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Juillet-Août 1892\n              DERNIÈRE ANNÉE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Liste de revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Floréal, rue St-Remy, 22, L iége,", "ancre_fin": "Paris.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A paraître prochainement FROM", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1659, "texte": "Floréal, rue St-Remy, 22, L iége,\nla Revue blanche, 74, rue de l’Ouest, L iége et\n                      19, rue des Martyrs, Paris.\nl ’Art moderne, 34, rue de l ’Industrie, Bruxelles.\nLa Société Nouvelle, 32, rue de l’Industrie, Bruxelles,\nla Jeune Belgique, 64, rue Potagère, Bruxelles.\nLa Revue belge, place de la Station, 10, Louvain.\nLe Réveil littéraire, 71, rue de Flandre, Gand.\nLe Mouvement littéraire, 13, rue des Minimes, Bruxelles.\nLa libre critique, rue Souveraine, 37, Bruxelles.\nLe Mercure de France, 15, r. de l’Echaudé St-Germain, Paris.\nLa Conque, 49, rue Vineuse, Paris.\nLes Entretiens politiques et littéraires, 11, chaussée\n    d’Antin, Paris.\nE ssais d’Art libre, 8, rue Jacquier, Paris.\nL’Ermitage, 5, rue Gay Lussac, Paris.\nLa Plume, 39, boulevard Arago, Paris.\nEcrits pour l’Art, 11bis, rue Laureston, Paris.\nl’Etoile, à Avignon (Vaucluse).\nL’Endehors, 12, rue Bochard de Saron, Paris.\nLa Revue de l’Évolution, 24, rue Chauchat, Paris.\nLa Revue dArt et de Littérature, 116, boulevard du\n    Montparnasse, Paris.\nLe Saint Graal, 7, rue de l’Abbé-de-l’Epée, Paris.\nPsyché, 29, rue de Trévise, Paris.\nl’Idée libre, 28, rue des Ecoles, Paris.\nMascarille, 11, rue Beaujolais, Paris.\nRevue indépendante, 12, rue des Pyramides, Paris.\nLe Chat Huant, impasse Ste-Catherine, Bordeaux.\nLe Sillon, 9, rue Lhomond, Paris.\nLa Syrinx, rue Lacépède, 25, Aix-en-Provence.\nChimère, 52, Cours Gambetta, Montpellier.\nLa Croisade, 16, rue de Mexico, le Havre.\nLa Revue Méridionale, Carcassonne.\nSimple Revue, 41, boulevard Haussmann, Paris.\nLe Bluet, 17, rue Croix-des-Petits-Champs, Paris.\nRevue Jeune, 51, rue Monsieur le Prince, Paris.\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", 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Et le glaive\n\n      Que trempa dans le sang des chimères\n      Quelque héros aïeul de ma race,\n      S’est brisé dans mes mains éphémères\n      Contre l'Ange à la rouge cuirasse.\n\n      Prince de si triste renommée,\n      Me voici, revenu des désastres,\n      Sur la route où jadis mon armée\n      Chevauchait en chantant vers les astres.\n\n      Nul, hélas! n'enguirlande de roses\n      Cette lance où miroite la lune.\n      A h ! les jours de retour sont moroses\n      Aux maudits de la male fortune!\n\n      La douce diseuse d'aventure\n      Qui pleura sur le seuil de sa porte\n      Quand je lus dans l'occulte écriture,\n      Je sais par les signes qu'elle est morte.\n\n      Et mon âme qui d'amour tressaille\n      Revoie vers la terre du rêve,\n      Où vaincu, dans l'ultime bataille\n      Je perdis l'Etendard et le Glaive.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 163, "titre_corps": "Petits poèmes d’automne : Mort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "MORT. 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La Renommée\n          Ne sacrera plus ce front\n        Des fraîches palmes d’I dumée\n          Qui sauvent de tout affront.\n\n        Et les vierges qui par les routes\n          Semaient sous mon char des lys,\n        Je crois qu’elles vont s’enfuir, toutes\n          Riant des jours de jadis.\n\n        Pourquoi pleurer les infidèles\n          En mon éternel sommeil?\n        Je sais que quand les hirondelles\n          Voleront vers le soleil,\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 164, "titre_corps": "Petits poèmes d’automne : Néant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "NÉANT. Les sept fontaines sont taries", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 185, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 222, "fin_caractere_exclue": 1034, "texte": "NÉANT.\n\n      Les sept fontaines sont taries\n      Qui jaillissaient dans la grand’place\n      De la ville où la populace\n        Accourait rire aux féeries.\n      Sur le pcdais dont les cent porches\n      Ne s'ouvriront plus à l’attente,\n      Tombe la nuit épouvantante,\n        Lourdement, sans bruit ni torches.\n\n      La danse est dansée aux terrasses\n      Où ne vibreront plus les cordes :\n      Le Conquérant, avec ses hordes,\n        A passé, fuyant ses traces.\n\n      Seule parmi les fleurs fanées,\n      Celle qui survit à la vie\n      File en chantant à voix ravie\n        Le lin rouge des années.\n      Là-bas la route des désastres\n      Monte vers la montagne sombre\n      Où la Fileuse entend, dans l'ombre,\n        Tonner la chute des astres.\n                               Stuart M E R R IL L.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 165, "page_fin": 165, "titre_corps": "Little sketches : XXIII", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "LITTLE SKETCHES. 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Une pâle verrière confusément se décèle\nentre les branches, château magique où sous les\nvitraux blêmes la mort d’une Princesse est figée.\n   Par dessus les cimes, un voile s’étire de noires\nnues laineuses, pour la royauté folle d’une sanglante\nLune éraflée, face d’orgie et de meurtre et son tra­\ngique masque aviné dont trône la démence au front\ndu site. Elle vogue par l’hystérique effroi des choses,\nelle vogue et distille par les airs sa nénie, et, tombée\nvers le gibet des peupliers qui somment la noirceur\ndu bois de leur haine plus haute, la voici soudain\nbranchée aux rameaux noirs, et son sang lourd\ns’égoutte parmi les feuillées pour qu’un poison plus\nriche soit aux corolles du matin proche.\n\n                    C h a r le s   DELCHEVALERIE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 170, "titre_corps": "La ville", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "LA VILLE. Tous les chemins vont vers la ville", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 187, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "LA VILLE.\n\n\n\n\nTous les chemins vont vers la ville.\n\nMontueuse de brume,\nLà-bas, avec ses étages\nEn voyage vers des étages,\nComme d’un rêve, elle s’exhume.\n\nLà-bas\nCe sont des ponts tressés de fer\nComme des bonds à travers l’air;\nCe sont des blocs de colonnes\nEn faces rouges de gorgonnes;\nCe sont des tours sur des faubourgs\nCe sont des toits et des pignons\nEn vols pliés sur les maisons.\n\nC’est la ville tentaculaire,\nLa pieuvre ardente et l’ossuaire\nDebout\nAu bout des plaines\nEt des domaines.\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "  la Ville.                                          167\n\n\n\nDes luminaires météoriques\nSur des poteaux et des grands mâts,\nMême à midi, brûlent encor\nComme des œufs monstrueux d’or;\nLe soleil clair ne se voit pas :\nBouche qu'il est de lumière fermée\nPar le charbon et la fumée.\n\nUn fleuve de mercure et de poix\nBat les moles de pierre et les pontons de bois;\nLes sifflets crus des navires qui passent\nHurlent la peur dans le brouillard :\nUn signal rouge est leur regard\nVers l’océan et les espaces.\n\nDes quais sonnent aux entrechocs de leurs fourgons,\nDes tomberaux grincent comme des gonds,\nDes madriers de fer lèvent des cubes d’ombre\nEt les glissent soudain en des sous-sols de feu;\nDe? ponts s’ouvrant par le milieu,\nEntre les mâts touffus dressent un gibet sombre\nEt des lettres de cuivre inscrivent l’univers,\nImmensément, par à travers\nLes toits, les boutiques et les murailles,\nFace à face, comme en bataille.\n\nPar au-dessus, passent les cabs, filent les roues,\nRoulent les trains, vole l'effort,\nJusqu'aux gares, dressant, telles des proues\nImmobiles, de mille en mille, leur fronton d ’or.\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1022, "texte": "168                                     la Wallonie.\n\n\n\nLes rails raméfiés rampent sous terre\nEn leurs tunnels et leurs cratères\nPour s'orager en réseaux clairs d’éclairs\nDans le vacarme et la poussière.\n\nC 'est la ville tentaculaire.\n\nLa rue et ses remous comme des câbles\nNoués autour des monuments\nFuit et revient en longs enlacements,\nEt ses foules inextricables\nLes mains folles, les pas fiévreux,\nLa haine aux yeux,\nHappent des dents le temps qui les devance.\nA l’aube, au soir, la nuit,\nDans le tumulte et la querelle, ou dans l'ennui,\nElles jettent vers le hasard l'âpre semence\nDe leur labeur que l'heure emporte.\n\nEt les comptoirs mornes et noirs\nEt les bureaux louches et faux\nEt les banques     battent des portes\nAux coups de vent de leur démence.\nDehors, une lumière ouatée,\nTrouble et rouge, comme un haillon qui brûle,\nDe réverbère en réverbère se recule.\nLa vie, avec des flots d'alcool est fermentée.\nLes bars ouvrent sur les trottoirs\nLeurs tabernacles de miroirs\nOh se mirent l'ivresse et la bataille;\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "  la Ville.                                        169\n\n\n\nUne aveugle s'appuie à la muraille\nEt vend de la lumière en des boîtes d'un sou;\nLa débauche et la faim s'accouplent en leur trou\nEt le choc noir des détresses charnelles\nDanse et bondit à mort dans les ruelles.\n\nEt coup sur coup, le rut grandit encore\nEt la rage devient tempête :\nOn s'écrase sans se voir, en quête\nDu plaisir d'or et de phosphore-,\nD es femmes s'avancent, pâles idoles,\nAvec, en leurs cheveux, les sexuels symboles.\nL'atmosphère fuligineuse et rousse\nParfois vers le soleil recule et se retrousse\nEt c'est alors comme un grand cri jeté\nD u tumulte total vers la clarté :\nPlaces, hôtels, maisons, marchés,\nRonflent et s'enflamment si fort de violence\nQue les mourants cherchent en vain le moment de silence\nQu'il faut aux morts pour s'en aller.\n\nTel, le jour — pourtant, lorsque les soirs\nSculptent le firmament de leurs marteaux d'ébène,\nLa ville au loin s'étale et domine la plaine\nComme un nocturne et colossal espoir-,\nElle surgit : désir, splendeur, hantise ;\nSa clarté se projette en miroir jusqu'aux deux,\nSon gaz myriadaire en buisson d'or s'attise,\nSes rails sont des chemins audacieux\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 458, "texte": "170                                       la Wallonie.\n\n\n\nVers le bonheur fallacieux\nQue la fortune et la force accompagnent ;\nSes murs s’enflent pareils à une armée\nEt ce qui vient d’elle encore de brume et de fumée\nArrive en appels clairs vers les campagnes.\n\nC’est la ville tentaculaire,\nLa pieuvre ardente et l’ossuaire\nEt la carcasse solennelle.\n\nEt les chemins d'ici s'en vont, à l'infini,\nVers elle.\n\n                             E m i l e VERHAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 171, "page_fin": 173, "titre_corps": "Euryalthès", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "François Coulon", "ancre_debut": "EURYALTHÈS DRAME EN TROIS ACTES Prélude L’arrière d’un Vaisseau", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "E U R Y A L THÉS\n\n\n              DRAM E   EN   TROIS   AC TE S.\n\n\n\n\n                        Prélude.\n\n\n\n   L ’arrière d’un Vaisseau dont les voiles se gonflent\nau vent de la nuit; dans l’azur argenté s’effile le\ncroissant clair de la lune ; sa lumière baigne le Navire\nd’une clarté surnaturelle ; la Mer devinée enveloppe\nles choses de sa sérénité bienveillante; de toutes\nparts l’Ombre impérieuse et funeste s’efface devant\nl’astre aux regards paisibles et charmeurs. A l’Orient\ns’éveille une Aube peureuse et frissonnante qui\nenvahit lentement le ciel virginal à peine verdi par\nles lueurs premières. Les personnages sont vêtus de\nchlamydes liliales et lumineuses. Ils ont des atti­\ntudes sculpturales et majestueuses, des gestes rares\net grands. — Quelques matelots reposent çà et là.\nLe pilote est debout auprès du gouvernail. La voix\nlointaine et vague d’un matelot perdu dans les\nvergues s’élève et trouble à peine le silence religieux.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "172                                           la Wallonie.\n\n\n\n                      Une voix.\n\n\n      L ’Aube virginale se penche\n      Dans un flot de lumière blanche\n      Vaporeuse et frôlant la nuit\n      De la vague frileuse où luit\n      Sur les ombres atténuées\n      Son reflet confus; les nuées\n      Violant l’azur argenté\n      Ne froissent pas la pureté\n      Mystérieuse des étoiles.\n      Chœur folâtre des claires voiles\n      Qui frissonnez aux souffles frais,\n      Les vents furieux des Forêts\n      Epargnent vos plis diaphanes !\n      Moire attendrie et qui se fane,\n      La lune flotte au ciel serein.\n      Vogue le Vaisseau, souverain\n      Des flots neigeux! le matin pleure\n      Ses perles humides qu’effleure\n      La froide pâleur du levant\n      Où point un fleuve d’or mouvant,\n      L ’oubli divin des tristes grèves\n      Palpite dans le vol des Rêves;\n      La Mer pâmée en sanglots lourds\n      Berce ses vagues de velours ;\n      Elle dort, à peine irisée,\n      Et sa voix s’étouffe, apaisée.....\n\n\n\n                                  [Le son meurt.\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 803, "texte": "Euryalthès.                                                   173\n\n\n\n                La voix (plus distincte).\n\n         Silence ému des blonds matins !\n         Calme pieux où baignent les lointains !\n         Lys entr’ouverts aux floraisons nocturnes,\n\n                           (La voix se rapproche et grandit.)\n\n         Versez de vos éblouissantes urnes\n         L e repos, les religieux espoirs !\n         Loin de la terre aride et des récifs noirs\n\n                             La voix éclate victorieusement\n                             Le matelot bondit sur le pont,\n\n         Dans la splendeur des solitudes radieuses\n         Guidez-nous sur les eaux miséricordieuses !\n\n\n                                    F r a n ç o i s CO U L O N .\n\n\n\n\n                                               J\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 175, "titre_corps": "Celui de la légende chante", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan Klingsor", "ancre_debut": "Celui de la Légende chante Pauvre Dame d'Amour aux pâles doigts", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 195, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "C e lu i de l a L é g e n d e        chante          :\n\n\n\n\nPauvre Dame d'Amour aux pâles doigts,\n    trame une simarre magique à mes pensées,\n    pauvre Dame d'Amour aux frêles mains bercées\n    par l'étrange rouet des Autrefois.\n\n\nLes hiers sont trop doux par la légende;\n     Il pleut des remords et des étoiles sur ce soir.\n\n\nE t voici qu’est venue, sans qu'on l’entende,\n    la Morte fantômale au Manoir,\n    la Morte aux gestes troublants de légende :\n         pauvre Dame d’Amour aux pâles doigts,\n    elle t'a regardé si pensive, la Trépassée,\n    pauvre Dame d'Amour aux frêles mains bercées\n    par l'étrange rouet des Autrefois,\n    connais-tu pas la Trépassée ? —\n\n\nC’est mon Ame qui s'en revient de là-bas,\n    par la route lunaire des M ortes;\n    C'est mon Ame qui heurte à la porte\n    du Soir, et qui t'implore, l'implore tout bas.\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 457, "texte": "Celui de la Légende chante.                               175\n\n\n\n  Car l'hier est trop doux en la Trêve;\n      car la Triste est malade de rêve :\n           pauvre Dame d’Amour aux frêles mains bercées\n      par l’étrange rouet des Autrefois,\n      tisse un linceul fleurdelisé de tes pâles doigts,\n      un linceul magique à la pauvre Ame Trépassée,\n          pauvre Dame d’Amour aux pâles doigts.\n\n\n                          T r is t a n K L IN G S O R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 176, "page_fin": 177, "titre_corps": "Mes yeux tournés vers le nord de mon âme : Une forêt en feu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. Olin", "ancre_debut": "UNE FORÊT EN FEU Jette d’un grand éclat l’insolite mystère", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 197, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "UNE FO R Ê T EN FEU.\n\nJette d’un grand éclat l’ insolite mystère.\n\n                  St é p h a n e M a l l a r m é .\n\n\n\n\n  Je contemplais celle que j ’ai conquise et voyant\nsoucieux son sublime visage, je lui demandai la\ncause de sa peine : “ O mon amant, je songe à celui\nque pour toi j ’ai quitté, et qui, là-bas, meurt de mon\noubli. Je voudrais le revoir et resonger mon amour\nancien afin de contempler l’immensité de mon\namour pour toi ! „\n  A travers d’admirables vallées et vers un ardu\nsommet diadêmé d’une immémoriale forêt, j ’accom­\npagne celle que j ’avais conquise. Et nous allions\nsous les futaies sacrées vers la haute demeure du\ntrahi.\n   Il vivait dans le calme et la solitude de la sécu­\nlaire forêt qui enveloppait son farouche manoir en\nruines, et nous le vîmes, et il sourit sans amertume\nquand il reconnut la transfuge.\n   “ Vas en paix, chère, car j ’ai endormi mon cœur -\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 906, "texte": "  une Forêt en Feu.                                    177\n\n\n\npar l’amour de la vieille forêt, ses arbres m’ont con­\nsolé, et je jouis d’une sérénité désormais inaltérable.\nJe me suis créé une maîtresse qui ne m’abandonnera\nplus, et qui m’enveloppe de son éternelle caresse.\nNe viens plus interposer ta réalité entre Elle et\nmoi! „\n   Elle s’en alla, le front plissé d’une amère colère et\nses yeux jetaient un grand éclat d’insolite mystère.\n   Alors elle mit le feu aux plus grands arbres et\ntandis que la verte couronne se dorait d’immenses\nflammes : “ Je ne veux pas, proféra-t-Elle, que rien\nconsole de moi. „\n   Or, elle ignorait que c’était son souvenir à elle qui\nvivifiait l’ancestrale forêt et que celle-ci morte,\nc’était bien elle-même qu’elle venait de tuer dans\nle cœur du solitaire.\n\n                              P ie r r e -M . OLIN.\n\n\n\n\n                                                  15\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 178, "page_fin": 178, "titre_corps": "Les hiboux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur Dupont", "ancre_debut": "LES HIBOUX. Près du manoir baigné de calme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 762, "texte": "LES HIBOUX.\n\n\n\n\nPrès du manoir baigné de calme, et de douleurs,\nLes hiboux, attentifs, hululent dans le lierre,\nE t leurs cris sont rythmés par des soupçons de pleurs:\nLe lâche égouttement des gargouilles de pierre.\n\nTrois siècles ont vieilli sur les créneaux robustes\nDes donjons blessurés de boulets glorieux\nDans les murs lézardés ont grandi des arbustes\nE t les hiboux malins écarquiltent leurs yeux :\n\nCes grands yeux étonnés, veillant comme des cierges,\nSur un autodafé de héros ou de vierges\nAvec la fixité rigide des remords ;\n\nLeurs regards sont troublants —ainsi des regards d'anges ;\nLes hiboux du manoir ont des formes étranges :\nOn dirait les esprits des beaux châtelains morts....\n\n                               A r t h u r DUPONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 184, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. de R.", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE Le Miroir des Légendes, par Bernard Lazare", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 200, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n\n\nL e M i r o i r d e s L é g e n d e s , par Bernard L a z a r e . Lemerre.\n\n\n\n  M. Bernard Lazare appartient à cette catégorie d’écrivains\ndont les plus illustres furent diversement Chateaubriand,\nFlaubert et Villiers de l’Isle-Adam et qui ont pour signe\ncommun la recherche du Beau poétique, qui l ’expriment\npar la prose et par une prose particulière, d’une hybridité\nmagnifique due à un désaccord entre leur idée et la forme\npar laquelle elle se réalise, désaccord dont elle bénéficie.\n  L a prose de M. Bernard Lazare est fort haute et vit d’idées\nbelles et nobles. Son rythme est savant et varié, et sa langue,\nâpre à la fois et subtile, est d’une sonorité, d’une emphase\ngrandioses. Elle a de fortes vertus ; basée sur un choix de\nmots, à dessins brillants et pompeux, elle les enveloppe\nd’arabesques dont le tour solide, nette, svelte, les fait valoir\net les inculque profondément dans la mémoire. On sent\nconstammemt sous cette riche prose qui sait s’aggraver et se\nrésoudre la présence comme d’ un vers invisible et occulte\nqu’elle paraphrase et d’où elle tire sa vie robuste et saine.\nE lle a, en elle, comme une voix intérieure dont nous écoutons\nles multiples échos qui l’amplifient et la colportent sans\njamais nous révéler le secret.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "180                                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Il faut lire les Légendes de M. Bernard Lazare, car si\nl’écorce en est brillante et colorée, la chair en est aussi\nsavoureuse quoique parfois amère. Ces récits brefs ou copieux\névoquent des choses lointaines, tragiques et farouches, des\nluxes opprimants ou cruels et le sens de leurs symboles est\nsouvent morne ou implacable.\n   Un constant idéalisme les rehausse et M. Lazare, nourri\nde bonne métaphysique et de pensée hautaine, y dénonce,par\nleurs allégories ou leurs , apologues, la vanité des apparences\net y préconise l’essence supérieure de l’Idée.\n   M. Lazare y est à la fois érudit et inventif, et ces légendes\noù vit l’âme des temps, sont ravivées par ce qu’il y a incorporé\nde sa pensée propre, et s’il en est parmi toutes qu’on puisse\npréférer : Le mot de l'Enigme, La L yre, l'Ineffable mensonge,\nla Rédemption d'Ahasvérus ou In Excelsis, il n’en est aucune\nqui ne soit d’un bon écrivain et d’un poète.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n  L e R y t h m e p o é t i q u e , p a r R o b e r t DE S o u z a , P errin .\n\n\n  M. de Souza publie un livre consciencieux, agréable et\nméthodique sur le Rythme. C’est un travail méritoire, patient\net qu’il a accompli de façon à en rendre la lecture profitable\nmême à qui n’adopterait pas certaines conclusions particu­\nlières de l’auteur. Mais le volume contient un grand\nnombre de vérités générales qu’il est bon de voir établies,\npour la première fois ou une fois de plus, et consignées en\nun lieu où les personnes qui n ’ont pas pu s’en faire la preuve\nles trouveront déduites en même temps que ceux qui y ont\nacquiescé par raisonnement ou les ont prévues par instinct\nauront plaisir à les y trouver ordonnées et clairement\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "   Chronique littéraire.                                               181\n\n\n\nexposées par le soin que prit M. de Souza de s’exprimer en\nla seule langue qui convienne à une étude de ce genre, une\nlangue logique, simple et strictement expressive.\n\n\n\n\nC o n t e s a l a R e i n e , par Robert DE B o n n i è r e s , Ollendorff.\n\n\n  Les attributions du vers français depuis près d’un siècle\nfont que nous n’en séparons plus l’idée de celle de lyrisme.\nIl s’y est presque identifié et au point que nous oublions qu’il\nétait susceptible d’emplois particuliers : celui de. conter par\nexemple; au contraire du didactisme dont le discrédit est\nmérité et irréparable, le narratif traditionnel tel que le\npratiquèrent La Fontaine et ses successeurs, a sa raison\nd’être et sa grâce particulière, et si cette forme a été délaissée,\nce fut sans raison d’ailleurs et simplement parce qu’il man­\nquait d’esprits ayant le goût d’en tirer parti et c’était comme\nun petit domaine d’une plaisance oubliée qui morfondait au\nfond des jardins en charmille et parmi ses allées désertes sa\nfaçade coquette. M. de Bonnières vient d’en ouvrir la porte,\nil a repoussé les persiennes et le jardin chante de tous ses jets\nd’eaux ravivés. Ses contes sont bons. Ils ont de la légèreté,\nde la poésie, de la malice, et parfois je ne sais quoi qui sent\nl’esprit fort et le libertin, et on lit avec agrément les récits\nde ce petit monde, tendre, minuscule et joli, d’autant plus\nque l’auteur, qui est bon écrivain, les narre d’une langue\nsuccincte, nuancée, agile et piquante qui a du tour et de\nbons tours. C’est un livre qui est ce qu’il veut être et cela\nchange des livres qui voudraient tant être ce qu’ils ne sont\npas.\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "18 2                                                             la Wallonie.\n\n\n\n                                        * *\n\n       L e s P o é s i e s d ’A n d r é W a l t e r . L ib ra ir ie d e l’A r t\n                                  In d ép en d a n t.\n\n   M. André Gide continue à nous donner la suite des\nouvrages d’André Walter. L ’an dernier, c’étaient ses Cahiers,\naujourd’hui ce sont ses Poésies. Ces publications volontaire­\nment et délicatement hypocrites ne sont point sans charme\net le subterfuge en est assez visible pour devenir agréable.\nCette série de pièces qui ont pour titre l'Itinéraire symbolique\ns’agence en chansons brèves, captieuses et nettes qui notent\nchacune un état d’esprit subtil et douloureux avec les concor­\ndances de paysages qui s’y adaptent moins qu’ils ne le\ndéterminent. Le paysage,comme dit l’auteur,est “ autoritaire „\nsi bien que l’âme indécise et nerveuse du poète en subit le\ndespotisme d’heure ou de sens. Il y a des poèmes charmants\nparmi ces vingt-et-une pièces toutes intéressautes, volontiers\nà la fois senties et raisonneuses, émues de toutes les tristesses\ndes automnes dans les bois, sur les landes et sur la mer,\nsensibles au craquement des branches, aux portes closes mal\nà propos, aux langueurs d’un crépuscule. Il y a en elles je ne\nsais quoi de grêle, d’écourté et de frileux et des attitudes de\nSonges mal revenus des confins du Silence qui balbutient et\ntrébuchent parmi les feuilles mortes et tressaillent longue­\nment et tristement tandis que, très loin, au fond de la forêt,\nscintillent, faibles et usées à travers les branches, les petites\nlampes, aux fenêtres de la maison de Solitude. L e style de\nces poèmes est exact et expressif. Il touche à la force, il a de\nla grâce ; son grand mérite est de se modeler à point sur le\n sujet et de s’y proportionner à merveille. C’est là une qualité\n d’écrivain, le poète en bénéficie et il exprime ce qu’il a senti\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "  Chronique littéraire.                                      183\n\n\n\nde façon qu’on le ressente à son tour en toute sa vivacité, sa\ntristesse et sa distinction.\n\n\n\nA s t a r t É, par Pierre LOUYS. Librairie de l’Art Indépendant.\n\n\n  Sous une couverture safranée et qu’orne, issue des moires\nd’une eau d’où émergent ses seins et ses bras croisés sur\nl’emblême d’un lys, une astartéenne et mélancolique Apparue,\ndessinée par Albert Besnard, ce sont vingt-cinq poèmes qui\npar des sujets divers font tous allusion au culte de la Beauté\net puisent dans ce sentiment la matière de leur idolâtrie\nqu’embellissent des vers sonores, langoureux et brillants. A\ncette préoccupation du Beau que signalent encore d’ingé­\nnieuses épigraphes s’allie bien une langue abondante et\nnerveuse. Le vocabulaire en est riche de mots rares et\nscintillants et le tour en est expert et net.\n   La phrase luit de coruscations brusques, se nuance et\ns’assoupit en douceurs mélodieuses :\n\n       E t le bois déjà noir jusqu’aux longs horizons\n       S’endort dans la fraîcheur plus sombre des 0ré es\n       A ux bras pernicieux et tristes de la Nuit.\n\n  Tous ces poèmes sont d’un haut goût plastique et musical.\nIls décèlent chez M. Pierre Louys, en même temps qu’un\ntalent dont ils sont la preuve, une science exacte et avisée\ndu vers traditionnel, avec un sens juste de ce qu’il doit être\net l’entente de l’appropriation de son emploi qui, s’il n’est pas\nobligatoire, n’en est pas moins dans certains cas logique et\nnaturel.\n  Quelques poèmes parmi ceux du volume sont écrits en vers\n\n\n\n\n       I\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "184                                              la Wallonie.\n\n\n\nlibres et y montrent une réussite peu commune et un tact\nsoucieux du rythme. Je citerai par exemple la pièce intitulée :\nGlaucé, qui est fort heureuse de composition et d’agencement.\nQuant à l’Alexandriniste, il est excellent en maints morceaux,\nquand ce ne serait que dans : Les Aigles, le Retour des Nefs,\nla Chute du Jour, et cette belle Astarté qui\n\n      Cambre au bord du thrône où rêve le Dauphin\n      Sa peau de lune froide et d’ air nocturne peinte.\n\n\n                                                    H. DE R.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 197, "titre_corps": "Albert Giraud, poète", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "Albert Giraud, Poète En un remarquable article de la Société Nouvelle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1331, "texte": "A lbert       GIRAUD, P o è t e .\n\n\n\n  En un remarquable article dela Société Nouvelle, M. Albert\nGiraud exprimait récemment que la littérature belgique peut\nse prévaloir d’une véritable originalité d’inspiration, le livre\nétant chez nous un reflet particulier et double de la grande\nâme du Nord, soudain vivifié par une forme latine. Je ne\npense pas, comme M. Giraud, qu’il y ait des différences\nplus tangibles entre la littérature française pure et la litté­\nrature éclose en terre wallonne, qu’entre celle-ci et la litté­\nrature française des Flamands; bien au contraire, si comme\nla plupart des provinces françaises, la W allonie a conservé\ndes habitudes et des modes de sentir ou de penser qui lui\nsont propres, elle n’en est pas moins fille de la France. En\nFlandre, je perçois un courant anglo-saxon (Maeterlinck et\nVan Lerberghe), et je vois aussi des Flamands purs comme\nMM. Georges Eekhoudt et Eug. Demolder, mais ces deux\nbranches s’élèvent du tronc opulent d’ une même race bien\ncaractérisée, et l’on peut conclure à des différences fonda­\nmentales et natives entre la littérature française et les\nlettres latino-thioises. Cependant une exception m’arrête et\nM. Albert Giraud lui-même la fournit.\n  Malgré sa race — on sait, en effet, que M. Giraud est\nFlamand et que sa signature est pseudonyme, — il est en\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "186                                             la Wallonie.\n\n\n\nart un latin, un Français, et pour s’en convaincre il suffirait\nde lire quelques-uns de ses articles de critique — parfois\ninjustes mais toujours fermes de pens ée et d’écriture — ou\nles deux livres de vers que M. Lacomblez édita récemment\ncoup sur coup.\n   Chez lui, si l’on étudie ses dernières œuvres qui sont aussi\nles plus définitives, ce qu’on pourrait appeler la matière de la\nPoésie, — j ’entends les milieux évoqués, les images et\nl’allure générale des sujets, — tout cela n’apparaît certes\npoint du Nord. On croirait même y lire le souci constant de\nne point quitter les milieux les plus strictement latins, et\nlorsqu’on parcourt ses plus récents écrits, les Dernières Fêtes\net les pièces parues de Sous les Valois, on s’imagine trans­\nporté dans un précieux musée où florirait seulement la\nRenaissance française et italienne.\n  Et puis, M. Albert Giraud est, peut-être, le seul Flamand\nqui sache écrire en prose française. Surtout lorsqu’elle évite\nla plaisanterie, sa phrase a une finesse de toucher très appré­\nciée, et cette allure libre qui n’appartient pas aux étrangers.\nJe suis peiné, à cause de cela, d’entendre M. Giraud reven­\ndiquer je ne sais quelle nationalité belge... Mais ce n’est pas\nune race et un peuple, la Belgique, pas plus que l’ Autriche-\nHongrie ! Ce n’est qu’une expression géographique et une\nunité administrative et le mot belge ne veut rien dire du\ntout, sinon à Liège peut-être, où on le tient pour synonyme\nd’imbécile. Je connais des Flamands, je connais des Wallons,\net je sais que parmi eux se trouvent des penseurs et des\nartistes; mais le Belge, lorsqu’il existe, est un lourd bon­\nhomme au bon sens obtus, qui crache non par plaisir mais\npar indifférence sur tout ce qu’il y a de Beau et de Divin\nautour de lui.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "  Albert Giraud , poète.                                        187\n\n\n\n  Oh que cela constraste avec la verve délicieuse et gamine\nde Pierrot lunaire; comme le triste et noble Pierrot Narcisse\ndevrait s’en indigner, et qu’il y a loin de cette épaisseur bour­\ngeoise à la distinction aiguë des Dernières Fêtes, ou à\nl’élégance précise, à la rapide aisance de tant de belles\nétudes, esthétiques ! M. Giraud est assurément bruxellois\nlorsqu’il attaque M. Tardieu, mais quand il est poète, comment\nne pas lui appliquer le mot favori de Charles de Tombeur :\n“ il n’y a pas du Belge pour un sou, là dedans ! „\n  Si M. Giraud n’est point belge par sa prose nerveuse et si\nnette, ses rares qualités de poète sont peut-être encore\ndavantage celles d’un Français. Jadis M. Giraud subit des\ninfluences et dans Hors du Siècle, volumineux recueil de\npièces écrites à des époques diverses de son talent, sa pensée,\npas encore dégagée d’anciennes et glorieuses admirations,\nne me paraissait pas avoir rencontré son expression naturelle\net décisive.\n  A   côté de pages merveilleuses comme ce L ohengrin\n               O douce voix d’ enfant pleine de chanterelles,\nd’autres apparaissaient, d’intention aussi haute, où le poète\nse détournait de soi-même pour s’éblouir d’éclatantes images\net lancer de larges vers sonores, fort beaux, mais qui ne\ndisaient peut-être point son âme. — Cependant tous les\npoèmes de ce livre, fût-ce le moins personnel d’entre eux,\nindiquaient déjà un style très pur, l’entente des lignes, la\nscience des plans ; et la sûreté d’une langue riche et souple\ncomplétait ces dons latins qui appartiennent encore au poète\ndes Dernières Fêtes ; toutefois, maintes pages flamboyaient\nde teintes rutilantes en lesquelles chantait sans doute un\ndernier souvenir de la race flamande.\n  Depuis, M. Giraud a choisi davantage ; il a affiné les tons\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "188                                              La Wallonie.\n\n\n\nde son vers sans rien leur enlever de leur solidité et je ne\nserais point surpris que l ’étude des quattrocentisti ait en\nmême temps remplacé chez lui celle des massives merveilles\nde Rubens et de Jordaens. En les Dernières Fêtes, la forme\nest plus précise et l’évocation cependant plus lointaine et\nplus enchanteresse; le poète a encore assoupli son vers, les\nlignes sont ténues et serrées, les colorations se disposent par\ngammes discrètes; il y a là une richesse sans tapage et\ncomme effacée, et les contours de figures patriciennes s’y\ndessinent en une élégante ordonnance.\n  L ’ordonnance ! c’est bien, je crois, la qualité maîtresse de\nM. Giraud, et avec elle la science de ce qu’il faut dire et de\nce qu’il faut laisser. Il sait user rigoureusement du terme\npropre, il sait mille façons d’exprimer ce qu’il sent, et\npresque toujours choisira la plus directe et la plus nette; il\nsait agencer selon l ’harmonie les lignes d’un poème aussi\nbien que celles d’un vers, et habilement les combinera en se\npréoccupant surtout, semble-t-il, de faire naître après chaque\npièce du livre une impression précise et définitive. Cependant\nl’ordonnance, chez lui, ne dépasse guère le poème, et l’unité\nde ses recueils ne va p s au delà d’une certaine cohésion\ndans les images et les milieux évoqués et de quelque homo­\ngénéité de facture dans l’ensemble.\n  J’en ai dit assez pour prouver combien M. Giraud mérite\nl’épithète de classique qu’il aime, je crois, à se donner. Nul en\nFlandre n’eut à ce point le don de la mesure, et il n’est\ninférieur à personne pour la science de la langue et la\nsobriété du style; — à moins que, comme certains, on\nn’appelle sobriété l’indigence, que certes on ne reprochera\npas au poète des Dernières Fêtes.\n  Si j ’admire beaucoup M. Giraud pour la plupart des raisons\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "  Albert Giraud, poète.                                                189\n\n\n\nqui précèdent, cependant des qualités pareilles ne vont point\nsans défauts. Certes, je ne veux pas lui reprocher son classi­\ncisme qui, entendu ainsi, est une chose belle et rare ; mais la\nscience des limites n’est pas celle d’émouvoir et l'expression\nla plus précise n’est pas non plus toujours la meilleure.\n  Evidemment, M. Giraud n’est pas le poète glacé qui prend\ndes poses de marbre en quelque recoin du Parnasse ; l’impas­\nsibilité, comme il doit la comprendre, serait d’un sens plus\nhaut — celle du poète qui donne à conclure plutôt qu’il ne\ns’exclame, — et quelques pages de Pierrot Narcisse sont\nconvaincantes à cet égard; mais c’est justement en ce livre\nque M. Giraud a laissé chanter le plus librement la V oix\nIntérieure et, bizarrerie dans son œuvre, les défauts de Pierrot\nNarcisse sont des défauts de mesure (1).\n  Dans les Dernières Fêtes, au contraire, on voudrait plus\nsouvent un cri rompant les trop constantes limites du poème,\nquelque élan soudain de l’âme captive au sûr réseau des vers\nsavamment enlacés. M. Albert Giraud est poète psychologue\net son cœur parle souvent un clair langage sous l’armure\nniellée qui recouvre la poitrine d’homme où il palpite. Mais\nce langage détaille sa nostalgie plutôt qu’il ne l’exprime\nd’un mot inattendu; il y a ici excès dans l’analyse, comme il\ny a un excès de tenue dans l’ordre si pur de la forme ; cela\nne va pas sans un peu de monotonie, et, pour employer un\nde ces chocs de mots que M. Giraud ne déteste point, il fau­\ndrait sans doute plus de mesure dans la mesure.\n\n  ( 1) Dans les scènes comiques, par exemple. — En parlant de l'œuvre\nde M. Albert Giraud, j ’omets à dessein le Scribe, livre de prose qui fut le\ndébut de l’auteur et où sont d'ailleurs maintes pages à retenir; ce petit\nvolume d’ une langue brillante mais assez barbare, excessif presqu’en tout,\n indique bien \" l’âge héroïque \" — celui des grands projets et des révoltes\njuvéniles — que tout artiste doit avoir connu, et où il fut écrit.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "190                                                      la Wallonie.\n\n\n\n  Je suis un peu plus à l’aise au moment de tracer la seconde\ndes critiques que j ’adresserai à M. Giraud. J ’ai dit qu’il pré­\nsentait sa pensée avec netteté, mais il la présente aussi très\nsouvent d’une façon directe, et lorsqu’indirectement, presque\ntoujours il rejette le sy mbole pour élire une allégorie; de\nsorte que la plupart de ses poèmes laissent une impression\ndéfinie et précise. Il en résulte un sentiment de satisfaction\ncertaine, mais plus immédiat que profond et, la plupart du\ntemps, circonscrit et fixé, au lieu qu’il puisse s’étendre...\nVraiment, est-ce bien là le but de la Poésie, — ou n’est-il pas\nplutôt de donner à songer ?\n   Il semble que le poète laisse trop peu à deviner, parce\nqu’il pousse à l ’excès le louable souci de modeler des formes\nachevées; cela aussi pourrait se retrouver dans la facture\nde ses vers où le désir d’être complet, sans doute, lui fait\nmettre souvent des adjectifs à la rime, — donc en évidence,\nmalgré le Parnasse. Bien plus, dans les pièces publiées de\nSous les Valois, le poète en vient à rétrécir son horizon aux\nlimites d’une époque et de personnages strictement déter­\nminés; cela arrête l’essor de la songerie au delà d’une brève\nréflexion sur un fait particulier déjà connu, et l’on regrette\npresque d’admirer le souple et ingénieux talent qui pouvait\ncréer la définitive Figure de la Haine aux doigts caressants\net de la Traîtrise dans la Grâce, lorsqu’il se borne, comme\nun romancier historique, à nous en donner quelques aspects\nen nommant Charles IX et le duc de Guize (').\n   On en arriverait à craindre qu’après s’étre précisé en\ns’affinant, Albert Gira,ud ne s’amenuise et ne se dessèche\n\n   (') Pour écrire Cinq-Mars, Alfred de Vigny avait choisi la prose; toute­\nfois ce n’est pas à dire que les vers Ce Sons les Valois soient nécessaire­\nrement prosaïques.\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "  Albert Giraud, poète,                                         191\n\n\n\npeut-être afin d’être plus précis encore, si ces dernières\nréflexions pouvaient s’appliquer à une oeuvre plus définitive\nque celle-ci, encore éparse dans la Jeune Belgique, et s’il\nn’y avait dans les Dernières Fêtes, assez de beauté pour nous\nassurer que bientôt M. Giraud y retrouvera le vrai lui-\nmême.\n  Mais j ’en ai dit assez je crois pour amener ma conclusion :\ncertes Albert Giraud est poète ; mais il est moins poète\nqu’artiste.\n  Après les critiques précédentes, ce m’est un plaisir tout\nparticulier de citer les vers radieux que v oici; cette pièce est\ndes plus personnelles, à part des retours et des reprises de\nmots dont M. Giraud use peu, d’habitude, et avec raison.\n\n                        LES IN T E R V E R T IS .\n\n           Du plus vague du ciel nouveau-né, roses d’aube,\n          Roses de soleil pâle et d’ambre rose et roux,\n          Les étoiles du soir dans les plis de leur robe,\n          Un vol d’anges descend de l’azur rose et roux.\n\n          Un vol éblouissant de flocons roux et roses,\n          Ailes-fleurs, à la fois roses et papillons,\n          Fleurs sous les papillons, papillons sur les roses,\n          Qui neige en s’ effeuillant, roses et papillons.\n\n          Les voici, deux à deux; leurs ailes infidèles\n          Câlinent les lys noirs du jardin mensonger\n          Où leurs frères jadis abdiquèrent leurs ailes,\n          Des calices des lys du jardin mensonger.\n\n          Les voici, deux à deux, frôles tètes charmantes,\n          Mourantes sous le faste épars de leurs cheveux,\n          Et des vipères d’ or sur le lin de leurs mantes\n          Sifflent très doucement dans l’or de leurs cheveux.\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1522, "texte": "192                                                   la Wallonie.\n\n\n\n      L'azur lointain se fane, et sous des lierres d’ombre\n      Le jour mystérieux ouvre de grands yeux blancs :\n      Les voici câlinant les lys du jardin sombre,\n      Regardés tristement par ces vagues yeux blancs.\n\n\n      Une étrange élégance, infirme et maladive,\n      Equivoque splendeur de la stérilité,\n      Saigne sur les boutons de leur gorge tardive\n      Et sur l’obscur trésor de leur stérilité.\n\n\n      Parfois le lierre humide et le feuillage moite,\n      Au son d'un cor de nacre où chante un nain joufflu,\n      S’ouvrent sur le soleil comme une ogive étroite.\n      Au son d’ un cor de nacre où sonne un nain joufflu.\n\n\n      Là-bas, c’est la laideur épique de la vie :\n      Des ouragans d’orgueil, des rafales de chair,\n      Le sommeil bestial de la force assouvie,\n      Toutes les lâchetés du sang et de la chair.\n\n\n      Les yeux déveloutés par cette horrible fête.\n      Les anges, dans la nuit frileuse de leur cœur,\n      Ecoutent longuement, en détournant la tète,\n      Le cor du nain joufflu leur sonner dans le cœur.\n\n\n      Leurs ailes de regret, leurs ailes irisées,\n      Vers l’azur matinal désormais interdit\n      Palpitent sans espoir, plaintives et brisées,\n      Entre la vie hostile et le ciel interdit.\n\n\n      Et les voici, frôlant de nouveau l’ herbe amère\n      Et les lys dans la paix lascive du jardin,\n      Et leur front virginal ombré d'une chimère,\n      Interrogeant les lys mensongers du jardin.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": " Albert Giraud,poète.                                                193\n\n\n\n         Leurs regards ambigus, frères du paysage,\n         Allument leur feu morne aux richesses du soir\n          Et sur les plis pensifs de leurs jeunes visages\n         Versent à lents rayons l’anxiété du soir.\n\n          Ils errent, deux à deux, suivis du nain perfide\n          Qui leur offre un miroir et des bijoux pervers ;\n          Et leurs yeux aimantés dans le miroir limpide\n          Se caressent aux yeux de ces joyaux pervers.\n\n          Ils s’ étendent, très las, parés, dans la nuit blême,\n          Entrelaçant aux lys leurs mains de royauté,\n          Composant avec art le sourire suprême,\n          Dont dépend leur bizarre et vaine royauté.\n\n          Et sous les lierres noirs, frêles têtes charmantes,\n          Ecoutent vaguement dans leurs cheveux siffler,\n          Dans leurs cheveux épars sur le lin de leurs manies,\n          Les douces langues d’or des vipères siffler.\n\n  Et cette autre, plus humaine, justifiant le nom de psycho­\nlogue que tout à l’heure je donnais à ce poète, mais étrange en\nson œuvre par le tour confidentiel du début, et je ne sais quoi\nd’instinctif et de sincère à la Fernand Severin.\n\n                             VOCATIO N .\n\n          Je fus longtemps, je suis encore cet enfant\n          Sans autre bouclier que sa fragile enfance,\n          Qui toujours plus enfant à peine se défend\n          De vous rendre en amour le poids de votre offense.\n\n          Dans quel poison lascif, dans quel miel doucereux,\n          Assassins caressants, trempez-vous donc vos armes ?\n          Car toujours plus enfant et toujours plus heureux,\n          Je dédie à vos fronts la gloire de mes larmes.\n                                                                14\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "191                                                     la Wallonie.\n\n\n\n          Je suis un espalier pour la soif et la faim\n          Des chercheurs de souffrance, et mes blessures fraîches,\n          Mangez-les, buvez-les, car je comprends enfin\n          L'ivresse des martyrs amoureux de leurs flèches.\n\n          O tout mon sang, toutes mes roses, mes sanglots.\n          Elancez-vous, ma chair ! vers les étoiles sourdes,\n          Et chantez mon enfance éternelle à longs flots,\n          Vous, les baisers futurs dont mes lèvres sont lourdes!\n\n          Soyez des inconnus, prenez-moi par la main :\n          Couronnez-moi de fleurs charmantes et funèbres,\n          El, de vos robes d’or éclairant le chemin,\n          Conduisez-moi, pensifs, vers les bûchers célèbres.\n\n\n  Je disais que M. Giraud est classique et. avant toute\nchose, artiste. Ces caractères indiquent à merveille le poète\nde volonté et il est bien vrai que M. Giraud doit considérer\nl’instinct comme un élément inférieur dans l’œuvre d’art.\nCette idée qu’il puisa sans doute dans l ’étude de Baudelaire,\na un fond de grande justesse et l’œuvre d’art dont le créateur\nfut conscient, réfléchi, l’œuvre d’art savamment harmonisée\nmérite plus de respect qu’un vague ensemble de cris poi­\ngnants, ou que de suaves chansons nées d’elles-mêmes sur\ndes lèvres ignorantes. Mais une telle œuvre n’atteindra point\nl’émouvante Beauté si l’instinct lui-même n’a parlé haute­\nment avant qu’il fût dompté par des formes rigoureuses. Des\nvers comme les précédents montrent chez M. Giraud l’instinct\npris sur le fait, et ces oublis bien rares, trop rares, où l’ar­\ntiste volontaire fait un appel direct à ce qui s’agite en lui,\nsont de claires oasis où l’on s’arrête avec un charme neuf\nmélangé de fraîche surprise.\n  Chez M. Giraud, l’amour de la forme et des proportions est\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1925, "texte": "  Albert Giraud, poète.                                       195\n\n\n\ntel qu’on peut le considérer comme la raison péremptoire qui\nfit de lui un artiste volontaire; la volonté pour lui fut d’abord\nmoins un but qu’un moyen, mais je pense qu’il s’en éprit\nbientôt à l ’excès, et c’est ainsi qu’après avoir préféré l’art\nà l’instinct, il préféra l’artificiel au naturel. J ’hésite à l’en\nblâmer ; non point que ses tendances ne soient très loin de\nmes propres désirs, mais parce que M. Giraud se présente\nainsi avec des caractères logiques autant que complexes, et\nqu’en somme cette vue artificielle des choses fait à présent\npartie de sa vraie nature de Poète.\n  Au X V II0 siècle, Molière pouvait écrire : la scène repré­\nsente un site agréable bien que champêtre. Sans aller jusque\nlà, je suis persuadé que le poète des Dernières Fêtes préfère\nde beaucoup une belle description à un paysage réel. Outre\nune saveur d’art plus parfaite, il y trouve l’expression pré­\ncise de sensations adéquates au décor, et l’impression défini­\ntive et nette qu’il exige de ses propres poèmes ; au lieu que\npour d’autres les lignes et teintes d’un paysage seraient\nl ’enveloppe naturelle de pensées qui peuvent ondoyer, l’œil\nchangeant à son gré ce qu’il voit, dans une certaine mesure.\nOù d’autres chercheraient un vague état d’âme, des lignes\npouvant accompagner plusieurs idées sœurs, et comme un\nguide discret de la pensée, M. Giraud veut une direction\nnotoire, des plans tracés et un sentiment défini, — ce senti­\nment pouvant être d’ailleurs en nuances compliquées et de\nceux qu’on nomme indistincts, pourvu qu’il soit déterminé.\n  La source de la poésie, chez lui, n’est donc point la nature,\nsinon à travers ces contrées inconnues de glace et de soleil\nqui sont les assises de nous-mêmes. S’il est vrai que l’inspira­\ntion soit le fait du souvenir, un homme instruit, citadin\nfarouche et esthète comme paraît l’être M. Giraud, doit la\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "196                                               la Wallonie.\n\n\n\npuiser dans les musées, dans les livres et. dans les réflexions\nque suscitent en lui des causeries avec d’autres artistes. On\nen arrive aisément ainsi à choyer certaines idées dont l’on\ndevine confusément l’erreur, mais que l’on garde avec jalousie\nparce qu’elles paraissent s’accorder avec des règles ou des\nhabitudes de vivre et de raisonner. Le scepticisme aidant, il\ns’y mêle une sorte de dilettantisme de la pensée qui fait\nregarder comme séduisantes des choses d’abord acceptées\nlégèrement sous l’excuse d’un sourire, et qui est une sorte\nd’inconscient mensonge à soi-même.\n  M. Giraud a acquis ainsi le dilettantisme de la méchanceté\net de la haine ; il se veut méchant, en ses vers, et il a consacré\ndes strophes à la jouissance de haïr. Je suis persuadé\nqu’il se trompe ou qu’il nous trompe. A moins que la vie, en\ndéversant sur lui trop de ses amertumes — ce que j ’ignore,\n— ne l’ait rendu lui-même amer, il doit avoir conservé ce\nlarge et inépuisable amour qui fait chanter les beaux poèmes.\n  Il est vrai que dans les Dernières F êtes, la Haine paraît,\ncomme cet amour, large et inépuisable ; et d’ailleurs n’est-\nelle pas une forme de l’amour ? Mais j ’aime mieux croire que\ncette perversion du sentiment qui nous fait vivre et créer\nest ici toute factice, exclusivement littéraire, car M. Giraud\nest trop artiste et poète pour n’être point nativement bon.\n  Peut-être y a-t-il ici une cuirasse contre le monde qui\nhésite à frapper ceux qu’il croit méchants, pour réserver ses\nplus lâches attaques aux bons et aux sensitifs qu’il imagine\nsans défense. Ou ne serait-ce pas plutôt un acte de haute et\nnoble pudeur, celle qui nous fait parfois garder le silence sur\nce que nous aimons le plus, de peur qu’un imbécile ne vienne\nse vautrer sur nos rêves et qu’il n’écrase et ne déchire les\nplus vivantes corolles de ces parterres de l’âme ?\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 532, "texte": "  Albert, Giraud, poète.                                   197\n\n\n  Sous les vers des Dernières Fêtes, partout je devine une\nâme enfantine et tendre qui a replié les trop délicates mem­\nbranes de ses ailes. Et lorsque M. Giraud regrette l’âge naïf,\nlorsqu’il dit : le pur et simple enfant que je n’ai pas été, ce\nregret si pur et son expression simple me prouvent qu’il fut\ncet enfant, malgré lui, — comme le seul fait d’en avoir l’idée\nme prouve qu’il l’est parfois encore.\n\n                                     A l b e r t MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 198, "page_fin": 212, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "LES LIVRES Il est bien tard pour parler du dernier livre de Gustave Kahn", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 219, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "LES LIVRES.\n\n\n\n\n  Il est bien tard pour parler du dernier livre de Gustave\nKahn sans lui donner autre chose qu’une place dans cette\nchronique littéraire ; et d’autre part, je n’ai pas des Chansons\nd'amant (*) une vue assez nette pour me risquer à en faire\nl’objet d’une étude un peu longue. Mais l’œuvre a une valeur\ncertaine, son auteur est de ceux qui doivent nous intéresser\nle plus et si, depuis un an, des circonstances m’ont empêché\nd’analyser les livres qui paraissent, je m’en voudrais de ne\npas placer en tête de mon premier article le nom de Gustave\nKahn.\n  Ce nom est devenu peu populaire dans la génération d’à\nprésent, à Paris, et cela moins par la faute de M. Kahn, je\nprésume, que par celle d’un véritable malentendu et l’indis­\ncrétion plus malicieuse que maladroite de M. Jules Huret.\nA cause de cela, maints lettrés ont dû lire les Chansons\nd'amant avec des préventions plus qu’inutiles à l’authenticité\nde leur jugement; il semble qu’à Paris on ait souvent exagéré\nles réels défauts de ce livre, sans en bien voir le non moins\n\n\n  {*) Lacomblez, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1839, "texte": "  les Livres.                                                        199\n\n\n\nréel mérite. A Bruxelles, au contraire, on n’entendit que des\napplaudissements et, à relire le livre, on trouve que vraiment\nles Flamands eurent raison contre les Français (*).\n   Les vers de Gustave Kahn ont un éclat particulier, de\nbarbares couleurs et des sonorités soudaines. Les images\ns’allongent ou s’accourcissent à merveille, selon les divers\njeux de la pensée, et il reste le souvenir d’une chose éton­\nnante qui scintille et s’éteint, d’une voix alternativement\nlégère ou grave, ou encore confidentielle, et des paysages\nque nous vîmes ici, ou bien qui sont en Orient.\n   On l’a dit un peu trop, et ce fut même parfois bien drôle\n dans la bouche de quelques-uns : — Gustave Kahn est\nsémite; mais ce mot, qui d’habitude, n’évoque pour nous\nqu’une puissance cosmopolite, renaît ici avec la signification\nentière d’une race lointaine, et M. Kahn peut s’écrier, sous le\ncoup d’une passion qu’il faut croire sincère :\n                  Ah ! fuir vers les tribus en marche!\n\n  Ce vers contient presque en entier son dernier livre.\nComme tous les poètes, il a sa nostalgie ; mais, au lieu de se\nprésenter indistincte, sous les espèces du désir bien connu\n\" d’être partout où l’on n’est pas „ , elle surgit en lui aussi\nprécise qu’impérieuse à de certains instants, et c’est un\nancêtre nomade qui parle tout bas au citadin d’aujourd’hui.\nNous lui devons de somptueux et nouveaux paysages, souvent\néclairés d’un mot et incomparablement plus vrais, dirait-on,\nque tant d’autres chantés par les occidentaux qui les virent.\nC’est que, peut-être, ils furent contemplés du centre même de\nleurs lignes, non plus de l’extérieur; et au lieu du voyageur\n\n  (') J’excepte ici, naturellement, le judicieux article de Francis Vielé-\nGriffin dans les Entretiens politiques.\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "200                                             la Wallonie.\n\n\n\nqui décrit et raconte ce qui, pour lui, fut l’anecdote, nous\napercevons un être se revivre en leur image et du fond de son\npassé faire jaillir sur ces fabuleuses contrées l’éclair d’une\nâme autochtone.\n   Avec les yeux d’un sémite, Gustave Kahn doit avoir aussi\nl’oreille sémitique et si ses vers sont riches de tons flam­\nboyants et rares, ils paraissent en revanche d’une harmonie\nsuperficielle et extérieure, aux sons choisis avec trop de\nhasard, sans grand souci de les unir à l’idée qu’ils accom­\npagnent et devraient à nouveau susciter en leurs ondes.\nSi Gustave Kahn évite avec soin les fades confitures que\nnous servent en musique ses coré ligionnaires, peut-être la\npréoccupation de ne point leur ressembler en cela lui fait-\nelle oublier d’autres choses : quand ils ne sont pas d’une\nharmonie directement sensuelle, ses vers, chargés souvent\nd’allitérations nullement fondues mais plaquées et étrangères,\nrappellent les marqueteries et les imbrications décoratives\nde Berlioz, parfois aussi les mélodies tziganes. On n’y trouve\npas cette ininterruption de lignes, cette continuité d’effluves,\npour ainsi parler, qui est la condition des arts musiques. Ses\nvers sont des mosaïques éclatantes et solides; la musique\nc’est une eau courante ou c’est la mer.\n  Mais je pense que, d’ordinaire, Gustave Kahn doit consi­\ndérer comme assez accessoires la cohésion sonore du vers et\nla fusion parfaite de tous les éléments qui le composent.\nCe nomade de la poésie doit mépriser au fond les sédentaires\ntravailleurs; il affectionne surtout l’abrupt et le barbare\ndont il excelle à donner l’impression, et les images ou bien\nles mots inattendus, où il se révèle un poète personnel et\nneuf. Et c’est pour cela sans doute, qu’il n’hésite pas à\nhérisser parfois son vers de mots rébarbatifs empruntés à la\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "  les Livres.                                                   201\n\n\n\nterminologie philosophique, lesquels apparaissent en ses\nvers, aussi bien que partout ailleurs, complètement étrangers\nà la poésie. Ce qui est à sa place dans les analyses de la\nP rose, est une présence hostile dans les féeriques synthèses\ndu Poème et c’est une sensation particulièrement désagréable,\nlorsqu’on vogue avec M. Kahn, selon des images suggestives\net lointaines, de se sentir soudain à terre, les pieds et les poings\nliés par la rigoureuse et abstraite précision du vocabulaire de\nKant.\n  J ’ai hâte de dire que ces chocs malencontreux sont, en\nsomme, assez rares dans les Chansons d’amants, et que le\nsujet philosophique des poèmes paraît les excuser un peu. Je\nvoudrais parler aussi de cette métaphysique qui remplit les\noeuvres de Gustave Kahn; mais je n’ai pu me faire jusqu’ici\nqu’ une idée trop peu précise du système complet, que maints\npoèmes laissent à demi percevoir, et je me borne à saluer ici\nl’idée haute d’un Poète qui ne borne point ses désirs au menu\nbagage littéraire dont se contente un si grand nombre.\n  Dans les lieder qui, sous divers titres, forment la plus\ngrande partie du livre et aussi la meilleure, le Poète se trouve\nsoudain plus parfaitement lui-même. Son âme de lyrique et\nd’instinctif y est à l’aise et c’est alors la joie de chanter selon\nle gré de l’instant où l’on chante, et de chanter pour la seule\njoie de chanter. Mais les idées premières sur quoi est bâti\nl’être entier du poète apparaissent partout ivres d’elles-\nmêmes, à l’état natif pourrait-on dire, et comme des créatures\ningénues trouvées au plus profond des forêts. Leur aspect\nsimple donne plus de vie à leur vie, les images naissent plus\nspontanées et pourtant d’une logique plus intime.\n  En ces lieder, M. Kahn perd les défauts que j ’ai signalés ;\net le ton du naïf récit ou de la songerie bienvenue sans qu’on\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1595, "texte": "202                                                      la Wallonie.\n\n\n\nl’appelle, ou le tour          aisé des chansons populaires font de\nquelques-unes de ces          pages de véritables joyaux.Je pourrais,\nlà encore, faire des réserves, mais à quoi bon ? J ’aime mieux\ntranscrire le poème suivant, dont on sentira l’amère lassitude\net qui évoque admirablement la tragique union du couple\nmoderne :\n  Je t’apporte, ami, mon cœur meurtri\n  le sillon des pas sur mon corps et sur mon âme\n  la grâce déjà promise,      départie et reprise\n  et la caravane des triomphes que ta pensée blâme.\n\n  Je te donne, amie, mes lèvres veillies,\n  les rides de mon front découronné par d’autres\n  et le banquet d’ un cœur où l’on attendit l’ hôte,\n  l'hôte inconnu porteur de joies épanouies.\n\n  Je t’apporte, ami, la brève compagnie\n  d'un cœur en oubli, d’ un cœur en folie, d’ un cœur en voyage,\n  paré, pour des minutes, vers les baisers du mage.\n\n  Je l’apporte, amie, la triste solitude\n  d’un cœur en soupçons, d’ un cœur en souffrance, d’ un cœur en débris,\n  dont les préludes de fête et les bruits de bal sont enfuis.\n\n  Et, pour finir, une chanson : à mon avis la petite merveille\ndu livre :\n             Il est venu, puis reparti ;\n             Je le sais, son cœur grave pâtit\n             depuis l’ instant qu’ il est parti.\n\n             J’étais folle comme une enfant,\n             et je jouais comme au volant\n             de ses graves douleurs d’ amant.\n\n             Au détour de la route encor,\n             il voulut élever son cor\n             vers ses lèvres, pour l’adieu encore ;\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "  Les livres.                                                    203\n\n\n\n          mais il laissa tomber son bras,\n          et lentement se détourna\n          et le détour de la route remporta.\n\n          Quelle introuvable route me ramènera\n          celui que j ’attends pour tomber dans ses bras\n          et chasser de mes baisers le souci qui l’enténébra ?\n\n                                 *\n                                * *\n\n  Camille Lemonnier a publié récemment deux livres indi­\nquant bien le double labeur auquel il astreint sa pensée ;\nl’un, Dames de Volupté, est un recueil de contes choisis parmi\nceux que les nécessités du journal le forcent d’écrire plus\nsouvent qu’il ne voudrait, et ces pages sont les poèmes dont\nil relève parfois la prose du quotidien travail ; inégaux comme\nles instants où ils furent écrits, ils nous intéresseraient déjà\nau point de vue que je viens d’indiquer, mais quelques-uns\nd’entre eux sont féconds en surprises d’art, deux ou trois\nsuscitent même de reculées visions, et tous indiquent le souci\nd’une écriture adéquate à l’objet évoqué, simple et grave ici,\nlà ductile, allégée et scintillante, riche toujours de couleurs\net quelquefois de rythmes, mais trop souvent de lignes tour­\nmentées et de mots dont les trop brillantes facettes amènent\nla fatigue.\n   Erigé sur de stables assises, l’autre livre : la Fin des Bour­\ngeois, représente au contraire l’œuvre longtemps projetée,\npensée, composée; elle fut écrite aux seules heures où le\ntravail est facile, le cerveau libéré d’images étrangères,\nlorsque la plume transcrit avec une puissance aisée l’Idée\nqui apparaît dans la clarté d’elle-même. Aussi, quoi qu’en\npuisse dire tel critique, ceci est une œuvre.\n  Avant ou après de nombreux trois-cents-pages qui ré­\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "204                                             la Wallonie.\n\n\n\npugnent, Emile Zola a lancé dans la vie littéraire deux ou\ntrois livres vraiment beaux, comme la rançon des autres. Ces\nlarges et éclatantes visions : Germinal et la Curée, sont la\nrançon d’un bon nombre de Rougons et de Macquarts, et\nquand une école a produit de telles œuvres, elle a droit à la\nvie de l'histoire. Eh bien, Camille Lemonnier, qui jamais\nne s’enrégimenta dans la petite armée de Médan, a ren­\ncontré cette destinée bizarre de racheter à son tour, par\nune œuvre forte et belle, précisément le plus ignoble\ndes produits d’Emile Zola; comme plusieurs livres répon­\ndent à ce bref signalement, je dirai tout de suite qu’il\ns’ agit de Pot-Bouille.\n    J ’entends ! on a prétendu qu’il y avait réminiscence, que\nCamille Lemonnier refaisait un volume de Zola, et nous\nretrouvons évidemment ici cette idée préconçue, que la\nBelgique est le pays de la contrefaçon.\n  Cela paraît malheureusement exact lorsqu’on lit les écrits\npitoyables d’il y a quelques années ; mais il importe de ne\npas confondre : une unité administrative n’est pas une unité\nd’art, il n’y a point d’école belge comme on voudrait nous le\npersuader, et enfin, et surtout, il ne faudrait point qu’ un\npréjugé de ce genre servît d’arme contre un écrivain d’une\nprobité intacte. Chez Camille Lemonnier, le souci de la\nBeauté fut constant et unique; il eut la force de se créer lui-\nmême dans un milieu hostile, et plus que tout autre il aida\nau magnifique renouveau littéraire de Bruxelles. Je suis\ncertain que les préjugés tomberaient si l’on connaissait tout\ncela, à Paris. On y apercevrait alors qu’un romancier peut\nêtre multiple comme Camille Lemonnier, et cultiver pourtant\nson propre fonds, et l’on saurait, au contraire, louer la haute\ninquiétude d’un artiste qui, à la besogne facile de recommencer\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "  les Livres.                                              205\n\n\n\ntous les ans le même livre, préfère l’ingrat labeur de se\nrenouveler lui-même.\n  Voici donc deux hommes, qui tous deux travaillent d’après\nnature; l’un selon une philosophie matérialiste et des règles\nempruntées à ceux qui comptent les circonvolutions du\ncerveau, — l ’autre avec plus de liberté et selon lui-même\nseulement. L ’effort du premier doit être beaucoup plus\nconsidérable; mais il y a tout à parier que l’autre sera plus\nartiste.\n  Or, il arrive ceci : le second de ces deux écrivains, —\nCamille Lemonnier, — tenté par l’émotion d’enthousiasme\nou d’horreur que lui suscite un aspect de la nature vivante\net peut-être aussi par le désir de faire jaillir des concor­\ndances ou des contrastes une nouvelle image de soi-même,\nregarde un paysage humain qu’Emile Zola regarda avant\nlu i; mais si, l ’ayant regardé, il y trouve la sensation forte\nqui, longuement mûrie en sa pensée, doit engendrer bientôt\nune Œuvre, soudain on lui fait observer qu’il imite quelqu’un.\n  S’il l’imite, il l’imite en quelque chose, dirait Socrate;\nexaminons en quoi.\n  L ’imitation ne peut porter que sur trois points : le sujet\ndu drame, son décor, et la mise en œuvre du sujet dans le\ndécor.\n  Quant au sujet dramatique de la Fin des Bourgeois, il\nserait puéril de démontrer qu’il n’a rien de commun avec\ncelui de Pot-Bouille : l’action est profondément différente,\nles personnages sont nouveaux. Mais je devine qu’on m’ob­\njecte, avec raison d’ailleurs, qu’ici le décor même, compris\ndans son sens le plus large, est le sujet réel. Camille Lemon­\nnier imite Emile Z ola, parce qu’il a peint,comme lui, les hor­\nreurs de la bourgeoisie. S’il en est ainsi, il faut donc que\n\n\n                                           I\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "206                                             la Wallonie.\n\n\n\njamais un artiste ne regarde, même avec d’autres y eux, ce\nqu’un autre a pu regarder avant lui. Désormais tout décor,\ntout paysage, toute société humaine, appartiennent, par\ndroit de premier occupant, à qui en fit d’abord le prétexte\nd’une œuvre. Les ouvriers sont à Constantin Meunier, les\npaysans à Millet, les petites filles à Kate Greenaway ; les\nbœufs sont la propriété privée de celui-ci, les chiens de\ncelui-là, et les chevaux de cet autre : nul n’a le droit de\npeindre les forêts depuis Corot, ni les amples paysages\ndepuis Claude Lorrain, et Botticelli plagiait Giotto puisqu’il\ntraita comme lui des sujets religieux, comme Henry de\nGroux plagie encore impudemment les plus anciens peintres\nde batailles.\n  Franchement, cela est ridicule, et l’on devra bien convenir\nque l’imitation consiste non pas dans l’identité du paysage\nreproduit, mais dans la manière dont il fut reproduit ; non\npas dans l’identité des sociétés humaines observées, mais\ndans la manière dont elles furent évoquées par l’œuvre, —\nsinon, encore une fois, Balzac plagia Furetière et Zola plagia\nFlaubert, qui avait lui-même plagié Balzac.\n   Quant à la manière d’art, il y a une si évidente différence\nentre Zola et Lemonnier, qu’il serait inutile de continuer ce\nparallèle, s’il n’éclairait en même temps l’œuvre dont je\nveux parler.\n  Car c’est précisément par la manière d’art que la Fin des\nBourgeois rachète pour nous Pot-Bouille. Dans le livre de\nZola, on trouve la laideur sur le vif, telle qu’elle est, je le\nveux bien, mais aussi telle que nous pourrions la voir sans\nle secours d’un artiste en nous introduisant dans les cuisines\net en interrogeant les bonnes. Ce reportage rappelle trop les\ndépositions ignobles des filles et des valets de chambre dans\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "  les Livres.                                              207\n\n\n\nun procès en divorce, et le livre lui-même ne paraît pas avoir\nd’autre signification que celle-ci : nous épargner l ’ennui des\nétages à monter pour faire causer les gens de l’office, et\nmoyennant la somme modeste de deux francs et soixante-\nquinze centimes, forcer pour nous la porte des salles où l’on\njuge à huis-clos. La spéculation est excellente, mais elle\nporte la tare même de ce nom; le livre pue comme les éviers\nqu’il décrit, et il est laid comme toutes les laideurs qu'il\névoque. On peut parler longuement, et avec cent détails, de\ndégoûtantes choses : un poète en fera une œuvre d’art, un\nrédacteur de volumes à succès en fera une infamie. Baude­\nlaire décrit la charogne, mais sa bouche qui s’abreuve d’air\nvierge n’émettra de parole qu’en strophes splendides : son\nverbe multiplie sa beauté de toute la hauteur dont il domine\nle sujet. Emile Zola, au contraire, s’adapte un peu trop aisé­\nment aux milieux répugnants où il manœuvre ; il n’est pas\nplus haut que la moyenne de ses personnages, et vraiment il\nparaît s’ accommoder à merveille de cette abjecte cour dont il\nfait son quartier général. — Constantin Meunier sculpte de\ngrossiers mineurs, avec une vérité qu’on a souvent louée, —\net pourtant sous sa main ils ont, par dessus leurs caractères\npropres, ce quelque chose de surnaturel et de saisissant qu’on\npourrait appeler la noblesse de l'Art, celle que l’Art donne à\ntout ce qu’il touche. Cette noblesse de l’Art, Emile Zola ne\nla connaît pas et ne la connaîtra jamais : il reste au niveau\nde tout ce qu’il a vu, et les saletés de ses livres nous appa­\nraissent de la sorte précisément parce qu’il les vit ainsi.\n   Au contraire, Camille Lemonnier est constamment\nsupérieur aux personnages qu’il agite. Aussi les pages les\nplus crûment hardies perdent-elles presque toujours, en son\nœuvre, toute apparence abjecte, pour revêtir l’aspect de\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "208                                                    la Wallonie.\n\n\n\nchoses nécessaires, éloignées de nous et non destructrices de\nla Beauté (*).\n  C’est que, s’il patauge trop fréquemment dans le quotidien\nréel, Camille Lemonnier peut élever la tête pour écouter\npasser le vent de la légende. Caché sous un extérieur\nfruste, il y a en lui un poète (plutôt large que fin, il est vrai,\net trop épris d’éloquence), et cela nous vaut, dans la Fin des\nBourgeois, le magnifiqué récit de la découverte de l’or noir,\noù se dresse, en lignes de métal, la stature des premiers\nJean-Chrétien; ou encore la terrible entrevue, lorsque le\ndernier et chétif descendant de la famille enrichie rencontre\nau fond des grottes du travail son misérable homonyme\nqui l’embrasse comme un frère et confronte avec lui l’image\nvivante de l’ancêtre. Enfin cela nous vaut ce poème d’une\nrace, — milieu réel du livre, qui remplace avantageusement,\nn’est-ce pas, la cour nauséabonde de Pot-Bouille, — non plus\nune race tellement insolite et étrangère à elle-même, qu’elle\ndisparaît absolument pour le lecteur et qu’il faut en retracer\nla généalogie en un tableau graphique!! (**) mais une race\nqui a la vie de l’œuvre, où les générations portent les traces\nlisibles du temps où elles vécurent, et qui nous fait penser, à\ntravers le présent, à ceux-là dont nous venons et au but que\nnous portons en nous. C’est ici que Camille Lemonnier est le\nplus personnel ; cette préoccupation de la race se retrouve\nen plusieurs de ses livres, et c ’est même, je crois, la seule\nidée non immédiatement relative à laquelle il ait appuyé son\n\n\n   (*) Exception faite pour Madame Lupart, dont on peut dire tout ce que je\ndis ici des livres de Zola.\n   (**) La lignée des Rougon-Macquart n'a donc plus d'existence selon\nl'art. On s’en doutait un peu aussi, à cause de son néant plastique.\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "  les Livres.                                              209\n\n\n\nœuvre. Cependant, et sous les réserves précédentes, on peut\nici avec plus de raison rapprocher les deux romanciers et il\nfaut admettre qu’avant la Fin des Bourgeois d’autres œuvres\navaient retracé l’histoire d’une famille. Mais ce fut aussi\navant les Rougon-Macquart si, comme je le crois, la Légende\ngrecque et la Légende française, la race d’Atrée et celle de\nGarin de Monglane, sont antérieures à l’école de Médan.\n  Ou n’attend pas l’énumération des si nombreux person­\nnages de la Fin des Bourgeois, j ’imagine. Plusieurs d’entre\neux seraient à analyser, entre autres la bisaïeule, la rigide\nfemme d’autrefois, et ce type du jeune E u d ox e, avocat\nambitieux, talenteux presque, et médiocre aussi. La figure\nde Régnier, avorton méchant et malin, mais dont l’âme est\namèrement grande, frappe dès l’abord et, s’il ne déclamait\nparfois longuement, on admirerait les acides prophéties de\nmalheur qu’il chante sur la race dont il est lui-même issu.\nEnfin, Simone est une chaste et vicieuse fillette que j ’adore;\nsa perversité, moins indiquée que devinée au long des pages,\nest inconsciente délicieusement; elle côtoie la folie ou\nl ’instinct, on ne sait, et je présume qu’elle lutte avec son\ninnocence comme les années contre ce sexe d’éternelle\nenfant, mais ce sont là des mystères impalpables comme il\nen neige autour de la pensée.\n\n\n\n  Peut-être pourrons-nous, à présent, terminer le parallèle si\nlongtemps déduit en cet article. Emile Zola est naturaliste ;\nil se conforme donc aux règles d'une esthétique qui n’est\npoint celle de Camille Lemonnier. De plus, il édifie en géné­\nral son livre sur une idée particulière symbolisée par un\nobjet (l’alambic de l'Assommoir, la cour de Pot-Bouille), et\n                                                   15\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "210                                               la Wallonie.\n\n\n\nl’éclaire d’un ensemble énorme de documents empruntés à\nla nature ambiante. Camille Lemonnier étudie la nature\nlui aussi, mais elle apparaît chez lui plutôt comme un sou­\nvenir vivant que comme la chose présente et il lui demande\nsurtout quelques impressions énergiques qui soient le point\nde départ de son œuvre. Aussi la vie apparaît-elle chez lui\nmoins immédiate que chez Zola, mais le temps du trompe-\nl’œil est passé, semble-t-il, et si, d’ordinaire, ses livres ne\ncrèvent pas les yeux comme les Rougon-Macquart, cette vie\ndans le demi-lointain n’est-elle pas plus amie de l’art et sans\ndoute aussi plus authentique? — Bien plus, je reprocherai\nmême à Camille Lemonnier d’exagérer encore les vigueurs\nde ses premiers plans et d’aggraver ce défaut, en quelques-\nuns de ces livres, par une forme aux richesses vraiment trop\napparentes, où les lignes se compliquent parmi de violentes\ncouleurs à travers lesquelles on ne voit pas assez. La langue\nde Zola est vulgaire et sans éclat, mais, outre qu’elle ne\nmanque point d’une certaine force qu’on pourrait appeler\nanonyme, elle a au moins les qualités de ses vices. Point\nartiste comme celle de Camille Lemonnier, cette bonne\ngrosse prose de journaliste n’arrête pas le regard et, comme\nle faisait observer un soir Stéphane Mallarmé, son grand\nmérite est de presque disparaître pour mieux éclairer ce\nqu’elle décrit.\n  On dirait qu’en cherchant l’expression de sa dernière\nœuvre, Camille Lemonnier a senti les défauts de la phrase\ntrop colorée ; adaptant mieux ici l’aspect extérieur à l’idée\nqu’il contient, il a repris, en quelque manière, l ’écriture sobre\net ample, si virilement personnelle, dont il revêtit toujours\nses récits de la Terre ou de la Légende. L e livre apparaît plus\ngrand dans une forme aux lignes plus simples et l’impression\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "   les Livres.                                                211\n\n\n\njaillit plus tragique en une prose plus architecturalement nue.\n   Mais l’ensemble n’a pas encore l'ordonnance de l ’œuvre\nd’art harmonieuse, comme la phrase fait encore désirer cette\nélégante aisance de la véritable prose française.\n   La Fin des Bourgeois a maintes pages belles comme le\nM âle, comme le Mort, ou comme la Genèse et, par la vaste\ncomplexité de cette histoire d’une race, elle serait môme\nplus large et plus haute, si le dramatique poète du Mâle et\ndu M ort n’avait à vaincre ici, malgré tout, l’hostilité d’un\nsujet qui forcément donne vie à certaines figures aussi\nmédiocres que réelles. Mais leur présence n’interdit point\nau livre la grandeur, car il tient de l’épopée et ce récit de\nl’élévation et de la chute d’une famille est la nécessaire\nimage de la vie même de cette Bourgeoisie, sortie puissante\nde l’obscurité .avec un vêtement d’or, mais destinée à la\nprompte décadence que n’arrêteront pas ses mains mala­\ndroites de parvenue. L e charbonnage dont la famille\nRassenfosse tire sa richesse, est bien celui-là même où toute\nla bourgeoisie a puisé son éphémère force : le romancier\nl’appelle Misère et l’éloquence allégorique de ce nom est\nsignificative.\n  Cela, qui peut prévaloir en nos esprits sans le plus mince\nplaidoyer, n’est pas une thèse, comme on l’a dit un peu trop\nvite : c’est une simple allusion à l’évidence et l’auteur y a\nseulement cherché un grandissement soudain de son sujet\npar tout ce qu’il nous suggère. C’est donc l’histoire de\nquelques-uns qui nous reporte, par analogie directe, à l’histoire\nd’une nombreuse collection humaine; mais il faut regretter\nqu’elle ne nous reporte pas plutôt à l’histoire de l ’ Homme\nmême. Il y a, entre ces deux méthodes d’art, toute la distance\nd’une collection à un universal ; et la conséquence est directe :\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "212                                           la Wallonie.\n\n\n\nmême élargi jusqu’aux limites d’une période de notre histoire\nsociale, le livre parlera pour tous une langue étrangère\nlorsqu’aura disparu l’époque d’où il jaillit et à laquelle il\ns’adressait, au lieu qu’une œuvre absolue de poète, où un\nhomme suscite d’après lui-même ce qu’il y a de constant dans\nl’Homme, trouvera jusqu’au fond de la durée des êtres tou­\njours contemporains de ses plus secrètes confidences.\n\n                                      A l b e r t MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Dernières publications de nos Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Dernières publications de nos Collaborateurs : H ector Ch a în a y e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "Dernières publications de nos Collaborateurs :\n\nH ector Ch a în a y e . . . .              l’Ame des choses.\nA c h il l e D e l a r o c h e .   .   .   Aénor (à paraître prochainement).\nJ e a n D e l vi l l e .....................Horizons hantés.\nCÉLESTIN D e m b l o n         . . .       le Roitelet.\nA r t h u r D upont      . . . .            L'Envol des Rêves.\nM a x E l s k a m p ..................... Dominical.\nA ndré Gi d e .......................... Le traité du Narcisse.\nA n d r é F o n t a in a s . . . .          Les Vergers illusoires.\nA.-F. H éro ld ..........................la Joie de Maguelonne.\nGustave Ka h n ..................... Chansons d'Amant.\nB ernard L a zare . . . .                  le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier . . .                  La fin des Bourgeois.\nCharles V a n L erberghe . les Flaireurs.\nGrégoire L e R o y . . . .               mon Cœur pleure d'autrefois.\nPierre L o u y s ..................... Astartê.\nM aurice M aeterlinck . . Pelléas et Mélisande.\nStéphane M allarm é . . Pages.\nStuart Merrill . . . .               les Fastes.\nAlbert M ockel.....................Chantefable un peu native.\nJe an M oréas ..........................le Pèlerin passionné.\nGabriel M ourey . . . .                     Flammes mortes.\nP ie rr e -M. Ol i n .....................Légendes puériles.\nPierre Quillard . . . .                     la Gloire du Verbe.\nH en ri de R égnier . . . Tel qu'en songe.\nA dolphe R etté     . . . .                Thulé des Brumes.\nA lbert Sa in t -PAUL . . .                Pétales de nacre.\nF e r NAND Severin . . . .                 le Don d'Enfance.\nÉ m ile V erh aere n . . . .               les Apparus dans mes Chemine.\nF rancis V ielé -G ri ffin . .             les Cygnes.\nG aston V yt t a l l . . . .               Vers la Mort.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e & DERNIÈRE ANNÉE,Nos VII et VIII.", "ancre_fin": "et 6, rue Boccador, Paris, ABONNEMENT : 5 fr. par an. 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Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-07-n7-8-206", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : Stuart M errill", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 545, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "SOMMAIRE :\n\n\nStuart M errill .....................Petits Poèmes d’Automne.\nD e lc h e v a le r ie .....................Little Sketches.\nVerhaeren ............................... L a Ville.\nFrançois Coulon . . . .                              Euryalthès.\nTristan K lingsor . . . .                            Celui de la Légende chante.\nO l i n ..........................................L a Forêt en feu.\nDupont                       .....................L e Hibou.\nH. de R .....................................Chronique littéraire.\nM o c k e l .....................................A lbert Giraud, poète.\n                                   Les livres.\n\n\n\n\n                        Ce numéro un franc.\n\n                                  des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 180, "texte": "L A   W A L L O N I E\n\n\n\n\n             Juillet-Août 1892\n              DERNIÈRE ANNÉE.\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "Floréal, rue St-Remy, 22, L iége,\nla Revue blanche, 74, rue de l’Ouest, L iége et\n                      19, rue des Martyrs, Paris.\nl ’Art moderne, 34, rue de l ’Industrie, Bruxelles.\nLa Société Nouvelle, 32, rue de l’Industrie, Bruxelles,\nla Jeune Belgique, 64, rue Potagère, Bruxelles.\nLa Revue belge, place de la Station, 10, Louvain.\nLe Réveil littéraire, 71, rue de Flandre, Gand.\nLe Mouvement littéraire, 13, rue des Minimes, Bruxelles.\nLa libre critique, rue Souveraine, 37, Bruxelles.\nLe Mercure de France, 15, r. de l’Echaudé St-Germain, Paris.\nLa Conque, 49, rue Vineuse, Paris.\nLes Entretiens politiques et littéraires, 11, chaussée\n    d’Antin, Paris.\nE ssais d’Art libre, 8, rue Jacquier, Paris.\nL’Ermitage, 5, rue Gay Lussac, Paris.\nLa Plume, 39, boulevard Arago, Paris.\nEcrits pour l’Art, 11bis, rue Laureston, Paris.\nl’Etoile, à Avignon (Vaucluse).\nL’Endehors, 12, rue Bochard de Saron, Paris.\nLa Revue de l’Évolution, 24, rue Chauchat, Paris.\nLa Revue dArt et de Littérature, 116, boulevard du\n    Montparnasse, Paris.\nLe Saint Graal, 7, rue de l’Abbé-de-l’Epée, Paris.\nPsyché, 29, rue de Trévise, Paris.\nl’Idée libre, 28, rue des Ecoles, Paris.\nMascarille, 11, rue Beaujolais, Paris.\nRevue indépendante, 12, rue des Pyramides, Paris.\nLe Chat Huant, impasse Ste-Catherine, Bordeaux.\nLe Sillon, 9, rue Lhomond, Paris.\nLa Syrinx, rue Lacépède, 25, Aix-en-Provence.\nChimère, 52, Cours Gambetta, Montpellier.\nLa Croisade, 16, rue de Mexico, le Havre.\nLa Revue Méridionale, Carcassonne.\nSimple Revue, 41, boulevard Haussmann, Paris.\nLe Bluet, 17, rue Croix-des-Petits-Champs, Paris.\nRevue Jeune, 51, rue Monsieur le Prince, Paris.\n\n\n              A paraître prochainement\n         FROM                      HOME\n                 par Auguste V I E R S E T\n     En souscription chez l ’auteur, à St-Hubert (Belgique)\n                           8 Francs.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "PETITS POÈMES D’AUTOMNE.\n\n\n             DÉDICACE.\n\n\n                          A Alexandre Tausserat.\n\n\n\n\n  Au bord de la lointaine grève\n  Où nous conduisit la Chimère,\n  Puisez dans la coupe du rêve,\n  O mes frères, cette onde amère.\n\n  En l’azur du soir les sirènes\n  Nous chanteront, surnaturelles,\n  L'histoire des rois et des reines\n  Qui moururent d'amour pour elles.\n\n  Oubliez le casque et l'épée\n  Dont la cime et la lame en flamme\n  Tonnèrent dans mainte épopée,\n  Vainement, pour l'Or et la Femme.\n\n  C'est ici le pays du rêve :\n  Abreuvez-vous de l'onde amère,\n  O frères, au bord de la grève\n  Où nous conduisit la Chimère.\n                                         12\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "162                                       la Wallonie.\n\n\n\n                     DESESPOIR.\n\n      L'étendard que mon 'bras de rebelle\n      Déroula sur les terres du rêve,\n      Tremble aux tours du palais de la Belle\n      Pour que son peuple en rie. Et le glaive\n\n      Que trempa dans le sang des chimères\n      Quelque héros aïeul de ma race,\n      S’est brisé dans mes mains éphémères\n      Contre l'Ange à la rouge cuirasse.\n\n      Prince de si triste renommée,\n      Me voici, revenu des désastres,\n      Sur la route où jadis mon armée\n      Chevauchait en chantant vers les astres.\n\n      Nul, hélas! n'enguirlande de roses\n      Cette lance où miroite la lune.\n      A h ! les jours de retour sont moroses\n      Aux maudits de la male fortune!\n\n      La douce diseuse d'aventure\n      Qui pleura sur le seuil de sa porte\n      Quand je lus dans l'occulte écriture,\n      Je sais par les signes qu'elle est morte.\n\n      Et mon âme qui d'amour tressaille\n      Revoie vers la terre du rêve,\n      Où vaincu, dans l'ultime bataille\n      Je perdis l'Etendard et le Glaive.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "petits Poèmes d'Automne.                          163\n\n\n                           MORT.\n\n       Je suis mort cm bord de la grève\n          D ’un pays dont je fus roi;\n       L as moi! qu’ai-je trompé le rêve\n          Des blancs guerriers de la foi ?\n\n        Leurs trompettes d’or dans l’automne\n          Tonnent, et leurs cris de deuil\n        Vibrent dans le vent monotone\n          Qui souffle sur mon cercueil.\n\n       Dans ma main se rouille l’épée.\n         Qui flamba sur maints combats\n       Quand les chantres de l’épopée\n        Suivaient l’éclair de mes pas.\n                 »\n        Tout est fini. La Renommée\n          Ne sacrera plus ce front\n        Des fraîches palmes d’I dumée\n          Qui sauvent de tout affront.\n\n        Et les vierges qui par les routes\n          Semaient sous mon char des lys,\n        Je crois qu’elles vont s’enfuir, toutes\n          Riant des jours de jadis.\n\n        Pourquoi pleurer les infidèles\n          En mon éternel sommeil?\n        Je sais que quand les hirondelles\n          Voleront vers le soleil,\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "164                                      la Wallonie.\n\n\n\n      Tu viendras, ô reine de rêve,\n        De l'hiver des mers du Nord,\n      Ravir mon âme vers la grève\n        Où tout souvenir s'endort.\n\n                      NÉANT.\n\n      Les sept fontaines sont taries\n      Qui jaillissaient dans la grand’place\n      De la ville où la populace\n        Accourait rire aux féeries.\n      Sur le pcdais dont les cent porches\n      Ne s'ouvriront plus à l’attente,\n      Tombe la nuit épouvantante,\n        Lourdement, sans bruit ni torches.\n\n      La danse est dansée aux terrasses\n      Où ne vibreront plus les cordes :\n      Le Conquérant, avec ses hordes,\n        A passé, fuyant ses traces.\n\n      Seule parmi les fleurs fanées,\n      Celle qui survit à la vie\n      File en chantant à voix ravie\n        Le lin rouge des années.\n      Là-bas la route des désastres\n      Monte vers la montagne sombre\n      Où la Fileuse entend, dans l'ombre,\n        Tonner la chute des astres.\n                               Stuart M E R R IL L.\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "            LITTLE SKETCHES.\n\n                         X X III.\n\n   Le fleuve s’étale, large et courbe, et son onde a le\nbleu glacé d’un glaive dans les ténèbres. La nuit n’a\nde clarté que ce miroir sombre et la brumeuse\nlumière d’un ciel d’étoiles transies.\n   L ’eau coule muette, au long d’une rive où se\nmassent de profonds feuillages, et certes une silen­\ncieuse fête de fantômes noirs s’y échevèle par les\nhalliers. Une pâle verrière confusément se décèle\nentre les branches, château magique où sous les\nvitraux blêmes la mort d’une Princesse est figée.\n   Par dessus les cimes, un voile s’étire de noires\nnues laineuses, pour la royauté folle d’une sanglante\nLune éraflée, face d’orgie et de meurtre et son tra­\ngique masque aviné dont trône la démence au front\ndu site. Elle vogue par l’hystérique effroi des choses,\nelle vogue et distille par les airs sa nénie, et, tombée\nvers le gibet des peupliers qui somment la noirceur\ndu bois de leur haine plus haute, la voici soudain\nbranchée aux rameaux noirs, et son sang lourd\ns’égoutte parmi les feuillées pour qu’un poison plus\nriche soit aux corolles du matin proche.\n\n                    C h a r le s   DELCHEVALERIE.\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "                  LA VILLE.\n\n\n\n\nTous les chemins vont vers la ville.\n\nMontueuse de brume,\nLà-bas, avec ses étages\nEn voyage vers des étages,\nComme d’un rêve, elle s’exhume.\n\nLà-bas\nCe sont des ponts tressés de fer\nComme des bonds à travers l’air;\nCe sont des blocs de colonnes\nEn faces rouges de gorgonnes;\nCe sont des tours sur des faubourgs\nCe sont des toits et des pignons\nEn vols pliés sur les maisons.\n\nC’est la ville tentaculaire,\nLa pieuvre ardente et l’ossuaire\nDebout\nAu bout des plaines\nEt des domaines.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "  la Ville.                                          167\n\n\n\nDes luminaires météoriques\nSur des poteaux et des grands mâts,\nMême à midi, brûlent encor\nComme des œufs monstrueux d’or;\nLe soleil clair ne se voit pas :\nBouche qu'il est de lumière fermée\nPar le charbon et la fumée.\n\nUn fleuve de mercure et de poix\nBat les moles de pierre et les pontons de bois;\nLes sifflets crus des navires qui passent\nHurlent la peur dans le brouillard :\nUn signal rouge est leur regard\nVers l’océan et les espaces.\n\nDes quais sonnent aux entrechocs de leurs fourgons,\nDes tomberaux grincent comme des gonds,\nDes madriers de fer lèvent des cubes d’ombre\nEt les glissent soudain en des sous-sols de feu;\nDe? ponts s’ouvrant par le milieu,\nEntre les mâts touffus dressent un gibet sombre\nEt des lettres de cuivre inscrivent l’univers,\nImmensément, par à travers\nLes toits, les boutiques et les murailles,\nFace à face, comme en bataille.\n\nPar au-dessus, passent les cabs, filent les roues,\nRoulent les trains, vole l'effort,\nJusqu'aux gares, dressant, telles des proues\nImmobiles, de mille en mille, leur fronton d ’or.\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "168                                     la Wallonie.\n\n\n\nLes rails raméfiés rampent sous terre\nEn leurs tunnels et leurs cratères\nPour s'orager en réseaux clairs d’éclairs\nDans le vacarme et la poussière.\n\nC 'est la ville tentaculaire.\n\nLa rue et ses remous comme des câbles\nNoués autour des monuments\nFuit et revient en longs enlacements,\nEt ses foules inextricables\nLes mains folles, les pas fiévreux,\nLa haine aux yeux,\nHappent des dents le temps qui les devance.\nA l’aube, au soir, la nuit,\nDans le tumulte et la querelle, ou dans l'ennui,\nElles jettent vers le hasard l'âpre semence\nDe leur labeur que l'heure emporte.\n\nEt les comptoirs mornes et noirs\nEt les bureaux louches et faux\nEt les banques     battent des portes\nAux coups de vent de leur démence.\nDehors, une lumière ouatée,\nTrouble et rouge, comme un haillon qui brûle,\nDe réverbère en réverbère se recule.\nLa vie, avec des flots d'alcool est fermentée.\nLes bars ouvrent sur les trottoirs\nLeurs tabernacles de miroirs\nOh se mirent l'ivresse et la bataille;\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "  la Ville.                                        169\n\n\n\nUne aveugle s'appuie à la muraille\nEt vend de la lumière en des boîtes d'un sou;\nLa débauche et la faim s'accouplent en leur trou\nEt le choc noir des détresses charnelles\nDanse et bondit à mort dans les ruelles.\n\nEt coup sur coup, le rut grandit encore\nEt la rage devient tempête :\nOn s'écrase sans se voir, en quête\nDu plaisir d'or et de phosphore-,\nD es femmes s'avancent, pâles idoles,\nAvec, en leurs cheveux, les sexuels symboles.\nL'atmosphère fuligineuse et rousse\nParfois vers le soleil recule et se retrousse\nEt c'est alors comme un grand cri jeté\nD u tumulte total vers la clarté :\nPlaces, hôtels, maisons, marchés,\nRonflent et s'enflamment si fort de violence\nQue les mourants cherchent en vain le moment de silence\nQu'il faut aux morts pour s'en aller.\n\nTel, le jour — pourtant, lorsque les soirs\nSculptent le firmament de leurs marteaux d'ébène,\nLa ville au loin s'étale et domine la plaine\nComme un nocturne et colossal espoir-,\nElle surgit : désir, splendeur, hantise ;\nSa clarté se projette en miroir jusqu'aux deux,\nSon gaz myriadaire en buisson d'or s'attise,\nSes rails sont des chemins audacieux\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "170                                       la Wallonie.\n\n\n\nVers le bonheur fallacieux\nQue la fortune et la force accompagnent ;\nSes murs s’enflent pareils à une armée\nEt ce qui vient d’elle encore de brume et de fumée\nArrive en appels clairs vers les campagnes.\n\nC’est la ville tentaculaire,\nLa pieuvre ardente et l’ossuaire\nEt la carcasse solennelle.\n\nEt les chemins d'ici s'en vont, à l'infini,\nVers elle.\n\n                             E m i l e VERHAEREN.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                 E U R Y A L THÉS\n\n\n              DRAM E   EN   TROIS   AC TE S.\n\n\n\n\n                        Prélude.\n\n\n\n   L ’arrière d’un Vaisseau dont les voiles se gonflent\nau vent de la nuit; dans l’azur argenté s’effile le\ncroissant clair de la lune ; sa lumière baigne le Navire\nd’une clarté surnaturelle ; la Mer devinée enveloppe\nles choses de sa sérénité bienveillante; de toutes\nparts l’Ombre impérieuse et funeste s’efface devant\nl’astre aux regards paisibles et charmeurs. A l’Orient\ns’éveille une Aube peureuse et frissonnante qui\nenvahit lentement le ciel virginal à peine verdi par\nles lueurs premières. Les personnages sont vêtus de\nchlamydes liliales et lumineuses. Ils ont des atti­\ntudes sculpturales et majestueuses, des gestes rares\net grands. — Quelques matelots reposent çà et là.\nLe pilote est debout auprès du gouvernail. La voix\nlointaine et vague d’un matelot perdu dans les\nvergues s’élève et trouble à peine le silence religieux.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "172                                           la Wallonie.\n\n\n\n                      Une voix.\n\n\n      L ’Aube virginale se penche\n      Dans un flot de lumière blanche\n      Vaporeuse et frôlant la nuit\n      De la vague frileuse où luit\n      Sur les ombres atténuées\n      Son reflet confus; les nuées\n      Violant l’azur argenté\n      Ne froissent pas la pureté\n      Mystérieuse des étoiles.\n      Chœur folâtre des claires voiles\n      Qui frissonnez aux souffles frais,\n      Les vents furieux des Forêts\n      Epargnent vos plis diaphanes !\n      Moire attendrie et qui se fane,\n      La lune flotte au ciel serein.\n      Vogue le Vaisseau, souverain\n      Des flots neigeux! le matin pleure\n      Ses perles humides qu’effleure\n      La froide pâleur du levant\n      Où point un fleuve d’or mouvant,\n      L ’oubli divin des tristes grèves\n      Palpite dans le vol des Rêves;\n      La Mer pâmée en sanglots lourds\n      Berce ses vagues de velours ;\n      Elle dort, à peine irisée,\n      Et sa voix s’étouffe, apaisée.....\n\n\n\n                                  [Le son meurt.\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "Euryalthès.                                                   173\n\n\n\n                La voix (plus distincte).\n\n         Silence ému des blonds matins !\n         Calme pieux où baignent les lointains !\n         Lys entr’ouverts aux floraisons nocturnes,\n\n                           (La voix se rapproche et grandit.)\n\n         Versez de vos éblouissantes urnes\n         L e repos, les religieux espoirs !\n         Loin de la terre aride et des récifs noirs\n\n                             La voix éclate victorieusement\n                             Le matelot bondit sur le pont,\n\n         Dans la splendeur des solitudes radieuses\n         Guidez-nous sur les eaux miséricordieuses !\n\n\n                                    F r a n ç o i s CO U L O N .\n\n\n\n\n                                               J\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "   C e lu i de l a L é g e n d e        chante          :\n\n\n\n\nPauvre Dame d'Amour aux pâles doigts,\n    trame une simarre magique à mes pensées,\n    pauvre Dame d'Amour aux frêles mains bercées\n    par l'étrange rouet des Autrefois.\n\n\nLes hiers sont trop doux par la légende;\n     Il pleut des remords et des étoiles sur ce soir.\n\n\nE t voici qu’est venue, sans qu'on l’entende,\n    la Morte fantômale au Manoir,\n    la Morte aux gestes troublants de légende :\n         pauvre Dame d’Amour aux pâles doigts,\n    elle t'a regardé si pensive, la Trépassée,\n    pauvre Dame d'Amour aux frêles mains bercées\n    par l'étrange rouet des Autrefois,\n    connais-tu pas la Trépassée ? —\n\n\nC’est mon Ame qui s'en revient de là-bas,\n    par la route lunaire des M ortes;\n    C'est mon Ame qui heurte à la porte\n    du Soir, et qui t'implore, l'implore tout bas.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "Celui de la Légende chante.                               175\n\n\n\n  Car l'hier est trop doux en la Trêve;\n      car la Triste est malade de rêve :\n           pauvre Dame d’Amour aux frêles mains bercées\n      par l’étrange rouet des Autrefois,\n      tisse un linceul fleurdelisé de tes pâles doigts,\n      un linceul magique à la pauvre Ame Trépassée,\n          pauvre Dame d’Amour aux pâles doigts.\n\n\n                          T r is t a n K L IN G S O R .\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "               UNE FO R Ê T EN FEU.\n\nJette d’un grand éclat l’ insolite mystère.\n\n                  St é p h a n e M a l l a r m é .\n\n\n\n\n  Je contemplais celle que j ’ai conquise et voyant\nsoucieux son sublime visage, je lui demandai la\ncause de sa peine : “ O mon amant, je songe à celui\nque pour toi j ’ai quitté, et qui, là-bas, meurt de mon\noubli. Je voudrais le revoir et resonger mon amour\nancien afin de contempler l’immensité de mon\namour pour toi ! „\n  A travers d’admirables vallées et vers un ardu\nsommet diadêmé d’une immémoriale forêt, j ’accom­\npagne celle que j ’avais conquise. Et nous allions\nsous les futaies sacrées vers la haute demeure du\ntrahi.\n   Il vivait dans le calme et la solitude de la sécu­\nlaire forêt qui enveloppait son farouche manoir en\nruines, et nous le vîmes, et il sourit sans amertume\nquand il reconnut la transfuge.\n   “ Vas en paix, chère, car j ’ai endormi mon cœur -\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "  une Forêt en Feu.                                    177\n\n\n\npar l’amour de la vieille forêt, ses arbres m’ont con­\nsolé, et je jouis d’une sérénité désormais inaltérable.\nJe me suis créé une maîtresse qui ne m’abandonnera\nplus, et qui m’enveloppe de son éternelle caresse.\nNe viens plus interposer ta réalité entre Elle et\nmoi! „\n   Elle s’en alla, le front plissé d’une amère colère et\nses yeux jetaient un grand éclat d’insolite mystère.\n   Alors elle mit le feu aux plus grands arbres et\ntandis que la verte couronne se dorait d’immenses\nflammes : “ Je ne veux pas, proféra-t-Elle, que rien\nconsole de moi. „\n   Or, elle ignorait que c’était son souvenir à elle qui\nvivifiait l’ancestrale forêt et que celle-ci morte,\nc’était bien elle-même qu’elle venait de tuer dans\nle cœur du solitaire.\n\n                              P ie r r e -M . OLIN.\n\n\n\n\n                                                  15\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "               LES HIBOUX.\n\n\n\n\nPrès du manoir baigné de calme, et de douleurs,\nLes hiboux, attentifs, hululent dans le lierre,\nE t leurs cris sont rythmés par des soupçons de pleurs:\nLe lâche égouttement des gargouilles de pierre.\n\nTrois siècles ont vieilli sur les créneaux robustes\nDes donjons blessurés de boulets glorieux\nDans les murs lézardés ont grandi des arbustes\nE t les hiboux malins écarquiltent leurs yeux :\n\nCes grands yeux étonnés, veillant comme des cierges,\nSur un autodafé de héros ou de vierges\nAvec la fixité rigide des remords ;\n\nLeurs regards sont troublants —ainsi des regards d'anges ;\nLes hiboux du manoir ont des formes étranges :\nOn dirait les esprits des beaux châtelains morts....\n\n                               A r t h u r DUPONT.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "         CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n\n\nL e M i r o i r d e s L é g e n d e s , par Bernard L a z a r e . Lemerre.\n\n\n\n  M. Bernard Lazare appartient à cette catégorie d’écrivains\ndont les plus illustres furent diversement Chateaubriand,\nFlaubert et Villiers de l’Isle-Adam et qui ont pour signe\ncommun la recherche du Beau poétique, qui l ’expriment\npar la prose et par une prose particulière, d’une hybridité\nmagnifique due à un désaccord entre leur idée et la forme\npar laquelle elle se réalise, désaccord dont elle bénéficie.\n  L a prose de M. Bernard Lazare est fort haute et vit d’idées\nbelles et nobles. Son rythme est savant et varié, et sa langue,\nâpre à la fois et subtile, est d’une sonorité, d’une emphase\ngrandioses. Elle a de fortes vertus ; basée sur un choix de\nmots, à dessins brillants et pompeux, elle les enveloppe\nd’arabesques dont le tour solide, nette, svelte, les fait valoir\net les inculque profondément dans la mémoire. On sent\nconstammemt sous cette riche prose qui sait s’aggraver et se\nrésoudre la présence comme d’ un vers invisible et occulte\nqu’elle paraphrase et d’où elle tire sa vie robuste et saine.\nE lle a, en elle, comme une voix intérieure dont nous écoutons\nles multiples échos qui l’amplifient et la colportent sans\njamais nous révéler le secret.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "180                                                           la Wallonie.\n\n\n\n   Il faut lire les Légendes de M. Bernard Lazare, car si\nl’écorce en est brillante et colorée, la chair en est aussi\nsavoureuse quoique parfois amère. Ces récits brefs ou copieux\névoquent des choses lointaines, tragiques et farouches, des\nluxes opprimants ou cruels et le sens de leurs symboles est\nsouvent morne ou implacable.\n   Un constant idéalisme les rehausse et M. Lazare, nourri\nde bonne métaphysique et de pensée hautaine, y dénonce,par\nleurs allégories ou leurs , apologues, la vanité des apparences\net y préconise l’essence supérieure de l’Idée.\n   M. Lazare y est à la fois érudit et inventif, et ces légendes\noù vit l’âme des temps, sont ravivées par ce qu’il y a incorporé\nde sa pensée propre, et s’il en est parmi toutes qu’on puisse\npréférer : Le mot de l'Enigme, La L yre, l'Ineffable mensonge,\nla Rédemption d'Ahasvérus ou In Excelsis, il n’en est aucune\nqui ne soit d’un bon écrivain et d’un poète.\n\n                                         *\n                                     *       *\n\n  L e R y t h m e p o é t i q u e , p a r R o b e r t DE S o u z a , P errin .\n\n\n  M. de Souza publie un livre consciencieux, agréable et\nméthodique sur le Rythme. C’est un travail méritoire, patient\net qu’il a accompli de façon à en rendre la lecture profitable\nmême à qui n’adopterait pas certaines conclusions particu­\nlières de l’auteur. Mais le volume contient un grand\nnombre de vérités générales qu’il est bon de voir établies,\npour la première fois ou une fois de plus, et consignées en\nun lieu où les personnes qui n ’ont pas pu s’en faire la preuve\nles trouveront déduites en même temps que ceux qui y ont\nacquiescé par raisonnement ou les ont prévues par instinct\nauront plaisir à les y trouver ordonnées et clairement\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "   Chronique littéraire.                                               181\n\n\n\nexposées par le soin que prit M. de Souza de s’exprimer en\nla seule langue qui convienne à une étude de ce genre, une\nlangue logique, simple et strictement expressive.\n\n\n\n\nC o n t e s a l a R e i n e , par Robert DE B o n n i è r e s , Ollendorff.\n\n\n  Les attributions du vers français depuis près d’un siècle\nfont que nous n’en séparons plus l’idée de celle de lyrisme.\nIl s’y est presque identifié et au point que nous oublions qu’il\nétait susceptible d’emplois particuliers : celui de. conter par\nexemple; au contraire du didactisme dont le discrédit est\nmérité et irréparable, le narratif traditionnel tel que le\npratiquèrent La Fontaine et ses successeurs, a sa raison\nd’être et sa grâce particulière, et si cette forme a été délaissée,\nce fut sans raison d’ailleurs et simplement parce qu’il man­\nquait d’esprits ayant le goût d’en tirer parti et c’était comme\nun petit domaine d’une plaisance oubliée qui morfondait au\nfond des jardins en charmille et parmi ses allées désertes sa\nfaçade coquette. M. de Bonnières vient d’en ouvrir la porte,\nil a repoussé les persiennes et le jardin chante de tous ses jets\nd’eaux ravivés. Ses contes sont bons. Ils ont de la légèreté,\nde la poésie, de la malice, et parfois je ne sais quoi qui sent\nl’esprit fort et le libertin, et on lit avec agrément les récits\nde ce petit monde, tendre, minuscule et joli, d’autant plus\nque l’auteur, qui est bon écrivain, les narre d’une langue\nsuccincte, nuancée, agile et piquante qui a du tour et de\nbons tours. C’est un livre qui est ce qu’il veut être et cela\nchange des livres qui voudraient tant être ce qu’ils ne sont\npas.\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "18 2                                                             la Wallonie.\n\n\n\n                                        * *\n\n       L e s P o é s i e s d ’A n d r é W a l t e r . L ib ra ir ie d e l’A r t\n                                  In d ép en d a n t.\n\n   M. André Gide continue à nous donner la suite des\nouvrages d’André Walter. L ’an dernier, c’étaient ses Cahiers,\naujourd’hui ce sont ses Poésies. Ces publications volontaire­\nment et délicatement hypocrites ne sont point sans charme\net le subterfuge en est assez visible pour devenir agréable.\nCette série de pièces qui ont pour titre l'Itinéraire symbolique\ns’agence en chansons brèves, captieuses et nettes qui notent\nchacune un état d’esprit subtil et douloureux avec les concor­\ndances de paysages qui s’y adaptent moins qu’ils ne le\ndéterminent. Le paysage,comme dit l’auteur,est “ autoritaire „\nsi bien que l’âme indécise et nerveuse du poète en subit le\ndespotisme d’heure ou de sens. Il y a des poèmes charmants\nparmi ces vingt-et-une pièces toutes intéressautes, volontiers\nà la fois senties et raisonneuses, émues de toutes les tristesses\ndes automnes dans les bois, sur les landes et sur la mer,\nsensibles au craquement des branches, aux portes closes mal\nà propos, aux langueurs d’un crépuscule. Il y a en elles je ne\nsais quoi de grêle, d’écourté et de frileux et des attitudes de\nSonges mal revenus des confins du Silence qui balbutient et\ntrébuchent parmi les feuilles mortes et tressaillent longue­\nment et tristement tandis que, très loin, au fond de la forêt,\nscintillent, faibles et usées à travers les branches, les petites\nlampes, aux fenêtres de la maison de Solitude. L e style de\nces poèmes est exact et expressif. Il touche à la force, il a de\nla grâce ; son grand mérite est de se modeler à point sur le\n sujet et de s’y proportionner à merveille. C’est là une qualité\n d’écrivain, le poète en bénéficie et il exprime ce qu’il a senti\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "  Chronique littéraire.                                      183\n\n\n\nde façon qu’on le ressente à son tour en toute sa vivacité, sa\ntristesse et sa distinction.\n\n\n\nA s t a r t É, par Pierre LOUYS. Librairie de l’Art Indépendant.\n\n\n  Sous une couverture safranée et qu’orne, issue des moires\nd’une eau d’où émergent ses seins et ses bras croisés sur\nl’emblême d’un lys, une astartéenne et mélancolique Apparue,\ndessinée par Albert Besnard, ce sont vingt-cinq poèmes qui\npar des sujets divers font tous allusion au culte de la Beauté\net puisent dans ce sentiment la matière de leur idolâtrie\nqu’embellissent des vers sonores, langoureux et brillants. A\ncette préoccupation du Beau que signalent encore d’ingé­\nnieuses épigraphes s’allie bien une langue abondante et\nnerveuse. Le vocabulaire en est riche de mots rares et\nscintillants et le tour en est expert et net.\n   La phrase luit de coruscations brusques, se nuance et\ns’assoupit en douceurs mélodieuses :\n\n       E t le bois déjà noir jusqu’aux longs horizons\n       S’endort dans la fraîcheur plus sombre des 0ré es\n       A ux bras pernicieux et tristes de la Nuit.\n\n  Tous ces poèmes sont d’un haut goût plastique et musical.\nIls décèlent chez M. Pierre Louys, en même temps qu’un\ntalent dont ils sont la preuve, une science exacte et avisée\ndu vers traditionnel, avec un sens juste de ce qu’il doit être\net l’entente de l’appropriation de son emploi qui, s’il n’est pas\nobligatoire, n’en est pas moins dans certains cas logique et\nnaturel.\n  Quelques poèmes parmi ceux du volume sont écrits en vers\n\n\n\n\n       I\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "184                                              la Wallonie.\n\n\n\nlibres et y montrent une réussite peu commune et un tact\nsoucieux du rythme. Je citerai par exemple la pièce intitulée :\nGlaucé, qui est fort heureuse de composition et d’agencement.\nQuant à l’Alexandriniste, il est excellent en maints morceaux,\nquand ce ne serait que dans : Les Aigles, le Retour des Nefs,\nla Chute du Jour, et cette belle Astarté qui\n\n      Cambre au bord du thrône où rêve le Dauphin\n      Sa peau de lune froide et d’ air nocturne peinte.\n\n\n                                                    H. DE R.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "          A lbert       GIRAUD, P o è t e .\n\n\n\n  En un remarquable article dela Société Nouvelle, M. Albert\nGiraud exprimait récemment que la littérature belgique peut\nse prévaloir d’une véritable originalité d’inspiration, le livre\nétant chez nous un reflet particulier et double de la grande\nâme du Nord, soudain vivifié par une forme latine. Je ne\npense pas, comme M. Giraud, qu’il y ait des différences\nplus tangibles entre la littérature française pure et la litté­\nrature éclose en terre wallonne, qu’entre celle-ci et la litté­\nrature française des Flamands; bien au contraire, si comme\nla plupart des provinces françaises, la W allonie a conservé\ndes habitudes et des modes de sentir ou de penser qui lui\nsont propres, elle n’en est pas moins fille de la France. En\nFlandre, je perçois un courant anglo-saxon (Maeterlinck et\nVan Lerberghe), et je vois aussi des Flamands purs comme\nMM. Georges Eekhoudt et Eug. Demolder, mais ces deux\nbranches s’élèvent du tronc opulent d’ une même race bien\ncaractérisée, et l’on peut conclure à des différences fonda­\nmentales et natives entre la littérature française et les\nlettres latino-thioises. Cependant une exception m’arrête et\nM. Albert Giraud lui-même la fournit.\n  Malgré sa race — on sait, en effet, que M. Giraud est\nFlamand et que sa signature est pseudonyme, — il est en\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "186                                             la Wallonie.\n\n\n\nart un latin, un Français, et pour s’en convaincre il suffirait\nde lire quelques-uns de ses articles de critique — parfois\ninjustes mais toujours fermes de pens ée et d’écriture — ou\nles deux livres de vers que M. Lacomblez édita récemment\ncoup sur coup.\n   Chez lui, si l’on étudie ses dernières œuvres qui sont aussi\nles plus définitives, ce qu’on pourrait appeler la matière de la\nPoésie, — j ’entends les milieux évoqués, les images et\nl’allure générale des sujets, — tout cela n’apparaît certes\npoint du Nord. On croirait même y lire le souci constant de\nne point quitter les milieux les plus strictement latins, et\nlorsqu’on parcourt ses plus récents écrits, les Dernières Fêtes\net les pièces parues de Sous les Valois, on s’imagine trans­\nporté dans un précieux musée où florirait seulement la\nRenaissance française et italienne.\n  Et puis, M. Albert Giraud est, peut-être, le seul Flamand\nqui sache écrire en prose française. Surtout lorsqu’elle évite\nla plaisanterie, sa phrase a une finesse de toucher très appré­\nciée, et cette allure libre qui n’appartient pas aux étrangers.\nJe suis peiné, à cause de cela, d’entendre M. Giraud reven­\ndiquer je ne sais quelle nationalité belge... Mais ce n’est pas\nune race et un peuple, la Belgique, pas plus que l’ Autriche-\nHongrie ! Ce n’est qu’une expression géographique et une\nunité administrative et le mot belge ne veut rien dire du\ntout, sinon à Liège peut-être, où on le tient pour synonyme\nd’imbécile. Je connais des Flamands, je connais des Wallons,\net je sais que parmi eux se trouvent des penseurs et des\nartistes; mais le Belge, lorsqu’il existe, est un lourd bon­\nhomme au bon sens obtus, qui crache non par plaisir mais\npar indifférence sur tout ce qu’il y a de Beau et de Divin\nautour de lui.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "  Albert Giraud , poète.                                        187\n\n\n\n  Oh que cela constraste avec la verve délicieuse et gamine\nde Pierrot lunaire; comme le triste et noble Pierrot Narcisse\ndevrait s’en indigner, et qu’il y a loin de cette épaisseur bour­\ngeoise à la distinction aiguë des Dernières Fêtes, ou à\nl’élégance précise, à la rapide aisance de tant de belles\nétudes, esthétiques ! M. Giraud est assurément bruxellois\nlorsqu’il attaque M. Tardieu, mais quand il est poète, comment\nne pas lui appliquer le mot favori de Charles de Tombeur :\n“ il n’y a pas du Belge pour un sou, là dedans ! „\n  Si M. Giraud n’est point belge par sa prose nerveuse et si\nnette, ses rares qualités de poète sont peut-être encore\ndavantage celles d’un Français. Jadis M. Giraud subit des\ninfluences et dans Hors du Siècle, volumineux recueil de\npièces écrites à des époques diverses de son talent, sa pensée,\npas encore dégagée d’anciennes et glorieuses admirations,\nne me paraissait pas avoir rencontré son expression naturelle\net décisive.\n  A   côté de pages merveilleuses comme ce L ohengrin\n               O douce voix d’ enfant pleine de chanterelles,\nd’autres apparaissaient, d’intention aussi haute, où le poète\nse détournait de soi-même pour s’éblouir d’éclatantes images\net lancer de larges vers sonores, fort beaux, mais qui ne\ndisaient peut-être point son âme. — Cependant tous les\npoèmes de ce livre, fût-ce le moins personnel d’entre eux,\nindiquaient déjà un style très pur, l’entente des lignes, la\nscience des plans ; et la sûreté d’une langue riche et souple\ncomplétait ces dons latins qui appartiennent encore au poète\ndes Dernières Fêtes ; toutefois, maintes pages flamboyaient\nde teintes rutilantes en lesquelles chantait sans doute un\ndernier souvenir de la race flamande.\n  Depuis, M. Giraud a choisi davantage ; il a affiné les tons\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "188                                              La Wallonie.\n\n\n\nde son vers sans rien leur enlever de leur solidité et je ne\nserais point surpris que l ’étude des quattrocentisti ait en\nmême temps remplacé chez lui celle des massives merveilles\nde Rubens et de Jordaens. En les Dernières Fêtes, la forme\nest plus précise et l’évocation cependant plus lointaine et\nplus enchanteresse; le poète a encore assoupli son vers, les\nlignes sont ténues et serrées, les colorations se disposent par\ngammes discrètes; il y a là une richesse sans tapage et\ncomme effacée, et les contours de figures patriciennes s’y\ndessinent en une élégante ordonnance.\n  L ’ordonnance ! c’est bien, je crois, la qualité maîtresse de\nM. Giraud, et avec elle la science de ce qu’il faut dire et de\nce qu’il faut laisser. Il sait user rigoureusement du terme\npropre, il sait mille façons d’exprimer ce qu’il sent, et\npresque toujours choisira la plus directe et la plus nette; il\nsait agencer selon l ’harmonie les lignes d’un poème aussi\nbien que celles d’un vers, et habilement les combinera en se\npréoccupant surtout, semble-t-il, de faire naître après chaque\npièce du livre une impression précise et définitive. Cependant\nl’ordonnance, chez lui, ne dépasse guère le poème, et l’unité\nde ses recueils ne va p s au delà d’une certaine cohésion\ndans les images et les milieux évoqués et de quelque homo­\ngénéité de facture dans l’ensemble.\n  J’en ai dit assez pour prouver combien M. Giraud mérite\nl’épithète de classique qu’il aime, je crois, à se donner. Nul en\nFlandre n’eut à ce point le don de la mesure, et il n’est\ninférieur à personne pour la science de la langue et la\nsobriété du style; — à moins que, comme certains, on\nn’appelle sobriété l’indigence, que certes on ne reprochera\npas au poète des Dernières Fêtes.\n  Si j ’admire beaucoup M. Giraud pour la plupart des raisons\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "  Albert Giraud, poète.                                                189\n\n\n\nqui précèdent, cependant des qualités pareilles ne vont point\nsans défauts. Certes, je ne veux pas lui reprocher son classi­\ncisme qui, entendu ainsi, est une chose belle et rare ; mais la\nscience des limites n’est pas celle d’émouvoir et l'expression\nla plus précise n’est pas non plus toujours la meilleure.\n  Evidemment, M. Giraud n’est pas le poète glacé qui prend\ndes poses de marbre en quelque recoin du Parnasse ; l’impas­\nsibilité, comme il doit la comprendre, serait d’un sens plus\nhaut — celle du poète qui donne à conclure plutôt qu’il ne\ns’exclame, — et quelques pages de Pierrot Narcisse sont\nconvaincantes à cet égard; mais c’est justement en ce livre\nque M. Giraud a laissé chanter le plus librement la V oix\nIntérieure et, bizarrerie dans son œuvre, les défauts de Pierrot\nNarcisse sont des défauts de mesure (1).\n  Dans les Dernières Fêtes, au contraire, on voudrait plus\nsouvent un cri rompant les trop constantes limites du poème,\nquelque élan soudain de l’âme captive au sûr réseau des vers\nsavamment enlacés. M. Albert Giraud est poète psychologue\net son cœur parle souvent un clair langage sous l’armure\nniellée qui recouvre la poitrine d’homme où il palpite. Mais\nce langage détaille sa nostalgie plutôt qu’il ne l’exprime\nd’un mot inattendu; il y a ici excès dans l’analyse, comme il\ny a un excès de tenue dans l’ordre si pur de la forme ; cela\nne va pas sans un peu de monotonie, et, pour employer un\nde ces chocs de mots que M. Giraud ne déteste point, il fau­\ndrait sans doute plus de mesure dans la mesure.\n\n  ( 1) Dans les scènes comiques, par exemple. — En parlant de l'œuvre\nde M. Albert Giraud, j ’omets à dessein le Scribe, livre de prose qui fut le\ndébut de l’auteur et où sont d'ailleurs maintes pages à retenir; ce petit\nvolume d’ une langue brillante mais assez barbare, excessif presqu’en tout,\n indique bien \" l’âge héroïque \" — celui des grands projets et des révoltes\njuvéniles — que tout artiste doit avoir connu, et où il fut écrit.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "190                                                      la Wallonie.\n\n\n\n  Je suis un peu plus à l’aise au moment de tracer la seconde\ndes critiques que j ’adresserai à M. Giraud. J ’ai dit qu’il pré­\nsentait sa pensée avec netteté, mais il la présente aussi très\nsouvent d’une façon directe, et lorsqu’indirectement, presque\ntoujours il rejette le sy mbole pour élire une allégorie; de\nsorte que la plupart de ses poèmes laissent une impression\ndéfinie et précise. Il en résulte un sentiment de satisfaction\ncertaine, mais plus immédiat que profond et, la plupart du\ntemps, circonscrit et fixé, au lieu qu’il puisse s’étendre...\nVraiment, est-ce bien là le but de la Poésie, — ou n’est-il pas\nplutôt de donner à songer ?\n   Il semble que le poète laisse trop peu à deviner, parce\nqu’il pousse à l ’excès le louable souci de modeler des formes\nachevées; cela aussi pourrait se retrouver dans la facture\nde ses vers où le désir d’être complet, sans doute, lui fait\nmettre souvent des adjectifs à la rime, — donc en évidence,\nmalgré le Parnasse. Bien plus, dans les pièces publiées de\nSous les Valois, le poète en vient à rétrécir son horizon aux\nlimites d’une époque et de personnages strictement déter­\nminés; cela arrête l’essor de la songerie au delà d’une brève\nréflexion sur un fait particulier déjà connu, et l’on regrette\npresque d’admirer le souple et ingénieux talent qui pouvait\ncréer la définitive Figure de la Haine aux doigts caressants\net de la Traîtrise dans la Grâce, lorsqu’il se borne, comme\nun romancier historique, à nous en donner quelques aspects\nen nommant Charles IX et le duc de Guize (').\n   On en arriverait à craindre qu’après s’étre précisé en\ns’affinant, Albert Gira,ud ne s’amenuise et ne se dessèche\n\n   (') Pour écrire Cinq-Mars, Alfred de Vigny avait choisi la prose; toute­\nfois ce n’est pas à dire que les vers Ce Sons les Valois soient nécessaire­\nrement prosaïques.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "  Albert Giraud, poète,                                         191\n\n\n\npeut-être afin d’être plus précis encore, si ces dernières\nréflexions pouvaient s’appliquer à une oeuvre plus définitive\nque celle-ci, encore éparse dans la Jeune Belgique, et s’il\nn’y avait dans les Dernières Fêtes, assez de beauté pour nous\nassurer que bientôt M. Giraud y retrouvera le vrai lui-\nmême.\n  Mais j ’en ai dit assez je crois pour amener ma conclusion :\ncertes Albert Giraud est poète ; mais il est moins poète\nqu’artiste.\n  Après les critiques précédentes, ce m’est un plaisir tout\nparticulier de citer les vers radieux que v oici; cette pièce est\ndes plus personnelles, à part des retours et des reprises de\nmots dont M. Giraud use peu, d’habitude, et avec raison.\n\n                        LES IN T E R V E R T IS .\n\n           Du plus vague du ciel nouveau-né, roses d’aube,\n          Roses de soleil pâle et d’ambre rose et roux,\n          Les étoiles du soir dans les plis de leur robe,\n          Un vol d’anges descend de l’azur rose et roux.\n\n          Un vol éblouissant de flocons roux et roses,\n          Ailes-fleurs, à la fois roses et papillons,\n          Fleurs sous les papillons, papillons sur les roses,\n          Qui neige en s’ effeuillant, roses et papillons.\n\n          Les voici, deux à deux; leurs ailes infidèles\n          Câlinent les lys noirs du jardin mensonger\n          Où leurs frères jadis abdiquèrent leurs ailes,\n          Des calices des lys du jardin mensonger.\n\n          Les voici, deux à deux, frôles tètes charmantes,\n          Mourantes sous le faste épars de leurs cheveux,\n          Et des vipères d’ or sur le lin de leurs mantes\n          Sifflent très doucement dans l’or de leurs cheveux.\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "192                                                   la Wallonie.\n\n\n\n      L'azur lointain se fane, et sous des lierres d’ombre\n      Le jour mystérieux ouvre de grands yeux blancs :\n      Les voici câlinant les lys du jardin sombre,\n      Regardés tristement par ces vagues yeux blancs.\n\n\n      Une étrange élégance, infirme et maladive,\n      Equivoque splendeur de la stérilité,\n      Saigne sur les boutons de leur gorge tardive\n      Et sur l’obscur trésor de leur stérilité.\n\n\n      Parfois le lierre humide et le feuillage moite,\n      Au son d'un cor de nacre où chante un nain joufflu,\n      S’ouvrent sur le soleil comme une ogive étroite.\n      Au son d’ un cor de nacre où sonne un nain joufflu.\n\n\n      Là-bas, c’est la laideur épique de la vie :\n      Des ouragans d’orgueil, des rafales de chair,\n      Le sommeil bestial de la force assouvie,\n      Toutes les lâchetés du sang et de la chair.\n\n\n      Les yeux déveloutés par cette horrible fête.\n      Les anges, dans la nuit frileuse de leur cœur,\n      Ecoutent longuement, en détournant la tète,\n      Le cor du nain joufflu leur sonner dans le cœur.\n\n\n      Leurs ailes de regret, leurs ailes irisées,\n      Vers l’azur matinal désormais interdit\n      Palpitent sans espoir, plaintives et brisées,\n      Entre la vie hostile et le ciel interdit.\n\n\n      Et les voici, frôlant de nouveau l’ herbe amère\n      Et les lys dans la paix lascive du jardin,\n      Et leur front virginal ombré d'une chimère,\n      Interrogeant les lys mensongers du jardin.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": " Albert Giraud,poète.                                                193\n\n\n\n         Leurs regards ambigus, frères du paysage,\n         Allument leur feu morne aux richesses du soir\n          Et sur les plis pensifs de leurs jeunes visages\n         Versent à lents rayons l’anxiété du soir.\n\n          Ils errent, deux à deux, suivis du nain perfide\n          Qui leur offre un miroir et des bijoux pervers ;\n          Et leurs yeux aimantés dans le miroir limpide\n          Se caressent aux yeux de ces joyaux pervers.\n\n          Ils s’ étendent, très las, parés, dans la nuit blême,\n          Entrelaçant aux lys leurs mains de royauté,\n          Composant avec art le sourire suprême,\n          Dont dépend leur bizarre et vaine royauté.\n\n          Et sous les lierres noirs, frêles têtes charmantes,\n          Ecoutent vaguement dans leurs cheveux siffler,\n          Dans leurs cheveux épars sur le lin de leurs manies,\n          Les douces langues d’or des vipères siffler.\n\n  Et cette autre, plus humaine, justifiant le nom de psycho­\nlogue que tout à l’heure je donnais à ce poète, mais étrange en\nson œuvre par le tour confidentiel du début, et je ne sais quoi\nd’instinctif et de sincère à la Fernand Severin.\n\n                             VOCATIO N .\n\n          Je fus longtemps, je suis encore cet enfant\n          Sans autre bouclier que sa fragile enfance,\n          Qui toujours plus enfant à peine se défend\n          De vous rendre en amour le poids de votre offense.\n\n          Dans quel poison lascif, dans quel miel doucereux,\n          Assassins caressants, trempez-vous donc vos armes ?\n          Car toujours plus enfant et toujours plus heureux,\n          Je dédie à vos fronts la gloire de mes larmes.\n                                                                14\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "191                                                     la Wallonie.\n\n\n\n          Je suis un espalier pour la soif et la faim\n          Des chercheurs de souffrance, et mes blessures fraîches,\n          Mangez-les, buvez-les, car je comprends enfin\n          L'ivresse des martyrs amoureux de leurs flèches.\n\n          O tout mon sang, toutes mes roses, mes sanglots.\n          Elancez-vous, ma chair ! vers les étoiles sourdes,\n          Et chantez mon enfance éternelle à longs flots,\n          Vous, les baisers futurs dont mes lèvres sont lourdes!\n\n          Soyez des inconnus, prenez-moi par la main :\n          Couronnez-moi de fleurs charmantes et funèbres,\n          El, de vos robes d’or éclairant le chemin,\n          Conduisez-moi, pensifs, vers les bûchers célèbres.\n\n\n  Je disais que M. Giraud est classique et. avant toute\nchose, artiste. Ces caractères indiquent à merveille le poète\nde volonté et il est bien vrai que M. Giraud doit considérer\nl’instinct comme un élément inférieur dans l’œuvre d’art.\nCette idée qu’il puisa sans doute dans l ’étude de Baudelaire,\na un fond de grande justesse et l’œuvre d’art dont le créateur\nfut conscient, réfléchi, l’œuvre d’art savamment harmonisée\nmérite plus de respect qu’un vague ensemble de cris poi­\ngnants, ou que de suaves chansons nées d’elles-mêmes sur\ndes lèvres ignorantes. Mais une telle œuvre n’atteindra point\nl’émouvante Beauté si l’instinct lui-même n’a parlé haute­\nment avant qu’il fût dompté par des formes rigoureuses. Des\nvers comme les précédents montrent chez M. Giraud l’instinct\npris sur le fait, et ces oublis bien rares, trop rares, où l’ar­\ntiste volontaire fait un appel direct à ce qui s’agite en lui,\nsont de claires oasis où l’on s’arrête avec un charme neuf\nmélangé de fraîche surprise.\n  Chez M. Giraud, l’amour de la forme et des proportions est\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "  Albert Giraud, poète.                                       195\n\n\n\ntel qu’on peut le considérer comme la raison péremptoire qui\nfit de lui un artiste volontaire; la volonté pour lui fut d’abord\nmoins un but qu’un moyen, mais je pense qu’il s’en éprit\nbientôt à l ’excès, et c’est ainsi qu’après avoir préféré l’art\nà l’instinct, il préféra l’artificiel au naturel. J ’hésite à l’en\nblâmer ; non point que ses tendances ne soient très loin de\nmes propres désirs, mais parce que M. Giraud se présente\nainsi avec des caractères logiques autant que complexes, et\nqu’en somme cette vue artificielle des choses fait à présent\npartie de sa vraie nature de Poète.\n  Au X V II0 siècle, Molière pouvait écrire : la scène repré­\nsente un site agréable bien que champêtre. Sans aller jusque\nlà, je suis persuadé que le poète des Dernières Fêtes préfère\nde beaucoup une belle description à un paysage réel. Outre\nune saveur d’art plus parfaite, il y trouve l’expression pré­\ncise de sensations adéquates au décor, et l’impression défini­\ntive et nette qu’il exige de ses propres poèmes ; au lieu que\npour d’autres les lignes et teintes d’un paysage seraient\nl ’enveloppe naturelle de pensées qui peuvent ondoyer, l’œil\nchangeant à son gré ce qu’il voit, dans une certaine mesure.\nOù d’autres chercheraient un vague état d’âme, des lignes\npouvant accompagner plusieurs idées sœurs, et comme un\nguide discret de la pensée, M. Giraud veut une direction\nnotoire, des plans tracés et un sentiment défini, — ce senti­\nment pouvant être d’ailleurs en nuances compliquées et de\nceux qu’on nomme indistincts, pourvu qu’il soit déterminé.\n  La source de la poésie, chez lui, n’est donc point la nature,\nsinon à travers ces contrées inconnues de glace et de soleil\nqui sont les assises de nous-mêmes. S’il est vrai que l’inspira­\ntion soit le fait du souvenir, un homme instruit, citadin\nfarouche et esthète comme paraît l’être M. Giraud, doit la\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "196                                               la Wallonie.\n\n\n\npuiser dans les musées, dans les livres et. dans les réflexions\nque suscitent en lui des causeries avec d’autres artistes. On\nen arrive aisément ainsi à choyer certaines idées dont l’on\ndevine confusément l’erreur, mais que l’on garde avec jalousie\nparce qu’elles paraissent s’accorder avec des règles ou des\nhabitudes de vivre et de raisonner. Le scepticisme aidant, il\ns’y mêle une sorte de dilettantisme de la pensée qui fait\nregarder comme séduisantes des choses d’abord acceptées\nlégèrement sous l’excuse d’un sourire, et qui est une sorte\nd’inconscient mensonge à soi-même.\n  M. Giraud a acquis ainsi le dilettantisme de la méchanceté\net de la haine ; il se veut méchant, en ses vers, et il a consacré\ndes strophes à la jouissance de haïr. Je suis persuadé\nqu’il se trompe ou qu’il nous trompe. A moins que la vie, en\ndéversant sur lui trop de ses amertumes — ce que j ’ignore,\n— ne l’ait rendu lui-même amer, il doit avoir conservé ce\nlarge et inépuisable amour qui fait chanter les beaux poèmes.\n  Il est vrai que dans les Dernières F êtes, la Haine paraît,\ncomme cet amour, large et inépuisable ; et d’ailleurs n’est-\nelle pas une forme de l’amour ? Mais j ’aime mieux croire que\ncette perversion du sentiment qui nous fait vivre et créer\nest ici toute factice, exclusivement littéraire, car M. Giraud\nest trop artiste et poète pour n’être point nativement bon.\n  Peut-être y a-t-il ici une cuirasse contre le monde qui\nhésite à frapper ceux qu’il croit méchants, pour réserver ses\nplus lâches attaques aux bons et aux sensitifs qu’il imagine\nsans défense. Ou ne serait-ce pas plutôt un acte de haute et\nnoble pudeur, celle qui nous fait parfois garder le silence sur\nce que nous aimons le plus, de peur qu’un imbécile ne vienne\nse vautrer sur nos rêves et qu’il n’écrase et ne déchire les\nplus vivantes corolles de ces parterres de l’âme ?\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "  Albert, Giraud, poète.                                   197\n\n\n  Sous les vers des Dernières Fêtes, partout je devine une\nâme enfantine et tendre qui a replié les trop délicates mem­\nbranes de ses ailes. Et lorsque M. Giraud regrette l’âge naïf,\nlorsqu’il dit : le pur et simple enfant que je n’ai pas été, ce\nregret si pur et son expression simple me prouvent qu’il fut\ncet enfant, malgré lui, — comme le seul fait d’en avoir l’idée\nme prouve qu’il l’est parfois encore.\n\n                                     A l b e r t MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "                      LES LIVRES.\n\n\n\n\n  Il est bien tard pour parler du dernier livre de Gustave\nKahn sans lui donner autre chose qu’une place dans cette\nchronique littéraire ; et d’autre part, je n’ai pas des Chansons\nd'amant (*) une vue assez nette pour me risquer à en faire\nl’objet d’une étude un peu longue. Mais l’œuvre a une valeur\ncertaine, son auteur est de ceux qui doivent nous intéresser\nle plus et si, depuis un an, des circonstances m’ont empêché\nd’analyser les livres qui paraissent, je m’en voudrais de ne\npas placer en tête de mon premier article le nom de Gustave\nKahn.\n  Ce nom est devenu peu populaire dans la génération d’à\nprésent, à Paris, et cela moins par la faute de M. Kahn, je\nprésume, que par celle d’un véritable malentendu et l’indis­\ncrétion plus malicieuse que maladroite de M. Jules Huret.\nA cause de cela, maints lettrés ont dû lire les Chansons\nd'amant avec des préventions plus qu’inutiles à l’authenticité\nde leur jugement; il semble qu’à Paris on ait souvent exagéré\nles réels défauts de ce livre, sans en bien voir le non moins\n\n\n  {*) Lacomblez, éditeur.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "  les Livres.                                                        199\n\n\n\nréel mérite. A Bruxelles, au contraire, on n’entendit que des\napplaudissements et, à relire le livre, on trouve que vraiment\nles Flamands eurent raison contre les Français (*).\n   Les vers de Gustave Kahn ont un éclat particulier, de\nbarbares couleurs et des sonorités soudaines. Les images\ns’allongent ou s’accourcissent à merveille, selon les divers\njeux de la pensée, et il reste le souvenir d’une chose éton­\nnante qui scintille et s’éteint, d’une voix alternativement\nlégère ou grave, ou encore confidentielle, et des paysages\nque nous vîmes ici, ou bien qui sont en Orient.\n   On l’a dit un peu trop, et ce fut même parfois bien drôle\n dans la bouche de quelques-uns : — Gustave Kahn est\nsémite; mais ce mot, qui d’habitude, n’évoque pour nous\nqu’une puissance cosmopolite, renaît ici avec la signification\nentière d’une race lointaine, et M. Kahn peut s’écrier, sous le\ncoup d’une passion qu’il faut croire sincère :\n                  Ah ! fuir vers les tribus en marche!\n\n  Ce vers contient presque en entier son dernier livre.\nComme tous les poètes, il a sa nostalgie ; mais, au lieu de se\nprésenter indistincte, sous les espèces du désir bien connu\n\" d’être partout où l’on n’est pas „ , elle surgit en lui aussi\nprécise qu’impérieuse à de certains instants, et c’est un\nancêtre nomade qui parle tout bas au citadin d’aujourd’hui.\nNous lui devons de somptueux et nouveaux paysages, souvent\néclairés d’un mot et incomparablement plus vrais, dirait-on,\nque tant d’autres chantés par les occidentaux qui les virent.\nC’est que, peut-être, ils furent contemplés du centre même de\nleurs lignes, non plus de l’extérieur; et au lieu du voyageur\n\n  (') J’excepte ici, naturellement, le judicieux article de Francis Vielé-\nGriffin dans les Entretiens politiques.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "200                                             la Wallonie.\n\n\n\nqui décrit et raconte ce qui, pour lui, fut l’anecdote, nous\napercevons un être se revivre en leur image et du fond de son\npassé faire jaillir sur ces fabuleuses contrées l’éclair d’une\nâme autochtone.\n   Avec les yeux d’un sémite, Gustave Kahn doit avoir aussi\nl’oreille sémitique et si ses vers sont riches de tons flam­\nboyants et rares, ils paraissent en revanche d’une harmonie\nsuperficielle et extérieure, aux sons choisis avec trop de\nhasard, sans grand souci de les unir à l’idée qu’ils accom­\npagnent et devraient à nouveau susciter en leurs ondes.\nSi Gustave Kahn évite avec soin les fades confitures que\nnous servent en musique ses coré ligionnaires, peut-être la\npréoccupation de ne point leur ressembler en cela lui fait-\nelle oublier d’autres choses : quand ils ne sont pas d’une\nharmonie directement sensuelle, ses vers, chargés souvent\nd’allitérations nullement fondues mais plaquées et étrangères,\nrappellent les marqueteries et les imbrications décoratives\nde Berlioz, parfois aussi les mélodies tziganes. On n’y trouve\npas cette ininterruption de lignes, cette continuité d’effluves,\npour ainsi parler, qui est la condition des arts musiques. Ses\nvers sont des mosaïques éclatantes et solides; la musique\nc’est une eau courante ou c’est la mer.\n  Mais je pense que, d’ordinaire, Gustave Kahn doit consi­\ndérer comme assez accessoires la cohésion sonore du vers et\nla fusion parfaite de tous les éléments qui le composent.\nCe nomade de la poésie doit mépriser au fond les sédentaires\ntravailleurs; il affectionne surtout l’abrupt et le barbare\ndont il excelle à donner l’impression, et les images ou bien\nles mots inattendus, où il se révèle un poète personnel et\nneuf. Et c’est pour cela sans doute, qu’il n’hésite pas à\nhérisser parfois son vers de mots rébarbatifs empruntés à la\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "  les Livres.                                                   201\n\n\n\nterminologie philosophique, lesquels apparaissent en ses\nvers, aussi bien que partout ailleurs, complètement étrangers\nà la poésie. Ce qui est à sa place dans les analyses de la\nP rose, est une présence hostile dans les féeriques synthèses\ndu Poème et c’est une sensation particulièrement désagréable,\nlorsqu’on vogue avec M. Kahn, selon des images suggestives\net lointaines, de se sentir soudain à terre, les pieds et les poings\nliés par la rigoureuse et abstraite précision du vocabulaire de\nKant.\n  J ’ai hâte de dire que ces chocs malencontreux sont, en\nsomme, assez rares dans les Chansons d’amants, et que le\nsujet philosophique des poèmes paraît les excuser un peu. Je\nvoudrais parler aussi de cette métaphysique qui remplit les\noeuvres de Gustave Kahn; mais je n’ai pu me faire jusqu’ici\nqu’ une idée trop peu précise du système complet, que maints\npoèmes laissent à demi percevoir, et je me borne à saluer ici\nl’idée haute d’un Poète qui ne borne point ses désirs au menu\nbagage littéraire dont se contente un si grand nombre.\n  Dans les lieder qui, sous divers titres, forment la plus\ngrande partie du livre et aussi la meilleure, le Poète se trouve\nsoudain plus parfaitement lui-même. Son âme de lyrique et\nd’instinctif y est à l’aise et c’est alors la joie de chanter selon\nle gré de l’instant où l’on chante, et de chanter pour la seule\njoie de chanter. Mais les idées premières sur quoi est bâti\nl’être entier du poète apparaissent partout ivres d’elles-\nmêmes, à l’état natif pourrait-on dire, et comme des créatures\ningénues trouvées au plus profond des forêts. Leur aspect\nsimple donne plus de vie à leur vie, les images naissent plus\nspontanées et pourtant d’une logique plus intime.\n  En ces lieder, M. Kahn perd les défauts que j ’ai signalés ;\net le ton du naïf récit ou de la songerie bienvenue sans qu’on\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "202                                                      la Wallonie.\n\n\n\nl’appelle, ou le tour          aisé des chansons populaires font de\nquelques-unes de ces          pages de véritables joyaux.Je pourrais,\nlà encore, faire des réserves, mais à quoi bon ? J ’aime mieux\ntranscrire le poème suivant, dont on sentira l’amère lassitude\net qui évoque admirablement la tragique union du couple\nmoderne :\n  Je t’apporte, ami, mon cœur meurtri\n  le sillon des pas sur mon corps et sur mon âme\n  la grâce déjà promise,      départie et reprise\n  et la caravane des triomphes que ta pensée blâme.\n\n  Je te donne, amie, mes lèvres veillies,\n  les rides de mon front découronné par d’autres\n  et le banquet d’ un cœur où l’on attendit l’ hôte,\n  l'hôte inconnu porteur de joies épanouies.\n\n  Je t’apporte, ami, la brève compagnie\n  d'un cœur en oubli, d’ un cœur en folie, d’ un cœur en voyage,\n  paré, pour des minutes, vers les baisers du mage.\n\n  Je l’apporte, amie, la triste solitude\n  d’un cœur en soupçons, d’ un cœur en souffrance, d’ un cœur en débris,\n  dont les préludes de fête et les bruits de bal sont enfuis.\n\n  Et, pour finir, une chanson : à mon avis la petite merveille\ndu livre :\n             Il est venu, puis reparti ;\n             Je le sais, son cœur grave pâtit\n             depuis l’ instant qu’ il est parti.\n\n             J’étais folle comme une enfant,\n             et je jouais comme au volant\n             de ses graves douleurs d’ amant.\n\n             Au détour de la route encor,\n             il voulut élever son cor\n             vers ses lèvres, pour l’adieu encore ;\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "  Les livres.                                                    203\n\n\n\n          mais il laissa tomber son bras,\n          et lentement se détourna\n          et le détour de la route remporta.\n\n          Quelle introuvable route me ramènera\n          celui que j ’attends pour tomber dans ses bras\n          et chasser de mes baisers le souci qui l’enténébra ?\n\n                                 *\n                                * *\n\n  Camille Lemonnier a publié récemment deux livres indi­\nquant bien le double labeur auquel il astreint sa pensée ;\nl’un, Dames de Volupté, est un recueil de contes choisis parmi\nceux que les nécessités du journal le forcent d’écrire plus\nsouvent qu’il ne voudrait, et ces pages sont les poèmes dont\nil relève parfois la prose du quotidien travail ; inégaux comme\nles instants où ils furent écrits, ils nous intéresseraient déjà\nau point de vue que je viens d’indiquer, mais quelques-uns\nd’entre eux sont féconds en surprises d’art, deux ou trois\nsuscitent même de reculées visions, et tous indiquent le souci\nd’une écriture adéquate à l’objet évoqué, simple et grave ici,\nlà ductile, allégée et scintillante, riche toujours de couleurs\net quelquefois de rythmes, mais trop souvent de lignes tour­\nmentées et de mots dont les trop brillantes facettes amènent\nla fatigue.\n   Erigé sur de stables assises, l’autre livre : la Fin des Bour­\ngeois, représente au contraire l’œuvre longtemps projetée,\npensée, composée; elle fut écrite aux seules heures où le\ntravail est facile, le cerveau libéré d’images étrangères,\nlorsque la plume transcrit avec une puissance aisée l’Idée\nqui apparaît dans la clarté d’elle-même. Aussi, quoi qu’en\npuisse dire tel critique, ceci est une œuvre.\n  Avant ou après de nombreux trois-cents-pages qui ré­\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "204                                             la Wallonie.\n\n\n\npugnent, Emile Zola a lancé dans la vie littéraire deux ou\ntrois livres vraiment beaux, comme la rançon des autres. Ces\nlarges et éclatantes visions : Germinal et la Curée, sont la\nrançon d’un bon nombre de Rougons et de Macquarts, et\nquand une école a produit de telles œuvres, elle a droit à la\nvie de l'histoire. Eh bien, Camille Lemonnier, qui jamais\nne s’enrégimenta dans la petite armée de Médan, a ren­\ncontré cette destinée bizarre de racheter à son tour, par\nune œuvre forte et belle, précisément le plus ignoble\ndes produits d’Emile Zola; comme plusieurs livres répon­\ndent à ce bref signalement, je dirai tout de suite qu’il\ns’ agit de Pot-Bouille.\n    J ’entends ! on a prétendu qu’il y avait réminiscence, que\nCamille Lemonnier refaisait un volume de Zola, et nous\nretrouvons évidemment ici cette idée préconçue, que la\nBelgique est le pays de la contrefaçon.\n  Cela paraît malheureusement exact lorsqu’on lit les écrits\npitoyables d’il y a quelques années ; mais il importe de ne\npas confondre : une unité administrative n’est pas une unité\nd’art, il n’y a point d’école belge comme on voudrait nous le\npersuader, et enfin, et surtout, il ne faudrait point qu’ un\npréjugé de ce genre servît d’arme contre un écrivain d’une\nprobité intacte. Chez Camille Lemonnier, le souci de la\nBeauté fut constant et unique; il eut la force de se créer lui-\nmême dans un milieu hostile, et plus que tout autre il aida\nau magnifique renouveau littéraire de Bruxelles. Je suis\ncertain que les préjugés tomberaient si l’on connaissait tout\ncela, à Paris. On y apercevrait alors qu’un romancier peut\nêtre multiple comme Camille Lemonnier, et cultiver pourtant\nson propre fonds, et l’on saurait, au contraire, louer la haute\ninquiétude d’un artiste qui, à la besogne facile de recommencer\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "  les Livres.                                              205\n\n\n\ntous les ans le même livre, préfère l’ingrat labeur de se\nrenouveler lui-même.\n  Voici donc deux hommes, qui tous deux travaillent d’après\nnature; l’un selon une philosophie matérialiste et des règles\nempruntées à ceux qui comptent les circonvolutions du\ncerveau, — l ’autre avec plus de liberté et selon lui-même\nseulement. L ’effort du premier doit être beaucoup plus\nconsidérable; mais il y a tout à parier que l’autre sera plus\nartiste.\n  Or, il arrive ceci : le second de ces deux écrivains, —\nCamille Lemonnier, — tenté par l’émotion d’enthousiasme\nou d’horreur que lui suscite un aspect de la nature vivante\net peut-être aussi par le désir de faire jaillir des concor­\ndances ou des contrastes une nouvelle image de soi-même,\nregarde un paysage humain qu’Emile Zola regarda avant\nlu i; mais si, l ’ayant regardé, il y trouve la sensation forte\nqui, longuement mûrie en sa pensée, doit engendrer bientôt\nune Œuvre, soudain on lui fait observer qu’il imite quelqu’un.\n  S’il l’imite, il l’imite en quelque chose, dirait Socrate;\nexaminons en quoi.\n  L ’imitation ne peut porter que sur trois points : le sujet\ndu drame, son décor, et la mise en œuvre du sujet dans le\ndécor.\n  Quant au sujet dramatique de la Fin des Bourgeois, il\nserait puéril de démontrer qu’il n’a rien de commun avec\ncelui de Pot-Bouille : l’action est profondément différente,\nles personnages sont nouveaux. Mais je devine qu’on m’ob­\njecte, avec raison d’ailleurs, qu’ici le décor même, compris\ndans son sens le plus large, est le sujet réel. Camille Lemon­\nnier imite Emile Z ola, parce qu’il a peint,comme lui, les hor­\nreurs de la bourgeoisie. S’il en est ainsi, il faut donc que\n\n\n                                           I\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "206                                             la Wallonie.\n\n\n\njamais un artiste ne regarde, même avec d’autres y eux, ce\nqu’un autre a pu regarder avant lui. Désormais tout décor,\ntout paysage, toute société humaine, appartiennent, par\ndroit de premier occupant, à qui en fit d’abord le prétexte\nd’une œuvre. Les ouvriers sont à Constantin Meunier, les\npaysans à Millet, les petites filles à Kate Greenaway ; les\nbœufs sont la propriété privée de celui-ci, les chiens de\ncelui-là, et les chevaux de cet autre : nul n’a le droit de\npeindre les forêts depuis Corot, ni les amples paysages\ndepuis Claude Lorrain, et Botticelli plagiait Giotto puisqu’il\ntraita comme lui des sujets religieux, comme Henry de\nGroux plagie encore impudemment les plus anciens peintres\nde batailles.\n  Franchement, cela est ridicule, et l’on devra bien convenir\nque l’imitation consiste non pas dans l’identité du paysage\nreproduit, mais dans la manière dont il fut reproduit ; non\npas dans l’identité des sociétés humaines observées, mais\ndans la manière dont elles furent évoquées par l’œuvre, —\nsinon, encore une fois, Balzac plagia Furetière et Zola plagia\nFlaubert, qui avait lui-même plagié Balzac.\n   Quant à la manière d’art, il y a une si évidente différence\nentre Zola et Lemonnier, qu’il serait inutile de continuer ce\nparallèle, s’il n’éclairait en même temps l’œuvre dont je\nveux parler.\n  Car c’est précisément par la manière d’art que la Fin des\nBourgeois rachète pour nous Pot-Bouille. Dans le livre de\nZola, on trouve la laideur sur le vif, telle qu’elle est, je le\nveux bien, mais aussi telle que nous pourrions la voir sans\nle secours d’un artiste en nous introduisant dans les cuisines\net en interrogeant les bonnes. Ce reportage rappelle trop les\ndépositions ignobles des filles et des valets de chambre dans\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "  les Livres.                                              207\n\n\n\nun procès en divorce, et le livre lui-même ne paraît pas avoir\nd’autre signification que celle-ci : nous épargner l ’ennui des\nétages à monter pour faire causer les gens de l’office, et\nmoyennant la somme modeste de deux francs et soixante-\nquinze centimes, forcer pour nous la porte des salles où l’on\njuge à huis-clos. La spéculation est excellente, mais elle\nporte la tare même de ce nom; le livre pue comme les éviers\nqu’il décrit, et il est laid comme toutes les laideurs qu'il\névoque. On peut parler longuement, et avec cent détails, de\ndégoûtantes choses : un poète en fera une œuvre d’art, un\nrédacteur de volumes à succès en fera une infamie. Baude­\nlaire décrit la charogne, mais sa bouche qui s’abreuve d’air\nvierge n’émettra de parole qu’en strophes splendides : son\nverbe multiplie sa beauté de toute la hauteur dont il domine\nle sujet. Emile Zola, au contraire, s’adapte un peu trop aisé­\nment aux milieux répugnants où il manœuvre ; il n’est pas\nplus haut que la moyenne de ses personnages, et vraiment il\nparaît s’ accommoder à merveille de cette abjecte cour dont il\nfait son quartier général. — Constantin Meunier sculpte de\ngrossiers mineurs, avec une vérité qu’on a souvent louée, —\net pourtant sous sa main ils ont, par dessus leurs caractères\npropres, ce quelque chose de surnaturel et de saisissant qu’on\npourrait appeler la noblesse de l'Art, celle que l’Art donne à\ntout ce qu’il touche. Cette noblesse de l’Art, Emile Zola ne\nla connaît pas et ne la connaîtra jamais : il reste au niveau\nde tout ce qu’il a vu, et les saletés de ses livres nous appa­\nraissent de la sorte précisément parce qu’il les vit ainsi.\n   Au contraire, Camille Lemonnier est constamment\nsupérieur aux personnages qu’il agite. Aussi les pages les\nplus crûment hardies perdent-elles presque toujours, en son\nœuvre, toute apparence abjecte, pour revêtir l’aspect de\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "208                                                    la Wallonie.\n\n\n\nchoses nécessaires, éloignées de nous et non destructrices de\nla Beauté (*).\n  C’est que, s’il patauge trop fréquemment dans le quotidien\nréel, Camille Lemonnier peut élever la tête pour écouter\npasser le vent de la légende. Caché sous un extérieur\nfruste, il y a en lui un poète (plutôt large que fin, il est vrai,\net trop épris d’éloquence), et cela nous vaut, dans la Fin des\nBourgeois, le magnifiqué récit de la découverte de l’or noir,\noù se dresse, en lignes de métal, la stature des premiers\nJean-Chrétien; ou encore la terrible entrevue, lorsque le\ndernier et chétif descendant de la famille enrichie rencontre\nau fond des grottes du travail son misérable homonyme\nqui l’embrasse comme un frère et confronte avec lui l’image\nvivante de l’ancêtre. Enfin cela nous vaut ce poème d’une\nrace, — milieu réel du livre, qui remplace avantageusement,\nn’est-ce pas, la cour nauséabonde de Pot-Bouille, — non plus\nune race tellement insolite et étrangère à elle-même, qu’elle\ndisparaît absolument pour le lecteur et qu’il faut en retracer\nla généalogie en un tableau graphique!! (**) mais une race\nqui a la vie de l’œuvre, où les générations portent les traces\nlisibles du temps où elles vécurent, et qui nous fait penser, à\ntravers le présent, à ceux-là dont nous venons et au but que\nnous portons en nous. C’est ici que Camille Lemonnier est le\nplus personnel ; cette préoccupation de la race se retrouve\nen plusieurs de ses livres, et c ’est même, je crois, la seule\nidée non immédiatement relative à laquelle il ait appuyé son\n\n\n   (*) Exception faite pour Madame Lupart, dont on peut dire tout ce que je\ndis ici des livres de Zola.\n   (**) La lignée des Rougon-Macquart n'a donc plus d'existence selon\nl'art. On s’en doutait un peu aussi, à cause de son néant plastique.\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "  les Livres.                                              209\n\n\n\nœuvre. Cependant, et sous les réserves précédentes, on peut\nici avec plus de raison rapprocher les deux romanciers et il\nfaut admettre qu’avant la Fin des Bourgeois d’autres œuvres\navaient retracé l’histoire d’une famille. Mais ce fut aussi\navant les Rougon-Macquart si, comme je le crois, la Légende\ngrecque et la Légende française, la race d’Atrée et celle de\nGarin de Monglane, sont antérieures à l’école de Médan.\n  Ou n’attend pas l’énumération des si nombreux person­\nnages de la Fin des Bourgeois, j ’imagine. Plusieurs d’entre\neux seraient à analyser, entre autres la bisaïeule, la rigide\nfemme d’autrefois, et ce type du jeune E u d ox e, avocat\nambitieux, talenteux presque, et médiocre aussi. La figure\nde Régnier, avorton méchant et malin, mais dont l’âme est\namèrement grande, frappe dès l’abord et, s’il ne déclamait\nparfois longuement, on admirerait les acides prophéties de\nmalheur qu’il chante sur la race dont il est lui-même issu.\nEnfin, Simone est une chaste et vicieuse fillette que j ’adore;\nsa perversité, moins indiquée que devinée au long des pages,\nest inconsciente délicieusement; elle côtoie la folie ou\nl ’instinct, on ne sait, et je présume qu’elle lutte avec son\ninnocence comme les années contre ce sexe d’éternelle\nenfant, mais ce sont là des mystères impalpables comme il\nen neige autour de la pensée.\n\n\n\n  Peut-être pourrons-nous, à présent, terminer le parallèle si\nlongtemps déduit en cet article. Emile Zola est naturaliste ;\nil se conforme donc aux règles d'une esthétique qui n’est\npoint celle de Camille Lemonnier. De plus, il édifie en géné­\nral son livre sur une idée particulière symbolisée par un\nobjet (l’alambic de l'Assommoir, la cour de Pot-Bouille), et\n                                                   15\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "210                                               la Wallonie.\n\n\n\nl’éclaire d’un ensemble énorme de documents empruntés à\nla nature ambiante. Camille Lemonnier étudie la nature\nlui aussi, mais elle apparaît chez lui plutôt comme un sou­\nvenir vivant que comme la chose présente et il lui demande\nsurtout quelques impressions énergiques qui soient le point\nde départ de son œuvre. Aussi la vie apparaît-elle chez lui\nmoins immédiate que chez Zola, mais le temps du trompe-\nl’œil est passé, semble-t-il, et si, d’ordinaire, ses livres ne\ncrèvent pas les yeux comme les Rougon-Macquart, cette vie\ndans le demi-lointain n’est-elle pas plus amie de l’art et sans\ndoute aussi plus authentique? — Bien plus, je reprocherai\nmême à Camille Lemonnier d’exagérer encore les vigueurs\nde ses premiers plans et d’aggraver ce défaut, en quelques-\nuns de ces livres, par une forme aux richesses vraiment trop\napparentes, où les lignes se compliquent parmi de violentes\ncouleurs à travers lesquelles on ne voit pas assez. La langue\nde Zola est vulgaire et sans éclat, mais, outre qu’elle ne\nmanque point d’une certaine force qu’on pourrait appeler\nanonyme, elle a au moins les qualités de ses vices. Point\nartiste comme celle de Camille Lemonnier, cette bonne\ngrosse prose de journaliste n’arrête pas le regard et, comme\nle faisait observer un soir Stéphane Mallarmé, son grand\nmérite est de presque disparaître pour mieux éclairer ce\nqu’elle décrit.\n  On dirait qu’en cherchant l’expression de sa dernière\nœuvre, Camille Lemonnier a senti les défauts de la phrase\ntrop colorée ; adaptant mieux ici l’aspect extérieur à l’idée\nqu’il contient, il a repris, en quelque manière, l ’écriture sobre\net ample, si virilement personnelle, dont il revêtit toujours\nses récits de la Terre ou de la Légende. L e livre apparaît plus\ngrand dans une forme aux lignes plus simples et l’impression\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "   les Livres.                                                211\n\n\n\njaillit plus tragique en une prose plus architecturalement nue.\n   Mais l’ensemble n’a pas encore l'ordonnance de l ’œuvre\nd’art harmonieuse, comme la phrase fait encore désirer cette\nélégante aisance de la véritable prose française.\n   La Fin des Bourgeois a maintes pages belles comme le\nM âle, comme le Mort, ou comme la Genèse et, par la vaste\ncomplexité de cette histoire d’une race, elle serait môme\nplus large et plus haute, si le dramatique poète du Mâle et\ndu M ort n’avait à vaincre ici, malgré tout, l’hostilité d’un\nsujet qui forcément donne vie à certaines figures aussi\nmédiocres que réelles. Mais leur présence n’interdit point\nau livre la grandeur, car il tient de l’épopée et ce récit de\nl’élévation et de la chute d’une famille est la nécessaire\nimage de la vie même de cette Bourgeoisie, sortie puissante\nde l’obscurité .avec un vêtement d’or, mais destinée à la\nprompte décadence que n’arrêteront pas ses mains mala­\ndroites de parvenue. L e charbonnage dont la famille\nRassenfosse tire sa richesse, est bien celui-là même où toute\nla bourgeoisie a puisé son éphémère force : le romancier\nl’appelle Misère et l’éloquence allégorique de ce nom est\nsignificative.\n  Cela, qui peut prévaloir en nos esprits sans le plus mince\nplaidoyer, n’est pas une thèse, comme on l’a dit un peu trop\nvite : c’est une simple allusion à l’évidence et l’auteur y a\nseulement cherché un grandissement soudain de son sujet\npar tout ce qu’il nous suggère. C’est donc l’histoire de\nquelques-uns qui nous reporte, par analogie directe, à l’histoire\nd’une nombreuse collection humaine; mais il faut regretter\nqu’elle ne nous reporte pas plutôt à l’histoire de l ’ Homme\nmême. Il y a, entre ces deux méthodes d’art, toute la distance\nd’une collection à un universal ; et la conséquence est directe :\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "212                                           la Wallonie.\n\n\n\nmême élargi jusqu’aux limites d’une période de notre histoire\nsociale, le livre parlera pour tous une langue étrangère\nlorsqu’aura disparu l’époque d’où il jaillit et à laquelle il\ns’adressait, au lieu qu’une œuvre absolue de poète, où un\nhomme suscite d’après lui-même ce qu’il y a de constant dans\nl’Homme, trouvera jusqu’au fond de la durée des êtres tou­\njours contemporains de ses plus secrètes confidences.\n\n                                      A l b e r t MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "    Dernières publications de nos Collaborateurs :\n\nH ector Ch a în a y e . . . .              l’Ame des choses.\nA c h il l e D e l a r o c h e .   .   .   Aénor (à paraître prochainement).\nJ e a n D e l vi l l e .....................Horizons hantés.\nCÉLESTIN D e m b l o n         . . .       le Roitelet.\nA r t h u r D upont      . . . .            L'Envol des Rêves.\nM a x E l s k a m p ..................... Dominical.\nA ndré Gi d e .......................... Le traité du Narcisse.\nA n d r é F o n t a in a s . . . .          Les Vergers illusoires.\nA.-F. H éro ld ..........................la Joie de Maguelonne.\nGustave Ka h n ..................... Chansons d'Amant.\nB ernard L a zare . . . .                  le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier . . .                  La fin des Bourgeois.\nCharles V a n L erberghe . les Flaireurs.\nGrégoire L e R o y . . . .               mon Cœur pleure d'autrefois.\nPierre L o u y s ..................... Astartê.\nM aurice M aeterlinck . . Pelléas et Mélisande.\nStéphane M allarm é . . Pages.\nStuart Merrill . . . .               les Fastes.\nAlbert M ockel.....................Chantefable un peu native.\nJe an M oréas ..........................le Pèlerin passionné.\nGabriel M ourey . . . .                     Flammes mortes.\nP ie rr e -M. Ol i n .....................Légendes puériles.\nPierre Quillard . . . .                     la Gloire du Verbe.\nH en ri de R égnier . . . Tel qu'en songe.\nA dolphe R etté     . . . .                Thulé des Brumes.\nA lbert Sa in t -PAUL . . .                Pétales de nacre.\nF e r NAND Severin . . . .                 le Don d'Enfance.\nÉ m ile V erh aere n . . . .               les Apparus dans mes Chemine.\nF rancis V ielé -G ri ffin . .             les Cygnes.\nG aston V yt t a l l . . . .               Vers la Mort.\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": " 7e & DERNIÈRE ANNÉE,Nos VII et VIII.\n\n\n\n                                  L A WALLONIE\n R EVU E MENSUELLE DE LIT TÉ R A T U R E E T D ’A R T\n\n\n\n\n      Directeurs : ALBERT MOCKEL, P IERRE-M .                           OLIN\n                          et H e n r i d e RÉGNIER.\n\n                    Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n\n    Adresser les communications 307, Avenue Louise, Bruxelles,\n                     et 6, rue Boccador, Paris,\n\n\n      ABONNEMENT : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 50.\n\n\n\n\n                                 SOMMAIRE :\n\n\nStuart M errill .....................Petits Poèmes d’Automne.\nD e lc h e v a le r ie .....................Little Sketches.\nVerhaeren ............................... L a Ville.\nFrançois Coulon . . . .                              Euryalthès.\nTristan K lingsor . . . .                            Celui de la Légende chante.\nO l i n ..........................................L a Forêt en feu.\nDupont                       .....................L e Hibou.\nH. de R .....................................Chronique littéraire.\nM o c k e l .....................................A lbert Giraud, poète.\n                                   Les livres.\n\n\n\n\n                        Ce numéro un franc.\n\n                                  des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-07", "signet_source": "7ème et dernière année - N°7-8 - Juillet-Août 1892", "preuve": "Numéro lu sur la couverture, PDF 235 : « 7e & dernière année, Nos VII et VIII » ; le mois n'est pas imprimé sur la couverture conservée (Juillet-Août tiré du signet seulement). Le sommaire de la couverture confirme les attributions (Merrill, Delchevalerie, Verhaeren, Coulon, Klingsor, Olin, Dupont, H. de R., Mockel). PDF 181 : liste d'adresses de revues et annonce « From home » d'Auguste Vierset, page non-notice mise en nulls.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}