{"numero_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N° consacré à Pierre-M. OLIN. LA WALLONIE Février 1891.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "N° consacré à Pierre-M. 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V IE L É -G R IF F IN\n\n                5 francs l’an; 11, chaussée d’Antin, Paris.\n\n\n\n                 LES                    JEUNES\n  REVU E        M EN SU ELLE              D ’A R T E T D E           L IT T É R A T U R E\n\n           6, rue de Fer, Namur ; 5 fr. l’an\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 98, "titre_corps": "Des visions : Prologue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DES VISIONS. PROLOGUE A MA CONSCIENCE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 691, "texte": "DES           VISIONS.\n\n\n\n             PROLOGUE A MA CONSCIENCE,\n\n    EN MÉMOIRE DE LA ROSE MYSTIQUE DE SIDON.\n\n\n\n\nO mon vieux Corbeau! va-t-en vers les paysages mornes\nDe mon cœur, va voir si elle n'est pas encore morte\nCelle que je ne dois aimer, qui sous son casque d'or,\nD'or effilé, porte comme la licorne sa corne\nLe sûr dédain dont elle veut frapper mon orgueil morne.\n\n\nO mon vieux Corbeau! Au si lourd vol de tes ailes mornes,\nEmporte, emporte ce souvenir; ma passion morte\nMange-la ; ce cadavre splendide sous l'Astre d'or\nSera ton plus légendaire banquet; ton rostre tors\nCroassera rauquement en éployante joie morne.\n                                                  7\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 781, "texte": "98                                        la Wallonie.\n\n\n\nOmon vieux Corbeau! solitaire ami de mon cœur morne ;\nVieux fantôme qui me reproches ma volonté morte\nEt dont les yeux avivent en vain leurs pupilles d’ Or,\nNe va pas croire que par cet illusoire remords\nTrop futile puisse être leurré mon désespoir morne.\n\n\nO mon vieux Corbeau! rude témoin de toutes les mornes\nHeures de ma vie, dis, c’est vrai n’est-ce pas qu’elle est mon\n— Ce rêve que je fis d’Elle, une lourde châsse d’or\nL ’enfermera; dès lors, écrasé par l’atroce norme\nJe resterai seul adorant de la relique morne.\n\n\n            Ah que les heures sont mornes\n            Depuis que je la vis morte\n            En l’affreuse châsse d’or,\n            Mon cœur mort où elle dort.\n            O ce désespoir si morne !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 102, "titre_corps": "Des visions : La solitude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "la Solitude. 99 I. LA SOLITUDE. A O belle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "la S olitu de.                                 99\n\n\n\n\n                             I.\n\n\n                     L A S O L IT U D E .\n\n\n                              A\n\nO belle et glorieuse solitude !\nEn toi le calme de la rêverie, la revivance de mes\n  joies, et le renouveau de mes sensations et de ce\n  passé d’hier que tu éternises !\nSolitude, augmentatrice de mes impressions, tristes\n  ou joyeuses.\nContraste qui me fais trouver un charme frais au\n  contact renouvelé de mes semblables vers qui, à\n  certaines heures, me traîne une si forte attirance.\nSolitude qui me conserves pur l’idéal de société qui\n  me hante et que je redoute un peu.\nSolitude en qui je songe celle qu’insatiablement je\n  cherche et où les belles sont plus belles et meil­\n  leures, et plus douces — et moins bêtes.\nSolitude où ma pensée juvénile se mûrit,\namie des livres,\ninspiratrice de la science,\nGaie solitude que j ’aime et qui, si féminine, me\n  charme,\nVers toi s’érige ma reconnaissance.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1144, "texte": "100                                    la Wallonie.\n\n\n\n                         B\nUn jour, ô majestueuse solitude, je fus injuste envers\n  toi.\nMais j ’étais très jeune, trop peu de vie et trop peu\n   de réflexion avaient passé par les rides précoces\n  de mon front.\nJe t’ai aimée pour ce que tu me donnais.\nJe t’ai aimée parce qu’en toi, bienveillante, dont la\n  vengeance est de se faire aimer, plus, parce qu’en\n  toi je venais baigner de gloire des sensations cher­\n   chées ailleurs.\nJe t’ai aimée pour trop de choses dont aujourd’hui\n  j ’ai honte.\nJe t’aime, maintenant, oui, de toute mon intellec­\n  tualité, de toute ma pensée, pour toi-même et pour\n  toi seule.\nJe t’aime et ne te demande plus rien, sinon toi !\nJe vis ce rêve d’une Elle incherchée, ton incarnation,\n  adorable solitude.\nJe ne veux plus vivre qu’en ton sein, je veux rester\n  plongé à jamais en tes méconnues délices.\nOh n’être qu’à toi, mais toi me rester !\nSolitude, douce garde-malade de mes angoisses trop\ninstruites\nbienfaitrice de ma pauvreté\nperfectrice de ma pensée austère,\ncompagne savante et aimante,\nSolitude, reçois cette offre sacrée de m o i-m ê m e .\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "     la Solitude.                                                        101\n\n\n\n\n                                    C\n\nJ’ai peur, j ’ai peur, je tremble d’un irrémissible\n  effroi!\nSolitude! mangeuse d’hommes, maîtresse implacable,\n  jalouse épouse qui ne veux être trompée, tu m’as\n  empoisonné de ton amère volupté.\nJe reste rompu, et la mort plane au-dessus de mon\n  intelligence, l’inécartable Folie plane.\nElle approche, elle m’enveloppe de ses cercles inlas­\n  sables, et je sens la spirale effroyable qu’autour de\n  moi elle dessine.\nElle approche, et tu me tiens, et tu me lies, et tu me\n  livres, joyeuse!\nAh maudite!.. Pitié, retire tes griffes venimeuses,\n  laisse-moi fuir, te fuir, monstrueuse solitude. Oh je\n  meurs de terreur !\nEt la Folie qui plane !\n\n“ V a s e t me q u it t e e t r e t o u r n e d ’o ù t u a s f u i ! „\n\n\nJ’entends ta grande voix rêveuse me railler ! M’en\n  aller? Mais où?.. Le poison que tu m’as inoculé\n  m’enveloppe d’une impénétrable atmosphère isola­\n  trice, tu le sais. Et puis empêcheras-tu la Folie de\n  planer?\nMaîtresse impardonnante c’est en vain que je te\n  supplie! qui a bu l’absinthe de tes mamelles de\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "102                                    la Wallonie.\n\n\n\n  bronze ne sait pins avaler le doux la it de la vie\n  heureuse et multipliée.\nM aîtresse im pardonnante dont le fantôm e jam ais\n  n ’abandonne qui a m ordu à ton sein, je te hais et\n  ne puis cesser de t ’adorer. Mais tu me terrifies de\n  ton horrible et savante invincibilité.\nCar la Folie plane, la Folie, cette grande aigle\n  aveugle, approche, approche, et le vent de son aile\n immense agite mes cheveux.\nLa Folie.... la Folie.... t a F i l l e !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 105, "titre_corps": "Des visions : L’île", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "II. l’Ile. Il existe au loin, bien lo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 853, "texte": "II.\n                          l ’Il e .\n\n\n\n\n  Il existe au loin, bien loin, quelque part en plein\nOcéan, une île solitaire, une île inconnue, mon\ndomaine élu.\n\n        Et c’est là qu’en mon Rêve je mourrai!\n\n  Climat merveilleux, isolement austère.\n  Inutilité logique des vêtements : la race qui vit là,\ntoute en splendeur de nudité !\n\n        Que ne pouvoir dès ce jour y vivre,\n\n      loin de l’agitation inquiète toujours des Aryens\n      loin de l’étroitesse sémite\n      loin de la cupidité sinique\n      loin de la hideur caïnite\n      loin de l’abrutissement australiote\nAu milieu d’un peuple beau comme les dieux antiques,\n               et simple autant qu’eux.\n\n    Et cette île est si loin qu’on l’a perdue et que seul\nj ’en connais encore la route.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "104                                     la Wallonie.\n\n\n\n                  Et c’est là mon domaine élu.\n\n                    Loin de l’agitation aryenne.\n\n   L ’Ile est petite, et là-haut ! un vieux volcan paci­\nfié et quelles exubérantes frondaisons. Entourée des\nimmensités océaniques, océanienne toute! et mille\nruisseaux coulent et jasent et cascadent et se content\nles légendes des origines.\n\n                  Enfin le beau lac central !\n\n  En ce noble domaine que les siècles et les cata­\nclysmes m’ont créé, un jour j ’irai !\n\n                  Que ne pouvoir dès toujours\n\n                     Loin de l’agitation aryenne.\n\n  Sur la pente ardue, vers le couchant ouverte, se\ncreuse une large grotte, claire et sèche. Là, le jour\nde l’invincible fatigue, j ’irai m’asseoir, entouré du\nrespectueux silence de mes serfs qui depuis des\népoques attendent ma venue.\n\n       Là je siégerai,\n\n                     Loin des agitations aryennes.\n\n   Et dès lors l’immobilité sera mon symbole, je\nvivrai de mes seuls songes, de mes seuls concepts, et\nles jours mauvais, les jours malades, des souvenirs\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "    l'Ile.                                            105\n\n\n\nplus qu’anciens de ma vie aryenne, de cette agitée\nvie aryenne finie dans les temps anciens. Mes yeux\nverront la splendeur des astres si vieux et à la dorure\nsi résistante, verront l’invincible azur des cieux et\ndes flots et l’horrible de leurs tempêtes, qui se lassent,\nelles aussi! et le vert des toujours vert des feuillages,\net la merveille des êtres qui vivent là en leur libre\nbeauté.\n                     Et si loin de l’agitation aryenne.\n\n  Et en si plein pays de songe et de rêve! Et tant,\net tant que j ’en oublierai de mourir, en cette si douce\nvie d’inactivité et de paix, toute vibrante de la\nconstatation de cette intellectuelle simplicité, et\ndans cette horreur sacrée de l’agitation aryenne qui\nautrefois m’avait tordu dans ses engrenages inévi­\ntables.\n\n        Oh oui ! là est mon domaine élu\n\n                      Si loin de l’agitation aryenne !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 109, "titre_corps": "Des visions : Les navigations sentimentales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES NAVIGATIONS SENTIMENTALES. L’heure était crépuscul", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "LES NAVIGATIONS SENTIMENTALES.\n\n\n\n\n   L ’heure était crépusculaire, le soleil venait de se\nnoyer et plus rien de feu n’illuminait les nuages, qui,\n opaques et immobiles autant que d’énormes rocs de\nmirage, se reflétaient en une mer morne et houleuse;\n entre eux, les vagues lueurs phosphoreuses d’un\n ciel stupéfié de la chute, immémorialement prévue\ncependant, de Hélios !\n   Et la mer était hérissée de roides pieux noirs,\nquelle immense estacade calcinée, résidus de dé­\nsastre ? — Non, car, parallèle au rivage, simple\nendiguement d’un vagabond banc de sable — , créé\npar un ingénieur sinistre certes, car on eût dit des\nglaives dans le cœur de la mer.\n   Or, dégoûté de je ne sais quel vague dégoût, je\nm’embarquai en le sombre navire sans équipage, qui\nchaque jour abordait, puis repartait, sans que nul\njusqu’ici n’eût osé y monter. Sa prochaine escale\navait rebuté les courages les plus décidés et jus­\nqu’aux bravades les plus parieuses : p o u r a i l l e u r s !...\nPour ailleurs ? Eh! où voudrais-je aller, sinon là ?\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "    les Navigations sentimentales.                  107\n\n\n\n   Après un voyage dont la durée ne fut pas, et que\nnulle aventure n’accidenta, je débarquai en une île\n que je crus abandonnée, où seule une vaste archi­\ntecture érigeait sa sveltesse et sa majesté. Un\norchestre invisible y chantait et c’étaient des valses\nmolles d’un rhythme pervers et des alliciances\nvers des lèvres à joindre, et je vis une vierge aux\nlèvres de qui mes lèvres se joignirent et notre couple\nenlacé suivit l’ordre de la symphonie en un mou­\nvement doucement, oh combien voluptueusement\ngiratoire.\n   Et la cloche du navire funèbre résonna lugubre­\nment, et je le contemplai en son allure désolée,\ns’éloigner lentement, s’éloigner, pour ailleurs,\nencore !\n   Alors s’effondra sans fracas, ainsi que se fond la\nbrume, le dôme qui abritait un fallacieux amour, et\ndes voiles tombèrent de mon cœur ! — Seul, subsis­\ntait le flamboyant parquet : il gardait jalousement\nle reflet de tant de girandoles ! Et une eau glaciale­\nment limpide, une eau que rien n’avait dû jamais\nsouiller, envahit insensiblement l’immense plancher\ndont les diamants de lumière s’avivèrent en lueurs\nfolles. Et une ceinture de rochers l’entourait; il\ns’enfonçait peu à peu ; il flamboyait de plus en plus ;\net je vis que nous n’étions pas seuls !....\n   La mer, autour de l’île, mugissait, effroyable, en\ntempête de désespoir!\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "108                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Et celle que je voulais, je la vis au loin ! Au loin,\n parmi d’autres      Hélas, qui m’arrête ? hélas, qui\n m’empêche de courir à Elle ? Quel est le boulet\n qui me cloue ici ?.... Misère ! c’est l’Autre.... Oui\n celle que décidément je n’aime pas. — Mais, mal­\n heureuse, elle m’a cru, elle m’aime, et mourrait d’une\n aussi imméritée trahison. Oui, j ’ai commis une faute,\n mais soit! que j ’en porte la peine et que mon cœur\n torturé (et toute mon intellectualité qui brame vers\n Elle) voie celle que je devais aimer, passer sans me\n connaître, au bras de Celui-là, qui ne me vaut,\n certes pas ! La justice est qu’à nul son salaire dû ne\n soit payé !\n   J ’étais si consterné en ces pensées, qu’alors je\n ne vis pas la troupe s’approcher, qu’alors je ne vis\npas l’un d’eux s’approcher de mon amante, qu’alors\nje ne vis pas mon amante fuir avec celui-là. Mais\n une prière me tira de ma douleur. — Quel temps\npouvait s’être écoulé ? — “ Sauve-moi de la Tem­\npête, toi seul en qui mon cœur désormais puisse\navoir foi ! „\n   C’est Elle qui prie, c’est Elle qui me prie! Elle,\nparce que la tourmente de la vie l’épouvante !\n   Ah! que bénie soit ta trahison, chère mal-aimée,\npuisque voici que vient enfin la bien-aimée! Oui,\nfuir cet horrible îlot où fulgurent maintenant en\nflammes d’enfer, les girandoles glacées par tant de\ncristal, là, au fond perdu du gouffre que nous domi-\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "    les Navigations sentimentales.                     109\n\n\n\nnous et qui veut nous engloutir. Mais le terrible\ndétroit est à franchir, et je n’ai qu’une si frêle em­\nbarcation, un si mauvais marinier, et tant d’énormes\nnavires le sillonnent, dont le remous nous coulera.\n   Lutter pour regagner cette rive de misère, quelle\nchimère ! Il y a trop longtemps que je l’ai aban­\ndonnée, et tous mes amis sont morts ! Mais pourrais-\nje résister à la prière qui monte vers moi, comme un\naffolant encens d’amour ?\n   Mon marin, hélas ! bientôt épuisé et découragé,\n cesse et se laisse choir en pleurant à la vue de deux\nprodigieux steamers qui vont se croiser et certai­\nnement nous faire sombrer. “ En Toi seul j’ai con­\nfiance, „ murmure la voix pour qui j ’ai consenti à me\njeter en cette suprême aventure.\n   Je pris alors les rames et luttai savamment et\n avec l’unique obstination du désespoir résigné, de\nla lutte pour la seule lutte, contre les courants,\n contre les remous, contre les lames et c o n t r e m o i -\nM ÊM E.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 116, "titre_corps": "Des visions : Le monastère des inexpiables douleurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Désespérée par l’injustifiable abandon elle a fui. Un mystér", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 1135, "texte": "Désespérée par l’injustifiable abandon elle a fui.\nUn mystérieux monastère a englouti son indéfectible\ndouleur. Hélas mon esprit est aussi navré que son\ncœur, et seul je pourrais adoucir la douleur de son\ncœur, et seule elle pourrait consoler la misère de\nmon esprit.\n\n  Or, telle est ma misère : Perdu en les vagues\nrêveries de songes trop caressés, je ne vis pas ou\ndédaignait les cœurs qui s’offrirent, ô ces pauvres\ncœurs qui s’offrent parce qu’ils croient voir souffrir,\nqui s’offrent et que nous rejetons, indifférents et\ndont la tristesse rejaillissante vient se refléter en le\nmiroir de nos âmes, qui en restent si tristes.\n\n   Un jour cependant je vis une frêle créature, dont\nl’aspect consterna ma contemplation. La Forme que\ndevait revêtir ma pensée se dressait devant moi,\nô trop cruel symbole, en toute sa pureté et son inno­\ncente merveille. Quoi ! la Beauté que dans l’austé­\nrité de ma vie consacrée à ce songe j ’avais mis\nd’effroyables heures à créer, un simple hasard de quel­\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "     le Monastère des inexpiables douleurs.           111\n\n\n\nconques molécules l’avait inconsciemment produite ?\nMa raison chancela sous ce choc affreux.\n\n  Mais enfin soit ! puisque telle devant moi, ô ma\nForme, tu te dresses, sois à moi, laisse-moi adorer en\ntoi, les seules grandes choses, la seule sublimité que\ntrop lourd trésor je porte en moi et ne parviens à\ndégager des fabuleuses fanges que je suis, car, n’es-\ntu mienne, toi, l’absolue résultante de tous mes\ndésirs immatériels, de tous mes espoirs, ô fille de\nma pensée ?\n\n  Un doux et navré sourire fut trop cruelle réponse\nà ma prière : “ Je ne puis être tienne, quelque déses­\npoir qu’il me prenne de ton désespoir. Comment\npouvais-je imaginer conquérir et puis garder ! cette\nfarouche pensée que nulle, et tant que je crois plus\nbelles — ne sut attirer. -- Tu me vois, non la pau­\nvrette queje suis, mais u n e que tu me crées : valaisse-\nmoi pour celui que j ’aime déjà, et toi, ne conserve,\noh ne conserve que mon souvenir qui vit merveilleux,\nen toi-même, et pour n’en souffrir, nie ma réalité ! „\n\n  Et telle fut sa douleur : Ame dès jamais trop pure\net trop enfante pour dévoiler la fourbe des paroles\nmortelles, née pour d’autres splendeurs et de plus\nhautaines destinées, elle se laissa conquérir par des\nmots banals, qu’elle crut créés pour elle, prononcés\npar une bouche banale, qu’elle crut héroïque et\nvierge. Et lorsque j ’arrivai avec les inconnues ri­\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "112                                    la Wallonie.\n\n\n\nchesses du Rêve que je jetais à ses pieds, les yeux de\nson âme étaient déjà tués par les yeux de son corps.\n\n   Hélas elle était le merveilleux flacon, à la forme\nde songe, d’une gemme trop précieuse, qu’un Bar­\nbare avait brutalement ouvert. Mais le divin parfum\nde son âme s’enfuit et se perdit, inutile et insoup­\nçonné en l’immensité déserte de cette négation. Et\nla pierre découronnée resta seule aux mains du Bar­\nbare.\n\n   Or ce que celui-là désirait, fut la matière du pur\nflacon et non sa forme. Il aima son éclat et la Femme\nen sa seule chair, mais jamais ne sachant découvrir\nle vivant symbole qu’elle était, l’hiératisme spécial\nde sa beauté resta lettre close, et le parfum de son\nâme était mort, car nul n’était plus là qui pût le\nrecueillir.\n\n  Elle aima comme si ce fût digne d’elle, elle aima\nparce que sans le savoir elle n’y vit que le reflet de\nsa Beauté niée. Mais l’Homme vite lassé, puisque ne\nne sachant qui elle était, elle ne lui était plus qu’une\nautre, s’en alla.\n\n  La douleur de cette imméritée (oh combien inévi­\ntable) trahison fut immense, et le mystérieux monas­\ntère des perpétuelles douleurs avait refermé der­\nrière elle ses impitoyables battants. Mais mon déses-\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "    le. Monastère des inexpiables douleurs.           1 13\n\n\n\n\npoir était trop grand, ma misère trop profonde pour\nque je pusse les supporter ; et mourir, tant qu’un\nespoir de la retrouver subsiste, serait une lâcheté,\ncontre elle.\n\n   Découvrir le monastère des douleurs sans espoir,\net la reconquérir, la médiatrice de ma paix, la garde-\nmalade de mon misérable esprit ! Oh si je l’avais vue\navant cette funeste détermination, en sa pitié désor­\nmais sans rivale en son cœur, elle eût consacré sa\nvie brisée à ma vie brisée, et moi, j ’eusse trouvé des\nparoles étranges, de troublantes pensées qui eussent\nendormi sa douleur. Pourquoi n’as-tu voulu que nous\nfussions les purs jumeaux de deux tortures à jamais\nsolitaires mais qui seules pussent être baume l’une\nà l’autre ?\n\n   Et je partis et marchai, et marchai en une direc­\ntion vague, sans compter les jours qni s’écoulaient,\nsans savoir où j ’allais, sans savoir où j ’étais passé.\n\n  Une nuit je m’étais endormi, oh quelle horrible\nfatigue et quel morne affalement, en une très\nantique forêt. Plusieurs fois le soleil avait dû se lever\ndepuis que j ’y étais entré, mais il y avait bien long­\ntemps que ses rayons n’avaient plus pénétré jusqu’à\nmoi. Cette si sombre végétation m’avait paru la gar­\ndienne immémoriale de quelque défendu mystère\nque peut-être je pourrais violer.\n                                                  8\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "114                                    la Wallonie.\n\n\n\n  Me réveillant, je vis, non loin de là, des lueurs de\nvie, et tout courage dès lors reconquis, car hier je\npensais succomber, je m’élançai : la futaie s’y\nmourait et un soleil fulgurant m’aveuglait.\n  Oh que l’aspect de cette magique forêt était d’ici\nétrange et inattendu. Je la voyais s’étendre à l’infini\nde tous côtés en énormes moutonnements, décelant\ntant de vallées, autour d’une aire immense qui parais­\nsait un parc féerique aux séculaires allées, aux im­\nmenses pelouses et quels solitaires géants végé­\ntaux, puis là-bas les discrets taillis des timides\nconfidences — et la lumière qui éclairait ces fabu­\nleuses cîmes était irréelle et je ne crois pas qu’un\nautre œil humain l’ait contemplée ! Et la plupart des\narbres étaient roses ou bleus, quelques-uns jaunes\net d’autres de toute la gamme des couleurs, et même\nquelques tonalités insoupçonnées en mes rêves ; et\ndans les lointains une brume d’améthyste magnifiait\nla sylve multicolore. Nulle rudesse en ces colo­\nrations inusitées qui se fondaient en une telle har­\nmonie que mon cœur momentanément pacifié se\nmit à mollir de joie.\n\n  Ah cette vision-là, vaut presque celle que je pour­\nsuis, et celle-là est la seule chose qui manque à cette\ncalmante vision. Sa présence me semblait si néces­\nsaire, si absolue que je n’éprouvai aucun étonnement\nà la voir apparaître à l’orée de l’une des admirables\nallées en ce jardin de songe.\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "   le Monastère des inexpiables douleurs.         115\n\n\n\n  D ’un pas lent et comme endormi, elle s’avança\nvers moi ne paraissant rien voir, mais elle ne fut\npas saisie lorsque moi qui l’attendais agenouillé, je\nlui pris les mains.\n    “ A travers les mondes, j ’ai cherché ton refuge;\nj ’ai crié ton nom dans les plus sauvages solitudes ;\nj ’ai raconté mes désespoirs aux sources des plus\ngrands fleuves pour qu’ils les portassent parmi les\n continents jusqu’aux Océans qui, peut-être, te les\n auraient dits ; j ’ai prié les vents de te répéter ma\n lamentation ! Je ne sais si nature a eu pitié de moi,\n puisque je te retrouve enfin, mais qu’ici tout semble\n être si peu la nature. „\n\n  “ Non, ami, nous sommes hors de la puissance de\nnotre vieille ennemie Nature ! Tu as découvert ma\nretraite, le mystérieux monastère des inconsolables\ndouleurs, parce que ta constance s’est montrée plus\nforte que la vie. Et tu me trouves ici, parce que ton\ndésespoir m’a oubliée et que cette fois, enfin, tu ne\nsonges plus qu’à ton Rêve de moi, et que maintenant\nje suis ce Rêve.\n\n  Là-bas, s’étendent d’autres contrées, aussi sau­\nvages et farouches que celle-ci est calme et pacifiée.\nCe sont là-bas des douleurs bruyantes, ennemies\nd’elles-mêmes et qui sont plus de haine que d’amour.\nEt d’autres sont d’un deuil éternel, résigné et silen­\ncieux. Ici ne peuvent rester que ceux dont les dou­\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1297, "texte": "lie                                    la Wallonie.\n\n\n\nleurs se sont immatérialisées en purs et vagues\nsouvenirs : chacun y vit pour soi seul en une extase\nque rien désormais ne trouble, et alors seulement peut\nnaître l’étrange volupté du désespoir résigné.\n\n   Toi-même sans que tu le saches, du jour maudit et\nirréparable, de mon refus, tu étais entré en le for­\nmidable monastère des douleurs impardonnantes et\nc’est pour cela que tes cris aux vents et aux océans\nsont restés sans échos : Depuis trop longtemps, tu\nn’étais plus dans le monde et le monde ne pouvait\nplus te répondre.\n\n   Dans les parages sombres et glacés où tu vaguais,\ntu as fini par oublier celle que je fus, comme je\nl’oubliai moi-même. Mais bien que je ne sache plus\nquel est l’être humain qui brisa mon cœur, mon\ncœur reste brisé, comme ton esprit reste dévasté.\nO ne vois plus en moi le reflet de ta pensée, mais\nta pensée elle-même. Viens, suis-moi, et que mon\ncœur et ton âme se soient mutuellement miséricor­\ndieux. „\n\n   Et depuis ce jour, frère et sœur, nous errons\nmélancoliques et calmes, parmi les splendeurs arti­\nficielles de nos songeries, et subtils médecins,\nchacun de nous adoucit par sa fraternelle complai­\nsance d’incicatrisables blessures, car son cœur est\nveuf d’amour et ma pensée est veuve d’espoir.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 120, "titre_corps": "Des visions : La beauté", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "la Beauté. 117 V. LA BEAUTÉ. L’horreur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "la Beauté.                                       117\n\n\n\n                           V.\n\n                      LA BEAUTÉ.\n\n\n    L ’horreur d’une imméritée tempête et follement\nparmi le dédale des rues étroites, parmi le dédale\n des rues tortueuses, j ’erre ! Où trouver le refuge que\nj ’entends, oui les cloches sonnent un appel rédemp­\nteur, et si je ne dois être sauvé de cette effroyable\ntempête nocturne, qu’une maison s’effondre et\nm’écrase, que la maison où j ’ai réfugié mes dernières\nillusions, s’effondre et m’écrase !\n\n   Quelle ténèbre ! et la tempête me poursuit, je suis\nsa proie. En chasse, c’est moi qu’elle poursuit !\nHorreur ! cet éclair formidable m’aveugle, m’aveugle\nau moment où je me sentais approcher du refuge\nespéré, du refuge promis par la voix miséricordieuse\ndes cloches, Et celui-ci! Non, fulgurant il a déchiré\nla haineuse ténèbre, et je vois jaillir devant moi, le\nRefuge !\n\n   Les portails énormes se sont ouverts. Les cloches,\nmortes. Une lumière étincelante et de paix m’invite.\nOserais-je franchir l’immense place où évidemment\nl’insidieuse tempête que j ’entends hurler, me guette,\nme guette pour me frapper. Oserais-je franchir ? Et\nla grande voix des orgues m’appelle. Et des éclairs\nplus bienveillants illuminent la colossale cathédrale\ngothique où la voix des orgues m’appelle.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "                                        la Wallonie.\n\n\n\n   J’irai !... O stupeur!... La tempête succombe devant\nje ne sais quel ordre, alors que des voix séraphiques\nportées par le pacifiant tonnerre des orgues clament :\nQue la paix soit avec vous ! Et j ’ entrai dans le mira­\nculeux sanctuaire.\n  Malgré les orgues tonitruantes et une foule\ncompacte, malgré l’étincellement des innombrables\nlumières et les gestes des prêtres, un silence immé­\nmorial et séculaire régnait dans l’ogivale nef.\n   Mais cette attention qui angoissait jusqu’aux\nsaints de pierre dans les chapelles, n’ardait pas vers\nle mystère de l’autel, mais vers un autre mystère,\npressenti, redouté et fébrilement attendu. Seule une\nformidable terreur de ce qui devait venir maintenait\nl’ordre sacerdotal de la cérémonie.\n  Et à la place de l’autel, peu à peu, surgit lente­\nment un trône gigantesque à plusieurs sièges hiérar­\nchiques. Et sur les premiers gradins un petit groupe\nde femmes. — Ah! je vois et comprends ! Blême d’un\nrespect atterré, je contemple la Beauté, en la pluralité\nd’immortels types.\n  La Beauté absolue, unique, la voici donc niée,\npuisque chacune de celles-ci est parfaite. La Beauté,\nchose purement intellectuelle, (et l’Intellectualité\ninfinie) la Beauté est infinie. Mais elle se résume\nen quelques prodigieux schèmes que je contemple,\net autour desquels à toute pensée il est possible d’en­\nrouler son Rêve.\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "    la Beauté.                                         119\n\n\n\n\n  Les connaître serait connaître la Beauté, toute la\nBeauté ! Les voir, oli les voir bien toutes, et puis\nnourrir à jamais mon intellect de cette irrêvable\nvision ! Et les unes étaient vêtues et les autres\ndévêtues de vêtements de couleurs différentes, et\nd’allures étranges, parfois.\n\n   Mais les voir!... A h ! me voici arrêté par une seule,\npar la seule que je ne puisse pas voir ! Tandis que\nles orgues mugissaient du silence, en lente théorie,\nle groupe admirable se dispersant, toutes sauf une,\nmontèrent et s’assirent en les sièges préparés et nulle\nn’osait s’emparer de la cathèdre magistrale. Une\nangoisse horrible tendait l’universelle attention vers\nCelle qui pensive et toute voilée, comme ignorante\nou dédaigneuse de sa majesté, perdue en des songes,\nrestait immobile.\n\n  Un geste las laissa choir les voiles et lors elle\napparut!... Je crus mourir tandis qu’un mécontente­\nment semblait le signe d’une désillusion de la foule.\nElle était vêtue d’un minuscule pagne rose, la faisant\nparaître nue bien qu’il était évident que tout le corps\nfût couvert d’une féerique soie qui, tout en flottant un\npeu, se collant par places, la dénudait effrayamment.\n\n  Mais sa signification échappait à la foule. Et je pen­\nsais périr d’angoisse à la crainte de la voir disparaître ;\ndès lors indifférente et résignée, devant se sou­\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "120                                      la Wallonie.\n\n\n\nmettre à sa destinée, d’une allure fatale elle monta,\net s’empara du grand trône. La foule, consternée,\nmais obéissante toujours aux ordres qu’elle ne peut\ncomprendre, s’inclina et adora, et adora, mais alors\nseulement.\n\n  Celle-là, oui, celle-là, c’est la seule ! C’est elle qui\nme tue par son absence. Ce ne fut jamais une créa­\nture et seul mon front jusqu’ici fut son tabernacle.\nO Forme simplement rêvée, voué à toi, je m’intronise\nton unique prêtre et ton étemel adorant. D ’autres\ndiront t’aimer, mais seul je sais le sens de ta beauté.\nA Toi, ô le Rêve de mon Rêve, je veux me consacrer.\n\n  Et je m’avançai et m’agenouillai, et sais que jamais\nplus de là je ne bougerai, et perdu ineffablement en\nmon intérieure contemplation m’enfermerai en un\nétemel silence, sinon parfois ma clameur résignée\nvers Elle !\n  Elle n’abaissa jamais les yeux jusqu’à moi.\n  Elle ne m’entend même pas.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 124, "titre_corps": "Des visions : Le lac Wisteria", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "le Lac Wisteria. 121 VI. LE LAC WISTERIA. En", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "le Lac Wisteria.                               121\n\n\n\n\n                         VI.\n\n                   LE LAC WISTERIA.\n\n\n\n  En des jours amers il arrive d’étranges aventures.\nA la suite d’inconnues'catastrophes, je m’étais retiré\nen la solitude, perdue vers les confins des contrées\nhabitables, des rives obscures du lac Wisteria, et\nje devais franchir ses flots noirs pour communiquer\nencore avec le monde des vivants, et la terreur de\nson nom m’était sûr garant que nul ne viendrait plus\nvers moi.\n\n   O torpide lac Wisteria, réservoir de toutes les\namertumes, placide gardien de tous les désespoirs,\nl’horreur de ton nom n’a su arrêter la curiosité de la\nFemme, une barque a troublé tes flots somnolents,\net traître, tu n’as pas englouti celle qui venait à\ntravers ton mystère, tragique lac Wisteria, violer le\nmystère de ma morne solitude.\n\n  J ’étais cloîtré en cette chambre close d’assez\nlourdes tapisseries pour que nulle folle pensée du\ndehors ne pût envahir ma farouche contemplation.\n— “ Qui t’a permis d’entrer, et comment as-tu osé\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "122                                     la Wallonie.\n\n\n\nfranchir le redoutable lac Wisteria, toi, qui que tu\nsois, que je pressens derrière les immortelles tentures\nde mon Rêve, derrière les sombres rideaux qui\nm’emprisonnent à jamais. „\n\n   Et sans que je sache quelle main, victorieuse d’une\nimmémoriale rigidité, ait soulevé le plus lourd des\nplis, m’apparut une figure de femme, vue peut-être\nen des jours anciens et terrestres, qui, ayant une\nheure vague, fait se tourner vers elle mon regard\nd’au-delà, ne sut, non plus que telles autres, l’en­\nchaîner.\n\n   Elle s’approcha doucement de moi, et si humble­\nment, si calmement vint se mettre à mes genoux que\nje ne sus la repousser — et j ’attendis qu’elle m’expli­\nquât le prodige de sa présence en mon obscure\ndemeure sur les rives ignorées du fatal lac Wisteria,\nalors que depuis si longtemps déjà, l’on devait me\ncroire mort.\n\n   “ O toi, qui dédaigneux de tout amour, seul t’en\nallas, jamais ne daignas-tu songer aux douleurs que\ntu fis surgir? Virginal semeur de Mal, tu sais trop\nbien que la Femme veut de l’amour, n’en fût-il plus\npour elle, sur terre ! Or je fus de celles imitant les\npâles vierges folles, qui tentent éternellement d’allu­\nmer une lampe dont l’huile est tarie.\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1339, "texte": "    le Lac Wisteria,                                 123\n\n\n\n  “ Lasse désormais de ces tentatives désespérées, j ’ai\nvoulu savoir si toi seul as été sincère, toi seul qui te\nsois dérobé à mes baisers de flammes. Ne jouais-tu\npas, triste dédaigneux, une comédie dont tu étais la\npremière victime? Est-ce ton visage que je vois ou\nun masque que tu t’es incrusté par un mépris qui\nvient, je crois, plus de ta volonté que de ton cœur? „\n\n   “ Que t’importe qu’il vienne de mon cœur ou de\nma volonté, puisque l’un et l’autre sont assez forts\npour que je reste mon maître. Tu vois l’étrange\nséjour où s’est confiné mon esprit. Crois-tu qu’il y\nait encore au monde quoi que ce soit d’assez terrible\npour m’en arracher? Folle, folle, que viens-tu faire\nici ? „\n\n\n   “ V a, ces aspects d’horreur te lasseront, et au\nmilieu d’eux plus invincible éclatera la splendeur de\nma beauté. Ne te relègue pas hors de l’humanité, car\nje suis aussi belle que le plus beau de tes rêves et\nmes voluptés sont plus profondes et plus infinies que\ncelles de ces vains et furtifs tentateurs. „\n\n   L ’orgueil de cette créature me fit sourire, car vrai­\nment elle ignorait trop contre quelles irréelles puis­\nsances elle se vantait de lutter. Mais se jetant sur\nmes lèvres entr’ouvertes elle se mit à les dévorer de\nfols baisers et de morsures douces qui me faisaient\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1268, "texte": "124                                     la Wallonie.\n\n\n\nsouffrir un peu, sans parvenir à me distraire des\nrêveries en lesquelles j ’étais perdu, car je pensais\ntant plus loin.\n\n   J ’entendais mugir l’obscur lac Wisteria dont les\nflots lourds se débattaient sous le souffle enflammé\ndes effluves érotiques qui faisaient se tordre aussi les\npesantes draperies de mon refuge violé. Et je souriais\ntoujours de l’inquiétude du profond lac Wisteria, car\nmoi je savais que n’ayant plus de cœur ni plus d’âme,\nje ne courais aucun danger et que m’apparaîtrait\nbientôt la réalité de tout ceci.\n\n  Et dans la morsure de ses baisers, l’admirable\ncréature qui s’était enfermée dans mes bras murmu­\nrait : “ Vis, viens en moi! la mort t’atteindra assez\ntôt pour que tu ne te jettes pas encore à elle. Survis-\ntoi! Vois! mais vois donc combien je suis belle! „\nAutour de son corps ses vêtements disparaissaient\nlentement comme d’opaques brouillards, la laissant\nen toute l’étrange merveille de sa chair dévoilée.\n\n  Or très calme, je dis : “ L ’heure est venue de la\nvérité! „ Et sur ce corps splendide m’apparut la\nhideur d’une tête de squelette dont la bouche sans\nlèvres se mit à déchirer mon visage, à manger mes\nyeux, voulant arriver à dévorer ma cervelle, et ma\npensée avec !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 125, "page_fin": 128, "titre_corps": "Des visions : Épilogue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Épilogue. 125 EPILOGUE (*). A l’époque d", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 136, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1120, "texte": "Épilogue.                                       125\n\n\n\n\n                              EPILOGUE (* ).\n\n\n   A l’époque des origines, séparés l’un de l’autre par\ndes espaces illimités, existaient deux mondes :\nl’Esprit et la Matière.\n   Le monde de l’Esprit existait en une harmonie\nabsolue, existait en lui-même et de lui-même, et rien\nne paraissait pouvoir troubler sa paix.\n   Mais au loin vaguait, brute et inerte, le monde au\nhasard aggloméré en infinies poussières, le monde vil\nde la Matière,\n   Et un jour de cataclysme irrua au travers du monde\nde l’Esprit.\n   Le tumulte de ce désastre fut effroyable, et la\nMatière se désagrégea en astres innombrables qui\npeuplèrent l’Infini.\n   Et comme chacun d’eux en ce trouble de tour­\nmente avait incorporé une part du monde spirituel,\nde ce déplorable accouplement naquit la vie.\n   Et tous les astres se mirent à tournoyer suivant\nd’inconnues lois harmoniques.\n   L’Esprit avait donc été dispersé en parcelles\ninfinitésimales, et la Matière qu’il avait vivifiée et\nfécondée, lui, le Mâle, le nia et se crut divine.\n\n  (*) F ra g m e n t de : La lutte des instincts.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "12G                                       la Wallonie.\n\n\n\n   Mais le but inconscient de ces parcelles spirituelles\nfut de se réunir, et de ces rencontres naquit la\nsociabilité : l’homme humain s’était créé.\n   Ces parcelles, à l’infini séparées, se réunissant peu\nà peu en certaines personnalités qu’elles firent hau­\ntaines, donnèrent ainsi les premiers chefs.\n   Et dès lors la lutte s’établit entre la formidable\nmatière et l’Esprit qui, ayant repris notion de lui-\nmême, voulait se reconquérir.\n   Et ce fut la mission de l’homme de recueillir et de\nconcentrer le atomes épars d’Esprit et par là de\n diminuer la puissance ténébreuse de la Matière sur\n sa progressive individualité.\n    Or cette individualité sans cesse renaissante sous\n forme de diverses personnalités, est le redevenir de\n l’Esprit lutteur.\n    A la mort tout l’esprit thésaurisé passe à la person­\n nalité héritière et marque le progrès ou le recul sui­\n vant l’emploi fait de sa vie par la précédente per­\n sonnalité.\n    La grande force de la Matière réside en la femme,\n son symbole, pour qui elle a volé le plus noble fleu­\n ron de l’Esprit : la Beauté.\n    C’est par elle qu’elle lutte, car elle est chair et en\n multipliant trop la race elle affaiblit la force de résis­\n tance de chacun. Il faudra qu’un jour il ne reste plus\n  que quelques hommes, et c’est ce jour que se livrera\n la plus terrible bataille : et ce jour l’homme devra se\n  détruire lui-même et sa descendance.\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "   Épilogue.                                      127\n\n\n\n   Au bout de milliers de siècles quelques-uns arri­\nvèrent à un état si voisin de la pureté intellectuelle\nqu’à l’humanité retardataire ils parurent divins.\n   Et quand ceux-là ont dégagé toute matérialité ils\ns’en vont de la vie, purs et impersonnels esprits,\nrejoindre et augmenter graduellement l’embryon\nsauvé d’où sortira à nouveau le monde jadis vaincu\nde l’Esprit.\n   Ceux que nous nommâmes prophètes et génies\nfurentles premiers qui vainquirent la Matière et leur\nmission fut d’avertir ceux qu’accablait l’Ennemie et\nde les réconforter.\n   Et puis il y en eut aussi d’autres si proches de\nl’ultime délivrance, qu’ils ne parlaient plus et\nrestèrent inconnus.\n   La gloire, ce reflet immatériel qui ne brille que\nsur de la matière n’avait plus de prise sur eux.\n   Cette lutte est la raison d’être de notre existence\net malheur à ceux qui faiblissent, ou que la Matière\nséduit.\n   Tandis que les autres monteront à l’accomplisse­\nment du but, eux, de plus en plus accablés par l’im­\nplacable,l’inconsciente Matière descendront d’échelon\nen échelon à la brutité primitive.\n   Et le seul espoir qui restera sera la foudroyante\ndiminution de la race.\n   Chaque existence est juste. Elle est la résultante\nlogique et inéluctable d’existences antérieures.\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "128                                   la Wallonie.\n\n\n\n   Et une époque viendra, où le monde de l’Esprit,\npresque entièrement reconstitué, verra passer par\nl’Infini un monstre enflammé et rugissant d’épou­\nvantables clameurs et d’étemelles douleurs : ce sera\nla Matière, qui, triomphante de ceux qui n’ont voulu\nla vaincre, emporte à jamais dans son orbe fou les\nparcelles d’Esprit désormais trop faibles pour lutter\net asservies jusqu’à la fin des siècles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 130, "titre_corps": "Ronde enfantine d’après un air ancien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "RONDE ENFANTINE D'APRÈS UN AIR ANCIEN. I. Dans les jardins d’mon c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 140, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 821, "texte": "R O N D E E N F A N T IN E D 'A P R È S    UN A IR ANCIEN.\n\n\n\n                                I.\n\n              Dans les jardins d’mon cœur\n              Ont fleuri mes ennuis\n              Tous les chagrins du monde\n              Y viennent fair’ leur nid\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it bon fa it bon fa it bon\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it bon réver\n\n                                II.\n\n\n              Tous les chagrins du monde\n              Y viennent fair’ leur nid\n              E t celle que j'adore\n              Me fu it oh quel ennui\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it doux fa it doux fa it doux\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it doux pleurer\n                                                       9\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "130                                   la Wallonie.\n\n\n\n                     III.\n\n\n      E t celle que j'adore\n      Me fu it oh quel ennui\n      Mais elle empor t' mon cœur\n      Mon pauvre cœur transi\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fait bon fa it bon fait bon\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fa it bon dormir\n\n\n                      IV.\n\n\n      Mais elle emporte mon cœur\n      Mon pauvre cœur transi\n      Demain loin de ma belle\n      Je m’noirai sans ennui\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fait doux fa it doux fait doux\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fait doux mourir\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 131, "page_fin": 132, "titre_corps": "Byzance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BYZANCE. Toute d’argent, tu te dres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 142, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "BYZANCE.\n\n\n  Toute d’argent, tu te dresses au fond de cet\nhorizon d’argent. Ville d’argent aux dômes d’ar­\ngent, mer et ciel et monts, et comme si tout n’était\nassez d’argent, ce voile de brume argentée, ce voile\nléger d’argent tissé sur tout ce rêve d’argent. O\nville et fleuve d’argent, Constantinople et Bosphore\nau soleil levant, je vous glorifie.\n\n  Et toute d’or, or aux coulures d’émail bleu, dômes\nd’or, splendeurs d’or des midis d’Orient et le grand\nBosphore et le golfe d’or, Corne d’Or — Lumière\nd’or, ville et fleuve et port d’or au formidable soleil\ndes jours, je vous glorifie.\n\n   Toute de rubis tu surgis vers les agonies quoti­\ndiennes et t’ensanglantes de pourpres tant de fois\nimpériales, et la mer saigne, et les rives saignent et\nles îles s’engemment et se rubéfient aux loins, et un\nreflet de sang de diamant couvre tout de ta splendeur\ntragique, ô rubis. Ville et fleuve, et mers, et îles de\nrubis. — Constantinople au soleil couchant, je te\nglorifie.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "132                                    la Wallonie.\n\n\n\n   Et sombre et calme, et toute de saphir; et la mort\nsemble] planer tant la vie s’immobilise — sauf ce\ngrand fleuve qui sort d’une mer pour se jeter en\nune autre mer, et quelques péregrinants dauphins\nd’émeraude et de saphir, infatigables souffleurs, pen­\ndant les nuits de saphir. Oh bien plus majestueuse et\nglorieuse encore en son immobilité de cadavre\ncouvert des ecchymoses saphirines d’un sang coagulé\nqu’en les affres de sa rougeoyante agonie ! O Calme\nsi calme, Bosphore et mers si seules — Constanti­\nnople, ville de saphir en la nuit, je te glorifie.\n\n\n\n  Perle dont l’Orient illumine mon souvenir, grande\nville de toute résignation, Gremme trop riche pour\ndemeurer à un seul, et comme les joyaux trop cé­\nlèbres vouée à d’éternelles vicissitudes, grande ville\nde toute résignation, symbole de tant de grandes\nâmes, Byzance, je t’aime et te glorifie.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 134, "titre_corps": "Sérénités", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SÉRÉNITÉS. O mes pensées vers Elles", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 144, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "SÉ R É N IT É S.\n\n\n\n\nO mes pensées vers Elles,\nToutes ces défuntes en désarroi !\nMes pensées, mol vol d’ailes\nVers Elles tout en émoi!\nAllez, allez, vagues tourterelles\nVers ces infinis d'azur et de bois.\n\n\n\nTout l'inexprimé du cœur\nTout l’inéclos du rêve...\nSe souvenir de ces langueurs ;\nEnfin cette chasse sans trêve,\nCes mensonges songeurs\nE t ces sincérités trop brèves!...\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "134                                    la Wallonie.\n\n\n      O toutes ces pâles fiancées\n      Que d’autres ont consolées,\n      Trop belles je vous ai rêvées,\n      Chères mal oubliées.\n      Fuyez, fuyez, folles énamourées,\n      Vers des loins d'or et de feuillées.\n\n\n      Sourire de la vie,\n      N’être qu'indifférente bonté,\n      Des paroles à jamais fuies\n      Pardonner la candide fausseté,\n      Ne pas croire à des choses trop finies\n      E t n’aimer plus que la seule Beauté !\n\n\n      O mes pensées vers Elles,\n      Toutes ces défuntes en désarroi!\n      Mes pensées, mol vol d’ailes\n      Vers Elles tout en émoi.\n      Allez, allez, vagues tourterelles\n      Vers ces infinis d'azur et de bois.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 141, "titre_corps": "Ægri somnia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. 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Remarquez bien", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "GRI SOMNIA.\n                                          (F ra g m en ts).\n\n                            Rem arquez bien que j e ne renonce pas\n                          au plaisir de changer d'idée on de me\n                          contredire.\n                                          B a u d e l a ir e .\n\n\n\n\n  Laisser faire — laisser dire — et se moquer du\nreste.\n                            X\n  La seule raison d’ être d’un artiste n’est-elle pas de\nproduire des œuvres, sinon parfaites (car qu’est-ce\nque parfait?) du moins telles que nul autre n’en\npuisse créer de semblables.\n                            X\n  Oh le plaisir de se calomnier soi-même ! Si l ’on\npouvait être seul à s’estimer.\n                            X\n  Bien des choses un peu humiliantes s’avouent plutôt\nà maint indifférent qu’à un ami.\n                            X\n   Si j ’étais médecin je ne pourrais, je crois, résister à\nla tentation de tuer impunément un homme — pour\nvoir si les remords, ça existe.\n                            X\n  Commerce : la lutte continuelle entre le désir de\nvoler le client et la difficulté de le faire par la faute\nde la concurrence.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "136                                    la Wallonie.\n\n\n\n  L ’intérêt général du commerce exige une certaine\nhonnêteté; mais tous ne sont honnêtes que dans\ncette mesure-là.\n                          X\n  La réalité de ma vie n’est que le rêve dont je vis\nentouré, et mes seules haines sont contre ceux qui\nbrutalement portent les mains sur ce voile sacré qui\nme cache le monde.\n                          X\n  Les rencontres de gens sympathiques sont de pur\nhasard. On aurait aussi bien pu ne jamais les ren­\ncontrer. Dès lors, quelque charme qu’on y puisse\ntrouver, quelle importance peut-on y attacher puisque\ntout vous crie que cela aurait aussi bien pu ne pas\nêtre. - A moins que d’être convaincu de la nécessité\nde toute vie, et dès lors le hasard étant tué, tout ce\nqui arrive étant l’enchaînement fatal et inéluctable\nde nos mutuelles existences, ces rencontres sont, de\ntoute éternité, prédestinées, et étant nécessaires,\nparticipent donc à l'Absolu.\n                          X\n   Tant de choses qui semblent impossibles, ef­\nfroyables ou trop humiliantes, en idée, ne paraissent\nplus rien quand elles arrivent et s’imposent.\n                          X\n  On n’a jusqu’ici trouvé moyen d’encourager les\nactes de générosité qu’en faisant appel aux senti­\nments les plus vils : la vanité et l’intérêt.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1219, "texte": "    Æ gri Somnia.                                  137\n\n\n\n  Mon âme s’est enfermée en un château enchanté\net un jour a oublié le mot qui devait rompre le\ncharme : elle restera éternellement sa propre pri­\nsonnière.\n                          X\n  Il y a tant de têtes qui n’ ont évidemment jamais\npensé et qui en portent le stigmate.\n                          X\n  Hélas, avez-vous jamais trouvé en une femme\nquoi que ce soit que vous n’eussiez déjà vu en une\nautre femme.\n                          X\n   Le symbole de la Femme, c’est l’Or. L ’or est son\nmaître, la clef qui ouvre son cœur, la main qui\nsoulève ses draps. De plus, comme l’or, elle ne mérite\nni l’excès d’honneurs, ni l’excès d’indignité dont on\nl'accable.\n                          X\n  Vraiment jamais une femme et pas une ne vaut\nqu’on se fâche à cause d’elle — Rien d’elle ni en elle\nne vaut d’être pris au sérieux — Et puisque le sérieux\nque nous lui prêtons n’est qu’un fruit de notre com­\nplaisante imagination, ordonnons à celle-ci de créer\nun autre fantôme.\n                          x\n  L ’unique but raisonnable de la vie ne pouvant être\nque d’éprouver le minimum possible de vicissitudes,\nchaque besoin vaincu est une source d’embêtements\ntarie.\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "138                                     la Wallonie.\n\n\n\n  Deux seules règles de Vie : la domination et le\nrespect de soi-même.\n                           X\n  En amour, ce que l’on aime c’est le rêve que l’on\nfait d’une femme, et tout ce qu’ on peut lui demander,\nà elle, c’est de n’être pas tellement inférieure à ce\nrêve quelle ne le tue.\n                           X\n   En une femme c’est toujours soi, sa propre intel­\nlectualité que l’on aime, et nulle femme ne veut\ncomprendre que c’est le plus bel éloge que nous puis­\nsions lui faire, et quel éloge, d’ainsi la créer la dépo­\nsitaire sacrée de nos songes.\n                           X\n  La température était si glaciale qu’il me prit une\npitié pour les femmes nues des affiches collées aux\nmurailles giflées par la neige et par la bise.\n                           x\n  Une femme ne saura jamais ce qu’il y aura eu\nd’auréoles de rêve autour d’elle.\n                            X\n  Il y a des jours où je goûte le genre de repos qui\nconsiste à ne plus rien espérer.\n                            X\n  ...J’ai au milieu du monde l’effroyable sensation de\nmon isolement, de cet isolement terrible et invisible\nproduit par un fluide isolateur et glacial qui se\ndégage de moi-même et me rend si foncièrement\ninapte à la vie sociale. Et je me sens à jamais seul,\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1362, "texte": "    Æ gri Somnia.                                   139\n\n\n\ncar à qui ouvrirais-je les gouffres noirs de mes\npensées, où follement en de fuligineuses et suffo­\ncantes ténèbres je volète, chauve-souris hésitante et\nobstinément se heurtant à des murailles qu’elle ne\nvoit pas et où elle froisse ses ailes de nuit.\n                           X\n  Il est certain que l’idéal de vie, serait d’être assez\nfort pour pouvoir vivre tout seul.\n                           X\n   Une femme demandait un jour à l’un de ses amants\ns’il voulait la garder pour lui seul : “ Oh non, chère,\nje t’aime bien trop pour cela; du jour où je saurai\nqu’il ne dépend plus que de moi de t’avoir, ton attrait\nsera mort. Je veux conserver l’indécision de ton\nbon plaisir qui me donne chaque soir l’illusion d’une\nconquête nouvelle. „\n                           X\n  Si les femmes nous laissaient aimer leur vivant\nreflet en nous, nous les aimerions à jamais. Pourquoi\nveulent-elles donc toujours interposer leur réalité ?\n                           X\n  Nous sommes chacun l’un de ces miroirs en lesquels\nles visages se transforment ou se déforment, images\nbizarres et parfois si inattendues. Or je veux\ncontempler le monde extérieur en le miroir faussé\nque je suis.\n                           X\n  “ Non ! „ à l’une voulant savoir ce que je pense\nun mystère qu’il importe de tenir caché, car quel\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "140                                     la Wallonie.\n\n\n\neffroi d’elle pénétrant dans ce terrible désert de\nglace et de vieux désespoirs sans cause figés en rocs\nd’indifférence, où sous une lumière faible et trouble,\nerrent quelques vagues fantômes, dont le sien, mais\nsi tristes !\n                           X\n  Dans le calme du loin, la rivière coule avec un\nvague et rhythmique bruit de mer somnolente et\naussi — là-bas — le boulant murmure de tous ces\nbois — et du vent.\n                           X\n   En somme la femme est un être si essentiellement\npassif que, ne fussent certaines considérations\nsociales ou mondaines, n’importe quel homme la\ndésirant fortement aurait n’importe quelle femme,\ns’il lui montrait, sans lui parler, son désir. — Mais il\nest si difficile d’avoir un désir.\n                           X\n  Toujours et souvent si volontairement, rater le\ncoche — et au fond, d’avance être résigné à passer\ntoute sa vie à les voir passer, sans pouvoir se décider\nà sauter en aucun d’eux !\n                           X\n  De quel gypse est donc ce que nous croyions le\ndiamant de notre cœur que nous sentions de telles\nvipères y mordre. Oh ces désirs de meurtre, lents et\ndoucereux.\n                          X\n Certains hommes, natures trop délicates, ne veulent\navouer aux femmes les désirs qu’elles leur inspirent,\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "    Æ gri Somnia.                                           141\n\n\n\nalors même qu’ils sont certains de réussir, redoutant\ntrop l'a façon dont elles s’abandonneraient : ils\npréfèrent conserver intégrale leur illusion.\n                            X\n  Je vois trop le squelette sous la chair et cette\nhideur sous toute beauté.\n                            X\n  Ce n’est pas la lumière que je cherche, ce sont des\nlueurs sur fond de ténèbre.\n                            X\n  Quand on voit le peu que valent les meilleurs\nd’entre nous, peut-on encore en vouloir aux femmes,\nde leurs petitesses, de leurs trahisons, de leurs faux\nraisonnements et de leurs continuelles inconsé­\nquences ?\n                            X\n  Par la nuit superbe une lune d’opale en un ciel\nlimpide, et se traînant dans la vallée, un grand\ndragon de brume argentée....\n                            X\n  S’en aller, s’en aller, loin, bien loin, aussi loin que\npossible, et de là, ne jamais revenir, jamais....\n\n                                  P ie r r e -M .   OLIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 144, "titre_corps": "Musique : Symphonie à grand orchestre de Louis Kéfer", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. M.", "ancre_debut": "MUSIQUE. SYMPHONIE A GRAND ORCHESTRE", "ancre_fin": "la force d’une pensée. A. M.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "NOTES. Le Théâtre d’Art prépare", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "MUSIQUE.\n\n\n\nSYMPHONIE A GRAND ORCHESTRE DE LOUIS KÉFER.\n\n\n  Nous étions quelques-uns partis en pèlerinage pour Ver ­\nviers, où l’on donnait la symphonie à grand orchestre de\nLouis Kéfer, et c’est une réelle admiration qui m’engage à\nécrire. Depuis la symphonie libre de Raway, je ne crois pas\nqu’un aussi grand effort vers la pure musique ait été fait dans\nnotre pays : aussi ma critique sera-t-elle très sévère.\n  L ’œuvre visiblement édifiée selon l’esthétique qui est le\nfondement de la symphonie de Raway, s’en écarte pourtant\ndès l’abord par le choix des thèmes, et il faut le regretter.\nRaway énonce un pur concept musical, en expose l’analyse\nen indiquant toujours avec clarté à quel tronc se rattachent\nles rameaux; les thèmes ainsi obtenus se divisent en thèmes\nencore plus spécifiques qui, opposés, par groupes ou bien\nisolément, élucident un drame de vie; et, l’artiste abstrayant\nensuite de plus en plus les caractères génériques, lorsque\nl’Acte prend fin une éclatante synthèse surgit.\n   Louis Kéfer procède un peu différemment. Préoccupé aussi\nde l’architecture logique, il analyse et synthétise par des\nthèmes diversement combinés, lesquels affectent, dès le\ndébut, une forme très caractéristique. Mais ces thèmes ne\nrévèlent pas leur origine, et si vraiment ils viennent d’une\nsource commune, on ne peut nullement s’en rendre compte;\nc’est un peu comme si l’on présentait, séparés, les doigts\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "     Musique.                                                143\n\n\n\nd’une main. Il y a ici, pour moi, une question de principe\nprimordiale, mais (je le sais et l ’admets fort bien) je serai\nsans doute seul à présenter cette objection, et le seul fait de\nl’énoncer prouve déjà en quelle haute estime je tiens le talent\nde Louis Kéfer.\n  L ’œuvre vaut par une intellectualité élevée, elle est un\neffort très pur et très droit vers la Beauté. Comme la sym­\nphonie libre, mais moins profondément pourtant, elle est une\nvision psychologique et, élargissant cette psychologie qui se\nparticularisait d’abord, cherche une conclusion philosophique\net humaine. Bien entendu, il ne faut pas demander à la\nmusique la démonstration raisonnée d’une métaphysique\ncomplète; mais la symphonie de R away suggérera, par\nexemple, dans le torrent joyeux et rude de la vie, un être qui\nlutte et s’affirme ; on le voit baigné d’aériennes idées qui, au\nmilieu de la douleur, s’émeuvent au profond de lui et l’at­\ntirent vers un inconnu ; puis le finale évoque la grandeur de\nla souffrance humaine, la souffrance spiritualisée d’où surgit\naussitôt l’idée d’une rédemption par l’œuvre. L a symphonie\nde Kéfer montre, elle aussi, l’homme dans la vie ; on le voit\nlutter et grandir, se développer parmi les choses, et, les\nobstacles renversés, se dresser en vainqueur. La philosophie\nici serait optimiste, et l’œuvre illuminerait la forme triom­\nphante du vouloir.\n  L e défaut le plus difficile à éviter, lorsqu’on veut élever la\nmusique à ces hautes régions, — son vrai domaine, dont elle\nfut trop chassée, — c’est de concevoir une forme trop étroite,\nc’est de particulariser, donc de tuer, c’est de ne pas faire\nœuvre musicale. Kéfer pousse très loin l ’analyse, et s’y com­\nplaît un peu exclusivement dans la première partie ; dans les\n2e et 3e, la forme extérieure le préoccupe excessivement.\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "144                                                                la Wallonie.\n\n\n\nMais partout, l’œuvre reste musicale, largement édifiée\nsur des harmonies riches et solides, sur des rythmes d’une\nsoudaine franchise. Il est à peine besoin de le faire observer,\nles précédentes critiques ne m’empêchent nullement d’estimer\nbeaucoup les premières parties ; mais elles tombent d’elles-\nmêmes au seuil de la dernière partie, ce finale d ’allure\ngrandiose et pourtant sobre, où l’analyse excessive fait place\nà une vivante synthèse, lorsque, dans l’horizon grandi, les\naccords élèvent victorieusement la force d’une pensée.\n                                                    A. M.\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 144, "page_fin": 144, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. M.", "ancre_debut": "NOTES. 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L e haut philosophe\nque nous admirons tous a bien voulu citer la Wallonie à son\ncours (*).\n\n\n   (*) A lb ert S a in t-P a u l h a b ite P a ris . M ousmé — ja p o n a ise (cf. R o g er de\nB ea u v o ir, P ie rr e L o ti, e tc ., passim ).\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "De nos collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "de nos Collaborateurs :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "de nos Collaborateurs :\n a *   ............................                          Chantefable un peu naïve (à pa­\n                                                                  raître prochainement).\n  H e c t o r C h a in a y e . . . .                        L ’Ame des choses.\n  A c h i l l e D e l a r o c h e . . . À énor (à paraître prochainement).\n  CÉLESTIN D EMBLON . . . .                                . Contes mélancoliques,\n                                                             l e Roitelet,\n  G u s t a v e K a h n .............................       les Palais nomades.\n  C a m i l l e L e m o n n i e r . . . Le Possédé.\n  C h a r l e s V a n L e r b e r g h e . Les Flaireurs.\n  G r é g o ir e L e R o y . . . .                          Mon Cœur pleure d'autrefois.\n  M a u r i c e M a e t e r l i n c k . . Serres chaudes.\n                                                            La Princesse Maleine.\n                                                            Les Aveugles.\n                                                            L ’Intruse.\n                                                           les sept Princesses (à paraître).\n  Stéph a n e Mallarm é                           . . Poèmes d’Edgar Poe.\n                                                             Villiers de l'Isle Adam.\n                                                           Pages (à paraître prochainement).\n St u a r t M e r r il l           . . . .                  Les Gammes.\n                                                           Les Fastes.\n J e a n M o r é a s ....................................   Les Cantilènes.\n                                                           Le Pèlerin passionné.\n G a b r ie l M o u r e y . . . .                           Crépuscules d’Ames.\n                                                           Flammes mortes.\n P i e r r e - M . O l i n ............................    M es Mémoires.\n                                                           Des Visions (à paraître).\n                                                           Les Petits Enfants (à paraître).\n P ie r r e Q u il l a r d . . . .                         La F ille aux mains coupées.\n                                                           La Gloire du Verbe.\n H e n r i d e R é g n ie r              . . . Episodes.\n                                                           Poèmes anciens e t romanesques.\n A d o l p h e R e t t é .............................      Cloches en la Nuit.\n                                                           Une belle Dame passa (à paraître).\n                                                          La F orêt bruissante        »\n                                                          La seule Nuit               »\n A l b e r t S a in t -P a u l . .                      . Scènes de Bal.\n                                                          l'Écharpe d’iris (à paraître pro­\n                                                                 chainement).\nF e r n a n d S e v e r i n . . • . . Le Lys.\n                                                          le Don d’Enfance.\nE m il e V e r h a e r e n . .                 .       . Les Soirs.\n                                                          Les Débâcles.\n                                                          Les Flambeaux Noixs. . .\nF r a n c is V i e l é -G r i f f i n .              .    Ancaeus.\n                                                          Joies.\n                                                          Diptyque (va paraître).\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6e A N N E E , N o 2. 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Union postale : 6 fr. 5 0 .\n\n\n\n                                   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-02-n2-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 157, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 558, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "SOMMAIRE :\n\nP ierr e-M . O lin         .   .   D es   V is io n s :\n\n                                       Prologue.\n                                       I. la Solitude.\n                                       II. l'Ile.\n                                       III. lès Navigations sentimentales.\n                                       IV. le Monastère des inexpiables\n                                               douleurs.\n                                       V. la Beauté.\n                                       V I. le L ac Wisteria,\n                                       Épilogue.\n                                   Ronde enfantine.\n                                   Byzance.\n                                   Sérénités.\n                                   Æ gri Somnia.\n\nA . M ................................. Musique.\n\n                                   Notes.\n\n                         Ce n u m é r o 7 5 c e n tim e s .\n\n\n                                      Des presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 106, "texte": "    N° consacré à Pierre-M. OLIN.\n\n\n\n\n         LA\n\n\nWALLONIE\n\n\n\n          Février 1891.\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "        LART MODERNE\n                                       11me ANNÉE\n\n      Directeurs : O c t a v e M A US , E d m o n d P IC A R D , É m i l e V E R H A E R E N\n\n REVUE       CRITIQUE           DES       ARTS        ET     DE      LA     LITTÉRATURE\n\n                  2 6 , R u e de l'In d u strie, B ru x elles.\n\n                        A b o n n e m e n t : 10 fr. p a r an.\n\n\nla R e v u e b la n c h e , 60, rue de 1’Ouest, L iége,\nl a J e u n e B e lg iq u e , 26, rue de l ’Industrie, Bruxelles,\nl a R e v u e b e lg e illu s t r é e , 69, rue Stévin, Bruxelles,\nla P lu m e , 39, boulevard d’Arago, Paris.\n R e v u e in d é p e n d a n te , 12, rue des Pyramides, id.\nM e r c u r e d e F r a n c e , 15, rue de l’Echaudé, St-Germain.\nl’E r m ita g e , 5, rue Gay Lussac.\nle N o r d lit t é r a ir e , 113, rue de Paris, Valenciennes.\n\n\n\n\n                  ENTRETIENS\n    Politiques et Littéraires\n                            Directeur : F . V IE L É -G R IF F IN\n\n                5 francs l’an; 11, chaussée d’Antin, Paris.\n\n\n\n                 LES                    JEUNES\n  REVU E        M EN SU ELLE              D ’A R T E T D E           L IT T É R A T U R E\n\n           6, rue de Fer, Namur ; 5 fr. l’an\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "          DES           VISIONS.\n\n\n\n             PROLOGUE A MA CONSCIENCE,\n\n    EN MÉMOIRE DE LA ROSE MYSTIQUE DE SIDON.\n\n\n\n\nO mon vieux Corbeau! va-t-en vers les paysages mornes\nDe mon cœur, va voir si elle n'est pas encore morte\nCelle que je ne dois aimer, qui sous son casque d'or,\nD'or effilé, porte comme la licorne sa corne\nLe sûr dédain dont elle veut frapper mon orgueil morne.\n\n\nO mon vieux Corbeau! Au si lourd vol de tes ailes mornes,\nEmporte, emporte ce souvenir; ma passion morte\nMange-la ; ce cadavre splendide sous l'Astre d'or\nSera ton plus légendaire banquet; ton rostre tors\nCroassera rauquement en éployante joie morne.\n                                                  7\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "98                                        la Wallonie.\n\n\n\nOmon vieux Corbeau! solitaire ami de mon cœur morne ;\nVieux fantôme qui me reproches ma volonté morte\nEt dont les yeux avivent en vain leurs pupilles d’ Or,\nNe va pas croire que par cet illusoire remords\nTrop futile puisse être leurré mon désespoir morne.\n\n\nO mon vieux Corbeau! rude témoin de toutes les mornes\nHeures de ma vie, dis, c’est vrai n’est-ce pas qu’elle est mon\n— Ce rêve que je fis d’Elle, une lourde châsse d’or\nL ’enfermera; dès lors, écrasé par l’atroce norme\nJe resterai seul adorant de la relique morne.\n\n\n            Ah que les heures sont mornes\n            Depuis que je la vis morte\n            En l’affreuse châsse d’or,\n            Mon cœur mort où elle dort.\n            O ce désespoir si morne !\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "    la S olitu de.                                 99\n\n\n\n\n                             I.\n\n\n                     L A S O L IT U D E .\n\n\n                              A\n\nO belle et glorieuse solitude !\nEn toi le calme de la rêverie, la revivance de mes\n  joies, et le renouveau de mes sensations et de ce\n  passé d’hier que tu éternises !\nSolitude, augmentatrice de mes impressions, tristes\n  ou joyeuses.\nContraste qui me fais trouver un charme frais au\n  contact renouvelé de mes semblables vers qui, à\n  certaines heures, me traîne une si forte attirance.\nSolitude qui me conserves pur l’idéal de société qui\n  me hante et que je redoute un peu.\nSolitude en qui je songe celle qu’insatiablement je\n  cherche et où les belles sont plus belles et meil­\n  leures, et plus douces — et moins bêtes.\nSolitude où ma pensée juvénile se mûrit,\namie des livres,\ninspiratrice de la science,\nGaie solitude que j ’aime et qui, si féminine, me\n  charme,\nVers toi s’érige ma reconnaissance.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "100                                    la Wallonie.\n\n\n\n                         B\nUn jour, ô majestueuse solitude, je fus injuste envers\n  toi.\nMais j ’étais très jeune, trop peu de vie et trop peu\n   de réflexion avaient passé par les rides précoces\n  de mon front.\nJe t’ai aimée pour ce que tu me donnais.\nJe t’ai aimée parce qu’en toi, bienveillante, dont la\n  vengeance est de se faire aimer, plus, parce qu’en\n  toi je venais baigner de gloire des sensations cher­\n   chées ailleurs.\nJe t’ai aimée pour trop de choses dont aujourd’hui\n  j ’ai honte.\nJe t’aime, maintenant, oui, de toute mon intellec­\n  tualité, de toute ma pensée, pour toi-même et pour\n  toi seule.\nJe t’aime et ne te demande plus rien, sinon toi !\nJe vis ce rêve d’une Elle incherchée, ton incarnation,\n  adorable solitude.\nJe ne veux plus vivre qu’en ton sein, je veux rester\n  plongé à jamais en tes méconnues délices.\nOh n’être qu’à toi, mais toi me rester !\nSolitude, douce garde-malade de mes angoisses trop\ninstruites\nbienfaitrice de ma pauvreté\nperfectrice de ma pensée austère,\ncompagne savante et aimante,\nSolitude, reçois cette offre sacrée de m o i-m ê m e .\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "     la Solitude.                                                        101\n\n\n\n\n                                    C\n\nJ’ai peur, j ’ai peur, je tremble d’un irrémissible\n  effroi!\nSolitude! mangeuse d’hommes, maîtresse implacable,\n  jalouse épouse qui ne veux être trompée, tu m’as\n  empoisonné de ton amère volupté.\nJe reste rompu, et la mort plane au-dessus de mon\n  intelligence, l’inécartable Folie plane.\nElle approche, elle m’enveloppe de ses cercles inlas­\n  sables, et je sens la spirale effroyable qu’autour de\n  moi elle dessine.\nElle approche, et tu me tiens, et tu me lies, et tu me\n  livres, joyeuse!\nAh maudite!.. Pitié, retire tes griffes venimeuses,\n  laisse-moi fuir, te fuir, monstrueuse solitude. Oh je\n  meurs de terreur !\nEt la Folie qui plane !\n\n“ V a s e t me q u it t e e t r e t o u r n e d ’o ù t u a s f u i ! „\n\n\nJ’entends ta grande voix rêveuse me railler ! M’en\n  aller? Mais où?.. Le poison que tu m’as inoculé\n  m’enveloppe d’une impénétrable atmosphère isola­\n  trice, tu le sais. Et puis empêcheras-tu la Folie de\n  planer?\nMaîtresse impardonnante c’est en vain que je te\n  supplie! qui a bu l’absinthe de tes mamelles de\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "102                                    la Wallonie.\n\n\n\n  bronze ne sait pins avaler le doux la it de la vie\n  heureuse et multipliée.\nM aîtresse im pardonnante dont le fantôm e jam ais\n  n ’abandonne qui a m ordu à ton sein, je te hais et\n  ne puis cesser de t ’adorer. Mais tu me terrifies de\n  ton horrible et savante invincibilité.\nCar la Folie plane, la Folie, cette grande aigle\n  aveugle, approche, approche, et le vent de son aile\n immense agite mes cheveux.\nLa Folie.... la Folie.... t a F i l l e !\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "     l'Ee.                                             103\n\n\n\n\n                            II.\n                          l ’Il e .\n\n\n\n\n  Il existe au loin, bien loin, quelque part en plein\nOcéan, une île solitaire, une île inconnue, mon\ndomaine élu.\n\n        Et c’est là qu’en mon Rêve je mourrai!\n\n  Climat merveilleux, isolement austère.\n  Inutilité logique des vêtements : la race qui vit là,\ntoute en splendeur de nudité !\n\n        Que ne pouvoir dès ce jour y vivre,\n\n      loin de l’agitation inquiète toujours des Aryens\n      loin de l’étroitesse sémite\n      loin de la cupidité sinique\n      loin de la hideur caïnite\n      loin de l’abrutissement australiote\nAu milieu d’un peuple beau comme les dieux antiques,\n               et simple autant qu’eux.\n\n    Et cette île est si loin qu’on l’a perdue et que seul\nj ’en connais encore la route.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "104                                     la Wallonie.\n\n\n\n                  Et c’est là mon domaine élu.\n\n                    Loin de l’agitation aryenne.\n\n   L ’Ile est petite, et là-haut ! un vieux volcan paci­\nfié et quelles exubérantes frondaisons. Entourée des\nimmensités océaniques, océanienne toute! et mille\nruisseaux coulent et jasent et cascadent et se content\nles légendes des origines.\n\n                  Enfin le beau lac central !\n\n  En ce noble domaine que les siècles et les cata­\nclysmes m’ont créé, un jour j ’irai !\n\n                  Que ne pouvoir dès toujours\n\n                     Loin de l’agitation aryenne.\n\n  Sur la pente ardue, vers le couchant ouverte, se\ncreuse une large grotte, claire et sèche. Là, le jour\nde l’invincible fatigue, j ’irai m’asseoir, entouré du\nrespectueux silence de mes serfs qui depuis des\népoques attendent ma venue.\n\n       Là je siégerai,\n\n                     Loin des agitations aryennes.\n\n   Et dès lors l’immobilité sera mon symbole, je\nvivrai de mes seuls songes, de mes seuls concepts, et\nles jours mauvais, les jours malades, des souvenirs\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "    l'Ile.                                            105\n\n\n\nplus qu’anciens de ma vie aryenne, de cette agitée\nvie aryenne finie dans les temps anciens. Mes yeux\nverront la splendeur des astres si vieux et à la dorure\nsi résistante, verront l’invincible azur des cieux et\ndes flots et l’horrible de leurs tempêtes, qui se lassent,\nelles aussi! et le vert des toujours vert des feuillages,\net la merveille des êtres qui vivent là en leur libre\nbeauté.\n                     Et si loin de l’agitation aryenne.\n\n  Et en si plein pays de songe et de rêve! Et tant,\net tant que j ’en oublierai de mourir, en cette si douce\nvie d’inactivité et de paix, toute vibrante de la\nconstatation de cette intellectuelle simplicité, et\ndans cette horreur sacrée de l’agitation aryenne qui\nautrefois m’avait tordu dans ses engrenages inévi­\ntables.\n\n        Oh oui ! là est mon domaine élu\n\n                      Si loin de l’agitation aryenne !\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "106                                            la Wallonie.\n\n\n\n\n                              III.\n\n            LES NAVIGATIONS SENTIMENTALES.\n\n\n\n\n   L ’heure était crépusculaire, le soleil venait de se\nnoyer et plus rien de feu n’illuminait les nuages, qui,\n opaques et immobiles autant que d’énormes rocs de\nmirage, se reflétaient en une mer morne et houleuse;\n entre eux, les vagues lueurs phosphoreuses d’un\n ciel stupéfié de la chute, immémorialement prévue\ncependant, de Hélios !\n   Et la mer était hérissée de roides pieux noirs,\nquelle immense estacade calcinée, résidus de dé­\nsastre ? — Non, car, parallèle au rivage, simple\nendiguement d’un vagabond banc de sable — , créé\npar un ingénieur sinistre certes, car on eût dit des\nglaives dans le cœur de la mer.\n   Or, dégoûté de je ne sais quel vague dégoût, je\nm’embarquai en le sombre navire sans équipage, qui\nchaque jour abordait, puis repartait, sans que nul\njusqu’ici n’eût osé y monter. Sa prochaine escale\navait rebuté les courages les plus décidés et jus­\nqu’aux bravades les plus parieuses : p o u r a i l l e u r s !...\nPour ailleurs ? Eh! où voudrais-je aller, sinon là ?\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "    les Navigations sentimentales.                  107\n\n\n\n   Après un voyage dont la durée ne fut pas, et que\nnulle aventure n’accidenta, je débarquai en une île\n que je crus abandonnée, où seule une vaste archi­\ntecture érigeait sa sveltesse et sa majesté. Un\norchestre invisible y chantait et c’étaient des valses\nmolles d’un rhythme pervers et des alliciances\nvers des lèvres à joindre, et je vis une vierge aux\nlèvres de qui mes lèvres se joignirent et notre couple\nenlacé suivit l’ordre de la symphonie en un mou­\nvement doucement, oh combien voluptueusement\ngiratoire.\n   Et la cloche du navire funèbre résonna lugubre­\nment, et je le contemplai en son allure désolée,\ns’éloigner lentement, s’éloigner, pour ailleurs,\nencore !\n   Alors s’effondra sans fracas, ainsi que se fond la\nbrume, le dôme qui abritait un fallacieux amour, et\ndes voiles tombèrent de mon cœur ! — Seul, subsis­\ntait le flamboyant parquet : il gardait jalousement\nle reflet de tant de girandoles ! Et une eau glaciale­\nment limpide, une eau que rien n’avait dû jamais\nsouiller, envahit insensiblement l’immense plancher\ndont les diamants de lumière s’avivèrent en lueurs\nfolles. Et une ceinture de rochers l’entourait; il\ns’enfonçait peu à peu ; il flamboyait de plus en plus ;\net je vis que nous n’étions pas seuls !....\n   La mer, autour de l’île, mugissait, effroyable, en\ntempête de désespoir!\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "108                                     la Wallonie.\n\n\n\n   Et celle que je voulais, je la vis au loin ! Au loin,\n parmi d’autres      Hélas, qui m’arrête ? hélas, qui\n m’empêche de courir à Elle ? Quel est le boulet\n qui me cloue ici ?.... Misère ! c’est l’Autre.... Oui\n celle que décidément je n’aime pas. — Mais, mal­\n heureuse, elle m’a cru, elle m’aime, et mourrait d’une\n aussi imméritée trahison. Oui, j ’ai commis une faute,\n mais soit! que j ’en porte la peine et que mon cœur\n torturé (et toute mon intellectualité qui brame vers\n Elle) voie celle que je devais aimer, passer sans me\n connaître, au bras de Celui-là, qui ne me vaut,\n certes pas ! La justice est qu’à nul son salaire dû ne\n soit payé !\n   J ’étais si consterné en ces pensées, qu’alors je\n ne vis pas la troupe s’approcher, qu’alors je ne vis\npas l’un d’eux s’approcher de mon amante, qu’alors\nje ne vis pas mon amante fuir avec celui-là. Mais\n une prière me tira de ma douleur. — Quel temps\npouvait s’être écoulé ? — “ Sauve-moi de la Tem­\npête, toi seul en qui mon cœur désormais puisse\navoir foi ! „\n   C’est Elle qui prie, c’est Elle qui me prie! Elle,\nparce que la tourmente de la vie l’épouvante !\n   Ah! que bénie soit ta trahison, chère mal-aimée,\npuisque voici que vient enfin la bien-aimée! Oui,\nfuir cet horrible îlot où fulgurent maintenant en\nflammes d’enfer, les girandoles glacées par tant de\ncristal, là, au fond perdu du gouffre que nous domi-\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "    les Navigations sentimentales.                     109\n\n\n\nnous et qui veut nous engloutir. Mais le terrible\ndétroit est à franchir, et je n’ai qu’une si frêle em­\nbarcation, un si mauvais marinier, et tant d’énormes\nnavires le sillonnent, dont le remous nous coulera.\n   Lutter pour regagner cette rive de misère, quelle\nchimère ! Il y a trop longtemps que je l’ai aban­\ndonnée, et tous mes amis sont morts ! Mais pourrais-\nje résister à la prière qui monte vers moi, comme un\naffolant encens d’amour ?\n   Mon marin, hélas ! bientôt épuisé et découragé,\n cesse et se laisse choir en pleurant à la vue de deux\nprodigieux steamers qui vont se croiser et certai­\nnement nous faire sombrer. “ En Toi seul j’ai con­\nfiance, „ murmure la voix pour qui j ’ai consenti à me\njeter en cette suprême aventure.\n   Je pris alors les rames et luttai savamment et\n avec l’unique obstination du désespoir résigné, de\nla lutte pour la seule lutte, contre les courants,\n contre les remous, contre les lames et c o n t r e m o i -\nM ÊM E.\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "110                                      la Wallonie.\n\n\n\n\n                          IV.\n      LE MONASTÈRE DES INEXPIABLES DOULEURS.\n\n\n\n\n  Désespérée par l’injustifiable abandon elle a fui.\nUn mystérieux monastère a englouti son indéfectible\ndouleur. Hélas mon esprit est aussi navré que son\ncœur, et seul je pourrais adoucir la douleur de son\ncœur, et seule elle pourrait consoler la misère de\nmon esprit.\n\n  Or, telle est ma misère : Perdu en les vagues\nrêveries de songes trop caressés, je ne vis pas ou\ndédaignait les cœurs qui s’offrirent, ô ces pauvres\ncœurs qui s’offrent parce qu’ils croient voir souffrir,\nqui s’offrent et que nous rejetons, indifférents et\ndont la tristesse rejaillissante vient se refléter en le\nmiroir de nos âmes, qui en restent si tristes.\n\n   Un jour cependant je vis une frêle créature, dont\nl’aspect consterna ma contemplation. La Forme que\ndevait revêtir ma pensée se dressait devant moi,\nô trop cruel symbole, en toute sa pureté et son inno­\ncente merveille. Quoi ! la Beauté que dans l’austé­\nrité de ma vie consacrée à ce songe j ’avais mis\nd’effroyables heures à créer, un simple hasard de quel­\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "     le Monastère des inexpiables douleurs.           111\n\n\n\nconques molécules l’avait inconsciemment produite ?\nMa raison chancela sous ce choc affreux.\n\n  Mais enfin soit ! puisque telle devant moi, ô ma\nForme, tu te dresses, sois à moi, laisse-moi adorer en\ntoi, les seules grandes choses, la seule sublimité que\ntrop lourd trésor je porte en moi et ne parviens à\ndégager des fabuleuses fanges que je suis, car, n’es-\ntu mienne, toi, l’absolue résultante de tous mes\ndésirs immatériels, de tous mes espoirs, ô fille de\nma pensée ?\n\n  Un doux et navré sourire fut trop cruelle réponse\nà ma prière : “ Je ne puis être tienne, quelque déses­\npoir qu’il me prenne de ton désespoir. Comment\npouvais-je imaginer conquérir et puis garder ! cette\nfarouche pensée que nulle, et tant que je crois plus\nbelles — ne sut attirer. -- Tu me vois, non la pau­\nvrette queje suis, mais u n e que tu me crées : valaisse-\nmoi pour celui que j ’aime déjà, et toi, ne conserve,\noh ne conserve que mon souvenir qui vit merveilleux,\nen toi-même, et pour n’en souffrir, nie ma réalité ! „\n\n  Et telle fut sa douleur : Ame dès jamais trop pure\net trop enfante pour dévoiler la fourbe des paroles\nmortelles, née pour d’autres splendeurs et de plus\nhautaines destinées, elle se laissa conquérir par des\nmots banals, qu’elle crut créés pour elle, prononcés\npar une bouche banale, qu’elle crut héroïque et\nvierge. Et lorsque j ’arrivai avec les inconnues ri­\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "112                                    la Wallonie.\n\n\n\nchesses du Rêve que je jetais à ses pieds, les yeux de\nson âme étaient déjà tués par les yeux de son corps.\n\n   Hélas elle était le merveilleux flacon, à la forme\nde songe, d’une gemme trop précieuse, qu’un Bar­\nbare avait brutalement ouvert. Mais le divin parfum\nde son âme s’enfuit et se perdit, inutile et insoup­\nçonné en l’immensité déserte de cette négation. Et\nla pierre découronnée resta seule aux mains du Bar­\nbare.\n\n   Or ce que celui-là désirait, fut la matière du pur\nflacon et non sa forme. Il aima son éclat et la Femme\nen sa seule chair, mais jamais ne sachant découvrir\nle vivant symbole qu’elle était, l’hiératisme spécial\nde sa beauté resta lettre close, et le parfum de son\nâme était mort, car nul n’était plus là qui pût le\nrecueillir.\n\n  Elle aima comme si ce fût digne d’elle, elle aima\nparce que sans le savoir elle n’y vit que le reflet de\nsa Beauté niée. Mais l’Homme vite lassé, puisque ne\nne sachant qui elle était, elle ne lui était plus qu’une\nautre, s’en alla.\n\n  La douleur de cette imméritée (oh combien inévi­\ntable) trahison fut immense, et le mystérieux monas­\ntère des perpétuelles douleurs avait refermé der­\nrière elle ses impitoyables battants. Mais mon déses-\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "    le. Monastère des inexpiables douleurs.           1 13\n\n\n\n\npoir était trop grand, ma misère trop profonde pour\nque je pusse les supporter ; et mourir, tant qu’un\nespoir de la retrouver subsiste, serait une lâcheté,\ncontre elle.\n\n   Découvrir le monastère des douleurs sans espoir,\net la reconquérir, la médiatrice de ma paix, la garde-\nmalade de mon misérable esprit ! Oh si je l’avais vue\navant cette funeste détermination, en sa pitié désor­\nmais sans rivale en son cœur, elle eût consacré sa\nvie brisée à ma vie brisée, et moi, j ’eusse trouvé des\nparoles étranges, de troublantes pensées qui eussent\nendormi sa douleur. Pourquoi n’as-tu voulu que nous\nfussions les purs jumeaux de deux tortures à jamais\nsolitaires mais qui seules pussent être baume l’une\nà l’autre ?\n\n   Et je partis et marchai, et marchai en une direc­\ntion vague, sans compter les jours qni s’écoulaient,\nsans savoir où j ’allais, sans savoir où j ’étais passé.\n\n  Une nuit je m’étais endormi, oh quelle horrible\nfatigue et quel morne affalement, en une très\nantique forêt. Plusieurs fois le soleil avait dû se lever\ndepuis que j ’y étais entré, mais il y avait bien long­\ntemps que ses rayons n’avaient plus pénétré jusqu’à\nmoi. Cette si sombre végétation m’avait paru la gar­\ndienne immémoriale de quelque défendu mystère\nque peut-être je pourrais violer.\n                                                  8\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "114                                    la Wallonie.\n\n\n\n  Me réveillant, je vis, non loin de là, des lueurs de\nvie, et tout courage dès lors reconquis, car hier je\npensais succomber, je m’élançai : la futaie s’y\nmourait et un soleil fulgurant m’aveuglait.\n  Oh que l’aspect de cette magique forêt était d’ici\nétrange et inattendu. Je la voyais s’étendre à l’infini\nde tous côtés en énormes moutonnements, décelant\ntant de vallées, autour d’une aire immense qui parais­\nsait un parc féerique aux séculaires allées, aux im­\nmenses pelouses et quels solitaires géants végé­\ntaux, puis là-bas les discrets taillis des timides\nconfidences — et la lumière qui éclairait ces fabu­\nleuses cîmes était irréelle et je ne crois pas qu’un\nautre œil humain l’ait contemplée ! Et la plupart des\narbres étaient roses ou bleus, quelques-uns jaunes\net d’autres de toute la gamme des couleurs, et même\nquelques tonalités insoupçonnées en mes rêves ; et\ndans les lointains une brume d’améthyste magnifiait\nla sylve multicolore. Nulle rudesse en ces colo­\nrations inusitées qui se fondaient en une telle har­\nmonie que mon cœur momentanément pacifié se\nmit à mollir de joie.\n\n  Ah cette vision-là, vaut presque celle que je pour­\nsuis, et celle-là est la seule chose qui manque à cette\ncalmante vision. Sa présence me semblait si néces­\nsaire, si absolue que je n’éprouvai aucun étonnement\nà la voir apparaître à l’orée de l’une des admirables\nallées en ce jardin de songe.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "   le Monastère des inexpiables douleurs.         115\n\n\n\n  D ’un pas lent et comme endormi, elle s’avança\nvers moi ne paraissant rien voir, mais elle ne fut\npas saisie lorsque moi qui l’attendais agenouillé, je\nlui pris les mains.\n    “ A travers les mondes, j ’ai cherché ton refuge;\nj ’ai crié ton nom dans les plus sauvages solitudes ;\nj ’ai raconté mes désespoirs aux sources des plus\ngrands fleuves pour qu’ils les portassent parmi les\n continents jusqu’aux Océans qui, peut-être, te les\n auraient dits ; j ’ai prié les vents de te répéter ma\n lamentation ! Je ne sais si nature a eu pitié de moi,\n puisque je te retrouve enfin, mais qu’ici tout semble\n être si peu la nature. „\n\n  “ Non, ami, nous sommes hors de la puissance de\nnotre vieille ennemie Nature ! Tu as découvert ma\nretraite, le mystérieux monastère des inconsolables\ndouleurs, parce que ta constance s’est montrée plus\nforte que la vie. Et tu me trouves ici, parce que ton\ndésespoir m’a oubliée et que cette fois, enfin, tu ne\nsonges plus qu’à ton Rêve de moi, et que maintenant\nje suis ce Rêve.\n\n  Là-bas, s’étendent d’autres contrées, aussi sau­\nvages et farouches que celle-ci est calme et pacifiée.\nCe sont là-bas des douleurs bruyantes, ennemies\nd’elles-mêmes et qui sont plus de haine que d’amour.\nEt d’autres sont d’un deuil éternel, résigné et silen­\ncieux. Ici ne peuvent rester que ceux dont les dou­\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "lie                                    la Wallonie.\n\n\n\nleurs se sont immatérialisées en purs et vagues\nsouvenirs : chacun y vit pour soi seul en une extase\nque rien désormais ne trouble, et alors seulement peut\nnaître l’étrange volupté du désespoir résigné.\n\n   Toi-même sans que tu le saches, du jour maudit et\nirréparable, de mon refus, tu étais entré en le for­\nmidable monastère des douleurs impardonnantes et\nc’est pour cela que tes cris aux vents et aux océans\nsont restés sans échos : Depuis trop longtemps, tu\nn’étais plus dans le monde et le monde ne pouvait\nplus te répondre.\n\n   Dans les parages sombres et glacés où tu vaguais,\ntu as fini par oublier celle que je fus, comme je\nl’oubliai moi-même. Mais bien que je ne sache plus\nquel est l’être humain qui brisa mon cœur, mon\ncœur reste brisé, comme ton esprit reste dévasté.\nO ne vois plus en moi le reflet de ta pensée, mais\nta pensée elle-même. Viens, suis-moi, et que mon\ncœur et ton âme se soient mutuellement miséricor­\ndieux. „\n\n   Et depuis ce jour, frère et sœur, nous errons\nmélancoliques et calmes, parmi les splendeurs arti­\nficielles de nos songeries, et subtils médecins,\nchacun de nous adoucit par sa fraternelle complai­\nsance d’incicatrisables blessures, car son cœur est\nveuf d’amour et ma pensée est veuve d’espoir.\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "    la Beauté.                                       117\n\n\n\n                           V.\n\n                      LA BEAUTÉ.\n\n\n    L ’horreur d’une imméritée tempête et follement\nparmi le dédale des rues étroites, parmi le dédale\n des rues tortueuses, j ’erre ! Où trouver le refuge que\nj ’entends, oui les cloches sonnent un appel rédemp­\nteur, et si je ne dois être sauvé de cette effroyable\ntempête nocturne, qu’une maison s’effondre et\nm’écrase, que la maison où j ’ai réfugié mes dernières\nillusions, s’effondre et m’écrase !\n\n   Quelle ténèbre ! et la tempête me poursuit, je suis\nsa proie. En chasse, c’est moi qu’elle poursuit !\nHorreur ! cet éclair formidable m’aveugle, m’aveugle\nau moment où je me sentais approcher du refuge\nespéré, du refuge promis par la voix miséricordieuse\ndes cloches, Et celui-ci! Non, fulgurant il a déchiré\nla haineuse ténèbre, et je vois jaillir devant moi, le\nRefuge !\n\n   Les portails énormes se sont ouverts. Les cloches,\nmortes. Une lumière étincelante et de paix m’invite.\nOserais-je franchir l’immense place où évidemment\nl’insidieuse tempête que j ’entends hurler, me guette,\nme guette pour me frapper. Oserais-je franchir ? Et\nla grande voix des orgues m’appelle. Et des éclairs\nplus bienveillants illuminent la colossale cathédrale\ngothique où la voix des orgues m’appelle.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "                                        la Wallonie.\n\n\n\n   J’irai !... O stupeur!... La tempête succombe devant\nje ne sais quel ordre, alors que des voix séraphiques\nportées par le pacifiant tonnerre des orgues clament :\nQue la paix soit avec vous ! Et j ’ entrai dans le mira­\nculeux sanctuaire.\n  Malgré les orgues tonitruantes et une foule\ncompacte, malgré l’étincellement des innombrables\nlumières et les gestes des prêtres, un silence immé­\nmorial et séculaire régnait dans l’ogivale nef.\n   Mais cette attention qui angoissait jusqu’aux\nsaints de pierre dans les chapelles, n’ardait pas vers\nle mystère de l’autel, mais vers un autre mystère,\npressenti, redouté et fébrilement attendu. Seule une\nformidable terreur de ce qui devait venir maintenait\nl’ordre sacerdotal de la cérémonie.\n  Et à la place de l’autel, peu à peu, surgit lente­\nment un trône gigantesque à plusieurs sièges hiérar­\nchiques. Et sur les premiers gradins un petit groupe\nde femmes. — Ah! je vois et comprends ! Blême d’un\nrespect atterré, je contemple la Beauté, en la pluralité\nd’immortels types.\n  La Beauté absolue, unique, la voici donc niée,\npuisque chacune de celles-ci est parfaite. La Beauté,\nchose purement intellectuelle, (et l’Intellectualité\ninfinie) la Beauté est infinie. Mais elle se résume\nen quelques prodigieux schèmes que je contemple,\net autour desquels à toute pensée il est possible d’en­\nrouler son Rêve.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "    la Beauté.                                         119\n\n\n\n\n  Les connaître serait connaître la Beauté, toute la\nBeauté ! Les voir, oli les voir bien toutes, et puis\nnourrir à jamais mon intellect de cette irrêvable\nvision ! Et les unes étaient vêtues et les autres\ndévêtues de vêtements de couleurs différentes, et\nd’allures étranges, parfois.\n\n   Mais les voir!... A h ! me voici arrêté par une seule,\npar la seule que je ne puisse pas voir ! Tandis que\nles orgues mugissaient du silence, en lente théorie,\nle groupe admirable se dispersant, toutes sauf une,\nmontèrent et s’assirent en les sièges préparés et nulle\nn’osait s’emparer de la cathèdre magistrale. Une\nangoisse horrible tendait l’universelle attention vers\nCelle qui pensive et toute voilée, comme ignorante\nou dédaigneuse de sa majesté, perdue en des songes,\nrestait immobile.\n\n  Un geste las laissa choir les voiles et lors elle\napparut!... Je crus mourir tandis qu’un mécontente­\nment semblait le signe d’une désillusion de la foule.\nElle était vêtue d’un minuscule pagne rose, la faisant\nparaître nue bien qu’il était évident que tout le corps\nfût couvert d’une féerique soie qui, tout en flottant un\npeu, se collant par places, la dénudait effrayamment.\n\n  Mais sa signification échappait à la foule. Et je pen­\nsais périr d’angoisse à la crainte de la voir disparaître ;\ndès lors indifférente et résignée, devant se sou­\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "120                                      la Wallonie.\n\n\n\nmettre à sa destinée, d’une allure fatale elle monta,\net s’empara du grand trône. La foule, consternée,\nmais obéissante toujours aux ordres qu’elle ne peut\ncomprendre, s’inclina et adora, et adora, mais alors\nseulement.\n\n  Celle-là, oui, celle-là, c’est la seule ! C’est elle qui\nme tue par son absence. Ce ne fut jamais une créa­\nture et seul mon front jusqu’ici fut son tabernacle.\nO Forme simplement rêvée, voué à toi, je m’intronise\nton unique prêtre et ton étemel adorant. D ’autres\ndiront t’aimer, mais seul je sais le sens de ta beauté.\nA Toi, ô le Rêve de mon Rêve, je veux me consacrer.\n\n  Et je m’avançai et m’agenouillai, et sais que jamais\nplus de là je ne bougerai, et perdu ineffablement en\nmon intérieure contemplation m’enfermerai en un\nétemel silence, sinon parfois ma clameur résignée\nvers Elle !\n  Elle n’abaissa jamais les yeux jusqu’à moi.\n  Elle ne m’entend même pas.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "    le Lac Wisteria.                               121\n\n\n\n\n                         VI.\n\n                   LE LAC WISTERIA.\n\n\n\n  En des jours amers il arrive d’étranges aventures.\nA la suite d’inconnues'catastrophes, je m’étais retiré\nen la solitude, perdue vers les confins des contrées\nhabitables, des rives obscures du lac Wisteria, et\nje devais franchir ses flots noirs pour communiquer\nencore avec le monde des vivants, et la terreur de\nson nom m’était sûr garant que nul ne viendrait plus\nvers moi.\n\n   O torpide lac Wisteria, réservoir de toutes les\namertumes, placide gardien de tous les désespoirs,\nl’horreur de ton nom n’a su arrêter la curiosité de la\nFemme, une barque a troublé tes flots somnolents,\net traître, tu n’as pas englouti celle qui venait à\ntravers ton mystère, tragique lac Wisteria, violer le\nmystère de ma morne solitude.\n\n  J ’étais cloîtré en cette chambre close d’assez\nlourdes tapisseries pour que nulle folle pensée du\ndehors ne pût envahir ma farouche contemplation.\n— “ Qui t’a permis d’entrer, et comment as-tu osé\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "122                                     la Wallonie.\n\n\n\nfranchir le redoutable lac Wisteria, toi, qui que tu\nsois, que je pressens derrière les immortelles tentures\nde mon Rêve, derrière les sombres rideaux qui\nm’emprisonnent à jamais. „\n\n   Et sans que je sache quelle main, victorieuse d’une\nimmémoriale rigidité, ait soulevé le plus lourd des\nplis, m’apparut une figure de femme, vue peut-être\nen des jours anciens et terrestres, qui, ayant une\nheure vague, fait se tourner vers elle mon regard\nd’au-delà, ne sut, non plus que telles autres, l’en­\nchaîner.\n\n   Elle s’approcha doucement de moi, et si humble­\nment, si calmement vint se mettre à mes genoux que\nje ne sus la repousser — et j ’attendis qu’elle m’expli­\nquât le prodige de sa présence en mon obscure\ndemeure sur les rives ignorées du fatal lac Wisteria,\nalors que depuis si longtemps déjà, l’on devait me\ncroire mort.\n\n   “ O toi, qui dédaigneux de tout amour, seul t’en\nallas, jamais ne daignas-tu songer aux douleurs que\ntu fis surgir? Virginal semeur de Mal, tu sais trop\nbien que la Femme veut de l’amour, n’en fût-il plus\npour elle, sur terre ! Or je fus de celles imitant les\npâles vierges folles, qui tentent éternellement d’allu­\nmer une lampe dont l’huile est tarie.\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "    le Lac Wisteria,                                 123\n\n\n\n  “ Lasse désormais de ces tentatives désespérées, j ’ai\nvoulu savoir si toi seul as été sincère, toi seul qui te\nsois dérobé à mes baisers de flammes. Ne jouais-tu\npas, triste dédaigneux, une comédie dont tu étais la\npremière victime? Est-ce ton visage que je vois ou\nun masque que tu t’es incrusté par un mépris qui\nvient, je crois, plus de ta volonté que de ton cœur? „\n\n   “ Que t’importe qu’il vienne de mon cœur ou de\nma volonté, puisque l’un et l’autre sont assez forts\npour que je reste mon maître. Tu vois l’étrange\nséjour où s’est confiné mon esprit. Crois-tu qu’il y\nait encore au monde quoi que ce soit d’assez terrible\npour m’en arracher? Folle, folle, que viens-tu faire\nici ? „\n\n\n   “ V a, ces aspects d’horreur te lasseront, et au\nmilieu d’eux plus invincible éclatera la splendeur de\nma beauté. Ne te relègue pas hors de l’humanité, car\nje suis aussi belle que le plus beau de tes rêves et\nmes voluptés sont plus profondes et plus infinies que\ncelles de ces vains et furtifs tentateurs. „\n\n   L ’orgueil de cette créature me fit sourire, car vrai­\nment elle ignorait trop contre quelles irréelles puis­\nsances elle se vantait de lutter. Mais se jetant sur\nmes lèvres entr’ouvertes elle se mit à les dévorer de\nfols baisers et de morsures douces qui me faisaient\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "124                                     la Wallonie.\n\n\n\nsouffrir un peu, sans parvenir à me distraire des\nrêveries en lesquelles j ’étais perdu, car je pensais\ntant plus loin.\n\n   J ’entendais mugir l’obscur lac Wisteria dont les\nflots lourds se débattaient sous le souffle enflammé\ndes effluves érotiques qui faisaient se tordre aussi les\npesantes draperies de mon refuge violé. Et je souriais\ntoujours de l’inquiétude du profond lac Wisteria, car\nmoi je savais que n’ayant plus de cœur ni plus d’âme,\nje ne courais aucun danger et que m’apparaîtrait\nbientôt la réalité de tout ceci.\n\n  Et dans la morsure de ses baisers, l’admirable\ncréature qui s’était enfermée dans mes bras murmu­\nrait : “ Vis, viens en moi! la mort t’atteindra assez\ntôt pour que tu ne te jettes pas encore à elle. Survis-\ntoi! Vois! mais vois donc combien je suis belle! „\nAutour de son corps ses vêtements disparaissaient\nlentement comme d’opaques brouillards, la laissant\nen toute l’étrange merveille de sa chair dévoilée.\n\n  Or très calme, je dis : “ L ’heure est venue de la\nvérité! „ Et sur ce corps splendide m’apparut la\nhideur d’une tête de squelette dont la bouche sans\nlèvres se mit à déchirer mon visage, à manger mes\nyeux, voulant arriver à dévorer ma cervelle, et ma\npensée avec !\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "    Épilogue.                                       125\n\n\n\n\n                              EPILOGUE (* ).\n\n\n   A l’époque des origines, séparés l’un de l’autre par\ndes espaces illimités, existaient deux mondes :\nl’Esprit et la Matière.\n   Le monde de l’Esprit existait en une harmonie\nabsolue, existait en lui-même et de lui-même, et rien\nne paraissait pouvoir troubler sa paix.\n   Mais au loin vaguait, brute et inerte, le monde au\nhasard aggloméré en infinies poussières, le monde vil\nde la Matière,\n   Et un jour de cataclysme irrua au travers du monde\nde l’Esprit.\n   Le tumulte de ce désastre fut effroyable, et la\nMatière se désagrégea en astres innombrables qui\npeuplèrent l’Infini.\n   Et comme chacun d’eux en ce trouble de tour­\nmente avait incorporé une part du monde spirituel,\nde ce déplorable accouplement naquit la vie.\n   Et tous les astres se mirent à tournoyer suivant\nd’inconnues lois harmoniques.\n   L’Esprit avait donc été dispersé en parcelles\ninfinitésimales, et la Matière qu’il avait vivifiée et\nfécondée, lui, le Mâle, le nia et se crut divine.\n\n  (*) F ra g m e n t de : La lutte des instincts.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "12G                                       la Wallonie.\n\n\n\n   Mais le but inconscient de ces parcelles spirituelles\nfut de se réunir, et de ces rencontres naquit la\nsociabilité : l’homme humain s’était créé.\n   Ces parcelles, à l’infini séparées, se réunissant peu\nà peu en certaines personnalités qu’elles firent hau­\ntaines, donnèrent ainsi les premiers chefs.\n   Et dès lors la lutte s’établit entre la formidable\nmatière et l’Esprit qui, ayant repris notion de lui-\nmême, voulait se reconquérir.\n   Et ce fut la mission de l’homme de recueillir et de\nconcentrer le atomes épars d’Esprit et par là de\n diminuer la puissance ténébreuse de la Matière sur\n sa progressive individualité.\n    Or cette individualité sans cesse renaissante sous\n forme de diverses personnalités, est le redevenir de\n l’Esprit lutteur.\n    A la mort tout l’esprit thésaurisé passe à la person­\n nalité héritière et marque le progrès ou le recul sui­\n vant l’emploi fait de sa vie par la précédente per­\n sonnalité.\n    La grande force de la Matière réside en la femme,\n son symbole, pour qui elle a volé le plus noble fleu­\n ron de l’Esprit : la Beauté.\n    C’est par elle qu’elle lutte, car elle est chair et en\n multipliant trop la race elle affaiblit la force de résis­\n tance de chacun. Il faudra qu’un jour il ne reste plus\n  que quelques hommes, et c’est ce jour que se livrera\n la plus terrible bataille : et ce jour l’homme devra se\n  détruire lui-même et sa descendance.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "   Épilogue.                                      127\n\n\n\n   Au bout de milliers de siècles quelques-uns arri­\nvèrent à un état si voisin de la pureté intellectuelle\nqu’à l’humanité retardataire ils parurent divins.\n   Et quand ceux-là ont dégagé toute matérialité ils\ns’en vont de la vie, purs et impersonnels esprits,\nrejoindre et augmenter graduellement l’embryon\nsauvé d’où sortira à nouveau le monde jadis vaincu\nde l’Esprit.\n   Ceux que nous nommâmes prophètes et génies\nfurentles premiers qui vainquirent la Matière et leur\nmission fut d’avertir ceux qu’accablait l’Ennemie et\nde les réconforter.\n   Et puis il y en eut aussi d’autres si proches de\nl’ultime délivrance, qu’ils ne parlaient plus et\nrestèrent inconnus.\n   La gloire, ce reflet immatériel qui ne brille que\nsur de la matière n’avait plus de prise sur eux.\n   Cette lutte est la raison d’être de notre existence\net malheur à ceux qui faiblissent, ou que la Matière\nséduit.\n   Tandis que les autres monteront à l’accomplisse­\nment du but, eux, de plus en plus accablés par l’im­\nplacable,l’inconsciente Matière descendront d’échelon\nen échelon à la brutité primitive.\n   Et le seul espoir qui restera sera la foudroyante\ndiminution de la race.\n   Chaque existence est juste. Elle est la résultante\nlogique et inéluctable d’existences antérieures.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "128                                   la Wallonie.\n\n\n\n   Et une époque viendra, où le monde de l’Esprit,\npresque entièrement reconstitué, verra passer par\nl’Infini un monstre enflammé et rugissant d’épou­\nvantables clameurs et d’étemelles douleurs : ce sera\nla Matière, qui, triomphante de ceux qui n’ont voulu\nla vaincre, emporte à jamais dans son orbe fou les\nparcelles d’Esprit désormais trop faibles pour lutter\net asservies jusqu’à la fin des siècles.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "R O N D E E N F A N T IN E D 'A P R È S    UN A IR ANCIEN.\n\n\n\n                                I.\n\n              Dans les jardins d’mon cœur\n              Ont fleuri mes ennuis\n              Tous les chagrins du monde\n              Y viennent fair’ leur nid\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it bon fa it bon fa it bon\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it bon réver\n\n                                II.\n\n\n              Tous les chagrins du monde\n              Y viennent fair’ leur nid\n              E t celle que j'adore\n              Me fu it oh quel ennui\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it doux fa it doux fa it doux\n              Auprès de ma blonde\n              Qu'il fa it doux pleurer\n                                                       9\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "130                                   la Wallonie.\n\n\n\n                     III.\n\n\n      E t celle que j'adore\n      Me fu it oh quel ennui\n      Mais elle empor t' mon cœur\n      Mon pauvre cœur transi\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fait bon fa it bon fait bon\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fa it bon dormir\n\n\n                      IV.\n\n\n      Mais elle emporte mon cœur\n      Mon pauvre cœur transi\n      Demain loin de ma belle\n      Je m’noirai sans ennui\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fait doux fa it doux fait doux\n      Auprès de ma blonde\n      Qu'il fait doux mourir\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                    BYZANCE.\n\n\n  Toute d’argent, tu te dresses au fond de cet\nhorizon d’argent. Ville d’argent aux dômes d’ar­\ngent, mer et ciel et monts, et comme si tout n’était\nassez d’argent, ce voile de brume argentée, ce voile\nléger d’argent tissé sur tout ce rêve d’argent. O\nville et fleuve d’argent, Constantinople et Bosphore\nau soleil levant, je vous glorifie.\n\n  Et toute d’or, or aux coulures d’émail bleu, dômes\nd’or, splendeurs d’or des midis d’Orient et le grand\nBosphore et le golfe d’or, Corne d’Or — Lumière\nd’or, ville et fleuve et port d’or au formidable soleil\ndes jours, je vous glorifie.\n\n   Toute de rubis tu surgis vers les agonies quoti­\ndiennes et t’ensanglantes de pourpres tant de fois\nimpériales, et la mer saigne, et les rives saignent et\nles îles s’engemment et se rubéfient aux loins, et un\nreflet de sang de diamant couvre tout de ta splendeur\ntragique, ô rubis. Ville et fleuve, et mers, et îles de\nrubis. — Constantinople au soleil couchant, je te\nglorifie.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "132                                    la Wallonie.\n\n\n\n   Et sombre et calme, et toute de saphir; et la mort\nsemble] planer tant la vie s’immobilise — sauf ce\ngrand fleuve qui sort d’une mer pour se jeter en\nune autre mer, et quelques péregrinants dauphins\nd’émeraude et de saphir, infatigables souffleurs, pen­\ndant les nuits de saphir. Oh bien plus majestueuse et\nglorieuse encore en son immobilité de cadavre\ncouvert des ecchymoses saphirines d’un sang coagulé\nqu’en les affres de sa rougeoyante agonie ! O Calme\nsi calme, Bosphore et mers si seules — Constanti­\nnople, ville de saphir en la nuit, je te glorifie.\n\n\n\n  Perle dont l’Orient illumine mon souvenir, grande\nville de toute résignation, Gremme trop riche pour\ndemeurer à un seul, et comme les joyaux trop cé­\nlèbres vouée à d’éternelles vicissitudes, grande ville\nde toute résignation, symbole de tant de grandes\nâmes, Byzance, je t’aime et te glorifie.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "          SÉ R É N IT É S.\n\n\n\n\nO mes pensées vers Elles,\nToutes ces défuntes en désarroi !\nMes pensées, mol vol d’ailes\nVers Elles tout en émoi!\nAllez, allez, vagues tourterelles\nVers ces infinis d'azur et de bois.\n\n\n\nTout l'inexprimé du cœur\nTout l’inéclos du rêve...\nSe souvenir de ces langueurs ;\nEnfin cette chasse sans trêve,\nCes mensonges songeurs\nE t ces sincérités trop brèves!...\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "134                                    la Wallonie.\n\n\n      O toutes ces pâles fiancées\n      Que d’autres ont consolées,\n      Trop belles je vous ai rêvées,\n      Chères mal oubliées.\n      Fuyez, fuyez, folles énamourées,\n      Vers des loins d'or et de feuillées.\n\n\n      Sourire de la vie,\n      N’être qu'indifférente bonté,\n      Des paroles à jamais fuies\n      Pardonner la candide fausseté,\n      Ne pas croire à des choses trop finies\n      E t n’aimer plus que la seule Beauté !\n\n\n      O mes pensées vers Elles,\n      Toutes ces défuntes en désarroi!\n      Mes pensées, mol vol d’ailes\n      Vers Elles tout en émoi.\n      Allez, allez, vagues tourterelles\n      Vers ces infinis d'azur et de bois.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                 ÆGRI SOMNIA.\n                                          (F ra g m en ts).\n\n                            Rem arquez bien que j e ne renonce pas\n                          au plaisir de changer d'idée on de me\n                          contredire.\n                                          B a u d e l a ir e .\n\n\n\n\n  Laisser faire — laisser dire — et se moquer du\nreste.\n                            X\n  La seule raison d’ être d’un artiste n’est-elle pas de\nproduire des œuvres, sinon parfaites (car qu’est-ce\nque parfait?) du moins telles que nul autre n’en\npuisse créer de semblables.\n                            X\n  Oh le plaisir de se calomnier soi-même ! Si l ’on\npouvait être seul à s’estimer.\n                            X\n  Bien des choses un peu humiliantes s’avouent plutôt\nà maint indifférent qu’à un ami.\n                            X\n   Si j ’étais médecin je ne pourrais, je crois, résister à\nla tentation de tuer impunément un homme — pour\nvoir si les remords, ça existe.\n                            X\n  Commerce : la lutte continuelle entre le désir de\nvoler le client et la difficulté de le faire par la faute\nde la concurrence.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "136                                    la Wallonie.\n\n\n\n  L ’intérêt général du commerce exige une certaine\nhonnêteté; mais tous ne sont honnêtes que dans\ncette mesure-là.\n                          X\n  La réalité de ma vie n’est que le rêve dont je vis\nentouré, et mes seules haines sont contre ceux qui\nbrutalement portent les mains sur ce voile sacré qui\nme cache le monde.\n                          X\n  Les rencontres de gens sympathiques sont de pur\nhasard. On aurait aussi bien pu ne jamais les ren­\ncontrer. Dès lors, quelque charme qu’on y puisse\ntrouver, quelle importance peut-on y attacher puisque\ntout vous crie que cela aurait aussi bien pu ne pas\nêtre. - A moins que d’être convaincu de la nécessité\nde toute vie, et dès lors le hasard étant tué, tout ce\nqui arrive étant l’enchaînement fatal et inéluctable\nde nos mutuelles existences, ces rencontres sont, de\ntoute éternité, prédestinées, et étant nécessaires,\nparticipent donc à l'Absolu.\n                          X\n   Tant de choses qui semblent impossibles, ef­\nfroyables ou trop humiliantes, en idée, ne paraissent\nplus rien quand elles arrivent et s’imposent.\n                          X\n  On n’a jusqu’ici trouvé moyen d’encourager les\nactes de générosité qu’en faisant appel aux senti­\nments les plus vils : la vanité et l’intérêt.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "    Æ gri Somnia.                                  137\n\n\n\n  Mon âme s’est enfermée en un château enchanté\net un jour a oublié le mot qui devait rompre le\ncharme : elle restera éternellement sa propre pri­\nsonnière.\n                          X\n  Il y a tant de têtes qui n’ ont évidemment jamais\npensé et qui en portent le stigmate.\n                          X\n  Hélas, avez-vous jamais trouvé en une femme\nquoi que ce soit que vous n’eussiez déjà vu en une\nautre femme.\n                          X\n   Le symbole de la Femme, c’est l’Or. L ’or est son\nmaître, la clef qui ouvre son cœur, la main qui\nsoulève ses draps. De plus, comme l’or, elle ne mérite\nni l’excès d’honneurs, ni l’excès d’indignité dont on\nl'accable.\n                          X\n  Vraiment jamais une femme et pas une ne vaut\nqu’on se fâche à cause d’elle — Rien d’elle ni en elle\nne vaut d’être pris au sérieux — Et puisque le sérieux\nque nous lui prêtons n’est qu’un fruit de notre com­\nplaisante imagination, ordonnons à celle-ci de créer\nun autre fantôme.\n                          x\n  L ’unique but raisonnable de la vie ne pouvant être\nque d’éprouver le minimum possible de vicissitudes,\nchaque besoin vaincu est une source d’embêtements\ntarie.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "138                                     la Wallonie.\n\n\n\n  Deux seules règles de Vie : la domination et le\nrespect de soi-même.\n                           X\n  En amour, ce que l’on aime c’est le rêve que l’on\nfait d’une femme, et tout ce qu’ on peut lui demander,\nà elle, c’est de n’être pas tellement inférieure à ce\nrêve quelle ne le tue.\n                           X\n   En une femme c’est toujours soi, sa propre intel­\nlectualité que l’on aime, et nulle femme ne veut\ncomprendre que c’est le plus bel éloge que nous puis­\nsions lui faire, et quel éloge, d’ainsi la créer la dépo­\nsitaire sacrée de nos songes.\n                           X\n  La température était si glaciale qu’il me prit une\npitié pour les femmes nues des affiches collées aux\nmurailles giflées par la neige et par la bise.\n                           x\n  Une femme ne saura jamais ce qu’il y aura eu\nd’auréoles de rêve autour d’elle.\n                            X\n  Il y a des jours où je goûte le genre de repos qui\nconsiste à ne plus rien espérer.\n                            X\n  ...J’ai au milieu du monde l’effroyable sensation de\nmon isolement, de cet isolement terrible et invisible\nproduit par un fluide isolateur et glacial qui se\ndégage de moi-même et me rend si foncièrement\ninapte à la vie sociale. Et je me sens à jamais seul,\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "    Æ gri Somnia.                                   139\n\n\n\ncar à qui ouvrirais-je les gouffres noirs de mes\npensées, où follement en de fuligineuses et suffo­\ncantes ténèbres je volète, chauve-souris hésitante et\nobstinément se heurtant à des murailles qu’elle ne\nvoit pas et où elle froisse ses ailes de nuit.\n                           X\n  Il est certain que l’idéal de vie, serait d’être assez\nfort pour pouvoir vivre tout seul.\n                           X\n   Une femme demandait un jour à l’un de ses amants\ns’il voulait la garder pour lui seul : “ Oh non, chère,\nje t’aime bien trop pour cela; du jour où je saurai\nqu’il ne dépend plus que de moi de t’avoir, ton attrait\nsera mort. Je veux conserver l’indécision de ton\nbon plaisir qui me donne chaque soir l’illusion d’une\nconquête nouvelle. „\n                           X\n  Si les femmes nous laissaient aimer leur vivant\nreflet en nous, nous les aimerions à jamais. Pourquoi\nveulent-elles donc toujours interposer leur réalité ?\n                           X\n  Nous sommes chacun l’un de ces miroirs en lesquels\nles visages se transforment ou se déforment, images\nbizarres et parfois si inattendues. Or je veux\ncontempler le monde extérieur en le miroir faussé\nque je suis.\n                           X\n  “ Non ! „ à l’une voulant savoir ce que je pense\nun mystère qu’il importe de tenir caché, car quel\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "140                                     la Wallonie.\n\n\n\neffroi d’elle pénétrant dans ce terrible désert de\nglace et de vieux désespoirs sans cause figés en rocs\nd’indifférence, où sous une lumière faible et trouble,\nerrent quelques vagues fantômes, dont le sien, mais\nsi tristes !\n                           X\n  Dans le calme du loin, la rivière coule avec un\nvague et rhythmique bruit de mer somnolente et\naussi — là-bas — le boulant murmure de tous ces\nbois — et du vent.\n                           X\n   En somme la femme est un être si essentiellement\npassif que, ne fussent certaines considérations\nsociales ou mondaines, n’importe quel homme la\ndésirant fortement aurait n’importe quelle femme,\ns’il lui montrait, sans lui parler, son désir. — Mais il\nest si difficile d’avoir un désir.\n                           X\n  Toujours et souvent si volontairement, rater le\ncoche — et au fond, d’avance être résigné à passer\ntoute sa vie à les voir passer, sans pouvoir se décider\nà sauter en aucun d’eux !\n                           X\n  De quel gypse est donc ce que nous croyions le\ndiamant de notre cœur que nous sentions de telles\nvipères y mordre. Oh ces désirs de meurtre, lents et\ndoucereux.\n                          X\n Certains hommes, natures trop délicates, ne veulent\navouer aux femmes les désirs qu’elles leur inspirent,\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "    Æ gri Somnia.                                           141\n\n\n\nalors même qu’ils sont certains de réussir, redoutant\ntrop l'a façon dont elles s’abandonneraient : ils\npréfèrent conserver intégrale leur illusion.\n                            X\n  Je vois trop le squelette sous la chair et cette\nhideur sous toute beauté.\n                            X\n  Ce n’est pas la lumière que je cherche, ce sont des\nlueurs sur fond de ténèbre.\n                            X\n  Quand on voit le peu que valent les meilleurs\nd’entre nous, peut-on encore en vouloir aux femmes,\nde leurs petitesses, de leurs trahisons, de leurs faux\nraisonnements et de leurs continuelles inconsé­\nquences ?\n                            X\n  Par la nuit superbe une lune d’opale en un ciel\nlimpide, et se traînant dans la vallée, un grand\ndragon de brume argentée....\n                            X\n  S’en aller, s’en aller, loin, bien loin, aussi loin que\npossible, et de là, ne jamais revenir, jamais....\n\n                                  P ie r r e -M .   OLIN.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "142                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n                      MUSIQUE.\n\n\n\nSYMPHONIE A GRAND ORCHESTRE DE LOUIS KÉFER.\n\n\n  Nous étions quelques-uns partis en pèlerinage pour Ver ­\nviers, où l’on donnait la symphonie à grand orchestre de\nLouis Kéfer, et c’est une réelle admiration qui m’engage à\nécrire. Depuis la symphonie libre de Raway, je ne crois pas\nqu’un aussi grand effort vers la pure musique ait été fait dans\nnotre pays : aussi ma critique sera-t-elle très sévère.\n  L ’œuvre visiblement édifiée selon l’esthétique qui est le\nfondement de la symphonie de Raway, s’en écarte pourtant\ndès l’abord par le choix des thèmes, et il faut le regretter.\nRaway énonce un pur concept musical, en expose l’analyse\nen indiquant toujours avec clarté à quel tronc se rattachent\nles rameaux; les thèmes ainsi obtenus se divisent en thèmes\nencore plus spécifiques qui, opposés, par groupes ou bien\nisolément, élucident un drame de vie; et, l’artiste abstrayant\nensuite de plus en plus les caractères génériques, lorsque\nl’Acte prend fin une éclatante synthèse surgit.\n   Louis Kéfer procède un peu différemment. Préoccupé aussi\nde l’architecture logique, il analyse et synthétise par des\nthèmes diversement combinés, lesquels affectent, dès le\ndébut, une forme très caractéristique. Mais ces thèmes ne\nrévèlent pas leur origine, et si vraiment ils viennent d’une\nsource commune, on ne peut nullement s’en rendre compte;\nc’est un peu comme si l’on présentait, séparés, les doigts\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "     Musique.                                                143\n\n\n\nd’une main. Il y a ici, pour moi, une question de principe\nprimordiale, mais (je le sais et l ’admets fort bien) je serai\nsans doute seul à présenter cette objection, et le seul fait de\nl’énoncer prouve déjà en quelle haute estime je tiens le talent\nde Louis Kéfer.\n  L ’œuvre vaut par une intellectualité élevée, elle est un\neffort très pur et très droit vers la Beauté. Comme la sym­\nphonie libre, mais moins profondément pourtant, elle est une\nvision psychologique et, élargissant cette psychologie qui se\nparticularisait d’abord, cherche une conclusion philosophique\net humaine. Bien entendu, il ne faut pas demander à la\nmusique la démonstration raisonnée d’une métaphysique\ncomplète; mais la symphonie de R away suggérera, par\nexemple, dans le torrent joyeux et rude de la vie, un être qui\nlutte et s’affirme ; on le voit baigné d’aériennes idées qui, au\nmilieu de la douleur, s’émeuvent au profond de lui et l’at­\ntirent vers un inconnu ; puis le finale évoque la grandeur de\nla souffrance humaine, la souffrance spiritualisée d’où surgit\naussitôt l’idée d’une rédemption par l’œuvre. L a symphonie\nde Kéfer montre, elle aussi, l’homme dans la vie ; on le voit\nlutter et grandir, se développer parmi les choses, et, les\nobstacles renversés, se dresser en vainqueur. La philosophie\nici serait optimiste, et l’œuvre illuminerait la forme triom­\nphante du vouloir.\n  L e défaut le plus difficile à éviter, lorsqu’on veut élever la\nmusique à ces hautes régions, — son vrai domaine, dont elle\nfut trop chassée, — c’est de concevoir une forme trop étroite,\nc’est de particulariser, donc de tuer, c’est de ne pas faire\nœuvre musicale. Kéfer pousse très loin l ’analyse, et s’y com­\nplaît un peu exclusivement dans la première partie ; dans les\n2e et 3e, la forme extérieure le préoccupe excessivement.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "144                                                                la Wallonie.\n\n\n\nMais partout, l’œuvre reste musicale, largement édifiée\nsur des harmonies riches et solides, sur des rythmes d’une\nsoudaine franchise. Il est à peine besoin de le faire observer,\nles précédentes critiques ne m’empêchent nullement d’estimer\nbeaucoup les premières parties ; mais elles tombent d’elles-\nmêmes au seuil de la dernière partie, ce finale d ’allure\ngrandiose et pourtant sobre, où l’analyse excessive fait place\nà une vivante synthèse, lorsque, dans l’horizon grandi, les\naccords élèvent victorieusement la force d’une pensée.\n                                                    A. M.\n\n\n                                    NOTES.\n  L e Théâtre d’Art prépare une solennité artistique dont se\nréjouiront tous les lettrés : c’est l’Après-midi d’un Faune,\nl’admirable poème de Stéphane Malarmé, transporté sur la\nscène.\n\n   Dans le Journal de Liège, un article signé Argand donne\nun joli coup de férule à la bonne jeunesse bourgeoise d’à\nprésent, et aussi d’excellents conseils qui ne seront malheu­\nreusement pas suivis. Il est amusant de voir le chroniquenr\ndu journal si bien d’accord avec la Wallonie (par exemple\nl ’article d’Hubert Krains sur le jeune Belge et le catéchisme\nde Carlyle).\n\n  Remercions vivement M. J. Delbœuf. L e haut philosophe\nque nous admirons tous a bien voulu citer la Wallonie à son\ncours (*).\n\n\n   (*) A lb ert S a in t-P a u l h a b ite P a ris . M ousmé — ja p o n a ise (cf. R o g er de\nB ea u v o ir, P ie rr e L o ti, e tc ., passim ).\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                            de nos Collaborateurs :\n a *   ............................                          Chantefable un peu naïve (à pa­\n                                                                  raître prochainement).\n  H e c t o r C h a in a y e . . . .                        L ’Ame des choses.\n  A c h i l l e D e l a r o c h e . . . À énor (à paraître prochainement).\n  CÉLESTIN D EMBLON . . . .                                . Contes mélancoliques,\n                                                             l e Roitelet,\n  G u s t a v e K a h n .............................       les Palais nomades.\n  C a m i l l e L e m o n n i e r . . . Le Possédé.\n  C h a r l e s V a n L e r b e r g h e . Les Flaireurs.\n  G r é g o ir e L e R o y . . . .                          Mon Cœur pleure d'autrefois.\n  M a u r i c e M a e t e r l i n c k . . Serres chaudes.\n                                                            La Princesse Maleine.\n                                                            Les Aveugles.\n                                                            L ’Intruse.\n                                                           les sept Princesses (à paraître).\n  Stéph a n e Mallarm é                           . . Poèmes d’Edgar Poe.\n                                                             Villiers de l'Isle Adam.\n                                                           Pages (à paraître prochainement).\n St u a r t M e r r il l           . . . .                  Les Gammes.\n                                                           Les Fastes.\n J e a n M o r é a s ....................................   Les Cantilènes.\n                                                           Le Pèlerin passionné.\n G a b r ie l M o u r e y . . . .                           Crépuscules d’Ames.\n                                                           Flammes mortes.\n P i e r r e - M . O l i n ............................    M es Mémoires.\n                                                           Des Visions (à paraître).\n                                                           Les Petits Enfants (à paraître).\n P ie r r e Q u il l a r d . . . .                         La F ille aux mains coupées.\n                                                           La Gloire du Verbe.\n H e n r i d e R é g n ie r              . . . Episodes.\n                                                           Poèmes anciens e t romanesques.\n A d o l p h e R e t t é .............................      Cloches en la Nuit.\n                                                           Une belle Dame passa (à paraître).\n                                                          La F orêt bruissante        »\n                                                          La seule Nuit               »\n A l b e r t S a in t -P a u l . .                      . Scènes de Bal.\n                                                          l'Écharpe d’iris (à paraître pro­\n                                                                 chainement).\nF e r n a n d S e v e r i n . . • . . Le Lys.\n                                                          le Don d’Enfance.\nE m il e V e r h a e r e n . .                 .       . Les Soirs.\n                                                          Les Débâcles.\n                                                          Les Flambeaux Noixs. . .\nF r a n c is V i e l é -G r i f f i n .              .    Ancaeus.\n                                                          Joies.\n                                                          Diptyque (va paraître).\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "6e A N N E E , N o 2.\n\n\n                                   LA W ALLONIE\nREVU E       M EN SU ELLE           DE     L IT T É R A T U R E   ET   D ’A R T\n\n\n\n     Directeurs : A l b e r t M OCKEL, P i e r r e -M .                OLIN\n                   et H e n r i d e RÉGNIER.\n                    Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n    Adresser les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles,\n                     et 6, rue Boccador, Paris,\n\n      A bonnem ent         : 5 f r . par an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n\n\n\n                                   SOMMAIRE :\n\nP ierr e-M . O lin         .   .   D es   V is io n s :\n\n                                       Prologue.\n                                       I. la Solitude.\n                                       II. l'Ile.\n                                       III. lès Navigations sentimentales.\n                                       IV. le Monastère des inexpiables\n                                               douleurs.\n                                       V. la Beauté.\n                                       V I. le L ac Wisteria,\n                                       Épilogue.\n                                   Ronde enfantine.\n                                   Byzance.\n                                   Sérénités.\n                                   Æ gri Somnia.\n\nA . M ................................. Musique.\n\n                                   Notes.\n\n                         Ce n u m é r o 7 5 c e n tim e s .\n\n\n                                      Des presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1891-02", "signet_source": "6ème année - N°2 - Février 1891", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 157) : « 6e année, No 2 » ; le mois (février 1891) n'y figure pas et vient du signet seul. Le sommaire imprimé de la couverture attribue Des visions, Ronde enfantine, Byzance, Sérénités et Ægri somnia à Pierre-M. Olin, Musique et Notes à A. M.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}