{"numero_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Numéro consacré à André GIDE.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 136, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 117, "texte": "Numéro consacré à André GIDE.\n\n\n\n\n        LA\nWALLONIE\n           Mai-Juin 1892\n           D E R N IÈ R E AN N ÉE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Liste de revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Floréal, rue St-Remy, 22, L iége,", "ancre_fin": "Paris.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A paraître prochainement FROM", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 137, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "Floréal, rue St-Remy, 22, L iége,\nla Revue blanche, 74, rue de l ’Ouest, L iége et\n                      19, rue des Martyrs, Paris.\nl’Art moderne, 34, rue de l’Industrie, Bruxelles.\nLa Société Nouvelle, 32, rue de l ’Industrie, Bruxelles,\nla Jeune Belgique, 64, rue Potagère, Bruxelles.\nLa Revue belge, place de la Station, 10, Louvain.\nLe Réveil littéraire, 71, rue de Flandre, Grand.\nLe Mouvement littéraire, 13, rue des Minimes, Bruxelles.\nLa libre critique, rue Souveraine, 37, Bruxelles.\nLe Mercure de France, 15, r. de l ’Echaudé St-Germain, Paris.\nLa Conque, 49, rue Vineuse, Paris.\nLes Entretiens politiques et littéraires, 11, chaussée\n    d’Antin, Paris.\nE ssais d’Art libre, 8, rue Jacquier, Paris.\nL’Ermitage, 5, rue Gay Lussac, Paris.\nLa Plume, 39, boulevard Arago, Paris.\nEcrits pour l’Art, 11bis, rue Laureston, Paris.\nl’Etoile, à Avignon (Vaucluse).\nL’Endehors, 12, rue Bochard de Saron, Paris.\nLa Revue de l’Évolution, 24, rue Chauchat, Paris.\nLa Revue dA rt et de Littérature, 116, boulevard du\n    Montparnasse, Paris.\nLe Saint Graal, 7, rue de l’Abbé-de-l’Épée, Paris.\nPsyché, 29, rue de Trévise, Paris.\nl’Idée libre, 28, rue des Ecoles, Paris.\nMascarille, 11, rue Beaujolais, Paris.\nRevue indépendante, 12, rue des Pyramides, Paris.\nLe Chat Huant, impasse Ste-Catherine, Bordeaux.\nLe Sillon, 9, rue Lbomond, Paris.\nLa Syrinx, rue Lacépède, 25, Aix-en-Provence.\nChimère, 52, Cours Gambetta, Montpellier.\nLa Croisade, 16, rue de M exico, le Hâvre.\nLa Revue Méridionale, Carcassonne.\nSimple Revue, 41, boulevard Haussmann, Paris.\nLe Bluet, 17, rue Croix-des-Petits-Champs, Paris.\nRevue Jeune, 51, rue Monsieur le Prince, Paris.\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", 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Sans que je m’en\nfusse aperçu, ma lampe s’était éteinte ; devant l’aube\ns’était ouverte ma croisée. Je mouillai mon front à la\nrosée des vitres, et repoussant dans le passé ma\nrêverie consumée, les yeux dirigés vers l’aurore, je\nm’aventurai dans le val étroit des métempsychoses.\n\n\n  Aurores ! surprises des mers, lumières orientales,\ndont le rêve ou le souvenir, la nuit, hantait d’un\ndésir de voyage notre fastidieuse étude —, désirs de\n\n  * Première partie du V o y a g e a u SPITZB ER G .\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1380, "texte": "122                                      la Wallonie.\n\n\n\nbrises et de musiques, qui dirait ma joie lorsqu’enfin,\naprès avoir marché longtemps comme en songe\ndans cette tragique vallée, les hautes roches s’étant\nouvertes, une mer azurée s’est montrée.\n   Sur tes flots, pensai-je, voguerons-nous mer\néternelle, vers nos destinées inconnues? sur tes\nflots, nos âmes excessivement jeunes chercheront-\nelles leur vaillance ? —\n   Sur la plage, m’attendaient les compagnons de\npèlerinage ; je les reconnus tous, bien que ne\nsachant pas si je les avais vus quelque part. — Le\nsoleil était déjà haut sur la mer. Ils étaient arrivés\ndès l’aube et regardaient monter les vagues. Je m’ex­\ncusai de m’être fait attendre; eux me pardonnèrent,\npensant qu’en chemin m’avaient arrêté encore\nquelques subtilités dogmatiques et des scrupules, —\npuis me reprochèrent pourtant de ne m’être pas plus\nsimplement laissé venir. — Comme j ’étais le dernier\net qu’ils n’en attendaient plus d’autres, nous nous\nacheminâmes vers la ville au grand port où appa­\nreillait notre navire. Des clameurs en venaient vers\n nous sur la plage. —\n\n\n   La ville, où nous devions nous embarquer au soir,\néclatait de soleil, de clameurs et de fêtes, sous la\nblanche ferveur de midi. Le marbre des quais brûlait\nles sandales ; la fête était bariolée. — Deux navires\nétaient arrivés de la veille, l’ un de Norvège, l’autre\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       123\n\n\n\ndes merveilleuses Antilles ; et la foule courait\npour en arriver voir un troisième, majestueux\nentrant au port. Celui-ci venait de Syrie, chargé\nd’esclaves, de pourpre en balles et de pépites. Tout\nl’équipage sur le pont se pressait; l’on entendait\nles cris des manœuvres. Des matelots, au haut des\nmâts, détachaient des cordages et d’autres, près des\nflots, lançaient des câbles ; les plis des voiles dégon­\nflées s’accrochaient aux grandes vergues où s’é­\nployaient des oriflammes. La mer, vers le bord,\nn’était pas assez profonde pour laisser le navire\ns’approcher du quai ; des barques vinrent à lui qui\n d’abord prirent les esclaves, — et sitôt qu’elles\n furent descendues , le peuple s’empressa pour\n les voir; elles étaient belles et presque nues,\n mais tristes et ne regardaient rien. — Les matelots\n débarquèrent encore des parfums et des étoffes\n précieuses, mais ils jetèrent à la mer les balles de\n pourpre; c’était la marchandise triviale; — la vague\n les amenait le long des digues et des hommes penchés\n les guidaient vers les escaliers avec des perches. —\n  Des Antilles étaient venus les bois rares, des oiseaux\n  diaprés et des coquilles où le bruit des flots sur ces\n  plages heureuses, chantait. On se les disputait aux\n  enchères ; les bazars s’encombraient de cages ; certains\n  oiseaux,plus délicats,étaient lâchés dans des volières;\n  on payait pour entrer; tous chantaient — et des\n  marchands faisaient la foire. Des baraques impro­\n  visées montraient des jongleurs et des mimes. Sur\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "121                                        la Wallonie.\n\n\n\nune estrade, des baladins à cabrioles se jetaient des\npoignards et des flammes.\n   Plus loin étaient les glacières de la ville qu’alimen­\ntaient les vaisseaux de Norvège, revenus chargés\nde frimas. Des caves s’étendaient à de grandes pro­\nfondeurs, mais elles étaient toutes remplies et ce\ndernier navire déchargeait son faix sur le port. Une\nmontagne s’élevait, verte, diaphane et enveloppée\nde fraîcheur ; des marins assoiffés y venaient goûter\nl’ombre, appliquant sur la paroi mouillée leurs lèvres\net leurs mains brûlantes. Des hommes à la peau sa­\nfranée, vêtus d’un pagne ensanglanté, apportaient\nencore sans cesse des charretées de neige sur des\nplanches pliantes, et des lingots de pure glace qu’ils\navaient ramenés de la mer; on les y jetait du navire;\nils flottaient, glaçons et neiges, écumes, avec la pour­\npre, sur l’eau bleue, que, par vagues, la pourpre\nfondue avait fait presque violette.\n   Et maintenant voici le soir ; le soleil cramoisi dis­\nparaît entre les cordages ; les chants crépusculaires\nmontent, et dans le port tranquillisé, le vaisseau\nfabuleux qui va nous emporter se balance; alors,\nayant goûté dans ce jour des promesses de toutes\nles futures histoires, cessant de regarder le passé,\nnous tournerons nos yeux vers l’avenir; et l’extraor­\ndinaire navire, laissant derrière lui le port, les jeux\net le soleil tombé, s’enfonça dans la nuit vers\nl’aurore.\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1522, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                      125\n\n\n\n                              I\n\n\n   Nuit sur mer; — nous avons causé nos destinées.\n Nuit pure ; l’ Or ion vogue entre des îles ; — la lune\n éclaire des falaises; — des récifs bleus se sont mon­\n trés; le veilleur les a signalés; le veilleur a signalé\n des dauphins ; ils jouaient au clair de la lune ; près\n des récifs, ils ont plongé pour ne plus reparaître; les\n roches bleues luisent faiblement sous les flots. Des\n méduses illuminées montent s’épanouir à l’air noc­\n turne, lentement de la mer profonde, fleurs des mers,\n remuées par les flots. Les étoiles rêvent. Nous,\n penchés à l’avant du navire, près des cordages et\n sur les flots, tournant le dos aux équipages, aux\n compagnons, à tout ce qui se fait, nous regardons\nles flots, les constellations et les îles. — Nous regar­\n dons passer les îles, disent les hommes du bord qui\nnous méprisent un peu, lorsqu’en se regardant ils\n oublient qu’eux sont les passagers et que ces choses\nlà demeurent — pareilles derrière notre fuite.\n   Aspects changeants des massifs de falaises, et les\npromontoires allongés qui chavirent — berges ! mé­\ntamorphoses des berges — nous savons maintenant\n que vous restez ; c’est en passant que l’on vous voit\npassantes, et votre aspect change par notre fuite,\nmalgré votre fidélité. — Le veilleur de nuit signale\n des navires. Nous, penchés sur les flots depuis le soir\njusqu’au lever du jour, nous apprenons à discerner\nles choses qui passent, entre les îles éternelles.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "126                                      la Wallonie.\n\n\n\n   Cette nuit, nous avons parlé du passé ; nul de nous\nne savait comment il avait pu venir jusqu’au navire\nmais nul ne regrettait l’amère nuit de pensées.\nDe quel obscur sommeil me suis-je éveillé, dit\nAlain, de quelle tombe ? je n’ai pas cessé de penser,\net maintenant je suis encore malade; ô nuit orientale\net calmée, enfin reposeras-tu ma tête lasse de penser\nD ie u ? — J ’étais tourmenté d’un désir de conquête,\ndit Paride; je marchais dans ma chambre, plein de\nvaillance, mais triste et de rêver toujours des\nhéroïsme, plus fatigué que de les faire. Qu’allons-\nnous conquérir maintenant; quelles seront-elles, nos\nprouesses ? où allons-nous ? dites ! savez-vous où\nva nous mener ce navire ? — Aucun de nous ne le\nsavait, mais tous, nous frémissions au sentiment de\nnos courages. — Que faisons-nous ici, reprit-il, et\nqu’est-ce donc que cette vie, si celle d’avant était\nnotre sommeil ? — Peut-être alors que nous vivons\nnotre rêve, dit Nathanaël, pendant que dans la\nchambre nous dormons. — Ou si nous cherchons des\npays pour raconter nos belles âmes, dit Mélian ? —\nMais Tradelineau s’écria : Sans doute, l’habitude\ndes vaines logiques et cette manie de croire que\nvous ne ferez bien que ce dont vous connaîtrez\nbien les causes vous tient encore et cause main­\ntenant cette discussion oiseuse. Qu’importe de\nsavoir comment nous sommes venus ici, et pourquoi\nchercher à notre présence sur l'O rion. de très\nmystérieux motifs ? Nous avons quitté nos livres,\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1509, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                    127\n\n\n\nparce qu’ils nous ennuyaient, parce qu’un souvenir\ninappelé de la mer et du ciel réel faisait que\nnous n’avions plus foi dans l’étude; quelque chose\n d’autre existait; et quand les brises balsamiques\n et tièdes sont venues soulever les rideaux de nos\nfenêtres, nous sommes descendus malgré nous vers\nla plaine et nous nous sommes acheminés. — Nous\nétions las de la pensée, nous avions envie d’action ;\n— avez-vous vu comme nos âmes se sont révélées\njoyeuses, lorsque, prenant aux rameurs les lourds\n avirons, nous avons senti l’azur liquide résister !\n— Oh maintenant, laissons-nous aller — l’ Orion saura\nnous guider vers des plages. Nos vaillances que nous\nsentons, appelleront d’elles-mêmes nos prouesses ;\nattendons sans penser à tout — attendons venir nos\nglorieuses destinées.\n    Cette nuit, nous avons aussi parlé de la ville\ntumultueuse où nous nous étions embarqués, de ses\nfoires et de la foule.— Pourquoi, dit Agloval, penser\nencore à ces gens-là, dont les yeux ne voyaient que\nles choses et qui ne s’étonnaient même pas. Moi\nj ’aimais Bohordin qui sanglotait aux jeux du cirque;\non devrait tout faire comme un rite; ces gens regar­\ndaient le jeu sans solennité. — Qu’en pensez-vous,\nUrien, me dit Angaire ? — Et je répondis : Il faut\ntoujours représenter. — Puis, comme cette discussion\nnous devenait à tous insupportable et que penser\nnous fatiguait, nous nous promîmes de ne plus nous\nparler du passé, ni de raisonner sur les choses. Le\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1412, "texte": "128                                       la Wallonie.\n\n\n\nmatin venait; nous nous sommes            quittés pour\ndormir.\n\n\n   Nous avions perdu de vue les côtes et nous\nvoguions depuis trois jours en mer pleine, lorsque\nnous rencontrâmes ces belles îles flottantes qu’un\ncourant mystérieux, longtemps a poussées près de\nnous. Et cette fuite parallèle au milieu des vagues\néternellement agitées nous faisait croire d’abord\nl’ Orion immobile, échoué peut-être dans le sable ;\nmais notre erreur n’a pas duré quand nous avons\nmieux vu les îles. Une barque nous descendit sur\nl’une d’elles ; elles étaient toutes presque pareilles et\ndistantes également. Leur forme régulière nous les fit\ncroire madréporiques : elles eussent été assurément\ntrès plates sans cette végétation luxuriante et\nmagnifique qu’elles portaient; elles étaient à l’avant\nlégèrement escarpées, récifs de madrépores, gris\n comme des pierres volcaniques, où les racines se\n dénudaient; à l’arrière, elles flottaient comme des\n chevelures et la mer les avait rougies. Des arbres\n d'essences inconnues, des arbres bizarres pliaient\n sous les grosses lianes, et des orchidées maladives\nmêlaient leurs fleurs à ces feuillages. C’étaient des\njardins sur la mer; des vols d’insectes les suivaient\n et du pollen traînait sur les vagues. — Les impé­\nnétrables taillis nous forcèrent de marcher tout\n au bord des rives, et souvent, lorsque des branches se\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                      129\n\n\n\npenchaient vers l’eau, de se glisser sous elles, en\nrampant, en s'accrochant aux racines et aux lianes. —\nNous avons voulu rester quelque temps à l’arrière,\nà regarder les insectes énormes voler, mais les\nparfums étouffants qui montaient de toute l’île et\nque le vent rabattait vers nous, les parfums qui déjà\nnous troublaient de vertige, nous eussent, je crois,\nfait mourir. Ils étaient si denses qu’on en voyait\nla poussière aromale tournoyer. — Nous avions\nregagné l’autre bord de l’île; des ibis et des flamants\nroses qui dormaient se sont envolés. Nous nous\n sommes assis sur un rocher de madrépores ; le vent\n du large écartait de nous les parfums.\n   L ’île devait être peu épaisse, car au-dessous d’elle,\n dans la mer profonde, après l’ombre qu’elle faisait,\n on revoyait de la lumière. Et nous avons pensé que\n chacune d’elles s’était détachée ainsi qu’un fruit\n mûri, de sa tige; — et quand plus rien ne les a\nretenues, profondément au roc natal, alors, comme\n des actions non sincères, elles ont été au hasard des\n dérives, emportées par tous les courants.\n   Le cinquième jour, à notre regret, nous les avons\n perdues de vue.\n\n\n  Sitôt après que le soleil fut couché, nous nous\nsommes baignés dans une eau rose et verte; et\ncomme elle reflétait le ciel, elle est bientôt devenue\nmordorée. Les flots tièdes et pacifiques nous péné­\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "130                                    la Wallonie.\n\n\n\ntraient de leur mollesse. Les rameurs attendaient.\nNous sommes remontés dans la barque comme la\nlune se levait; un peu de vent soufflait; larguant les\nvoiles nous poussions des bordées. Et l’on voyait\ntantôt les nuages encore mauves, tantôt la lune.\nDans le sillage argenté qu’elle faisait sur la mer\ncalme, les avirons creusaient des remous de lumière :\ndevant nous, l’ Orion passait, mystérieux, dans le\nsillage de la lune. On la voyait dernière un mât, —\npuis solitaire, — puis au matin elle est retombée dans\nla mer.\n\n\n\n                          II\n\n\n\n    Le septième jour, nous abordâmes devant une\nplage sablonneuse remuée de dunes arides. Oabilor,\nAgloval, Paride et Morgain descendirent ; nous les\nattendîmes vingt heures; ils nous avaient quittés vers\nle milieu du jour ; le lendemain, au matin, nous les\nvîmes revenir en courant et faisant des gestes.\nQuand ils furent tout près, Paride cria vers nous :\nFuyons, fuyons, disait-il, — des sirènes habitent\nl’île et nous les avons vues. — Lorsqu’ils eurent\nrepris haleine, tandis que l’ Orion fuyait à toutes\nvoiles, ce fut Morgain qui raconta :\n   Nous avions marché tout le jour parmi les char-\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                     131\n\n\n\ndons biens, sur les dunes mouvantes. Nous avions\nmarché tout le jour sans rien voir que des collines\nqui s’avancaient, dont le vent balançait la crête;\nnos pieds étaient brûlés par le sable et le flamboie­\nment de l’air sec flétrissait nos lèvres et nos doulou­\nreuses paupières.— Qui dira votre pompe et votre\nplénitude, soleils d’Orient, soleils de midi sur les\nsables ! — Quand vint le soir, étant parvenus au pied\nd’une colline très haute, nous nous sommes sentis si\nlas — nous avons dormi dans le sable, sans même\nattendre que se soit couché le soleil.\n   — Nous n’avons pas dormi longtemps; le froid de\nla rosée nous réveilla bien avant l’aube. Pendant la\nnuit, les sables avaient bougé, et nous ne recon­\nnûmes plus la colline. Nous reprîmes notre marche,\nmontant toujours, sans savoir où nous allions, d’où\nnous étions venus, où nous avions laissé le navire —\nmais bientôt derrière nous blanchit l’aube. Nous\nétions parvenus sur un plateau très large — au moins\nil nous sembla très large d’abord — et nous ne pen­\nsions pas l’avoir encore traversé, lorsque tout à coup,\nle terrain cessant, s’ouvrit devant nous une vallée\npleine de brûmes. Nous attendîmes. Derrière nous\ncommençait l’aurore — et tandis qu’elle montait, les\nbrûmes s’écartèrent. — C’est alors qu’elle nous appa­\nrut, cette prodigieuse cité, non loin de nous, dans\nune immense plaine. Elle était couleur d’aurore et\nmusulmane, aux minarets fantasques dressés; des\nescaliers en enfilade menaient vers des jardins sus­\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "132                                       la Wallonie.\n\n\n\npendus, et sur des terrasses, des palmiers mauves se\npenchaient. Au-dessus de la ville flottaient des\nbrouillards en nuages que déchiraient les minarets\npointus. Les minarets étaient si hauts, que les nuées\ny restaient prises et l’on eût dit des oriflammes, des\noriflammes tendues, sans un pli, malgré l’air fluide où\nne remuait pas une brise. — Or, telle est notre incer­\ntitude : devant les hautes cathédrales, nous rêvions\naux tours des mosquées; devant les minarets aujour­\nd’hui nous rêvions aux clochers d’églises,et dans l’air\nmatinal nous attendions les angélus. Mais par l’aube\nencore trop fraîche, rien ne bruissait que des frémis­\nsements inconnus qui se perdaient dans l’air vide,\nlorsque soudain, comme le soleil paraissait, un chant\npartit d’un minaret, du premier vers où le soleil se\nlève, un chant pathétique et bizarre, et nous en\neussions bien pleuré. La voix vibrait sur une note\naiguë. Un nouveau chant jaillit, puis un autre; et\nune à une les mosquées se réveillaient mélodieuses\nsitôt que d’un rayon les avait touchées le soleil.\nBientôt toutes chantaient. C’était un appel inouï que\nfinissait un éclat de rire sitôt qu’un autre commen­\nçait. Les muezzins dans l’aurore se répondaient\ncomme des alouettes. — Ils jetaient des questions\nauxquelles succédaient d’autres questions, et le plus\ngrand, sur le plus haut minaret, ne disait rien, perdu\ndans un nuage.\n   Cette musique était si merveilleuse, que nous étions\ndemeurés immobiles, en extase, étourdis; puis, comme\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                      133\n\n\n\nles voix baissaient et se faisaient plus douces, nous\nvoulûmes nous approcher, insensiblement attirés par\nla beauté de la ville et par l’ombre mobile des\npalmes. Les voix baissaient toujours,— mais comme\nelles retombaient, voici que la cité s’éloigna, se défit,\nchancelante avec une strophe; les minarets, les\npalmiers grêles s’éperdirent; l’escalier croula; à\ntravers les jardins des terrasses décolorées trans­\nparut la mer et le sable. C’était un mirage en\nallé qui palpitait au gré d’un chant. Le chant se tut;\nl’enchantement finit et la cité miragineuse. Notre\ncœur affreusement serré s’était cru s’écouter mourir.\n   — A peine un bout de vision qui danse encore sur\nun trille, sifflement d’haleines endormies, — et\nc’est alors que nous les vîmes, couchées dans les\nalgues; elles dormaient. Alors nous avons fui, si\ntremblants que nous pouvions à peine courir. Heu­\nreusement, nous étions très près du navire; nous\nl’avons aperçu derrière un promontoire : seul il vous\nséparait des sirènes. Quel n’était pas votre danger\nsi elles eussent pu vous entendre — et nous n’avons\nosé crié que déjà tout près de vous de peur que le\ncri les éveille. — Je ne sais pas la route que nous\navons pu faire la veille pour avoir avancé si peu ; je\ncrois maintenant que nous avons marché sur place\net que ces collines mobiles qui se déplaçaient sous\nnos pas, que ce plateau, que cette vallée, étaient déjà\nl’effet de l’enchantement des sirènes. — Ils discu­\ntèrent alors pour savoir combien elles étaient et\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1363, "texte": "131=                                    la Wallonie.\n\n\n\ns’émerveillèrent d’avoir échappé à leurs ruses : Mais,\ndites-nous, dit Odinel, — dites-nous, comment\nétaient-elles ? — Elles étaient couchées dans les\nalgues, dit Agloval, et leurs cheveux ruisselants qui\nles couvraient tout entières, verts et bruns, semblaient\ndes herbes de la mer; mais nous avons couru trop\nvite pour bien les voir. — Elles avaient des mains\npalmées, dit Cabilor, et leurs cuisses couleur\nd’acier luisaient, couvertes d’écailles. Je me suis\nenfui parce que j ’avais très peur — Je les ai vues\ncomme des oiseaux, dit Paride, comme de grands\noiseaux de mer au bec rouge — n’est-ce pas qu’elles\navaient des ailes ? — O non ! non, dit Morgain, —\nelles étaient pareilles à des femmes et très belles —\nvoilà pourquoi je me suis enfui.— Mais leurs voix,\nleurs voix, dites-nous, leurs voix comment étaient-\n elles? Et chacun souhaitait les avoir entendues.—\n Elles étaient, dit Morgain, comme une vallée d’ombre\n et comme l’eau fraîche aux malades. Puis chacun\n parla de la nature des sirènes et de leurs ensorcelle­\n ments ; Morgain se tut et je compris qu’il regrettait\n les belles sirènes.\n    Nous ne nous baignâmes pas ce jour-là, de peur\n d’elles.\n\n                          III\n\n  C’était le treizième jour ; dans cette plaine où nous\nétions perdus, depuis le matin, marchant toujours et\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1526, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                      135\n\n\n\nsans jamais savoir la route, — on commençait à\ns’ennuyer, lorsqu’on rencontre : une fillette dans un\nchamp d’alfa, brune et sous le soleil de midi toute\nnue, en attendant la nubilité, qui gardait de pais­\nsants dromadaires. On lui demande son chemin; —\nelle pleure en indiquant la ville. — Une heure après,\nnous avons vu la ville; elle était grande, mais morte.\nNous fûmes saisis d’une tristesse solennelle, — car les\nmosquées en ruine aux minarets cassés, les grands\nmurs effondrés, les colonnes, faisaient de cette cité\nl’aspect morne et monumental. La large rue que\nnous suivions en escaladant les décombres se per­\ndait enfin dans la campagne, sous des amandiers,\nauprès de marabouts abandonnés. — Pendant une\nheure encore, nous avons marché. La plaine cessait ;\nune colline venait que nous avons gravie; — au\nhaut de la colline, on voyait le nouveau village. Nous\navons marché dans les rues; toutes les maisons\nétaient closes; et, on ne sait pourquoi, l’on ne voyait\npersonne. Angaire dit que, peut-être, ils étaient au\ntravail dans les champs. Une intolérable chaleur\ntombait dans la rue des murs jaunes. De grosses\nmouches, au soleil, vibraient contre les portes\nblanches. Devant une porte, assis sur les marches\ndu seuil, un enfant tripotait une infâme mentule.\nNous avons quitté le village. — La campagne de\nnouveau s’est étendue. Pendant une heure encore,\nnous avons marché par le soleil et la poussière. Un\nmonument carré, tout à coup, on ne sait pourquoi\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "136                                      la Wallonie.\n\n\n\ndans cette campagne, s’est dressé et des cris qui\nsortaient par une porte ouverte, nous ont attirés\nd’assez loin; nous nous hâtions, pensant enfin voir\nquelque chose; nous sommes entrés dans une vaste\nsalle ; une foule nombreuse y poussait de tels cris\nque nous fûmes étourdis d’abord. Nous voulions\nparler, interroger quelqu’un pour savoir, mais aucun\nn’écoutait et tous, avec des gestes forcenés, mon­\ntraient et regardaient le milieu de la salle.\n   Nous étant dressés contre le mur, nous avons pu\nvoir, au centre de la foule, deux derviches hurleurs\ncommençant leur extase ; ils tournaient lentement au\nson d’une musique que faisaient quatre hommes\naccroupis, mais qu’on n’entendait pas à cause des\ncris de la foule; et périodiquement, à la fin d’un\ncouplet des instruments de musique, ils poussaient\nun hurlement guttural suraigu, auquel la foule répon­\ndait par un trépignement enthousiaste. Ils étaient\ncoiffés d’un bonnet haut comme la moitié de leur\ncorps, et symétrique; et vêtus seulement d’une robe\nlongue et très large. Comme la musique les pressait,\nils ont commencé de tourner plus vite; leur robe\ns’évasait autour d’eux et laissait voir leurs pieds\nsautant dans les sandales ; comme ils tournaient plus\nvite encore, ils ont rejeté leurs sandales et dansé\npieds nus sur la pierre; leur robe, qui s’élargissait, se\nsoulevant autour d’eux, découvrait des jambes pivo­\ntantes; leur bonnet penché qui n’était plus dans\nl’axe, leur barbe devenaient insupportables à voir; —\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       137\n\n\n\nils bavaient et leurs yeux étaient blancs de joie;\nla foule ne se possédait plus et oscillait comme en\nivresse; — alors ils devinrent frénétiques et, poussant\ndes cris désordonnés, ils tournèrent si follement vite\nque leur robe, toujours plus tendue, devenait presque\nhorizontale, les découvrait tout nus, obscènes ; —\nnous partîmes.\n   Et c’était la campagne encore; ce fut le soir.\nPendant une heure encore nous avons marché, puis\n nous avons retrouvé le navire. —\n\n   — Les matelots se sont baignés dans l’eau tiède;\nl’air qui brûle a séché leur peau. Le soir est venu,\nmais sans la fraîcheur qui repose, mais sans la fraî­\ncheur de la nuit comme un baiser sur les paupières.\nLa nuit est maintenant si chaude que nous ne\npouvons pas dormir. Des éclairs silencieux pal­\npitent au bord du ciel et sur les flots des fluores­\ncences passent vaguement. A demi couchés, sur le\npont, rêvassent les matelots et les mousses ; et dans\nla nuit mystérieuse, tendant les bras vers le rêve, ils\nse sont tordus de désirs. Nous, nous sommes restés\ndebout, car nous n’osions pas nous étendre, et nous\nentendions toute la nuit leurs soupirs se mêler aux\nsouffles amoureux de la mer. Mais une plus sérieuse\npensée naissait en nous au sentiment de notre sévère\nattitude, et le calme de la nuit descendait sur notre\nvisage.\n         -                   -                  10\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "188                                     la Wallonie.\n\n\n\n                          IV\n\n   Le 21me jour, nous nous sommes arrêtés devant un\nrivage planté d’arbres. On apercevait, non loin de la\nmer, une ville ; une avenue d’eucalyptus y menait, où\nse promenaient des groupes de femmes; des deux\ncôtés de l’avenue, entre les arbres, étaient dressés,\npour un marché, des tréteaux et des baraques de toile;\net du navire on pouvait voir, aux taches rouges et\njaunes qu’ils faisaient, les piments doux et les\nrégimes de bananes. — Avant la fin du jour, Mélian,\nLambègue et Odinel descendirent à terre, ainsi\n qu’une partie des gens de l’équipage, pour acheter\n des vivres et demander la route. Nous les attendîmes\n tout le soir. Le lendemain, Mélian, Lambègue et\n Odinel revinrent, mais avec seulement quelques-uns\n des matelots. — Ils étaient pâles et leurs yeux\nagrandis luisaient d’une douceur inexprimable ; mais\nleur regard fuyait le nôtre et se perdait avec un\n sourire. Ils rapportaient d’admirables fruits écarlates,\n saignants comme des blessures; et des gâteaux de\nfarines inconnues ; mais quand nous voulûmes les\n questionner, ils prétextèrent une grande fatigue et\n s’étendirent dans les hamacs ; alors nous comprîmes\n qu’ils avaient été auprès des femmes du rivage et\n nous en fûmes extrêmement tristes. — Comme nous\n ne voulions pas repartir sans que soient revenus tous\n les autres,vers le soir Lambègue, Odinel et Mélian, et\n ceux des matelots qui les avaient suivis la veille,\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                      139\n\n\n\nvoulurent retourner à la ville; nous ne pûmes les en\nempêcher; — et nous ne pûmes empêcher Alfasar et\nHector de les suivre. Ils avaient dû causer avec eux\nde ce qu’ils avaient fait la veille, car nous les avions\nvus rester longtemps ensemble, près des hamacs\nmobiles, où se balançaient ceux que la nuit avait\nlassés.\n   Ils revinrent tous le lendemain, et l’ Orion put\nmettre à la voile ; — ils rapportaient des fruits nou­\nveaux, énormes et violets comme des aubergines ; ils\navaient l’œil hagard et plein d’insultes; sur leurs\nlèvres, une ironie mauvaise souriait; ce fut à propos\ndes beaux fruits que la querelle commença; ils\nvoulaient nous en faire manger, mais leur éclat,\nleur splendeur même nous faisait nous en défier ; —\nquand nous le leur dîmes, ils se moquèrent : Voilà\nles chevaliers courageux ! n’oserez-vous goûter\nmême à des fruits, par crainte, et votre stérile vertu\nce sera donc de s’abstenir — dans le doute. Doutez-\nvous donc toujours ? — Alors pourquoi?\n   Et sans que nous l’ayons demandé, ils nous racon­\ntèrent ce qu’ils avaient fait dans la ville : le marché,\nl’achat des fruits, et la langue inconnue que par­\nlaient ces femmes ; — puis les jardins de plaisir\naux lumières, et les lanternes dans les feuillages ;\nlongtemps ils étaient restés sans entrer, regar­\n dant à travers les clôtures, les danses et les giran­\n doles, — puis des femmes qui passaient les avaient\nentraînés avec elles et ils s’étaient tout à coup\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1482, "texte": "140                                   la Wallonie.\n\n\n\nsentis sans résistance sitôt que leurs mains s’é­\ntaient touchées. Ils avaient eu honte d’abord, puis\navaient trouvé çà ridicule. — Mais quand ils vou­\nlurent nous conter leurs embrassements de la nuit,\nAngaire s’écria qu’il ne comprenait pas qu’on osât\nse mettre à deux pour faire ces saloperies indis­\npensables et qu’en de tels instants, lui se cachait\nmême des miroirs. — Mais à sa hautaine franchise,\nce fut chez eux une grande huée de scandale. Angaire\ndit alors qu’il n’aimait les femmes que voilées, mais\nque même ainsi il craignait qu’elles ne devinssent\nimpudiques et de voir tomber leur robe dès qu’un\npeu d’émotion leur venait. — Alors, ils éclatèrent de\nrire et se détournèrent de nous. — A partir de ce\njour, nous ne fûmes plus tous unis dans la même\npensée — et sentant très vivement ce que nous ne\nvoulions pas être, nous commençâmes de sentir ce\nque nous étions.\n                      I\n   Ils se sont baignés dans une eau triste et bleue ;\nils ont nagé dans l’écume saline. Remontés dans la\nbarque, longtemps encore nus, ils regardaient leur\npeau luire de pâleur insolite; et laissaient que la\nfièvre séchât sur eux la candide mousse marine. Et\nnous avions honte pour eux, car ils paraissaient très\nbeaux et semblaient plus heureux que des hommes.\n   Nous n’aimions pas beaucoup Alfasar, car il était\nemphatique et colère, mais nous regrettions Mélian\nqui était doux et connaissait les tendresses api­\ntoyées.\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       141\n\n\n\nV\n\n\n\n\n   Les belles berges se déroulèrent tout le jour,\ndevant de navire; des ibis et des flamants roses\npéchaient des crabes dans le sable du bord. Un peu\nloin vers les terres, sur des falaises en terrasses, des\nforêts sombres venaient finir. Il faisait chaud et nous\nsongions aux neiges du port où nous nous étions\nembarqués; tous sur le pont, nous regardions se dé­\nrouler les berges. Quand nous passions, les flamants\nroses s’envolaient, puis revenaient aux mêmes places,\nsitôt après que nous avions passé, se reposer; et le\ngeste de ces oiseaux nous faisait nous défier de ces\nplages. Nous attendions; et notre grand cœur désœu­\nvré s’emplissait d’amertume. — Sera-ce ici que nous\ntrouverons un lieu qui devant nous ne se dérobe; ou\ns’il demeure enfin, ne nous attire coupablement ? Ou\npenchés sur le pont du navire, les regardant se dé­\nrouler, devrons-nous toujours errer devant les plages\net les plages ?\n   Vers le milieu du jour, nous sommes descendus\nprès d’une ville; elle était étroite et s’allongeait\nsuivant la mer. La mer s’arrondissait en golfe, et\ndevant la ville, découvrait à la marée basse un large\nîlot madréporique. Des barques de pêcheurs, chaque\njour, y venaient chercher le corail, les éponges et les\ncoquilles perlières. Comme rien ne nous intéressait\ndans la ville, une des barques nous a menés vers cette\nîle. Elle semblait surgie de la mer, aussitôt autour\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1450, "texte": "142                                        la Wallonie.\n\n\n\nprofonde et transparente ; sur le fond des polypiers\npâles, on voyait les huîtres bâiller; des éponges\npoussaient le long des roches ; des crabes verts cou­\nraient, et dans les trous, dans les ombres, des\npieuvres étaient cachées. Quand les plongeurs pas­\nsaient près d’elles, les bras gluants tâchaient de les\nsaisir; mais les plongeurs, avec un couteau tout\nouvert, coupaient les bras de la pieuvre; ils restaient\ncollés à leurs membres encore lorsqu’ils remontaient.\n— C’étaient des hommes à la peau safranée; ils\nétaient nus, mais à leur cou un sac réticulé pendait,\nqu’ils devaient remplir de coquilles. Ils les cueillaient\navec leur grand couteau, puis, le sac plein, remon­\ntaient vite. Quand ils revenaient à l’air libre, leur\npoitrine se crispait un peu et un fil de sang, qui\ncoulait de leur bouche, somptueux sur leur peau\ndorée, les faisait presque évanouir.\n   Nous avons jeté dans l’eau des monnaies neuves;\non voyait leur scintillement s’enfoncer; et quand\nelles allaient disparaître, les hommes sautant de la\nbarque et plongeant, les happaient comme on souffle\nune flamme. Mais si ce n’eût été la joie de regarder\nle fond de la mer, et couler le sang de ces hommes,\nces jeux ne nous eussent pas divertis; après les avoir\nvus quelque temps, nous avons regagné la ville.\n\n\n\n   Nous nous sommes baignés dans des piscines trop\ntièdes, où des enfants se poursuivaient en nageant.\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                      143\n\n\n\nL ’eau verte laissait voir au fond des mosaïques, et\ndeux figures de marbre rose, symétriquement dispo­\nsées, jetaient des parfums dans des vasques ; ils re­\ntombaient en cascades fines, avec des bruits légers,\ndans l’eau. Nous étant approchés des statues, nous\ntendîmes nos mains vers les vasques, et les parfums,\ncoulant le long de nos bras, ruisselèrent sur nos\nhanches. L ’eau, quand on y replongeait, faisait l’effet\nd’une brûlure. Au plafond translucide, une buée\nodorante montait; elle se figeait en rosée; — la lu­\nmière en était bleuie, et du plafond, dans l’eau, cette\nrosée tombait goutte à goutte.\n   Et comme une torpeur nous prenait, à respirer\ncette buée tiède, nous demeurâmes immobiles, flot­\ntants, abandonnés, vainement évanouis dans l’eau\nmerveilleuse, verte et bleue, où ne glissait plus qu' un\njour trouble, où les bras des grêles enfants se colo­\nraient d’azur dans la lumière, et les gouttes tombant\ndu plafond faisaient un clapotement monotone.\n\n\n  .... Avec la nuit, la mer est devenue phospho­\nrescente; des flammes sur le bord, avec les vagues,\nse déchiraient. La nuit est devenue brûlante; les\nmatelots et les faux chevaliers sont allés retrouver\ndes femmes, et la pensée de leurs embrassements\nnous à tourmentés cette nuit, car elle était vraiment\ntrop amoureuse. Une lune énorme et rougie s’est\nlevée du milieu des vagues, et a promené son reflet\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "144                                     la Wallonie.\n\n\n\nsur la mer déjà lumineuse. Dans le sillage de la lune,\ndes barques brunes ont passé, regagnant les côtes.\nL’on n’entendait que le bruit des vagues, et des\nflammes dans la nuit frôlées.\n   Et venus des forêts, les vampires aux larges ailes,\nrôdant près des pêcheurs endormis, à leurs pieds nus,\nà leurs lèvres, suçaient la vie et les accablaient de\nsommeil au palpitement de leurs ailes silencieuses.\n\n                          VI\n\n  Morgain a la fièvre. Il nous a demandé pour mettre\nsur son front, de la neige éternelle. — Nous avons\nrelâché devant une île où se dressait une montagne\ntrès élevée. Nous sommes descendus, Nathanaël,\nYdier, Alain, Axel et moi et nous avons marché vers\nles neiges. — Longtemps après nous pensions encore\nà cette île, car elle était calme et charmante; à cause\ndes glaciers descendus jusqu’en la vallée, un air\npresque frais circulait. Nous marchions, joyeux de\nnous sentir si pacifiques.\n   Nous étions parvenus au pied du glacier trans­\nlucide ; une fontaine claire s’est montrée. Elle stillait\ndoucement de sous là glace ; un quartz poli, qu’elle\navait creusé en calice, la recueillait. Nous en remplî­\nmes notre fiole de cristal pour en rapporter à Morgain.\nEau de glace, qui pourra dire ta pureté ! — Dans les\ngobelets où nous en bûmes, elle était encore azurée ;\nelle était limpide et si bleue, qu’elle avait toujours\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       145\n\n\n\nl’air profonde. Elle restait fraîche toujours ainsi que\nles eaux hiémales; elle était si pure, qu’elle grisait\ncomme l’air très matinal des montagnes. Nous en\nbûmes, et une allégresse séraphique nous ravit; nous\ny avons trempé nos mains ; nous en avons mouillé\nnos paupières ; elle a lavé la chaleur des fièvres et sa\ndélicate vertu a glissé jusqu’à nos pensées, comme\nd’une eau lustrale. — La campagne après, nous a\nparu plus belle, et nous nous étonnions de toute\n chose. Vers midi, nous avons retrouvé la mer, et\nnous marchions, suivant le rivage. Nous récoltions\n des cailloux d’or dans le sable, les coquilles rares que\n le flot avait laissées, et les buprestes couleur d’éme­\n raude sur les tamaris de la plage. — Il poussait près\n de la mer une plante qui portait sur ses fleurs des\n papillons toujours posés. Les papillons étaient indis­\n tincts des pétales, la fleur en paraissait ailée. — Nous\n savions que les papillons de printemps, les premiers\n papillons de mai, sont blancs et jaunes comme les\n primevères et les aubépines; les papillons d’été\n diaprés comme toutes les fleurs ; et les papillons de\nl’automne, de la couleur des feuilles mortes; mais\n ceux-ci, sur des fleurs rosées, avaient les ailes trans­\n parentes des papillons des hautes cimes,et les corolles\n des fleurs se voyaient à travers leurs ailes.\n    — Nous avons rencontré, sur le bord de la mer, un\n enfant mystérieux qui songeait, assis sur le sable. Il\n avait de grands yeux, bleus comme une mer glaciale ;\n sa peau luisait comme les lys et ses cheveux étaient\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "146                                     la Wallonie.\n\n\n\ncomme une nuée que le soleil à l'aube colore. Il\ncherchait à comprendre des mots qu’il avait tracés\nsur le sable. Il parla; sa voix, de ses lèvres jaillit,\ncomme s’envole l’oiseau du matin, en secouant de la\nrosée ; nous lui eussions volontiers donné nos\ncoquilles, nos insectes et nos pierres, volontiers tout\nce que nous avions, tant sa voix charmante était\ndouce. Il souriait avec une tristesse infinie. Nous\nvoulions l’emmener au navire, mais s’étant penché\nsur le sable, il reprit sa méditation tranquille.\n  Nous partîmes. La promenade, dans cette île, nous\navait donné de grandes forces et quand l 'Orion\nremit à la voile, en regardant la mer ouverte devant\nnous, nous sentions notre cœur tressaillir.\n  Nous ne nous baignâmes pas ce jour-là.\n\n\n                          VII\n\n\n   Pour la septième fois, s’arrêta le navire. Dans cette\nîle où nous descendîmes pleins d’espoir et dont nous\nne partîmes longtemps après que le cœur navré d’une\nhorreur grandiose, pour beaucoup finit le voyage.\nNous qui l’avons continué, laissant derrière nous tant\nde compagnons morts et d’espérances, nous n’avons\nplus jamais retrouvé les lumières splendides qui nous\néveillaient jusqu’alors. Mais, errant sous un ciel\nmorose, nous regrettions la ville si belle malgré\ntoutes ses voluptés, la ville royale, les palais d’Haïa-\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       147\n\n\n\ntalnefous aux terrasses, qui nous faisaient craindre,\nlorsque nous nous y promenions, tant elles étaient\nbelles, qu’elles fussent peu sûres.— Terrasses ! Misé­\nricordieuses terrasses des Bactrianes aux soleils\nlevants, jardins suspendus, jardins d’où l’on voit la\nmer ! palais que nous ne reverrons plus, et que nous\nsouhaitons encore, comme nous vous eussions aimés\nsi ce n’eût été dans cette île.\n    — Les vents étaient complètement tombés. Mais\n craintifs à cause d’une certaine splendeur qui faisait\ntrembler l’air des côtes, quatre seulement descen­\ndirent d’abord. De l’ Orion nous les vîmes monter\nsur un tertre couvert d’oliviers, puis revenir. L ’île\nétait large et belle, dirent-ils ; de ce tertre on aper­\n cevait des plateaux, de hautes montagnes fumantes,\n et vers la côte qui se recourbait, les dernières mai­\n sons d’une ville. Comme rien de ce qu’ils avaient vus\n ne justifiait nos premières craintes, tous, et les\nmarins de l’équipage, nous avons quitté le navire et\nnous sommes acheminés vers la ville.\n    Les premiers habitants rencontrés puisaient de\n l’eau près d’une fontaine; ils vinrent à nous dès qu’ils\n nous aperçurent. Ils étaient vêtus d’une robe très\n somptueuse, pesante et tombant à plis droits; une\n-coiffure, en forme de diadème,leur donnait l’air sacer­\n dotal. Ils offrirent leurs lèvres pour des baisers et\n leurs yeux souriaient de vicieuses promesses. Mais à\n l’horreur de nos refus, nous voyant étrangers, igno­\nrants des coutumes de l’île, ces femmes, que nous\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1420, "texte": "148                                      la Wallonie.\n\n\n\nn’avions d’abord pas reconnues, entr’ouvrant leur\nmanteau pourpré, montrèrent leur sein peint de rose.\nComme nous les repoussions encore, elles s’éton­\nnèrent, — puis nous ayant pris par la main, nous\nconduisirent à la ville.\n  Dans les rues ne rôdaient que des créatures admi­\nrables. Dès leur enfance, celles qui n’étaient pas\nparfaitement belles s’exilaient, sentant sur elles une\nréprobation peser. Pourtant de très horribles ou très\nétranges demeuraient, choyées même, et servaient\nà des voluptés anormales. Mais nous ne vîmes aucun\nhomme; — c’étaient des garçons seulement, aux\nvisages de femme, des femmes aux faces de garçon ;\nceux-ci sentant venir les inquiétudes nouvelles,\nfuyaient vers les plateaux de l’île que tous les\nhommes habitaient. Depuis la mort de Camaral­\nzaman, ils avaient tous quitté la ville. — Et toutes\nces femmes délaissées, s’affolant du désir des mâles,\nparfois sortaient dans la campagne, comme celles\nque nous avions rencontrées, pensant que peut-être\nquelque homme descendu des plateaux viendrait,\npour les séduire, elles se déguisaient. — Nous\nn’apprîmes pas cela d’abord, mais seulement après\nque, nous ayant conduits dans le palais, la reine vint\nnous dire qu’elle nous retenait prisonniers.\n  Captivité délicieuse, plus perfide que les dures\ngeôles ! ces femmes voulaient nos caresses, et nous\ngardaient pour leurs baisers.\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                     149\n\n\n\n   Du premier jour, les matelots furent perdus ; puis,\nun à un, tombèrent les autres; mais nous sommes\ndemeurés douze qui n’avons pas voulu céder.\n   La reine devint amoureuse de nous ; elle nous fit\nbaigner dans des piscines tièdes et nous parfuma de\nmirbane ; elle nous revêtit de manteaux splendides,\nmais, nous dérobant aux caresses, nous ne songions\nqu’au départ. Elle pensa nous vaincre d’ennui, et les\nlongues journées s’écoulèrent. Nous attendions ; mais\nsur l’Océan monotone ne se promenait aucun souffle;\nl’air était bleu comme la mer — et nous ne savions\npas ce qu’était devenu le navire.\n\n  De midi jusqu’au soir, nous restions à dormir dans\nde petites chambres; une porte vitrée s’ ouvrait sur\nun large escalier qui descendait jusqu’à la mer.\nQuand le soir venait, jetant des rayons sur les vitres,\nnous sortions. L ’air alors était plus tranquille; il\nmontait de la mer comme une fraîcheur parfumée ; à\nla respirer, nous restions quelque temps, ravis, avant\nde descendre ; à cette heure du soir, le soleil tombait\ndans la mer; d’obliques rayons sur les marches de\nmarbre les pénétraient de transparences scarlatines.\nLentement, tous les douze, alors, majestueux et\nsymétriques, graves à cause de notre somptueuse\nparure, nous descendions vers le soleil, jusqu’à la\ndernière marche, où la vague montée, mouillait\nd’écume notre robe.\n   D’autres heures ou d’autres journées, nous restions\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "150                                    la Wallonie.\n\n\n\nassis tous les douze, sur un trône élevé chacun,\ncomme des rois, devant la mer, à regarder monter et\nredescendre les marées; nous attendions, si quelque\nvoile peut-être ne paraîtrait pas sur les vagues, ou\ndans le ciel quelque nuée que gonflerait un vent\npropice. Par noblesse, nous ne faisions pas un geste\net demeurions silencieux ; mais quand le soir notre\nespérance retombée s’en allait avec la lumière, alors\nun grand sanglot montait de nos poitrines, comme un\nchant de désespoir. — Et la reine accourait, pour\ns’amuser de nos tristesses, pour savoir, — mais elle\nnous retrouvait immobiles, les yeux secs, fixés vers\noù le soleil avait fui. Elle voyait bien que nous\npensions au navire, et nous n’osions lui demander ce\nqu’il était devenu.\n   Comme nous ne cédions toujours pas, mais que\nchaque jour elle nous sentait plus nobles, la reine\nvoulut nous distraire, pensant que dans les jeux et\nles fêtes nous oublierions notre voyage et le sérieux\nde nos destinées. Elles nous paraissaient très sé­\nrieuses et précises ; notre orgueil s’exaltait à cette\nrésistance, et sous la splendeur des manteaux, nous\nsentions grandir en nos cœurs un désir fatigant\nd’actions glorieuses.\n\n  De fastueux jardins aux terrasses étagées descen­\ndaient du palais à la mer. L ’eau marine entrait dans\ndes canaux de marbre, et les arbres au-dessus se\npenchaient; des lianes puissantes d’un bord à l’autre\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "Voyage sur l’Océan pathétique.                     151\n\n\n\nsuspendues faisaient des ponts tremblants et des\nbalançoires. A l’entrée des canaux elles flottaient en\nun réseau si tenace, qu’il résistait aux lames les plus\nhautes ; l’eau des canaux après était à jamais calme.\nOn s’y promenait dans des barques ; on y voyait des\npoissons nager dans une ombre mystérieuse ; mais\nnous n’osions nous y baigner, à cause des linules\npiquantes et des cruelles langoustes.\n   Sur la côte, presque sous la ville, s’ouvrait une\ngrotte où nous mena la reine. La barque y pénétrait\npar une très étroite ouverture et qu’ on ne voyait plus\ndès qu’on était entré; le jour qui passait sous les\nroches, à travers l’eau bleue prenait la couleur de la\nvague, et leur mobilité, sur les parois reflétée, y\nremuait de pâles flammes. La barque circulait entre\ndes colonnades basaltiques ; l’air et l’eau diaphane\nse mêlaient ; on ne distinguait plus l’un de l’autre ;\non se perdait dans une lumière azurée. On voyait les\ncolonnes descendre, et du sable, des algues et des\nroches du fond semblait venir la clarté indécise.\nL ’ombre de la barque, au-dessus de nos têtes flottait\ndoucement. — Dans les profondeurs de la grotte, du\nsable était comme une plage où de petites vagues\nclapotaient. Nous aurions bien aimé nager dans\ncette océanique féerie, mais nous n’osâmes pas nous\nbaigner de peur des crabes et des chatrouilles.\n\n La reine ainsi nous promena ; nous ne cédions pas,\nmais la vue de ces merveilles qu’elle aurait voulu\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "152                                         la Wallonie.\n\n\n\nséductrices, no laissait pas de nous emplir de lyrisme.\nLa nuit, en barque, sur la mer, regardant les astres,\net des constellations à celles de nos cieux non\npareilles nous chantions : Reine ! reine des îles chi­\nmériques, reine aux colliers de corail, vous que nous\n eussions aimée si vous fussiez venue à l’aube, reine\n de tous nos désespoirs, belle Haïatalnefous, ah !\nlaissez-nous partir ! Elle disait alors : Pourquoi faire ?\net nous ne savions que répondre.— Elle disait : Restez\navec nous ; je suis amoureuse. Une nuit, savez-vous,\nvous dormiez dans vos chambres, — sans bruit, je vins\nvous baiser sur les yeux, et votre âme a été rafraîchie\ndu baiser que je vous ai donné sur les paupières. —\nRestez ; les vents sont tombés, et vous n’avez plus\nde navire. Qu’allez-vous donc chercher ailleurs ?\nEt nous ne savions que lui dire, car elle ne pouvait\ncomprendre que tout cela ne pût pas remplir\nnos grandes âmes. Nous pleurions d’inquiétude :\nMadame, ah ! que vous dirais-je — les noblesses et\nles grandes beautés toujours nous arrachèrent des\nlarmes ; — si belle que vous soyez, Madame, vous\nn’ êtes pas si belle que nos vies ; — et nos vaillances\ndans l’avenir luisent devant nous comme des étoiles.\n— Puis, exalté par la nuit et par l’aisance de mes\nparoles, je déclamai, croyant voir dans le passé le\nreflet de nos futures vaillances : ah ! ah si vous saviez\nMadame ! nos jeunesses, les ambassades, les caval­\ncades d’autrefois, les grandes chasses dans la forêt,\nles délivrances glorieuses et le retour, le soir, par le\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                        153\n\n\n\nmême sentier, dans la poussière, et cette joie d’avoir\naccompli nos journées — et les fatigues, ah! Madame,\net l’air triste que nous avions ! Comme nos vies sont\nsérieuses ! Et nos courses sur la montagne, quand,\nà l’heure où le soleil tombait et que dans la vallée\nmontait l’ombre, parfois nous nous sentions si près\nde saisir nos chimères, que notre cœur en avait des\ntressaillements d’allégresse!... La reine me regardait\ntoujours et ses yeux souriaient un peu, me disant :\nEst-ce vrai? Mais j’étais si convaincu, que je lui dis :\nOh oui, Madame. — Puis comme la lune passait je\nm’écriai : Si je suis si triste pour elle, c’est à cause de\nsa pâleur. La reine alors : Qu’est-ce que cela vous\nfait ? me dit-elle ; et cela me parut soudain tellement\négal que je fus bien forcé d’ en convenir.\n  Et les jours s’en allaient ainsi, en promenades ou\nen fêtes.\n\n  La reine, de la barque, un soir, avait laissé, par jeu,\nune de ses bagues tomber de ses doigts dans la mer\nprofonde. C’était une bague sans prix, mais qui lui\nvenait, comme toutes ces bagues de reine, de Cama­\nralzaman,son époux. Elle était ancienne et portait, sur\ndes fils d’or pâle tressés, en châton, une aventurine.\nOn la voyait encore, quand des herbes se déplaçaient,\nsur le sable bleu, où, pensives et perdues, des ané­\nmones de mer luisaient. Ayant revêtu des sca­\nphandres, Clarion, A g loval et Morgain descendirent ;\nmoi je ne les suivis pas, — non par ennui, mais par\n                                                  11\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "154                                      la Wallonie.\n\n\n\ntrop grand désir au contraire, tant m’avait toujours\nattiré le fond mystérieux des ondes. Ils restèrent\nlongtemps sous l’eau ; dès qu’ils furent remontés, je\nles questionnai instamment, mais de grands som­\nmeils les saisirent, et lorsqu’ils s’en furent réveillés,\nils semblaient ne plus se souvenir de rien, ou ne pas\nvouloir me répondre : Trop d’obscurité m’envelop­\npait, dit Agloval, pour qu’il me fût possible de rien\nvoir. — Une torpeur engourdissante, dit Clarion,\nd’abord assoupit mes pensées, et je ne songeais plus\nà rien qu’au clair sommeil que je ferais dans cette\neau fraîche couché, sur les molles algues échevelées.\n— Morgain restait silencieux et triste, et comme je\nle suppliais de raconter ce qu’il avait vu, il répondit\nque, lorsqu’il le voudrait, il ne savait pas les mots\npour le dire.\n   Puis vinrent de nouvelles fêtes, des illuminations\net des danses; ainsi de nouveaux jours passèrent et\nnous nous désolions à sentir nos belles vies s’écouler\ndans des occupations médiocres.\n\n   Nous songions au navire, et en nous grandissait\nun projet de fuite. En face du palais s’étendait la\nplaine, et le rivage découvert se recourbait en golfe\n— on voyait bien sur la mer immense que l’ Orion\nn’était pas là. Mais de l’autre côté du palais devaient\ns’ouvrir d’autres plages ; là devait être l’ Orion. Les\nhauts murs des dernières terrasses s’avançaient dans\nla mer comme pour en interdire l’approche; des\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": " Voyage sur l'Océan pathétique.                     155\n\n\n\n allées secrètes devaient y mener, mais seule la reine\n en savait l’entrée. — Par une nuit de marée si basse\n qu’elle quitta le pied des murs, Ydier, Hélain, Natha­\nnaël et moi, nous partîmes furtivement à la recherche\n du navire.\n   — C’était encore le crépuscule, mais on n’entendait\nplus de bruits. Après avoir doublé les terrasses,\nnous nous trouvâmes derrière la ville ; de longues\nmurailles s’étendaient, et devant elles un peu de\nsable, où des égouts jetaient d’intolérables puanteurs.\nNous nous hâtions à cause de la mer et de la nuit\nmontante, mais pensant pouvoir peut-être revenir\npar une autre route, si la marée couvrait celle-ci.\n— Après les murs, ce furent des falaises basses,\nd’argile ; l’espace qui les séparait de l’eau devenait\ntoujours plus étroit, et les vagues enfin mouillèrent\nle pied des falaises. Nous nous sommes arrêtés,\nincertains, pour savoir ce que faisait la mer. Mais le\nflot ne montait pas encore ; marchant sur les roches\némergées, nous avons repris notre route. Un pro­\nmontoire s’avançait; nous pensions après voir la\nplage. Nos pieds glissaient sur les herbes molles ;\nl’eau qu’on ne voyait presque pas, grise et pleine de\ncrépuscule, clapotait faiblement sur les roches ; une\ninquiétude nous prenait tant cette eau semblait indé­\ncise. Et soudain la falaise a cessé: notre cœur s’est\nempli de crainte, car nous sentions que c’était là. La\nnuit maintenant était close. Sans bruit encore quel­\nques pas, et penchés contre l’extrême roche, alors,\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "156                                       la Wallonie.\n\n\n\nnous avons regardé. — La lune se levait sur une\nimmense grève où les sables azurés se mouvaient\ncomme des flots; sur l’eau flottait toute une escadre,\nformidable,vaporeuse inconnue, et nous n’osions plus\navancer. Des formes mystérieuses passèrent; tous ces\nvaisseaux étaient si gigantesques, tout cela nous\nparut si pâle, si peu sûr, que nous nous sommes\nenfuis, saisis d’une épouvante misérable, éclairés,\naffolés par la lune qui se levait au-dessus de la falaise,\net devant nous, sur les roches, sur l’eau, jetait nos\nombres démesurées.\n\n   — Notre délivrance vint d’une plus tragique ma­\nnière. Déjà naissait, grandissait dans la ville, mais\n doucement d’abord, la peste horrible et lamentable\nqui laissa toute l’île après, morne et comme un im­\nmense désert. Déjà les fêtes étaient troublées.\n   ... Le matin ces boissons fraîches que nous buvions\nsur les terrasses, les fruits, les verres d’eau froide\naprès les marches au soleil, et le soir, las de la fièvre\nde tout le jour, dans les jardin s parfumés qui descen­\ndaient jusqu’à la mer, les glaces au cédrat sous les\narbres, — tout cela, — les bains trop tièdes encore et\nles rêveries près des robes roses des femmes, nous\neût bientôt donné cette langueur qui précédait la\nmaladie, si la crainte de trop de souffrances ne nous\neût prévenus contre tant de plaisirs. Donc nous ré­\nsistions aux sourires des femmes, aux appels qu’on\nentendait le soir, à ce désir des fruits qui désaltèrent,\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": " Voyage sur l'Océan pathétique.                      157\n\n\n\n aux ombres des jardins, aux musiques — même nous\n ne chantions plus, de peur de défaillir; mais nous\n descendions au matin vers la mer, avant le lever du\n soleil, et, trempant nos membres nus dans l’eau\n saine, nous buvions avec l’air marin la vigueur et le\n réconfort.\n    Des égouts cachés, des lavoirs, montait au soir\n l’exhalaison pestilentielle, à cause des vases qu’y\n laissait la vaste incurie de la ville; et ces vapeurs\n paludéennes promenaient des germes de mort. Les\n marins et les femmes en sentirent leur chair troublée ;\n c’était une naissante inquiétude ; ils se lavaient la\n bouche avec des baumes et l’odeur fade des aromates\n se mêlait aux chaudes haleines.\n    .... Ce soir, les danses et les musiques même\n étaient retombées, trop lasses. Jamais les vents\n n’avaient soufflé plus tièdes ; les flots chantaient et\n toutes les âmes étaient folles de leur corps. Les corps\nétaient beaux comme des marbres ; ils luisaient dans\nl’ombre ; ils se cherchaient pour des étreintes, mais\nleur splendeur n’en était pas calmée; leur fièvre en\nétait attisée; ils unissaient leurs deux brûlures. Leurs\nbaisers étaient des morsures ; où leurs mains tou­\nchaient ils saignaient.\n    Jusqu’au matin, ils usèrent leur fièvre dans de\nfausses étreintes, puis le matin les lava dans un\nbain d’aurore; alors ils allèrent vers les fontaines\nblanchir leurs tuniques empestées.— Là, de nouvelles\nfêtes commencèrent; comme ils étaient légers, ils\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": " 158                                         là Wallonie.\n\n\n\n riaient de fatigue, et les éclats de gaîté vibraient\n dans leur tête sonore. — L ’eau du lavoir s’était salie.\n Avec de grandes perches, ils agitaient au fond la\n vase; des nuages de boue s’élevaient; des bulles\n montaient crever; eux, penchés au-dessus des mar­\n gelles, respiraient ces odeurs de marais sans horreur;\n ils riaient, parce qu’ils étaient déjà malades. Ils re­\n vêtirent après, leurs tuniques mouillées, et, transis,\n se réjouissaient à l’illusion de sentir leurs chairs\n raffermies. — Mais le soir, leur fièvre changea de\n nature; ils cessèrent de rire; ils furent accablés de\n langueurs et, couchés sur l’herbe des pelouses, ne\n songèrent plus qu’à soi-même.\n    Des fleurs étaient dans l’île, dont les corolles frois­\n sées distillaient l’odeur comme d’une menthe glaciale.\nLa plante poussait dans les sables ; ils en cueillirent\n des tiges fleuries, et les pétales qu’ils mâchaient le\nlong du jour, mises après sur leurs chaudes paupières,\nhumectaient leurs yeux secs d’une fraîcheur déli­\ncieuse. Cette fraîcheur glissait sur les joues, ou,\npénétrant jusqu’au cerveau, l’emplissait de rêves\ntorpides. Ils sommeillaient comme des fakirs. —\nSitôt qu’ils se reposaient de mâcher, le frais qu’ils en\navaient tiré, se muait en brûlure, comme il advient\nd’épices ou d’herbes bénéolentes à la saveur poivrée.\nAltérés, ils buvaient, dans des gobelets de métal, une\neau teintée de l’aigre jus des groseilles. Ils ne s’ar­\nrêtaient de mâcher que pour boire.\n   Quand leur manteau découvrait leur poitrine, on\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": " Voyage sur l’ Océan pathétique.                      159\n\n\n\nvoyait sous le bras, près du sein,une tache mauve et\nmeurtrie où germinait la maladie ; parfois tout leur\ncorps se couvrait de pâles sueurs violettes. — Nous,\nsilencieux tous les douze, et trop graves même pour\npleurer, nous regardions nos compagnons mourir.\n   — Ah ! ce qui f ut terrible, ce fut l’arrivée dos\nhommes; ils descendaient de tous les plateaux; ils\nespéraient trouver des femmes encore vaillantes et\nprofiter de leurs désirs pour leur donner la maladie.\nUs arrivaient courants, hideux, livides, mais quand ils\nvirent les femmes si pâles et qu’ils comprirent, pris\nd’une épouvante désespérée, ils jetèrent des cris dans\nla ville. Certaines les voulaient encore ; et l’assurance\nde la mort leur redonnant comme une sinistre\nvaillance, ils s’embrassèrent furieusement, ils su­\ncèrent toute la joie qu’ils purent, avec une soif, une\nrage, une espèce de frénésie, pour nous vraiment\nterrifiante; il semblait qu’ils voulussent ainsi sup­\nprimer le temps de la honte. Et d’autres femmes\nsanglotaient parce qu’ils étaient venus si tard.\n   Un léger vent commença de s’élever, et rabattant\nvers la ville la fumée lourde des volcans, jeta sur eux\ndes cendres grises. Epuisés, ils s’étaient dépris pour\nvomir. Maintenant ils roulaient pêle-mêle sur l’herbe\net leurs entrailles faisaient d’horribles efforts pour\nsortir     Ils moururent ainsi, sans posture, tordus,\naffreux, déjà décomposés; et le silence entra dans la\nville.\n   Des nuages alors se levèrent; une pluie froide\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 731, "texte": "160                                       la Wallonie.\n\n\n\nvers le matin acheva de glacer leur âme, et les\ncouvrit d’un linceul de boue que l’eau faisait avec\nla cendre.\n   Alors, nous avons repensé aux grandes voiles, au\ndépart ; mais après l’avoir si longtemps souhaité,\ndans une attente si monotone, maintenant que plus\nrien n’empêchait, nous nous sommes sentis si las,\nsi troublés, si sérieux d e la gravité de nos tâches,\nsi fatigués de tout cela, que nous sommes restés,\navant de quitter la grande île, encore douze jours,\nassis sur la plage, sans une parole, pensifs devant\nla mer, sentant nos volontés incertaines et trop\nimmenses.\n   Et ce qui nous a fait partir, c’est peut-être plutôt\nl’odeur insupportable des cadavres.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Dernières publications de nos Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Dernières publications de nos Collaborateurs : H ector Ch a in a y e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "Dernières publications de nos Collaborateurs :\n\nH ector Ch a in a y e . . . .             l’Ame des choses.\nA chille D elaeoche . . .                 Aénor (à paraître prochainement).\nJ ean D e l y il l e .....................Horizons liantes.\nCÉLESTIN D emblon             . . .       le Roitelet.\nA rthur D upont . . . .                    L'Envol des Rêves.\nM a x E l s k a m p ..................... Dominical.\nA ndré Gi d e .......................... Le traité du Narcisse.\nA ndré F ontainas . . . .                   Les Vergers illusoires.\nA.-F. HÉROLD..........................la Joie de Maguelonne.\nGUSTAVE K a h n ..................... Chansons d'Amant.\nB ernard L a zare . . . . le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier .             .   .   La fin des Bourgeois.\nCHARLES V an L erberg he . les F laireurs.\nGrégoire L e R oy . . . .                 mon Cœur pleure d'autrefois.\nP ierre L o u y s ..................... Astarté.\nM aurice Maeterlinck . . Pelléas et Mélisande.\nStéphane M allarm é               .   .   Pages.\nStuart M errill . . . .               les Fastes.\nA lbert M ockel.....................Chantefable un peu naïve.\nJ ean M oréas .......................... le Pèlerin passionné.\nGab r ie l M ourey . . . .                  Flammes mortes.\nPIERRE-M. Ol i n .....................Légendes puériles.\nPIERRE Quillard . . . .                 la Gloire du Verbe.\nH e n r i de R égnier . . . Tel qu'en songe.\nA dolphe R e t té . . . .                 Thulé des Brumes.\nA lbert Sa in t -Pau l . . .              Pétales de nacre.\nF ernand Sever in . . . .                 le D on d'Enfance.\nE m ile V erh aere n . . . .              les Apparus dans mes Chemins.\nF rancis V ie lè -Gr if f in .        .   les Cygnes.\nGASTON V y t t a l l . . . .              Vers la Mort.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, N °s V et VI.", "ancre_fin": "et 6, rue Boccador, Paris, A b o n n e m e n t : 5 f r . par an. 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Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-05-n5-6-206", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : A n d r é G i d e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 530, "fin_caractere_exclue": 868, "texte": "SOMMAIRE :\n\n\n\nA n d r é G i d e .......................... V oyage sur l ’Océan Pathétique.\n                                        (Première partie du voyage au\n                                        Spitzberg.)\n\n\n\n\n                      Ce numéro un franc.\n\n                               des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 136, "texte": "   Numéro consacré à André GIDE.\n\n\n\n\n        LA\nWALLONIE\n           Mai-Juin 1892\n           D E R N IÈ R E AN N ÉE.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "Floréal, rue St-Remy, 22, L iége,\nla Revue blanche, 74, rue de l ’Ouest, L iége et\n                      19, rue des Martyrs, Paris.\nl’Art moderne, 34, rue de l’Industrie, Bruxelles.\nLa Société Nouvelle, 32, rue de l ’Industrie, Bruxelles,\nla Jeune Belgique, 64, rue Potagère, Bruxelles.\nLa Revue belge, place de la Station, 10, Louvain.\nLe Réveil littéraire, 71, rue de Flandre, Grand.\nLe Mouvement littéraire, 13, rue des Minimes, Bruxelles.\nLa libre critique, rue Souveraine, 37, Bruxelles.\nLe Mercure de France, 15, r. de l ’Echaudé St-Germain, Paris.\nLa Conque, 49, rue Vineuse, Paris.\nLes Entretiens politiques et littéraires, 11, chaussée\n    d’Antin, Paris.\nE ssais d’Art libre, 8, rue Jacquier, Paris.\nL’Ermitage, 5, rue Gay Lussac, Paris.\nLa Plume, 39, boulevard Arago, Paris.\nEcrits pour l’Art, 11bis, rue Laureston, Paris.\nl’Etoile, à Avignon (Vaucluse).\nL’Endehors, 12, rue Bochard de Saron, Paris.\nLa Revue de l’Évolution, 24, rue Chauchat, Paris.\nLa Revue dA rt et de Littérature, 116, boulevard du\n    Montparnasse, Paris.\nLe Saint Graal, 7, rue de l’Abbé-de-l’Épée, Paris.\nPsyché, 29, rue de Trévise, Paris.\nl’Idée libre, 28, rue des Ecoles, Paris.\nMascarille, 11, rue Beaujolais, Paris.\nRevue indépendante, 12, rue des Pyramides, Paris.\nLe Chat Huant, impasse Ste-Catherine, Bordeaux.\nLe Sillon, 9, rue Lbomond, Paris.\nLa Syrinx, rue Lacépède, 25, Aix-en-Provence.\nChimère, 52, Cours Gambetta, Montpellier.\nLa Croisade, 16, rue de M exico, le Hâvre.\nLa Revue Méridionale, Carcassonne.\nSimple Revue, 41, boulevard Haussmann, Paris.\nLe Bluet, 17, rue Croix-des-Petits-Champs, Paris.\nRevue Jeune, 51, rue Monsieur le Prince, Paris.\n\n\n              A paraître prochainement\n         FROM                      HOME\n                 par Auguste VIERSET\n     En souscription chez l ’auteur, à St-Hubert (Belgique)\n                        2 Francs.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": " V O Y A G E SUR L ’OCÉAN PATHÉTIQUE *.\n\n\n\n\n                                                       à Henri de Régnier\n\n\n                                 PRÉLU DE.\n\n\n\n\n   Quand l’amère nuit de pensée, d’étude et de théo­\nlogique extase fut finie, mon âme qui depuis le soir\nbrûlait solitaire et fidèle, sentant enfin venir\nl’aurore, s’éveilla distraite et lassée. Sans que je m’en\nfusse aperçu, ma lampe s’était éteinte ; devant l’aube\ns’était ouverte ma croisée. Je mouillai mon front à la\nrosée des vitres, et repoussant dans le passé ma\nrêverie consumée, les yeux dirigés vers l’aurore, je\nm’aventurai dans le val étroit des métempsychoses.\n\n\n  Aurores ! surprises des mers, lumières orientales,\ndont le rêve ou le souvenir, la nuit, hantait d’un\ndésir de voyage notre fastidieuse étude —, désirs de\n\n  * Première partie du V o y a g e a u SPITZB ER G .\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "122                                      la Wallonie.\n\n\n\nbrises et de musiques, qui dirait ma joie lorsqu’enfin,\naprès avoir marché longtemps comme en songe\ndans cette tragique vallée, les hautes roches s’étant\nouvertes, une mer azurée s’est montrée.\n   Sur tes flots, pensai-je, voguerons-nous mer\néternelle, vers nos destinées inconnues? sur tes\nflots, nos âmes excessivement jeunes chercheront-\nelles leur vaillance ? —\n   Sur la plage, m’attendaient les compagnons de\npèlerinage ; je les reconnus tous, bien que ne\nsachant pas si je les avais vus quelque part. — Le\nsoleil était déjà haut sur la mer. Ils étaient arrivés\ndès l’aube et regardaient monter les vagues. Je m’ex­\ncusai de m’être fait attendre; eux me pardonnèrent,\npensant qu’en chemin m’avaient arrêté encore\nquelques subtilités dogmatiques et des scrupules, —\npuis me reprochèrent pourtant de ne m’être pas plus\nsimplement laissé venir. — Comme j ’étais le dernier\net qu’ils n’en attendaient plus d’autres, nous nous\nacheminâmes vers la ville au grand port où appa­\nreillait notre navire. Des clameurs en venaient vers\n nous sur la plage. —\n\n\n   La ville, où nous devions nous embarquer au soir,\néclatait de soleil, de clameurs et de fêtes, sous la\nblanche ferveur de midi. Le marbre des quais brûlait\nles sandales ; la fête était bariolée. — Deux navires\nétaient arrivés de la veille, l’ un de Norvège, l’autre\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       123\n\n\n\ndes merveilleuses Antilles ; et la foule courait\npour en arriver voir un troisième, majestueux\nentrant au port. Celui-ci venait de Syrie, chargé\nd’esclaves, de pourpre en balles et de pépites. Tout\nl’équipage sur le pont se pressait; l’on entendait\nles cris des manœuvres. Des matelots, au haut des\nmâts, détachaient des cordages et d’autres, près des\nflots, lançaient des câbles ; les plis des voiles dégon­\nflées s’accrochaient aux grandes vergues où s’é­\nployaient des oriflammes. La mer, vers le bord,\nn’était pas assez profonde pour laisser le navire\ns’approcher du quai ; des barques vinrent à lui qui\n d’abord prirent les esclaves, — et sitôt qu’elles\n furent descendues , le peuple s’empressa pour\n les voir; elles étaient belles et presque nues,\n mais tristes et ne regardaient rien. — Les matelots\n débarquèrent encore des parfums et des étoffes\n précieuses, mais ils jetèrent à la mer les balles de\n pourpre; c’était la marchandise triviale; — la vague\n les amenait le long des digues et des hommes penchés\n les guidaient vers les escaliers avec des perches. —\n  Des Antilles étaient venus les bois rares, des oiseaux\n  diaprés et des coquilles où le bruit des flots sur ces\n  plages heureuses, chantait. On se les disputait aux\n  enchères ; les bazars s’encombraient de cages ; certains\n  oiseaux,plus délicats,étaient lâchés dans des volières;\n  on payait pour entrer; tous chantaient — et des\n  marchands faisaient la foire. Des baraques impro­\n  visées montraient des jongleurs et des mimes. Sur\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "121                                        la Wallonie.\n\n\n\nune estrade, des baladins à cabrioles se jetaient des\npoignards et des flammes.\n   Plus loin étaient les glacières de la ville qu’alimen­\ntaient les vaisseaux de Norvège, revenus chargés\nde frimas. Des caves s’étendaient à de grandes pro­\nfondeurs, mais elles étaient toutes remplies et ce\ndernier navire déchargeait son faix sur le port. Une\nmontagne s’élevait, verte, diaphane et enveloppée\nde fraîcheur ; des marins assoiffés y venaient goûter\nl’ombre, appliquant sur la paroi mouillée leurs lèvres\net leurs mains brûlantes. Des hommes à la peau sa­\nfranée, vêtus d’un pagne ensanglanté, apportaient\nencore sans cesse des charretées de neige sur des\nplanches pliantes, et des lingots de pure glace qu’ils\navaient ramenés de la mer; on les y jetait du navire;\nils flottaient, glaçons et neiges, écumes, avec la pour­\npre, sur l’eau bleue, que, par vagues, la pourpre\nfondue avait fait presque violette.\n   Et maintenant voici le soir ; le soleil cramoisi dis­\nparaît entre les cordages ; les chants crépusculaires\nmontent, et dans le port tranquillisé, le vaisseau\nfabuleux qui va nous emporter se balance; alors,\nayant goûté dans ce jour des promesses de toutes\nles futures histoires, cessant de regarder le passé,\nnous tournerons nos yeux vers l’avenir; et l’extraor­\ndinaire navire, laissant derrière lui le port, les jeux\net le soleil tombé, s’enfonça dans la nuit vers\nl’aurore.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                      125\n\n\n\n                              I\n\n\n   Nuit sur mer; — nous avons causé nos destinées.\n Nuit pure ; l’ Or ion vogue entre des îles ; — la lune\n éclaire des falaises; — des récifs bleus se sont mon­\n trés; le veilleur les a signalés; le veilleur a signalé\n des dauphins ; ils jouaient au clair de la lune ; près\n des récifs, ils ont plongé pour ne plus reparaître; les\n roches bleues luisent faiblement sous les flots. Des\n méduses illuminées montent s’épanouir à l’air noc­\n turne, lentement de la mer profonde, fleurs des mers,\n remuées par les flots. Les étoiles rêvent. Nous,\n penchés à l’avant du navire, près des cordages et\n sur les flots, tournant le dos aux équipages, aux\n compagnons, à tout ce qui se fait, nous regardons\nles flots, les constellations et les îles. — Nous regar­\n dons passer les îles, disent les hommes du bord qui\nnous méprisent un peu, lorsqu’en se regardant ils\n oublient qu’eux sont les passagers et que ces choses\nlà demeurent — pareilles derrière notre fuite.\n   Aspects changeants des massifs de falaises, et les\npromontoires allongés qui chavirent — berges ! mé­\ntamorphoses des berges — nous savons maintenant\n que vous restez ; c’est en passant que l’on vous voit\npassantes, et votre aspect change par notre fuite,\nmalgré votre fidélité. — Le veilleur de nuit signale\n des navires. Nous, penchés sur les flots depuis le soir\njusqu’au lever du jour, nous apprenons à discerner\nles choses qui passent, entre les îles éternelles.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "126                                      la Wallonie.\n\n\n\n   Cette nuit, nous avons parlé du passé ; nul de nous\nne savait comment il avait pu venir jusqu’au navire\nmais nul ne regrettait l’amère nuit de pensées.\nDe quel obscur sommeil me suis-je éveillé, dit\nAlain, de quelle tombe ? je n’ai pas cessé de penser,\net maintenant je suis encore malade; ô nuit orientale\net calmée, enfin reposeras-tu ma tête lasse de penser\nD ie u ? — J ’étais tourmenté d’un désir de conquête,\ndit Paride; je marchais dans ma chambre, plein de\nvaillance, mais triste et de rêver toujours des\nhéroïsme, plus fatigué que de les faire. Qu’allons-\nnous conquérir maintenant; quelles seront-elles, nos\nprouesses ? où allons-nous ? dites ! savez-vous où\nva nous mener ce navire ? — Aucun de nous ne le\nsavait, mais tous, nous frémissions au sentiment de\nnos courages. — Que faisons-nous ici, reprit-il, et\nqu’est-ce donc que cette vie, si celle d’avant était\nnotre sommeil ? — Peut-être alors que nous vivons\nnotre rêve, dit Nathanaël, pendant que dans la\nchambre nous dormons. — Ou si nous cherchons des\npays pour raconter nos belles âmes, dit Mélian ? —\nMais Tradelineau s’écria : Sans doute, l’habitude\ndes vaines logiques et cette manie de croire que\nvous ne ferez bien que ce dont vous connaîtrez\nbien les causes vous tient encore et cause main­\ntenant cette discussion oiseuse. Qu’importe de\nsavoir comment nous sommes venus ici, et pourquoi\nchercher à notre présence sur l'O rion. de très\nmystérieux motifs ? Nous avons quitté nos livres,\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                    127\n\n\n\nparce qu’ils nous ennuyaient, parce qu’un souvenir\ninappelé de la mer et du ciel réel faisait que\nnous n’avions plus foi dans l’étude; quelque chose\n d’autre existait; et quand les brises balsamiques\n et tièdes sont venues soulever les rideaux de nos\nfenêtres, nous sommes descendus malgré nous vers\nla plaine et nous nous sommes acheminés. — Nous\nétions las de la pensée, nous avions envie d’action ;\n— avez-vous vu comme nos âmes se sont révélées\njoyeuses, lorsque, prenant aux rameurs les lourds\n avirons, nous avons senti l’azur liquide résister !\n— Oh maintenant, laissons-nous aller — l’ Orion saura\nnous guider vers des plages. Nos vaillances que nous\nsentons, appelleront d’elles-mêmes nos prouesses ;\nattendons sans penser à tout — attendons venir nos\nglorieuses destinées.\n    Cette nuit, nous avons aussi parlé de la ville\ntumultueuse où nous nous étions embarqués, de ses\nfoires et de la foule.— Pourquoi, dit Agloval, penser\nencore à ces gens-là, dont les yeux ne voyaient que\nles choses et qui ne s’étonnaient même pas. Moi\nj ’aimais Bohordin qui sanglotait aux jeux du cirque;\non devrait tout faire comme un rite; ces gens regar­\ndaient le jeu sans solennité. — Qu’en pensez-vous,\nUrien, me dit Angaire ? — Et je répondis : Il faut\ntoujours représenter. — Puis, comme cette discussion\nnous devenait à tous insupportable et que penser\nnous fatiguait, nous nous promîmes de ne plus nous\nparler du passé, ni de raisonner sur les choses. Le\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "128                                       la Wallonie.\n\n\n\nmatin venait; nous nous sommes            quittés pour\ndormir.\n\n\n   Nous avions perdu de vue les côtes et nous\nvoguions depuis trois jours en mer pleine, lorsque\nnous rencontrâmes ces belles îles flottantes qu’un\ncourant mystérieux, longtemps a poussées près de\nnous. Et cette fuite parallèle au milieu des vagues\néternellement agitées nous faisait croire d’abord\nl’ Orion immobile, échoué peut-être dans le sable ;\nmais notre erreur n’a pas duré quand nous avons\nmieux vu les îles. Une barque nous descendit sur\nl’une d’elles ; elles étaient toutes presque pareilles et\ndistantes également. Leur forme régulière nous les fit\ncroire madréporiques : elles eussent été assurément\ntrès plates sans cette végétation luxuriante et\nmagnifique qu’elles portaient; elles étaient à l’avant\nlégèrement escarpées, récifs de madrépores, gris\n comme des pierres volcaniques, où les racines se\n dénudaient; à l’arrière, elles flottaient comme des\n chevelures et la mer les avait rougies. Des arbres\n d'essences inconnues, des arbres bizarres pliaient\n sous les grosses lianes, et des orchidées maladives\nmêlaient leurs fleurs à ces feuillages. C’étaient des\njardins sur la mer; des vols d’insectes les suivaient\n et du pollen traînait sur les vagues. — Les impé­\nnétrables taillis nous forcèrent de marcher tout\n au bord des rives, et souvent, lorsque des branches se\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                      129\n\n\n\npenchaient vers l’eau, de se glisser sous elles, en\nrampant, en s'accrochant aux racines et aux lianes. —\nNous avons voulu rester quelque temps à l’arrière,\nà regarder les insectes énormes voler, mais les\nparfums étouffants qui montaient de toute l’île et\nque le vent rabattait vers nous, les parfums qui déjà\nnous troublaient de vertige, nous eussent, je crois,\nfait mourir. Ils étaient si denses qu’on en voyait\nla poussière aromale tournoyer. — Nous avions\nregagné l’autre bord de l’île; des ibis et des flamants\nroses qui dormaient se sont envolés. Nous nous\n sommes assis sur un rocher de madrépores ; le vent\n du large écartait de nous les parfums.\n   L ’île devait être peu épaisse, car au-dessous d’elle,\n dans la mer profonde, après l’ombre qu’elle faisait,\n on revoyait de la lumière. Et nous avons pensé que\n chacune d’elles s’était détachée ainsi qu’un fruit\n mûri, de sa tige; — et quand plus rien ne les a\nretenues, profondément au roc natal, alors, comme\n des actions non sincères, elles ont été au hasard des\n dérives, emportées par tous les courants.\n   Le cinquième jour, à notre regret, nous les avons\n perdues de vue.\n\n\n  Sitôt après que le soleil fut couché, nous nous\nsommes baignés dans une eau rose et verte; et\ncomme elle reflétait le ciel, elle est bientôt devenue\nmordorée. Les flots tièdes et pacifiques nous péné­\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "130                                    la Wallonie.\n\n\n\ntraient de leur mollesse. Les rameurs attendaient.\nNous sommes remontés dans la barque comme la\nlune se levait; un peu de vent soufflait; larguant les\nvoiles nous poussions des bordées. Et l’on voyait\ntantôt les nuages encore mauves, tantôt la lune.\nDans le sillage argenté qu’elle faisait sur la mer\ncalme, les avirons creusaient des remous de lumière :\ndevant nous, l’ Orion passait, mystérieux, dans le\nsillage de la lune. On la voyait dernière un mât, —\npuis solitaire, — puis au matin elle est retombée dans\nla mer.\n\n\n\n                          II\n\n\n\n    Le septième jour, nous abordâmes devant une\nplage sablonneuse remuée de dunes arides. Oabilor,\nAgloval, Paride et Morgain descendirent ; nous les\nattendîmes vingt heures; ils nous avaient quittés vers\nle milieu du jour ; le lendemain, au matin, nous les\nvîmes revenir en courant et faisant des gestes.\nQuand ils furent tout près, Paride cria vers nous :\nFuyons, fuyons, disait-il, — des sirènes habitent\nl’île et nous les avons vues. — Lorsqu’ils eurent\nrepris haleine, tandis que l’ Orion fuyait à toutes\nvoiles, ce fut Morgain qui raconta :\n   Nous avions marché tout le jour parmi les char-\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                     131\n\n\n\ndons biens, sur les dunes mouvantes. Nous avions\nmarché tout le jour sans rien voir que des collines\nqui s’avancaient, dont le vent balançait la crête;\nnos pieds étaient brûlés par le sable et le flamboie­\nment de l’air sec flétrissait nos lèvres et nos doulou­\nreuses paupières.— Qui dira votre pompe et votre\nplénitude, soleils d’Orient, soleils de midi sur les\nsables ! — Quand vint le soir, étant parvenus au pied\nd’une colline très haute, nous nous sommes sentis si\nlas — nous avons dormi dans le sable, sans même\nattendre que se soit couché le soleil.\n   — Nous n’avons pas dormi longtemps; le froid de\nla rosée nous réveilla bien avant l’aube. Pendant la\nnuit, les sables avaient bougé, et nous ne recon­\nnûmes plus la colline. Nous reprîmes notre marche,\nmontant toujours, sans savoir où nous allions, d’où\nnous étions venus, où nous avions laissé le navire —\nmais bientôt derrière nous blanchit l’aube. Nous\nétions parvenus sur un plateau très large — au moins\nil nous sembla très large d’abord — et nous ne pen­\nsions pas l’avoir encore traversé, lorsque tout à coup,\nle terrain cessant, s’ouvrit devant nous une vallée\npleine de brûmes. Nous attendîmes. Derrière nous\ncommençait l’aurore — et tandis qu’elle montait, les\nbrûmes s’écartèrent. — C’est alors qu’elle nous appa­\nrut, cette prodigieuse cité, non loin de nous, dans\nune immense plaine. Elle était couleur d’aurore et\nmusulmane, aux minarets fantasques dressés; des\nescaliers en enfilade menaient vers des jardins sus­\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "132                                       la Wallonie.\n\n\n\npendus, et sur des terrasses, des palmiers mauves se\npenchaient. Au-dessus de la ville flottaient des\nbrouillards en nuages que déchiraient les minarets\npointus. Les minarets étaient si hauts, que les nuées\ny restaient prises et l’on eût dit des oriflammes, des\noriflammes tendues, sans un pli, malgré l’air fluide où\nne remuait pas une brise. — Or, telle est notre incer­\ntitude : devant les hautes cathédrales, nous rêvions\naux tours des mosquées; devant les minarets aujour­\nd’hui nous rêvions aux clochers d’églises,et dans l’air\nmatinal nous attendions les angélus. Mais par l’aube\nencore trop fraîche, rien ne bruissait que des frémis­\nsements inconnus qui se perdaient dans l’air vide,\nlorsque soudain, comme le soleil paraissait, un chant\npartit d’un minaret, du premier vers où le soleil se\nlève, un chant pathétique et bizarre, et nous en\neussions bien pleuré. La voix vibrait sur une note\naiguë. Un nouveau chant jaillit, puis un autre; et\nune à une les mosquées se réveillaient mélodieuses\nsitôt que d’un rayon les avait touchées le soleil.\nBientôt toutes chantaient. C’était un appel inouï que\nfinissait un éclat de rire sitôt qu’un autre commen­\nçait. Les muezzins dans l’aurore se répondaient\ncomme des alouettes. — Ils jetaient des questions\nauxquelles succédaient d’autres questions, et le plus\ngrand, sur le plus haut minaret, ne disait rien, perdu\ndans un nuage.\n   Cette musique était si merveilleuse, que nous étions\ndemeurés immobiles, en extase, étourdis; puis, comme\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                      133\n\n\n\nles voix baissaient et se faisaient plus douces, nous\nvoulûmes nous approcher, insensiblement attirés par\nla beauté de la ville et par l’ombre mobile des\npalmes. Les voix baissaient toujours,— mais comme\nelles retombaient, voici que la cité s’éloigna, se défit,\nchancelante avec une strophe; les minarets, les\npalmiers grêles s’éperdirent; l’escalier croula; à\ntravers les jardins des terrasses décolorées trans­\nparut la mer et le sable. C’était un mirage en\nallé qui palpitait au gré d’un chant. Le chant se tut;\nl’enchantement finit et la cité miragineuse. Notre\ncœur affreusement serré s’était cru s’écouter mourir.\n   — A peine un bout de vision qui danse encore sur\nun trille, sifflement d’haleines endormies, — et\nc’est alors que nous les vîmes, couchées dans les\nalgues; elles dormaient. Alors nous avons fui, si\ntremblants que nous pouvions à peine courir. Heu­\nreusement, nous étions très près du navire; nous\nl’avons aperçu derrière un promontoire : seul il vous\nséparait des sirènes. Quel n’était pas votre danger\nsi elles eussent pu vous entendre — et nous n’avons\nosé crié que déjà tout près de vous de peur que le\ncri les éveille. — Je ne sais pas la route que nous\navons pu faire la veille pour avoir avancé si peu ; je\ncrois maintenant que nous avons marché sur place\net que ces collines mobiles qui se déplaçaient sous\nnos pas, que ce plateau, que cette vallée, étaient déjà\nl’effet de l’enchantement des sirènes. — Ils discu­\ntèrent alors pour savoir combien elles étaient et\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "131=                                    la Wallonie.\n\n\n\ns’émerveillèrent d’avoir échappé à leurs ruses : Mais,\ndites-nous, dit Odinel, — dites-nous, comment\nétaient-elles ? — Elles étaient couchées dans les\nalgues, dit Agloval, et leurs cheveux ruisselants qui\nles couvraient tout entières, verts et bruns, semblaient\ndes herbes de la mer; mais nous avons couru trop\nvite pour bien les voir. — Elles avaient des mains\npalmées, dit Cabilor, et leurs cuisses couleur\nd’acier luisaient, couvertes d’écailles. Je me suis\nenfui parce que j ’avais très peur — Je les ai vues\ncomme des oiseaux, dit Paride, comme de grands\noiseaux de mer au bec rouge — n’est-ce pas qu’elles\navaient des ailes ? — O non ! non, dit Morgain, —\nelles étaient pareilles à des femmes et très belles —\nvoilà pourquoi je me suis enfui.— Mais leurs voix,\nleurs voix, dites-nous, leurs voix comment étaient-\n elles? Et chacun souhaitait les avoir entendues.—\n Elles étaient, dit Morgain, comme une vallée d’ombre\n et comme l’eau fraîche aux malades. Puis chacun\n parla de la nature des sirènes et de leurs ensorcelle­\n ments ; Morgain se tut et je compris qu’il regrettait\n les belles sirènes.\n    Nous ne nous baignâmes pas ce jour-là, de peur\n d’elles.\n\n                          III\n\n  C’était le treizième jour ; dans cette plaine où nous\nétions perdus, depuis le matin, marchant toujours et\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                      135\n\n\n\nsans jamais savoir la route, — on commençait à\ns’ennuyer, lorsqu’on rencontre : une fillette dans un\nchamp d’alfa, brune et sous le soleil de midi toute\nnue, en attendant la nubilité, qui gardait de pais­\nsants dromadaires. On lui demande son chemin; —\nelle pleure en indiquant la ville. — Une heure après,\nnous avons vu la ville; elle était grande, mais morte.\nNous fûmes saisis d’une tristesse solennelle, — car les\nmosquées en ruine aux minarets cassés, les grands\nmurs effondrés, les colonnes, faisaient de cette cité\nl’aspect morne et monumental. La large rue que\nnous suivions en escaladant les décombres se per­\ndait enfin dans la campagne, sous des amandiers,\nauprès de marabouts abandonnés. — Pendant une\nheure encore, nous avons marché. La plaine cessait ;\nune colline venait que nous avons gravie; — au\nhaut de la colline, on voyait le nouveau village. Nous\navons marché dans les rues; toutes les maisons\nétaient closes; et, on ne sait pourquoi, l’on ne voyait\npersonne. Angaire dit que, peut-être, ils étaient au\ntravail dans les champs. Une intolérable chaleur\ntombait dans la rue des murs jaunes. De grosses\nmouches, au soleil, vibraient contre les portes\nblanches. Devant une porte, assis sur les marches\ndu seuil, un enfant tripotait une infâme mentule.\nNous avons quitté le village. — La campagne de\nnouveau s’est étendue. Pendant une heure encore,\nnous avons marché par le soleil et la poussière. Un\nmonument carré, tout à coup, on ne sait pourquoi\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "136                                      la Wallonie.\n\n\n\ndans cette campagne, s’est dressé et des cris qui\nsortaient par une porte ouverte, nous ont attirés\nd’assez loin; nous nous hâtions, pensant enfin voir\nquelque chose; nous sommes entrés dans une vaste\nsalle ; une foule nombreuse y poussait de tels cris\nque nous fûmes étourdis d’abord. Nous voulions\nparler, interroger quelqu’un pour savoir, mais aucun\nn’écoutait et tous, avec des gestes forcenés, mon­\ntraient et regardaient le milieu de la salle.\n   Nous étant dressés contre le mur, nous avons pu\nvoir, au centre de la foule, deux derviches hurleurs\ncommençant leur extase ; ils tournaient lentement au\nson d’une musique que faisaient quatre hommes\naccroupis, mais qu’on n’entendait pas à cause des\ncris de la foule; et périodiquement, à la fin d’un\ncouplet des instruments de musique, ils poussaient\nun hurlement guttural suraigu, auquel la foule répon­\ndait par un trépignement enthousiaste. Ils étaient\ncoiffés d’un bonnet haut comme la moitié de leur\ncorps, et symétrique; et vêtus seulement d’une robe\nlongue et très large. Comme la musique les pressait,\nils ont commencé de tourner plus vite; leur robe\ns’évasait autour d’eux et laissait voir leurs pieds\nsautant dans les sandales ; comme ils tournaient plus\nvite encore, ils ont rejeté leurs sandales et dansé\npieds nus sur la pierre; leur robe, qui s’élargissait, se\nsoulevant autour d’eux, découvrait des jambes pivo­\ntantes; leur bonnet penché qui n’était plus dans\nl’axe, leur barbe devenaient insupportables à voir; —\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       137\n\n\n\nils bavaient et leurs yeux étaient blancs de joie;\nla foule ne se possédait plus et oscillait comme en\nivresse; — alors ils devinrent frénétiques et, poussant\ndes cris désordonnés, ils tournèrent si follement vite\nque leur robe, toujours plus tendue, devenait presque\nhorizontale, les découvrait tout nus, obscènes ; —\nnous partîmes.\n   Et c’était la campagne encore; ce fut le soir.\nPendant une heure encore nous avons marché, puis\n nous avons retrouvé le navire. —\n\n   — Les matelots se sont baignés dans l’eau tiède;\nl’air qui brûle a séché leur peau. Le soir est venu,\nmais sans la fraîcheur qui repose, mais sans la fraî­\ncheur de la nuit comme un baiser sur les paupières.\nLa nuit est maintenant si chaude que nous ne\npouvons pas dormir. Des éclairs silencieux pal­\npitent au bord du ciel et sur les flots des fluores­\ncences passent vaguement. A demi couchés, sur le\npont, rêvassent les matelots et les mousses ; et dans\nla nuit mystérieuse, tendant les bras vers le rêve, ils\nse sont tordus de désirs. Nous, nous sommes restés\ndebout, car nous n’osions pas nous étendre, et nous\nentendions toute la nuit leurs soupirs se mêler aux\nsouffles amoureux de la mer. Mais une plus sérieuse\npensée naissait en nous au sentiment de notre sévère\nattitude, et le calme de la nuit descendait sur notre\nvisage.\n         -                   -                  10\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "188                                     la Wallonie.\n\n\n\n                          IV\n\n   Le 21me jour, nous nous sommes arrêtés devant un\nrivage planté d’arbres. On apercevait, non loin de la\nmer, une ville ; une avenue d’eucalyptus y menait, où\nse promenaient des groupes de femmes; des deux\ncôtés de l’avenue, entre les arbres, étaient dressés,\npour un marché, des tréteaux et des baraques de toile;\net du navire on pouvait voir, aux taches rouges et\njaunes qu’ils faisaient, les piments doux et les\nrégimes de bananes. — Avant la fin du jour, Mélian,\nLambègue et Odinel descendirent à terre, ainsi\n qu’une partie des gens de l’équipage, pour acheter\n des vivres et demander la route. Nous les attendîmes\n tout le soir. Le lendemain, Mélian, Lambègue et\n Odinel revinrent, mais avec seulement quelques-uns\n des matelots. — Ils étaient pâles et leurs yeux\nagrandis luisaient d’une douceur inexprimable ; mais\nleur regard fuyait le nôtre et se perdait avec un\n sourire. Ils rapportaient d’admirables fruits écarlates,\n saignants comme des blessures; et des gâteaux de\nfarines inconnues ; mais quand nous voulûmes les\n questionner, ils prétextèrent une grande fatigue et\n s’étendirent dans les hamacs ; alors nous comprîmes\n qu’ils avaient été auprès des femmes du rivage et\n nous en fûmes extrêmement tristes. — Comme nous\n ne voulions pas repartir sans que soient revenus tous\n les autres,vers le soir Lambègue, Odinel et Mélian, et\n ceux des matelots qui les avaient suivis la veille,\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                      139\n\n\n\nvoulurent retourner à la ville; nous ne pûmes les en\nempêcher; — et nous ne pûmes empêcher Alfasar et\nHector de les suivre. Ils avaient dû causer avec eux\nde ce qu’ils avaient fait la veille, car nous les avions\nvus rester longtemps ensemble, près des hamacs\nmobiles, où se balançaient ceux que la nuit avait\nlassés.\n   Ils revinrent tous le lendemain, et l’ Orion put\nmettre à la voile ; — ils rapportaient des fruits nou­\nveaux, énormes et violets comme des aubergines ; ils\navaient l’œil hagard et plein d’insultes; sur leurs\nlèvres, une ironie mauvaise souriait; ce fut à propos\ndes beaux fruits que la querelle commença; ils\nvoulaient nous en faire manger, mais leur éclat,\nleur splendeur même nous faisait nous en défier ; —\nquand nous le leur dîmes, ils se moquèrent : Voilà\nles chevaliers courageux ! n’oserez-vous goûter\nmême à des fruits, par crainte, et votre stérile vertu\nce sera donc de s’abstenir — dans le doute. Doutez-\nvous donc toujours ? — Alors pourquoi?\n   Et sans que nous l’ayons demandé, ils nous racon­\ntèrent ce qu’ils avaient fait dans la ville : le marché,\nl’achat des fruits, et la langue inconnue que par­\nlaient ces femmes ; — puis les jardins de plaisir\naux lumières, et les lanternes dans les feuillages ;\nlongtemps ils étaient restés sans entrer, regar­\n dant à travers les clôtures, les danses et les giran­\n doles, — puis des femmes qui passaient les avaient\nentraînés avec elles et ils s’étaient tout à coup\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "140                                   la Wallonie.\n\n\n\nsentis sans résistance sitôt que leurs mains s’é­\ntaient touchées. Ils avaient eu honte d’abord, puis\navaient trouvé çà ridicule. — Mais quand ils vou­\nlurent nous conter leurs embrassements de la nuit,\nAngaire s’écria qu’il ne comprenait pas qu’on osât\nse mettre à deux pour faire ces saloperies indis­\npensables et qu’en de tels instants, lui se cachait\nmême des miroirs. — Mais à sa hautaine franchise,\nce fut chez eux une grande huée de scandale. Angaire\ndit alors qu’il n’aimait les femmes que voilées, mais\nque même ainsi il craignait qu’elles ne devinssent\nimpudiques et de voir tomber leur robe dès qu’un\npeu d’émotion leur venait. — Alors, ils éclatèrent de\nrire et se détournèrent de nous. — A partir de ce\njour, nous ne fûmes plus tous unis dans la même\npensée — et sentant très vivement ce que nous ne\nvoulions pas être, nous commençâmes de sentir ce\nque nous étions.\n                      I\n   Ils se sont baignés dans une eau triste et bleue ;\nils ont nagé dans l’écume saline. Remontés dans la\nbarque, longtemps encore nus, ils regardaient leur\npeau luire de pâleur insolite; et laissaient que la\nfièvre séchât sur eux la candide mousse marine. Et\nnous avions honte pour eux, car ils paraissaient très\nbeaux et semblaient plus heureux que des hommes.\n   Nous n’aimions pas beaucoup Alfasar, car il était\nemphatique et colère, mais nous regrettions Mélian\nqui était doux et connaissait les tendresses api­\ntoyées.\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       141\n\n\n\nV\n\n\n\n\n   Les belles berges se déroulèrent tout le jour,\ndevant de navire; des ibis et des flamants roses\npéchaient des crabes dans le sable du bord. Un peu\nloin vers les terres, sur des falaises en terrasses, des\nforêts sombres venaient finir. Il faisait chaud et nous\nsongions aux neiges du port où nous nous étions\nembarqués; tous sur le pont, nous regardions se dé­\nrouler les berges. Quand nous passions, les flamants\nroses s’envolaient, puis revenaient aux mêmes places,\nsitôt après que nous avions passé, se reposer; et le\ngeste de ces oiseaux nous faisait nous défier de ces\nplages. Nous attendions; et notre grand cœur désœu­\nvré s’emplissait d’amertume. — Sera-ce ici que nous\ntrouverons un lieu qui devant nous ne se dérobe; ou\ns’il demeure enfin, ne nous attire coupablement ? Ou\npenchés sur le pont du navire, les regardant se dé­\nrouler, devrons-nous toujours errer devant les plages\net les plages ?\n   Vers le milieu du jour, nous sommes descendus\nprès d’une ville; elle était étroite et s’allongeait\nsuivant la mer. La mer s’arrondissait en golfe, et\ndevant la ville, découvrait à la marée basse un large\nîlot madréporique. Des barques de pêcheurs, chaque\njour, y venaient chercher le corail, les éponges et les\ncoquilles perlières. Comme rien ne nous intéressait\ndans la ville, une des barques nous a menés vers cette\nîle. Elle semblait surgie de la mer, aussitôt autour\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "142                                        la Wallonie.\n\n\n\nprofonde et transparente ; sur le fond des polypiers\npâles, on voyait les huîtres bâiller; des éponges\npoussaient le long des roches ; des crabes verts cou­\nraient, et dans les trous, dans les ombres, des\npieuvres étaient cachées. Quand les plongeurs pas­\nsaient près d’elles, les bras gluants tâchaient de les\nsaisir; mais les plongeurs, avec un couteau tout\nouvert, coupaient les bras de la pieuvre; ils restaient\ncollés à leurs membres encore lorsqu’ils remontaient.\n— C’étaient des hommes à la peau safranée; ils\nétaient nus, mais à leur cou un sac réticulé pendait,\nqu’ils devaient remplir de coquilles. Ils les cueillaient\navec leur grand couteau, puis, le sac plein, remon­\ntaient vite. Quand ils revenaient à l’air libre, leur\npoitrine se crispait un peu et un fil de sang, qui\ncoulait de leur bouche, somptueux sur leur peau\ndorée, les faisait presque évanouir.\n   Nous avons jeté dans l’eau des monnaies neuves;\non voyait leur scintillement s’enfoncer; et quand\nelles allaient disparaître, les hommes sautant de la\nbarque et plongeant, les happaient comme on souffle\nune flamme. Mais si ce n’eût été la joie de regarder\nle fond de la mer, et couler le sang de ces hommes,\nces jeux ne nous eussent pas divertis; après les avoir\nvus quelque temps, nous avons regagné la ville.\n\n\n\n   Nous nous sommes baignés dans des piscines trop\ntièdes, où des enfants se poursuivaient en nageant.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                      143\n\n\n\nL ’eau verte laissait voir au fond des mosaïques, et\ndeux figures de marbre rose, symétriquement dispo­\nsées, jetaient des parfums dans des vasques ; ils re­\ntombaient en cascades fines, avec des bruits légers,\ndans l’eau. Nous étant approchés des statues, nous\ntendîmes nos mains vers les vasques, et les parfums,\ncoulant le long de nos bras, ruisselèrent sur nos\nhanches. L ’eau, quand on y replongeait, faisait l’effet\nd’une brûlure. Au plafond translucide, une buée\nodorante montait; elle se figeait en rosée; — la lu­\nmière en était bleuie, et du plafond, dans l’eau, cette\nrosée tombait goutte à goutte.\n   Et comme une torpeur nous prenait, à respirer\ncette buée tiède, nous demeurâmes immobiles, flot­\ntants, abandonnés, vainement évanouis dans l’eau\nmerveilleuse, verte et bleue, où ne glissait plus qu' un\njour trouble, où les bras des grêles enfants se colo­\nraient d’azur dans la lumière, et les gouttes tombant\ndu plafond faisaient un clapotement monotone.\n\n\n  .... Avec la nuit, la mer est devenue phospho­\nrescente; des flammes sur le bord, avec les vagues,\nse déchiraient. La nuit est devenue brûlante; les\nmatelots et les faux chevaliers sont allés retrouver\ndes femmes, et la pensée de leurs embrassements\nnous à tourmentés cette nuit, car elle était vraiment\ntrop amoureuse. Une lune énorme et rougie s’est\nlevée du milieu des vagues, et a promené son reflet\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "144                                     la Wallonie.\n\n\n\nsur la mer déjà lumineuse. Dans le sillage de la lune,\ndes barques brunes ont passé, regagnant les côtes.\nL’on n’entendait que le bruit des vagues, et des\nflammes dans la nuit frôlées.\n   Et venus des forêts, les vampires aux larges ailes,\nrôdant près des pêcheurs endormis, à leurs pieds nus,\nà leurs lèvres, suçaient la vie et les accablaient de\nsommeil au palpitement de leurs ailes silencieuses.\n\n                          VI\n\n  Morgain a la fièvre. Il nous a demandé pour mettre\nsur son front, de la neige éternelle. — Nous avons\nrelâché devant une île où se dressait une montagne\ntrès élevée. Nous sommes descendus, Nathanaël,\nYdier, Alain, Axel et moi et nous avons marché vers\nles neiges. — Longtemps après nous pensions encore\nà cette île, car elle était calme et charmante; à cause\ndes glaciers descendus jusqu’en la vallée, un air\npresque frais circulait. Nous marchions, joyeux de\nnous sentir si pacifiques.\n   Nous étions parvenus au pied du glacier trans­\nlucide ; une fontaine claire s’est montrée. Elle stillait\ndoucement de sous là glace ; un quartz poli, qu’elle\navait creusé en calice, la recueillait. Nous en remplî­\nmes notre fiole de cristal pour en rapporter à Morgain.\nEau de glace, qui pourra dire ta pureté ! — Dans les\ngobelets où nous en bûmes, elle était encore azurée ;\nelle était limpide et si bleue, qu’elle avait toujours\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       145\n\n\n\nl’air profonde. Elle restait fraîche toujours ainsi que\nles eaux hiémales; elle était si pure, qu’elle grisait\ncomme l’air très matinal des montagnes. Nous en\nbûmes, et une allégresse séraphique nous ravit; nous\ny avons trempé nos mains ; nous en avons mouillé\nnos paupières ; elle a lavé la chaleur des fièvres et sa\ndélicate vertu a glissé jusqu’à nos pensées, comme\nd’une eau lustrale. — La campagne après, nous a\nparu plus belle, et nous nous étonnions de toute\n chose. Vers midi, nous avons retrouvé la mer, et\nnous marchions, suivant le rivage. Nous récoltions\n des cailloux d’or dans le sable, les coquilles rares que\n le flot avait laissées, et les buprestes couleur d’éme­\n raude sur les tamaris de la plage. — Il poussait près\n de la mer une plante qui portait sur ses fleurs des\n papillons toujours posés. Les papillons étaient indis­\n tincts des pétales, la fleur en paraissait ailée. — Nous\n savions que les papillons de printemps, les premiers\n papillons de mai, sont blancs et jaunes comme les\n primevères et les aubépines; les papillons d’été\n diaprés comme toutes les fleurs ; et les papillons de\nl’automne, de la couleur des feuilles mortes; mais\n ceux-ci, sur des fleurs rosées, avaient les ailes trans­\n parentes des papillons des hautes cimes,et les corolles\n des fleurs se voyaient à travers leurs ailes.\n    — Nous avons rencontré, sur le bord de la mer, un\n enfant mystérieux qui songeait, assis sur le sable. Il\n avait de grands yeux, bleus comme une mer glaciale ;\n sa peau luisait comme les lys et ses cheveux étaient\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "146                                     la Wallonie.\n\n\n\ncomme une nuée que le soleil à l'aube colore. Il\ncherchait à comprendre des mots qu’il avait tracés\nsur le sable. Il parla; sa voix, de ses lèvres jaillit,\ncomme s’envole l’oiseau du matin, en secouant de la\nrosée ; nous lui eussions volontiers donné nos\ncoquilles, nos insectes et nos pierres, volontiers tout\nce que nous avions, tant sa voix charmante était\ndouce. Il souriait avec une tristesse infinie. Nous\nvoulions l’emmener au navire, mais s’étant penché\nsur le sable, il reprit sa méditation tranquille.\n  Nous partîmes. La promenade, dans cette île, nous\navait donné de grandes forces et quand l 'Orion\nremit à la voile, en regardant la mer ouverte devant\nnous, nous sentions notre cœur tressaillir.\n  Nous ne nous baignâmes pas ce jour-là.\n\n\n                          VII\n\n\n   Pour la septième fois, s’arrêta le navire. Dans cette\nîle où nous descendîmes pleins d’espoir et dont nous\nne partîmes longtemps après que le cœur navré d’une\nhorreur grandiose, pour beaucoup finit le voyage.\nNous qui l’avons continué, laissant derrière nous tant\nde compagnons morts et d’espérances, nous n’avons\nplus jamais retrouvé les lumières splendides qui nous\néveillaient jusqu’alors. Mais, errant sous un ciel\nmorose, nous regrettions la ville si belle malgré\ntoutes ses voluptés, la ville royale, les palais d’Haïa-\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                       147\n\n\n\ntalnefous aux terrasses, qui nous faisaient craindre,\nlorsque nous nous y promenions, tant elles étaient\nbelles, qu’elles fussent peu sûres.— Terrasses ! Misé­\nricordieuses terrasses des Bactrianes aux soleils\nlevants, jardins suspendus, jardins d’où l’on voit la\nmer ! palais que nous ne reverrons plus, et que nous\nsouhaitons encore, comme nous vous eussions aimés\nsi ce n’eût été dans cette île.\n    — Les vents étaient complètement tombés. Mais\n craintifs à cause d’une certaine splendeur qui faisait\ntrembler l’air des côtes, quatre seulement descen­\ndirent d’abord. De l’ Orion nous les vîmes monter\nsur un tertre couvert d’oliviers, puis revenir. L ’île\nétait large et belle, dirent-ils ; de ce tertre on aper­\n cevait des plateaux, de hautes montagnes fumantes,\n et vers la côte qui se recourbait, les dernières mai­\n sons d’une ville. Comme rien de ce qu’ils avaient vus\n ne justifiait nos premières craintes, tous, et les\nmarins de l’équipage, nous avons quitté le navire et\nnous sommes acheminés vers la ville.\n    Les premiers habitants rencontrés puisaient de\n l’eau près d’une fontaine; ils vinrent à nous dès qu’ils\n nous aperçurent. Ils étaient vêtus d’une robe très\n somptueuse, pesante et tombant à plis droits; une\n-coiffure, en forme de diadème,leur donnait l’air sacer­\n dotal. Ils offrirent leurs lèvres pour des baisers et\n leurs yeux souriaient de vicieuses promesses. Mais à\n l’horreur de nos refus, nous voyant étrangers, igno­\nrants des coutumes de l’île, ces femmes, que nous\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "148                                      la Wallonie.\n\n\n\nn’avions d’abord pas reconnues, entr’ouvrant leur\nmanteau pourpré, montrèrent leur sein peint de rose.\nComme nous les repoussions encore, elles s’éton­\nnèrent, — puis nous ayant pris par la main, nous\nconduisirent à la ville.\n  Dans les rues ne rôdaient que des créatures admi­\nrables. Dès leur enfance, celles qui n’étaient pas\nparfaitement belles s’exilaient, sentant sur elles une\nréprobation peser. Pourtant de très horribles ou très\nétranges demeuraient, choyées même, et servaient\nà des voluptés anormales. Mais nous ne vîmes aucun\nhomme; — c’étaient des garçons seulement, aux\nvisages de femme, des femmes aux faces de garçon ;\nceux-ci sentant venir les inquiétudes nouvelles,\nfuyaient vers les plateaux de l’île que tous les\nhommes habitaient. Depuis la mort de Camaral­\nzaman, ils avaient tous quitté la ville. — Et toutes\nces femmes délaissées, s’affolant du désir des mâles,\nparfois sortaient dans la campagne, comme celles\nque nous avions rencontrées, pensant que peut-être\nquelque homme descendu des plateaux viendrait,\npour les séduire, elles se déguisaient. — Nous\nn’apprîmes pas cela d’abord, mais seulement après\nque, nous ayant conduits dans le palais, la reine vint\nnous dire qu’elle nous retenait prisonniers.\n  Captivité délicieuse, plus perfide que les dures\ngeôles ! ces femmes voulaient nos caresses, et nous\ngardaient pour leurs baisers.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "Voyage sur l'Océan pathétique.                     149\n\n\n\n   Du premier jour, les matelots furent perdus ; puis,\nun à un, tombèrent les autres; mais nous sommes\ndemeurés douze qui n’avons pas voulu céder.\n   La reine devint amoureuse de nous ; elle nous fit\nbaigner dans des piscines tièdes et nous parfuma de\nmirbane ; elle nous revêtit de manteaux splendides,\nmais, nous dérobant aux caresses, nous ne songions\nqu’au départ. Elle pensa nous vaincre d’ennui, et les\nlongues journées s’écoulèrent. Nous attendions ; mais\nsur l’Océan monotone ne se promenait aucun souffle;\nl’air était bleu comme la mer — et nous ne savions\npas ce qu’était devenu le navire.\n\n  De midi jusqu’au soir, nous restions à dormir dans\nde petites chambres; une porte vitrée s’ ouvrait sur\nun large escalier qui descendait jusqu’à la mer.\nQuand le soir venait, jetant des rayons sur les vitres,\nnous sortions. L ’air alors était plus tranquille; il\nmontait de la mer comme une fraîcheur parfumée ; à\nla respirer, nous restions quelque temps, ravis, avant\nde descendre ; à cette heure du soir, le soleil tombait\ndans la mer; d’obliques rayons sur les marches de\nmarbre les pénétraient de transparences scarlatines.\nLentement, tous les douze, alors, majestueux et\nsymétriques, graves à cause de notre somptueuse\nparure, nous descendions vers le soleil, jusqu’à la\ndernière marche, où la vague montée, mouillait\nd’écume notre robe.\n   D’autres heures ou d’autres journées, nous restions\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "150                                    la Wallonie.\n\n\n\nassis tous les douze, sur un trône élevé chacun,\ncomme des rois, devant la mer, à regarder monter et\nredescendre les marées; nous attendions, si quelque\nvoile peut-être ne paraîtrait pas sur les vagues, ou\ndans le ciel quelque nuée que gonflerait un vent\npropice. Par noblesse, nous ne faisions pas un geste\net demeurions silencieux ; mais quand le soir notre\nespérance retombée s’en allait avec la lumière, alors\nun grand sanglot montait de nos poitrines, comme un\nchant de désespoir. — Et la reine accourait, pour\ns’amuser de nos tristesses, pour savoir, — mais elle\nnous retrouvait immobiles, les yeux secs, fixés vers\noù le soleil avait fui. Elle voyait bien que nous\npensions au navire, et nous n’osions lui demander ce\nqu’il était devenu.\n   Comme nous ne cédions toujours pas, mais que\nchaque jour elle nous sentait plus nobles, la reine\nvoulut nous distraire, pensant que dans les jeux et\nles fêtes nous oublierions notre voyage et le sérieux\nde nos destinées. Elles nous paraissaient très sé­\nrieuses et précises ; notre orgueil s’exaltait à cette\nrésistance, et sous la splendeur des manteaux, nous\nsentions grandir en nos cœurs un désir fatigant\nd’actions glorieuses.\n\n  De fastueux jardins aux terrasses étagées descen­\ndaient du palais à la mer. L ’eau marine entrait dans\ndes canaux de marbre, et les arbres au-dessus se\npenchaient; des lianes puissantes d’un bord à l’autre\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "Voyage sur l’Océan pathétique.                     151\n\n\n\nsuspendues faisaient des ponts tremblants et des\nbalançoires. A l’entrée des canaux elles flottaient en\nun réseau si tenace, qu’il résistait aux lames les plus\nhautes ; l’eau des canaux après était à jamais calme.\nOn s’y promenait dans des barques ; on y voyait des\npoissons nager dans une ombre mystérieuse ; mais\nnous n’osions nous y baigner, à cause des linules\npiquantes et des cruelles langoustes.\n   Sur la côte, presque sous la ville, s’ouvrait une\ngrotte où nous mena la reine. La barque y pénétrait\npar une très étroite ouverture et qu’ on ne voyait plus\ndès qu’on était entré; le jour qui passait sous les\nroches, à travers l’eau bleue prenait la couleur de la\nvague, et leur mobilité, sur les parois reflétée, y\nremuait de pâles flammes. La barque circulait entre\ndes colonnades basaltiques ; l’air et l’eau diaphane\nse mêlaient ; on ne distinguait plus l’un de l’autre ;\non se perdait dans une lumière azurée. On voyait les\ncolonnes descendre, et du sable, des algues et des\nroches du fond semblait venir la clarté indécise.\nL ’ombre de la barque, au-dessus de nos têtes flottait\ndoucement. — Dans les profondeurs de la grotte, du\nsable était comme une plage où de petites vagues\nclapotaient. Nous aurions bien aimé nager dans\ncette océanique féerie, mais nous n’osâmes pas nous\nbaigner de peur des crabes et des chatrouilles.\n\n La reine ainsi nous promena ; nous ne cédions pas,\nmais la vue de ces merveilles qu’elle aurait voulu\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "152                                         la Wallonie.\n\n\n\nséductrices, no laissait pas de nous emplir de lyrisme.\nLa nuit, en barque, sur la mer, regardant les astres,\net des constellations à celles de nos cieux non\npareilles nous chantions : Reine ! reine des îles chi­\nmériques, reine aux colliers de corail, vous que nous\n eussions aimée si vous fussiez venue à l’aube, reine\n de tous nos désespoirs, belle Haïatalnefous, ah !\nlaissez-nous partir ! Elle disait alors : Pourquoi faire ?\net nous ne savions que répondre.— Elle disait : Restez\navec nous ; je suis amoureuse. Une nuit, savez-vous,\nvous dormiez dans vos chambres, — sans bruit, je vins\nvous baiser sur les yeux, et votre âme a été rafraîchie\ndu baiser que je vous ai donné sur les paupières. —\nRestez ; les vents sont tombés, et vous n’avez plus\nde navire. Qu’allez-vous donc chercher ailleurs ?\nEt nous ne savions que lui dire, car elle ne pouvait\ncomprendre que tout cela ne pût pas remplir\nnos grandes âmes. Nous pleurions d’inquiétude :\nMadame, ah ! que vous dirais-je — les noblesses et\nles grandes beautés toujours nous arrachèrent des\nlarmes ; — si belle que vous soyez, Madame, vous\nn’ êtes pas si belle que nos vies ; — et nos vaillances\ndans l’avenir luisent devant nous comme des étoiles.\n— Puis, exalté par la nuit et par l’aisance de mes\nparoles, je déclamai, croyant voir dans le passé le\nreflet de nos futures vaillances : ah ! ah si vous saviez\nMadame ! nos jeunesses, les ambassades, les caval­\ncades d’autrefois, les grandes chasses dans la forêt,\nles délivrances glorieuses et le retour, le soir, par le\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "Voyage sur l’ Océan pathétique.                        153\n\n\n\nmême sentier, dans la poussière, et cette joie d’avoir\naccompli nos journées — et les fatigues, ah! Madame,\net l’air triste que nous avions ! Comme nos vies sont\nsérieuses ! Et nos courses sur la montagne, quand,\nà l’heure où le soleil tombait et que dans la vallée\nmontait l’ombre, parfois nous nous sentions si près\nde saisir nos chimères, que notre cœur en avait des\ntressaillements d’allégresse!... La reine me regardait\ntoujours et ses yeux souriaient un peu, me disant :\nEst-ce vrai? Mais j’étais si convaincu, que je lui dis :\nOh oui, Madame. — Puis comme la lune passait je\nm’écriai : Si je suis si triste pour elle, c’est à cause de\nsa pâleur. La reine alors : Qu’est-ce que cela vous\nfait ? me dit-elle ; et cela me parut soudain tellement\négal que je fus bien forcé d’ en convenir.\n  Et les jours s’en allaient ainsi, en promenades ou\nen fêtes.\n\n  La reine, de la barque, un soir, avait laissé, par jeu,\nune de ses bagues tomber de ses doigts dans la mer\nprofonde. C’était une bague sans prix, mais qui lui\nvenait, comme toutes ces bagues de reine, de Cama­\nralzaman,son époux. Elle était ancienne et portait, sur\ndes fils d’or pâle tressés, en châton, une aventurine.\nOn la voyait encore, quand des herbes se déplaçaient,\nsur le sable bleu, où, pensives et perdues, des ané­\nmones de mer luisaient. Ayant revêtu des sca­\nphandres, Clarion, A g loval et Morgain descendirent ;\nmoi je ne les suivis pas, — non par ennui, mais par\n                                                  11\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "154                                      la Wallonie.\n\n\n\ntrop grand désir au contraire, tant m’avait toujours\nattiré le fond mystérieux des ondes. Ils restèrent\nlongtemps sous l’eau ; dès qu’ils furent remontés, je\nles questionnai instamment, mais de grands som­\nmeils les saisirent, et lorsqu’ils s’en furent réveillés,\nils semblaient ne plus se souvenir de rien, ou ne pas\nvouloir me répondre : Trop d’obscurité m’envelop­\npait, dit Agloval, pour qu’il me fût possible de rien\nvoir. — Une torpeur engourdissante, dit Clarion,\nd’abord assoupit mes pensées, et je ne songeais plus\nà rien qu’au clair sommeil que je ferais dans cette\neau fraîche couché, sur les molles algues échevelées.\n— Morgain restait silencieux et triste, et comme je\nle suppliais de raconter ce qu’il avait vu, il répondit\nque, lorsqu’il le voudrait, il ne savait pas les mots\npour le dire.\n   Puis vinrent de nouvelles fêtes, des illuminations\net des danses; ainsi de nouveaux jours passèrent et\nnous nous désolions à sentir nos belles vies s’écouler\ndans des occupations médiocres.\n\n   Nous songions au navire, et en nous grandissait\nun projet de fuite. En face du palais s’étendait la\nplaine, et le rivage découvert se recourbait en golfe\n— on voyait bien sur la mer immense que l’ Orion\nn’était pas là. Mais de l’autre côté du palais devaient\ns’ouvrir d’autres plages ; là devait être l’ Orion. Les\nhauts murs des dernières terrasses s’avançaient dans\nla mer comme pour en interdire l’approche; des\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": " Voyage sur l'Océan pathétique.                     155\n\n\n\n allées secrètes devaient y mener, mais seule la reine\n en savait l’entrée. — Par une nuit de marée si basse\n qu’elle quitta le pied des murs, Ydier, Hélain, Natha­\nnaël et moi, nous partîmes furtivement à la recherche\n du navire.\n   — C’était encore le crépuscule, mais on n’entendait\nplus de bruits. Après avoir doublé les terrasses,\nnous nous trouvâmes derrière la ville ; de longues\nmurailles s’étendaient, et devant elles un peu de\nsable, où des égouts jetaient d’intolérables puanteurs.\nNous nous hâtions à cause de la mer et de la nuit\nmontante, mais pensant pouvoir peut-être revenir\npar une autre route, si la marée couvrait celle-ci.\n— Après les murs, ce furent des falaises basses,\nd’argile ; l’espace qui les séparait de l’eau devenait\ntoujours plus étroit, et les vagues enfin mouillèrent\nle pied des falaises. Nous nous sommes arrêtés,\nincertains, pour savoir ce que faisait la mer. Mais le\nflot ne montait pas encore ; marchant sur les roches\némergées, nous avons repris notre route. Un pro­\nmontoire s’avançait; nous pensions après voir la\nplage. Nos pieds glissaient sur les herbes molles ;\nl’eau qu’on ne voyait presque pas, grise et pleine de\ncrépuscule, clapotait faiblement sur les roches ; une\ninquiétude nous prenait tant cette eau semblait indé­\ncise. Et soudain la falaise a cessé: notre cœur s’est\nempli de crainte, car nous sentions que c’était là. La\nnuit maintenant était close. Sans bruit encore quel­\nques pas, et penchés contre l’extrême roche, alors,\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "156                                       la Wallonie.\n\n\n\nnous avons regardé. — La lune se levait sur une\nimmense grève où les sables azurés se mouvaient\ncomme des flots; sur l’eau flottait toute une escadre,\nformidable,vaporeuse inconnue, et nous n’osions plus\navancer. Des formes mystérieuses passèrent; tous ces\nvaisseaux étaient si gigantesques, tout cela nous\nparut si pâle, si peu sûr, que nous nous sommes\nenfuis, saisis d’une épouvante misérable, éclairés,\naffolés par la lune qui se levait au-dessus de la falaise,\net devant nous, sur les roches, sur l’eau, jetait nos\nombres démesurées.\n\n   — Notre délivrance vint d’une plus tragique ma­\nnière. Déjà naissait, grandissait dans la ville, mais\n doucement d’abord, la peste horrible et lamentable\nqui laissa toute l’île après, morne et comme un im­\nmense désert. Déjà les fêtes étaient troublées.\n   ... Le matin ces boissons fraîches que nous buvions\nsur les terrasses, les fruits, les verres d’eau froide\naprès les marches au soleil, et le soir, las de la fièvre\nde tout le jour, dans les jardin s parfumés qui descen­\ndaient jusqu’à la mer, les glaces au cédrat sous les\narbres, — tout cela, — les bains trop tièdes encore et\nles rêveries près des robes roses des femmes, nous\neût bientôt donné cette langueur qui précédait la\nmaladie, si la crainte de trop de souffrances ne nous\neût prévenus contre tant de plaisirs. Donc nous ré­\nsistions aux sourires des femmes, aux appels qu’on\nentendait le soir, à ce désir des fruits qui désaltèrent,\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": " Voyage sur l'Océan pathétique.                      157\n\n\n\n aux ombres des jardins, aux musiques — même nous\n ne chantions plus, de peur de défaillir; mais nous\n descendions au matin vers la mer, avant le lever du\n soleil, et, trempant nos membres nus dans l’eau\n saine, nous buvions avec l’air marin la vigueur et le\n réconfort.\n    Des égouts cachés, des lavoirs, montait au soir\n l’exhalaison pestilentielle, à cause des vases qu’y\n laissait la vaste incurie de la ville; et ces vapeurs\n paludéennes promenaient des germes de mort. Les\n marins et les femmes en sentirent leur chair troublée ;\n c’était une naissante inquiétude ; ils se lavaient la\n bouche avec des baumes et l’odeur fade des aromates\n se mêlait aux chaudes haleines.\n    .... Ce soir, les danses et les musiques même\n étaient retombées, trop lasses. Jamais les vents\n n’avaient soufflé plus tièdes ; les flots chantaient et\n toutes les âmes étaient folles de leur corps. Les corps\nétaient beaux comme des marbres ; ils luisaient dans\nl’ombre ; ils se cherchaient pour des étreintes, mais\nleur splendeur n’en était pas calmée; leur fièvre en\nétait attisée; ils unissaient leurs deux brûlures. Leurs\nbaisers étaient des morsures ; où leurs mains tou­\nchaient ils saignaient.\n    Jusqu’au matin, ils usèrent leur fièvre dans de\nfausses étreintes, puis le matin les lava dans un\nbain d’aurore; alors ils allèrent vers les fontaines\nblanchir leurs tuniques empestées.— Là, de nouvelles\nfêtes commencèrent; comme ils étaient légers, ils\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": " 158                                         là Wallonie.\n\n\n\n riaient de fatigue, et les éclats de gaîté vibraient\n dans leur tête sonore. — L ’eau du lavoir s’était salie.\n Avec de grandes perches, ils agitaient au fond la\n vase; des nuages de boue s’élevaient; des bulles\n montaient crever; eux, penchés au-dessus des mar­\n gelles, respiraient ces odeurs de marais sans horreur;\n ils riaient, parce qu’ils étaient déjà malades. Ils re­\n vêtirent après, leurs tuniques mouillées, et, transis,\n se réjouissaient à l’illusion de sentir leurs chairs\n raffermies. — Mais le soir, leur fièvre changea de\n nature; ils cessèrent de rire; ils furent accablés de\n langueurs et, couchés sur l’herbe des pelouses, ne\n songèrent plus qu’à soi-même.\n    Des fleurs étaient dans l’île, dont les corolles frois­\n sées distillaient l’odeur comme d’une menthe glaciale.\nLa plante poussait dans les sables ; ils en cueillirent\n des tiges fleuries, et les pétales qu’ils mâchaient le\nlong du jour, mises après sur leurs chaudes paupières,\nhumectaient leurs yeux secs d’une fraîcheur déli­\ncieuse. Cette fraîcheur glissait sur les joues, ou,\npénétrant jusqu’au cerveau, l’emplissait de rêves\ntorpides. Ils sommeillaient comme des fakirs. —\nSitôt qu’ils se reposaient de mâcher, le frais qu’ils en\navaient tiré, se muait en brûlure, comme il advient\nd’épices ou d’herbes bénéolentes à la saveur poivrée.\nAltérés, ils buvaient, dans des gobelets de métal, une\neau teintée de l’aigre jus des groseilles. Ils ne s’ar­\nrêtaient de mâcher que pour boire.\n   Quand leur manteau découvrait leur poitrine, on\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": " Voyage sur l’ Océan pathétique.                      159\n\n\n\nvoyait sous le bras, près du sein,une tache mauve et\nmeurtrie où germinait la maladie ; parfois tout leur\ncorps se couvrait de pâles sueurs violettes. — Nous,\nsilencieux tous les douze, et trop graves même pour\npleurer, nous regardions nos compagnons mourir.\n   — Ah ! ce qui f ut terrible, ce fut l’arrivée dos\nhommes; ils descendaient de tous les plateaux; ils\nespéraient trouver des femmes encore vaillantes et\nprofiter de leurs désirs pour leur donner la maladie.\nUs arrivaient courants, hideux, livides, mais quand ils\nvirent les femmes si pâles et qu’ils comprirent, pris\nd’une épouvante désespérée, ils jetèrent des cris dans\nla ville. Certaines les voulaient encore ; et l’assurance\nde la mort leur redonnant comme une sinistre\nvaillance, ils s’embrassèrent furieusement, ils su­\ncèrent toute la joie qu’ils purent, avec une soif, une\nrage, une espèce de frénésie, pour nous vraiment\nterrifiante; il semblait qu’ils voulussent ainsi sup­\nprimer le temps de la honte. Et d’autres femmes\nsanglotaient parce qu’ils étaient venus si tard.\n   Un léger vent commença de s’élever, et rabattant\nvers la ville la fumée lourde des volcans, jeta sur eux\ndes cendres grises. Epuisés, ils s’étaient dépris pour\nvomir. Maintenant ils roulaient pêle-mêle sur l’herbe\net leurs entrailles faisaient d’horribles efforts pour\nsortir     Ils moururent ainsi, sans posture, tordus,\naffreux, déjà décomposés; et le silence entra dans la\nville.\n   Des nuages alors se levèrent; une pluie froide\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "160                                       la Wallonie.\n\n\n\nvers le matin acheva de glacer leur âme, et les\ncouvrit d’un linceul de boue que l’eau faisait avec\nla cendre.\n   Alors, nous avons repensé aux grandes voiles, au\ndépart ; mais après l’avoir si longtemps souhaité,\ndans une attente si monotone, maintenant que plus\nrien n’empêchait, nous nous sommes sentis si las,\nsi troublés, si sérieux d e la gravité de nos tâches,\nsi fatigués de tout cela, que nous sommes restés,\navant de quitter la grande île, encore douze jours,\nassis sur la plage, sans une parole, pensifs devant\nla mer, sentant nos volontés incertaines et trop\nimmenses.\n   Et ce qui nous a fait partir, c’est peut-être plutôt\nl’odeur insupportable des cadavres.\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "    Dernières publications de nos Collaborateurs :\n\nH ector Ch a in a y e . . . .             l’Ame des choses.\nA chille D elaeoche . . .                 Aénor (à paraître prochainement).\nJ ean D e l y il l e .....................Horizons liantes.\nCÉLESTIN D emblon             . . .       le Roitelet.\nA rthur D upont . . . .                    L'Envol des Rêves.\nM a x E l s k a m p ..................... Dominical.\nA ndré Gi d e .......................... Le traité du Narcisse.\nA ndré F ontainas . . . .                   Les Vergers illusoires.\nA.-F. HÉROLD..........................la Joie de Maguelonne.\nGUSTAVE K a h n ..................... Chansons d'Amant.\nB ernard L a zare . . . . le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier .             .   .   La fin des Bourgeois.\nCHARLES V an L erberg he . les F laireurs.\nGrégoire L e R oy . . . .                 mon Cœur pleure d'autrefois.\nP ierre L o u y s ..................... Astarté.\nM aurice Maeterlinck . . Pelléas et Mélisande.\nStéphane M allarm é               .   .   Pages.\nStuart M errill . . . .               les Fastes.\nA lbert M ockel.....................Chantefable un peu naïve.\nJ ean M oréas .......................... le Pèlerin passionné.\nGab r ie l M ourey . . . .                  Flammes mortes.\nPIERRE-M. Ol i n .....................Légendes puériles.\nPIERRE Quillard . . . .                 la Gloire du Verbe.\nH e n r i de R égnier . . . Tel qu'en songe.\nA dolphe R e t té . . . .                 Thulé des Brumes.\nA lbert Sa in t -Pau l . . .              Pétales de nacre.\nF ernand Sever in . . . .                 le D on d'Enfance.\nE m ile V erh aere n . . . .              les Apparus dans mes Chemins.\nF rancis V ie lè -Gr if f in .        .   les Cygnes.\nGASTON V y t t a l l . . . .              Vers la Mort.\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, N °s V et VI.\n\n\n\n\n                              LA WALLONIE\nREVUE MENSUELLE DE LITTÉ RA TU R E E T D ’A R T\n\n\n\n\n     Directeurs : A l b e r t     MOCKEL, P i e r r e -M .       OLIN\n\n                       et H e n r i d e RÉG N IER.\n\n\n                 Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n\n   Adresser les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles,\n                    et 6, rue Boccador, Paris,\n\n\n     A b o n n e m e n t : 5 f r . par an. Union postale : 6 f r . 5 0 .\n\n\n\n\n                             SOMMAIRE :\n\n\n\nA n d r é G i d e .......................... V oyage sur l ’Océan Pathétique.\n                                        (Première partie du voyage au\n                                        Spitzberg.)\n\n\n\n\n                      Ce numéro un franc.\n\n                               des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-05", "signet_source": "7ème et dernière année - N°5-6 - Mai-Juin 1892", "preuve": "Numéro lu sur la couverture, PDF 179 : « 7e et dernière année, N°s V et VI » ; le mois n'est pas imprimé sur la couverture conservée (Mai-Juin tiré du signet seulement).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}