{"numero_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE Septembre 1890.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "LA\nWALLONIE\n\n\n     Septembre 1890.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’ART MODERNE REVUE CRITI QUE DES ARTS ET DE LA L I TTÉRATU", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 495, "texte": "L ’ART MODERNE\nREVUE   CRITI QUE   DES   ARTS    ET   DE   LA     L I TTÉRATURE\n\n           26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n              Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\n\n\n        MERCURE DE FRANCE\n                          MENSUEL\n         15, rue de l’Echaudé-Saint-Germain\n\n              Un an, 5 fr.; Union postale, 6 fr.\n\n\n\n\n    ART & CRITIQUE\n  Revue hebdomadaire des Lettres et des Arts\n             P aris, 7, Rue des Canettes\n\n        Paris, 12 francs l’an ; Étranger, 15 francs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 303, "titre_corps": "La mort renoncée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Bernard Lazare", "ancre_debut": "LA MORT RENONCÉE. 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Il s’appuya sur la balus­\n         trade et il contempla silencieusement Alexan­\ndrie qui étreignait de tous côtés l’artificielle colline.\nLe soleil, en face, brisait ses rayons sur les vagues\nmiroitantes auxquelles l’écume mettait une diaphane\nfrise de dentelles, et la mer variait à l’ infini le bleu\nde ses flots, plaquant de sombres taches au-dessus\ndes rocs, et s’éclaircissant ensuite en d’harmonieuses\ndégradations qui posaient, à côté des cobalts in­\ntenses, les lapis plus calmes et les translucides\nsaphirs, tandis que l’horizon se teintait d’un gris\npaisiblement bleuâtre, confondu avec le ciel qu’à\npeine séparait des ondes une ligne violacée. Dans\nl’île de Pharos, où les maisons de marins s’écrasaient\n                                                  19\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "290                                    la Wallonie.\n\n\n\nautour du phare, la lumière atteignait la tour blanche,\naussi le marbre rosissait-il çà et là légèrement, comme\nune peau de vierge qu’on dévoile. Puis s’étalait la\nville avec ses deux immenses avenues et ses mysté­\nrieuses enfilades de sphinx, avec ses maisons aux\ntoits plats et aux colonnettes peintes, ses pylônes\ncoiffés de disques ailés, ses temples, les portiques de\nses palais et ses jardins d’acacias et de sycomores,\nla coupole dorée du Sarapeum dominant les quartiers\ndu sud et le Brachium aux mille édifices, parmi les­\nquels le Soma où dormait Alexander dans son\ncercueil d’or. A gauche, le lac Maréotis s’endormait.\nA droite, la campagne fraîchement lavée, et, dans le\nlointain, le fleuve sillonné de thalamèges dont les\ntentes se gonflaient sous le vent. L ’homme regarda\nlongtemps, et le silence s’était fait si grand que,\ndans la mort de la cité assoupie par l’heure, on en­\ntendait le son discret des tambourins qui égayaient\nles barques descendant vers Canope.\n   Cependant, s’éveilla le songeur, avec, peut-être\npour abolir en lui les tangibles visions, un léger\nhaussement d’épaules; et, seulement alors, il vit\nceux-là qui attendaient : sans doute sa parole. Mul­\ntiples étaient-ils, d’aspects, de races, d’attitudes :\nc’étaient des nègres dont la prunelle incertaine sem­\nblait rêver de regrettés paysages traversés du pas\nlourd des éléphants ; c’étaient des Grecs blêmes, à la\ndémarche traînante, des Gaulois et des Daces, des\nArabes et des Cimmériens, et des Juifs, de ceux-là\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "    la M ort renoncèe.                               291\n\ndont le temple abritait sous son vestibule les stèles\nde rois étrangers. Le mélange n’était pas moins grand\ndes castes, et les esclaves avec leur dos que polluait\nle calus des meules, effleuraient de leurs baillons les\nlitières où des courtisanes renversaient sur les cous­\nsins leur tête qu’alourdissait le poids des cheveux\ntrop ornés; des soldats casqués d’airain, des embau­\nmeurs de la Nécropole, des fellahs de Rakotis se\nheurtaient à des scribes et à des marchands venus\nde Tyr; des prêtres d’ Osiris frôlaient de leurs peaux\nde bêtes les robes de lin des exégètes hyérosolymi­\ntains. Malgré ces disharmoniques apparences, un\nlien caché paraissait unir cette foule, une mysté­\nrieuse affinité attachait l’un à l’autre ces êtres si\n divers et, dans leurs yeux, qui, creux paraissaient\nchercher dans les âmes une même et constante pen­\nsée, se lisait le secret de leur fraternité, car ces yeux\nracontaient un morne et pareil ennui, une égale\nangoisse : tels de spéciaux miroirs qui auraient\nrévélé l’intime et imprévue semblance de visages\ndifférents.\n   Et le contemplatif silence de l’homme se prolon­\ngeait, et s’exagérait la muette impatience de la foule,\nattentive à des gestes épiés qui seraient précurseurs\nde paroles. Mais soudain, du lit sur lequel elle gisait,\nune femme se dressa et tendant avec peine son bras\nchargé d’anneaux et de chaînes d’or, elle apostropha\ncelui qui point ne parlait :\n      Hégésias, dit-elle, ne prolonge pas mes désirs.\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "292                                      la Wallonie.\n\n\n\nLongue est la route pendant laquelle je les ai sentis\ns’accroître, et j ’ai trop attendu. Pour te voir, pour\nt’entendre, j ’ai quitté AntiocHe, la cité où l’on ne\nconnaît pas les ténèbres. J’ai laissé mon palais\npeuplé de femmes et d’ esclaves soucieux de mes\nvolontés, les jardins de Daphné fleuris de lauriers,\nembaumés de troënes et de myrtes, les portiques\ncouverts entre lesquels circulaient mes chars.\n   J’ai vingt ans, Hégésias, et nulle joie n’est pour\nmoi tentatrice : vainement chercherais-tu à m’offrir\nun plaisir que je n’ai point rejeté avec mépris, depuis\nlongtemps lassée. Ma chair a frémi de tous les\nbaisers et le souvenir n’est même pas en moi des\nplus chastes comme des plus impurs ; nul emporte­\nment, subtil ou ingénu, n’éveille désormais la glace\nde mon corps. J’ai fait venir des comédiens de\nBéryte, des danseurs de Césarée, des musiciens de\nGaza, nul n’a pu rompre le sigillaire ennui de mon\nâme, nul, ni les lutteurs d’Ascalon, ni les pugiles de\nCastabala. Dans les festins, quand coulaient les vins\nprécieux, quand des venaisons inconnues rendaient\nbéants les convives, l’odeur des parfums de Babylone\nse changeait pour moi en une âcre fumée ; les\nchants des harpistes, les mots des rhéteurs, les vers\ndes poètes sonnaient à mon oreille tels que le vain\nécho d’un vain bruit, et les gestes lascifs des joueuses\nde flûte laissaient dormir mes sens trop de fois\nviolés. Mon esprit est las, même des songes, qui,\nquelque temps encore, furent mes puérils excitateurs\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "    la M o rt renoncée.                                293\n\n\n\net l’imprévu m’a fui, car tout en mou être éveille\nd’obscures et déjà connues vibrations. Un jour on\nm’a parlé de toi, quelqu’un qui t’avait vu à Syracuse,\non m’a dit que tu connaissais de persuasives paroles,\ndes mots guérisseurs, et que tu savais le libérateur\nremède de nos cœurs dépris. Je suis venue sans\ncroire, et, dès ce matin, entrée dans la ville, j ’ai suivi\nla foule qui me conduisit vers toi. Mais maintenant,\ninsoucieux des impatiences, tu te tais. Parle donc !\nSi ta voix bienveillante allait me rendre nouvelle la\nprochaine aurore, désirable le prochain baiser. „\n   Epuisée, la voix lasse, elle se laissa tomber au fond\nde sa litière, et comme, malgré ses supplications,\npersistait le silence, un vieillard accroupi dans la\npoussière, se leva :\n   “ Bien que, fit-il, l’évocatoire appel de cette femme\nne t’ait pu toucher, peut-être m’entendras-tu, Hégé ­\nsias. Ne crains pas de moi de fastidieux discours, ma\ndemande sera courte. Si le bruit de ta gloire n’est pas\ndécevant, tu dois savoir, instruit par de secrètes\nvoies, ce que nul ne m’apprit encore. Beaucoup,\ndit-on, vinrent vers toi, inquiets, qui te quittèrent\nsatisfaits des choses dites, heureux des futurs enfin\ndévoilés. O toi qui affranchis des angoisses, révèle\nau vieillard dont l’âme est recrue, l’endormeuse doc­\ntrine qu’il vient chercher, en disciple, vers toi. „\n   Alors, d’une voix berceuse aux cadences lentes,\nHégésias parla, avec des gestes calmes qui semblaient\npanser des plaies :\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "294                                      la Wallonie.\n\n\n\n   “ En le mystère d’une claire phrase, incomprise de\npar sa clarté même, se cache la vérité. Ceux-là qui\nmeurent jeunes sont aimés des dieux, a proféré le\nsage, et, si limpide est la formule, que les hommes\nla redisent sans en soupçonner la latente valeur;\ntant il est vrai que le voile le plus épais est celui qui\ndonne l’illusion de la lumière; la simplicité est si\ndéconcertante qu’en elle on peut impunément enfouir\nl’absolu — ainsi devient banal un essentiel apho­\nrisme. — Si la bienveillance des dieux se manifeste\npar la Mort enfin accordée, n’est-ce pas que la Mort\nest le souverain bien. Plusieurs ont compris cette\npremière signification de l’axiome, mais cela n’était\npoint suffisant; ils n’osaient conclure des prémisses\nposées. Ne devaient-ils pas cependant concevoir,\n après la révélation faite de la suprême’ joie, combien\nlicite et louable devenait sa volontaire recherche ?\nEn un mot, ne devaient-ils pas arriver à cette défi­\nnitive vision, que la Mort étant le but glorieux de la\nvie, il leur importait d’aller vers l’affranchissement\n des brèves heures si funestes.\n   Certes, bien des fois sans doute, l’ineffable volupté\ndes tombes a envahi vos cœurs. Par de tristes soirs,\nquand des douleurs pleuraient en vous, par de gais\nmatins, alors que le radieux soleil vous rendait plus\npoignant encore le souvenir des chères présences\ndisparues, vous avez senti, n’est-ce pas, un souffle\nmorose et doux effleurer votre chair, tel un nocturne\nvent effeuille sur des lacs immobiles de crépuscu­\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "     la M ort renoncée.                             295\n\n\n\n laires fleurs. Hélas ! pour vous tous, cet instant où\n  vraiment sages vous avez appelé la Mort, fut pas­\n  sager, car le désir des bonnes paix suscitait d’ata­\n viques et séculaires terreurs. Aussi je viens vous\n dire : chassez de vous les frayeurs vaines, sachez vous\n évader librement.\n    De l’existence vient le mal. Non seulement le mal\n transitoire, mais le mal éternel, et voici qu’en vertu\n d’anciennes et trop enracinées opinions, vous placez\n vos fins dans le muable univers. Saisis de l’irrésis­\n tible peur de l’infini, vous ne cessez de vous cacher\n les choses éternelles, et chacune de vos minutes s’en\n éloigne follement. Toute action est souillure. Si elle\n est vile, par elle-même. Si elle est bonne, par le\nregret qu’elle laisse des vouloirs jamais réalisés.\nAinsi, en agissant, vous enserrez votre âme en de\n déplorables liens, et sa survie n’est plus ce qu’elle\ndevrait être, l’ascension vers son essence, mais le\nretour à de terrestres pérégrinations. Ecartez les\nmalignes occasions, les passions tentatrices, disent\nles philosophes. Ne savent-ils pas que le monde,\nperpétuellement, tend les pièges où se prendra la\nchair, et nul ne les sait éviter, parce que tous nous\nsommes chair. L ’esprit, ce roi prisonnier, ne peut\ntriompher de la matière et cette dualité douloureuse,\nla Mort seule la rompra. Laissez donc les ignorants\net les faibles attendre l’heure tardive et assignée, et\nvenez à la Mort. Elle est accueillante et douce, elle\nest la gardienne des stellaires jardins, l’hiérophante\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1588, "texte": "296                                       la Wallonie.\n\n\n\ndes infaillibles joies ; elle libère et elle crée, elle est\nla victorieuse des embûches sournoises, la dispensa­\ntrice de la vraie vie.Vieillards détachés des doctrines,\nfemmes qu’ont déçues les jouissances, jeunes hommes\ndéjà lassés, abandonnez vos corps maculés, l’oubli et\nla pourriture leur seront doux après les souffrances\nsubies ; hâtez-vous vers les réelles allégresses, donnez-\nvous sans effroi à la Mort maternelle. „\n   Hégésias se tut; il s’appuya de nouveau sur la\nbalustrade, et rêveusement ses regards se perdirent\nsur les flots. Le soleil déclinait. La tour de marbre\ns’érigeait, pâle et comme triste des ardents baisers\ntrop tôt enfuis; la mer apaisait ses flamboiements,\nses lames s’enflaient, elle commençait le sanglot des\nquotidiens crépuscules, l’éternelle plainte, toujours\nredite, de l’amante délaissée par le fauve amant. A\nl’orient, des brumes ténues voilaient le ciel, de\nblanches vapeurs montaient de la terre lasse, et, sur\nle fleuve, des gazes légères traînaient.\n   Les rues de la cité s’étaient peuplées d’une cohue\n bruyante et affairée; le port retentissait d’un tumulte\n de voix ; des nègres nus déchargeaient les vaisseaux\nemplis de blé, dont le g a in retombait en cascades\nternes et poussiéreuses, et les marchands s’empres­\n saient, bousculant les esclaves. Les toits plats des\nmaisons étaient jonchés de coussins et d’étoffes, des\nfemmes, paresseusement, y gisaient : elles regar­\n daient le Nil où frémissaient les petites voiles des\nbarques, et écoutaient le son des flûtes qui retentis­\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "    la M ort renoncée.                              297\n\n\n\nsait plus fort dans les lupanars d’Eleusis. Çà et là sur\nles belvédères, des ibis sacrés se tenaient immobiles\net mélancoliques.\n   Ceux qui entouraient l’homme s’étaient rapprochés\nde lui. Les uns lui parlaient avec des gestes d’invo­\ncation, celle-là venue d’Antioche baisait les pans de\nson manteau, et le vieillard qui avait parlé se pros­\nternait. Ceux dont l’esprit n’avait pas saisi la\nparole, ceux qui en avaient été effrayés, s’enfuyaient;\nd’autres, au contraire, les yeux ravis, se précipitaient\ndu haut de la colline, se frappaient de leurs stylets\nou s’étranglaient avec la ceinture de leurs robes.\nBeaucoup, pudiques, dédaigneux peut-être d’un tré­\npas qui serait exemplaire, se hâtaient vers la solitude\noù les attendait la bonne Mort; et les irrésolus,\nle visage hagard, irrémissiblement troublés par les\nchoses dites, s’étaient assis sur les marches comme\ndes suppliants sur le seuil des temples. Hégésias\nencore les apostropha :\n   “ Insensés, combien précieuse vous doit paraître\nl’existence, puisque vous la désirez encore, après la\nrévélation faite de sa pernicieuse inanité. Croyez-\nvous donc que j ’aurai parlé en vain ? ne sentez-vous\npas que le seul souvenir de mes discours enten­\ndus, vous rendra détestables les plaisirs les plus\nenviés, car la vérité est telle, que ses contempteurs\nmêmes sont dominés par elle. Venez à moi ! Bientôt\nje ne pourrai vous convaincre, l’heure est proche où\nma voix cessera de retentir dans les jardins et sous\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "298                                      la Wallonie.\n\n\n\n les portiques, écoutez mes suprêmes exhortations,\n  elles vous donneront le bonheur et la paix. Sinon, les\n syllabes proférées, qui jamais ne meurent entières,\n résonneront longtemps en vos cœurs, et ce qui pour\n les disciples fut un dictame salutaire, sera pour vous\n un âpre fiel. „\n     Brusquement, il cessa de parler : il avait entendu\n le pas des cohortes ébranlant les degrés du Paneum\n et des hoplites armés de piques ayant envahi la plate­\n forme, il marcha vers eux en écartant les fidèles qui\n s’accrochaient à ses vêtements.\n     “ Laissez, fit-il, vous n’avez plus besoin de moi :\n je vous ai dit le Mot. „\n     Un scribe qui accompagnait les soldats s’avança, il\n déroula un parchemin et il lut :\n     \" Puisque, malgré les avis réitérés, les ordres\n mêmes, Hégésias, philosophe, continue publiquement\n à répandre ses doctrines, nuisibles à l’état qu’il prive\n de citoyens, toujours nécessaires. Puisque les injonc­\n tions bénévoles ne lui paraissent plus d’une suffisante\n autorité et qu’il persiste, mû sans doute par un désir\n de banale gloire, à pervertir les jeunes gens avec\n une captieuse éloquence. Il est bon et il est juste,\n que Hégésias, appelé Pisithanate par ses disciples,\n soit retenu dans les prisons de la cité, jusqu’au jour\n où il plaira à Ptolémée, notre roi, de faire rendre la\njustice qui ne peut faillir. „\n    Hégésias haussa les épaules et, silencieusement,\n il descendit l’escalier de marbre.\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1323, "texte": "     la M ort renoncée.                              299\n\n\n\n\n                           II.\n\n\n    De bonne heure, ce matin-là, les jardins du tribunal\n se peuplèrent d’une foule à la fois hostile, amie ou\n indifféremment curieuse, venue pour voir compa­\n raître Hégésias. La parole des rhéteurs ennemis\n retentissait, critiquant avec une âcreté que tempérait\n une joie mauvaise, les discours du philosophe accusé\n et, dans le groupe des disciples, nulle protestation ne\n s’élevait, mais seulement des plaintes et des regrets.\n    Sitôt les portes ouvertes, la salle de justice fut\n envahie, et le silence se fit très grand quand Hégé­\n sias entra et vint se placer devant l’Archidicaste\n qu’entouraient les juges et les scribes, et que des\n gardes royaux protégeaient.\n    Un exégète soutint l’accusation qu’avaient lancée\n d’ailleurs les hommes les plus importants de tous les\n dèmes :\n    “ Au nom du roi, déclara-t-il, au nom des vieil­\nlards vénérables et sages, j ’accuse Hégésias Pisitha-\nnate, — qui se dit philosophe, — de corrompre les\njeunes et de les inciter à des actions, ou plutôt à une\n action préjudiciable à eux-mêmes et à la cité. „\n    \" Qu’as-tu à répondre, Hégésias ? „ demanda l’Ar­\nchidicaste.\n    “ Trop, répondit le philosophe, cependant je serai\nbref. On m’accuse d’avoir excité les éphèbes de la\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "300                                      la Wallonie.\n\n\n\n ville à des vouloirs nuisibles; mais encore, ô juges\n très éclairés ! faudrait-il me prouver que la vie est un\n bien désirable et la Mort, dont j ’ai recommandé la\n recherche, un incontestable mal. Tu n’es pas assez\n fou, vieillard, pour soutenir que l’existence dans les\n élyséennes demeures est moins enviable que nos\n coutumiers vagabondages par ce monde en proie à\n la douleur. Tu n’oserais, n’est-ce pas, accuser de\n mensonge les poètes glorieux et les sages qui de\n tout temps professèrent cette opinion, et peut-être,\n en ta jeunesse, as-tu composé pour la tombe d’un\n ami prématurément frappé, une épitaphe où tu\n l’enviais de déambuler par les champs d’asphodèles\n en compagnie d’Homéros et d’Orpheus. Si tu es\n sincère, comme je le suis, tu m’avoueras cela, et\n sans doute ne trouveras-tu plus extraordinaire que,\n pensant ainsi, j ’aie enseigné cette incontestable\n vérité. Mon crime sera donc, et il est tel, je crois,\n aux yeux de mes plus actifs ennemis, d’avoir su\n persuader par ma doctrine, alors que tant de so­\n phistes Alexandrins parlent vraiment pour la leur. „\n    Quelques rumeurs s’élevèrent dans l’auditoire.\n Sans y prendre garde, Hégésias continua :\n     “ Quant au préjudice causé à la cité,je ne m’en suis\njamais préoccupé. Tout acte me paraissant indiffé­\nrent— sauf le définitif et libérateur — je ne songeais\npas à la positive valeur des gestes, et certainement\nj !ai privé l’Etat, par mes conseils, de soldats, de\nrhéteurs, peut-être même de juges. Je ne m’en\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "    la M ort renoncée.                              301\n\n\n\nrepens point. Insoucieux aussi bien des monétaires\n considérations, il est probable que j ’ai lésé les\n droits fiscaux en privant Alexandrie de citoyens pro­\nductifs, je ne puis pas, tout en confessant ma faute,\n offrir mes biens en compensation : ayant toujours\nvécu dans l’austérité et l’abstinence, je ne possède\nrien. De plus, si vous l’exigez, bienveillants juges,\nje dirai que l’exemple était pernicieux d’an homme\nméprisant les affairantes occupations de ses sem­\nblables : sachant la vanité de ces temporaires soucis,\nsachant que chacune de mes terrestres heures était\nvolée à l’éternité, mon esprit ne pouvait être tenté\npar aucune de vos ambitions. Ainsi, je reconnais\navoir perverti les jeunes, mais, au contraire de vous,\nje veux parler de ceux que je n’enseignais pas. Main­\ntenant, s’il me faut condamner pour cette infraction\nà d’hypothétiques devoirs, je dirai comme Socrate :\n “ Infligez-moi une amende ; mes amis, à mon défaut,\nla sauront payer. „\n   Hégésias s’étant tu, l’Archidicaste ayant réfléchi\nun instant, lui dit :\n   “ Ne crois-tu pas, Hégésias, que celui-là est un\nsophiste méprisable, qui ne conforme pas scrupu­\nleusement ses actions à ses paroles ?\n   “ — Je le crois, et je n’ai jamais estimé .l’insensé\nglorifiant la sagesse non plus que le débauché ma­\ngnifiant la continence.\n   “ — Alors, pourquoi, si tu es convaincu qu’il est\nnécessaire de périr pour fuir la souffrance, si Thana-\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "302                                      la Wallonie.\n\n\n\n tos, redoutable aux mortels, te paraît le seul dieu\n digne d’un culte effectif, pourquoi te contentes-tu de\npréconiser la mort à tes disciples ? L ’exemple de ton\n volontaire trépas leur serait cependant profitable.\n Lorsque le puissant Alexander parcourait les con­\n trées que Bacchos avait traversées triomphant, le\n gymnosophiste Kalanos, désireux de prouver son\n mépris de la vie, se brûla, extasié, devant l’armée.\n Que n’as-tu fait comme lui ?\n    “ — En me posant cette question, répliqua le phi­\n losophe, tu montres clairement qu’il te sera impos­\n sible de comprendre la raison de ma conduite. Malgré\n cela je veux répondre, non pour toi, non pour ceux\n dont tu es entouré : je tiens à parler aux croyants\n qu’aurait pu troubler ton insidieuse demande. Quand,\n après avoir souffert, après avoir longtemps cherché,\nj ’ai reconnu que la douleur venait de tous nos sens\n ouverts au bruit de cet univers illusoire, quand\nj ’eus compris que le seul remède était de les clore à\njamais, certes, je n’aurais dû avoir d’autre désir que\ncelui de réaliser la vision surgie. Mais, comme vous,\nmagistrats, comme vous, vieillards des dèmes, j ’étais\nsoucieux du sort de mes semblables et la pitié que\nquelques-uns m’inspiraient, quoique moins pratique,\n égalait la vôtre: je les avais écoutés si souvent gémir,\ntant de fois je les avais entendus implorer de suprêmes\nconsolations, que mon cœur désormais retentissait\nde toutes leurs plaintes et chacun de leurs sanglots\nme meurtrissait. Et, sachant la parole qui leur serait\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "    la M ort renoncée.                              303\n\n\n\ndouce et salvatrice, ayant le pouvoir de tarir leurs\nlarmes, de guérir leurs pustules et leurs plaies, et de\nleur ouvrir les sidérales demeures où réside le bon­\nheur, je me serais tu ! Semblable à l’avare, détenteur\ndes joyaux et des gemmes, j ’aurais gardé jalousement\nla bonne nouvelle et m’en serais allé inattentif à\nleurs maux ! Hommes, vous récompensez d’inouïs\nhonneurs ceux qui ont fait à la cité ou à ceux qu’ils\nchérirent le sacrifice de leur vie : cela est juste, car\nces héros attachaient un haut prix aux biens renoncés.\nMais moi, pour qui l’existence est un lamentable\nfardeau, moi, dont la mort est le but désiré, le très\ncher rêve, j ’ai fait à ceux que j ’aime le sacrifice de\nma mort. J ’ai tout dit. Contre moi, que pouvez-vous :\nme condamner à mourir? accompagné des plus\nrudes supplices, la fin me sera bienvenue encore,\net si vous me laissez vivre, vous ne m’imposerez\nrien que je n’aie déjà choisi. „\n   Longtemps les juges conférèrent à voix basse, en\nde perplexes hésitations, puis, le plus vieux' d’entre\neux ayant prononcé quelques paroles, ils se rasséré­\nnèrent soudain et l’Archidicaste, s’étant levé, pro­\nnonça la sentence :\n   “ — Hégésias, le tribunal équitable, au nom de\nPtolémée, te condamne à vivre         à vivre seul.\n\n                               B ernard   LAZARE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 304, "titre_corps": "Les couples noirs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Dupont", "ancre_debut": "LES COUPLES NOIRS. 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L ’ impérial ennui sacrait ta tête;\nE t tu marchais dans un bruit d’armure et de soie.\n\n\n\n\nTu dédaignas tous les bijoux et l'oripeau\nD e ruban, de dentelle et d’éphemère fleur....\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 306, "page_fin": 306, "titre_corps": "Pour la démone : II", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "II Or fêta is vide et désolé lorsque tu vins", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 735, "texte": "II\n\n\n\n\n      Or fê ta is vide et désolé lorsque tu vins...\n      J ’évoquais mon amante et l’ Œlohite sœur,\n      Celle qui jeune grise ainsi que les vieux vins,\n      E t dont le sourire fa it vivre avec douceur.\n\n\n\n\n      Tu dis l'orgueil et ton caprice de névrose,\n      E t le bonheur qui se dérobe comme une onde\n      Parjure; oh, plus même un désir de quelque chose...\n      Rien n’est pervers hélas; hélas, tout est immonde !\n\n\n\n\n      E t nous fûmes d'accord tous deux dans le mépris,\n      L a fierté fiança nos deux âmes, ce so ir;\n      Tant de conformité rend nos esprits épris\n      D ’un même rêve d’espoir et de désespoir.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 307, "page_fin": 307, "titre_corps": "Pour la démone : III", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "III Ah, tu jouas cette berceuse de l'Ukraine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 661, "texte": "III\n\n\n\n\n  Ah, tu jouas cette berceuse de l'Ukraine,\n  Cette berceuse lente, imprécise et dolente,\n  Cette berceuse, où trop paresseuse une reine\n\n  E n ses loisirs se lamente triste et galante.\n\n\n\n\n  C'était tout notre amour moderne, douloureux\n  E t langoureux et qui perdit nette vigueur\n  D'autrefois. Il n’ a plus la force d’être heureux,\n  Car le triomphe est exclu de tant de langueur.\n\n\n\n\n  Où donc l’ Eldorado natif de ma paresse,\n  L ’effort trop conscient se devine inutile,\n  La livre même ne va plus vers la caresse\n  Mais la caresse vers la lèvre qui s’exile.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 308, "titre_corps": "Pour la démone : IV", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "IV Elle dansa. 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Tu es le Remords.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 309, "titre_corps": "Pour la démone : V", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "V Elis est folle, c'est sûr, elle est folle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 681, "texte": "V\n\n\n\n\nElis est folle, c’est sûr, elle est folle la chère;\nElle m'aime à n'en pas douter, mais elle est folle,\nElle m’aime et, compatissez à ma misère,\nAvec tous, avec toutes, elle batifole.\n\n\n\n\nUn passe... Elle s’élance à lui, cœur présumé...\nElle s'offre et le provoque, puis elle fuit\n\nVers ailleurs... si fidèle encor au SEUL-Aimé,\nMais elle est folle et je m’éplore dans la nuit.\n\n\n\n\nPour quelque amie aux délicatesses félines,\nElle glisse vers les caresses trop profondes.\n.... “ Tu vas, folle, oublier mes rancœurs orphelines. „\n\nMais sa lèvre pensive hésite aux toisons blondes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 310, "page_fin": 310, "titre_corps": "Pour la démone : VI", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "VI Elle m'aime pourtant et je suis aime seul", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "VI\n\n\n\n\n      Elle m'aime pourtant et je suis aime seul,\n      Elle m'aime quand même et même éperdument ;\n      Notre amour cérébral vivrait dans un linceul !\n      \" Même, mort, je serai ton immortel amant. „\n\n\n\n\n      Elle m’aime pour mon dédain des habitudes,\n      E t pour ma haine du naturel, elle m'aime\n      Pour mes ignorances et mes inquiétudes,\n      Pour mon horreur de ce néant et de moi-même.\n\n\n\n\n      Mais nous n'avons jamais profané le désir\n      En la bataille de nos chairs et des coussins ;\n      Mon Rêve seul sait te pénétrer et saisir :\n      M a bouche n'a jamais foulé tes pâles seins.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 311, "titre_corps": "Pour la démone : VII", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "VII Nous fuyons le barbare choc de l'épiderme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "V II\n\n\n\n\n  Nous fuyons le barbare choc de l'épiderme,\n  L ’aventure du baiser et de la morsure ;\n  Nous créons une étreinte absolue et sans terme\n  Par la pensée et par les yeux, — et sans souillure.\n\n\n\n\n  Pour alentir la brutalité des instincts,\n  Obscurément, autour de nous, parmi des glas,\n  Râlent des couples en des spasmes indistincts,\n  E t ces râles font de la vie, hélas, hélas !\n\n\n\n\n  Mais à nous sied le rare orgueil d’être stériles,\n  E t de ne pas perpétuer notre grand vice :\n  Nus et fixes et sans tendresses puériles,\n  Nous buvons la joie en l'infaillible calice !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 312, "titre_corps": "Pour la démone : VIII", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "VIII Sois heureuse plus que toute, car tu vivras", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "V III\n\n\n\n\n      Sois heureuse plus que toute, car tu vivras.\n      Tu vivras par ton culte horrible à la Beauté;\n      Les peuples darderont l’éternel de leurs bras\n      Vers ta majestueuse monstruosité.\n\n\n\n\n      Jamais vieille et jamais laide, car tu es sage!\n      Les lucifers t'inhumeront dans la lumière\n      Four que l’Amant s'agenouille sur ton passage\n      E t que Sainte, tu sois priée en ta manière.\n\n\n\n\n      Ne crains pas. I l s'enfonce au cœur de l’ Idéal.\n      Ton tabernacle ; et c'est un roc que ton autel.\n      L ’amour chaste flamboie en l'ostensoir du M al,\n      E t ton rite ineffable et dur est immortel.\n\n\n                                         J u l e s BOIS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 313, "page_fin": 313, "titre_corps": "Le génie était", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dauphin Meunier", "ancre_debut": "LE GÉNIE ÉTAIT A Jean Moréas. Le Génie ét", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "LE GÉNIE ÉTAIT\n\n                                          A Jean M oréas.\n\n\n\nL e Génie était la Statue avant Dédale,\nLes yeux clos sur son rêve en l’immobilité,\nL ’immarcessible, froide et chaste nudité\nDu corps indifférent d’ être ou femelle ou mâle,\n\n\nE t les pieds joints et pendantes les vaines mains,\nDe pierre comme un mur pour tenir à distance\nDe l’espace et hors le souci des lendemains\nTourné vers soi, l’Esprit, très loin de l’existence.\n\n\nLas ! depuis que la vue a creusé son front plan\nLe Génie avec les faux gestes du talent\nSe fourvoie au travers des sentes où l’Idée,\n\n\nEsseulée en allée à jamais des sommets,\nAu monde extérieur ouverte désormais,\nSe meurt d’ une douleur de vierge fécondée.\n\n\n                                 D a u p h in M E U N IE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 315, "titre_corps": "Les roses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. Ferdinand Herold", "ancre_debut": "LES ROSES. 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F e r d in a n d H E R O L D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 316, "titre_corps": "Un soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "UN SOIR. Au plus profond de mon âm", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "UN SOIR .\n\n  Au plus profond de mon âme pourrit un soir,\n  Un soir de vice ocreux et de péché jaunâtre,\n  — Une flamme! — mais moins que la lueur d’ un âtre\n  E t des nuages morts zébrant un soleil noir.\n\n\n  Arbres à terre, essors cassés, ardeurs amères,\n  Se décomposent lents et lourds. E t par dessus\n  Ce grand fumier d’orgueil et de rêves déçus,\n  Le masque illimité des mauvaises chimères.\n\n\n  On songe à des Golgothas d’or, dont les grands feux\n  Sauveurs ont fait jadis de la clarté suprême;\n  Mais les Jésus s’en sont allés tristes d'eux-mêmes,\n  E t tristes de leur terre et tristes de. leurs deux.\n\n\n  L ’ombre est depuis immensément tranquille et sûre\n  D ’être l’éternité pour les vivants. Le cœur\n  A beau disperser loin sa plainte et sa rancœur,\n  Il n’est au fond des nuits qu’une comète obscure\n\n  Qui s’use exaspérée à de banals assauts,\n  Perdue au loin, perdue en mornes destinées :\n  La chute! — et dont des mains non encore nées\n  Ramasseront, un jour, les sanglotants morceaux.\n\n(1887)                            E m ile V E R H A E R E N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 317, "page_fin": 318, "titre_corps": "Les petits enfants : Dans la forêt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. Olin", "ancre_debut": "LES PETITS ENFANTS. III. DANS LA FORÊT. Dans la", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 344, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "L E S P E T IT S ENFANTS.\n\n                          III.\n\n    DANS LA   FORÊT.\n\n\n    Dans la majesté légendaire de la drêve ogivale et\n centenaire, sur le gazon ras de l’allée, et parmi les\nfeuilles déjà mortes qui bruissaient, tendrement enlacés,\n et sans peur au milieu de la redoutable ténèbre, habi­\n tacle de tant d'ogres et de cauchemars, tard en la nuit,\n cheminaient vaguement deux adorables mioches.\n    Les longues boucles de leurs cheveux se mêlaient,\n alors que de toute leur âme ingénue, ignorants encore\n de nos ignominies, suavement ils s'embrassaient.\n    “ Je t'aime, disait-elle, de tout mon cœur, et jamais,\njamais, je n'aimerai que toi... Dis, un jour nous nous\n épouserons ? „\n    “ Oui... Mais comment toi si peureuse ne songes-tu\nmême pas aux dangers du Noir ? „\n   Elle frissonna un peu, et se collant à lui : “ Oh oui !\nil fait là-bas bien noir! Ah, si tu m'abandonnais un seul\n instant, j'en mourrais pour sûr. Mais ne m'as-tu pas\ndit qu'avec toi il n'y avait pas de danger ? „\n    “ Je n'ai jamais rien rencontré ! Pourquoi donc\ncroire qu'il y ait ion danger? „\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "318                                       la Wallonie.\n\n\n\n   \" Tu sais que je te crois et pourtant il fait bien noir\nlà-bas ! — Mais dis ? Jamais nous ne nous quitterons,\nn'est-ce pas ? Bis ? Rien ne nous séparera jamais ? „\n   “ Rien!...,,\n   \" Ah si tu savais comme je suis heureuse ! „\n   Et la lune se mit à briller entre deux nuages et elle\néclairait fantastiquement le groupe délicat de ces p âles\nenfants. Et, se mirant en une minuscule flaque d’eau,\nson or se refléta, fulgurant!\n   “ Regarde, s’écria-t-elle, la belle pièce d’or ! Oh nous\nserons riches. Laisse-moi vite la ramasser ! „\n   Et sans plus songer à sa peur ni à son ami, elle se\nprécipita vers ce leurre.\n   Et lui, sentant deux larmes brûlantes couler le long\nde ses joues, murmura : “ Hélas, hélas, v o i l a ce qui\nnous séparera ! „\n\n  Pierre-M. OLIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 320, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITE CHRONIQUE La Jeune Belgique verse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1390, "texte": "PETITE CHRONIQUE\n\n\n\n  L a Jeune Belgique verse, inconsciemment, dans une erreur.\nElle nous reproche ainsi qu’une désertion, un articulet de\nréponse aux Entretiens politiques et littéraires. Ces lignes\nrépondaient non pas aux attaques injustifiées de Paul Adam,\nmais à une notule du même périodique, à propos de récentes\nmanifestations teutonnes à W aterloo. Quant aux articles de\nM. Adam , nous regrettons de les voir signés d’ un nom qui\nnous est sympathique et disons simplement que toute attaque\nridicule ne rend ridicule que son auteur. Ayant horreur de\ntoute polémique et prétendant de plus que leur œuvre défend\nsuffisamment nos amis, nous          laisserons dire à qui veut\ntoutes les sottises possibles. Mais puisque nous vidons un\npetit compte, disons-le à la Jeune Belgique. : bien que nous\nl’ aimions beaucoup malgré certaines algarades, nous ne\npouvons nous empêcher de trouver un peu... exagérées ses\nprétentions de capitan littéraire. E lle sait aussi bien que\nnous que jam ais nous n’ avons toléré sa féru le e t que si elle est\n“ à la tète du mouvement d’Art en Belgique „ , en ce cas nous\nn’en faisons pas partie. Nous fûmes toujours et nous sommes\nencore, croyons-nous, parfaitement indépendants. Ceci sans\nla moindre mauvaise humeur, mais pour qu’il ne puisse être\ndit que par notre silence nous admettions comme vérités des\nrodomontades un peu surannées.\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "320                                             la Wallonie.\n\n\n\n  A propos de la guerre terrible allumée en Belgique, les\nEntretiens publient une petite note qui — espérons-le! —\nétouffera la torche qui allait incendier l’Europe (style connu).\nRemercions M . Barrès, M. André (la France moderne), A rt et\ncritique, etc., de nous avoir montré quelque sympathie à cette\noccasion. E t puis, de grâce, allons panser les plaies.\n\n  Paraîtra prochainement chez l’Editeur D e m a n , à Bruxelles,\nun volume de Proses de S t é p h a n e M a l l a r m é . Ce volume\nest intitulé PAGES. Ballets, publié dans l’avant dernier n° de\nla Wallonie, en est extrait, et nous remercions M. Deman de\nla communication qu’il a bien voulu nous en faire.\n\n  On a trop parlé ces derniers temps du bel article consacré\npar OCTAVE M ir b e a u , dans le Figaro, à notre ami et col­\nlaborateur M a u r i c e M a e t e r l i n c k , pour que nous nous\nétendions longuement sur ce sujet. Il nous suffira d’en remer­\ncier l’auteur et d’être heureux de voir notre ami apprécié\nà sa juste valeur. Mais hélas, ce n’est pas de Belgique qu’ est\nparti ce cri triomphal !\n  — Accuser Moréas de plagier Shakespeare, c’est pousser un\npeu loin le patriotisme... M. Moréas n’est pas plus suspect que\nne le fut M. Giraud lorsqu’il prit un titre de Barbey.\n  — E t que Y an Lerberghe ait plagié l'Intruse ! 1° il n ’y a\nde ressemblance que dans le sujet, sujet normal; 2 ° (Maeter­\nlinck n ’en est nullement diminué) les Flaireurs datent de\n1888. Prière à la Revue indépendante de se tenir au courant\nde la littérature.\n\n  Dans notre prochain no paraîtra une étude de notre ami\nVan Lerberghe : les Aveugles de Maurice Maeterlinck.\n\n   Dans la Jeune. Belgique, superbe article de Maeterlinck; dans\nnotre sœur liégeoise, la Revue blanche, article sur le Théâtre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "De nos Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "De nos Collaborateurs A * ..................................", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "De nos Collaborateurs\n A * ..............................................................          Chantefable un peu naïve (à pa­\n                                                                                 raître prochainement).\n J u l e s B o i s ..............................                            A u delà (à paraître prochaine­\n                                                                                 ment).\n H e c t o r Ch a i n a y e .                           .       .       .   L ’Ame des choses.\n A c h il l e D e l a r o c h e .                           .           .   Aenor (à paraître prochainement).\n Cé l e s t i n D e m b l o n                           .       .       .    Contes mélancoliques.\n                                                                             Le Roitelet.\n C a m i l l e L e m o n n ie r .                               .       .    Le Possédé.\n Ch a r l e s V a n L e r b e r g h e .                                     Les Flaireurs.\n Gr é g o ir e L e B o y . . . .                                            Mon Cœur pleure d'autrefois.\n M a u r ic e M a e t e r l i n c k .                                   .   Serres chaudes.\n                                                                            L a Princesse Maleine.\n                                                                            L es Aveugles.\n                                                                            L'Intruse.\n Stéph an e Ma lla r m é                                        .       .   Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                                            Villiers de l'Isle Adam.\n                                                                            Pages (à paraître prochainement).\nSt u a r t M e r r il l                       . . . .                       Les Gammes.\n                                                                            Les Fastes (à paraître prochaine­\n                                                                                ment).\nJ e a n M o r e a s ..............................                          Les Cantilènes.\n                                                                            L e Pèlerin passionné (sous presse).\nG a b r ie l M o u r e y . . . .                                            Crépuscules d’Ames.\n                                                                            Flammes mortes.\nP i e r r e -M . O l i n ........................                           M es Mémoires (hors commerce).\nH e n r i d e R é g n ie r                          .       .           .   Épisodes.\n                                                                            Poèmes anciens et romanesques.\nA d o l p h e R e t t è ........................                            Cloches en la Nuit.\n                                                                            Une belle Dame passa (à paraître).\n                                                                            L a F oret bruissante    »\n                                                                            L a seule Nuit           »\nA l b e r t Sa i n t -P a u l                       .       .           .   Scènes de B al.\n                                                                            Pétales de Nacre (à paraître pro­\n                                                                                 chainement).\nE m il e V e r h a e r e n .                        .       .           .   Les Soirs.\n                                                                            Les Débâcles.\n                                                                            L es Flambeaux Noirs (à paraître\n                                                                                 prochainement).\nF r a n c is V i e l é -G r i f f i n .                             .       Ancaeus.\n                                                                            Joies.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "5e ANNÉE, No 9 LA WALLONIE REVUE M ENSUELLE D E L IT T É R A", "ancre_fin": "5 fr . par an. Union postale : 6 fr . 5 0 .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "S O M M A IR E : Bernard L azare . . . 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Union postale : 6 fr . 5 0 .\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1890-09-n9-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1890-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1890-000.pdf", "ocr_sha256": "5804e8a59e2938bf08768b45f2189659eaa7f8b5ae20f0ce4ae96a1bef0d378b", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A IR E : Bernard L azare . . . L a M ort renoncée. A", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 524, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "S O M M A IR E :\n\n\nBernard L azare . . . L a M ort renoncée.\nArthur Dupont . . . .                         L es Couples noirs.\nJules B o is .............................. Pour la Démone.\nDauphin Meunier . . .                         L e Génie était.\nA. Ferdinand Herold. . L es Roses.\nEmile Verhaeren . . .                         U n Soir.\nP ierre-M . Olin . . . .                      L es Petits Enfants, III.\n                              Petite Chronique.\n\n\n\n\n                       Ce numéro 5 0 centm es.\n\n\n\n\n                                  Des presses de 11. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 314, "texte": "    LA\nWALLONIE\n\n\n     Septembre 1890.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "    L ’ART MODERNE\nREVUE   CRITI QUE   DES   ARTS    ET   DE   LA     L I TTÉRATURE\n\n           26, Rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n              Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\n\n\n        MERCURE DE FRANCE\n                          MENSUEL\n         15, rue de l’Echaudé-Saint-Germain\n\n              Un an, 5 fr.; Union postale, 6 fr.\n\n\n\n\n    ART & CRITIQUE\n  Revue hebdomadaire des Lettres et des Arts\n             P aris, 7, Rue des Canettes\n\n        Paris, 12 francs l’an ; Étranger, 15 francs.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "          LA MORT RENONCÉE.\n\n\n                                         A Léon Dierx.\n\n\n\n\n       omme la foule autour de lui s’était accrue,\n       C\n         l’homme qui rêvait, assis sur les marches du\n         Paneum, se leva. Il s’appuya sur la balus­\n         trade et il contempla silencieusement Alexan­\ndrie qui étreignait de tous côtés l’artificielle colline.\nLe soleil, en face, brisait ses rayons sur les vagues\nmiroitantes auxquelles l’écume mettait une diaphane\nfrise de dentelles, et la mer variait à l’ infini le bleu\nde ses flots, plaquant de sombres taches au-dessus\ndes rocs, et s’éclaircissant ensuite en d’harmonieuses\ndégradations qui posaient, à côté des cobalts in­\ntenses, les lapis plus calmes et les translucides\nsaphirs, tandis que l’horizon se teintait d’un gris\npaisiblement bleuâtre, confondu avec le ciel qu’à\npeine séparait des ondes une ligne violacée. Dans\nl’île de Pharos, où les maisons de marins s’écrasaient\n                                                  19\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "290                                    la Wallonie.\n\n\n\nautour du phare, la lumière atteignait la tour blanche,\naussi le marbre rosissait-il çà et là légèrement, comme\nune peau de vierge qu’on dévoile. Puis s’étalait la\nville avec ses deux immenses avenues et ses mysté­\nrieuses enfilades de sphinx, avec ses maisons aux\ntoits plats et aux colonnettes peintes, ses pylônes\ncoiffés de disques ailés, ses temples, les portiques de\nses palais et ses jardins d’acacias et de sycomores,\nla coupole dorée du Sarapeum dominant les quartiers\ndu sud et le Brachium aux mille édifices, parmi les­\nquels le Soma où dormait Alexander dans son\ncercueil d’or. A gauche, le lac Maréotis s’endormait.\nA droite, la campagne fraîchement lavée, et, dans le\nlointain, le fleuve sillonné de thalamèges dont les\ntentes se gonflaient sous le vent. L ’homme regarda\nlongtemps, et le silence s’était fait si grand que,\ndans la mort de la cité assoupie par l’heure, on en­\ntendait le son discret des tambourins qui égayaient\nles barques descendant vers Canope.\n   Cependant, s’éveilla le songeur, avec, peut-être\npour abolir en lui les tangibles visions, un léger\nhaussement d’épaules; et, seulement alors, il vit\nceux-là qui attendaient : sans doute sa parole. Mul­\ntiples étaient-ils, d’aspects, de races, d’attitudes :\nc’étaient des nègres dont la prunelle incertaine sem­\nblait rêver de regrettés paysages traversés du pas\nlourd des éléphants ; c’étaient des Grecs blêmes, à la\ndémarche traînante, des Gaulois et des Daces, des\nArabes et des Cimmériens, et des Juifs, de ceux-là\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "    la M ort renoncèe.                               291\n\ndont le temple abritait sous son vestibule les stèles\nde rois étrangers. Le mélange n’était pas moins grand\ndes castes, et les esclaves avec leur dos que polluait\nle calus des meules, effleuraient de leurs baillons les\nlitières où des courtisanes renversaient sur les cous­\nsins leur tête qu’alourdissait le poids des cheveux\ntrop ornés; des soldats casqués d’airain, des embau­\nmeurs de la Nécropole, des fellahs de Rakotis se\nheurtaient à des scribes et à des marchands venus\nde Tyr; des prêtres d’ Osiris frôlaient de leurs peaux\nde bêtes les robes de lin des exégètes hyérosolymi­\ntains. Malgré ces disharmoniques apparences, un\nlien caché paraissait unir cette foule, une mysté­\nrieuse affinité attachait l’un à l’autre ces êtres si\n divers et, dans leurs yeux, qui, creux paraissaient\nchercher dans les âmes une même et constante pen­\nsée, se lisait le secret de leur fraternité, car ces yeux\nracontaient un morne et pareil ennui, une égale\nangoisse : tels de spéciaux miroirs qui auraient\nrévélé l’intime et imprévue semblance de visages\ndifférents.\n   Et le contemplatif silence de l’homme se prolon­\ngeait, et s’exagérait la muette impatience de la foule,\nattentive à des gestes épiés qui seraient précurseurs\nde paroles. Mais soudain, du lit sur lequel elle gisait,\nune femme se dressa et tendant avec peine son bras\nchargé d’anneaux et de chaînes d’or, elle apostropha\ncelui qui point ne parlait :\n      Hégésias, dit-elle, ne prolonge pas mes désirs.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "292                                      la Wallonie.\n\n\n\nLongue est la route pendant laquelle je les ai sentis\ns’accroître, et j ’ai trop attendu. Pour te voir, pour\nt’entendre, j ’ai quitté AntiocHe, la cité où l’on ne\nconnaît pas les ténèbres. J’ai laissé mon palais\npeuplé de femmes et d’ esclaves soucieux de mes\nvolontés, les jardins de Daphné fleuris de lauriers,\nembaumés de troënes et de myrtes, les portiques\ncouverts entre lesquels circulaient mes chars.\n   J’ai vingt ans, Hégésias, et nulle joie n’est pour\nmoi tentatrice : vainement chercherais-tu à m’offrir\nun plaisir que je n’ai point rejeté avec mépris, depuis\nlongtemps lassée. Ma chair a frémi de tous les\nbaisers et le souvenir n’est même pas en moi des\nplus chastes comme des plus impurs ; nul emporte­\nment, subtil ou ingénu, n’éveille désormais la glace\nde mon corps. J’ai fait venir des comédiens de\nBéryte, des danseurs de Césarée, des musiciens de\nGaza, nul n’a pu rompre le sigillaire ennui de mon\nâme, nul, ni les lutteurs d’Ascalon, ni les pugiles de\nCastabala. Dans les festins, quand coulaient les vins\nprécieux, quand des venaisons inconnues rendaient\nbéants les convives, l’odeur des parfums de Babylone\nse changeait pour moi en une âcre fumée ; les\nchants des harpistes, les mots des rhéteurs, les vers\ndes poètes sonnaient à mon oreille tels que le vain\nécho d’un vain bruit, et les gestes lascifs des joueuses\nde flûte laissaient dormir mes sens trop de fois\nviolés. Mon esprit est las, même des songes, qui,\nquelque temps encore, furent mes puérils excitateurs\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "    la M o rt renoncée.                                293\n\n\n\net l’imprévu m’a fui, car tout en mou être éveille\nd’obscures et déjà connues vibrations. Un jour on\nm’a parlé de toi, quelqu’un qui t’avait vu à Syracuse,\non m’a dit que tu connaissais de persuasives paroles,\ndes mots guérisseurs, et que tu savais le libérateur\nremède de nos cœurs dépris. Je suis venue sans\ncroire, et, dès ce matin, entrée dans la ville, j ’ai suivi\nla foule qui me conduisit vers toi. Mais maintenant,\ninsoucieux des impatiences, tu te tais. Parle donc !\nSi ta voix bienveillante allait me rendre nouvelle la\nprochaine aurore, désirable le prochain baiser. „\n   Epuisée, la voix lasse, elle se laissa tomber au fond\nde sa litière, et comme, malgré ses supplications,\npersistait le silence, un vieillard accroupi dans la\npoussière, se leva :\n   “ Bien que, fit-il, l’évocatoire appel de cette femme\nne t’ait pu toucher, peut-être m’entendras-tu, Hégé ­\nsias. Ne crains pas de moi de fastidieux discours, ma\ndemande sera courte. Si le bruit de ta gloire n’est pas\ndécevant, tu dois savoir, instruit par de secrètes\nvoies, ce que nul ne m’apprit encore. Beaucoup,\ndit-on, vinrent vers toi, inquiets, qui te quittèrent\nsatisfaits des choses dites, heureux des futurs enfin\ndévoilés. O toi qui affranchis des angoisses, révèle\nau vieillard dont l’âme est recrue, l’endormeuse doc­\ntrine qu’il vient chercher, en disciple, vers toi. „\n   Alors, d’une voix berceuse aux cadences lentes,\nHégésias parla, avec des gestes calmes qui semblaient\npanser des plaies :\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "294                                      la Wallonie.\n\n\n\n   “ En le mystère d’une claire phrase, incomprise de\npar sa clarté même, se cache la vérité. Ceux-là qui\nmeurent jeunes sont aimés des dieux, a proféré le\nsage, et, si limpide est la formule, que les hommes\nla redisent sans en soupçonner la latente valeur;\ntant il est vrai que le voile le plus épais est celui qui\ndonne l’illusion de la lumière; la simplicité est si\ndéconcertante qu’en elle on peut impunément enfouir\nl’absolu — ainsi devient banal un essentiel apho­\nrisme. — Si la bienveillance des dieux se manifeste\npar la Mort enfin accordée, n’est-ce pas que la Mort\nest le souverain bien. Plusieurs ont compris cette\npremière signification de l’axiome, mais cela n’était\npoint suffisant; ils n’osaient conclure des prémisses\nposées. Ne devaient-ils pas cependant concevoir,\n après la révélation faite de la suprême’ joie, combien\nlicite et louable devenait sa volontaire recherche ?\nEn un mot, ne devaient-ils pas arriver à cette défi­\nnitive vision, que la Mort étant le but glorieux de la\nvie, il leur importait d’aller vers l’affranchissement\n des brèves heures si funestes.\n   Certes, bien des fois sans doute, l’ineffable volupté\ndes tombes a envahi vos cœurs. Par de tristes soirs,\nquand des douleurs pleuraient en vous, par de gais\nmatins, alors que le radieux soleil vous rendait plus\npoignant encore le souvenir des chères présences\ndisparues, vous avez senti, n’est-ce pas, un souffle\nmorose et doux effleurer votre chair, tel un nocturne\nvent effeuille sur des lacs immobiles de crépuscu­\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "     la M ort renoncée.                             295\n\n\n\n laires fleurs. Hélas ! pour vous tous, cet instant où\n  vraiment sages vous avez appelé la Mort, fut pas­\n  sager, car le désir des bonnes paix suscitait d’ata­\n viques et séculaires terreurs. Aussi je viens vous\n dire : chassez de vous les frayeurs vaines, sachez vous\n évader librement.\n    De l’existence vient le mal. Non seulement le mal\n transitoire, mais le mal éternel, et voici qu’en vertu\n d’anciennes et trop enracinées opinions, vous placez\n vos fins dans le muable univers. Saisis de l’irrésis­\n tible peur de l’infini, vous ne cessez de vous cacher\n les choses éternelles, et chacune de vos minutes s’en\n éloigne follement. Toute action est souillure. Si elle\n est vile, par elle-même. Si elle est bonne, par le\nregret qu’elle laisse des vouloirs jamais réalisés.\nAinsi, en agissant, vous enserrez votre âme en de\n déplorables liens, et sa survie n’est plus ce qu’elle\ndevrait être, l’ascension vers son essence, mais le\nretour à de terrestres pérégrinations. Ecartez les\nmalignes occasions, les passions tentatrices, disent\nles philosophes. Ne savent-ils pas que le monde,\nperpétuellement, tend les pièges où se prendra la\nchair, et nul ne les sait éviter, parce que tous nous\nsommes chair. L ’esprit, ce roi prisonnier, ne peut\ntriompher de la matière et cette dualité douloureuse,\nla Mort seule la rompra. Laissez donc les ignorants\net les faibles attendre l’heure tardive et assignée, et\nvenez à la Mort. Elle est accueillante et douce, elle\nest la gardienne des stellaires jardins, l’hiérophante\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "296                                       la Wallonie.\n\n\n\ndes infaillibles joies ; elle libère et elle crée, elle est\nla victorieuse des embûches sournoises, la dispensa­\ntrice de la vraie vie.Vieillards détachés des doctrines,\nfemmes qu’ont déçues les jouissances, jeunes hommes\ndéjà lassés, abandonnez vos corps maculés, l’oubli et\nla pourriture leur seront doux après les souffrances\nsubies ; hâtez-vous vers les réelles allégresses, donnez-\nvous sans effroi à la Mort maternelle. „\n   Hégésias se tut; il s’appuya de nouveau sur la\nbalustrade, et rêveusement ses regards se perdirent\nsur les flots. Le soleil déclinait. La tour de marbre\ns’érigeait, pâle et comme triste des ardents baisers\ntrop tôt enfuis; la mer apaisait ses flamboiements,\nses lames s’enflaient, elle commençait le sanglot des\nquotidiens crépuscules, l’éternelle plainte, toujours\nredite, de l’amante délaissée par le fauve amant. A\nl’orient, des brumes ténues voilaient le ciel, de\nblanches vapeurs montaient de la terre lasse, et, sur\nle fleuve, des gazes légères traînaient.\n   Les rues de la cité s’étaient peuplées d’une cohue\n bruyante et affairée; le port retentissait d’un tumulte\n de voix ; des nègres nus déchargeaient les vaisseaux\nemplis de blé, dont le g a in retombait en cascades\nternes et poussiéreuses, et les marchands s’empres­\n saient, bousculant les esclaves. Les toits plats des\nmaisons étaient jonchés de coussins et d’étoffes, des\nfemmes, paresseusement, y gisaient : elles regar­\n daient le Nil où frémissaient les petites voiles des\nbarques, et écoutaient le son des flûtes qui retentis­\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "    la M ort renoncée.                              297\n\n\n\nsait plus fort dans les lupanars d’Eleusis. Çà et là sur\nles belvédères, des ibis sacrés se tenaient immobiles\net mélancoliques.\n   Ceux qui entouraient l’homme s’étaient rapprochés\nde lui. Les uns lui parlaient avec des gestes d’invo­\ncation, celle-là venue d’Antioche baisait les pans de\nson manteau, et le vieillard qui avait parlé se pros­\nternait. Ceux dont l’esprit n’avait pas saisi la\nparole, ceux qui en avaient été effrayés, s’enfuyaient;\nd’autres, au contraire, les yeux ravis, se précipitaient\ndu haut de la colline, se frappaient de leurs stylets\nou s’étranglaient avec la ceinture de leurs robes.\nBeaucoup, pudiques, dédaigneux peut-être d’un tré­\npas qui serait exemplaire, se hâtaient vers la solitude\noù les attendait la bonne Mort; et les irrésolus,\nle visage hagard, irrémissiblement troublés par les\nchoses dites, s’étaient assis sur les marches comme\ndes suppliants sur le seuil des temples. Hégésias\nencore les apostropha :\n   “ Insensés, combien précieuse vous doit paraître\nl’existence, puisque vous la désirez encore, après la\nrévélation faite de sa pernicieuse inanité. Croyez-\nvous donc que j ’aurai parlé en vain ? ne sentez-vous\npas que le seul souvenir de mes discours enten­\ndus, vous rendra détestables les plaisirs les plus\nenviés, car la vérité est telle, que ses contempteurs\nmêmes sont dominés par elle. Venez à moi ! Bientôt\nje ne pourrai vous convaincre, l’heure est proche où\nma voix cessera de retentir dans les jardins et sous\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "298                                      la Wallonie.\n\n\n\n les portiques, écoutez mes suprêmes exhortations,\n  elles vous donneront le bonheur et la paix. Sinon, les\n syllabes proférées, qui jamais ne meurent entières,\n résonneront longtemps en vos cœurs, et ce qui pour\n les disciples fut un dictame salutaire, sera pour vous\n un âpre fiel. „\n     Brusquement, il cessa de parler : il avait entendu\n le pas des cohortes ébranlant les degrés du Paneum\n et des hoplites armés de piques ayant envahi la plate­\n forme, il marcha vers eux en écartant les fidèles qui\n s’accrochaient à ses vêtements.\n     “ Laissez, fit-il, vous n’avez plus besoin de moi :\n je vous ai dit le Mot. „\n     Un scribe qui accompagnait les soldats s’avança, il\n déroula un parchemin et il lut :\n     \" Puisque, malgré les avis réitérés, les ordres\n mêmes, Hégésias, philosophe, continue publiquement\n à répandre ses doctrines, nuisibles à l’état qu’il prive\n de citoyens, toujours nécessaires. Puisque les injonc­\n tions bénévoles ne lui paraissent plus d’une suffisante\n autorité et qu’il persiste, mû sans doute par un désir\n de banale gloire, à pervertir les jeunes gens avec\n une captieuse éloquence. Il est bon et il est juste,\n que Hégésias, appelé Pisithanate par ses disciples,\n soit retenu dans les prisons de la cité, jusqu’au jour\n où il plaira à Ptolémée, notre roi, de faire rendre la\njustice qui ne peut faillir. „\n    Hégésias haussa les épaules et, silencieusement,\n il descendit l’escalier de marbre.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "     la M ort renoncée.                              299\n\n\n\n\n                           II.\n\n\n    De bonne heure, ce matin-là, les jardins du tribunal\n se peuplèrent d’une foule à la fois hostile, amie ou\n indifféremment curieuse, venue pour voir compa­\n raître Hégésias. La parole des rhéteurs ennemis\n retentissait, critiquant avec une âcreté que tempérait\n une joie mauvaise, les discours du philosophe accusé\n et, dans le groupe des disciples, nulle protestation ne\n s’élevait, mais seulement des plaintes et des regrets.\n    Sitôt les portes ouvertes, la salle de justice fut\n envahie, et le silence se fit très grand quand Hégé­\n sias entra et vint se placer devant l’Archidicaste\n qu’entouraient les juges et les scribes, et que des\n gardes royaux protégeaient.\n    Un exégète soutint l’accusation qu’avaient lancée\n d’ailleurs les hommes les plus importants de tous les\n dèmes :\n    “ Au nom du roi, déclara-t-il, au nom des vieil­\nlards vénérables et sages, j ’accuse Hégésias Pisitha-\nnate, — qui se dit philosophe, — de corrompre les\njeunes et de les inciter à des actions, ou plutôt à une\n action préjudiciable à eux-mêmes et à la cité. „\n    \" Qu’as-tu à répondre, Hégésias ? „ demanda l’Ar­\nchidicaste.\n    “ Trop, répondit le philosophe, cependant je serai\nbref. On m’accuse d’avoir excité les éphèbes de la\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "300                                      la Wallonie.\n\n\n\n ville à des vouloirs nuisibles; mais encore, ô juges\n très éclairés ! faudrait-il me prouver que la vie est un\n bien désirable et la Mort, dont j ’ai recommandé la\n recherche, un incontestable mal. Tu n’es pas assez\n fou, vieillard, pour soutenir que l’existence dans les\n élyséennes demeures est moins enviable que nos\n coutumiers vagabondages par ce monde en proie à\n la douleur. Tu n’oserais, n’est-ce pas, accuser de\n mensonge les poètes glorieux et les sages qui de\n tout temps professèrent cette opinion, et peut-être,\n en ta jeunesse, as-tu composé pour la tombe d’un\n ami prématurément frappé, une épitaphe où tu\n l’enviais de déambuler par les champs d’asphodèles\n en compagnie d’Homéros et d’Orpheus. Si tu es\n sincère, comme je le suis, tu m’avoueras cela, et\n sans doute ne trouveras-tu plus extraordinaire que,\n pensant ainsi, j ’aie enseigné cette incontestable\n vérité. Mon crime sera donc, et il est tel, je crois,\n aux yeux de mes plus actifs ennemis, d’avoir su\n persuader par ma doctrine, alors que tant de so­\n phistes Alexandrins parlent vraiment pour la leur. „\n    Quelques rumeurs s’élevèrent dans l’auditoire.\n Sans y prendre garde, Hégésias continua :\n     “ Quant au préjudice causé à la cité,je ne m’en suis\njamais préoccupé. Tout acte me paraissant indiffé­\nrent— sauf le définitif et libérateur — je ne songeais\npas à la positive valeur des gestes, et certainement\nj !ai privé l’Etat, par mes conseils, de soldats, de\nrhéteurs, peut-être même de juges. Je ne m’en\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "    la M ort renoncée.                              301\n\n\n\nrepens point. Insoucieux aussi bien des monétaires\n considérations, il est probable que j ’ai lésé les\n droits fiscaux en privant Alexandrie de citoyens pro­\nductifs, je ne puis pas, tout en confessant ma faute,\n offrir mes biens en compensation : ayant toujours\nvécu dans l’austérité et l’abstinence, je ne possède\nrien. De plus, si vous l’exigez, bienveillants juges,\nje dirai que l’exemple était pernicieux d’an homme\nméprisant les affairantes occupations de ses sem­\nblables : sachant la vanité de ces temporaires soucis,\nsachant que chacune de mes terrestres heures était\nvolée à l’éternité, mon esprit ne pouvait être tenté\npar aucune de vos ambitions. Ainsi, je reconnais\navoir perverti les jeunes, mais, au contraire de vous,\nje veux parler de ceux que je n’enseignais pas. Main­\ntenant, s’il me faut condamner pour cette infraction\nà d’hypothétiques devoirs, je dirai comme Socrate :\n “ Infligez-moi une amende ; mes amis, à mon défaut,\nla sauront payer. „\n   Hégésias s’étant tu, l’Archidicaste ayant réfléchi\nun instant, lui dit :\n   “ Ne crois-tu pas, Hégésias, que celui-là est un\nsophiste méprisable, qui ne conforme pas scrupu­\nleusement ses actions à ses paroles ?\n   “ — Je le crois, et je n’ai jamais estimé .l’insensé\nglorifiant la sagesse non plus que le débauché ma­\ngnifiant la continence.\n   “ — Alors, pourquoi, si tu es convaincu qu’il est\nnécessaire de périr pour fuir la souffrance, si Thana-\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "302                                      la Wallonie.\n\n\n\n tos, redoutable aux mortels, te paraît le seul dieu\n digne d’un culte effectif, pourquoi te contentes-tu de\npréconiser la mort à tes disciples ? L ’exemple de ton\n volontaire trépas leur serait cependant profitable.\n Lorsque le puissant Alexander parcourait les con­\n trées que Bacchos avait traversées triomphant, le\n gymnosophiste Kalanos, désireux de prouver son\n mépris de la vie, se brûla, extasié, devant l’armée.\n Que n’as-tu fait comme lui ?\n    “ — En me posant cette question, répliqua le phi­\n losophe, tu montres clairement qu’il te sera impos­\n sible de comprendre la raison de ma conduite. Malgré\n cela je veux répondre, non pour toi, non pour ceux\n dont tu es entouré : je tiens à parler aux croyants\n qu’aurait pu troubler ton insidieuse demande. Quand,\n après avoir souffert, après avoir longtemps cherché,\nj ’ai reconnu que la douleur venait de tous nos sens\n ouverts au bruit de cet univers illusoire, quand\nj ’eus compris que le seul remède était de les clore à\njamais, certes, je n’aurais dû avoir d’autre désir que\ncelui de réaliser la vision surgie. Mais, comme vous,\nmagistrats, comme vous, vieillards des dèmes, j ’étais\nsoucieux du sort de mes semblables et la pitié que\nquelques-uns m’inspiraient, quoique moins pratique,\n égalait la vôtre: je les avais écoutés si souvent gémir,\ntant de fois je les avais entendus implorer de suprêmes\nconsolations, que mon cœur désormais retentissait\nde toutes leurs plaintes et chacun de leurs sanglots\nme meurtrissait. Et, sachant la parole qui leur serait\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "    la M ort renoncée.                              303\n\n\n\ndouce et salvatrice, ayant le pouvoir de tarir leurs\nlarmes, de guérir leurs pustules et leurs plaies, et de\nleur ouvrir les sidérales demeures où réside le bon­\nheur, je me serais tu ! Semblable à l’avare, détenteur\ndes joyaux et des gemmes, j ’aurais gardé jalousement\nla bonne nouvelle et m’en serais allé inattentif à\nleurs maux ! Hommes, vous récompensez d’inouïs\nhonneurs ceux qui ont fait à la cité ou à ceux qu’ils\nchérirent le sacrifice de leur vie : cela est juste, car\nces héros attachaient un haut prix aux biens renoncés.\nMais moi, pour qui l’existence est un lamentable\nfardeau, moi, dont la mort est le but désiré, le très\ncher rêve, j ’ai fait à ceux que j ’aime le sacrifice de\nma mort. J ’ai tout dit. Contre moi, que pouvez-vous :\nme condamner à mourir? accompagné des plus\nrudes supplices, la fin me sera bienvenue encore,\net si vous me laissez vivre, vous ne m’imposerez\nrien que je n’aie déjà choisi. „\n   Longtemps les juges conférèrent à voix basse, en\nde perplexes hésitations, puis, le plus vieux' d’entre\neux ayant prononcé quelques paroles, ils se rasséré­\nnèrent soudain et l’Archidicaste, s’étant levé, pro­\nnonça la sentence :\n   “ — Hégésias, le tribunal équitable, au nom de\nPtolémée, te condamne à vivre         à vivre seul.\n\n                               B ernard   LAZARE.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "        LES COUPLES NOIRS.\n\n\n Autour des vieux clochers d'églises, vers le soir,\n  Le vol lourd des pieuses corneilles s’étire\n  Avec les rauques cris d’un nostalgique espoir\n  Vers le soleil défunt dans un rouge martyre.\n\n  D u lointain des grands bois noyés de crépuscule\n  Si vainement en pleurs pour leur esseulement,\n  Les noirs corbeaux criards comme un flot que bouscule\n  E t gonfle la tempête, adviennent lentement.\n\n\n  C’est alors parmi tous pour les femelles grêles\n  Dans les becquètements et les battements d’ailes\n  Les spasmes secoués des désirs souverains.\n\n\n  — Tels s’accouplent la nuit, par les bouges livides,\n  Les amoureux de chair dont les lèvres avides\n  Brûlent immensément d’aveux adultérins.\n\n\nJanvier 89.\n                                      A rth u r   D U PO N T.\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "         POUR LA DÉMONE.\n\n\n\nI\n\n\n\n\nUn soir de joie, un soir d’ivresse, un soir de fête,\n— E t quelle fête, et quelle ivresse, et quelle joie ! —\n\nTu vins. L ’ impérial ennui sacrait ta tête;\nE t tu marchais dans un bruit d’armure et de soie.\n\n\n\n\nTu dédaignas tous les bijoux et l'oripeau\nD e ruban, de dentelle et d’éphemère fleur....\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "306                                             la Wallonie.\n\n\n\n\n                               II\n\n\n\n\n      Or fê ta is vide et désolé lorsque tu vins...\n      J ’évoquais mon amante et l’ Œlohite sœur,\n      Celle qui jeune grise ainsi que les vieux vins,\n      E t dont le sourire fa it vivre avec douceur.\n\n\n\n\n      Tu dis l'orgueil et ton caprice de névrose,\n      E t le bonheur qui se dérobe comme une onde\n      Parjure; oh, plus même un désir de quelque chose...\n      Rien n’est pervers hélas; hélas, tout est immonde !\n\n\n\n\n      E t nous fûmes d'accord tous deux dans le mépris,\n      L a fierté fiança nos deux âmes, ce so ir;\n      Tant de conformité rend nos esprits épris\n      D ’un même rêve d’espoir et de désespoir.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "pour la Démone.                                        307\n\n\n\n\n                         III\n\n\n\n\n  Ah, tu jouas cette berceuse de l'Ukraine,\n  Cette berceuse lente, imprécise et dolente,\n  Cette berceuse, où trop paresseuse une reine\n\n  E n ses loisirs se lamente triste et galante.\n\n\n\n\n  C'était tout notre amour moderne, douloureux\n  E t langoureux et qui perdit nette vigueur\n  D'autrefois. Il n’ a plus la force d’être heureux,\n  Car le triomphe est exclu de tant de langueur.\n\n\n\n\n  Où donc l’ Eldorado natif de ma paresse,\n  L ’effort trop conscient se devine inutile,\n  La livre même ne va plus vers la caresse\n  Mais la caresse vers la lèvre qui s’exile.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "308                                             la Wallonie.\n\n\n\n\n                              IV\n\n\n\n\n      Elle dansa. C'était une danse des reins.\n      Ses cheveux bondissaient sur elle, comme un mal\n      Crépitant. Je l’aime ta danse et je la crains.\n      Qui donc es-tu, gitane, ô trop souple animal ?\n\n\n\n\n      C’est cela.... de l’enfer tu viens, tu es le Diable,\n      Car tu danses vraiment avec trop d’élégance\n      Sacrilège et trop de luxure inexpiable.\n      Tu es le Diable aphrodisiaque qui danse.\n\n\n\n\n      E s-tu le diable irrémédiable ? Oh, que non pas !\n      Car si tu te crispes, te cabres et te mords,\n      Tu feins aussi le calme auguste, du trépas :\n      Pas le diable tout à fait. Tu es le Remords.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "pour la D émone.                                           309\n\n\n\n\n                            V\n\n\n\n\nElis est folle, c’est sûr, elle est folle la chère;\nElle m'aime à n'en pas douter, mais elle est folle,\nElle m’aime et, compatissez à ma misère,\nAvec tous, avec toutes, elle batifole.\n\n\n\n\nUn passe... Elle s’élance à lui, cœur présumé...\nElle s'offre et le provoque, puis elle fuit\n\nVers ailleurs... si fidèle encor au SEUL-Aimé,\nMais elle est folle et je m’éplore dans la nuit.\n\n\n\n\nPour quelque amie aux délicatesses félines,\nElle glisse vers les caresses trop profondes.\n.... “ Tu vas, folle, oublier mes rancœurs orphelines. „\n\nMais sa lèvre pensive hésite aux toisons blondes.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "310                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n                             VI\n\n\n\n\n      Elle m'aime pourtant et je suis aime seul,\n      Elle m'aime quand même et même éperdument ;\n      Notre amour cérébral vivrait dans un linceul !\n      \" Même, mort, je serai ton immortel amant. „\n\n\n\n\n      Elle m’aime pour mon dédain des habitudes,\n      E t pour ma haine du naturel, elle m'aime\n      Pour mes ignorances et mes inquiétudes,\n      Pour mon horreur de ce néant et de moi-même.\n\n\n\n\n      Mais nous n'avons jamais profané le désir\n      En la bataille de nos chairs et des coussins ;\n      Mon Rêve seul sait te pénétrer et saisir :\n      M a bouche n'a jamais foulé tes pâles seins.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "pour la Démonc.                                         311\n\n\n\n\n                          V II\n\n\n\n\n  Nous fuyons le barbare choc de l'épiderme,\n  L ’aventure du baiser et de la morsure ;\n  Nous créons une étreinte absolue et sans terme\n  Par la pensée et par les yeux, — et sans souillure.\n\n\n\n\n  Pour alentir la brutalité des instincts,\n  Obscurément, autour de nous, parmi des glas,\n  Râlent des couples en des spasmes indistincts,\n  E t ces râles font de la vie, hélas, hélas !\n\n\n\n\n  Mais à nous sied le rare orgueil d’être stériles,\n  E t de ne pas perpétuer notre grand vice :\n  Nus et fixes et sans tendresses puériles,\n  Nous buvons la joie en l'infaillible calice !\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "312                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n                            V III\n\n\n\n\n      Sois heureuse plus que toute, car tu vivras.\n      Tu vivras par ton culte horrible à la Beauté;\n      Les peuples darderont l’éternel de leurs bras\n      Vers ta majestueuse monstruosité.\n\n\n\n\n      Jamais vieille et jamais laide, car tu es sage!\n      Les lucifers t'inhumeront dans la lumière\n      Four que l’Amant s'agenouille sur ton passage\n      E t que Sainte, tu sois priée en ta manière.\n\n\n\n\n      Ne crains pas. I l s'enfonce au cœur de l’ Idéal.\n      Ton tabernacle ; et c'est un roc que ton autel.\n      L ’amour chaste flamboie en l'ostensoir du M al,\n      E t ton rite ineffable et dur est immortel.\n\n\n                                         J u l e s BOIS.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "           LE GÉNIE ÉTAIT\n\n                                          A Jean M oréas.\n\n\n\nL e Génie était la Statue avant Dédale,\nLes yeux clos sur son rêve en l’immobilité,\nL ’immarcessible, froide et chaste nudité\nDu corps indifférent d’ être ou femelle ou mâle,\n\n\nE t les pieds joints et pendantes les vaines mains,\nDe pierre comme un mur pour tenir à distance\nDe l’espace et hors le souci des lendemains\nTourné vers soi, l’Esprit, très loin de l’existence.\n\n\nLas ! depuis que la vue a creusé son front plan\nLe Génie avec les faux gestes du talent\nSe fourvoie au travers des sentes où l’Idée,\n\n\nEsseulée en allée à jamais des sommets,\nAu monde extérieur ouverte désormais,\nSe meurt d’ une douleur de vierge fécondée.\n\n\n                                 D a u p h in M E U N IE R .\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                      LES ROSES.\n\n\nLes prés sont tristes sous la neige (le leur linceul\nL a bise emporta les feuilles de chêne et de tilleul.\n\nE t les Pauvres, — eux, les doux et les pieux, —\nOnt gémi longuement vers les deux.\n\n“ Seigneur, ayez pitié de nous.\n\n\nNous sommes pauvres, et nous n’avons pour richesse\nQue les fleurs des étés, les fleurs blanches et fauves,\nLes roses et les lys, les jasmins et les mauves,\nD on t les couleurs et les parfums calmaient notre tristesse :\nE t voici que l’hiver nous a pris notre richesse.\n\n\nNous vous implorons, Seigneur, à genoux.\n\nRendez-nous les fleurs d’émeraude et de saphir,\nE t celles qui parent les prés\nComme d’un vivant ivoire,\nE t celles qui semblent tomber, pour nous ravir,\nDe votre Paradis de gloire,\nE n la splendeur des crépuscules empourpres.\n\n\nLes fleurs, oh, les fleurs, avec leurs parfums si doux...\nSeigneur, ayez pitié de. nous. „\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "     les Roses.                                                    315\n\n\n\nE t la Sainte au front clair est venue\nD ’une ville, lointaine et qui leur est inconnue.\n\n\n“ C’est un rêve divin que mon âme rêva :\nLe Seigneur Christ, m'est apparu dans son cortège\nE t sa voix d'espérance et d’amour m’a dit : — Va.\n\nVa vers les malheureux que l’âpre hiver assiège\nE t que peine ne plus voir resplendir de fleur\nPar les sentiers déserts et les prés blancs de neige.\n\n\nJe t'ai donné jadis de guérir la douleur,\nE t tu peux ranimer le sourire des roses :\n Va vers les malheureux, vierge sainte, et rends-leur\n\n\nLe trésor frais et printanier des fleurs décloses. „\n\nLa Sainte, en un geste impérieux de victoire,\nLève sa main où luisent des rayons mystiques;\nE t, tandis que du ciel descendent des cantiques,\n Voici que la langoureuse plaine se moire\nD e roses rougeoyantes et de roses claires,\nE t de roses d'espoir et de roses d’amour ;\nE t l’on dirait que c'est le radieux retour\nD es mois d’or où les vents apaisent leurs colèris,\nE t les prés semblent des prés d’espoir et d’amour.\n\n E t les Pauvres ont contemplé le trésor fleuri.\nE t, comme s’ils étaient riches, ils ont souri.\n\n\n                                   A . F e r d in a n d H E R O L D .\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                      UN SOIR .\n\n  Au plus profond de mon âme pourrit un soir,\n  Un soir de vice ocreux et de péché jaunâtre,\n  — Une flamme! — mais moins que la lueur d’ un âtre\n  E t des nuages morts zébrant un soleil noir.\n\n\n  Arbres à terre, essors cassés, ardeurs amères,\n  Se décomposent lents et lourds. E t par dessus\n  Ce grand fumier d’orgueil et de rêves déçus,\n  Le masque illimité des mauvaises chimères.\n\n\n  On songe à des Golgothas d’or, dont les grands feux\n  Sauveurs ont fait jadis de la clarté suprême;\n  Mais les Jésus s’en sont allés tristes d'eux-mêmes,\n  E t tristes de leur terre et tristes de. leurs deux.\n\n\n  L ’ombre est depuis immensément tranquille et sûre\n  D ’être l’éternité pour les vivants. Le cœur\n  A beau disperser loin sa plainte et sa rancœur,\n  Il n’est au fond des nuits qu’une comète obscure\n\n  Qui s’use exaspérée à de banals assauts,\n  Perdue au loin, perdue en mornes destinées :\n  La chute! — et dont des mains non encore nées\n  Ramasseront, un jour, les sanglotants morceaux.\n\n(1887)                            E m ile V E R H A E R E N .\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "              L E S P E T IT S ENFANTS.\n\n                          III.\n\n    DANS LA   FORÊT.\n\n\n    Dans la majesté légendaire de la drêve ogivale et\n centenaire, sur le gazon ras de l’allée, et parmi les\nfeuilles déjà mortes qui bruissaient, tendrement enlacés,\n et sans peur au milieu de la redoutable ténèbre, habi­\n tacle de tant d'ogres et de cauchemars, tard en la nuit,\n cheminaient vaguement deux adorables mioches.\n    Les longues boucles de leurs cheveux se mêlaient,\n alors que de toute leur âme ingénue, ignorants encore\n de nos ignominies, suavement ils s'embrassaient.\n    “ Je t'aime, disait-elle, de tout mon cœur, et jamais,\njamais, je n'aimerai que toi... Dis, un jour nous nous\n épouserons ? „\n    “ Oui... Mais comment toi si peureuse ne songes-tu\nmême pas aux dangers du Noir ? „\n   Elle frissonna un peu, et se collant à lui : “ Oh oui !\nil fait là-bas bien noir! Ah, si tu m'abandonnais un seul\n instant, j'en mourrais pour sûr. Mais ne m'as-tu pas\ndit qu'avec toi il n'y avait pas de danger ? „\n    “ Je n'ai jamais rien rencontré ! Pourquoi donc\ncroire qu'il y ait ion danger? „\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "318                                       la Wallonie.\n\n\n\n   \" Tu sais que je te crois et pourtant il fait bien noir\nlà-bas ! — Mais dis ? Jamais nous ne nous quitterons,\nn'est-ce pas ? Bis ? Rien ne nous séparera jamais ? „\n   “ Rien!...,,\n   \" Ah si tu savais comme je suis heureuse ! „\n   Et la lune se mit à briller entre deux nuages et elle\néclairait fantastiquement le groupe délicat de ces p âles\nenfants. Et, se mirant en une minuscule flaque d’eau,\nson or se refléta, fulgurant!\n   “ Regarde, s’écria-t-elle, la belle pièce d’or ! Oh nous\nserons riches. Laisse-moi vite la ramasser ! „\n   Et sans plus songer à sa peur ni à son ami, elle se\nprécipita vers ce leurre.\n   Et lui, sentant deux larmes brûlantes couler le long\nde ses joues, murmura : “ Hélas, hélas, v o i l a ce qui\nnous séparera ! „\n\n  Pierre-M. OLIN.\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "              PETITE CHRONIQUE\n\n\n\n  L a Jeune Belgique verse, inconsciemment, dans une erreur.\nElle nous reproche ainsi qu’une désertion, un articulet de\nréponse aux Entretiens politiques et littéraires. Ces lignes\nrépondaient non pas aux attaques injustifiées de Paul Adam,\nmais à une notule du même périodique, à propos de récentes\nmanifestations teutonnes à W aterloo. Quant aux articles de\nM. Adam , nous regrettons de les voir signés d’ un nom qui\nnous est sympathique et disons simplement que toute attaque\nridicule ne rend ridicule que son auteur. Ayant horreur de\ntoute polémique et prétendant de plus que leur œuvre défend\nsuffisamment nos amis, nous          laisserons dire à qui veut\ntoutes les sottises possibles. Mais puisque nous vidons un\npetit compte, disons-le à la Jeune Belgique. : bien que nous\nl’ aimions beaucoup malgré certaines algarades, nous ne\npouvons nous empêcher de trouver un peu... exagérées ses\nprétentions de capitan littéraire. E lle sait aussi bien que\nnous que jam ais nous n’ avons toléré sa féru le e t que si elle est\n“ à la tète du mouvement d’Art en Belgique „ , en ce cas nous\nn’en faisons pas partie. Nous fûmes toujours et nous sommes\nencore, croyons-nous, parfaitement indépendants. Ceci sans\nla moindre mauvaise humeur, mais pour qu’il ne puisse être\ndit que par notre silence nous admettions comme vérités des\nrodomontades un peu surannées.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "320                                             la Wallonie.\n\n\n\n  A propos de la guerre terrible allumée en Belgique, les\nEntretiens publient une petite note qui — espérons-le! —\nétouffera la torche qui allait incendier l’Europe (style connu).\nRemercions M . Barrès, M. André (la France moderne), A rt et\ncritique, etc., de nous avoir montré quelque sympathie à cette\noccasion. E t puis, de grâce, allons panser les plaies.\n\n  Paraîtra prochainement chez l’Editeur D e m a n , à Bruxelles,\nun volume de Proses de S t é p h a n e M a l l a r m é . Ce volume\nest intitulé PAGES. Ballets, publié dans l’avant dernier n° de\nla Wallonie, en est extrait, et nous remercions M. Deman de\nla communication qu’il a bien voulu nous en faire.\n\n  On a trop parlé ces derniers temps du bel article consacré\npar OCTAVE M ir b e a u , dans le Figaro, à notre ami et col­\nlaborateur M a u r i c e M a e t e r l i n c k , pour que nous nous\nétendions longuement sur ce sujet. Il nous suffira d’en remer­\ncier l’auteur et d’être heureux de voir notre ami apprécié\nà sa juste valeur. Mais hélas, ce n’est pas de Belgique qu’ est\nparti ce cri triomphal !\n  — Accuser Moréas de plagier Shakespeare, c’est pousser un\npeu loin le patriotisme... M. Moréas n’est pas plus suspect que\nne le fut M. Giraud lorsqu’il prit un titre de Barbey.\n  — E t que Y an Lerberghe ait plagié l'Intruse ! 1° il n ’y a\nde ressemblance que dans le sujet, sujet normal; 2 ° (Maeter­\nlinck n ’en est nullement diminué) les Flaireurs datent de\n1888. Prière à la Revue indépendante de se tenir au courant\nde la littérature.\n\n  Dans notre prochain no paraîtra une étude de notre ami\nVan Lerberghe : les Aveugles de Maurice Maeterlinck.\n\n   Dans la Jeune. Belgique, superbe article de Maeterlinck; dans\nnotre sœur liégeoise, la Revue blanche, article sur le Théâtre.\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                         De nos Collaborateurs\n A * ..............................................................          Chantefable un peu naïve (à pa­\n                                                                                 raître prochainement).\n J u l e s B o i s ..............................                            A u delà (à paraître prochaine­\n                                                                                 ment).\n H e c t o r Ch a i n a y e .                           .       .       .   L ’Ame des choses.\n A c h il l e D e l a r o c h e .                           .           .   Aenor (à paraître prochainement).\n Cé l e s t i n D e m b l o n                           .       .       .    Contes mélancoliques.\n                                                                             Le Roitelet.\n C a m i l l e L e m o n n ie r .                               .       .    Le Possédé.\n Ch a r l e s V a n L e r b e r g h e .                                     Les Flaireurs.\n Gr é g o ir e L e B o y . . . .                                            Mon Cœur pleure d'autrefois.\n M a u r ic e M a e t e r l i n c k .                                   .   Serres chaudes.\n                                                                            L a Princesse Maleine.\n                                                                            L es Aveugles.\n                                                                            L'Intruse.\n Stéph an e Ma lla r m é                                        .       .   Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                                            Villiers de l'Isle Adam.\n                                                                            Pages (à paraître prochainement).\nSt u a r t M e r r il l                       . . . .                       Les Gammes.\n                                                                            Les Fastes (à paraître prochaine­\n                                                                                ment).\nJ e a n M o r e a s ..............................                          Les Cantilènes.\n                                                                            L e Pèlerin passionné (sous presse).\nG a b r ie l M o u r e y . . . .                                            Crépuscules d’Ames.\n                                                                            Flammes mortes.\nP i e r r e -M . O l i n ........................                           M es Mémoires (hors commerce).\nH e n r i d e R é g n ie r                          .       .           .   Épisodes.\n                                                                            Poèmes anciens et romanesques.\nA d o l p h e R e t t è ........................                            Cloches en la Nuit.\n                                                                            Une belle Dame passa (à paraître).\n                                                                            L a F oret bruissante    »\n                                                                            L a seule Nuit           »\nA l b e r t Sa i n t -P a u l                       .       .           .   Scènes de B al.\n                                                                            Pétales de Nacre (à paraître pro­\n                                                                                 chainement).\nE m il e V e r h a e r e n .                        .       .           .   Les Soirs.\n                                                                            Les Débâcles.\n                                                                            L es Flambeaux Noirs (à paraître\n                                                                                 prochainement).\nF r a n c is V i e l é -G r i f f i n .                             .       Ancaeus.\n                                                                            Joies.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "    5e ANNÉE, No 9\n\n\n\n                                  LA WALLONIE\n REVUE       M ENSUELLE            D E L IT T É R A T U R E      ET       D ’A R T\n\n\n\n\n     Directeurs : M M . A l b e r t M O C K E L , P i e r r e -M . O L IN\n\n                         et H e n r i d e R É G N IE R .\n\n                   Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n\nAdresser toutes les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles.\n\n\n      A b o n n e m e n t : 5 fr . par an. Union postale : 6 fr . 5 0 .\n\n\n\n\n                                 S O M M A IR E :\n\n\nBernard L azare . . . L a M ort renoncée.\nArthur Dupont . . . .                         L es Couples noirs.\nJules B o is .............................. Pour la Démone.\nDauphin Meunier . . .                         L e Génie était.\nA. Ferdinand Herold. . L es Roses.\nEmile Verhaeren . . .                         U n Soir.\nP ierre-M . Olin . . . .                      L es Petits Enfants, III.\n                              Petite Chronique.\n\n\n\n\n                       Ce numéro 5 0 centm es.\n\n\n\n\n                                  Des presses de 11. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 7, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1890-09", "signet_source": "5ème année - N°9 - Septembre 1890", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (« 5e année, No 9 »), PDF 349 ; le mois n'y figure pas. Indices internes : « Janvier 89 » sous Les couples noirs, « (1887) » sous Un soir. Sommaire imprimé de la couverture concordant avec les pièces.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}