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Pour conditions écrire 307, avenue Louise,\n  Bruxelles.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’ART MODERNE 11me ANNÉE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 314, "fin_caractere_exclue": 1395, "texte": "L ’ART MODERNE                 11me ANNÉE\n\n      Directeurs : O c t a v e M A C S , E d m o n d P I C A R D , E m i l e V E R H A E R E N\n\n REVUE       CRITIQUE            DES      ARTS         ET     DE      LA     LITTÉRATURE\n\n                  26, Bue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n                        Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\nla R e v u e b la n c h e , 60, rue de l’Ouest, L iége,\nla J e u n e B e lg iq u e , 26, rue de l’Industrie, Bruxelles,\nla R e v u e b e lg e illu s t r é e , 69, rue Stévin, Bruxelles,\nla P lu m e , 39, boulevard d’Arago, Paris.\nR e v u e in d é p e n d a n te , 12, rue des Pyramides, id.\nM e r c u r e d e F r a n c e , 15, rue de l ’Echaudé, St-Germain.\nl’E r m ita g e , 5, rue Gay Lussac.\nle N o r d lit t é r a ir e , 113, rue de Paris, Valenciennes.\nE n tr e tie n s p o litiq u e s e t lit t é r a ir e s , 11, chaussée d’Antin,\n  Paris.\n\n\n\n                 LES                     JEU N ES\n  B E V U E M E N SU E LLE D ’A R T E T DE                               LITTÉRATURE\n\n            6 , r u e d e F e r , N a m u r ; 5 fr. l ’an\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 285, "page_fin": 286, "titre_corps": "Vous ne serez plus vierge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bois", "ancre_debut": "VOUS NE SEREZ PLUS VIERGE. Alors Sathan rôdait dans ma lumière", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "VOUS NE SEREZ PLUS VIERGE.\n\n\n\n\nAlors Sathan rôdait dans ma lumière astrale\nE t la nuit sur mon front oscillait l’aile fatale.\n\n\nVous ne serez plus vierge, ô vierge, car je vous ai violée,\nVous ne serez plus vierge,\nDélacez votre enfantine gorgerette,\nQue vos jupes glissent, vos simples jupes de serge,\nQue glissent les voiles et les amulettes\nE t les cliquetants bracelets,\nVous ne serez plus vierge, car je vous ai violée.\n\n\nDélacez votre enfantine gorgerette,\nQue vos seins de rêve soient tout nus,\nQue vos bras de fier garçon soient tout nus,\nQue vos jambes fermes et lestes soient toutes nues,\nQue votre ventre éblouissan t soit tout nu !\nE t regarde-toi, regarde où saigne cette plaie,\nTu ne seras plus vierge, car tu es violée.\n                                                              19\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "28 G                                            la Wallonie.\n\n\n\nJe t'avais aimée comme une sœurette,\nComme une sœurette seulette,\nComme un chaste cœur délicat ;\nJe t'avais aimée fine et fière,\nE t toute d’un élan comme une sincère prière,\nJe t’avais aimée tout entière,\nAh !\n\nSais-tu comment je t’ai violée ?\nJe t'ai violée, seul, en ma couche vide,\nPar la complicité des démons blêmes !\nJe t'ai violée quand même sans que tu m'aimes\nE t sans que je t'aime toi-même;\nPar la volonté des astres perfides\nJe t’ai violée.\n\nCe péché de nuit et de mystère\nPortera son fruit de châtiment.\nVa tu peux pleurer et t’asseoir sanglante sur les pierre*,\nTu peux t'agenouiller dans les églises,\nQuoi que tu fasses, quoi que tu dises,\nTu enfanteras n'importe comment....\n\nE t ce pauvre enfant solitaire\nN'aura ni père ni mère\nParce que c'est en songe que je t'ai violée.\n\nMais maintenant j'a i vaincu Satlian dans ma lumière astrale;\nE t priera notre fils pour nous préserver du mal.\n\n                                               J u le s   BOIS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 287, "page_fin": 287, "titre_corps": "Odelette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "ODELETTE. Le soir chôme en la trève", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "ODELETTE.\n\n\nL e soir chôme en la trèv e, au seuil, des rouets doux....\n\n\nLe site est rude à peine encore du vieux houx\nAttestant que la terre antique fut cruelle\nA la douceur naïve en quête de l’agnelle,\nA cette Ame qui fat si folle en le Bois noir\nEt se reconnaît mal au tranquille miroir\nOù d’elle son passé s’exile et la recule !\n\n\n\nLes moissons mûres sous le tiède crépuscule\nLes vergers lourds d’automne et jaunes d’Été,\nTout ce qu’il semble à notre songe avoir été :\nCe lent chemin entre des arbres et le fleuve,\nEt comme cette écorce, hélas, une chair neuve\nAvant la vie et l’aventure et l’ombre et l’an\nEt le silence en pleurs sur le seuil vigilant.\n\n\n                                     H e n r i d e RÉGNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 288, "page_fin": 289, "titre_corps": "Les appels du passé", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "LES APPELS DU PASSÉ. On eût dit qu’une infranchissable", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "LES AP PE LS DU PASSÉ.\n\n\n   On eût dit qu’une infranchissable muraille de\nnacre barrait l’horizon, tant le ciel était éblouissant\nà cette heure de la nuit. Le disque de la lune s’y\n dessinait frêlement, les étoiles se voyaient à peine.\n   Attentif, le paysage reposait sous un léger voile\n de brume laiteuse. Une tranquillité sacrée régnait.\n On entendait glisser les longs nuages d’argent et\nfrissonner les hauts arbres qui émergeaient du brouil­\nlard et scintillaient comme des grappes de diamants.\n   La brise tombant, tout s’immobilisa. Il me parut\nalors que la terre était prise dans un énorme bloc de\nglace.\n   Soudain, une plainte claire et vibrante s’éleva des\nmurailles; la maison en frémit; et je sentis passer\nl’éclair sous mes pas. La plainte s’éleva de nouveau,\n cette fois plus stridente, et elle se répercuta bien\nloin, jusqu’à l’horizon.\n   A cette voix, un monde inattendu s’éveilla. Le sol\ns’alluma d’abord d’un tel éclat intérieur que le ciel\nen pâlit aussitôt. Et un paysage que je ne reverrai\njamais plus surgit de terre lentement, comme avec\nune fatalité mécanique.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "    les Appels du passé.                           289\n\n\n\n   Au bord d’un fleuve étincelant et calme se dressa\nune vieille petite maison. Des banderoles de fumée\ns’échappaient du toit aux ardoises bleuies par la\nlune. Tout à coup une main tremblante ouvrit une\ncroisée et je vis apparaître un vieillard, dont les\ntraits m’étaient connus. Sa figure douce et observa­\ntrice s’éclaira faiblement comme celle d’un fantôme.\nIl me regarda fixement. Je ne fus pas effrayé.\n   Mais une seconde croisée se baigna de feux tendres.\nEt sur ce fond de lumière, vint se découper la\nsilhouette d’une vieille femme assise, à la tête médi­\ntative et courbée.\n   J’étais hypnotisé par cette vision, lorsque des\nbruits vinrent à moi, le frôlement de l’eau sur les\nherbes de la rive, des cris d’enfants qui jouent, le\ngrincement d’une roue. Et une ville paisible m’ap­\nparut, sur les bords de ce fleuve étincelant.\n   Comme je reportais les regards sur la petite\nmaison, la vision s’effaça lentement. La ville entière\nse confondit bientôt avec la blancheur de la terre.\nSeule, la maison se dressa encore un instant. Le\nvieillard me regardait toujours. Puis tout disparut.\nLe sol rentra dans une demi-obscurité voilée, le ciel\nreprit son éclat.\n  Et un grand désespoir s’empara de mon âme.\n  — Ah ! pensai-je, pourquoi suis-je encore en vie ?\n\n                            H ector CHAINAYE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 290, "page_fin": 291, "titre_corps": "Soir de serre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOIR DE SERRE. L’absurdité d’un poisson d’or", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 317, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "SOIR DE SERRE.\n\n\n\n\nL ’absurdité d’un poisson d’or mangeant des fleurs,\n      En un bassin de marbre rouge\n       Où rien ne bouge.\n\nPas une goutte d’eau, ni de rosée,\n      Sur ces douleurs de fleurs\n      Pleines de leur pensée,\nQui regardent, avec des yeux d’ailleurs,\n      Le poisson d’or.\n\n\nPas une goutte d’eau dans le bassin\n      Dont le marbre abyssin\nEst vieux, dites de quels siècles d’années !\n       — O le songe vers les déserts\n       Et ses roches de ses soirs clairs —\nLe poisson d’or mange des fleurs fanées.\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 526, "texte": "    Soir de serre.                            291\n\n\n\nLe poisson d’or mange sa mort\n      — O les nitres et les oxyrrhodins\n      Des pétales incarnadins —\nLe poisson d’or mange sa mort\nEn des roses empoisonnées.\n\nLe poisson d’or est beau comme l’éclair;\nLes pauvres fleurs sont lourdes de douleurs\nEt leur venin fleurit dans l’air.\n\nDehors contre les carreaux bleus\nLa lune épand ses cheveux bleus.\n\nEt dans la chambre en camaieu,\nOù se dessine un volubile,\nLe poisson meurt, sans faire un vœu,\nComme un éclair d’or immobile.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 292, "page_fin": 293, "titre_corps": "Soir de caveau", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "SOIR DE CAVEAU. Des torches dont la clarté ne bouge", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "SOIR DE CAVEAU.\n\n\n\nDes torches dont la clarté ne bouge\nBrûlent depuis les loins des jours, toujours,\nParmi la cruauté de ce caveau voûté\nD ’ébène immense et lambrissé d’or rouge.\n\nLes supplices d’acier et les meurtres d’airain\nS’y souviennent : Néron, Procuste et Louis onze,\nRegards de proie, ongles de bronze,\nClous et tenailles dans leur main.\n\n\nUn luxe vieux de métaux noirs habille\nLe solennel granit d’un fût assyrien\nErigé là, pour ne soutenir rien\nQue des siècles et leur douleur indélébile.\n\n\nSoudain, sur ce pilier — ainsi qu’un ostensoir\nLamentable, là-bas, qui s’éclaire lui-même —\nMasque de cire en son nuage blême\nMon front surgit de souffrance et de soir :\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 440, "texte": "    Soir de caveau.                                 293\n\n\n\nBouche de cris tordus en muette prière,\nCheveux tristes d’orgueil fauché,\nChair seule et par le col tranché\nD’intermittents caillots de sang et de lumière ;\n\n\nMon front hélas, celui si pâle de ma mort\nEn ces caveaux immobiles d’or rouge\nOù plus jamais — sinon ses yeux — flamme ne bouge\nPour éclairer ce faste en fer de la mort.\n\n\n                            E m i l e V ERHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 297, "titre_corps": "Poèmes ironiques : Usage externe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Vyttall", "ancre_debut": "POÈMES IRONIQUES. XIX Usage externe. Quand ma vie se fut brisée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": "POÈMES IRONIQUES.\n\n\n                        X IX\n\n                                       Usage ex tern e.\n\n\n\n  Quand ma vie se fut brisée dans le dernier boquet\nde l’ivresse, le Fou qui m’aimait n’essuya point la\nvomissure de mes lèvres.\n  V a, dit-il, je ne t’infligerai point l’ennui d’une\ntoilette pieuse (les fous seuls ont des amitiés si\nrésolues).\n  Mais selon le rite que je lui avais ordonné, il prit\nun vieux sac à charbon pour y jeter mon corps, —\ncomme il était.\n  Mes muscles roidis craquèrent et les jointures de\nmes os ; mais il poussa fortement sur mes épaules\net mon menton heurta mes genoux.\n  Alors, il lia le sac d’une corde solide et sur ses\népaules il m’emporta, vers le lieu que je lui avais\nmarqué (en vérité il n’était point dégoûté).\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "    Poèmes ironiques.                                295\n\n\n\n  C’é tait dans une forêt noire et malsaine, au sol\nfangeux, avec au loin, bien loin au milieu d’elle, une\nclairière faite de tourbe et de marécage.\n  Les monstres s’enfuyaient dans les arbres en\ndisant: \" C’est le Mauvais Mort. „ Et ils rampaient\navec horreur.\n  Le Fou marcha sur le sol mouvant, à travers les\narbres religieux et noirs ; il vint jusqu’au grand\nmarais de la clairière, et dans l’eau du cloaque, il me\nlança\n  (Ce fut d’abord un grand bruit : plougg ; puis des\nclapotements ; et après des ronds comme d’un qui\ncracherait dans l’eau)\n  Les heures se passent et les jours. Le Fou qui\nm’aimait, où s’en est-il allé ? (des bulles d’air se sont\névaporées avec un petit crépitement sur la surface\nde l’eau putride)\n\n\n   Les jours se passent, entraînant les mois. Sous\nles gaz qui le gonflaient éclata mon cadavre. Mes\nmembres verts et mous débordèrent du sac décom­\nposé.\n   (Ce n’était vraiment pas très propre, mais bien des\nbêtes s’en accommodaient.)\n   Sur la vase du lac, au fond du bourbier, s’étalèrent\nles lambeaux purulents de ma chair; et mes muscles\neffiloqués tombèrent de mes os.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1235, "texte": "296                                     la Wallonie.\n\n\n\n  Mes yeux se sont détachés de leurs orbites rongés\npar des larves immondes ; mais ils ont laissé dans\nmon crâne deux longues racines.\n   Deux longues racines de vie qui se gorgent de ma\ncervelle et de ma chair putride. Et elles ont distillé\nl’orgueil de mon front, la trahison de mes lèvres, la\ncruauté de mon cœur,\n   le stupre de mes reins ; et leur chevelure absorbe\nl’horrible amas de toutes mes pourritures.\n  A travers les eaux jaspées et fielleuses, mes yeux\nse sont élevés, gorgés d’une sève étrange. Et leur iris\nest devenu comme une corolle.\n\n  Sur la surface des eaux s’épanouissent deux fleurs,\nnées de ce que virent mes yeux pervers ; et ces fleurs\ngéminées s’auréolent d’une lueur miraculeuse (on\ndirait de la lumière qui poudroie).\n\n   Et maintenant venez voir, ô plèbe des hommes,\nles fleurs triomphales qui sont nées de ma pestilence !\n(leur parfum les tuerait comme des mouches)\n  Venez à travers la Forêt, par les halliers fangeux,\nparmi les phosphorescences et les trahisons.\n   Venez à travers les monstres rampants, parmi les\nfièvres, les ombres louches et le sommeil noir des\naraignées (ô vous, défendez bien ma tombe contre\nles regards de ces pleutres).\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 645, "texte": "    Poèmes ironiques.                             297\n\n\n\n  V os dents claqueront comme des feuilles sèches au\ngrand vent; les ronces déchireront votre chair; et les\ncrapauds visqueux empoisonneront la plante de vos\npieds.\n   V os muscles se dessécheront sur vos os; vos yeux\ns’épouvanteront dans votre figure jaunie. L ’Horreur\nvous guide vers le vain espoir.\n   V ers le vain espoir de mourir du poison des deux\nfleurs jumelles, miraculées et précieuses.\n\n\n  De la boue gluante qui enlise tes pieds, jamais,\njamais, ô plèbe des Hommes, tu n’arriveras jusqu’à\nvoir\n  les fleurs mystérieuses qui sont issues de ma\nPestilence.\n\n     47 m ai 1891.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 298, "page_fin": 301, "titre_corps": "Poèmes ironiques : La dernière nouvelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Vyttall", "ancre_debut": "XXV. LA DERNIÈRE NOUVELLE. à moi. Car celui qui croira", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "XXV.\n\n            LA DERNIÈRE NOUVELLE.\n\n  à m oi.                 Car celui qui croira en moi sera sauvé.\n                                                  (É v a n g i l e . )\n\n                          Devant la joie et l'orgueil de ta volonté.     •\n                                                (A rm . J u lin .)\n\n\n\n Or, écoutez-moi : je vous apporte le Verbe de la\nMort volontaire.\n\n  J ’étais au milieu des espaces de neige, et dans la\nhauteur des plateaux, je marchais vers la limite où le\nciel rejoint la terre.\n  L ’alentour était pur comme le regard d’un enfant\nsimple et ma tristesse était grande.\n  Je fuyais devant la colère révoltée de mon rêve,\ncherchant l’Aube indicible où il n’y a point de songes.\n  Entre la terre et le ciel allaient et venaient des\nparcelles de neige, sans que l’on eût pu dire si cette\nneige descendait du ciel sur la terre ou montait de la\nterre vers le ciel ; car la terre et le ciel étaient con­\nfondus.\n  Et cet infini d’irréel et de vertige m’attirait— hors\nde la vanité de ma pensée et de la lassitude de ma\nchair ancienne.\n  Alors ce fut, avec un cliquetis très doux et cris­\ntallin, la Vierge de Paix, dans une Gloire d’Aurore.\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1233, "texte": "    Poèmes ironiques.                               299\n\n\n\n  Ses cheveux blancs étaient comme une cendre fine\nautour de son front pâle; autour d’elle flottaient\ncomme une cendre fine ses longs cheveux pâles,\npâles autour de son front blanc.\n  (Son front est comme l’envolée d’un rêve qui ne\ndoit point finir.)\n   Ses yeux clairs étaient comme les yeux de ceux\nqui parlent avec le regard de leur pensée. Sous son\nfront pâle habitait la lumière du Vide et la voix de sa\nPensée jaillissait par ses yeux clairs.\n  (Ses yeux brillent de l’Aube irréelle du Vide qui\nn’aura point de fin.)\n   Sa bouche, en ligne rouge, s’affinait entre ses\nlèvres minces, ses lèvres très précieuses où réside\nle baiser des adieux suprêmes. Entre ses lèvres fines\nétait l’âme de sa bouche souveraine.\n   (Ses dents froides transparaissent sous ses lèvres\nirisées.)\n   Ses bras souples et jeunes — oh ! si efféminés —\nétaient comme des gestes faits pour clore les pau­\npières. Le geste de son bras était délicat et doux\ncomme une lassitude.\n  (Ses doigts frêles ont l’infinie douceur d’un lent\nvol d’anges.)\n   Or, j ’étais devant la Vierge gracieuse et souve­\nraine dont la chair est d’azur et de cristal flexible ;\net nulle pensée ne s’aperçoit au travers.\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1137, "texte": "300                                     la Wallonie.\n\n\n\n  (Son corps illusoire est comme une transparence\nde vide et de froide lumière.)\n  La magie du Désir flottait autour d’elle avec une\nviolente et irrésistible attirance; d’Elle irradiait\navec une force ardente le Dernier Désir.\n  (On dirait les mille bras enroulants d’une pieuvre.)\n  Et ses pieds, ses pieds frais et nus, étaient comme\ndeux fleurs étranges.\n\n\n   Or, sa boucbe ne s’ouvrit pas et des voix parlées\nne troublèrent point l’air immatériel; mais j ’ai retenu\nle Verbe que ses yeux prononcèrent.\n\n\n  — “ Je suis la Fée Essentielle et Certaine qui\npurifie et qui repose.\n  Que celui-là vienne à Moi, celui qui m’aime, pour\nque la glace de mon baiser ennoblisse ses lèvres et\nlui donne — l’ineffable Abolition.\n  N’aimez point ! A quoi bon haïr ? La haine est\ncourte comme l’amour. N’accouplez point votre vo­\nlonté hautaine à l’infâme ennui des jouissances;\nmais retirez-vous de la boue des femmes humaines.\n  Ne rêvez point ! Pourquoi empourprer votre pen­\nsée de la fièvre anxieuse des songes? Or, je vous dis\nque dans la vanité des rêves, vous énerverez votre\nVolonté.\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "    Poèmes ironiques.                                  301\n\n\n\n  N’étudiez point ! A quoi bon savoir ? Toute science\nengendre le doute infâme, ce seuil de mensonge.\nNe courbez point l’orgueil de votre intelligence vers\nce qui n’a qu’un temps.\n  Ne travaillez point ! Mais restez dans l’immobile\ndédain des circonstances journalières. Pourquoi\ndéformer vos mains blanches aux calus honteux du\nlabeur? si votre vieillesse ne peut procréer l’Etemel.\n   N’écrivez point. Car d’enfermer dans des mots\nécrits pour les hommes l’orgueil de votre verbe,\nc’est sacrilège. Ne descendez point vers les temps.\n  Les temps passeront et les temps encore ; de votre\nagitation souffrante, quelle œuvre restera ?\n\n   Mais venez à moi et je vous donnerai une chose\nqui ne périra point.\n   Je vous soufflerai à la face et le Néant entrera\ndans vos yeux; je vous baiserai sur les lèvres et\nl’Oubli entrera dans vos cœurs.\n  Un froid très doux coulera dans vos membres\nendoloris et l’extase dernière envahira vos corps\npurifiés de la vie.\n  Mais venez à moi qui suis celle qui n'est pas et par\nqui ce qui dure toujours vous sera donné\n  dans la Mort volontaire et sereine des Reposés\nEternels. „\n   9 Novembre 1891.\n                              Gaston V Y T T A LL .\n\n                                                  10\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 302, "page_fin": 303, "titre_corps": "Complaintes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "José Hennebicq", "ancre_debut": "COMPLAINTES. A mon ami Emile De Linge. I. Mon Ame pleure", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "COMPLAINTES.\n                          A mon ami Em ile De Linge.\n\n\n                    I.\n\nMon Ame pleure au clair de lune !\nMon Ame pleure d'Être seule !\nSeule sans Ame au clair de lune,\nSans Ame pour pleurer comme elle.\n\nMon Ame a peur au clair de lune !\nElle a peur de se trouver seule;\nSeule elle a peur au clair de lune\nDe se trouver seule avec elle !\n\nMon Ame souffre au clair de lune !\nMon Ame se meurt d’être seule !\nSans être aimée, au clair de lune,\nD'une Ame qui n’aimerait qu'elle!\n\nMon Ame prie au clair de lune !\nElle prie en vain toujours seule,\nE t toujours seule au clair de lune\nD e prier pour une autre qu'elle!\n\nHélas! mon Ame au clair de lune,\nSera-t-elle encore longtemps seule\nA se mourir au clair de lune\nD e ne plus prier que pour elle ?\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 863, "texte": "Complaintes.                                      303\n\n\n\n\n                          II.\n\n\n\n      Comme le ciel mon Ame pleure !\n      Elle pleure des baisers morts\n      Sur des lèvres mortes pour elle ;\n       Elle pleure une Ame jumelle;\n       Il pleut sur elle du Remords.\n\n       Comme le ciel mon Ame pleure !\n\n       Comme le ciel mon Ame est triste !\n       Comme une tombe un jour des morts\n       Sans fleurs, ni cierges, ni chandelles ;\n       Triste comme un soir de chapelles ;\n       Elle est triste jusqu’au Remords.\n\n       Comme le ciel mon Ame est triste !\n\n       Mon Ame sera toujours triste,\n       Jusques aux prières des morts\n       Que l'on récitera pour E lle;\n       Jusques à l’heure qu'elle appelle,\n       Où tout est mort jusqu'au Remords.\n\n       Mon Ame sera toujours triste!\n\n                                    J osé HENNEBICQ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 304, "titre_corps": "Du « Vitrail des saintes » : Liliosa", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. Ferdinand Herold", "ancre_debut": "DU « VITRAIL DES SAINTES ». LILIOSA. O Folle imprudente", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 610, "texte": "DU « V I T R A I L DES SA IN TE S».\n\n\n                   L il io s a .\n\n\n\n\n      \" O Folle imprudente, tu oses\n      Passer, la tête dévoilée :\n      Comme une oiselle effarouchée,\n      Ta pudeur s'est-elle envolée,\n      O Liliose, Liliose ? „\n\n\n      — “ Sœurs, Jésus a levé le voile\n      Qui m’avait caché ses prairies ;\n      J ’ entends de claires mélodies\n      E t je contemple la patrie\n      Des planètes et des étoiles.\n\n\n      Voici, doux comme une prière,\n      L e chant des Saintes ingénues\n      Que l’amour divine a élues ;\n      Elles célèbrent ma venue\n      Dans l’impérissable lumière. „\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 305, "titre_corps": "Du « Vitrail des saintes » : Hildegardis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. 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Ses limpides regards suivent sur le vélin", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 332, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 881, "texte": "H il d e g a r d is .\n\n\n\n\n    Ses limpides regards suivent sur le vélin\n    L a pieuse douceur des syllabes latines ;\n    E t les cloches d'amour qu'éveillent les matines\n    Perlent candidement leur rhythme cristallin.\n\n\n    Son front, joyeu x et pur sous le voile de lin,\n    S'éclaire de fraîcheurs et de lueurs divines :\n    La frêle Abbesse croit monter vers des collines\n    Que parent les rayons d'un soleil sans déclin.\n\n\n    Elle vague, tandis que s’exaltent les psaumes,\n    A travers des forêts d’extase et des royaumes\n    Où des fleurs de prière enchantent les halliers.\n\n\n    Et, mort le rêve avec les hymnes de louanges,\n    Elle contemple encore, aux fresques des piliers,\n    Les nimbes radieux qui couronnent les Anges.\n\n\n                          A . F e r d i n a n d HEROLD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 306, "page_fin": 308, "titre_corps": "Adventices", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "ADVENTICES. Annie. Des cloches et c'est dimanche", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "ADVENTICES.\n\n\n                         A n n ie .\n\n\n\n         Des cloches et c'est dimanche !\nc’est le meilleur de mon passé que ce vallon\noù j ’épiais en Mai passer ta robe blanche,\noù tes yeux disaient “ oui „ lorsque ta bouche “ non „ :\nc'est notre Autrefois qui vers moi se penche.\n\n\n  Quels rêves cependant, ma cousine, nous fîmes\nen ce vallon, — ta main toute tiède en ma main ;\n      vers quels Eldorados sublimes\n      s'orientaient nos lendemains...\nmon espoir s'endormait au fil de tes cheveux\n  Dont me grisaient les fragrances mièvres\n          et longuement tes lèvres\n  à mes lèvres ici dédiaient leurs aveux.\n\n\n  Cousine, n’est-ce pas le long de cette haie\n       (où le sorbier mûrit ses baies)\n  que ta jeunesse attendait mon retour ?\nN ’est-ce pas par ces chemins qu'après de chers détours\nle soir nous ramenait mollement au logis\net que tu t'appuyais à mon bras toute lasse ?\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "  Adventices.                                         307\n\n\n\nA h! nous ne savions pas alors que l'heure passe\n       ni si l'amour un jour pâlit !\n             E t je te murmurais :\nles roses sont moins fraîches que tes joues,\nla grâce de ton col les lys jalouseraient\net tes baisers et tes regards et tes petites moues\ntoujours seront mon seul printemps.\n       Nul oiselet ne te pourrait dire,\n     si douce fû t la douceur de ses chants,\nce que mon cœur te dit tout bas quand ton sourire\n           un bref instant s'y mire.\n\n\n   Puis les matins de Septembre, quand l'air\nest comme un merveilleux rideau de féerie,\n       nos cueillettes par les prairies\n      où s'éveillait ton rire clair!\n       Chaque chose ici m'en parle à moi-même :\n  partout ici c'est toi, partout encor c'est moi —\n  mais un moi aux espérances moins blêmes\n  ignorant s'il est quelque effroi\nà regarder la Vie vivre ses vœux de chair.\n\nJe me souviens aussi des longs soirs d'hiver,\ndes veillées de Frimaire autour de l'âtre\nlorsque parlait l'aïeule et que dans tes yeux verts\nbrillaient plus d'étoiles que les pâtres\nn'en suivirent jamais au ciel des nuits d'été...\nJ'êcoutais chanter là ta naïve beauté,\ncaressée au gré de la flamme\npar maint reflet vermeil, et ton âme\nchantait, ô ma cousine ! au fond de tes y&ux verts.\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "308                                              la Wallonie.\n\n\n\n  Annie, ô petite amie de ma brève aurore,\n quelles pensées fleurissent maintenant\n   ton cœur que je fis éclore ?\n Sont-ils encor si blonds tes cheveux ondulants,\n sont-ils encore si blancs tes frêles doigts de fée\n      dont j'a i rêvé cette journée?\n      Annie ! o petite Annie !\n\n\n Celui qui sut, moins fol que moi, svelte cousine,\n abriter son destin à ta bouche enfantine\n aurait-il dissipé nos instants de jadis;\n et les matins d’automne aux furtives magies\n auxquels certainement quelquefois tu souris\n te parlent-ils un peu de moi, ô mon Annie ?\n\n\n O mon Annie, ô mon Annie! car toujours tu es mienne —\n Las, je sais bien, c’ est la tardive antienne\n ceci de tous les pauvres fous ainsi que moi\n qui laissèrent s'enfuir le bonheur souhaité...\n Mais je sais aussi quel émoi,\n quel indicible émoi me caresse de toi\n en suivant cette route fleurie\n où les premiers baisers de mon printemps fane\n te nommaient longuement : mon Annie!\n\n                                          A l b e r t ARN A Y.\n à la campagne. — Septembre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 309, "titre_corps": "Little sketches : Couchant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "LITTLE SKETCHES. Couchant. Le soleil descend, tout blanc", "ancre_fin": "tend ses rayons en cristal.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Crépuscule. A cent mètres, le fleuve tranquille", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 632, "texte": "LITTLE SK ETCHES.\n\n                                         C ouchant.\n\n\n\n   Le soleil descend, tout blanc, clair d’un feu glacé\nde diamant, d’un insoutenable feu concentré qui\ns’effuse en pâle couronne, et sa chute s’attarde parmi\ndes Alpes d’ouate grise, en chaîne de sommets flous\nqu’une vapeur frange de nivéale hermine. Tout est\nclair et pâle; une plaine de chaste azur règne, là\nhaut, où s’étend quelque vague nue blanche.\n   Or, sur l’agonie spirituelle, sur la fête morte de\ncette jeunesse, là-bas, si pure et froide, c’est la douce\npluie qui tend ses ray ons en cristal.\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 310, "titre_corps": "Little sketches : Crépuscule", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "Crépuscule. A cent mètres, le fleuve tranquille", "ancre_fin": "éployer les rideaux étoilés de l’alcôve.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Soir de lune. En banlieue. A mes pieds", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 632, "fin_caractere_exclue": 1018, "texte": "C répu scule.\n\n\n   A cent mètres, le fleuve tranquille où des moires\ns'agitent, claires et rosées, dans le gris trouble qui\nvers les bords s’accentue en noir, et des reflets d’or\ncommencent à y trembler. Le quai bruit d’une vie\nconfuse, des passants vagues dans la grisaille, des\ncharrettes cahotantes, un tram qui glisse en tanguant\nparfois. Et, bordées des premiers feux allumés, les\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "310                                          la Wallonie.\n\n\n\nhautes maisons obscures se dressent comme un décor\nsur le fond lointain des hauteurs. Elles sont, les\ncollines, sur l’horizon là-bas, indistinctes et voilées ;\nune vapeur en enveloppe les perspectives. Les dé­\ntails se profilent — maisons, cheminées, et noire\ndentelle des arbres — dans l’orange sali du ciel où\ns’apaise déjà le naufrage du couchant. Des fumées\ntraînent, en stries vineuses, la buée de tout un jour\nde travail, l’haleine de la vallée moite qui halète\nencore et va s’assoupir. Tout bruit se feutre, il\nplane une mollesse de fatigue sur les choses, et le\nfumeux ciel roux monte pâle et terne vers l’espoir\ndu haut azur, où la nuit va tantôt éployer les rideaux\nétoilés de l’alcôve.\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 310, "page_fin": 312, "titre_corps": "Little sketches : Soir de lune", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "Soir de lune. En banlieue. A mes pieds, sous la nuit claire", "ancre_fin": "au silence des longues rives.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Crépuscule. Un songe d’automne est diffusé", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 795, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "S o ir    de   lune.\n\n\n   En banlieue. — A mes pieds, sous la nuit claire,\nl’eau coule. Elle m’arrive du loin que barre, ici près,\nla ténue armature d’un pont suspendu qui tend\ncomme une dentelle noire sur le fond gris. Rectiligne\net bicolore, elle est, jusqu’au milieu reflétant le haut\nciel, d’un bleu métallique et frigide ; asservie par\nl’ombre des berges, c’est vers la rive une encre de\nvelours qu’on ne sent fluer qu’à voir trembloter un\npeu les tiges de feu rougeâtre qui s’y enfoncent,\nsommées d’une immobile corolle clignotante, réver­\nbères esseulés d’un quai morne. Elle m’arrive bleue\net noire, plus noire et sans nulle fleur en feu, coulant\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "    Little Sketches.                               311\n\n\n\nau long d’un petit parc d’arbres massés dans leur\nsilence. En face, bornant le parc, pour fuir ce fond\nd’anxieuses ténèbres où pleure une lumière qu’on\nétouffe, un bras d’onde bâte ses flots peureux vers la\nrivière. Une îlette longue et mince l’incise, fourrure\nd’un paradoxal chat maigre tapi dans le courant.\n   Le site s’éparpille : autour des eaux, c’est le parc\net ses touffes de nuit, un enfoncement d’obscurité\nd’où s’érigent des pignons, des cheminées en décou­\npures d’ombre ; à gauche, une berge d’berbe que la\nlune givre, monte et s’éloigne vers la vie rouge\nd’une usine, révélée aux lueurs mouvantes dont\ns’emplissent les grands bangars; tout autour les\nmasses confuses d’une banlieue triste, de hautes\nmai sons où parfois veille une vitre de vie, tout en\nbaut.\n   Le ciel est clair et pur, des blancheurs de nues\ns’étirent; une cendre lumineuse est diffusée par toute\nl’étendue, qui sanctifie l’éclat des rares étoiles. La\nlune vogue en un soyeux duvet roux; comme à mi-\nchemin de son disque, une fine barre de nuées s’al­\nlonge, et ainsi elle semble recluse, tout au loin, dans\n un second ciel entr’ouvert, plus élyséen. La terre est\nrésignée, les choses pensent, ou souffrent doucement.\n Car ici palpite un émerveillement : sur l’onde et jus­\nqu’au fond de ce bras de rivière qui presse vers le\nfraternel confluent ses ruissailles délivrées, la lune\njette une royale traînée de lumière qui s’enfonce\nentre le parc noir et le pré de givre, enserrant la\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 726, "texte": "312                                      la Wallonie.\n\n\n\nbande dormante de l’île; c’est des paillettes frêles,\nde minces flots qui vibrent, un frissonnement d’é­\nclairs pâles, une danse de rayons morts au terne\nmiroir bleu. Les eaux unies, cette folle vie se calme,\nles stries cassées se nouent, cela fait des remous de\nclarté où s’éploient des jeux de chevelure, et parfois,\nsous un souffle fragile, tel bouillonnement soudain\ns’écaille, comme un sursaut de dorade.\n   L ’eau s’envient, toujours s’en vient, et turbulente\nse ballotte au flux de cette joie, puis s’apaise ici sous\nles clartés harmonieuses, et coule au loin, mangée\npar le noir et la mort, au silence des longues rives.\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 313, "titre_corps": "Little sketches : Crépuscule", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "Crépuscule. Un songe d’automne est diffusé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 726, "fin_caractere_exclue": 1410, "texte": "C répu scu le.\n\n\n   Un songe d’automne est diffusé sur les choses :\ndans les harmonies nuancées de septembre et du\ncrépuscule, le site se pare des magies fondantes d’un\ndessin japonais. Le soleil est disparu, et la colline\nqui cache sa descente est veuve de lumière; les verts\nclairs de tous ces prés, sur la côte, se nuent d’une\ncendre de pastel; sur la crête une ruine, des toits\ncourbes, des moutonnements d’arbres brodent une\nfantaisie d’Orient obscurci. L ’horizon s’auréole d’un\nnimbe vieux rose qui s’atténue en orbes mauves,\nc’est des nuages traversés par les derniers rayons :\ndes trouées les déchirent, montrant leurs revers\ndorés, et des pans de nacre au fond du ciel. Des\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 456, "texte": "    Little Sketches.                                       313\n\n\n\nnuages encore, d’hyacinthe, de grisaille duveteuse;\nle ciel monte, d’ argent qui se fond en satins pâles, et\nmeurt en bleuités frêles, là-haut, où s’effeuille un vol\nd’oiseaux noirs. Et lentement, le romantisme divers\ndu décor s’émeut et s’emplit des mélancolies d’une\ncloche vague qui tinte par le val, monotone, comme\nune vie.\n                        C h a r l e s D E L C H EV ALER IE .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-016", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 314, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Quillard", "ancre_debut": "Vers. Je ne sais plus dans quels chemins", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "V ers.\n\nJe ne sais plus dans quels chemins ni sous quels cieux\nLa reine de mon cœur, la reine de mes yeux,\nLa souveraine de mes larmes ignorées\nQui tord dans ses cheveux l’or sombre des vesprées,\nPassa sans un regard vers mon front en exil\nComme un soleil d’hiver oublieux de l ’avril.\nHélas ! Les lys sont morts, les roses sont fanées\nE t l’immuable deuil défleurit les années.\nElle ne connaît plus les choses d’autrefois :\nSon oreille infidèle a désappris ma voix,\nMa voix tremblante et les paroles murmurées\nEt le frissonnement des ténèbres sacrées.\nEt maintenant, et maintenant! je veux en vain\nM’interdire les jours et le passé divin.\nMa lèvre qu’ elle sut délicate naguères\nEst chaude d’une bouche et de baisers vulgaires\nE t j ’ai bu, pour marcher dans l’ombre de la mort,\nL e vin des matelots et des hommes du port.\nMais cette ivresse est triste, ô reine, et je t’implore ;\nReviens ! fais resplendir la gloire de l’aurore,\nJette sur les bois nus un manteau de printemps\nE t sème les sentiers des roses que j ’attends.\nSois bienveillante; ou si les beaux jardins des rêves\nSont clos pour jamais, soit : les heures seront brèves\nOù je vivrai dans la lumière et dans le bruit,\nEt je descendrai seul les marches de la nuit.\n\n                                      P ie r r e   QU ILLARD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-017", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 315, "titre_corps": "Le roi de n’importe où", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dauphin Meunier", "ancre_debut": "Le Roi de N’Importe Où (Fragment)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 342, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "Le    R oi    de     N ’ Im p o r t e O ù\n\n\n                        (F r a g m e n t )\n\n\n                                                A Sm art Merrill.\n\n\n    Les désirs ameutés d’un cortège de loups\n        Luisent dans la profondeur verte\n    De ses yeux, plaines vastes où paît mon espoir;\n Et propice à leur dessein noir, propice est le soir\nQui se déroule autour de ma bergerie inquiète\n    Dans le trouble de sa chevelure défaite.\n\n\n         Ainsi, que ses yeux soient fermés,\n         Et mon espoir serait la proie\n         De tant de désirs affamés !\n    Je verrais le paisible troupeau de mes joies\n        Saisi aux lacs de ses cheveux\n         Et jeté aux loups furieux...\n\n\n    Paissez loin d’elle, brebis mères! car sa bouche\n      Tarit le lait aux pis qu’elle touche,\n               Et sa voix\n    Commande les chiens mêmes devant qu’ils aboient.\n\n\n                                        D a u p h i n MEUNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-018", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 337, "titre_corps": "Hector Chainaye : L’âme des choses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "LES LIVRES. 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Chaque page, comme éclose en scintillantes fleurs\nde soie au souffle d’une inspiration occulte, frissonnait, som­\nbrement blanchie d’un réseau d’argent fourmillant de choses\ninconnues : on eût dit des joyaux sous une gaze, un étrange\nPactole irisé d’alevins précieux et qui, sans bruit glisserait\ndans la mousse et dans un sillage de lune. Comme l’indique\nsurabondamment le début du premier conte, la rare fortune\nest dévolue à Hector Chainaye d’incruster son intacte\npersonnalité dans une ligne :\n  “ Le store est mi-baissé. Entre les franges qui étincellent\ncomme des pendeloques prismatiques d’un lustre et le moite\nappui de la fenêtre qui se chauffe au soleil dans la pose\nétirée d’un chat, un rayon se glisse avec une volupté pré­\ncieuse, enveloppé de tournoyantes poussières, et s’étend\nsur le tapis à larges fleurs rouges. Les timides barbiches du\n\n\n  ( 1) P a ris , V a n ier, 4 vol. 2 fr.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "     les Livres.                                             317\n\n\n\ntapis laineux câlinent le rayon las de son âme de lumières.\n“ Oh! le divin adolescent! „ soupirent les choses. Taquiné\nde toutes parts, le rayon se retourne nerveusement, frémit\nsatiné de frissons électriques ; sous lui les fleurs entr’ouvrent\nleurs lèvres saignantes; affolé par leurs souffles ardents, pris\nlui-même au mensonge des rêves qui supplient, il baise les\nfleurs, et ses baisers chantent au fond des corolles. „\n  L e début du deuxième conte est d’une non moins exquise\nsuggestion :\n  “ Une pluie fine tombe paresseusement dans la chaude et\nblanche poussière des chemins. La poussière, qui n’ose la\nboire, s’irise d’étincellements. Le vent, trop recueilli, trop\nfaible pour inquiéter les brindilles de la plaine, chante dans\nles feuilles qui bruissent, se soulèvent d’elles-mêmes, n’osant\nrésister à la faiblesse du vent. Les arbres frissonnent d’har­\nmonies. Les derniers rayons, tristes, fatigués, filtrent à\ntravers les épaisses tentures des fenêtres qui n’osent les en\nempêcher, tant ils sont tristes, fatigués. Et le salon, plein de\nrêves soyeux, où je me trouve seul, s’éclaire de dormantes\nclartés, comme un autel sous ses hauts vitraux. „\n  Hector Chainaye est comme le Nil dont les sources sont\ncachées et qui s’enfonce aux régions encombrées de mystères,\nsans recevoir un seul affluent. C’est une émotion de remonter\nvers ces sources et de trouver toujours la même eau, moins\npuissante seulement. Il est bon de recueillir sur les débuts\nde l ’auteur de l’Ame des Choses des détails que sa modestie\n— ou son orgueil — laisserait se perdre, car ce W allon parle\npeu de lui. Il n’aime ni le bruit, ni la foule, ni peut-être le\nsoleil quand il brille trop. Il sort de préférence la nuit comme\nles champignons, les chats et la lune qu’il adore à l’égal du\npeintre V an der Neer et de l’insatiable Salammbô; il savoure\n                                                     21\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "318                                            la Wallonie.\n\n\n\nle fluide des coins et des recoins liégeoisement pittoresques,\nsaisit cette âme de tout qui échappera toujours aux gros\nyeux secondés des plus brevetées lunettes et la pénètre sans\nplus de peine que la lumière les éthers; d’un regard tranquille\net bref, il voit, à travers les révélations de la face, le cerveau\ndes passants qui en ont un; il flâne aux enchantés laby­\nrinthes des rêveries en rasant les maisons sans plus endom­\nmager les pavés que la Camille de Virgile les épis; prolonge\nles entretiens à voix basse au bras d’un ami, et doit-il être\nprésenté, préfère que ce soit sous le nom de Monsieur Antoine,\nconvaincu sans doute que le quidam, s’il est quelqu’un, verra\nbien que Monsieur Antoine a une tête, une belle toison\nblonde et dorée, un front sculptural, des yeux d’un impéné­\ntrable azur, et, sous le nez taillé et long que les phréno­\nlogues donnent aux grands poètes et aux grands ambitieux,\npareille à une blessure saignante dans la riche pâleur du\nteint, une éloquente bouche d’une mélodie voilée d’où parfois\ns’échappent, à travers un sourire aigu, comme des vipères\nd’une corolle    amaranthe, de douces        flèches   livides et\nvitriolées.\n   J ’entendis parler de lui pour la première fois en 1882.\nUn jour l’ami d’un jeune étudiant en droit me confia un\nmanuscrit roulé : c’était une poésie de l’étudiant, non son\ncoup d’essai, car le journal namurois. Plume et Crayon, avait\ndéjà publié de lui, l’année précédente, je crois, une autre\npièce. Dans cette ballade, Nuit d’Amour, passent une barque,\nune mandoline, des roseaux, la lune et deux amants qu’en­\ntraîne leur passion aveugle dans un gouffre.\n  Le rouleau resta dans un coin de ma bibliothèque. Il faut\ndire aussi qu’ayant déjà donné plusieurs fois tête baissée\ndans les brillantes promesses de jeunes poètes, ma méfiance\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "    les Livres.                                                               319\n\n\n\ncommençait à devenir extrême. Elle n’aura probablement\nplus jamais l ’occasion d’être si injustifiable. Je lus enfin la\npièce et le lendemain même, nous étions Hector et moi de\ntrès vieux amis. L a pièce est intitulée la Nuit et se compose\nde vingt-deux strophes. V oici la première :\n    Déployant dans les cieux ses ailes de ténèbres,\n    L a Nuit étreint le monde en ses longs bras funèbres\n    Et dans l’ombre s’étend un silence de mort,\n    E t comme un criminel que poursuit le remord,\n    En chassant devant lui, sinistres dans l’espace\n    Les grands nuages noirs, le vent terrible passe.\n    Fôrets, courbez-vous, fléchissez flots des mers,\n    O nuages fuyez, car c’est le roi des airs !\n  Soudain, le jour paraît :\n                            Et de sa grande main\n    Aux chatoîments de nacre il montrait le chemin\n    Dans la voûte céleste au soleil son esclave.\n\n     ............................................... Et monté sur son char,\n     L e front ruisselant d’or, bientôt le soleil part.\n  L a Nuit, après avoir contemplé le spectacle du jour\nnaissant, se cache dans un nuage qu’elle demande au Vent\nde porter à la porte du Paradis. Elle se plaint au Créateur\nd’être moins favorisée que le Jour, maître du Soleil et de la\nVie, tandis qu’elle n’a que l’Ombre et la Mort. Dieu la\nconsole et, pour elle, crée la Lune, au milieu de l’hosanna\ndes Anges ! L a Nuit reprend que le Jour reçut encore    ce\nmanteau d’azur, couleur diaphane et divine „ ,\n     D ’azur sous lequel l’œil de tes sujets devine\n     Un paradis! un Maître! et qui les rend heureux,\n     Car cet azur leur semble un reflet de tes yeux.\n   L e Seigneur jette les Etoiles sur le manteau de la Nuit\nqui n’est pas encore satisfaite : le Jour voit l’homme tra­\nvaillant et heureux ; elle, ne le voit qu’endormi. Oui, riposte\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "320                                             la Wallonie.\n\n\n\nle Seigneur, mais le travail épuise sa vigueur et toi tu la lui\nrends. Néanmoins la Nuit insiste. Et Dieu :\n      Le peut-il être? Non.... Pourtant que tout s’achève,\n      Tu verras l’homme heureux : et cela par le rêve,\n      Tu pourras voir l’enfant se croire adolescent,\n      L e vieillard qui, le jour, vers la tombe descend,\n      Par le rêve, la nuit, remonter dans la vie.\n      Sois satisfaite. Au moins chasse de toi l ’envie.\n      Oui, le rêve pour l’homme est vers les cieux un pas :\n      Car le rêve est aux maux et les cieux n’en ont pas !\n  Malgré ce dernier vers qui est tout simplement sublime, la\nNuit fait une dernière objection : le R êve se dissipe et\n      Dès l ’aube le vieillard redescend vers la tombe.\n  Alors :\n      Dieu regarde la Nuit, voit combien elle est belle,\n      Réfléchit un instant, et près de lui l’appelle,\n      Et les anges l’ont vu vers elle se baisser,\n      La prendre sur son cœur et trois fois l’embrasser.\n      Tout se tait. — Et Dieu dit : “ Par ces baisers de flamme :\n      Je t’ai donné l’amour, le reflet de mon âme. „\n      Et Dieu lève la main et lui commande : “ V a. „\n      Et les anges en chœur répétaient : Hosanna.\n  Mai 1882. Hector       Chainaye n’avait pas dix-sept ans.\nChacun le sent, une littérature germe enfin dans des essais\npareils. L a hardiesse de l’inspiration, étonnamment soutenue\nmalgré les taches, appellerait l’aurore d’un Lord Byron doux,\nsi sa nature et aussi cette allégorie d’une parenté toute\nméridionale et que Milton lui-même n’a pas acclimatée en\nAngleterre, ne révélait une vision nouvelle toute exempte\nde réminiscences. Le cas paraît extraordinaire de ne relever\nde personne quand on ne se possède pas encore. C’est déjà\nune façon de se posséder. Le fleuve, plus indécis et plus\nrapide, était encore sur les hauteurs proches du lac natal,\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "     les Livres.                                           321\n\n\n\nvoilà tout. Mais que les précédentes générations — qui ne se\nsont pas possédées — paraissent loin tout à coup ! Nous\nsavons trop que les littératures ne naissent pas comme\nMinerve, pour refuser à nos devanciers l’hommage qui leur\nest dû. Nous les avons fort aimés, parce qu’il est un âge qui\navale comme l’autruche des cailloux avec des bananes, où\nl’estomac est stoïque et auréolé, où l’on voit dans un livre\ntout ce qui devrait y être, où ne pas trouver toutes les\nfemmes adorables serait sacrilège et de mauvais goût.\nJusqu’à vingt-cinq ans à peu près on porte des lunettes\nsystème Don Quichotte et pendant le reste de la vie ... on\ndoit se souvenir de les avoir portées et les remettre quand\non peut. Mais pour un étranger, la littérature française en\nWallonie depuis un siècle qu’elle s’efforce de fleurir, ne vaut\nhélas ! pas, quelques estimables fragments exceptés, un coup\nd’œil. Je laisse les poètes dont il restera un bouquet de\npiécettes charmantes; je laisse aussi les historiens : aucun,\nsauf Henaux, n’a du relief, pas même le soporifique et con­\nsciencieux baron de Villenfagne; mais où sont nos écrivains ?\nL ’honnête Bassenge est diffus et se laisse étouffer par son\nenthousiasme comme un petit Hercule par un petit Antée;\nFrédéric de Reiffenberg est assez érudit, parfois judicieux,\ndéplorablement fécond et d’une distinction banale; Comhaire,\nbrillant, mais conventionnel imitateur des imitateurs Florian\net Gesner. Superbement lourd, simarre prêchant dans un\ntonneau de sirop, le président Grandgagnage se compare\nsimplement à Cervantès, déplore que les prosateurs français\nn’aient pas en échange de leur forme autant de fond (lisez\nplomb) que lui et “ W allon jusqu’aux os „ mais non jusqu’à\nla moelle, préconise sans relâche, malgré les bâillements du\nlecteur, une littérature nationale qu’il n ’entrevoit confusé­\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1906, "texte": "322                                           la Wallonie.\n\n\n\nment, et à travers les passions politiques, que dans le choix\ndes sujets — comme si cela suffisait ou même était indispen­\nsable ! — et dans une plate réaction contre tout le roman­\ntisme, comme si le romantisme n’avait pas commencé à nous\nrévéler à nous-mêmes ! On dit que la France, malgré la\nHenriade, n’a pas de poème épique : Dieu merci ! nous avons,\nnous autres, la Cinéide ou la Vache enlevée du brave curé\nDuvivier; cela est en vers; mais la prose peut hardiment la\nrevendiquer ! L e docteur Bovy, le Plutarque de Rivage-en-\nPot, promène la tisane de sa langue mollasse et sa bien­\nveillance à travers Liège et la province dont il rappelle,\ntruffés d’erreurs, certains souvenirs historiques ; il donne\nsouvent plus d’intérêt à ceux de son temps. M. Auguste Hock\nnote ou exhume maints précieux détails sur les moeurs\nliégeoises, mais il manque de philosophie et de style ; toute­\nfois sa mise en scène révèle souvent de l’ingéniosité et il a\nune physionomie caractéristique de petit bourgeois local.\nL ’agrément spirituel de Paul Studens, un cadet de la lignée\nde Saint-Evremond et de Fontenelle, semble un imprévu\nrayon du 18e siècle, mais il n’a pas' persévéré, bien qu’il soit\nun des quelques représentants de la fine société lettrée de\ntoute une époque liégeoise. Divers aperçus, assez justes\nparfois, ne parviennent pas à tirer du “ quelconque „ notre\nvétéran adoptif, M. Stecher. De petits jets d’attendrissement\net de pointe de gaie bonhomie caractérisent M. Alphonse\nLeroy qui s’est malheureusement dépensé en menues pièces\ndont beaucoup portent l ’effigie de sa pétulante binette socra­\ntique ; son histoire de la philosophie au pays de L iége en\nmanque trop. Les inoffensives sénilités d’Otreppe de Bou­\nvette implorent un oubli que nul ne leur refusera. Un tempé­\nrament, s’il avait une boussole, c’est M. Jean Fontaine : son\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "     les Livres.                                             323\n\n\n\néloquence figure un arbre dont chaque branche, écourtée, se\ngreffe sur la précédente en manière de certains perchoirs ; ses\nécrits, ses discours, pleins d’éclairs inspirés, sont faits d’une\nsérie de parenthèses rentrant les unes dans les autres comme\nles tubes d’un télescope; la dernière seule est fermée, quelque­\nfois. Mais quelle étoffe et quelle abondance ! Firmin Lebrun\na sombré et Marcellin la Garde a écrit sans accent des\nromans modernes et des légendes du moyen âge. Restent\nJoseph Demoulin et Octave Pirmez. Beau caractère, une de\nmes admirations d’antan, le premier a plus de carrure et de\ndiversité que d’autres, et c’est quelque chose; mais enfin sa\npersonnalité s’accuse-t-elle bien arrêtée, en dehors de ses\nsincères convictions démocratiques ? L e religieux Pirmez\narrive parfois au style, sans créer pourtant,et apparaît comme\nl’amalgame vague d’un Chateaubriand restreint et posé et\nd’un Jouffroy, tous deux pâlis et revus dans un verre con­\nvexe; il se juge parfaitement quand il espère “ durer obscu­\nrément „ : il le fera comme Otto Venius dans le rayonnement\nde Rubens. E t maintenant, si l’on venait à me trouver sévère,\npourquoi ne l’avouerais-je pas ? une tristesse, une tristesse\nquasi filiale, comme j ’achève ces lignes, s’empare soudain de\nmoi. En vain nous sont refusés le droit et l’orgueil de pré­\nsenter nos écrivains à l’étranger, on ouvrira longtemps\nencore les meilleurs ici. Comme les plus grands des autres\npays, ils ont été une partie de mon adolescence et si diminués\nqu’ils m’apparaissent aujourd’hui, le feu qui couve çà et là\nsous leur cendre n’en enflamma pas moins souvent mon âme.\nDans mes longues nuits d’or, au tictac d’une vieille horloge\nqui me regardait, aux lamentations des vents qui se tordaient\ndans la cheminée et dans les féeriques mélancolies de la\nlune, loin du monde, je m’en assouvissais, aspirant des vieilles\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": " 324                                          la Wallonie.\n\n\n\n (et uniques !) éditions quelque chose de l ’odeur du pays et\n des époques, troublé par l ’espoir d’y découvrir des secrets\n enchanteurs...\n\n        Dans le livre cherchant ce que l’auteur ignore,\n\net ces jadites émotions, comme dit notre vieux Jacques de\nHemricourt, toutes diverses, la plupart mêlées à de chers\nsouvenirs, ressuscitent en moi trop énergiques et trop déli­\ncates pour que je puisse parler de certains avec ingratitude.\nPlusieurs   d’entre eux ont bien souffert ! Henri Colson,\nprofesseur à l’athénée, mourut, m’a-t-on dit, de l’insuccès\n— hélas ! trop mérité ! — de son Maubert. Cuique suum. Si\nnos dieux sont ailleurs, c’est eux que nous continuons. Mais\nla véritable ingratitude consisterait à ne pas mesurer la\ndistance qui sépare l'Ame des Choses d’un Voyages et Aven­\ntures d’Alfred Nicolas, d’un Val de l'Amblève, d’un D zy et\nmême d’un Rémo. Notre littérature brûle les étapes plus vite\nencore que cette littérature allemande qui, d’inexistante,\ns’élevait en un siècle et demi d’Opitz à Klopstock et de\nKlopstock à Goëthe! Quelques exceptions faites, notre litté­\nrature remonte aux dix dernières années.\n  Les ondes du jeune écrivain se trouvèrent momentanément\nprises dans l’aqueduc naturaliste où la plupart ont plus ou\nmoins passé. Le résultat fut d’accentuer en l’humanisant le\nbesoin d’observation de notre race que les panaches roman­\ntiques n’avaient pas assez satisfait : ce qui nous a surtout\nenthousiasmé dans le mouvement de 1830, hommes de la race\nde Van Eyck, dont l'éducation de collège fut trop exclusive­\nment rivée au classicisme utilitaire de la France, n’est-ce pas\nl’esprit d’indépendance — et la couleur ? Hector Chainaye,\nramené au réel, publia dans l'Etudiant, Nuit Noire et Nuit\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "     les Livres.                                            325\n\n\n\n\nBouge, où sa nature persiste curieusement dans des tranches\nde “ documents humains „ comme en découpent tous les petits\ndisciples du puissant Emile Zola. Si on excepte ces morceaux\n— d’une conception inférieure à celle de la Nuit, mais qui\nmarquent une transition nécessaire — l’étudiant resta deux\nans et- demi sans écrire. Ce fut sa période politique. Lancé\ndans le socialisme militant, il prononça dans un cercle poli­\ntique un discours qui le révéla exceptionnellement doué.\nCependant il s’adonnait à des lectures de spiritisme qui,\nsans le conduire jusqu’à la table tournante, l’impression­\nnèrent d’autant plus qu’elles corroboraient ses aspirations\nintimes. Il se renfonça en lui-même et quand, à la fin de\n1884, il se fixa pour deux ans à Bruxelles, la crise d’art,\ncomme une nostalgie, le reprit tout entier. Il l’attribue\naux désillusions de la politique vue de près et aux lectures\n“ à côté „ comme celle de Taine. Mais il est certain qu’il\ns’abuse. L ’Art et la Politique sont deux domaines distincts\nde l ’Idéal, et le frottement de certains politiciens, pas plus\nque celui de certains artistes, n’affaiblit pas une passion\nprofonde. Au contraire ! L a vérité est que la nature de\nHector Chainaye s’accommoderait mal du rôle public le\nplus pur et même le plus artistique.\n  Il commence à se ressaisir dans l ’étrange symbolisme du\nTriangle, rempli de ses touches si personnelles (Basoche), et\ndans Lydia, fluide idylle où rêvent, fondus dans une même\ninvocation, une jeune fille et le printemps : puis il se spiri­\ntualise éperdûment dans l’ Œil, œuvre d’ une exceptionnelle\npénétration où, sans torturer son cerveau ni la langue comme\nde pâteux abstracteurs de sensations équivoques, il révèle\nun style, le style argentin et frémissant des Invités, premier\nconte en date de l'Ame des Choses.\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "326                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Dans notre vieille    terre de liberté,    mystérieusement\nfamilière, la plus variée et la plus peuplée qui soit au monde\nen si restreint espace, où des solitudes mélancoliques, riantes,\nfarouches, se cachent proches des activités industrielles, où,\ncomme dans un kaléidoscope, se heurtent tous les aspects et\ntous les contrastes, où se croisent tous les commerces et toutes\nles idées, où tous les grands souvenirs, de César à Napoléon,\nont nécessairement convergé et laissé des traces, tout est un\nprestige spirituel autant que physique, et l’on ne peut toucher\nune note du clavier sans éveiller, dans ce couvent voltairien,\nun concert magique aux profonds accords, aux harmonies\nenchevêtrées, aux échos infinis. D ’où la soudaine audace, si\ndéconcertante et si naturelle, de nos artistes, dont la passion\net l’indépendance vont jusqu’à refuser la riche entrave du\nvers. Mais il est, même dans les villes, des coins figés en un\nrecueillement et celui où naquit Hector Chainaye est une\noasis de solitude. Toujours y règne plus de silence qu’ailleurs,\net l’arôme y vibre de mille souvenirs tassés là par les siècles,\ncomme des feuilles mortes. Toute une géologie de vieux\nLiège aux couches de bravoure, de gaîté et des charmes\nexhalent, pour l’ivresse des sens intérieurs, des saveurs et\ndes appels saisis par Hector dont l’œil a foui ce terreau\nmystique. Une part en sort sûrement de son inspiration\nqui s’accentue surtout en acuité et qui, malgré des échappées\nchampêtres, garde une physionomie comme une précocité\ncitadines; mais rien qu’une part, et sans doute plus instinc­\ntive que consciente, sinon du cuivre documentaire ne fixerait-\nil pas en l’altérant l’anagogique et pure essence de ses contes\nsans date, ni lieu, ni nom connu?\n  C’est l’influence du milieu familial qui domine chez Hector\nChainaye. Il arrive que ce milieu est terrible; mais le berceau\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "    les Livres.                                              327\n\n\n\ndu phénix n’est jamais vulgaire. Sans vouloir pénétrer plus\nqu’il ne convient dans l’intérieur du jeune écrivain, on peut\ndire qu’après une de ces enfances heureuses qui thésaurisent\nla puissance des futures nostalgies d’où l’œuvre sort plus\nbelle, il dut souvent combattre le sourire aux lèvres, l’orgueil\nlevé comme une égide, la distinction comme une épée en\ngarde. L ’abondance engourdit les repus nés et les châtre si\nnet que leur malsaine léthargie les rend bientôt les plus\nmalheureux des hommes. Quelques-uns échappent à l’apo­\nplexie; aucun à l’ennui, monstre non délicat pour eux. Le\ntravail et la lutte seront toujours les sources de bonheur et\nde dignité, et l’avenir est à la doctrine qui saura résoudre ce\nformidable problème qu’ont dû refouler à travers soixante\nsiècles jusqu’à nous les fatalités historiques, à savoir\nd’astreindre tous les hommes à la lutte sans qu’un seul soit\nparalysé dans ses mouvements ni écrasé dans sa défaite.\n  Notre bourgeoisie est atteinte d’un goût d’autant plus\nincurable qu’elle dit que des goûts il ne faut pas disputer.\nDécoration or et blanc, peluche,, satin, injustifiables tapis,\nlignes affreuses, meubles ignobles ou dérisoires, pendules\nempire, bibelots odieux et le reste : ses salons, éruptions de\nmauvaises consciences et d’une bassesse esthétique qui fait\nlever le cœur, sont généralement affreux en raison de leur\nprix. Une maison étant l’image de ses habitants, d’êtres et\nde maisons pareils jamais ne sortira l’artiste. L ’oratoire\nensoleillé où Hector Chainaye a grandi, sans être luxueux,\nétait, faut-il le dire? d’un goût rare. J ’y entrai en 1881, dans\nune grande maison où s’allongeait, au fond d’une cour fleurie,\nl’atelier de sculpture et de peinture d’Achille et d’Armand.\nBien que l’intérieur en fût peint d’architectures égyptiennes,\nc’est là. comme je l’ai écrit ailleurs, devant Typha, la Vieille\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "328                                            la Wallonie.\n\n\n\nDinanta'se et Rive paisible, irradiantes et nerveuses créations\nsculpturales, que moi, vieil amant de l ’âme natale, j ’en fus\ncomme je ne l’avais pas encore été, ébloui. Choses déjà\nlointaines!... Toute la maison décelait une main exquise; et\nsoit qu’aux veillées les flammes ouvrissent le féerique\nvoisinage du monde inconnu dans les cadres des portraits de\nfamille peints ; soit qu’à travers les rideaux des fenêtres, des\npapillons de soleil vinssent frétiller sur le mur perle, sur le\nmensonge de la glace, sur un masque sublime de Beethoven\nmort, sur les ténèbres miroitantes du piano, que de fois, dans\ncet intérieur élu, d’une immatérielle vibrance paisible, égale­\nment éloigné des vulgarités d’arrière-boutique et du faste\ninepte d’incultes parvenus, j ’ai saisi sur le v if mainte inspi­\nration des trois frères, d’Hector surtout! Je ne soulèverai\npas davantage le voile ni ne toucherai à l’hérédité, domaine\ninsondable d’ailleurs, aux tréfonds d’où gisent les primes\néléments d’ une âme dont la sélection exige le concours de\nquelles merveilleuses convergences ! Resteraient bien des\nchoses encore à dire sur les ambiances qui l ’ont influencée.\nNon seulement ces successions d’époques dont chacune pâlit\nà son tour comme une verveine pendant que sa sœur point\nen silence à côté dans le bouton fendu et où défilent, diverse­\nment colorés, les épisodes coutumiers de l’autrefois d’H ector,\nces milliers de scènes liégeoises fugitives oubliées qu’il\ntraverse, ces blondes têtes noyées de-rayons estivals dans les\nembarcations de la Meuse, ces voyages en la jolie Dinant de\nsa mère où le soleil grisait du parfum des fruits et du terroir\nsa jeune rêverie accoudée aux lucarnes, — mais encore l ’ar­\ntiste insoupçonné qu’une sensibilité méfiante et rentrée sous\nune sorte d’indifférence raisonnable portait à tout faire, à\nécrire surtout, en secret : cela achève peut-être d’expliquer\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "         les Livres.                                                                               329\n\n\n ce qui s’ explique de son œuvre, sans que des inspirations\n comme celle-ci perdent rien de leur saisissante et impéné­\n trable essence :\n\n                                 La Magie du Retour.\n\n    A ssise au b a lc o n , la c h âte la in e Irm in te tra v a ille d is tra ite m e n t à une\nso m p tu e u se ta p is se rie . De ses lo n g s d o ig ts, elle sem ble tir e r au soleil du\ns o ir ses fils d ’o r e t les m êler à la soie p ré c ie u se d o n t les c o u le u rs écla­\nta n te s l’é b lo u isse n t.\n    L ors, au m ilieu d ’u n e p elo u se au x h e rb e s lisse s e t p ro fo n d es, u n paon\nqui a rro n d it sa q u eu e en u n la rg e év en tail éto ilé d ’œ ils s o n g e u rs, lève\nv e rs le b alcon sa tê te aux fré m issa n te s a ig re tte s , e t j e tte de lu g u b re s c ris\nd a n s la paix effrayée du ja rd in .\n    A insi le pao n a c rié lo rsq u e le c h âtela in e s t p a rti. Irm in te tre s sa ille à\nc e t ap p el du p assé, p u is se re to u rn e n e rv e u se m e n t. E t a p rè s a v o ir re g a rd é\nfixem ent la p o rte du s alo n , Irm in te lève la t ête en sig n e de com m an­\ndem en t.\n   A u ss itô t les v e n t au x s 'e n tr ’o u v re n t e t so u s des pas tim id es e t p ressés\nle la p is frém it. E t les g ra n d s vases s o n n e n t com m e frap p és d ’un coup\nd ’o n g le, e t les fleurs qui s ’en é ch a p p e n t s ’a llu m e n t de n eig eu ses c la rté s.\n    « T u n e le re c o n n a is pas ? » d it u n e voix qui s’élève d e la p e ndule,\nd o n t le b a la n c ie r d ep u is lo n g tem ps a r r ê té se re m e t en m o u vem ent. « E t\nm oi, q u i m e su is ré v o lté e c o n tre l’e n v o le m en t des h e u re s, p o u r l’aim e r à\nson re to u r du m êm e e t je u n e a m o u r ? M ais c 'e s t lui ! R eco n n ais-le d o n c ! »\n    E t d an s le ja rd in , u n v e n t g lacial em p o rte san s p itié les feuilles sèc h e s\ns u r u n sol plein d 'éch o s.\n    « Vous n e m e q u itte re z p lu s ! » d it u n e a u tre voix qui s ’échappe des\nv ieu x fau teu ils.\n    Un coup de feu r e te n tit d a n s la m o n ta g n e v o isin e, e t l’on e n te n d les\nrâ le s de la b iche qui se m e u rt, e t les bonds sau v ag es du c e rf qui s’e n fu it\nà tra v e rs les h a llie rs .\n   M ais d a n s le foyer p rofond un feu p é tilla n t s 'é c la ire . E t de m ystérieuses\nm ains av an c e n t deu x fau teu ils p rè s de la h a u te ch em in ée.\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1988, "texte": "330                                                                      la Wallonie.\n\n\n\n   E t u n e voix c o m m a n d e: « Irm in te , n ’en d o u te p lu s. C’e st b ie n lui.\nVois com m e il t ’im plore e t te te n d les liras. Irm in te , lèv e-to i. »\n   El la c h a te la în e se d re sse com m e u n e so m nam bule. O b éissant au rêve\ndes ch o ses, elle se la isse c o n d u ire d e v an t la c h e m in é e ; e t elle s ’affaisse\nd an s u n fa u te u il, a b an d o n n a n t sa t ê te au x b a ise rs d’in v isib les lèvres.\n\n  Quelle merveille ! Cette scène, cette heure, cette précision\ndans le vague, ce naturel dans l’étrange, cette mélancolie\nfamilièrement ésotérique, cette                            susurrante           mélodie des\nphrases, cette soudaine et silencieuse émotion des choses qui\nse répondent magiquement comme des échos mystiques :\nl ’ineffable est là dedans, et l’analyse s’arrête surprise et\ncharmée comme Psyché devant l ’Amour. Ne dirait-on pas le\ndélicieux Tibullo qui soupire son Ipsa Venus campos ducet in\nElysios en sortant, halluciné, de la terrible Vision des Mères\ndu second Faust ?\n   L ’homme peut mourir qui laisse une inspiration pareille,\net la sublime pensée de Spinoza s’érige dans l’esprit : “ Notre\nimmortalité dépend de nous. „ — Pendez-vous, arrangeurs\nde mots !\n   Quel artifice de versification dépasserait l ’enchanteresse\net naturelle harmonie soyeuse de cette prose ? — Elle\nsemble, au fond d’un souvenir ressuscité, dans une campagne\ntraversée à seize ans on ne sait plus où, près d’un antique\nmanoir drapé de soleil couchant — un air de viole venant,\ndes fenêtres mi-closes, expirer dans la brise — .\n  Un art pareil est sans modèle et n’aura pas d’imitateurs,\nbien qu’un débutant m’ait déclaré un jour qu’il n’avait osé\ncontinuer la lecture de l’Ame des Choses, tant il craignait\nd’en subir l’influence.\n  Le principe de cet art est insaisissable comme le fluide\nmême, et l’Ame des Choses semble du fluide figé. Ce fluide\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "     les Livres.                                           331\n\n\n\njoue le rôle implacable de la fatalité dans les drames\nd’Eschyle, en passant dans cette douceur étrange comme une\nfaux silencieuse sous des fleurs transies. Chacun des contes\nest un drame muet : on rêve de blanches inconnues agonisant\nimmobiles au fond d’un lac nocturne, ou de courtisanes\nd’Orient étouffées en des voiles de soie magique. Beaucoup de\nlecteurs trouveront qu’une telle littérature, malgré son ori­\nginalité, penche du côté de l’Allemagne ; il le semble à pre­\nmière vue ; cependant il suffit de citer Hoffmann et dans un\nautre sens Klopstock, la différence éclate. Hector Chainaye,\npour produire ses effets, ne recourt pas à l’attirail désormais\nsuranné d’une mythologie quelconque; pas d’aventures non\nplus, ni même des événements : En outre, les objets dits\ninanimés agissent moins d’eux-mêmes qu’ils n’obéissent,\nainsi que les hommes d’ailleurs, à une énigmatique et sai­\nsissante suggestion    magnétique ; ceci est tout nouveau.\nEnfin rien n’est puéril ou commun ou nébuleux ; le fantas­\ntique même est d’un si parfait naturel qu’il n’étonne point et\nno laisse place qu’à la pure admiration ; et tout cet art est\nsimple, clair, mesuré, précis, comme un conte de Perrault\nou de Voltaire. Ce qui achève de le rattacher à l’essence\nde l’âme et de la prose françaises, c’est que l’écrivain rai­\nsonne la sensibilité autant qu’il s’y abandonne; mais par\nl’absence de rhétorique et de thèse (même incidente), comme\npar une sorte de familiarité qu’il garde dans sa délicieuse\ndistinction, il s’en sépare et demeure Wallon.\n  Ainsi dans l’Ame des Choses, où le my stère est mis à\nportée de la main et n’en reste que plus impénétrable, la\nnature liégeoise, qui n’avait guère été révélée jusqu’ici que\nfadement fine et vitreusement sentimentale, se révèle, sondée\nà fond, sous une face qu’aucun artiste n’avait encore su\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "332                                             la Wallonie.\n\n\n\naborder, que la plupart n’ont même jamais soupçonnée.\nEst-ce instinct inné, sont-ce les prosaïsmes d’une vie hostile\nqui ont replié dans une contemplation panthéistique et tout\ninterne ce poète tranquille, pénétrant et rayonnant d’une\nphilosophie si subtilement neuve et si humaine : les deux\nprobablement, mais dans une proportion que personne, pas\nmême l’auteur, ne déterminera jamais. Quoi qu’il en soit,\ndans cette œuvre sans apprêt, née d’une irrésistible insuffla­\ntion anagogique, Hector Chainaye — épopte familier d’une\nmysticité nouvelle — apparaît comme le poète de l ’hypno­\ntisme. Ebloui par l’âme de ses sensations — qui dégagent\ntoujours l’idée de lutte ou celle d'agonie, parfois les deux\nensemble — il fait soudain fleurir en nous, printemps noc­\nturne, un monde inattendu de perceptions nouvelles. On\npeut dire, sans crainte d’être contredit, qu’il est l’écrivain\nle plus complètement immatériel qui soit dans aucune litté­\nrature.\n  Son style est lumineusement crépusculaire. J ’ ai dit un\njour à une tribune littéraire que l’atmosphère de la Wallonie\nest à la fois électrique et moelleuse, de quoi certains journaux\nont ri de telle façon qu’il m’a bien fallu reconnaître qu’elle\nest parfois fort épaisse, aussi : s’il est vrai qu’un écrivain\ntranspose inconsciemment les ambiances natales dans sa\nlangue, la langue de l'Ame des Choses est un admirable\nargument en faveur de mon assertion... Quelle langue char­\nmante tissée de fils de la Vierge colorés ! Quelle aisance suc­\ncincte ! Sans doute des yeux exclusivement syntaxiques pour­\nraient y relever d’infimes hérésies, quelques tours locaux\ndort l ’écrivain ennoblit d’ailleurs la saveur par sa naturelle\nélévation. Il faut presque du courage pour le voir et pour le\ndire, tant captive ce style qui a l’idéale finesse et la splendeur\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "     les Livres.                                                                              388\n\n\ndiscrète des triangles de tulle couleur d’absinthe, qui ruis­\nsellent, les soirs de mai, de la blanche fournaise du soleil,\nentre les nuages émerveillés. On peut aussi comparer ce doux\nstyle qu’électrise une force occulte, à l’exquise couleur des\nfeuillages d’aulnes et de saules, retroussés par le vent d’été\nen une changeante palpitation argentée. La phrase est celle\ndu dix-huitième siècle, écourtée, simplifiée et cependant plus\nvariée, satinée, irisée, à instinctive mais discrète inversion\nlatine quand il s’agit de marquer un effet; je dis instinctive\nparce qu’elle est toute spontanée.\n   Il faut répéter que Hector Chainaye ne rappelle aucun\npoète étranger. Néanmoins s’il fallait chercher des attaches\nà l’étranger, on songerait à certaines pages d’Alf. de Vigny\nen France, de Hoffmann et d’Andersen en Allemagne, de\nShelley en Angleterre et de Poë en Amérique.\n  Il faut signaler surtout le morceau capital l’Ame des\nChoses qui donne son titre au livre : un thème analogue\nà celui de la Magie du Retour s’y développe, mais avec la\ndifférence qu’il y a entre un lied et une symphonie de Schu­\nmann.\n  L a Châtelaine Yolande, presque folle ici, se meurt de la\nmort de son époux et ne veut pas guérir, malgré son fils et\nsa mère. Alors toutes les choses opèrent, l’enveloppent, la\nbercent, la fascinent, la magnétisent et, peu à peu, la\nconsolent et la guérissent. Quelque saisissante que soit cette\nconception, l’exécution l’est bien davantage. Ce chef-d’œuvre\nd’originale         intuition est tout frissonnant de précieuses\nbeautés et d’adorables couleurs entrevues et scintillantes.\n   P a r c es jo u rn é e s in te rm in a b le s où so n e s p rit d iv a g u a it, elle a v ait com ­\np ris e t p é n é tré tou te la p o ésie de la fen être . La fe n ê tre e st l'œ il du m u r,\np e n sa it Y olande, elle lu i d o n n e so n e x p re ss io n , com m e l’œ il a nim e la\n                                                                                        22\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "331                                                                        la Wallonie.\n\n\n\nfigure e t ré c la ire d’u n e vie sp éc ia le . T elles fe n ê tre s fo n t p e n se r à tels\nre g a rd s e t c e rta in s m u rs ra p p e lle n t c e rta in s v isag es. La fe n ê tre jo y e u se ,\na u x flam m es d e je u n e s s e , doit e n c a d re r la tê te blo n d e d’une v ie rg e ; la\nfe n ê tre m élan co liq u e au x re g a rd s p en sifs, le ch ef b ra n la n t d’u ne v ie ille ...\nE t les cro isée s m u e tte m e n t d ra m a tiq u e s, n ’é v o q u en t-e lles pas la subite\net d éjà    fu y a n te a p p aritio n d’un e fig u re d éjà v u e d a n s le m a lh e u r e t\np ré d is a n t d e n o u v e lle s in fo rtu n e s ? ... O v itre s g lo rieu se m en t in cen d iées\ndes p re m ie rs ra y o n s du soleil ! n 'e x a lte z-v o u s pas e n vos c ré p ita tio n s les\norg u e ille u x e sp o irs, les b rû la n ts d é sirs de v iv re e t les enth o u siasm es\nflam boyants de la je u n e ss e ? O v itre s               d o u lo u re u sem en t é clairées des\nd e rn ie rs feux du jo u r ! Ne d ites-v o u s pas les s o u rd s re g re ts , les so u v en irs\nn o sta lg iq u e s e t les lo n g u es triste s se s des vieu x a n s ? E t v o u s, v itre s\nn o c tu rn e s, la n g u issa m m e n t allu m ées de fém in in es c la rté s de la lu n e ,\nv itre s de rê v e qui frisso n n e z de v isio n s am o u re u se s, b la n c h es de la neig e\nd ’ép au les n u e s,   m iro ita n te s des éclairs fu y a n ts de re g a rd s             é p erd u s,\na rg e n té e s de l'é c la t de b ra s qui s ’e n la c e n t, n e ch an tez -v o u s pas re lig ie u ­\nsem e n t l’in d icib le des n u its p a ssio n n é es, les râ le s e t les pâm oisons des\nfolles é tre in te s , où l’hom m e p erd la voix, oublie e t d o it fe rm e r les yeux ?\n\n  Bien que l’unité de cette merveilleuse inspiration rende\ntoute citation malaisée, il convient de mettre encore sous les\nyeux du lecteur une page où la langue du jeune écrivain\natteint tout son éclat. Yolande est presque guérie :\n\n   A b attu e, so u m ise , elle re g a rd e e n co re le lac a v a n t de s’e n d o rm ir. Du\nsom m eil des eaux s ’élève c ra in tiv e m e n t u n e fleur à la co ro lle allum ée\nd 'u n b a ise r s ile n cie u x de la lu n e , e t m a g iq u e m en t b lan ch e au m ilieu des\neaux n o ire s. Y olande c o m p re n d q u e la fle u r de c ris ta l a p p a rtie n t au\nm y stè re , e t que b la n c h e d’effroi elle ex p rim e la poésie d ra m a tiq u e du\nfond des eau x ; com m e elle, p au v re fem m e, e st co n d am n ée à e x p rim er,\nd an s so n h o rre u r m u e tte , l’in co m p réh en sib le cach é au fond de la vie.\nOh ! la fle u r a v ait sa n s d o u te rê v é d ’éch ap p er, au lac m a g n é tiq u e, e t de\nv o le r, g ra n d pap illo n de rê v e , de ses la rg e s p é ta les, v ers la lune m a te r­\nnelle. M ais la fle u r a u ssi a v ait dû se ré s ig n e r.\n"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3076, "texte": "         les Livres.                                                                                   335\n\n\n    Y olande s 'e n d o rm it.\n    Soudain d a n s la n u it, so n c erv eau tre m b la d 'u n e p e u r s ac ré e . L ors, elle\nvil s'a llu m e r d 'u n e c la rté d o u ce, a rg e n té e , u n g ra n d m o n u m e n t qui se\ns ilh o u e tta it s u r u n ciel n o ir. E lle le re c o n n u t. C’é ta it le c h âtea u d’Iso eil,\nsa d em eu re s e ig n e u ria le , qui l'a p p e la it au fond de l'h o riz o n . E t l’a ir fris ­\nso n n a de voix a ttira n te s :\n    « V enez, b la n c h e co m tesse. De v o tre lo in ta in voyage vous ê te s san s\n d o u te b ien la sse ! O h ! que vos re g a rd s s o n t p e sa n ts de m o rn e tris te s s e !\nVous n ’esp é re z do n c plu s e n la vie? V enez, flu id iq u e c h âtela in e , vous\na p p re n d re z à a im e r de n o u v eau la te r r e , c a r to u t ici e st plein d’am o u r ! »\n    Y olande m a rc h a it à pas tre m b la n ts , com m e so m nam bule elle m o n ta les\nm a rc h e s du p e rro n e t la h a u te p o rte s’o u v rit le n te m en t.\n    D evant elle , le g ra n d e sc a lie r s'é le v ait m a je stu e u x e t so len n el ju s q u 'a u\nfaîte de l’édifice. Il lui a p p a ra issa it c o u v e rt de n u it au rez-de-chaussée,\nm ais, p lu s il s’é le v ait, p lu s les m a rc h e s s’e n g risa illa ie n t ; puis enfin,\nra y o n n a n t d’é c la t, se p e rd a it d an s u n e lu m iè re a v eu g la n te . II lui sem b lait\nê tre l’échelle re lia n t la te r r e au cie l, q u e Jaco b v it d an s so n rêv e. S oudain,\ncom m e u n e h a rp e im m en se, l’e sc a lie r frém it d’h a rm o n ie s qui é c la tè re n t\no rg u e ille u sem e n t c éleste s     au faîte        et   s 'a ss o u rd is sa ie n t   so m b re m e n t\nfaro u c h e s v e rs la te rre . T o u t l’e sc a lie r v ib ra it de ré s o n n a n c e s é le ctriq u es.\nC’é ta it le c h a n t d ’e sp o ir des âm es qui a sp ire n t d e s’élev er au cie l, l’é te r­\nn elle sy m p h o n ie d e la d ép erd itio n des ê tre s au m ilieu des excessives\njo u is sa n c e s sp iritu e lle s d e l’a u tre m o nde. A in si, à u n e c e rta in e h a u te u r,\nles so n s fu sa ien t si in h u m a in e m e n t é tra n g e rs, q u ’à les e n te n d re elle\np e rd it u n in s ta n t la n o tio n de l’e x isten c e . M ais in sen sib le m e n t la sym ­\nph o n ie se tu t, e t la lu m iè re s’ad o u cit.\n    P u is Y olande e u t com m e la sen satio n q u e des g en s s’e m p re ssa ie n t\na u to u r d ’elle. E lle se re to u rn a , n e vit p erso n n e.\n   E lle se p ro m e n a le n te m en t d an s le c h âtea u qui é ta it to u jo u rs é clairé\nd ’un e d o u ce lu m iè re b la n c h e, si p é n é tra n te qu’elle p o u v a it re g a rd e r à\ntra v e rs les m u ra ille s. M ais n ’é ta it-c e pas elle p lu tô t que to u te s choses\nre g a rd a ie n t ?\n   Au fond des v a ste s salo n s, elle e n te n d a it de v ag u es c h u c h o te m e n ts ,\nm ais éco u tait-elle plu s a tte n tiv e m e n t? T o u t se ta isait.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "336                                                                       la Wallonie.\n\n\n   Le fluide des re g a rd s in te rro g a te u rs p e sa it s u r elle. M ais qui la re g a r­\nd a it ain si ?\n   Des ê tre s é ta ie n t a u to u r d ’elle ! Y olande le s e n ta it. Ils se ra p p ro ­\nc h è re n t ! Elle se v it env elo p p ée de to u te s p a rts. Les ch o se s l’a v aien t déjà\nsau v ée de la folie, m a in te n a n t l ’h u m a n ité l’e n v elo p p ait de so n m agnétism e\nde vie. Elle n e p o u v ait plus é ch a p p e r à l’e x isten c e .\n   L o rsq u e de la foule s o r tit u n e v ieille d am e. C’é ta it sa m è re , qui v in t la\nb a ise r s u r le fro n t. E t ce b a ise r la lit friss o n n e r. E t s’av an ç a v e rs elle un\nhom m e je u n e e t b e a u ; so n coeur se re s s e rra . Son ép o u x ! E t ses lèvres\nfré m ire n t d a n s u n lo n g b a ise r, d an s lequel Y olande s e n tit p a sse r une\nàm e. E t elle e n te n d it u n c ri d ’e n fa n t, e t so n cou fu t e n to u ré d e          deux\np e tits b ra s. E t les tro is ê tre s , au x q u els a p p a rte n a it u n e v ie d ’am o u r, la\nfixèrent avec des s u p p lic atio n s d an s le re g a rd .\n   La p o itrin e h a le ta n te , Y'olande s ’éveilla.\n   D evant elle s ’é te n d a it u n e fo rêt fa n ta stiq u e , d o n t le sol d is p a ra iss a it\nso u s u n e é p aisse floraison de fo u g ères a rro n d is s a n t le u rs feuilles é n o rm e s.\nS’é la n ç a ie n t des a rb re s g é a n ts au tro n c a rg e n té , aux feu illag es d e n te lé s,\nc ap ric ieu x . U n e lu m iè re a v e u g la n te n o y ait to u t com m e si le paysage\ne n tie r é ta it en ferm é d a n s u n im m en se bloc de glace ex p o sé à u n blanc\nsoleil d’h iv e r. Des o iseau x de d ia m a n t s a u ta ie n t de b ra n c h e en b ra n c h e .\nM ille re g a rd s é tin c e la ie n t. U ne vie in te n se re s p ira it en to u te s choses,\nfa isan t c ra q u e r les tro n c s so u rd e m e n t e t b ru ire é tra n g e m e n t les feuillages.\nDes s e rp e n ts d e feu g lis sa ie n t so u s les fo u g è re s, el le u rs sifflem ents m et­\nta ie n t en fu ite les o iseau x .\n\n  Un artiste original se possède dans une page pareille. Après\nune légère hésitation, dans les Invités, où sa personnalité\nest cependant déjà sans mélange, il entre décidément dans\nl’inconnu où l ’appelle sa race, chercheuse d’âme avant tout,\net il s’y taille un domaine irrévélé.\n   Par ordre chronologique, les premiers contes sont : les\nInvités, la Lune assassine, Hunald, la Fin du Monde,\nl'Infatigable pêcheur; les derniers : les Anus, l'Amour\nimpossible, la             Lune       vengeresse,          le Moulin des Passions,\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "    les Livres.                                           337\n\n\n\nla M ort de l’Heure et l'Ame des Choses qui fut écrite en\n1886-87. Les autres sont intermédiaires.\n  Hector Chainaye se modifiera sans doute encore. Il l’a\ndéjà fait dans le sujet et dans le style du conte qui ferme le\nvolume, La Cage aux Bêtes, écrit au commencement de 1888.\nQuand ce conte parut, il y eut une involontaire déception :\nn’en est-il pas toujours ainsi quand une personne chère nous\nrevient, changée, de l’absence ? C’est Vautre qu’on attendait,\ncelle d’avant. Tardare alam fati... Il y a en somme dans cette\nimpression plus do momentanée surprise que de vrais regrets\nquand il s'agit d’un favori des dieux qui conquiert chaque\njour une jeunesse nouvelle.\n  Je n’analyserai pas ce conte où s’ exprime et se dramatise\nd’une manière pathétique et saisissante, l ’amertume de cer­\ntaines existences d’artistes au sein des envies locales et des\ninclémences d’une patrie qui, comme bien des mères, n’aime\npas toujours, tant qu’ils vivent du moins, les meilleurs de\nses fils.\n  Noblesse oblige. On doit voir dans La Cage aux Bêtes une\nnaturelle transition entre l’Ame des Choses et le roman que\nnous attendons avec impatience : le Pays des Mères.\n  Il n’y a nulle présomption à penser que cette œuvre sera\nune nouvelle révélation. Mais si le jeune écrivain pouvait\nmême détromper les espérances légitimes que nous avons\nfondées sur lui, ou si l ’œuvre attendue ne sortait jamais de\nses mains, il faut l’oser dire, le proclamer sans ambages :\nHector Chainaye est déjà un des quelques hommes qui, à côté\nde Chateaubriand et de Flaubert, porteront témoignage devant\nla postérité pour la prose française au dix-neuvième siècle.\n\n                                   CÉLESTIN DEMBLON.\n  Liège, avril 1891.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-019", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 338, "page_fin": 341, "titre_corps": "Pages, par Stéphane Mallarmé", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "PAGES, par Stéphane Mallarmé. — Deman. 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Stéphane Mallarmé (car\ntout homme au courant des belles lettres françaises et qui\nn’est pas un Moliériste exclusif ou un Stendhalomane se les\nremémore plutôt qu’il ne s’y initie), on y rencontre le don\nunique et charmant de ce grand artiste qui, là, sans le secours\ndu vers, en une prose sinueuse à la fois et scintillante, y\nmontre partout l’admirable preuve qu’il a, à lui, des façons\nde penser et de dire neuves, inattendues et distinctives.\n  Si, parfois, comme dans les premiers poèmes en prose\nFrisson d’hiver ou Plainte d’Automne, on remarqué une im­\nperceptible hantise de Baudelaire vite modifiée selon un\nmode original, on constate bientôt à la perfection incom­\nparable d’un Phénomène futur, par exemple, ou à un tour\ninusité donné à quelque thème similaire de ceux où se plaît\nla mélancolie baudelairienne comme dans la Pipe — qu’on\nest en présence d’un esprit plus fraternel que filial du modèle\négalé et, aussitôt après, le Spectacle interrompu semble nous\navertir qu’on nous introduit à une manière de voir qui sera\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "     les L iv r e s .                                          339\n\n\n\ncelle désormais choisie par le Poète pour considérer les faits\nde son rêve et interpréter les aspects de la vie : telle pro­\nmenade fluviale avec le Nénufar blanc, telle aventure foraine\navec la Déclaration ou telle rencontre avec l ’Ecclésiastique.\n   Maintenant, l’écrivain s’autorise de la façon de voir qu’il\ns’est reconnue, contradictoire de celle du commun, et, selon\nla loi de bonne foi intérieure qui lui ordonne d’être ainsi, il\nautonomise sa pensée. La vision préparatoire et incomplète\nqu’il eut du monde se réforme et il s’y en substitue une autre,\n“ la vraie. „\n  De cet état d’esprit hautain et le seul qui convienne, nous\nvoyons dans ces Pages de rapides mais significatifs indices\nqui sont comme les marginalia de quelque œuvre vaste et\nordonnée qu’elles supposent et annoncent et dont le secret\net la méthode transparaissent, çà et là, un peu partout et\nplus qu’ailleurs peut-être dans les Crayonnés au théâtre, en\nde brèves esquisses théoriques ou explicatives du sens des\nmimiques ou des danses et de l’adaptation possible de la\nscène à de plus nobles jeux.\n  Là, au contact de choses contemporaines, cette lucidité su­\npérieure qui est le signe distinctif de M. Mallarmé se nuance\nd’ironie en s’appliquant à      déconcerter l’hypocrisie des\napparences.\n  Outre l ’intérêt délicat et varié de tout cela, il en est un\nautre complémentaire à l’étude de ce livre.\n  L a manière d’écrire, de M. Stéphane Mallarmé s’y révèle\ntout entière avec son curieux travail de langue et de syntaxe,\nson accent parfois glacial et bref, ailleurs insinuant et incan­\ntatoire, avec le raccord étrange et juste de termes lointains»\nJuxtaposés, car chacun s’y distingue en la pureté de son\nsens, alliés, car ils s’unifient dans la trame de la phrase.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "340                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Ce style a un mouvement très particulier, nullement ora­\ntoire, parlé plutôt et même mimé. Il représente les objets\navec quelque chose d’interposé, comme au travers d ’un\ncristal qui les isole de tout contact et de toute buée.\n  L a phrase a je ne sais quoi de fragile en ses armatures\ndélicates et flexibles, gélives et cassantes. Quelquefois, au\ncontraire, elle se rétracte en de très extraordinaires effets de\nrecul ; les mots y sont comme en retrait en de l’au delà à\ndes profondeurs mentales sur les confins vaincus de l ’inef­\nfable.\n  Ce style singulier et séduisant déconcerta par sa logique\nmême et par sa particularité d’éviter la locution toute faite.\nIl a soin de disjoindre les mots que des habitudes antérieures\nont soudés et ne les emploie que purifiés et prêts à se\nreprendre par des contacts nouveaux.\n  Longtemps cette manière d’écrire sembla l ’apanage de\ncelui qui l’inventa.\n  Ce faux point de vue qui est de considérer comme excep­\ntionnel ce qui était simplement le résultat d’une clairvoyante\nordonnance de savant écrivain tend à se perdre et il s’y\nsubstitue enfin la constatation que ce style est de grande\nbeauté et de fécond enseignement. Ce qui fut regardé comme\ninsolite et d’une hardiesse justifiée par une incomparable\nhabileté, tour de force d’une haute et singulière intelligence,\ngagne de jour en jour la familiarité de certains esprits\ndésireux d’une langue, moins emphatique et coloriée que\ntelle du grand Flaubert, moins trépidante que celle de\nGoncourt et sans les à peu près grossiers d’un Zola.\n  Ils ont reconnu que c’était en M. Mallarmé que s’était faite\nla jonction de la tradition du X Y I I I e siècle avec l’acquis\npoétique de la réforme Chateaubriandesque. Ils ont trouvé\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "    Notes.                                                  341\n\n\n\nlà l’exemple d’ un langage énonciatif, elliptique et complexe\navec toutes les élégances et les nuances désirables et l’ont\nsuivi en l’accommodant à leurs visées.\n Je sais telle page judicieuse et instructive de la Femme-\nEnfant de M. Mendès qui se filie aux techniques mallar­\nméennes et certains traits de l'Exorcisée, ce livre irritant,\ncaptieux et original de M. Paul Hervieu, rappelleraient le\ntour propro à l’auteur du Nénufar blanc et des délicats et\nsolides chefs-d’œuvre qui ont prétexté ces lignes.\n\n                                   Henri   de   R É G N IE R .\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-020", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 343, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTES. Un deuil cruel vient de frapper notre ami Albert Mockel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 368, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 667, "fin_caractere_exclue": 1327, "texte": "NOTES.\n  Un deuil cruel vient de frapper notre ami Albert Mockel.\nIl a perdu son père. Pour l'ami les marques de notre plus\nvive et de notre plus haute sympathie.\n\n\n   M. Albert Mockel, éloigné depuis un mois de ses occupa­\ntions habituelles, a dû confier à un autre le soin de mettre\nsur pied ce numéro double. Les abonnés de la Wallonie\nvoudront bien excuser le retard qui en est résulté.\n\n\n  L e n° prochain paraîtra dans pou de jours. Il sera\nconsacré à M. Bernard Lazare.\n\n  M. Hector Chainaye n’ayant pu nous faire parvenir en\ntemps utile la copie promise, il nous a été impossible de lui\nconsacrer ce numéro, quoique nous l ’ayons précédemment\nannoncé.\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "^42                                           la Wallonie.\n\n\n\n  Le 19 septembre, une rencontre à l’épée a eu lieu à la\nGrande Jatte entre M. Vielé-Griffin et M. Catulle Mendès.\nA la seconde reprise M. Vielé-Griffin a été blessé. Nous\nsommes heureux d’ajouter que la blessure de notre ami n’a\npas eu de conséquences.\n\n  L e numéro d’A oût de la Revue des Deux Mondes contient\nune nouvelle de M. Barracand, Lina qui se passe en terre\nwallonne et mérite d’y être lue.\n\n\n  Pour paraître    prochainement chez Léon        Vanier une\nédition nouvelle des Episodes, par Henri de Regnier. Cette\nédition contiendra les Sites et une série de sonnets inédits.\nLes vers des Episodes ont été soumis à un travail de cor­\nrection.\n\n  Nous avons reçu et il sera prochainement rendu compte\nde l'Eléphant, roman par Jean Court et Charles Neerth\n(Savine); Loth et ses filles, par P. Lacomblez; les Tourmentes\npar J. Clerget (la Plume) ; Ruysbroek l’admirable, traduit par\nMaurice Maeterlinck, et Les sept Princesses, également de\nMaurice Maeterlinck (Lacomblez); Reliquaire, d’Arthur Rim­\nbaud, publié par R. Darzens (Genonceaux) ; Chansons d’amant,\nde Gustave Kahn (Lacomblez); Pierrot Narcisse et Les der­\nnières Fêtes, par Albert Giraud (Lacomblez); I l ne faut pas\nmourir et la Jeunesse de demain, de J. Bois (Bailly) ; le Jour­\nnal des Destrée, par Jules Destrée (Lacomblez) ; Poèmes et\nBallades, de Swinburne, traduction de G. Mourey (Savine) ;\nThulé des Brumes, par A. Retté (la Plume); Vieuxtemps, étude\npar J.-T. Radoux (Besnard); Les contes d’ Yperdamme, par\nEug. Demolder (Lacomblez); Le Pèlerin passionné, par Moréas\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "     Notes.                                                '343\n\n\n(V anier); Pétales de nacre, par Albert St-Paul (Vanier); la\nJoie de Maguelonne, de A.-F. Hérold (Bailly); l’Heure en exil,\nde D. Meunier (V anier) ; Strophes d’amant, par Julien Leclercq\n(Lem trre);   Promenades sentimentales, par Jean Thorrel\n(Perrin) ; The Intruder, traduction de l’Intruse, par M“ ° Mary\nVielé (N ew-York); le Barbare, par A. Jenart (Lacomblez);\nle F i Balouet, par Jacques Renaud (la Plume); Chérubin, par\nCharlesMorice (Vanier); Histoire du chat, du coq et du trom­\nbonne, par H. Stiernet (J. Lebègue, Bruxelles); les Bons\nParents, par Hubert Krains (Castaigne, Bruxelles); la Peur\nde la Mort, par P . de Nion (Savine); Apôtre, roman de Louis\nGastine (Genonceaux).\n\n  M. Célèstin Demblon fera, cet hiver, un cours de littérature\nfrançaise sur le X IX e siècle.\n\n\n  Trois revues nouvelles ont paru; cordialement nous leur\nsouhaitons la bienvenue : La Revue Blanche, série nouvelle,\net Chimère qui sont éditées à Paris, la Revue Rose, éditée à\nLiège.\n\n  En souscription chez M. Loth, imprimerie Lamer, 14, rue\nSeguier, à Paris, le nouveau volume de vers : Prière, par notre\ncollaborateur Jules Bois. Prix : 12 francs l’exemplaire numé­\nroté sur Japon.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "De nos collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "de nos Collaborateurs :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 372, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 3608, "texte": "de nos Collaborateurs :\n                                                             Chantefable un peu naïve.\nA * ................................................................\nH e c t o r C h a in a y e . . . .                          L ’Ame (les choses.\nA c h il l e D e l a r o c h e . .                          Aérior (à paraître prochainement).\n                                                                   .\nC É L E S T IN D E M B L O N                         . . .  Contes mélancoliques.\n                                                             Le Roitelet,\n A . - F . H é r o l d ...................................  l'exil de Harini.\n                                                            la Joie de Maguelonne.\n G u s t a v e K a h n .............................        les Palais nopiades.\n                                                            Chansons et Amant.\n C a m i l l e L e m o n n i e r . . . Le Possédé.\n C h a r l e s V a n L e r b e r g h e . Les Flaireurs.\n G r é g o ir e L e R o y . . . .                           Mon Cœur pleure d’autrefois.\n M a u r i c e M a e t e r l i n c k . . Serres chaudes.\n                                                            La Princesse Maleine.\n                                                            Les Aveugles.\n                                                            L'Intruse.\n                                                            les sept Princesses (à paraître).\n Stéph a n e Mallarm é                             . . Poèmes d’Edgar Poe.\n                                                             Villiers de l’ïsle Adam.\n                                                            Pages.\n St u a r t M e r r il l             . . . . Les Gammes.\n                                                            Les Fastes.\n J e a n M o r é a s . .............................        Les Cantilènes.\n                                                            Le Pèlerin passionné.\n G a b r ie l M o u r e y . . . .                           Crépuscules d’Ames.\n                                                           Flammes mortes. .\nP i e r r e - M . O l i n ........................ ....    Mes Mémoires.\n                                                           Des Visions.\n                                                           Légendes puériles, (â paraître).\nP ie r r e Q u il l a r d . . . .                          L a FiUe aux mains coupées.\n                                                            La Gloire du Verbe.\nH e n r i d e R é g n ie r                 . . . Episodes.\n                                                           Poèmes anciens et romanesques.\nA d o l p h e R e t t é .............................       Cloches en la Nuit.\n                                                           Thulé des Brumes (à paraître);\nA l b e r t S a i n t - P a u l . . . Scènes de Bal.\n                                                           Pélales de nacre.\nF e r n a n d S e v e r in . . . .                         Le Lys.\n                                                           le Don d’Enfance.\nE m il e V e r h a e r e n . .                    . . Les Soirs.\n                                                           Les Débâcles.\n                                                           Les Flambeaux Noirs.\nF r a n c is V i e l é -G r i f f i n .                 .  Ancaeus.\n                                                           Joies.\n                                                           Diptyque.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1891-09-n9-10-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "485fd18d9d613e663d02ae34a90cb52bb95e043ba4e3edbd34469b1268e492fc", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "6e ANNÉE, Nos 9,10. 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Odelette.\nH e c to r C h a in a y e . . les Appels du Passé.\n                                    I Soir de serre.\nE m ile V e r h a e r e n     .   . .... ,\n                                    ' Soir de caveau.\nG a sto n V y t t a ll . . . Poèmes ironiques.\nJ o s é H e n n e b ic q . .          Complaintes.\nA . F e r d in a n d H e r o ld . du “ Vitrail des Saintes. „\nA lb e r t A r n a y . . . . Adventices.\nC h a r le s D e lc h e v a le r ie . Little Sketches.\nP ie r r e Q u illa r d . . . Vers.\nD a u p h in M e u n ie r . . le R oi de n’importe où ?\n                                  les Livres.\nC é le stin D e m b lo n . . Hector Chainaye.— l’Ame des Choses.\nH e n r i d e R é g n ie r . . Pages, par Stéphan Mallarmé.\n                                    Notes.\n                                                                    «•\n                            Ce n u m é r o 1 fr a n c .\n\n                                   Des presses de II. Vaillant- Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 310, "texte": "      LA\nWALLONIE\n\n\n\n    Septembre-Octobre 1891.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                      AVIS\nLA W A LL O N IE              désire racheter                les nos suivants de sa .\n   collection        : 1886         juillet —           1887 n ovem bre —                        1888\n   d écem bre. Pour conditions écrire 307, avenue Louise,\n  Bruxelles.\n\n\n\n\n        L ’ART MODERNE                 11me ANNÉE\n\n      Directeurs : O c t a v e M A C S , E d m o n d P I C A R D , E m i l e V E R H A E R E N\n\n REVUE       CRITIQUE            DES      ARTS         ET     DE      LA     LITTÉRATURE\n\n                  26, Bue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n                        Abonnement : 10 fr. par an.\n\n\nla R e v u e b la n c h e , 60, rue de l’Ouest, L iége,\nla J e u n e B e lg iq u e , 26, rue de l’Industrie, Bruxelles,\nla R e v u e b e lg e illu s t r é e , 69, rue Stévin, Bruxelles,\nla P lu m e , 39, boulevard d’Arago, Paris.\nR e v u e in d é p e n d a n te , 12, rue des Pyramides, id.\nM e r c u r e d e F r a n c e , 15, rue de l ’Echaudé, St-Germain.\nl’E r m ita g e , 5, rue Gay Lussac.\nle N o r d lit t é r a ir e , 113, rue de Paris, Valenciennes.\nE n tr e tie n s p o litiq u e s e t lit t é r a ir e s , 11, chaussée d’Antin,\n  Paris.\n\n\n\n                 LES                     JEU N ES\n  B E V U E M E N SU E LLE D ’A R T E T DE                               LITTÉRATURE\n\n            6 , r u e d e F e r , N a m u r ; 5 fr. l ’an\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "   VOUS NE SEREZ PLUS VIERGE.\n\n\n\n\nAlors Sathan rôdait dans ma lumière astrale\nE t la nuit sur mon front oscillait l’aile fatale.\n\n\nVous ne serez plus vierge, ô vierge, car je vous ai violée,\nVous ne serez plus vierge,\nDélacez votre enfantine gorgerette,\nQue vos jupes glissent, vos simples jupes de serge,\nQue glissent les voiles et les amulettes\nE t les cliquetants bracelets,\nVous ne serez plus vierge, car je vous ai violée.\n\n\nDélacez votre enfantine gorgerette,\nQue vos seins de rêve soient tout nus,\nQue vos bras de fier garçon soient tout nus,\nQue vos jambes fermes et lestes soient toutes nues,\nQue votre ventre éblouissan t soit tout nu !\nE t regarde-toi, regarde où saigne cette plaie,\nTu ne seras plus vierge, car tu es violée.\n                                                              19\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "28 G                                            la Wallonie.\n\n\n\nJe t'avais aimée comme une sœurette,\nComme une sœurette seulette,\nComme un chaste cœur délicat ;\nJe t'avais aimée fine et fière,\nE t toute d’un élan comme une sincère prière,\nJe t’avais aimée tout entière,\nAh !\n\nSais-tu comment je t’ai violée ?\nJe t'ai violée, seul, en ma couche vide,\nPar la complicité des démons blêmes !\nJe t'ai violée quand même sans que tu m'aimes\nE t sans que je t'aime toi-même;\nPar la volonté des astres perfides\nJe t’ai violée.\n\nCe péché de nuit et de mystère\nPortera son fruit de châtiment.\nVa tu peux pleurer et t’asseoir sanglante sur les pierre*,\nTu peux t'agenouiller dans les églises,\nQuoi que tu fasses, quoi que tu dises,\nTu enfanteras n'importe comment....\n\nE t ce pauvre enfant solitaire\nN'aura ni père ni mère\nParce que c'est en songe que je t'ai violée.\n\nMais maintenant j'a i vaincu Satlian dans ma lumière astrale;\nE t priera notre fils pour nous préserver du mal.\n\n                                               J u le s   BOIS.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                      ODELETTE.\n\n\nL e soir chôme en la trèv e, au seuil, des rouets doux....\n\n\nLe site est rude à peine encore du vieux houx\nAttestant que la terre antique fut cruelle\nA la douceur naïve en quête de l’agnelle,\nA cette Ame qui fat si folle en le Bois noir\nEt se reconnaît mal au tranquille miroir\nOù d’elle son passé s’exile et la recule !\n\n\n\nLes moissons mûres sous le tiède crépuscule\nLes vergers lourds d’automne et jaunes d’Été,\nTout ce qu’il semble à notre songe avoir été :\nCe lent chemin entre des arbres et le fleuve,\nEt comme cette écorce, hélas, une chair neuve\nAvant la vie et l’aventure et l’ombre et l’an\nEt le silence en pleurs sur le seuil vigilant.\n\n\n                                     H e n r i d e RÉGNIER.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "        LES AP PE LS DU PASSÉ.\n\n\n   On eût dit qu’une infranchissable muraille de\nnacre barrait l’horizon, tant le ciel était éblouissant\nà cette heure de la nuit. Le disque de la lune s’y\n dessinait frêlement, les étoiles se voyaient à peine.\n   Attentif, le paysage reposait sous un léger voile\n de brume laiteuse. Une tranquillité sacrée régnait.\n On entendait glisser les longs nuages d’argent et\nfrissonner les hauts arbres qui émergeaient du brouil­\nlard et scintillaient comme des grappes de diamants.\n   La brise tombant, tout s’immobilisa. Il me parut\nalors que la terre était prise dans un énorme bloc de\nglace.\n   Soudain, une plainte claire et vibrante s’éleva des\nmurailles; la maison en frémit; et je sentis passer\nl’éclair sous mes pas. La plainte s’éleva de nouveau,\n cette fois plus stridente, et elle se répercuta bien\nloin, jusqu’à l’horizon.\n   A cette voix, un monde inattendu s’éveilla. Le sol\ns’alluma d’abord d’un tel éclat intérieur que le ciel\nen pâlit aussitôt. Et un paysage que je ne reverrai\njamais plus surgit de terre lentement, comme avec\nune fatalité mécanique.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "    les Appels du passé.                           289\n\n\n\n   Au bord d’un fleuve étincelant et calme se dressa\nune vieille petite maison. Des banderoles de fumée\ns’échappaient du toit aux ardoises bleuies par la\nlune. Tout à coup une main tremblante ouvrit une\ncroisée et je vis apparaître un vieillard, dont les\ntraits m’étaient connus. Sa figure douce et observa­\ntrice s’éclaira faiblement comme celle d’un fantôme.\nIl me regarda fixement. Je ne fus pas effrayé.\n   Mais une seconde croisée se baigna de feux tendres.\nEt sur ce fond de lumière, vint se découper la\nsilhouette d’une vieille femme assise, à la tête médi­\ntative et courbée.\n   J’étais hypnotisé par cette vision, lorsque des\nbruits vinrent à moi, le frôlement de l’eau sur les\nherbes de la rive, des cris d’enfants qui jouent, le\ngrincement d’une roue. Et une ville paisible m’ap­\nparut, sur les bords de ce fleuve étincelant.\n   Comme je reportais les regards sur la petite\nmaison, la vision s’effaça lentement. La ville entière\nse confondit bientôt avec la blancheur de la terre.\nSeule, la maison se dressa encore un instant. Le\nvieillard me regardait toujours. Puis tout disparut.\nLe sol rentra dans une demi-obscurité voilée, le ciel\nreprit son éclat.\n  Et un grand désespoir s’empara de mon âme.\n  — Ah ! pensai-je, pourquoi suis-je encore en vie ?\n\n                            H ector CHAINAYE.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "             SOIR DE SERRE.\n\n\n\n\nL ’absurdité d’un poisson d’or mangeant des fleurs,\n      En un bassin de marbre rouge\n       Où rien ne bouge.\n\nPas une goutte d’eau, ni de rosée,\n      Sur ces douleurs de fleurs\n      Pleines de leur pensée,\nQui regardent, avec des yeux d’ailleurs,\n      Le poisson d’or.\n\n\nPas une goutte d’eau dans le bassin\n      Dont le marbre abyssin\nEst vieux, dites de quels siècles d’années !\n       — O le songe vers les déserts\n       Et ses roches de ses soirs clairs —\nLe poisson d’or mange des fleurs fanées.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "    Soir de serre.                            291\n\n\n\nLe poisson d’or mange sa mort\n      — O les nitres et les oxyrrhodins\n      Des pétales incarnadins —\nLe poisson d’or mange sa mort\nEn des roses empoisonnées.\n\nLe poisson d’or est beau comme l’éclair;\nLes pauvres fleurs sont lourdes de douleurs\nEt leur venin fleurit dans l’air.\n\nDehors contre les carreaux bleus\nLa lune épand ses cheveux bleus.\n\nEt dans la chambre en camaieu,\nOù se dessine un volubile,\nLe poisson meurt, sans faire un vœu,\nComme un éclair d’or immobile.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "292                                     la Wallonie.\n\n\n\n\n            SOIR DE CAVEAU.\n\n\n\nDes torches dont la clarté ne bouge\nBrûlent depuis les loins des jours, toujours,\nParmi la cruauté de ce caveau voûté\nD ’ébène immense et lambrissé d’or rouge.\n\nLes supplices d’acier et les meurtres d’airain\nS’y souviennent : Néron, Procuste et Louis onze,\nRegards de proie, ongles de bronze,\nClous et tenailles dans leur main.\n\n\nUn luxe vieux de métaux noirs habille\nLe solennel granit d’un fût assyrien\nErigé là, pour ne soutenir rien\nQue des siècles et leur douleur indélébile.\n\n\nSoudain, sur ce pilier — ainsi qu’un ostensoir\nLamentable, là-bas, qui s’éclaire lui-même —\nMasque de cire en son nuage blême\nMon front surgit de souffrance et de soir :\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "    Soir de caveau.                                 293\n\n\n\nBouche de cris tordus en muette prière,\nCheveux tristes d’orgueil fauché,\nChair seule et par le col tranché\nD’intermittents caillots de sang et de lumière ;\n\n\nMon front hélas, celui si pâle de ma mort\nEn ces caveaux immobiles d’or rouge\nOù plus jamais — sinon ses yeux — flamme ne bouge\nPour éclairer ce faste en fer de la mort.\n\n\n                            E m i l e V ERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "          POÈMES IRONIQUES.\n\n\n                        X IX\n\n                                       Usage ex tern e.\n\n\n\n  Quand ma vie se fut brisée dans le dernier boquet\nde l’ivresse, le Fou qui m’aimait n’essuya point la\nvomissure de mes lèvres.\n  V a, dit-il, je ne t’infligerai point l’ennui d’une\ntoilette pieuse (les fous seuls ont des amitiés si\nrésolues).\n  Mais selon le rite que je lui avais ordonné, il prit\nun vieux sac à charbon pour y jeter mon corps, —\ncomme il était.\n  Mes muscles roidis craquèrent et les jointures de\nmes os ; mais il poussa fortement sur mes épaules\net mon menton heurta mes genoux.\n  Alors, il lia le sac d’une corde solide et sur ses\népaules il m’emporta, vers le lieu que je lui avais\nmarqué (en vérité il n’était point dégoûté).\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "    Poèmes ironiques.                                295\n\n\n\n  C’é tait dans une forêt noire et malsaine, au sol\nfangeux, avec au loin, bien loin au milieu d’elle, une\nclairière faite de tourbe et de marécage.\n  Les monstres s’enfuyaient dans les arbres en\ndisant: \" C’est le Mauvais Mort. „ Et ils rampaient\navec horreur.\n  Le Fou marcha sur le sol mouvant, à travers les\narbres religieux et noirs ; il vint jusqu’au grand\nmarais de la clairière, et dans l’eau du cloaque, il me\nlança\n  (Ce fut d’abord un grand bruit : plougg ; puis des\nclapotements ; et après des ronds comme d’un qui\ncracherait dans l’eau)\n  Les heures se passent et les jours. Le Fou qui\nm’aimait, où s’en est-il allé ? (des bulles d’air se sont\névaporées avec un petit crépitement sur la surface\nde l’eau putride)\n\n\n   Les jours se passent, entraînant les mois. Sous\nles gaz qui le gonflaient éclata mon cadavre. Mes\nmembres verts et mous débordèrent du sac décom­\nposé.\n   (Ce n’était vraiment pas très propre, mais bien des\nbêtes s’en accommodaient.)\n   Sur la vase du lac, au fond du bourbier, s’étalèrent\nles lambeaux purulents de ma chair; et mes muscles\neffiloqués tombèrent de mes os.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "296                                     la Wallonie.\n\n\n\n  Mes yeux se sont détachés de leurs orbites rongés\npar des larves immondes ; mais ils ont laissé dans\nmon crâne deux longues racines.\n   Deux longues racines de vie qui se gorgent de ma\ncervelle et de ma chair putride. Et elles ont distillé\nl’orgueil de mon front, la trahison de mes lèvres, la\ncruauté de mon cœur,\n   le stupre de mes reins ; et leur chevelure absorbe\nl’horrible amas de toutes mes pourritures.\n  A travers les eaux jaspées et fielleuses, mes yeux\nse sont élevés, gorgés d’une sève étrange. Et leur iris\nest devenu comme une corolle.\n\n  Sur la surface des eaux s’épanouissent deux fleurs,\nnées de ce que virent mes yeux pervers ; et ces fleurs\ngéminées s’auréolent d’une lueur miraculeuse (on\ndirait de la lumière qui poudroie).\n\n   Et maintenant venez voir, ô plèbe des hommes,\nles fleurs triomphales qui sont nées de ma pestilence !\n(leur parfum les tuerait comme des mouches)\n  Venez à travers la Forêt, par les halliers fangeux,\nparmi les phosphorescences et les trahisons.\n   Venez à travers les monstres rampants, parmi les\nfièvres, les ombres louches et le sommeil noir des\naraignées (ô vous, défendez bien ma tombe contre\nles regards de ces pleutres).\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "    Poèmes ironiques.                             297\n\n\n\n  V os dents claqueront comme des feuilles sèches au\ngrand vent; les ronces déchireront votre chair; et les\ncrapauds visqueux empoisonneront la plante de vos\npieds.\n   V os muscles se dessécheront sur vos os; vos yeux\ns’épouvanteront dans votre figure jaunie. L ’Horreur\nvous guide vers le vain espoir.\n   V ers le vain espoir de mourir du poison des deux\nfleurs jumelles, miraculées et précieuses.\n\n\n  De la boue gluante qui enlise tes pieds, jamais,\njamais, ô plèbe des Hommes, tu n’arriveras jusqu’à\nvoir\n  les fleurs mystérieuses qui sont issues de ma\nPestilence.\n\n     47 m ai 1891.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "298                                           la Wallonie.\n\n\n\n\n                       XXV.\n\n            LA DERNIÈRE NOUVELLE.\n\n  à m oi.                 Car celui qui croira en moi sera sauvé.\n                                                  (É v a n g i l e . )\n\n                          Devant la joie et l'orgueil de ta volonté.     •\n                                                (A rm . J u lin .)\n\n\n\n Or, écoutez-moi : je vous apporte le Verbe de la\nMort volontaire.\n\n  J ’étais au milieu des espaces de neige, et dans la\nhauteur des plateaux, je marchais vers la limite où le\nciel rejoint la terre.\n  L ’alentour était pur comme le regard d’un enfant\nsimple et ma tristesse était grande.\n  Je fuyais devant la colère révoltée de mon rêve,\ncherchant l’Aube indicible où il n’y a point de songes.\n  Entre la terre et le ciel allaient et venaient des\nparcelles de neige, sans que l’on eût pu dire si cette\nneige descendait du ciel sur la terre ou montait de la\nterre vers le ciel ; car la terre et le ciel étaient con­\nfondus.\n  Et cet infini d’irréel et de vertige m’attirait— hors\nde la vanité de ma pensée et de la lassitude de ma\nchair ancienne.\n  Alors ce fut, avec un cliquetis très doux et cris­\ntallin, la Vierge de Paix, dans une Gloire d’Aurore.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "    Poèmes ironiques.                               299\n\n\n\n  Ses cheveux blancs étaient comme une cendre fine\nautour de son front pâle; autour d’elle flottaient\ncomme une cendre fine ses longs cheveux pâles,\npâles autour de son front blanc.\n  (Son front est comme l’envolée d’un rêve qui ne\ndoit point finir.)\n   Ses yeux clairs étaient comme les yeux de ceux\nqui parlent avec le regard de leur pensée. Sous son\nfront pâle habitait la lumière du Vide et la voix de sa\nPensée jaillissait par ses yeux clairs.\n  (Ses yeux brillent de l’Aube irréelle du Vide qui\nn’aura point de fin.)\n   Sa bouche, en ligne rouge, s’affinait entre ses\nlèvres minces, ses lèvres très précieuses où réside\nle baiser des adieux suprêmes. Entre ses lèvres fines\nétait l’âme de sa bouche souveraine.\n   (Ses dents froides transparaissent sous ses lèvres\nirisées.)\n   Ses bras souples et jeunes — oh ! si efféminés —\nétaient comme des gestes faits pour clore les pau­\npières. Le geste de son bras était délicat et doux\ncomme une lassitude.\n  (Ses doigts frêles ont l’infinie douceur d’un lent\nvol d’anges.)\n   Or, j ’étais devant la Vierge gracieuse et souve­\nraine dont la chair est d’azur et de cristal flexible ;\net nulle pensée ne s’aperçoit au travers.\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "300                                     la Wallonie.\n\n\n\n  (Son corps illusoire est comme une transparence\nde vide et de froide lumière.)\n  La magie du Désir flottait autour d’elle avec une\nviolente et irrésistible attirance; d’Elle irradiait\navec une force ardente le Dernier Désir.\n  (On dirait les mille bras enroulants d’une pieuvre.)\n  Et ses pieds, ses pieds frais et nus, étaient comme\ndeux fleurs étranges.\n\n\n   Or, sa boucbe ne s’ouvrit pas et des voix parlées\nne troublèrent point l’air immatériel; mais j ’ai retenu\nle Verbe que ses yeux prononcèrent.\n\n\n  — “ Je suis la Fée Essentielle et Certaine qui\npurifie et qui repose.\n  Que celui-là vienne à Moi, celui qui m’aime, pour\nque la glace de mon baiser ennoblisse ses lèvres et\nlui donne — l’ineffable Abolition.\n  N’aimez point ! A quoi bon haïr ? La haine est\ncourte comme l’amour. N’accouplez point votre vo­\nlonté hautaine à l’infâme ennui des jouissances;\nmais retirez-vous de la boue des femmes humaines.\n  Ne rêvez point ! Pourquoi empourprer votre pen­\nsée de la fièvre anxieuse des songes? Or, je vous dis\nque dans la vanité des rêves, vous énerverez votre\nVolonté.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "    Poèmes ironiques.                                  301\n\n\n\n  N’étudiez point ! A quoi bon savoir ? Toute science\nengendre le doute infâme, ce seuil de mensonge.\nNe courbez point l’orgueil de votre intelligence vers\nce qui n’a qu’un temps.\n  Ne travaillez point ! Mais restez dans l’immobile\ndédain des circonstances journalières. Pourquoi\ndéformer vos mains blanches aux calus honteux du\nlabeur? si votre vieillesse ne peut procréer l’Etemel.\n   N’écrivez point. Car d’enfermer dans des mots\nécrits pour les hommes l’orgueil de votre verbe,\nc’est sacrilège. Ne descendez point vers les temps.\n  Les temps passeront et les temps encore ; de votre\nagitation souffrante, quelle œuvre restera ?\n\n   Mais venez à moi et je vous donnerai une chose\nqui ne périra point.\n   Je vous soufflerai à la face et le Néant entrera\ndans vos yeux; je vous baiserai sur les lèvres et\nl’Oubli entrera dans vos cœurs.\n  Un froid très doux coulera dans vos membres\nendoloris et l’extase dernière envahira vos corps\npurifiés de la vie.\n  Mais venez à moi qui suis celle qui n'est pas et par\nqui ce qui dure toujours vous sera donné\n  dans la Mort volontaire et sereine des Reposés\nEternels. „\n   9 Novembre 1891.\n                              Gaston V Y T T A LL .\n\n                                                  10\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "      COMPLAINTES.\n                          A mon ami Em ile De Linge.\n\n\n                    I.\n\nMon Ame pleure au clair de lune !\nMon Ame pleure d'Être seule !\nSeule sans Ame au clair de lune,\nSans Ame pour pleurer comme elle.\n\nMon Ame a peur au clair de lune !\nElle a peur de se trouver seule;\nSeule elle a peur au clair de lune\nDe se trouver seule avec elle !\n\nMon Ame souffre au clair de lune !\nMon Ame se meurt d’être seule !\nSans être aimée, au clair de lune,\nD'une Ame qui n’aimerait qu'elle!\n\nMon Ame prie au clair de lune !\nElle prie en vain toujours seule,\nE t toujours seule au clair de lune\nD e prier pour une autre qu'elle!\n\nHélas! mon Ame au clair de lune,\nSera-t-elle encore longtemps seule\nA se mourir au clair de lune\nD e ne plus prier que pour elle ?\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "Complaintes.                                      303\n\n\n\n\n                          II.\n\n\n\n      Comme le ciel mon Ame pleure !\n      Elle pleure des baisers morts\n      Sur des lèvres mortes pour elle ;\n       Elle pleure une Ame jumelle;\n       Il pleut sur elle du Remords.\n\n       Comme le ciel mon Ame pleure !\n\n       Comme le ciel mon Ame est triste !\n       Comme une tombe un jour des morts\n       Sans fleurs, ni cierges, ni chandelles ;\n       Triste comme un soir de chapelles ;\n       Elle est triste jusqu’au Remords.\n\n       Comme le ciel mon Ame est triste !\n\n       Mon Ame sera toujours triste,\n       Jusques aux prières des morts\n       Que l'on récitera pour E lle;\n       Jusques à l’heure qu'elle appelle,\n       Où tout est mort jusqu'au Remords.\n\n       Mon Ame sera toujours triste!\n\n                                    J osé HENNEBICQ.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "DU « V I T R A I L DES SA IN TE S».\n\n\n                   L il io s a .\n\n\n\n\n      \" O Folle imprudente, tu oses\n      Passer, la tête dévoilée :\n      Comme une oiselle effarouchée,\n      Ta pudeur s'est-elle envolée,\n      O Liliose, Liliose ? „\n\n\n      — “ Sœurs, Jésus a levé le voile\n      Qui m’avait caché ses prairies ;\n      J ’ entends de claires mélodies\n      E t je contemple la patrie\n      Des planètes et des étoiles.\n\n\n      Voici, doux comme une prière,\n      L e chant des Saintes ingénues\n      Que l’amour divine a élues ;\n      Elles célèbrent ma venue\n      Dans l’impérissable lumière. „\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "du “ Vitrail des Saintes. „                               305\n\n\n\n\n                   H il d e g a r d is .\n\n\n\n\n    Ses limpides regards suivent sur le vélin\n    L a pieuse douceur des syllabes latines ;\n    E t les cloches d'amour qu'éveillent les matines\n    Perlent candidement leur rhythme cristallin.\n\n\n    Son front, joyeu x et pur sous le voile de lin,\n    S'éclaire de fraîcheurs et de lueurs divines :\n    La frêle Abbesse croit monter vers des collines\n    Que parent les rayons d'un soleil sans déclin.\n\n\n    Elle vague, tandis que s’exaltent les psaumes,\n    A travers des forêts d’extase et des royaumes\n    Où des fleurs de prière enchantent les halliers.\n\n\n    Et, mort le rêve avec les hymnes de louanges,\n    Elle contemple encore, aux fresques des piliers,\n    Les nimbes radieux qui couronnent les Anges.\n\n\n                          A . F e r d i n a n d HEROLD.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                 ADVENTICES.\n\n\n                         A n n ie .\n\n\n\n         Des cloches et c'est dimanche !\nc’est le meilleur de mon passé que ce vallon\noù j ’épiais en Mai passer ta robe blanche,\noù tes yeux disaient “ oui „ lorsque ta bouche “ non „ :\nc'est notre Autrefois qui vers moi se penche.\n\n\n  Quels rêves cependant, ma cousine, nous fîmes\nen ce vallon, — ta main toute tiède en ma main ;\n      vers quels Eldorados sublimes\n      s'orientaient nos lendemains...\nmon espoir s'endormait au fil de tes cheveux\n  Dont me grisaient les fragrances mièvres\n          et longuement tes lèvres\n  à mes lèvres ici dédiaient leurs aveux.\n\n\n  Cousine, n’est-ce pas le long de cette haie\n       (où le sorbier mûrit ses baies)\n  que ta jeunesse attendait mon retour ?\nN ’est-ce pas par ces chemins qu'après de chers détours\nle soir nous ramenait mollement au logis\net que tu t'appuyais à mon bras toute lasse ?\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "  Adventices.                                         307\n\n\n\nA h! nous ne savions pas alors que l'heure passe\n       ni si l'amour un jour pâlit !\n             E t je te murmurais :\nles roses sont moins fraîches que tes joues,\nla grâce de ton col les lys jalouseraient\net tes baisers et tes regards et tes petites moues\ntoujours seront mon seul printemps.\n       Nul oiselet ne te pourrait dire,\n     si douce fû t la douceur de ses chants,\nce que mon cœur te dit tout bas quand ton sourire\n           un bref instant s'y mire.\n\n\n   Puis les matins de Septembre, quand l'air\nest comme un merveilleux rideau de féerie,\n       nos cueillettes par les prairies\n      où s'éveillait ton rire clair!\n       Chaque chose ici m'en parle à moi-même :\n  partout ici c'est toi, partout encor c'est moi —\n  mais un moi aux espérances moins blêmes\n  ignorant s'il est quelque effroi\nà regarder la Vie vivre ses vœux de chair.\n\nJe me souviens aussi des longs soirs d'hiver,\ndes veillées de Frimaire autour de l'âtre\nlorsque parlait l'aïeule et que dans tes yeux verts\nbrillaient plus d'étoiles que les pâtres\nn'en suivirent jamais au ciel des nuits d'été...\nJ'êcoutais chanter là ta naïve beauté,\ncaressée au gré de la flamme\npar maint reflet vermeil, et ton âme\nchantait, ô ma cousine ! au fond de tes y&ux verts.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "308                                              la Wallonie.\n\n\n\n  Annie, ô petite amie de ma brève aurore,\n quelles pensées fleurissent maintenant\n   ton cœur que je fis éclore ?\n Sont-ils encor si blonds tes cheveux ondulants,\n sont-ils encore si blancs tes frêles doigts de fée\n      dont j'a i rêvé cette journée?\n      Annie ! o petite Annie !\n\n\n Celui qui sut, moins fol que moi, svelte cousine,\n abriter son destin à ta bouche enfantine\n aurait-il dissipé nos instants de jadis;\n et les matins d’automne aux furtives magies\n auxquels certainement quelquefois tu souris\n te parlent-ils un peu de moi, ô mon Annie ?\n\n\n O mon Annie, ô mon Annie! car toujours tu es mienne —\n Las, je sais bien, c’ est la tardive antienne\n ceci de tous les pauvres fous ainsi que moi\n qui laissèrent s'enfuir le bonheur souhaité...\n Mais je sais aussi quel émoi,\n quel indicible émoi me caresse de toi\n en suivant cette route fleurie\n où les premiers baisers de mon printemps fane\n te nommaient longuement : mon Annie!\n\n                                          A l b e r t ARN A Y.\n à la campagne. — Septembre.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "            LITTLE SK ETCHES.\n\n                                         C ouchant.\n\n\n\n   Le soleil descend, tout blanc, clair d’un feu glacé\nde diamant, d’un insoutenable feu concentré qui\ns’effuse en pâle couronne, et sa chute s’attarde parmi\ndes Alpes d’ouate grise, en chaîne de sommets flous\nqu’une vapeur frange de nivéale hermine. Tout est\nclair et pâle; une plaine de chaste azur règne, là\nhaut, où s’étend quelque vague nue blanche.\n   Or, sur l’agonie spirituelle, sur la fête morte de\ncette jeunesse, là-bas, si pure et froide, c’est la douce\npluie qui tend ses ray ons en cristal.\n\n\n                                      C répu scule.\n\n\n   A cent mètres, le fleuve tranquille où des moires\ns'agitent, claires et rosées, dans le gris trouble qui\nvers les bords s’accentue en noir, et des reflets d’or\ncommencent à y trembler. Le quai bruit d’une vie\nconfuse, des passants vagues dans la grisaille, des\ncharrettes cahotantes, un tram qui glisse en tanguant\nparfois. Et, bordées des premiers feux allumés, les\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "310                                          la Wallonie.\n\n\n\nhautes maisons obscures se dressent comme un décor\nsur le fond lointain des hauteurs. Elles sont, les\ncollines, sur l’horizon là-bas, indistinctes et voilées ;\nune vapeur en enveloppe les perspectives. Les dé­\ntails se profilent — maisons, cheminées, et noire\ndentelle des arbres — dans l’orange sali du ciel où\ns’apaise déjà le naufrage du couchant. Des fumées\ntraînent, en stries vineuses, la buée de tout un jour\nde travail, l’haleine de la vallée moite qui halète\nencore et va s’assoupir. Tout bruit se feutre, il\nplane une mollesse de fatigue sur les choses, et le\nfumeux ciel roux monte pâle et terne vers l’espoir\ndu haut azur, où la nuit va tantôt éployer les rideaux\nétoilés de l’alcôve.\n\n                                    S o ir    de   lune.\n\n\n   En banlieue. — A mes pieds, sous la nuit claire,\nl’eau coule. Elle m’arrive du loin que barre, ici près,\nla ténue armature d’un pont suspendu qui tend\ncomme une dentelle noire sur le fond gris. Rectiligne\net bicolore, elle est, jusqu’au milieu reflétant le haut\nciel, d’un bleu métallique et frigide ; asservie par\nl’ombre des berges, c’est vers la rive une encre de\nvelours qu’on ne sent fluer qu’à voir trembloter un\npeu les tiges de feu rougeâtre qui s’y enfoncent,\nsommées d’une immobile corolle clignotante, réver­\nbères esseulés d’un quai morne. Elle m’arrive bleue\net noire, plus noire et sans nulle fleur en feu, coulant\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "    Little Sketches.                               311\n\n\n\nau long d’un petit parc d’arbres massés dans leur\nsilence. En face, bornant le parc, pour fuir ce fond\nd’anxieuses ténèbres où pleure une lumière qu’on\nétouffe, un bras d’onde bâte ses flots peureux vers la\nrivière. Une îlette longue et mince l’incise, fourrure\nd’un paradoxal chat maigre tapi dans le courant.\n   Le site s’éparpille : autour des eaux, c’est le parc\net ses touffes de nuit, un enfoncement d’obscurité\nd’où s’érigent des pignons, des cheminées en décou­\npures d’ombre ; à gauche, une berge d’berbe que la\nlune givre, monte et s’éloigne vers la vie rouge\nd’une usine, révélée aux lueurs mouvantes dont\ns’emplissent les grands bangars; tout autour les\nmasses confuses d’une banlieue triste, de hautes\nmai sons où parfois veille une vitre de vie, tout en\nbaut.\n   Le ciel est clair et pur, des blancheurs de nues\ns’étirent; une cendre lumineuse est diffusée par toute\nl’étendue, qui sanctifie l’éclat des rares étoiles. La\nlune vogue en un soyeux duvet roux; comme à mi-\nchemin de son disque, une fine barre de nuées s’al­\nlonge, et ainsi elle semble recluse, tout au loin, dans\n un second ciel entr’ouvert, plus élyséen. La terre est\nrésignée, les choses pensent, ou souffrent doucement.\n Car ici palpite un émerveillement : sur l’onde et jus­\nqu’au fond de ce bras de rivière qui presse vers le\nfraternel confluent ses ruissailles délivrées, la lune\njette une royale traînée de lumière qui s’enfonce\nentre le parc noir et le pré de givre, enserrant la\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "312                                      la Wallonie.\n\n\n\nbande dormante de l’île; c’est des paillettes frêles,\nde minces flots qui vibrent, un frissonnement d’é­\nclairs pâles, une danse de rayons morts au terne\nmiroir bleu. Les eaux unies, cette folle vie se calme,\nles stries cassées se nouent, cela fait des remous de\nclarté où s’éploient des jeux de chevelure, et parfois,\nsous un souffle fragile, tel bouillonnement soudain\ns’écaille, comme un sursaut de dorade.\n   L ’eau s’envient, toujours s’en vient, et turbulente\nse ballotte au flux de cette joie, puis s’apaise ici sous\nles clartés harmonieuses, et coule au loin, mangée\npar le noir et la mort, au silence des longues rives.\n\n\n                                      C répu scu le.\n\n\n   Un songe d’automne est diffusé sur les choses :\ndans les harmonies nuancées de septembre et du\ncrépuscule, le site se pare des magies fondantes d’un\ndessin japonais. Le soleil est disparu, et la colline\nqui cache sa descente est veuve de lumière; les verts\nclairs de tous ces prés, sur la côte, se nuent d’une\ncendre de pastel; sur la crête une ruine, des toits\ncourbes, des moutonnements d’arbres brodent une\nfantaisie d’Orient obscurci. L ’horizon s’auréole d’un\nnimbe vieux rose qui s’atténue en orbes mauves,\nc’est des nuages traversés par les derniers rayons :\ndes trouées les déchirent, montrant leurs revers\ndorés, et des pans de nacre au fond du ciel. Des\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "    Little Sketches.                                       313\n\n\n\nnuages encore, d’hyacinthe, de grisaille duveteuse;\nle ciel monte, d’ argent qui se fond en satins pâles, et\nmeurt en bleuités frêles, là-haut, où s’effeuille un vol\nd’oiseaux noirs. Et lentement, le romantisme divers\ndu décor s’émeut et s’emplit des mélancolies d’une\ncloche vague qui tinte par le val, monotone, comme\nune vie.\n                        C h a r l e s D E L C H EV ALER IE .\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                           V ers.\n\nJe ne sais plus dans quels chemins ni sous quels cieux\nLa reine de mon cœur, la reine de mes yeux,\nLa souveraine de mes larmes ignorées\nQui tord dans ses cheveux l’or sombre des vesprées,\nPassa sans un regard vers mon front en exil\nComme un soleil d’hiver oublieux de l ’avril.\nHélas ! Les lys sont morts, les roses sont fanées\nE t l’immuable deuil défleurit les années.\nElle ne connaît plus les choses d’autrefois :\nSon oreille infidèle a désappris ma voix,\nMa voix tremblante et les paroles murmurées\nEt le frissonnement des ténèbres sacrées.\nEt maintenant, et maintenant! je veux en vain\nM’interdire les jours et le passé divin.\nMa lèvre qu’ elle sut délicate naguères\nEst chaude d’une bouche et de baisers vulgaires\nE t j ’ai bu, pour marcher dans l’ombre de la mort,\nL e vin des matelots et des hommes du port.\nMais cette ivresse est triste, ô reine, et je t’implore ;\nReviens ! fais resplendir la gloire de l’aurore,\nJette sur les bois nus un manteau de printemps\nE t sème les sentiers des roses que j ’attends.\nSois bienveillante; ou si les beaux jardins des rêves\nSont clos pour jamais, soit : les heures seront brèves\nOù je vivrai dans la lumière et dans le bruit,\nEt je descendrai seul les marches de la nuit.\n\n                                      P ie r r e   QU ILLARD.\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "          Le    R oi    de     N ’ Im p o r t e O ù\n\n\n                        (F r a g m e n t )\n\n\n                                                A Sm art Merrill.\n\n\n    Les désirs ameutés d’un cortège de loups\n        Luisent dans la profondeur verte\n    De ses yeux, plaines vastes où paît mon espoir;\n Et propice à leur dessein noir, propice est le soir\nQui se déroule autour de ma bergerie inquiète\n    Dans le trouble de sa chevelure défaite.\n\n\n         Ainsi, que ses yeux soient fermés,\n         Et mon espoir serait la proie\n         De tant de désirs affamés !\n    Je verrais le paisible troupeau de mes joies\n        Saisi aux lacs de ses cheveux\n         Et jeté aux loups furieux...\n\n\n    Paissez loin d’elle, brebis mères! car sa bouche\n      Tarit le lait aux pis qu’elle touche,\n               Et sa voix\n    Commande les chiens mêmes devant qu’ils aboient.\n\n\n                                        D a u p h i n MEUNIER.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                              LES LIVRES.\n\n\n   HECTOR CHAINAYE. — L ’AME DES CHOSES (1).\n\n                                           Croire que c’est vous qui priions une Ame\n                                             au x choses : quel blasphème!\n                                                                           H. C.\n\n\n  Quand parurent dans la Basoche, la Wallonie et la jeune\nBelgique les premiers contes de l’Ame des Choses, ce fut une\nrévélation. Chaque page, comme éclose en scintillantes fleurs\nde soie au souffle d’une inspiration occulte, frissonnait, som­\nbrement blanchie d’un réseau d’argent fourmillant de choses\ninconnues : on eût dit des joyaux sous une gaze, un étrange\nPactole irisé d’alevins précieux et qui, sans bruit glisserait\ndans la mousse et dans un sillage de lune. Comme l’indique\nsurabondamment le début du premier conte, la rare fortune\nest dévolue à Hector Chainaye d’incruster son intacte\npersonnalité dans une ligne :\n  “ Le store est mi-baissé. Entre les franges qui étincellent\ncomme des pendeloques prismatiques d’un lustre et le moite\nappui de la fenêtre qui se chauffe au soleil dans la pose\nétirée d’un chat, un rayon se glisse avec une volupté pré­\ncieuse, enveloppé de tournoyantes poussières, et s’étend\nsur le tapis à larges fleurs rouges. Les timides barbiches du\n\n\n  ( 1) P a ris , V a n ier, 4 vol. 2 fr.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "     les Livres.                                             317\n\n\n\ntapis laineux câlinent le rayon las de son âme de lumières.\n“ Oh! le divin adolescent! „ soupirent les choses. Taquiné\nde toutes parts, le rayon se retourne nerveusement, frémit\nsatiné de frissons électriques ; sous lui les fleurs entr’ouvrent\nleurs lèvres saignantes; affolé par leurs souffles ardents, pris\nlui-même au mensonge des rêves qui supplient, il baise les\nfleurs, et ses baisers chantent au fond des corolles. „\n  L e début du deuxième conte est d’une non moins exquise\nsuggestion :\n  “ Une pluie fine tombe paresseusement dans la chaude et\nblanche poussière des chemins. La poussière, qui n’ose la\nboire, s’irise d’étincellements. Le vent, trop recueilli, trop\nfaible pour inquiéter les brindilles de la plaine, chante dans\nles feuilles qui bruissent, se soulèvent d’elles-mêmes, n’osant\nrésister à la faiblesse du vent. Les arbres frissonnent d’har­\nmonies. Les derniers rayons, tristes, fatigués, filtrent à\ntravers les épaisses tentures des fenêtres qui n’osent les en\nempêcher, tant ils sont tristes, fatigués. Et le salon, plein de\nrêves soyeux, où je me trouve seul, s’éclaire de dormantes\nclartés, comme un autel sous ses hauts vitraux. „\n  Hector Chainaye est comme le Nil dont les sources sont\ncachées et qui s’enfonce aux régions encombrées de mystères,\nsans recevoir un seul affluent. C’est une émotion de remonter\nvers ces sources et de trouver toujours la même eau, moins\npuissante seulement. Il est bon de recueillir sur les débuts\nde l ’auteur de l’Ame des Choses des détails que sa modestie\n— ou son orgueil — laisserait se perdre, car ce W allon parle\npeu de lui. Il n’aime ni le bruit, ni la foule, ni peut-être le\nsoleil quand il brille trop. Il sort de préférence la nuit comme\nles champignons, les chats et la lune qu’il adore à l’égal du\npeintre V an der Neer et de l’insatiable Salammbô; il savoure\n                                                     21\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "318                                            la Wallonie.\n\n\n\nle fluide des coins et des recoins liégeoisement pittoresques,\nsaisit cette âme de tout qui échappera toujours aux gros\nyeux secondés des plus brevetées lunettes et la pénètre sans\nplus de peine que la lumière les éthers; d’un regard tranquille\net bref, il voit, à travers les révélations de la face, le cerveau\ndes passants qui en ont un; il flâne aux enchantés laby­\nrinthes des rêveries en rasant les maisons sans plus endom­\nmager les pavés que la Camille de Virgile les épis; prolonge\nles entretiens à voix basse au bras d’un ami, et doit-il être\nprésenté, préfère que ce soit sous le nom de Monsieur Antoine,\nconvaincu sans doute que le quidam, s’il est quelqu’un, verra\nbien que Monsieur Antoine a une tête, une belle toison\nblonde et dorée, un front sculptural, des yeux d’un impéné­\ntrable azur, et, sous le nez taillé et long que les phréno­\nlogues donnent aux grands poètes et aux grands ambitieux,\npareille à une blessure saignante dans la riche pâleur du\nteint, une éloquente bouche d’une mélodie voilée d’où parfois\ns’échappent, à travers un sourire aigu, comme des vipères\nd’une corolle    amaranthe, de douces        flèches   livides et\nvitriolées.\n   J ’entendis parler de lui pour la première fois en 1882.\nUn jour l’ami d’un jeune étudiant en droit me confia un\nmanuscrit roulé : c’était une poésie de l’étudiant, non son\ncoup d’essai, car le journal namurois. Plume et Crayon, avait\ndéjà publié de lui, l’année précédente, je crois, une autre\npièce. Dans cette ballade, Nuit d’Amour, passent une barque,\nune mandoline, des roseaux, la lune et deux amants qu’en­\ntraîne leur passion aveugle dans un gouffre.\n  Le rouleau resta dans un coin de ma bibliothèque. Il faut\ndire aussi qu’ayant déjà donné plusieurs fois tête baissée\ndans les brillantes promesses de jeunes poètes, ma méfiance\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "    les Livres.                                                               319\n\n\n\ncommençait à devenir extrême. Elle n’aura probablement\nplus jamais l ’occasion d’être si injustifiable. Je lus enfin la\npièce et le lendemain même, nous étions Hector et moi de\ntrès vieux amis. L a pièce est intitulée la Nuit et se compose\nde vingt-deux strophes. V oici la première :\n    Déployant dans les cieux ses ailes de ténèbres,\n    L a Nuit étreint le monde en ses longs bras funèbres\n    Et dans l’ombre s’étend un silence de mort,\n    E t comme un criminel que poursuit le remord,\n    En chassant devant lui, sinistres dans l’espace\n    Les grands nuages noirs, le vent terrible passe.\n    Fôrets, courbez-vous, fléchissez flots des mers,\n    O nuages fuyez, car c’est le roi des airs !\n  Soudain, le jour paraît :\n                            Et de sa grande main\n    Aux chatoîments de nacre il montrait le chemin\n    Dans la voûte céleste au soleil son esclave.\n\n     ............................................... Et monté sur son char,\n     L e front ruisselant d’or, bientôt le soleil part.\n  L a Nuit, après avoir contemplé le spectacle du jour\nnaissant, se cache dans un nuage qu’elle demande au Vent\nde porter à la porte du Paradis. Elle se plaint au Créateur\nd’être moins favorisée que le Jour, maître du Soleil et de la\nVie, tandis qu’elle n’a que l’Ombre et la Mort. Dieu la\nconsole et, pour elle, crée la Lune, au milieu de l’hosanna\ndes Anges ! L a Nuit reprend que le Jour reçut encore    ce\nmanteau d’azur, couleur diaphane et divine „ ,\n     D ’azur sous lequel l’œil de tes sujets devine\n     Un paradis! un Maître! et qui les rend heureux,\n     Car cet azur leur semble un reflet de tes yeux.\n   L e Seigneur jette les Etoiles sur le manteau de la Nuit\nqui n’est pas encore satisfaite : le Jour voit l’homme tra­\nvaillant et heureux ; elle, ne le voit qu’endormi. Oui, riposte\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "320                                             la Wallonie.\n\n\n\nle Seigneur, mais le travail épuise sa vigueur et toi tu la lui\nrends. Néanmoins la Nuit insiste. Et Dieu :\n      Le peut-il être? Non.... Pourtant que tout s’achève,\n      Tu verras l’homme heureux : et cela par le rêve,\n      Tu pourras voir l’enfant se croire adolescent,\n      L e vieillard qui, le jour, vers la tombe descend,\n      Par le rêve, la nuit, remonter dans la vie.\n      Sois satisfaite. Au moins chasse de toi l ’envie.\n      Oui, le rêve pour l’homme est vers les cieux un pas :\n      Car le rêve est aux maux et les cieux n’en ont pas !\n  Malgré ce dernier vers qui est tout simplement sublime, la\nNuit fait une dernière objection : le R êve se dissipe et\n      Dès l ’aube le vieillard redescend vers la tombe.\n  Alors :\n      Dieu regarde la Nuit, voit combien elle est belle,\n      Réfléchit un instant, et près de lui l’appelle,\n      Et les anges l’ont vu vers elle se baisser,\n      La prendre sur son cœur et trois fois l’embrasser.\n      Tout se tait. — Et Dieu dit : “ Par ces baisers de flamme :\n      Je t’ai donné l’amour, le reflet de mon âme. „\n      Et Dieu lève la main et lui commande : “ V a. „\n      Et les anges en chœur répétaient : Hosanna.\n  Mai 1882. Hector       Chainaye n’avait pas dix-sept ans.\nChacun le sent, une littérature germe enfin dans des essais\npareils. L a hardiesse de l’inspiration, étonnamment soutenue\nmalgré les taches, appellerait l’aurore d’un Lord Byron doux,\nsi sa nature et aussi cette allégorie d’une parenté toute\nméridionale et que Milton lui-même n’a pas acclimatée en\nAngleterre, ne révélait une vision nouvelle toute exempte\nde réminiscences. Le cas paraît extraordinaire de ne relever\nde personne quand on ne se possède pas encore. C’est déjà\nune façon de se posséder. Le fleuve, plus indécis et plus\nrapide, était encore sur les hauteurs proches du lac natal,\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "     les Livres.                                           321\n\n\n\nvoilà tout. Mais que les précédentes générations — qui ne se\nsont pas possédées — paraissent loin tout à coup ! Nous\nsavons trop que les littératures ne naissent pas comme\nMinerve, pour refuser à nos devanciers l’hommage qui leur\nest dû. Nous les avons fort aimés, parce qu’il est un âge qui\navale comme l’autruche des cailloux avec des bananes, où\nl’estomac est stoïque et auréolé, où l’on voit dans un livre\ntout ce qui devrait y être, où ne pas trouver toutes les\nfemmes adorables serait sacrilège et de mauvais goût.\nJusqu’à vingt-cinq ans à peu près on porte des lunettes\nsystème Don Quichotte et pendant le reste de la vie ... on\ndoit se souvenir de les avoir portées et les remettre quand\non peut. Mais pour un étranger, la littérature française en\nWallonie depuis un siècle qu’elle s’efforce de fleurir, ne vaut\nhélas ! pas, quelques estimables fragments exceptés, un coup\nd’œil. Je laisse les poètes dont il restera un bouquet de\npiécettes charmantes; je laisse aussi les historiens : aucun,\nsauf Henaux, n’a du relief, pas même le soporifique et con­\nsciencieux baron de Villenfagne; mais où sont nos écrivains ?\nL ’honnête Bassenge est diffus et se laisse étouffer par son\nenthousiasme comme un petit Hercule par un petit Antée;\nFrédéric de Reiffenberg est assez érudit, parfois judicieux,\ndéplorablement fécond et d’une distinction banale; Comhaire,\nbrillant, mais conventionnel imitateur des imitateurs Florian\net Gesner. Superbement lourd, simarre prêchant dans un\ntonneau de sirop, le président Grandgagnage se compare\nsimplement à Cervantès, déplore que les prosateurs français\nn’aient pas en échange de leur forme autant de fond (lisez\nplomb) que lui et “ W allon jusqu’aux os „ mais non jusqu’à\nla moelle, préconise sans relâche, malgré les bâillements du\nlecteur, une littérature nationale qu’il n ’entrevoit confusé­\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "322                                           la Wallonie.\n\n\n\nment, et à travers les passions politiques, que dans le choix\ndes sujets — comme si cela suffisait ou même était indispen­\nsable ! — et dans une plate réaction contre tout le roman­\ntisme, comme si le romantisme n’avait pas commencé à nous\nrévéler à nous-mêmes ! On dit que la France, malgré la\nHenriade, n’a pas de poème épique : Dieu merci ! nous avons,\nnous autres, la Cinéide ou la Vache enlevée du brave curé\nDuvivier; cela est en vers; mais la prose peut hardiment la\nrevendiquer ! L e docteur Bovy, le Plutarque de Rivage-en-\nPot, promène la tisane de sa langue mollasse et sa bien­\nveillance à travers Liège et la province dont il rappelle,\ntruffés d’erreurs, certains souvenirs historiques ; il donne\nsouvent plus d’intérêt à ceux de son temps. M. Auguste Hock\nnote ou exhume maints précieux détails sur les moeurs\nliégeoises, mais il manque de philosophie et de style ; toute­\nfois sa mise en scène révèle souvent de l’ingéniosité et il a\nune physionomie caractéristique de petit bourgeois local.\nL ’agrément spirituel de Paul Studens, un cadet de la lignée\nde Saint-Evremond et de Fontenelle, semble un imprévu\nrayon du 18e siècle, mais il n’a pas' persévéré, bien qu’il soit\nun des quelques représentants de la fine société lettrée de\ntoute une époque liégeoise. Divers aperçus, assez justes\nparfois, ne parviennent pas à tirer du “ quelconque „ notre\nvétéran adoptif, M. Stecher. De petits jets d’attendrissement\net de pointe de gaie bonhomie caractérisent M. Alphonse\nLeroy qui s’est malheureusement dépensé en menues pièces\ndont beaucoup portent l ’effigie de sa pétulante binette socra­\ntique ; son histoire de la philosophie au pays de L iége en\nmanque trop. Les inoffensives sénilités d’Otreppe de Bou­\nvette implorent un oubli que nul ne leur refusera. Un tempé­\nrament, s’il avait une boussole, c’est M. Jean Fontaine : son\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "     les Livres.                                             323\n\n\n\néloquence figure un arbre dont chaque branche, écourtée, se\ngreffe sur la précédente en manière de certains perchoirs ; ses\nécrits, ses discours, pleins d’éclairs inspirés, sont faits d’une\nsérie de parenthèses rentrant les unes dans les autres comme\nles tubes d’un télescope; la dernière seule est fermée, quelque­\nfois. Mais quelle étoffe et quelle abondance ! Firmin Lebrun\na sombré et Marcellin la Garde a écrit sans accent des\nromans modernes et des légendes du moyen âge. Restent\nJoseph Demoulin et Octave Pirmez. Beau caractère, une de\nmes admirations d’antan, le premier a plus de carrure et de\ndiversité que d’autres, et c’est quelque chose; mais enfin sa\npersonnalité s’accuse-t-elle bien arrêtée, en dehors de ses\nsincères convictions démocratiques ? L e religieux Pirmez\narrive parfois au style, sans créer pourtant,et apparaît comme\nl’amalgame vague d’un Chateaubriand restreint et posé et\nd’un Jouffroy, tous deux pâlis et revus dans un verre con­\nvexe; il se juge parfaitement quand il espère “ durer obscu­\nrément „ : il le fera comme Otto Venius dans le rayonnement\nde Rubens. E t maintenant, si l’on venait à me trouver sévère,\npourquoi ne l’avouerais-je pas ? une tristesse, une tristesse\nquasi filiale, comme j ’achève ces lignes, s’empare soudain de\nmoi. En vain nous sont refusés le droit et l’orgueil de pré­\nsenter nos écrivains à l’étranger, on ouvrira longtemps\nencore les meilleurs ici. Comme les plus grands des autres\npays, ils ont été une partie de mon adolescence et si diminués\nqu’ils m’apparaissent aujourd’hui, le feu qui couve çà et là\nsous leur cendre n’en enflamma pas moins souvent mon âme.\nDans mes longues nuits d’or, au tictac d’une vieille horloge\nqui me regardait, aux lamentations des vents qui se tordaient\ndans la cheminée et dans les féeriques mélancolies de la\nlune, loin du monde, je m’en assouvissais, aspirant des vieilles\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": " 324                                          la Wallonie.\n\n\n\n (et uniques !) éditions quelque chose de l ’odeur du pays et\n des époques, troublé par l ’espoir d’y découvrir des secrets\n enchanteurs...\n\n        Dans le livre cherchant ce que l’auteur ignore,\n\net ces jadites émotions, comme dit notre vieux Jacques de\nHemricourt, toutes diverses, la plupart mêlées à de chers\nsouvenirs, ressuscitent en moi trop énergiques et trop déli­\ncates pour que je puisse parler de certains avec ingratitude.\nPlusieurs   d’entre eux ont bien souffert ! Henri Colson,\nprofesseur à l’athénée, mourut, m’a-t-on dit, de l’insuccès\n— hélas ! trop mérité ! — de son Maubert. Cuique suum. Si\nnos dieux sont ailleurs, c’est eux que nous continuons. Mais\nla véritable ingratitude consisterait à ne pas mesurer la\ndistance qui sépare l'Ame des Choses d’un Voyages et Aven­\ntures d’Alfred Nicolas, d’un Val de l'Amblève, d’un D zy et\nmême d’un Rémo. Notre littérature brûle les étapes plus vite\nencore que cette littérature allemande qui, d’inexistante,\ns’élevait en un siècle et demi d’Opitz à Klopstock et de\nKlopstock à Goëthe! Quelques exceptions faites, notre litté­\nrature remonte aux dix dernières années.\n  Les ondes du jeune écrivain se trouvèrent momentanément\nprises dans l’aqueduc naturaliste où la plupart ont plus ou\nmoins passé. Le résultat fut d’accentuer en l’humanisant le\nbesoin d’observation de notre race que les panaches roman­\ntiques n’avaient pas assez satisfait : ce qui nous a surtout\nenthousiasmé dans le mouvement de 1830, hommes de la race\nde Van Eyck, dont l'éducation de collège fut trop exclusive­\nment rivée au classicisme utilitaire de la France, n’est-ce pas\nl’esprit d’indépendance — et la couleur ? Hector Chainaye,\nramené au réel, publia dans l'Etudiant, Nuit Noire et Nuit\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "     les Livres.                                            325\n\n\n\n\nBouge, où sa nature persiste curieusement dans des tranches\nde “ documents humains „ comme en découpent tous les petits\ndisciples du puissant Emile Zola. Si on excepte ces morceaux\n— d’une conception inférieure à celle de la Nuit, mais qui\nmarquent une transition nécessaire — l’étudiant resta deux\nans et- demi sans écrire. Ce fut sa période politique. Lancé\ndans le socialisme militant, il prononça dans un cercle poli­\ntique un discours qui le révéla exceptionnellement doué.\nCependant il s’adonnait à des lectures de spiritisme qui,\nsans le conduire jusqu’à la table tournante, l’impression­\nnèrent d’autant plus qu’elles corroboraient ses aspirations\nintimes. Il se renfonça en lui-même et quand, à la fin de\n1884, il se fixa pour deux ans à Bruxelles, la crise d’art,\ncomme une nostalgie, le reprit tout entier. Il l’attribue\naux désillusions de la politique vue de près et aux lectures\n“ à côté „ comme celle de Taine. Mais il est certain qu’il\ns’abuse. L ’Art et la Politique sont deux domaines distincts\nde l ’Idéal, et le frottement de certains politiciens, pas plus\nque celui de certains artistes, n’affaiblit pas une passion\nprofonde. Au contraire ! L a vérité est que la nature de\nHector Chainaye s’accommoderait mal du rôle public le\nplus pur et même le plus artistique.\n  Il commence à se ressaisir dans l ’étrange symbolisme du\nTriangle, rempli de ses touches si personnelles (Basoche), et\ndans Lydia, fluide idylle où rêvent, fondus dans une même\ninvocation, une jeune fille et le printemps : puis il se spiri­\ntualise éperdûment dans l’ Œil, œuvre d’ une exceptionnelle\npénétration où, sans torturer son cerveau ni la langue comme\nde pâteux abstracteurs de sensations équivoques, il révèle\nun style, le style argentin et frémissant des Invités, premier\nconte en date de l'Ame des Choses.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "326                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Dans notre vieille    terre de liberté,    mystérieusement\nfamilière, la plus variée et la plus peuplée qui soit au monde\nen si restreint espace, où des solitudes mélancoliques, riantes,\nfarouches, se cachent proches des activités industrielles, où,\ncomme dans un kaléidoscope, se heurtent tous les aspects et\ntous les contrastes, où se croisent tous les commerces et toutes\nles idées, où tous les grands souvenirs, de César à Napoléon,\nont nécessairement convergé et laissé des traces, tout est un\nprestige spirituel autant que physique, et l’on ne peut toucher\nune note du clavier sans éveiller, dans ce couvent voltairien,\nun concert magique aux profonds accords, aux harmonies\nenchevêtrées, aux échos infinis. D ’où la soudaine audace, si\ndéconcertante et si naturelle, de nos artistes, dont la passion\net l’indépendance vont jusqu’à refuser la riche entrave du\nvers. Mais il est, même dans les villes, des coins figés en un\nrecueillement et celui où naquit Hector Chainaye est une\noasis de solitude. Toujours y règne plus de silence qu’ailleurs,\net l’arôme y vibre de mille souvenirs tassés là par les siècles,\ncomme des feuilles mortes. Toute une géologie de vieux\nLiège aux couches de bravoure, de gaîté et des charmes\nexhalent, pour l’ivresse des sens intérieurs, des saveurs et\ndes appels saisis par Hector dont l’œil a foui ce terreau\nmystique. Une part en sort sûrement de son inspiration\nqui s’accentue surtout en acuité et qui, malgré des échappées\nchampêtres, garde une physionomie comme une précocité\ncitadines; mais rien qu’une part, et sans doute plus instinc­\ntive que consciente, sinon du cuivre documentaire ne fixerait-\nil pas en l’altérant l’anagogique et pure essence de ses contes\nsans date, ni lieu, ni nom connu?\n  C’est l’influence du milieu familial qui domine chez Hector\nChainaye. Il arrive que ce milieu est terrible; mais le berceau\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "    les Livres.                                              327\n\n\n\ndu phénix n’est jamais vulgaire. Sans vouloir pénétrer plus\nqu’il ne convient dans l’intérieur du jeune écrivain, on peut\ndire qu’après une de ces enfances heureuses qui thésaurisent\nla puissance des futures nostalgies d’où l’œuvre sort plus\nbelle, il dut souvent combattre le sourire aux lèvres, l’orgueil\nlevé comme une égide, la distinction comme une épée en\ngarde. L ’abondance engourdit les repus nés et les châtre si\nnet que leur malsaine léthargie les rend bientôt les plus\nmalheureux des hommes. Quelques-uns échappent à l’apo­\nplexie; aucun à l’ennui, monstre non délicat pour eux. Le\ntravail et la lutte seront toujours les sources de bonheur et\nde dignité, et l’avenir est à la doctrine qui saura résoudre ce\nformidable problème qu’ont dû refouler à travers soixante\nsiècles jusqu’à nous les fatalités historiques, à savoir\nd’astreindre tous les hommes à la lutte sans qu’un seul soit\nparalysé dans ses mouvements ni écrasé dans sa défaite.\n  Notre bourgeoisie est atteinte d’un goût d’autant plus\nincurable qu’elle dit que des goûts il ne faut pas disputer.\nDécoration or et blanc, peluche,, satin, injustifiables tapis,\nlignes affreuses, meubles ignobles ou dérisoires, pendules\nempire, bibelots odieux et le reste : ses salons, éruptions de\nmauvaises consciences et d’une bassesse esthétique qui fait\nlever le cœur, sont généralement affreux en raison de leur\nprix. Une maison étant l’image de ses habitants, d’êtres et\nde maisons pareils jamais ne sortira l’artiste. L ’oratoire\nensoleillé où Hector Chainaye a grandi, sans être luxueux,\nétait, faut-il le dire? d’un goût rare. J ’y entrai en 1881, dans\nune grande maison où s’allongeait, au fond d’une cour fleurie,\nl’atelier de sculpture et de peinture d’Achille et d’Armand.\nBien que l’intérieur en fût peint d’architectures égyptiennes,\nc’est là. comme je l’ai écrit ailleurs, devant Typha, la Vieille\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "328                                            la Wallonie.\n\n\n\nDinanta'se et Rive paisible, irradiantes et nerveuses créations\nsculpturales, que moi, vieil amant de l ’âme natale, j ’en fus\ncomme je ne l’avais pas encore été, ébloui. Choses déjà\nlointaines!... Toute la maison décelait une main exquise; et\nsoit qu’aux veillées les flammes ouvrissent le féerique\nvoisinage du monde inconnu dans les cadres des portraits de\nfamille peints ; soit qu’à travers les rideaux des fenêtres, des\npapillons de soleil vinssent frétiller sur le mur perle, sur le\nmensonge de la glace, sur un masque sublime de Beethoven\nmort, sur les ténèbres miroitantes du piano, que de fois, dans\ncet intérieur élu, d’une immatérielle vibrance paisible, égale­\nment éloigné des vulgarités d’arrière-boutique et du faste\ninepte d’incultes parvenus, j ’ai saisi sur le v if mainte inspi­\nration des trois frères, d’Hector surtout! Je ne soulèverai\npas davantage le voile ni ne toucherai à l’hérédité, domaine\ninsondable d’ailleurs, aux tréfonds d’où gisent les primes\néléments d’ une âme dont la sélection exige le concours de\nquelles merveilleuses convergences ! Resteraient bien des\nchoses encore à dire sur les ambiances qui l ’ont influencée.\nNon seulement ces successions d’époques dont chacune pâlit\nà son tour comme une verveine pendant que sa sœur point\nen silence à côté dans le bouton fendu et où défilent, diverse­\nment colorés, les épisodes coutumiers de l’autrefois d’H ector,\nces milliers de scènes liégeoises fugitives oubliées qu’il\ntraverse, ces blondes têtes noyées de-rayons estivals dans les\nembarcations de la Meuse, ces voyages en la jolie Dinant de\nsa mère où le soleil grisait du parfum des fruits et du terroir\nsa jeune rêverie accoudée aux lucarnes, — mais encore l ’ar­\ntiste insoupçonné qu’une sensibilité méfiante et rentrée sous\nune sorte d’indifférence raisonnable portait à tout faire, à\nécrire surtout, en secret : cela achève peut-être d’expliquer\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "         les Livres.                                                                               329\n\n\n ce qui s’ explique de son œuvre, sans que des inspirations\n comme celle-ci perdent rien de leur saisissante et impéné­\n trable essence :\n\n                                 La Magie du Retour.\n\n    A ssise au b a lc o n , la c h âte la in e Irm in te tra v a ille d is tra ite m e n t à une\nso m p tu e u se ta p is se rie . De ses lo n g s d o ig ts, elle sem ble tir e r au soleil du\ns o ir ses fils d ’o r e t les m êler à la soie p ré c ie u se d o n t les c o u le u rs écla­\nta n te s l’é b lo u isse n t.\n    L ors, au m ilieu d ’u n e p elo u se au x h e rb e s lisse s e t p ro fo n d es, u n paon\nqui a rro n d it sa q u eu e en u n la rg e év en tail éto ilé d ’œ ils s o n g e u rs, lève\nv e rs le b alcon sa tê te aux fré m issa n te s a ig re tte s , e t j e tte de lu g u b re s c ris\nd a n s la paix effrayée du ja rd in .\n    A insi le pao n a c rié lo rsq u e le c h âtela in e s t p a rti. Irm in te tre s sa ille à\nc e t ap p el du p assé, p u is se re to u rn e n e rv e u se m e n t. E t a p rè s a v o ir re g a rd é\nfixem ent la p o rte du s alo n , Irm in te lève la t ête en sig n e de com m an­\ndem en t.\n   A u ss itô t les v e n t au x s 'e n tr ’o u v re n t e t so u s des pas tim id es e t p ressés\nle la p is frém it. E t les g ra n d s vases s o n n e n t com m e frap p és d ’un coup\nd ’o n g le, e t les fleurs qui s ’en é ch a p p e n t s ’a llu m e n t de n eig eu ses c la rté s.\n    « T u n e le re c o n n a is pas ? » d it u n e voix qui s’élève d e la p e ndule,\nd o n t le b a la n c ie r d ep u is lo n g tem ps a r r ê té se re m e t en m o u vem ent. « E t\nm oi, q u i m e su is ré v o lté e c o n tre l’e n v o le m en t des h e u re s, p o u r l’aim e r à\nson re to u r du m êm e e t je u n e a m o u r ? M ais c 'e s t lui ! R eco n n ais-le d o n c ! »\n    E t d an s le ja rd in , u n v e n t g lacial em p o rte san s p itié les feuilles sèc h e s\ns u r u n sol plein d 'éch o s.\n    « Vous n e m e q u itte re z p lu s ! » d it u n e a u tre voix qui s ’échappe des\nv ieu x fau teu ils.\n    Un coup de feu r e te n tit d a n s la m o n ta g n e v o isin e, e t l’on e n te n d les\nrâ le s de la b iche qui se m e u rt, e t les bonds sau v ag es du c e rf qui s’e n fu it\nà tra v e rs les h a llie rs .\n   M ais d a n s le foyer p rofond un feu p é tilla n t s 'é c la ire . E t de m ystérieuses\nm ains av an c e n t deu x fau teu ils p rè s de la h a u te ch em in ée.\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "330                                                                      la Wallonie.\n\n\n\n   E t u n e voix c o m m a n d e: « Irm in te , n ’en d o u te p lu s. C’e st b ie n lui.\nVois com m e il t ’im plore e t te te n d les liras. Irm in te , lèv e-to i. »\n   El la c h a te la în e se d re sse com m e u n e so m nam bule. O b éissant au rêve\ndes ch o ses, elle se la isse c o n d u ire d e v an t la c h e m in é e ; e t elle s ’affaisse\nd an s u n fa u te u il, a b an d o n n a n t sa t ê te au x b a ise rs d’in v isib les lèvres.\n\n  Quelle merveille ! Cette scène, cette heure, cette précision\ndans le vague, ce naturel dans l’étrange, cette mélancolie\nfamilièrement ésotérique, cette                            susurrante           mélodie des\nphrases, cette soudaine et silencieuse émotion des choses qui\nse répondent magiquement comme des échos mystiques :\nl ’ineffable est là dedans, et l’analyse s’arrête surprise et\ncharmée comme Psyché devant l ’Amour. Ne dirait-on pas le\ndélicieux Tibullo qui soupire son Ipsa Venus campos ducet in\nElysios en sortant, halluciné, de la terrible Vision des Mères\ndu second Faust ?\n   L ’homme peut mourir qui laisse une inspiration pareille,\net la sublime pensée de Spinoza s’érige dans l’esprit : “ Notre\nimmortalité dépend de nous. „ — Pendez-vous, arrangeurs\nde mots !\n   Quel artifice de versification dépasserait l ’enchanteresse\net naturelle harmonie soyeuse de cette prose ? — Elle\nsemble, au fond d’un souvenir ressuscité, dans une campagne\ntraversée à seize ans on ne sait plus où, près d’un antique\nmanoir drapé de soleil couchant — un air de viole venant,\ndes fenêtres mi-closes, expirer dans la brise — .\n  Un art pareil est sans modèle et n’aura pas d’imitateurs,\nbien qu’un débutant m’ait déclaré un jour qu’il n’avait osé\ncontinuer la lecture de l’Ame des Choses, tant il craignait\nd’en subir l’influence.\n  Le principe de cet art est insaisissable comme le fluide\nmême, et l’Ame des Choses semble du fluide figé. Ce fluide\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "     les Livres.                                           331\n\n\n\njoue le rôle implacable de la fatalité dans les drames\nd’Eschyle, en passant dans cette douceur étrange comme une\nfaux silencieuse sous des fleurs transies. Chacun des contes\nest un drame muet : on rêve de blanches inconnues agonisant\nimmobiles au fond d’un lac nocturne, ou de courtisanes\nd’Orient étouffées en des voiles de soie magique. Beaucoup de\nlecteurs trouveront qu’une telle littérature, malgré son ori­\nginalité, penche du côté de l’Allemagne ; il le semble à pre­\nmière vue ; cependant il suffit de citer Hoffmann et dans un\nautre sens Klopstock, la différence éclate. Hector Chainaye,\npour produire ses effets, ne recourt pas à l’attirail désormais\nsuranné d’une mythologie quelconque; pas d’aventures non\nplus, ni même des événements : En outre, les objets dits\ninanimés agissent moins d’eux-mêmes qu’ils n’obéissent,\nainsi que les hommes d’ailleurs, à une énigmatique et sai­\nsissante suggestion    magnétique ; ceci est tout nouveau.\nEnfin rien n’est puéril ou commun ou nébuleux ; le fantas­\ntique même est d’un si parfait naturel qu’il n’étonne point et\nno laisse place qu’à la pure admiration ; et tout cet art est\nsimple, clair, mesuré, précis, comme un conte de Perrault\nou de Voltaire. Ce qui achève de le rattacher à l’essence\nde l’âme et de la prose françaises, c’est que l’écrivain rai­\nsonne la sensibilité autant qu’il s’y abandonne; mais par\nl’absence de rhétorique et de thèse (même incidente), comme\npar une sorte de familiarité qu’il garde dans sa délicieuse\ndistinction, il s’en sépare et demeure Wallon.\n  Ainsi dans l’Ame des Choses, où le my stère est mis à\nportée de la main et n’en reste que plus impénétrable, la\nnature liégeoise, qui n’avait guère été révélée jusqu’ici que\nfadement fine et vitreusement sentimentale, se révèle, sondée\nà fond, sous une face qu’aucun artiste n’avait encore su\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "332                                             la Wallonie.\n\n\n\naborder, que la plupart n’ont même jamais soupçonnée.\nEst-ce instinct inné, sont-ce les prosaïsmes d’une vie hostile\nqui ont replié dans une contemplation panthéistique et tout\ninterne ce poète tranquille, pénétrant et rayonnant d’une\nphilosophie si subtilement neuve et si humaine : les deux\nprobablement, mais dans une proportion que personne, pas\nmême l’auteur, ne déterminera jamais. Quoi qu’il en soit,\ndans cette œuvre sans apprêt, née d’une irrésistible insuffla­\ntion anagogique, Hector Chainaye — épopte familier d’une\nmysticité nouvelle — apparaît comme le poète de l ’hypno­\ntisme. Ebloui par l’âme de ses sensations — qui dégagent\ntoujours l’idée de lutte ou celle d'agonie, parfois les deux\nensemble — il fait soudain fleurir en nous, printemps noc­\nturne, un monde inattendu de perceptions nouvelles. On\npeut dire, sans crainte d’être contredit, qu’il est l’écrivain\nle plus complètement immatériel qui soit dans aucune litté­\nrature.\n  Son style est lumineusement crépusculaire. J ’ ai dit un\njour à une tribune littéraire que l’atmosphère de la Wallonie\nest à la fois électrique et moelleuse, de quoi certains journaux\nont ri de telle façon qu’il m’a bien fallu reconnaître qu’elle\nest parfois fort épaisse, aussi : s’il est vrai qu’un écrivain\ntranspose inconsciemment les ambiances natales dans sa\nlangue, la langue de l'Ame des Choses est un admirable\nargument en faveur de mon assertion... Quelle langue char­\nmante tissée de fils de la Vierge colorés ! Quelle aisance suc­\ncincte ! Sans doute des yeux exclusivement syntaxiques pour­\nraient y relever d’infimes hérésies, quelques tours locaux\ndort l ’écrivain ennoblit d’ailleurs la saveur par sa naturelle\nélévation. Il faut presque du courage pour le voir et pour le\ndire, tant captive ce style qui a l’idéale finesse et la splendeur\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "     les Livres.                                                                              388\n\n\ndiscrète des triangles de tulle couleur d’absinthe, qui ruis­\nsellent, les soirs de mai, de la blanche fournaise du soleil,\nentre les nuages émerveillés. On peut aussi comparer ce doux\nstyle qu’électrise une force occulte, à l’exquise couleur des\nfeuillages d’aulnes et de saules, retroussés par le vent d’été\nen une changeante palpitation argentée. La phrase est celle\ndu dix-huitième siècle, écourtée, simplifiée et cependant plus\nvariée, satinée, irisée, à instinctive mais discrète inversion\nlatine quand il s’agit de marquer un effet; je dis instinctive\nparce qu’elle est toute spontanée.\n   Il faut répéter que Hector Chainaye ne rappelle aucun\npoète étranger. Néanmoins s’il fallait chercher des attaches\nà l’étranger, on songerait à certaines pages d’Alf. de Vigny\nen France, de Hoffmann et d’Andersen en Allemagne, de\nShelley en Angleterre et de Poë en Amérique.\n  Il faut signaler surtout le morceau capital l’Ame des\nChoses qui donne son titre au livre : un thème analogue\nà celui de la Magie du Retour s’y développe, mais avec la\ndifférence qu’il y a entre un lied et une symphonie de Schu­\nmann.\n  L a Châtelaine Yolande, presque folle ici, se meurt de la\nmort de son époux et ne veut pas guérir, malgré son fils et\nsa mère. Alors toutes les choses opèrent, l’enveloppent, la\nbercent, la fascinent, la magnétisent et, peu à peu, la\nconsolent et la guérissent. Quelque saisissante que soit cette\nconception, l’exécution l’est bien davantage. Ce chef-d’œuvre\nd’originale         intuition est tout frissonnant de précieuses\nbeautés et d’adorables couleurs entrevues et scintillantes.\n   P a r c es jo u rn é e s in te rm in a b le s où so n e s p rit d iv a g u a it, elle a v ait com ­\np ris e t p é n é tré tou te la p o ésie de la fen être . La fe n ê tre e st l'œ il du m u r,\np e n sa it Y olande, elle lu i d o n n e so n e x p re ss io n , com m e l’œ il a nim e la\n                                                                                        22\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "331                                                                        la Wallonie.\n\n\n\nfigure e t ré c la ire d’u n e vie sp éc ia le . T elles fe n ê tre s fo n t p e n se r à tels\nre g a rd s e t c e rta in s m u rs ra p p e lle n t c e rta in s v isag es. La fe n ê tre jo y e u se ,\na u x flam m es d e je u n e s s e , doit e n c a d re r la tê te blo n d e d’une v ie rg e ; la\nfe n ê tre m élan co liq u e au x re g a rd s p en sifs, le ch ef b ra n la n t d’u ne v ie ille ...\nE t les cro isée s m u e tte m e n t d ra m a tiq u e s, n ’é v o q u en t-e lles pas la subite\net d éjà    fu y a n te a p p aritio n d’un e fig u re d éjà v u e d a n s le m a lh e u r e t\np ré d is a n t d e n o u v e lle s in fo rtu n e s ? ... O v itre s g lo rieu se m en t in cen d iées\ndes p re m ie rs ra y o n s du soleil ! n 'e x a lte z-v o u s pas e n vos c ré p ita tio n s les\norg u e ille u x e sp o irs, les b rû la n ts d é sirs de v iv re e t les enth o u siasm es\nflam boyants de la je u n e ss e ? O v itre s               d o u lo u re u sem en t é clairées des\nd e rn ie rs feux du jo u r ! Ne d ites-v o u s pas les s o u rd s re g re ts , les so u v en irs\nn o sta lg iq u e s e t les lo n g u es triste s se s des vieu x a n s ? E t v o u s, v itre s\nn o c tu rn e s, la n g u issa m m e n t allu m ées de fém in in es c la rté s de la lu n e ,\nv itre s de rê v e qui frisso n n e z de v isio n s am o u re u se s, b la n c h es de la neig e\nd ’ép au les n u e s,   m iro ita n te s des éclairs fu y a n ts de re g a rd s             é p erd u s,\na rg e n té e s de l'é c la t de b ra s qui s ’e n la c e n t, n e ch an tez -v o u s pas re lig ie u ­\nsem e n t l’in d icib le des n u its p a ssio n n é es, les râ le s e t les pâm oisons des\nfolles é tre in te s , où l’hom m e p erd la voix, oublie e t d o it fe rm e r les yeux ?\n\n  Bien que l’unité de cette merveilleuse inspiration rende\ntoute citation malaisée, il convient de mettre encore sous les\nyeux du lecteur une page où la langue du jeune écrivain\natteint tout son éclat. Yolande est presque guérie :\n\n   A b attu e, so u m ise , elle re g a rd e e n co re le lac a v a n t de s’e n d o rm ir. Du\nsom m eil des eaux s ’élève c ra in tiv e m e n t u n e fleur à la co ro lle allum ée\nd 'u n b a ise r s ile n cie u x de la lu n e , e t m a g iq u e m en t b lan ch e au m ilieu des\neaux n o ire s. Y olande c o m p re n d q u e la fle u r de c ris ta l a p p a rtie n t au\nm y stè re , e t que b la n c h e d’effroi elle ex p rim e la poésie d ra m a tiq u e du\nfond des eau x ; com m e elle, p au v re fem m e, e st co n d am n ée à e x p rim er,\nd an s so n h o rre u r m u e tte , l’in co m p réh en sib le cach é au fond de la vie.\nOh ! la fle u r a v ait sa n s d o u te rê v é d ’éch ap p er, au lac m a g n é tiq u e, e t de\nv o le r, g ra n d pap illo n de rê v e , de ses la rg e s p é ta les, v ers la lune m a te r­\nnelle. M ais la fle u r a u ssi a v ait dû se ré s ig n e r.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "         les Livres.                                                                                   335\n\n\n    Y olande s 'e n d o rm it.\n    Soudain d a n s la n u it, so n c erv eau tre m b la d 'u n e p e u r s ac ré e . L ors, elle\nvil s'a llu m e r d 'u n e c la rté d o u ce, a rg e n té e , u n g ra n d m o n u m e n t qui se\ns ilh o u e tta it s u r u n ciel n o ir. E lle le re c o n n u t. C’é ta it le c h âtea u d’Iso eil,\nsa d em eu re s e ig n e u ria le , qui l'a p p e la it au fond de l'h o riz o n . E t l’a ir fris ­\nso n n a de voix a ttira n te s :\n    « V enez, b la n c h e co m tesse. De v o tre lo in ta in voyage vous ê te s san s\n d o u te b ien la sse ! O h ! que vos re g a rd s s o n t p e sa n ts de m o rn e tris te s s e !\nVous n ’esp é re z do n c plu s e n la vie? V enez, flu id iq u e c h âtela in e , vous\na p p re n d re z à a im e r de n o u v eau la te r r e , c a r to u t ici e st plein d’am o u r ! »\n    Y olande m a rc h a it à pas tre m b la n ts , com m e so m nam bule elle m o n ta les\nm a rc h e s du p e rro n e t la h a u te p o rte s’o u v rit le n te m en t.\n    D evant elle , le g ra n d e sc a lie r s'é le v ait m a je stu e u x e t so len n el ju s q u 'a u\nfaîte de l’édifice. Il lui a p p a ra issa it c o u v e rt de n u it au rez-de-chaussée,\nm ais, p lu s il s’é le v ait, p lu s les m a rc h e s s’e n g risa illa ie n t ; puis enfin,\nra y o n n a n t d’é c la t, se p e rd a it d an s u n e lu m iè re a v eu g la n te . II lui sem b lait\nê tre l’échelle re lia n t la te r r e au cie l, q u e Jaco b v it d an s so n rêv e. S oudain,\ncom m e u n e h a rp e im m en se, l’e sc a lie r frém it d’h a rm o n ie s qui é c la tè re n t\no rg u e ille u sem e n t c éleste s     au faîte        et   s 'a ss o u rd is sa ie n t   so m b re m e n t\nfaro u c h e s v e rs la te rre . T o u t l’e sc a lie r v ib ra it de ré s o n n a n c e s é le ctriq u es.\nC’é ta it le c h a n t d ’e sp o ir des âm es qui a sp ire n t d e s’élev er au cie l, l’é te r­\nn elle sy m p h o n ie d e la d ép erd itio n des ê tre s au m ilieu des excessives\njo u is sa n c e s sp iritu e lle s d e l’a u tre m o nde. A in si, à u n e c e rta in e h a u te u r,\nles so n s fu sa ien t si in h u m a in e m e n t é tra n g e rs, q u ’à les e n te n d re elle\np e rd it u n in s ta n t la n o tio n de l’e x isten c e . M ais in sen sib le m e n t la sym ­\nph o n ie se tu t, e t la lu m iè re s’ad o u cit.\n    P u is Y olande e u t com m e la sen satio n q u e des g en s s’e m p re ssa ie n t\na u to u r d ’elle. E lle se re to u rn a , n e vit p erso n n e.\n   E lle se p ro m e n a le n te m en t d an s le c h âtea u qui é ta it to u jo u rs é clairé\nd ’un e d o u ce lu m iè re b la n c h e, si p é n é tra n te qu’elle p o u v a it re g a rd e r à\ntra v e rs les m u ra ille s. M ais n ’é ta it-c e pas elle p lu tô t que to u te s choses\nre g a rd a ie n t ?\n   Au fond des v a ste s salo n s, elle e n te n d a it de v ag u es c h u c h o te m e n ts ,\nm ais éco u tait-elle plu s a tte n tiv e m e n t? T o u t se ta isait.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "336                                                                       la Wallonie.\n\n\n   Le fluide des re g a rd s in te rro g a te u rs p e sa it s u r elle. M ais qui la re g a r­\nd a it ain si ?\n   Des ê tre s é ta ie n t a u to u r d ’elle ! Y olande le s e n ta it. Ils se ra p p ro ­\nc h è re n t ! Elle se v it env elo p p ée de to u te s p a rts. Les ch o se s l’a v aien t déjà\nsau v ée de la folie, m a in te n a n t l ’h u m a n ité l’e n v elo p p ait de so n m agnétism e\nde vie. Elle n e p o u v ait plus é ch a p p e r à l’e x isten c e .\n   L o rsq u e de la foule s o r tit u n e v ieille d am e. C’é ta it sa m è re , qui v in t la\nb a ise r s u r le fro n t. E t ce b a ise r la lit friss o n n e r. E t s’av an ç a v e rs elle un\nhom m e je u n e e t b e a u ; so n coeur se re s s e rra . Son ép o u x ! E t ses lèvres\nfré m ire n t d a n s u n lo n g b a ise r, d an s lequel Y olande s e n tit p a sse r une\nàm e. E t elle e n te n d it u n c ri d ’e n fa n t, e t so n cou fu t e n to u ré d e          deux\np e tits b ra s. E t les tro is ê tre s , au x q u els a p p a rte n a it u n e v ie d ’am o u r, la\nfixèrent avec des s u p p lic atio n s d an s le re g a rd .\n   La p o itrin e h a le ta n te , Y'olande s ’éveilla.\n   D evant elle s ’é te n d a it u n e fo rêt fa n ta stiq u e , d o n t le sol d is p a ra iss a it\nso u s u n e é p aisse floraison de fo u g ères a rro n d is s a n t le u rs feuilles é n o rm e s.\nS’é la n ç a ie n t des a rb re s g é a n ts au tro n c a rg e n té , aux feu illag es d e n te lé s,\nc ap ric ieu x . U n e lu m iè re a v e u g la n te n o y ait to u t com m e si le paysage\ne n tie r é ta it en ferm é d a n s u n im m en se bloc de glace ex p o sé à u n blanc\nsoleil d’h iv e r. Des o iseau x de d ia m a n t s a u ta ie n t de b ra n c h e en b ra n c h e .\nM ille re g a rd s é tin c e la ie n t. U ne vie in te n se re s p ira it en to u te s choses,\nfa isan t c ra q u e r les tro n c s so u rd e m e n t e t b ru ire é tra n g e m e n t les feuillages.\nDes s e rp e n ts d e feu g lis sa ie n t so u s les fo u g è re s, el le u rs sifflem ents m et­\nta ie n t en fu ite les o iseau x .\n\n  Un artiste original se possède dans une page pareille. Après\nune légère hésitation, dans les Invités, où sa personnalité\nest cependant déjà sans mélange, il entre décidément dans\nl’inconnu où l ’appelle sa race, chercheuse d’âme avant tout,\net il s’y taille un domaine irrévélé.\n   Par ordre chronologique, les premiers contes sont : les\nInvités, la Lune assassine, Hunald, la Fin du Monde,\nl'Infatigable pêcheur; les derniers : les Anus, l'Amour\nimpossible, la             Lune       vengeresse,          le Moulin des Passions,\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "    les Livres.                                           337\n\n\n\nla M ort de l’Heure et l'Ame des Choses qui fut écrite en\n1886-87. Les autres sont intermédiaires.\n  Hector Chainaye se modifiera sans doute encore. Il l’a\ndéjà fait dans le sujet et dans le style du conte qui ferme le\nvolume, La Cage aux Bêtes, écrit au commencement de 1888.\nQuand ce conte parut, il y eut une involontaire déception :\nn’en est-il pas toujours ainsi quand une personne chère nous\nrevient, changée, de l’absence ? C’est Vautre qu’on attendait,\ncelle d’avant. Tardare alam fati... Il y a en somme dans cette\nimpression plus do momentanée surprise que de vrais regrets\nquand il s'agit d’un favori des dieux qui conquiert chaque\njour une jeunesse nouvelle.\n  Je n’analyserai pas ce conte où s’ exprime et se dramatise\nd’une manière pathétique et saisissante, l ’amertume de cer­\ntaines existences d’artistes au sein des envies locales et des\ninclémences d’une patrie qui, comme bien des mères, n’aime\npas toujours, tant qu’ils vivent du moins, les meilleurs de\nses fils.\n  Noblesse oblige. On doit voir dans La Cage aux Bêtes une\nnaturelle transition entre l’Ame des Choses et le roman que\nnous attendons avec impatience : le Pays des Mères.\n  Il n’y a nulle présomption à penser que cette œuvre sera\nune nouvelle révélation. Mais si le jeune écrivain pouvait\nmême détromper les espérances légitimes que nous avons\nfondées sur lui, ou si l ’œuvre attendue ne sortait jamais de\nses mains, il faut l’oser dire, le proclamer sans ambages :\nHector Chainaye est déjà un des quelques hommes qui, à côté\nde Chateaubriand et de Flaubert, porteront témoignage devant\nla postérité pour la prose française au dix-neuvième siècle.\n\n                                   CÉLESTIN DEMBLON.\n  Liège, avril 1891.\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "338                                          la Wallonie.\n\n\n\n\n      PAGES, par S té p h a n e M a lla r m é . — Deman.\n\n\n  L ’existence enfin, chez un éditeur, Deman, d’ un volume\noù se trouvent réunies et coordonnées, en des conditions\nsatisfaisantes de soin typographique, les Pages que M. Sté­\nphane Mallarmé écrivit çà et là, selon quelque humeur de\nrêverie où quelque occasion d’actualité,permet de débarrasser\nle demi-rayon de bibliothèque qu’elles occupaient des revues\nencombrantes et multicolores longtemps et pieusement\nconservées   parce qu’elles   contenaient quelques-uns      des\nfragments dont l’ensemble compose le tome qui a pris leur\nplace.\n  En feuilletant les Pages de M. Stéphane Mallarmé (car\ntout homme au courant des belles lettres françaises et qui\nn’est pas un Moliériste exclusif ou un Stendhalomane se les\nremémore plutôt qu’il ne s’y initie), on y rencontre le don\nunique et charmant de ce grand artiste qui, là, sans le secours\ndu vers, en une prose sinueuse à la fois et scintillante, y\nmontre partout l’admirable preuve qu’il a, à lui, des façons\nde penser et de dire neuves, inattendues et distinctives.\n  Si, parfois, comme dans les premiers poèmes en prose\nFrisson d’hiver ou Plainte d’Automne, on remarqué une im­\nperceptible hantise de Baudelaire vite modifiée selon un\nmode original, on constate bientôt à la perfection incom­\nparable d’un Phénomène futur, par exemple, ou à un tour\ninusité donné à quelque thème similaire de ceux où se plaît\nla mélancolie baudelairienne comme dans la Pipe — qu’on\nest en présence d’un esprit plus fraternel que filial du modèle\négalé et, aussitôt après, le Spectacle interrompu semble nous\navertir qu’on nous introduit à une manière de voir qui sera\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "     les L iv r e s .                                          339\n\n\n\ncelle désormais choisie par le Poète pour considérer les faits\nde son rêve et interpréter les aspects de la vie : telle pro­\nmenade fluviale avec le Nénufar blanc, telle aventure foraine\navec la Déclaration ou telle rencontre avec l ’Ecclésiastique.\n   Maintenant, l’écrivain s’autorise de la façon de voir qu’il\ns’est reconnue, contradictoire de celle du commun, et, selon\nla loi de bonne foi intérieure qui lui ordonne d’être ainsi, il\nautonomise sa pensée. La vision préparatoire et incomplète\nqu’il eut du monde se réforme et il s’y en substitue une autre,\n“ la vraie. „\n  De cet état d’esprit hautain et le seul qui convienne, nous\nvoyons dans ces Pages de rapides mais significatifs indices\nqui sont comme les marginalia de quelque œuvre vaste et\nordonnée qu’elles supposent et annoncent et dont le secret\net la méthode transparaissent, çà et là, un peu partout et\nplus qu’ailleurs peut-être dans les Crayonnés au théâtre, en\nde brèves esquisses théoriques ou explicatives du sens des\nmimiques ou des danses et de l’adaptation possible de la\nscène à de plus nobles jeux.\n  Là, au contact de choses contemporaines, cette lucidité su­\npérieure qui est le signe distinctif de M. Mallarmé se nuance\nd’ironie en s’appliquant à      déconcerter l’hypocrisie des\napparences.\n  Outre l ’intérêt délicat et varié de tout cela, il en est un\nautre complémentaire à l’étude de ce livre.\n  L a manière d’écrire, de M. Stéphane Mallarmé s’y révèle\ntout entière avec son curieux travail de langue et de syntaxe,\nson accent parfois glacial et bref, ailleurs insinuant et incan­\ntatoire, avec le raccord étrange et juste de termes lointains»\nJuxtaposés, car chacun s’y distingue en la pureté de son\nsens, alliés, car ils s’unifient dans la trame de la phrase.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "340                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Ce style a un mouvement très particulier, nullement ora­\ntoire, parlé plutôt et même mimé. Il représente les objets\navec quelque chose d’interposé, comme au travers d ’un\ncristal qui les isole de tout contact et de toute buée.\n  L a phrase a je ne sais quoi de fragile en ses armatures\ndélicates et flexibles, gélives et cassantes. Quelquefois, au\ncontraire, elle se rétracte en de très extraordinaires effets de\nrecul ; les mots y sont comme en retrait en de l’au delà à\ndes profondeurs mentales sur les confins vaincus de l ’inef­\nfable.\n  Ce style singulier et séduisant déconcerta par sa logique\nmême et par sa particularité d’éviter la locution toute faite.\nIl a soin de disjoindre les mots que des habitudes antérieures\nont soudés et ne les emploie que purifiés et prêts à se\nreprendre par des contacts nouveaux.\n  Longtemps cette manière d’écrire sembla l ’apanage de\ncelui qui l’inventa.\n  Ce faux point de vue qui est de considérer comme excep­\ntionnel ce qui était simplement le résultat d’une clairvoyante\nordonnance de savant écrivain tend à se perdre et il s’y\nsubstitue enfin la constatation que ce style est de grande\nbeauté et de fécond enseignement. Ce qui fut regardé comme\ninsolite et d’une hardiesse justifiée par une incomparable\nhabileté, tour de force d’une haute et singulière intelligence,\ngagne de jour en jour la familiarité de certains esprits\ndésireux d’une langue, moins emphatique et coloriée que\ntelle du grand Flaubert, moins trépidante que celle de\nGoncourt et sans les à peu près grossiers d’un Zola.\n  Ils ont reconnu que c’était en M. Mallarmé que s’était faite\nla jonction de la tradition du X Y I I I e siècle avec l’acquis\npoétique de la réforme Chateaubriandesque. Ils ont trouvé\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "    Notes.                                                  341\n\n\n\nlà l’exemple d’ un langage énonciatif, elliptique et complexe\navec toutes les élégances et les nuances désirables et l’ont\nsuivi en l’accommodant à leurs visées.\n Je sais telle page judicieuse et instructive de la Femme-\nEnfant de M. Mendès qui se filie aux techniques mallar­\nméennes et certains traits de l'Exorcisée, ce livre irritant,\ncaptieux et original de M. Paul Hervieu, rappelleraient le\ntour propro à l’auteur du Nénufar blanc et des délicats et\nsolides chefs-d’œuvre qui ont prétexté ces lignes.\n\n                                   Henri   de   R É G N IE R .\n\n\n\n\n                        NOTES.\n  Un deuil cruel vient de frapper notre ami Albert Mockel.\nIl a perdu son père. Pour l'ami les marques de notre plus\nvive et de notre plus haute sympathie.\n\n\n   M. Albert Mockel, éloigné depuis un mois de ses occupa­\ntions habituelles, a dû confier à un autre le soin de mettre\nsur pied ce numéro double. Les abonnés de la Wallonie\nvoudront bien excuser le retard qui en est résulté.\n\n\n  L e n° prochain paraîtra dans pou de jours. Il sera\nconsacré à M. Bernard Lazare.\n\n  M. Hector Chainaye n’ayant pu nous faire parvenir en\ntemps utile la copie promise, il nous a été impossible de lui\nconsacrer ce numéro, quoique nous l ’ayons précédemment\nannoncé.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "^42                                           la Wallonie.\n\n\n\n  Le 19 septembre, une rencontre à l’épée a eu lieu à la\nGrande Jatte entre M. Vielé-Griffin et M. Catulle Mendès.\nA la seconde reprise M. Vielé-Griffin a été blessé. Nous\nsommes heureux d’ajouter que la blessure de notre ami n’a\npas eu de conséquences.\n\n  L e numéro d’A oût de la Revue des Deux Mondes contient\nune nouvelle de M. Barracand, Lina qui se passe en terre\nwallonne et mérite d’y être lue.\n\n\n  Pour paraître    prochainement chez Léon        Vanier une\nédition nouvelle des Episodes, par Henri de Regnier. Cette\nédition contiendra les Sites et une série de sonnets inédits.\nLes vers des Episodes ont été soumis à un travail de cor­\nrection.\n\n  Nous avons reçu et il sera prochainement rendu compte\nde l'Eléphant, roman par Jean Court et Charles Neerth\n(Savine); Loth et ses filles, par P. Lacomblez; les Tourmentes\npar J. Clerget (la Plume) ; Ruysbroek l’admirable, traduit par\nMaurice Maeterlinck, et Les sept Princesses, également de\nMaurice Maeterlinck (Lacomblez); Reliquaire, d’Arthur Rim­\nbaud, publié par R. Darzens (Genonceaux) ; Chansons d’amant,\nde Gustave Kahn (Lacomblez); Pierrot Narcisse et Les der­\nnières Fêtes, par Albert Giraud (Lacomblez); I l ne faut pas\nmourir et la Jeunesse de demain, de J. Bois (Bailly) ; le Jour­\nnal des Destrée, par Jules Destrée (Lacomblez) ; Poèmes et\nBallades, de Swinburne, traduction de G. Mourey (Savine) ;\nThulé des Brumes, par A. Retté (la Plume); Vieuxtemps, étude\npar J.-T. Radoux (Besnard); Les contes d’ Yperdamme, par\nEug. Demolder (Lacomblez); Le Pèlerin passionné, par Moréas\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "     Notes.                                                '343\n\n\n(V anier); Pétales de nacre, par Albert St-Paul (Vanier); la\nJoie de Maguelonne, de A.-F. Hérold (Bailly); l’Heure en exil,\nde D. Meunier (V anier) ; Strophes d’amant, par Julien Leclercq\n(Lem trre);   Promenades sentimentales, par Jean Thorrel\n(Perrin) ; The Intruder, traduction de l’Intruse, par M“ ° Mary\nVielé (N ew-York); le Barbare, par A. Jenart (Lacomblez);\nle F i Balouet, par Jacques Renaud (la Plume); Chérubin, par\nCharlesMorice (Vanier); Histoire du chat, du coq et du trom­\nbonne, par H. Stiernet (J. Lebègue, Bruxelles); les Bons\nParents, par Hubert Krains (Castaigne, Bruxelles); la Peur\nde la Mort, par P . de Nion (Savine); Apôtre, roman de Louis\nGastine (Genonceaux).\n\n  M. Célèstin Demblon fera, cet hiver, un cours de littérature\nfrançaise sur le X IX e siècle.\n\n\n  Trois revues nouvelles ont paru; cordialement nous leur\nsouhaitons la bienvenue : La Revue Blanche, série nouvelle,\net Chimère qui sont éditées à Paris, la Revue Rose, éditée à\nLiège.\n\n  En souscription chez M. Loth, imprimerie Lamer, 14, rue\nSeguier, à Paris, le nouveau volume de vers : Prière, par notre\ncollaborateur Jules Bois. Prix : 12 francs l’exemplaire numé­\nroté sur Japon.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": ""}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                           de nos Collaborateurs :\n                                                             Chantefable un peu naïve.\nA * ................................................................\nH e c t o r C h a in a y e . . . .                          L ’Ame (les choses.\nA c h il l e D e l a r o c h e . .                          Aérior (à paraître prochainement).\n                                                                   .\nC É L E S T IN D E M B L O N                         . . .  Contes mélancoliques.\n                                                             Le Roitelet,\n A . - F . H é r o l d ...................................  l'exil de Harini.\n                                                            la Joie de Maguelonne.\n G u s t a v e K a h n .............................        les Palais nopiades.\n                                                            Chansons et Amant.\n C a m i l l e L e m o n n i e r . . . Le Possédé.\n C h a r l e s V a n L e r b e r g h e . Les Flaireurs.\n G r é g o ir e L e R o y . . . .                           Mon Cœur pleure d’autrefois.\n M a u r i c e M a e t e r l i n c k . . Serres chaudes.\n                                                            La Princesse Maleine.\n                                                            Les Aveugles.\n                                                            L'Intruse.\n                                                            les sept Princesses (à paraître).\n Stéph a n e Mallarm é                             . . Poèmes d’Edgar Poe.\n                                                             Villiers de l’ïsle Adam.\n                                                            Pages.\n St u a r t M e r r il l             . . . . Les Gammes.\n                                                            Les Fastes.\n J e a n M o r é a s . .............................        Les Cantilènes.\n                                                            Le Pèlerin passionné.\n G a b r ie l M o u r e y . . . .                           Crépuscules d’Ames.\n                                                           Flammes mortes. .\nP i e r r e - M . O l i n ........................ ....    Mes Mémoires.\n                                                           Des Visions.\n                                                           Légendes puériles, (â paraître).\nP ie r r e Q u il l a r d . . . .                          L a FiUe aux mains coupées.\n                                                            La Gloire du Verbe.\nH e n r i d e R é g n ie r                 . . . Episodes.\n                                                           Poèmes anciens et romanesques.\nA d o l p h e R e t t é .............................       Cloches en la Nuit.\n                                                           Thulé des Brumes (à paraître);\nA l b e r t S a i n t - P a u l . . . Scènes de Bal.\n                                                           Pélales de nacre.\nF e r n a n d S e v e r in . . . .                         Le Lys.\n                                                           le Don d’Enfance.\nE m il e V e r h a e r e n . .                    . . Les Soirs.\n                                                           Les Débâcles.\n                                                           Les Flambeaux Noirs.\nF r a n c is V i e l é -G r i f f i n .                 .  Ancaeus.\n                                                           Joies.\n                                                           Diptyque.\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "6e ANNÉE, Nos 9,10.\n\n\n                                  LA         W ALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LIT TÉ R A T U R E ET D ’A R T\n\n\n\n     Directeurs : A L B E R T M OCKEL, P I E R R E - M .              OLIN\n                   et H e n r i d e RÉGNIER.\n\n                  Sureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n   Adresser les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles,\n                    et 6, rue Boccador, Paris,\n\n     ABONNEM ENT : 5          fr. par an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n\n\n\n                                  SOMMAIRE :\n\n\nJ u le s B o i s .......................... Vous .ne serez plus Vierge.\nH e n r i de R é g n ie r . . Odelette.\nH e c to r C h a in a y e . . les Appels du Passé.\n                                    I Soir de serre.\nE m ile V e r h a e r e n     .   . .... ,\n                                    ' Soir de caveau.\nG a sto n V y t t a ll . . . Poèmes ironiques.\nJ o s é H e n n e b ic q . .          Complaintes.\nA . F e r d in a n d H e r o ld . du “ Vitrail des Saintes. „\nA lb e r t A r n a y . . . . Adventices.\nC h a r le s D e lc h e v a le r ie . Little Sketches.\nP ie r r e Q u illa r d . . . Vers.\nD a u p h in M e u n ie r . . le R oi de n’importe où ?\n                                  les Livres.\nC é le stin D e m b lo n . . Hector Chainaye.— l’Ame des Choses.\nH e n r i d e R é g n ie r . . Pages, par Stéphan Mallarmé.\n                                    Notes.\n                                                                    «•\n                            Ce n u m é r o 1 fr a n c .\n\n                                   Des presses de II. Vaillant- Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1891-09", "signet_source": "6ème année - N°9-10 - Septembre-Octobre 1891", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 373 : « 6e ANNÉE, Nos 9, 10 »), mois non lu dans l'OCR de la couverture. Indices internes : « 17 mai 1891 » (Poèmes ironiques), « 9 Novembre 1891 » (Gaston Vyttall), « Liège, avril 1891 » (Demblon) ; Notes : « numéro double », retard de la livraison, prochain numéro consacré à Bernard Lazare. Sommaire imprimé sur la couverture conforme au contenu.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}