippogriffe, recueille dévotement les pétales; Sylvie avec\nAurélia s’asseyent à la Table-Ronde pour mieux ouïr un\noracle de l’enchanteur Merlin ; et Pierrot ingénu médite\nune pagode cosmique où logerait la Lune. Même, l’Oiseau\ncouleur du temps flûte des choses très fines dans les branches;\nCaliban, s’il ne ronfle et rêve d’outres pleines, fait danser\nAtta T roll; et Peter Schlemil a retrouvé son ombre....\n  Ah ! tu le sais comme moi, c’est bien là notre Ile. Tu te\nrappelles: tant de rêveries perdues sous les colonnades\nsifflantes des sapins aux senteurs robustes, tant d’errances\nen l’or onduleux des genêts ! Le soleil faible baisait sans\nl’offenser la soie ambrée de ton épiderme, et tes yeux —\n— divins jardins changeants — défiaient les vagues pareilles\nde la mer lamentante — et puis grandissaient, grandissaient\net signifiaient cet Océan, mon Esprit où s’engloutissent tes\norgueils. Tu étais la raine, j ’étais le roi ; afin de me plaire,\ntu chantais le poème de la Feuille du Saule ou le lai de la\nBelle qui cassa son miroir ; et, par le dédale viridant des\nsentes, nous allions, en une gloire estivale épanouie sur les\nâges, ô Reine, ô R oi que saluaient les cantilènes susurrées à\npeine des génies d’après-midi, dans cette Ile heureuse, notre\nroyaume : Thulé-des-Brumes....\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "    Thulé-des-Brumes.                                       265\n\n\n\n\n   Les girandoles se sont éteintes, les chœurs tus.... il fait\nfroid.... Des siècles ont coulé, je m’imagine, car je me sens\ntrès vieux depuis tant d’hiers....\n   Mon Dieu non, c’est la chambre — nullement fatidique —\net le lit. Il n’est plus devinable que le blême des draps et ta\nface sommeillante et ces tentures chimériques, dômes s’écrou­\nlant et cette Nuit où je me plais enlacé : les ondes ténébreuses\nde ta chevelure aromale.\n  Mais écoute encore : le coq chante; la campagne s’éveille,\ns’étire et frissonne ; la rosée tinte à petit bruit dans les\nherbes.... Et le soleil de Floréal rit en rais d’or à travers\nles persiennes.\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "              NOCTURNE\n\n\n\nL vie effervescente avec des cris farouches\nA\n Obsède l’exil noir de ce cœur dévasté,\n Un coup, encore un coup et des mots chuchotés —\n E t la tentation des lèvres sur ma bouche.\n\n                       * *\n L a vie est là — voix invitantes, mains agrippantes\n Et sa marotte et le grésil des grelots fous —\n Eprise d’implanter le désir comme un clou\n Barbelé dans ce cœur qui tremble et s’épouvante.\n                        *\n                       * *\n O vastitude où gronde un orgue de grands vents,\n L a vie a dispersé mes escadres de rêves;\n Elle a repris mon cœur et le blesse et l’achève\n Du fouet têtu d’un flot qu’elle teinte de sang.\n\n                       * *\n Rejeter ces fleurs sombres que la vie apporte ?\n Eluder le poison de leur réalité?\n Mon cœur a soif enfin de ce vin parfumé —\n Mais quel geste effaré d’un qui défend sa porte!....\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "Nocturne.                                                267\n\n\n\n\nJ ’entends battre la vie comme une lourde horloge :\nAu doux passé vainqueur la porte est close en vain,\n— O feintise d’un roi détrôné qui déroge ! —\nVa, tu le sais, mon cœur, tu l’ouvriras demain.\n\n                          *\n                         * *\n\nQu’importe ! c’est la vie : vertiges triomphaux ;\nEt l ’Illusion belle allume ses fanaux,\nE t mon cœur se mémore éperdu vers vos cils\nChers yeux d’ombre et de ciel où frissonne un avril.\n\n\n\n                       ENVOI.\n\n\n                                           A la petite Lia.\n\n\n\nL a vio te soit propice, ô mon enfant qui dors\nLoin de mon cœur souffrant tant c’était grand’ pitié\nTout cet orgueil à faux dont nous avons saigné —\nLa vie te soit clémente, ô mon enfant qui dors.\n\n\nEssaims de frelons d’or essorés en étoiles\nMes désirs chanteront autour de ton sommeil —\nMais Demain, c’est l’Isis d’amour que l’on dévoile...\n\n\nDemain viendra, pareil à nos jours de soleil\nNaguère, quand mon cœur gonflé comme une voile\nSe mourait sur ton cœur en longs sanglots vermeils.\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "268                                           la Wallonie.\n\n\n\n      A h! la vie est bonne qui donne cette ivresse :\n      Demain nous appartient et tu seras l’amante,\n      Et mes bras caresseurs berceront ta faiblesse.\n\n\n      Dors — et toi Nuit heureuse et vous, nuées errantes,\n      Souffles qui murmurez sous les ramures frêles\n      Emportez mes baisers inapaisés vers elle.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "           CRÉPUSCULE DU SOIR.\n\n\n               fins d e journée, la chambre est plus triste\n   E R TA IN E S\n   C\n     encore où règne une âme momentanément sauve— mais\n     à quel prix ! — des remous bariolés de l’Illusion. En elle,\nd’obscures présences qui se font signe, les attitudes indiffé­\nrentes de Flornmyes lasses, un lourd amas penchant d’idées\ncalcinées, des songes que suffoque une atmosphère d’éternel\norage qui n’éclatera pas, des rivières sans but, avec l’attente\nstupide d’un passeur dont la barque pourrie doit couler à fond\nun de ces jours. Autour, décor fictif et mouvant que révèle la\nfenêtre large-ouverte, l’exil à peine résigné de hordes mon­\ngoles peuplant l’occidentale grisaille de la tenture : ô crins\nà jamais emmêlés des casques, carquois vides, rouille des\nsabres, damasquinages quasi-effacés, robes jaunes trouées\nque tissèrent les loisirs d’obliques femelles laissées à Samar\nKand ! — mais aussi, parfois, ces regards mal éteints où\nrugit la férocité d’un Djingis-Khan, et ce rire commémoratif\ndes tours bâties de têtes humaines, et l’écho d’un galop de\nchevaux tatares à travers un désert qu’aggravait le glapis­\nsement poltron des chacals. Ah! mortes de soif, toutes les\naventures !\n                               ***\n\n  Il reste cette chambre. — On bâillerait volontiers devant\nles gravures pénibles, les meubles méticuleux, le chantour­\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "270                                           la Wallonie.\n\n\n\nnage fleuri des chaises, les losanges impitoyables du tapis —\nn’était la glace, mystère d’or et d’ombre qu’éclabousse le\nsang d’un massacre épars dans le crépuscule — n’était que\ndeux âmes se sont longuement, froidement assassinées là, et\nque si l’une s’est donné la peine de survivre, c’est à condi­\ntion d’être un spectre — un larmoyant, famélique et rageur\nspectre.\n   Un élément d’intérêt est aussi fourni — il faut en tenir\ncompte — par le cadavre mal embaumé qui gît quelque part\n— mais où? — et dont la fétidité triomphe d’aromates hâtifs;\nses yeux ont coulé dans les joues et stagnent, verdâtres ; ils\nn’en rappellent pas moins la glaciale détresse propre à ma\nconscience : soit l’eau désormais dormante d’un puits aban­\ndonné où le Passé flotte, amer comme une sauge.\n   C’est tout à fait la chambre — ou l’âme, meurtrière surannée\nde soi-même, décidée à ne pas favoriser l’éclosion des ané­\nmones anémiques de la Fantaisie, et à fermer l’oreille aux\nsinistres propos équivoques qui se veulent chuchotés par le\nmalaise fébrile d’un crépuscule. Trop de revenants fraternels,\nsi l’on n’y veillait, se croiraient autorisés à vous marmotter\nainsi des rhapsodies sentimentales dont on n’a que faire. —\nD ’ailleurs, de leurs charades, la clef en est perdue.\n                                  *\n                              *       *\n\n   Maie dehors?.... Dehors, le ciel est d’argent pâle, de\npourpres légères, de mièvres satins soufre, se mourant en\nmolles ondulations vers l ’horizon cuivreux. Çà et là, les fabu­\nleuses caravanes des nuages, agatholithes et béryls qui, plus\ntard, deviendront les fauves coursiers emportant à des\nWalhalls d’étoiles les Walküres du rêve.\n  A cette heure, le clapotis lazuli des arbres sur l’occident\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "     Crépuscule du Soir.                                        271\n\n\n\ninquiète comme un présage; initiés très savants, ils défilent à\nregret devant l’acuité de ma perception, s’arrêtent parfois\npour échanger de ténébreuses confidences; ensuite, ils s’in­\nclinent selon des angles surprenants et délèguent des ramilles\nme révéler les arcanes suprêmes de l’ésotérisme végétal. Lors,\nle vent accourt, ricaneur, des quatre coins de l ’espace et,\npareil à un fol, secoue et flagelle éperdument la gravité aca,-\ndémique des rouvres, la maigreur blafarde des bouleaux,\nl’échevelure des saules; de grandes manches vides de bras\nsont secouées, des drapeaux en loques claquent et se\ndébattent, de falotes mains d’ivrognes brandissent des armes\nimpuissantes. — Enfin, un grand calme.... puis cette absurde\nclameur où se résument tant de rancunes susurrées à voix\ntrès basse depuis un instant : “ la Nature est un M O N STR E !...,,\n  Je la savais presque; et j ’en ressens quelque estime pour\nelle; à l’avenir elle m’apparaîtra moins solennellement vide,\npeut-être condescendrai-je même à gratifier ses aspects de\nquelque évocation.\n\n   Maintenant, viens ici, mon Aimée, petite bête cruelle, et\ntes dents luisant, ainsi des poignards, dans ta bouche entre­\nclose, et tes yeux qui me sont la grande Nuit astrale.\nRegarde le couchant : ces royales étoffes que l’on macule,\ncette désolation convulsive des arbres en proie aux étreintes\nmalignes du Vent, ces fleurs proférées comme des cris, toute\ncette Nature, torture permanente et laideur souffreteuse ne\nt’apprennent rien? N’as-tu pas pitié un peu?.... Non — tu ris.\nAlors, tais-toi, reste immobile, là — nimbée d’ombre et d’or\net de la brume sanglante, incluse dans la glace....\n  Paisible, instillant en moi la splendeur ignorante de tes\nyeux, tu reflètes à miracle — en l’Apparence — je ne sais\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "272                                            la Wallonie.\n\n\n\nquelle âme très ancienne blottie au tréfonds de mon être, et\ndont le réveil, souvent, récite avec lenteur d’étranges litanies.\n— Cela se passe, je crois, jadis, à l’aube des siècles aryas, un\nsoir de Pamyr et de pleine lune naissante (la lune triste et\nglacée comme ma conscience) — le ciel ruisselle encore des\ncruors d’un soleil égorgé. Debout sur le haut-lieu où s’épa­\nnouissent, en bleu bouquet odorant, les flammes inextin­\nguibles du feu sacré, je suis le Voyant, j ’entonne l’hymne\ninfini des Essences et des Formes; mon cœur arraché de ma\npoitrine se consume sur l’autel; et une mélancolique prê­\ntresse, droite, et pure en la virginité de sa robe blanche, me\ntend la coupe où je boirai, pour de futurs avatars, avec le\nmépris que me voueront fatalement les Actifs de ma race,\nl’amour entêté du seul Rêve. Et l’autel, c’est toi; mon cœur,\nc’est toi; la prêtresse, c’est toi — aussi la magnificence de\nl’hymne mortuaire dont tu représentes la strophe ultime en\nson irréparable perfection      Toutes ces choses, oui, mais\nsans que tu le saches — c’est même pourquoi je t’aime, mon\nenfant.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                 NOCTAMBULISME.\n\n\n\n     L Nuit, les fenêtres vous regardent comme si elles vou­\n     A\n      laient vous confier un secret. — Et c’est l ’en-allé loin\n      d’une glauque coulée d’aigues-marines se répercutant de\nfaçade en façade jusques au-dessus du fleuve qui tournoie en\nsirotant ses charognes — le fleuve, chanteur aux arches des\nponts, le fleuve où l’on a jeté les couteaux saigneux des vieilles\nboucheries. Comme s’il trépidait, en ébullition par de gigan­\ntesques fourneaux enfouis dans ses vases, des vapeurs rousses\net recuites l’empanachent, osées au point de salir le ciel et\nd’infirmer votre rire — étoiles. Heureusement, un vent venu\nd’ailleurs fouaille la naïade défraîchie qui trempe ses cras­\nseux appas dans ce fleuve, et se permet des gazouillis de\nsyrinx parmi les arbres exilés et malingres de la rive.\nPuis, voici galoper, avec de rauques sonneries c'e cor, la\nchasse d’un roi défunt. Incité, le preneur d’âmes embouche\nsa flûte noire, et, fier de défier le vent, s’évoque solitairement\nune époque dont il fut.... O vagues graïennes, vagues sacrées\nqui ceignez Salamine et promenez, balancée, la flottante\nDélos des bords siciliens au promontoire Sunium; ô vagues,\nen qui vibre l’harmonie des mondes surprise par les veillées\nde Platon; ô siestes sous les oliviers du Céramique; ô\n                                                        18\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "274                                          la Wallonie.\n\n\n\nl’aigrette de Pallas et le rythme lent d’une procession gravis­\nsant l’Acropole!.... Il en persiste que Thésée séculaire, vain­\nqueur de renaissants Minotaures, j ’oublie toujours d’enlever\nles voiles funèbres de ma galère. Toutefois, je n’abandon­\nnerais plus mes Arianes éventuelles : c’est plutôt elles qui\nme quitteraient. Et elles auraient probablement raison de\nprendre ce soin.\n                                 *\n                             *       *\n\n  Taïaut! taïaut! la chasse s’affole et roule, ainsi mille\nlégions de chats endiablés, par les toits gris, par les gout­\ntières sonores, monotones écailles dont tu te carapaces faute\nde mieux, ô la ville.\n   Suivons d’en bas et regardons.\n   Les rues sont des serpents verts tachés d’or et chevauchés\nde maigres sorcières qui me tirent la langue : une langue\nflamboyante et fourchue ; de criminelles bâtisses se crevas­\nsent de rire aux sarabandes multicolores d’ijn alphabet dont\non les tatoua, sans doute pour dissimuler leurs lèpres ; des\nminuits rouillés se débattent dans la cage trop étroite des\nclochers. — Un Gargantua distrait s’oublie sur la ville....\n\n                             # *\n\n  La chasse s’est perdue vers les lointains sourds. Il pleut.\nUn nourrisson que sa mère refuse d’allaiter pleure dans une\nmansarde, quelque part, tout près. Un chien hurle, faute\nde provende — il n’aura pas sa pâtée. Et maintenant, c’est\nune cité veuve de ses habitants : seul, je la hante — mes pas\ny claquent comme les castagnettes d’un qui danserait son\nspleen — et la démolirai demain, étant donné le manque\nd’imprévu de ses architectures. — Mais subir encore, des\nheures, ces fenêtres plus ternes que l’œil d’un ivrogne, ces\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "    Noctambulisme,                                         275\n\n\n\nfenêtres qui me regardent comme si elles avaient quelque\nsecret à me confier, alors qu’elles n’en hermétisent aucun ?...\nAbsorber la ville : noir et feu, partout ?...\n O Nuit, ma vierge sombre aux yeux de violette, emporte-\nmoi vers la balcon où s’enroulent les muscats et les viornes\n— où s’accoude mon Aimée, vers la chambre très vieille,\nvers les courtines fleuries qui défendent, de leurs plis par­\nfumés, le sommeil de mon Aimée...\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "                A    MERCI .\n\n\nous êtes une église aux voûtes de silence\nV\n Pleine d’encens mourants et de cierges êteints —\n Je suis vers votre seuil un sanglant p élerin\n Amoureux du cilice et de la pénitence.\n\n\n Vous êtes un pays paré de fleurs mystiques\nLys bleuis on la lune alanguit ses pâleurs —\nJe suis un roi banni dont l’ennui nostalgique\nVous poursuit follement en des philtres menteurs.\n\nVous êtes une Nuit d’or sombre cl de velours\nOù s’exilent des chants de cloches de cristal —\nJe suis l’infirme chassé d’un tiède hôpital\nE t qui cherche la Flamme où chauffer ses doigts gourds.\n\nVous êtes un parfum mélancolique et lent\nAme douce ravie à d’humides corolles —\nJe suis l'Errant hagard, ivre — mais qve console\nCe frais arôme éclos aux gloires du couchant.\n\n\nO pays enchanté Nuit grave église ombreuse\nO parfum qui chantez des gammes lumineuses ! —\nDevant Tes yeux lointains par mon rêve habités\nMes désirs sont tombés comme des foins fauchés.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                          LOISIRS.\n\n P   ROM ENADES      le long do l’inertie jaunâtre des canaux,\n    stations éternisées dans un brouillard visqueux que dé­\n    chirent les cris enroués de locomotives en manœuvre —\ncompter les coups de pioche d’un terrassier dont la physio­\nnomie humble et canaille à la fois exaspère, observer les\ngrimaces d’un singe attaché là par un saltimbanque qui se\nsaoûle au cabaret du coin. Trop simples, ces grimaces : chez\nnous (atavisme et sélection, comment donc), il en est un jeu\nautrement complexe — témoin le schéma d’avarice et de ruse\ninscrit aux rides de l’ordeface de mon hôtesse, dès qu’il s’agit\nde régler. Fumer — boire aussi.... D ’autres jours, je contemple,\néperdu, le ciel tout printanièrement neuf et le soleil — tant,\nqu’ils s’indécisent et flottent pareils à un grand rêve bleu et\nor. Ou je cueille les giroflées d’un parterre et les disperse flotter\n— pour quel contraste! — sur l’eau croupie d’un baquet\ngrouillant de monades et de bactéries; mais un rayon dansant\ncrible cette pourriture de trous d’émeraude où palpitent,\nselon des milliards de facettes, do petites ailes diamantées.\nL e soir, je me complais au concert des crapauds qui filent des\nnotes de hautbois et se répondent d’un pré à l’autre. — Tout\nenfin, plutôt que d’affronter ce blême vieillard accroupi au\nfond d’un Vatican d’ombre et qui attend patiemment son\nheure : ma génuflexion et mon baiser sur sa pantoufle —\ntout, plutôt que ce pontife sinistre dont je récuse l’infailli­\nbilité : la conscience du Réel et scs cardinaux : l’Ennui.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                   INVOCATION.\n\n T én èb re miséricordieuse, Charité aux yeux innocents\n     dont les cils d’or filtrent des larmes pallidement loin ­\n     taines, la Nuit épand à flots son silence pacifiant sur le\nsommeil agité de la ville. Les doigts ailés d’esprits subtils\némeuvent les cordes filant haut de harpes délicates : il plane\nun épithalame inouï peur les noces d’une âme et du Mystère.\n  Fontaine de toutes grâces — parmi les lys du recueille­\nment; eau sereine, fluide gemme convoitée où se sont noyées\nles barbaries du Vivre; clair fleuve en sanglots sillé de\ngondoles lumineuses — le deuil murmurant de violes mémo­\nriales y berce l’ennui d’un prince difforme et qui se cache —\nmiroir de mélancolie et d’oubli offrant les moires nivéennes\net bleues des solitudes lunaires — après tant d’étapes brû­\nlantes — à la fatigue d’un pèlerinage vers la basilique du\nNul; forêts de Gulistan, ombres fraîches qui t’enlinceulent,\nâme malade qu’ont corrodée, tout hier, les sels de la Mer\nDésolée — la bonne Nuit, maternelle caresse l’enfance fra­\ngile du Rêve — ah ! qu’elle ne survienne jamais la furtive\nluisance d’un petit-jour qui le décèlerait avorton — la\nsainte Nuit étoilée allume des cierges pour la messe de\nl’Idéal — Ah! que jamais ne jaillissent de l’horizon quoti­\ndien les brutales fanfares du soleil. — Que je sois en cette\nNuit souriante, que le charme velouté de cotte Nuit mystique\ndescende en moi — et tu ne m’auras plus, ville monstruouse,\ncauchemar affamé dont les gueules me guettent....\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "               L ’ÉTERNEL MOTIF.\n\n\n    à\n    L-dessus, je me querelle avec mon âme.\n       — Viens voir ta mie, dit-elle. Ne veux-tu plus les\n     framboises fondantes de sa boucbe et l’écharpe de ses\n     bras, tiède soie, autour de ton col ?\n  — Non, mon désir n’est pas un pauvre quêtant l’aumône\nde sa beauté.\n  — Hypocrite! Viens donc mirer un coucher d’astre bico­\nlore en le lac 'de ses yeux.\n  — Non, je préfère ma belle Nuit pétillante d’ étoiles.\n  — Mais au moins, viens demain, lors qu’elle pleurera ton\nabsence.... Tu sais, sa joue humide où rafraîchir tes lèvres\ndesséchées — et ô ce pâle collier de perles trembleuses, ses\nlarmes à ton col.\n   — E h! va te promener...\n  — Dans les yeux de ta mie.\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "         SOIR TRINITAIRE.\n\n\n\nPremière ! ô d’hyacinthe où le gel diaphane\n Miroite et se rigide en raideurs coruscantes,\n Tu t’efforces l’Unique : énigme dont ricane\n L ’éparse inanité de toiles et de tentes,\n Hasardeuse tribu qui fuyait, mais que fane\n Un midi boréal : ta face méprisante\n Et ta robe florie et l’or d’un piédestal\n D ’où s’épandra la paix hautaine de tes yeux\n Surpris de nul Réel attentant à leurs cieux —\n O certitude élue un grand soir aromal.\n\n D ’une enfance attardée à se savoir morbide,\nMaigre, et qui défierait la sveltesse des joncs,\nSi triste : une saulaie où les brises dévident\nLe plus aigu refrain de funèbres chansons,\nLa deuxième se voue aux calmes équivoques.\nSa bouche, miel en feu qui fleure les fruits verts\nEt ses yeux où l’ennui d’étangs mornes s’évoque,\nEau sombre reflétant des villes à l’envers,\nEt ton nimbe nocturne, ô sa folle toison —\nC’est le charme ambigu d'un très jeune garçon.\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "Soir trinitaire.                                      281\n\n\n\n  Voici ce qu’en des yeux de brume et d’Au-delà\n  Mes yeux de convoitise ont lu cette nuit-là :\n  “ Je suis la tierce amie et je garde en mon âme\n  Un peu de la légende apprise à tes jadis;\n  Azur inespéré de l ’encre et du kalame,\n  Je suis la fleur étrange éclose aux manuscrits;\n  Blancheur dès les parcs blancs où la conçut un songe\n  Je suis la figurine au sourire vaincu;\n  Rythme ancien dont persista l’inentendu,\n  Cette âme pour ton âme éprise de mensonge.\n  Et puis un doigt d’éclair désigne très là-bas\n  Une attente altérée et d’autres bras tendus;\n  Contemple-moi la coupe où tu ne boiras plus :\n  Je suis Celle qui passe et ne s’arrête pas. „\n\n\n\n  Reines de mon silence, ô Sœurs que pérennise\n  L ’instant qui mûrit aux treilles de volupté\n  Par vos torses cabrés en pâle trinité,\n  L ’Unique règne en vous dont s’embrase l’emprise\n  Sur mon âme immobile et de minuit — flux d’astres\n  Figés au fond d’un ciel de pourpres déchirées,\n  Ruine antérieure, ô Babel foudroyée ! —\n  Les yeux jaunes d’un sphynx surveillent son désastre.\n\n\n\n  Enfin, c’est un jardin hanté de rêves morts,\n Aromates trop lents que stimule le soir;\n Une valse bleu-sombre où tintent des clous d’or\n Les roule raviver en de lourds encensoirs\n Votre présence, ardeur qui fulgure aux encor.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "282                                         la Wallonie.\n\n\n\n      Mystère qu’une mer homicide investit,\n      Triple idole debout sur des mondes détruits,\n      Tes regards, fleuve noir riche d’ambres et d’herbes,\n      Enlacent le jardin qui saigne de glaïeuls.\n      Entre : l’heure t’adore et d’un frisson t’accueille,\n      Dodone séculaire inclinant sa superbe\n      Mes chênes vers ta face ont des gestes d’aïeuls\n      Et mes pollens fiévreux s’ expirent des calices.\n\n\n      Ecoute palpiter le sommeil de mes lys,\n      Ecoute mon amour pleurer dans les bassins,\n      Ecoute ma folie dans les arbres, très loin....\n      La grand’route se tait où tintaient des galops...\n      Ton rire d’irréelle incante le jardin —\n\n\n      E t le soir sidéral tremble comme un sanglot.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                DU HASCHICH.\n\n\n\n       C\n       'e s tl’empire lumineux et criminel où l’inté­\n          grale fleur du Rêve épand ses plus noirs\n         parfums; c’est la patrie du Silence; c’est le\n         théâtre de crépuscule et de lointain que\ndécorent des féeries nuageuses, qu’emplissent les\nsublimes déclamations muettes d’un géant solitaire :\ndrame formidable, joué pour elle seule, par une âme\ninsolite à qui l’univers sensible n’est plus qu’un nom­\nbreux tremplin d’où, élancée sans cesse, elle s’épa­\nnouit en gerbes étoilées dans les ténèbres de l’In­\nconscient ou gravite, telle une comète fulgurante,\npar les espaces ignorés.\n   Le haschich n’invente pas, ne crée rien; il exagère\nla personnalité, présente un miroir grossissant qui\nreflète le Moi — le Moi tout entier, sommets et bas-\nfonds — démesurément amplifié. Aussi, autant\nl’ivresse d’un Poète sera splendide, quel que soit\nd’ailleurs l’objet sur lequel elle se fixera, autant\ncelle d’un rustre serait niaise et nauséabonde. — On\na le haschich que l’on mérite d’avoir.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "284                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Supposez quelques haschichins doués du sens des\n correspondances qui fait les poètes       un comparse\n lucide dit des vers ou frappe des accords sur un\n piano. Chacun de nos intoxiqués se comportera\n selon son essence spirituelle et développera le thème\n fourni à son extase dans le sens de ses concepts\nfavoris. Celui-ci, musicien du Verbe, lorsque le réci­\n tant s’est tu, reprend un à un les vers et les profère,\n de nouveau, de cette autoritaire voix en rêve que\n donne le haschich. Avec une solennelle lenteur, il\n détache toutes les syllabes, découvre aux unes des,\n sonorités de gong, essuffle les autres comme les notes\nfuyeuses de flûtes trémolantes. Pour lui, les mots\nrevêtent de vibrantes tuniques phosphorescentes ; à\nles clamer, il tressaille d’une émotion religieuse, et\nles entrecoupe de longues pauses consacrées à mieux\n en pénétrer la magnificence nouvelle et la mystérieuse\nsignification. Des rapports imprévus s’établissent; de\ntoutes parts, des milliers d’idées touffues accourent se\ngreffer sur ce mot unique qui, bientôt, en raccourcis\naveuglants, symbolisera un système philosophique,\nune synthèse des religions, une époque, les plus\nabsconses spéculations de la Kabbale. Le mot Baby ­\nlone, par exemple, évoquera la civilisation assyrienne\ntout entière; le temps d’un éclair, avec une in­\ncroyable netteté, des siècles se dérouleront en\nfresques vivantes où se pressent des massacres et\ndes processions, les monuments et les paysages, les\nrois et les Baal, les prêtres et le peuple — non tels\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "    du Haschich.                                                 285\n\n\n\nqu’on les sait, mais transformés d’après une aper­\nception spéciale à l’haschichin et teintés des cou­\nleurs de son âme. Le poème même que celui-ci vient\nde s’approprier a perdu son sens véritable; non\nseulement l’haschichin a substitué sa pensée à celle\nde l’auteur, mais encore, sur tous les détails pris à\npart, il a édifié un poème personnel.\n  Un autre, amoureux de la couleur pure, intelligence\nobjective surtout, n’a pas prononcé un seul mot — à\npeine quelques exclamations, provoquées par la\nsplendeur des mirages déroulés devant lui, tradui­\nront-elles son extase. — Voici l’hallucination que\nlui suggéra un vers de Baudelaire :\n        .... Le soleil moribond s'endormir sous une arche ....\n   “ Je voyais un astre dépouillé de ses rayons se\nbalancer sous une voûte basse et sombre. Son globe\n seul, sourdement rouge, lançait de loin en loin des\n lueurs pareilles à celle d’un feu de forge agonisant.\n Tout autour, le Vide noir. C’était d’une tristesse\nprofonde; mais, malgré l’intérêt esthétique que je\nprenais à la déchéance de cet astre — évidemment\ncondamné à expier sous cette voûte des crimes\nanciens — je ne pouvais m’empêcher de me réjouir à\nla pensée que ses efforts pour s’échapper étaient tout\nà fait illusoires. La damnation d’un tel lamentable\nsoleil me parut si baroque que j ’éclatai d’un rire fou.\nSoudain, mon hilarité diabolique cessa : l’hallucina­\ntion se modifiait. — Dans une grande plaine de sable\njaune, un paon gigantesque épanouissait sa queue —\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "286                                       la Wallonie.\n\n\n\nune queue énorme qui remplaçait le ciel. Tous les\nœils de cette queue étaient à la fois des pierres\nprécieuses dardant des feux vert, or, bleu, roses et\n des étoiles sans nombre.... Brusquement, le paon la\nreplia; elle tomba sur le sol. — Alors, à travers un\npaysage brumeux que striaient çà et là des mai­\ngreurs de peupliers, une rivière coula. Elle glissait\n silencieusement se perdre derrière l’horizon et rou­\nlait, parmi des lunes noyées, les gemmes qui, tout à\nl’heure, stellaient la queue du paon. Avec une ten­\n dresse poignante je suivais ses méandres du regard;\nje savais qu’elle procédait de moi — et, bientôt, elle\nfut moi-même; mon âme s’écoulait à l’infini vers un\n avenir pourpré et charriait des illusions luisantes et\n des pensers radieux.... „\n    Il est à remarquer que l’eau joue, à peu près\ntoujours, un rôle capital dans les hallucinations\nprovoquées par le haschich. Sous toutes les formes,\nelle apparaît constamment : tantôt, pluie parfumée\net multicolore qui ruisselle à flots pressés et rafraîchit\ndélicieusement le corps du haschichin ; tantôt — on\nl’a vu plus haut — rivières venues on ne sait d’où,\nallant on ne sait où et sur lesquelles on aime à\nembarquer son rêve ; d’autres fois dans une contrée\nque l’on devine mystérieuse, lac solitaire où des saules\nqui sont des êtres intelligents et souffrants trempent\nleurs cheveux pâles, d’autres fois encore, océan gla­\ncial peuplé de banquises, etc.\n   La musique grave plonge le haschichin dans une\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "    du Haschich.                                      287\n\n\n\nmélancolie profonde mais où il se complaît et qui\npeut se résoudre en des torrents de larmes très\ndouces. Si la musique est gaie, ce seront des trans­\nports de joie et, souvent, une irrésistible envie de\ndanser.\n  Il faut noter le complet détachement de la vie\nquotidienne manifesté par le haschichin — indiffé­\nrence qui dure, parfois, plusieurs jours. Le rêveur est\nailleurs, plus haut, hors du temps — car la notion du\ntemps n’existe plus pour lui, puisqu’il vit des éter­\nnités en une minute. A toute question, même pres­\nsante, que lui adresserait un profane, il répondra\ninvariablement : “ Cela m'est égal „ ou “je ne sais pas „.\n  A remarquer encore l’excessive sensation de légè­\nreté que l’on éprouve; les membres ne pèsent plus;\non se sent fragile et poreux; on évite les gestes trop\nviolents, de peur de projeter au loin un bras ou une\njambe; on ne touche plus terre. Une des phrases que\nnous avons entendu répéter le plus souvent, et par\ndifférents adeptes, est celle-ci : “ Je nage dans les\nespaces bleus „ ou une autre, analogue.\n   Mais la dominante de l’ivresse du haschich est\ndonnée par un orgueil effréné. Le monde apparent\nn’existe plus qu’à l’état de symboles de vous-même;\nvous avez l’inébranlable conviction de pouvoir le\nmodifier à volonté et qu’il ne sera jamais qu’un\ninstant de votre création; vous vous complaisez à\ncaresser cette idée qu’un désir de vous, même inex­\nprimé, suffirait à l’anéantir.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "288                                                   la Wallonie.\n\n\n\n   Un haschichin, fort de nos amis, disait à deux\ncomplices : “ Il est fort heureux pour vous que je sois\nde bonne humeur : babillez, tapagez, chantez — je\nvous le permets. Mais, sachez-le bien, dès que vous\ndeviendrez gênants, je vous résorberai d’une aspira­\ntion.... „ Et après un long silence : \" Car je suis le\nGrand Pan ! „ — Déclaration qui précipita les deux\nautres dans d’hystériques convulsions de rire — eux-\nmêmes étant, d’ailleurs, absolument convaincus de\nleur propre divinité (1).\n                                    *\n                                   * *\n                Il faut bien le dire : l’usage du has­\n   C o n c l u s io n .\nchich est funeste à l’intelligence ; c’est l’annihilation\nde ce qui constitue l’Etre-pensant — c’est la mort de\nla Volonté. Ainsi que s’écriait devant nous un poète\nfurieux et indigné de ne pouvoir ressaisir son Moi :\n\nOn n'est plus qu’un jouet dans les mains du Hasard!\n\n   C’est cela même.\n                                             A dolphe       BETTÉ.\n   ( 1) On peut absorber le haschich sous différentes formes. S’ il est on\nextrait gras, une cuiller à dessert bien pleine suffit. Comme le goût en est\nfort désagréable, il est bon, pour le dissimuler, d’envelopper la dose dans\nune feuille de pain à chanter. De dawamesk, il faut deux cuillers. La\nhaschichine se prend on pilules de cinq centigrammes chacune: deux\npilules constituent une forte dose — trois, ce serait peut-être excessif.\nLe café, le thé, l'alcool, sont des adjuvants recommandés ; surtout le café.\nOn peut manger une heure et demie après l’ ingestion.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                De nos Collaborateurs :\n\n A *.                                                  Chantefable un peu native (à pa­\n             ............................................\n                                                             raître prochainement).\n J u l e s B o i s ...............................      Au delà (à paraître prochaine­\n                                                             ment).\n H e c t o r Ch a în a y e . . .                       L ’Ame des choses.\n A c h il l e D e l a r o c h e . .                    Aenor (à paraître prochainement).\n CÉLESTIN D EMBLON . .                                 Contes mélancoliques.\n                                                       Le Roitelet.\n Ca m il l e L e m o n n ie r . .                      Le Possédé.\n Ch a r l e s V a n L e r b e r g h e                  Les Flaireurs.\n G r é g o ir e L e R o y . . .                        Mon Cœur pleure d'autrefois.\n M a u r ic e M a e t e r l in c k .                   Serres chaudes.\n                                                       La Princesse Maleine.\n                                                       Les Aveugles.\n                                                       L'Intruse.\n St é p h a n e M a l l a r m é                  . . Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                       Villiers de l'Isle Adam.\n                                                       Pages (à paraître prochainement).\n S t u a r t M e r r i l .........................     Les Gammes.\n                                                       Les Fastes (à paraître prochaine­\n                                                            ment).\n J e a n M o r e a s ................................  Les Cantilènes.\n                                                       Le Pèlerin passionné (sous presse).\n G a b r i e l M o u r e y . . . . Crépuscules d’Ames.\n                                                      Flammes mortes.\nP i e r r e - M . O l i n .........................   Mes Mémoires (hors commerce).\nH e n r i d e R e g n ie r                . . . Episodes.\n                                                      Poèmes anciens et romanesques.\nA d o l p h e R e t t é .........................      Cloches en la Nuit.\n                                                       Une belle Dame (à paraître).\n                                                      La F orêt bruissante      »\n                                                      La seule Nuit             »\nA l b e r t S a i n t - P a u l . . . Scènes de Bal.\n                                                      Pétales de Nacre (à paraître pro­\n                                                           chainement). .\nE m i l e V e r h a e r e n . . . . Les Soirs.\n                                                      Les Débâcles.\n                                                      Les Flambeaux Noirs (à paraître\n                                                           prochainement).\nF r a n c i s V i e l é -G r i f f i n . . Encœus.\n                                                      Joies.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "  5e ANNÉE, No 8\n\n\n\n                           LA W ALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E ET D ’ART\n\n\n\n   Directeurs : M M . A l b e r t M OCKEL, P i e r r e - M . OLIN\n                    et H e n r i d e RÉGNIER.\n\n                Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n\nAdresser toutes les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles.\n\n\n    »                 «-    par an Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n\n\n                           SOMMAIRE :\n\n\nAdolphe Retté               .   Un prologue. .\n           »                    Thulé des brumes.\n           «                    Nocturne.\n                                Crépuscule du soir.\n          ))                    Noctambulisme.\n          »                     A merci.\n          »                     Loisirs.\n           »                    Invocation.\n           ))                   L ’éternel motif.\n           »                    Soir trinitaire.\n           »                    Du haschich.\n\n\n                   Ce numéro 50 centimes.\n\n\n\n\n                            Des presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1890-08", "signet_source": "5ème année - N°8 - Août 1890", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 313) : 5e année, N° 8 ; le mois (août 1890) vient du signet, absent de la couverture OCR. Sommaire imprimé de la couverture : Adolphe Retté, onze pièces (Un prologue … Du haschich).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}