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Les Frères             d’Armes le\n       considèrent et alternent à mi-voix.\n\n                               L ’UN\n\n\nL'Epée entre ses mains, hélas, a lui ! La torche\nHautaine n'éclairera plus le vaste porche\nDu Palais que sa gloire à la gloire a construit.\n\n                            l ’a u t r e\n\n\n\nE t les soirs passeront aux faces des Années\nE t les Braves pleureront les aurores nées\nAprès que le Héros a pris fin dans la Nuit.\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "6                                                    la Wallonie.\n                                        __________________\n\n                               L ’ UN\n\n\nO quel renom pourtant se relègue en l'oubli !\n\n                             L ’A U T R E\n\n\nGonfalon dont le Temps roidira l’ample pli !\n\n                               L ’ UN\n\n\nLance haute que rouilleront la pluie et l'ombre !\n\n                             L ’AU TRE\n\n\nGlaive jusqu'à la garde entré dans le sol sombre !\n\n                            ENSEM BLE\n\n\nVoici que le Destin consulte le Destin !\n\n                            LE M AÎTRE\n\n\n                                            qui se retourne vers eux.\n\n\nAmis! mon soir en pleurs retourne à son matin.\n\nMa faiblesse chancelle et s'étonne à survivre\nLa coupe d'or menteur avait le goût du cuivre\nE t si j ’ai bu l'orgueil et son ivresse étrange :\nLa honte! et le breuvage triste de la gloire,\nSon amère fumée est morte en ma mémoire\nE t je me sens un autrei enfin, et l'heure change.\n\n\n                           Il tire l ’épée suspendue à son côté.\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1311, "texte": "  la Gardienne.                                        7\n\n\n\nAllez, voici le Glaive illustre, et du pommeau\nOù la gemme oubliera la main qui l'a polie\nMon poing, depris du soin de l'antique folie,\nHeurte, en ce soir de paix, la porte du tombeau.\n\n\nOuvre-toi, dur ventail que le Temps a scellé !\nO murs, ô salles! et toi doux âtre,\nLuis pour le vagabond et pour l'inconsolé\nE t sèche le manteau de l'errant et du p â tre;\nPorte où, le soir, nul n’ôlera la clé !\nE t que les passants pâles et les mendiantes\nAbritent leur misère sous ce toit\nOù vient songer celui dont les mains bataillantes\nRenoncent à l'É p ée et maudissent l'arroi.\n\n\nE t ce glaive, je vous le donne.\n\n\nAdieu, Frères, priez que l'ombre me soit bonne,\nQue mes mains qui, d'un geste, ont rué par les soirs\nLe galop des chevaux aux moissons des terroirs,\nE t qui haussèrent le pennon, et dont l’anneau\nL uit d'un rubis qui semble du sang mort dans l'eau,\nObtiennent le secours d'être à jamais oisives\nPar l’ample ablution à des fontaines vives !\nQue ces coupables mains, ô larmes, soient absoutes\nD u crime de la lutte et de l'orgueil des joutes,\nPar les femmes en deuil qui pleurent sur les routes,\nPar les morts oublieux qui dorment sous les voûtes.\n\nAdieu, je vous salue, au seuil de la paix calme,\nAu nom du vieux laurier amer et de la palme,\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "8                                                la Wallonie.\n\n\n\nVous dont la Vie ardente était selon la loi,\nVous qui fûtes ce que je fus et mieux que moi,\nVous pour qui la forêt est de l'ombre ample et fraîche,\nSans qu'un fantôme pâle à jamais vous y cherche,\nE t qui ne cachiez pas, sous l'étoffe et l’armure,\nLe regret mal fermé de quelque plaie obscure,\nE t qui ne traîniez pas le poids désespéré\nD'un lourd manteau de songe à demi déchiré.\n\nQuand vos pas seront morts, comme mourra ma voix,\nAvec l'adieu suprême enfin qui vous conjure\nD'oublier au départ les chemins de ce bois\nE t le château désert où mon âge se mûre,\nI l ne restera plus, de qui brandit le glaive\nInjurieux, parmi la plaine et sur la grève\nOù ses pas au couchant saignent peut-être encor,\nQu'outre quelque renom qu'amoindrira la Mort\nQuelqu'un qui vient, un soir, vers le château qui tombe\nPierre à pierre ainsi que nos jours vont à la tombe,\nVoir s’ il ne reste rien, dans le Songe et la Nuit,\nDe ce qui fu t un autre et de ce qui fu t lui\nE t confronter, au seuil que la ruine encombre,\nSon Ame, face à face, hélas, avec son ombre.\n\nLes Frères d’Armes disparaissent dans la forêt. Le vent du\n    soir frissonne et, à travers les arbres, au ciel, un peu\n    assombri auparavant, les derniers éclats du couchant\n    rayonnent.\n\nLe Silence a baisé mes lèvres pâles,\nDes souffles passent sur mes mains\nE t le crépuscule se hâte\nD e m'emfermer loin des chemins.\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 987, "texte": "   la Gardienne.                                        9\n\n\n\n Voici le terme enfin et la suprême halte.\n\n\nMa blessure se ferme et pleure\nSur ma chair que le sang effleure.\n\n\nLe tragique passé se meurt avec le soir!\n\n\nLui qui marchait à mon côté,\nI l m'a quitté,\nJe ne sens plus sa main dans la mienne,\nJe ne sais plus les routes où il m’a conduit\nParmi l'orgueil, l'alarme et la lutte et le bruit;\nI l m'a laissé là pour que je revienne\nSeul à la demeure ancienne\nOù sa main avait pris la mienne.\n\nUn jou r :\n\n\nN'était-ce pas au printemps d'une année\nQue je ne vis pas fanée,\nLes roses montaient jusqu'à la pointe des tourelles,\nLe jardin était fleuri selon mon Ame,\nLes colombes volaient autour des tourelles,\nE t le retour des tourterelles\nE tait si proche, qu'elles roucoulaient dans mon âme,\nD éjà, et que l'aurore et mon âme pâles\nEtaient pleines de fleurs et d'ailes.\n\n\nLes paons erraient parmi les bleus héliotropes\nE t rouaient leur gloire qui trône\nE t d’elle-même s'enveloppe!\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "10                                              la 'Wallonie.\n\n\n\nE t je tressais des fleurs en couronnes,\nEn couronnes jamais fermées,\nEn guirlandes jamais finies,\nE t mon amour brûlait en les mélancolies,\nComme la jeune flamme à travers les fumées.\n\n\nSes Mains enchantaient l'aurore autour d'Elle,\nE t j'étais auprès d'Elle\nE t j'étais enchanté,\nElle était tellement à moi,\nElle était tellement en moi,\nQue je la cherchais dans le silence,\nQue je la cherchais en fermant les yeux.\n\n\nLe tiède soleil ruisselait sur ses cheveux,\nLe matin rayonnait sur nos adolescences.\n\n\n0 Deuil ! alors un cri, de la plaine éblouie,\nMonta parmi notre candeur évanouie,\nE t sur un tertre en fleurs que foulait leur pied dur,\nA travers le repos de l'heure et de l'azur\nE t le songe sacré de paix et de silence,\nQuatre Hérauts, debout à côté de la lance\nQue chacun d'eux avait plantée auprès de soi,\nVêtus du lourd tabard où luisent dans l’orfoi\nLes écailles de l'hydre et les dents de la guivre,\nSonnaient le buccal cri de leurs buccins de cuivre,\nE t l'Armée autour d'eux couvrait la plaine en fleurs\n\n\nArmures d'argent clair où l'art des émailleurs\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "  la Gardienne.                                          11\n\n\n\nAvait gemmé de claires gouttes de rosée,\nCasques où s'éployait l'aile haute ou brisée\nD e grandes aigles en leurs plumages de fer,\nGlaives éblouissants et tors comme l’éclair,\nTout l'appareil brutal de sang et de victoire\nE t les chevaux et leurs caparaçons de moire,\nLes poings durs qu'emmaillent d’acier les gantelets,\nLes torses amples et bombant les corselets,\nE t des faces d'orgueil qu’enpourprent des colères\nOù la huée éclate au cuir des jugulaires,\nE t le cuivre et la soie et l'airain et les ors,\nE t les pennons oscillant au souffle des cors,\nCavalcade farouche et dont le bruit dur sonne,\nDerrière qui nul blé, hélas, ne se moissonne,\nToute la horde lourde et le pas cuirassé\nAu travers de mon songe en criant ont passé;\n\nE t fol enfant, avec les colombes fleuries\nE t les paons éperdus à travers les prairies,\nLoin de l'Amie en pleurs qui m'avait pris les mains,\nJ ’ai suivi, sur leurs pas qui heurtaient les chemins,\nLe prestige casqué des fausses Destinées\nJusqu'au soir où voici, vers les tours ruinées\nE t vers la maison vide et le jardin désert,\nQue mon Ame revient des hontes de la chair;\nE t sur les jours passés, assis à l'âtre en cendre,\nToute l'ombre, où mon soir s'efface, va descendre.\n\nMourez, ô visions, dont l'erreur se dénude!\n\nDans la plaine, les clairons de l’armés qui se disperse,\n  sonnent.\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1373, "texte": " 12                                                 la Wallonie.\n\n\n\nE t tu hurles encor, jusqu'en ma solitude,\nCri tenace, brutal appel répudié,\nMensonge de toute ma tristesse oublié!\nParmi la ronce ardente et l'ortie et l’épine,\nComme un chien accroupi au bas de la colline\nQui lèche les talons et qui mordrait les mains,\nTu pleures tristement, à l'angle des chemins,\nE t ta plainte où l'orgueil, comme une bave écume,\nNe trouble plus ma vie en proie à l’amertume\nD'avoir où tu voulais suivi la sonnerie;\nE t mon manteau de deuil couvre ma chair meurtrie.\n\n\n                            Les clairons sonnent et diminuent.\n\n\nE t je vous hais, clairons farouches, dont l'accord\nRetentit longuement dans mon songe où la Mort\nS'accoude pour dormir à côté du silence,\nJe vous maudis, éclairs du glaive et de la lance,\nSoirs de gloire arrachés à des vaincus amers,\nE t froides nuits sous les étoiles près des mers,\nE t toi, stupide Orgueil, en qui salue un hôte\nLa Colère debout avec sa torche haute,\nMarches rudes le long des fleuves et des bois,\nMains sanglantes qu'on lave à la source où je bois,\nE t blessure empourprant la fontaine où je pleure\nD'avoir, hélas ! selon la maîtrise de l'heure,\nMêlé ma face pâle à ces faces d'orgueil\nInsultant quelque veuve assise sur le seuil\nQui voue au noir Destin mon nom qu'elle injurie.\n\nE t je vous hais, pennons, pour cette allégorie\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "  la Gardienne.                                               13\n\n\n\nQue secouait le vent du soir, ample en vos pans !\nHampe où s'accroche l'ongle des griffons rampants,        '\nE t votre saut cabré, licornes pommelées\nD ont l'emblème emportait, à travers les mêlées,\nCeux dont l'âme pareille aux bêtes du blason,\nLes regardait surgir au ciel de l'horizon\nOù leurs griffes luisaient dans le vol de leurs ailes !\nArmures que le trou des blessures mortelles\nHérisse d’un faisceau de flèches et de traits,\nTriste apparat et vaine emphase où tu riais,\nSoleil! comme au miroir des cuirasses saillies\nHors du lourd manteau noir de mes mélancolies\nDont le lambeau demeure aux branches du passé\nLe long de la forêt où nous avons passé,\nTaciturne, et songeant qu'à travers le bois sombre\nMon Ame me suivait peut-être comme une ombre,\nFidèle à la douceur reniée et mêlant\nDes larmes au cri dur du combat turbulent,\nAvec ces douces mains pour les chairs entamées\nQu'ont les femmes en pleurs qui suivent les armées.\n\n                         L e couchant s’est éteint. Crépuscule.\n\n\nReçois-moi, ô manoir, pauvre d'abandon,\nOuvre ta porte comme un pardon,\nSois celle qui n'est plus et celui que je suis.\nQue ta ruine croule, pierre à pierre, sur ma détresse,\nO salle vide, sois mon hôtesse,\nO toit, que nulle étoile ne luise sur mes nuits,\nJe suis le désastre et le deuil\nQui s'agenouillent sur le seuil.\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1157, "texte": "14                                                   la Wallonie.\n\n\n\nO douce oubliée, si dans les soirs\nOù lu pleurais sur la terrasse,\nOù tu pleuras devant ton miroir,\nOù tu pleuras seule et lasse,\n\nEi tes lèvres ne m'ontpas maudi t de tout le reproche de leurpâleur,\nSi tes tristesses m'ont pardonné de toute la bonté de leur douleur,\nSi ta bouche ne fu t pas aride de m'avoir appelé en vain,\nSi tes yeux ne furent point implacables d'avoir pleuré,\nSi mon souvenir te fu t doux\nDe toute la peine endurée,\nSi l'ombre du sépulcre (peut-être) garde ta face calme,\nSi ceux qui t'ont ensevelie (peut-être) ont dit :\nQu'elle est belle et douce dans la Mort\nE t pardonnante dans la mort\nOh laisse moi rentrer dans la vieille demeure,\nJe suis celui qui prie et qui pleure !\n\n                                                Il frappe à la porte.\n\n                         L A G A R D IE N N E\n\n\n                                       à demi dans l’ ombre et voilée.\n\n\nToi qui heurtes au nom du passé\nE t de toute ta misère\nRevenue à jamais sur tes pas effacés,\nD u fond de l'aventure amère,\nO toi dont l'orgueil est faussé\nPar les griffes de la chimère,\n\n Entre !\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "  la Gardienne.                                            15\n\n\n\nPauvre Ame ! quel laurier ombrage enfin ton soir\nLas de ce morne ébat qui trompa ton espoir,\nLa torche\nEclaire-t-elle la route où ton pied s’ écorche,\nQuelle face viens-tu mirer à mes miroirs\nL'escorte de ta gloire hennit-elle au porche?\n\nQuel trophée éclatant de songes et d'épées,\nViens-tu dans l'ombre appendre au faste enfin des murs?\nQuel ruissellement de médailles frappées\nEn mémoire de magnifiques équipées\nS'amoncelle-t-il sur les pavés durs ?\n\nNon, rien que ta pâleur,\nE t tes blessures et ta solitude et tes pleurs,\nE t le doute aux échos multipliés vers l'ombre\nD'un nom vaste à jamais de rumeurs et de larmes,\nE t l’orgueil qui s'exalte au choc des armes,\nEn toute l’Ame.\nE t se repent quand l’œuvre est faite et le ciel sombre.\n\nDis, qu'as-tu retrouvé des fleurs de notre joie\nAu jardin dévasté ?\nSous quelle couronne voit-on que ta tête ploie?\nQuel vent de gloire a donc venté\nPour que ton man'eau en loques déploie\nSon pli ensanglanté ?\n\nQuels soleils éclatants ont lui\nPour que tes cheveux soient presque blancs dans la Nuit?\n\nEntre\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "16                                                la Wallonie.\n\n\n\nJ ’aime ton regard qui ne s'étonne\nQue je sois là;\nComme étaient nos printemps, voici que nos Automnes\nSe retrouvent encore ainsi que nous voilà.\n\nLes vains soirs ont saigné jusqu’en l’ombre, ô Passant,\nD'orgueil triste, d'augustes gloires et de sang\nE t qui, parti d'un songe au songe où tu reviens\nA travers l'erreur vaine et les torts anciens,\nMarchais avec ton ombre attachée à tes pas\nSur la route infinie où tu peinais, hélas!\n\nN'étais-je point toujours près de toi, moi, ton Ame,\nJ'étais ton ombre au soleil, le fantôme\nQui montait des feux dans la flamme,\nQuand ta gloire campait sur le désastre des royaumes,\nJ'étais dans les regards que la misère affame.\nDans la tristesse de ceux qu'on acclame,\nMes mains ont soigné les blessures bénies,\nE t c'était moi que voyaient tes agonies.\n\n                                Elle se recule clans l’ombre.\n\nJe t'ouvre le château de songe et de sagesse\nOù le seuil ruiné disjoint la porte haute,\nEt, si l'âtre allumé chauffe mal ta détresse,\nPense à tes jours perdus et pleures en la faute.\n\nSi dans la forêt triste où le vent rôde et peine,\nLes arbres, un à un, s'effeuillent aux ruisseaux,\nSonge que c'est l'Automne où la vendange est vaine\nA ceux qui, dès l'aurore, ont quitté les travaux.\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "     la Gardienne.                                                   17\n\n\n\nJe t'attends sur le seuil où le soir est plus sombre\nQue tout le crépuscule où la douleur frissonne,\nLa demeure où j ’accueille est la maison de l'ombre,\nE t mon visage est grave en face de l'automne.\n\n\nComme à l'heure où, jadis, dans le jardin en fleurs,\nTon âme tressaillit aux gloires devinées\nJ'ai le même conseil et les mêmes pâleurs\nQu'alors que j'implorais tes fausses Destinées.\n\n\nJe suis la même encor, si ton Ame est la même\nQue celle que l'Espoir aventurait au pli\nD e sa bannière haute, et je reste l'Emblème\nD u passé qui persiste à travers ton oubli.\n\n\nViens je t'ouvre la porte, et si ton Ame est vieille\nD e tant de soins perdus à son âpre folie\nNe reproche qu'à toi le peu qu'à notre treille\nVendangeront ta faute et ta mélancolie.\n\n\nQue mon Silence enfin soit ma seule réponse !\nSi ma table de hêtre est frugale en festin,\nMa demeure s'accorde à celui qui renonce\nE t qui remet ses mains aux mains de son Destin.\n\n\n                                     H enri    de   R É G N IE R .\n\n\nParis, janvier 1891.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 18, "page_fin": 19, "titre_corps": "Celle qui s’éveille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "CELLE QUI S’ÉVEILLE.                                                   A Gaston Vyttall.        L'aube e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "CELLE QUI S’ÉVEILLE.\n\n                                                 A Gaston Vyttall.\n\n\n\n\n   L'aube est à pleurer des sourires, et vers les lointains\npalpite l’or fallacieux des brumes.\n   Elle s’en vient, la pâle et reine, an verger clair : l’odo­\nrante joie des branches alors s’active à rayonner d’ elle,\net l’ingénu triomphe de sa présence irise l'aiguail autour\nde ses pieds nus.\n   La frêle ! elle est enfantine et grave; toute bonté luit\nau matin de ses yeux et sous le nimbe flottant de ses\nboucles s'érige la réginale grâce du front. Elle est toute\naurore pour l’amour et le règne : c’est celle de la Légende\naux pas annonciateurs.\n   Ses mains pensives sont en caresses parmi les fleurs\nsororales ; elle est lumineuse en la viride enfance des\nfeuillées, comme une grande fleur sainte, et la gloire pâle\nde sa robe s’adoucit pour n’humilier point l'hymne\népars des corolles. Lente elle s’en vient, heureuse à sentir\n\n\n  De La Belle au bois dormant, en préparation.\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "  Celle que s’éveille.                                        19\n\n\n\npalpiter le calme émerveillement d'elle-même aux molles\nondes de sérénité qui baignent la radieuse journée. Et\nfolle ! la si naïve insidieuse — pour les dédier à quel\nPrince charmant qui viendra, les yeux en prière, la\nvoici mirant ses lents sourires au clair émoi du site.\n\n\n\n                         C h a r l e s D E LCH EV ALER IE .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 20, "page_fin": 21, "titre_corps": "La dormeuse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "L A DORMEUSE.     Au doux jardin de rêve, au", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 774, "texte": "L A DORMEUSE.\n\n\n\n\nAu doux jardin de rêve, au parterre d’erreur,\nOù croît pour ses cheveux une flore idéale,\nComme un bel enfant nu tout vêtu de candeur,\nSans effroi, s’assoupit une Eve liliale.\n\n\nOr, tandis que la Nuit pare de tous ses pleurs\nMon trésor ignoré qui s’endort sous ses ailes,\nJe veux faire à sa grâce un vêtement de fleurs,\nUn beau manteau vivant de fleurs pâles et frêles.\n\n\nAinsi, dans leur exil, dorment les anges las !\nOù sont les fleurs-enfants, innocentes comme elle,\nQui n’offenseront pas ses membres délicats ?\nQuelle ombre les pâlit ? Quel vallon les recèle ?\n\n\nUn sommeil ingénu t’a surprise en nos jeux.\nTandis que je te veille, ô mon enfant brisée,\nLa lune, qui s’en va, met ses rayons neigeux\nParmi tes doux cheveux emperlés de rosée.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "la Dormeuse.                                           21\n\n\nC’est le sommeil divin des êtres vraiment purs,\nTout en exaucements, plein de rêves tranquilles !\nMais quelle vision d’Eldorados futurs\nEntrouvre innocemment tes lèvres puériles ?\n\n\nOh ! que de fois, jaloux de tes songes heureux,\nInterrogeant ainsi, pendant tes sommeils d’ange.\nTon visage entrevu sous tes cheveux ombreux,\nJ ’ai cherché ton secret dans ce sourire étrange !\n\n\nEtrange et beau sourire, errant sur ton sommeil,\nQui te pare pour moi de tout ce qu’il dérobe !\nJ ’ai cherché, j ’ai songé... Mais déjà le réveil\nFrissonnait dans tes traits comme une clarté d’aube.\n\n\n\n                                FERNAND     SEVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 22, "page_fin": 22, "titre_corps": "Astarté", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Louÿs", "ancre_debut": "A STA R TÉ.                                        à André Gide.     Elle siège, c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 814, "texte": "A STA R TÉ.\n                                       à André Gide.\n\n\n\n\nElle siège, croisant d’ une immobile étreinte\nUn bras nu sur les seins verts spirales d’or fin,\nE t cambre au bord du thrône où rêve le dauphin\nSa peau de lune froide et d’air nocturne peinte.\n\n\nD ’un long ruban d’iris sa chevelure est ceinte\nOù pénètrent des fleurs rouges d’un sang divin.\nSes purs yeux abaissés réverbèrent sans fin\nL ’incolore nombril comme une étoile éteinte.\n\nElle tient dans ses doigts extatiques et bleus\nAu pli vierge du sexe un lotus fabuleux, —\nEt deux tiges de lys qui sortent des aisselles\n\nGlissent le long du corps leur geste divergent\nLèvres blanches toucher pour des nuits éternelles\nL e marbre où sont fléchis ses pieds ornés d’argent.\n\n\n                                     P i e r r e LOUŸS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 23, "page_fin": 24, "titre_corps": "Chansons des carrefours", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "CHANSONS DES CARREFO URS.                       I.  Rouges de sang, Les comp", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 641, "texte": "CHANSONS DES CARREFO URS.\n\n                     I.\n\nRouges de sang,\nLes complaintes,\nDes mendiants, le sac au flanc,\nLes vont chantant, par les chemins,\nAvec du sang aux mains.\n\n\nLe soir, ce sont leurs voix éteintes\nQu’on entend\nDans les plaines, avec des plaintes,\nQuand ils chantent, par les chemins,\nAvec du sang aux mains :\n\n« Qu’ils ont trouvé, près des fumiers,\nAux Champs-qui-tintent,\n— Sans qu’on sache quels meurtriers, —\nDeux corps morts de femmes enceintes,\nAvec du sang aux mains.»\n\nLes mendiants chantent sans craintes,\nL’accident,\nBien qu’on découvrît des empreintes,\nEt qu’ils aillent par les chemins,\nAvec du sang aux mains.\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "24                                         la Wallonie.\n\n\n\n                          II.\n\n       Il est ainsi de pauvres cœurs\n       Avec en eux des lacs de pleurs,\n       Qui sont pâles comme les pierres\n       D’un cimetière.\n\n       Il est ainsi de pauvres dos\n       Plus lourds de peine et de fardeaux\n       Que les toits des cassines brunes,\n       Parmi la dune.\n\n       Il est ainsi de pauvres mains,\n       Comme feuilles sur les chemins,\n       Comme feuilles jaunes et mortes,\n       Devant la porte.\n\n       Il est ainsi de pauvres yeux\n       Humbles et doux et soucieux,\n       Comme les yeux des pauvres bêtes,\n       Sous la tempête.\n\n      Il est ainsi de pauvres gens,\n      Qu’ils soient riches ou indigents,\n      Qui trimballent de la misère\n      Au loin des plaines de la terre.\n (1887).\n                                E m i l e VERHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 27, "titre_corps": "Vivre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hector Chainaye", "ancre_debut": "VIVRE.                                 A mon ami Paul Goldmann.        — A", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "VIVRE.\n\n                               A mon ami Paul Goldmann.\n\n\n\n\n   — Alors, plus de rêve ?\n   — Non.\n   — Plus d’amour ?\n   — Mirage.\n   — Plus de religion ?\n   — Pourquoi ?\n   — Et vous avez le courage de vivre ?\n   Comme ils marchaient, tous deux au milieu de la\nnuit, devisant de la sorte, un chant d’oiseau pur et\ntremblant s’éleva de la forêt.\n   Cette voix disait :\n   — Aimez ! Les feuilles palpitent. Les brindilles de\nla plaine frémissent. Les fleurs tremblent au souffle\nembrasé du vent. Une tendre chaleur de baisers\nimprègne l’atmosphère. Des regards s’allument dans\nles herbes et dans les branchages. Un monde infini\nd’êtres et de choses aiment, pendant que je chante.\nEt je veux répéter le mot éternel : Amour! Amour!\n  — Rêvez ! Le rêve est doux. Il descend sur la terre\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1148, "texte": "20                                     la Wallonie..\n\n\n\navec les rayons de la lune, comme l’amour glisse des\nyeux de la mère qui regarde son enfant. Le Rêve,\nfringant et joli page aux yeux extasiés, peut d’un\nbaiser de ses lèvres parfumées rendre le bonheur au\ndésespéré. Il réconforte les cœurs et berce les esprits\naux sons d’inoubliables musiques.\n   Il chuchotte aux oreilles des mots délicieux et\nconsolateurs qui font vivre et espérer. Frère jumeau\nde l’Amour, il ne saurait vivre sans lui ; mais\nl’Amour n’existerait pas sans le rêve. Aimez! Rêvez!\n   — Croyez ! Croyez à cette force qui est en toutes\nchoses. Dieu est dans ma voix heureuse qui chante\ncomme dans le silence troublant et triste qui songe.\nJe sens que la terre, le ciel, l’océan frémissent.\n   Oui, le sol, la nue, l’eau, se soulèvent comme des\npoitrines qui respirent,...\n\n\n  Les deux compagnons reprirent, sans oser se\nregarder.\n  — Alors, plus de rêve?\n  — Non.\n  — Plus d’amour ?\n  — Mirage.\n  — Plus de religion ?\n  — Pourquoi?\n  — Et vous avez le courage de vivre?\n  — L ’homme hésita. Et l’oiseau divin qui chantait\ntoujours, éleva plus encore, plus fort, sa voix pure\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 533, "texte": "  Vivre.                                             27\n\n\n\net tremblante, qui emplit le ciel et fit frissonner les\nnuages d’argent.\n   — L ’univers est plein d’un souffle mystérieux.\nSoyez heureux et bons, communiez aux pâles rayons\nde la lune et croyez que Dieu est aussi dans la petite\nfleur qui se cache dans l’herbe. La vie est grande,\nquand on aime! La vie est douce quand on rêve.\nVous ne pourriez vivre sans croire!\n\n  — Et vous avez le courage de vivre?\n  — Puisqu’il le faut.\n\n\n                          H ector   CHAINAYE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 28, "page_fin": 28, "titre_corps": "Lagunes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LAGUNES.                                         à Paul-Ambroise Valéry,     U", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "LAGUNES.\n\n\n\n                                     à Paul-Ambroise Valéry,\n\n\n\n\nUn coucher de soleil pourpre et or se reflète,\nDans le miroir terni de notre souvenir\nOù une brume crépusculaire monte mourir\nVers la nue où bleuit la lune violette.\n\n\n\nL a couleur qui s’accroche aux roseaux, se déchire\nEt le soleil, dans l’eau morte disparaît ;\nSon orbe d’or s’est plongé dans l ’eau violette\n— L a nuit se reflète sur le lac du souvenir.\n\n\n\nLacs bleus où flottent des lueurs, lampyres !\nCristal pur, où des flammes, et qui sont nos rêves perdus,\nCirculent quand les soleils pourpres ont disparu\nPuis comme des lueurs nébuleuses se fondent\n\n\n\nDans l’azur irréel où nos mains pures trempent.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 29, "titre_corps": "Octobre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Gide", "ancre_debut": "OCTOBRE.    Nous ne dormirons pas. L a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 760, "texte": "OCTOBRE.\n\n\n\nNous ne dormirons pas. L a tempête s’agite\nDehors, et la nuit est effrayante à voir.\nDes aigles noirs passent sous les poternes;\nLeurs ailes folles heurtent les volets clos.\n\n\n\nIls volent dans la tempête, tapent aux portes\nE t frôlent les lambris noirs des corridors\nOù circulent les heures de la nuit et nos rêves\nHagards ; nous n’allons pas pouvoir dormir encor.\n\n\n\nDonc, nous attendons que cette nuit s’achève\nEn pleurant nos rêves égarés au vent,\nDans la tour que secouent des ailes sauvages,\nPour, enfin, comme après ces tristes soirs d’orage,\n\n\n\nQu’une aube pluviale luise à travers la vitre.\n\n\n\n                                            A ndré GIDE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 30, "page_fin": 30, "titre_corps": "Arion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Valéry", "ancre_debut": "ARION.                                         Inter delphinas Arion. .     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Nous avions\nété faire en un immense et séculaire parc, une longue\npromenade en voiture, et maintenant, stores baissés,\nnous byzantinions froidement, éclairés par la lueur\namortie d’une grande lanterne.\n   Or je lui disais mon enthousiasme des formes grêles\net allongées, de la minceur souple qui m'ensorcelle, et\ncomme si son corps voulait me montrer qu'autant que\nson âme farouche, il réalisait mon vouloir, la robe\nsombre et lourde qui la couvrait, s’ entrouvrant lente­\nment, me montra l’émerveillement de sa prodigieuse\nbeauté.\n   Et, sans réfléchir, que puisqu'immatériellement\ns'étant écartée l'étoffe, tout geste serait destructif de\ntelle divine illusion, je portai mes mains, ô frâleuses,\nmais si peu lubriques, sur ce corps admirable, horreur,\nqu'alors je sentis enveloppé d'une peau rèche et comme\nlépreuse, consternante ! Et un affreux petit être se\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "34                                       la Wallonie.\n\n\n\nprécipitant alors dans la voiture et que je ne connais­\nsais pas, avec luxure lui, ce que moi désespérément\ndésormais comme pour bien me convaincre de ma\ndésillusion, palpait cette chair, qui cependant! avait\ncontenu un peu de mon rêve.\n\n\n                                   P i e r r e -M . O L IN .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 35, "titre_corps": "Noniva", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-Ferdinand Hérold", "ancre_debut": "NONIVA.   Les Rois, des fleurs sur l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "NONIVA.\n\n\nLes Rois, des fleurs sur les armures,\nVont au pas lent des palefrois.\nSes lèvres restent closes, pures\nD'avoir prié le Roi des Rois.\n\nLes Rois font tournoyer les glaives\nPareils aux éclairs orageux.\nSes yeux clairs, éblouis de rêves,\nNe s'abaissent point vers les jeux.\n\n“ Qui de ces vainqueurs beaux et braves\n Veux-tu choisir pour ton époux,\nMa fille ? Tous sont tes esclaves\nEt tous t'adorent à genoux. „\n\n— “ J'entends là-bas, de la chapelle,\nL'Époux bien-aimé qui m'appelle. „\n\n                   A.-F erdinand HÉROLD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 36, "page_fin": 36, "titre_corps": "Vers : Sigurd et Brunehild (sonnet I)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Trarieux", "ancre_debut": "VERS.                             SONNET I.                                        Sigurd et Brune", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "VERS.\n\n\n\n                         SONNET I.\n                                       Sigurd et Brunehild.\n\n\n\n\nL a Valkyrie éblouissante aux lèvres roses\nIgnorant les Héros et leurs folles emprises,\nDort, immobile et blanche, un sommeil sans hantises\nDans la vaine splendeur de ses formes écloses.\n\n\nEt tout le Palais dort avec Elle : les Brises\nN’effeuillent plus dans les Jardins les Lauriers roses ;\nNul chant d’oiseau, nul bruit ; sur le sommeil des choses\nL e Temps silencieux a clos ses ailes grises.\n\n\nMais dans la Forêt sombre et léthargique, un Cor\nAu loin et par trois fois, véhément, a gémi,\nEt, dans une rumeur de victoire et de mort,\n\n\nVoici que réveillant le Palais endormi,\nImpétueux, suivant les Nornes d’un pas sûr,\nApparaît, casqué d’or, le glaive au poing, Sigurd!\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 37, "titre_corps": "Vers : Le deuil de Brunehild", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Trarieux", "ancre_debut": "SONNET II.                                        le Deuil de Brunehild.     Dè", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "SONNET II.\n\n                                      le Deuil de Brunehild.\n\n\n\n\nDès l ’Aube, Brunehild, que le d u r Runoïa\nVoue au Supplice amer d'aimer et d’être aimée,\nSous les arbres s’en vient orgueilleuse et pâmée,\nDésolément gémir sa détresse à Freïa.\n\n\nUn Peuple à sa Beauté vainement octroya\nTous les féaux tributs de la Terre embaumée,\nElle revoit toujours sous sa haute framée\nL e Vainqueur dont le Glaive à ses yeux flamboya.\n\n\nLe parjure et la honte exaltant sa furie.\nSous les Arbres, dès l’aube, erre la Valkyrie\nPleurant le souvenir d’un éternel repos,\n\n\nEt parfois, l’adultère incendiant ses veines,\nElle tord vers la Tente où dort le blond Héros\nSes deux bras alanguis ceints de rouges verveines.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-016", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 38, "page_fin": 38, "titre_corps": "Vers : Sigurd et Brunehild (sonnet III)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Trarieux", "ancre_debut": "SONNET III.                                        Sigurd et Brunehild.     Le S", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 88, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "SONNET III.\n\n                                      Sigurd et Brunehild.\n\n\n\n\nLe Sort impérieux les a joints dans la Nuit,\nDe leur bouche troublée a fui la même phrase,\nEt crime, vœux, serments s’effacent dans l’extase,\nSans souci de Hagen dont le poignard a lui !\n\n\nUne Clameur au loin.... Elle tremble.... Mais Lui\nScelle d’un long baiser ses lèvres qu’il écrase,\nEt tranquille, foulant d’un pied fort l’herbe rase,\nDisparaît au regard angoissé qui le suit...\n\n\nUn Cri !... Sigurd se meurt sous les coups de la Haine !\nLe voici, tout sanglant.... Sur Lui tombe la Reine.\nLe Bûcher funéraire est leur sinistre Autel.\n\n\nMais l’indompté Courage et la Beauté parfaite\nVont, loin de la Terre âpre où saigna leur défaite,\nRenaître au Walhalla pour l’Hymen immortel !\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-017", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 39, "page_fin": 42, "titre_corps": "Vers : Les captives", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gabriel Trarieux", "ancre_debut": "LES CAPTIVES.    Les insolents Vainqueu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "LES CAPTIVES.\n\n\n\nLes insolents Vainqueurs, avec l'orgueil de Rois barbares,\nOnt pris d'assaut la V ille; ils sont entrés, fous de désirs;\nLa ville blanche, ainsi qu'une Ame qui s'effare\nDans l'arrêt brusque des tournois et des plaisirs,\nS’est tue devant leurs glaives nus, leurs cavalcades, leurs fanfares.\n\nPrincesses en captivité, ces Blessées !\nDu palais d'or où se fanait leur sang royal, soudain chassées,\nElles s'en vont, captures frêles, butin vil,\nVers l'opprobre des couches dures, vers l'E x il..\nEnfui, le rire puéril\nQui s'essayait naguère sur leurs lèvres lassées !\n\nLes Filles Hébraïques vers la farouche Babylone\nGraves, marchant pieds nus par les mornes déserts,\nChantent en paroles douces le Pays natal, et leur trône,\nE t les harpes suspendues aux saules...\nE t le poids est amer à leurs jeunes épaules\nE t à leurs bras faibles, des fers !\n\nLeur chant s'égrène, doux et vague, par les déserts !\n“ L e vieux Palais où mûrit notre sang royal, ah! combien triste!\nTristes, les salles sans nos robes, et les Fleurs\nQue nous arrosions d'eaux vivantes et de pleurs,\nE t tristes nos colombes, nos colombes aimées,\nQue nourrirent nos mains de graines parfumées\nSur le bord des balcons fleuris, en des soirs meilleurs !\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "40                                                   la Wallonie.\n\n\n\n“ E t la Ville, oit chantait un peuple ivre de fêtes,\nCes tournois pleins de banderolles, au Soleil!\nLes Pâtres de la plaine y font paître leurs bêtes,\nElle dort sous le deuil de l’herbe, sans réveil,\nFolle, d’avoir moqué le geste des prophètes!...\n\n\n“ E t nous, proie vile des Barbares aux mains rougies,\nNous, que mord l’âpre fiel des orgueilleuses nostalgies,\nEsclaves muettes, nous les servons, dam leurs orgies,\nDe ces trop faibles mains pour la lourdeur des plats;\nE t opprobre dernier, les couches d'aventure\nSubissent, dans les Nuits impures,\nNos corps tordus en vain que maîtrisent les bras !\n\n“ Seigneur, dispensateur de ces heures amères,\nSeigneur qui nous avez punies, les Innocentes, pour nos mères,\nLaissant se meurtrir nos pieds nus par les longs déserts,\nA ux filles qui naîtront, Seigneur, de cette chair\nRendez, rendez du moins notre antique chimère\nE t le jeune Soleil sur la Ville aux toits clairs ! „\n\n\n\n          Le   chœ ur    des   M a d e l e in e s   chante.\n\n\n\n\n“ Il vint éclatant, seul dans le soir clair, doux Messie,\nDans le soir clair couronné d’ombre, invincible et doux,\nE t son geste blanc, levé sur la terre obscurcie\nE t son pur regard, sous ses longs cheveux de miel roux,\nFaisaient trembler d’Amour nos poitrines transies\nE t chanter tous les cœurs, d'allégresse fous !\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "   Vers.                                                       41\n\n\n\n“ Quand nous errions au bord des lacs,par les nuits brumeuses\nOù, chairs folles, nous rôdâmes en quête d'Amants,\nLui qui marchait pieds nus sur les eaux écumeuses\nA l'heure où blanchissait le vague firmament,\nI l vint vers nous, le Pêcheur clair, dans la nuit brumeuse,\nD u haut de sa barque, il nous a dit la bonne parole\nE t honteuse des rôderies de nos chairs folles\nNous l'avons suivi, écoutant sa voix, et l'aimant.\n\n\n“ Ah! comme Il a saigné sur la haute Colline\nOù les soldats ivres veillaient, la lance au poing !\nD e quelle angoisse notre cœur fu t poinct,\nEn entendant clouer au bois sanglant ses mains divines\nCes mains qui bénissaient et ne meurtrissaient point !\nE t comme il penchait son pauvre front souillé d'épines !\n\n\n“ Sur ses pieds, ses beaux pieds meurtris\nTout embaumés d'huiles de prix\nD e nos cheveux nous n'effacerons plus les viles poussières,\nE t dans le nard versé de nos urnes hop pleines,\nNous ne gémirons plus, les blondes Madeleines,\nLe Cri de notre peine,\nL e cri de désespoir, de honte et de prière,\nQue sa douceur royale accueillait sans mépris !\n\n\nAh ! les robes des Pharisiens s'étalent désormais dans les rues !\nLes Vendeurs, infâme cohue,\nF on t sonner leurs pièces d'or, tranquilles, au seuil du Temple!\nL'Amour impur, le soir, rôde en Gethsemani,\nLa terreur du sang a banni\nHors du bercail, au loin, les Brebis folles disparues !\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "42                                               la Wallonie.\n\n\n\nMort, le Berger de Bethléem ! E t nous, sans crèche,âmes en peine\nQui nous leurrions hier de royauté prochaine\nE t dont tout le Bonheur fu t un feu de sarments,\nEncore ivres du rêve adoré qui nous ment,\nNous errons misérablement\nSous les regards louches des Haines,\nE t promenons nos cœurs déchirés de géhennes\nA ux lieux où vint vers nous, dans le soir clair, l'unique Amant!\n\n\n\n                                  G a b r ie l T R A R I E U X .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-018", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 45, "titre_corps": "Les trépassés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Math. Robert", "ancre_debut": "LES TR ÉPASSÉS.                            Mais comment ressuscit", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1117, "texte": "LES TR ÉPASSÉS.\n\n                          Mais comment ressusciteront les morts?\n                          Ou avec quel corps reviendront-ils?\n                                  St-PAUL, F,p. I, Cor XV, 85.\n\n\n\n\n   L ’Eglise s’est endeuillie d’immenses vélums noirs,\nfrangés et larmés d’argent, qui planent et semblent\nles ailes de l’Ange des Ténèbres, clouées là, en\n expiation.\n   Les lampadaires éclairent, parcimonieusement, les\n ors du Tabernacle, laissant une imprécise lumière\ns’épandre et mourir en les recoins de la nef. Une\ncrainte surgit, de tout ce sombre, appréhension\nvague subsistant des histoires de revenants et des\nlégendes jadis ouïes.\n   Par moments, des fidèles entrent et lentement\ns’acheminent en la pénombre; d’autres se placent, et,\nles derniers cierges allumés, des figures s’éclairent.\n   Mais voici que l’heure tombe du clocher en ondes\nsonores, et, avec elle, un grand calme s’étend, troublé\nà peine par le va-et-vient des retardataires, ou par\ndes toux discrètes.\n   L ’officiant a paru, l’orgue prélude, majestueux, ses\naccords aux larges envolées et module, sous la voûte\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "44                                      la Wallonie.\n\n\n\n qui semble plus haute encore en l’obscur, ses appels\ngraves au recueillement. En ses silences, la voix du\nprêtre s’élève, phrasant les versets du Rituel, que des\n chantres, là-haut, ponctuent d’ “ Amen „ ou d’ “ Et\n cum spiritu tuo „.\n   Un bruit, encore, de chaises heurtées, les fidèles\ns’asseyent, en l’attente du prédicateur qui bientôt\ns’avance, grave. Les mains se lèvent, au signe de\ncroix, et le salut fraternel descend de la chaire. Puis\nla voix s’élève, objurgative, dure parfois. Elle stig­\nmatise l’oubli — combien volontaire souvent — où\nrestent les âmes qui furent tendrement (voire éter­\nnellement, ô ironie!) aimées sur terre; et l’oubli,\ncruel plus encore, des esseulés ici-bas, morts incon­\nnus sans même les pleurs accoutumés.\n   Le pasteur tonne : il dit les Châtiments du Dieu\nPuissant, il rappelle l’embrâsement de Goumrân,\nEsdoum, Zoar et Sebân, les villes maudites ; les\nhorreurs de l’Apocalypse : Chevaux exterminateurs,\nanges foudroyants, bêtes horrifiantes des abîmes,\ntoutes signifiant “ Sang et flammes, Guerres et mort „.\nEt, plus terrible, le tourment des âmes du Purga­\ntoire, âmes des presque-justes, qui espérèrent le\nParadis et qui se consument en vains élans vers\nl’auguste Face de Dieu, et auxquelles aussi est refu­\nsée l’absorption bienheureuse en Sa Béatitude...\n   L ’Eglise-Mère, procédant du Verbe Incarné, se\nsouvient; l’Eglise, dépositaire des Bontés de l’Agneau\ndivin, souffre et prie pour les Trépassés... „\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "  les Trépassés.                                        45\n\n\n\n   Après un appel ardent aux fidèles, la voix se tut et,\nun instant encore, un silence régna, craintif, oppressé.\n   Le prêtre descendit et le rêve, l’enchantement de\nsa parole semblait se dissiper à son aspect terrestre.\nPourquoi, porte-parole de l’Omnipotent, reparaître\nhumain et ne s’en aller mystérieusement?\n   Dans l’Eglise, maintenant, une procession se pré­\nparait. Des vieux se groupaient avec, en les mains,\ndes flambeaux ; des cloches tintinnabulaient, argen­\ntines presqu’à dessein.\n   Brusquement, l’orgue sanglota une mélodie fu­\nnèbre et la procession se mit en marche, avivant de\nses lumières les faces douloureuses du chemin de\nla croix mural.\n   Sous l’obsession des visions sanglantes que m’avait\névoquées le prédicateur, je crus voir s’ avancer des\nthéories de pénitents à cagoule noire, ou de flagel­\nlants du moyen âge, processionnant aux époques\ncalamiteuses, pour désarmer la colère Céleste.\n   Et toujours l’orgue éparpillait ses notes dolentes;\ndes âmes, aurait-on dit, pleuraient leurs espoirs ; les\nflambeaux, embrumés d’encens et vacillants, sem­\nblaient des Esprits en peine...\n   Soudain même, la procession passant à mes côtés,\nil me parut qu’une de ces âmes s’en détachait et, en\nmoi, s’absorbait pour (qui sait?) expier davantage\nses fautes en ma vie morne et de souffrances.\n\n                                    M a t h . ROBERT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-019", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 48, "titre_corps": "La vie latente : Prison de cœurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Sluyts", "ancre_debut": "de   : L a V ie   latente.                                               Prison de cœurs.     Après les", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1038, "texte": "de   : L a V ie   latente.\n\n\n                                            Prison de cœurs.\n\n\n\n\nAprès les nuits fulgurales,\nEt les écueils passés le long des routes,\nL ’ultime nuit aux phares pâles\nTrop désespérément abdique sur les routes.\nVenu de loin, et chassant des plis\nDe son manteau les fiers yeux des héraldiques lys,\nL ’Ephèbe, dont les mains éveillèrent le Rite,\nMarche vers l’horizon\nD e la désespérante nuit.\nEncore et de ces mêmes mains ou des pudeurs subites\nRougirent devant de lents voiles tombés,\nIl ramène vers son front les pans tombés\nE t rigides de son manteau, —\nDes mêmes mains qui furent les annonciatrices\nDe sou amour, et de l’Amour de l ’Enfant spoliatrice\nQui vient vers lui d’un pays irréel...\nE t voici que l’Ephèbe gravit la colline\nQui domine\nL a vallée, où des êtres silencieux\n— Si désespérément silencieux et sans nuls gestes, —\nAttendaient sa venue,\nEt découvrant son front des amples draperies,\nQui flottaient comme des chasubles d’or\nEn la pourpre des messes,\nAux femmes il a dit :\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1513, "texte": "      de : L a Vie latente.                             47\n\n\n“ Mes admirables sœurs, belles sœurs endeuillies\nD ’avoir perdu la joie au début des chemins !\nL ’Heure s’est épandue aux creux d’autres folies,\nL ’Heure de la moisson de vos fruits benjamins !\nElle emporta, et de vos reins et de vos lèvres,\nLa surhumaine sève où s’essoraient les fièvres,\nL a surhumaine voix des aveux naufragés.\nO ! cycle destructeur des liaisons vécues !...\nEt devant les appels, restés infructueux,\nRefoulé vos ardeurs et les avoir vaincues\nEn la simplicité des grands cœurs vertueux !\nElle fut donc discrète au point de ne pas dire\nQu’il fallait dénouer vos tuniques d’orgueil,\nA vec un bruit mauvais d’étoffes qu’on déchire,\nE t de vous dénuder devant le proche Accueil ?...\nPeut-être que le vent, lissant vos chevelures,\nA travers les blés clairs et les ombreux vallons,\nLui porta le souhait de laisser vos parures\nDans l’eurythmique aspect de vos naturels dons ;\nPeut-être que le soir, enclin aux choses tendres,\nLui supplia, pour son silence et ses forêts,\nL a pure majesté de vos gestes concrets,\nNe voulant attiser de vos pudeurs ses cendres ?...\nMes admirables sœurs, mes sœurs d’élection,\nQu’importe le vouloir qui vous fit rester vierges\nEt vous barra la route au seuil de l’Action,\nSi la Miséricorde alluma ses blancs cierges\nE t vous les fit porter pour ennoblir vos mains,\nEt permit dans vos yeux leurs belles clartés fauves !\nSoyez joyeuses, et pour tous vos lendemains,\nN’allez-vous pas partir avec vos âmes sauves,\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "48                                             la Wallonie.\n\n\n\nE t garder clos vos manteaux blancs aux fleurs de vos Jardins?..\nEt, pareille aux ébats de vos frêles pensées,\nUne escorte de fiers et doux oiseaux viendra,\nAlentour de vos robes d’or pur empesées,\nExorciser le R it de ce qui ne sera.\nAlors vous entrerez dans le Règne des cygnes\nQui vous sera propice en vous offrant sa paix,\nEt vous divulguera le secret de ses Signes,\nDevant le virginal de vos roses de Mai.\nEt des chœurs révélés et de lentes voix d’ombre,\nAuréolant vos fronts de leur lustre mouvant,\nInitieront vos cœurs au prestige du Nombre,\nE t guideront vos pas naïfs dan3 la plaine et le vent ! „...\n\n\nEt les nuits fulgurales\nDepuis, ont consumé leurs gloires\nVers l’Occident, et l ’Ephèbe aux mains attentives,\nDevant les femmes qui n’avaient jamais vécu d’amour,\nA senti refleurir, peu à peu,\nL ’énigmatique aurore des lys dévastés.\n\n                                      Ch a r le s SLU YTS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-020", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 49, "page_fin": 49, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. Remouchamps", "ancre_debut": "VERS.             L ’ âme des nuits parfois s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "VERS.\n\n           L ’ âme des nuits parfois soulève\n           L e voile de mes yeux éteints,\n           E t je pleure aux printemps lointains\n           Que la lune argentait de rêve...\n\n           Les fleurs de mes illusions\n           Aspiraient vers un ciel de gloire...\n           O les frêles éclosions\n           Mortes en des langueurs d’ivoire !\n\n           Pas un rayon, pas un baiser\n           Ne se posa sur leur défaite\n           Pour l’éblouir ou l’apaiser,\n           Mais tout railla l’antique fête...\n\n           Puisque le rêve est abattu,\n           Je veux saigner dans le mystère,\n           Glorifiant ma vie austère\n           De pitié rouge et de vertu...\n\n           Or, ma cellule aura des roses,\n           D ont les subtils et chers parfums\n           Seront mes vieux bonheurs défunts\n           E t mes chimères inêcloses...\njanvier 1891.\n                              A. R EMOUCHAMPS.\n\n\n                                                   4\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-021", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 50, "page_fin": 51, "titre_corps": "Cendre de lys", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Bailly", "ancre_debut": "CENDRE DE LYS.                                           A Henri de Régnier.     Des co", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "CENDRE DE LYS.\n                                          A Henri de Régnier.\n\n\n\n\nDes colombes ont secoué le duvet blanc\nde leurs ailes, et j'a i vu passer le tremblant\nhiver, l'hiver qui met un linceul sur mon rêve\nattristé... Maint frisson vole par l’air glacé\ndu malin : frisson d’hiver, que t’es-tu placé\nsur ma route?.... es-tu l'écho répété sans trêve,\néternellement, l’écho des baisers perdus\nsans retour?... Combien de soupirs inentendus\nviendront encore déchirer mon sein, ma poitrine\nen feu ?... Combien de larmes couleront de mes\nyeux asséchés?... O pâleur des neiges, fermez-\nvous tout espoir?... Quand, sur sa bouche, l’érythrim\néclosait, longuement j ’ai bu l’espoir de son\nâme, un suave parfum d’amour!... Va, frisson\nmaudit, cruel évocateur de la souffrance\ninassouvie, étreins mon pauvre cœur, plus fort,\ntoujours, enlace mon âme, et qu’en ton effort\nsuprême, enfin, se brise ma voix!...\n                                  Espérance\ninquiète aux sanglots accordée, incertain\nrayon fa it des pitiés de l’être, qu'un matin\nlaisse éclore et qu’un soir voit pâlir, abandonne,\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "Cendre de Lys.                                                 51\n\n\n\nà jamais, ma douleur au néant, car c'est un\nbien que l’on se déssouvienne de l’importun\nbonheur des anciens jours.... Ton infini me donne\nun instant de calme, ô neige des hivers sans\nfin, cependant que me harcèlent d’impuissants\nregrets. J’aime ton royal manteau de Titane\nensommeillée en son hermine; j ’aime aussi\nton baiser... mais pourquoi ce frissonnement? Si\ntu n'es l’oubli, parle, que me veux-tu, Sathane?...\n\n\n\n                                    E d m o n d B A IL L Y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-022", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 54, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marcel Remy", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE.   S c è n e s H i n d o u e s , poème s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE.\n\n\nS c è n e s H i n d o u e s , poème symphonique, par Erasme Raway.\n  Réduction    au piano à 4 mains, par Victor Marchot.\n  — Muraille, éditeur, Liège.\n\n\n\n\n   Il y a une douzaine d’années, aux Concerts populaires\nliégeois, parut soudain l’œuvre d’un jeune, d’un inconnu : les\nScènes Hindoues, par Erasme Raway. Depuis quelque temps\nles programmes des précédents concerts annonçaient :\n« prochainement, 1re exécution des Scènes Hindoues par E.\nRaway ». On se perdait en conjectures sur la personne du\nnouveau venu. On crut d’abord à un pseudonyme qu’aurait\npris imprudemment une de nos gloires locales pour se faire\napprécier à sa juste valeur.\n  Erasme Raway ! .Ce nom ne disait rien , il sonnait même\nfaux. On ne pouvait le ranger parmi ceux de nos Maîtres\ndépartementaux : ces princes de l’harmonie (la bonne) et de\nla mesure (la grande).\n  Enfin, on apprit dans la petite ville de L iége que l ’inconnu\n— un petit homme — venait d’une plus petite ville, où il\nétait petit professeur (mais pas même de musique) dans un\nPetit Séminaire ! Tous ces diminutifs ne pouvaient troubler\nnos grands hommes dans la sérénité de leur capitalisme\nmusical.\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "     Chronique musicale.                                       53\n\n\n\n  Cependant     les   Scènes   Hindoues,   l ’événement   de   la\nsaison, furent goûtées autant de la foule vague que des\nlettrés; exécutées à L iége, un grand nombre de fois, elles\nallèrent ensuite charmer Bruxelles, Anvers et quelques villes\nde l’étranger.\n  L ’œuvre a donc prouvé qu’elle pouvait vivre. Aujourd’hui,\nun jeune éditeur qui fait preuve de discernement artistique\nla livre au public, sous la double forme de Partition et parties\nd’orchestre, et de Réduction au piano à quatre mains. Cette\nréduction, le grand moyen de vulgarisation des œuvres\nsymphoniques, a été habilement faite par M.Victor Marchot,\nqui a su concilier la pauvreté des timbres du piano avec la\nnécessité majeure de rendre aussi fidèlement que possible le\ncoloris des combinaisons d’orchestre.\n  Inutile d’analyser de nouveau l’œuvre de M. Raway, elle\nest bien connue ; depuis sa naissance, elle n’a pas fléchi, elle\nreste intacte, parce qu’elle est conforme à sa conception, bien\néquilibrée sur son plan.\n  De nombreuses retouches y ont été apportées.\n  Revoyant son œuvre après dix ans, l’auteur dont les idées\nont progressé n’a pu se résoudre à la laisser publier telle\nquelle. C’est là un souci très naturel, quoique souvent\ndangereux. Ne risque-t-on pas, en effet, de rompre un canevas,\nsuffisant pour l’œuvre initiale, trop faible peut-être pour\nsupporter une surcharge, subir un bouleversement, résultant\nde l ’application d’idées nouvelles tant dans le concept que\ndans la facture sonore ?\n  Je me hâte de constater que les modifications ne touchent\nni l’exposition ni le développement des thèmes, mais portent\nsur le rythme et la carrure trop rigides de certaines phrases,\ndont la gaucherie et les angles pouvaient choquer d’autant\nplus dans une musique de superficie orientale.\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "54                                           la Wallonie.\n\n\n\n  La plus heureuse de ces retouches s’applique à l'Hymne du\nPeuple, qui est à présent écrit en mesures alternées, binaires\net ternaires. Ainsi disposé, sa vraisemblance liturgique\ns’accentue davantage, de même que son expression religieuse\nen devient plus mystique, plus profonde.\n   C’est la partie la plus importante de la partition, la plus\nélevée, parce qu’elle est la plus subjective.\n  Celui qui a débuté par les Scènes Hindoues, pages où\nsont équilibrés, sans se confondre, des éléments décoratifs et\ndes documents psychiques, celui-là pouvait, par la suite,\nhésiter entre deux voies bien différentes, selon la prépondé­\nrance qu’aurait prise dans son esthétique, soit le caractère\nobjectif ou superficiel, — qui l’aurait conduit dans la sédui­\nsante et brillante impasse de la musique à programme — soit\nle caractère plus épuré,plus interne, du Drame Symphonique,\nvraie incarnation moderne de la musique orchestrale.\n  L a Symphonie libre a montré combien l’art de M. Raway\ns’est définitivement intellectualisé. De cette œuvre, pas plus\nque de Freya dont une partie seule est achevée, je ne\nparlerai ici pour l ’instant, attendant leur publication que je\nvoudrais proche et faite avec le même soin artistique et\nluxueux que cette présente édition des Scènes Hindoues.\n\n\n                                        Marcel REM Y.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-023", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 55, "page_fin": 62, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES.    On sait l’impulsion donn", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "LES LIVRES.\n\n  On sait l’impulsion donnée par M. Paul Lacomblez à la\nlibrairie littéraire belge et ses efforts pour fonder ici un\ncentre, pour créer une collection. Ces ambitions ne sont pas\nles seules qu’il caresse; lui-même flirte volontiers avec la\nMuse et voici qu’il nous donne aujourd’h u i. sa deuxième\nplaquette. J ’ai dit au bon moment ce que je pensais de ses\nmonologues : dans leur genre ils avaient des mérites. La\nnouvelle œuvre de l’éditeur des Jeunes Belgique semble devoir\nêtre considérée plus sérieusement. De ce sujet, Loth et ses\nfilles, M. Lacomblez a fait un poème très calme, à peine\nestompé de réalisme, psychologique presque pas. Ses person­\nnages marchent doucement, sans véritable inquiétude ni\neffroi, en gens qui accomplissent inconsciemment quelque\nétemelle destinée. C’est moins la luxure que nous lisons\ndans leurs yeux que le frémissement de la nature refusant\nde mourir; et, cette nuance, beaucoup de poètes profession­\nnels — on voudra excuser le mot — ne l ’auraient pas fait\nvaloir plus habilement.\n L a forme de ces pages est, du reste, plutôt sobre. Peut-être\nmême l’auteur a-t-il trop obstinément cherché à rester simple\net s’est-il trop exclusivement complu      dans l ’atmosphère\nbiblique, dans le goût de la tradition... Cet excès de réserve\nne lui a pas toujours permis d’éviter les répétitions et donne\nà l ’ensemble du poème une sorte de teinte uniforme que des\naristarques qualifieraient d’indigence. Pour ma part, je n’en\nai pas moins trouvé aux vers dont je parle, de la souplesse —\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "56                                             la Wallonie.\n\n\n\nvoire de la grâce et une harmonie capable de charmer des\noreilles délicates. La façon de pantoum ouvrant la scène II\ndu troisième tableau serait surtout à citer — en même temps\nque d’autres passages où la manière de M. Lacomblez se\ntrouve tout entière.\n                                  *\n                              *       *\n\n  Il est assez difficile de parler du livre d e M. Julien Leclercq\n— Strophes d'Amant (Lemerre) — après le très complet\n“ prélude „ dont l’ a fait précéder M. G. Albert Aurier. Ce\npremier recueil d’un des plus récents poètes parisiens est en\nsomme fort modeste et il sied de le prendre, suivant la sug­\ngestion du préfacier, pour le livre d’un très jeune frère de\nl’auteur — qui serait mort.\n   Au fond, ces pages ont bien les qualités et les défauts de la\njeunesse; néanmoins ceux qui croiraient y pouvoir trouver\ndes choses simplement naïves et douces risqueraient de se\ntromper. Ces madrigaux ne madrigalisent jamais au sens\nexact du mot et M. Leclercq serait improprement considéré\ncomme un pur sentimental. Les plus caressantes choses\nprennent sous sa plume des dehors voilés; passé les clairs\nhorizons de ses joies, le poète devine l’orage et — s’il est vrai\nque ces vers furent écrits dans l’expansion de la première\njeunesse, — ils ont en eux l ’indice d’un esprit précocement\nporté au désenchantement.\n  Dans la plupart des pièces dont nous parlons, le los qui\ns’ essore vers l’amoureuse se brise soudain sur une note sans\nespoir. Cette particularité subsiste même dans la pièce\nfinale — où s’exalte une sorte de renaissance à laquelle le\npoète semble plus calmement se confier et où nous retinrent\ndes lignes évoquant les dernières strophes de La maison du\nberger, d’Alfred de Vigny ;\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "     les Livres.                                               57\n\n\n\n       Viens, je t'emporterai comme un fardeau léger\n       A travers tout, liée à moi par tes mains pures.\n       J'irai du pas prudent des pieds martyrisés,\n       E t, comme j ’aurai seul le souci du voyage,\n       Tu lèveras les yeux vers quelque beau nuage\n        Quand je n'y mettrai pas un voile de baisers.\n  En tant que science du vers, les Strophes d'Amant n’a­\nbondent malheureusement pas en exemples de ce genre. Il\nfaut du reste constater que, sur les sept ouvrages annoncés\npar M. Leclercq, on ne rencontre qu’un seul volume de\npoésie. Mais pourquoi tant de réflexions ? M. Aurier dit tout\nau long dans sa préface et nous croyons pouvoir répéter à\nM. Leclercq que, pour lui, l’heure des œuvres plus viriles a\nsonné.\n                                *\n                           * *\n  L ’ordonnance générale du livre de M. Leclercq se retrouve\nplus ou moins dans Tourmentes, par M. Fernand Clerget, qui\nvient de grossir la série des coquettes publications du journal\nla Plume. Ce titre convient bien à ces strophes oppressées où\nun cœur trébuche en lui-même et aspire en vain à pouvoir\nrespirer de nouveau les ravivantes brises natales. Car si\nM. Leclercq se retrouve, si l’amour lui rend l’accès du paradis\nperdu, M. Clerget n’a pas le même bonheur. De fait, l’amour\nne l’attire plus et c’est plutôt vers la sagesse, vers les rassé­\nrénantes douceurs de l’infini qu’il dirige ses pas. Quelle force\nl ’arrête au seuil de la Terre promise et l’empêche d’entrer ?\n  Cette impossibilité de se libérer du passé et de revivre\ndans l’avenir, constitue la caractéristique du volume. Il en\nrésulte une sorte d’obsession maladive déferlant en rêveries\nenfantines, en scepticisme aigu, en cruautés froidement\nrebelles. Un obsédé, voilà le terme qui convient peut-être le\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "58                                             la Wallonie.\n\n\n\nmieux à M. Clerget. Tourmentes, en tous cas, n’est pas une\nœuvre d’application ou de chic. L ’application est même ce\nqui lui manque — les idées et les mots s’y bousculant au\npetit bonheur de l’inspiration. Et puis il y a beaucoup de\nmélancolie autour de ces poèmes où tout s’éteint, où tout se\nrouille, où c’est la saison triste, même en Avril, où le poète\nsemble constamment murmurer cette plainte qui soudain\néclate :\n\n     Mon Dieu ! mon cœur est triste et nul ne me répond,\n                   E t nul ne me répond....\n\n  Ce qui nous gêne surtout dans Tourmentes, ce sont les\nmultiples avatars de la forme. Telles pièces pourraient dater\ndu Parnasse, d’autres sont plutôt d’avant, d’autres encore\nd’après. Nombre d’entr’elles intéressent à cause d’un je ne\nsais quoi par où se modifie la manière mère. Seulement il est\ndifficile de discerner laquelle de ces factures a les faveurs de\nM. Clerget lui-même et il reste dans ce recueil pas mal\nd’accessoires poétiques démodés que l ’auteur aurait dû\nsacrifier — courageusement.\n                               *\n                              « *\n  Journal des Destrée... n’est-il pas vrai que ce titre fait\nsonger au Journal des Goncourt ? Parcourez les feuillets de\ncette plaquette parue chez Lacomblez, la ressemblance\ndeviendra plus frappante encore. M. Jules Destrée, il est\nvrai, ne s’ en défend qu’à moitié; il a cru pouvoir railler, dit-\nil, certains côtés d’égoïsme inconscient et de puérile vanité\nde l’œuvre que nous rappelons. Je vois mal la nécessité de\ncet exercice ; il amuserait pourtant si — ce qui n’est pas le\ncas — il était réussi. A part d’heureux coups de style et cer­\ntaines réflexions subtiles, ces pages n’apportent rien de bien\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "     les Livres.                                             59\n\n\n\nintéressant. Elles manquent, à mon sens, de naturel — ce qui,\nde l’aveu de M. Destrée, est le pire défaut des écrits de ce\ngenre.\n  Parce qu’ils sont trop calculés, les traits de M. Destrée\npartent mal et retombent immédiatement à plat. L ’esprit que\nl’on débite à cette enseigne “ à l’instar de Paris „ n’a pas\ncette vivacité, ce quelque chose comme d’une demi-ivresse au\nvin pur où plaisent et plairont longtemps les moindres mots\ndes Goncourt. D ’autre part, lorsque ceux-ci se proclament, ou\nà peu près — les génies exclusifs du siècle, ils n’ont pas l’air\nd’y croire eux-mêmes ou du moins ils le font d’une façon si\ndégagée qu’on ne saurait leur en vouloir. M. Destrée a rare­\nment cette attitude quand il réclame le strapontin qui lui\nrevient — et que personne ne songe à lui disputer — au\nsoleil des lettres belges.\n                               *\n                           * *\n  Il est un peu tard pour signaler la traduction faite par\nM. Maeterlinck de l 'Ornement des Noces Spirituelles de Jean\nRuysbroeck l’admirable. Ce livre que les lettrés français\nconnaissaient mal lorsqu’ils ne pouvaient s’en référer qu’au\nmaladroit arrangement de Hello, apparaît maintenant sous\nson véritable jour ; — dans sa vertigineuse splendeur, dans\nsa surhumaine clairvoyance. Hello retournait les chapitres\nla queue en l ’air, nouait des fragments bout à bout, inter­\npolait ou découpait ; M. Maeterlinck a mis un soin pieux à\nn’ éluder aucune intention, à respecter le texte dans ses\nmoindres subtilités ; ceux qui possèdent, fût-ce imparfaite­\nment, la langue dont se servait Ruysbroeck apprécieront\ncomme nous les difficultés rebutantes que dut rencontrer\nle traducteur et ils s’inclineront avec respect devant le\nrésultat de ses efforts. Comme nous, ils se diront que de tels\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "60                                            la Wallonie.\n\n\n\nlabeurs ne s’entreprennent point par pur dillettantisme et\nque le fait de s’être attaché au plus transcendental peut-\nêtre des mystiques, prouve que le mysticisme a, chez\nM. Maeterlinck, des racines profondes et fortes.\n  Notre intention n’est pas d’examiner ici l’œuvre de Ruys­\nbroeck. Nous n’en avons ni la place, ni le temps; et d’ailleurs\non ne manquerait pas, ce faisant, de répéter ce que M. Mae­\nterlinck s’est plu à noter dans les pages introduisant à sa\ntranslation. Cette “ introduction „, écrite dans un style\nfrigide, met habilement en évidence ce que nous appellerons\nla réflexion terrestre de l’âme de Ruysbroeck; elle n’en\ndévoile qu’insuffisamment l’essence éternelle et scellée. Il y\na telles élévations d’esprit que M. Maeterlinck ne suit pas\naussi loin qu’on le voudrait et dont il se borne à transposer\nla relation en des images nouvelles ou en des citations volon­\ntairement érudites. Au demeurant, c ’est la seule remarque\nque nous voyons à faire. Et de cette remarque M. Maeter­\nlinck s’est affranchi, en constatant d’emblée l’impossibilité de\nse mettre dans la position de l’âme de Ruysbroeck : “ Nous\nne pouvons l’apercevoir ab intra. dit-il, et la reproduire en\nnous-même. „ Il est malheureusement vrai que certaines\naspirations de ce livre se déroberont toujours à nos yeux\ngrossiers et ne seront à jamais pour nous que “ des mystères\nmorts dont l’horizon ne se renouvelle plus „. N’importe, il\nnous aura du moins été donné de percevoir qu’il doit y avoir\nau delà des phrases du vieux moine quelque chose surpassant\ntout sentiment. Cela seul récompenserait de la méditation de\nl'Ornement des Noces Spirituelles, si l’on n’en était déjà payé\npar bien d’autres sensations au sortir desquelles on ne\nmanque pas de se trouver un peu meilleur.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "     les Livres.                                            61\n\n\n\n\n  Saluons, en passant, une réédition soignée (V anier) des\nEpisodes de M. Henri de Régnier. Le nom de ce poète rayonne\nbrillamment parmi ceux de la jeune école et l’on a vu, lors\nde l ’enquête Huret, de quelle estime il jouit auprès des\nartistes de la France contemporaine. Les lecteurs de la\n Wallonie le savent aussi bien que nous, jamais réputation ne\nfut moins usurpée. Doué d’un esprit richement classique,\nM. de Régnier s’est créé un art d’une personnalité déjà très\nnette et qui marque surtout par la beauté panthéistique d’un\ndécor sans cesse renouvelé. Son vers est large, plein de\nsonorités glorieuses et de couleurs éblouissantes — comme\nd’un cortège triomphal sur le midi ensoleillé des mers du\nSud. Les Sonnets ajoutés cette fois aux Episodes et aux Sites\ndonneraient bien le “ la „ de son tempérament.           Nous\ncroyons cependant pouvoir aimer autant que ces pièces assez\nrigides telles Odelettes, parues ici notamment, auxquelles\nnous trouvons des qualités plus spontanément émotionnelles.\nEn réalité, nous tenons ces Épisodes pour une des belles\nœuvres de ce temps et l’on eut grand’raison de les réimprimer,\npuisque, le succès en avait dispersé les premiers exemplaires.\n                            * *\n  J ’éprouve quelque peine à formuler l ’impression que m’a\nlaissée la lecture des   Contes d’ Yperdamme de M. Eug.\nDemolder (Lacomblez). Au total, ce livre, dont j ’admire bien\ndes endroits, m ’intéresse comme le ferait un très curieux\ntravail de broderie. On sait M. Demolder critique d’art et, je\nn’hésite pas à le dire, critique aussi éclairé que convaincu.\nSes Contes résultent, semble-t-il, d’un voyage d’exploration\nau pays des vieux peintres flamands, comme la Chimère de\nM. Ernest Chesneau vit le jour après un périple autour de\nl ’œuvre de Gustave Moreau. A chacun de ces vieux maîtres,\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "62                                              la Wallonie.\n\n\n\nM. Demolder a demandé quelque détail typique ; et ces\ndétails, originalement développés ou assemblés avec art, ont\nproduit un livre à la fois singulier et charmant. Il est incon­\ntestable que, dans son choix, M. Demolder s’est montré\nraffiné et personnel ; il a mêlé aussi aux tons de ses... modèles,\ndes couleurs plus adoucies, — on croirait d’un flamand ayant\nséjourné en Italie, — qui appartiennent certainement à sa\npropre palette. Mais j ’ai un assez gros reproche à lui faire :\nc’est de n’être pas toujours resté simple, d’avoir insisté sur\ntels contrastes que les primitifs introduisaient naïvement\nsans — qui sait ? — y prendre garde. Cette naïveté me\nsemble mieux respectée dans une des premières œuvres de\nM. Maeterlinck, transposant le Massacre des Innocents de\nBreughel, — œuvre à laquelle ces Contes reportent impé­\nrieusement. Il y aurait aussi à rappeler, si l’on parlait des\noccasionnelles sorties philosophiques de M. Demolder, il y\naurait à rappeler le Jésus-Christ en Flandre de Balzac —\navec cette restriction que les Contes d'Yperdamme sont, de\nbeaucoup, moins ampoulés. Par contre, lorsque dans leur\ntenue les personnages du livre se rapprochent de notre\nactualité immédiate, ils n’en gagnent pas, comme ceux des\ntableaux du peintre allemand von Uhde, un surplus de réelle\nhumanité. Il m’aurait plu de voir M. Demolder essayer\nd’entrer dans cette voie.\n  Mais ce qu’il a voulu faire, il l ’a bien fait. Et c’est comme\nde merveilleuses légendes, tracées par un qui sait quels atours\nveulent ces choses, que doivent être pris ces Contes — aux\ncouleurs d’un temps où les bêtes ne parlaient déjà plus, mais\noù les hommes les comprenaient peut-être encore.\n\n                                          A l b e r t A RN A Y.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-024", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 63, "titre_corps": "Poèmes de C.-A. Swinburne, traduits par G. Mourey", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Poèmes de C.-A. Swinburne, traduits par G. 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L a\nversion eu était excellente, d’une langue exacte et abondante.\nOn y constatait les qualités d’imagination, d’ampleur et\nd’éloquence qui se retrouvent à des degrés divers dans les\nautres pièces du volume qu’a traduites, avec intelligence et\npatience, M. Mourey. Swinburne est un assez admirable poète\npour résister à la difficile épreuve du passage d’une langue\nà une autre. Sa force et son éclat y subsistent, sa grâce dou­\nloureuse et sa tristesse tragique et crispée ne s’y perdent pas\ntrop et les Ballades de la Vie et de la Mort, Anactoria, Hes­\nperia, le Lépreux, le Triomphe du temps et maints autres\nchefs-d’œuvre prouvent qu’on est en présence d’un étrange\net magnifique génie — ce qui est rare.\n\n\n                T h e I n t r u d e r . — New-York.\n\n  Mme Mary Vielé, en un élégant volume qui reproduit à\npeu près la disposition de l’édition originale de Bruxelles, a\ntraduit en anglais les deux beaux drames : l'Intruse et les\nAveugles de Maurice Maeterlinck. 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La langue en est délicate et le\nrythme subtil et ingénieux et chacune des visions brèves,\nchansons d’amour, paysage fugace et minutieux, procure un\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "66                                             la Wallonie.\n\n\n\ninstant de songerie où. scintillent les pointes des grands\nroseaux des fleuves, les perles des jets d’eau, les facettes\nde quelques pierreries, entrevues comme au travers d’un\nbattement d’éventail ! Citerai-je :\n         En sa rôle ou s'immobilisent les oiseaux...\nou :\n         Le Dragon de la fleur vient boire en Veau rieuse...\nou :\n       Si sur les lacs amis...\npour prouver, ce que savent déjà les lecteurs de la Wallonie\nqui en eurent la primeur, que ces pages sont charmantes et\nque M. Albert Saint-Paul est un habile et clair et délicat\npoète.\n                                                        H. R.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-026", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 66, "titre_corps": "Coups de plume", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Coups de Plume, Aug. Fonteyn, éditeur à Louvain", "ancre_fin": "utiles à dire", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L'Eléphant, par Charles Merki", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 685, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "Coups de Plume, Aug.      Fonteyn,    éditeur à Louvain.\nM. Firmin Van den Bosch s’élève contre l’influence donnée\nau Télémaque dans les pensionnats de jésuites, défend les\nFables de Lafontaine, donne des conseils aux collégiens, etc.,\ntout cela est d’un bon esprit et il est possible, après tout,\nqu’il existe encore un endroit, — Louvain, par exemple, —\noù ces choses-là soient utiles à dire.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-027", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 67, "titre_corps": "L’Éléphant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L'Eléphant, par Charles Merki et Jean Court, chez Savine", "ancre_fin": "que diable", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Apôtre, par Louis Gastine", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 1087, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "L'Eléphant, par Charles M erki et Jean Court, chez Savine.\nCe livre-là, certes n’est pas un livre ennuyeux ; il vit d’une\nv ie enragée et nous arrête de ci de là par un croquis net, un\ntype réussi (comme cet Antoine Grinoche, bohême lamarti­\nnien ou cet autre, rastaquouère parisien et brasseur d’affaires\nde lettres) ; mais on y voudrait quelque chose de pas si cons­\ntamment superficiel, une étude plus sérieuse des milieux\nlittéraires et moins d’inutile brutalité ; et puis le héros est\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 200, "texte": "  les Livres.                                               07\n\n\n\nvraiment bien mal élevé, un peu trop souteneur aussi, et il\nn’est pas bon de donner de tels exemples à ses confrères,\nque diable !\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-028", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 70, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Apôtre, par Louis Gastine (Paris, Genonceaux)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "Apôtre, par Louis Gastine (Paris, Genonceaux). Livre de\nvisées excellentes et, en somme, d’une logique certaine;\nmais il appartient moins à la littérature qu’à la sociologie et\nà la politique. On y retrouve le cardinal Lavigerie, des\naperçus sur le procès Gouthe-Soulard, le curé de Fourmies,\nles tendances nouvelles du clergé français, le célibat ecclé­\nsiastique, etc. Tout cela pourrait intéresser maint prêtre ou\nhomme du monde s’il n’y avait pas, en outre, un roman.\n\n  Les Histoires du cha t, du coq et du trombone, par H. Stier­\nnet (Bruxelles, chez Lebègue), sont d’excellente littérature\npour les enfants. A la bonne heure, un livre comme celui-là !\nIl nous change un peu d’air, d’abord, et puis il nous rappelle\ntant et de si belles heures ! M. H. Stiernet doit avoir la\nvocation de la paternité, car c’est merveille de voir comme\nil anime ses bons personnages et rend le récit de leurs\nmalheurs terrifiants pour de jeunes oreilles. Joignez à cela\nque ces contes sont d’une bonne langue française et que\nM. Stiernet excelle à faire parler les choses et les bêtes,\ncelles-ci fussent-elles en fer blanc. A dix ans, on pourrait\nfrémir d’une épopée où des rats sont Alcide, Hector et Mé­\nnélas; mais à vingt-cinq ans aussi, on trouve plaisir aux\naventures de ce petit monde, et l’on s’intéresse à la vie ca­\nchée des êtres qui se meuvent en ce vieux grenier wallon où\nM. Stiernet a placé ses Histoires.\n\n  C’est un noble effort vers l’art que La joie de Maguelonne,\nle poème dramatique publié cet été par M. Ferdinand\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "G8                                                 la Wallonie.\n\n\n\nHérold. J ’y voudrais sans doute, avec un sujet plus large et\ndes images moins strictement traditionnelles, des preuves\nplus nettes de la personnalité que M. Hérold développe si\nheureusement dans les vers mystiques du Vitrail des Saintes.\nMais il y a là assez de bons vers et assez de probité d’écri­\nture pour faire pardonner tout cela. Je crois savoir que le\nsujet de ce drame hanta l’esprit de M. Ferdinand Hérold\nlongtemps avant qu’il voulût en déduire la forme, et peut-\nêtre est-il dommage que ce poète n’ait pas écrit plus tôt ce\nlivre, car il a dépensé souvent beaucoup de talent sans être\nassez soutenu par le fond même de l’œuvre et n’est-il pas\nd’ailleurs toujours quelque difficulté à reprendre au bout\nd’un long temps une idée qui nous séduisit d’abord ? On dirait\nque M. Hérold l’a deviné pour lui-même car maintes pages\nprésentent dans le dialogue des poèmes à forme fixe (des\nsonnets surtout), comme si l’auteur avait voulu indiquer que\nla raison d’être de ce livre fut surtout la joie de composer\ndes vers. Aussi, pour juger des qualités de M. Hérold à\nmouvoir des plastiques sur la scène, préférai-je relire l'E xil\nde Harini, drame en prose et en vers évidemment beaucoup\nplus inégal que La joie de Maguelonne, mais où se trouvent\nde bonnes scènes et parfois des vers comme ceux-ci :\n            O bien aimée, ô fleur suave entre les fleurs,\n            Tu péris par les douces sœurs, les parfumées..\n\n   Dans La joie de Maguelonne, pièce évidemment bien supé­\nrieure au drame qui la précéda, on voudrait des gestes plus\ndécisifs, quelques grandes lignes qui s’arrêtent dans la mé­\nmoire et d’amples et nobles poses immobilisées sur un décor.\nMais si l’on ne considère point ce livre selon l’optique de la\nscène, on peut y applaudir avec certitude les belles strophes\nqu’il contient.\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "   les Livres.                                                  69\n\n\n\n  M. Stephan George, déjà connu par un livre de vers (Hym­\nnen) et dont nous analyserons bientôt l’œuvre nouvelle.\nPilgerfahrten, a eu la patience de traduire en rythmes alle­\nmands les principaux poèmes des Fleurs du Mal, etle mérite\nde le faire avec assez de précision et un goût très sûr. Il est\nmême surprenant de voir combien fidèlement le vers allemand\npeut rendre parfois l’original français ; mais il paraît cepen­\ndant illogique de ne point transposer des vers en une prose\nsoigneusement nombrée plutôt qu’en des mesures fixes ornées\nde rimes, celles-ci et celles-là devant toujours nuire à la cer­\ntitude de la traduction. Quelques pages me paraissent de\nvéritables tours de force d’adaptation, comme ces premières\nstrophes de la Bénédiction :\n        Wenn nach den allerhöchsten Urteilsprüchen\n         Der Dichter aùf die trübe Erde steigt,\n         So schaudert seine Mùtler und mit Flüchen\n         Bedroht sie Gott der selber Mitleid zeigt :\n\n        — Ha was gebar ich nicht ein Nest von Schlangen\n        Eh ich ernährte solch ein Zw itterding;\n        Verwünscht die Nacht mit flüchtigem Verlangen\n         ln der mein Leib die Sühne mit empfing !\n\n\n  Les Charneux, par Georges Garnir (Lacomblez, Bruxelles),\nsont une étude consciencieuse et vivante d’un assez curieux\nmonde, gens de ferme à demi gentilshommes et bonne bour­\ngeoisie de la campagne. Je tiens Georges Garnir pour un\nécrivain sincère assurément, et aussi pour un observateur très\nscrupuleux; aussi pensai-je qu’il a étudié son livre sur de\nvrais modèles et ne songerai-je pas à contester la réalité\nextérieure de ses personnages — chose d’importance secon­\ndaire, d’ailleurs. Ce que je sais, dans tous les cas, c’est qu’ils\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "70                                              la Wallonie.\n\n\n\nont une réalité certaine par la logique de leurs pensées et de\nleurs actions, c'est que les deux hommes et les trois femmes\nmis en scène dans ce livre sont humains et peuvent émouvoir.\nSi je tenais Georges Garnir bien acculé dans un coin, je lui\ndirais sans doute des choses désagréables et ne le lâcherais\npoint avant qu’il m’eût avoué que sa forme n’a pas les lignes\nsolides désirables et qu’il se trouve quelque monotonie dans\nle vocabulaire, les images et l ’agencement des phrases! Mais\nil pourrait m’objecter avec raison que son livre doit plaire par\nla saveur toute particulière qu’il récèle, par la clarté de son\natmosphère et son franc parfum de fleur des champs. Et\nen effet, Les Charneux valent par tout cela, et aussi par de\ncourtes mais charmantes et simples descriptions de villages\ncondruziens, et, pour nous, par tout ce qu’ils contiennent de\nl ’âme natale, par toute l’âme wallonne qui chante entre les\npages. Mais pourquoi changer les vers de L'avê-v’ vèïou\npassé ? Si jamais Demblon s’en apercevait !\n  Non, non, je ne lui en dirai rien.\n\n                                                       A. M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-029", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 75, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTES.   Prévenons nos excellents confrères et prions l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1551, "texte": "NOTES.\n\n\n\n\n   Prévenons nos excellents confrères et prions les de se hâter\ns’ils désirent nous démolir un peu. La Wallonie cessera de\nparaître à la fin de 1892, ayant achevé son cycle de 7\nannées *.\n\n\n   (*) Comme le faisait pressentir Platon avec une sagacité digne d’ éloges\nen cette éloquente période : o ύ μ ό ν ο ν φ υ τ ο ί ς έ γ γ ε ί ο ι ς , ά λ λ α κ α ί έν\nτω ν   Γ α λ λ ό ν ω ν έ φ η μ ε ρ ίσ ι    φορά    κ αι α φ ο ρ ία    ψ υχής     τε καί\nσωμάτω ν        γ ίγ ν ο ν τ α ι,   δταν    π ερ ιτ ρ ο π α ί   έ κ α σ το ις   κύκλων\nπ ε ρ ι φ ο ρ ά ς ξ υ ν ά π τ ω σ ι , etc., etc ; et, plus loin : έσ τ ι δ έ θ ε ίψ μ ε ν\nγ ε ν ν η τώ π ερ ίο δ ο ς,   ήν    ά ρ ιθ μ ό ς   π ερ ιλ α μ β ά ν ει τέλ ειο ς,   etc.\nNous ne ferons à nos lecteurs ni l’ injure de traduire, ni celle de continuer.\nQu’ il suffise de faire observer ceci : le nombre désigné ici par Platon\nest, d'après les savantés recherches de Schleiermacher, 133056 : lequel\ndivisé par sept donne 1908 lequel divisé par 12 (nombre de mois) donne\n159, lequel divisé par le nombre des directeurs donne 33 dont les chiffres\nadditionnés expriment précisément le nombre d’années que vécut la\nWallonie en y ajoutant l’année de l'Elan littéraire qui précéda cette\nrevue. Cette démonstration nous paraissant convaincante, nous ne per­\nmettrons plus à personne de nous demander pourquoi la Wallonie ne doit\npas durer plus de 7 ans, et nous dédaignerons l’ argument de la Pléiade, des\n7 sages, des 7 péchés capitaux et autres pauvretés indignes de nous.\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1643, "texte": "72                                               la Wallonie.\n\n\n\n  Il importe de compléter la note précédente par quelques\nexplications. Étant donné le caractère absolu et de rythme\néternel exprimé par la phrase de Platon, nous ne pouvions\nadmettre que cette graphie Ραλλόνων dont l’archaïsme nie\nà ravir toute chose contemporaine et transitoire. Stallbaum,\nnon sans une apparente logique, transcrit 'Αλλόνων, rem­\nplaçant le F par l’esprit rude. Hermann et Cousin hésitent\nentre ουαλλονείδων et, par une métathèse hardie, Άυλόνων;\nmais nous ne pourrions admettre un instant l’une de ces\ndiverses leçons, pas plus que le texte ridicule du Parisimis A.\nCe ms. porte en effet έν έπιγείοις ζώοις ce qui ne se com­\nprend plus du tout.\n\n\n  Le dessin d’ AUGUSTE DONNAY que nous publions aujour­\nd’hui est destiné à illustrer une Enfant des Eaux qui passent,\n(Wallonie, janvier 1891); cette phototypie est due aux soins\nde la Maison Otto de Dusseldorf et de M. Charles Piron, son\nreprésentant à L iége.\n\n\n     M1le Marguerite Rolland, du Théâtre du Parc, à lu hier au\nsalon des X X , devant un auditoire très attentif d’artistes et\nde jolies femmes, quatre pièces de Camille Lemonnier : l ’Ins­\ntitutrice, à la Pension, la Jeune Fille à la Fenêtre et le Corps\ndu Christ. Ces quatre proses judicieusement choisies et\nvariées de sentiment, l’artiste les a dites avec une grande\nfinesse et avec une parfaite justesse d’expression.\n  Elle a donné à chacune d’elles la vie de l’action. Aussi son\nsuccès a-t-il été très vif.\n   L ’intérêt de cette matinée consistait aussi dans cette tenta­\ntive nouvelle : maintenir l’attention et l’impression artistique\n"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "  Notes.                                                            73\n\n\n\nd’une assemblée par le seul prestige de pièces d’un même\nauteur, de morceaux littéraires au sens absolu du mot,\ndégagées de toute concession faite pour amuser l’auditeur.\nA cet égard l’expérience a été concluante. L a sincérité\nd’accent des nouvelles de Camille Lemonnier. la grandeur\nlyrique qui marque spécialement la Mort du Christ et cette\npièce charmante, de demi-caractère, la Jeune Fille à la\nFenêtre, ont fait sur le public une profonde impression.\n                                                  (A rt Moderne.)\n\n\n  L ’Echo de Paris publie des interviews de jeunes peintres.\nVoici celles de MM. Emile Bernard et Maurice Denis :\n                   M . E m il e B e r n a r d .\n\n  M. Emile Bernard offre une physionomie fort intéressante.\nA seize ans, expulsé de l ’atelier Cormon pour cause d’im­\npressionnisme, il s’en alla en Bretagne, à pied, sans le sou\ndans sa poche, couchant dans les granges avec les vagabonds,\nmangeant quand des gens humains voulaient bien lui donner\nune tranche de pain.\n  C’est un chercheur, un passionné, un gaillard capable de\npérir d’inanition plutôt que de faire la moindre concession\npour tout ce qui touche à son art.\n  C’est aussi un catholique ardent et pratiquant, ce qui\nexplique le mysticisme de ses peintures.\n  A Asnières, dans un petit atelier en planches et dans la\nmaison où M. Emile Bernard demeure avec ses parents, nous\navons pu voir quantité de croquis curieux, des toiles tout à\nfait originales, des vitraux d’une beauté artistique surpre­\nnante, des panneaux sculptés avec un soin infini, des tapis­\nseries d’une extrême originalité.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "74                                              la Wallonie.\n\n\n\n  Dans la chambrette de ce jeune peintre, nous remarquons\nun Christ décloué dont la vue donne une très vive émotion.\n  L ’impresion que nous avons rapportée de cette visite à\nson atelier, c’est que M. Emile Bernard, — que l’on a accusé\nde plagier Paul Gauguin, ne lui ressemble pas du tout, oh !\npas du tout.\n  M. Emile Bernard n’est qu’un hiératique, et pas autre\nchose. Sa peinture ne traduit que des sentiments religieux.\nQuant à ses procédés, ils sont très simples : peu de couleurs,\net emploi des seules couleurs ternes, éteintes.\n  M. Emile Bernard a vingt-quatre ans. Grand (*), fluet, les\ncheveux longs, la barbe blonde en pointe, l’œil bleu et le\nregard très doux, il rappelle un personnage de Velasquez.\n     C’est un causeur intéressant, très érudit et très clair:\n     — Je suis très chrétien, nous dit-il, et j ’essaie de rendre\nles sentiments qui sont en moi. Je rêverais de créer un style\nhiératique qui s'élèverait au-dessus de la modernité, au-\ndessus de l’actualité. Comme procédés et comme inspiration,\nil faut revenir aux Primitifs : être très bref au point de vue\ntechnique, ne se servir de la ligne que pour déterminer la\nforme et de la couleur que pour déterminer les états. Il\nfaudrait, en un mot, créer un style qui serait celui de notre\népoque.\n  — Comment jugez-vous nos maîtres contemporains ?\n  M. Emile Bernard répond, sans la moindre expression ni\nle moindre geste de méchanceté :\n  — “ Je pense que Cabanel, Carolus-Duran, Cormon, etc...\nsont tous des crétins qui n’ont jamais rien compris aux\nmaîtres qu’ils ont voulu perpétuer : Raphaël, Vinci, etc....\n\n  (*) Erreur ! Petit. (Note de la Rédaction.)\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "  Notes.                                                    75\n\n\n\n  “ Quant à Meissonier, ses premiers tableaux sont des\ngâteaux bien faits et ses derniers du jus de rôtissoire. Je\nn’admire, parmi les contemporains, que Cézanne et Odilon\nRedon. „\n\n                    M . M a u r ic e D e n i s .\n\n   M. Maurice Denis vit dans sa famille, à Saint-Germain. Il\nfréquenta pendant quatre ans l ’école des Beaux-Arts et\nl’atelier Jullian. Lui aussi est un catholique pratiquant, et\nfait de la peinture religieuse. Son Mystère catholique, exposé\nrue L e Peletier, est très remarqué.\n  En ce moment, M. Maurice Denis se livre, paraît-il, à des\nrecherches dont il espère obtenir un résultat satisfaisant.\n  Bien qu’âgé seulement de vingt et un ans, il nous a parlé\navec la modération d’un vieillard :\n  — “ Nous ne sommes pas des gens prétentieux vivant\navec la conviction que nous avons découvert l’A rt im­\nmuable. Nous sommes des chercheurs aussi humbles que\npossible.\n  “ Pour moi, personnellement, j ’ai la faculté d’admirer des\ngens très différents de moi. Les maîtres contemporains\nm’offrent quelque intérêt.\n  “ Meissonier est, en somme, un homme respectable, qui a\nsu son métier de peintre, grâce à son imitation des petits\nHollandais.\n  “ Je pense qu’avant tout une peinture doit orner. Le chois\ndes sujets et des scènes n’est rien. C’est par la surface colo­\nrée, par la valeur des tons, par l ’harmonie des lignes que je\nprétends atteindre l’esprit, éveiller l’émotion. „\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-030", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 80, "titre_corps": "Le Volt", "titre_sommaire": "le Volt", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Nous recevons l'extraordinaire lettre suivante dont nous ne garantissons pas l'authenticité", "ancre_fin": "il aurait aujourd’hui 137 ans", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Welcome ! Welcome ! Dirigée par Paul Gérardy", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "Nous recevons l’extraordinaire lettre suivante dont nous\nne garantissons pas l’authenticité :\n                                        Paris, février 1892.\n         Monsieur le Directeur,\n   Depuis quelque temps, — c’est-à-dire depuis que j ’ai eu\nla malencontreuse idée de me faire annoncer dans les Entre­\ntiens — il ne se passe guère de jour sans qu’on me parle de\nlittérature. C’est intolérable. Edmond Bailly veut mettre en\nvente un gros livre qu’il m’attribue, on me demande ce que\nje pense des vers de tel ou tel, à moi qui n’en pense rien du\ntout; on veut me faire discuter à propos de l’allitération, de\nla consonne d’appui, du rythme interne et du symbole, enfin,\nMonsieur, on ne me laisse pas tranquille.\n   Je ne savais à quoi attribuer cette série de vexations,\nlorsque j ’appris qu’un certain Albert Mockel, ou se disant\ntel, écrit chez vous en prose et même en vers. Or, Monsieur,\nje suis photographe et point poète ; je lis, à mes heures, les\nlivres qui paraissent, mais n’aime pas qu’on puisse m’attri­\nbuer toutes les calembredaines qui viendraient à éclore sous\nla plume de votre collaborateur. Veuillez donc le prier de\nprendre un autre pseudonyme. Je puis remonter jusqu’à\nla 7e génération sans trouver dans mes ascendants un seul\nouvrier de lettres et suis déterminé à prouver énergiquement\nmon dire.]\n  Agréez, Monsieur le Directeur, l’ assurance de ma parfaite\nconsidération.                    MOCKEL (photographe).\n\n  Dès que nous fûmes revenus de la stupéfaction bien légi­\ntime causée par ces pages (elles aussi justement indignées,\nd’ailleurs), nous allâmes interviewer M. Albert Mockel.\n  Rue Mandeville, 106, à L iége. Derrière la gare des Guille-\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "  Notes.                                                    77\n\n\n\nmins, c’est line chaîne de verdoyantes collines aux tons pâles\npiqués de ci de là par la tache solide d’une villa. Le chemin\nde fer roule au pied de cette verdure et la ronge. L a maison\nde M. Mockel est une vieille bâtisse blanche, de style vague­\nment oriental ; deux tourelles, terrasse, colonnade, arbres et\nfleurs. Un grand jardin s’étend devant et derrière la maison,\net notre œil de reporter y découvre aussitôt de grands poi­\nriers, des pruniers, des pêchers, des pommiers, du gazon et\nune infinité de parterres de roses que la rigueur du temps ne\nlaisse pas fleurir. L e jardin est vieux comme est vieille la\nmaison. Nous voulons ouvrir la vieille grille ; un vieux jardi­\nnier hirsute nous indique une venelle où nous nous engageons.\nNous sonnons. Une servante à l’œil germanique vient nous\nouvrir.\n  — M. Albert Mockel, demandons-nous ?\n  — Veuillez entrer, nous dit-elle.\n  Nous entrons et elle nous introduit dans le cabinet de\ntravail, au premier étage. En attendant le Maître (c’est de\nM. Albert Mockel qu’il s’agit), nous examinons la pièce. Très\nclaire; tapisserie et meubles blanc et bleu, le tout un peu nu.\nPiano. Portraits de famille, rayons avec livres; un bas-relief\nsigné J. R ulot; dessins et petits panneaux de Donnay, de\nGroux, R edon ; photographies de primitifs, reproduction\nd’incunables auxquels nous ne comprenons rien ; par une\nporte entrouverte nous apercevons encore des PH O TO G R A ­\nPH IES de primitifs.\n  Nous concluons aussitôt que M. A lbert Mockel est bien le\nphotographe. Mais comme nous notons cela sur notre carnet,\nsoudain la porte s’ouvre et le Maître paraît. Dès que nous\nlui avons donné connaissance de l’épître ci-dessus :\n   — Mais je connais très bien M. Mockel, nous dit le jeune\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "78                                                la Wallonie.\n\n\n\nMaître. Au moins l’ai-je aperçu une fois et cela suffit, n’est-ce\npas, en ces temps où la poignée de main commence tout ?\nOui, je l’ai vu chez M. Edmond Bailly, l’éditeur, et je me\nrappelle que ce libraire occulte riait sardoniquement dans\nsa barbe de faune, lorsqu’il nous présenta. M. Mockel me\nproposa même de me photographier, ce que je refusai avec\nterreur, car voyez quel trouble si des mains de Mockel était\nnée soudain l ’Image de Mockel ! Non il n’est pas littérateur,\nil est photographe et même excellent photographe, je puis\nl’affirmer, car j ’ai vu sa vitrine, 10. boulevard Montmartre,\nmaison du musée Grévin *.\n  — Mais voyez, insistâmes-nous respectueusement, on le\nconfond avec vous.\n  — A vec moi, dit le Maître en riant, avec moi ? ! Oh la\nbonne histoire ! Mais c ’est impossible, dit le Maître en\nreprenant son sérieux et, avec une nuance de dédain, il\najouta : ce photographe est de taille moyenne, et je suis\nlong, long, long (confer. d’ailleurs article de Jules Bois,\ndans l'Etoile) ; il est carré et d’une corpulence plutôt avanta­\ngeuse, tandis que moi ! Ici le Maître nous découvrit son\npoignet et la naissance du bras; nous devons le confesser,\nrarement il nous fut donné de voir maigreur plus farouche.\n   — Ainsi donc, poursuivîmes-nous, il n’y a point de confu­\nsion possible ?\n  — Aucune, Monsieur; et, si tous les détails que vous avez\ndéjà notés dans votre carnet de reporter ne suffisaient pas,\nceci serait décisif; car, „ ajouta M. Albert Mockel en avançant\nla lèvre et en haussant les épaules pour témoigner do son\nirrésistible mépris, “ car ce Monsieur N ’EST P A S W A L L O N ! ! „\n\n  (*) Réclame payée.\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1702, "texte": "  Notes.                                                   79\n\n\n\n  Abasourdi par cette déclaration que nous devinions insul­\ntante, nous nous tûmes d’abord. Lorsque nous jugeâmes\npouvoir reprendre la conversation sans trop d’irrévérence,\nnous articulâmes timidement :\n  — Cependant, cher Maître, on dit que ce photographe peut\nprouver une origine luxembourgeoise....\n  M. Mockel eut ici un geste d’impatience.\n  — Et quand cela serait ? „ dit-il. M. Mockel, le photo­\ngraphe, vous a parlé de 7 générations ; — je puis, moi, vous\naffirmer que jusqu’au 933 quartier on ne rencontre pas un\nphotographe parmi ceux de mes ascendants qui s’appelèrent\nMockel. Quatre-vingt-treize, entendez-vous? Au delà, je\nn’oserais affirmer, car on ne sait jamais à quoi s’en tenir\ndès qu’on remonte à quelques siècles avant le Christ; et puis\nles Egygtiens et les Phéniciens ont connu tant de choses\nque, peut-être, la photographie....\n  — Nous nous contenterons de ces renseignements, cher\nMaître, nous empressâmes-nous d’interrompre (car M. Mockel\nparaissait avoir une dissertation toute prête sur les premiers\nPharaons). Un mot encore, pourtant. Que pensez-vous du\nsymbole, du théâtre moderne, des vers libres, des romanciers\npsychologues, des naturalistes et de l ’avenir de la littéra­\nture française ? „\n  L e Maître, sans répondre, roula des yeux désespérés.\n  — Au moins, insistai-je, me donnerez-vous quelque note\ninédite.... Voyons, les Flamands, par exemple ?\n  L e Maître hésita longtemps.\n  — La province de Molder nous paraît bien sensuelle, dit-il\nenfin ; mais il y a là de hauts et puis talents et nous les\nadmirons beaucoup, je vous assure. „\n  Nous remerciâmes le Maître et prîmes congé de lui aussitôt.\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 721, "texte": "80                                                    la Wallonie.\n\n\n   Et, comme il nous reconduisait, soudain nous tapant sur\nl’épaule avec une familiarité charmante, bien que déplacée :\n   — Pourtant il me reste un doute, dit-il avec un soupir. Un\nde mes arrière-grands oncles partit pour l ’Amérique avec\nl’expédition de Lafayette — car j ’ai moi aussi, un oncle\nd’Amérique ! — il prit part à la guerre de l’indépendance,\nlà-bas, mais, bien qu’il ne figure pas sur la liste des tués ou\nmême des prisonniers, depuis ce moment on n’a plus reçu\nde ses nouvelles. Peut-être est-ce lui, en somme, qui s’est\nfait photographe ?.... Mais non, ajouta le Maître avec un\nindulgent sourire, il aurait aujourd’hui 137 ans.\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-031", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 88, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Welcome ! Welcome ! Dirigée par Paul Gérardy", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 721, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "Welcome ! Welcome ! Dirigée par Paul Gérardy, ayant\ncomme rédacteur en chef Charles Delchevalerie, et coquette­\nment éditée par H. Vaillant-Carmanne, voici une nouvelle\nrevue de littérature et d’art publiée à Liège *. Floréal\naligne au sommaire de son premier n° les noms de Camille\nLemonnier, Emile Verhaeren, Pierre Quillard, Gaston V yt­\ntall, etc. Fernand Severin, Albert Giraud, Grégoire Le Roy,\nHenri de Régnier, Aug. V ierset et d’autres sont encore\nannoncés. Mais ce qu’il faut voir en la revue nouvelle c’est\nun groupe très vivant de jeunes littérateurs — oui, jeunes,\net beaucoup sont très jeunes, — décidés à travailler de toutes\nleurs forces pour faire œuvre d’art.\n  Paul Gérardy, Charles Delchevalerie, Germaine Franck,\nAlbert Thonnar, Léon Paschal, Charles Bronne, Edmond\nRassenfosse, tous ces jeunes gens vont tâcher d’être vrai­\nment juvéniles, ce qui n’est assurément point banal. Par un\nétonnant miracle, ils ne songent pas à se plaindre de leur âme\n\n\n  ' Floréal, bureaux 22, rue St-Remy, Liége, 5 fr. l’an.\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "   Notes.                                                          81\n\n\net, par un miracle plus étonnant encore, s’il faut en croire\nles on-dit, ils ne déployeront pas à tout propos la grande\nbannière et ne seront pas toujours sur la brêche, mais cher­\ncheront tout simplement à écrire de belles pages sans se\npréoccuper du reste. Cela confond l’imagination; mais ne\nfaut-il pas applaudir ?\n\n\n  La Croisade (16, rue de Mexico, au Havre; abonnement,\n6 fr. l’an) a commis M. Charles L e Goffic au soin de réagir\ncontre les tendances modermes. Il est amusant de voir\npréférer aux œuvres de Stuart Merrill et F. Vielé-Griffin\ncelles de M. Vicaire, mais il n’y a. pas de mal à cela et ce\ngenre de sport est même très confortable. Cela n’empêche\npas aussi M. L e Goffic d’écrire de bons vers et la Croisade de\nse présenter fort bien; remarqué au sommaire une prose\ncolorée de M. H. Mazel et une intéressante transposition en\nprose de l’œuvre de Monticelli, par P. Guiguou. Mais prenez\ngarde, la Croisade, ce n’est déjà plus du Parnasse !\n\n\n  L a bienvenue à une nouvelle revue bruxelloise *. Le\nMouvement littéraire publiera deux fois par mois des chro­\nniques, des vers, des critiques; il y aura même en chaque no,\nun article où seront réunis des documents de toute nature\npouvant servir à l’art. Le premier n°, qui vient de paraître,\nrehaussé d’une page chaleureuse d’Edmond Picard et d’une\ntrès curieuse lettre de Maurice Barrés, a fort bon air. Mais\nqu’est-ce qu’Edouard Drumond vient faire, bon Dieu, à côté\ndes vers de Griffin ?\n\n   Bi-mensuel de huit pages, in-4° ; 6 fr. l’an ; 13, rue des Minimes,\nBruxelles.\n                                                           6\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "82                                               la Wallonie.\n\n\n\n  La Jeune Belgique publie un superbe n° de janvier où des\nvers de Albert Giraud, F ernand Séverin Iwan Gilkin, et un\nmystère en prose de Demolder brillent surtout d’une magni­\nfique aurore.\n\n  A rt et Critique renaît de ses cendres, à Paris; on apprendra\navec plaisir que presque toute l’ancienne rédaction s’y trouve\nà nouveau réunie.\n     A Gand, le Réveil littéraire succède aux Essais publiés par\nle Cercle littéraire français. Il s’y rencontre de jeunes écri­\nvains gantois, les anciens jeunes de Namur et quelques autres\nauxquels nous souhaitons la bienvenue.\n  L a bienvenue aussi au Saint G-raal, revue publiée à Paris\npar un groupe de jeunes catholiques artistes, d’allure très\nnette, et à la Revue méridionale qui paraît aimer à l’excès\nJean Rameau et les poètes de l’ail, mais montre un beau\ncourage en tâchant de vivre à Carcassonne.\n\n\n  Nous extrayons de la Revue Méridionale la page suivante\nqui dit fort bien ce que nous allions essayer de dire nous-\nmêmes.\n                    ÉPH RAIM M IK H AEL.\n\n  Il s’est constitué à Paris un Comité de dix-huit jeunes\nlittérateurs afin d’ouvrir une souscription destinée à élever\nun monument à la mémoire du poète Ephraïm Mikhaël. Ce\nComité a résolu de faire exclusivement appel au concours des\namis de la poésie et d’informer du projet les seules revues\nlittéraires, en dehors de la grande presse. L a Revue Méridio­\nnale a bien voulu m’offrir chez elle l’hospitalité pour adresser\nun appel à ses lecteurs : je la remercie de son accueil et de\nson appui.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "   Notes.                                                     83\n\n\n\n  Ephraïm Mikhaël ne peut être un inconnu en ce pays. Il\nn’a pas seulement tenu une place déjà grande dans le mouve­\nment poétique de notre génération, ce qui serait une raison\nsuffisante de notoriété, mais encore il est enfant du Langue­\ndoc, et il a toujours aimé cette Toulouse où il est né au mois\nde juin 1866 et où il a passé ses quinze premières années.\nIl n’y a aucun événement notable dans la vie de Mikhaël :\nç’a été une jeunesse tranquille d’étude, de méditation et de\ntravail. Au sortir du Lycée, il prit sa licence ès lettres en\nSorbonne, suivit les cours de l ’Ecole des Chartes, obtint son\ndiplôme d’archiviste-paléographe et se fit attacher à la\nBibliothèque Nationale. En même temps il collabora à\ndiverses petites revues, se fit connaître surtout par les\npoèmes parus dans la Pléiade et par la publication de son\npremier livre l'Automne; il donna au Théâtre Libre une\nféerie intitulée le Cor F leu ri; il obtint le prix d’honneur au\nconcours de l’Echo de Paris pour son Florimond. Il ne vécut\nque pour la poésie. Il est mort presque subitement le 5 mai\n1890, à l ’âge de 24 ans.\n  J ’ai trop d’affection personnelle au cher disparu pour\ndonner ici mon unique jugement : qu’on me permette d’en\nciter quelques autres qui auront plus d’autorité. L e soir où\nparut l'Automne, Catulle Mendès nous déclara : “ c’est le\nplus noble début que je connaisse en poésie. „ Quand nous\napportâmes à Théodore de Banville, qui nous avait fait\nla faveur d’une préface, le premier exemplaire sur Hollande\nde la Pléiade : “ vous avez parmi vous, Messieurs, nous dit-il,\nun poète de grand avenir, une belle âme de poète; c’est de\nM. Mikhaël que je veux parler. „ Au concours de l'Echo de\nParis, des juges tels que Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme,\nJosé-Maria de Hérédia, Stéphane Mallarmé, Catulle Mendès,\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "84                                                  la Wallonie.\n\n\n\nPaul Bourget, etc., furent littéralement saisis d’enthousiasme\nlorsqu’au milieu de tant de productions, généralement médio­\ncres ou banales, ils tombèrent sur ce poème glorieux, Flori­\nmond, d’un souffle puissant, d’ une langue riche et profonde,\nsi plein de la tristesse des joies humaines inégales à tous les\nrêves. E t apr ès qu’Ephraïm Mikhaël fut mort, un soir calme\ndu mois de mai, avec la sérénité de la délivrance et un\nsourire indulgent pour la vie acceptée qui fuyait, Sully-\nPrudhomme prit la parole sur sa tombe prématurée, et tout\nnaturellement parla de la gloire du jeune poète : — “ Déjà\nla gloire ! „ ajouta-t-il.\n    En effet, les artistes avaient pour l’œuvre de Mikhaël de\nl ’admiration et ses amis ont voué à sa mémoire, comme ils\nl’avaient fait à sa personne si intimement liée à son œuvre,\nun véritable culte. L ’espace me manque pour dire aujour­\nd ’hui aux lecteurs de la Revue ce que fut ce délicat et rare\npoète; je le ferai dans un prochain numéro. Mais je suis déjà\nsûr que tous les amants de l’art voudront honorer avec nous\nle souvenir d’Ephraïm Mikhaël.\n                                           Ca m il l e B L O C H .\n  Nous recevons d’ailleurs, avec prière d insérer, la note\nsuivante :\n  Un Comité composé d’amis d ’EPH RAÏM M IK H AËL. mort\nle 5 mai 1890, se propose d’élever à sa mémoire un monu­\nment de pieuse admiration. Il fait appel à tous ceux qui\naimèrent l’homme et le poète, à ceux qui estiment qu’il\na réuni en lui plusieurs des plus nobles dons particuliers à\nla jeune génération. Il sied qu’une image de marbre, sur sa\ntombe, rappelle ce que fut le pur poète qui repose là. L ’exé­\ncution du monument a été confiée à M . M i c h e l M a l h e r b e .\nLes souscriptions sont recueillies par M . GASTON DANVILLE\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1265, "texte": "  Notes.                                                    85\n\n\n\ntrésorier, 191, Faubourg St-Honoré, et par chacun des\nmembres du Comité :\nJean Ajalbert, Camille Bloch,       Marcel Collière,   Gaston\nDanville, Rodolphe Darzens, Ferdinand Hérold, Henry La-­\npauze, Bernard Lazare, Grégoire L e R oy, Charles Van\nLerberghe, Mooris Maeterlinck, Stuart Merrill, Emile Miche-\nlet, Albert Mockel, Pierre Quillard, Henri de Régnier,\nSaint-Pol Roux, Alexandre Tausserat.\n\n\n\n  Les Entretiens politiques et littéraires de Griffin restent\ntoujours le plus intéressant des périodiques parisiens.\n\n\n\n  L ’Ermitage, qui a publié souvent de très bonnes choses,\nvient de s’adjoindre l ’ami Retté comme secrétaire de rédac­\ntion et la Plume accapare tout ce qui en restera.\n\n\n\n  Bravo pour le Chasseur de chevelures, moniteur du Possible.\nCe très curieux et parfois spirituel journal paraît avoir heu­\nreusement réalisé ce souhait de Stéphane Mallarmé : qu’il y\neût dans chaque ville une gazette relatant les faits quoti­\ndiens sous le jour propre au Rêve. Mais c’est qu’on s’amuse\nau Quartier ! — E t dire que Merrill n’y est plus !\n\n\n\n  Tous les liseurs n’ont pu que s’indigner d’apprendre la\ncondamnation de l'En dehors, un probe et vaillant petit\njournal d’artistes révoltés.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "86                                                        la Wallonie.\n\n\n\n Dans la Conque, la délicieuse page que voici :\n\n                           L A FILEUSE.\n                                                       Lilia... nequehent.\n     Assise la fileuse au bleu de la croisée\n           Oit le Jardin mélodieux se dodeline ;\n          Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.\n\n     Lasse, ayant bu l’azur, de filer l'agneljne\n          Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,\n          Elle songe, et sa tête petite s’incline...\n\n     L’ âme des fleurs paraît plus vaste et primitive,\n          De plus jeunes parfums le val chaste s’arrose,\n          Et des lys ont pâli le Jardin de l’oisive.\n\n     Une tige, où le vent vagabond se repose\n          Courbe le salut vain de sa grâce étoilée\n          Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.\n\n     Car la dormeuse file une laine isolée\n          mystérieusement l’ ombre frêle se tresse\n          Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.\n\n     Le songe se dévide avec une paresse\n          Angélique, et sans cesse au fuseau doux, crédule\n          La chevelure ondule au gré de la caresse...\n\n     N’es-tu morte naïve au bord du crépuscule ?\n          Naïve de jadis, et de lumière ceinte ;\n          Derrière tant de fleurs l’azur se dissimule !...\n\n     Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte\n          Parfume ton front vague au vent de son haleine,\n          Innocente qui crois languir dans l’heure éteinte\n\n     Au bleu de la croisée où tu filais la laine !\n\n                                                       P aul VALERY.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1639, "texte": "   Notes.                                                      87\n\n\n\n  Nous insérons avec plaisir le communiqué suivant que\nnous envoient de vrais artistes :\n   Autorisé par un respect des Choses de l’Art, qu’il veut\nau delà de l ’Intérêt, des Coteries et de l ’Ecole, un Comité\ns’ est fondé.\n    Il se vouera, argumentant d’expositions d’art, de confé­\nrences et d’auditions musicales, à la défense des Idées et\ndes Vouloirs des Plus Récents Artistes.\n  Désireux de réaliser, à Anvers, une Association où toutes\nles manifestations de l’Art se puissent produire librement,\nnous attendons de votre patronat, M      , l’accomplissement\nde l’œuvre projetée.\n                         Le Comité :\n\nCharles Dumercy, Max Elskamp, George Morren, Georges\n            Sérigiers, Henry Van de Velde.\n\n\n\n  M u s i q u e . -— Nous n’avons pas jusqu’ici épuisé le vocabu­\nlaire des éloges en faveur de M. Radoux. Mais il est juste\nde signaler les soins de plus en plus sensibles qu’il met à\ncomposer et à exécuter les programmes de ses soirées musi­\ncales. Au dernier grand concert, l’interprétation du prélude\nde Lohengrin fut absolument parfaite et celle du prélude\nde Tristan, très remarquable. Très claire et bien décorative,\ncomme il fallait, l ’exécution de Ste-Cécile de H ändel. Quant\nau fragment de Götterdämmerùng ce fut plus inégal. Disons\naussi à Madame Sücher qu’une artiste de son talent se désho­\nnore lorsqu’elle change, ainsi qu’elle s’est permis de le faire,\ntous les mouvements des œuvres qu’elle interprète. Ainsi\nchanté le finale de Tristan perd toute passion et les Rêves\nsurtout, récités comme une nénie, larghissimo sans rythme,\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1226, "texte": "88                                           la Wallonie.\n\n\n\ndevenaient la parodie de ce que W agner a écrit. L ’orchestre,\nqui pourtant no déteste pas de s’endormir, voyait avec stu­\npéfaction qu’on dort encore plus à Berlin. Heureusement la\ncantatrice allemande a tout sauvé en déclamant avec force\net maîtrise la salutation vibrante d’Elisabeth à Tannhaüser.\n  Au programme de la 4e “ audition„ du Conservatoire, les\nnoms de Ch. Ph. Emmanuel Bach et du grand Jean Sébas­\ntien; Mozart, le père Martini, Grétry et Jihan Noé Hamal.\nOn ne peut que louer. Mais, si l ’on joue l’ancienne musique\nliégeoise, n’y aurait-il pas moyen de faire la place plus large\nà Dumont et à Hamal en éliminant un peu Grétry qui ne\nleur vient pas au talon ?\n  Aux concerts Dupuis on a entendu avec joie des fragments\nde Wagner, la symphonie sur un thème montagnard de\nd’Indy, si pure de lignes et si bien baignée de plein air;\ndeux poèmes symphoniques de Richard Strauss hauts en\ncouleur, étonnamment orchestrés et très vigoureux mais\naussi bien peu distingués et faibles de ligne; une ferme\nsymphonie de Brahms, la noble symphonie de César\nFranck, etc., etc. Mais par exemple, l’orchestre se relâche:\nce n’ est plus la belle vigueur d’autrefois.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-207", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "De nos collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "de nos Collaborateurs : A * ...", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "de nos Collaborateurs :\n\nA * ...............................................Chantefable un peu naïve.\nH ector Ch a in a y e . . . .                        l’Ame des choses.\nA chille D elaroche . . . Aénor (à paraître prochainement).\nCÉLESTIN DEMBLON . . . Contes mélancoliques.\n                                                     le Roitelet.\nA ndré Gi d e .......................... Cahiers d'A. W.\nA.-F . HÉROLD..........................l'Exil de Harini.\n                                                     la Joie de Maguelonne.\nGUSTAVE KAHN..................... les Palais nomades.\n                                                     Chansons d'Amant.\nB ernard L a zare . . . .                            le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier . . .                            le Possédé.\nCharles V a n L erberg he . les Flaireurs.\nGrégoire L e R oy . . . . mon Cœur pleure d'autrefois.\nPierre L o u y s .....................Astarté.\nM aurice Maeterlinck . . Serres chaudes.\n                                                     les Aveugles. l'Intruse,\n                                                     les sept Princesses.\nStéphane Mallarm é . . Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                     Pages.\nStuart M errill . . . .                              les Gammes.\n                                                     les Fastes.\nJEAN M oréas .......................... le Pèlerin passionné.\nGa b r ie l M ourey . . . .                          Flammes mortes.\nPIERRE-M. Ol i n .....................mes Mémoires.\n                                                    Légendes puériles.\nPierre Quillard . . . .                             la Fille aux mains coupées.\n                                                     la Gloire du Verbe.\nH e n r i de B égnier . . . Épisodes et Sites.\n                                                    Poèmes anciens et romanesques.\nADOLPHE R e t t É.....................Cloches en la Nuit.\n                                                    Thulé des Brumes.\nA lbert Sa in t -Pau l . . . Scènes de Bal.\n                                                    Pétales de nacre.\nF ernand Severin . . . .                            le Lys.\n                                                    le Don d'Enfance.\nÉMILE V erh aere n . . . .                           les Soirs, les Débâcles.\n                                                    les Flambeaux Noirs,\n                                                    les Apparus dans mes Chemins.\nF rancis V ielé -Gri ffin . . Joies.\n                                                    Diptyque,\n                                                    les Cygnes.\nGASTON V y t t a l l . . . .                        Vers la Mort.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-01-n1-2-208", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, Nos I et II.", "ancre_fin": "et 6, rue Boccador, Paris, Abonnement : 5 fr. par an. 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Astarté.\nÉmile Verhaeren . .                        Chansons des Carrefours.\nHector Chainaye . .                        Vivre.\nAndré Gide..................               Vers.\nPaul Valéry . . . .                        Arion.\nAlbert Thonnar. . .                        Vers.\nPierre-M. Olin . . .                       Une Promenade!\nA.-Ferdinand Hérold                        Noniva.\nGabriel Thrarieux .                        Vers.\nMath. Robert. . . .                        L es Trépassés,\nCharles Sluyts . . .                       de : L a Vie latente.\nA. Remouchamps . .                         Vers.\nEdmond Bailly . . .                        Cendre de L ys.\n                           Chronique musicale.\nMarcel Remy.           .     .    .    .   Scènes Hindoues.\n                                 Les livres.\nAlbert Arnay. — H. de R. — A. M.\n                                      Notes.\n\n                     Ce numéro un franc.\n\n                                 des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liège.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": "                     L     A\n\n\n\n\nW   A   L   L   O         N          I   E\n\n\n\n\n                    Janvier-Février 1892\n                         D E R N IÈ R E AN NÉE.\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "                          AVIS\nLA W ALLONIE d ésire racheter le s nos su ivan ts de sa\n  collection : 1886 juillet — 1887 n ovem bre — 1888\n  d écem bre. P our co n d ition s écrire 307, aven u e L o u ise ,\n  B ru xelles.\n\nla Revue blanche, 60, rue de l’Ouest, Liège.\nl’Art moderne, 34, rue de l ’Industrie, Bruxelles,\nla Jeune Belgique, 64, rue Potagère, Bruxelles,\nla Conque, 49, rue Vineuse, Paris,\nla Plume, 39, boulevard d’Arago, Paris.\nRevue indépendante, 12, rue des Pyramides, id.\nMercure de France, 15, rue de l ’Echaudé St-Germain.\nl’Ermitage, 5, rue Gay Lussac.\nChimère, 52, cours Gambetta, Montpellier.\nEntretiens poitiques si ttéraires, 11, chaussée d’Antin,\n  Paris.\n\n\n                  Ont paru chez Vanier :\n\n    LES CYGN ES\n                    NOU VEAU X POÈMES\n                           PAR\n            Francis V I E L É - G R I F F I N .\n\n               Chez Vaillant-Carmanne :\n  LES CHANSONS N A ÏV E S\n                    Par P a u l G É R A R D Y .\n\n                            A paraître :\nDe Gaston V Y T T A L L : Vers la Mort.\nDe Pierre LOUŸ S :             Astarté.\nDe s t u a r t m e r r i l l : Petits Poèmes d’automne ;\n                               Geneviève; Merveilles.\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": "                          1892\n\n\n\n\n                  LA\n\nWALLONIE\n  7me et dernière année\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": ""}, {"page_pdf": 10, "texte": ""}, {"page_pdf": 11, "texte": ""}, {"page_pdf": 12, "texte": "                LA GARDIENNE.\n\n\n\n\nPersonnes emblématiques :\n\n\n                L A G A R D IE N N E .\n\n                L E M A ÎTR E .\n\n                LES D E U X F R È R E S D ’A R M E S.\n\n\n\n\n  Une antique forêt, sur une colline, environne un vieux\nmanoir en ruines parmi d’incultes jardins.\n   Un seuil de pierre exhausse une lourde porte disjointe et\nclose.\n  Le Maître sort de l’un des sentiers de la forêt, soutenu par\nses Frères d’armes.\n  L e soleil décline derrière les arbres; il effleure de jaunis­\nsantes cimes et les toits du Manoir.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "4                                                 la Wallonie.\n\n\n\n                           L E M AÎTRE\n\n\nO forêts, belles de solitaires automnes!\nMon enfance a tressé vos feuilles en couronnes\nE t vous avez grandi sur l'oubli de mes pas,\nHélas!\nE t vous avez vieilli d'aurores et d'automnes !\n\nO retour, ô tristesse, ô soir !\nComme les sentiers sont noirs\nQui mènent vers le vieux manoir;\nLes herbes et les fleurs sont mortes\nSous le feuillage des branches trop fortes,\nLa mousse ronge les écorces\nComme la rouille les claires lames torses,\nComme le temps les beaux Espoirs.\n\nO tristesse, ô soir !\n\n\n                  L ’UN DES FRÈRES D ’ARM ES\n\n\nSeigneur, voici, parmi les arbres,\nLe vieux château que vous voulûtes\nRevoir, à cette heure de fièvre et de larmes\nOù nos glorieuses blessures saignaient sur vos armes,\nAlors qu'en votre Ame,\nAinsi que des clairons se taisent à la flûte\nD'un pâtre parmi son troupeau, qui broute et bêle,\nDes songes tressaillirent où se renouvelle,\nAvec ses soirs mornes et ses aubes belles,\nTout le passé muet que l'angoisse interpelle.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                  \\\n\n\n  la Gardienne.                                                5\n\n\n\nVoici le vieux château de ciment et de marbre,\nEn sa douceur d'abandonné\nParmi le jardin sans arbres,\nE t ses murs vétustes et frustes\nE t les guirlandes du portail et les volutes !\n\n                           LE M AÎTRE\n\n\nMerci, au nom du seuil où vous m'avez mené,\nLe Passé, c'est le soir derrière la forêt,\nE t la mer par delà les plaines, les landes, les grèves ;\nC’est l'ombre où l’oiseau disparaît\nQui saigna d’une flèche à l'aile,\nPour avoir plané sur les piques, les arcs et les glaives.\n\nMerci, frères, vos pas m'ont rouvert la forêt\nE t mon Ame est rentrée en le lieu de ses rêves.\n\n  Il s’avance de quelques pas. Les Frères             d’Armes le\n       considèrent et alternent à mi-voix.\n\n                               L ’UN\n\n\nL'Epée entre ses mains, hélas, a lui ! La torche\nHautaine n'éclairera plus le vaste porche\nDu Palais que sa gloire à la gloire a construit.\n\n                            l ’a u t r e\n\n\n\nE t les soirs passeront aux faces des Années\nE t les Braves pleureront les aurores nées\nAprès que le Héros a pris fin dans la Nuit.\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "6                                                    la Wallonie.\n                                        __________________\n\n                               L ’ UN\n\n\nO quel renom pourtant se relègue en l'oubli !\n\n                             L ’A U T R E\n\n\nGonfalon dont le Temps roidira l’ample pli !\n\n                               L ’ UN\n\n\nLance haute que rouilleront la pluie et l'ombre !\n\n                             L ’AU TRE\n\n\nGlaive jusqu'à la garde entré dans le sol sombre !\n\n                            ENSEM BLE\n\n\nVoici que le Destin consulte le Destin !\n\n                            LE M AÎTRE\n\n\n                                            qui se retourne vers eux.\n\n\nAmis! mon soir en pleurs retourne à son matin.\n\nMa faiblesse chancelle et s'étonne à survivre\nLa coupe d'or menteur avait le goût du cuivre\nE t si j ’ai bu l'orgueil et son ivresse étrange :\nLa honte! et le breuvage triste de la gloire,\nSon amère fumée est morte en ma mémoire\nE t je me sens un autrei enfin, et l'heure change.\n\n\n                           Il tire l ’épée suspendue à son côté.\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "  la Gardienne.                                        7\n\n\n\nAllez, voici le Glaive illustre, et du pommeau\nOù la gemme oubliera la main qui l'a polie\nMon poing, depris du soin de l'antique folie,\nHeurte, en ce soir de paix, la porte du tombeau.\n\n\nOuvre-toi, dur ventail que le Temps a scellé !\nO murs, ô salles! et toi doux âtre,\nLuis pour le vagabond et pour l'inconsolé\nE t sèche le manteau de l'errant et du p â tre;\nPorte où, le soir, nul n’ôlera la clé !\nE t que les passants pâles et les mendiantes\nAbritent leur misère sous ce toit\nOù vient songer celui dont les mains bataillantes\nRenoncent à l'É p ée et maudissent l'arroi.\n\n\nE t ce glaive, je vous le donne.\n\n\nAdieu, Frères, priez que l'ombre me soit bonne,\nQue mes mains qui, d'un geste, ont rué par les soirs\nLe galop des chevaux aux moissons des terroirs,\nE t qui haussèrent le pennon, et dont l’anneau\nL uit d'un rubis qui semble du sang mort dans l'eau,\nObtiennent le secours d'être à jamais oisives\nPar l’ample ablution à des fontaines vives !\nQue ces coupables mains, ô larmes, soient absoutes\nD u crime de la lutte et de l'orgueil des joutes,\nPar les femmes en deuil qui pleurent sur les routes,\nPar les morts oublieux qui dorment sous les voûtes.\n\nAdieu, je vous salue, au seuil de la paix calme,\nAu nom du vieux laurier amer et de la palme,\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "8                                                la Wallonie.\n\n\n\nVous dont la Vie ardente était selon la loi,\nVous qui fûtes ce que je fus et mieux que moi,\nVous pour qui la forêt est de l'ombre ample et fraîche,\nSans qu'un fantôme pâle à jamais vous y cherche,\nE t qui ne cachiez pas, sous l'étoffe et l’armure,\nLe regret mal fermé de quelque plaie obscure,\nE t qui ne traîniez pas le poids désespéré\nD'un lourd manteau de songe à demi déchiré.\n\nQuand vos pas seront morts, comme mourra ma voix,\nAvec l'adieu suprême enfin qui vous conjure\nD'oublier au départ les chemins de ce bois\nE t le château désert où mon âge se mûre,\nI l ne restera plus, de qui brandit le glaive\nInjurieux, parmi la plaine et sur la grève\nOù ses pas au couchant saignent peut-être encor,\nQu'outre quelque renom qu'amoindrira la Mort\nQuelqu'un qui vient, un soir, vers le château qui tombe\nPierre à pierre ainsi que nos jours vont à la tombe,\nVoir s’ il ne reste rien, dans le Songe et la Nuit,\nDe ce qui fu t un autre et de ce qui fu t lui\nE t confronter, au seuil que la ruine encombre,\nSon Ame, face à face, hélas, avec son ombre.\n\nLes Frères d’Armes disparaissent dans la forêt. Le vent du\n    soir frissonne et, à travers les arbres, au ciel, un peu\n    assombri auparavant, les derniers éclats du couchant\n    rayonnent.\n\nLe Silence a baisé mes lèvres pâles,\nDes souffles passent sur mes mains\nE t le crépuscule se hâte\nD e m'emfermer loin des chemins.\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "   la Gardienne.                                        9\n\n\n\n Voici le terme enfin et la suprême halte.\n\n\nMa blessure se ferme et pleure\nSur ma chair que le sang effleure.\n\n\nLe tragique passé se meurt avec le soir!\n\n\nLui qui marchait à mon côté,\nI l m'a quitté,\nJe ne sens plus sa main dans la mienne,\nJe ne sais plus les routes où il m’a conduit\nParmi l'orgueil, l'alarme et la lutte et le bruit;\nI l m'a laissé là pour que je revienne\nSeul à la demeure ancienne\nOù sa main avait pris la mienne.\n\nUn jou r :\n\n\nN'était-ce pas au printemps d'une année\nQue je ne vis pas fanée,\nLes roses montaient jusqu'à la pointe des tourelles,\nLe jardin était fleuri selon mon Ame,\nLes colombes volaient autour des tourelles,\nE t le retour des tourterelles\nE tait si proche, qu'elles roucoulaient dans mon âme,\nD éjà, et que l'aurore et mon âme pâles\nEtaient pleines de fleurs et d'ailes.\n\n\nLes paons erraient parmi les bleus héliotropes\nE t rouaient leur gloire qui trône\nE t d’elle-même s'enveloppe!\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "10                                              la 'Wallonie.\n\n\n\nE t je tressais des fleurs en couronnes,\nEn couronnes jamais fermées,\nEn guirlandes jamais finies,\nE t mon amour brûlait en les mélancolies,\nComme la jeune flamme à travers les fumées.\n\n\nSes Mains enchantaient l'aurore autour d'Elle,\nE t j'étais auprès d'Elle\nE t j'étais enchanté,\nElle était tellement à moi,\nElle était tellement en moi,\nQue je la cherchais dans le silence,\nQue je la cherchais en fermant les yeux.\n\n\nLe tiède soleil ruisselait sur ses cheveux,\nLe matin rayonnait sur nos adolescences.\n\n\n0 Deuil ! alors un cri, de la plaine éblouie,\nMonta parmi notre candeur évanouie,\nE t sur un tertre en fleurs que foulait leur pied dur,\nA travers le repos de l'heure et de l'azur\nE t le songe sacré de paix et de silence,\nQuatre Hérauts, debout à côté de la lance\nQue chacun d'eux avait plantée auprès de soi,\nVêtus du lourd tabard où luisent dans l’orfoi\nLes écailles de l'hydre et les dents de la guivre,\nSonnaient le buccal cri de leurs buccins de cuivre,\nE t l'Armée autour d'eux couvrait la plaine en fleurs\n\n\nArmures d'argent clair où l'art des émailleurs\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "  la Gardienne.                                          11\n\n\n\nAvait gemmé de claires gouttes de rosée,\nCasques où s'éployait l'aile haute ou brisée\nD e grandes aigles en leurs plumages de fer,\nGlaives éblouissants et tors comme l’éclair,\nTout l'appareil brutal de sang et de victoire\nE t les chevaux et leurs caparaçons de moire,\nLes poings durs qu'emmaillent d’acier les gantelets,\nLes torses amples et bombant les corselets,\nE t des faces d'orgueil qu’enpourprent des colères\nOù la huée éclate au cuir des jugulaires,\nE t le cuivre et la soie et l'airain et les ors,\nE t les pennons oscillant au souffle des cors,\nCavalcade farouche et dont le bruit dur sonne,\nDerrière qui nul blé, hélas, ne se moissonne,\nToute la horde lourde et le pas cuirassé\nAu travers de mon songe en criant ont passé;\n\nE t fol enfant, avec les colombes fleuries\nE t les paons éperdus à travers les prairies,\nLoin de l'Amie en pleurs qui m'avait pris les mains,\nJ ’ai suivi, sur leurs pas qui heurtaient les chemins,\nLe prestige casqué des fausses Destinées\nJusqu'au soir où voici, vers les tours ruinées\nE t vers la maison vide et le jardin désert,\nQue mon Ame revient des hontes de la chair;\nE t sur les jours passés, assis à l'âtre en cendre,\nToute l'ombre, où mon soir s'efface, va descendre.\n\nMourez, ô visions, dont l'erreur se dénude!\n\nDans la plaine, les clairons de l’armés qui se disperse,\n  sonnent.\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": " 12                                                 la Wallonie.\n\n\n\nE t tu hurles encor, jusqu'en ma solitude,\nCri tenace, brutal appel répudié,\nMensonge de toute ma tristesse oublié!\nParmi la ronce ardente et l'ortie et l’épine,\nComme un chien accroupi au bas de la colline\nQui lèche les talons et qui mordrait les mains,\nTu pleures tristement, à l'angle des chemins,\nE t ta plainte où l'orgueil, comme une bave écume,\nNe trouble plus ma vie en proie à l’amertume\nD'avoir où tu voulais suivi la sonnerie;\nE t mon manteau de deuil couvre ma chair meurtrie.\n\n\n                            Les clairons sonnent et diminuent.\n\n\nE t je vous hais, clairons farouches, dont l'accord\nRetentit longuement dans mon songe où la Mort\nS'accoude pour dormir à côté du silence,\nJe vous maudis, éclairs du glaive et de la lance,\nSoirs de gloire arrachés à des vaincus amers,\nE t froides nuits sous les étoiles près des mers,\nE t toi, stupide Orgueil, en qui salue un hôte\nLa Colère debout avec sa torche haute,\nMarches rudes le long des fleuves et des bois,\nMains sanglantes qu'on lave à la source où je bois,\nE t blessure empourprant la fontaine où je pleure\nD'avoir, hélas ! selon la maîtrise de l'heure,\nMêlé ma face pâle à ces faces d'orgueil\nInsultant quelque veuve assise sur le seuil\nQui voue au noir Destin mon nom qu'elle injurie.\n\nE t je vous hais, pennons, pour cette allégorie\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "  la Gardienne.                                               13\n\n\n\nQue secouait le vent du soir, ample en vos pans !\nHampe où s'accroche l'ongle des griffons rampants,        '\nE t votre saut cabré, licornes pommelées\nD ont l'emblème emportait, à travers les mêlées,\nCeux dont l'âme pareille aux bêtes du blason,\nLes regardait surgir au ciel de l'horizon\nOù leurs griffes luisaient dans le vol de leurs ailes !\nArmures que le trou des blessures mortelles\nHérisse d’un faisceau de flèches et de traits,\nTriste apparat et vaine emphase où tu riais,\nSoleil! comme au miroir des cuirasses saillies\nHors du lourd manteau noir de mes mélancolies\nDont le lambeau demeure aux branches du passé\nLe long de la forêt où nous avons passé,\nTaciturne, et songeant qu'à travers le bois sombre\nMon Ame me suivait peut-être comme une ombre,\nFidèle à la douceur reniée et mêlant\nDes larmes au cri dur du combat turbulent,\nAvec ces douces mains pour les chairs entamées\nQu'ont les femmes en pleurs qui suivent les armées.\n\n                         L e couchant s’est éteint. Crépuscule.\n\n\nReçois-moi, ô manoir, pauvre d'abandon,\nOuvre ta porte comme un pardon,\nSois celle qui n'est plus et celui que je suis.\nQue ta ruine croule, pierre à pierre, sur ma détresse,\nO salle vide, sois mon hôtesse,\nO toit, que nulle étoile ne luise sur mes nuits,\nJe suis le désastre et le deuil\nQui s'agenouillent sur le seuil.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "14                                                   la Wallonie.\n\n\n\nO douce oubliée, si dans les soirs\nOù lu pleurais sur la terrasse,\nOù tu pleuras devant ton miroir,\nOù tu pleuras seule et lasse,\n\nEi tes lèvres ne m'ontpas maudi t de tout le reproche de leurpâleur,\nSi tes tristesses m'ont pardonné de toute la bonté de leur douleur,\nSi ta bouche ne fu t pas aride de m'avoir appelé en vain,\nSi tes yeux ne furent point implacables d'avoir pleuré,\nSi mon souvenir te fu t doux\nDe toute la peine endurée,\nSi l'ombre du sépulcre (peut-être) garde ta face calme,\nSi ceux qui t'ont ensevelie (peut-être) ont dit :\nQu'elle est belle et douce dans la Mort\nE t pardonnante dans la mort\nOh laisse moi rentrer dans la vieille demeure,\nJe suis celui qui prie et qui pleure !\n\n                                                Il frappe à la porte.\n\n                         L A G A R D IE N N E\n\n\n                                       à demi dans l’ ombre et voilée.\n\n\nToi qui heurtes au nom du passé\nE t de toute ta misère\nRevenue à jamais sur tes pas effacés,\nD u fond de l'aventure amère,\nO toi dont l'orgueil est faussé\nPar les griffes de la chimère,\n\n Entre !\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "  la Gardienne.                                            15\n\n\n\nPauvre Ame ! quel laurier ombrage enfin ton soir\nLas de ce morne ébat qui trompa ton espoir,\nLa torche\nEclaire-t-elle la route où ton pied s’ écorche,\nQuelle face viens-tu mirer à mes miroirs\nL'escorte de ta gloire hennit-elle au porche?\n\nQuel trophée éclatant de songes et d'épées,\nViens-tu dans l'ombre appendre au faste enfin des murs?\nQuel ruissellement de médailles frappées\nEn mémoire de magnifiques équipées\nS'amoncelle-t-il sur les pavés durs ?\n\nNon, rien que ta pâleur,\nE t tes blessures et ta solitude et tes pleurs,\nE t le doute aux échos multipliés vers l'ombre\nD'un nom vaste à jamais de rumeurs et de larmes,\nE t l’orgueil qui s'exalte au choc des armes,\nEn toute l’Ame.\nE t se repent quand l’œuvre est faite et le ciel sombre.\n\nDis, qu'as-tu retrouvé des fleurs de notre joie\nAu jardin dévasté ?\nSous quelle couronne voit-on que ta tête ploie?\nQuel vent de gloire a donc venté\nPour que ton man'eau en loques déploie\nSon pli ensanglanté ?\n\nQuels soleils éclatants ont lui\nPour que tes cheveux soient presque blancs dans la Nuit?\n\nEntre\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "16                                                la Wallonie.\n\n\n\nJ ’aime ton regard qui ne s'étonne\nQue je sois là;\nComme étaient nos printemps, voici que nos Automnes\nSe retrouvent encore ainsi que nous voilà.\n\nLes vains soirs ont saigné jusqu’en l’ombre, ô Passant,\nD'orgueil triste, d'augustes gloires et de sang\nE t qui, parti d'un songe au songe où tu reviens\nA travers l'erreur vaine et les torts anciens,\nMarchais avec ton ombre attachée à tes pas\nSur la route infinie où tu peinais, hélas!\n\nN'étais-je point toujours près de toi, moi, ton Ame,\nJ'étais ton ombre au soleil, le fantôme\nQui montait des feux dans la flamme,\nQuand ta gloire campait sur le désastre des royaumes,\nJ'étais dans les regards que la misère affame.\nDans la tristesse de ceux qu'on acclame,\nMes mains ont soigné les blessures bénies,\nE t c'était moi que voyaient tes agonies.\n\n                                Elle se recule clans l’ombre.\n\nJe t'ouvre le château de songe et de sagesse\nOù le seuil ruiné disjoint la porte haute,\nEt, si l'âtre allumé chauffe mal ta détresse,\nPense à tes jours perdus et pleures en la faute.\n\nSi dans la forêt triste où le vent rôde et peine,\nLes arbres, un à un, s'effeuillent aux ruisseaux,\nSonge que c'est l'Automne où la vendange est vaine\nA ceux qui, dès l'aurore, ont quitté les travaux.\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "     la Gardienne.                                                   17\n\n\n\nJe t'attends sur le seuil où le soir est plus sombre\nQue tout le crépuscule où la douleur frissonne,\nLa demeure où j ’accueille est la maison de l'ombre,\nE t mon visage est grave en face de l'automne.\n\n\nComme à l'heure où, jadis, dans le jardin en fleurs,\nTon âme tressaillit aux gloires devinées\nJ'ai le même conseil et les mêmes pâleurs\nQu'alors que j'implorais tes fausses Destinées.\n\n\nJe suis la même encor, si ton Ame est la même\nQue celle que l'Espoir aventurait au pli\nD e sa bannière haute, et je reste l'Emblème\nD u passé qui persiste à travers ton oubli.\n\n\nViens je t'ouvre la porte, et si ton Ame est vieille\nD e tant de soins perdus à son âpre folie\nNe reproche qu'à toi le peu qu'à notre treille\nVendangeront ta faute et ta mélancolie.\n\n\nQue mon Silence enfin soit ma seule réponse !\nSi ma table de hêtre est frugale en festin,\nMa demeure s'accorde à celui qui renonce\nE t qui remet ses mains aux mains de son Destin.\n\n\n                                     H enri    de   R É G N IE R .\n\n\nParis, janvier 1891.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "           CELLE QUI S’ÉVEILLE.\n\n                                                 A Gaston Vyttall.\n\n\n\n\n   L'aube est à pleurer des sourires, et vers les lointains\npalpite l’or fallacieux des brumes.\n   Elle s’en vient, la pâle et reine, an verger clair : l’odo­\nrante joie des branches alors s’active à rayonner d’ elle,\net l’ingénu triomphe de sa présence irise l'aiguail autour\nde ses pieds nus.\n   La frêle ! elle est enfantine et grave; toute bonté luit\nau matin de ses yeux et sous le nimbe flottant de ses\nboucles s'érige la réginale grâce du front. Elle est toute\naurore pour l’amour et le règne : c’est celle de la Légende\naux pas annonciateurs.\n   Ses mains pensives sont en caresses parmi les fleurs\nsororales ; elle est lumineuse en la viride enfance des\nfeuillées, comme une grande fleur sainte, et la gloire pâle\nde sa robe s’adoucit pour n’humilier point l'hymne\népars des corolles. Lente elle s’en vient, heureuse à sentir\n\n\n  De La Belle au bois dormant, en préparation.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "  Celle que s’éveille.                                        19\n\n\n\npalpiter le calme émerveillement d'elle-même aux molles\nondes de sérénité qui baignent la radieuse journée. Et\nfolle ! la si naïve insidieuse — pour les dédier à quel\nPrince charmant qui viendra, les yeux en prière, la\nvoici mirant ses lents sourires au clair émoi du site.\n\n\n\n                         C h a r l e s D E LCH EV ALER IE .\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "            L A DORMEUSE.\n\n\n\n\nAu doux jardin de rêve, au parterre d’erreur,\nOù croît pour ses cheveux une flore idéale,\nComme un bel enfant nu tout vêtu de candeur,\nSans effroi, s’assoupit une Eve liliale.\n\n\nOr, tandis que la Nuit pare de tous ses pleurs\nMon trésor ignoré qui s’endort sous ses ailes,\nJe veux faire à sa grâce un vêtement de fleurs,\nUn beau manteau vivant de fleurs pâles et frêles.\n\n\nAinsi, dans leur exil, dorment les anges las !\nOù sont les fleurs-enfants, innocentes comme elle,\nQui n’offenseront pas ses membres délicats ?\nQuelle ombre les pâlit ? Quel vallon les recèle ?\n\n\nUn sommeil ingénu t’a surprise en nos jeux.\nTandis que je te veille, ô mon enfant brisée,\nLa lune, qui s’en va, met ses rayons neigeux\nParmi tes doux cheveux emperlés de rosée.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "la Dormeuse.                                           21\n\n\nC’est le sommeil divin des êtres vraiment purs,\nTout en exaucements, plein de rêves tranquilles !\nMais quelle vision d’Eldorados futurs\nEntrouvre innocemment tes lèvres puériles ?\n\n\nOh ! que de fois, jaloux de tes songes heureux,\nInterrogeant ainsi, pendant tes sommeils d’ange.\nTon visage entrevu sous tes cheveux ombreux,\nJ ’ai cherché ton secret dans ce sourire étrange !\n\n\nEtrange et beau sourire, errant sur ton sommeil,\nQui te pare pour moi de tout ce qu’il dérobe !\nJ ’ai cherché, j ’ai songé... Mais déjà le réveil\nFrissonnait dans tes traits comme une clarté d’aube.\n\n\n\n                                FERNAND     SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                 A STA R TÉ.\n                                       à André Gide.\n\n\n\n\nElle siège, croisant d’ une immobile étreinte\nUn bras nu sur les seins verts spirales d’or fin,\nE t cambre au bord du thrône où rêve le dauphin\nSa peau de lune froide et d’air nocturne peinte.\n\n\nD ’un long ruban d’iris sa chevelure est ceinte\nOù pénètrent des fleurs rouges d’un sang divin.\nSes purs yeux abaissés réverbèrent sans fin\nL ’incolore nombril comme une étoile éteinte.\n\nElle tient dans ses doigts extatiques et bleus\nAu pli vierge du sexe un lotus fabuleux, —\nEt deux tiges de lys qui sortent des aisselles\n\nGlissent le long du corps leur geste divergent\nLèvres blanches toucher pour des nuits éternelles\nL e marbre où sont fléchis ses pieds ornés d’argent.\n\n\n                                     P i e r r e LOUŸS.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "CHANSONS DES CARREFO URS.\n\n                     I.\n\nRouges de sang,\nLes complaintes,\nDes mendiants, le sac au flanc,\nLes vont chantant, par les chemins,\nAvec du sang aux mains.\n\n\nLe soir, ce sont leurs voix éteintes\nQu’on entend\nDans les plaines, avec des plaintes,\nQuand ils chantent, par les chemins,\nAvec du sang aux mains :\n\n« Qu’ils ont trouvé, près des fumiers,\nAux Champs-qui-tintent,\n— Sans qu’on sache quels meurtriers, —\nDeux corps morts de femmes enceintes,\nAvec du sang aux mains.»\n\nLes mendiants chantent sans craintes,\nL’accident,\nBien qu’on découvrît des empreintes,\nEt qu’ils aillent par les chemins,\nAvec du sang aux mains.\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "24                                         la Wallonie.\n\n\n\n                          II.\n\n       Il est ainsi de pauvres cœurs\n       Avec en eux des lacs de pleurs,\n       Qui sont pâles comme les pierres\n       D’un cimetière.\n\n       Il est ainsi de pauvres dos\n       Plus lourds de peine et de fardeaux\n       Que les toits des cassines brunes,\n       Parmi la dune.\n\n       Il est ainsi de pauvres mains,\n       Comme feuilles sur les chemins,\n       Comme feuilles jaunes et mortes,\n       Devant la porte.\n\n       Il est ainsi de pauvres yeux\n       Humbles et doux et soucieux,\n       Comme les yeux des pauvres bêtes,\n       Sous la tempête.\n\n      Il est ainsi de pauvres gens,\n      Qu’ils soient riches ou indigents,\n      Qui trimballent de la misère\n      Au loin des plaines de la terre.\n (1887).\n                                E m i l e VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                     VIVRE.\n\n                               A mon ami Paul Goldmann.\n\n\n\n\n   — Alors, plus de rêve ?\n   — Non.\n   — Plus d’amour ?\n   — Mirage.\n   — Plus de religion ?\n   — Pourquoi ?\n   — Et vous avez le courage de vivre ?\n   Comme ils marchaient, tous deux au milieu de la\nnuit, devisant de la sorte, un chant d’oiseau pur et\ntremblant s’éleva de la forêt.\n   Cette voix disait :\n   — Aimez ! Les feuilles palpitent. Les brindilles de\nla plaine frémissent. Les fleurs tremblent au souffle\nembrasé du vent. Une tendre chaleur de baisers\nimprègne l’atmosphère. Des regards s’allument dans\nles herbes et dans les branchages. Un monde infini\nd’êtres et de choses aiment, pendant que je chante.\nEt je veux répéter le mot éternel : Amour! Amour!\n  — Rêvez ! Le rêve est doux. Il descend sur la terre\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "20                                     la Wallonie..\n\n\n\navec les rayons de la lune, comme l’amour glisse des\nyeux de la mère qui regarde son enfant. Le Rêve,\nfringant et joli page aux yeux extasiés, peut d’un\nbaiser de ses lèvres parfumées rendre le bonheur au\ndésespéré. Il réconforte les cœurs et berce les esprits\naux sons d’inoubliables musiques.\n   Il chuchotte aux oreilles des mots délicieux et\nconsolateurs qui font vivre et espérer. Frère jumeau\nde l’Amour, il ne saurait vivre sans lui ; mais\nl’Amour n’existerait pas sans le rêve. Aimez! Rêvez!\n   — Croyez ! Croyez à cette force qui est en toutes\nchoses. Dieu est dans ma voix heureuse qui chante\ncomme dans le silence troublant et triste qui songe.\nJe sens que la terre, le ciel, l’océan frémissent.\n   Oui, le sol, la nue, l’eau, se soulèvent comme des\npoitrines qui respirent,...\n\n\n  Les deux compagnons reprirent, sans oser se\nregarder.\n  — Alors, plus de rêve?\n  — Non.\n  — Plus d’amour ?\n  — Mirage.\n  — Plus de religion ?\n  — Pourquoi?\n  — Et vous avez le courage de vivre?\n  — L ’homme hésita. Et l’oiseau divin qui chantait\ntoujours, éleva plus encore, plus fort, sa voix pure\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "  Vivre.                                             27\n\n\n\net tremblante, qui emplit le ciel et fit frissonner les\nnuages d’argent.\n   — L ’univers est plein d’un souffle mystérieux.\nSoyez heureux et bons, communiez aux pâles rayons\nde la lune et croyez que Dieu est aussi dans la petite\nfleur qui se cache dans l’herbe. La vie est grande,\nquand on aime! La vie est douce quand on rêve.\nVous ne pourriez vivre sans croire!\n\n  — Et vous avez le courage de vivre?\n  — Puisqu’il le faut.\n\n\n                          H ector   CHAINAYE.\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                      LAGUNES.\n\n\n\n                                     à Paul-Ambroise Valéry,\n\n\n\n\nUn coucher de soleil pourpre et or se reflète,\nDans le miroir terni de notre souvenir\nOù une brume crépusculaire monte mourir\nVers la nue où bleuit la lune violette.\n\n\n\nL a couleur qui s’accroche aux roseaux, se déchire\nEt le soleil, dans l’eau morte disparaît ;\nSon orbe d’or s’est plongé dans l ’eau violette\n— L a nuit se reflète sur le lac du souvenir.\n\n\n\nLacs bleus où flottent des lueurs, lampyres !\nCristal pur, où des flammes, et qui sont nos rêves perdus,\nCirculent quand les soleils pourpres ont disparu\nPuis comme des lueurs nébuleuses se fondent\n\n\n\nDans l’azur irréel où nos mains pures trempent.\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "   Vers.                                                   29\n\n\n\n\n                       OCTOBRE.\n\n\n\nNous ne dormirons pas. L a tempête s’agite\nDehors, et la nuit est effrayante à voir.\nDes aigles noirs passent sous les poternes;\nLeurs ailes folles heurtent les volets clos.\n\n\n\nIls volent dans la tempête, tapent aux portes\nE t frôlent les lambris noirs des corridors\nOù circulent les heures de la nuit et nos rêves\nHagards ; nous n’allons pas pouvoir dormir encor.\n\n\n\nDonc, nous attendons que cette nuit s’achève\nEn pleurant nos rêves égarés au vent,\nDans la tour que secouent des ailes sauvages,\nPour, enfin, comme après ces tristes soirs d’orage,\n\n\n\nQu’une aube pluviale luise à travers la vitre.\n\n\n\n                                            A ndré GIDE.\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                        ARION.\n                                        Inter delphinas Arion. .\n\n\n\n\nLe luth luit sur le monstre élu pour un tel astre\nPlus haut que le sourire adoré des oiseaux\nQu’amuse la beauté des larmes du désastre\nA la figure sidérale du héros\n\nDont la main d’or, dans la splendeur du soir, délivre\nPar le luth où scintille un vol pur de sa chair\nL ’eau vagabonde, peau d'azur claire et nue, ivre\nAu jeu de la mortelle écume de la mer.\n\nDes papillons neufs naissent vers des fleurs futures,\nDoux dans les boucles d’onde, ô fines chevelures\nQu’une profonde enfant démêle du cristal...\n\nMais la lèvre du dieu par le silence insulte\nToute épaule limpide éparse au flot natal,\nVénus !... et nul beau cri dans le ciel ne se sculpte !\n                                     P a u l VALÉRY.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                JEAN RACINE.\n\n                         Je vois aussi leurs grands rameaux\n                         Si bien tracer dedans les eaux\n                               Leur mobile peinture,\n                          Qu'on ne sait si l'onde, en tremblant,\n                               Fait trembler leur verdure\n                          Ou plutôt l’air mime et le vent.\n                          Jean Racine : Port Royal des Champs.\n\n\n\nJean Racine au cœur de femme harmonieuse,\nD e vos longs doigts fins, tactiles comme des âmes,\nVous caressez le rythme de vague mélancolie\nD'un lent frisson qu'on tremble surpris de voir trembler.\n\n\nParfois tout cœur fu r tif d'enfant qui songe,\nAu menu vol léger qu’étire une marquise,\nS’émeut du rythme qui muse dans l'air troublé\nSans que rien l'harmonise en douce mélodie.\n\n\nE t puis vous savez l'âme de faibles Bérénices,\nFrêles fleurs indécises qu'un rien du monde effeuille,\nL ’âme de douces femmes dont il vous reste un peu.\n\n\nAlors qu’un rien de brise effleure Port-R oyal,\nVous allez, solitaire d’avoir souffert du monde\nAvec, au cœur, l’amour d'un lent Jésus tranquille.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "32                                               la Wallonie.\n\n\n\n\n                    VE RS LA VIE.\n\n                                            à Edmond Rassenfosse.\n\n\n                          Sur champ d'argent — lion d’or léopardé.\n\n\n\n\n     L ’ombre est douce à tes pas dans la forêt d'Avril,\n     A tes pas enfantins, furtifs comme des songes;\n     L'intérieur écho qui bruit et se prolonge\n     Va conter la légende à tes yeux puérils.\n\n\n     Vois : au vol passager du mobile zéphyr,\n     Une ombre de bouleau se joue, ô prestige !\n     Ainsi tu suis ton rêve en un pays d'exil,\n     Tissant du clair de lune en ton âme indécise.\n\n\n     Vers la vie t’appelle un vertige d'éclairs:\n     De lune constellé, le ciel est d’argent clair ;\n     I l neige en tes cheveux des jonchées d’étoiles.\n\n\n     Va...— mais voici surgir, aux splendeurs de tes voiles,\n     S’agriffant sur la lune, un grand fauve en arrêt,\n     Qui hurle à la Rancune aux horizons déserts.\n\n                                        A l b e r t THONNAR.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                 UNE PROMENADE.\n\n\n\n\n   J'étais, ce soir, un soir sombre et trouble, avec celle\ndont l'étrange regard inquiéta mon âme. Nous avions\nété faire en un immense et séculaire parc, une longue\npromenade en voiture, et maintenant, stores baissés,\nnous byzantinions froidement, éclairés par la lueur\namortie d’une grande lanterne.\n   Or je lui disais mon enthousiasme des formes grêles\net allongées, de la minceur souple qui m'ensorcelle, et\ncomme si son corps voulait me montrer qu'autant que\nson âme farouche, il réalisait mon vouloir, la robe\nsombre et lourde qui la couvrait, s’ entrouvrant lente­\nment, me montra l’émerveillement de sa prodigieuse\nbeauté.\n   Et, sans réfléchir, que puisqu'immatériellement\ns'étant écartée l'étoffe, tout geste serait destructif de\ntelle divine illusion, je portai mes mains, ô frâleuses,\nmais si peu lubriques, sur ce corps admirable, horreur,\nqu'alors je sentis enveloppé d'une peau rèche et comme\nlépreuse, consternante ! Et un affreux petit être se\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "34                                       la Wallonie.\n\n\n\nprécipitant alors dans la voiture et que je ne connais­\nsais pas, avec luxure lui, ce que moi désespérément\ndésormais comme pour bien me convaincre de ma\ndésillusion, palpait cette chair, qui cependant! avait\ncontenu un peu de mon rêve.\n\n\n                                   P i e r r e -M . O L IN .\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "            NONIVA.\n\n\nLes Rois, des fleurs sur les armures,\nVont au pas lent des palefrois.\nSes lèvres restent closes, pures\nD'avoir prié le Roi des Rois.\n\nLes Rois font tournoyer les glaives\nPareils aux éclairs orageux.\nSes yeux clairs, éblouis de rêves,\nNe s'abaissent point vers les jeux.\n\n“ Qui de ces vainqueurs beaux et braves\n Veux-tu choisir pour ton époux,\nMa fille ? Tous sont tes esclaves\nEt tous t'adorent à genoux. „\n\n— “ J'entends là-bas, de la chapelle,\nL'Époux bien-aimé qui m'appelle. „\n\n                   A.-F erdinand HÉROLD.\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                          VERS.\n\n\n\n                         SONNET I.\n                                       Sigurd et Brunehild.\n\n\n\n\nL a Valkyrie éblouissante aux lèvres roses\nIgnorant les Héros et leurs folles emprises,\nDort, immobile et blanche, un sommeil sans hantises\nDans la vaine splendeur de ses formes écloses.\n\n\nEt tout le Palais dort avec Elle : les Brises\nN’effeuillent plus dans les Jardins les Lauriers roses ;\nNul chant d’oiseau, nul bruit ; sur le sommeil des choses\nL e Temps silencieux a clos ses ailes grises.\n\n\nMais dans la Forêt sombre et léthargique, un Cor\nAu loin et par trois fois, véhément, a gémi,\nEt, dans une rumeur de victoire et de mort,\n\n\nVoici que réveillant le Palais endormi,\nImpétueux, suivant les Nornes d’un pas sûr,\nApparaît, casqué d’or, le glaive au poing, Sigurd!\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "   Vers.                                                       37\n\n\n\n\n                         SONNET II.\n\n                                      le Deuil de Brunehild.\n\n\n\n\nDès l ’Aube, Brunehild, que le d u r Runoïa\nVoue au Supplice amer d'aimer et d’être aimée,\nSous les arbres s’en vient orgueilleuse et pâmée,\nDésolément gémir sa détresse à Freïa.\n\n\nUn Peuple à sa Beauté vainement octroya\nTous les féaux tributs de la Terre embaumée,\nElle revoit toujours sous sa haute framée\nL e Vainqueur dont le Glaive à ses yeux flamboya.\n\n\nLe parjure et la honte exaltant sa furie.\nSous les Arbres, dès l’aube, erre la Valkyrie\nPleurant le souvenir d’un éternel repos,\n\n\nEt parfois, l’adultère incendiant ses veines,\nElle tord vers la Tente où dort le blond Héros\nSes deux bras alanguis ceints de rouges verveines.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "38                                             la Wallonie.\n\n\n\n\n                        SONNET III.\n\n                                      Sigurd et Brunehild.\n\n\n\n\nLe Sort impérieux les a joints dans la Nuit,\nDe leur bouche troublée a fui la même phrase,\nEt crime, vœux, serments s’effacent dans l’extase,\nSans souci de Hagen dont le poignard a lui !\n\n\nUne Clameur au loin.... Elle tremble.... Mais Lui\nScelle d’un long baiser ses lèvres qu’il écrase,\nEt tranquille, foulant d’un pied fort l’herbe rase,\nDisparaît au regard angoissé qui le suit...\n\n\nUn Cri !... Sigurd se meurt sous les coups de la Haine !\nLe voici, tout sanglant.... Sur Lui tombe la Reine.\nLe Bûcher funéraire est leur sinistre Autel.\n\n\nMais l’indompté Courage et la Beauté parfaite\nVont, loin de la Terre âpre où saigna leur défaite,\nRenaître au Walhalla pour l’Hymen immortel !\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "     Vers.                                                      39\n\n\n\n\n                        LES CAPTIVES.\n\n\n\nLes insolents Vainqueurs, avec l'orgueil de Rois barbares,\nOnt pris d'assaut la V ille; ils sont entrés, fous de désirs;\nLa ville blanche, ainsi qu'une Ame qui s'effare\nDans l'arrêt brusque des tournois et des plaisirs,\nS’est tue devant leurs glaives nus, leurs cavalcades, leurs fanfares.\n\nPrincesses en captivité, ces Blessées !\nDu palais d'or où se fanait leur sang royal, soudain chassées,\nElles s'en vont, captures frêles, butin vil,\nVers l'opprobre des couches dures, vers l'E x il..\nEnfui, le rire puéril\nQui s'essayait naguère sur leurs lèvres lassées !\n\nLes Filles Hébraïques vers la farouche Babylone\nGraves, marchant pieds nus par les mornes déserts,\nChantent en paroles douces le Pays natal, et leur trône,\nE t les harpes suspendues aux saules...\nE t le poids est amer à leurs jeunes épaules\nE t à leurs bras faibles, des fers !\n\nLeur chant s'égrène, doux et vague, par les déserts !\n“ L e vieux Palais où mûrit notre sang royal, ah! combien triste!\nTristes, les salles sans nos robes, et les Fleurs\nQue nous arrosions d'eaux vivantes et de pleurs,\nE t tristes nos colombes, nos colombes aimées,\nQue nourrirent nos mains de graines parfumées\nSur le bord des balcons fleuris, en des soirs meilleurs !\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "40                                                   la Wallonie.\n\n\n\n“ E t la Ville, oit chantait un peuple ivre de fêtes,\nCes tournois pleins de banderolles, au Soleil!\nLes Pâtres de la plaine y font paître leurs bêtes,\nElle dort sous le deuil de l’herbe, sans réveil,\nFolle, d’avoir moqué le geste des prophètes!...\n\n\n“ E t nous, proie vile des Barbares aux mains rougies,\nNous, que mord l’âpre fiel des orgueilleuses nostalgies,\nEsclaves muettes, nous les servons, dam leurs orgies,\nDe ces trop faibles mains pour la lourdeur des plats;\nE t opprobre dernier, les couches d'aventure\nSubissent, dans les Nuits impures,\nNos corps tordus en vain que maîtrisent les bras !\n\n“ Seigneur, dispensateur de ces heures amères,\nSeigneur qui nous avez punies, les Innocentes, pour nos mères,\nLaissant se meurtrir nos pieds nus par les longs déserts,\nA ux filles qui naîtront, Seigneur, de cette chair\nRendez, rendez du moins notre antique chimère\nE t le jeune Soleil sur la Ville aux toits clairs ! „\n\n\n\n          Le   chœ ur    des   M a d e l e in e s   chante.\n\n\n\n\n“ Il vint éclatant, seul dans le soir clair, doux Messie,\nDans le soir clair couronné d’ombre, invincible et doux,\nE t son geste blanc, levé sur la terre obscurcie\nE t son pur regard, sous ses longs cheveux de miel roux,\nFaisaient trembler d’Amour nos poitrines transies\nE t chanter tous les cœurs, d'allégresse fous !\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "   Vers.                                                       41\n\n\n\n“ Quand nous errions au bord des lacs,par les nuits brumeuses\nOù, chairs folles, nous rôdâmes en quête d'Amants,\nLui qui marchait pieds nus sur les eaux écumeuses\nA l'heure où blanchissait le vague firmament,\nI l vint vers nous, le Pêcheur clair, dans la nuit brumeuse,\nD u haut de sa barque, il nous a dit la bonne parole\nE t honteuse des rôderies de nos chairs folles\nNous l'avons suivi, écoutant sa voix, et l'aimant.\n\n\n“ Ah! comme Il a saigné sur la haute Colline\nOù les soldats ivres veillaient, la lance au poing !\nD e quelle angoisse notre cœur fu t poinct,\nEn entendant clouer au bois sanglant ses mains divines\nCes mains qui bénissaient et ne meurtrissaient point !\nE t comme il penchait son pauvre front souillé d'épines !\n\n\n“ Sur ses pieds, ses beaux pieds meurtris\nTout embaumés d'huiles de prix\nD e nos cheveux nous n'effacerons plus les viles poussières,\nE t dans le nard versé de nos urnes hop pleines,\nNous ne gémirons plus, les blondes Madeleines,\nLe Cri de notre peine,\nL e cri de désespoir, de honte et de prière,\nQue sa douceur royale accueillait sans mépris !\n\n\nAh ! les robes des Pharisiens s'étalent désormais dans les rues !\nLes Vendeurs, infâme cohue,\nF on t sonner leurs pièces d'or, tranquilles, au seuil du Temple!\nL'Amour impur, le soir, rôde en Gethsemani,\nLa terreur du sang a banni\nHors du bercail, au loin, les Brebis folles disparues !\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "42                                               la Wallonie.\n\n\n\nMort, le Berger de Bethléem ! E t nous, sans crèche,âmes en peine\nQui nous leurrions hier de royauté prochaine\nE t dont tout le Bonheur fu t un feu de sarments,\nEncore ivres du rêve adoré qui nous ment,\nNous errons misérablement\nSous les regards louches des Haines,\nE t promenons nos cœurs déchirés de géhennes\nA ux lieux où vint vers nous, dans le soir clair, l'unique Amant!\n\n\n\n                                  G a b r ie l T R A R I E U X .\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "              LES TR ÉPASSÉS.\n\n                          Mais comment ressusciteront les morts?\n                          Ou avec quel corps reviendront-ils?\n                                  St-PAUL, F,p. I, Cor XV, 85.\n\n\n\n\n   L ’Eglise s’est endeuillie d’immenses vélums noirs,\nfrangés et larmés d’argent, qui planent et semblent\nles ailes de l’Ange des Ténèbres, clouées là, en\n expiation.\n   Les lampadaires éclairent, parcimonieusement, les\n ors du Tabernacle, laissant une imprécise lumière\ns’épandre et mourir en les recoins de la nef. Une\ncrainte surgit, de tout ce sombre, appréhension\nvague subsistant des histoires de revenants et des\nlégendes jadis ouïes.\n   Par moments, des fidèles entrent et lentement\ns’acheminent en la pénombre; d’autres se placent, et,\nles derniers cierges allumés, des figures s’éclairent.\n   Mais voici que l’heure tombe du clocher en ondes\nsonores, et, avec elle, un grand calme s’étend, troublé\nà peine par le va-et-vient des retardataires, ou par\ndes toux discrètes.\n   L ’officiant a paru, l’orgue prélude, majestueux, ses\naccords aux larges envolées et module, sous la voûte\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "44                                      la Wallonie.\n\n\n\n qui semble plus haute encore en l’obscur, ses appels\ngraves au recueillement. En ses silences, la voix du\nprêtre s’élève, phrasant les versets du Rituel, que des\n chantres, là-haut, ponctuent d’ “ Amen „ ou d’ “ Et\n cum spiritu tuo „.\n   Un bruit, encore, de chaises heurtées, les fidèles\ns’asseyent, en l’attente du prédicateur qui bientôt\ns’avance, grave. Les mains se lèvent, au signe de\ncroix, et le salut fraternel descend de la chaire. Puis\nla voix s’élève, objurgative, dure parfois. Elle stig­\nmatise l’oubli — combien volontaire souvent — où\nrestent les âmes qui furent tendrement (voire éter­\nnellement, ô ironie!) aimées sur terre; et l’oubli,\ncruel plus encore, des esseulés ici-bas, morts incon­\nnus sans même les pleurs accoutumés.\n   Le pasteur tonne : il dit les Châtiments du Dieu\nPuissant, il rappelle l’embrâsement de Goumrân,\nEsdoum, Zoar et Sebân, les villes maudites ; les\nhorreurs de l’Apocalypse : Chevaux exterminateurs,\nanges foudroyants, bêtes horrifiantes des abîmes,\ntoutes signifiant “ Sang et flammes, Guerres et mort „.\nEt, plus terrible, le tourment des âmes du Purga­\ntoire, âmes des presque-justes, qui espérèrent le\nParadis et qui se consument en vains élans vers\nl’auguste Face de Dieu, et auxquelles aussi est refu­\nsée l’absorption bienheureuse en Sa Béatitude...\n   L ’Eglise-Mère, procédant du Verbe Incarné, se\nsouvient; l’Eglise, dépositaire des Bontés de l’Agneau\ndivin, souffre et prie pour les Trépassés... „\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "  les Trépassés.                                        45\n\n\n\n   Après un appel ardent aux fidèles, la voix se tut et,\nun instant encore, un silence régna, craintif, oppressé.\n   Le prêtre descendit et le rêve, l’enchantement de\nsa parole semblait se dissiper à son aspect terrestre.\nPourquoi, porte-parole de l’Omnipotent, reparaître\nhumain et ne s’en aller mystérieusement?\n   Dans l’Eglise, maintenant, une procession se pré­\nparait. Des vieux se groupaient avec, en les mains,\ndes flambeaux ; des cloches tintinnabulaient, argen­\ntines presqu’à dessein.\n   Brusquement, l’orgue sanglota une mélodie fu­\nnèbre et la procession se mit en marche, avivant de\nses lumières les faces douloureuses du chemin de\nla croix mural.\n   Sous l’obsession des visions sanglantes que m’avait\névoquées le prédicateur, je crus voir s’ avancer des\nthéories de pénitents à cagoule noire, ou de flagel­\nlants du moyen âge, processionnant aux époques\ncalamiteuses, pour désarmer la colère Céleste.\n   Et toujours l’orgue éparpillait ses notes dolentes;\ndes âmes, aurait-on dit, pleuraient leurs espoirs ; les\nflambeaux, embrumés d’encens et vacillants, sem­\nblaient des Esprits en peine...\n   Soudain même, la procession passant à mes côtés,\nil me parut qu’une de ces âmes s’en détachait et, en\nmoi, s’absorbait pour (qui sait?) expier davantage\nses fautes en ma vie morne et de souffrances.\n\n                                    M a t h . ROBERT.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                   de   : L a V ie   latente.\n\n\n                                            Prison de cœurs.\n\n\n\n\nAprès les nuits fulgurales,\nEt les écueils passés le long des routes,\nL ’ultime nuit aux phares pâles\nTrop désespérément abdique sur les routes.\nVenu de loin, et chassant des plis\nDe son manteau les fiers yeux des héraldiques lys,\nL ’Ephèbe, dont les mains éveillèrent le Rite,\nMarche vers l’horizon\nD e la désespérante nuit.\nEncore et de ces mêmes mains ou des pudeurs subites\nRougirent devant de lents voiles tombés,\nIl ramène vers son front les pans tombés\nE t rigides de son manteau, —\nDes mêmes mains qui furent les annonciatrices\nDe sou amour, et de l’Amour de l ’Enfant spoliatrice\nQui vient vers lui d’un pays irréel...\nE t voici que l’Ephèbe gravit la colline\nQui domine\nL a vallée, où des êtres silencieux\n— Si désespérément silencieux et sans nuls gestes, —\nAttendaient sa venue,\nEt découvrant son front des amples draperies,\nQui flottaient comme des chasubles d’or\nEn la pourpre des messes,\nAux femmes il a dit :\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "      de : L a Vie latente.                             47\n\n\n“ Mes admirables sœurs, belles sœurs endeuillies\nD ’avoir perdu la joie au début des chemins !\nL ’Heure s’est épandue aux creux d’autres folies,\nL ’Heure de la moisson de vos fruits benjamins !\nElle emporta, et de vos reins et de vos lèvres,\nLa surhumaine sève où s’essoraient les fièvres,\nL a surhumaine voix des aveux naufragés.\nO ! cycle destructeur des liaisons vécues !...\nEt devant les appels, restés infructueux,\nRefoulé vos ardeurs et les avoir vaincues\nEn la simplicité des grands cœurs vertueux !\nElle fut donc discrète au point de ne pas dire\nQu’il fallait dénouer vos tuniques d’orgueil,\nA vec un bruit mauvais d’étoffes qu’on déchire,\nE t de vous dénuder devant le proche Accueil ?...\nPeut-être que le vent, lissant vos chevelures,\nA travers les blés clairs et les ombreux vallons,\nLui porta le souhait de laisser vos parures\nDans l’eurythmique aspect de vos naturels dons ;\nPeut-être que le soir, enclin aux choses tendres,\nLui supplia, pour son silence et ses forêts,\nL a pure majesté de vos gestes concrets,\nNe voulant attiser de vos pudeurs ses cendres ?...\nMes admirables sœurs, mes sœurs d’élection,\nQu’importe le vouloir qui vous fit rester vierges\nEt vous barra la route au seuil de l’Action,\nSi la Miséricorde alluma ses blancs cierges\nE t vous les fit porter pour ennoblir vos mains,\nEt permit dans vos yeux leurs belles clartés fauves !\nSoyez joyeuses, et pour tous vos lendemains,\nN’allez-vous pas partir avec vos âmes sauves,\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "48                                             la Wallonie.\n\n\n\nE t garder clos vos manteaux blancs aux fleurs de vos Jardins?..\nEt, pareille aux ébats de vos frêles pensées,\nUne escorte de fiers et doux oiseaux viendra,\nAlentour de vos robes d’or pur empesées,\nExorciser le R it de ce qui ne sera.\nAlors vous entrerez dans le Règne des cygnes\nQui vous sera propice en vous offrant sa paix,\nEt vous divulguera le secret de ses Signes,\nDevant le virginal de vos roses de Mai.\nEt des chœurs révélés et de lentes voix d’ombre,\nAuréolant vos fronts de leur lustre mouvant,\nInitieront vos cœurs au prestige du Nombre,\nE t guideront vos pas naïfs dan3 la plaine et le vent ! „...\n\n\nEt les nuits fulgurales\nDepuis, ont consumé leurs gloires\nVers l’Occident, et l ’Ephèbe aux mains attentives,\nDevant les femmes qui n’avaient jamais vécu d’amour,\nA senti refleurir, peu à peu,\nL ’énigmatique aurore des lys dévastés.\n\n                                      Ch a r le s SLU YTS.\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                     VERS.\n\n           L ’ âme des nuits parfois soulève\n           L e voile de mes yeux éteints,\n           E t je pleure aux printemps lointains\n           Que la lune argentait de rêve...\n\n           Les fleurs de mes illusions\n           Aspiraient vers un ciel de gloire...\n           O les frêles éclosions\n           Mortes en des langueurs d’ivoire !\n\n           Pas un rayon, pas un baiser\n           Ne se posa sur leur défaite\n           Pour l’éblouir ou l’apaiser,\n           Mais tout railla l’antique fête...\n\n           Puisque le rêve est abattu,\n           Je veux saigner dans le mystère,\n           Glorifiant ma vie austère\n           De pitié rouge et de vertu...\n\n           Or, ma cellule aura des roses,\n           D ont les subtils et chers parfums\n           Seront mes vieux bonheurs défunts\n           E t mes chimères inêcloses...\njanvier 1891.\n                              A. R EMOUCHAMPS.\n\n\n                                                   4\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "           CENDRE DE LYS.\n                                          A Henri de Régnier.\n\n\n\n\nDes colombes ont secoué le duvet blanc\nde leurs ailes, et j'a i vu passer le tremblant\nhiver, l'hiver qui met un linceul sur mon rêve\nattristé... Maint frisson vole par l’air glacé\ndu malin : frisson d’hiver, que t’es-tu placé\nsur ma route?.... es-tu l'écho répété sans trêve,\néternellement, l’écho des baisers perdus\nsans retour?... Combien de soupirs inentendus\nviendront encore déchirer mon sein, ma poitrine\nen feu ?... Combien de larmes couleront de mes\nyeux asséchés?... O pâleur des neiges, fermez-\nvous tout espoir?... Quand, sur sa bouche, l’érythrim\néclosait, longuement j ’ai bu l’espoir de son\nâme, un suave parfum d’amour!... Va, frisson\nmaudit, cruel évocateur de la souffrance\ninassouvie, étreins mon pauvre cœur, plus fort,\ntoujours, enlace mon âme, et qu’en ton effort\nsuprême, enfin, se brise ma voix!...\n                                  Espérance\ninquiète aux sanglots accordée, incertain\nrayon fa it des pitiés de l’être, qu'un matin\nlaisse éclore et qu’un soir voit pâlir, abandonne,\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "Cendre de Lys.                                                 51\n\n\n\nà jamais, ma douleur au néant, car c'est un\nbien que l’on se déssouvienne de l’importun\nbonheur des anciens jours.... Ton infini me donne\nun instant de calme, ô neige des hivers sans\nfin, cependant que me harcèlent d’impuissants\nregrets. J’aime ton royal manteau de Titane\nensommeillée en son hermine; j ’aime aussi\nton baiser... mais pourquoi ce frissonnement? Si\ntu n'es l’oubli, parle, que me veux-tu, Sathane?...\n\n\n\n                                    E d m o n d B A IL L Y .\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "          CHRONIQUE MUSICALE.\n\n\nS c è n e s H i n d o u e s , poème symphonique, par Erasme Raway.\n  Réduction    au piano à 4 mains, par Victor Marchot.\n  — Muraille, éditeur, Liège.\n\n\n\n\n   Il y a une douzaine d’années, aux Concerts populaires\nliégeois, parut soudain l’œuvre d’un jeune, d’un inconnu : les\nScènes Hindoues, par Erasme Raway. Depuis quelque temps\nles programmes des précédents concerts annonçaient :\n« prochainement, 1re exécution des Scènes Hindoues par E.\nRaway ». On se perdait en conjectures sur la personne du\nnouveau venu. On crut d’abord à un pseudonyme qu’aurait\npris imprudemment une de nos gloires locales pour se faire\napprécier à sa juste valeur.\n  Erasme Raway ! .Ce nom ne disait rien , il sonnait même\nfaux. On ne pouvait le ranger parmi ceux de nos Maîtres\ndépartementaux : ces princes de l’harmonie (la bonne) et de\nla mesure (la grande).\n  Enfin, on apprit dans la petite ville de L iége que l ’inconnu\n— un petit homme — venait d’une plus petite ville, où il\nétait petit professeur (mais pas même de musique) dans un\nPetit Séminaire ! Tous ces diminutifs ne pouvaient troubler\nnos grands hommes dans la sérénité de leur capitalisme\nmusical.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "     Chronique musicale.                                       53\n\n\n\n  Cependant     les   Scènes   Hindoues,   l ’événement   de   la\nsaison, furent goûtées autant de la foule vague que des\nlettrés; exécutées à L iége, un grand nombre de fois, elles\nallèrent ensuite charmer Bruxelles, Anvers et quelques villes\nde l’étranger.\n  L ’œuvre a donc prouvé qu’elle pouvait vivre. Aujourd’hui,\nun jeune éditeur qui fait preuve de discernement artistique\nla livre au public, sous la double forme de Partition et parties\nd’orchestre, et de Réduction au piano à quatre mains. Cette\nréduction, le grand moyen de vulgarisation des œuvres\nsymphoniques, a été habilement faite par M.Victor Marchot,\nqui a su concilier la pauvreté des timbres du piano avec la\nnécessité majeure de rendre aussi fidèlement que possible le\ncoloris des combinaisons d’orchestre.\n  Inutile d’analyser de nouveau l’œuvre de M. Raway, elle\nest bien connue ; depuis sa naissance, elle n’a pas fléchi, elle\nreste intacte, parce qu’elle est conforme à sa conception, bien\néquilibrée sur son plan.\n  De nombreuses retouches y ont été apportées.\n  Revoyant son œuvre après dix ans, l’auteur dont les idées\nont progressé n’a pu se résoudre à la laisser publier telle\nquelle. C’est là un souci très naturel, quoique souvent\ndangereux. Ne risque-t-on pas, en effet, de rompre un canevas,\nsuffisant pour l’œuvre initiale, trop faible peut-être pour\nsupporter une surcharge, subir un bouleversement, résultant\nde l ’application d’idées nouvelles tant dans le concept que\ndans la facture sonore ?\n  Je me hâte de constater que les modifications ne touchent\nni l’exposition ni le développement des thèmes, mais portent\nsur le rythme et la carrure trop rigides de certaines phrases,\ndont la gaucherie et les angles pouvaient choquer d’autant\nplus dans une musique de superficie orientale.\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "54                                           la Wallonie.\n\n\n\n  La plus heureuse de ces retouches s’applique à l'Hymne du\nPeuple, qui est à présent écrit en mesures alternées, binaires\net ternaires. Ainsi disposé, sa vraisemblance liturgique\ns’accentue davantage, de même que son expression religieuse\nen devient plus mystique, plus profonde.\n   C’est la partie la plus importante de la partition, la plus\nélevée, parce qu’elle est la plus subjective.\n  Celui qui a débuté par les Scènes Hindoues, pages où\nsont équilibrés, sans se confondre, des éléments décoratifs et\ndes documents psychiques, celui-là pouvait, par la suite,\nhésiter entre deux voies bien différentes, selon la prépondé­\nrance qu’aurait prise dans son esthétique, soit le caractère\nobjectif ou superficiel, — qui l’aurait conduit dans la sédui­\nsante et brillante impasse de la musique à programme — soit\nle caractère plus épuré,plus interne, du Drame Symphonique,\nvraie incarnation moderne de la musique orchestrale.\n  L a Symphonie libre a montré combien l’art de M. Raway\ns’est définitivement intellectualisé. De cette œuvre, pas plus\nque de Freya dont une partie seule est achevée, je ne\nparlerai ici pour l ’instant, attendant leur publication que je\nvoudrais proche et faite avec le même soin artistique et\nluxueux que cette présente édition des Scènes Hindoues.\n\n\n                                        Marcel REM Y.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                   LES LIVRES.\n\n  On sait l’impulsion donnée par M. Paul Lacomblez à la\nlibrairie littéraire belge et ses efforts pour fonder ici un\ncentre, pour créer une collection. Ces ambitions ne sont pas\nles seules qu’il caresse; lui-même flirte volontiers avec la\nMuse et voici qu’il nous donne aujourd’h u i. sa deuxième\nplaquette. J ’ai dit au bon moment ce que je pensais de ses\nmonologues : dans leur genre ils avaient des mérites. La\nnouvelle œuvre de l’éditeur des Jeunes Belgique semble devoir\nêtre considérée plus sérieusement. De ce sujet, Loth et ses\nfilles, M. Lacomblez a fait un poème très calme, à peine\nestompé de réalisme, psychologique presque pas. Ses person­\nnages marchent doucement, sans véritable inquiétude ni\neffroi, en gens qui accomplissent inconsciemment quelque\nétemelle destinée. C’est moins la luxure que nous lisons\ndans leurs yeux que le frémissement de la nature refusant\nde mourir; et, cette nuance, beaucoup de poètes profession­\nnels — on voudra excuser le mot — ne l ’auraient pas fait\nvaloir plus habilement.\n L a forme de ces pages est, du reste, plutôt sobre. Peut-être\nmême l’auteur a-t-il trop obstinément cherché à rester simple\net s’est-il trop exclusivement complu      dans l ’atmosphère\nbiblique, dans le goût de la tradition... Cet excès de réserve\nne lui a pas toujours permis d’éviter les répétitions et donne\nà l ’ensemble du poème une sorte de teinte uniforme que des\naristarques qualifieraient d’indigence. Pour ma part, je n’en\nai pas moins trouvé aux vers dont je parle, de la souplesse —\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "56                                             la Wallonie.\n\n\n\nvoire de la grâce et une harmonie capable de charmer des\noreilles délicates. La façon de pantoum ouvrant la scène II\ndu troisième tableau serait surtout à citer — en même temps\nque d’autres passages où la manière de M. Lacomblez se\ntrouve tout entière.\n                                  *\n                              *       *\n\n  Il est assez difficile de parler du livre d e M. Julien Leclercq\n— Strophes d'Amant (Lemerre) — après le très complet\n“ prélude „ dont l’ a fait précéder M. G. Albert Aurier. Ce\npremier recueil d’un des plus récents poètes parisiens est en\nsomme fort modeste et il sied de le prendre, suivant la sug­\ngestion du préfacier, pour le livre d’un très jeune frère de\nl’auteur — qui serait mort.\n   Au fond, ces pages ont bien les qualités et les défauts de la\njeunesse; néanmoins ceux qui croiraient y pouvoir trouver\ndes choses simplement naïves et douces risqueraient de se\ntromper. Ces madrigaux ne madrigalisent jamais au sens\nexact du mot et M. Leclercq serait improprement considéré\ncomme un pur sentimental. Les plus caressantes choses\nprennent sous sa plume des dehors voilés; passé les clairs\nhorizons de ses joies, le poète devine l’orage et — s’il est vrai\nque ces vers furent écrits dans l’expansion de la première\njeunesse, — ils ont en eux l ’indice d’un esprit précocement\nporté au désenchantement.\n  Dans la plupart des pièces dont nous parlons, le los qui\ns’ essore vers l’amoureuse se brise soudain sur une note sans\nespoir. Cette particularité subsiste même dans la pièce\nfinale — où s’exalte une sorte de renaissance à laquelle le\npoète semble plus calmement se confier et où nous retinrent\ndes lignes évoquant les dernières strophes de La maison du\nberger, d’Alfred de Vigny ;\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "     les Livres.                                               57\n\n\n\n       Viens, je t'emporterai comme un fardeau léger\n       A travers tout, liée à moi par tes mains pures.\n       J'irai du pas prudent des pieds martyrisés,\n       E t, comme j ’aurai seul le souci du voyage,\n       Tu lèveras les yeux vers quelque beau nuage\n        Quand je n'y mettrai pas un voile de baisers.\n  En tant que science du vers, les Strophes d'Amant n’a­\nbondent malheureusement pas en exemples de ce genre. Il\nfaut du reste constater que, sur les sept ouvrages annoncés\npar M. Leclercq, on ne rencontre qu’un seul volume de\npoésie. Mais pourquoi tant de réflexions ? M. Aurier dit tout\nau long dans sa préface et nous croyons pouvoir répéter à\nM. Leclercq que, pour lui, l’heure des œuvres plus viriles a\nsonné.\n                                *\n                           * *\n  L ’ordonnance générale du livre de M. Leclercq se retrouve\nplus ou moins dans Tourmentes, par M. Fernand Clerget, qui\nvient de grossir la série des coquettes publications du journal\nla Plume. Ce titre convient bien à ces strophes oppressées où\nun cœur trébuche en lui-même et aspire en vain à pouvoir\nrespirer de nouveau les ravivantes brises natales. Car si\nM. Leclercq se retrouve, si l’amour lui rend l’accès du paradis\nperdu, M. Clerget n’a pas le même bonheur. De fait, l’amour\nne l’attire plus et c’est plutôt vers la sagesse, vers les rassé­\nrénantes douceurs de l’infini qu’il dirige ses pas. Quelle force\nl ’arrête au seuil de la Terre promise et l’empêche d’entrer ?\n  Cette impossibilité de se libérer du passé et de revivre\ndans l’avenir, constitue la caractéristique du volume. Il en\nrésulte une sorte d’obsession maladive déferlant en rêveries\nenfantines, en scepticisme aigu, en cruautés froidement\nrebelles. Un obsédé, voilà le terme qui convient peut-être le\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "58                                             la Wallonie.\n\n\n\nmieux à M. Clerget. Tourmentes, en tous cas, n’est pas une\nœuvre d’application ou de chic. L ’application est même ce\nqui lui manque — les idées et les mots s’y bousculant au\npetit bonheur de l’inspiration. Et puis il y a beaucoup de\nmélancolie autour de ces poèmes où tout s’éteint, où tout se\nrouille, où c’est la saison triste, même en Avril, où le poète\nsemble constamment murmurer cette plainte qui soudain\néclate :\n\n     Mon Dieu ! mon cœur est triste et nul ne me répond,\n                   E t nul ne me répond....\n\n  Ce qui nous gêne surtout dans Tourmentes, ce sont les\nmultiples avatars de la forme. Telles pièces pourraient dater\ndu Parnasse, d’autres sont plutôt d’avant, d’autres encore\nd’après. Nombre d’entr’elles intéressent à cause d’un je ne\nsais quoi par où se modifie la manière mère. Seulement il est\ndifficile de discerner laquelle de ces factures a les faveurs de\nM. Clerget lui-même et il reste dans ce recueil pas mal\nd’accessoires poétiques démodés que l ’auteur aurait dû\nsacrifier — courageusement.\n                               *\n                              « *\n  Journal des Destrée... n’est-il pas vrai que ce titre fait\nsonger au Journal des Goncourt ? Parcourez les feuillets de\ncette plaquette parue chez Lacomblez, la ressemblance\ndeviendra plus frappante encore. M. Jules Destrée, il est\nvrai, ne s’ en défend qu’à moitié; il a cru pouvoir railler, dit-\nil, certains côtés d’égoïsme inconscient et de puérile vanité\nde l’œuvre que nous rappelons. Je vois mal la nécessité de\ncet exercice ; il amuserait pourtant si — ce qui n’est pas le\ncas — il était réussi. A part d’heureux coups de style et cer­\ntaines réflexions subtiles, ces pages n’apportent rien de bien\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "     les Livres.                                             59\n\n\n\nintéressant. Elles manquent, à mon sens, de naturel — ce qui,\nde l’aveu de M. Destrée, est le pire défaut des écrits de ce\ngenre.\n  Parce qu’ils sont trop calculés, les traits de M. Destrée\npartent mal et retombent immédiatement à plat. L ’esprit que\nl’on débite à cette enseigne “ à l’instar de Paris „ n’a pas\ncette vivacité, ce quelque chose comme d’une demi-ivresse au\nvin pur où plaisent et plairont longtemps les moindres mots\ndes Goncourt. D ’autre part, lorsque ceux-ci se proclament, ou\nà peu près — les génies exclusifs du siècle, ils n’ont pas l’air\nd’y croire eux-mêmes ou du moins ils le font d’une façon si\ndégagée qu’on ne saurait leur en vouloir. M. Destrée a rare­\nment cette attitude quand il réclame le strapontin qui lui\nrevient — et que personne ne songe à lui disputer — au\nsoleil des lettres belges.\n                               *\n                           * *\n  Il est un peu tard pour signaler la traduction faite par\nM. Maeterlinck de l 'Ornement des Noces Spirituelles de Jean\nRuysbroeck l’admirable. Ce livre que les lettrés français\nconnaissaient mal lorsqu’ils ne pouvaient s’en référer qu’au\nmaladroit arrangement de Hello, apparaît maintenant sous\nson véritable jour ; — dans sa vertigineuse splendeur, dans\nsa surhumaine clairvoyance. Hello retournait les chapitres\nla queue en l ’air, nouait des fragments bout à bout, inter­\npolait ou découpait ; M. Maeterlinck a mis un soin pieux à\nn’ éluder aucune intention, à respecter le texte dans ses\nmoindres subtilités ; ceux qui possèdent, fût-ce imparfaite­\nment, la langue dont se servait Ruysbroeck apprécieront\ncomme nous les difficultés rebutantes que dut rencontrer\nle traducteur et ils s’inclineront avec respect devant le\nrésultat de ses efforts. Comme nous, ils se diront que de tels\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "60                                            la Wallonie.\n\n\n\nlabeurs ne s’entreprennent point par pur dillettantisme et\nque le fait de s’être attaché au plus transcendental peut-\nêtre des mystiques, prouve que le mysticisme a, chez\nM. Maeterlinck, des racines profondes et fortes.\n  Notre intention n’est pas d’examiner ici l’œuvre de Ruys­\nbroeck. Nous n’en avons ni la place, ni le temps; et d’ailleurs\non ne manquerait pas, ce faisant, de répéter ce que M. Mae­\nterlinck s’est plu à noter dans les pages introduisant à sa\ntranslation. Cette “ introduction „, écrite dans un style\nfrigide, met habilement en évidence ce que nous appellerons\nla réflexion terrestre de l’âme de Ruysbroeck; elle n’en\ndévoile qu’insuffisamment l’essence éternelle et scellée. Il y\na telles élévations d’esprit que M. Maeterlinck ne suit pas\naussi loin qu’on le voudrait et dont il se borne à transposer\nla relation en des images nouvelles ou en des citations volon­\ntairement érudites. Au demeurant, c ’est la seule remarque\nque nous voyons à faire. Et de cette remarque M. Maeter­\nlinck s’est affranchi, en constatant d’emblée l’impossibilité de\nse mettre dans la position de l’âme de Ruysbroeck : “ Nous\nne pouvons l’apercevoir ab intra. dit-il, et la reproduire en\nnous-même. „ Il est malheureusement vrai que certaines\naspirations de ce livre se déroberont toujours à nos yeux\ngrossiers et ne seront à jamais pour nous que “ des mystères\nmorts dont l’horizon ne se renouvelle plus „. N’importe, il\nnous aura du moins été donné de percevoir qu’il doit y avoir\nau delà des phrases du vieux moine quelque chose surpassant\ntout sentiment. Cela seul récompenserait de la méditation de\nl'Ornement des Noces Spirituelles, si l’on n’en était déjà payé\npar bien d’autres sensations au sortir desquelles on ne\nmanque pas de se trouver un peu meilleur.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "     les Livres.                                            61\n\n\n\n\n  Saluons, en passant, une réédition soignée (V anier) des\nEpisodes de M. Henri de Régnier. Le nom de ce poète rayonne\nbrillamment parmi ceux de la jeune école et l’on a vu, lors\nde l ’enquête Huret, de quelle estime il jouit auprès des\nartistes de la France contemporaine. Les lecteurs de la\n Wallonie le savent aussi bien que nous, jamais réputation ne\nfut moins usurpée. Doué d’un esprit richement classique,\nM. de Régnier s’est créé un art d’une personnalité déjà très\nnette et qui marque surtout par la beauté panthéistique d’un\ndécor sans cesse renouvelé. Son vers est large, plein de\nsonorités glorieuses et de couleurs éblouissantes — comme\nd’un cortège triomphal sur le midi ensoleillé des mers du\nSud. Les Sonnets ajoutés cette fois aux Episodes et aux Sites\ndonneraient bien le “ la „ de son tempérament.           Nous\ncroyons cependant pouvoir aimer autant que ces pièces assez\nrigides telles Odelettes, parues ici notamment, auxquelles\nnous trouvons des qualités plus spontanément émotionnelles.\nEn réalité, nous tenons ces Épisodes pour une des belles\nœuvres de ce temps et l’on eut grand’raison de les réimprimer,\npuisque, le succès en avait dispersé les premiers exemplaires.\n                            * *\n  J ’éprouve quelque peine à formuler l ’impression que m’a\nlaissée la lecture des   Contes d’ Yperdamme de M. Eug.\nDemolder (Lacomblez). Au total, ce livre, dont j ’admire bien\ndes endroits, m ’intéresse comme le ferait un très curieux\ntravail de broderie. On sait M. Demolder critique d’art et, je\nn’hésite pas à le dire, critique aussi éclairé que convaincu.\nSes Contes résultent, semble-t-il, d’un voyage d’exploration\nau pays des vieux peintres flamands, comme la Chimère de\nM. Ernest Chesneau vit le jour après un périple autour de\nl ’œuvre de Gustave Moreau. A chacun de ces vieux maîtres,\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "62                                              la Wallonie.\n\n\n\nM. Demolder a demandé quelque détail typique ; et ces\ndétails, originalement développés ou assemblés avec art, ont\nproduit un livre à la fois singulier et charmant. Il est incon­\ntestable que, dans son choix, M. Demolder s’est montré\nraffiné et personnel ; il a mêlé aussi aux tons de ses... modèles,\ndes couleurs plus adoucies, — on croirait d’un flamand ayant\nséjourné en Italie, — qui appartiennent certainement à sa\npropre palette. Mais j ’ai un assez gros reproche à lui faire :\nc’est de n’être pas toujours resté simple, d’avoir insisté sur\ntels contrastes que les primitifs introduisaient naïvement\nsans — qui sait ? — y prendre garde. Cette naïveté me\nsemble mieux respectée dans une des premières œuvres de\nM. Maeterlinck, transposant le Massacre des Innocents de\nBreughel, — œuvre à laquelle ces Contes reportent impé­\nrieusement. Il y aurait aussi à rappeler, si l’on parlait des\noccasionnelles sorties philosophiques de M. Demolder, il y\naurait à rappeler le Jésus-Christ en Flandre de Balzac —\navec cette restriction que les Contes d'Yperdamme sont, de\nbeaucoup, moins ampoulés. Par contre, lorsque dans leur\ntenue les personnages du livre se rapprochent de notre\nactualité immédiate, ils n’en gagnent pas, comme ceux des\ntableaux du peintre allemand von Uhde, un surplus de réelle\nhumanité. Il m’aurait plu de voir M. Demolder essayer\nd’entrer dans cette voie.\n  Mais ce qu’il a voulu faire, il l ’a bien fait. Et c’est comme\nde merveilleuses légendes, tracées par un qui sait quels atours\nveulent ces choses, que doivent être pris ces Contes — aux\ncouleurs d’un temps où les bêtes ne parlaient déjà plus, mais\noù les hommes les comprenaient peut-être encore.\n\n                                          A l b e r t A RN A Y.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "     les Livres.                                                           63\n\n\nP oèm es   de   C .-A . S w i n b u r n e , tra d u its p a r G . M o u r e y .\n                             Savine, édit.\n  Avant que M. Gabriel Mourey traduisît intégralement les\nPoèmes et Ballades de Swinburne, le célèbre poète anglais\nn’était guère connu en France que par l’écho de son renom\nd’Outre-Manche et par une traduction du Laus veneris que\nM. V ielé Griffin publia dans l’ancienne Revue indépendante\nde 1888. L e renom était grand et le poème le justifiait. L a\nversion eu était excellente, d’une langue exacte et abondante.\nOn y constatait les qualités d’imagination, d’ampleur et\nd’éloquence qui se retrouvent à des degrés divers dans les\nautres pièces du volume qu’a traduites, avec intelligence et\npatience, M. Mourey. Swinburne est un assez admirable poète\npour résister à la difficile épreuve du passage d’une langue\nà une autre. Sa force et son éclat y subsistent, sa grâce dou­\nloureuse et sa tristesse tragique et crispée ne s’y perdent pas\ntrop et les Ballades de la Vie et de la Mort, Anactoria, Hes­\nperia, le Lépreux, le Triomphe du temps et maints autres\nchefs-d’œuvre prouvent qu’on est en présence d’un étrange\net magnifique génie — ce qui est rare.\n\n\n                T h e I n t r u d e r . — New-York.\n\n  Mme Mary Vielé, en un élégant volume qui reproduit à\npeu près la disposition de l’édition originale de Bruxelles, a\ntraduit en anglais les deux beaux drames : l'Intruse et les\nAveugles de Maurice Maeterlinck. Le style simple et naturel\ns’en transpose aisément et Mme Mary V ielé a donné à ses\nlecteurs la bonne fortune de pouvoir lire le poète sur un texte\ncorrect et équivalent.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "64                                                             la Wallonie.\n\n\n\n     Promenades           s e n t im e n t a l e s ,   par J e a n T h o r e l .\n                                 Perrin, édifc.\n\n  Sous ce titre de Promenades sentimentales, M. Jean Thorel\na écrit un des plus charmants livres de ce temps. C’est une\nlongue songerie douce, triste, miséricordieuse et exaltée,\npromenée tantôt sous un Ciel triste, tantôt vers le Passé, à\ntravers des campagnes mélancoliques, des villes isolées, le\nlong de fleuves, à la lisière des bois; mais les paysages\nsont assez imprécis pour n’exister qu’ autant que les senti­\nments avec lesquels ils s’accordent semblent les motiver. Ils\nsont indiqués plutôt que décrits et on ne les souhaite pas\nautres que tels que le tact du poète les a créés. Ils sont\nhantés d’une âme très vivante et triste, émue facilement, qui\ns’y plaint ou s’y console et qu’ennoblit un besoin ardent de\nsympathie et de charité. Le livre est écrit d’une manière à la\nfois ingénieuse et simple, avec charme et précision, et, par\ndes procédés tout autres que ceux, si grossiers en général, du\nroman, l’auteur a su y évoquer et y faire vivre un portrait\nhumain.\n\n\n     L ’A c t io n   et   le   R ê v e , par G e o r g e s S e r v i è r e s .\n                                 Savine, édit.\n\n  C’est un portrait que peint M. Georges Servières. Rien ne\nle détourne du personnage qu’il a entrepris de représenter et\nil le décrit minutieusement, avec soin, patience et habileté.\nC’est d’une analyse menue et persévérante. Les idées du\npersonnage, leur évolution, leurs sautes, leur suite y sont\nscrutées une à une. Elles sont celles d’un être indépendant,\ndégoûté des promiscuités, rétractile, sobre, un peu hypo-\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "  les Livres.                                                              05\n\n\n\ncondre, elles intéressent à lui et le livre est d’une lecture\nagréable, grâce aussi à un style net et simple, un peu froid •\nmais qui a du tour.\n\n\n    La   peur   de    la   M o r t , par F r a n ç o i s   de   N io n .\n                            Savine, édit.\n\n   Si les chapitres où le comte de Feysin, hanté par la peur de\nla mort, suppute les possibilités de ces destinées d’outre-vie\nsont attachants, ceux où, avec ce sentiment du transitoire des\nchoses et de soi-même qui le caractérise, il est en présence\ndes événements successifs qui, de l’enfance à la vieillesse,\nconstituent le décor familial, amoureux ou mondain dans\nlequel il existe, le sont encore plus et M. de Nion a su créer,\nen nous le décrivant ingénieusement à travers les phases\ndiverses par lesquelles il passe, un personnage très vivant,\nd’une tristesse assez particulière, d’une distinction parfaite.\nIl l’a très fortement analysé et expliqué d’une façon logique\net perspicace et ce soin nous a valu un livre qui dénote un\nécrivain brillant et un esprit qui a le mérite d’un tact, d’une\ndélicatesse et d’un sens très perspicace de certains aspects\nde la vie.\n\n\n     Pétales    de    N a c r e , par A l b e r t S a i n t -P a u l .\n                            Vanier, édit.\n\n  Un écho de fêtes galantes prolongé sous un ciel d’Orient\nanime cette suite de poèmes gracieux et maniérés, ouvragés\ncomme des laques de prix ou coloriés comme de belles étoffes,\nqui chatoient et se nuancent ! La langue en est délicate et le\nrythme subtil et ingénieux et chacune des visions brèves,\nchansons d’amour, paysage fugace et minutieux, procure un\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "66                                             la Wallonie.\n\n\n\ninstant de songerie où. scintillent les pointes des grands\nroseaux des fleuves, les perles des jets d’eau, les facettes\nde quelques pierreries, entrevues comme au travers d’un\nbattement d’éventail ! Citerai-je :\n         En sa rôle ou s'immobilisent les oiseaux...\nou :\n         Le Dragon de la fleur vient boire en Veau rieuse...\nou :\n       Si sur les lacs amis...\npour prouver, ce que savent déjà les lecteurs de la Wallonie\nqui en eurent la primeur, que ces pages sont charmantes et\nque M. Albert Saint-Paul est un habile et clair et délicat\npoète.\n                                                        H. R.\n\n\n     Coups de Plume, Aug.      Fonteyn,    éditeur à Louvain.\nM. Firmin Van den Bosch s’élève contre l’influence donnée\nau Télémaque dans les pensionnats de jésuites, défend les\nFables de Lafontaine, donne des conseils aux collégiens, etc.,\ntout cela est d’un bon esprit et il est possible, après tout,\nqu’il existe encore un endroit, — Louvain, par exemple, —\noù ces choses-là soient utiles à dire.\n\n\n     L'Eléphant, par Charles M erki et Jean Court, chez Savine.\nCe livre-là, certes n’est pas un livre ennuyeux ; il vit d’une\nv ie enragée et nous arrête de ci de là par un croquis net, un\ntype réussi (comme cet Antoine Grinoche, bohême lamarti­\nnien ou cet autre, rastaquouère parisien et brasseur d’affaires\nde lettres) ; mais on y voudrait quelque chose de pas si cons­\ntamment superficiel, une étude plus sérieuse des milieux\nlittéraires et moins d’inutile brutalité ; et puis le héros est\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "  les Livres.                                               07\n\n\n\nvraiment bien mal élevé, un peu trop souteneur aussi, et il\nn’est pas bon de donner de tels exemples à ses confrères,\nque diable !\n\n  Apôtre, par Louis Gastine (Paris, Genonceaux). Livre de\nvisées excellentes et, en somme, d’une logique certaine;\nmais il appartient moins à la littérature qu’à la sociologie et\nà la politique. On y retrouve le cardinal Lavigerie, des\naperçus sur le procès Gouthe-Soulard, le curé de Fourmies,\nles tendances nouvelles du clergé français, le célibat ecclé­\nsiastique, etc. Tout cela pourrait intéresser maint prêtre ou\nhomme du monde s’il n’y avait pas, en outre, un roman.\n\n  Les Histoires du cha t, du coq et du trombone, par H. Stier­\nnet (Bruxelles, chez Lebègue), sont d’excellente littérature\npour les enfants. A la bonne heure, un livre comme celui-là !\nIl nous change un peu d’air, d’abord, et puis il nous rappelle\ntant et de si belles heures ! M. H. Stiernet doit avoir la\nvocation de la paternité, car c’est merveille de voir comme\nil anime ses bons personnages et rend le récit de leurs\nmalheurs terrifiants pour de jeunes oreilles. Joignez à cela\nque ces contes sont d’une bonne langue française et que\nM. Stiernet excelle à faire parler les choses et les bêtes,\ncelles-ci fussent-elles en fer blanc. A dix ans, on pourrait\nfrémir d’une épopée où des rats sont Alcide, Hector et Mé­\nnélas; mais à vingt-cinq ans aussi, on trouve plaisir aux\naventures de ce petit monde, et l’on s’intéresse à la vie ca­\nchée des êtres qui se meuvent en ce vieux grenier wallon où\nM. Stiernet a placé ses Histoires.\n\n  C’est un noble effort vers l’art que La joie de Maguelonne,\nle poème dramatique publié cet été par M. Ferdinand\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "G8                                                 la Wallonie.\n\n\n\nHérold. J ’y voudrais sans doute, avec un sujet plus large et\ndes images moins strictement traditionnelles, des preuves\nplus nettes de la personnalité que M. Hérold développe si\nheureusement dans les vers mystiques du Vitrail des Saintes.\nMais il y a là assez de bons vers et assez de probité d’écri­\nture pour faire pardonner tout cela. Je crois savoir que le\nsujet de ce drame hanta l’esprit de M. Ferdinand Hérold\nlongtemps avant qu’il voulût en déduire la forme, et peut-\nêtre est-il dommage que ce poète n’ait pas écrit plus tôt ce\nlivre, car il a dépensé souvent beaucoup de talent sans être\nassez soutenu par le fond même de l’œuvre et n’est-il pas\nd’ailleurs toujours quelque difficulté à reprendre au bout\nd’un long temps une idée qui nous séduisit d’abord ? On dirait\nque M. Hérold l’a deviné pour lui-même car maintes pages\nprésentent dans le dialogue des poèmes à forme fixe (des\nsonnets surtout), comme si l’auteur avait voulu indiquer que\nla raison d’être de ce livre fut surtout la joie de composer\ndes vers. Aussi, pour juger des qualités de M. Hérold à\nmouvoir des plastiques sur la scène, préférai-je relire l'E xil\nde Harini, drame en prose et en vers évidemment beaucoup\nplus inégal que La joie de Maguelonne, mais où se trouvent\nde bonnes scènes et parfois des vers comme ceux-ci :\n            O bien aimée, ô fleur suave entre les fleurs,\n            Tu péris par les douces sœurs, les parfumées..\n\n   Dans La joie de Maguelonne, pièce évidemment bien supé­\nrieure au drame qui la précéda, on voudrait des gestes plus\ndécisifs, quelques grandes lignes qui s’arrêtent dans la mé­\nmoire et d’amples et nobles poses immobilisées sur un décor.\nMais si l’on ne considère point ce livre selon l’optique de la\nscène, on peut y applaudir avec certitude les belles strophes\nqu’il contient.\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "   les Livres.                                                  69\n\n\n\n  M. Stephan George, déjà connu par un livre de vers (Hym­\nnen) et dont nous analyserons bientôt l’œuvre nouvelle.\nPilgerfahrten, a eu la patience de traduire en rythmes alle­\nmands les principaux poèmes des Fleurs du Mal, etle mérite\nde le faire avec assez de précision et un goût très sûr. Il est\nmême surprenant de voir combien fidèlement le vers allemand\npeut rendre parfois l’original français ; mais il paraît cepen­\ndant illogique de ne point transposer des vers en une prose\nsoigneusement nombrée plutôt qu’en des mesures fixes ornées\nde rimes, celles-ci et celles-là devant toujours nuire à la cer­\ntitude de la traduction. Quelques pages me paraissent de\nvéritables tours de force d’adaptation, comme ces premières\nstrophes de la Bénédiction :\n        Wenn nach den allerhöchsten Urteilsprüchen\n         Der Dichter aùf die trübe Erde steigt,\n         So schaudert seine Mùtler und mit Flüchen\n         Bedroht sie Gott der selber Mitleid zeigt :\n\n        — Ha was gebar ich nicht ein Nest von Schlangen\n        Eh ich ernährte solch ein Zw itterding;\n        Verwünscht die Nacht mit flüchtigem Verlangen\n         ln der mein Leib die Sühne mit empfing !\n\n\n  Les Charneux, par Georges Garnir (Lacomblez, Bruxelles),\nsont une étude consciencieuse et vivante d’un assez curieux\nmonde, gens de ferme à demi gentilshommes et bonne bour­\ngeoisie de la campagne. Je tiens Georges Garnir pour un\nécrivain sincère assurément, et aussi pour un observateur très\nscrupuleux; aussi pensai-je qu’il a étudié son livre sur de\nvrais modèles et ne songerai-je pas à contester la réalité\nextérieure de ses personnages — chose d’importance secon­\ndaire, d’ailleurs. Ce que je sais, dans tous les cas, c’est qu’ils\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "70                                              la Wallonie.\n\n\n\nont une réalité certaine par la logique de leurs pensées et de\nleurs actions, c'est que les deux hommes et les trois femmes\nmis en scène dans ce livre sont humains et peuvent émouvoir.\nSi je tenais Georges Garnir bien acculé dans un coin, je lui\ndirais sans doute des choses désagréables et ne le lâcherais\npoint avant qu’il m’eût avoué que sa forme n’a pas les lignes\nsolides désirables et qu’il se trouve quelque monotonie dans\nle vocabulaire, les images et l ’agencement des phrases! Mais\nil pourrait m’objecter avec raison que son livre doit plaire par\nla saveur toute particulière qu’il récèle, par la clarté de son\natmosphère et son franc parfum de fleur des champs. Et\nen effet, Les Charneux valent par tout cela, et aussi par de\ncourtes mais charmantes et simples descriptions de villages\ncondruziens, et, pour nous, par tout ce qu’ils contiennent de\nl ’âme natale, par toute l’âme wallonne qui chante entre les\npages. Mais pourquoi changer les vers de L'avê-v’ vèïou\npassé ? Si jamais Demblon s’en apercevait !\n  Non, non, je ne lui en dirai rien.\n\n                                                       A. M.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": "                                    NOTES.\n\n\n\n\n   Prévenons nos excellents confrères et prions les de se hâter\ns’ils désirent nous démolir un peu. La Wallonie cessera de\nparaître à la fin de 1892, ayant achevé son cycle de 7\nannées *.\n\n\n   (*) Comme le faisait pressentir Platon avec une sagacité digne d’ éloges\nen cette éloquente période : o ύ μ ό ν ο ν φ υ τ ο ί ς έ γ γ ε ί ο ι ς , ά λ λ α κ α ί έν\nτω ν   Γ α λ λ ό ν ω ν έ φ η μ ε ρ ίσ ι    φορά    κ αι α φ ο ρ ία    ψ υχής     τε καί\nσωμάτω ν        γ ίγ ν ο ν τ α ι,   δταν    π ερ ιτ ρ ο π α ί   έ κ α σ το ις   κύκλων\nπ ε ρ ι φ ο ρ ά ς ξ υ ν ά π τ ω σ ι , etc., etc ; et, plus loin : έσ τ ι δ έ θ ε ίψ μ ε ν\nγ ε ν ν η τώ π ερ ίο δ ο ς,   ήν    ά ρ ιθ μ ό ς   π ερ ιλ α μ β ά ν ει τέλ ειο ς,   etc.\nNous ne ferons à nos lecteurs ni l’ injure de traduire, ni celle de continuer.\nQu’ il suffise de faire observer ceci : le nombre désigné ici par Platon\nest, d'après les savantés recherches de Schleiermacher, 133056 : lequel\ndivisé par sept donne 1908 lequel divisé par 12 (nombre de mois) donne\n159, lequel divisé par le nombre des directeurs donne 33 dont les chiffres\nadditionnés expriment précisément le nombre d’années que vécut la\nWallonie en y ajoutant l’année de l'Elan littéraire qui précéda cette\nrevue. Cette démonstration nous paraissant convaincante, nous ne per­\nmettrons plus à personne de nous demander pourquoi la Wallonie ne doit\npas durer plus de 7 ans, et nous dédaignerons l’ argument de la Pléiade, des\n7 sages, des 7 péchés capitaux et autres pauvretés indignes de nous.\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "72                                               la Wallonie.\n\n\n\n  Il importe de compléter la note précédente par quelques\nexplications. Étant donné le caractère absolu et de rythme\néternel exprimé par la phrase de Platon, nous ne pouvions\nadmettre que cette graphie Ραλλόνων dont l’archaïsme nie\nà ravir toute chose contemporaine et transitoire. Stallbaum,\nnon sans une apparente logique, transcrit 'Αλλόνων, rem­\nplaçant le F par l’esprit rude. Hermann et Cousin hésitent\nentre ουαλλονείδων et, par une métathèse hardie, Άυλόνων;\nmais nous ne pourrions admettre un instant l’une de ces\ndiverses leçons, pas plus que le texte ridicule du Parisimis A.\nCe ms. porte en effet έν έπιγείοις ζώοις ce qui ne se com­\nprend plus du tout.\n\n\n  Le dessin d’ AUGUSTE DONNAY que nous publions aujour­\nd’hui est destiné à illustrer une Enfant des Eaux qui passent,\n(Wallonie, janvier 1891); cette phototypie est due aux soins\nde la Maison Otto de Dusseldorf et de M. Charles Piron, son\nreprésentant à L iége.\n\n\n     M1le Marguerite Rolland, du Théâtre du Parc, à lu hier au\nsalon des X X , devant un auditoire très attentif d’artistes et\nde jolies femmes, quatre pièces de Camille Lemonnier : l ’Ins­\ntitutrice, à la Pension, la Jeune Fille à la Fenêtre et le Corps\ndu Christ. Ces quatre proses judicieusement choisies et\nvariées de sentiment, l’artiste les a dites avec une grande\nfinesse et avec une parfaite justesse d’expression.\n  Elle a donné à chacune d’elles la vie de l’action. Aussi son\nsuccès a-t-il été très vif.\n   L ’intérêt de cette matinée consistait aussi dans cette tenta­\ntive nouvelle : maintenir l’attention et l’impression artistique\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": "  Notes.                                                            73\n\n\n\nd’une assemblée par le seul prestige de pièces d’un même\nauteur, de morceaux littéraires au sens absolu du mot,\ndégagées de toute concession faite pour amuser l’auditeur.\nA cet égard l’expérience a été concluante. L a sincérité\nd’accent des nouvelles de Camille Lemonnier. la grandeur\nlyrique qui marque spécialement la Mort du Christ et cette\npièce charmante, de demi-caractère, la Jeune Fille à la\nFenêtre, ont fait sur le public une profonde impression.\n                                                  (A rt Moderne.)\n\n\n  L ’Echo de Paris publie des interviews de jeunes peintres.\nVoici celles de MM. Emile Bernard et Maurice Denis :\n                   M . E m il e B e r n a r d .\n\n  M. Emile Bernard offre une physionomie fort intéressante.\nA seize ans, expulsé de l ’atelier Cormon pour cause d’im­\npressionnisme, il s’en alla en Bretagne, à pied, sans le sou\ndans sa poche, couchant dans les granges avec les vagabonds,\nmangeant quand des gens humains voulaient bien lui donner\nune tranche de pain.\n  C’est un chercheur, un passionné, un gaillard capable de\npérir d’inanition plutôt que de faire la moindre concession\npour tout ce qui touche à son art.\n  C’est aussi un catholique ardent et pratiquant, ce qui\nexplique le mysticisme de ses peintures.\n  A Asnières, dans un petit atelier en planches et dans la\nmaison où M. Emile Bernard demeure avec ses parents, nous\navons pu voir quantité de croquis curieux, des toiles tout à\nfait originales, des vitraux d’une beauté artistique surpre­\nnante, des panneaux sculptés avec un soin infini, des tapis­\nseries d’une extrême originalité.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "74                                              la Wallonie.\n\n\n\n  Dans la chambrette de ce jeune peintre, nous remarquons\nun Christ décloué dont la vue donne une très vive émotion.\n  L ’impresion que nous avons rapportée de cette visite à\nson atelier, c’est que M. Emile Bernard, — que l’on a accusé\nde plagier Paul Gauguin, ne lui ressemble pas du tout, oh !\npas du tout.\n  M. Emile Bernard n’est qu’un hiératique, et pas autre\nchose. Sa peinture ne traduit que des sentiments religieux.\nQuant à ses procédés, ils sont très simples : peu de couleurs,\net emploi des seules couleurs ternes, éteintes.\n  M. Emile Bernard a vingt-quatre ans. Grand (*), fluet, les\ncheveux longs, la barbe blonde en pointe, l’œil bleu et le\nregard très doux, il rappelle un personnage de Velasquez.\n     C’est un causeur intéressant, très érudit et très clair:\n     — Je suis très chrétien, nous dit-il, et j ’essaie de rendre\nles sentiments qui sont en moi. Je rêverais de créer un style\nhiératique qui s'élèverait au-dessus de la modernité, au-\ndessus de l’actualité. Comme procédés et comme inspiration,\nil faut revenir aux Primitifs : être très bref au point de vue\ntechnique, ne se servir de la ligne que pour déterminer la\nforme et de la couleur que pour déterminer les états. Il\nfaudrait, en un mot, créer un style qui serait celui de notre\népoque.\n  — Comment jugez-vous nos maîtres contemporains ?\n  M. Emile Bernard répond, sans la moindre expression ni\nle moindre geste de méchanceté :\n  — “ Je pense que Cabanel, Carolus-Duran, Cormon, etc...\nsont tous des crétins qui n’ont jamais rien compris aux\nmaîtres qu’ils ont voulu perpétuer : Raphaël, Vinci, etc....\n\n  (*) Erreur ! Petit. (Note de la Rédaction.)\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "  Notes.                                                    75\n\n\n\n  “ Quant à Meissonier, ses premiers tableaux sont des\ngâteaux bien faits et ses derniers du jus de rôtissoire. Je\nn’admire, parmi les contemporains, que Cézanne et Odilon\nRedon. „\n\n                    M . M a u r ic e D e n i s .\n\n   M. Maurice Denis vit dans sa famille, à Saint-Germain. Il\nfréquenta pendant quatre ans l ’école des Beaux-Arts et\nl’atelier Jullian. Lui aussi est un catholique pratiquant, et\nfait de la peinture religieuse. Son Mystère catholique, exposé\nrue L e Peletier, est très remarqué.\n  En ce moment, M. Maurice Denis se livre, paraît-il, à des\nrecherches dont il espère obtenir un résultat satisfaisant.\n  Bien qu’âgé seulement de vingt et un ans, il nous a parlé\navec la modération d’un vieillard :\n  — “ Nous ne sommes pas des gens prétentieux vivant\navec la conviction que nous avons découvert l’A rt im­\nmuable. Nous sommes des chercheurs aussi humbles que\npossible.\n  “ Pour moi, personnellement, j ’ai la faculté d’admirer des\ngens très différents de moi. Les maîtres contemporains\nm’offrent quelque intérêt.\n  “ Meissonier est, en somme, un homme respectable, qui a\nsu son métier de peintre, grâce à son imitation des petits\nHollandais.\n  “ Je pense qu’avant tout une peinture doit orner. Le chois\ndes sujets et des scènes n’est rien. C’est par la surface colo­\nrée, par la valeur des tons, par l ’harmonie des lignes que je\nprétends atteindre l’esprit, éveiller l’émotion. „\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "76                                           la Wallonie.\n\n\n\n  Nous recevons l’extraordinaire lettre suivante dont nous\nne garantissons pas l’authenticité :\n                                        Paris, février 1892.\n         Monsieur le Directeur,\n   Depuis quelque temps, — c’est-à-dire depuis que j ’ai eu\nla malencontreuse idée de me faire annoncer dans les Entre­\ntiens — il ne se passe guère de jour sans qu’on me parle de\nlittérature. C’est intolérable. Edmond Bailly veut mettre en\nvente un gros livre qu’il m’attribue, on me demande ce que\nje pense des vers de tel ou tel, à moi qui n’en pense rien du\ntout; on veut me faire discuter à propos de l’allitération, de\nla consonne d’appui, du rythme interne et du symbole, enfin,\nMonsieur, on ne me laisse pas tranquille.\n   Je ne savais à quoi attribuer cette série de vexations,\nlorsque j ’appris qu’un certain Albert Mockel, ou se disant\ntel, écrit chez vous en prose et même en vers. Or, Monsieur,\nje suis photographe et point poète ; je lis, à mes heures, les\nlivres qui paraissent, mais n’aime pas qu’on puisse m’attri­\nbuer toutes les calembredaines qui viendraient à éclore sous\nla plume de votre collaborateur. Veuillez donc le prier de\nprendre un autre pseudonyme. Je puis remonter jusqu’à\nla 7e génération sans trouver dans mes ascendants un seul\nouvrier de lettres et suis déterminé à prouver énergiquement\nmon dire.]\n  Agréez, Monsieur le Directeur, l’ assurance de ma parfaite\nconsidération.                    MOCKEL (photographe).\n\n  Dès que nous fûmes revenus de la stupéfaction bien légi­\ntime causée par ces pages (elles aussi justement indignées,\nd’ailleurs), nous allâmes interviewer M. Albert Mockel.\n  Rue Mandeville, 106, à L iége. Derrière la gare des Guille-\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "  Notes.                                                    77\n\n\n\nmins, c’est line chaîne de verdoyantes collines aux tons pâles\npiqués de ci de là par la tache solide d’une villa. Le chemin\nde fer roule au pied de cette verdure et la ronge. L a maison\nde M. Mockel est une vieille bâtisse blanche, de style vague­\nment oriental ; deux tourelles, terrasse, colonnade, arbres et\nfleurs. Un grand jardin s’étend devant et derrière la maison,\net notre œil de reporter y découvre aussitôt de grands poi­\nriers, des pruniers, des pêchers, des pommiers, du gazon et\nune infinité de parterres de roses que la rigueur du temps ne\nlaisse pas fleurir. L e jardin est vieux comme est vieille la\nmaison. Nous voulons ouvrir la vieille grille ; un vieux jardi­\nnier hirsute nous indique une venelle où nous nous engageons.\nNous sonnons. Une servante à l’œil germanique vient nous\nouvrir.\n  — M. Albert Mockel, demandons-nous ?\n  — Veuillez entrer, nous dit-elle.\n  Nous entrons et elle nous introduit dans le cabinet de\ntravail, au premier étage. En attendant le Maître (c’est de\nM. Albert Mockel qu’il s’agit), nous examinons la pièce. Très\nclaire; tapisserie et meubles blanc et bleu, le tout un peu nu.\nPiano. Portraits de famille, rayons avec livres; un bas-relief\nsigné J. R ulot; dessins et petits panneaux de Donnay, de\nGroux, R edon ; photographies de primitifs, reproduction\nd’incunables auxquels nous ne comprenons rien ; par une\nporte entrouverte nous apercevons encore des PH O TO G R A ­\nPH IES de primitifs.\n  Nous concluons aussitôt que M. A lbert Mockel est bien le\nphotographe. Mais comme nous notons cela sur notre carnet,\nsoudain la porte s’ouvre et le Maître paraît. Dès que nous\nlui avons donné connaissance de l’épître ci-dessus :\n   — Mais je connais très bien M. Mockel, nous dit le jeune\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "78                                                la Wallonie.\n\n\n\nMaître. Au moins l’ai-je aperçu une fois et cela suffit, n’est-ce\npas, en ces temps où la poignée de main commence tout ?\nOui, je l’ai vu chez M. Edmond Bailly, l’éditeur, et je me\nrappelle que ce libraire occulte riait sardoniquement dans\nsa barbe de faune, lorsqu’il nous présenta. M. Mockel me\nproposa même de me photographier, ce que je refusai avec\nterreur, car voyez quel trouble si des mains de Mockel était\nnée soudain l ’Image de Mockel ! Non il n’est pas littérateur,\nil est photographe et même excellent photographe, je puis\nl’affirmer, car j ’ai vu sa vitrine, 10. boulevard Montmartre,\nmaison du musée Grévin *.\n  — Mais voyez, insistâmes-nous respectueusement, on le\nconfond avec vous.\n  — A vec moi, dit le Maître en riant, avec moi ? ! Oh la\nbonne histoire ! Mais c ’est impossible, dit le Maître en\nreprenant son sérieux et, avec une nuance de dédain, il\najouta : ce photographe est de taille moyenne, et je suis\nlong, long, long (confer. d’ailleurs article de Jules Bois,\ndans l'Etoile) ; il est carré et d’une corpulence plutôt avanta­\ngeuse, tandis que moi ! Ici le Maître nous découvrit son\npoignet et la naissance du bras; nous devons le confesser,\nrarement il nous fut donné de voir maigreur plus farouche.\n   — Ainsi donc, poursuivîmes-nous, il n’y a point de confu­\nsion possible ?\n  — Aucune, Monsieur; et, si tous les détails que vous avez\ndéjà notés dans votre carnet de reporter ne suffisaient pas,\nceci serait décisif; car, „ ajouta M. Albert Mockel en avançant\nla lèvre et en haussant les épaules pour témoigner do son\nirrésistible mépris, “ car ce Monsieur N ’EST P A S W A L L O N ! ! „\n\n  (*) Réclame payée.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "  Notes.                                                   79\n\n\n\n  Abasourdi par cette déclaration que nous devinions insul­\ntante, nous nous tûmes d’abord. Lorsque nous jugeâmes\npouvoir reprendre la conversation sans trop d’irrévérence,\nnous articulâmes timidement :\n  — Cependant, cher Maître, on dit que ce photographe peut\nprouver une origine luxembourgeoise....\n  M. Mockel eut ici un geste d’impatience.\n  — Et quand cela serait ? „ dit-il. M. Mockel, le photo­\ngraphe, vous a parlé de 7 générations ; — je puis, moi, vous\naffirmer que jusqu’au 933 quartier on ne rencontre pas un\nphotographe parmi ceux de mes ascendants qui s’appelèrent\nMockel. Quatre-vingt-treize, entendez-vous? Au delà, je\nn’oserais affirmer, car on ne sait jamais à quoi s’en tenir\ndès qu’on remonte à quelques siècles avant le Christ; et puis\nles Egygtiens et les Phéniciens ont connu tant de choses\nque, peut-être, la photographie....\n  — Nous nous contenterons de ces renseignements, cher\nMaître, nous empressâmes-nous d’interrompre (car M. Mockel\nparaissait avoir une dissertation toute prête sur les premiers\nPharaons). Un mot encore, pourtant. Que pensez-vous du\nsymbole, du théâtre moderne, des vers libres, des romanciers\npsychologues, des naturalistes et de l ’avenir de la littéra­\nture française ? „\n  L e Maître, sans répondre, roula des yeux désespérés.\n  — Au moins, insistai-je, me donnerez-vous quelque note\ninédite.... Voyons, les Flamands, par exemple ?\n  L e Maître hésita longtemps.\n  — La province de Molder nous paraît bien sensuelle, dit-il\nenfin ; mais il y a là de hauts et puis talents et nous les\nadmirons beaucoup, je vous assure. „\n  Nous remerciâmes le Maître et prîmes congé de lui aussitôt.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "80                                                    la Wallonie.\n\n\n   Et, comme il nous reconduisait, soudain nous tapant sur\nl’épaule avec une familiarité charmante, bien que déplacée :\n   — Pourtant il me reste un doute, dit-il avec un soupir. Un\nde mes arrière-grands oncles partit pour l ’Amérique avec\nl’expédition de Lafayette — car j ’ai moi aussi, un oncle\nd’Amérique ! — il prit part à la guerre de l’indépendance,\nlà-bas, mais, bien qu’il ne figure pas sur la liste des tués ou\nmême des prisonniers, depuis ce moment on n’a plus reçu\nde ses nouvelles. Peut-être est-ce lui, en somme, qui s’est\nfait photographe ?.... Mais non, ajouta le Maître avec un\nindulgent sourire, il aurait aujourd’hui 137 ans.\n\n\n     Welcome ! Welcome ! Dirigée par Paul Gérardy, ayant\ncomme rédacteur en chef Charles Delchevalerie, et coquette­\nment éditée par H. Vaillant-Carmanne, voici une nouvelle\nrevue de littérature et d’art publiée à Liège *. Floréal\naligne au sommaire de son premier n° les noms de Camille\nLemonnier, Emile Verhaeren, Pierre Quillard, Gaston V yt­\ntall, etc. Fernand Severin, Albert Giraud, Grégoire Le Roy,\nHenri de Régnier, Aug. V ierset et d’autres sont encore\nannoncés. Mais ce qu’il faut voir en la revue nouvelle c’est\nun groupe très vivant de jeunes littérateurs — oui, jeunes,\net beaucoup sont très jeunes, — décidés à travailler de toutes\nleurs forces pour faire œuvre d’art.\n  Paul Gérardy, Charles Delchevalerie, Germaine Franck,\nAlbert Thonnar, Léon Paschal, Charles Bronne, Edmond\nRassenfosse, tous ces jeunes gens vont tâcher d’être vrai­\nment juvéniles, ce qui n’est assurément point banal. Par un\nétonnant miracle, ils ne songent pas à se plaindre de leur âme\n\n\n  ' Floréal, bureaux 22, rue St-Remy, Liége, 5 fr. l’an.\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "   Notes.                                                          81\n\n\net, par un miracle plus étonnant encore, s’il faut en croire\nles on-dit, ils ne déployeront pas à tout propos la grande\nbannière et ne seront pas toujours sur la brêche, mais cher­\ncheront tout simplement à écrire de belles pages sans se\npréoccuper du reste. Cela confond l’imagination; mais ne\nfaut-il pas applaudir ?\n\n\n  La Croisade (16, rue de Mexico, au Havre; abonnement,\n6 fr. l’an) a commis M. Charles L e Goffic au soin de réagir\ncontre les tendances modermes. Il est amusant de voir\npréférer aux œuvres de Stuart Merrill et F. Vielé-Griffin\ncelles de M. Vicaire, mais il n’y a. pas de mal à cela et ce\ngenre de sport est même très confortable. Cela n’empêche\npas aussi M. L e Goffic d’écrire de bons vers et la Croisade de\nse présenter fort bien; remarqué au sommaire une prose\ncolorée de M. H. Mazel et une intéressante transposition en\nprose de l’œuvre de Monticelli, par P. Guiguou. Mais prenez\ngarde, la Croisade, ce n’est déjà plus du Parnasse !\n\n\n  L a bienvenue à une nouvelle revue bruxelloise *. Le\nMouvement littéraire publiera deux fois par mois des chro­\nniques, des vers, des critiques; il y aura même en chaque no,\nun article où seront réunis des documents de toute nature\npouvant servir à l’art. Le premier n°, qui vient de paraître,\nrehaussé d’une page chaleureuse d’Edmond Picard et d’une\ntrès curieuse lettre de Maurice Barrés, a fort bon air. Mais\nqu’est-ce qu’Edouard Drumond vient faire, bon Dieu, à côté\ndes vers de Griffin ?\n\n   Bi-mensuel de huit pages, in-4° ; 6 fr. l’an ; 13, rue des Minimes,\nBruxelles.\n                                                           6\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "82                                               la Wallonie.\n\n\n\n  La Jeune Belgique publie un superbe n° de janvier où des\nvers de Albert Giraud, F ernand Séverin Iwan Gilkin, et un\nmystère en prose de Demolder brillent surtout d’une magni­\nfique aurore.\n\n  A rt et Critique renaît de ses cendres, à Paris; on apprendra\navec plaisir que presque toute l’ancienne rédaction s’y trouve\nà nouveau réunie.\n     A Gand, le Réveil littéraire succède aux Essais publiés par\nle Cercle littéraire français. Il s’y rencontre de jeunes écri­\nvains gantois, les anciens jeunes de Namur et quelques autres\nauxquels nous souhaitons la bienvenue.\n  L a bienvenue aussi au Saint G-raal, revue publiée à Paris\npar un groupe de jeunes catholiques artistes, d’allure très\nnette, et à la Revue méridionale qui paraît aimer à l’excès\nJean Rameau et les poètes de l’ail, mais montre un beau\ncourage en tâchant de vivre à Carcassonne.\n\n\n  Nous extrayons de la Revue Méridionale la page suivante\nqui dit fort bien ce que nous allions essayer de dire nous-\nmêmes.\n                    ÉPH RAIM M IK H AEL.\n\n  Il s’est constitué à Paris un Comité de dix-huit jeunes\nlittérateurs afin d’ouvrir une souscription destinée à élever\nun monument à la mémoire du poète Ephraïm Mikhaël. Ce\nComité a résolu de faire exclusivement appel au concours des\namis de la poésie et d’informer du projet les seules revues\nlittéraires, en dehors de la grande presse. L a Revue Méridio­\nnale a bien voulu m’offrir chez elle l’hospitalité pour adresser\nun appel à ses lecteurs : je la remercie de son accueil et de\nson appui.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "   Notes.                                                     83\n\n\n\n  Ephraïm Mikhaël ne peut être un inconnu en ce pays. Il\nn’a pas seulement tenu une place déjà grande dans le mouve­\nment poétique de notre génération, ce qui serait une raison\nsuffisante de notoriété, mais encore il est enfant du Langue­\ndoc, et il a toujours aimé cette Toulouse où il est né au mois\nde juin 1866 et où il a passé ses quinze premières années.\nIl n’y a aucun événement notable dans la vie de Mikhaël :\nç’a été une jeunesse tranquille d’étude, de méditation et de\ntravail. Au sortir du Lycée, il prit sa licence ès lettres en\nSorbonne, suivit les cours de l ’Ecole des Chartes, obtint son\ndiplôme d’archiviste-paléographe et se fit attacher à la\nBibliothèque Nationale. En même temps il collabora à\ndiverses petites revues, se fit connaître surtout par les\npoèmes parus dans la Pléiade et par la publication de son\npremier livre l'Automne; il donna au Théâtre Libre une\nféerie intitulée le Cor F leu ri; il obtint le prix d’honneur au\nconcours de l’Echo de Paris pour son Florimond. Il ne vécut\nque pour la poésie. Il est mort presque subitement le 5 mai\n1890, à l ’âge de 24 ans.\n  J ’ai trop d’affection personnelle au cher disparu pour\ndonner ici mon unique jugement : qu’on me permette d’en\nciter quelques autres qui auront plus d’autorité. L e soir où\nparut l'Automne, Catulle Mendès nous déclara : “ c’est le\nplus noble début que je connaisse en poésie. „ Quand nous\napportâmes à Théodore de Banville, qui nous avait fait\nla faveur d’une préface, le premier exemplaire sur Hollande\nde la Pléiade : “ vous avez parmi vous, Messieurs, nous dit-il,\nun poète de grand avenir, une belle âme de poète; c’est de\nM. Mikhaël que je veux parler. „ Au concours de l'Echo de\nParis, des juges tels que Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme,\nJosé-Maria de Hérédia, Stéphane Mallarmé, Catulle Mendès,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "84                                                  la Wallonie.\n\n\n\nPaul Bourget, etc., furent littéralement saisis d’enthousiasme\nlorsqu’au milieu de tant de productions, généralement médio­\ncres ou banales, ils tombèrent sur ce poème glorieux, Flori­\nmond, d’un souffle puissant, d’ une langue riche et profonde,\nsi plein de la tristesse des joies humaines inégales à tous les\nrêves. E t apr ès qu’Ephraïm Mikhaël fut mort, un soir calme\ndu mois de mai, avec la sérénité de la délivrance et un\nsourire indulgent pour la vie acceptée qui fuyait, Sully-\nPrudhomme prit la parole sur sa tombe prématurée, et tout\nnaturellement parla de la gloire du jeune poète : — “ Déjà\nla gloire ! „ ajouta-t-il.\n    En effet, les artistes avaient pour l’œuvre de Mikhaël de\nl ’admiration et ses amis ont voué à sa mémoire, comme ils\nl’avaient fait à sa personne si intimement liée à son œuvre,\nun véritable culte. L ’espace me manque pour dire aujour­\nd ’hui aux lecteurs de la Revue ce que fut ce délicat et rare\npoète; je le ferai dans un prochain numéro. Mais je suis déjà\nsûr que tous les amants de l’art voudront honorer avec nous\nle souvenir d’Ephraïm Mikhaël.\n                                           Ca m il l e B L O C H .\n  Nous recevons d’ailleurs, avec prière d insérer, la note\nsuivante :\n  Un Comité composé d’amis d ’EPH RAÏM M IK H AËL. mort\nle 5 mai 1890, se propose d’élever à sa mémoire un monu­\nment de pieuse admiration. Il fait appel à tous ceux qui\naimèrent l’homme et le poète, à ceux qui estiment qu’il\na réuni en lui plusieurs des plus nobles dons particuliers à\nla jeune génération. Il sied qu’une image de marbre, sur sa\ntombe, rappelle ce que fut le pur poète qui repose là. L ’exé­\ncution du monument a été confiée à M . M i c h e l M a l h e r b e .\nLes souscriptions sont recueillies par M . GASTON DANVILLE\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "  Notes.                                                    85\n\n\n\ntrésorier, 191, Faubourg St-Honoré, et par chacun des\nmembres du Comité :\nJean Ajalbert, Camille Bloch,       Marcel Collière,   Gaston\nDanville, Rodolphe Darzens, Ferdinand Hérold, Henry La-­\npauze, Bernard Lazare, Grégoire L e R oy, Charles Van\nLerberghe, Mooris Maeterlinck, Stuart Merrill, Emile Miche-\nlet, Albert Mockel, Pierre Quillard, Henri de Régnier,\nSaint-Pol Roux, Alexandre Tausserat.\n\n\n\n  Les Entretiens politiques et littéraires de Griffin restent\ntoujours le plus intéressant des périodiques parisiens.\n\n\n\n  L ’Ermitage, qui a publié souvent de très bonnes choses,\nvient de s’adjoindre l ’ami Retté comme secrétaire de rédac­\ntion et la Plume accapare tout ce qui en restera.\n\n\n\n  Bravo pour le Chasseur de chevelures, moniteur du Possible.\nCe très curieux et parfois spirituel journal paraît avoir heu­\nreusement réalisé ce souhait de Stéphane Mallarmé : qu’il y\neût dans chaque ville une gazette relatant les faits quoti­\ndiens sous le jour propre au Rêve. Mais c’est qu’on s’amuse\nau Quartier ! — E t dire que Merrill n’y est plus !\n\n\n\n  Tous les liseurs n’ont pu que s’indigner d’apprendre la\ncondamnation de l'En dehors, un probe et vaillant petit\njournal d’artistes révoltés.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "86                                                        la Wallonie.\n\n\n\n Dans la Conque, la délicieuse page que voici :\n\n                           L A FILEUSE.\n                                                       Lilia... nequehent.\n     Assise la fileuse au bleu de la croisée\n           Oit le Jardin mélodieux se dodeline ;\n          Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.\n\n     Lasse, ayant bu l’azur, de filer l'agneljne\n          Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,\n          Elle songe, et sa tête petite s’incline...\n\n     L’ âme des fleurs paraît plus vaste et primitive,\n          De plus jeunes parfums le val chaste s’arrose,\n          Et des lys ont pâli le Jardin de l’oisive.\n\n     Une tige, où le vent vagabond se repose\n          Courbe le salut vain de sa grâce étoilée\n          Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.\n\n     Car la dormeuse file une laine isolée\n          mystérieusement l’ ombre frêle se tresse\n          Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.\n\n     Le songe se dévide avec une paresse\n          Angélique, et sans cesse au fuseau doux, crédule\n          La chevelure ondule au gré de la caresse...\n\n     N’es-tu morte naïve au bord du crépuscule ?\n          Naïve de jadis, et de lumière ceinte ;\n          Derrière tant de fleurs l’azur se dissimule !...\n\n     Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte\n          Parfume ton front vague au vent de son haleine,\n          Innocente qui crois languir dans l’heure éteinte\n\n     Au bleu de la croisée où tu filais la laine !\n\n                                                       P aul VALERY.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "   Notes.                                                      87\n\n\n\n  Nous insérons avec plaisir le communiqué suivant que\nnous envoient de vrais artistes :\n   Autorisé par un respect des Choses de l’Art, qu’il veut\nau delà de l ’Intérêt, des Coteries et de l ’Ecole, un Comité\ns’ est fondé.\n    Il se vouera, argumentant d’expositions d’art, de confé­\nrences et d’auditions musicales, à la défense des Idées et\ndes Vouloirs des Plus Récents Artistes.\n  Désireux de réaliser, à Anvers, une Association où toutes\nles manifestations de l’Art se puissent produire librement,\nnous attendons de votre patronat, M      , l’accomplissement\nde l’œuvre projetée.\n                         Le Comité :\n\nCharles Dumercy, Max Elskamp, George Morren, Georges\n            Sérigiers, Henry Van de Velde.\n\n\n\n  M u s i q u e . -— Nous n’avons pas jusqu’ici épuisé le vocabu­\nlaire des éloges en faveur de M. Radoux. Mais il est juste\nde signaler les soins de plus en plus sensibles qu’il met à\ncomposer et à exécuter les programmes de ses soirées musi­\ncales. Au dernier grand concert, l’interprétation du prélude\nde Lohengrin fut absolument parfaite et celle du prélude\nde Tristan, très remarquable. Très claire et bien décorative,\ncomme il fallait, l ’exécution de Ste-Cécile de H ändel. Quant\nau fragment de Götterdämmerùng ce fut plus inégal. Disons\naussi à Madame Sücher qu’une artiste de son talent se désho­\nnore lorsqu’elle change, ainsi qu’elle s’est permis de le faire,\ntous les mouvements des œuvres qu’elle interprète. Ainsi\nchanté le finale de Tristan perd toute passion et les Rêves\nsurtout, récités comme une nénie, larghissimo sans rythme,\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "88                                           la Wallonie.\n\n\n\ndevenaient la parodie de ce que W agner a écrit. L ’orchestre,\nqui pourtant no déteste pas de s’endormir, voyait avec stu­\npéfaction qu’on dort encore plus à Berlin. Heureusement la\ncantatrice allemande a tout sauvé en déclamant avec force\net maîtrise la salutation vibrante d’Elisabeth à Tannhaüser.\n  Au programme de la 4e “ audition„ du Conservatoire, les\nnoms de Ch. Ph. Emmanuel Bach et du grand Jean Sébas­\ntien; Mozart, le père Martini, Grétry et Jihan Noé Hamal.\nOn ne peut que louer. Mais, si l ’on joue l’ancienne musique\nliégeoise, n’y aurait-il pas moyen de faire la place plus large\nà Dumont et à Hamal en éliminant un peu Grétry qui ne\nleur vient pas au talon ?\n  Aux concerts Dupuis on a entendu avec joie des fragments\nde Wagner, la symphonie sur un thème montagnard de\nd’Indy, si pure de lignes et si bien baignée de plein air;\ndeux poèmes symphoniques de Richard Strauss hauts en\ncouleur, étonnamment orchestrés et très vigoureux mais\naussi bien peu distingués et faibles de ligne; une ferme\nsymphonie de Brahms, la noble symphonie de César\nFranck, etc., etc. Mais par exemple, l’orchestre se relâche:\nce n’ est plus la belle vigueur d’autrefois.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                        de nos Collaborateurs :\n\nA * ...............................................Chantefable un peu naïve.\nH ector Ch a in a y e . . . .                        l’Ame des choses.\nA chille D elaroche . . . Aénor (à paraître prochainement).\nCÉLESTIN DEMBLON . . . Contes mélancoliques.\n                                                     le Roitelet.\nA ndré Gi d e .......................... Cahiers d'A. W.\nA.-F . HÉROLD..........................l'Exil de Harini.\n                                                     la Joie de Maguelonne.\nGUSTAVE KAHN..................... les Palais nomades.\n                                                     Chansons d'Amant.\nB ernard L a zare . . . .                            le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier . . .                            le Possédé.\nCharles V a n L erberg he . les Flaireurs.\nGrégoire L e R oy . . . . mon Cœur pleure d'autrefois.\nPierre L o u y s .....................Astarté.\nM aurice Maeterlinck . . Serres chaudes.\n                                                     les Aveugles. l'Intruse,\n                                                     les sept Princesses.\nStéphane Mallarm é . . Poèmes d'Edgar Poe.\n                                                     Pages.\nStuart M errill . . . .                              les Gammes.\n                                                     les Fastes.\nJEAN M oréas .......................... le Pèlerin passionné.\nGa b r ie l M ourey . . . .                          Flammes mortes.\nPIERRE-M. Ol i n .....................mes Mémoires.\n                                                    Légendes puériles.\nPierre Quillard . . . .                             la Fille aux mains coupées.\n                                                     la Gloire du Verbe.\nH e n r i de B égnier . . . Épisodes et Sites.\n                                                    Poèmes anciens et romanesques.\nADOLPHE R e t t É.....................Cloches en la Nuit.\n                                                    Thulé des Brumes.\nA lbert Sa in t -Pau l . . . Scènes de Bal.\n                                                    Pétales de nacre.\nF ernand Severin . . . .                            le Lys.\n                                                    le Don d'Enfance.\nÉMILE V erh aere n . . . .                           les Soirs, les Débâcles.\n                                                    les Flambeaux Noirs,\n                                                    les Apparus dans mes Chemins.\nF rancis V ielé -Gri ffin . . Joies.\n                                                    Diptyque,\n                                                    les Cygnes.\nGASTON V y t t a l l . . . .                        Vers la Mort.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, Nos I et II.\n\n\n                             LA WALLONIE\nR EVU E MENSUELLE DE LIT TÉ R A T U R E ET D ’A R T\n\n\n    Directeurs : A lbert M OCKEL, Pie rre -M.                    OLIN\n                    et H enri de RÉG N IER.\n\n               Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n   Adresser les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles,\n                    et 6, rue Boccador, Paris,\n\n    Abonnement : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n\n                             SOMMAIRE :\nHenri de Régnier . .                       la Gardienne.\nCharles Delchevalerie                      Celle qui s’éveille,\nFernand Severin . .                        la Dormeuse.\nPierre Louys. . . .                        Astarté.\nÉmile Verhaeren . .                        Chansons des Carrefours.\nHector Chainaye . .                        Vivre.\nAndré Gide..................               Vers.\nPaul Valéry . . . .                        Arion.\nAlbert Thonnar. . .                        Vers.\nPierre-M. Olin . . .                       Une Promenade!\nA.-Ferdinand Hérold                        Noniva.\nGabriel Thrarieux .                        Vers.\nMath. Robert. . . .                        L es Trépassés,\nCharles Sluyts . . .                       de : L a Vie latente.\nA. Remouchamps . .                         Vers.\nEdmond Bailly . . .                        Cendre de L ys.\n                           Chronique musicale.\nMarcel Remy.           .     .    .    .   Scènes Hindoues.\n                                 Les livres.\nAlbert Arnay. — H. de R. — A. M.\n                                      Notes.\n\n                     Ce numéro un franc.\n\n                                 des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liège.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-01", "signet_source": "7ème et dernière année - N°1-2 - Janvier-Février 1892", "preuve": "Numéro lu sur la couverture (PDF 99 : « 7e et dernière année, Nos I et II »), mois non lu sur la couverture. Indices internes : lettre datée « Paris, février 1892 » (p. 76), « Paris, janvier 1891 » sous La gardienne, Jeune Belgique « n° de janvier », première livraison de Floréal.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}