{"numero_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE Dernier fascicule, 1892", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 75, "texte": "LA\nWALLONIE\n    Dernier fascicule, 1892\n        D E R N IÈ R E ANNÉE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Dernières publications de nos Collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Dernières publications de nos Collaborateurs : H ector Ch a in a y e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 237, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "Dernières publications de nos Collaborateurs :\n\nH ector Ch a in a y e . . . .                l’Ame des choses.\nA chille D elaroche . . .                    A énor (à paraître prochainement).\nJ ean D el Vil l e .....................     Horizons hantés.\nCÉLESTIN DEMBLON . . .                       le Roitelet.\nA rthur D upont . . . .                      L'Envol des Rêves.\nM a x E l s k a m p .....................    Dominical.\nA ndré Gi d e ..........................     L e traité du Narcisse.\nA ndré F ontainas . . . .                    Les Vergers illusoires.\nJ.-M. DE H é ré dia . . . .                  Les Trophées.\nA.-F. Hé r o ld ..........................   la Joie de Maguelonne.\nGustave K a h n .....................        Chansons d'Amant.\nB ernard L a za re . . . .                   le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier . . . L a fin des Bourgeois.\nCharles V a n L erberg h e . les Flaireurs.\nGrégoire L e B o y . . . .          mon Cœur pleure d’autrefois.\nPierre L ouys ..................... Astarté.\nM aurice M aeterlinck . . Pelléas et Mélisande.\nStéphane Mallarm é . .                       Pages.\nStuart M errill . . . .                      les Fastes.\nA lbert M ockel.....................         Chantefable un peu naïve.\nJean M oréas ..........................      le Pèlerin passionné.\nGabriel M ourey . . . .                      Flammes mortes.\nPlerre -M. Ol i n .....................      Légendes puériles.\nPierre Quillard . . . .                      la Gloire du Verbe.\nH e n r i de R égnier . . .                  Tel qu'en songe.\nA dolpble B etté . . . .                     Thulé des Brumes.\nA lbert Sain t -Paul . . .                   Pétales de nacre.\nF ernand Sever in . . . .                    le D on d'Enfance.\nÉ m il E V erh aere n . . . .                les Apparus dans mes Chemins.\nF rancis V ie lé -Gr if f in . .             les Cygnes.\nGaston V y t t a l l . . . .                 Vers la Mort.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-001", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 213, "titre_corps": "La Wallonie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA WALLONIE ayant accompli la tâche qu'elle s’était imposée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 238, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 192, "texte": "LA WALLONIE ayant accompli\nla tâche qu'elle s’était imposée et\natteint le terme qu'elle s’était f ix é,\nse sépare, non sans quelqu’émotion,\nde tous ses Am is, lecteurs et colla­\nborateurs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 214, "page_fin": 214, "titre_corps": "Le combat", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "José-Maria de Hérédia", "ancre_debut": "LE COMBAT.    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Sous le choc\nI l s’abat, brandissant un vain tronçon d'estoc,\nE t son corps gigantesque a mesuré la poudre;\n\nE t devant lui, du bras armé le protégeant,\nLa Valkure, livide à l’éclat de la foudre,\nBat le ciel sulfureux de ses ailes d’argent.\n\n                                J o s é -M a r i a   de   H É R É D IA .\n\n\n\n  Sonnet retranché des « Trophées ».\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 215, "page_fin": 215, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stephane Mallarmé", "ancre_debut": "SONNET.    Tout à coup, et comme par j", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 240, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "SONNET.\n\n\n\nTout à coup, et comme par jeu ,\nMademoiselle qui voulûtes\nOuïr se révéler un peu\nLe bois de mes diverses flûtes,\n\nJe m'aperçus que cet essai\nTenté devant un paysage\nEut du bon quand je le cessai,\nPour vous regarder au visage.\n\nOui, ce vain souffle que j ’exclus\nJusqu'à la dernière limite\nSelon mes quelques doigts perclus\n\nManque de moyens s'il imite\nVotre si naturel et clair\nPire d’enfant qui charme l'air.\n\n                            S t e p h a n e M ALLA RM É .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 219, "titre_corps": "Les lavandières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Vielé-Griffin", "ancre_debut": "LES LAVANDIÈRES.    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Si la Vie immense\n      N'est pas en l'heure, toute, et telle\n      Qu’un mot d'amour vaut l’ étincelle\n      D e l'astre ému des soirs d'enfance;\n      Douleur ! Si le seul mot redit\n      N'est pas le mot du Paradis,\n      Si toutes choses ne sont les mêmes,\n      E t s'il est de nouveaux poèmes....\n\n\n\n       L a vieille H ellas, héroïque mère\n      D'un rêve de jouvence millénaire,\n      Fauche, en les thyms, sa belle vie martiale,\n      Ensoleillée, éblouissante sous le métal,\n      E t passe en théories vers la victoire,\n      Empoussièrant ses gris lauriers fleuris en gloires,\n      Massacrant sa beauté aux champs de Troie\n      — Ou surgit d'une autre onde ensanglantée\n      Hélène, la douleur de toute joie —\n      Brûlant aux autels de Paphos et d'Amathonte\n      Sa belle vie d'amour qui seule se dompte ;\n      La vieille Hellas est morte... Elle vit ! je vois,\n      Royale Lavandière aux bras de roses,\n      Nausicaa à la pudique pose\n      Qui s'émeut de seule pitié ingénue,\n      Sourit, et n'a pas peur d'Ulysse nu.\n\n\n\n       Vieille Rome,\n      Force,\n      Hautaine et triste,\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1327, "texte": "2 18                                             la Wallonie.\n\n\n\n       Vaine, et sans art que pour l'hégémonie,\n       Qui foulas d’un pied lourd le verger d'Ionie\n       E t fis stérile le Vrai Sang du, Christ;\n       Avec tes lois, tes légions,\n       Mère des formulaires,\n       Tu fis la bestialité des nations,\n       E t sur tes hautes voies de pierre,\n       Rome stérile et sans amour,\n       Tu mènes l’impérator au glaive court,\n       Au verbe bref et sourd...\n       Rome, ton joug est lourd.\n\n\n\n       Certes, la Vie est vile, ce soir, mais belle encore :\n       Je ne sais si, hors d'elle-même, elle a d'espoir;\n       Mais l'espoir vaut la fo i, et la foi fa it l'amour;\n       La nuit qui gît et geint est grosse d'une aurore;\n       Certe la vile vie est belle encor ce soir,\n       E t la foi nous étreint que voici notre tour.\n\n\n\n       Au crépuscule, ainsi, toi que la tâche attarde,\n       Lavandière aux bras roses, o jeune femme,\n       D'un sourire rachète les haines de notre âme :\n       Le suprême désir de vie est en ta garde;\n       D is nous — pour l’avoir vue — , souriant en tespleurs,\n       L'eau toujours neuve mirant les mêmes fleurs,\n       La lente montée aux deux des peupliers,\n       La route\n       Ouverte à jamais vers le même doute,\n       La route où vont les jeunes cavaliers ;\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 417, "texte": "Les Lavandières.                                                219\n\n\n\n      Dis-nous que toute vie est belle et vaut de vivre,\n      Que tous ces vieux poèmes écrits aux nouveaux livres\n      Sont faits selon ta voix au long des espaliers,\n      Selon ton chant dans les vergers où fleurit Dieu,\n      E t dis-nous que l'Amour espère et croit et veut.\n\n\n                         F r a n c i s V IE L É -G R IF FIN .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 220, "page_fin": 221, "titre_corps": "Exergues : Chant alterné", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "EXERGUES,                        GEANT       ALTERNÉ.     \" J ’ ai cru vo", "ancre_fin": "nue ainsi que s'apparaît ce qui se pense.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PRÉSAGES EMBLÉMATIQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 245, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 668, "texte": "EXERGUES,\n\n\n\n                    GEANT       ALTERNÉ.\n\n\n\n\n\" J ’ ai cru voir\nMa Tristesse debout sous les saules,\nJ ’ai cru la voir — dit-elle tout bas —\nDebout auprès du doux ruisseau de mes pensées,\nLes mêmes qu’elle, tout un soir\nQu'au cours de l’eau passaient, surnageantes, des roses,\nÉpaves du bouquet des heures blessées;\nLe Temps passait avec les eaux passées;\nElle pensait avec mes pensées\nSi longtemps que le bois de bleuâtre fu t mauve\nPuis plus sombre et noir. „\n\n\n\n\n\" J ’ai cru voir ma Tristesse — d it-il— et je l'ai vue\n— D it-il plus bas —\nElle était nue,\nAssise dans la grotte la plus silencieuse\nD e mes plus intérieures pensées.\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 359, "texte": "  Exergues.                                               221\n\n\n\nElle y était le songe morne des eaux glacées,\nL ’anxiété des stalactites anxieuses,\nLe poids des rocs lourds comme le Temps,\nLa douleur des porphyres rouges comme le sang,\nElle y était silencieuse,\nAssise au fond de mon silence\nE t nue ainsi que s'apparaît ce qui se pense.,,\n\n\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 222, "titre_corps": "Exergues : Présages emblématiques", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PRÉSAGES EMBLÉMATIQUES.    Le Temps a surpassé les heures", "ancre_fin": "tes jours entre dans la forêt.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONGES A V O IX BASSE POU R C E L U I QU I SE T AIT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 246, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "PRÉSAGES       E M B L É M A T IQ U E S .\n\n\n\n\nLe Temps a surpassé les heures et les roses !\nCertes, le fleuve est doux qui coule vers la Mer,\nE t la porte est ouverte encor qui sera close,\nE t ce qui sera cendre est encor de la chair.\n\n\n\nLe fruit avec l'automne aux vergers roux étale\nA la, branche qu'il tend vers ma satiété\nL’intact instant qui fa it sa pulpe triomphale\nEntre sa pourriture et sa maturité.\n\n\n\nLa lame de l’épée est au fourreau, ma Vie !\nE l l'or de la poignée est tiède sous ta main\nConfiante au sommeil où l'arme est engourdie...\nL'Occident peut-être est la face de demain.\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 263, "texte": "222                                                 la Wallonie.\n\n\n\nRegarde comme il saigne et comme il agonise ;\nLe Destin t'a souri hier quand tu pleurais,\nPrends garde que plus tard il ne pleure à te suivre...\nLe fleuve avec tes jours entre dans la forêt.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 222, "page_fin": 222, "titre_corps": "Exergues : Songes à voix basse pour celui qui se tait", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SONGES A V O IX BASSE POU R C E L U I QU I SE T AIT .     J 'ai vu fleurir, ce soir, de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 247, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 263, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "SONGES A V O IX BASSE POU R C E L U I QU I SE T AIT .\n\n\n\n\nJ 'ai vu fleurir, ce soir, des roses à ta main,\n— Ta main pourtant est vide et semble inanimée —\nJe t'écoute comme marcher sur le chemin,\n— E t tu es là pourtant et la porte est fermée —\n\n\nJ 'entends ta voix, mm frère, et tu ne parles pas ;\nL'horloge sonne une heure étrange que j'entends\nVenir et vibrer jusques à moi de là-bas...\nL'heure qui sonne est une heure d'un autre temps.\n\n\nElle n'a pas sonné, ici, dans ta tristesse\nI l me semble l'entendre ailleurs et dans ta joie\nE t plus l'obscurité de la chambre est épaisse,\nMieux il me semble qu'en la clarté j e te voie.\n\n\nL'ombre scelle d'un doigt les lèvres du Silence:\nJe vois fleurir des fleurs de roses à ta main,\nE t par delà ta vie autre et comme d'avance\nD e grands soleils mourir derrière ton Destin.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 223, "page_fin": 223, "titre_corps": "Allégorie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A L L É G O R IE .     L ’Ile de ma Mémoire au lac", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 248, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 863, "texte": "A L L É G O R IE .\n\n\n\n\nL ’Ile de ma Mémoire au lac clair de mes songes\nMire les tristes fleurs de ses rives dans l’eau,\nE t la terre y nourrit l'or moite des oronges,\nE t les roses en sang dont son automne est beau.\n\n\n\n\nLes hauts arbres jaunis enfeuillent la fontaine\nOù nul visage enfin ne se rencontre plus :\nFace pâle s'y voir sa tristesse hautaine,\nNi masque y accroupir son sourire camus.\n\n\n\n\nL e thyrse sans feuillage y gît près de l’ Épée.\nTon buis se fend, ô flûte! et ton ivoire, ô cor !\nLa palme est sèche, hélas, et la grappe est coupée\nLe Chevalier n'est plus et le Satyre est mort.\n\n\n\n\nL'Ile basse s'enfonce au lac de ma Mémoire\nAvec l'urne païenne et l'antique tombeau,\nE t l'ombre appesantit son poids expiatoire\nSur ce qui dort en paix sous le marbre de l'Eau.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 224, "page_fin": 225, "titre_corps": "La main tentée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "L A M A IN T E N TÉ E .     Toute la main s’appuie oi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "L A M A IN T E N TÉ E .\n\n\n\n\nToute la main s’appuie oisive sur la table\nD ont le marbre miroite une apparence d'eau,\nOù semble la Nuit même et son ciel véritable.\n\n\n\nLa svelte main se crispe et son geste est si beau\nD'un désir sans contact qui l'énerve qu'on songe\nA de tels doigts la clef, la palme ou le flambeau !\n\n\n\nL'onyx des ongles purs sur le marbre s'allonge\nVers une verrerie ample et debout en la\nSpirale d'un serpent qui l'entoure et la ronge.\n\n\n\nLe Temps pernicieux de son aile fêla\nLa panse obscène et grave, et le col qui s'écorne\nFusèle son cristal qu'une dent morcela.\n\n\n\nQuel philtre énigmatique, acariâtre et morne,\nCorrode, expiatoire, en ce vase, ou votif,\nLa tige du bouquet qui le surmonte et l’orne.\n\n\n\nTiges à qui surcroît un feuillage n a ïf\nL'Amour avec la Mort en sa fleur rose ou noire\nS'allégorise aussi de romarin ou, d'if.\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 581, "texte": "  Exergues.                                                     225\n\n\n\nLa main s’est détendue inerte. Tout, se moire\nLe marbre du progrès de son obscurité.\nLe Vivant, plus hautain du haut de quelque gloire,\n\n\n\nQui reposa enfin avec sécurité,\nD e par son abstinence et dans sa lassitude,\nSon geste sur la table où la fleur l'a tenté,\n\n\n\nLe Vivant satisfait avec sa solitude\nJusqu'à ne boire au vase où le serpent se tord,\nSemble être dans la nuit l'exemple et l'attitude\n\n\n\nD'un Frère intérieur que tu n'es pas encor.\n\n\n                                    Henri       de   RÉGNIER.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 226, "page_fin": 228, "titre_corps": "Pan et le Saturne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hugues Rebell", "ancre_debut": "PAN ET LE SATURNE.      J ’ai vu s’avancer les dieu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 251, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "PAN ET LE SATURNE.\n\n\n\n  J ’ai vu s’avancer les dieux étranges.\n   Sur la route infinie, sur la route que traversent\nles mille chemins du monde, j ’ai vu s’avancer Pan\net Saturne.\n   Saturne marche à pas lents ; il a la physionnomie\nd’un vieillard boudeur et dogmatique; il penche la\ntête comme sous le poids de l’expérience, mais en\nréalité à cause des fatigues de son âge ; ses paroles\ntombent dans sa barbe comme des oracles et son\ngeste monotone a l’ennui d’un commandement.\n   Ah ! tout autre est son compagnon. Mais comment\nle définir ? Ses yeux reflètent tantôt des paysages\ngraves d’étangs endormis, de moissons heureuses,\ntantôt des danses folles de sylvains et de bacchantes.\nSelon la lumière et l’ombre, il est blond et rose, noir\net pâle, roux et bruni. Il a parfois la solennité d’un\nprêtre qui conduit à l’autel des foules religieuses,\nparfois aussi l’allure libre et gaie d’un jeune homme\nqui embrasse sa maîtresse un soir de fête.\n   Pan parle le premier.\n   — Saturne ? où est ta fille la Nuit ? ta fille dont\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1321, "texte": "  Pan et le Saturne.                                  227\n\n\n\nles yeux brillent comme de tranquilles étoiles dans\nl’ombre douce de sa chevelure.\n   Saturne répond :\n   — Je l’ai tuée.\n   — Et pourquoi l’as-tu tuée ? s’écrie Pan.\n   — Je l’ai tuée parce qu’elle n’était pas semblable\nà moi, parce qu’elle n’avait pas la beauté que je\nsouhaitais pour elle.\n   — Et ton fils le Jour, qu’en as-tu fait ? lui qui,\nlorsque je le vis, courait dans les prairies aux hautes\nherbes et suivait les chasseurs sur les monts.\n   — Je l’ai tué aussi, continue Saturne.\n   Et comme Pan s’indigne et veut maudire le meur­\ntrier ;\n   — Oui ! je l’ai tué, reprend le vieillard, et j ’ai tué\naussi mon fils le Soir et ma fille l’Aurore, et d’autres\nque je ne me rappelle point et d’autres dont je ne me\nsoucie, car je veux que mes enfants reproduisent\nmes traits et mes formes, mon esprit et mon corps ;\net ceux dont le type s’écarte du type que j ’ai rêvé,\nje les voue au Styx, désirant ne plus jamais les\nrevoir.\n   Alors Pan cria dans la lumière :\n   — Sois donc exécré parmi les hommes, dieu crimi­\n nel, dieu stupide qui veut remplir l’univers de ton\n être et égorges tes fils !\n   Pour moi, continuel voyageur que réjouit l’étreinte\n de tant de femmes, puissent mes descendants ne\n point se ressembler et perpétuer seulement la variété\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1027, "texte": "228                                      la Wallonie.\n\n\n\nde mon désir! Comment d’ailleurs seraient-ils pareils\nà leur père, quand lui-même change sans cesse ?\nAinsi le ciel a perdu les nuances pures, l’éblouissante\nclarté de midi; le voici en feu comme pour célébrer\ndes noces barbares et bientôt ses torches s’étein­\ndront, ce sera la grande pâleur crépusculaire, ce\nsera la douceur tendre de la nuit.\n   O Monde, où toutes formes naissent et meurent\npour céder la place à d’autres formes aussi magni­\nfiques, je m’incline devant ta beauté infinie et je\nm’éloigne du ridicule vieillard qui t’a blasphémé.\n   Pan disparut à ces paroles. Peut-être se mêla-t-il\n à l’air, peut-être s’est-il enfoncé dans la forêt ou\n caché sous les eaux de quelque fleuve. Quant à\n Saturne, il continua sa route, le visage baissé, se\n heurtant contre les pierres et répétant, à haute voix,\n de lourdes sentences dont s’amusaient les hama­\n dryades malignes qui babillent dans la paix du soir.\n\n                               H u g u e s R EBELL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 229, "titre_corps": "L’iris", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’IRIS         Je t'apporte un iris cuei", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "L ’IRIS\n\n\n\n\n    Je t'apporte un iris cueilli dans une eau sombre\n    Pour toi, nymphe des bois, par moi, nymphe de l'eau.\n    C'est l'iris des marais immobiles, roseau\n    Rigide, où triste, oscille une fleur lourde d'ombre.\n\n\n    J'ai brisé, qui semblait un bleu regard de l'air,\n    L'iris du silence et des fabuleux rivages;\n    J'ai pris la tige verte entre mes doigts sauvages\n    E t j'a i mordu la fleur comme une faible chair.\n\n\n    Les gestes et les fleurs, ô sereine ingénue,\n    Parleront pour ma bouche impatiente et nue,\n    Où brûlent mes désirs et l'espoir de tes mains :\n\n\n    Accueille ici mon âme étrangement fleurie\n    E t montre à mes pieds lents par quels obscurs chemins\n    Je mêlerai ta honte à ma vaste incurie.\n\nOp. 30.\n\n\n\n\n                                                           17\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 230, "titre_corps": "Cléopâtre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CLÉOPATRE.                                               à Pierre Q uillard.   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Deux esclaves courbées\nChantent l'amant vainqueur et les pourpres tombées,\nEt la reine s'évente, une fleur à la main.\n\n\nSur ses yeux d'eau, brillante, avivés de carmin,\nBattent d'un lourd désir les paupières plombées.\nSa bouche épèle au dos sculpté des scarabées,\nL'impur et cher cartouche armé d'un nom romain.\n\n\nLe soleil, à travers le rideau jaune, éclaire\nL'oiseau sacré sur l’ Osiris triangulaire,\nLe bœuf rose et l'ibis bleu du Nil et les cieux ;\n\n\nMais penché vers le lit où se couche le monde,\nLe grand épervier noir, de son aile profonde,\nFait la nuit sur la reine et la cache à ses dieux.\n\n\n                                         Londres, 7 juillet.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 231, "page_fin": 231, "titre_corps": "Sonnet pour un éventail", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SONNET POUR UN ÉVENTAIL.           Où IL Y A V A IT T R O IS BRANC", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "SONNET POUR UN ÉVENTAIL.\n\n\n\n       Où IL Y A V A IT T R O IS BRANCHES\n\n QUI   SEM BLAIEN T    DES   PLUM ES   NOIRES.\n\n\n D'une main si triste mouvante\n Où palpite un éventail noir\n Avec ces plumes au miroir\n Une invisible Eue s'évente\n\n\n Les yeux mi-fermés elle invente\n Un cygne sur un lac du soir\n Elle sent monter et déchoir\n  Une aile en silence rêvante\n\n\n D ’où s'effile vers ce tableau\n Légère d'ombres et de rêve\n Une fin de plumes sur l'eau\n\n\n Où l'ombre invisible d'une Eve\n Qui d’un grand geste épanouit\n L e bel éventail de la nuit\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-014", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 232, "page_fin": 232, "titre_corps": "Le passant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE PASSANT.         Près des rives d’iris et d", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 779, "texte": "LE PASSANT.\n\n\n\n\n    Près des rives d’iris et des bouleaux des berges\n    Alternant ses pieds froids au courant des ruisseaux,\n    Il passe vêtu d'ombre et de jour sur les eaux,\n    E t le long de son corps déclinent ses mains vierges.\n\n    E t le long de ses bras deux iris, et le long\n    D e ses cheveux des lys alourdis de rosée\n    Pendent vers les prés blancs de la plaine élysée,\n    Où passe avec l'été le pâle éphèbe blond.\n\n    E t les dryades se penchant du creux des souches\n    Ouvrent de leurs doigts verts les lèvres de leurs bouches\n    Devant l'enfant qui vient sous les coudriers nains.\n\n    Mais un aigle envoyé par des mains éternelles\n    Emportera sur l'envergure de ses ailes\n    L e jeune dieu trop beau pour des yeux féminins.\n\nOp. 31.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 233, "titre_corps": "La prairie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA PRAIRIE.                                                    à John Gray.    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Des épingles pareilles retenaient sur sa\nnuque la masse tordue de tous ses cheveux, dont les\nreflets métalliques étaient d’une chaleur si rare et\nl’avaient fait nommer Chrysis par les courtisanes\nd’Alexandrie.\n   Ce n’étaient pas les cheveux pâles des Macédo­\nniennes de la cour, ni les cheveux teints des Asia­\ntiques, ni les cheveux bruns et noirs des filles\nd’Egypte, c ’était la chevelure d’une race étrangère,\ndes Magdaléennes en Judée.\n   Chrysis. Elle aimait ce nom-là. Les jeunes gens\nqui venaient la voir l’appelaient Chryséia comme\nAphrodite, dans les vers qu’ils mettaient à sa porte,\navec des guirlandes de roses, le matin. Elle ne\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "  Chrysis.                                           235\n\n\n\ncroyait pas à Aphrodite, mais elle aimait qu’on lui\n comparât la déesse, et elle allait quelquefois au\ntemple, pour lui donner, comme à une amie, des\nboîtes de parfums et des voiles bleus.\n   Elle était née à Magdala, sur le bord du lac de\nGénézareth, dans un pays d’ombre et de soleil. Sa\nmère était une prostituée, qui allait attendre, le soir,\nsur la route d’Jerouscbalaim, les voyageurs et les\nmarchands. C’était une femme très aimée en Galilée\net les prêtres ne se détournaient pas de sa porte, car\nelle était charitable et pieuse. Les agneaux du sacri­\nfice étaient toujours payés par elle ; la bénédiction\nde l’Eternel s’étendait sur sa maison. Or, quand elle\ndevint enceinte, comme sa grossesse était un scan­\ndale dans la ville (car elle n’avait point de mari), un\nhomme qui était célèbre pour avoir le don de pro­\nphétie, dit qu’elle donnerait naissance à une fille qui\nporterait un jour autour de son cou la richesse et la\nfoi d’un peuple. Elle ne comprit pas bien comment\ncela se pourrait, mais elle nomma l’enfant Sarah,\nc’est-à-dire princesse en hébreu. Ce qui fit taire les\nmédisants.\n   Chrysis avait toujours ignoré cela, car le devin\navait dit à sa mère combien il est dangereux de\nrévéler aux gens les prophéties dont ils sont l’objet.\nElle ne savait rien de son avenir. C’est pourquoi elle\ny pensait souvent. Elle se rappelait peu son enfance\net n’aimait pas à en parler. Le seul sentiment très\nnet qui lui en fût resté, c’était l’effroi et l’ennui que\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1475, "texte": "236                                       la Wallonie.\n\n\n\nlui causait chaque jour la surveillance anxieuse de sa\nmère, qui ne la quittait jamais, et, l’heure étant venue\nde sortir sur la route, la verrouillait dans sa chambre\npour d’interminables heures.\n    Elle avait douze ans quand elle s’échappa pour\n suivre une troupe de jeunes cavaliers qui allaient à\n Tyr comme vendeurs d’ivoire et qu’elle aborda\n devant une citerne. Elle se rappelait bien comment\n ils l’enlevèrent, pâle de joie, malgré les cris d’une\n femme qui courut dans la poussière jusqu’à ce qu’ elle\n y tombât, et comment ils s'arrêtèrent une seconde\nfo is pendant la nuit, une nuit si claire qu’on ne\n voyait pas une étoile.\n     L ’entrée à Tyr, elle ne l’avait pas oubliée non\n plus : elle, en tête, sur les paniers d’un cheval de\n  somme, se tenant du poing à la crinière, et laissant\n pendre orgueilleusement ses mollets nus, pour mon­\n  trer aux femmes de la ville qu’elle avait du sang le\n long des jambes. Le soir même, on partait pour\n  l’Egypte. Elle suivit les vendeurs d’ivoire jusqu’au\n  marché d’Alexandrie.\n     Et c’était là, dans une petite maison blanche de\n Rhakotis, qu’ils l’avaient laissée deux mois après,\n  seule, avec son miroir de bronze et une esclave hin­\n  doue qui savait coiffer les courtisanes. D ’autres\n étaient venus le soir de leur départ, et d’autres le\n lendemain.\n     Ce fut d’abord un curieux métier. Comme elle\n habitait le quartier des Egyptiennes où les jeunes\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "  Chrysis.                                          23 7\n\n\n\nGrecs de Bruchion dédaignaient de fréquenter, elle\nne connut longtemps, comme sa mère, que des voya­\ngeurs et des marchands. Elle ne revoyait pas ses\namants : elle savait se plaire à eux, sans qu’ils\neussent le temps de se rendre odieux. Elle était\narrivée à comprendre beaucoup de langues un peu,\net connaissait des contes de tous les pays. Des\nAssyriens lui avaient raconté les amours de Douzi\net d’Ischtar ; des Phéniciens, ceux d’Aschtoreth et\nd’Adoni. Des filles grecques des îles, qui s’étaient\nfaites aimer d’elle, lui avait dit la légende d’Itys.\nDes Carthaginois, — mais ceux-là voulaient faire\nprendre leurs fables pour de vraies, histoires, — lui\navaient parlé d’une déesse vierge qui avait sauvé\n Carthage, et de son frère Hanni-Baal, un héros\n mythique, par qui la ville s’était perdue. Tous lui\n apportaient, en présent, des bijoux des cités lointaines\n et des étoffes tissées dans les pays inconnus. Elle\n avait même, dans un coffre, un grand voile jaune\n aussi brillant que la mer, et qui venait, comme le\n soleil, de l’extrême orient du monde.\n   Longtemps elle vécut ainsi, mais comme elle\n devenait femme, ayant dix-huit ans, sa vie lui appa­\n rut de jour en jour plus affreusement monotone et\n vide.\n    Et un matin, comme elle se réveillait deux heures\n après le milieu du jour, lasse d’avoir trop dormi\n peut-être, elle se retourna sur la poitrine à travers\n son lit et se mit à percer de petits trous symétriques\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "238                                       la Wallonie.\n\n\n\n dans son oreiller vert avec une longue épingle d’or.\n   Elle réfléchissait profondément.\n   Ce furent d’abord quatre petits points qui faisaient\nun carré, et un point au milieu. Puis quatre autres\npoints pour faire un carré plus grand. Alors elle\nessaya de faire un cercle... Mais c’était un peu diffi­\ncile. Alors elle piqua des points au hasard, et com­\nmença à crier :\n   “ Djala! Djala! „\n   Djala, c’était son esclave hindoue, qui s’appelait\nDjalantachtchandratchapalam, ce qui veut dire\n“ mobile comme l’image de la lune sur l’eau „. Elle\ndisait Djala pour aller plus vite.\n   L ’esclave entra et se tint près de la porte, sans la\nfermer tout à fait.\n   — “ Madame ?\n   — Djala. Qui est venu hier?\n   — Madame ne sait pas?\n   — Non. Je ne l’ai pas regardé. Est-ce qu’il était\nbien? Je crois que j ’ai dormi tout le temps, je ne me\nsouviens plus. A quelle heure est-il parti? Ce matin\nde bonne heure?\n   — Oui, Madame. Il a dit...\n   — Qu’est-ce qu’il a laissé? Est-ce joli? Non, ne me\nle dis pas. Cela m’est tout à fait égal. Qu’est ce qu’il\na dit? Est-ce qu’il reviendra? Il n’est venu personne\ndepuis son départ? Donne-moi mes bracelets. „\n   L ’esclave apporta un coffret et l’ouvrit à genoux.\n   Chrysis ne le regarda point, mais levant son bras\nle plus haut qu’elle put :\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "  Chrysis.                                           239\n\n\n\n  — A h ! Djala! Djala! je voudrais des aventures\nextraordinaires.\n  Djala s’assit sur les talons et attendit.\n   Chrysis reprit d’une voix chantante :\n   — “ Dans tous les pays du monde, les dieux sont\ndescendus sur la terre et ont aimé des femmes mor­\ntelles. Ah ! dans quels lits faut-il les attendre, sur\nquelles plages faut-il les chercher, ceux qui sont un\npeu plus que des hommes? Quelles prières faut-il dire\npour qu’ils viennent, ceux qui feront tomber à mes\npieds l’étouffant ennui ? E t si les dieux ne veulent\nplus descendre, s’ils sont morts, ou s’ils sont trop\nvieux, Djala, mourrai-je aussi sans avoir vu un\nhomme qui soit homme, digne d’être tué ou d’être\naimé ? „\n   Elle se retourna sur le dos.\n   — “Si quelqu’un m’aimait vraiment, il m e semble\nque j ’aurais tant de joie à le faire souffrir jusqu’à ce\nqu’il en meure. Ceux qui viennent chez moi ne sont\npas dignes de pleurer. Et puis, c’est ma faute, aussi :\nc’est moi qui les appelle : comment m’aimeraient-ils?„\n   — Quel bracelet mettra Madame aujourd’hui ?\n   — Je les mettrai tous. Mais laisse moi, je n’ai\nbesoin de personne. Va sur les marches de la porte,\net si quelqu’un vient, dis que je suis avec mon\namant, un esclave noir, que je paie... Va.\n   — Madame ne sortira pas ?\n   — Si. Je sortirai seule. Je m’habillerai seule. J e\nne rentrerai pas. Va-t-en, va-t-en !\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "240                                       la Wallonie.\n\n\n\n   Elle laissa glisser une jambe jusque sur les tapis\net s’étira. Quand Djala fut partie, elle se leva tout-\nà-fait.\n   Elle marcha très lentement par la chambre, les\nmains croisées autour de la nuque, toute à la volupté\nd’appliquer sur les dalles ses pieds nus et chauds où\nla sueur se glaçait, et elle entra dans son bain.\n   C’était un bonheur pour elle, de se regarder à\ntravers l’eau. Elle se voyait comme une grande\ncoquille de nacre ouverte sur un rocher. Sa peau\ndevenait unie et parfaite, les lignes de ses jambes\ns’allongeaient dans une lumière bleue, toute sa taille\nétait plus souple, elle ne reconnaissait plus ses\nmains. L’aisance de son corps était telle qu’elle se\nsoulevait sur deux doigts, se laissait flotter un peu,\net retomber mollement sur le marbre, sous un\nremous léger qui heurtait son menton. L ’eau péné­\ntrait dans ses oreilles avec l’agacement d’un baiser.\n   Le jour commençait à baisser : elle se dressa dans\nla piscine, sortit de l’eau et marcha vers la porte. La\nmarque de ses pas brillait sur la pierre. Elle ouvrit\nla porte toute grande au dehors et s’arrêta le bras\nallongé sur le loquet... Puis rentra quand Djala l’eut\nvue, et près de son lit, debout et mouillée, dit à\nl’esclave :\n   — “ Essuie-moi. „\n   La Malabaraise prit une large éponge à la main et\nla passa dans les doux cheveux d’or de Chrysis, tout\n chargés d’eau, et qui ruisselaient en arrière; elle les\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1474, "texte": "  Chrysis.                                            241\n\n\n\nsécha, les éparpilla, les agita moelleusement, et plon­\ngeant l’éponge dans une outre d’huile, elle en caressa\njusqu’au cou sa maîtresse, avant de la frotter avec\nune étoffe rugueuse qui fit rougir sa peau assouplie.\n   Chrysis s’enfonça dans un siège de marbre, et\nmurmura:\n   — “ Coiffe-moi. „\n   Dans la clarté horizontale du soir, la chevelure\nencore humide et lourde, brillait comme une averse\nilluminée de soleil. L ’esclave la prit à poignée et la\ntordit. Elle la fit tourner sur elle-même, telle qu’un\n gros serpent de métal que trouaient comme des\nflèches les longues épingles droites, et elle enroula\n tout autour une bandelette verte trois fois croisée,\n afin d’ en exalter les reflets par la soie. Chrysis tenait\n en main un miroir de bronze poli: elle regardait\n distraitement les mains obscures de l’esclave se\n mouvoir dans les cheveux profonds, arrondir les\n touffes, rentrer les mèches folles et sculpter la che­\n velure comme une coupe renversée, comme le casque\n d’or d’une reine étrangère. Quand tout fut accompli,\n Djala se mit à genoux devant sa maîtresse et fit\n usage d’un petit rasoir étroit et court, afin que la\n jeune femme eût l’air d’une statue.\n    Chrysis alors devint plus sombre et dit gravement :\n    — “ Farde-moi. „\n    Une petite boîte de bois rose, qui venait de l’île\n Taprobane, contenait tous les fards connus. Avec un\n pinceau en poils de chameau, l’esclave prit un peu\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": "242                                       la Wallonie.\n\n\n\nd’une pâte noire, qu’elle déposa sur les longs cils\ncourbes et fins pour que les yeux parussent plus bleus.\nDeux traits décidés au crayon les allongèrent, les\namollirent: une poudre bleuâtre plomba les pau­\npières : deux taches de vermillon v if accentuèrent\nles coins des larmes. Il fallait, pour fixer les fards,\noindre de cérat frais le visage et la poitrine : avec\nune plume à barbes douces, qu’elle trempa dans la\ncéruse, Djala peignit des traînées blanches le long\ndes bras et sur le cou: avec un petit pinceau gonflé\nde carmin, elle ensanglanta la bouche et toucha les\npointes des seins : ses doigts qui avaient étalé sur\nles joues un nuage léger de poudre rouge marquèrent,\nà la hauteur des flancs, les trois plis profonds de la\ntaille : et avec un tampon de cuir fardé, elle colora\nvaguement les coudes et aviva les dix ongles. La\ntoilette était finie.\n   Alors Chrysis se mit à sourire, et dit à l’Hindoue:\n   — “ Chante-moi. „\n   Elle se tenait assise et cambrée dans son fauteuil\nde marbre. Ses épingles faisaient un rayonnement\nd’or derrière sa face: ses mains, appliquées sur sa\ngorge, espaçaient entre les épaules le collier rouge de\nses ongles peints, et ses pieds blancs étaient réunis\nsur la pierre. Djala s’accroupit le plus loin qu’elle put\net se souvint des chants d’amour de l’Inde :\n   — “ Chrysis, elle chantait d’une voix monotone,\nChrysis ! tes cheveux sont comme un essaim\nd’abeilles arrêté sur un arbre. Le vent chaud du sud\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "  Chrysis.                                          248\n\n\n\nles soulève, les élargit, les pénètre, avec la rosée des\nluttes de l’amour, et le parfum mouillé des fleurs de\nla nuit. „\n   La Juive alterna, d’une voix plus douce et lente:\n   \" Mes cheveux sont comme une rivière infinie\ndans la plaine, où le soir enflammé s’écoule. „\n   Et elles chantèrent, l’une après l’autre.\n   “ Tes yeux sont comme des lys d’eau bleus aux\ntiges brisées, immobiles sur des étangs. „\n   — Mes yeux sont à l’ombre de mes cils comme des\nlacs profonds sous des branches nocturnes.\n   — Tes lèvres sont deux fleurs délicates où est\ntombé le sang d’une biche.\n   — Mes lèvres sont les deux bords d’une blessure\nbrûlante.\n   — Ta langue est le poignard sanglant qui a fait\nla blessure de ta bouche.\n   — Ma langue est tout incrustée de pierres pré­\ncieuses : elle est rouge de mirer mes lèvres. „\n   Djala s’approcha de la courtisane avec un geste\nd’adoration.\n   “ Tes bras sont arrondis comme deux défenses\nd’ivoire. „\n   — Mes bras sont allongés comme deux tiges de\nlys, où mes doigts luisent comme des pétales.\n   —Tes cuisses sont deux trompes d’éléphants blancs,\nqui portent les pieds comme deux fleurs rouges.\n   —Mes pieds sont deux feuilles de nénufar sur l’eau :\nmes cuisses sont deux boutons de nénufar gonflés.\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "244                                        la Wallonie.\n\n\n\n   — Tes seins sont deux boucliers d’argent dont le\npointes sont entrées dans le sang.\n  — Mes mamelles sont la lune et le reflet de la lune\ndans l’eau.\n   Mon nombril est un puits profond dans un désert\nde sable rose et mon bas-ventre est une oasis de pal­\nmiers.\n   Il se fit un silence. L ’esclave mit la face contre\nterre. Alors la courtisane chanta.\n   “ Elle est comme une fleur souple et bleue d’où\nrayonnent des étamines d’or :\n   Elle est comme une méduse de mer au milieu de\nses tentacules.\n   Elle est comme une grotte de la nuit à l’ombre\n d’un buisson d’étoiles. „\n   La prosternée murmura très bas :\n    “ Elle est effrayante. C’est le visage d’une déesse.,,\n    Chrysis posa son pied sur la nuque de l’esclave et\n dit en riant :\n    — “ C’est très bien, Djala. „\n    La nuit était venue : mais la lune était si lumineuse,\n que la chambre s’emplissait de clarté bleue. Chrysis\n regardait son corps où les reflets étaient immobiles,\n et d’où les ombres tombaient très noires.\n    Elle se leva brusquement.\n    — “Djala? à quoi pensons-nous ? Il fait nuit. Je ne\n suis pas sortie. Il n’y aura plus sur l’heptastadion que\n des matelots endormis. Dis-moi, Djala, je suis belle ?„\n    L ’esclave joignit les mains.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": " Chrysis.                                             245\n\n\n\n    — “ Dis-moi, Djala, je suis plus belle que jamais,\ncette nuit ? je suis la plus belle femme du monde.\nN’est-ce pas qu’il me suivra comme un chien, celui\nqui passera tout à l’heure dans le regard de mes\nyeux fardés ? N’est-ce pas que j ’en ferai ce qu’il me\nplaira, et que j ’ai toute autorité sur l’âme et sur le\ncorps des hommes. Habille-moi, Djala. „\n    Autour de ses bras, deux serpents d’argent s’en­\nroulèrent. A ses pieds, on fixa des semelles de\n sandales qui s’attachaient à ses jambes brunes par\n des lanières de cuir croisées : elle boucla elle-même\n autour de son ventre une ceinture de jeune fille qui\n ne supportait pas les seins : à ses oreilles, elle passa\n de grands anneaux ronds, à ses doigts des bagues et\n des sceaux, à son cou trois colliers de pierres que lui\n présentait son esclave. Elle se regarda quelque\n temps, ainsi nue entre ses bijoux; mais tirant du\n coffre où elle avait plié une vaste étoffe trans­\n parente de lin jaune, elle la fit tourner tout autour\n  d’elle et jusqu’à terre s’en drapa. Des plis diagonaux\n  sillonnaient le peu qu’on voyait de son corps à\n  travers le tissu léger ; un de ses coudes saillait sous\n  la tunique serrée, et l’autre bras qu’elle avait laissé\n  nu, portait relevée la longue queue, afin d’éviter\n  qu’ elle tramât dans la poussière.\n     Elle prit à la main son éventail de plumes, et\n   sortit nonchalamment.\n     Debout sur les marches du seuil, la main appuyée\n   au mur, Djala seule, regarda la courtisane s’éloigner.\n                                                 18\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 382, "texte": "246                                                    la Wallonie.\n\n\n\n   Elle marchait lentement, le long des maisons, dans\nla rue déserte où donnait la lune. Elle penchait la\ntête sur l’épaule. Une petite ombre mobile se traînait\nderrière ses pas.\n                                       P ie r r e   LOUŸS.\n\n\n Extrait de La Tragique Histoire de Chrysis, courtisane d’ Alexandrie.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-017", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 247, "page_fin": 247, "titre_corps": "Envoi", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "ENVOI.                                              de l'Echarpe d'iris.    Souve", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 272, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "ENVOI.\n                                             de l'Echarpe d'iris.\n\n\n\nSouvenons-nous du crépuscule sur la route.\n\nComme l'affliction de la plaine et des eaux,\nD'une douleur d'adieux au ciel des soirs pâlie\nSe meurt la plainte intermittente d'un oiseau\nE t d'invisibles paons se lamentent, écoute:\n\nCe crépuscule était notre âme lasse en fuite\nVers le silence où l'or des beaux rêves poudroie,\nOù traîne à l'horizon la seule pure joie\nDes pâtres de l'espoir et des mélancolies.\n\nCe crépuscule était noire âme, Marguerite,\nNée au triomphe clair qui couronne les monts,\nLes monts aimés qu'endort un apaisement long.\n\nTu chéris ce repos qui des villes isole,\nE t tu joins à mes mains tes mains pour la prière\nD ont les lèvres jamais n'ont gémi la parole,\nNi chanté le désir que nous chante l'espoir,\n\nEnfants dont les yeux pers sont les ciels de lumière.\n      D es fêtes que glorifièrent\nLes encensoirs levés en leur brume et les soirs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-018", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 248, "page_fin": 248, "titre_corps": "A Stuart M...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A STU A RT M.         Viens, mon Stuart, trouvè", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "A STU A RT M.\n\n\n\n     Viens, mon Stuart, trouvère insigne,\nVers le pays de soleil dont les fruits\nMerveilleux, par la terre latine à l'univers produits,\nE t le vin qu’on boira des généreuses vignes\nD e tes rêves domaniaux sont les trésors.\n\nC'est là que vit ta Muse avec ses châtelaines\n     Depuis qu’à ces filles du Nord,\nServantes d'harmonie, au chant des cantilènes\nQue savent sur le luth rythmer tes doigts divins,\nA la poupe enchanteur des berceuses carènes,\n     Tu montras le chemin.\n\nL'Amérique profonde, en mines d’or fertile,\nPrit soin, ô mon Stuart, de richesses t'orner,\nAfin que soit hommage au décor de ton style\nTout cet or d'Amérique à tes rimes donné.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-019", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 249, "page_fin": 249, "titre_corps": "Le nuage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Saint-Paul", "ancre_debut": "LE NUAGE.      Quelques-uns ont vu le ma", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "LE NUAGE.\n\n\n\n  Quelques-uns ont vu le masque de la Sphynge;\n  Mais tous les autres ne Vont point vu.\n  Ce masque est un laiteux sourire que nacrent deux yeux d’eau.\n  Quelques-uns ont vu le corps de la Sphynge;\n  Mais tous les autres ne Vont point vu.\n  Ce corps est une fraîcheur de chairs d'anges.\n\n\n               E t ce masque les a fascinés ;\n               E t ce corps les a ensorcelés.\n               La Sphynge désire.\n\n\n  Lui offrent-ils le sacrifice de ce. qu'ils croient son désir, parce\nqu’ils ont compris le signe d'élection qui divinise !\n  Mais tous les autres n’ont rien compris.\n\n\n                                      A l b e r t S A I N T -P A U L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-020", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 250, "page_fin": 251, "titre_corps": "La fleur immortelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Quillard", "ancre_debut": "L A FL EUR             IMMORTELLE.     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O rayons\nEteints, vols disparus d'aigles et d'alcyons,\nVoix morte désormais sur des lèvres souillées.\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "La Fleur immortelle.                                           251\n\n\n\n    Voix morte et pour moi seul vivante : je voudrais\n    Ne plus l'entendre et que la terre devint noire\n    E t que la nuit sereine engloutît la mémoire\n    D e ta beauté semblable aux roses des forêts.\n\n\n    Mais l'ombre décevante est encore hantée\n    Par les dieux importuns qui défendent l'oubli\n    E t la poignante fleur au calice pâli\n    Sollicite toujours ma bouche ensanglantée.\n\n                                P i e r r e Q U IL L A R D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-021", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 252, "page_fin": 260, "titre_corps": "Les initiés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Bernard Lazare", "ancre_debut": "LES INITIÉS ( 1).                                                             »                         ( P o è m e D r a m a t i q u e .)                       DEUX", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 277, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "LES INITIÉS ( 1).\n                                                            »\n\n                       ( P o è m e D r a m a t i q u e .)\n\n\n\n                   DEUXIÈM E PA R T IE .\n\n\n                            Ier Tableau.\n\n   Sur la place, près du temple de Bakkhos. Des groupes\n                    nombreux stationnent.\n\n                         un      V ie il l a r d .\n\n  Les jeunes gens d’aujourd’hui ne sont pas gais. Jadis,\nquand on célébrait les fêtes du Dieu, j ’entendais retentir\nd’étourdissantes et joyeuses clameurs.\n\n              un   A u t e u r c o m i q u e , qui passe.\n\n  Jadis tu n’étais pas sourd.\n\n              une    P r o c u r e u s e , au vieillard.\n\n  Ne trouves-tu pas les filles laides?\n\n                          le     V ie il l a r d .\n\n  La beauté n’existe plus.\n\n\n ( 1) Des fragments de ce poème dramatique ont déjà paru dans   la\nWallonie, n° de novembre 1891.\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "  Les Initiés.                                               253\n\n\n\n             une   C o u r t i s a n e éclatant de rire.\n\n  Parce que tu ne peux plus en jouir.\n\n                      un    jeu n e   H omme .\n\n  Je n’avais jamais vu le soleil aussi brillant en un jour\nd’automne.\n\n                       un    H omme       m ur.\n\n\n  Il y a cinq ans, les grappes étaient déjà vendangées.\n                 Un Philosophe entre entouré de ses disciples.\n\n                       le    Ph il o s o p h e .\n\n  Si nous émanons des idées, c ’est en partant de nous-même\nque nous parviendrons à connaître leur essence. Voilà le\nsens de la parole socratique.\n\n                        un    M o r a l is t e .\n\n  Socrate a seulement voulu nous donner une règle de\nconduite. Vous transformez une formule d’éthique eu\nprincipe métaphysique.\n\n                       le    P h il o s o p h e .\n\n  Vous rapetissez la pensée du maître.\n\n                        le   M o r a l is t e .\n\n  Vous la faussez.\n  Tumulte parmi les élèves. Ils s'éloignent.\n  (Antiphos et Kalaithis se promènent tendrement enlacés.\nSimaitha paraît; elle est seule, elle erre lentement et croise le\ncouple en le regardant avec envie.)\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "254                                                     la Wallonie.\n\n\n\n                              K a l a it h is .\n\n  As-tu écouté ce vieillard, Antiphos ? Il prétendait qu’il n’y\na plus de belles vierges.\n\n                                A n t ip h o s .\n\n  Ce vieillard est un fou, Kalaithis. Il ne t’avait pas vue.\n\n                              K a l a it h is .\n\n  Peut-être avait-il raison. On dit qu’il y eût autrefois des\nhétaïres semblables aux déesses.\n\n                                A n t ip h o s .\n\n  Qu’importe ! elles sont mortes, et je t’ aime (il l’embrasse).\n\n                 S I M AI TH A passe, elle a entendu.\n\n  Un jour, celui-là aussi chantera la palinodie.\n\n                         un   S o p h i s t e , ivre.\n\n  Je viens de quitter ces philosophes, ils se battaient. L ’un\ndisait que la réalité appartient aux idées et uniquement à\nelles ; l’autre soutenait, je crois, le contraire. J ’ ai dit, je crois...\nen effet, je n’ai pas très bien compris son raisonnement et il\nest possible qu’ils se battent tout en étant du même avis.\nMoi, je soutiens la réalité de mon ivresse (à un Sceptique qui\ns’est approché). Ai-je raison?\n\n                           le     Sc e p t iq u e .\n\n   Il se peut que tu aies seulement les apparences d’un\nhomme ivre.\nl e S o p h i s t e , éructant du vin sur la robe de son interlocuteur,\n\n   Tiens, voilà pour te convaincre.\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1231, "texte": "  Les Initiés.                                                  255\n\n\n\n                          le    Sc e p t iq u e .\n\n\n  Triple chien, tu n’as rien prouvé ainsi (il le frappe, le\nSophiste chancelle et tombe).\n\n                               A n t ip h o s .\n\n  Quand nous aurons vu le cortège, nous irons dans les\nvignes, retrouver les vendangeurs.\n\n                           K a l a it h is .\n\n  Nous chanterons avec eux, et nous crierons, évohé !\n\n                               A n t ip h o s .\n\n  Puis, quand le soir viendra,               sur la terre jonchée de\npampres...\n\n          K a l a i t i u s lui met la main sur la bouche.\n\n  Tais-toi, Antiphos.\n\n                               A n t ip h o s .\n\n  Je me tairai ce soir.\n\n                          une      Matrone.\n\n  Voila la théorie qui s’avance.\n  La foule se presse pour regarder.\n   On voit d'abord paraître les joueurs de flûte, et ceux qui\nfrappent les tympanons. Le grand prêtre les su it; il est ceint\ndu diadème et sa robe nuancée de bleu est brodée d'or ; il est\nentouré par les prêtres et par les prêtresses, couvertes du voile\nbrodé de pourpre. Les thyases s'avancent ensuite, précédés\nchacun du Prostates et de l'Archiereus. Les Initiés marchent\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": " 256                                                la Wallonie.\n\n\n\n derrière eux. Ils vont tous pieds nus ; les hommes sont vêtus de\n blanc, leurs cheveux sont relevés par des cigales d’or et ils sont\ncouronnés de myrte; les femmes portent le manteau, elles sont\ncoiffées du chapeau de feutre. Les protomystes, le front cerclé\nd’une lame d'or, ferment le cortège.\n   La théorie traverse lentement la place, elle gravit les degrés\ndu temple, et tandis qu’elle pénètre sous le portique, les spec­\ntateurs se dispersent.\n\n\n\n                           IIe Tableau.\n\n   La salle la plus reculée du temple de Bakkhos. Seuls, sont\nentrés les hiérophantes, les prêtresses et les prêtres, les époptes,\nles mystagogues et les mystes; les protomystes n'ont pas été\nadmis.\n   Nul flambeau, nulle lampe ne brille-, à peine, dans les\nténèbres, entrevoit-on les masses confuses des piliers et des\nstatues. On entend des bruits terribles ; des éclairs illuminent\nla nuit ; des monstres bizarres apparaissent et disparaissent\nrapidement. Peu à peu, des clartés douces blanchissent le fond de\nl'édifice ; une calme lumière se répand; les clameurs terrifiantes\ncessent; les flûtes, les cymbales, les tympanons et les crotales\ns'unissent en de pénétrantes harmonies ; des formes pâles se\njouent autour des colonnes ; des voix s'élèvent et les hymnes\n se déroulent.\n\n                      p r e m iè r e   Hym ne.\n\n       (Elle est soutenue par les tympanons et les cymbales.)\n\n   Silénos, c’est toi d’abord que nous invoquons. Silénos, à\ntoi la manne.\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1453, "texte": "  Les Initiés.                                              257\n\n\n\n  Vénérable, chaste, ceint de pampres, ineffable nourricier\ndu roi Bakkhos, nous t’implorons.\n  Accours avec les satyres aux pieds cornus, au corps de\nbêtes, qui sur le Tmolos sacré vont chantant le glorieux\nDionysos.\n  Viens avec les Bakkhantes aux fauves chevelures éparses,\nqui courent par les bois profonds.\n  Viens au divin sacrifice; sois présent parmi nous, Silénos,\nô Silénos.\n  (Les tympanons et les cymbales se taisent. Un silence se fait,\npuis les flûtes accompagnent les chants qui reprennent.)\n\n                     d e u x iè m e    Hym ne.\n\n  Magnanimes filles du vieil Okéanos, Nymphes, acceptez\nde nous les Aromates.\n  Comme vous répandez les rosées, dispensez les bien.\nNourrissez-nous, ainsi que vous avez nourri Bakkhos.\n  Vous volez dans les airs; vous fl uez des rochers; vous\nerrez parmi les forêts; vous chantez au milieu des sources;\nvous hantez les vallées. Partout, vous êtes partout, Païonides.\n  Accourez, vierges blanches et parfumées, aux douces\nhaleines. Accourez, suivies des Aigypans.\n  Hamadryades, Nysienne furieuse, venez aux mystères.\n  Venez, ô Nymphes, bienveillantes.\n  (Les flûtes et les crotales, les cymbales et les tympanons\nrésonnent bruyamment; les voix deviennent plus joyeuses et\nplus fortes.)\n\n                     t r o is iè m e   Hym ne.\n\n  O Bakkhos, Bakkhos, ô Bakkhos!\n  C’est pour toi, grand roi, que les parfums brûlent sur les\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "258                                               la Wallonie.\n\n\n\ntrépieds d’or. Pour toi. le styrax et la manne, la myrrhe et\nles aromates, la cinnamome et le benjoin, tous les parfums,\ntous, excepté l ’encens.\n  Perpétuellement nous te prions dans ton sanctutâre, dési­\nrable Dionysos : Sois-nous favorable, dieu guerrier qui te\nréjouis du sang. Accueille nos sacrifices, porteur de thyrse,\ncar toujours nous t’avons adoré, Bienheureux qui te souviens\ndes injures.\n  Nourrisson d’Aphrodité, accours ; sans loi, nous ne vivons\npas. O maître de Naxos, le plus puissant des immortels; Roi\ncouronné de la mitre, farouche, joyeux, protège tes enfants.\n  Viens, Dieu bondissant et donne à tous le bonheur.\n  O Bakkhos, Bakkhos, ô Bakkhos!\n\n                    QU ATRIÈM E H Y M N E .\n\n  (Elle est dite lentement, sur une sorte de mélopée bizarrement\ntriste que les instruments n'accompagnent pas.)\n              R oi B akkhos, trois fois revenu.\n                   Nous te saluons\n       Dionysos aux deux sexes et aux deux formes,\n                 Accepte nos sacrifices\n             Bassaréen qui a mille noms\n                   Ecoute nos prières !\n  O Semence vénérable,Daïmon libérateur, Germe des dieux,\nEuios, Lysios, Lenaios, nous avons soif de toi.\n  Prince des mystères, Orgiaste, délivre-nous des chaînes\nmauvaises, fais briller sur nous ta sagesse, illumine nos\nesprits, Paian.\n   Dieu vierge, écarte les tentations, épure nos âmes,prépare-\nles à recevoir tes paroles.\n                                       (Le rythme se ralentit.)\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1547, "texte": "  Les Initiés.                                                 259\n\n\n\n  Fleur pure, pénètre nos narines de tes parfums, ainsi\nseront-elles fermées aux excitations viles.\n  Flamboyant Sabazios, éblouis nos yeux : ils ne verront\nplus que ta gloire.\n  Rugissant Liknitès, clos nos oreilles : elles entendront\nseulement ta voix.\n  Ampbiétès, sois propice à ceux qui viennent humblement\nà tes mystères et fais mûrir les fruits excellents pour les\ninitiés.\n                  ( Les voix se font très basses et très graves.)\n  O père sacré ! tu es en nous, en toi nous sommes. Nous\nbuvons ton sang et tu es notre sang. Nous mangeons ta chair\net tu es notre chair. Par toi nous vivons et par nous tu vis.\nCréateur divin ; toi la mort, toi la vie; toi vivant, toi mort;\nprésent et caché; contenant tout, contenu dans tout; viens,\nviens, viens, Zagreus, Zagreus, Zagreus !\n      (Tout se tait et après un long silence, l’Hiérophante crie.)\n\n                       L ’H ié r o p h a n t e .\n\n   Le taureau a engendré le serpent; le serpent a engendré\nle taureau.\n     (Les prêtres formant le chœur paraissent près de l'autel.)\n\n                          L e Ch œ u r .\n\n                              Strophe.\n\n   A l’origine, il était, lui : Chaos — Il existait, premier\nprincipe, infini, insondable — de lui il naquit : Erebos, le\nmâle. — Puis sortit la femelle : la Nuit — Elle engendra\nl’œuf, elle l ’engendra, l’ immense — De l’œuf d’argent surgit\nl’Etre : Phanès, Phanès — Vers sa mère, il vint, le dieu\nMétis — Ericapeus créa Zeus, le ciel et la terre.\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "260                                                 la Wallonie.\n\n\n\n                      A n t is t r o p h e .\n\n  Du verbe sacré était né Zeus. — Le roi s’éprit d’amour\npour Deo vénérable — Taureau divin, il approcha d’elle —\nCourroucée, Deo le repoussa — Alors Zeus s’humilia, plein\nd’astuce — Subtilement il lança u n membre de bélier. — La\ndéesse confiante le reçut — Elle enfanta Koré l’éternellement\njeune.\n                           Épode.\n\n  Vierge puissante, O Persephonée — Il te convoita, Zeus,\nton père — Il prit la forme du dragon. — Tu l’accueillis\nalors, déesse — Tu conçus ton frère : Zagreus — Zagreus\nest l ’Enfant, le Taureau divin — Il est le Grand qui devait\nnaître — Il 'est le Puissant, le Premier — De tous temps il\ndevait venir — Salut à lui, salut au Père : à Zagreus.\n  (Le fond du temple s’ouvre brusquement et on aperçoit les\npentes de l'Olympe.)\n\n                                       B e r n a r d L A ZA R E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-022", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 263, "titre_corps": "Vers dorés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VE R S DORÉS.    Ils contemplaient leur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 286, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "VE R S DORÉS.\n   Ils contemplaient leurs idées\nprendre des form es corporelles\net se jouer sur les tentures.\n       Petit traité du Sadisme.\n                                            A A l p h o n s e G e r m a in .\n\n                                   I.\nInutiles étés épanchant leurs vignobles\nRutilants aux coteaux de sensualité —\nUn peuple est là : sentir, un songeur : voir; un noble:\n“ Or des heaumes sanglants enrayons éclatés.,,\n                                   II.\nAu ciel paré de rêve et de mélancolie,\nA h! plutôt toi, Virginités, ô Voie lactée,\nAstres ! décor fugace effarant ma folie\nOù s’exalte la mort ardente des étés.\n                                   III.\nMais un cor pleure ; une forêt vibre et frissonne :\nCeci qui fut un songe oscille et s’évapore...\nEt Cela devient fleur où ne vivait personne\nHormis l’âme d’argent du cor qui pleure encore.\nEt Titania chante une chanson d’automne.\n\n                                   I V .‘\n“ Titania, quels cris s’égrènent un à un\nVers le lointain qui psalme un sombre Te Deum !...\nV oici des bois et des pavots et des parfums\nEt le murmure sourd des madrigaux défunts.,,\nOr l’ Enfant caressait le muffle d e Bottom.\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "262                                               la Wallonie.\n\n\n\n                              V.\n“ Je yeux t’édifier une église farouche\nEt pleine de sanglots pâmés vers tes autels,\nO Belle qui retiens l’aurore sur ta bouche...,,\nTitania soupire aux échos fraternels.\n                              V I.\n“ Ma Triste, que n’es-tu la seule Floramye\nQui tente un Parsifal troublé dans sa candeur :\nLe Réel te redoute et le Rêve t’envie —\nEt ton âme est en deuil au seuil noir de ton cœur.,,\n                             VII.\nUn adieu flotte dans l’air vague et s’éternise....\nDes pas précipités froissent les feuilles mortes...\nUn Souvenir est là, sur le seuil de l’église\nDont la Peur et la Nuit forcent toutes les portes.\n                             VIII.\nO tout cet autrefois pourchassé par les loups\nQui rôdent affamés autour du Souvenir\nDu pâle Souvenir dont le Sort est jaloux....\n“ Mais les loups s’enfuiront en te voyant venir.,,\n                              IX.\nAutre décor! — une eau se songe à jamais grise\nParmi des gazons noirs aux odeurs de tombeaux;\nLa brume, çà et là, sinistrement s’irise\nOù s’évague en silence un peuple de corbeaux.\n                              X.\nJe braverai l’étang sournois, les nénuphars\nQui dorment là cerclés d’écume et de ferments\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1036, "texte": "   Vers dorés.                                            263\n\n\n\nE t ces oiseaux muets dont les ailes s’effarent\nA cause du mystère et du renoncement\nDe cette eau séculaire, ennuyée et bourbeuse.\n                              X I.\n“ Et je te ravirai vers la rivière heureuse\nDont les flots sont pareils à des yeux attentifs,\nEt qui baigne mes parcs tièdes et toujours verts ;\nEt je te montrerai mes grands jets d’eau pervers\nElancés vers le ciel comme des lys lascifs.,,\n                              X II.\nNon : point de fleuves, plus de Seines, plus de Meuses;\nSois la fleur solitaire en un lac ignoré :\nToi seule, enfant des vents adolescents, Rieuse\nEn horreur aux Elus et du Mal adorée...\n“ Pourrai-je te cueillir, corolle ténébreuse ? „\n                             X III.\n“ Immortel Sacrilège éclos parmi des roses,\nSi pourtant tu venais telle que je te crois :\nEquivoque et semblable au songe d’Autrefois,\nSi tu venais, ô toi que l’aube triste impose?...,,\nJe tracerais dans l’air le signe de la croix.\n\n         Juillet, 1892.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-023", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 264, "page_fin": 265, "titre_corps": "Les ennemis de la lune", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adolphe Retté", "ancre_debut": "LES ENNEMIS DE LA LUNE.                                         A H enri M a z e l .        La Pleine L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "LES ENNEMIS DE LA LUNE.\n\n                                       A H enri M a z e l .\n\n\n\n\n   La Pleine Lune monte dans le ciel frissonnant d’or.\nToutes les Etoiles célèbrent la fête de la mi-été. —\nCependant la Lune gravite vers le Zénith : on dirait\nun lumineux oiseau d’argent ennemi des ors veloutés\ndu ciel, car à mesure qu’Elle s’élève, les Etoiles s’en­\nfuient comme de scintillantes phalènes pourchassées\net puis s’éteignent.\n   Eux, Ils arrivent, un à un, par différents chemins\net Ils s’asseyent en cercle au milieu de la prairie où\ncroissent des lys rigides élancés vers la Lune.\n   Ils s’asseyent en silence; tout d’abord, chacun\nprend plaisir à casser la tige des lys qui se trouvent\nà sa portée et à en disperser les pétales dans la nuit.\nPuis Ils suivent anxieusement du regard le vol de\n la Lune. A chaque nouvelle Etoile qui s’ éteint, Ils\n soupirent; certains murmurent des imprécations;\n d’autres pleurent sans dire rien; et leurs larmes\n glissent lentement sur leurs joues pâles et luisent\n sous la Lune. Quand toutes les Etoiles sont éteintes,\n Ils se cachent la face dans leurs mains et, plus que\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 762, "texte": "  Les ennemis de la Lune.\n\n\n\njamais silencieux, Ils écoutent les consolations insi­\ndieuses que l’Ombre leur chuchote très bas.\n   Mais dès que la Lune commence à décliner, Ils\nrelèvent la tête et se prennent à sourire.— Lorsqu’Elle\n a disparu derrière l’horizon, Ils éclatent d’un grand\nrire lugubre.\n   Les Etoiles ressuscitées brasillent dans la Nuit\n calme, — on dirait des parterres d’anges. Plusieurs\n ont des gestes d’adoration.\n   Tout à coup, un vent aigre s’élève, souffle sur les\nEtoiles et Les balaie toutes comme de jaunes feuilles\nmortes.\n   Alors Ils restent assis en cercle, immobiles et\nméditatifs, jusqu’à ce que l’aurore saigne son sang\n d’or au seuil de cet Orient d’où vinrent les Mages.\n\n                              A d o lp h e   RETTÉ.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-024", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 266, "page_fin": 270, "titre_corps": "Extrait des « Jardins d’Adonis »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Achille Delaroche", "ancre_debut": "E x t r a it des    «JA RDINS D ’ADONIS».       Où songeais-tu, mon cœur! qu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 291, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "E x t r a it des    «JA RDINS D ’ADONIS».\n\n\n\n   Où songeais-tu, mon cœur! quand l'escadre légère\n  appareilla d'un lever d’or vers cette terre ?...\n\n   Quand les blonds mariniers, toutes rames aux flots,\n   sur la vague fleurie au vol des caravelles,\n   sonores, sont partis pour les moissons nouvelles,\n   où songeais-tu, mon cœur ! en l'oubli des L otos?\n\n  La carène riait aux caresses des brises :\n  et leurs plis triomphaux en fête par les airs,\n   les pennons frissonnants accrochaient des éclairs.\n   Où songeais-tu, mon cœur ! proie aux modes surprises ?\n\n   En quel pays de nuit hanté de nul réveil,\n   quand tous ces joyeux sont partis dans le soleil?\n\n   Haut les navires ont gréé voile et mâture :\n   et tu t'es éveillé désert sur les récifs\n   d'un adieu seul suivant l’essor des fugitifs.\n   Tes frères sont partis pour la neuve aventure!\n\n  Leur cohorte a cinglé vers l'inoui trésor :\n  cependant veule archer au bois des lauriers roses\n  tu chassais les oiseaux bleus de tes flèches d'or,\n  et les longs oiseaux bleus tombaient comme des rêves !\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "E xtrait des jardins d'Adonis.                              267\n\n\n\n  Des rameaux merveilleux, ainsi que fruits trop mûrs,\n  sous un vent d’Erèbe efflorant leur tête chère\n  ils churent, frêle espoir de la saison prochaine,\n  avec un cri sanglant au lointain des azurs !\n\n  I l en pleuvait des toits, des beffrois, des feuillées,\n  de la nue et des vents, de l'astre et des éthers :\n  et Nature a pleuré ses silences déserts\n  lorsque l'hymne, se tut de ces harpes ailées!...\n\n  Dans la pourpre du soir, chus, les vols radieux!\n  fors celui qui, cinglant si haut vers les étés,\n  sembla porté sur des ailes d'éternité\n  d’un infrangible essor jusqu'au palais des Dieux.\n\n  E t de ce pur ébat au-delà de l'histoire\n  subsiste, défiant, suprême, le carreau,\n  l'angoisse de n'atteindre en son vol de victoire\n  l'aile d'or qui fuyait, plus haut! toujours plus haut !\n\n  Si qu'étrange au vouloir de ces races malignes\n  ton aurore ne vit fleurir les oriflors,\n  et tu n'as pas ouï l’appel clair des buccines\n  qui sonnait la tempête hostile des estors.\n\n  Mais comme celui-là qui but le doux breuvage,\n  tu appendis le glaive aux murailles d’oubli\n  et crinière sans gloire inclinée au servage\n  tu laissas les lacis de soie ourdir leurs plis.\n\n  Celle p rit ton désir à sa figure feinte\n  dont, sur la bouche folle où tu bus l'âpre vin\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "268                                                  la Wallonie.\n\n\n\n      de la Chimère qui ne t'eut pas pour devin,\n      fu t scellé le silence éteint du labyrinthe.\n\n      Mais vive l'heure sacrée aux trompettes d’airain\n      où s'épanouira, fleur de pourpre, le Rêve,\n      quel carnage parmi les manteaux tyriens\n      rehausse tes doigts lourds d'indolence griève !\n\n      Enté du glaive d'or et de Vécu vermeil\n      tu prendras à ton poing la tête de la reine,\n      et ce sera gisant sur la sanglante arène\n      la léthifère chevelure de sommeil.\n\n      Oh ! sur le marbre froid les tresses défleuries,\n      tels des souffles d’oiseaux navrés dans le matin !\n      pleurez au flot fatal des coupes du festin,\n      Vous tous, hôtes rieurs des naïves prairies !\n\n      Quand le palais assis en son orgueil doré\n      croule sous le désastre où ne saurait suffire\n      la Chimère qui veille au porche de porphyre\n      ruant les quatre éclairs d'un vol exaspéré.\n\n       Superbe, et la clef d'or pendue à sa ceinture,\n       la Princesse des mystérieuses Ophirs\n      fera rire parmi cette triste nature\n      le triple bandeau clair enivré de saphirs.\n\n      E t ses longs doigts pompeux de palmes et de bagues,\n      ouvrant la porte close aux fastes sibyllins\n      que dédie un espoir d'aurore aux vierges dagues,\n      incantent le silence augurai des vélins.\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "E xtrait des ‘‘ Jardins d’Adonis „                    269\n\n\n\n  Quel magique matin de harpes atemprées\n  va saluer la haute Dame au clair aller\n  mieux fleurant qu'amarante ou trophée azalé\n  dont le sillage exalte un sacre par les prées !\n\n  O pieds qui marcherez vers les pays fleuris\n  où le Héros sur l’armure désafrénée\n  gît, vide la clepsydre aux fêtes du pourpris,\n  quand se taisent t oublieuses les Destinées !\n\n  A l'aube violette où boivent les oiseaux\n  comme un doux népenthès de pâles asphodèles\n  illuné d'Astarté traînant sous les arceaux\n  les lilas de l’Erèbe aux nocturnes dentelles :\n\n   Un hymne doux-fleurant de désir prairial\n  s'éveille en l'or neigeux d’une flore naissante,\n  lorsque la haute Dame en robe bruissante\n  éteindra sur le seuil le flambeau nuptial.\n\n  Ah ! comme mâle y fû t la laie aux blanches soies\n  et l’homicide ivoire en la forêt d’été !\n  si n'eût aux doigts de fée un breuvage enchanté\n  suscité le cortège immortel des Joies !\n\n  Mais toi, l’inassouvi, mon cœur de diamant !\n  vieux héros en exil au présent transitoire,\n  va, pour quelque moins périssable territoire,\n  secouer sur le soir les roses du dormant !\n\n  Si les ombres encore aux plis de ta clamyde\n   s’accrochent, toi, pâle vainqueur occidental,\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "270                                                   la Wallonie.\n\n\n\n      peuplant la sombre nuit de la muette rive,\n      écarte-les de l'épée au riche métal !\n\n       Vois ! un jeune sourire à notre aube fleurie !\n      déjà, les flots nouveaux portent la haute nef,\n      léthéenne l’aure doucette vente au tre f :\n      arbore un sigle d’or au seuil de la patrie !\n\n      Heurtant d'un pied sonore aux portes de l’azur,\n      tel un impérator parmi l’éclair des lances,\n      en l’orage des chars cabrés sur le futur\n      ton nom sourdra de l'éternité des silences.\n\n      Et, dardé haut l'effroi du bleu cimier qui nuit,\n      seul debout sur le deuil de notre fête éteinte,\n      tu ceindras à tes reins la pourpre trois fois teinte,\n      ivre d'ire cosmique embrasant l'âtre nuit.\n\n      Alors, palmes aux doigts, t'accueillent cent pucelles\n      dont, par un occident de torches où l’on but,\n      sur la housse de soie un souriant tribut\n      exhalera le los de l’ombre universelle.\n\n      Et, le chef fervêtu, vers les cités cruelles\n      si tu marches parmi les gloires au vol prompt,\n      quelque clair soir les lauriers s'enorgueilliront\n      de fleurir d'or royal tes tempes solennelles.\n      1890-91.\n\n                                  A c h i l l e DELAROCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-025", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 271, "page_fin": 274, "titre_corps": "Dans la tristesse de l’automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A.-Ferdinand Herold", "ancre_debut": "DANS      L A T R IS T E S S E      DE   L ’AUTOM NE.                                                    à Albert Mockel.    Le vol de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 879, "texte": "DANS      L A T R IS T E S S E      DE   L ’AUTOM NE.\n\n                                                  à Albert Mockel.\n\n\n\nLe vol des blanches colombes\nVers quels lointains s’est-il enfui ?\nOn eût dit que pleurait dans la nuit\nUn chœur de Vierges, blanches comme des colombes\nDans le matin morne qu’attristent\nDes sanglots pâles et des nuages douloureux,\nNul rayonnement de clarté propice\nE t nul oiseau d’espoir qui vole vers les deux.\nE t des prières mourantes,\nDes prières\nComme de vierges qui se lamentent,\nTroublent le silence froid de la lumière.\nE t pas une voix qui dise vers quel pays\nLe vol des blanches colombes s’est enfui.\n\n\n\nC’est une qui s’en va vers la nuit\nDans le deuil du jardin qui murmure\nL ’hymne de l'irrémissible nuit,\nUne qui s’en va vers la froidure\nDes lits pâles et à jamais clos\nOù nul chant de rêve ne murmure,\nUne qui n'entend plus les échos\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "272                                                la Wallonie.\n\n\n\nS'éveiller à son rire de grâce\nE t dont s'envaguent les yeux ni-clos,\nUne qui cherche à voir dans l'espace\nLe vol augurai des oiseaux noirs,\nUne de gracile et blanche grâce,\nUne qui a vu les oiseaux noirs.\n\n\n\nDes soupirs de luths grêles et de mornes violes\nS'épandent par le bois où ne sourit plus nulle fleur ;\nLes bois pleurent d'avoir vu les fleurs qui s'étiolent,\nLes bois pleurent d'avoir vu la fuite des corolles.\nL a brise tiède, la brise molle\nN'endort plus les bois de ses effluves berceurs.\nE t la chanson amère du vent\nGémit à travers les pâles arbres.\nOh le vent, le vent décevant\nQui tue les floraisons calmes.\nL e vent a emporté les joies,\nLes luths grêles résonnent de chansons amères,\nLes violes mornes larmoient\nE t sous les arbres il y a des fantômes qui errent.\n\n\n\nLes Anges purs, les Anges doux\nQui fleurissaient de claires flores\nLes jardins joyeu x des aurores,\nOù sont les Anges des aurores ?\nLes Anges doux, les Anges purs,\nQui fleurissaient de fleurs pourprées\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "Dans la tristesse de l'automne.                  273\n\n\n\n      Les jardins calmes des vêprées,\n      Où sont les Anges des vêprées ?\n\n      Les Anges purs, les Anges doux\n      Que couronnaient les fleurs nocturnes,\n      Où sont les beaux Anges nocturnes,\n      Les Anges des nuits opportunes ?\n\n      Là-bas, là-bas, vers d’autres deux,\n      Vers des deux plus mélodieux,\n      A fui le chœur fleuri des Anges..\n\n      Oh, comme ils sont loin, les doux Anges.\n\n\n\n      Le chant des aurores mortes\n      Passe à travers les vallées ;\n      On dirait que heurte aux portes\n      L'Ange des nuits étoilées\n      Qui pleure les clartés mortes.\n\n      Les prés, tristes d’un frisson,\n      E t, défleuris, les enclos\n      Gémissent une chanson\n      A ux monotones sanglots\n      Qui monte avec un frisson.\n\n      E t les roses désâmées,\n      Les pauvres roses dolentes\n      N ’ont plus les senteurs aimées ;\n      E t les jadis odorantes\n      S'effeuillent, oh désâmées.\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "274                                              la Wallonie.\n\n\n\n      E t toujours le frisson lent,\n      Le frisson des prés flétris;\n      E t le soir qui, désolant,\n      Propage de mornes cris,\n      Le soir qui tombe, très lent.\n\n\n\n\n      Les soirs où les paons blancs jouaient\n      Sur l'émeraude des pelouses,\n      Ils sont morts, les blonds soirs de mai,\n      Les soirs fleuris aux chansons douces.\n\n      Les chansons, les belles chansons\n      Qui s’envolaient vers les deux calmes,\n      Elles sont mortes, les chansons\n      Qui riaient aux lèvres des femmes.\n\n      Les femmes dont les yeux joyeux\n      Semblaient des yeux d'aigues marines,\n      Elles sont mortes, clos les yeux\n      Qui s'illuminaient d’ors limpides.\n\n      E t les paons heureux qui jouaient\n      Sur l’émeraude des pelouses\n      Sont morts avec les soirs de mai,\n      Les chansons et les femmes douces.\n\n                               A .- F e r d i n a n d HEROLD.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-026", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 292, "titre_corps": "Voyage vers une mer 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Un réveil un peu\nfrissonnant à cause de l’air très limpide, où ne jouaient plus\nde brises tièdes. La terre boréale où nous avions laissé la\nveille Ellis la pâle et nos quatre compagnons malades,\nencore à peine visible au loin, achèvait de disparaître; une\nbuée délicate qui tout à l’horizon liait le ciel aux dernières\nvagues, semblait la soulever et la perdre. Tous les huit assem­\nblés sur le pont pour une matinale prière, sérieux mais non\npas tristes, un hymme tranquille monta du navire; une\nallégresse séraphique nous emplit comme le jour où nous\navions bu l ’eau cristalline de la source. Donc sentant nos\nvolontés joyeuses, pour ne pas laisser qu’ elles s’éparpillent,\nmais bien nous saisir d’elles et le sentir, je leur dis : Les dures\népreuves sont passées; maintenant sont loin les berges\nmoroses où nous pensions périr d’ennui, plus loin encore les\nplages aux joies défendues; sachons nous dire heureux de\nles avoir connues. On ne peut arriver ici que par elles; vers\n\n\n  (*) Troisième partie du Voyage au Spitzberg.\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "276                                               Wallonie.\n\n\n\nles cités les plus altières sont les routes les plus pénibles;\nnous allons vers la cité divine. Le soleil est un peu plus rose\nd’avoir été si terne hier. — Dans les résistances d’abord se\nsont senties nos volontés; et le désœuvrement sur les\npelouses grises ne nous fut pas, lui non plus, inutile, car le\npaysage en fuyant laissait nos volontés toutes libres; à\ncause de l’ennui, nos âmes indéterminées, dans les campagnes\nillimitées ont pu se développer très sincères. Et quand nous\nagirons maintenant, ce sera certes selon nos voies. — Le\nsoleil se levait comme nous commencions nos prières ; la mer\nrayonna de splendeurs reflétées; des rayons glissaient sur\nles vagues, et les banquises illuminées, émues et vibrantes,\nfrémirent.\n  Vers le milieu du jour quelques baleines parurent; elles\nnageaient en un troupeau, plongeant devant les banquises;\non les voyait reparaître plus loin; mais elles se tinrent\ndistantes du navire. Il fallait maintenant se garer des. mon­\ntagnes de glace; les vagues pas encores très froides en fon­\ndaient lentement la base ; soudain on les voyait chavirer; leur\ncime prismatique croulait, disparaissait dans la mer secouée,\nremuait l’eau comme un orage, ressortait avec des cascades\naux flancs, et dans la vague tumultueuse, longtemps oscillait\nencore, incertaine de sa posture. Le fracas majestueux de\nleur chute bondissait sur les flots sonores. Parfois des murs\nde glace tombaient dans des jaillissements d’écume; et toutes\nces montagnes mouvantes se transformaient incessamment. —\nIl en vint vers le soir une si grande qu’elle n’était plus\ntransparente, et nous la prîmes d’abord pour une terre\nnouvelle couverte d’immenses glaciers. Des ruisseaux tom­\nbaient de ses cîmes ; des ours blancs couraient sur ses bords.\nL e navire passa si près, que ses grandes vergues accrochées\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             277\n\n\n\nà quelque arête surplombante, brisèrent des glaçons fra­\ngiles. — Il en vint qui portaient en elles d’énormes pierres,\narrachées du glacier natal, morceaux de moraines, et prome­\nnaient ainsi sur les flots des fragments de roche inconnue. —\nIl en vint d’autres qui, rapprochées par une affinité subite,\navaient emprisonné des baleines; plus élevées que l’eau,\nelles semblaient nager dans l ’air. — Penchés sur le pont,\nnous regardions voguer les banquises. L e soir tomba ; au\nsoleil couchant les montagnes parurent d’opale. Il en arriva\nde nouvelles; elles apportaient des algues laminées, fines et\nlongues, comme les chevelures ; on croyait des sirènes cap\ntives; puis ce fut un résau; la lune au travers apparut\ncomme une méduse au filet, comme une holoturie nacrée ;\npuis dégagée, nageant dans l ’air libre la lune se fit azurée.\nDes étoiles pensives erraient, tournaient, s’enfonçaient dans\nla mer.\n  Vers le milieu de la nuit, apparut un vaisseau gigantesque ;\nla lune l ’éclairait mystérieusement; ses agrès étaient\nimmobiles; aucune lueur sur le pont ; il passa près de nous;\non ne l ’entendait pas voguer, et pas un bruit dans l’équipage;\nnous comprîmes alors qu’il était pris dans de la glace, entre\ndeux banquises qui s’étaient sur lui refermées; il passait\nainsi, tranquille; et disparut. — Vers le matin, mais avant\nl’aube, à l ’heure où la brise fraîchit, vint voguer près de nous\nun îlot de glace très pure ; au milieu comme un fruit\nenchassé, comme un œuf de merveilles luisait une immortelle\npierrerie; étoile du matin sur la vague nous ne pouvions\nnous lasser de la voir. Elle était pure comme un rayon de la\nL yre; à l’aurore elle vibra comme un chant; mais sitôt que\nvint le soleil, la glace qui l’enveloppait fondue, la laissa\ntomber dans la mer. Ce jour-là nous avons péché la baleine.\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1741, "texte": "278                                                  Wallonie.\n\n\n\nIci cessent les temps des souvenirs, commence mon journal\nsans date.\n\n\n  Dans l ’abîme ébloui d’écumes et de tempêtes, où nul\nhomme jamais n’effarouche les fêtes sauvages des albatros\net des eiders, plongeur qu’un câble élastique balance,\nEric est descendu brandissant au bout de son bras nu\nle large couteau tueur de cygnes. Un souffle humide monte\nd’en bas où s’ agitent les vagues vertes, et le vent chasse de\nl’écume. Les grands oiseaux effarouchés tournoient et\nl’étourdissent de coups d’aile. Nous, penchés, accrochés au\nroc où le câble mobile s’attache, nous regardons ; Eric est\nau-dessus des nids; il descend au milieu de cette tourmente;\ndans les plumes couleur de neige, et dans le duvet précieux\nles petits des eiders sommeillent. Eric capteur d’oiseaux pose\nla main sur la couvée; les petits réveillés s’agitent, et pris de\npeur veulent fuir; mais Eric plonge le couteau dans les plumes\net rit de sentir sur ses mains le sang tiède de la couvée. Le\nsang ruisselle sur les plumes et les ailes qui se débattent en\néclaboussant le rocher ; le sang ruisselle sur la vague, et le\nduvet éparpillé s’envole taché d’écarlate, Les grands oiseaux\népouvantés veulent protéger la couvée ; Eric que leurs griffes\nattaquent, d’un coup de couteau les abat.— E t alors monte de\nla vague, emporté par le vent marin, un tourbillon d’écume\naffolée, entre les parois de falaise, blanc comme le duvet des\ncygnes, et qui monte, qui monte, qui monte; et chassé déses­\npérément avec les plumes et les plumes, disparaît dans le ciel\nqu'on voit, gouffre bleu lorsqu’on lève la tète.\n\n                                        \\\n  Sur ces falaises schisteuses, les guillemots font leur nid.\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "   Voyage vers une mer glaciale.                            279\n\n\n\nLes femelles restent perchées; les mâles volent alentour; ils\ncrient d’une façon très aiguë, et les cris et le bruit des ailes\nassourdissent sitôt que l’on approche d’eux. Ils volent en\narmée si nombreuse, qu’ils font une nuit lorsqu’ils passent; ils\ntournoient incessamment. Les femelles rangées les attendent,\ngraves, immobiles, sans cris, en file sur une crête immense où\nle rocher surplombe un peu. Elles couvent leur œuf unique.\nElles l’ont posé là vite, pas même dans un nid, mais sur le roc\nglissant en pente; elles l’ont fait comme une fiente. Sur l ’œuf\nelles se tiennent assises, rigides et sérieusement, entre leurs\npattes et leur queue le maintenant pour qu’il ne roule. — Le\nnavire s’aventura entre deux parois de falaise, dans un\nfiord étroit,-ténébreux; on voyait dans l’eau transparente, à\ndes profondeurs ignorées, les roches s’enfoncer toutes droites;\nde sorte que parfois il semblait que ce fût le reflet des\nfalaises; mais la profondeur était sombre et la falaise\nblanche d’oiseaux. Les mâles au-dessus de nos têtes\npoussaient de tels cris que nous ne pouvions nous entendre.\nNous avancions très lentement; eux ne semblaient pas nous\nvoir. Mais sitôt qu’Eric, habile frondeur, eût lancé contre\neux quelques pierres, et dans cette opaque nuée, de chaque\npierre en eut tué plusieurs qui tombèrent auprès du navire,\nalors tous les cris redoublés, affolèrent sur les roches les\nfemmes, et d’une commune poussée, quittant le rocher\nnuptial, l ’espoir de la progéniture, toutes s’envolèrent\npoussant éperdûment des cris rauques. Ce fut une épouvante\nd’armée; nous étions honteux du vacarme — et surtout\nlorsque nous vîmes tous les œufs malheureux délaissés,\nplus maintenus contre la pierre, dégringoler de la falaise.\nCela fit tout le long du roc, les coquilles s’étant brisées,\nd’horribles traînes blanches et jaunes. Certaines couveuses\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "280                                                    Wallonie.\n\n\n\nplus tendres tentèrent en s’envolant d’emporter l’œuf entre\nleurs pattes, mais leur œuf bientôt échappé s’était éclos sur\nla mer bleue. L ’eau des vagues s’était salie. Nous étions\nconfus du désordre et nous nous enfuîmes en grande hâte,\ncar de toute part commençait de s’élever l’odeur affreuse des\ncouvées.\n  — L e soir, à l ’heure des prières, Paride n’étant pas venu,\nnous le cherchâmes et l’appelâmes jusqu’à la nuit mais ne\npûmes savoir ce qu’il était devenu.\n  Les Esquimaux vivent sous des huttes de neige ; dans la\nplaine, à les voir, on croirait des tombeaux ; mais l’âme\navec le corps est enfermée; un peu de fumée, de la hutte\nmonte vers le ciel. Les Esquimaux sont laids ; ils sont petits;\nleurs amours n’ont pas de tendresses ; ils ne sont pas volup­\ntueux et leur joie est théologique. Il ne sont ni méchants\nni bons ; leur cruauté n’est pas émue. Le dedans de leur hutte\nest noire ; on peut à peine y respirer; ils ne travaillent ni ne\nlisent; ils ne sommeillent pas pourtant; mie petite lampe\nallumée troue un peu la nuit des veillées; comme la nuit est\nimmobile, ils n’ont jamais su ce qu’est l’heure; comme ils\nn’ont pas à se presser leurs pensées sont lentes; l’induction\nleur est inconnue, mais sur trois maigres points posés, ils\ndéduisent une métaphysique; et la suite de leurs pensées,\njusqu’au bout ininterrompues descendent de Dieu jusqu’à\nl’homme; leur vie devient cette suite; ils mesurent l'âge\nqu’ils ont au point où ils sont parvenus; il en est qui n’ont\njamais pu parvenir à leur existence ; il en est qui s’en sont\npassés; il en est qui ne s’en sont pas aperçus. Il n’ont pas de\nlangue commune ; ils calculent infiniment. Ah ! je pourrais\n encore en dire, car je les ai très bien compris. Ils sont rabougris;\nleur face est camuse parce qu’ils n’y font pas attention. Leurs\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             281\n\n\n\nfemmes sont sans maladies;        ils font l’amour dans les\nténèbres.\n  Je parle des Esquimaux sensés; il en est qui à l’aube du\njour solennel, coupant le cours des syllogismes, s’en vont sur\nla mer dégelée et dans la neige un peu fondue chasser le\ngrand renne et le morse. Ils pêchent aussi des baleines et\nreviennent avec la nuit tout chargés de graisses nouvelles.\n\n\n\n  Chaque climat a ses détresses ; chaque terre sa maladie.\nNous avions vu dans les îles tièdes, la peste; près des marais,\nles maladies de langueur. Une maladie maintenant naissait\nde l’absence même des voluptés. Les salaisons, le manque\nd’herbes fraîches et cette résistance assidue où s’exaltait\nnotre fierté; la joie de vivre mal dans les terres méchantes, et\ncet acharnement du dehors où s’amusait l’âme ravie, usèrent\nnos forces à la longue, et tandis que les âmes alors eussent\nvoulu, sereines s’élancer vers les suprêmes conquêtes, — le\nscorbut dont nous commencions tous à souffrir nous retenait\naccablés sur le pont du navire, tremblant de la peur de mourir\navant d’avoir fini nos tâches. O! tâches élues! les plus\nchères! Quatre jours nous restâmes ainsi, non loin de la terre\nattendue dont on voyait les pics de glace plonger dans la\nmer dégelée; et je crois bien que ce fût arrêté là notre\nvoyage, sans l’exquise liqueur qu’Eric dans la hutte des\nEsquimaux avait prise.\n  Notre sang était devenu trop fluide; il s’échappait de\ntoutes parts; il suintait des gencives, des narines, des pau­\npières, de sous les ongles; il semblait parfois n’être plus que\ncomme une humeur stagnante, et cesser presque de circuler;\nle moindre mouvement le déversait à flots comme d’ une\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "282                                                   Wallonie.\n\n\n\ncoupe penchée ; sous la peau, aux places les plus tendres, il\nfaisait des taches livides. Nous sentions dans la tête ce vide,\nce vertige de la nausée. Notre nuque était douloureuse. A\ncause de nos dents trop faibles qui branlaient dans leurs\nalvéoles, le biscuit de mer sec n ou s était une nourriture\nimpossible; cuit dans l’eau, il faisait une bouillie épaisse où\nnos dents se prenaient et restaient. Les grains de riz,\nécorchaient nos gencives; nous ne pouvions presque que\nboire. Et sur le pont couchés, sans force, tout le jour, nous\nrêvions aux fruits mûrs, aux fraîches pulpes savoureuses,\naux fruits des îles de jadis, des îles pernicieuses. Mais même\nalors je crois que nous eussions refusé d’y goûter. — Nous\nnous réjouissions que Paride ne fût plus là et ne connût pas\nnos souffrances. — Mais la liqueur hémostatique vint à bout\nde la maladie.\n\n\n\n  C’était le soir du dernier jour; le soleil de toute une\nsaison avait disparu dans les terres; une lueur crépusculaire\ndemeurait longtemps après lui. Le soleil était tombé sans\nagonie, sans cette pourpre sur les nuages; il avait disparu\nlentement ; des rayons réfractés nous en venaient encore.\nMais déjà les grands froids commençaient, et la mer autour\nde nous regelée avait emprisonné le navire. Les glaces\nd’heure en heure plus serrées, menaçaient incessamment de\nle briser ; ce n’était pour nous que le plus tremblant des asiles ;\nnous résolûmes de le quitter. Mais je veux surtout que l’on\nsache que ce fût ni par désespoir, ni par prudence timorée,\nmais bien par une volonté de folie ; car nous pouvions encore,\nrompant les glaces, fuir l’hiver et partir vers où le soleil\navait fui; mais c’eût été vers le passé. Donc préférant les\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "   Voyage vers une mer glaciale.                             283\n\n\n\nrives les plus dûres, pourvu qu’elles fussent futures, c’est vers\nla nuit que nous marchâmes, notre jour étant accompli. Nous\nsavions que le bonheur n’est pas fait de l’abandon de la\ntristesse; nous allions, fiers et forts, au-delà des pires\ndétresses, où trouver la plus pure joie.\n  Ayant attelé le grand renne au traîneau construit de\nmorceaux du navire, nous commençâmes de le charger de\nbois, de haches et de câbles. Les derniers rayons s’étei­\ngnaient ; nous allions monter vers le pôle. Il était un endroit\nsur le pont du navire caché par les amas de cordages ; nous\nn’y passions jamais. A h! triste adieu du jour, lorsque, pour\nquitter le navire, je parcourus le pont tout entier! derrière\nles enroulements des câbles, lorsque je les défis pour les\nprendre, hélas! ah! que vis-je? — P a rid e!— Nous l’avions\nvainement cherché; je pensai que trop faible pour remuer,\net trop malade pour répondre, il s’était caché là comme les\nchiens qui cherchent un coin pour mourir. Mais était-ce\nencore Paride? — Il était sans cheveux, sans barbe; on\nvoyait blanches sur le plancher ses dents autour de lui\ncrachées. Sa peau s’ était déchiquetée ainsi qu’une étoffe\npassée; elle était violette et nacrée; rien n’était plus pénible\nà voir. Ses yeux n’avaient plus de paupières, et je ne compris\npas d’abord si c’était nous qu’il regardait, car il ne pouvait\nplus sourire. Comme un fruit sortant de sa bouche, ses\ngencives énormes, gonflées, tuméfiées et spongieuses, repous­\nsaient, déchiraient ses lèvres ; on voyait au milieu dressée,\nune dent blanche, sa dernière. — Il voulut me tendre la main;\nses os trop fragiles cassèrent. Je voulus lui serrer la main;\nelle se défit dans la mienne, en me laissant entre les doigts\ndu sang et de la pourriture. Je pense qu’il vit des larmes dans\nmes yeux, car il sembla comprendre alors que c’était lui que\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "284                                                 Wallonie.\n\n\n\nje pleurais; et je pense qu’il gardait encore sur son état\nquelque espérance que mes pleurs de pitié lui ôtèrent, car\nsoudain il fit un cri rauque et qui devait être un sanglot, et\navec la main que je n’avais pas, en la lui serrant écrasée,\ndans un geste de désespoir, tragique et vraiment perdu,\nsaisissant la dent et ses lèvres, ironique et comme en riant, il\ns’arracha tout d’un coup tout un grand lambeau défiguré, et\nretomba déjà fini.\n\n\n\n  Ce soir, pour un grand deuil et pour l’adieu, nous avons\nbrûlé le navire. La nuit venait majestueuse et s’établissait\nlentement. Les flammes jaillirent en triomphe; la nuit en\nfut incendiée; les grands mâts, les poutres brûlèrent; et\nquand le vaisseau consumé les flammes pourpres retom­\nbèrent — laissant l’irréparable passé-nous partîmes vers la\nmer du pôle.\n\n\n\n   Silence de la nuit sur la neige. — De la nuit. — Solitude,\net c’est toi, tranquille apaisement de la mort. Vaste plaine\nsans heures; les rayons du jour se sont retirés. Toutes formes\nse sont gelées; c’est le froid sur la calme plaine, et l ’immo­\nbilité ; et l’immobilité. Et la sérénité. O pur ravissement de\nnotre âme. Rien ne s’émeut dans l’air, mais, tant les banquises\nsont vives, plane un rayonnement figé. Tout est du bleu pâle\nnocturne; dirai-je, la lune ? — L a lune. — J ’ai cherché loin de\ntout la prière; et c’est le paysage extasié. Ellis! toi qui n’es\npas celle que j ’ai trouvée; fraîche Ellis, est-ce ici que tu m’as\nattendu ? J ’irais plus loin encore, mais j ’attends ta parole, et\ntout sera bientôt fini.— J ’ai cherché sa forme perdue et mon\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                                285\n\n\n\nâme a dit sa prière. Puis la nuit a repris son silence et toute\nsa sévérité.\n\n\n\n  Pourquoi donc attendre une aurore ; on ne sait plus quand\nelle viendra. L ’heure ne vaut pas qu’on l ’attende. Après un\npeu de sommeil, dans la nuit, nous avons marché vers le\npôle.\n\n\n\n   Gypses purs! carrières salines! marbres blancs des\nsépulcres, micas ! C’est la blancheur dans les ténèbres. Givres\nlégers, qui seriez au soleil des sourires; parures de cristal\nsur la nuit; touffes de neige, avalanches figées ! dunes de\npoussière de lune, plumes d’eiders sur l’écume des flots, pics\nde glace aux espérances taciturnes ! Nous avons marché dans\nla neige; et sans cette hâte du temps, car les heures sont\nécoulées — la lenteur grave de nos gestes en faisait la solen­\nnité. Tons les sept : Alain, Axel, Morgain, Nathanael, Ydier,\nEric et moi, nous marchions ainsi vers nos tâches.\n\n\n\n\n   Ils dormaient ; la hutte était tranquille ; dehors une nuit\nsans étoiles sur la plaine de givre étendue; au-dessus de la\nplaine, à cause de sa candeur, la nuit était un peu plus pâle ;\nune lueur était éparse sur la terre ; je cherchais un lieu pour\nprier. Comme j ’allais m’agenouiller et que je commençais ma\nprière, je vis Ellis. Elle était assise, pensive, près de moi,\nsur une roche; sa robe était couleur de neige; ses cheveux\nplus noirs que la nuit.— Ellis! c’est donc to i, sanglottai-je; ah !\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "286                                                   Wallonie.\n\n\n\nje t’avais bien, reconnue. Mais elle était silencieuse et je lui\ndis : Ignores-tu quelle triste histoire j ’ai vécue, depuis que\nje t’avais perdue? quelles campagnes désolées j ’ai traversées\ndepuis que ta main ne me guide? Sur une berge, un jour, je\npensais t’avoir retrouvée, — mais ce n’était qu’une femme,\nah! pardonne!j e t’ai si longtemps souhaitée. Où me mèneras-\ntu désormais dans cette nuit proche du pôle, E llis! ma sœur.\n— Viens, me dit-elle; et m’ayant pris par la main, elle me\nconduisit sur une roche haute d’où l’on apercevait la mer. Je\nregardais; et soudain la nuit se déchira, et se déploya su r les\nflots toute une aurore boréale. Elle se réflétait dans la mer;\nc’était de silencieux ruissellements de phosphore, un calme\nécroulement de rayons; et le silence de ces splendeurs étour­\ndissait comme la voix de Dieu. Il semblait que les flammes\npourpres et roses incessamment agitées fussent un palpite­\nment de volonté divine. Tout se taisait ; mes yeux éblouis se\nfermèrent ; mais Ellis ayant mis un doigt sur ma paupière,\nj ’ouvris les yeux et je ne vis plus qu’elle. —Urien! Urien, triste\nfrère! que ne m ’as-tu toujours rêvée! souviens-toi de nos\njeux de jadis. Pourquoi voulus-tu dans l’ennui recueillir ma\nfortuite image ? tu savais pourtant bien que ce n’était pas\nl ’heure et que ce n’était pas dès là-bas que posséder était\npossible. Je t’attends au-delà des temps, où les neiges sont\néternelles; ce sont des couronnes de neige non plus de fleurs\nque nous aurons. Ton voyage va finir, mon frère. Ne regarde\nplus vers jadis. Il est encore d’autres terres, et que tu n’auras\npas connues. Pour chacun la route est unique, et chaque\nroute mène à Dieu.\n  Mais ce n’est pas dès cette vie que tes yeux pourront voir\nsa gloire. L a pauvre enfant que tu croyais me reconnaître, —\net comment t’es-tu pu méprendre — tu lui disais de cruelles\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "   Voyage vers une mer glaciale.                              287\n\n\n\nparoles ; et puis tu l ’as abandonnée. Elle ne vivait pas, tu l’as\nfaite ; il te faudra l’attendre maintenant ; car cette âme ne\npourrait seule monter vers la cité de Dieu. — A h ! j ’aurais\nsouhaité que tous deux nous fissions la route étoilée,\nensemble, seuls, vers les pures lumières. — Il te faudra gui­\nder cette autre. Vous finirez votre voyage; mais cette fin\nn’est pas la vraie ; rien ne finit qu’en Dieu, mon frère ;\ndonc ne te décourage pas, quand tu croiras te pencher\nsur la mort. Derrière un ciel en est un autre ; les fins reculent\njusqu’à Dieu. Mon frère bien aimé, tiens ferme l’Espérance.—\nPuis s’étant penchée sur la neige, elle écrivit en lettres\nembrasées ce que, m’étant agenouillé, je pus lire ; Il n'ont\npas encore obtenu ce que Dieu leur avait promis — afin qu'ils\nne parvinssent pas sans nous à la perfection.\n   J e voulais encore lui parler, lui demander de me parler\nencore, et je tendais les mains vers elle; mais elle, au milieu de\nla nuit me montra de sa main l’aurore, et s’étant lentement\nrelevée, comme un ange chargé de prières, elle reprit le chemin\nséraphique. A mesure qu’elle montait, sa robe devenait\nnuptiale; je voyais qu’elle était tenue à des épingles d’escar-\nboucles ; elle rayonnait de tous les rayons des sept mystiques\npierreries; et bien que leur éclat fut tel qu’il eût consumé\nles paupières, une si céleste douceur ruisselait de ses mains\ntendues, que je ne sentais pas la brûlure. Elle ne regarda\nplus vers moi; je la voyais toujours plus haute; elle atteignit\nles portes enflammées; derrière une nuée, elle allait dispa­\nraître; alors, une lumière beaucoup plus blanche m’éblouit,\net la nuée s’étant ouverte, je vis des anges. Ellis était au\nmilieu d’eux, mais je ne pouvais la reconnaître; chaque ange,\nde ses deux bras levés agitait ce que j ’avais pris pour\nl’ aurore, qui n’était qu’un rideau retombé devant les clartés\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1725, "texte": "288                                                  Wallonie.\n\n\n\nimmortelles, et chaque flamme c’était un voile où transparais­\nsait la Lumière. De grands rayons glissaient sous les célestes\nfranges, mais les anges ayant écarté le rideau, un tel cri\njaillit dans la nue, que la main sur les yeux, je fus prosterné\nde terreur.\n  — Quand je me relevai, la nuit s’était refermée; on enten­\ndait au loin la mer. Etant retourné vers les huttes, je trouvais\nmes compagnons endormis; je me couchai près d’eux accablé\nde sommeil.\n\n\n\n  Marche vers le pôle ; de l’excessive blancheur des choses\nnaît une certaine clarté; un rayonnement les entoure. Il\nsouffle une tourmente de neige, et la neige chassée, soulevée,\ns’étale, circule, se roule, a des ondulements, des courbes\nd’étoffes ou de chevelures. Notre route sans cesse obstruée\nfaisait notre marche très lente; il fallait tailler dans la glace\ndes couloirs et des escaliers. Je ne veux pas parler de nos\ntravaux; ils étaient si pénibles, si durs, que les raconter\nsemblerait s’en plaindre.— Je n’arriverais pas par des mots à\ndire cette suprême âcreté de la souffrance; cette souffrance, je\nn’arriverais pas à la dire assez âcre pour qu’en naisse comme\nune joie, un orgueil, — ni du froid la morsure enragée. —\n  Vers l ’extrême nord se dressait une étrange paroi de\nglace ; un bloc énorme et prismatique était posé là comme\nun mur. Une sorte de route y menait, un ravin de neige\nprofonde; et par dessus cette muraille, un tourbillon de\nneige chassé, je pense, par un vent monotone, retombait dans\ncette vallée. Sans les cordes qui nous maintenaient les uns\naux autres attachés, nous eussions enfoncé dans la neige;\nelle nous eût ensevelis. La muraille était très lointaine; le\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             289\n\n\n\nvent roulait toujours la neige. Nous fûmes bientôt si las de\nmarcher dans cette tourmente, que, malgré le danger de se\ncoucher par la neige, nous nous sommes étendus pour dormir.\nNous étions à l ’abri derrière un bloc de glace ; le vent souf­\nflait la neige par dessus ; la paroi formait une grotte. Nous\nétions couchés sur les planches du traîneau, et sur la peau\ndu renne tué.\n  Pendant le sommeil des six autres, je sortis seul de la\ngrotte pour voir si la neige cessait. A travers le linceul des\nneiges, c’est près d’un rocher de blancheurs que j ’ai cru\nvoir E llis pensive. Elle ne semblait pas me voir ; elle regar­\ndait vers le pôle; ses cheveux étaient dénoués; le vent les\nsecouait sur elle. Je n’ai pas osé lui parler parce qu’elle sem­\nblait très triste; — et je doutais que ce fût elle. Et comme\nje ne pouvais à la fois être triste et finir ce voyage, je m’en\nsuis retourné dormir.\n\n\n\n  L a neige maintenant passe au-dessus de nos têtes, à cause\nde la violence même du vent. Nous sommes au pied du grand\nmur. Un bizarre couloir y mène. Le mur poli comme un\nmiroir et transparent comme un cristal, en face du couloir\ns’enfonce. Une place est là, où la neige, trop légère, n’est pas\ntombée. L e sol est transparent aussi. C’est sur ce mur et c’est\nalors que nous étant penchés, avec le pressentiment des\ndétresses, nous lûmes, écrits comme avec un diamant sur du\nverre, et comme la voix d’un tombeau, ces deux mots :\n\n                        Hic desperatus\n                                    et puis une date effacée.\n  Et c’est sous ces mots, que nous vîmes, nous étant d’un\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "290                                                 Wallonie.\n\n\n\ncommun geste agenouillés, — que nous vîmes un cadavre,\ncouché dans la transparence de la glace. L a glace sur lui\nrefermée l ’avait pris comme en un sépulcre; le grand froid\ndont elle l’enveloppait l ’avait empêché de pourrir. On voyait\nsur ses traits, il semblait, une épouvantable fatigue. Il tenait\nun papier d’une main.\n  Nous sentions que nous étions arrivés presque à la fin de\nnotre voyage ; pourtant nous nous sentions encore assez de\nforces pour gravir la muraille geléo, nous doutant bien que\nle but était derrière, mais ne sachant pas ce qu’il était. Et\nmaintenant que nous avions tout fait pour l’atteindre, cela\nnous devenait presque égal de le savoir. — Nous restions\nencore à genoux devant cette tombe inconnue; sans émotion,\nsans pensée, — car nous en étions à ce point où l’on ne peut\nplus compatir sans pleurer aussi sur soi-même ; où l’on\ndétourne les yeux des tristesses parce qu’on a besoin de sa\nforce. L e cœur n’arrive à sa vaillance que par un endurcisse­\nment. Et c’est pour cela, plus encore que pour ne pas violer\nla sépulture, que nous n’ouvrîmes pas la glace , malgré notre\ndésir de lire les lignes du papier que le cadavre tenait en\nmain. Après une brève prière, nous nous relevâmes et\ncommençâmes à gravir péniblement le mur de glace.\n  Je ne sais pas comment naissait le vent qui faisait la\ntourmente, mais sitôt la muraille franchie, le vent cessa ; ce\nfut une atmosphère presque tiède. L ’autre côté de la muraille\ndévalait en colline, pente douce de neige amollie. Puis c’était\nune ligne d’herbes; puis une petite mer dégelée. Je pense\nque la muraille autour est parfaitement circulaire, car\nles pentes s'étageaient régulièrement ; et comme plus aucun\nvent dans ce cirque clos ne soufflait, l’eau du lac restait\napathique.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             291\n\n\n\n  Nous pensions bien que c ’était la fin ; on ne pouvait aller\nplus loin ; mais sachant que si nous descendions sur la rive,\nnous ne saurions plus qu’y faire, — pour inventer quelque\nconclusion ou quelque geste qui la motive, nous eûmes la\npieuse idée, de revenir chercher le cadavre inconnu pour\nl’enterrer sur la rive attendue.\n  Car nous pensions que c’était aussi pour la voir qu’il était\nvenu jusque-là, et déplorions que, si près du but, il n’ait\npourtant pas pu l’atteindre.\n  Donc, étant revenus près de la tombe, nous ouvrîmes la\nglace pour prendre le cadavre; mais quand nous voulûmes\nlire le papier qu’il tenait, nous vîmes qu’il était complètement\nblanc; et cette déception nous fut extrêmement pénible, car\nalors nos curiosités retombaient. Puis ayant transporté ce\ncorps sur la petite rive polaire, nous eûmes, sans parler, ce\nsentiment, qu’il valait mieux peut-être qu’il n’eût pas vu\ncette rive attendue et qu’une muraille l ’ait séparé vivant\nencore de son but, car il eût peut être sinon gravé les mêmes\nmots sur sa tombe.\n  Une aube incolore naissait; et dans une dernière action\nvoulant empêcher nos pensées, nous creusâmes une fosse\ndans l’herbe, — entre la neige et l’eau du lac.\n  Nous ne sentions plus de désirs de revenir revoir des\ncontrées plus fleuries; c’eût été le passé sans surprises; on\nne redescend pas vers la vie.— Si nous avions su d’abord que\nc’était cela que nous étions venus voir, peut-être ne nous\nserions-nous pas mis en route; aussi nous avons remercié\nDieu de nous avoir caché le but, et de l ’avoir à ce point\nreculé que les efforts faits pour l’atteindre nous donnassent\ndéjà quelque joie, seule sûre; et nous avons remercié Dieu\nde ce que les souffrances si grandes nous faisaient croire à la\nfin plus splendide.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "292                                               Wallonie.\n\n\n\n   Nous eussions bien voulu inventer à nouveau quelque frêle\net plus pieuse espérance, — ayant satisfait notre orgueil, et\nsentant que de nous ne dépendait plus l’accomplissement\ndes destinées, nous attendions maintenant que les choses\nautour de nous devinssent un peu plus fidèles.\n   Et nous étant encore agenouillés, nous avons cherché sur\nl’eau noire le reflet du ciel que Je rêve.\n\n                            FIN .\n\n\n\n                                         A ndré   GIDE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-027", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 293, "page_fin": 294, "titre_corps": "La princesse qui attend", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA PRINCESSE QUI ATTEND.                           I.     En robe verte aux ramag", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 318, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "LA PRINCESSE QUI ATTEND.\n                          I.\n\n   En robe verte aux ramages de pâle argent, la\nPrincesse, laissant ruisseler hors du filet de perles\nles boucles rousses de sa lourde chevelure, entoure\nde ses bras plus blancs que les plus purs lilas de\ntout ce printemps, le socle de marbre où impercep­\ntiblement s’allonge l’ombre des heures du soleil.\n    Et tandis que ses yeux glauques guettent la fuite\ndu temps, ses lèvres, qui semblent avoir humé le\nsang des grenades blessées, murmurent une très\nancienne ritournelle où revient, enguirlandé des\nmots du doux langage d’amour, le nom d’un Prince\n qui partit jadis pour la conquête.\n    Au fond des bosquets où tintent d’éternelles\n fontaines, mille oiseaux, s’égosillant en d’équivoques\n gazouillis, pleurent le crépuscule qui saigne, telle\n une mourante passion, entre les pilastres des cèdres,\n et chantent la lune qui pâlit comme d’un chaste\n regret les nénufars des vasques.\n    Et tandis que les nues couveuses de ténèbres\n s’appesantissent peu à peu sur le crépuscule du soleil\n et l’aurore de la lune, la Princesse, sinueuse en sa\n robe verte aux ramages de pâle argent, baise le\n  cadran dont elle ne peut plus voir les chiffres de\n  cuivre. Car du côté de la lune une trompette a sonné\n  sous de triomphales bannières.\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "294                                         Wallonie.\n\n\n                            II.\n   Une trompette a sonné sous de triomphales\nbannières. Et par les noires vallées qui mènent à la\nsolitude où la Princesse, haletant d’ une innommable\nespérance, attend l’advenue de celui qu’elle a pleuré\ntant de longues années, c’est le piaffement de\ncolossaux chevaux sur la pierraille des routes, et le\ntonnerre des épées contre les cuissards des cavaliers\nde l’ombre.\n   Soudain la Princesse, qui s’est reprise à chanter\nla très ancienne ritournelle où revient un nom\nenguirlandé des fleurs du doux langage d’amour, a\nvu se dresser parmi les fleurs, roses et lys, quelqu’un\ndont l’armure d’or, bossuée d’escarboucles, de reluit\nmême en la nuit. Et elle sait que son Prince est\nrevenu de la conquête.\n  Les bras noués en ceinture autour de son torse,\nles lèvres tendues en corolle à ses baisers, et les\nseins appuyés contre la froide armure, elle écoute la\nvoix du Revenu qui, grave, lui dit ses victoires et\nses défaites au fabuleux pays où les barbares\nchevauchent des monstres.\n  Mais ayant levé ses doigts tâtonnants vers le\nvisage de celui qu’elle connut juvénil, elle sent les\nhideuses balafres de mille batailles. Elle comprend\nqu’en le calme jardin où elle guetta tant de longues\nannées la fuite du soleil, elle-même fut son âme, et\nne sait s’il lui faut désormais l’aimer ou le haïr.\n  Les clairons se sont tus sous les bannières.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-028", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 295, "page_fin": 295, "titre_corps": "Petits poèmes d’automne : Guirlande", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PETITS POÈMES D ’AUTOMNE.                  G U IR LAN D E.       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Je suis ce roi des anciens temps", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "ROYAUTÉ.\n\n\n\nJe suis ce roi des anciens temps\nDont la cité dort sous la mer\nAu choc sourd des cloches de fer\nQui sonnèrent trop de printemps.\nJe crois savoir des noms de reines\nDéfuntes depuis tant d'années,\nO mon âme ! et des fleurs fanées\nSemblent tomber des nuits sereines.\nLes vaisseaux lourds de mon trésor\nOnt tous sombré je ne sais où,\nEt désormais je suis le fou\nQui cherche sur les flots son or.\nPourquoi vouloir la vieille gloire\nSous les noirs étendards des villes\nOù tant de barbares serviles\nHurlaient aux astres ma victoire?\nAvec la lune sur mes yeux\nCalmes, et l'épée à la main,\nJ'attends splendir le lendemain\nQui tracera mon signe aux deux.\nParfois le cri de la conquête\nMe soulève d'orgueil le cœur :\nAi-je entendu, futur vainqueur,\nDes trompettes dans la tempête ?\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-030", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 297, "page_fin": 297, "titre_corps": "Petits poèmes d’automne : Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Stuart Merrill", "ancre_debut": "VERS.            Des rossignols chantan", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 763, "texte": "VERS.\n\n\n\n\n       Des rossignols chantant à des lys\n       Sous la lune d’or de l’été, telle,\n       O toi, fut mon âme de jadis.\n       Tu vins cueillir mes lys d'espoir, Belle,\n       Mes lys qui saignèrent dans ta main\n       Quand se leva la lune nouvelle.\n       Amour, sera-ce bientôt demain,\n       Demain matin et ses chants de cloches\n       Et les oiseaux aux croix du chemin ?\n        Pauvre, il neige dans les vallons proches.\n\n                                   Stu a r t M E R R IL L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-031", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 298, "page_fin": 300, "titre_corps": "Ceux qui se tuent", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Émile Verhaeren", "ancre_debut": "CEUX QUI SE TUENT.    Au coin du bois est un cer", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "CEUX QUI SE TUENT.\n\n\n\nAu coin du bois est un cercueil,\nAvec un mort qui tient son œil,\nAvec un mort qui tient son cœur,\nComme une pierre en sa main droite.\n\nCe corps qui donc Va mis si pâle\nAprès les chocs du dernier râle,\nQui donc l'a mis pour à toujours\nSi longuement pâle en sa boîte\nAvec la pierre en sa main droite?\n\nEst-ce son œil, est-ce son cœur,\nCette pierre qu’il tient en sa main droite\nOù l’éclat noir du soir miroite ?\n\nDepuis que livide et tordu\nUn bûcheron l’a dépendu,\nSa main serre plus fortement\nLa pierre en sang de son tourment.\n\nQu’on emporte le cercueil blanc\nVers les lointains du soir dolent,\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1109, "texte": "  Ceux qui se tuent.                                  299\n\n\n\nQu'on emporte le mort, qu'on l'emporte de sorte\nA le bercer, au long des grand’routes des saisons mortes\nTrès longuement, à le bercer au désespoir\nDes lourds roseaux brassés aux vents du soir\nEt des gestes d'orage et de tempête\nEn croix d'éclairs sur sa défaite.\n\nIl n'avait qu'un peu de tête\nPour la volante au loin et sautante tempête,\nEt le détraquement de son rêve effaré.\nPauvre mort, cœur trop vrai,\nTrop clair d'Elle, trop noir de lui\nQui s'en alla sans un blasphème\nEn fureur seulement contre lui-même !\n\nCe cœur, caillou du tant souffrir,\nCet œil, caillou, du tant mourir,\nS’il l’eût jeté vers elle\nEn son visage en fleur eût fait trou.\n\nD'où venait-elle? De n'importe où.\nMais le sourire en crocs de ses canines\nEt le serpent lascif de ses hanches gonines,\nCes dents et cette ardeur! — et puis tel clou\nFixe d’orgueil, en leurs cerveaux de fous!\n\nQu’on emporte le mort en son grand cercueil blanc\nVers les lointains du soir dolent,\nQu’on emporte le mort, qu’on l’emporte de sorte\nA le bercer, au long des grand’routes des saisons mortes,\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 719, "texte": "300                                        Wallonie.\n\n\n\nTrès longuement, au long de son ennui\nDes autres et de lui.\n\nLe pauvre, il avait cru\nQue c'était beau comme le jour\nL ’amour,\nObstinément, il avait cru\nQue c’était frais comme le vent\nEt clair comme une île tranquille\nSur un miroir d’eaux immobiles.\n\nQu'on emporte le mort en son grand cercueil blanc.\nEt vous, Vierges des bois\nEt des chaumières des bruyères,\nVous, des chapelles et des croix\nAux carrefours des routes et des bois,\nEnvoyez-lui vos anges vibrants d’or,\nFaire la veillée autour du corps,\nEt mettre au ciel comme une étoile\nCe caillou d’œil ou bien de cœur,\nQu'il tient serré dans sa main droite.\n\n                             E m ile V E R HAEREN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-032", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 303, "titre_corps": "Ballades", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Maeterlinck", "ancre_debut": "BA LLAD ES.                   I   .     Les trois sœurs ont voul", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "BA LLAD ES.\n\n                 I   .\n\n\n\n\nLes trois sœurs ont voulu mourir\nElles ont mis leurs couronnes\n                            t\n                              d’or\nEt sont allées chercher leur mort.\n\nElles sont allées vers la forêt :\n“ Forêt, donnez-nous notre mort\nVoici nos trois couronnes d’or. „\n\nLa forêt s’est mise à sourire\nElle leur a donné trois baisers\nQui leur ont montré l’avenir.\n\nLes trois sœurs ont voulu mourir\nElles sont allées chercher la mer\nTrois ans après la rencontrèrent\n\n“ O mer donnez-nous notre mort\nVoici nos trois couronnes d’or „\nEt la mer s’est mise à pleurer\nElle leur a donné cent baisers\nQui leur ont montré le passé.\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 958, "texte": "302                                         Wallonie.\n\n\n\n      Les trois sœurs ont voulu mourir\n      Elles sont allées chercher la ville\n      La trouvèrent au milieu d'une île\n\n      “ O ville, donnez-nous notre mort\n      Voici nos trois couronnes d’or. „\n\n      Et la ville s’ouvrant à l’instant\n      Leur a donné mille baisers\n      Qui leur montrèrent le présent.\n\n                        II.\n\n\n      Elle est venue vers le palais\n      — Le soleil se levait à peine —\n      Elle est venue vers le palais\n      Les chevaliers se regardaient\n      Toutes les femmes se taisaient.\n\n      Elle s’arrêta devant la porte\n      — Le soleil se levait à peine —\n      Elle s’arrêta devant la porte\n      On entendit marcher la reine\n      Et son époux l’interrogeait.\n\n      Où allez-vous, où allez-vous ?\n      — Prenez garde, on y voit à peine —\n      Où allez-vous, où allez-vous ?\n      Quelqu'un vous attend-il en bas ?\n      Mais elle ne répondait pas.\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "Ballades.                                     303\n\n\n\n       Elle descendit vers l'inconnue\n       — Prenez garde, on y voit à peine —\n       Elle descendit vers l'inconnue\n       L'inconnue embrassa la reine\n       Elles ne se dirent pas un mot\n       Et s’éloignèrent aussitôt\n\n        Son époux pleurait sur le seuil\n        — Prenez garde, on y voit à peine —\n        Son époux pleurait sur le seuil\n        On entendait marcher la reine\n        On entendait tomber les feuilles.\n\n                     M aurice MAETERLINCK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-033", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 304, "titre_corps": "Chanson", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHANSON.    Dans une barque d’ Orient", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "CHANSON.\n\n\n\nDans une barque d’ Orient\nS’en revenaient trois jeunes filles,\nTrois jeunes filles d’ Orient\nS’en revenaient en barque d’or.\n\n\nUne qui était noire\nE t qui tenait le gouvernail,\nSur ses lèvres aux roses essences\nNous rapportait d'étranges histoires,\nDans le silence.\n\n\nUne qui était brune,\nE t qui tenait la voile en main\nE t dont les pieds étaient ailés,\nNous rapportait des gestes d’ange,\nEn son immobilité.\n\n\nMais une qui était blonde,\nQui dormait à l’avant,\nD ont les cheveux tombaient dans l’oncle\nComme du soleil levant,\nNous rapportait sous ses paupières,\nLa lumière.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-034", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 305, "titre_corps": "Image", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Van Lerberghe", "ancre_debut": "IMAGE.    Le ciel est bleu d’un calm", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 330, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "IMAGE.\n\n\n\nLe ciel est bleu d’un calme étrange\nLe jour est divin.\n\n\nL ’heure est immobile et repose\nSur les eaux et les roses;\nC’est le matin.\n\n\nPaix et silence, grâce et sourire:\nIl ne faut pas qu’une âme pleure,\nPrès de toutes choses qui passent,\nElle demeure.\n\n\nSigne de ce matin d’été,\nDans un songe d'éternité :\n\nLevant ses yeux doux et joyeuse,\nSemblable aux anges les plus beaux,\nD e ses vagues mains lumineuses\nElle a tracé cette image dans l'eau.\n\n\n                 C h a r l e s V AN L E R BE RG H E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-035", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 306, "page_fin": 307, "titre_corps": "Paysage de givre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Germaine Franck", "ancre_debut": "PAYSAGE DE GIVRE.      Le ciel et la terre se con", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1007, "texte": "PAYSAGE DE GIVRE.\n\n\n\n  Le ciel et la terre se confondent dans un abîme de\nclarté douce et veloutée.\n  Tout est blanc ; tout est velours et paix généreuse\npour mes yeux émerveillés, en la vallée de clair\nenchantement.\n  L ’air que j ’aspire se givre et baigne mon front de\npureté rigide ; l’éblouissant éclat de l’éther diamanté\net toutes les étoiles du givre magnanime, recéleur\ndes souffrances anciennes, m’enveloppent le cœur de\ncharité primitive, d’indulgence aussi, d’indulgence\nravie, suscitée par tant de prestigieuse lumière où se\npressentpeut-être l’essence de la Lumière définitive,\n  Et voici qu’en mon âme, naît la nostalgie de loin­\ntaines rives boréales, qui n’auraient pour bornes de\nleur rêve, que l’éternel horizon des mers de silence\net de mystère...\n  Ironie de ma petitesse ! Je marche à pas contenus,\npour mieux accomplir cet essor vers les régions\nimmatérielles et sereines !\n  Les collines, à mes côtés, montent immaculées\nvers le ciel, traînant aux endroits buissonneux la\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": " Paysage de givre.                                307\n\n\n\nmajesté de touffes d’hermines, caressées de jets de\nlumière élyséenne dans une gloire de pureté.\n  En la vallée, partout s’enchevêtrent les bouquets\nd’arbustes et de pins; d’innombrables aiguillettes\nouatées de givre dressent (fête étrange et désor­\ndonnée de blanche fourrure) leurs petits gestes\nnets, zig-zaguant lumineusement sous le clair soleil\nd’hiver, dans une bizarrerie de fuite.\n  Et de tout ce branchage frêle, paré comme pour de\nmystiques noces, monte autour de moi un grésille­\nment discret; grêle musique d’enfance dont la douce\net blanche rosée, ainsi qu’un crépitement de cierges\nvirginaux, sans cesse renaissant, inonde mon cœur\nde toute part, et lui laisse un long frémissement qui\nvoudraient finir en un geste lent d’espoir...\n   Mais sur mes mains d’ombre, sur ce corps de mys­\ntère et de mort descendent mes regards inquiets...\nMon âme bat de l’aile, — si légère maintenant! —\ncar si douce et profonde serait l’allégresse de partir\npar ces blancheurs aériennes, pour planer là où se\nsolennise l’absolue et terminale candeur.\n\n                           G ermaine FRANCK.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-036", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 308, "page_fin": 309, "titre_corps": "De salutations dont d’angéliques : Pleine de grâces (III)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DE SALUTATIONS                        dont          D’ANGÉLIQUES.                  P l e in e   de     grâces.                                  III.                  E t J", "ancre_fin": "or sus vos bras, et christ.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "P l e in e   de   grâces.                                    V.      Or et plus j'aurais voul", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 842, "texte": "DE SALUTATIONS\n                       dont          D’ANGÉLIQUES.\n\n                P l e in e   de     grâces.\n\n\n\n\n                             III.\n\n\n               E t Jésus en rose,\n               et la terre en bleu,\n   Marie des grâces, c'est en vos mains rondes\n   ainsi que deux fruits : Jésus et le monde;\n               et Jésus en rose,\n               et la terre en bleu.\n\n               E t Jésus, Marie,\n               et Joseph l’époux,\n   c'est depuis longtemps ma bonne alliance\n   à la mode de Bretagne et d'enfance,\n               et Joseph l’époux,\n               Jésus et Marie.\n\n               Puis l'Egypte aussi,\n              la fuite et l'H érode,\n   c'est mon âme vieille et mes pieds qui tremblent\n   à regarder fuir vers les loins à l'amble\n               et l'âne et l'H érode,\n              puis l’Egypte aussi.\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "D e salutations dont d'angéliques.                    309\n\n\n\n                Or Jésus en or\n                comme sont les christ,\n    Marie c’est dans vos mains de glaive et d'armes\n    vers ma ville où va la pluie de vos larmes,\n                Jésus plus en or\n                sus vos bras, et christ.\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-037", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 309, "page_fin": 310, "titre_corps": "De salutations dont d’angéliques : Pleine de grâces (V)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P l e in e   de   grâces.                                    V.      Or et plus j'aurais voulu", "ancre_fin": "blanches vos nefs, Marie aux grâces.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Co n s o l a t r ic e   des   a f f l ig é s .                                       III.         E t l'hiver m’a donné la", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "P l e in e   de   grâces.\n\n\n\n\n                               V.\n\n    Or et plus j'aurais voulu dire\n    ces grâces que tant vous aviez,\n    Marie au temps primesautier\n    des beauprés et de mes navires\n\n    allés aux îles de la mer\n    où mes promenades étaient\n    de long en large à coup de fouet\n    d'une île à l'autre de la mer.\n\n    Mais j'a i mis les mauvais souliers\n    aujourd'hui de ceux de la terre,\n    et ma bouche demeure amère\n    de ne savoir plus en entier,\n\n     le beau psaume où vous étiez toute,\n    chimérique à l'avant des proues,\n    quand les horizons faisaient roues\n    et feu dans les mains aux écoutes.\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 415, "texte": "310                                                             la Wallonie.\n\n\n\n       Or et soit puisqu'il est resté\n       en moi le salut qu'ont les voiles\n       sous le vent aimé des étoiles\n       de là-bas et d'autres étés ;\n\n       et que ce sont vos mêmes grâces\n       en l'aujourd'hui des beaux autels,\n       et voiliers pour aller au ciel,\n       blanches vos nefs, Marie aux grâces.\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-038", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 310, "page_fin": 311, "titre_corps": "De salutations dont d’angéliques : Consolatrice des affligés (III)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Max Elskamp", "ancre_debut": "Co n s o l a t r ic e   des   a f f l ig é s .                                       III.         E t l'hiver m’a donné la", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 335, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 415, "fin_caractere_exclue": 990, "texte": "Co n s o l a t r ic e   des   a f f l ig é s .\n\n\n\n\n                                  III.\n\n\n      E t l'hiver m’a donné la main,\n      j ’ai la main d’Hiver dans les mains,\n\n      et dans ma tête, au loin, il brûle\n      les vieux étés de canicule ;\n\n      et dans mes yeux, en candeurs lentes,\n      très blanchement il fa it des tentes,\n\n      dans mes yeux, il fa it des Sicile,\n      puis des îles, encore des îles.\n\n      E t c’est tout un voyage en rond\n      trop vite pour la guérison\n\n      à tous les pays où l’on meurt\n      au long cours des mers et des heures ;\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 612, "texte": "De salutations dont d’angéliques.\n\n\n\n    et c'est tout un voyage au vent\n    sur les vaisseaux de mes lits blancs\n\n    qui houlent avec des étoiles\n    à l’entour de toutes les voiles.\n\n    Or j'a i le goût de mer aux lèvres\n    comme une rancœur de genièvre\n\n    bu pour la très mauvaise orgie\n    des départs dans les tabagies;\n\n    puis ce pays encor me vient :\n    un pays de neiges sans fin....\n\n    Marie des bonnes couvertures,\n    faites-y la neige moins dure\n\n    et courir moins comme des lièvres\n    mes mains sur mes draps blancs de fièvre.\n\n\n                                         M a x ELSKAM P.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-039", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 312, "page_fin": 313, "titre_corps": "En la clairière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "EN LA CLAIRIÈRE.                                         à P ierre M arie O lin.        Au ro", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 337, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "EN LA CLAIRIÈRE.\n\n                                       à P ierre M arie O lin.\n\n\n\n\n   Au rouet d'un tournesol, la petite reine est à filer\ndes fils de la vierge, et sa grâce menue enchante les\ncorolles de la fontaine. Un songe d’idylle illumine la\nclairière où sa chanson s’éploie sur la brise azurée.\nSeuls parmi l’eau cristalline, les grands iris dressent\nleur joie d'ombre dans le sourire épars.\n   Mais voici qu’une approche émeut les ramures, et\nparaît dans la lumière amoureuse, l'Attendu, l'Enfant-\nChevalier au pourpoint d’étincelles. Il rayonne de toute\nsa présence ingénue, et sa vêture est d’or : tout l’or\nlégendaire, l’or onctueux des aurores s'y proflue et\ntelle éblouit sa présence impériale.\n   La petite reine, elle bat des mains, elle contemple son\nseigneur au fastueux arroi qui s'attriste, ô Rieuse !\nde ce pensif collier d'améthystes lointaines...\n   Elle s’est reculée, et résorbe tout l’or en son regard\njoyeux. Puis, folle, aux bras du petit prince :\n    O mon amour, tu es beau et je t aimerai bien! Mais\n\n\n  De La Belle au bois donnant.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 529, "texte": "  En la clairière.                                    313\n\n\n\n dis-moi, chéri, me donneras-tu des manteaux et des\nécharpes de cet or étincelant ? Je serai, tu verras, si\njolie parmi les jardins, aux fêtes du roi mon père...\n    Elle babille et l’embrasse, la frivole, sans voir deux\n larmes rouler, perle et gemme illusoires! sur la joue de\nl’Enfant-Prince, car son cœur se meurt, au pauvre, de\n la divine qui lui veut prendre, pour s'en parer, toute\nsa jeune âme éblouissante dont, pour lui plaire, il\n s'était ce matin couvert.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-040", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 314, "titre_corps": "Mysticité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "MYSTICITÉ.                              III.    C’est sous une dalle d", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 339, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "MYSTICITÉ.\n\n\n                           III.\n\n  C’est sous une dalle de cristal comme une eau\npétrée, la nudité sans vie d’une jeune fille. Dans\nses cheveux éteints, la tête réginale est à présent\ncamuse et verte; une onde vitreuse stagne aux\norbites où jadis s’irisait un songe. Les membres\nfuselés sont d’un mol ivoire et moites des sueurs\nmortelles ; parmi les chairs miraculeuses que voici\ntalées et bleues, des gonflements comme un remous\nfont palpiter les seins de la vie aveugle des vieux\nvers : ils ont ouvert le ventre chaste, et leur fête qui\ngrouille, soudain déborde et s’épand au vol mysté­\nrieux de l’âme.\n  Mais de l’hiatus flétri du sexe, le prestige peu à\npeu se dresse et grandit d’une rose inconnue, d’une\nrose mystique et sentimentale, corolle ingénue qui\nd’instant en instant déroule ses longues pétales\nvierges pour épanouir plus haut dans l’heure éter­\nnelle sa noblesse d’éphémère, comme une âme stérile.\n\n                    C h a r le s   D ELCHEVALERIE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-041", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 315, "page_fin": 315, "titre_corps": "La couronne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA COURONNE.                              F lu m in a am em sy lv a sq u e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "LA COURONNE.\n                             F lu m in a am em sy lv a sq u e in g lo riu s ...\n                                              Virgile. GÉORGIQUES.\n\nJ ’ai revu ma forêt, captive des hivers,\nS’éveiller mollement à de tièdes haleines :\nDéjà, dans l’air plus bleu, les grands arbres sont verts,\nEt le parfum des bois s’exhale vers les plaines.\n\nC’est un bonheur antique et toujours inconnu :\nMon vieux cœur enfantin tremble devant ces choses !\nTout perlé de rosée, un feuillage ingénu\nPalpite, ce matin, sur mes forêts écloses.\n\nO Muses! si l’écho d’un amour si profond\nLui survit, grâce à vous, dans mes chansons prochaines,\nN’offrez point d’assouplir aux rides de mon front\nL ’indocile rameau des lauriers et des chênes.\n\nLes feuilles s’entr’ouvraient, frêles comme des fleurs !\nOh ! qu’un léger rameau de ces feuilles tremblantes,\nOù la froide rosée aura laissé des pleurs,\nCouronne à tout jamais mes tempes indolentes.\n\nA de plus mâles fronts, les orgueilleux bandeaux!\nPuissé-je, sans renom, vivre loin de la vie,\nEt rentrer, tout entier, aux limbes virginaux\nD ’où mon âme d’enfant n’était jamais sortie.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-042", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 316, "page_fin": 317, "titre_corps": "Reine de Thulé", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REINE DE THULÉ.                                               à Paul Gérardy,     Qui n’a poi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 960, "texte": "REINE DE THULÉ.\n\n                                             à Paul Gérardy,\n\n\n\n\nQui n’a point, parmi nous, sa noble et vaine envie?\nLoin de ce monde amer où languit notre vie,\nUn merveilleux château s’élève sur les flots.\n\nBien loin au fond des mers brumeuses! Sur des plages\nBoréales ! Parmi ces ondes sans sillages\nDont le morne inconnu trouble les matelots!...\n\nUne enfant y grandit, adorable, ignorée.\nRien n’est si pur au monde ; une grâce éthérée\nCouronne de clarté cet être jeune et fier.\n\nTandis que son aïeul, morne héritier des races,\nContemple tristement, au bord de ses terrasses,\nL e soleil des vieux jours descendre sur la mer;\n\nInfante de Thulé, reine au cimier d’opale,\nComme une fleur parmi les fleurs, et rose, et pâle,\nElle erre, toujours seule, en ses jardins neigeux.\n\nToujours seule! Et pourtant, insoucieuse encore,\nSouvent un inconnu qu’elle aime et qu’elle ignore\nS’ égare, en les troublant, dans ses sommeils heureux.\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "  Reine de Thulé.                                         317\n\n\n\nJe l’aime. Si mon cœur, sévère en ses tendresses,\nSans se livrer jamais, a connu les caresses,\nC’est qu’une vierge seule aura ce pur trésor.\n\nMême sans s’être vus, les amants sont fidèles.\nUn jou r! en y pensant, mon cœur se sent des ailes!\nMon désir s’en ira vers cette fleur du nord.\n\nCe sera l’heure, alors ! “ O reine, lui dirai-je,\nEt ce cygne ingénu, chaste comme la neige,\nTressaillira sans doute au fond de sa candeur ;\n\nUn appel inconnu chantait dans tous mes rêves.\nQuand mon vaisseau fleuri cherchait si loin ces grèves,\nSavez-vous quelle enfant avait conquis mon cœur ? „\n\nElle m ’écoutera... La vierge, l ’ingénue\nSe troublera peut-être, à cette voix connue;\nJ ’attendrai sa réponse avec un doux effroi.\n\nNos cœurs, en ce moment, se diront tant de choses !\nPuis elle entr’ouvrira ses lèvres longtemps closes,\nEt, me reconnaissant, elle dira : “ C’est moi. „\n\n     3 Décembre 1892.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-043", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 318, "page_fin": 319, "titre_corps": "L’orgueilleuse lassitude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’ORGUEILLEUSE LASSITUDE.     Tristan est morne. Il voi", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 343, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "L ’ORGUEILLEUSE LASSITUDE.\n\n\n\n\nTristan est morne. Il voit, d’un œil voilé de pleurs,\nL e ciel serein, les bois naissants, les fleurs écloses,\nEt son amante enfin, qui dort au sein des fleurs.\n\nA quoi bon ? Le bonheur n’est plus parmi ces choses !\nTrahissant cette fois son immortel soupir,\nIl lève lentement son front chargé de roses.\n\n“ Encore un jour éteint, sans plainte et sans désir...\nEt, pour un jour éteint, un jour plus doux s’apprête;\nL e bonheur m’ est donné dans un parfait loisir.\n\nQu’importe ? Je suis las d’une immuable fête,\nLas d’atteindre sans peine à ces divins trésors\nDont l’éloignement seul rend douce la conquête.\n\nPlutôt souffrir ! Et vaincre, en de nobles efforts,\nQuelque âpre adversité que la gloire eût suivie !\nUn bonheur aussi calme énerve les plus forts.\n\nCar ces lieux sont trop beaux ! Car mon bonheur envie\nCeux-là qui sont partis dans un rêve orgueilleux\nParmi la dangereuse épreuve de la vie.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "  L 'orgueilleuse lassitude.                              3 19\n\n\n\nL e flot monte, en chantant, dans leurs agrès houleux !\nToujours la vision des îles d’or enchante,\nAu fond des mers du soir, les grands horizons bleus.\n\nOh ! labourer comme eux la mer éblouissante !\nTous les pays dorés dont je serai le roi\nAppellent désormais ma force adolescente !\n\nLibre enfin de liens, mon cœur, éclos en moi,\nVa chercher sous un ciel ignoré des tendresses,\nUn bonheur orageux que mêle quelque effroi !\n\nPourtant, bleuâtre et douce, et pleine de caresses,\nL ’ombre pare à souhait la ebère qui s’endort;\nLes fleurs pâles des nuits s’ouvrent parmi ses tresses.\n\nMais c’est en vain... Tantôt, ensommeillée encor,\nPour un plus fier destin laissant celle que j ’aime,\nMes voiles s’ouvriront dans une lueur d’or.\n\nExcédé du bonheur, las du calme lui-même.\nPuissé-je, cette fois, dans le jour frais et clair,\nAppareiller enfin vers quelque exploit suprême,\n\nA vec les vents fougueux qui soufflent sur la mer ! „\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-044", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 320, "page_fin": 320, "titre_corps": "Lied", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LIED.  Une enfant mélancoliqu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 345, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 736, "texte": "LIED.\n\nUne enfant mélancolique\nS’accoude au balcon désert\nD ’un beau château nostalgique,\nLes yeux au loin sur la mer.\n\n“ A h ! dit sa voix triste et tendre,\nOù. mon frère tarde-t-il ?\nC’est mourir que de l’attendre,\nLoin de lui tout m’est exil.\n\nQue veulent de plus ses rêves ?\nJamais jour si doux n’a lui.\nQu’il s’en vienne vers mes grèves,\nTout n’est si beau que pour lui.\n\nMa candeur est liliale !\nC’est pour lui que je grandis\nComme la fleur idéale\nD ’un idéal paradis.\n\nJe suis la sœur et l’élue !\nC’est lui, c’est lui que j ’attends !\nNul autre ne verra nue\nLa grâce de mon printemps.\n\nQui l ’empêche de m’entendre ?\nPourquoi l’élu tarde-t-il ?\nC’est mourir que de l’attendre,\nLoin de lui tout m’est exil. „\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-045", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 321, "titre_corps": "Primavera", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "F. Severin", "ancre_debut": "PR IM A V E R A .   Nous nous aimions, alors", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "PR IM A V E R A .\n\n\nNous nous aimions, alors, ô ma dernière amie !\nAu seuil de la forêt, morne et comme endonnie,\nOù le jour expirant laissait un pur reflet,\nDans le soir sérieux, dans le soir violet,\nJe ne sais quel frisson de feuilles nouveau-nées\nEnvironnait déjà nos têtes inclinées,\nNi quelle obscurité pleine d’éclosions\nTombée autour de nous, pendant que nous rêvions !\nSans doute mille fleurs, délicates et douces,\nNous souriaient dans l ’ombre, au sein des jeunes mousses\nEt, par le soir propice et lourdes de ses pleurs,\nLes feuilles s’entr’ouvraient, plus frêles que des fleurs !\nO jeunesse ! et là-haut, déjà gonflés de sève,\nLes arbres réveillés autour de notre rêve,\nAu souffle délicat du printemps revenu,\nDéployaient, en tremblant, leur feuillage ingénu,\nEt le premier frisson d’une forêt fragile\nMontait, en murmurant, dans la clarté tranquille.\n\n                                      P . SEVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-046", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 322, "page_fin": 323, "titre_corps": "Fin de rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Vyttall", "ancre_debut": "FIN DE RÊVE.     Le Nénuphar éleva sur la", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 804, "texte": "FIN DE RÊVE.\n\n\n  Le Nénuphar éleva sur la surface des eaux son\ncalice; et les vagues miroitantes le bercèrent d’un\nfroid reflet.\n\n  Or, les poissons argentés dressaient hors des eaux\nleurs têtes glauques vers l’ espoir d’un regard — et ils\nmouraient.\n\n   Mais le Nénuphar dit au Seigneur : “ Donne-moi\nle parfum des fleurs étranges. „\n\n  Et le Seigneur Dieu qui l’aimait lui donna la\nsenteur troublante qui est issue du Rêve des\nVierges.\n\n  Alors, ce fut comme une extase des êtres d’alen­\ntour. -Les fleurs de la berge tendirent leurs corolles\net les papillons blancs volèrent par delà la rive —\nvers l’espoir d’un baiser.\n\n  — Les ondes froides et douces bercent une neige\nde cadavres que la Lune argente. —\n\n  Mais le Nénuphar dit au Seigneur : “ Donne-moi\ndes ailes qui m’élèvent : „\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1163, "texte": "  Fin de rêve.                                     323\n\n\n\n  Et le Seigneur Dieu qui l’aimait lui donna des\nAiles tissues de Songe et d’Aube.\n\n   Or, des forêts d’alentour surgit une clameur uni­\nverselle. Les arbres oscillèrent comme pour prendre\nleur essor et les oiseaux au gosier d’or, montant dans\nle sillon miraculeux de la fleur pâle, chantèrent des\nalléluias de triomphe et d’amour.\n\n  Le Nénuphar montait plus haut, toujours plus\nhaut sur ses ailes diaphanes. Les oiseaux au gosier\nd’or, un à un, tombaient de froid, d’azur et de\nlassitude. Et les eaux calmes berçaient leurs cadavres.\n\n  Mais le Nénuphar dit au Seigneur : \" Voici que je\n“ me suis élevé dans mon rêve jusqu’aux régions\n“ d’Ether et de Lumière, loin des Multitudes.\n\n  “ Et le Gel des Espaces froidit mes ailes ; une\n“ grande fatigue s’est installée au dedans de moi-\n“ même. Ne me laisse point, Seigneur, retomber sur\n“ la terre. „\n\n  Et le Seigneur Dieu qui l’aimait lui cria : “ Entre\ndans la Gloire du Soleil ! „\n\n   Et tout ne fut plus qu’une Lumière éclatante qui\ns’épanouissait de l’Astre vers les Firmaments.\n\n          Mars 1891.\n                               G aston VYTTA LL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-047", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 324, "page_fin": 325, "titre_corps": "Dans la forêt : Chevauchée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DANS LA              FORÊT.                             I                     CHEVAUCHÉE.   Sous tes ha", "ancre_fin": "pour leur sursaut nocturne à travers le brouillard.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II UNE VOIX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "DANS LA              FORÊT.\n\n                           I\n\n\n                  CHEVAUCHÉE.\n\n\nSous tes hauts frênes et les hêtres de la forêt,\nDans les brumes du crépuscule\nLes frôleuses lueurs de la lune\nSe glissent pâles sur les rochers de la vallée\nE t s’opalisent aux feuillages violets.\nLes trois grands cavaliers venus vers la forêt\nPar la rieuse allée\nD ont la pelouse éclate en fleurs dans la vallée,\nN 'o nt pu voir aux frêles lueurs de la lune\nSous les brunies du crépuscule\nLeur route de gaîté qui soudain disparaît\nEntre les herbes obscures de la forêt.\nParmi le glacial effarement de l'heure\nE t pour l’angoisse de leur marche dans la nuit\nLes broussailles s’épeurent,\nLes feuilles aux arbres ont frémi.\nLes cavaliers dans la forêt\nSavent-ils le ravin qui dévale au lac d'ombre\nD'où l'on a vu des nuits de stygiennes ombres\nSurgir au lac blêmi de pâleurs de suaires ?\nMalgré la ronce et les épines dont s’encombre\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 671, "texte": "Dans la forêt.                                            325\n\n\n\n  La ravin qui s'éboule au lac des ossuaires,\n  Égarés en la nuit des taillis qui s’ éplorent\n  Au lac sombre ignoré d’où s'élèvent les ombres\n  Dans la pâleur de leurs suaires,\n  Si les trois cavaliers entrés dans la forêt\n  Pour fuir l'été brûlant sur les landes encore\n  Ont foulé le ravin que des ronces encombrent\n  Jusqu’où, brusque, il s’ éboule au lac des ossuaires,\n  A leur tour spectres tels que ces ombres errantes\n  Qui déjà le hantaient, ils font le lac blafard\n  E t les feuillages frissonner d’épouvantes\n  Pour leur sursaut nocturne à travers le brouillard.\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-048", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 325, "page_fin": 326, "titre_corps": "Dans la forêt : Une voix", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Fontainas", "ancre_debut": "UNE VOIX.    Parmi les tiges rivulaires", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 350, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 699, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "UNE VOIX.\n\n\n  Parmi les tiges rivulaires\n  Le long du lac sous les vapeurs crépusculaires,\n  Voix mystérieuse, tu pleures\n  Vers le bois violé d’embûches et de leurres,\n  Voix de souffrances, de colères,\n  Quel rire, flèche sûre avec son vol qui vibre,\n  Fendit la livide brume qu’elle déchire,\n   Quel rire aigu outrage la chair de ton angoisse,\n   Voix de douleur, voix d’angoisse ?\n\n\n   Tôt la livide brume s'est refermée\n   Sur l’hivernale torpeur des arbres et du lac,\n   E t désormais\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1401, "texte": "326                                                  la Wallonie.\n\n\n\n      Nul murmure en les joncs rivulaires du lac\n      E t nul frémissement ne court plus l'eau du lac\n      Ou s'installe la solitude désolée ;\n      Le vent de nul sanglot n'émeut plus la vallée\n      Sur qui des arbres pèse la brume étalée\n      Muette et désolée.\n\n\n      O mort frileuse du grand lac crépusculaire,\n      Que le languide hiver de lourds brouillards submerge !\n      Un prestige de fleurs réjouira la berge\n      E t peut-être une joie amoureuse très claire\n      Renaîtra parmi l'or de tous ces longs roseaux\n      En vive éclosion de lumineux oiseaux\n      Epris éperdument des corolles nouvelles.\n      Parfums défunts d'iris, de lys et d'asphodèles\n      Qui sous les eaux dormez à jamais d'un sommeil\n      Immuable ! ô parfums vous mêlant au soleil\n      Qui rit en la chanson renaissante des feuilles,\n      Insidieux parfums du mystère aboli\n      Vous renaîtrez du calice des fleurs d'oubli,\n      L'été futur vous mentira d'où tu endeuilles,\n      O voix de cet hiver! les bois crépusculaires\n      Parmi les touffes des feuillages rivulaires\n      Lourds d'angoisses, d'embûches et de leurres\n      Où, voix accusatrice et dolente, tu pleures\n      Sous l'outrage de l'âpre rire\n      Qui flèche dans ta chair se rive, et te déchire.\n\n\n                                            A n d r é FONTAINAS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-049", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 329, "titre_corps": "Les femmes de songe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Garnir", "ancre_debut": "LES FEMMES DE SONGE.                   . . . A l ’h e u re où le c o u c h a n t e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 352, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "LES FEMMES DE SONGE.\n                  . . . A l ’h e u re où le c o u c h a n t en fla m m e la p r a ir ie ,\n                  u n e fem m e q u i s o u ffre e t q u 'o n n e v e r r a p lu s !\n\n                                                        F e r n and S e v e r i n .\n\n\n\n\n   Charriés dans le flot débordé qui coule vers on ne\nsait quel Océan, roulant des millions d’yeux et de\nbouches qui rient ou pleurent, des millions de bras\nqui implorent ou menacent, nous les voyons passer\nparfois, les Femmes de songe ! Ainsi passent des\népaves glorieuses dans le pêle-mêle lamentable des\nobjets de toute sorte que les eaux boueuses de\nl’inondation, les eaux rapides et furieuses ont cul­\nbuté dans leur assaut irrésistible et entraînant...\n   Un remous de multitude les a dégagées tout-à-\ncoup, les a exposées une seconde à notre vue, les\nFemmes de songe : nous nous haussons pour mieux les\nvoir par dessus les têtes de la foule moutonnante ....\nmais voici qu’une houle les emporte à nouveau,\nles a fait disparaître a tout jam ais . Nous ne les\navons vues qu’un instant et pourtant notre cœur,\npareil à quelque tissu brûlé par le brusque contact\nd’un acide violent, garde pendant longtemps la chère\nmeurtrissure que leur soudaine apparition leur a\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1506, "texte": "328                                      la Wallonie.\n\n\n\nfaite. Elles ont grisé nos imaginations ; elles empli­\nront nos nuits de songes émerveillés. Leurs larges\nyeux pâles restent empreints dans nos yeux, comme\nces taches lumineuses que le soleil couché laisse à\nceux qui l’ont fixé audacieusement. Elles ont semé\nde rêve la route qu’elles ont suivie, parfumé d’étran­\ngetés la fleur que leurs lèvres ont baisée, et, quand\nelles ont disparu, nous croyons retrouver un peu de\nrêve resté sur le chemin, un peu de parfum oublié\ndans la fleur.\n   Et pourtant, les avons-nous vues réellement ?\nSommes-nous sûrs que nos prunelles les aient un\ninstant réfléchies ? Non ! car elles sont un bienfait\ndes Dieux ! Plus d’une fois je les ai aperçues dans les\nfoules et la conviction m’est cependant venue\nqu’elles n’existent pas, qu’elles ne sont qu’une hallu­\ncination de mon cerveau, un mensonge séduisant et\n divin de mon cœur trop vide, hélas! un rêve chimé­\nrique et passionnément envoyé à mon imagination\npar les Dieux secourables, apitoyés à de certaines\n heures par la détresse des Poètes.\n    C’est pourquoi il ne faut pas tenter de les suivre\n dans leur fuite, il ne faut pas essayer de savoir qui\n elles sont, d’où elle viennent, où elles vont : On ne\n demande pas à la forêt la raison de sa majesté, à\n l’oiseau le secret de son chant, au soleil couchant\n le “ comment „ de sa gloire ou de sa mélancolie.\n    Pourquoi savoir, pourquoi chercher, puisque\n pendant un jour elles ont désaltéré notre soif de\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "  Les femmes de songe.                             329\n\n\n\npoésie, abreuvé pendant une heure notre cœur hale­\ntant? Aimons jusqu’au regret dont elles gonflent\nnos poitrines ; aimons jusqu’à la détresse où nous\nlaisse leur disparition irrémédiable.\n   Assurément il faudrait un mot nouveau pour dire\nla ferveur de celui d’entre nous qui, ayant aperçu\nvenir l’une d’elles, la contemple, avec des yeux pleins\nde larmes cruelles et douces, s’en aller et disparaître\nà l’horizon. Mais il y aurait je ne sais quelle mécon­\nnaissance de leur destinée, je ne sais quelle surhu­\nmaine et sacrilège offense aux décrets absolus à\ntenter de découvrir l'Inconnu dont elles sortent,\nl’Inconnu où elles rentrent. Comme Vénus émana de\nla mer, elles émanent de la mystérieuse bonté des\nchoses, consolation de nos misères.\n\n                             G eorges GARNIR.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-050", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 330, "page_fin": 331, "titre_corps": "La pagode", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "LA PAGODE. A M. Maurice Wilmotte.       Sur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 355, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "LA PAGODE.\nA M. Maurice Wilmotte.\n\n\n\n\n  Sur l’îlot ceint de joncs, d’herbes, de bambous grêles,\n  D e nénuphars neigeux et de glaïeuls fleuris,\n  Au-dessus des bosquets pleins de chants et de cris\n  Où les oiseaux lassés lissent l’or de leurs ailes,\n\n  La Pagode surgit, rose sur le ciel bleu,\n  Mirant dans l’eau du lac aux teintes éphémères\n  Le profil hérissé des fantasques chimères\n  Qui dentèlent son faîte aux tuiles rouge-feu.\n\n  Le temple, tout au fond, se carre, noyé d’ombre,\n  Entre des murs très vieux lézardés par endroits ;\n  Et le rais qui se glisse aux fentes des parois\n  Illumine une idole énigmatique et sombre.\n\n  Assise sur l’autel fait de bois de santal\n  Camuse comme un sphinx et les traits immobiles,\n  Elle étreint sans effort deux monstrueux reptiles\n  Tordant à ses flancs nus leurs anneaux de métal.\n\n  De quel culte aboli les horribles mystères\n  Ont-ils rougi la dalle au pied du dieu serein ?\n  Quels parfums ont fumé des encensoirs d’airain\n  Tandis qu’en rhythmes lents dansaient les bayadères ?\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "La Pagode.                                                331\n\n\n\nNul ne sait : l’autrefois a pour jamais voilé\nD ’un silence aux plis lourds ses mystiques arcanes ;\nEt seul, quand par la n ef rôdent les vents profanes,\nAu sein du sanctuaire un gong geigne, fêlé.\n\nAu dehors voici l’heure où sous la passerelle,\nDont l’arc de marbre rose unit le temple au bord,\nLe soleil vieilli semble un œil injecté d’or\nAyant gardé tout le Passé dans sa prunelle.\n\nC’est l’heure où s’enivrant de miel les colibris\nParmi les rosiers frais éparpillent leur troupe ;\nE t le lac étoilé de lotus tend sa coupe\nOù le soir fastueux égrène ses rubis.\n\nD ’arômales senteurs s’évadent des corolles ;\nDes voix fusent des nids bercés par le zéphyr,\nE t comme, sur le lac aux reflets de saphir,\nLes cygnes, rêves blancs, tracent leurs courbes molles,\n\nDu gong pensif s’exhale un soupir affaibli ;\nMais l’insecte stridant et la feuille froissée\nEtouffent dans le soir cette plainte inlassée,\nRâle sans fin d’un dieu qui se meurt dans l’oubli.\n\n                                         AUG. VIERSET.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-051", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 332, "page_fin": 334, "titre_corps": "Pénombre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PÉNOMBRE.  Est-ce le jour qui meurt, o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 357, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "PÉNOMBRE.\n\nEst-ce le jour qui meurt, ou la nuit qui s’achève ?\nIci, sous la boiteuse lueur\nqui tourne, trébuche et tombe en la neige,\nc'est l’immense, et noire, et pourtant fraternelle\nForêt.\n\nLes arbres, jusqu’ au lointain du vague,\nsont tels que de nobles, de très vieux hommes.\nEux, jadis ils vécurent le songe étranger que nous\ncar leur stature de ténèbres\nest morne sur la neige, — elle est grave\ncomme le marbre des images sur les tombes.\n\nC’est la Forêt, sans bornes comme une âme\noù mon âme, jadis, ingénue a pu naître:\net toujours aux allées s'enlacent des allées\nau fond de l'horizon que des allées prolongent\ntoutes en marche vers de l’ombre...\net je suis seul.\n\nCependant, des limbes du Songe\naux pâles eaux mortes d'autrefois\nse meut une onde de mémoire.\nJe sais ! alors je franchis le seuil\net j'avais une forte main dans la mienne ;\nj ’allais, je confiais à la main gardienne\nmes juvéniles pas'jusqu’au plus noir de la forêt\net j ’étais à moi-même un compagnon enfant\nriche de tout l’azur en fête dans ses yeux.\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "  Pénombre.                                                   333\n\n\nLes branches baissaient leurs courbes maternelles\npour protéger l'héroïque ignorant\nqui riait à la vie et chantait vers elle\nson babil de rêve, d'ailes et de deux :\n— car elles sont plus haut que nous\net voient au loin, au devant de nous,\nlà-bas, au fond des profondes allées,\nlà-bas, aie carrefour de toutes les allées,\nparaître le Malheur, le chasseur borgne avec ses loups.\n\nUn soir, j ’entendis soudain sa fanfare :\nla meute des loups à la traque était là\net ils hurlaient, mordant, bondissant, féroces et lâches,\nquand tout à coup survint le Borgne\nqui se dressait en brandissant son cor de fer,\nsur son vieux hongre pie à roide crinière.\n\nSon geste courbait dans leur faste les arbres,\nson œil commandait tel qu'un chef barbare\nd'immémoriales batailles\net sa voix ébranlait les bornes de l’espace.\n\nSon rire éclata comme un tonnerre morne\net le hideux colosse\nsous l'immonde cheval au galop de tempête\nme renversant de toute sa rage\ngrandit soudain ne marche en marche par l'espace\net disparut, traînant ses loups à d’autres chasses.\n\nLe cor à l’horizon insultait ma défaite.\n\nAlors la noire couronne cercla ma tête.\nAh! j ’étais seul, j ’avais fui la main douce et gardienne,\nl'abri d'un front plus haut que moi ;\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "334                                                la Wallonie.\n\n\net l’enfant, l'ingénu reflet de moi-même\nlui, dont l’âme plus riche de riches murmures\nilluminait du jour l'émule diaphane,\npleurant des yeux limpides avec un front obscur\nétait m ort!\n\nSans fin depuis lors sous les heures jumelles\nde la montagne au loin d'où partent mille drèves.\nvers une autre montagne où l'horizon s'efface\nje vais, plus étranger partout où je passe ;\nN i mon geste jamais, ni les chants que j 'élève\nn'ont suscité la main ou la voix fraternelle.\nMa course sur le sol n'a point laissé de trace,\ncar la neige recouvre, à chaque pas nouvelle,\nles signes que mes pieds marquèrent sur la route;\net quand je me suis penché sur la route\npour épier d’où j e venais, où me menait ma triste marche\nnul vestige n’a pu, pour consoler mon doute,\nrévoquer le sommeil du blanc miroir algide.\n\nMais!... Oh frissonnement ivre d’être et splendide!\nMa voix résonne comme en rêve.\nL ’ombre décline en la nuit qui s’achève...\nl’aube, c’est l’aube enfantine et libre\nqui brise l'écorce enlacée aux mensonges\n— et peut-être, je vais renaître de mes songes :\ncar déroulant son rythme d'iris messagère\nelle, aux limpides deux, propage la merveille\net des voix rejaillies aux sources de l'aurore\nvoici qu'elle irradie un glorieux réveil,\n\nrose fée, réginale princesse au front d'or\nannonciateur du Soleil!\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-052", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 336, "titre_corps": "A clair matin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "A CLAIR MATIN.   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UN NAUFRAGE.                                                 à Mockel.     Ah l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 364, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "MES Y E U X\n\n\n TOURNÉS        VERS LE NORD            DE MON A M E .\n\n\n\n\n                      UN NAUFRAGE.\n\n                                               à Mockel.\n\n\n  Ah les vagues et les dunes! et les dunes qui vainquent les\nvagues ! Et cette mer, et cette mer, oh le tumulte de cette\nmer furieuse! A l’horizon, oui, c’est elle, je la vois, je vois\nma svelte et noble goëlette. Vraiment, tu es fière et tu es\nbelle et jamais les vagues monstrueuses n’accableront ton\ncourage, ô ma goëlette de tout espoir! Tu domines la mer et\nla mer charmée est conquise par ta vaillante allégresse.\nMais la côte est là que tu ne soupçonnes pas. Et se brise\nsoudain la quille rigide sur les fonds hypocrites que rien ne\ndécèle. Et tandis que sombre le luxueux yacht, montés sur de\nplats bachots, les pilleurs de la plage vont à l ’assaut de la\nhautaine goelette qui, coulée et désormais immobile, dresse\nvers les nuages peureux et fuyards la véhémente protestation\nde ses glorieuses vergues. Or, ceux là coupèrent l ’orgueil\ndes mâts, y trouvant une richesse qu’ils conquéraient au\npéril de leur vie, mais nul ne vit, allant vers le plus lointain\nde la pleine mer, s’évader un canot, ô tous mes souvenirs!\n\n\n  EXTRAITS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-055", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 340, "page_fin": 341, "titre_corps": "Mes yeux tournés vers le nord de mon âme : Dans un phare", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DANS UN PH A RE .                                                à de Régnier.    Dans l’escal", "ancre_fin": "que je puisse aimer éternelle­ ment.,,", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "OMBRE.                             E n hommage à Stéphane Ma", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 365, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 1727, "texte": "DANS UN PH A RE .\n\n                                              à de Régnier.\n\n  Dans l’escalier toujours tournant autour du vide central\nde l’immense colonne, je la suivais et, sachant sa faiblesse,\nje m’inquiétais. Mais bien avant d’atteindre un sommet\nqui du dehors paraissait proche et maintenant semblait vou­\nloir fuir et se dérober, elle s’arrêta. Nous étions au balcon\ncirculaire du premier étage. Et, à l’abri du vent, terrible en\nl ’effarante solitude de ce roc perdu au plus ignoré des flots,\nelle s’assit, m’attirant avec une grâce mortelle à son côté.\n    Et là, tête perdue en ses cheveux épandus, il me semblait\nrégner une paix profonde; c’était comme une encoignure de\nbonheur, indifférente aux orages proches et inévitables. Ah\nelle était étrangement belle. Une angoisse me torturait le\ncœur de la voir aussi effrayemment belle. Certes, elle devait\nmourir demain, tant sa beauté était devenue surhumaine;\net sa face adorable, si émaciée, disparaissait presque, mangée\npar les trous d’ombre lumineuse de ses mystérieux yeux\nd’émeraude sous les reflets rouges de sa somptueuse et trop\nlourde chevelure.\n  Me prenant la tête de ses longues, longues mains transpa­\n rentes, et baisant mes lèvres attristées, ah quel terrifiant\n baiser d’immortelles fiançailles, elle dit : “ Je comprends\n maintenant que ma sœur soit morte de se voir refuser le\n baiser qui me fait revivre.,,\n      Je me souvenais, en des jours déjà lointains, d’une prome­\n nade presque semblable. Mais sa sœur était toute vie, et\n jusqu’à mon refus toute joie, et cette joie et cette vie avaient\n fui sans que l’on sût pourquoi. Mais aussi pourquoi avait-il\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "  Mes yeux tournés vers le nord de mon âme.                341\n\n\n\nfallu qu’elle fût belle d’une beauté si vivante et qu’elle fût\nsi femme et se voulût si absorbante ? Or, voici sa sœur belle\naujourd’hui d’absence de toute beauté, mais si souvenir et si\nprès de la mort et si voisine de tout rêve. Et la contemplation\nde la clarté de ses yeux et la lumière de l’incomparable\nchevelure que je caressais me cachaient et la mer et le\nfarouche isolement du roc.\n  Je descendis doucement de ses épaules amaigries les\nlanges dont elle était enveloppée, je les descendis presqu’au-\ndessous de ses seins sans sexe, que je baisai pieusement, car\nla pointe en était bleue et si bleues les veinules de sa poi­\ntrine chaste et insexuelle. “ Ton amour me ressuscite, je me\nsens bien, je suis si follement heureuse, je renais pour être\nà toi, ah je sens si bien que si tu le veux, je vais vivre!,,\n  Et moi, au fond ténébreux de mon triste cœur : “ Non, trop\nchère, meurs, oh meurs pour que je puisse aimer éternelle­\nment.,,\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-056", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 342, "titre_corps": "Mes yeux tournés vers le nord de mon âme : Ombre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "OMBRE.                             E n hommage à Stéphane Ma", "ancre_fin": "ma vie, de ma seule vie.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DANS UN CIMETIÈRE.                                En hommage à J. M. de Hérédi", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 366, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 1039, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "OMBRE.\n\n                           E n hommage à Stéphane Mallarmé.\n\n L ’ombre tombe sur le fleuve et sur la ville, mais les lu­\nmières factices de notre civilisation tuent l’ombre pour\nrecréer dans les coins et dans les loins, la ténèbre.\n  Mais aujourd’hui, je ne te cherche pas, ténèbre! d’ailleurs\noù serais-tu aussi puissante que dans les profondeurs de mon\nâme ?\n  Je dois retrouver l’ombre, la divine et majestueuse ombre,\nl ’ombre calme et amicale, ta sœur moins farouche, ô sour­\nnoise ténèbre.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "342                                               la Wallonie.\n\n\n   Elle a dû se réfugier au grand fleuve, qui, la nuit, coule\nsilencieux entre tes interminables quais de pierre et de vase,\nville de haut commerce, ennemie de ton fleuve rêveur que tu\nemprisonnes...E t je la retrouve, elle m’enveloppe parce que je\nl’aime, ombre, reflet sacré durant mes heures placides de la\nformidable ténèbre qui m’a vaincu !\n  Ombre bienveillante de mon désespoir trop calme, au-\ndessus des flots pacifiés en la nuit du fleuve résigné qui\nretourne toujours à la mer, à la mer qui chaque jour essaie\nde le repousser — ah victimes dolentes, ne nous attirent pas\nce qui nous rejette? — je vois, oh laissez moi les voir! je\nvois voleter — falotes, folles et folles chauves-souris —\nvoleter dans l’ombre les ombres de mes volontaires illusions ;\net je me repais du spectacle amer de ma vie, de ma seule vie.\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-057", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 342, "page_fin": 344, "titre_corps": "Mes yeux tournés vers le nord de mon âme : Dans un cimetière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "DANS UN CIMETIÈRE.                                En hommage à J. M. de Hérédi", "ancre_fin": "m’appelait de toute son alliciante volupté.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L E TEM PLE D ’EFFROI.                                                 à Verhaeren", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 367, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 910, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "DANS UN CIMETIÈRE.\n\n                              En hommage à J. M. de Hérédia.\n\n  Je vais au long de ma destinée, si lent et si lâche, car je\nne parviens, ô rage, à me découvrir quelque but, sinon d’être\nl’éternel et fol errant des désespoirs que je n’aurai point\nsubis.\n    Or, sachant qu’en telle ville du Nord régnait une peste\naff reuse, l’étrangeté d’une terreur qui doit être vraie, m’atti­\nrant — car cet effroi ne peut être surmontable d’une mort\nplanante, imminente et inévitable — vers son fleuve putréfié,\nj ’allai et le fleuve était encombré — et le port — d’énormes\nnavires immobilisés par la désertion ou la mort de leurs\néquipages; et je contemplais avec je ne sais quelle joie mau­\nvaise — et sociale, qui sait? — ces énormes capitaux rendus\nimproductifs par l’universelle peur et l’égalitaire faux.\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "  Mes yeux tournés vers le nord de mon âme.                  343\n\n\n\n   Mais par la route que je suivais, avant de pénétrer dans\nla ville désolée, je devais traverser le cimetière.\n  Et j allais, lent et silent, par un parc où des arbres cente­\nnaires jetaient leur ombre bienveillante, et sauf l ’unique\nallée où je marchais, le sol était couvert de dalles encadrées\nde la seule résistante verdure des gazons.\n  Et des noms se lisaient sur ces pierres si rapprochées que\npour aller de l’une à l’autre, des femmes vêtues de noir, ah\nsi belles et si dolentes en leurs deuils extérieurs, médiateurs\nde quelles folles débauches de nos rêves violents, des\nfemmes foulaient de leurs pas indifférents les tombes incon­\nnues. A h les morts innombrables, et toutes ces veuves que\nleur douleur récente rend si belles ! Je continuais ma route\npar l’unique chemin vers les murs proches de la ville.\n  Or, il me semblait qu’ici s’étaient réfugiés tous les vivants\nde la cité, tant étaient nombreux les pâles et attristés visi­\nteurs de ce lieu d’enfin repos. E t comme des regards haineux\net défiants me poursuivaient, je me décidai à obliquer vers\nun bosquet de cyprès, négligé des corrects visiteurs de la\nnécropole. Je vis que là, les tombes étaient encore plus\nrapprochées et que nul nom ne tentait une illusoire immor­\ntalité. Vers ces calmes à jamais, couchés à l’ombre d'éternel?\ncyprès ...!\n  Or, étant resté là, très seul et loin du tumulte mou des\nveuves et des veufs, tout près de ces anonymes et si tran­\nquilles morts, je m’écriai : “ Par où fuir et rentrer dans\nles villes vivantes, car moi qu’ici personne ne connaît, si je\npénètre en la cité maléficieuse et pestilentielle, j ’irai baiser\nsur sa bouche homicide le premier misérable rencontré, tant\nm’attire ce merveilleux coin de paix où même les arbres ne\nvous connaissent plus. Mais, pauvre esclave de ma liberté\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "344                                            la Wallonie.\n\n\nhasardeuse, ce serait poser un acte que je ne puis signer\nmoi-même ! „\n Et fuyant toutes tombes, oubliées et fêtées, bousculant\ndouleurs fausses et terreurs vraies, je courus vers le navire\nqui m'attendait, car je voulais échapper aux traîtreuses\nembûches de la mort ignorée qui m’appelait de toute son\nalliciante volupté.\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-058", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 344, "page_fin": 346, "titre_corps": "Mes yeux tournés vers le nord de mon âme : Le temple d’effroi", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre-M. 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Or, à travers les nuages, que cette lueur\ndouteuse faisait paraître d’autant plus noirs, plus nombreux\net plus torturés — ah la haine folle et ivre qui planait en\ncette glaciale et tourmentée lueur — par intervalles qu’on\neût dit des prophéties, la lune, morne, éclatante et farouche­\nment insolite, brillait et attendait.\n Le temple était au sommet de la montagne.\n   La cité couvrait la montagne et entourait le temple.\n   Et de chacune des rues aboutissant à la place où se dressait\nle monument, s’évadait un peuple incommensurable qui d’une\ncourse hallucinée et vocératrice — quelle inouie clameur\nd’un universel désir vers cet unique but — d’une course\nhéroïque s’engouffrait par les multiples trouées dans le\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "   Mes yeux tournés vers le nord de mon âme.                 345\n\n\n\ntemple impérieusement colossal. Et ces hommes entrèrent\npendant des temps infinis, de tous les côtés à la fois, sans\nparvenir à le remplir; et quelqu’immense que m’eût paru\ncette ville, où si longtemps et si vainement j ’avais erré,\nj ’étais épouvanté du passage ininterrompu des oriflammes\nmensongères que portaient et suivaient tous ces pauvres\nhumains. Et le même enthousiasme pour les exergues les\nplus contraires !\n  Or, j ’étais là depuis plusieurs éternités, pierre peut-être\nde ce monument étrange, lorsqu’au soudain mugissement de\nfantastiques cuivres, cessa le furieux assaut. Et tandis que\nl ’air se chargeait de ténèbres en tempêtes, l ’ouragan se\ndéchaîna qui passant au travers du temple aux innombrables\nportes, faisait claquer désespérément et comme avec des\nhuées évocatoires de déchirements,les oriflammes splendides.\nEt s’allumèrent, oh fol effort pour vaincre l’invincible, s’allu­\nmèrent tant de flambeaux que tout espoir de les dénombrer\neut été vain. Mais telle ne fut pas ma présomption.\n   Alors à chaque issue apparut un moine énorme, qui Tous,\ndans un geste unique, uniforme et formidable, scellèrent\nd’impossibilité toute fuite par un infini et crucial écarte­\nment de bras. Et les ténèbres vainement refoulées par les\norgueilleuses torches humaines, revinrent, oh puissantes et\nchargées de la suie vomie par les orgueilleuses torches\nhumaines, elles-mêmes.\n  Le temple, un instant illuminé de fallacieuses clartés,\nlance désormais vers la pure ténèbre extérieure, les opaques\nnuages des lourdes fumées dont il est empli.\n  Et tandis que mugissent et rugissent, clamorent et clan­\ngorent les cuivres, les peuples, les flammes et les drapeaux,\nun immortel effroi s’échappe du temple avec l’irradiation\nincessante des ténèbres.\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "346                                            la Wallonie.\n\n\n  Et ce nuage terrifiant s’étend sur la ville et sur le monde,\ntandis que l ’universelle clameur unie en un son, compréhen­\nsible enfin, blasphématrice, jette au ciel, ce Verbe déten­\nteur de toutes terreurs : “ Sophia ! „\n  Alors poussant un cri aussi horrible que ceux des lamen­\ntables victimes enfermées dans la sombre arène, et sans\nsonger que plus vite que n’iront jamais mes pas, la fumée\ns’épand,je m’enfuis par les rues et les ruelles à travers le\ndédale de ces bâtisses désertées, vers les campagnes aussi\ndésertes, car toute l ’Humanité à cette heure est enfermée\ndans le temple d’Effroi dont elle ne sortira jamais.\n\n                                        Pierre -M. OLIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-059", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 347, "page_fin": 349, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "CHRONIQUE                LITTÉRAIRE.            Stéphane M a l l a r m é ; vers", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 372, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "CHRONIQUE                LITTÉRAIRE.\n\n\n\n        Stéphane M a l l a r m é ; vers et proses .\n\n  Tous les lettrés se réjouiront de,la publication, chez Perrin,\nd’un “florilège,, relativement très complet de vers et de proses\nde Stéphane Mallarmé. Ce livre était attendu depuis des années\npar tous ceux à qui l’œuvre du maître avait dû rester en\ngrande partie étrangère, cachée dans des éditions restreintes\nou dispersées en des livraisons de revues.\n   L e livre a paru trop tard pour que nous en puissions faire\nl’objet d’un article de quelque étendue, ainsi que nous\nl’eussions désiré; mais quelques lignes, malheureusement trop\nbrèves, sont à écrire.\n  Ces pages pourtant si parfaites, Stéphane Mallarmé ne\nles considère, je crois, que comme des fleurs cueillies au\nhasard et puis jetées le long de la route où il marche vers ce\nbut d’une Œuvre grande et soudaine, l’Œuvre décisive où\nun concept métaphysique s’exprimerait selon les harmonies\nde la parole. Mais le présent album contient déjà toute une\nesthétique mêlée aux poèmes admirables qui grandiosement\nl ’illustrent.\n  L ’œuvre d’art a une vie en soi, ou du moins faudrait-il\nqu’elle n’y manquât jamais. Elle se présente à nous comme\nun être venu d'autre p a rt; ce n’est pas un homme qui nous\nparle en elle, — elle nous parle d’elle-même.\n  L ’idée exprimée par des vers doit donc se révéler comme\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "348                                             la Wallonie.\n\n\n\nune idée nouvelle et, (les idées générales étant du domaine\ncommun), le labeur du Poète sera de la faire surgir en un\ntel ensemble de concordances harmonieuses qu’elle appa­\nraisse au lecteur comme inséparable de celles-ci, et par consé­\nquent avec les caractères de la chose inconnue, puisqu’il ne\nla vit jamais auparavant environnée de ces similitudes\nrayonnantes.\n  Mais nous ne pouvons connaître que ce qui se trouve en\nnous ; d’autre part, une idée ne s’éveille de nos songes comme\nintégralement neuve que dans l’éclair de la découverte, sous\nl ’éternelle et jeune parure dont l’enveloppe pour nous la joie\nde la création. Le Poète fera donc parler en son œuvre ce\nqu’il y a de plus constant dans l’homme pour qu’elle s'adresse\nà tous les hommes, puis il la douera de la vie intérieure qui\ndoit faire de cet assemblage de mots un microcosme distinct\nde lui-même. Mais cette vie ne sera que la vie latente,\net, — comme la bouteille de Leyde ne jette son étincelle que\nsi nous en approchons le doigt, — elle se manifestera en la\nseule Idée qui sera venue assez près d’elle pour s’éblouir de\nsa jaillissante clarté. Ainsi l’idée et l’œuvre d’art elle-même\nseront pour nous inattendues et s’illumineront comme toutes\nnouvelles en la joie que nous eûmes un instant de les créer.\n  Cette suggestion cachée du Poète au lecteur, Stéphane\nMallarmé l’a apportée, avec ses compléments de gestes\nmystérieux, d’images     apparues comme confidentielles et\nradieuses avec plus de magie — et, en son tour seigneurial\nd’harmonieusement traduire le cri de l’humanité, une manière\nsoudaine d’évoquer l’éparse Beauté qui chuchote sous nos\npas. Mais ce qui lui appartient plus spécialement en propre,\nen tant que trouvaille d’esthétique, c’est d’avoir aperçu pour\nl’œuvre d’art la nécessité d’une vie absolue, en dehors de\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "  Chronique littéraire.                                    349\n\n\n\nnous qui la lisons, en dehors de celui-là même qui la conçut,\n— celle-là seule qui se réalise dans l’immatérialité aux\nrégions de la pure Musique. J ’ai tâché brièvement de mon­\ntrer l’union logique et fatale de ces deux principes.\n  C’est à eux qu’il faut rattacher la manière d’art de\nStéphane Mallarmé et bien des pages seraient à écrire à ce\nsujet si déjà nous n’avions discuté ici et ailleurs à plusieurs\nreprises ce qui touche à la forme du vers. Il convient de le\nnoter pourtant, le mot musique doit être entendu dans son\nsens le plus large lorsqu’il s’agit de Stéphane Mallarmé.\nComme la μουσική des Grecs, il implique toutes les relations\ndes idées et des plastiques en leur suprême ordonnance avec\nles rythmes et les harmonies, rapport simple et complexe\ndont l ’unité formelle apparait en l’œuvre d’art, dont l’unité\nmétaphysique se cache au point vertigineux où le Soi se\nconfond avec Dieu. Et, — comme les marbres des bas-reliefs\nne doivent point rappele les matériaux de construction qu’ils\nauraient pu devenir,— ainsi, pour exprimer ces concordances\nharmonieuses, la Parole doit-elle perdre toute visible\nsemblance avec le quotidien langage, afin que chaque mot\nd’un poème révèle sa nouveauté merveilleuse en la bouche\nqui le profère à la vie surnaturelle du rythme.\n\n                                       A lb e r t MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-060", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 350, "page_fin": 350, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "M. R.", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE. Chants de l a M er et des Gr", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 375, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE.\nChants de l a M er et des Grèves (1) par Georges F l é .\n\n  Un tout petit recueil d’une douzaine de chansons sans\naccompagnement; ce sont des airs simples, frustes, qu’on\ndirait glanés dans la tradition populaire, tant ils ont de saveur\nfranche. On y retrouve le ton de fine grisaille des chants\nbretons; la gamme sur laquelle quelques-uns de ces chants\nsont construits accentue encore cette r essemblance.\n  On ne peut parler de personnalité artistique dans ce cas\ntout particulier d’un auteur qui s’applique à dépouiller toute\nmarque individuelle pour acquérir, au contraire, ce cachet\ngénérique qu’on appelle caractère populaire. A ce point de\nvue, M. Georges F lé a complètement réussi, et ses Chants de\nla Mer et des Grèves font absolument illusion.\n  Sous la gangue abrupte, sous la forme rocailleuse, ce parfum\nspécial, le sentiment populaire se développe avec intensité.\nLes chercheurs d’épaves, Celui qui revient, La mer jalouse, Le\nchant du filet, sont les pièces les plus colorées de ce petit\nrecueil.\n  Comment arriver à cette justesse d’accent et cette sim­\nplicité d’expression, en cette période artistique de transition\noù la musique désorientée se cherche elle-même, incline aux\nexagérations ? A force de métier, de truquage ? Ou bien tout\nnaturellement, parce qu’on sent d’une façon primitive ?\n   Nous penchons, pour ce qui concerne M. Georges F lé, vers\nla seconde hypothèse, à cause de la sincérité qui se dégage\nde ses Chants, comme un relent fort et robuste.                M. R.\n\n  (1) Chez Vanderghinste et Vanderauwera, 16, rue des Sables, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-061", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 359, "titre_corps": "Notes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "NOTES.   LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL.   Au moment de disparaître", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 376, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "NOTES.\n\n\n\n\n          LE DÉVELOPPEM ENT PERSONNEL.\n\n\n\n   Au moment de disparaître, nous voyons resservir à la\njeunesse littéraire des théories que nous pensions disparues\ndepuis longtemps. Aussi, croyons-nous bon de reproduire\nl’excellent article que voici; nous l’empruntons à une vail­\nlante revue nouvelle : L a lutte pour l'Art.\n  „ Aux jeunes, de toutes parts, les critiques fervents autant\nque les critiques appesantis, crient à travers les barres de\nleurs feuilletons hebdomadaires “ Soyez personnels, soyez\noriginaux ! „ A les entendre, on les croirait décidément\nrevenus des déserts mornes et léthargiques vers les Chanaans\nde la vie et, néanmoins, dès qu’il s’élève d’entre les écrivains,\nquelqu’un de vraiment franc et sincère, quelqu’un qui se\nregarde et qui s’exprime, critiques rances et souvent critiques\nvaillants tombent — il n’importe que les motifs soient\ndifférents — avec ensemble et colère dessus. Leurs bourrades\nenveloppent surtout les tout premiers.\n  “ Un nom nouveau ? Qu’est-ce, quoi, d’où vient-il, pourquoi\nvient-il, l’avons-nous appelé, de quel droit signe-t-il une\nsuite de caractères laborieusement alignés en son honneur\npar de patients typographes ? „\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "352                                               la Wallonie.\n\n\n\n  „ Eux qui exigeaient des élus qui renouvelleraient l’art ont\npeur, dès que seulement un nom inédit leur apparaît.\n  ,, Qu’ils le veuillent ou non, ils sont à l’égard des poètes\net des écrivains, hostiles. Ils se sentent diminués par eux,\nrelégués au second plan. Si leur travail d'érudition et leur\ngoût les poussent à analyser le passé, ils ne sont que les\népousseteurs des bustes des hommes de génie. S’ils se\ntournent vers les modernes, ils ne vivent que grâce aux\nœuvres glorieuses et éclatantes dont ils s’emparent comme\nles parasites se logent aux carapaces merveilleuses de bêtes\nmarines. Ils ragent de ne pouvoir être que par ce qu’ils\ndétestent. Ils abordent l ’art,l’esprit tavelé de préjugés, picoté\nde mesquinerie, racorni de défiance. Ils se croient diminués,\nsitôt qu’ils parlent en dehors de la tradition et du bon sens,\naux lyriques et aux visionnaires. Ils sont entêtés comme les\nbarres de fer des conventions dont ils frappent tout dévelop­\npement profond et personnel.\n  „ Le développement personnel !\n  „ Non, mais y a-t-il chose plus délicate au monde, si l’ on\nsonge qu’une nouvelle vision de la beauté en dépend ? Un être\nest organisé de telle exceptionnelle manière, que directement\net comme miraculeusement par une frêle mais unique réunion\nd e qualités ataviques, il découvrira ce que personne avant\nlui n’a ni pensé, ni senti. Seul le problème est de savoir\ncomment ce privilégié arrivera à ses destins.\n  „ La critique intervient et dit : “ Je suis le guide, je\nconnais les chemins droits, les terrains solides, les routes\npar où passèrent les grands génies des siècles morts — qu’il\nvienne ! J ’ai pour affermir ses pensées encore tremblantes,le\ncorset des prosodies et pour arrondir en période son naïf\nlangage, les tournures grammaticales, — qu’il vienne ! J ’ai\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1808, "texte": "  Notes.                                                   353\n\n\n\npour parrains à lui proposer, des hommes vieillis sous des\ncoupoles dorées, assis en des fauteuils de velours vert, firma­\nmentés de décorations zodiacales, — qu’il vienne ! J ’ai pour\nrécompenser la docilité de son esprit, une carrière plane et\nunie, où il n’aura qu’à avancer machinalement l’un pied\ndevant l’autre, pour arriver à un immense arc de triomphe\nd’éditions empilées les unes par dessus les autres, — qu’il\nvienne ! „\n  „ Et la critique est imposante, grave, en cravate blanche,\nen habit cérémonial. Elle détient pour se donner contenance,\nles textes célèbres, les raisonnements acquis, les adhésions\nillustres'. Elle connaît les syllogismes et les dilemmes. Elle\nest forte de l'unanime consentement de la masse qui -apprend\net retient, mais n’innove jamais.\n  „ Et néamoins le devoir le plus net de celui qui se sent\nquelqu’un, est de ne pas croire un mot de ce que lui chante\nla critique. Au contraire.\n  „ Son destin est de se chercher et de se trouver lui-même\nen lui-même, malgré toutes les difficultés de cette marche en\npay s vierge, à travers la forêt de sa sensibilité et de sa\nraison. S’il se trompe, s’il pousse en telles directions con­\ntraires, qu’importe : la fausse route vaut mieux encore que\nla route banale. Mais s’ il est armé d’une individualité nette,\ns’il est tenace, patient, aciéré, s’il écoute ces voix étranges\net lentement indicatrices qui partent des tréfonds d’une âme,\nsans qu’on les comprenne immédiatement, s’il a confiance en\nson instinct plus qu’en n’importe quel raisonnement doctoral,\ns’il est l’humble et le silencieux chercheur et ne redoute\npoint les contradictions temporaires qui se dissiperont un\njour, certes, il arrivera.\n  „ S’écouter soi-même n’est-ce point l’unique règle, si, bien\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "354                                               la Wallonie.\n\n\n\nentendu, on s’écoute avec intelligence et bonne foi ? N’est-ce\npoint aussi la vraie et merveilleuse joie ? Dites, l ’ivresse\nd’indépendance, le mors aux dents vers l’inconnu, la frénésie\nde découverte ? Dites, comme en de tels instants on se sent\ntout à coup le maître de l’impossible ?\n  „ Ridicules alors toutes considérations sur les tares et les\ndéfauts, sur les mérites et les qualités, sur le permis et le\ndéfendu, sur la prudence et le danger. Ridicules, par cela\nmême qu’il est impossible d’affirmer soit le mérite soit la tare\npuisqu’ils sont mêlés, fondus, enchevêtrés, et se combinent\npour produire cette personnalité si anxieusement naissante.\nRidicules encore, parce que ce qui est défaut chez tel poète\nest qualité chez l ’autre, parce que c’est d’après l’ensemble\nqu’il faut juger et non pas d’après un émiettement.\n  ,, Ridicules et absurdes, les freins et les lisières puisqu’on\nne lie pas une explosion de vie ni une fermentation de talent.\n  „ Au reste, l’artiste se traduisant crûment, naïvement,\ntotalement, finit toujours par concilier ces deux éléments\nqu’il porte, ainsi que toute l ’humanité, en lui : l’ardente\nliberté et l’ordre. Seulement cet ordre il doit le trouver non\npoint en des formules extérieures, usées et séculaires, mais\npeu à peu, dans le développement même de sa nature.\nAu fur et à mesure que les œuvres naîtront il le sentira\ngermer, vaguement d’abord, pour un jour le conquérir.\nE t dès qu’il en sera conscient, une harmonie faite pour son\nindividualité, une harmonie nouvelle se résumera avec une\nsimplicité entière.\n  „ Pour arriver à cet épanouissement total, peut-être\nsuivra-t-il quelques préceptes admis, quelques lois promul­\nguées déjà par d’autres. C’est qu’alors il se les sera assimilées,\nil les aura transmuées en lui, si bien, que de générales elles\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "     Notes.                                                              355\n\n\n\nlui seront devenues individuelles. Plus toutefois sera forte sa\npersonnalité, moins de tels alliages auront lieu. V oilà, nous\nsemble-t-il, le vrai développement artiste.\n     „ Jamais — qui en doute ? — de semblables énonciations\nne seront admises par la critique. Ceux qui les gardent en eux\nles conservent à cet étage d’esprit où l’échelle des discussions\nne peut atteindre. E t la raison pour laquelle aucune critique\nne les recueillera est que : les uniquement approuver serait\nmettre fin à tant de jugements faciles et courants, à toute\ndissertation inutilement documentée et pour la plupart\nà l’impuissance de la pionnerie. „\n\n\n     Ou a parlé de la Wallonie à la Chambre de Bruxelles ; et\nen quels excellents termes !\n  Voici : à la mort de M. Emile de Laveleye, notre ami\nMahaim reçut une partie seulement de la succession scien­\ntifique de son ancien maître à l’Université de L iége, lorsque\nM. de Laveleye lui-même eût voulu la lui léguer tout entière.\n  Mais, d’après M. Wœste, M. Mahaim aurait dû ne rien\nobtenir du tout. En effet, non content d’un passé littéraire\nqui en soi est toujours une ta r e , M. Mahaim doit se\nreprocher d’avoir aggravé ses torts en s’occupant de la\ndirection de la Wallonie, revue considérablement subversive\nau double point de vue politique et s o cia l, puisque\nM. Demblon y publia des vers et des poèmes en prose.\n     Tous ceux qui s’obstinaient à nous demander pourquoi\nla     Wallonie disparait        (*), cesseront désormais de nous\nimportuner sans doute.— L a Wallonie pourrait-elle survivre\nau discours de M. W œste ?\n\n     (*) Voir pourtant la note explicite parue dans le n° de janvier dernier.\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "356                                               la Wallonie.\n\n\n\n  Au moment de mettre sous presse, nous recevons le\ntélégramme suivant :\n  Impossible répondre lettre. Ai remis jour en jour et pas\ntemps maintenant. Pouvez confirmer qu’aime la mer et aime\nKnocke, et puis vaguement cousin Demolder; suis donc\nFlamand tant qu’on voudra. Flamand vaut bien Hongrois ;\nmais vive Nameur po tot! Avais préparé paquet documents\nfamille à propos tombeau ancêtre, mais ose pas envoyer;\nauriez appris Demolder origine Samoyède. En e ffe t,\nDemolder aime caviar, aime mammouth, bon mammouth\ngelé; mammouth lui-même, mais pas gelé; petite cousine\narrière-grand’père Demolder a failli naître non loin de\npresqu’île Samoyède ; découvert, en Sam oyédie, pierre\ntumulaire avec inscription D H E M X H O LK D E R A ÏNXST qui\ndésigne évidemment Demolder.\n Nys trouve aspect Demolder étonnamment samoyède.\nMoi, hésite encore. Bien à vous.\n                                           F é l ic ie n R O P S .\n\n\n  VONT p a r a î t r e : Chez Bailly, 11, Chaussée d’Antin,\nChevaleries sentimentales, par A. Ferdinand Hérold, livre de\nvers avec frontispice de Redon. Prix : six francs.\n  Chez Vanier : petits Poèmes d’Automne, livre de vers;\nMerveilles, poèmes en prose, par Stuart Merrill.\n  Vaillant —Carmanne a sous presses les Jardins d'Adonis,\npar Achille Delaroche; en souscription dans nos bureaux :\nquelques exemplaires sur japon à 20 francs (déjà souscrits);\ntirage à petit nombre sur hollande avec frontispice : 10 fr.;\nsur papier teinté, sans frontispice : 5 francs.\n  Paraîtront sous peu du même poète, Aénor et le Graal,\nlivres de vers que nous avons déjà annoncés.\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1731, "texte": "  Notes.                                                    357\n\n\n\n  Floréal, la vivante revue liégeoise, qui a su dès la première\nannée se hausser à un si pur niveau d’art, va se transformer.\nParaissant désormais deux fois par mois, elle publiera des\nœuvres d’artistes modernes, des reproductions des chefs-\nd’œuvre de l’art mosan avec des notices explicatives, et,\nchaque mois aussi, une légende ou une chanson populaire du\npays wallon. On doit applaudir hautement au souci d’art\nconstant et à la vie juvénile qui caractérisent ce groupe\nsympathique, et notre désir serait que ces amis recueillissent\ntoute la succession de la Wallonie au moment où elle va\ndisparaître.\n\n  Nous signalons avec joie l’apparition à L iége de deux\nnouvelles revues. L a Revue wallonne, dirigée par M. Maurice\nW ilmotte,bureaux chez Bénard,éditeur,rue Lambert-le-Bègue\ncontiendra chaque mois des articles de critique littéraire,\nartistique et musicale, une chronique politique et sociale,\ndes études sur le folklore wallon, la littérature patoise, l ’art\nmosan, sans préjudice des pages purement littéraires qui y\nauront large place. L a personnalité du directeur suffit à\nprouver quelle sera la particulière valeur de cette publica­\ntion.\n   Wallonia, revue mensuelle dirigée par O. Colson, J.\nDefrecheux et G. W illame publiera une série de légendes,\nde chansons populaires du pays wallon et s’attachera à tirer\ndu folklore de nos régions tout ce qui peut intéresser un public\nlettré et curieux des choses nouvelles, (prix : 3 francs l’an;\n88, rue Bonne-Nouvelle, L iége). Et quelle joie pour la\n Wallonie d’être continuée en latin !\n  Recommandons enfin D ie B lätter f ür die K ùnst, où nos\namis d’Allemagne publient chaque mois de beaux vers et\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "358                                                     la Wallonie.\n\n\n\nd’excellentes critiques.. L e dernier numéro de cette revue\nhautement idéaliste contient, entre autres pages, la traduc­\ntion par Stéphane George de plusieurs poèmes de Stéphane\nMallarmé, Paul Verlaine, Henri de Régnier, Jean Moréas.\n— Bureaux : 9, Lothringer Strasse, Berlin.\n\n\n  D ’une lettre particulière adressée à l’un des nôtres par\nM. Albert Giraud, nous extrayons le passage suivant qui\nsera lu avec intérêt :\n  “ Pas plus que vous je ne crois à une littérature belge. Je\npense que nos écrivains sont des écrivains français et j ’ai\nhorreur des patois et des patoisants ; mais je pense que nous\navons un accent particulier, qui me paraît septentrional.\nJe ne sais pas si j ’ai écrit autre chose, mais je n’ai jamais\nvoulu écrire autre chose (*).\n  Quant à nos idées esthétiques, elles diffèrent en ceci que\nvous êtes partisan de la suggestion à la Mallarmé, et que\nje suis, au contraire, partisan de l ’œuvre classiquement\ncomplète. Vous demandez au lecteur d’être une sorte d’inter­\nprète et de collaborateur. Moi, je demande au poète qu’il\nimpose sa conception au lecteur... „\n\n\n   (*) La question serait précisément de savoir si ces caractères particu­\nliers sont communs aux Flamands et aux Wallons, ce que nous ne pouvons\nadmettre. Outre l'influence de la France, que ressentent les deux races,\nles Flamands reçoivent celle de l’art anglais tandis que les Wallons se\nrapprochent de l’art germanique pur. 11 paraît donc que Flamands et\nWallons ne trouvent à s’ unir qu’à Paris, non pas en Belgique, et voilà\ncontrouvée à nouveau l'hypothèse d’un art belge, que la diversité des\nraces ne rend guère possible. Mais nous retenons avec plaisir les paroles\ndu poète do la Jeune Belgique, dont l’ art si pur ne relève d’ailleurs que\nde la mère France.\n"}, {"page_pdf": 384, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "  Notes.                                                     359\n\n\n\n  L a P l u m e , 31, rue Bonaparte, met en' souscription une\nplaquette d’Adolphe Retté : PARADOXE s u r l ’AMOUR.\n  Tirage à 154 exemplaires numérotés : 4 exemplaires sur\nhollande à grandes marges, hors commerce ; 150 exemplaires\nsur simili-hollande à deux francs. — Eau-forte d’Emile\nH. Meyer. — I l n’est fa it ni services de presse ni dépôt chez\nles libraires. Cette édition ne sera pas réimprimée.'\n\n\n  Notre am i Demblon reprend au cercle littéraire liégeois ses\nconférences sur la littérature française. Cette année il ana­\nlysera, en quinze soirées, l’œuvre du X V II Ie siècle en France.\nCette période comprenant la Révolution française, il n ’est\npas inutile de faire remarquer que les conférences restent\nstrictement littéraires, ce dont il convient de nous féliciter,\npar ce temps de littérature sociale. Les souscriptions sont\nreçues chez le secrétaire du cercle, 16, rue de Jupille, à\nLiège. L a cotisation reste fixée à 10 fr. pour les 15 confé­\nrences.\n\n\n  La table des matières de la septième année de la Wallonie\nsera envoyée prochainement, en même temps qu’une table\ngénérale de toutes les productions littéraires publiées dans\nnotre Revue pendant ses sept années d’existence.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-062", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 360, "page_fin": 360, "titre_corps": "Supplément à la Wallonie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Supplément à la Wallonie L'un des nôtres prie ceux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 386, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 6171, "texte": "Su p plém en t           à       la    W a llo n ie .\n\n\n   L ’un des nôtres prie ceux de ses amis à qui   Flaubert :         trois Contes.                           Hermann Suchier : édit. de Aucassin etNicolete.\nil a prêté ses livres d’examiner avec attention                      l’Education,                            Eekhoud :           Kees Doorik (édit. in-32).\ns’ils ne détiennent pas injustement quelques-     Maupassant :       une Vie.                                                    Kermesses,\nuns d’entre eux et particulièrement :             Daudet :           Sapho.                                  Rodenbach :         du Silence.\n                                                  Miclielet :        la Femme.                               Goffin :            Delzire Moris.\nStendhal.    la Chartreuse de Parme,\n                                                  Lemonnier :        Paris-Berlin.                           Jeune Belgique :    Parnasse,\n             de l’Amour,\n                                                                     un Coin de Village,                     Picard :            la Forge Roussel.\nBalzac :     le Père Goriot.\n                                                                     un Mâle ( l re édition).                Picard, Lemonnier, etc. : Anthologie des prosateurs\n             Théâtre complet.\n                                                                        id.   (2e édition),                                              belges.\nHugo :       R uy Blaz (1re édit.).\n                                                                     le Mort (édit. de bibliophile).         L. Hetmna :         les Fumistes wallons (avec aqua­\n             Notre Dame.\n                                                                     Happe-Chair (lre édition).                                    relles et caricatures marginales.)\n             Bug Jargal.\n                                                                     l’Hystérique.                           Merrill :           les Fastes (avec ou sans reliure).\n             Han d’Islande.\n                                                                     Histoire de huit bêtes.                 Ghil :              Geste ingénu ( l re édit.).\nHumboldt :   4e volume de Cosmos.\n                                                                     Dames de Volupté.                       Grif/in :           les Cygnes (premiers poèmes),\nMusset :     Poésies complètes (édit. in-32).\n                                                  Villiers :         l’Évasion.                              la Pléiade :        collection, l l'e série,\nGautier :    Emaux et clamées,\n                                                                     Histoires insolites.                    la Vogue :          lre série.\nHuysmans     à Rebours,\n                                                                     l ’Eve future.                          Revue indépendante : première année.\n             en Rade.\n                                                  Edg. Poe :         Aventures de Gordon Pym.                Fétis :            Théorie de la Musique.\nBarbey :     le Chevalier Destouches.\n                                                                     Histoires grotesques et sérieuses.      dom Polluer :       Chant grégorien.\n             Ce qui ne meurt pas.\n                                                  Leconte de Lisle   Poèmes barbares.                        J.-S. Bach:         Passion selon St-Mathieu.\n             Goethe et Diderot.\n                                                                     l’Iliade.                                                   Toccatas.\nG oncourt.   1er volume du Journal,\n                                                  Verlaine :         Sagesse (éd. de la libr. catholique).                       Actus Tragicus.\n             la Faustin.\n                                                                     Jadis et naguère,                       Ch.-Ph.-E. Bach :   Sonates.\n             Renée Maupérin.\n                                                  Rimbaud :          les Illuminations.                      Beethoven :         Sonates (piano et violon).\n             Sœur Philomène.\n                                                  Catulle Mendès : Intermezzo.                               Wagner :            der Ring der Nibelungen (poèmes).\n             les Frères Zemganno.\n                                                  Heine :            Reisebilder.\n             en 18***.\n                                                  Ibsen :            Revenants.\nZola .       la Curée.                                                                                         N.-B. — Plusieurs de ces volumes portant\n                                                  L e Fanu :         Uncle Silas.\n             son Excellence Eug. Rougon.                                                                     des dédicaces, on fait observer qu’ils seront\n                                                  Tourgêniev :       Pères et enfants,\n             la faute de l’abbé Mouret.                                                                      mieux placés chez le légitime propriétaire que\n                                                                     étranges Histoires,\n             l’Assommoir,                                                                                    dans la bibliothèque des détenteurs actuels.\n                                                                     les Eaux printanières.\n             une Page d’amour.\n                                                  Gontcharov :       Marc le nihiliste.\n             Pot-Bouille.\n                                                  Tolstoï :          Katia.\n             au Bonheur des Dames.\n                                                                     les Cosaques.\n             Germinal.\n                                                                     Sonate à Kreutzer.\n             les Romanciers naturalistes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLE DES M A T I È R E S . pour l’Année 1892.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 388, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "TABLE           DES M A T I È R E S .\n\n\n                                pour l’Année 1892.\n\n             Albert A RN A Y.                                  A rthur DUPONT.\n\nLes livres,                     55.           les Hiboux.                                                 187.\n  Loth et ses filles.\n  Strophes d’amant.                                            Max ELSKAMP.\n  Tourmentes.\n  Journal des Desirée.                        S a l u t a t io n s   d o n t d ’ a n g é l iq u e s   :\n  l’Ornement des Noces spirituelles.              pleine de Grâces, III.          308.\n  Épisodes.                                       pleine (le Grâces, V,           300.\n  Contes d’ Yperdamme.                            Consolatrice des Affligés, III, 310.\n\n            E dm om d      BAILLY.                         André FONTAINAS.\n\nCendre de Lys,                        50.     dans l a      Forêt :\nDoufance,                            115.        Chevauchée.                                          324.\n                                                 une Voix,                                            333.\n          H ecto r    CHAINAYE.\n                                                            G e r m a in e FRANCK.\nVivre,                                25.\n                                              Paysage de Givre,                                       300.\n          F r a n ç o is   COULON.\n                                                             G e o r g e s GARNIR.\nEuryalthès (Prélude).                171.\n                                              les Femmes de Songe,                                    327.\n         A c h i l l e DELABOCHE.\n                                                                 André GIDE.\nJardins d'Adonis.                    26 6 .\n                                              Lagune» ,                                                   28.\n    C h a r l e s DELCHEVALEBIE.              Octobre,                                                    29.\n                                              VOYAGE a u S p it z b e r g :\nCelle qui s’éveille,                  18.        1re partie. Voyage sur l’O­\nLittle Sketches. XXI11,              165.             céan pathétique,                                121.\nen la Clairière.                     312.        3 me partie. Voyage vers\nMysticité,                           314.             une Mer glaciale.                               275.\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3891, "texte": "  62                                                                                   la Wallonie.\n\n\n         J o s ê -M a r i a d e HÉRÉDIA.                             S t é p h a n e MALLARMÉ.\n\n le Combat,                                      214.     Sonnet,                                       213.\n\n           A . F e r d in a n d HÉROLD.                                  Géo MAUVERE.\n\n Noniva,                                           33.    la Trêve Iles Flûtes.                          113.\n la Fille aux Ètoiles,                             89.\n Carmen Amœbœum,                                   92.                  S t u a r t MERRILL.\n du V it r a il des    S a in t e s :\n  Praxedis,                      101,                     P e t it s p o è m es d’ A u t o m n e :\n  Blandina,                     102,                        Dédicace,                                    16 1.\n  Elisabeth,                    103,                        Désespoir,                                  16 2.\n  Richardis.                    104.                        Mort,                                        103.\n  Eulalia,                      103,                        Néant,                                       104.\n  Bibiana,                      •100.                       Guirlande,                                  293.\ndans la Tristesse de l’Automne, 271.                        Royauté.                                     290.\n                                                            Vers.                                       297.\n            T r is t a n K L IN G S O R .                la Princesse qui attend,                       293.\n\nCelui de lu Légende chante,                     174.                    A l b e r t MOCKEL.\n\n              Be r n ar d L A Z A R E .                  Albert Giraud, poète,           183.\n                                                         Pénombre.                      332.\nL e s I n it ié s (d ra m e ), 2e P a rtie ,    232.     à clair Matin.              -  333.\n                                                         Les livres,           66, 198, 347.\n       Charles van L E R B E R G H E .                         Coups de plume.\n                                                              l’Ëléphant.\nChanson,                                        304.          Apôtre.\nImage,                                          303.           Les Histoires du chat, du coq\n                                                                 et du trombonne.\n                Pie r r e L O U Y S .                         la joie de Maguelonne.\nAstarté,                                          22.         Stephan George.\nl'Iris,                                          229.         Les Charneux.\nCléopâtre,                                     , 230.         Chansons d’amant.\nSonnet pour un Éventail,                         231.         Daines de Volupté,,\nle Passant,                                      232.         la Fin des Bourgeois.\nla Prairie,                                      233.         Stéphane Mallarmé.\nL a tra g iq u e H is to ir e de C h r y s is ,\n   C o urtis a n e d ’A le x a n d r ie . P r o ­                       P ie r r e -M . OLIN.\n   lo g u e .                                     234.\n                                                         pour Une île mon Imagination, 111.\n       M a u r ic e MAETERLINCK.                         Mélopée,                      337.\n                                                         M es y e u x   to u r n é s v e r s l e nord\nBallades :                                                     d e m on a m e . (Extraits)\n      I,                                       301.         une Promenade.                               33.\n     II,                                       302.         une Forêt en Feu.                           170.\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "   Table des matières.                                                                 63\n\n\n  un Naufrage,                           339.              A. REMOUCHAMPS.\n  dans un Phare,                         340.\n  O m b re ,                             341.   Vers.                                  49.\n  dans un Cimetière,                     342.\n  le Temple d’ Effroi,                   344.\n                                                            A d o lph e R E T T Ë .\n\n          P ie r r e QUILLARD.\n                                                Vers dorés.                           261.\n                                                Les Ennemis de la Lune.               264.\nla Fleur immortelle,                     230.\n\n               H u g u e s R E BELL.                         M a t h . ROBERT,\n\nla Gardienne des Songes,                 107.   les Trépassés.                         43.\nPan et le Saturne,                       226.\n                                                           A lber t SAINT-PAUL.\n          H e n r i d e R É G N IE R .\n                                                Envoi.                                247.\nla Gardienne.                              3.   à Stuart M ...                         248\nE xergues :                                     le Nuage.                             249.\n   Chant alterné,                  220,\n   Présages emblématiques,         221 .                    F e r n a n d SE VERIN.\n   Songes à Voix basse pour\n        Celui qui se lait.         222.         la Dormeuse,                           20 .\nAllégorie.                         223.         la Couronne,                          315 .\nla Main tentée.                    224.         Reine de Thulé.                       316.\nLes livres,             63, 4 1 6 ,1 7 9 .      l'orgueilleuse Lassitude,             318.\n      Poèmes de Swinburne.                      Lied,                                 320.\n     The lntruder.                              Primavera,                            321.\n      Promenades sentimentales.\n      L'Action et le Rêve.\n                                                             C h a r l e s SLUYTS.\n      La Peur de la Mort.\n      Pétales de Nacre.\n                                                de : la Vie latente,                   46.\n      Les Cygnes.\n      Le Miroir des Légendes.\n      Le Rythme poétique.                                   A l b e r t THONNAR.\n      Contes à la Heine.\n      Les Poésies d’ André Walter.              Jean R acine,                          31.\n      Astarlé.                                  vers ta Vie.                           32.\n\n                M a r c e l REMY.                           G a b r i e l TRARIEUX.\n\nChronique musicale.                              V ers :\n    Sciences Hindoues de Ra­                       Sigurd et Brunehild,                 36.\n       way.                    32.                 le Deuil de Brunehild,               37.\n    Chants de la Mer et des                        Sigurd et Brunehild,                 38.\n       Grèves.               3 60.                 les Captives,                        39.\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "   64                                                                   la Wallonie.\n\n\n               P a u l VALERY.\n                                                            A u g u s t e VIERSET.\nArion,                                      30.\n                                                    la Pagode.                            330.\n           E m il e VERHAEREN.\n                                                             G a s t o n VYTTAL.\nC h an s o n s des C a r r e f o u r s :\n      I.                                    23.     Fin de Rêve.                          322.\n     II.                                    24.     Notes,                     71, 119,   351.\nla Ville.                                  16 6 .\nCeux qui se tuent.                         298.\n                                                                   N o tes .\n        F r a n c is VIELÉ-GRIFFIN.\n                                                                               71, 119, 351.\nles Lavandières.                           216.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, N °s IX , X , X I et XII.", "ancre_fin": "et H enri de RÉGNIER.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE : La W allonie", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 392, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, N °s IX , X , X I et XII.\n\n\n                              LA WALLONIE\nR E V U E MENSUELLE DE LIT TÉ R A T U R E ET D ’A R T\n\n\n\n\n     Directeurs : A lbert M OCKEL, Pierre -M. OLIN\n                     et H enri de RÉGNIER.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1892-09-n9-10-11-12-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "ae840a8a9dc24f99f3e85b1c30f7aad7d940f27ed0c34d313c80ca788e56d2dd", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE : La W allonie J.-M. de Hérédia", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 392, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 277, "fin_caractere_exclue": 1178, "texte": "SOMMAIRE :\n\n\nLa W allonie\nJ.-M. de Hérédia. . . . L e Combat.\nStéphane Mallarmé . . Sonnet.\nFrancis Vielé-Griffin . . Les Lavandières.\nHenri de Régnier . . . Exergues.\nHugues Rebell ..................... Pan et le Saturne.\nPierre L o u y s .....................L ’Iris.\n                                      Cléopâtre.\n                                      Sonnet pour un Eventail.\n                                      L e Passant.\n                                      L a Prairie.\n                                      Chrysis.\nAlbert Saint-Paul         .   .   .   Envoi.\n                                      A Stuart M...\n                                      L e Nuage.\nPierre Quillard . . . .                L a Fleur immortelle.\nBernard Lazare . . . .                 Les Initiés.\nAdolphe R etté ..................... Vers dorés.\n                                      Les Ennemis de la Lune.\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "Achille Delaroche . . . Jardins d’Adonis (Extrait).\nA.-F. H é r o ld ..................... Dans la Tristesse de l ’Automne.\nAndré Gide . . . . . .                   V oyage vers une Mer glaciale.\nStuart Merrill. . . . . L a Princesse qui attend.\n                                          Petits Poèmes d’automne.\nÊmile Verhaeren. . . . Ceux qui se tuent.\nMaurice Maeterlinck. . Ballades.\nCharles Van Lerberghe. Chanson.\n                                          Image.\nGermaine Franck . . . Paysage de Givre.\nMax Elskamp . . . . .   Salutations.\nCharles Delchevalerie . En la Clairière.\n                                          Mysticité.\nFernand Severin.               . . .      L a Couronne.\n                                          Reine de Thulé.\n                                          L ’orgueilleuse Lassitude.\n                                          Lied.\n                                          Primavera.\nGaston V y tta l ..................... Fin de Rêve.\nAndré Fontainas. . . . Dans la Forêt.\nGeorges Garnir . . . . L es Femmes de Songe.\nAuguste V ie r s e t . . . . L a Pagode.\nAlbert M ockel ..................... Pénombre.\n                                         A clair Matin.\nPierre-M. Olin ..................... Mélopée.\n                                         Mes Yeux tournés vers le Nord\n                                            de mon Ame (extraits) .\nAlbert M ockel ..................... Chronique littéraire.\nM. H .......................................... Critique musicale.\n                                       Notes.\n\n\n\n\n                Ce numéro un franc cinquante.\n\n                                  des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 236, "texte": "     LA\nWALLONIE\n    Dernier fascicule, 1892\n        D E R N IÈ R E ANNÉE.\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "    Dernières publications de nos Collaborateurs :\n\nH ector Ch a in a y e . . . .                l’Ame des choses.\nA chille D elaroche . . .                    A énor (à paraître prochainement).\nJ ean D el Vil l e .....................     Horizons hantés.\nCÉLESTIN DEMBLON . . .                       le Roitelet.\nA rthur D upont . . . .                      L'Envol des Rêves.\nM a x E l s k a m p .....................    Dominical.\nA ndré Gi d e ..........................     L e traité du Narcisse.\nA ndré F ontainas . . . .                    Les Vergers illusoires.\nJ.-M. DE H é ré dia . . . .                  Les Trophées.\nA.-F. Hé r o ld ..........................   la Joie de Maguelonne.\nGustave K a h n .....................        Chansons d'Amant.\nB ernard L a za re . . . .                   le M iroir des Légendes.\nCam ille L emonnier . . . L a fin des Bourgeois.\nCharles V a n L erberg h e . les Flaireurs.\nGrégoire L e B o y . . . .          mon Cœur pleure d’autrefois.\nPierre L ouys ..................... Astarté.\nM aurice M aeterlinck . . Pelléas et Mélisande.\nStéphane Mallarm é . .                       Pages.\nStuart M errill . . . .                      les Fastes.\nA lbert M ockel.....................         Chantefable un peu naïve.\nJean M oréas ..........................      le Pèlerin passionné.\nGabriel M ourey . . . .                      Flammes mortes.\nPlerre -M. Ol i n .....................      Légendes puériles.\nPierre Quillard . . . .                      la Gloire du Verbe.\nH e n r i de R égnier . . .                  Tel qu'en songe.\nA dolpble B etté . . . .                     Thulé des Brumes.\nA lbert Sain t -Paul . . .                   Pétales de nacre.\nF ernand Sever in . . . .                    le D on d'Enfance.\nÉ m il E V erh aere n . . . .                les Apparus dans mes Chemins.\nF rancis V ie lé -Gr if f in . .             les Cygnes.\nGaston V y t t a l l . . . .                 Vers la Mort.\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "   LA WALLONIE ayant accompli\nla tâche qu'elle s’était imposée et\natteint le terme qu'elle s’était f ix é,\nse sépare, non sans quelqu’émotion,\nde tous ses Am is, lecteurs et colla­\nborateurs.\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                     LE COMBAT.\n\n\n\nL'une sur l'autre leurs forces se sont ruées,\nE t le mont a frémi de formidables heurts\nQuand ils se sont chargés, par la brume, aux lueurs\nD e grands éclairs suivis d'ombres tumultuées.\n\nAvec de sourds fracas, des cris et des huées,\nLe vent vertigineux emporte leurs clameurs.\nHalmgunnar hurle ; Tue ! et l'autre répond : Meurs !\nLorsqu'un j e t fulgurant déchire les nuées.\n\nAgnar déraciné chancelle. Sous le choc\nI l s’abat, brandissant un vain tronçon d'estoc,\nE t son corps gigantesque a mesuré la poudre;\n\nE t devant lui, du bras armé le protégeant,\nLa Valkure, livide à l’éclat de la foudre,\nBat le ciel sulfureux de ses ailes d’argent.\n\n                                J o s é -M a r i a   de   H É R É D IA .\n\n\n\n  Sonnet retranché des « Trophées ».\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "              SONNET.\n\n\n\nTout à coup, et comme par jeu ,\nMademoiselle qui voulûtes\nOuïr se révéler un peu\nLe bois de mes diverses flûtes,\n\nJe m'aperçus que cet essai\nTenté devant un paysage\nEut du bon quand je le cessai,\nPour vous regarder au visage.\n\nOui, ce vain souffle que j ’exclus\nJusqu'à la dernière limite\nSelon mes quelques doigts perclus\n\nManque de moyens s'il imite\nVotre si naturel et clair\nPire d’enfant qui charme l'air.\n\n                            S t e p h a n e M ALLA RM É .\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "   LES LAVANDIÈRES.\n\n\n\nL ’air vibre au ras des grèves roses\nE t monte vers les genêts clairs;\nI l n’est pas déplus sainte chose\nEn ce doux glorieux mystère\nQue votre geste, lavandières.\n\n\nEntre les peupliers mirés\nAu grand ruisseau de Loire étale,\nLa toile qu'un beau geste étale\nS'éploie et flotte, claire et vague\nLe drape en nuances virée,\nS'étire, au courant, comme une algue.\n\n\nE t il passe des chansons sur la Marne,\nSans doute,\nAu clapotis des jeunes rames\nQui, lasses, s'égouttent ;\nDes rires gais de jeunes femmes\nSe croisent, se joignent;\nEt, dans les refrains qui s’éloignent,\nRythmant des heures sans mémoire,\nJ'entends le gai chant des battoirs.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "Les Lavandières.                                            217\n\n\n\n\n      A h ! douleur ! Si la Vie immense\n      N'est pas en l'heure, toute, et telle\n      Qu’un mot d'amour vaut l’ étincelle\n      D e l'astre ému des soirs d'enfance;\n      Douleur ! Si le seul mot redit\n      N'est pas le mot du Paradis,\n      Si toutes choses ne sont les mêmes,\n      E t s'il est de nouveaux poèmes....\n\n\n\n       L a vieille H ellas, héroïque mère\n      D'un rêve de jouvence millénaire,\n      Fauche, en les thyms, sa belle vie martiale,\n      Ensoleillée, éblouissante sous le métal,\n      E t passe en théories vers la victoire,\n      Empoussièrant ses gris lauriers fleuris en gloires,\n      Massacrant sa beauté aux champs de Troie\n      — Ou surgit d'une autre onde ensanglantée\n      Hélène, la douleur de toute joie —\n      Brûlant aux autels de Paphos et d'Amathonte\n      Sa belle vie d'amour qui seule se dompte ;\n      La vieille Hellas est morte... Elle vit ! je vois,\n      Royale Lavandière aux bras de roses,\n      Nausicaa à la pudique pose\n      Qui s'émeut de seule pitié ingénue,\n      Sourit, et n'a pas peur d'Ulysse nu.\n\n\n\n       Vieille Rome,\n      Force,\n      Hautaine et triste,\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "2 18                                             la Wallonie.\n\n\n\n       Vaine, et sans art que pour l'hégémonie,\n       Qui foulas d’un pied lourd le verger d'Ionie\n       E t fis stérile le Vrai Sang du, Christ;\n       Avec tes lois, tes légions,\n       Mère des formulaires,\n       Tu fis la bestialité des nations,\n       E t sur tes hautes voies de pierre,\n       Rome stérile et sans amour,\n       Tu mènes l’impérator au glaive court,\n       Au verbe bref et sourd...\n       Rome, ton joug est lourd.\n\n\n\n       Certes, la Vie est vile, ce soir, mais belle encore :\n       Je ne sais si, hors d'elle-même, elle a d'espoir;\n       Mais l'espoir vaut la fo i, et la foi fa it l'amour;\n       La nuit qui gît et geint est grosse d'une aurore;\n       Certe la vile vie est belle encor ce soir,\n       E t la foi nous étreint que voici notre tour.\n\n\n\n       Au crépuscule, ainsi, toi que la tâche attarde,\n       Lavandière aux bras roses, o jeune femme,\n       D'un sourire rachète les haines de notre âme :\n       Le suprême désir de vie est en ta garde;\n       D is nous — pour l’avoir vue — , souriant en tespleurs,\n       L'eau toujours neuve mirant les mêmes fleurs,\n       La lente montée aux deux des peupliers,\n       La route\n       Ouverte à jamais vers le même doute,\n       La route où vont les jeunes cavaliers ;\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "Les Lavandières.                                                219\n\n\n\n      Dis-nous que toute vie est belle et vaut de vivre,\n      Que tous ces vieux poèmes écrits aux nouveaux livres\n      Sont faits selon ta voix au long des espaliers,\n      Selon ton chant dans les vergers où fleurit Dieu,\n      E t dis-nous que l'Amour espère et croit et veut.\n\n\n                         F r a n c i s V IE L É -G R IF FIN .\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                     EXERGUES,\n\n\n\n                    GEANT       ALTERNÉ.\n\n\n\n\n\" J ’ ai cru voir\nMa Tristesse debout sous les saules,\nJ ’ai cru la voir — dit-elle tout bas —\nDebout auprès du doux ruisseau de mes pensées,\nLes mêmes qu’elle, tout un soir\nQu'au cours de l’eau passaient, surnageantes, des roses,\nÉpaves du bouquet des heures blessées;\nLe Temps passait avec les eaux passées;\nElle pensait avec mes pensées\nSi longtemps que le bois de bleuâtre fu t mauve\nPuis plus sombre et noir. „\n\n\n\n\n\" J ’ai cru voir ma Tristesse — d it-il— et je l'ai vue\n— D it-il plus bas —\nElle était nue,\nAssise dans la grotte la plus silencieuse\nD e mes plus intérieures pensées.\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "  Exergues.                                               221\n\n\n\nElle y était le songe morne des eaux glacées,\nL ’anxiété des stalactites anxieuses,\nLe poids des rocs lourds comme le Temps,\nLa douleur des porphyres rouges comme le sang,\nElle y était silencieuse,\nAssise au fond de mon silence\nE t nue ainsi que s'apparaît ce qui se pense.,,\n\n\n\n\n              PRÉSAGES       E M B L É M A T IQ U E S .\n\n\n\n\nLe Temps a surpassé les heures et les roses !\nCertes, le fleuve est doux qui coule vers la Mer,\nE t la porte est ouverte encor qui sera close,\nE t ce qui sera cendre est encor de la chair.\n\n\n\nLe fruit avec l'automne aux vergers roux étale\nA la, branche qu'il tend vers ma satiété\nL’intact instant qui fa it sa pulpe triomphale\nEntre sa pourriture et sa maturité.\n\n\n\nLa lame de l’épée est au fourreau, ma Vie !\nE l l'or de la poignée est tiède sous ta main\nConfiante au sommeil où l'arme est engourdie...\nL'Occident peut-être est la face de demain.\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "222                                                 la Wallonie.\n\n\n\nRegarde comme il saigne et comme il agonise ;\nLe Destin t'a souri hier quand tu pleurais,\nPrends garde que plus tard il ne pleure à te suivre...\nLe fleuve avec tes jours entre dans la forêt.\n\n\n\n\nSONGES A V O IX BASSE POU R C E L U I QU I SE T AIT .\n\n\n\n\nJ 'ai vu fleurir, ce soir, des roses à ta main,\n— Ta main pourtant est vide et semble inanimée —\nJe t'écoute comme marcher sur le chemin,\n— E t tu es là pourtant et la porte est fermée —\n\n\nJ 'entends ta voix, mm frère, et tu ne parles pas ;\nL'horloge sonne une heure étrange que j'entends\nVenir et vibrer jusques à moi de là-bas...\nL'heure qui sonne est une heure d'un autre temps.\n\n\nElle n'a pas sonné, ici, dans ta tristesse\nI l me semble l'entendre ailleurs et dans ta joie\nE t plus l'obscurité de la chambre est épaisse,\nMieux il me semble qu'en la clarté j e te voie.\n\n\nL'ombre scelle d'un doigt les lèvres du Silence:\nJe vois fleurir des fleurs de roses à ta main,\nE t par delà ta vie autre et comme d'avance\nD e grands soleils mourir derrière ton Destin.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "  Exergues.                                          223\n\n\n\n\n                         A L L É G O R IE .\n\n\n\n\nL ’Ile de ma Mémoire au lac clair de mes songes\nMire les tristes fleurs de ses rives dans l’eau,\nE t la terre y nourrit l'or moite des oronges,\nE t les roses en sang dont son automne est beau.\n\n\n\n\nLes hauts arbres jaunis enfeuillent la fontaine\nOù nul visage enfin ne se rencontre plus :\nFace pâle s'y voir sa tristesse hautaine,\nNi masque y accroupir son sourire camus.\n\n\n\n\nL e thyrse sans feuillage y gît près de l’ Épée.\nTon buis se fend, ô flûte! et ton ivoire, ô cor !\nLa palme est sèche, hélas, et la grappe est coupée\nLe Chevalier n'est plus et le Satyre est mort.\n\n\n\n\nL'Ile basse s'enfonce au lac de ma Mémoire\nAvec l'urne païenne et l'antique tombeau,\nE t l'ombre appesantit son poids expiatoire\nSur ce qui dort en paix sous le marbre de l'Eau.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "224                                                 la Wallonie.\n\n\n\n\n                    L A M A IN T E N TÉ E .\n\n\n\n\nToute la main s’appuie oisive sur la table\nD ont le marbre miroite une apparence d'eau,\nOù semble la Nuit même et son ciel véritable.\n\n\n\nLa svelte main se crispe et son geste est si beau\nD'un désir sans contact qui l'énerve qu'on songe\nA de tels doigts la clef, la palme ou le flambeau !\n\n\n\nL'onyx des ongles purs sur le marbre s'allonge\nVers une verrerie ample et debout en la\nSpirale d'un serpent qui l'entoure et la ronge.\n\n\n\nLe Temps pernicieux de son aile fêla\nLa panse obscène et grave, et le col qui s'écorne\nFusèle son cristal qu'une dent morcela.\n\n\n\nQuel philtre énigmatique, acariâtre et morne,\nCorrode, expiatoire, en ce vase, ou votif,\nLa tige du bouquet qui le surmonte et l’orne.\n\n\n\nTiges à qui surcroît un feuillage n a ïf\nL'Amour avec la Mort en sa fleur rose ou noire\nS'allégorise aussi de romarin ou, d'if.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "  Exergues.                                                     225\n\n\n\nLa main s’est détendue inerte. Tout, se moire\nLe marbre du progrès de son obscurité.\nLe Vivant, plus hautain du haut de quelque gloire,\n\n\n\nQui reposa enfin avec sécurité,\nD e par son abstinence et dans sa lassitude,\nSon geste sur la table où la fleur l'a tenté,\n\n\n\nLe Vivant satisfait avec sa solitude\nJusqu'à ne boire au vase où le serpent se tord,\nSemble être dans la nuit l'exemple et l'attitude\n\n\n\nD'un Frère intérieur que tu n'es pas encor.\n\n\n                                    Henri       de   RÉGNIER.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "         PAN ET LE SATURNE.\n\n\n\n  J ’ai vu s’avancer les dieux étranges.\n   Sur la route infinie, sur la route que traversent\nles mille chemins du monde, j ’ai vu s’avancer Pan\net Saturne.\n   Saturne marche à pas lents ; il a la physionnomie\nd’un vieillard boudeur et dogmatique; il penche la\ntête comme sous le poids de l’expérience, mais en\nréalité à cause des fatigues de son âge ; ses paroles\ntombent dans sa barbe comme des oracles et son\ngeste monotone a l’ennui d’un commandement.\n   Ah ! tout autre est son compagnon. Mais comment\nle définir ? Ses yeux reflètent tantôt des paysages\ngraves d’étangs endormis, de moissons heureuses,\ntantôt des danses folles de sylvains et de bacchantes.\nSelon la lumière et l’ombre, il est blond et rose, noir\net pâle, roux et bruni. Il a parfois la solennité d’un\nprêtre qui conduit à l’autel des foules religieuses,\nparfois aussi l’allure libre et gaie d’un jeune homme\nqui embrasse sa maîtresse un soir de fête.\n   Pan parle le premier.\n   — Saturne ? où est ta fille la Nuit ? ta fille dont\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "  Pan et le Saturne.                                  227\n\n\n\nles yeux brillent comme de tranquilles étoiles dans\nl’ombre douce de sa chevelure.\n   Saturne répond :\n   — Je l’ai tuée.\n   — Et pourquoi l’as-tu tuée ? s’écrie Pan.\n   — Je l’ai tuée parce qu’elle n’était pas semblable\nà moi, parce qu’elle n’avait pas la beauté que je\nsouhaitais pour elle.\n   — Et ton fils le Jour, qu’en as-tu fait ? lui qui,\nlorsque je le vis, courait dans les prairies aux hautes\nherbes et suivait les chasseurs sur les monts.\n   — Je l’ai tué aussi, continue Saturne.\n   Et comme Pan s’indigne et veut maudire le meur­\ntrier ;\n   — Oui ! je l’ai tué, reprend le vieillard, et j ’ai tué\naussi mon fils le Soir et ma fille l’Aurore, et d’autres\nque je ne me rappelle point et d’autres dont je ne me\nsoucie, car je veux que mes enfants reproduisent\nmes traits et mes formes, mon esprit et mon corps ;\net ceux dont le type s’écarte du type que j ’ai rêvé,\nje les voue au Styx, désirant ne plus jamais les\nrevoir.\n   Alors Pan cria dans la lumière :\n   — Sois donc exécré parmi les hommes, dieu crimi­\n nel, dieu stupide qui veut remplir l’univers de ton\n être et égorges tes fils !\n   Pour moi, continuel voyageur que réjouit l’étreinte\n de tant de femmes, puissent mes descendants ne\n point se ressembler et perpétuer seulement la variété\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "228                                      la Wallonie.\n\n\n\nde mon désir! Comment d’ailleurs seraient-ils pareils\nà leur père, quand lui-même change sans cesse ?\nAinsi le ciel a perdu les nuances pures, l’éblouissante\nclarté de midi; le voici en feu comme pour célébrer\ndes noces barbares et bientôt ses torches s’étein­\ndront, ce sera la grande pâleur crépusculaire, ce\nsera la douceur tendre de la nuit.\n   O Monde, où toutes formes naissent et meurent\npour céder la place à d’autres formes aussi magni­\nfiques, je m’incline devant ta beauté infinie et je\nm’éloigne du ridicule vieillard qui t’a blasphémé.\n   Pan disparut à ces paroles. Peut-être se mêla-t-il\n à l’air, peut-être s’est-il enfoncé dans la forêt ou\n caché sous les eaux de quelque fleuve. Quant à\n Saturne, il continua sa route, le visage baissé, se\n heurtant contre les pierres et répétant, à haute voix,\n de lourdes sentences dont s’amusaient les hama­\n dryades malignes qui babillent dans la paix du soir.\n\n                               H u g u e s R EBELL.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                          L ’IRIS\n\n\n\n\n    Je t'apporte un iris cueilli dans une eau sombre\n    Pour toi, nymphe des bois, par moi, nymphe de l'eau.\n    C'est l'iris des marais immobiles, roseau\n    Rigide, où triste, oscille une fleur lourde d'ombre.\n\n\n    J'ai brisé, qui semblait un bleu regard de l'air,\n    L'iris du silence et des fabuleux rivages;\n    J'ai pris la tige verte entre mes doigts sauvages\n    E t j'a i mordu la fleur comme une faible chair.\n\n\n    Les gestes et les fleurs, ô sereine ingénue,\n    Parleront pour ma bouche impatiente et nue,\n    Où brûlent mes désirs et l'espoir de tes mains :\n\n\n    Accueille ici mon âme étrangement fleurie\n    E t montre à mes pieds lents par quels obscurs chemins\n    Je mêlerai ta honte à ma vaste incurie.\n\nOp. 30.\n\n\n\n\n                                                           17\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "                CLÉOPATRE.\n\n\n\n                                           à Pierre Q uillard.\n\n\nLa litière se berce le long du chemin,\nD u pas des porteurs las. Deux esclaves courbées\nChantent l'amant vainqueur et les pourpres tombées,\nEt la reine s'évente, une fleur à la main.\n\n\nSur ses yeux d'eau, brillante, avivés de carmin,\nBattent d'un lourd désir les paupières plombées.\nSa bouche épèle au dos sculpté des scarabées,\nL'impur et cher cartouche armé d'un nom romain.\n\n\nLe soleil, à travers le rideau jaune, éclaire\nL'oiseau sacré sur l’ Osiris triangulaire,\nLe bœuf rose et l'ibis bleu du Nil et les cieux ;\n\n\nMais penché vers le lit où se couche le monde,\nLe grand épervier noir, de son aile profonde,\nFait la nuit sur la reine et la cache à ses dieux.\n\n\n                                         Londres, 7 juillet.\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "SONNET POUR UN ÉVENTAIL.\n\n\n\n       Où IL Y A V A IT T R O IS BRANCHES\n\n QUI   SEM BLAIEN T    DES   PLUM ES   NOIRES.\n\n\n D'une main si triste mouvante\n Où palpite un éventail noir\n Avec ces plumes au miroir\n Une invisible Eue s'évente\n\n\n Les yeux mi-fermés elle invente\n Un cygne sur un lac du soir\n Elle sent monter et déchoir\n  Une aile en silence rêvante\n\n\n D ’où s'effile vers ce tableau\n Légère d'ombres et de rêve\n Une fin de plumes sur l'eau\n\n\n Où l'ombre invisible d'une Eve\n Qui d’un grand geste épanouit\n L e bel éventail de la nuit\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                   LE PASSANT.\n\n\n\n\n    Près des rives d’iris et des bouleaux des berges\n    Alternant ses pieds froids au courant des ruisseaux,\n    Il passe vêtu d'ombre et de jour sur les eaux,\n    E t le long de son corps déclinent ses mains vierges.\n\n    E t le long de ses bras deux iris, et le long\n    D e ses cheveux des lys alourdis de rosée\n    Pendent vers les prés blancs de la plaine élysée,\n    Où passe avec l'été le pâle éphèbe blond.\n\n    E t les dryades se penchant du creux des souches\n    Ouvrent de leurs doigts verts les lèvres de leurs bouches\n    Devant l'enfant qui vient sous les coudriers nains.\n\n    Mais un aigle envoyé par des mains éternelles\n    Emportera sur l'envergure de ses ailes\n    L e jeune dieu trop beau pour des yeux féminins.\n\nOp. 31.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                 LA PRAIRIE.\n\n                                                  à John Gray.\n\n\n\nUne âme est sur la route et mène un cheval pâle,\nDoux et bridé d’argent et qui marche, sans bruit.\nUne âme est sur la plaine et le cheval la suit,\nQui dans ses belles dents tient le bout blanc du châle.\n\n\nAu front du cheval grand, tremble un étang d'opale,\nA travers l’âme tout le clair de lune luit :\nIls s’ avancent au gré de l’ineffable nuit,\nPassants de la p r a ir ie étincelante et pâle.\n\n\nOr les pieds délicats de l'âme sur les près,\nVoici qu’en leur sillage aux gazons éthérés,\nSurgissent des lys lourds comme des tourterelles.\n\n\nMais le cheval splendide ignore qu’en marchant,\nI l brise à chaque pas les fleurs surnaturelles,\nE t de ces blanches morts jonche le vaste champ.\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                    CHRYSIS.\n\n\n\n                      PROLOGU E.\n\n\n\n\n   Depuis qu’elle s’était éveillée deux heures après le\nmilieu du jour, lasse d’avoir trop dormi encore, elle\nétait restée sur son lit, couchée sur la poitrine, les\ncoudes en avant, et occupée à piquer de petits trous\nsymétriques dans un oreiller vert avec une longue\népingle d’or. Des épingles pareilles retenaient sur sa\nnuque la masse tordue de tous ses cheveux, dont les\nreflets métalliques étaient d’une chaleur si rare et\nl’avaient fait nommer Chrysis par les courtisanes\nd’Alexandrie.\n   Ce n’étaient pas les cheveux pâles des Macédo­\nniennes de la cour, ni les cheveux teints des Asia­\ntiques, ni les cheveux bruns et noirs des filles\nd’Egypte, c ’était la chevelure d’une race étrangère,\ndes Magdaléennes en Judée.\n   Chrysis. Elle aimait ce nom-là. Les jeunes gens\nqui venaient la voir l’appelaient Chryséia comme\nAphrodite, dans les vers qu’ils mettaient à sa porte,\navec des guirlandes de roses, le matin. Elle ne\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "  Chrysis.                                           235\n\n\n\ncroyait pas à Aphrodite, mais elle aimait qu’on lui\n comparât la déesse, et elle allait quelquefois au\ntemple, pour lui donner, comme à une amie, des\nboîtes de parfums et des voiles bleus.\n   Elle était née à Magdala, sur le bord du lac de\nGénézareth, dans un pays d’ombre et de soleil. Sa\nmère était une prostituée, qui allait attendre, le soir,\nsur la route d’Jerouscbalaim, les voyageurs et les\nmarchands. C’était une femme très aimée en Galilée\net les prêtres ne se détournaient pas de sa porte, car\nelle était charitable et pieuse. Les agneaux du sacri­\nfice étaient toujours payés par elle ; la bénédiction\nde l’Eternel s’étendait sur sa maison. Or, quand elle\ndevint enceinte, comme sa grossesse était un scan­\ndale dans la ville (car elle n’avait point de mari), un\nhomme qui était célèbre pour avoir le don de pro­\nphétie, dit qu’elle donnerait naissance à une fille qui\nporterait un jour autour de son cou la richesse et la\nfoi d’un peuple. Elle ne comprit pas bien comment\ncela se pourrait, mais elle nomma l’enfant Sarah,\nc’est-à-dire princesse en hébreu. Ce qui fit taire les\nmédisants.\n   Chrysis avait toujours ignoré cela, car le devin\navait dit à sa mère combien il est dangereux de\nrévéler aux gens les prophéties dont ils sont l’objet.\nElle ne savait rien de son avenir. C’est pourquoi elle\ny pensait souvent. Elle se rappelait peu son enfance\net n’aimait pas à en parler. Le seul sentiment très\nnet qui lui en fût resté, c’était l’effroi et l’ennui que\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "236                                       la Wallonie.\n\n\n\nlui causait chaque jour la surveillance anxieuse de sa\nmère, qui ne la quittait jamais, et, l’heure étant venue\nde sortir sur la route, la verrouillait dans sa chambre\npour d’interminables heures.\n    Elle avait douze ans quand elle s’échappa pour\n suivre une troupe de jeunes cavaliers qui allaient à\n Tyr comme vendeurs d’ivoire et qu’elle aborda\n devant une citerne. Elle se rappelait bien comment\n ils l’enlevèrent, pâle de joie, malgré les cris d’une\n femme qui courut dans la poussière jusqu’à ce qu’ elle\n y tombât, et comment ils s'arrêtèrent une seconde\nfo is pendant la nuit, une nuit si claire qu’on ne\n voyait pas une étoile.\n     L ’entrée à Tyr, elle ne l’avait pas oubliée non\n plus : elle, en tête, sur les paniers d’un cheval de\n  somme, se tenant du poing à la crinière, et laissant\n pendre orgueilleusement ses mollets nus, pour mon­\n  trer aux femmes de la ville qu’elle avait du sang le\n long des jambes. Le soir même, on partait pour\n  l’Egypte. Elle suivit les vendeurs d’ivoire jusqu’au\n  marché d’Alexandrie.\n     Et c’était là, dans une petite maison blanche de\n Rhakotis, qu’ils l’avaient laissée deux mois après,\n  seule, avec son miroir de bronze et une esclave hin­\n  doue qui savait coiffer les courtisanes. D ’autres\n étaient venus le soir de leur départ, et d’autres le\n lendemain.\n     Ce fut d’abord un curieux métier. Comme elle\n habitait le quartier des Egyptiennes où les jeunes\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "  Chrysis.                                          23 7\n\n\n\nGrecs de Bruchion dédaignaient de fréquenter, elle\nne connut longtemps, comme sa mère, que des voya­\ngeurs et des marchands. Elle ne revoyait pas ses\namants : elle savait se plaire à eux, sans qu’ils\neussent le temps de se rendre odieux. Elle était\narrivée à comprendre beaucoup de langues un peu,\net connaissait des contes de tous les pays. Des\nAssyriens lui avaient raconté les amours de Douzi\net d’Ischtar ; des Phéniciens, ceux d’Aschtoreth et\nd’Adoni. Des filles grecques des îles, qui s’étaient\nfaites aimer d’elle, lui avait dit la légende d’Itys.\nDes Carthaginois, — mais ceux-là voulaient faire\nprendre leurs fables pour de vraies, histoires, — lui\navaient parlé d’une déesse vierge qui avait sauvé\n Carthage, et de son frère Hanni-Baal, un héros\n mythique, par qui la ville s’était perdue. Tous lui\n apportaient, en présent, des bijoux des cités lointaines\n et des étoffes tissées dans les pays inconnus. Elle\n avait même, dans un coffre, un grand voile jaune\n aussi brillant que la mer, et qui venait, comme le\n soleil, de l’extrême orient du monde.\n   Longtemps elle vécut ainsi, mais comme elle\n devenait femme, ayant dix-huit ans, sa vie lui appa­\n rut de jour en jour plus affreusement monotone et\n vide.\n    Et un matin, comme elle se réveillait deux heures\n après le milieu du jour, lasse d’avoir trop dormi\n peut-être, elle se retourna sur la poitrine à travers\n son lit et se mit à percer de petits trous symétriques\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "238                                       la Wallonie.\n\n\n\n dans son oreiller vert avec une longue épingle d’or.\n   Elle réfléchissait profondément.\n   Ce furent d’abord quatre petits points qui faisaient\nun carré, et un point au milieu. Puis quatre autres\npoints pour faire un carré plus grand. Alors elle\nessaya de faire un cercle... Mais c’était un peu diffi­\ncile. Alors elle piqua des points au hasard, et com­\nmença à crier :\n   “ Djala! Djala! „\n   Djala, c’était son esclave hindoue, qui s’appelait\nDjalantachtchandratchapalam, ce qui veut dire\n“ mobile comme l’image de la lune sur l’eau „. Elle\ndisait Djala pour aller plus vite.\n   L ’esclave entra et se tint près de la porte, sans la\nfermer tout à fait.\n   — “ Madame ?\n   — Djala. Qui est venu hier?\n   — Madame ne sait pas?\n   — Non. Je ne l’ai pas regardé. Est-ce qu’il était\nbien? Je crois que j ’ai dormi tout le temps, je ne me\nsouviens plus. A quelle heure est-il parti? Ce matin\nde bonne heure?\n   — Oui, Madame. Il a dit...\n   — Qu’est-ce qu’il a laissé? Est-ce joli? Non, ne me\nle dis pas. Cela m’est tout à fait égal. Qu’est ce qu’il\na dit? Est-ce qu’il reviendra? Il n’est venu personne\ndepuis son départ? Donne-moi mes bracelets. „\n   L ’esclave apporta un coffret et l’ouvrit à genoux.\n   Chrysis ne le regarda point, mais levant son bras\nle plus haut qu’elle put :\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "  Chrysis.                                           239\n\n\n\n  — A h ! Djala! Djala! je voudrais des aventures\nextraordinaires.\n  Djala s’assit sur les talons et attendit.\n   Chrysis reprit d’une voix chantante :\n   — “ Dans tous les pays du monde, les dieux sont\ndescendus sur la terre et ont aimé des femmes mor­\ntelles. Ah ! dans quels lits faut-il les attendre, sur\nquelles plages faut-il les chercher, ceux qui sont un\npeu plus que des hommes? Quelles prières faut-il dire\npour qu’ils viennent, ceux qui feront tomber à mes\npieds l’étouffant ennui ? E t si les dieux ne veulent\nplus descendre, s’ils sont morts, ou s’ils sont trop\nvieux, Djala, mourrai-je aussi sans avoir vu un\nhomme qui soit homme, digne d’être tué ou d’être\naimé ? „\n   Elle se retourna sur le dos.\n   — “Si quelqu’un m’aimait vraiment, il m e semble\nque j ’aurais tant de joie à le faire souffrir jusqu’à ce\nqu’il en meure. Ceux qui viennent chez moi ne sont\npas dignes de pleurer. Et puis, c’est ma faute, aussi :\nc’est moi qui les appelle : comment m’aimeraient-ils?„\n   — Quel bracelet mettra Madame aujourd’hui ?\n   — Je les mettrai tous. Mais laisse moi, je n’ai\nbesoin de personne. Va sur les marches de la porte,\net si quelqu’un vient, dis que je suis avec mon\namant, un esclave noir, que je paie... Va.\n   — Madame ne sortira pas ?\n   — Si. Je sortirai seule. Je m’habillerai seule. J e\nne rentrerai pas. Va-t-en, va-t-en !\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "240                                       la Wallonie.\n\n\n\n   Elle laissa glisser une jambe jusque sur les tapis\net s’étira. Quand Djala fut partie, elle se leva tout-\nà-fait.\n   Elle marcha très lentement par la chambre, les\nmains croisées autour de la nuque, toute à la volupté\nd’appliquer sur les dalles ses pieds nus et chauds où\nla sueur se glaçait, et elle entra dans son bain.\n   C’était un bonheur pour elle, de se regarder à\ntravers l’eau. Elle se voyait comme une grande\ncoquille de nacre ouverte sur un rocher. Sa peau\ndevenait unie et parfaite, les lignes de ses jambes\ns’allongeaient dans une lumière bleue, toute sa taille\nétait plus souple, elle ne reconnaissait plus ses\nmains. L’aisance de son corps était telle qu’elle se\nsoulevait sur deux doigts, se laissait flotter un peu,\net retomber mollement sur le marbre, sous un\nremous léger qui heurtait son menton. L ’eau péné­\ntrait dans ses oreilles avec l’agacement d’un baiser.\n   Le jour commençait à baisser : elle se dressa dans\nla piscine, sortit de l’eau et marcha vers la porte. La\nmarque de ses pas brillait sur la pierre. Elle ouvrit\nla porte toute grande au dehors et s’arrêta le bras\nallongé sur le loquet... Puis rentra quand Djala l’eut\nvue, et près de son lit, debout et mouillée, dit à\nl’esclave :\n   — “ Essuie-moi. „\n   La Malabaraise prit une large éponge à la main et\nla passa dans les doux cheveux d’or de Chrysis, tout\n chargés d’eau, et qui ruisselaient en arrière; elle les\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "  Chrysis.                                            241\n\n\n\nsécha, les éparpilla, les agita moelleusement, et plon­\ngeant l’éponge dans une outre d’huile, elle en caressa\njusqu’au cou sa maîtresse, avant de la frotter avec\nune étoffe rugueuse qui fit rougir sa peau assouplie.\n   Chrysis s’enfonça dans un siège de marbre, et\nmurmura:\n   — “ Coiffe-moi. „\n   Dans la clarté horizontale du soir, la chevelure\nencore humide et lourde, brillait comme une averse\nilluminée de soleil. L ’esclave la prit à poignée et la\ntordit. Elle la fit tourner sur elle-même, telle qu’un\n gros serpent de métal que trouaient comme des\nflèches les longues épingles droites, et elle enroula\n tout autour une bandelette verte trois fois croisée,\n afin d’ en exalter les reflets par la soie. Chrysis tenait\n en main un miroir de bronze poli: elle regardait\n distraitement les mains obscures de l’esclave se\n mouvoir dans les cheveux profonds, arrondir les\n touffes, rentrer les mèches folles et sculpter la che­\n velure comme une coupe renversée, comme le casque\n d’or d’une reine étrangère. Quand tout fut accompli,\n Djala se mit à genoux devant sa maîtresse et fit\n usage d’un petit rasoir étroit et court, afin que la\n jeune femme eût l’air d’une statue.\n    Chrysis alors devint plus sombre et dit gravement :\n    — “ Farde-moi. „\n    Une petite boîte de bois rose, qui venait de l’île\n Taprobane, contenait tous les fards connus. Avec un\n pinceau en poils de chameau, l’esclave prit un peu\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "242                                       la Wallonie.\n\n\n\nd’une pâte noire, qu’elle déposa sur les longs cils\ncourbes et fins pour que les yeux parussent plus bleus.\nDeux traits décidés au crayon les allongèrent, les\namollirent: une poudre bleuâtre plomba les pau­\npières : deux taches de vermillon v if accentuèrent\nles coins des larmes. Il fallait, pour fixer les fards,\noindre de cérat frais le visage et la poitrine : avec\nune plume à barbes douces, qu’elle trempa dans la\ncéruse, Djala peignit des traînées blanches le long\ndes bras et sur le cou: avec un petit pinceau gonflé\nde carmin, elle ensanglanta la bouche et toucha les\npointes des seins : ses doigts qui avaient étalé sur\nles joues un nuage léger de poudre rouge marquèrent,\nà la hauteur des flancs, les trois plis profonds de la\ntaille : et avec un tampon de cuir fardé, elle colora\nvaguement les coudes et aviva les dix ongles. La\ntoilette était finie.\n   Alors Chrysis se mit à sourire, et dit à l’Hindoue:\n   — “ Chante-moi. „\n   Elle se tenait assise et cambrée dans son fauteuil\nde marbre. Ses épingles faisaient un rayonnement\nd’or derrière sa face: ses mains, appliquées sur sa\ngorge, espaçaient entre les épaules le collier rouge de\nses ongles peints, et ses pieds blancs étaient réunis\nsur la pierre. Djala s’accroupit le plus loin qu’elle put\net se souvint des chants d’amour de l’Inde :\n   — “ Chrysis, elle chantait d’une voix monotone,\nChrysis ! tes cheveux sont comme un essaim\nd’abeilles arrêté sur un arbre. Le vent chaud du sud\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "  Chrysis.                                          248\n\n\n\nles soulève, les élargit, les pénètre, avec la rosée des\nluttes de l’amour, et le parfum mouillé des fleurs de\nla nuit. „\n   La Juive alterna, d’une voix plus douce et lente:\n   \" Mes cheveux sont comme une rivière infinie\ndans la plaine, où le soir enflammé s’écoule. „\n   Et elles chantèrent, l’une après l’autre.\n   “ Tes yeux sont comme des lys d’eau bleus aux\ntiges brisées, immobiles sur des étangs. „\n   — Mes yeux sont à l’ombre de mes cils comme des\nlacs profonds sous des branches nocturnes.\n   — Tes lèvres sont deux fleurs délicates où est\ntombé le sang d’une biche.\n   — Mes lèvres sont les deux bords d’une blessure\nbrûlante.\n   — Ta langue est le poignard sanglant qui a fait\nla blessure de ta bouche.\n   — Ma langue est tout incrustée de pierres pré­\ncieuses : elle est rouge de mirer mes lèvres. „\n   Djala s’approcha de la courtisane avec un geste\nd’adoration.\n   “ Tes bras sont arrondis comme deux défenses\nd’ivoire. „\n   — Mes bras sont allongés comme deux tiges de\nlys, où mes doigts luisent comme des pétales.\n   —Tes cuisses sont deux trompes d’éléphants blancs,\nqui portent les pieds comme deux fleurs rouges.\n   —Mes pieds sont deux feuilles de nénufar sur l’eau :\nmes cuisses sont deux boutons de nénufar gonflés.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "244                                        la Wallonie.\n\n\n\n   — Tes seins sont deux boucliers d’argent dont le\npointes sont entrées dans le sang.\n  — Mes mamelles sont la lune et le reflet de la lune\ndans l’eau.\n   Mon nombril est un puits profond dans un désert\nde sable rose et mon bas-ventre est une oasis de pal­\nmiers.\n   Il se fit un silence. L ’esclave mit la face contre\nterre. Alors la courtisane chanta.\n   “ Elle est comme une fleur souple et bleue d’où\nrayonnent des étamines d’or :\n   Elle est comme une méduse de mer au milieu de\nses tentacules.\n   Elle est comme une grotte de la nuit à l’ombre\n d’un buisson d’étoiles. „\n   La prosternée murmura très bas :\n    “ Elle est effrayante. C’est le visage d’une déesse.,,\n    Chrysis posa son pied sur la nuque de l’esclave et\n dit en riant :\n    — “ C’est très bien, Djala. „\n    La nuit était venue : mais la lune était si lumineuse,\n que la chambre s’emplissait de clarté bleue. Chrysis\n regardait son corps où les reflets étaient immobiles,\n et d’où les ombres tombaient très noires.\n    Elle se leva brusquement.\n    — “Djala? à quoi pensons-nous ? Il fait nuit. Je ne\n suis pas sortie. Il n’y aura plus sur l’heptastadion que\n des matelots endormis. Dis-moi, Djala, je suis belle ?„\n    L ’esclave joignit les mains.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": " Chrysis.                                             245\n\n\n\n    — “ Dis-moi, Djala, je suis plus belle que jamais,\ncette nuit ? je suis la plus belle femme du monde.\nN’est-ce pas qu’il me suivra comme un chien, celui\nqui passera tout à l’heure dans le regard de mes\nyeux fardés ? N’est-ce pas que j ’en ferai ce qu’il me\nplaira, et que j ’ai toute autorité sur l’âme et sur le\ncorps des hommes. Habille-moi, Djala. „\n    Autour de ses bras, deux serpents d’argent s’en­\nroulèrent. A ses pieds, on fixa des semelles de\n sandales qui s’attachaient à ses jambes brunes par\n des lanières de cuir croisées : elle boucla elle-même\n autour de son ventre une ceinture de jeune fille qui\n ne supportait pas les seins : à ses oreilles, elle passa\n de grands anneaux ronds, à ses doigts des bagues et\n des sceaux, à son cou trois colliers de pierres que lui\n présentait son esclave. Elle se regarda quelque\n temps, ainsi nue entre ses bijoux; mais tirant du\n coffre où elle avait plié une vaste étoffe trans­\n parente de lin jaune, elle la fit tourner tout autour\n  d’elle et jusqu’à terre s’en drapa. Des plis diagonaux\n  sillonnaient le peu qu’on voyait de son corps à\n  travers le tissu léger ; un de ses coudes saillait sous\n  la tunique serrée, et l’autre bras qu’elle avait laissé\n  nu, portait relevée la longue queue, afin d’éviter\n  qu’ elle tramât dans la poussière.\n     Elle prit à la main son éventail de plumes, et\n   sortit nonchalamment.\n     Debout sur les marches du seuil, la main appuyée\n   au mur, Djala seule, regarda la courtisane s’éloigner.\n                                                 18\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "246                                                    la Wallonie.\n\n\n\n   Elle marchait lentement, le long des maisons, dans\nla rue déserte où donnait la lune. Elle penchait la\ntête sur l’épaule. Une petite ombre mobile se traînait\nderrière ses pas.\n                                       P ie r r e   LOUŸS.\n\n\n Extrait de La Tragique Histoire de Chrysis, courtisane d’ Alexandrie.\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                        ENVOI.\n                                             de l'Echarpe d'iris.\n\n\n\nSouvenons-nous du crépuscule sur la route.\n\nComme l'affliction de la plaine et des eaux,\nD'une douleur d'adieux au ciel des soirs pâlie\nSe meurt la plainte intermittente d'un oiseau\nE t d'invisibles paons se lamentent, écoute:\n\nCe crépuscule était notre âme lasse en fuite\nVers le silence où l'or des beaux rêves poudroie,\nOù traîne à l'horizon la seule pure joie\nDes pâtres de l'espoir et des mélancolies.\n\nCe crépuscule était noire âme, Marguerite,\nNée au triomphe clair qui couronne les monts,\nLes monts aimés qu'endort un apaisement long.\n\nTu chéris ce repos qui des villes isole,\nE t tu joins à mes mains tes mains pour la prière\nD ont les lèvres jamais n'ont gémi la parole,\nNi chanté le désir que nous chante l'espoir,\n\nEnfants dont les yeux pers sont les ciels de lumière.\n      D es fêtes que glorifièrent\nLes encensoirs levés en leur brume et les soirs.\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "             A STU A RT M.\n\n\n\n     Viens, mon Stuart, trouvère insigne,\nVers le pays de soleil dont les fruits\nMerveilleux, par la terre latine à l'univers produits,\nE t le vin qu’on boira des généreuses vignes\nD e tes rêves domaniaux sont les trésors.\n\nC'est là que vit ta Muse avec ses châtelaines\n     Depuis qu’à ces filles du Nord,\nServantes d'harmonie, au chant des cantilènes\nQue savent sur le luth rythmer tes doigts divins,\nA la poupe enchanteur des berceuses carènes,\n     Tu montras le chemin.\n\nL'Amérique profonde, en mines d’or fertile,\nPrit soin, ô mon Stuart, de richesses t'orner,\nAfin que soit hommage au décor de ton style\nTout cet or d'Amérique à tes rimes donné.\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                       LE NUAGE.\n\n\n\n  Quelques-uns ont vu le masque de la Sphynge;\n  Mais tous les autres ne Vont point vu.\n  Ce masque est un laiteux sourire que nacrent deux yeux d’eau.\n  Quelques-uns ont vu le corps de la Sphynge;\n  Mais tous les autres ne Vont point vu.\n  Ce corps est une fraîcheur de chairs d'anges.\n\n\n               E t ce masque les a fascinés ;\n               E t ce corps les a ensorcelés.\n               La Sphynge désire.\n\n\n  Lui offrent-ils le sacrifice de ce. qu'ils croient son désir, parce\nqu’ils ont compris le signe d'élection qui divinise !\n  Mais tous les autres n’ont rien compris.\n\n\n                                      A l b e r t S A I N T -P A U L .\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "L A FL EUR             IMMORTELLE.\n\n\n\n\nPar quelle cruauté des implacables dieux ?\n\n\nSi loin des jours royaux et pavoisés de joie,\nUn soleil tel que les anciens soleils flamboie\nE t tes cheveux en fleur épouvantent mes yeux.\n\n\nParmi le deuil hélas ! et les ombres tombales\nQue me veux-tu, sourire impérieux encor\nQui fais se réveiller avec un sursaut d’or\nTout le prestige vain des aubes triomphales ?\n\n\nOui, tes lèvres m'étaient douces près de la mer\nE t sur la pâle grève où dorment les carènes,\nGonflaient de chants si purs les conques des sirènes\nQue des oiseaux neigeaient autour de toi dans l’air\n\n\nE t que le souvenir des ailes éployées\nPalpite en tues regards éblouis. O rayons\nEteints, vols disparus d'aigles et d'alcyons,\nVoix morte désormais sur des lèvres souillées.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "La Fleur immortelle.                                           251\n\n\n\n    Voix morte et pour moi seul vivante : je voudrais\n    Ne plus l'entendre et que la terre devint noire\n    E t que la nuit sereine engloutît la mémoire\n    D e ta beauté semblable aux roses des forêts.\n\n\n    Mais l'ombre décevante est encore hantée\n    Par les dieux importuns qui défendent l'oubli\n    E t la poignante fleur au calice pâli\n    Sollicite toujours ma bouche ensanglantée.\n\n                                P i e r r e Q U IL L A R D .\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "                LES INITIÉS ( 1).\n                                                            »\n\n                       ( P o è m e D r a m a t i q u e .)\n\n\n\n                   DEUXIÈM E PA R T IE .\n\n\n                            Ier Tableau.\n\n   Sur la place, près du temple de Bakkhos. Des groupes\n                    nombreux stationnent.\n\n                         un      V ie il l a r d .\n\n  Les jeunes gens d’aujourd’hui ne sont pas gais. Jadis,\nquand on célébrait les fêtes du Dieu, j ’entendais retentir\nd’étourdissantes et joyeuses clameurs.\n\n              un   A u t e u r c o m i q u e , qui passe.\n\n  Jadis tu n’étais pas sourd.\n\n              une    P r o c u r e u s e , au vieillard.\n\n  Ne trouves-tu pas les filles laides?\n\n                          le     V ie il l a r d .\n\n  La beauté n’existe plus.\n\n\n ( 1) Des fragments de ce poème dramatique ont déjà paru dans   la\nWallonie, n° de novembre 1891.\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "  Les Initiés.                                               253\n\n\n\n             une   C o u r t i s a n e éclatant de rire.\n\n  Parce que tu ne peux plus en jouir.\n\n                      un    jeu n e   H omme .\n\n  Je n’avais jamais vu le soleil aussi brillant en un jour\nd’automne.\n\n                       un    H omme       m ur.\n\n\n  Il y a cinq ans, les grappes étaient déjà vendangées.\n                 Un Philosophe entre entouré de ses disciples.\n\n                       le    Ph il o s o p h e .\n\n  Si nous émanons des idées, c ’est en partant de nous-même\nque nous parviendrons à connaître leur essence. Voilà le\nsens de la parole socratique.\n\n                        un    M o r a l is t e .\n\n  Socrate a seulement voulu nous donner une règle de\nconduite. Vous transformez une formule d’éthique eu\nprincipe métaphysique.\n\n                       le    P h il o s o p h e .\n\n  Vous rapetissez la pensée du maître.\n\n                        le   M o r a l is t e .\n\n  Vous la faussez.\n  Tumulte parmi les élèves. Ils s'éloignent.\n  (Antiphos et Kalaithis se promènent tendrement enlacés.\nSimaitha paraît; elle est seule, elle erre lentement et croise le\ncouple en le regardant avec envie.)\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "254                                                     la Wallonie.\n\n\n\n                              K a l a it h is .\n\n  As-tu écouté ce vieillard, Antiphos ? Il prétendait qu’il n’y\na plus de belles vierges.\n\n                                A n t ip h o s .\n\n  Ce vieillard est un fou, Kalaithis. Il ne t’avait pas vue.\n\n                              K a l a it h is .\n\n  Peut-être avait-il raison. On dit qu’il y eût autrefois des\nhétaïres semblables aux déesses.\n\n                                A n t ip h o s .\n\n  Qu’importe ! elles sont mortes, et je t’ aime (il l’embrasse).\n\n                 S I M AI TH A passe, elle a entendu.\n\n  Un jour, celui-là aussi chantera la palinodie.\n\n                         un   S o p h i s t e , ivre.\n\n  Je viens de quitter ces philosophes, ils se battaient. L ’un\ndisait que la réalité appartient aux idées et uniquement à\nelles ; l’autre soutenait, je crois, le contraire. J ’ ai dit, je crois...\nen effet, je n’ai pas très bien compris son raisonnement et il\nest possible qu’ils se battent tout en étant du même avis.\nMoi, je soutiens la réalité de mon ivresse (à un Sceptique qui\ns’est approché). Ai-je raison?\n\n                           le     Sc e p t iq u e .\n\n   Il se peut que tu aies seulement les apparences d’un\nhomme ivre.\nl e S o p h i s t e , éructant du vin sur la robe de son interlocuteur,\n\n   Tiens, voilà pour te convaincre.\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "  Les Initiés.                                                  255\n\n\n\n                          le    Sc e p t iq u e .\n\n\n  Triple chien, tu n’as rien prouvé ainsi (il le frappe, le\nSophiste chancelle et tombe).\n\n                               A n t ip h o s .\n\n  Quand nous aurons vu le cortège, nous irons dans les\nvignes, retrouver les vendangeurs.\n\n                           K a l a it h is .\n\n  Nous chanterons avec eux, et nous crierons, évohé !\n\n                               A n t ip h o s .\n\n  Puis, quand le soir viendra,               sur la terre jonchée de\npampres...\n\n          K a l a i t i u s lui met la main sur la bouche.\n\n  Tais-toi, Antiphos.\n\n                               A n t ip h o s .\n\n  Je me tairai ce soir.\n\n                          une      Matrone.\n\n  Voila la théorie qui s’avance.\n  La foule se presse pour regarder.\n   On voit d'abord paraître les joueurs de flûte, et ceux qui\nfrappent les tympanons. Le grand prêtre les su it; il est ceint\ndu diadème et sa robe nuancée de bleu est brodée d'or ; il est\nentouré par les prêtres et par les prêtresses, couvertes du voile\nbrodé de pourpre. Les thyases s'avancent ensuite, précédés\nchacun du Prostates et de l'Archiereus. Les Initiés marchent\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": " 256                                                la Wallonie.\n\n\n\n derrière eux. Ils vont tous pieds nus ; les hommes sont vêtus de\n blanc, leurs cheveux sont relevés par des cigales d’or et ils sont\ncouronnés de myrte; les femmes portent le manteau, elles sont\ncoiffées du chapeau de feutre. Les protomystes, le front cerclé\nd’une lame d'or, ferment le cortège.\n   La théorie traverse lentement la place, elle gravit les degrés\ndu temple, et tandis qu’elle pénètre sous le portique, les spec­\ntateurs se dispersent.\n\n\n\n                           IIe Tableau.\n\n   La salle la plus reculée du temple de Bakkhos. Seuls, sont\nentrés les hiérophantes, les prêtresses et les prêtres, les époptes,\nles mystagogues et les mystes; les protomystes n'ont pas été\nadmis.\n   Nul flambeau, nulle lampe ne brille-, à peine, dans les\nténèbres, entrevoit-on les masses confuses des piliers et des\nstatues. On entend des bruits terribles ; des éclairs illuminent\nla nuit ; des monstres bizarres apparaissent et disparaissent\nrapidement. Peu à peu, des clartés douces blanchissent le fond de\nl'édifice ; une calme lumière se répand; les clameurs terrifiantes\ncessent; les flûtes, les cymbales, les tympanons et les crotales\ns'unissent en de pénétrantes harmonies ; des formes pâles se\njouent autour des colonnes ; des voix s'élèvent et les hymnes\n se déroulent.\n\n                      p r e m iè r e   Hym ne.\n\n       (Elle est soutenue par les tympanons et les cymbales.)\n\n   Silénos, c’est toi d’abord que nous invoquons. Silénos, à\ntoi la manne.\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "  Les Initiés.                                              257\n\n\n\n  Vénérable, chaste, ceint de pampres, ineffable nourricier\ndu roi Bakkhos, nous t’implorons.\n  Accours avec les satyres aux pieds cornus, au corps de\nbêtes, qui sur le Tmolos sacré vont chantant le glorieux\nDionysos.\n  Viens avec les Bakkhantes aux fauves chevelures éparses,\nqui courent par les bois profonds.\n  Viens au divin sacrifice; sois présent parmi nous, Silénos,\nô Silénos.\n  (Les tympanons et les cymbales se taisent. Un silence se fait,\npuis les flûtes accompagnent les chants qui reprennent.)\n\n                     d e u x iè m e    Hym ne.\n\n  Magnanimes filles du vieil Okéanos, Nymphes, acceptez\nde nous les Aromates.\n  Comme vous répandez les rosées, dispensez les bien.\nNourrissez-nous, ainsi que vous avez nourri Bakkhos.\n  Vous volez dans les airs; vous fl uez des rochers; vous\nerrez parmi les forêts; vous chantez au milieu des sources;\nvous hantez les vallées. Partout, vous êtes partout, Païonides.\n  Accourez, vierges blanches et parfumées, aux douces\nhaleines. Accourez, suivies des Aigypans.\n  Hamadryades, Nysienne furieuse, venez aux mystères.\n  Venez, ô Nymphes, bienveillantes.\n  (Les flûtes et les crotales, les cymbales et les tympanons\nrésonnent bruyamment; les voix deviennent plus joyeuses et\nplus fortes.)\n\n                     t r o is iè m e   Hym ne.\n\n  O Bakkhos, Bakkhos, ô Bakkhos!\n  C’est pour toi, grand roi, que les parfums brûlent sur les\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "258                                               la Wallonie.\n\n\n\ntrépieds d’or. Pour toi. le styrax et la manne, la myrrhe et\nles aromates, la cinnamome et le benjoin, tous les parfums,\ntous, excepté l ’encens.\n  Perpétuellement nous te prions dans ton sanctutâre, dési­\nrable Dionysos : Sois-nous favorable, dieu guerrier qui te\nréjouis du sang. Accueille nos sacrifices, porteur de thyrse,\ncar toujours nous t’avons adoré, Bienheureux qui te souviens\ndes injures.\n  Nourrisson d’Aphrodité, accours ; sans loi, nous ne vivons\npas. O maître de Naxos, le plus puissant des immortels; Roi\ncouronné de la mitre, farouche, joyeux, protège tes enfants.\n  Viens, Dieu bondissant et donne à tous le bonheur.\n  O Bakkhos, Bakkhos, ô Bakkhos!\n\n                    QU ATRIÈM E H Y M N E .\n\n  (Elle est dite lentement, sur une sorte de mélopée bizarrement\ntriste que les instruments n'accompagnent pas.)\n              R oi B akkhos, trois fois revenu.\n                   Nous te saluons\n       Dionysos aux deux sexes et aux deux formes,\n                 Accepte nos sacrifices\n             Bassaréen qui a mille noms\n                   Ecoute nos prières !\n  O Semence vénérable,Daïmon libérateur, Germe des dieux,\nEuios, Lysios, Lenaios, nous avons soif de toi.\n  Prince des mystères, Orgiaste, délivre-nous des chaînes\nmauvaises, fais briller sur nous ta sagesse, illumine nos\nesprits, Paian.\n   Dieu vierge, écarte les tentations, épure nos âmes,prépare-\nles à recevoir tes paroles.\n                                       (Le rythme se ralentit.)\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "  Les Initiés.                                                 259\n\n\n\n  Fleur pure, pénètre nos narines de tes parfums, ainsi\nseront-elles fermées aux excitations viles.\n  Flamboyant Sabazios, éblouis nos yeux : ils ne verront\nplus que ta gloire.\n  Rugissant Liknitès, clos nos oreilles : elles entendront\nseulement ta voix.\n  Ampbiétès, sois propice à ceux qui viennent humblement\nà tes mystères et fais mûrir les fruits excellents pour les\ninitiés.\n                  ( Les voix se font très basses et très graves.)\n  O père sacré ! tu es en nous, en toi nous sommes. Nous\nbuvons ton sang et tu es notre sang. Nous mangeons ta chair\net tu es notre chair. Par toi nous vivons et par nous tu vis.\nCréateur divin ; toi la mort, toi la vie; toi vivant, toi mort;\nprésent et caché; contenant tout, contenu dans tout; viens,\nviens, viens, Zagreus, Zagreus, Zagreus !\n      (Tout se tait et après un long silence, l’Hiérophante crie.)\n\n                       L ’H ié r o p h a n t e .\n\n   Le taureau a engendré le serpent; le serpent a engendré\nle taureau.\n     (Les prêtres formant le chœur paraissent près de l'autel.)\n\n                          L e Ch œ u r .\n\n                              Strophe.\n\n   A l’origine, il était, lui : Chaos — Il existait, premier\nprincipe, infini, insondable — de lui il naquit : Erebos, le\nmâle. — Puis sortit la femelle : la Nuit — Elle engendra\nl’œuf, elle l ’engendra, l’ immense — De l’œuf d’argent surgit\nl’Etre : Phanès, Phanès — Vers sa mère, il vint, le dieu\nMétis — Ericapeus créa Zeus, le ciel et la terre.\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "260                                                 la Wallonie.\n\n\n\n                      A n t is t r o p h e .\n\n  Du verbe sacré était né Zeus. — Le roi s’éprit d’amour\npour Deo vénérable — Taureau divin, il approcha d’elle —\nCourroucée, Deo le repoussa — Alors Zeus s’humilia, plein\nd’astuce — Subtilement il lança u n membre de bélier. — La\ndéesse confiante le reçut — Elle enfanta Koré l’éternellement\njeune.\n                           Épode.\n\n  Vierge puissante, O Persephonée — Il te convoita, Zeus,\nton père — Il prit la forme du dragon. — Tu l’accueillis\nalors, déesse — Tu conçus ton frère : Zagreus — Zagreus\nest l ’Enfant, le Taureau divin — Il est le Grand qui devait\nnaître — Il 'est le Puissant, le Premier — De tous temps il\ndevait venir — Salut à lui, salut au Père : à Zagreus.\n  (Le fond du temple s’ouvre brusquement et on aperçoit les\npentes de l'Olympe.)\n\n                                       B e r n a r d L A ZA R E .\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                      VE R S DORÉS.\n   Ils contemplaient leurs idées\nprendre des form es corporelles\net se jouer sur les tentures.\n       Petit traité du Sadisme.\n                                            A A l p h o n s e G e r m a in .\n\n                                   I.\nInutiles étés épanchant leurs vignobles\nRutilants aux coteaux de sensualité —\nUn peuple est là : sentir, un songeur : voir; un noble:\n“ Or des heaumes sanglants enrayons éclatés.,,\n                                   II.\nAu ciel paré de rêve et de mélancolie,\nA h! plutôt toi, Virginités, ô Voie lactée,\nAstres ! décor fugace effarant ma folie\nOù s’exalte la mort ardente des étés.\n                                   III.\nMais un cor pleure ; une forêt vibre et frissonne :\nCeci qui fut un songe oscille et s’évapore...\nEt Cela devient fleur où ne vivait personne\nHormis l’âme d’argent du cor qui pleure encore.\nEt Titania chante une chanson d’automne.\n\n                                   I V .‘\n“ Titania, quels cris s’égrènent un à un\nVers le lointain qui psalme un sombre Te Deum !...\nV oici des bois et des pavots et des parfums\nEt le murmure sourd des madrigaux défunts.,,\nOr l’ Enfant caressait le muffle d e Bottom.\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "262                                               la Wallonie.\n\n\n\n                              V.\n“ Je yeux t’édifier une église farouche\nEt pleine de sanglots pâmés vers tes autels,\nO Belle qui retiens l’aurore sur ta bouche...,,\nTitania soupire aux échos fraternels.\n                              V I.\n“ Ma Triste, que n’es-tu la seule Floramye\nQui tente un Parsifal troublé dans sa candeur :\nLe Réel te redoute et le Rêve t’envie —\nEt ton âme est en deuil au seuil noir de ton cœur.,,\n                             VII.\nUn adieu flotte dans l’air vague et s’éternise....\nDes pas précipités froissent les feuilles mortes...\nUn Souvenir est là, sur le seuil de l’église\nDont la Peur et la Nuit forcent toutes les portes.\n                             VIII.\nO tout cet autrefois pourchassé par les loups\nQui rôdent affamés autour du Souvenir\nDu pâle Souvenir dont le Sort est jaloux....\n“ Mais les loups s’enfuiront en te voyant venir.,,\n                              IX.\nAutre décor! — une eau se songe à jamais grise\nParmi des gazons noirs aux odeurs de tombeaux;\nLa brume, çà et là, sinistrement s’irise\nOù s’évague en silence un peuple de corbeaux.\n                              X.\nJe braverai l’étang sournois, les nénuphars\nQui dorment là cerclés d’écume et de ferments\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "   Vers dorés.                                            263\n\n\n\nE t ces oiseaux muets dont les ailes s’effarent\nA cause du mystère et du renoncement\nDe cette eau séculaire, ennuyée et bourbeuse.\n                              X I.\n“ Et je te ravirai vers la rivière heureuse\nDont les flots sont pareils à des yeux attentifs,\nEt qui baigne mes parcs tièdes et toujours verts ;\nEt je te montrerai mes grands jets d’eau pervers\nElancés vers le ciel comme des lys lascifs.,,\n                              X II.\nNon : point de fleuves, plus de Seines, plus de Meuses;\nSois la fleur solitaire en un lac ignoré :\nToi seule, enfant des vents adolescents, Rieuse\nEn horreur aux Elus et du Mal adorée...\n“ Pourrai-je te cueillir, corolle ténébreuse ? „\n                             X III.\n“ Immortel Sacrilège éclos parmi des roses,\nSi pourtant tu venais telle que je te crois :\nEquivoque et semblable au songe d’Autrefois,\nSi tu venais, ô toi que l’aube triste impose?...,,\nJe tracerais dans l’air le signe de la croix.\n\n         Juillet, 1892.\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "    LES ENNEMIS DE LA LUNE.\n\n                                       A H enri M a z e l .\n\n\n\n\n   La Pleine Lune monte dans le ciel frissonnant d’or.\nToutes les Etoiles célèbrent la fête de la mi-été. —\nCependant la Lune gravite vers le Zénith : on dirait\nun lumineux oiseau d’argent ennemi des ors veloutés\ndu ciel, car à mesure qu’Elle s’élève, les Etoiles s’en­\nfuient comme de scintillantes phalènes pourchassées\net puis s’éteignent.\n   Eux, Ils arrivent, un à un, par différents chemins\net Ils s’asseyent en cercle au milieu de la prairie où\ncroissent des lys rigides élancés vers la Lune.\n   Ils s’asseyent en silence; tout d’abord, chacun\nprend plaisir à casser la tige des lys qui se trouvent\nà sa portée et à en disperser les pétales dans la nuit.\nPuis Ils suivent anxieusement du regard le vol de\n la Lune. A chaque nouvelle Etoile qui s’ éteint, Ils\n soupirent; certains murmurent des imprécations;\n d’autres pleurent sans dire rien; et leurs larmes\n glissent lentement sur leurs joues pâles et luisent\n sous la Lune. Quand toutes les Etoiles sont éteintes,\n Ils se cachent la face dans leurs mains et, plus que\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "  Les ennemis de la Lune.\n\n\n\njamais silencieux, Ils écoutent les consolations insi­\ndieuses que l’Ombre leur chuchote très bas.\n   Mais dès que la Lune commence à décliner, Ils\nrelèvent la tête et se prennent à sourire.— Lorsqu’Elle\n a disparu derrière l’horizon, Ils éclatent d’un grand\nrire lugubre.\n   Les Etoiles ressuscitées brasillent dans la Nuit\n calme, — on dirait des parterres d’anges. Plusieurs\n ont des gestes d’adoration.\n   Tout à coup, un vent aigre s’élève, souffle sur les\nEtoiles et Les balaie toutes comme de jaunes feuilles\nmortes.\n   Alors Ils restent assis en cercle, immobiles et\nméditatifs, jusqu’à ce que l’aurore saigne son sang\n d’or au seuil de cet Orient d’où vinrent les Mages.\n\n                              A d o lp h e   RETTÉ.\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "E x t r a it des    «JA RDINS D ’ADONIS».\n\n\n\n   Où songeais-tu, mon cœur! quand l'escadre légère\n  appareilla d'un lever d’or vers cette terre ?...\n\n   Quand les blonds mariniers, toutes rames aux flots,\n   sur la vague fleurie au vol des caravelles,\n   sonores, sont partis pour les moissons nouvelles,\n   où songeais-tu, mon cœur ! en l'oubli des L otos?\n\n  La carène riait aux caresses des brises :\n  et leurs plis triomphaux en fête par les airs,\n   les pennons frissonnants accrochaient des éclairs.\n   Où songeais-tu, mon cœur ! proie aux modes surprises ?\n\n   En quel pays de nuit hanté de nul réveil,\n   quand tous ces joyeux sont partis dans le soleil?\n\n   Haut les navires ont gréé voile et mâture :\n   et tu t'es éveillé désert sur les récifs\n   d'un adieu seul suivant l’essor des fugitifs.\n   Tes frères sont partis pour la neuve aventure!\n\n  Leur cohorte a cinglé vers l'inoui trésor :\n  cependant veule archer au bois des lauriers roses\n  tu chassais les oiseaux bleus de tes flèches d'or,\n  et les longs oiseaux bleus tombaient comme des rêves !\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "E xtrait des jardins d'Adonis.                              267\n\n\n\n  Des rameaux merveilleux, ainsi que fruits trop mûrs,\n  sous un vent d’Erèbe efflorant leur tête chère\n  ils churent, frêle espoir de la saison prochaine,\n  avec un cri sanglant au lointain des azurs !\n\n  I l en pleuvait des toits, des beffrois, des feuillées,\n  de la nue et des vents, de l'astre et des éthers :\n  et Nature a pleuré ses silences déserts\n  lorsque l'hymne, se tut de ces harpes ailées!...\n\n  Dans la pourpre du soir, chus, les vols radieux!\n  fors celui qui, cinglant si haut vers les étés,\n  sembla porté sur des ailes d'éternité\n  d’un infrangible essor jusqu'au palais des Dieux.\n\n  E t de ce pur ébat au-delà de l'histoire\n  subsiste, défiant, suprême, le carreau,\n  l'angoisse de n'atteindre en son vol de victoire\n  l'aile d'or qui fuyait, plus haut! toujours plus haut !\n\n  Si qu'étrange au vouloir de ces races malignes\n  ton aurore ne vit fleurir les oriflors,\n  et tu n'as pas ouï l’appel clair des buccines\n  qui sonnait la tempête hostile des estors.\n\n  Mais comme celui-là qui but le doux breuvage,\n  tu appendis le glaive aux murailles d’oubli\n  et crinière sans gloire inclinée au servage\n  tu laissas les lacis de soie ourdir leurs plis.\n\n  Celle p rit ton désir à sa figure feinte\n  dont, sur la bouche folle où tu bus l'âpre vin\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "268                                                  la Wallonie.\n\n\n\n      de la Chimère qui ne t'eut pas pour devin,\n      fu t scellé le silence éteint du labyrinthe.\n\n      Mais vive l'heure sacrée aux trompettes d’airain\n      où s'épanouira, fleur de pourpre, le Rêve,\n      quel carnage parmi les manteaux tyriens\n      rehausse tes doigts lourds d'indolence griève !\n\n      Enté du glaive d'or et de Vécu vermeil\n      tu prendras à ton poing la tête de la reine,\n      et ce sera gisant sur la sanglante arène\n      la léthifère chevelure de sommeil.\n\n      Oh ! sur le marbre froid les tresses défleuries,\n      tels des souffles d’oiseaux navrés dans le matin !\n      pleurez au flot fatal des coupes du festin,\n      Vous tous, hôtes rieurs des naïves prairies !\n\n      Quand le palais assis en son orgueil doré\n      croule sous le désastre où ne saurait suffire\n      la Chimère qui veille au porche de porphyre\n      ruant les quatre éclairs d'un vol exaspéré.\n\n       Superbe, et la clef d'or pendue à sa ceinture,\n       la Princesse des mystérieuses Ophirs\n      fera rire parmi cette triste nature\n      le triple bandeau clair enivré de saphirs.\n\n      E t ses longs doigts pompeux de palmes et de bagues,\n      ouvrant la porte close aux fastes sibyllins\n      que dédie un espoir d'aurore aux vierges dagues,\n      incantent le silence augurai des vélins.\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "E xtrait des ‘‘ Jardins d’Adonis „                    269\n\n\n\n  Quel magique matin de harpes atemprées\n  va saluer la haute Dame au clair aller\n  mieux fleurant qu'amarante ou trophée azalé\n  dont le sillage exalte un sacre par les prées !\n\n  O pieds qui marcherez vers les pays fleuris\n  où le Héros sur l’armure désafrénée\n  gît, vide la clepsydre aux fêtes du pourpris,\n  quand se taisent t oublieuses les Destinées !\n\n  A l'aube violette où boivent les oiseaux\n  comme un doux népenthès de pâles asphodèles\n  illuné d'Astarté traînant sous les arceaux\n  les lilas de l’Erèbe aux nocturnes dentelles :\n\n   Un hymne doux-fleurant de désir prairial\n  s'éveille en l'or neigeux d’une flore naissante,\n  lorsque la haute Dame en robe bruissante\n  éteindra sur le seuil le flambeau nuptial.\n\n  Ah ! comme mâle y fû t la laie aux blanches soies\n  et l’homicide ivoire en la forêt d’été !\n  si n'eût aux doigts de fée un breuvage enchanté\n  suscité le cortège immortel des Joies !\n\n  Mais toi, l’inassouvi, mon cœur de diamant !\n  vieux héros en exil au présent transitoire,\n  va, pour quelque moins périssable territoire,\n  secouer sur le soir les roses du dormant !\n\n  Si les ombres encore aux plis de ta clamyde\n   s’accrochent, toi, pâle vainqueur occidental,\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "270                                                   la Wallonie.\n\n\n\n      peuplant la sombre nuit de la muette rive,\n      écarte-les de l'épée au riche métal !\n\n       Vois ! un jeune sourire à notre aube fleurie !\n      déjà, les flots nouveaux portent la haute nef,\n      léthéenne l’aure doucette vente au tre f :\n      arbore un sigle d’or au seuil de la patrie !\n\n      Heurtant d'un pied sonore aux portes de l’azur,\n      tel un impérator parmi l’éclair des lances,\n      en l’orage des chars cabrés sur le futur\n      ton nom sourdra de l'éternité des silences.\n\n      Et, dardé haut l'effroi du bleu cimier qui nuit,\n      seul debout sur le deuil de notre fête éteinte,\n      tu ceindras à tes reins la pourpre trois fois teinte,\n      ivre d'ire cosmique embrasant l'âtre nuit.\n\n      Alors, palmes aux doigts, t'accueillent cent pucelles\n      dont, par un occident de torches où l’on but,\n      sur la housse de soie un souriant tribut\n      exhalera le los de l’ombre universelle.\n\n      Et, le chef fervêtu, vers les cités cruelles\n      si tu marches parmi les gloires au vol prompt,\n      quelque clair soir les lauriers s'enorgueilliront\n      de fleurir d'or royal tes tempes solennelles.\n      1890-91.\n\n                                  A c h i l l e DELAROCHE.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "    DANS      L A T R IS T E S S E      DE   L ’AUTOM NE.\n\n                                                  à Albert Mockel.\n\n\n\nLe vol des blanches colombes\nVers quels lointains s’est-il enfui ?\nOn eût dit que pleurait dans la nuit\nUn chœur de Vierges, blanches comme des colombes\nDans le matin morne qu’attristent\nDes sanglots pâles et des nuages douloureux,\nNul rayonnement de clarté propice\nE t nul oiseau d’espoir qui vole vers les deux.\nE t des prières mourantes,\nDes prières\nComme de vierges qui se lamentent,\nTroublent le silence froid de la lumière.\nE t pas une voix qui dise vers quel pays\nLe vol des blanches colombes s’est enfui.\n\n\n\nC’est une qui s’en va vers la nuit\nDans le deuil du jardin qui murmure\nL ’hymne de l'irrémissible nuit,\nUne qui s’en va vers la froidure\nDes lits pâles et à jamais clos\nOù nul chant de rêve ne murmure,\nUne qui n'entend plus les échos\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "272                                                la Wallonie.\n\n\n\nS'éveiller à son rire de grâce\nE t dont s'envaguent les yeux ni-clos,\nUne qui cherche à voir dans l'espace\nLe vol augurai des oiseaux noirs,\nUne de gracile et blanche grâce,\nUne qui a vu les oiseaux noirs.\n\n\n\nDes soupirs de luths grêles et de mornes violes\nS'épandent par le bois où ne sourit plus nulle fleur ;\nLes bois pleurent d'avoir vu les fleurs qui s'étiolent,\nLes bois pleurent d'avoir vu la fuite des corolles.\nL a brise tiède, la brise molle\nN'endort plus les bois de ses effluves berceurs.\nE t la chanson amère du vent\nGémit à travers les pâles arbres.\nOh le vent, le vent décevant\nQui tue les floraisons calmes.\nL e vent a emporté les joies,\nLes luths grêles résonnent de chansons amères,\nLes violes mornes larmoient\nE t sous les arbres il y a des fantômes qui errent.\n\n\n\nLes Anges purs, les Anges doux\nQui fleurissaient de claires flores\nLes jardins joyeu x des aurores,\nOù sont les Anges des aurores ?\nLes Anges doux, les Anges purs,\nQui fleurissaient de fleurs pourprées\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "Dans la tristesse de l'automne.                  273\n\n\n\n      Les jardins calmes des vêprées,\n      Où sont les Anges des vêprées ?\n\n      Les Anges purs, les Anges doux\n      Que couronnaient les fleurs nocturnes,\n      Où sont les beaux Anges nocturnes,\n      Les Anges des nuits opportunes ?\n\n      Là-bas, là-bas, vers d’autres deux,\n      Vers des deux plus mélodieux,\n      A fui le chœur fleuri des Anges..\n\n      Oh, comme ils sont loin, les doux Anges.\n\n\n\n      Le chant des aurores mortes\n      Passe à travers les vallées ;\n      On dirait que heurte aux portes\n      L'Ange des nuits étoilées\n      Qui pleure les clartés mortes.\n\n      Les prés, tristes d’un frisson,\n      E t, défleuris, les enclos\n      Gémissent une chanson\n      A ux monotones sanglots\n      Qui monte avec un frisson.\n\n      E t les roses désâmées,\n      Les pauvres roses dolentes\n      N ’ont plus les senteurs aimées ;\n      E t les jadis odorantes\n      S'effeuillent, oh désâmées.\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "274                                              la Wallonie.\n\n\n\n      E t toujours le frisson lent,\n      Le frisson des prés flétris;\n      E t le soir qui, désolant,\n      Propage de mornes cris,\n      Le soir qui tombe, très lent.\n\n\n\n\n      Les soirs où les paons blancs jouaient\n      Sur l'émeraude des pelouses,\n      Ils sont morts, les blonds soirs de mai,\n      Les soirs fleuris aux chansons douces.\n\n      Les chansons, les belles chansons\n      Qui s’envolaient vers les deux calmes,\n      Elles sont mortes, les chansons\n      Qui riaient aux lèvres des femmes.\n\n      Les femmes dont les yeux joyeux\n      Semblaient des yeux d'aigues marines,\n      Elles sont mortes, clos les yeux\n      Qui s'illuminaient d’ors limpides.\n\n      E t les paons heureux qui jouaient\n      Sur l’émeraude des pelouses\n      Sont morts avec les soirs de mai,\n      Les chansons et les femmes douces.\n\n                               A .- F e r d i n a n d HEROLD.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "   VOYAGE VERS UNE MER GLACIALE (*).\n                                                 à Georges Pouchet.\n                                                   qui y est a llé .\n\n\n\n\n  Un ciel d’aurore un peu tardive ; des lueurs pourpres sur\nla mer où les glaces bleu pâle s’irisent. Un réveil un peu\nfrissonnant à cause de l’air très limpide, où ne jouaient plus\nde brises tièdes. La terre boréale où nous avions laissé la\nveille Ellis la pâle et nos quatre compagnons malades,\nencore à peine visible au loin, achèvait de disparaître; une\nbuée délicate qui tout à l’horizon liait le ciel aux dernières\nvagues, semblait la soulever et la perdre. Tous les huit assem­\nblés sur le pont pour une matinale prière, sérieux mais non\npas tristes, un hymme tranquille monta du navire; une\nallégresse séraphique nous emplit comme le jour où nous\navions bu l ’eau cristalline de la source. Donc sentant nos\nvolontés joyeuses, pour ne pas laisser qu’ elles s’éparpillent,\nmais bien nous saisir d’elles et le sentir, je leur dis : Les dures\népreuves sont passées; maintenant sont loin les berges\nmoroses où nous pensions périr d’ennui, plus loin encore les\nplages aux joies défendues; sachons nous dire heureux de\nles avoir connues. On ne peut arriver ici que par elles; vers\n\n\n  (*) Troisième partie du Voyage au Spitzberg.\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "276                                               Wallonie.\n\n\n\nles cités les plus altières sont les routes les plus pénibles;\nnous allons vers la cité divine. Le soleil est un peu plus rose\nd’avoir été si terne hier. — Dans les résistances d’abord se\nsont senties nos volontés; et le désœuvrement sur les\npelouses grises ne nous fut pas, lui non plus, inutile, car le\npaysage en fuyant laissait nos volontés toutes libres; à\ncause de l’ennui, nos âmes indéterminées, dans les campagnes\nillimitées ont pu se développer très sincères. Et quand nous\nagirons maintenant, ce sera certes selon nos voies. — Le\nsoleil se levait comme nous commencions nos prières ; la mer\nrayonna de splendeurs reflétées; des rayons glissaient sur\nles vagues, et les banquises illuminées, émues et vibrantes,\nfrémirent.\n  Vers le milieu du jour quelques baleines parurent; elles\nnageaient en un troupeau, plongeant devant les banquises;\non les voyait reparaître plus loin; mais elles se tinrent\ndistantes du navire. Il fallait maintenant se garer des. mon­\ntagnes de glace; les vagues pas encores très froides en fon­\ndaient lentement la base ; soudain on les voyait chavirer; leur\ncime prismatique croulait, disparaissait dans la mer secouée,\nremuait l’eau comme un orage, ressortait avec des cascades\naux flancs, et dans la vague tumultueuse, longtemps oscillait\nencore, incertaine de sa posture. Le fracas majestueux de\nleur chute bondissait sur les flots sonores. Parfois des murs\nde glace tombaient dans des jaillissements d’écume; et toutes\nces montagnes mouvantes se transformaient incessamment. —\nIl en vint vers le soir une si grande qu’elle n’était plus\ntransparente, et nous la prîmes d’abord pour une terre\nnouvelle couverte d’immenses glaciers. Des ruisseaux tom­\nbaient de ses cîmes ; des ours blancs couraient sur ses bords.\nL e navire passa si près, que ses grandes vergues accrochées\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             277\n\n\n\nà quelque arête surplombante, brisèrent des glaçons fra­\ngiles. — Il en vint qui portaient en elles d’énormes pierres,\narrachées du glacier natal, morceaux de moraines, et prome­\nnaient ainsi sur les flots des fragments de roche inconnue. —\nIl en vint d’autres qui, rapprochées par une affinité subite,\navaient emprisonné des baleines; plus élevées que l’eau,\nelles semblaient nager dans l ’air. — Penchés sur le pont,\nnous regardions voguer les banquises. L e soir tomba ; au\nsoleil couchant les montagnes parurent d’opale. Il en arriva\nde nouvelles; elles apportaient des algues laminées, fines et\nlongues, comme les chevelures ; on croyait des sirènes cap\ntives; puis ce fut un résau; la lune au travers apparut\ncomme une méduse au filet, comme une holoturie nacrée ;\npuis dégagée, nageant dans l ’air libre la lune se fit azurée.\nDes étoiles pensives erraient, tournaient, s’enfonçaient dans\nla mer.\n  Vers le milieu de la nuit, apparut un vaisseau gigantesque ;\nla lune l ’éclairait mystérieusement; ses agrès étaient\nimmobiles; aucune lueur sur le pont ; il passa près de nous;\non ne l ’entendait pas voguer, et pas un bruit dans l’équipage;\nnous comprîmes alors qu’il était pris dans de la glace, entre\ndeux banquises qui s’étaient sur lui refermées; il passait\nainsi, tranquille; et disparut. — Vers le matin, mais avant\nl’aube, à l ’heure où la brise fraîchit, vint voguer près de nous\nun îlot de glace très pure ; au milieu comme un fruit\nenchassé, comme un œuf de merveilles luisait une immortelle\npierrerie; étoile du matin sur la vague nous ne pouvions\nnous lasser de la voir. Elle était pure comme un rayon de la\nL yre; à l’aurore elle vibra comme un chant; mais sitôt que\nvint le soleil, la glace qui l’enveloppait fondue, la laissa\ntomber dans la mer. Ce jour-là nous avons péché la baleine.\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "278                                                  Wallonie.\n\n\n\nIci cessent les temps des souvenirs, commence mon journal\nsans date.\n\n\n  Dans l ’abîme ébloui d’écumes et de tempêtes, où nul\nhomme jamais n’effarouche les fêtes sauvages des albatros\net des eiders, plongeur qu’un câble élastique balance,\nEric est descendu brandissant au bout de son bras nu\nle large couteau tueur de cygnes. Un souffle humide monte\nd’en bas où s’ agitent les vagues vertes, et le vent chasse de\nl’écume. Les grands oiseaux effarouchés tournoient et\nl’étourdissent de coups d’aile. Nous, penchés, accrochés au\nroc où le câble mobile s’attache, nous regardons ; Eric est\nau-dessus des nids; il descend au milieu de cette tourmente;\ndans les plumes couleur de neige, et dans le duvet précieux\nles petits des eiders sommeillent. Eric capteur d’oiseaux pose\nla main sur la couvée; les petits réveillés s’agitent, et pris de\npeur veulent fuir; mais Eric plonge le couteau dans les plumes\net rit de sentir sur ses mains le sang tiède de la couvée. Le\nsang ruisselle sur les plumes et les ailes qui se débattent en\néclaboussant le rocher ; le sang ruisselle sur la vague, et le\nduvet éparpillé s’envole taché d’écarlate, Les grands oiseaux\népouvantés veulent protéger la couvée ; Eric que leurs griffes\nattaquent, d’un coup de couteau les abat.— E t alors monte de\nla vague, emporté par le vent marin, un tourbillon d’écume\naffolée, entre les parois de falaise, blanc comme le duvet des\ncygnes, et qui monte, qui monte, qui monte; et chassé déses­\npérément avec les plumes et les plumes, disparaît dans le ciel\nqu'on voit, gouffre bleu lorsqu’on lève la tète.\n\n                                        \\\n  Sur ces falaises schisteuses, les guillemots font leur nid.\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "   Voyage vers une mer glaciale.                            279\n\n\n\nLes femelles restent perchées; les mâles volent alentour; ils\ncrient d’une façon très aiguë, et les cris et le bruit des ailes\nassourdissent sitôt que l’on approche d’eux. Ils volent en\narmée si nombreuse, qu’ils font une nuit lorsqu’ils passent; ils\ntournoient incessamment. Les femelles rangées les attendent,\ngraves, immobiles, sans cris, en file sur une crête immense où\nle rocher surplombe un peu. Elles couvent leur œuf unique.\nElles l’ont posé là vite, pas même dans un nid, mais sur le roc\nglissant en pente; elles l’ont fait comme une fiente. Sur l ’œuf\nelles se tiennent assises, rigides et sérieusement, entre leurs\npattes et leur queue le maintenant pour qu’il ne roule. — Le\nnavire s’aventura entre deux parois de falaise, dans un\nfiord étroit,-ténébreux; on voyait dans l’eau transparente, à\ndes profondeurs ignorées, les roches s’enfoncer toutes droites;\nde sorte que parfois il semblait que ce fût le reflet des\nfalaises; mais la profondeur était sombre et la falaise\nblanche d’oiseaux. Les mâles au-dessus de nos têtes\npoussaient de tels cris que nous ne pouvions nous entendre.\nNous avancions très lentement; eux ne semblaient pas nous\nvoir. Mais sitôt qu’Eric, habile frondeur, eût lancé contre\neux quelques pierres, et dans cette opaque nuée, de chaque\npierre en eut tué plusieurs qui tombèrent auprès du navire,\nalors tous les cris redoublés, affolèrent sur les roches les\nfemmes, et d’une commune poussée, quittant le rocher\nnuptial, l ’espoir de la progéniture, toutes s’envolèrent\npoussant éperdûment des cris rauques. Ce fut une épouvante\nd’armée; nous étions honteux du vacarme — et surtout\nlorsque nous vîmes tous les œufs malheureux délaissés,\nplus maintenus contre la pierre, dégringoler de la falaise.\nCela fit tout le long du roc, les coquilles s’étant brisées,\nd’horribles traînes blanches et jaunes. Certaines couveuses\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "280                                                    Wallonie.\n\n\n\nplus tendres tentèrent en s’envolant d’emporter l’œuf entre\nleurs pattes, mais leur œuf bientôt échappé s’était éclos sur\nla mer bleue. L ’eau des vagues s’était salie. Nous étions\nconfus du désordre et nous nous enfuîmes en grande hâte,\ncar de toute part commençait de s’élever l’odeur affreuse des\ncouvées.\n  — L e soir, à l ’heure des prières, Paride n’étant pas venu,\nnous le cherchâmes et l’appelâmes jusqu’à la nuit mais ne\npûmes savoir ce qu’il était devenu.\n  Les Esquimaux vivent sous des huttes de neige ; dans la\nplaine, à les voir, on croirait des tombeaux ; mais l’âme\navec le corps est enfermée; un peu de fumée, de la hutte\nmonte vers le ciel. Les Esquimaux sont laids ; ils sont petits;\nleurs amours n’ont pas de tendresses ; ils ne sont pas volup­\ntueux et leur joie est théologique. Il ne sont ni méchants\nni bons ; leur cruauté n’est pas émue. Le dedans de leur hutte\nest noire ; on peut à peine y respirer; ils ne travaillent ni ne\nlisent; ils ne sommeillent pas pourtant; mie petite lampe\nallumée troue un peu la nuit des veillées; comme la nuit est\nimmobile, ils n’ont jamais su ce qu’est l’heure; comme ils\nn’ont pas à se presser leurs pensées sont lentes; l’induction\nleur est inconnue, mais sur trois maigres points posés, ils\ndéduisent une métaphysique; et la suite de leurs pensées,\njusqu’au bout ininterrompues descendent de Dieu jusqu’à\nl’homme; leur vie devient cette suite; ils mesurent l'âge\nqu’ils ont au point où ils sont parvenus; il en est qui n’ont\njamais pu parvenir à leur existence ; il en est qui s’en sont\npassés; il en est qui ne s’en sont pas aperçus. Il n’ont pas de\nlangue commune ; ils calculent infiniment. Ah ! je pourrais\n encore en dire, car je les ai très bien compris. Ils sont rabougris;\nleur face est camuse parce qu’ils n’y font pas attention. Leurs\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             281\n\n\n\nfemmes sont sans maladies;        ils font l’amour dans les\nténèbres.\n  Je parle des Esquimaux sensés; il en est qui à l’aube du\njour solennel, coupant le cours des syllogismes, s’en vont sur\nla mer dégelée et dans la neige un peu fondue chasser le\ngrand renne et le morse. Ils pêchent aussi des baleines et\nreviennent avec la nuit tout chargés de graisses nouvelles.\n\n\n\n  Chaque climat a ses détresses ; chaque terre sa maladie.\nNous avions vu dans les îles tièdes, la peste; près des marais,\nles maladies de langueur. Une maladie maintenant naissait\nde l’absence même des voluptés. Les salaisons, le manque\nd’herbes fraîches et cette résistance assidue où s’exaltait\nnotre fierté; la joie de vivre mal dans les terres méchantes, et\ncet acharnement du dehors où s’amusait l’âme ravie, usèrent\nnos forces à la longue, et tandis que les âmes alors eussent\nvoulu, sereines s’élancer vers les suprêmes conquêtes, — le\nscorbut dont nous commencions tous à souffrir nous retenait\naccablés sur le pont du navire, tremblant de la peur de mourir\navant d’avoir fini nos tâches. O! tâches élues! les plus\nchères! Quatre jours nous restâmes ainsi, non loin de la terre\nattendue dont on voyait les pics de glace plonger dans la\nmer dégelée; et je crois bien que ce fût arrêté là notre\nvoyage, sans l’exquise liqueur qu’Eric dans la hutte des\nEsquimaux avait prise.\n  Notre sang était devenu trop fluide; il s’échappait de\ntoutes parts; il suintait des gencives, des narines, des pau­\npières, de sous les ongles; il semblait parfois n’être plus que\ncomme une humeur stagnante, et cesser presque de circuler;\nle moindre mouvement le déversait à flots comme d’ une\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "282                                                   Wallonie.\n\n\n\ncoupe penchée ; sous la peau, aux places les plus tendres, il\nfaisait des taches livides. Nous sentions dans la tête ce vide,\nce vertige de la nausée. Notre nuque était douloureuse. A\ncause de nos dents trop faibles qui branlaient dans leurs\nalvéoles, le biscuit de mer sec n ou s était une nourriture\nimpossible; cuit dans l’eau, il faisait une bouillie épaisse où\nnos dents se prenaient et restaient. Les grains de riz,\nécorchaient nos gencives; nous ne pouvions presque que\nboire. Et sur le pont couchés, sans force, tout le jour, nous\nrêvions aux fruits mûrs, aux fraîches pulpes savoureuses,\naux fruits des îles de jadis, des îles pernicieuses. Mais même\nalors je crois que nous eussions refusé d’y goûter. — Nous\nnous réjouissions que Paride ne fût plus là et ne connût pas\nnos souffrances. — Mais la liqueur hémostatique vint à bout\nde la maladie.\n\n\n\n  C’était le soir du dernier jour; le soleil de toute une\nsaison avait disparu dans les terres; une lueur crépusculaire\ndemeurait longtemps après lui. Le soleil était tombé sans\nagonie, sans cette pourpre sur les nuages; il avait disparu\nlentement ; des rayons réfractés nous en venaient encore.\nMais déjà les grands froids commençaient, et la mer autour\nde nous regelée avait emprisonné le navire. Les glaces\nd’heure en heure plus serrées, menaçaient incessamment de\nle briser ; ce n’était pour nous que le plus tremblant des asiles ;\nnous résolûmes de le quitter. Mais je veux surtout que l’on\nsache que ce fût ni par désespoir, ni par prudence timorée,\nmais bien par une volonté de folie ; car nous pouvions encore,\nrompant les glaces, fuir l’hiver et partir vers où le soleil\navait fui; mais c’eût été vers le passé. Donc préférant les\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "   Voyage vers une mer glaciale.                             283\n\n\n\nrives les plus dûres, pourvu qu’elles fussent futures, c’est vers\nla nuit que nous marchâmes, notre jour étant accompli. Nous\nsavions que le bonheur n’est pas fait de l’abandon de la\ntristesse; nous allions, fiers et forts, au-delà des pires\ndétresses, où trouver la plus pure joie.\n  Ayant attelé le grand renne au traîneau construit de\nmorceaux du navire, nous commençâmes de le charger de\nbois, de haches et de câbles. Les derniers rayons s’étei­\ngnaient ; nous allions monter vers le pôle. Il était un endroit\nsur le pont du navire caché par les amas de cordages ; nous\nn’y passions jamais. A h! triste adieu du jour, lorsque, pour\nquitter le navire, je parcourus le pont tout entier! derrière\nles enroulements des câbles, lorsque je les défis pour les\nprendre, hélas! ah! que vis-je? — P a rid e!— Nous l’avions\nvainement cherché; je pensai que trop faible pour remuer,\net trop malade pour répondre, il s’était caché là comme les\nchiens qui cherchent un coin pour mourir. Mais était-ce\nencore Paride? — Il était sans cheveux, sans barbe; on\nvoyait blanches sur le plancher ses dents autour de lui\ncrachées. Sa peau s’ était déchiquetée ainsi qu’une étoffe\npassée; elle était violette et nacrée; rien n’était plus pénible\nà voir. Ses yeux n’avaient plus de paupières, et je ne compris\npas d’abord si c’était nous qu’il regardait, car il ne pouvait\nplus sourire. Comme un fruit sortant de sa bouche, ses\ngencives énormes, gonflées, tuméfiées et spongieuses, repous­\nsaient, déchiraient ses lèvres ; on voyait au milieu dressée,\nune dent blanche, sa dernière. — Il voulut me tendre la main;\nses os trop fragiles cassèrent. Je voulus lui serrer la main;\nelle se défit dans la mienne, en me laissant entre les doigts\ndu sang et de la pourriture. Je pense qu’il vit des larmes dans\nmes yeux, car il sembla comprendre alors que c’était lui que\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "284                                                 Wallonie.\n\n\n\nje pleurais; et je pense qu’il gardait encore sur son état\nquelque espérance que mes pleurs de pitié lui ôtèrent, car\nsoudain il fit un cri rauque et qui devait être un sanglot, et\navec la main que je n’avais pas, en la lui serrant écrasée,\ndans un geste de désespoir, tragique et vraiment perdu,\nsaisissant la dent et ses lèvres, ironique et comme en riant, il\ns’arracha tout d’un coup tout un grand lambeau défiguré, et\nretomba déjà fini.\n\n\n\n  Ce soir, pour un grand deuil et pour l’adieu, nous avons\nbrûlé le navire. La nuit venait majestueuse et s’établissait\nlentement. Les flammes jaillirent en triomphe; la nuit en\nfut incendiée; les grands mâts, les poutres brûlèrent; et\nquand le vaisseau consumé les flammes pourpres retom­\nbèrent — laissant l’irréparable passé-nous partîmes vers la\nmer du pôle.\n\n\n\n   Silence de la nuit sur la neige. — De la nuit. — Solitude,\net c’est toi, tranquille apaisement de la mort. Vaste plaine\nsans heures; les rayons du jour se sont retirés. Toutes formes\nse sont gelées; c’est le froid sur la calme plaine, et l ’immo­\nbilité ; et l’immobilité. Et la sérénité. O pur ravissement de\nnotre âme. Rien ne s’émeut dans l’air, mais, tant les banquises\nsont vives, plane un rayonnement figé. Tout est du bleu pâle\nnocturne; dirai-je, la lune ? — L a lune. — J ’ai cherché loin de\ntout la prière; et c’est le paysage extasié. Ellis! toi qui n’es\npas celle que j ’ai trouvée; fraîche Ellis, est-ce ici que tu m’as\nattendu ? J ’irais plus loin encore, mais j ’attends ta parole, et\ntout sera bientôt fini.— J ’ai cherché sa forme perdue et mon\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                                285\n\n\n\nâme a dit sa prière. Puis la nuit a repris son silence et toute\nsa sévérité.\n\n\n\n  Pourquoi donc attendre une aurore ; on ne sait plus quand\nelle viendra. L ’heure ne vaut pas qu’on l ’attende. Après un\npeu de sommeil, dans la nuit, nous avons marché vers le\npôle.\n\n\n\n   Gypses purs! carrières salines! marbres blancs des\nsépulcres, micas ! C’est la blancheur dans les ténèbres. Givres\nlégers, qui seriez au soleil des sourires; parures de cristal\nsur la nuit; touffes de neige, avalanches figées ! dunes de\npoussière de lune, plumes d’eiders sur l’écume des flots, pics\nde glace aux espérances taciturnes ! Nous avons marché dans\nla neige; et sans cette hâte du temps, car les heures sont\nécoulées — la lenteur grave de nos gestes en faisait la solen­\nnité. Tons les sept : Alain, Axel, Morgain, Nathanael, Ydier,\nEric et moi, nous marchions ainsi vers nos tâches.\n\n\n\n\n   Ils dormaient ; la hutte était tranquille ; dehors une nuit\nsans étoiles sur la plaine de givre étendue; au-dessus de la\nplaine, à cause de sa candeur, la nuit était un peu plus pâle ;\nune lueur était éparse sur la terre ; je cherchais un lieu pour\nprier. Comme j ’allais m’agenouiller et que je commençais ma\nprière, je vis Ellis. Elle était assise, pensive, près de moi,\nsur une roche; sa robe était couleur de neige; ses cheveux\nplus noirs que la nuit.— Ellis! c’est donc to i, sanglottai-je; ah !\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "286                                                   Wallonie.\n\n\n\nje t’avais bien, reconnue. Mais elle était silencieuse et je lui\ndis : Ignores-tu quelle triste histoire j ’ai vécue, depuis que\nje t’avais perdue? quelles campagnes désolées j ’ai traversées\ndepuis que ta main ne me guide? Sur une berge, un jour, je\npensais t’avoir retrouvée, — mais ce n’était qu’une femme,\nah! pardonne!j e t’ai si longtemps souhaitée. Où me mèneras-\ntu désormais dans cette nuit proche du pôle, E llis! ma sœur.\n— Viens, me dit-elle; et m’ayant pris par la main, elle me\nconduisit sur une roche haute d’où l’on apercevait la mer. Je\nregardais; et soudain la nuit se déchira, et se déploya su r les\nflots toute une aurore boréale. Elle se réflétait dans la mer;\nc’était de silencieux ruissellements de phosphore, un calme\nécroulement de rayons; et le silence de ces splendeurs étour­\ndissait comme la voix de Dieu. Il semblait que les flammes\npourpres et roses incessamment agitées fussent un palpite­\nment de volonté divine. Tout se taisait ; mes yeux éblouis se\nfermèrent ; mais Ellis ayant mis un doigt sur ma paupière,\nj ’ouvris les yeux et je ne vis plus qu’elle. —Urien! Urien, triste\nfrère! que ne m ’as-tu toujours rêvée! souviens-toi de nos\njeux de jadis. Pourquoi voulus-tu dans l’ennui recueillir ma\nfortuite image ? tu savais pourtant bien que ce n’était pas\nl ’heure et que ce n’était pas dès là-bas que posséder était\npossible. Je t’attends au-delà des temps, où les neiges sont\néternelles; ce sont des couronnes de neige non plus de fleurs\nque nous aurons. Ton voyage va finir, mon frère. Ne regarde\nplus vers jadis. Il est encore d’autres terres, et que tu n’auras\npas connues. Pour chacun la route est unique, et chaque\nroute mène à Dieu.\n  Mais ce n’est pas dès cette vie que tes yeux pourront voir\nsa gloire. L a pauvre enfant que tu croyais me reconnaître, —\net comment t’es-tu pu méprendre — tu lui disais de cruelles\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "   Voyage vers une mer glaciale.                              287\n\n\n\nparoles ; et puis tu l ’as abandonnée. Elle ne vivait pas, tu l’as\nfaite ; il te faudra l’attendre maintenant ; car cette âme ne\npourrait seule monter vers la cité de Dieu. — A h ! j ’aurais\nsouhaité que tous deux nous fissions la route étoilée,\nensemble, seuls, vers les pures lumières. — Il te faudra gui­\nder cette autre. Vous finirez votre voyage; mais cette fin\nn’est pas la vraie ; rien ne finit qu’en Dieu, mon frère ;\ndonc ne te décourage pas, quand tu croiras te pencher\nsur la mort. Derrière un ciel en est un autre ; les fins reculent\njusqu’à Dieu. Mon frère bien aimé, tiens ferme l’Espérance.—\nPuis s’étant penchée sur la neige, elle écrivit en lettres\nembrasées ce que, m’étant agenouillé, je pus lire ; Il n'ont\npas encore obtenu ce que Dieu leur avait promis — afin qu'ils\nne parvinssent pas sans nous à la perfection.\n   J e voulais encore lui parler, lui demander de me parler\nencore, et je tendais les mains vers elle; mais elle, au milieu de\nla nuit me montra de sa main l’aurore, et s’étant lentement\nrelevée, comme un ange chargé de prières, elle reprit le chemin\nséraphique. A mesure qu’elle montait, sa robe devenait\nnuptiale; je voyais qu’elle était tenue à des épingles d’escar-\nboucles ; elle rayonnait de tous les rayons des sept mystiques\npierreries; et bien que leur éclat fut tel qu’il eût consumé\nles paupières, une si céleste douceur ruisselait de ses mains\ntendues, que je ne sentais pas la brûlure. Elle ne regarda\nplus vers moi; je la voyais toujours plus haute; elle atteignit\nles portes enflammées; derrière une nuée, elle allait dispa­\nraître; alors, une lumière beaucoup plus blanche m’éblouit,\net la nuée s’étant ouverte, je vis des anges. Ellis était au\nmilieu d’eux, mais je ne pouvais la reconnaître; chaque ange,\nde ses deux bras levés agitait ce que j ’avais pris pour\nl’ aurore, qui n’était qu’un rideau retombé devant les clartés\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "288                                                  Wallonie.\n\n\n\nimmortelles, et chaque flamme c’était un voile où transparais­\nsait la Lumière. De grands rayons glissaient sous les célestes\nfranges, mais les anges ayant écarté le rideau, un tel cri\njaillit dans la nue, que la main sur les yeux, je fus prosterné\nde terreur.\n  — Quand je me relevai, la nuit s’était refermée; on enten­\ndait au loin la mer. Etant retourné vers les huttes, je trouvais\nmes compagnons endormis; je me couchai près d’eux accablé\nde sommeil.\n\n\n\n  Marche vers le pôle ; de l’excessive blancheur des choses\nnaît une certaine clarté; un rayonnement les entoure. Il\nsouffle une tourmente de neige, et la neige chassée, soulevée,\ns’étale, circule, se roule, a des ondulements, des courbes\nd’étoffes ou de chevelures. Notre route sans cesse obstruée\nfaisait notre marche très lente; il fallait tailler dans la glace\ndes couloirs et des escaliers. Je ne veux pas parler de nos\ntravaux; ils étaient si pénibles, si durs, que les raconter\nsemblerait s’en plaindre.— Je n’arriverais pas par des mots à\ndire cette suprême âcreté de la souffrance; cette souffrance, je\nn’arriverais pas à la dire assez âcre pour qu’en naisse comme\nune joie, un orgueil, — ni du froid la morsure enragée. —\n  Vers l ’extrême nord se dressait une étrange paroi de\nglace ; un bloc énorme et prismatique était posé là comme\nun mur. Une sorte de route y menait, un ravin de neige\nprofonde; et par dessus cette muraille, un tourbillon de\nneige chassé, je pense, par un vent monotone, retombait dans\ncette vallée. Sans les cordes qui nous maintenaient les uns\naux autres attachés, nous eussions enfoncé dans la neige;\nelle nous eût ensevelis. La muraille était très lointaine; le\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             289\n\n\n\nvent roulait toujours la neige. Nous fûmes bientôt si las de\nmarcher dans cette tourmente, que, malgré le danger de se\ncoucher par la neige, nous nous sommes étendus pour dormir.\nNous étions à l ’abri derrière un bloc de glace ; le vent souf­\nflait la neige par dessus ; la paroi formait une grotte. Nous\nétions couchés sur les planches du traîneau, et sur la peau\ndu renne tué.\n  Pendant le sommeil des six autres, je sortis seul de la\ngrotte pour voir si la neige cessait. A travers le linceul des\nneiges, c’est près d’un rocher de blancheurs que j ’ai cru\nvoir E llis pensive. Elle ne semblait pas me voir ; elle regar­\ndait vers le pôle; ses cheveux étaient dénoués; le vent les\nsecouait sur elle. Je n’ai pas osé lui parler parce qu’elle sem­\nblait très triste; — et je doutais que ce fût elle. Et comme\nje ne pouvais à la fois être triste et finir ce voyage, je m’en\nsuis retourné dormir.\n\n\n\n  L a neige maintenant passe au-dessus de nos têtes, à cause\nde la violence même du vent. Nous sommes au pied du grand\nmur. Un bizarre couloir y mène. Le mur poli comme un\nmiroir et transparent comme un cristal, en face du couloir\ns’enfonce. Une place est là, où la neige, trop légère, n’est pas\ntombée. L e sol est transparent aussi. C’est sur ce mur et c’est\nalors que nous étant penchés, avec le pressentiment des\ndétresses, nous lûmes, écrits comme avec un diamant sur du\nverre, et comme la voix d’un tombeau, ces deux mots :\n\n                        Hic desperatus\n                                    et puis une date effacée.\n  Et c’est sous ces mots, que nous vîmes, nous étant d’un\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "290                                                 Wallonie.\n\n\n\ncommun geste agenouillés, — que nous vîmes un cadavre,\ncouché dans la transparence de la glace. L a glace sur lui\nrefermée l ’avait pris comme en un sépulcre; le grand froid\ndont elle l’enveloppait l ’avait empêché de pourrir. On voyait\nsur ses traits, il semblait, une épouvantable fatigue. Il tenait\nun papier d’une main.\n  Nous sentions que nous étions arrivés presque à la fin de\nnotre voyage ; pourtant nous nous sentions encore assez de\nforces pour gravir la muraille geléo, nous doutant bien que\nle but était derrière, mais ne sachant pas ce qu’il était. Et\nmaintenant que nous avions tout fait pour l’atteindre, cela\nnous devenait presque égal de le savoir. — Nous restions\nencore à genoux devant cette tombe inconnue; sans émotion,\nsans pensée, — car nous en étions à ce point où l’on ne peut\nplus compatir sans pleurer aussi sur soi-même ; où l’on\ndétourne les yeux des tristesses parce qu’on a besoin de sa\nforce. L e cœur n’arrive à sa vaillance que par un endurcisse­\nment. Et c’est pour cela, plus encore que pour ne pas violer\nla sépulture, que nous n’ouvrîmes pas la glace , malgré notre\ndésir de lire les lignes du papier que le cadavre tenait en\nmain. Après une brève prière, nous nous relevâmes et\ncommençâmes à gravir péniblement le mur de glace.\n  Je ne sais pas comment naissait le vent qui faisait la\ntourmente, mais sitôt la muraille franchie, le vent cessa ; ce\nfut une atmosphère presque tiède. L ’autre côté de la muraille\ndévalait en colline, pente douce de neige amollie. Puis c’était\nune ligne d’herbes; puis une petite mer dégelée. Je pense\nque la muraille autour est parfaitement circulaire, car\nles pentes s'étageaient régulièrement ; et comme plus aucun\nvent dans ce cirque clos ne soufflait, l’eau du lac restait\napathique.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "  Voyage vers une mer glaciale.                             291\n\n\n\n  Nous pensions bien que c ’était la fin ; on ne pouvait aller\nplus loin ; mais sachant que si nous descendions sur la rive,\nnous ne saurions plus qu’y faire, — pour inventer quelque\nconclusion ou quelque geste qui la motive, nous eûmes la\npieuse idée, de revenir chercher le cadavre inconnu pour\nl’enterrer sur la rive attendue.\n  Car nous pensions que c’était aussi pour la voir qu’il était\nvenu jusque-là, et déplorions que, si près du but, il n’ait\npourtant pas pu l’atteindre.\n  Donc, étant revenus près de la tombe, nous ouvrîmes la\nglace pour prendre le cadavre; mais quand nous voulûmes\nlire le papier qu’il tenait, nous vîmes qu’il était complètement\nblanc; et cette déception nous fut extrêmement pénible, car\nalors nos curiosités retombaient. Puis ayant transporté ce\ncorps sur la petite rive polaire, nous eûmes, sans parler, ce\nsentiment, qu’il valait mieux peut-être qu’il n’eût pas vu\ncette rive attendue et qu’une muraille l ’ait séparé vivant\nencore de son but, car il eût peut être sinon gravé les mêmes\nmots sur sa tombe.\n  Une aube incolore naissait; et dans une dernière action\nvoulant empêcher nos pensées, nous creusâmes une fosse\ndans l’herbe, — entre la neige et l’eau du lac.\n  Nous ne sentions plus de désirs de revenir revoir des\ncontrées plus fleuries; c’eût été le passé sans surprises; on\nne redescend pas vers la vie.— Si nous avions su d’abord que\nc’était cela que nous étions venus voir, peut-être ne nous\nserions-nous pas mis en route; aussi nous avons remercié\nDieu de nous avoir caché le but, et de l ’avoir à ce point\nreculé que les efforts faits pour l’atteindre nous donnassent\ndéjà quelque joie, seule sûre; et nous avons remercié Dieu\nde ce que les souffrances si grandes nous faisaient croire à la\nfin plus splendide.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "292                                               Wallonie.\n\n\n\n   Nous eussions bien voulu inventer à nouveau quelque frêle\net plus pieuse espérance, — ayant satisfait notre orgueil, et\nsentant que de nous ne dépendait plus l’accomplissement\ndes destinées, nous attendions maintenant que les choses\nautour de nous devinssent un peu plus fidèles.\n   Et nous étant encore agenouillés, nous avons cherché sur\nl’eau noire le reflet du ciel que Je rêve.\n\n                            FIN .\n\n\n\n                                         A ndré   GIDE.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "    LA PRINCESSE QUI ATTEND.\n                          I.\n\n   En robe verte aux ramages de pâle argent, la\nPrincesse, laissant ruisseler hors du filet de perles\nles boucles rousses de sa lourde chevelure, entoure\nde ses bras plus blancs que les plus purs lilas de\ntout ce printemps, le socle de marbre où impercep­\ntiblement s’allonge l’ombre des heures du soleil.\n    Et tandis que ses yeux glauques guettent la fuite\ndu temps, ses lèvres, qui semblent avoir humé le\nsang des grenades blessées, murmurent une très\nancienne ritournelle où revient, enguirlandé des\nmots du doux langage d’amour, le nom d’un Prince\n qui partit jadis pour la conquête.\n    Au fond des bosquets où tintent d’éternelles\n fontaines, mille oiseaux, s’égosillant en d’équivoques\n gazouillis, pleurent le crépuscule qui saigne, telle\n une mourante passion, entre les pilastres des cèdres,\n et chantent la lune qui pâlit comme d’un chaste\n regret les nénufars des vasques.\n    Et tandis que les nues couveuses de ténèbres\n s’appesantissent peu à peu sur le crépuscule du soleil\n et l’aurore de la lune, la Princesse, sinueuse en sa\n robe verte aux ramages de pâle argent, baise le\n  cadran dont elle ne peut plus voir les chiffres de\n  cuivre. Car du côté de la lune une trompette a sonné\n  sous de triomphales bannières.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "294                                         Wallonie.\n\n\n                            II.\n   Une trompette a sonné sous de triomphales\nbannières. Et par les noires vallées qui mènent à la\nsolitude où la Princesse, haletant d’ une innommable\nespérance, attend l’advenue de celui qu’elle a pleuré\ntant de longues années, c’est le piaffement de\ncolossaux chevaux sur la pierraille des routes, et le\ntonnerre des épées contre les cuissards des cavaliers\nde l’ombre.\n   Soudain la Princesse, qui s’est reprise à chanter\nla très ancienne ritournelle où revient un nom\nenguirlandé des fleurs du doux langage d’amour, a\nvu se dresser parmi les fleurs, roses et lys, quelqu’un\ndont l’armure d’or, bossuée d’escarboucles, de reluit\nmême en la nuit. Et elle sait que son Prince est\nrevenu de la conquête.\n  Les bras noués en ceinture autour de son torse,\nles lèvres tendues en corolle à ses baisers, et les\nseins appuyés contre la froide armure, elle écoute la\nvoix du Revenu qui, grave, lui dit ses victoires et\nses défaites au fabuleux pays où les barbares\nchevauchent des monstres.\n  Mais ayant levé ses doigts tâtonnants vers le\nvisage de celui qu’elle connut juvénil, elle sent les\nhideuses balafres de mille batailles. Elle comprend\nqu’en le calme jardin où elle guetta tant de longues\nannées la fuite du soleil, elle-même fut son âme, et\nne sait s’il lui faut désormais l’aimer ou le haïr.\n  Les clairons se sont tus sous les bannières.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "PETITS POÈMES D ’AUTOMNE.\n\n\n               G U IR LAN D E.\n\n\n\n\n  La nuit, dans un pays de fleurs\n  Tristes compte tes yeux, ô Bonne,\n  J'ai tressé pour toi la couronne\n    Mystique des sept douleurs.\n\n   Ci l'amarante et l'anémone,\n   Le souci, la rose et l'iris,\n   Avec l'asphodèle et le lis\n     Des urnes d'or de l'automne.\n\n   Mon âme, qui se sent mourir,\n   Comme la lune, en leurs corolles,\n   Ne sait plus le sens des paroles\n     Dont tu voulus l'attendrir.\n\n   Aux eaux oublieuses du fleuve\n   Qui coule vers la mer sans nom,\n   Il faudra, le voudrais-je ou non,\n      Qu'un soir d'effroi je m'abreuve.\n\n   Voici ces fleurs des anciens deux :\n   J'en vais cueillir d'autres, ô Bonne,\n   Dans des pays d'ombre où l'automne\n     Est triste comme tes yeux.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "             ROYAUTÉ.\n\n\n\nJe suis ce roi des anciens temps\nDont la cité dort sous la mer\nAu choc sourd des cloches de fer\nQui sonnèrent trop de printemps.\nJe crois savoir des noms de reines\nDéfuntes depuis tant d'années,\nO mon âme ! et des fleurs fanées\nSemblent tomber des nuits sereines.\nLes vaisseaux lourds de mon trésor\nOnt tous sombré je ne sais où,\nEt désormais je suis le fou\nQui cherche sur les flots son or.\nPourquoi vouloir la vieille gloire\nSous les noirs étendards des villes\nOù tant de barbares serviles\nHurlaient aux astres ma victoire?\nAvec la lune sur mes yeux\nCalmes, et l'épée à la main,\nJ'attends splendir le lendemain\nQui tracera mon signe aux deux.\nParfois le cri de la conquête\nMe soulève d'orgueil le cœur :\nAi-je entendu, futur vainqueur,\nDes trompettes dans la tempête ?\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "Petits poèmes d'automne.                                      297\n\n\n\n       Ou sont-ce les cloches de fer\n       Qui sonnèrent trop de printemps?...\n       Je suis ce roi des anciens temps\n       Dont la cité dort sous la mer.\n\n       !\n                           VERS.\n\n\n\n\n       Des rossignols chantant à des lys\n       Sous la lune d’or de l’été, telle,\n       O toi, fut mon âme de jadis.\n       Tu vins cueillir mes lys d'espoir, Belle,\n       Mes lys qui saignèrent dans ta main\n       Quand se leva la lune nouvelle.\n       Amour, sera-ce bientôt demain,\n       Demain matin et ses chants de cloches\n       Et les oiseaux aux croix du chemin ?\n        Pauvre, il neige dans les vallons proches.\n\n                                   Stu a r t M E R R IL L .\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "          CEUX QUI SE TUENT.\n\n\n\nAu coin du bois est un cercueil,\nAvec un mort qui tient son œil,\nAvec un mort qui tient son cœur,\nComme une pierre en sa main droite.\n\nCe corps qui donc Va mis si pâle\nAprès les chocs du dernier râle,\nQui donc l'a mis pour à toujours\nSi longuement pâle en sa boîte\nAvec la pierre en sa main droite?\n\nEst-ce son œil, est-ce son cœur,\nCette pierre qu’il tient en sa main droite\nOù l’éclat noir du soir miroite ?\n\nDepuis que livide et tordu\nUn bûcheron l’a dépendu,\nSa main serre plus fortement\nLa pierre en sang de son tourment.\n\nQu’on emporte le cercueil blanc\nVers les lointains du soir dolent,\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "  Ceux qui se tuent.                                  299\n\n\n\nQu'on emporte le mort, qu'on l'emporte de sorte\nA le bercer, au long des grand’routes des saisons mortes\nTrès longuement, à le bercer au désespoir\nDes lourds roseaux brassés aux vents du soir\nEt des gestes d'orage et de tempête\nEn croix d'éclairs sur sa défaite.\n\nIl n'avait qu'un peu de tête\nPour la volante au loin et sautante tempête,\nEt le détraquement de son rêve effaré.\nPauvre mort, cœur trop vrai,\nTrop clair d'Elle, trop noir de lui\nQui s'en alla sans un blasphème\nEn fureur seulement contre lui-même !\n\nCe cœur, caillou du tant souffrir,\nCet œil, caillou, du tant mourir,\nS’il l’eût jeté vers elle\nEn son visage en fleur eût fait trou.\n\nD'où venait-elle? De n'importe où.\nMais le sourire en crocs de ses canines\nEt le serpent lascif de ses hanches gonines,\nCes dents et cette ardeur! — et puis tel clou\nFixe d’orgueil, en leurs cerveaux de fous!\n\nQu’on emporte le mort en son grand cercueil blanc\nVers les lointains du soir dolent,\nQu’on emporte le mort, qu’on l’emporte de sorte\nA le bercer, au long des grand’routes des saisons mortes,\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "300                                        Wallonie.\n\n\n\nTrès longuement, au long de son ennui\nDes autres et de lui.\n\nLe pauvre, il avait cru\nQue c'était beau comme le jour\nL ’amour,\nObstinément, il avait cru\nQue c’était frais comme le vent\nEt clair comme une île tranquille\nSur un miroir d’eaux immobiles.\n\nQu'on emporte le mort en son grand cercueil blanc.\nEt vous, Vierges des bois\nEt des chaumières des bruyères,\nVous, des chapelles et des croix\nAux carrefours des routes et des bois,\nEnvoyez-lui vos anges vibrants d’or,\nFaire la veillée autour du corps,\nEt mettre au ciel comme une étoile\nCe caillou d’œil ou bien de cœur,\nQu'il tient serré dans sa main droite.\n\n                             E m ile V E R HAEREN.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "         BA LLAD ES.\n\n                 I   .\n\n\n\n\nLes trois sœurs ont voulu mourir\nElles ont mis leurs couronnes\n                            t\n                              d’or\nEt sont allées chercher leur mort.\n\nElles sont allées vers la forêt :\n“ Forêt, donnez-nous notre mort\nVoici nos trois couronnes d’or. „\n\nLa forêt s’est mise à sourire\nElle leur a donné trois baisers\nQui leur ont montré l’avenir.\n\nLes trois sœurs ont voulu mourir\nElles sont allées chercher la mer\nTrois ans après la rencontrèrent\n\n“ O mer donnez-nous notre mort\nVoici nos trois couronnes d’or „\nEt la mer s’est mise à pleurer\nElle leur a donné cent baisers\nQui leur ont montré le passé.\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "302                                         Wallonie.\n\n\n\n      Les trois sœurs ont voulu mourir\n      Elles sont allées chercher la ville\n      La trouvèrent au milieu d'une île\n\n      “ O ville, donnez-nous notre mort\n      Voici nos trois couronnes d’or. „\n\n      Et la ville s’ouvrant à l’instant\n      Leur a donné mille baisers\n      Qui leur montrèrent le présent.\n\n                        II.\n\n\n      Elle est venue vers le palais\n      — Le soleil se levait à peine —\n      Elle est venue vers le palais\n      Les chevaliers se regardaient\n      Toutes les femmes se taisaient.\n\n      Elle s’arrêta devant la porte\n      — Le soleil se levait à peine —\n      Elle s’arrêta devant la porte\n      On entendit marcher la reine\n      Et son époux l’interrogeait.\n\n      Où allez-vous, où allez-vous ?\n      — Prenez garde, on y voit à peine —\n      Où allez-vous, où allez-vous ?\n      Quelqu'un vous attend-il en bas ?\n      Mais elle ne répondait pas.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "Ballades.                                     303\n\n\n\n       Elle descendit vers l'inconnue\n       — Prenez garde, on y voit à peine —\n       Elle descendit vers l'inconnue\n       L'inconnue embrassa la reine\n       Elles ne se dirent pas un mot\n       Et s’éloignèrent aussitôt\n\n        Son époux pleurait sur le seuil\n        — Prenez garde, on y voit à peine —\n        Son époux pleurait sur le seuil\n        On entendait marcher la reine\n        On entendait tomber les feuilles.\n\n                     M aurice MAETERLINCK.\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "             CHANSON.\n\n\n\nDans une barque d’ Orient\nS’en revenaient trois jeunes filles,\nTrois jeunes filles d’ Orient\nS’en revenaient en barque d’or.\n\n\nUne qui était noire\nE t qui tenait le gouvernail,\nSur ses lèvres aux roses essences\nNous rapportait d'étranges histoires,\nDans le silence.\n\n\nUne qui était brune,\nE t qui tenait la voile en main\nE t dont les pieds étaient ailés,\nNous rapportait des gestes d’ange,\nEn son immobilité.\n\n\nMais une qui était blonde,\nQui dormait à l’avant,\nD ont les cheveux tombaient dans l’oncle\nComme du soleil levant,\nNous rapportait sous ses paupières,\nLa lumière.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                IMAGE.\n\n\n\nLe ciel est bleu d’un calme étrange\nLe jour est divin.\n\n\nL ’heure est immobile et repose\nSur les eaux et les roses;\nC’est le matin.\n\n\nPaix et silence, grâce et sourire:\nIl ne faut pas qu’une âme pleure,\nPrès de toutes choses qui passent,\nElle demeure.\n\n\nSigne de ce matin d’été,\nDans un songe d'éternité :\n\nLevant ses yeux doux et joyeuse,\nSemblable aux anges les plus beaux,\nD e ses vagues mains lumineuses\nElle a tracé cette image dans l'eau.\n\n\n                 C h a r l e s V AN L E R BE RG H E .\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "           PAYSAGE DE GIVRE.\n\n\n\n  Le ciel et la terre se confondent dans un abîme de\nclarté douce et veloutée.\n  Tout est blanc ; tout est velours et paix généreuse\npour mes yeux émerveillés, en la vallée de clair\nenchantement.\n  L ’air que j ’aspire se givre et baigne mon front de\npureté rigide ; l’éblouissant éclat de l’éther diamanté\net toutes les étoiles du givre magnanime, recéleur\ndes souffrances anciennes, m’enveloppent le cœur de\ncharité primitive, d’indulgence aussi, d’indulgence\nravie, suscitée par tant de prestigieuse lumière où se\npressentpeut-être l’essence de la Lumière définitive,\n  Et voici qu’en mon âme, naît la nostalgie de loin­\ntaines rives boréales, qui n’auraient pour bornes de\nleur rêve, que l’éternel horizon des mers de silence\net de mystère...\n  Ironie de ma petitesse ! Je marche à pas contenus,\npour mieux accomplir cet essor vers les régions\nimmatérielles et sereines !\n  Les collines, à mes côtés, montent immaculées\nvers le ciel, traînant aux endroits buissonneux la\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": " Paysage de givre.                                307\n\n\n\nmajesté de touffes d’hermines, caressées de jets de\nlumière élyséenne dans une gloire de pureté.\n  En la vallée, partout s’enchevêtrent les bouquets\nd’arbustes et de pins; d’innombrables aiguillettes\nouatées de givre dressent (fête étrange et désor­\ndonnée de blanche fourrure) leurs petits gestes\nnets, zig-zaguant lumineusement sous le clair soleil\nd’hiver, dans une bizarrerie de fuite.\n  Et de tout ce branchage frêle, paré comme pour de\nmystiques noces, monte autour de moi un grésille­\nment discret; grêle musique d’enfance dont la douce\net blanche rosée, ainsi qu’un crépitement de cierges\nvirginaux, sans cesse renaissant, inonde mon cœur\nde toute part, et lui laisse un long frémissement qui\nvoudraient finir en un geste lent d’espoir...\n   Mais sur mes mains d’ombre, sur ce corps de mys­\ntère et de mort descendent mes regards inquiets...\nMon âme bat de l’aile, — si légère maintenant! —\ncar si douce et profonde serait l’allégresse de partir\npar ces blancheurs aériennes, pour planer là où se\nsolennise l’absolue et terminale candeur.\n\n                           G ermaine FRANCK.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "DE SALUTATIONS\n                       dont          D’ANGÉLIQUES.\n\n                P l e in e   de     grâces.\n\n\n\n\n                             III.\n\n\n               E t Jésus en rose,\n               et la terre en bleu,\n   Marie des grâces, c'est en vos mains rondes\n   ainsi que deux fruits : Jésus et le monde;\n               et Jésus en rose,\n               et la terre en bleu.\n\n               E t Jésus, Marie,\n               et Joseph l’époux,\n   c'est depuis longtemps ma bonne alliance\n   à la mode de Bretagne et d'enfance,\n               et Joseph l’époux,\n               Jésus et Marie.\n\n               Puis l'Egypte aussi,\n              la fuite et l'H érode,\n   c'est mon âme vieille et mes pieds qui tremblent\n   à regarder fuir vers les loins à l'amble\n               et l'âne et l'H érode,\n              puis l’Egypte aussi.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "D e salutations dont d'angéliques.                    309\n\n\n\n                Or Jésus en or\n                comme sont les christ,\n    Marie c’est dans vos mains de glaive et d'armes\n    vers ma ville où va la pluie de vos larmes,\n                Jésus plus en or\n                sus vos bras, et christ.\n\n\n\n                  P l e in e   de   grâces.\n\n\n\n\n                               V.\n\n    Or et plus j'aurais voulu dire\n    ces grâces que tant vous aviez,\n    Marie au temps primesautier\n    des beauprés et de mes navires\n\n    allés aux îles de la mer\n    où mes promenades étaient\n    de long en large à coup de fouet\n    d'une île à l'autre de la mer.\n\n    Mais j'a i mis les mauvais souliers\n    aujourd'hui de ceux de la terre,\n    et ma bouche demeure amère\n    de ne savoir plus en entier,\n\n     le beau psaume où vous étiez toute,\n    chimérique à l'avant des proues,\n    quand les horizons faisaient roues\n    et feu dans les mains aux écoutes.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "310                                                             la Wallonie.\n\n\n\n       Or et soit puisqu'il est resté\n       en moi le salut qu'ont les voiles\n       sous le vent aimé des étoiles\n       de là-bas et d'autres étés ;\n\n       et que ce sont vos mêmes grâces\n       en l'aujourd'hui des beaux autels,\n       et voiliers pour aller au ciel,\n       blanches vos nefs, Marie aux grâces.\n\n\n\n               Co n s o l a t r ic e   des   a f f l ig é s .\n\n\n\n\n                                  III.\n\n\n      E t l'hiver m’a donné la main,\n      j ’ai la main d’Hiver dans les mains,\n\n      et dans ma tête, au loin, il brûle\n      les vieux étés de canicule ;\n\n      et dans mes yeux, en candeurs lentes,\n      très blanchement il fa it des tentes,\n\n      dans mes yeux, il fa it des Sicile,\n      puis des îles, encore des îles.\n\n      E t c’est tout un voyage en rond\n      trop vite pour la guérison\n\n      à tous les pays où l’on meurt\n      au long cours des mers et des heures ;\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "De salutations dont d’angéliques.\n\n\n\n    et c'est tout un voyage au vent\n    sur les vaisseaux de mes lits blancs\n\n    qui houlent avec des étoiles\n    à l’entour de toutes les voiles.\n\n    Or j'a i le goût de mer aux lèvres\n    comme une rancœur de genièvre\n\n    bu pour la très mauvaise orgie\n    des départs dans les tabagies;\n\n    puis ce pays encor me vient :\n    un pays de neiges sans fin....\n\n    Marie des bonnes couvertures,\n    faites-y la neige moins dure\n\n    et courir moins comme des lièvres\n    mes mains sur mes draps blancs de fièvre.\n\n\n                                         M a x ELSKAM P.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "               EN LA CLAIRIÈRE.\n\n                                       à P ierre M arie O lin.\n\n\n\n\n   Au rouet d'un tournesol, la petite reine est à filer\ndes fils de la vierge, et sa grâce menue enchante les\ncorolles de la fontaine. Un songe d’idylle illumine la\nclairière où sa chanson s’éploie sur la brise azurée.\nSeuls parmi l’eau cristalline, les grands iris dressent\nleur joie d'ombre dans le sourire épars.\n   Mais voici qu’une approche émeut les ramures, et\nparaît dans la lumière amoureuse, l'Attendu, l'Enfant-\nChevalier au pourpoint d’étincelles. Il rayonne de toute\nsa présence ingénue, et sa vêture est d’or : tout l’or\nlégendaire, l’or onctueux des aurores s'y proflue et\ntelle éblouit sa présence impériale.\n   La petite reine, elle bat des mains, elle contemple son\nseigneur au fastueux arroi qui s'attriste, ô Rieuse !\nde ce pensif collier d'améthystes lointaines...\n   Elle s’est reculée, et résorbe tout l’or en son regard\njoyeux. Puis, folle, aux bras du petit prince :\n    O mon amour, tu es beau et je t aimerai bien! Mais\n\n\n  De La Belle au bois donnant.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "  En la clairière.                                    313\n\n\n\n dis-moi, chéri, me donneras-tu des manteaux et des\nécharpes de cet or étincelant ? Je serai, tu verras, si\njolie parmi les jardins, aux fêtes du roi mon père...\n    Elle babille et l’embrasse, la frivole, sans voir deux\n larmes rouler, perle et gemme illusoires! sur la joue de\nl’Enfant-Prince, car son cœur se meurt, au pauvre, de\n la divine qui lui veut prendre, pour s'en parer, toute\nsa jeune âme éblouissante dont, pour lui plaire, il\n s'était ce matin couvert.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                  MYSTICITÉ.\n\n\n                           III.\n\n  C’est sous une dalle de cristal comme une eau\npétrée, la nudité sans vie d’une jeune fille. Dans\nses cheveux éteints, la tête réginale est à présent\ncamuse et verte; une onde vitreuse stagne aux\norbites où jadis s’irisait un songe. Les membres\nfuselés sont d’un mol ivoire et moites des sueurs\nmortelles ; parmi les chairs miraculeuses que voici\ntalées et bleues, des gonflements comme un remous\nfont palpiter les seins de la vie aveugle des vieux\nvers : ils ont ouvert le ventre chaste, et leur fête qui\ngrouille, soudain déborde et s’épand au vol mysté­\nrieux de l’âme.\n  Mais de l’hiatus flétri du sexe, le prestige peu à\npeu se dresse et grandit d’une rose inconnue, d’une\nrose mystique et sentimentale, corolle ingénue qui\nd’instant en instant déroule ses longues pétales\nvierges pour épanouir plus haut dans l’heure éter­\nnelle sa noblesse d’éphémère, comme une âme stérile.\n\n                    C h a r le s   D ELCHEVALERIE.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                  LA COURONNE.\n                             F lu m in a am em sy lv a sq u e in g lo riu s ...\n                                              Virgile. GÉORGIQUES.\n\nJ ’ai revu ma forêt, captive des hivers,\nS’éveiller mollement à de tièdes haleines :\nDéjà, dans l’air plus bleu, les grands arbres sont verts,\nEt le parfum des bois s’exhale vers les plaines.\n\nC’est un bonheur antique et toujours inconnu :\nMon vieux cœur enfantin tremble devant ces choses !\nTout perlé de rosée, un feuillage ingénu\nPalpite, ce matin, sur mes forêts écloses.\n\nO Muses! si l’écho d’un amour si profond\nLui survit, grâce à vous, dans mes chansons prochaines,\nN’offrez point d’assouplir aux rides de mon front\nL ’indocile rameau des lauriers et des chênes.\n\nLes feuilles s’entr’ouvraient, frêles comme des fleurs !\nOh ! qu’un léger rameau de ces feuilles tremblantes,\nOù la froide rosée aura laissé des pleurs,\nCouronne à tout jamais mes tempes indolentes.\n\nA de plus mâles fronts, les orgueilleux bandeaux!\nPuissé-je, sans renom, vivre loin de la vie,\nEt rentrer, tout entier, aux limbes virginaux\nD ’où mon âme d’enfant n’était jamais sortie.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "              REINE DE THULÉ.\n\n                                             à Paul Gérardy,\n\n\n\n\nQui n’a point, parmi nous, sa noble et vaine envie?\nLoin de ce monde amer où languit notre vie,\nUn merveilleux château s’élève sur les flots.\n\nBien loin au fond des mers brumeuses! Sur des plages\nBoréales ! Parmi ces ondes sans sillages\nDont le morne inconnu trouble les matelots!...\n\nUne enfant y grandit, adorable, ignorée.\nRien n’est si pur au monde ; une grâce éthérée\nCouronne de clarté cet être jeune et fier.\n\nTandis que son aïeul, morne héritier des races,\nContemple tristement, au bord de ses terrasses,\nL e soleil des vieux jours descendre sur la mer;\n\nInfante de Thulé, reine au cimier d’opale,\nComme une fleur parmi les fleurs, et rose, et pâle,\nElle erre, toujours seule, en ses jardins neigeux.\n\nToujours seule! Et pourtant, insoucieuse encore,\nSouvent un inconnu qu’elle aime et qu’elle ignore\nS’ égare, en les troublant, dans ses sommeils heureux.\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "  Reine de Thulé.                                         317\n\n\n\nJe l’aime. Si mon cœur, sévère en ses tendresses,\nSans se livrer jamais, a connu les caresses,\nC’est qu’une vierge seule aura ce pur trésor.\n\nMême sans s’être vus, les amants sont fidèles.\nUn jou r! en y pensant, mon cœur se sent des ailes!\nMon désir s’en ira vers cette fleur du nord.\n\nCe sera l’heure, alors ! “ O reine, lui dirai-je,\nEt ce cygne ingénu, chaste comme la neige,\nTressaillira sans doute au fond de sa candeur ;\n\nUn appel inconnu chantait dans tous mes rêves.\nQuand mon vaisseau fleuri cherchait si loin ces grèves,\nSavez-vous quelle enfant avait conquis mon cœur ? „\n\nElle m ’écoutera... La vierge, l ’ingénue\nSe troublera peut-être, à cette voix connue;\nJ ’attendrai sa réponse avec un doux effroi.\n\nNos cœurs, en ce moment, se diront tant de choses !\nPuis elle entr’ouvrira ses lèvres longtemps closes,\nEt, me reconnaissant, elle dira : “ C’est moi. „\n\n     3 Décembre 1892.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "    L ’ORGUEILLEUSE LASSITUDE.\n\n\n\n\nTristan est morne. Il voit, d’un œil voilé de pleurs,\nL e ciel serein, les bois naissants, les fleurs écloses,\nEt son amante enfin, qui dort au sein des fleurs.\n\nA quoi bon ? Le bonheur n’est plus parmi ces choses !\nTrahissant cette fois son immortel soupir,\nIl lève lentement son front chargé de roses.\n\n“ Encore un jour éteint, sans plainte et sans désir...\nEt, pour un jour éteint, un jour plus doux s’apprête;\nL e bonheur m’ est donné dans un parfait loisir.\n\nQu’importe ? Je suis las d’une immuable fête,\nLas d’atteindre sans peine à ces divins trésors\nDont l’éloignement seul rend douce la conquête.\n\nPlutôt souffrir ! Et vaincre, en de nobles efforts,\nQuelque âpre adversité que la gloire eût suivie !\nUn bonheur aussi calme énerve les plus forts.\n\nCar ces lieux sont trop beaux ! Car mon bonheur envie\nCeux-là qui sont partis dans un rêve orgueilleux\nParmi la dangereuse épreuve de la vie.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "  L 'orgueilleuse lassitude.                              3 19\n\n\n\nL e flot monte, en chantant, dans leurs agrès houleux !\nToujours la vision des îles d’or enchante,\nAu fond des mers du soir, les grands horizons bleus.\n\nOh ! labourer comme eux la mer éblouissante !\nTous les pays dorés dont je serai le roi\nAppellent désormais ma force adolescente !\n\nLibre enfin de liens, mon cœur, éclos en moi,\nVa chercher sous un ciel ignoré des tendresses,\nUn bonheur orageux que mêle quelque effroi !\n\nPourtant, bleuâtre et douce, et pleine de caresses,\nL ’ombre pare à souhait la ebère qui s’endort;\nLes fleurs pâles des nuits s’ouvrent parmi ses tresses.\n\nMais c’est en vain... Tantôt, ensommeillée encor,\nPour un plus fier destin laissant celle que j ’aime,\nMes voiles s’ouvriront dans une lueur d’or.\n\nExcédé du bonheur, las du calme lui-même.\nPuissé-je, cette fois, dans le jour frais et clair,\nAppareiller enfin vers quelque exploit suprême,\n\nA vec les vents fougueux qui soufflent sur la mer ! „\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                     LIED.\n\nUne enfant mélancolique\nS’accoude au balcon désert\nD ’un beau château nostalgique,\nLes yeux au loin sur la mer.\n\n“ A h ! dit sa voix triste et tendre,\nOù. mon frère tarde-t-il ?\nC’est mourir que de l’attendre,\nLoin de lui tout m’est exil.\n\nQue veulent de plus ses rêves ?\nJamais jour si doux n’a lui.\nQu’il s’en vienne vers mes grèves,\nTout n’est si beau que pour lui.\n\nMa candeur est liliale !\nC’est pour lui que je grandis\nComme la fleur idéale\nD ’un idéal paradis.\n\nJe suis la sœur et l’élue !\nC’est lui, c’est lui que j ’attends !\nNul autre ne verra nue\nLa grâce de mon printemps.\n\nQui l ’empêche de m’entendre ?\nPourquoi l’élu tarde-t-il ?\nC’est mourir que de l’attendre,\nLoin de lui tout m’est exil. „\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                    PR IM A V E R A .\n\n\nNous nous aimions, alors, ô ma dernière amie !\nAu seuil de la forêt, morne et comme endonnie,\nOù le jour expirant laissait un pur reflet,\nDans le soir sérieux, dans le soir violet,\nJe ne sais quel frisson de feuilles nouveau-nées\nEnvironnait déjà nos têtes inclinées,\nNi quelle obscurité pleine d’éclosions\nTombée autour de nous, pendant que nous rêvions !\nSans doute mille fleurs, délicates et douces,\nNous souriaient dans l ’ombre, au sein des jeunes mousses\nEt, par le soir propice et lourdes de ses pleurs,\nLes feuilles s’entr’ouvraient, plus frêles que des fleurs !\nO jeunesse ! et là-haut, déjà gonflés de sève,\nLes arbres réveillés autour de notre rêve,\nAu souffle délicat du printemps revenu,\nDéployaient, en tremblant, leur feuillage ingénu,\nEt le premier frisson d’une forêt fragile\nMontait, en murmurant, dans la clarté tranquille.\n\n                                      P . SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                FIN DE RÊVE.\n\n\n  Le Nénuphar éleva sur la surface des eaux son\ncalice; et les vagues miroitantes le bercèrent d’un\nfroid reflet.\n\n  Or, les poissons argentés dressaient hors des eaux\nleurs têtes glauques vers l’ espoir d’un regard — et ils\nmouraient.\n\n   Mais le Nénuphar dit au Seigneur : “ Donne-moi\nle parfum des fleurs étranges. „\n\n  Et le Seigneur Dieu qui l’aimait lui donna la\nsenteur troublante qui est issue du Rêve des\nVierges.\n\n  Alors, ce fut comme une extase des êtres d’alen­\ntour. -Les fleurs de la berge tendirent leurs corolles\net les papillons blancs volèrent par delà la rive —\nvers l’espoir d’un baiser.\n\n  — Les ondes froides et douces bercent une neige\nde cadavres que la Lune argente. —\n\n  Mais le Nénuphar dit au Seigneur : “ Donne-moi\ndes ailes qui m’élèvent : „\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "  Fin de rêve.                                     323\n\n\n\n  Et le Seigneur Dieu qui l’aimait lui donna des\nAiles tissues de Songe et d’Aube.\n\n   Or, des forêts d’alentour surgit une clameur uni­\nverselle. Les arbres oscillèrent comme pour prendre\nleur essor et les oiseaux au gosier d’or, montant dans\nle sillon miraculeux de la fleur pâle, chantèrent des\nalléluias de triomphe et d’amour.\n\n  Le Nénuphar montait plus haut, toujours plus\nhaut sur ses ailes diaphanes. Les oiseaux au gosier\nd’or, un à un, tombaient de froid, d’azur et de\nlassitude. Et les eaux calmes berçaient leurs cadavres.\n\n  Mais le Nénuphar dit au Seigneur : \" Voici que je\n“ me suis élevé dans mon rêve jusqu’aux régions\n“ d’Ether et de Lumière, loin des Multitudes.\n\n  “ Et le Gel des Espaces froidit mes ailes ; une\n“ grande fatigue s’est installée au dedans de moi-\n“ même. Ne me laisse point, Seigneur, retomber sur\n“ la terre. „\n\n  Et le Seigneur Dieu qui l’aimait lui cria : “ Entre\ndans la Gloire du Soleil ! „\n\n   Et tout ne fut plus qu’une Lumière éclatante qui\ns’épanouissait de l’Astre vers les Firmaments.\n\n          Mars 1891.\n                               G aston VYTTA LL.\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "          DANS LA              FORÊT.\n\n                           I\n\n\n                  CHEVAUCHÉE.\n\n\nSous tes hauts frênes et les hêtres de la forêt,\nDans les brumes du crépuscule\nLes frôleuses lueurs de la lune\nSe glissent pâles sur les rochers de la vallée\nE t s’opalisent aux feuillages violets.\nLes trois grands cavaliers venus vers la forêt\nPar la rieuse allée\nD ont la pelouse éclate en fleurs dans la vallée,\nN 'o nt pu voir aux frêles lueurs de la lune\nSous les brunies du crépuscule\nLeur route de gaîté qui soudain disparaît\nEntre les herbes obscures de la forêt.\nParmi le glacial effarement de l'heure\nE t pour l’angoisse de leur marche dans la nuit\nLes broussailles s’épeurent,\nLes feuilles aux arbres ont frémi.\nLes cavaliers dans la forêt\nSavent-ils le ravin qui dévale au lac d'ombre\nD'où l'on a vu des nuits de stygiennes ombres\nSurgir au lac blêmi de pâleurs de suaires ?\nMalgré la ronce et les épines dont s’encombre\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "Dans la forêt.                                            325\n\n\n\n  La ravin qui s'éboule au lac des ossuaires,\n  Égarés en la nuit des taillis qui s’ éplorent\n  Au lac sombre ignoré d’où s'élèvent les ombres\n  Dans la pâleur de leurs suaires,\n  Si les trois cavaliers entrés dans la forêt\n  Pour fuir l'été brûlant sur les landes encore\n  Ont foulé le ravin que des ronces encombrent\n  Jusqu’où, brusque, il s’ éboule au lac des ossuaires,\n  A leur tour spectres tels que ces ombres errantes\n  Qui déjà le hantaient, ils font le lac blafard\n  E t les feuillages frissonner d’épouvantes\n  Pour leur sursaut nocturne à travers le brouillard.\n\n\n                             II\n\n\n                       UNE VOIX.\n\n\n  Parmi les tiges rivulaires\n  Le long du lac sous les vapeurs crépusculaires,\n  Voix mystérieuse, tu pleures\n  Vers le bois violé d’embûches et de leurres,\n  Voix de souffrances, de colères,\n  Quel rire, flèche sûre avec son vol qui vibre,\n  Fendit la livide brume qu’elle déchire,\n   Quel rire aigu outrage la chair de ton angoisse,\n   Voix de douleur, voix d’angoisse ?\n\n\n   Tôt la livide brume s'est refermée\n   Sur l’hivernale torpeur des arbres et du lac,\n   E t désormais\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "326                                                  la Wallonie.\n\n\n\n      Nul murmure en les joncs rivulaires du lac\n      E t nul frémissement ne court plus l'eau du lac\n      Ou s'installe la solitude désolée ;\n      Le vent de nul sanglot n'émeut plus la vallée\n      Sur qui des arbres pèse la brume étalée\n      Muette et désolée.\n\n\n      O mort frileuse du grand lac crépusculaire,\n      Que le languide hiver de lourds brouillards submerge !\n      Un prestige de fleurs réjouira la berge\n      E t peut-être une joie amoureuse très claire\n      Renaîtra parmi l'or de tous ces longs roseaux\n      En vive éclosion de lumineux oiseaux\n      Epris éperdument des corolles nouvelles.\n      Parfums défunts d'iris, de lys et d'asphodèles\n      Qui sous les eaux dormez à jamais d'un sommeil\n      Immuable ! ô parfums vous mêlant au soleil\n      Qui rit en la chanson renaissante des feuilles,\n      Insidieux parfums du mystère aboli\n      Vous renaîtrez du calice des fleurs d'oubli,\n      L'été futur vous mentira d'où tu endeuilles,\n      O voix de cet hiver! les bois crépusculaires\n      Parmi les touffes des feuillages rivulaires\n      Lourds d'angoisses, d'embûches et de leurres\n      Où, voix accusatrice et dolente, tu pleures\n      Sous l'outrage de l'âpre rire\n      Qui flèche dans ta chair se rive, et te déchire.\n\n\n                                            A n d r é FONTAINAS.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "       LES FEMMES DE SONGE.\n                  . . . A l ’h e u re où le c o u c h a n t en fla m m e la p r a ir ie ,\n                  u n e fem m e q u i s o u ffre e t q u 'o n n e v e r r a p lu s !\n\n                                                        F e r n and S e v e r i n .\n\n\n\n\n   Charriés dans le flot débordé qui coule vers on ne\nsait quel Océan, roulant des millions d’yeux et de\nbouches qui rient ou pleurent, des millions de bras\nqui implorent ou menacent, nous les voyons passer\nparfois, les Femmes de songe ! Ainsi passent des\népaves glorieuses dans le pêle-mêle lamentable des\nobjets de toute sorte que les eaux boueuses de\nl’inondation, les eaux rapides et furieuses ont cul­\nbuté dans leur assaut irrésistible et entraînant...\n   Un remous de multitude les a dégagées tout-à-\ncoup, les a exposées une seconde à notre vue, les\nFemmes de songe : nous nous haussons pour mieux les\nvoir par dessus les têtes de la foule moutonnante ....\nmais voici qu’une houle les emporte à nouveau,\nles a fait disparaître a tout jam ais . Nous ne les\navons vues qu’un instant et pourtant notre cœur,\npareil à quelque tissu brûlé par le brusque contact\nd’un acide violent, garde pendant longtemps la chère\nmeurtrissure que leur soudaine apparition leur a\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "328                                      la Wallonie.\n\n\n\nfaite. Elles ont grisé nos imaginations ; elles empli­\nront nos nuits de songes émerveillés. Leurs larges\nyeux pâles restent empreints dans nos yeux, comme\nces taches lumineuses que le soleil couché laisse à\nceux qui l’ont fixé audacieusement. Elles ont semé\nde rêve la route qu’elles ont suivie, parfumé d’étran­\ngetés la fleur que leurs lèvres ont baisée, et, quand\nelles ont disparu, nous croyons retrouver un peu de\nrêve resté sur le chemin, un peu de parfum oublié\ndans la fleur.\n   Et pourtant, les avons-nous vues réellement ?\nSommes-nous sûrs que nos prunelles les aient un\ninstant réfléchies ? Non ! car elles sont un bienfait\ndes Dieux ! Plus d’une fois je les ai aperçues dans les\nfoules et la conviction m’est cependant venue\nqu’elles n’existent pas, qu’elles ne sont qu’une hallu­\ncination de mon cerveau, un mensonge séduisant et\n divin de mon cœur trop vide, hélas! un rêve chimé­\nrique et passionnément envoyé à mon imagination\npar les Dieux secourables, apitoyés à de certaines\n heures par la détresse des Poètes.\n    C’est pourquoi il ne faut pas tenter de les suivre\n dans leur fuite, il ne faut pas essayer de savoir qui\n elles sont, d’où elle viennent, où elles vont : On ne\n demande pas à la forêt la raison de sa majesté, à\n l’oiseau le secret de son chant, au soleil couchant\n le “ comment „ de sa gloire ou de sa mélancolie.\n    Pourquoi savoir, pourquoi chercher, puisque\n pendant un jour elles ont désaltéré notre soif de\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "  Les femmes de songe.                             329\n\n\n\npoésie, abreuvé pendant une heure notre cœur hale­\ntant? Aimons jusqu’au regret dont elles gonflent\nnos poitrines ; aimons jusqu’à la détresse où nous\nlaisse leur disparition irrémédiable.\n   Assurément il faudrait un mot nouveau pour dire\nla ferveur de celui d’entre nous qui, ayant aperçu\nvenir l’une d’elles, la contemple, avec des yeux pleins\nde larmes cruelles et douces, s’en aller et disparaître\nà l’horizon. Mais il y aurait je ne sais quelle mécon­\nnaissance de leur destinée, je ne sais quelle surhu­\nmaine et sacrilège offense aux décrets absolus à\ntenter de découvrir l'Inconnu dont elles sortent,\nl’Inconnu où elles rentrent. Comme Vénus émana de\nla mer, elles émanent de la mystérieuse bonté des\nchoses, consolation de nos misères.\n\n                             G eorges GARNIR.\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                     LA PAGODE.\nA M. Maurice Wilmotte.\n\n\n\n\n  Sur l’îlot ceint de joncs, d’herbes, de bambous grêles,\n  D e nénuphars neigeux et de glaïeuls fleuris,\n  Au-dessus des bosquets pleins de chants et de cris\n  Où les oiseaux lassés lissent l’or de leurs ailes,\n\n  La Pagode surgit, rose sur le ciel bleu,\n  Mirant dans l’eau du lac aux teintes éphémères\n  Le profil hérissé des fantasques chimères\n  Qui dentèlent son faîte aux tuiles rouge-feu.\n\n  Le temple, tout au fond, se carre, noyé d’ombre,\n  Entre des murs très vieux lézardés par endroits ;\n  Et le rais qui se glisse aux fentes des parois\n  Illumine une idole énigmatique et sombre.\n\n  Assise sur l’autel fait de bois de santal\n  Camuse comme un sphinx et les traits immobiles,\n  Elle étreint sans effort deux monstrueux reptiles\n  Tordant à ses flancs nus leurs anneaux de métal.\n\n  De quel culte aboli les horribles mystères\n  Ont-ils rougi la dalle au pied du dieu serein ?\n  Quels parfums ont fumé des encensoirs d’airain\n  Tandis qu’en rhythmes lents dansaient les bayadères ?\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "La Pagode.                                                331\n\n\n\nNul ne sait : l’autrefois a pour jamais voilé\nD ’un silence aux plis lourds ses mystiques arcanes ;\nEt seul, quand par la n ef rôdent les vents profanes,\nAu sein du sanctuaire un gong geigne, fêlé.\n\nAu dehors voici l’heure où sous la passerelle,\nDont l’arc de marbre rose unit le temple au bord,\nLe soleil vieilli semble un œil injecté d’or\nAyant gardé tout le Passé dans sa prunelle.\n\nC’est l’heure où s’enivrant de miel les colibris\nParmi les rosiers frais éparpillent leur troupe ;\nE t le lac étoilé de lotus tend sa coupe\nOù le soir fastueux égrène ses rubis.\n\nD ’arômales senteurs s’évadent des corolles ;\nDes voix fusent des nids bercés par le zéphyr,\nE t comme, sur le lac aux reflets de saphir,\nLes cygnes, rêves blancs, tracent leurs courbes molles,\n\nDu gong pensif s’exhale un soupir affaibli ;\nMais l’insecte stridant et la feuille froissée\nEtouffent dans le soir cette plainte inlassée,\nRâle sans fin d’un dieu qui se meurt dans l’oubli.\n\n                                         AUG. VIERSET.\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                      PÉNOMBRE.\n\nEst-ce le jour qui meurt, ou la nuit qui s’achève ?\nIci, sous la boiteuse lueur\nqui tourne, trébuche et tombe en la neige,\nc'est l’immense, et noire, et pourtant fraternelle\nForêt.\n\nLes arbres, jusqu’ au lointain du vague,\nsont tels que de nobles, de très vieux hommes.\nEux, jadis ils vécurent le songe étranger que nous\ncar leur stature de ténèbres\nest morne sur la neige, — elle est grave\ncomme le marbre des images sur les tombes.\n\nC’est la Forêt, sans bornes comme une âme\noù mon âme, jadis, ingénue a pu naître:\net toujours aux allées s'enlacent des allées\nau fond de l'horizon que des allées prolongent\ntoutes en marche vers de l’ombre...\net je suis seul.\n\nCependant, des limbes du Songe\naux pâles eaux mortes d'autrefois\nse meut une onde de mémoire.\nJe sais ! alors je franchis le seuil\net j'avais une forte main dans la mienne ;\nj ’allais, je confiais à la main gardienne\nmes juvéniles pas'jusqu’au plus noir de la forêt\net j ’étais à moi-même un compagnon enfant\nriche de tout l’azur en fête dans ses yeux.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "  Pénombre.                                                   333\n\n\nLes branches baissaient leurs courbes maternelles\npour protéger l'héroïque ignorant\nqui riait à la vie et chantait vers elle\nson babil de rêve, d'ailes et de deux :\n— car elles sont plus haut que nous\net voient au loin, au devant de nous,\nlà-bas, au fond des profondes allées,\nlà-bas, aie carrefour de toutes les allées,\nparaître le Malheur, le chasseur borgne avec ses loups.\n\nUn soir, j ’entendis soudain sa fanfare :\nla meute des loups à la traque était là\net ils hurlaient, mordant, bondissant, féroces et lâches,\nquand tout à coup survint le Borgne\nqui se dressait en brandissant son cor de fer,\nsur son vieux hongre pie à roide crinière.\n\nSon geste courbait dans leur faste les arbres,\nson œil commandait tel qu'un chef barbare\nd'immémoriales batailles\net sa voix ébranlait les bornes de l’espace.\n\nSon rire éclata comme un tonnerre morne\net le hideux colosse\nsous l'immonde cheval au galop de tempête\nme renversant de toute sa rage\ngrandit soudain ne marche en marche par l'espace\net disparut, traînant ses loups à d’autres chasses.\n\nLe cor à l’horizon insultait ma défaite.\n\nAlors la noire couronne cercla ma tête.\nAh! j ’étais seul, j ’avais fui la main douce et gardienne,\nl'abri d'un front plus haut que moi ;\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "334                                                la Wallonie.\n\n\net l’enfant, l'ingénu reflet de moi-même\nlui, dont l’âme plus riche de riches murmures\nilluminait du jour l'émule diaphane,\npleurant des yeux limpides avec un front obscur\nétait m ort!\n\nSans fin depuis lors sous les heures jumelles\nde la montagne au loin d'où partent mille drèves.\nvers une autre montagne où l'horizon s'efface\nje vais, plus étranger partout où je passe ;\nN i mon geste jamais, ni les chants que j 'élève\nn'ont suscité la main ou la voix fraternelle.\nMa course sur le sol n'a point laissé de trace,\ncar la neige recouvre, à chaque pas nouvelle,\nles signes que mes pieds marquèrent sur la route;\net quand je me suis penché sur la route\npour épier d’où j e venais, où me menait ma triste marche\nnul vestige n’a pu, pour consoler mon doute,\nrévoquer le sommeil du blanc miroir algide.\n\nMais!... Oh frissonnement ivre d’être et splendide!\nMa voix résonne comme en rêve.\nL ’ombre décline en la nuit qui s’achève...\nl’aube, c’est l’aube enfantine et libre\nqui brise l'écorce enlacée aux mensonges\n— et peut-être, je vais renaître de mes songes :\ncar déroulant son rythme d'iris messagère\nelle, aux limpides deux, propage la merveille\net des voix rejaillies aux sources de l'aurore\nvoici qu'elle irradie un glorieux réveil,\n\nrose fée, réginale princesse au front d'or\nannonciateur du Soleil!\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                 A CLAIR MATIN.\n\n\nLa nuit au loin s'est effacée\ncomme les lignes tremblantes d'un rêve;\nla nuit s'est fondue au caurant du Passé\net le jour attendu se lève.\n\nRegardez ! en les courbes molles des rideaux\nune heure attendue se révèle\net ma fenêtre enfin s'éclaire,\ncristalline du gîvre où se rit la lumière.\n\nUne parure enfantine de neiges\nhabille là-bas d'immobiles eaux\net c'est les cortèges des fées nouvelles\nà tire d'ailes, à tire d'ailes\ndu grand lointain qui toutes reviennent\naux flocons de ce jour en neiges qui s'épèle.\n\nDes courbes de mes rideaux clairs\n— voici! c’est un parfum de ciel ! —\nblanc des guirlandes de l’hiver\nle jeune matin m’est apparu\navec un visage de fiancée.\n\n Des fées\n (ah je ne sais quelles mortelles fées)\njadis elles vinrent toucher la paupière\nd’un être enfantin qui mourut.\nSon âme, où se jouait en songes la lumière,\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "336                                               la Wallonie.\n\n\ndiaphane corolle épanouie au jour\nson âme était vive de toute lumière!\nLui, comme un frère il suivait ma course\net son léger babil revêtait d'ailes ma pensée,\net nous allions en confiants de la montagne à la vallée\npar les forêts des chênes, des hêtres\n— car eux, les ancêtres, ils ont le front grave\nils virent maints rêves des autres âges\net nous parlent, très doucement, comme nos Pères.\n\nMais voyez ! à mes rideaux pâles\nle matin glisse des sourires ;\ncar la fiancée est venue\ncar la Fiancée est venue !\navec un simple et très doux visage,\navec des mots qu’on n'entend pas,\nen silence la Fiancée est apparue\ncomme une grande sœur de l'enfant qui mourut;\n\net les hêtres, les chênes royaux des forêts\npar douce vocalise égrenant leur parure,\nles voix ressuscitées en la plaine sonore\net toute la forêt d'aurore\nquand elle secoue du crépuscule sa chevelure,\ntout chante, bruit, pétille et rayonne\ncar la céleste Joie que la clarté délivre\nd'un hymne répercute aux miroirs du futur\nle front pâle ou scintille en étoiles le givre.\n                                            A lbert MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "              MÉLOPÉE\n\n\n\n\nO mon amer cœur\nEn l'âpre et dur leurre des heures\nE t les ténèbres en fleurs\nD e mon âme en pleurs,\n— Folles flammes de mon âme,\nFleurs de ma terreur —\nPleure, ah ! pleure ta douleur.\n\n\n\nL 'éploi de mes bras vers to i;\nMon émoi de t’avoir en mes bras!\nE t ma joie de ta jo ie .....\nE t la mort de ma mémoire\nEn la mort de mon espoir !\n\n\n\nToute la déroute de ma pensée\nAprès la conquête de cette chair fêtée !\n\n\n\nAh, t’avoir immatérielle,\nVaincre ta seule âme rebelle,\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "338                                               la Wallonie.\n\n\n           Cet espoir est mort\n          Car j'a i vaincu ton corps\n          E t mon âme étouffe sous le. poids de ton corps.\n\n\n\n          O mon cœur,\n          Pleure ta douleur,\n          E t pleure ton bonheur,\n\n\n          Ton désir mort a tué ton espoir.\n\n\n      Août 91.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                        MES Y E U X\n\n\n TOURNÉS        VERS LE NORD            DE MON A M E .\n\n\n\n\n                      UN NAUFRAGE.\n\n                                               à Mockel.\n\n\n  Ah les vagues et les dunes! et les dunes qui vainquent les\nvagues ! Et cette mer, et cette mer, oh le tumulte de cette\nmer furieuse! A l’horizon, oui, c’est elle, je la vois, je vois\nma svelte et noble goëlette. Vraiment, tu es fière et tu es\nbelle et jamais les vagues monstrueuses n’accableront ton\ncourage, ô ma goëlette de tout espoir! Tu domines la mer et\nla mer charmée est conquise par ta vaillante allégresse.\nMais la côte est là que tu ne soupçonnes pas. Et se brise\nsoudain la quille rigide sur les fonds hypocrites que rien ne\ndécèle. Et tandis que sombre le luxueux yacht, montés sur de\nplats bachots, les pilleurs de la plage vont à l ’assaut de la\nhautaine goelette qui, coulée et désormais immobile, dresse\nvers les nuages peureux et fuyards la véhémente protestation\nde ses glorieuses vergues. Or, ceux là coupèrent l ’orgueil\ndes mâts, y trouvant une richesse qu’ils conquéraient au\npéril de leur vie, mais nul ne vit, allant vers le plus lointain\nde la pleine mer, s’évader un canot, ô tous mes souvenirs!\n\n\n  EXTRAITS.\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "340                                             la Wallonie.\n\n\n\n                      DANS UN PH A RE .\n\n                                              à de Régnier.\n\n  Dans l’escalier toujours tournant autour du vide central\nde l’immense colonne, je la suivais et, sachant sa faiblesse,\nje m’inquiétais. Mais bien avant d’atteindre un sommet\nqui du dehors paraissait proche et maintenant semblait vou­\nloir fuir et se dérober, elle s’arrêta. Nous étions au balcon\ncirculaire du premier étage. Et, à l’abri du vent, terrible en\nl ’effarante solitude de ce roc perdu au plus ignoré des flots,\nelle s’assit, m’attirant avec une grâce mortelle à son côté.\n    Et là, tête perdue en ses cheveux épandus, il me semblait\nrégner une paix profonde; c’était comme une encoignure de\nbonheur, indifférente aux orages proches et inévitables. Ah\nelle était étrangement belle. Une angoisse me torturait le\ncœur de la voir aussi effrayemment belle. Certes, elle devait\nmourir demain, tant sa beauté était devenue surhumaine;\net sa face adorable, si émaciée, disparaissait presque, mangée\npar les trous d’ombre lumineuse de ses mystérieux yeux\nd’émeraude sous les reflets rouges de sa somptueuse et trop\nlourde chevelure.\n  Me prenant la tête de ses longues, longues mains transpa­\n rentes, et baisant mes lèvres attristées, ah quel terrifiant\n baiser d’immortelles fiançailles, elle dit : “ Je comprends\n maintenant que ma sœur soit morte de se voir refuser le\n baiser qui me fait revivre.,,\n      Je me souvenais, en des jours déjà lointains, d’une prome­\n nade presque semblable. Mais sa sœur était toute vie, et\n jusqu’à mon refus toute joie, et cette joie et cette vie avaient\n fui sans que l’on sût pourquoi. Mais aussi pourquoi avait-il\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "  Mes yeux tournés vers le nord de mon âme.                341\n\n\n\nfallu qu’elle fût belle d’une beauté si vivante et qu’elle fût\nsi femme et se voulût si absorbante ? Or, voici sa sœur belle\naujourd’hui d’absence de toute beauté, mais si souvenir et si\nprès de la mort et si voisine de tout rêve. Et la contemplation\nde la clarté de ses yeux et la lumière de l’incomparable\nchevelure que je caressais me cachaient et la mer et le\nfarouche isolement du roc.\n  Je descendis doucement de ses épaules amaigries les\nlanges dont elle était enveloppée, je les descendis presqu’au-\ndessous de ses seins sans sexe, que je baisai pieusement, car\nla pointe en était bleue et si bleues les veinules de sa poi­\ntrine chaste et insexuelle. “ Ton amour me ressuscite, je me\nsens bien, je suis si follement heureuse, je renais pour être\nà toi, ah je sens si bien que si tu le veux, je vais vivre!,,\n  Et moi, au fond ténébreux de mon triste cœur : “ Non, trop\nchère, meurs, oh meurs pour que je puisse aimer éternelle­\nment.,,\n\n\n                          OMBRE.\n\n                           E n hommage à Stéphane Mallarmé.\n\n L ’ombre tombe sur le fleuve et sur la ville, mais les lu­\nmières factices de notre civilisation tuent l’ombre pour\nrecréer dans les coins et dans les loins, la ténèbre.\n  Mais aujourd’hui, je ne te cherche pas, ténèbre! d’ailleurs\noù serais-tu aussi puissante que dans les profondeurs de mon\nâme ?\n  Je dois retrouver l’ombre, la divine et majestueuse ombre,\nl ’ombre calme et amicale, ta sœur moins farouche, ô sour­\nnoise ténèbre.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "342                                               la Wallonie.\n\n\n   Elle a dû se réfugier au grand fleuve, qui, la nuit, coule\nsilencieux entre tes interminables quais de pierre et de vase,\nville de haut commerce, ennemie de ton fleuve rêveur que tu\nemprisonnes...E t je la retrouve, elle m’enveloppe parce que je\nl’aime, ombre, reflet sacré durant mes heures placides de la\nformidable ténèbre qui m’a vaincu !\n  Ombre bienveillante de mon désespoir trop calme, au-\ndessus des flots pacifiés en la nuit du fleuve résigné qui\nretourne toujours à la mer, à la mer qui chaque jour essaie\nde le repousser — ah victimes dolentes, ne nous attirent pas\nce qui nous rejette? — je vois, oh laissez moi les voir! je\nvois voleter — falotes, folles et folles chauves-souris —\nvoleter dans l’ombre les ombres de mes volontaires illusions ;\net je me repais du spectacle amer de ma vie, de ma seule vie.\n\n\n\n                  DANS UN CIMETIÈRE.\n\n                              En hommage à J. M. de Hérédia.\n\n  Je vais au long de ma destinée, si lent et si lâche, car je\nne parviens, ô rage, à me découvrir quelque but, sinon d’être\nl’éternel et fol errant des désespoirs que je n’aurai point\nsubis.\n    Or, sachant qu’en telle ville du Nord régnait une peste\naff reuse, l’étrangeté d’une terreur qui doit être vraie, m’atti­\nrant — car cet effroi ne peut être surmontable d’une mort\nplanante, imminente et inévitable — vers son fleuve putréfié,\nj ’allai et le fleuve était encombré — et le port — d’énormes\nnavires immobilisés par la désertion ou la mort de leurs\néquipages; et je contemplais avec je ne sais quelle joie mau­\nvaise — et sociale, qui sait? — ces énormes capitaux rendus\nimproductifs par l’universelle peur et l’égalitaire faux.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "  Mes yeux tournés vers le nord de mon âme.                  343\n\n\n\n   Mais par la route que je suivais, avant de pénétrer dans\nla ville désolée, je devais traverser le cimetière.\n  Et j allais, lent et silent, par un parc où des arbres cente­\nnaires jetaient leur ombre bienveillante, et sauf l ’unique\nallée où je marchais, le sol était couvert de dalles encadrées\nde la seule résistante verdure des gazons.\n  Et des noms se lisaient sur ces pierres si rapprochées que\npour aller de l’une à l’autre, des femmes vêtues de noir, ah\nsi belles et si dolentes en leurs deuils extérieurs, médiateurs\nde quelles folles débauches de nos rêves violents, des\nfemmes foulaient de leurs pas indifférents les tombes incon­\nnues. A h les morts innombrables, et toutes ces veuves que\nleur douleur récente rend si belles ! Je continuais ma route\npar l’unique chemin vers les murs proches de la ville.\n  Or, il me semblait qu’ici s’étaient réfugiés tous les vivants\nde la cité, tant étaient nombreux les pâles et attristés visi­\nteurs de ce lieu d’enfin repos. E t comme des regards haineux\net défiants me poursuivaient, je me décidai à obliquer vers\nun bosquet de cyprès, négligé des corrects visiteurs de la\nnécropole. Je vis que là, les tombes étaient encore plus\nrapprochées et que nul nom ne tentait une illusoire immor­\ntalité. Vers ces calmes à jamais, couchés à l’ombre d'éternel?\ncyprès ...!\n  Or, étant resté là, très seul et loin du tumulte mou des\nveuves et des veufs, tout près de ces anonymes et si tran­\nquilles morts, je m’écriai : “ Par où fuir et rentrer dans\nles villes vivantes, car moi qu’ici personne ne connaît, si je\npénètre en la cité maléficieuse et pestilentielle, j ’irai baiser\nsur sa bouche homicide le premier misérable rencontré, tant\nm’attire ce merveilleux coin de paix où même les arbres ne\nvous connaissent plus. Mais, pauvre esclave de ma liberté\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "344                                            la Wallonie.\n\n\nhasardeuse, ce serait poser un acte que je ne puis signer\nmoi-même ! „\n Et fuyant toutes tombes, oubliées et fêtées, bousculant\ndouleurs fausses et terreurs vraies, je courus vers le navire\nqui m'attendait, car je voulais échapper aux traîtreuses\nembûches de la mort ignorée qui m’appelait de toute son\nalliciante volupté.\n\n\n\n                 L E TEM PLE D ’EFFROI.\n\n                                               à Verhaeren.\n\n  Echappé enfin des rues tortueuses et sinistres de la ville\nescarpée, gravie enfin cette éternelle montée d’où nul horizon\nne se laissait entrevoir et contemplé enfin le couronnement\nde tout cet épouvantable désarroi : le Temple est là.\n  Un cirque fabuleux, troué d’innombrables baies, comme\ngueules ouvertes et seule la pierre semblait avoir servi à\nsa construction. Or, à travers les nuages, que cette lueur\ndouteuse faisait paraître d’autant plus noirs, plus nombreux\net plus torturés — ah la haine folle et ivre qui planait en\ncette glaciale et tourmentée lueur — par intervalles qu’on\neût dit des prophéties, la lune, morne, éclatante et farouche­\nment insolite, brillait et attendait.\n Le temple était au sommet de la montagne.\n   La cité couvrait la montagne et entourait le temple.\n   Et de chacune des rues aboutissant à la place où se dressait\nle monument, s’évadait un peuple incommensurable qui d’une\ncourse hallucinée et vocératrice — quelle inouie clameur\nd’un universel désir vers cet unique but — d’une course\nhéroïque s’engouffrait par les multiples trouées dans le\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "   Mes yeux tournés vers le nord de mon âme.                 345\n\n\n\ntemple impérieusement colossal. Et ces hommes entrèrent\npendant des temps infinis, de tous les côtés à la fois, sans\nparvenir à le remplir; et quelqu’immense que m’eût paru\ncette ville, où si longtemps et si vainement j ’avais erré,\nj ’étais épouvanté du passage ininterrompu des oriflammes\nmensongères que portaient et suivaient tous ces pauvres\nhumains. Et le même enthousiasme pour les exergues les\nplus contraires !\n  Or, j ’étais là depuis plusieurs éternités, pierre peut-être\nde ce monument étrange, lorsqu’au soudain mugissement de\nfantastiques cuivres, cessa le furieux assaut. Et tandis que\nl ’air se chargeait de ténèbres en tempêtes, l ’ouragan se\ndéchaîna qui passant au travers du temple aux innombrables\nportes, faisait claquer désespérément et comme avec des\nhuées évocatoires de déchirements,les oriflammes splendides.\nEt s’allumèrent, oh fol effort pour vaincre l’invincible, s’allu­\nmèrent tant de flambeaux que tout espoir de les dénombrer\neut été vain. Mais telle ne fut pas ma présomption.\n   Alors à chaque issue apparut un moine énorme, qui Tous,\ndans un geste unique, uniforme et formidable, scellèrent\nd’impossibilité toute fuite par un infini et crucial écarte­\nment de bras. Et les ténèbres vainement refoulées par les\norgueilleuses torches humaines, revinrent, oh puissantes et\nchargées de la suie vomie par les orgueilleuses torches\nhumaines, elles-mêmes.\n  Le temple, un instant illuminé de fallacieuses clartés,\nlance désormais vers la pure ténèbre extérieure, les opaques\nnuages des lourdes fumées dont il est empli.\n  Et tandis que mugissent et rugissent, clamorent et clan­\ngorent les cuivres, les peuples, les flammes et les drapeaux,\nun immortel effroi s’échappe du temple avec l’irradiation\nincessante des ténèbres.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "346                                            la Wallonie.\n\n\n  Et ce nuage terrifiant s’étend sur la ville et sur le monde,\ntandis que l ’universelle clameur unie en un son, compréhen­\nsible enfin, blasphématrice, jette au ciel, ce Verbe déten­\nteur de toutes terreurs : “ Sophia ! „\n  Alors poussant un cri aussi horrible que ceux des lamen­\ntables victimes enfermées dans la sombre arène, et sans\nsonger que plus vite que n’iront jamais mes pas, la fumée\ns’épand,je m’enfuis par les rues et les ruelles à travers le\ndédale de ces bâtisses désertées, vers les campagnes aussi\ndésertes, car toute l ’Humanité à cette heure est enfermée\ndans le temple d’Effroi dont elle ne sortira jamais.\n\n                                        Pierre -M. OLIN.\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "       CHRONIQUE                LITTÉRAIRE.\n\n\n\n        Stéphane M a l l a r m é ; vers et proses .\n\n  Tous les lettrés se réjouiront de,la publication, chez Perrin,\nd’un “florilège,, relativement très complet de vers et de proses\nde Stéphane Mallarmé. Ce livre était attendu depuis des années\npar tous ceux à qui l’œuvre du maître avait dû rester en\ngrande partie étrangère, cachée dans des éditions restreintes\nou dispersées en des livraisons de revues.\n   L e livre a paru trop tard pour que nous en puissions faire\nl’objet d’un article de quelque étendue, ainsi que nous\nl’eussions désiré; mais quelques lignes, malheureusement trop\nbrèves, sont à écrire.\n  Ces pages pourtant si parfaites, Stéphane Mallarmé ne\nles considère, je crois, que comme des fleurs cueillies au\nhasard et puis jetées le long de la route où il marche vers ce\nbut d’une Œuvre grande et soudaine, l’Œuvre décisive où\nun concept métaphysique s’exprimerait selon les harmonies\nde la parole. Mais le présent album contient déjà toute une\nesthétique mêlée aux poèmes admirables qui grandiosement\nl ’illustrent.\n  L ’œuvre d’art a une vie en soi, ou du moins faudrait-il\nqu’elle n’y manquât jamais. Elle se présente à nous comme\nun être venu d'autre p a rt; ce n’est pas un homme qui nous\nparle en elle, — elle nous parle d’elle-même.\n  L ’idée exprimée par des vers doit donc se révéler comme\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "348                                             la Wallonie.\n\n\n\nune idée nouvelle et, (les idées générales étant du domaine\ncommun), le labeur du Poète sera de la faire surgir en un\ntel ensemble de concordances harmonieuses qu’elle appa­\nraisse au lecteur comme inséparable de celles-ci, et par consé­\nquent avec les caractères de la chose inconnue, puisqu’il ne\nla vit jamais auparavant environnée de ces similitudes\nrayonnantes.\n  Mais nous ne pouvons connaître que ce qui se trouve en\nnous ; d’autre part, une idée ne s’éveille de nos songes comme\nintégralement neuve que dans l’éclair de la découverte, sous\nl ’éternelle et jeune parure dont l’enveloppe pour nous la joie\nde la création. Le Poète fera donc parler en son œuvre ce\nqu’il y a de plus constant dans l’homme pour qu’elle s'adresse\nà tous les hommes, puis il la douera de la vie intérieure qui\ndoit faire de cet assemblage de mots un microcosme distinct\nde lui-même. Mais cette vie ne sera que la vie latente,\net, — comme la bouteille de Leyde ne jette son étincelle que\nsi nous en approchons le doigt, — elle se manifestera en la\nseule Idée qui sera venue assez près d’elle pour s’éblouir de\nsa jaillissante clarté. Ainsi l’idée et l’œuvre d’art elle-même\nseront pour nous inattendues et s’illumineront comme toutes\nnouvelles en la joie que nous eûmes un instant de les créer.\n  Cette suggestion cachée du Poète au lecteur, Stéphane\nMallarmé l’a apportée, avec ses compléments de gestes\nmystérieux, d’images     apparues comme confidentielles et\nradieuses avec plus de magie — et, en son tour seigneurial\nd’harmonieusement traduire le cri de l’humanité, une manière\nsoudaine d’évoquer l’éparse Beauté qui chuchote sous nos\npas. Mais ce qui lui appartient plus spécialement en propre,\nen tant que trouvaille d’esthétique, c’est d’avoir aperçu pour\nl’œuvre d’art la nécessité d’une vie absolue, en dehors de\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "  Chronique littéraire.                                    349\n\n\n\nnous qui la lisons, en dehors de celui-là même qui la conçut,\n— celle-là seule qui se réalise dans l’immatérialité aux\nrégions de la pure Musique. J ’ai tâché brièvement de mon­\ntrer l’union logique et fatale de ces deux principes.\n  C’est à eux qu’il faut rattacher la manière d’art de\nStéphane Mallarmé et bien des pages seraient à écrire à ce\nsujet si déjà nous n’avions discuté ici et ailleurs à plusieurs\nreprises ce qui touche à la forme du vers. Il convient de le\nnoter pourtant, le mot musique doit être entendu dans son\nsens le plus large lorsqu’il s’agit de Stéphane Mallarmé.\nComme la μουσική des Grecs, il implique toutes les relations\ndes idées et des plastiques en leur suprême ordonnance avec\nles rythmes et les harmonies, rapport simple et complexe\ndont l ’unité formelle apparait en l’œuvre d’art, dont l’unité\nmétaphysique se cache au point vertigineux où le Soi se\nconfond avec Dieu. Et, — comme les marbres des bas-reliefs\nne doivent point rappele les matériaux de construction qu’ils\nauraient pu devenir,— ainsi, pour exprimer ces concordances\nharmonieuses, la Parole doit-elle perdre toute visible\nsemblance avec le quotidien langage, afin que chaque mot\nd’un poème révèle sa nouveauté merveilleuse en la bouche\nqui le profère à la vie surnaturelle du rythme.\n\n                                       A lb e r t MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "           CHRONIQUE MUSICALE.\nChants de l a M er et des Grèves (1) par Georges F l é .\n\n  Un tout petit recueil d’une douzaine de chansons sans\naccompagnement; ce sont des airs simples, frustes, qu’on\ndirait glanés dans la tradition populaire, tant ils ont de saveur\nfranche. On y retrouve le ton de fine grisaille des chants\nbretons; la gamme sur laquelle quelques-uns de ces chants\nsont construits accentue encore cette r essemblance.\n  On ne peut parler de personnalité artistique dans ce cas\ntout particulier d’un auteur qui s’applique à dépouiller toute\nmarque individuelle pour acquérir, au contraire, ce cachet\ngénérique qu’on appelle caractère populaire. A ce point de\nvue, M. Georges F lé a complètement réussi, et ses Chants de\nla Mer et des Grèves font absolument illusion.\n  Sous la gangue abrupte, sous la forme rocailleuse, ce parfum\nspécial, le sentiment populaire se développe avec intensité.\nLes chercheurs d’épaves, Celui qui revient, La mer jalouse, Le\nchant du filet, sont les pièces les plus colorées de ce petit\nrecueil.\n  Comment arriver à cette justesse d’accent et cette sim­\nplicité d’expression, en cette période artistique de transition\noù la musique désorientée se cherche elle-même, incline aux\nexagérations ? A force de métier, de truquage ? Ou bien tout\nnaturellement, parce qu’on sent d’une façon primitive ?\n   Nous penchons, pour ce qui concerne M. Georges F lé, vers\nla seconde hypothèse, à cause de la sincérité qui se dégage\nde ses Chants, comme un relent fort et robuste.                M. R.\n\n  (1) Chez Vanderghinste et Vanderauwera, 16, rue des Sables, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "                        NOTES.\n\n\n\n\n          LE DÉVELOPPEM ENT PERSONNEL.\n\n\n\n   Au moment de disparaître, nous voyons resservir à la\njeunesse littéraire des théories que nous pensions disparues\ndepuis longtemps. Aussi, croyons-nous bon de reproduire\nl’excellent article que voici; nous l’empruntons à une vail­\nlante revue nouvelle : L a lutte pour l'Art.\n  „ Aux jeunes, de toutes parts, les critiques fervents autant\nque les critiques appesantis, crient à travers les barres de\nleurs feuilletons hebdomadaires “ Soyez personnels, soyez\noriginaux ! „ A les entendre, on les croirait décidément\nrevenus des déserts mornes et léthargiques vers les Chanaans\nde la vie et, néanmoins, dès qu’il s’élève d’entre les écrivains,\nquelqu’un de vraiment franc et sincère, quelqu’un qui se\nregarde et qui s’exprime, critiques rances et souvent critiques\nvaillants tombent — il n’importe que les motifs soient\ndifférents — avec ensemble et colère dessus. Leurs bourrades\nenveloppent surtout les tout premiers.\n  “ Un nom nouveau ? Qu’est-ce, quoi, d’où vient-il, pourquoi\nvient-il, l’avons-nous appelé, de quel droit signe-t-il une\nsuite de caractères laborieusement alignés en son honneur\npar de patients typographes ? „\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "352                                               la Wallonie.\n\n\n\n  „ Eux qui exigeaient des élus qui renouvelleraient l’art ont\npeur, dès que seulement un nom inédit leur apparaît.\n  ,, Qu’ils le veuillent ou non, ils sont à l’égard des poètes\net des écrivains, hostiles. Ils se sentent diminués par eux,\nrelégués au second plan. Si leur travail d'érudition et leur\ngoût les poussent à analyser le passé, ils ne sont que les\népousseteurs des bustes des hommes de génie. S’ils se\ntournent vers les modernes, ils ne vivent que grâce aux\nœuvres glorieuses et éclatantes dont ils s’emparent comme\nles parasites se logent aux carapaces merveilleuses de bêtes\nmarines. Ils ragent de ne pouvoir être que par ce qu’ils\ndétestent. Ils abordent l ’art,l’esprit tavelé de préjugés, picoté\nde mesquinerie, racorni de défiance. Ils se croient diminués,\nsitôt qu’ils parlent en dehors de la tradition et du bon sens,\naux lyriques et aux visionnaires. Ils sont entêtés comme les\nbarres de fer des conventions dont ils frappent tout dévelop­\npement profond et personnel.\n  „ Le développement personnel !\n  „ Non, mais y a-t-il chose plus délicate au monde, si l’ on\nsonge qu’une nouvelle vision de la beauté en dépend ? Un être\nest organisé de telle exceptionnelle manière, que directement\net comme miraculeusement par une frêle mais unique réunion\nd e qualités ataviques, il découvrira ce que personne avant\nlui n’a ni pensé, ni senti. Seul le problème est de savoir\ncomment ce privilégié arrivera à ses destins.\n  „ La critique intervient et dit : “ Je suis le guide, je\nconnais les chemins droits, les terrains solides, les routes\npar où passèrent les grands génies des siècles morts — qu’il\nvienne ! J ’ai pour affermir ses pensées encore tremblantes,le\ncorset des prosodies et pour arrondir en période son naïf\nlangage, les tournures grammaticales, — qu’il vienne ! J ’ai\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "  Notes.                                                   353\n\n\n\npour parrains à lui proposer, des hommes vieillis sous des\ncoupoles dorées, assis en des fauteuils de velours vert, firma­\nmentés de décorations zodiacales, — qu’il vienne ! J ’ai pour\nrécompenser la docilité de son esprit, une carrière plane et\nunie, où il n’aura qu’à avancer machinalement l’un pied\ndevant l’autre, pour arriver à un immense arc de triomphe\nd’éditions empilées les unes par dessus les autres, — qu’il\nvienne ! „\n  „ Et la critique est imposante, grave, en cravate blanche,\nen habit cérémonial. Elle détient pour se donner contenance,\nles textes célèbres, les raisonnements acquis, les adhésions\nillustres'. Elle connaît les syllogismes et les dilemmes. Elle\nest forte de l'unanime consentement de la masse qui -apprend\net retient, mais n’innove jamais.\n  „ Et néamoins le devoir le plus net de celui qui se sent\nquelqu’un, est de ne pas croire un mot de ce que lui chante\nla critique. Au contraire.\n  „ Son destin est de se chercher et de se trouver lui-même\nen lui-même, malgré toutes les difficultés de cette marche en\npay s vierge, à travers la forêt de sa sensibilité et de sa\nraison. S’il se trompe, s’il pousse en telles directions con­\ntraires, qu’importe : la fausse route vaut mieux encore que\nla route banale. Mais s’ il est armé d’une individualité nette,\ns’il est tenace, patient, aciéré, s’il écoute ces voix étranges\net lentement indicatrices qui partent des tréfonds d’une âme,\nsans qu’on les comprenne immédiatement, s’il a confiance en\nson instinct plus qu’en n’importe quel raisonnement doctoral,\ns’il est l’humble et le silencieux chercheur et ne redoute\npoint les contradictions temporaires qui se dissiperont un\njour, certes, il arrivera.\n  „ S’écouter soi-même n’est-ce point l’unique règle, si, bien\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": "354                                               la Wallonie.\n\n\n\nentendu, on s’écoute avec intelligence et bonne foi ? N’est-ce\npoint aussi la vraie et merveilleuse joie ? Dites, l ’ivresse\nd’indépendance, le mors aux dents vers l’inconnu, la frénésie\nde découverte ? Dites, comme en de tels instants on se sent\ntout à coup le maître de l’impossible ?\n  „ Ridicules alors toutes considérations sur les tares et les\ndéfauts, sur les mérites et les qualités, sur le permis et le\ndéfendu, sur la prudence et le danger. Ridicules, par cela\nmême qu’il est impossible d’affirmer soit le mérite soit la tare\npuisqu’ils sont mêlés, fondus, enchevêtrés, et se combinent\npour produire cette personnalité si anxieusement naissante.\nRidicules encore, parce que ce qui est défaut chez tel poète\nest qualité chez l ’autre, parce que c’est d’après l’ensemble\nqu’il faut juger et non pas d’après un émiettement.\n  ,, Ridicules et absurdes, les freins et les lisières puisqu’on\nne lie pas une explosion de vie ni une fermentation de talent.\n  „ Au reste, l’artiste se traduisant crûment, naïvement,\ntotalement, finit toujours par concilier ces deux éléments\nqu’il porte, ainsi que toute l ’humanité, en lui : l’ardente\nliberté et l’ordre. Seulement cet ordre il doit le trouver non\npoint en des formules extérieures, usées et séculaires, mais\npeu à peu, dans le développement même de sa nature.\nAu fur et à mesure que les œuvres naîtront il le sentira\ngermer, vaguement d’abord, pour un jour le conquérir.\nE t dès qu’il en sera conscient, une harmonie faite pour son\nindividualité, une harmonie nouvelle se résumera avec une\nsimplicité entière.\n  „ Pour arriver à cet épanouissement total, peut-être\nsuivra-t-il quelques préceptes admis, quelques lois promul­\nguées déjà par d’autres. C’est qu’alors il se les sera assimilées,\nil les aura transmuées en lui, si bien, que de générales elles\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "     Notes.                                                              355\n\n\n\nlui seront devenues individuelles. Plus toutefois sera forte sa\npersonnalité, moins de tels alliages auront lieu. V oilà, nous\nsemble-t-il, le vrai développement artiste.\n     „ Jamais — qui en doute ? — de semblables énonciations\nne seront admises par la critique. Ceux qui les gardent en eux\nles conservent à cet étage d’esprit où l’échelle des discussions\nne peut atteindre. E t la raison pour laquelle aucune critique\nne les recueillera est que : les uniquement approuver serait\nmettre fin à tant de jugements faciles et courants, à toute\ndissertation inutilement documentée et pour la plupart\nà l’impuissance de la pionnerie. „\n\n\n     Ou a parlé de la Wallonie à la Chambre de Bruxelles ; et\nen quels excellents termes !\n  Voici : à la mort de M. Emile de Laveleye, notre ami\nMahaim reçut une partie seulement de la succession scien­\ntifique de son ancien maître à l’Université de L iége, lorsque\nM. de Laveleye lui-même eût voulu la lui léguer tout entière.\n  Mais, d’après M. Wœste, M. Mahaim aurait dû ne rien\nobtenir du tout. En effet, non content d’un passé littéraire\nqui en soi est toujours une ta r e , M. Mahaim doit se\nreprocher d’avoir aggravé ses torts en s’occupant de la\ndirection de la Wallonie, revue considérablement subversive\nau double point de vue politique et s o cia l, puisque\nM. Demblon y publia des vers et des poèmes en prose.\n     Tous ceux qui s’obstinaient à nous demander pourquoi\nla     Wallonie disparait        (*), cesseront désormais de nous\nimportuner sans doute.— L a Wallonie pourrait-elle survivre\nau discours de M. W œste ?\n\n     (*) Voir pourtant la note explicite parue dans le n° de janvier dernier.\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "356                                               la Wallonie.\n\n\n\n  Au moment de mettre sous presse, nous recevons le\ntélégramme suivant :\n  Impossible répondre lettre. Ai remis jour en jour et pas\ntemps maintenant. Pouvez confirmer qu’aime la mer et aime\nKnocke, et puis vaguement cousin Demolder; suis donc\nFlamand tant qu’on voudra. Flamand vaut bien Hongrois ;\nmais vive Nameur po tot! Avais préparé paquet documents\nfamille à propos tombeau ancêtre, mais ose pas envoyer;\nauriez appris Demolder origine Samoyède. En e ffe t,\nDemolder aime caviar, aime mammouth, bon mammouth\ngelé; mammouth lui-même, mais pas gelé; petite cousine\narrière-grand’père Demolder a failli naître non loin de\npresqu’île Samoyède ; découvert, en Sam oyédie, pierre\ntumulaire avec inscription D H E M X H O LK D E R A ÏNXST qui\ndésigne évidemment Demolder.\n Nys trouve aspect Demolder étonnamment samoyède.\nMoi, hésite encore. Bien à vous.\n                                           F é l ic ie n R O P S .\n\n\n  VONT p a r a î t r e : Chez Bailly, 11, Chaussée d’Antin,\nChevaleries sentimentales, par A. Ferdinand Hérold, livre de\nvers avec frontispice de Redon. Prix : six francs.\n  Chez Vanier : petits Poèmes d’Automne, livre de vers;\nMerveilles, poèmes en prose, par Stuart Merrill.\n  Vaillant —Carmanne a sous presses les Jardins d'Adonis,\npar Achille Delaroche; en souscription dans nos bureaux :\nquelques exemplaires sur japon à 20 francs (déjà souscrits);\ntirage à petit nombre sur hollande avec frontispice : 10 fr.;\nsur papier teinté, sans frontispice : 5 francs.\n  Paraîtront sous peu du même poète, Aénor et le Graal,\nlivres de vers que nous avons déjà annoncés.\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "  Notes.                                                    357\n\n\n\n  Floréal, la vivante revue liégeoise, qui a su dès la première\nannée se hausser à un si pur niveau d’art, va se transformer.\nParaissant désormais deux fois par mois, elle publiera des\nœuvres d’artistes modernes, des reproductions des chefs-\nd’œuvre de l’art mosan avec des notices explicatives, et,\nchaque mois aussi, une légende ou une chanson populaire du\npays wallon. On doit applaudir hautement au souci d’art\nconstant et à la vie juvénile qui caractérisent ce groupe\nsympathique, et notre désir serait que ces amis recueillissent\ntoute la succession de la Wallonie au moment où elle va\ndisparaître.\n\n  Nous signalons avec joie l’apparition à L iége de deux\nnouvelles revues. L a Revue wallonne, dirigée par M. Maurice\nW ilmotte,bureaux chez Bénard,éditeur,rue Lambert-le-Bègue\ncontiendra chaque mois des articles de critique littéraire,\nartistique et musicale, une chronique politique et sociale,\ndes études sur le folklore wallon, la littérature patoise, l ’art\nmosan, sans préjudice des pages purement littéraires qui y\nauront large place. L a personnalité du directeur suffit à\nprouver quelle sera la particulière valeur de cette publica­\ntion.\n   Wallonia, revue mensuelle dirigée par O. Colson, J.\nDefrecheux et G. W illame publiera une série de légendes,\nde chansons populaires du pays wallon et s’attachera à tirer\ndu folklore de nos régions tout ce qui peut intéresser un public\nlettré et curieux des choses nouvelles, (prix : 3 francs l’an;\n88, rue Bonne-Nouvelle, L iége). Et quelle joie pour la\n Wallonie d’être continuée en latin !\n  Recommandons enfin D ie B lätter f ür die K ùnst, où nos\namis d’Allemagne publient chaque mois de beaux vers et\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "358                                                     la Wallonie.\n\n\n\nd’excellentes critiques.. L e dernier numéro de cette revue\nhautement idéaliste contient, entre autres pages, la traduc­\ntion par Stéphane George de plusieurs poèmes de Stéphane\nMallarmé, Paul Verlaine, Henri de Régnier, Jean Moréas.\n— Bureaux : 9, Lothringer Strasse, Berlin.\n\n\n  D ’une lettre particulière adressée à l’un des nôtres par\nM. Albert Giraud, nous extrayons le passage suivant qui\nsera lu avec intérêt :\n  “ Pas plus que vous je ne crois à une littérature belge. Je\npense que nos écrivains sont des écrivains français et j ’ai\nhorreur des patois et des patoisants ; mais je pense que nous\navons un accent particulier, qui me paraît septentrional.\nJe ne sais pas si j ’ai écrit autre chose, mais je n’ai jamais\nvoulu écrire autre chose (*).\n  Quant à nos idées esthétiques, elles diffèrent en ceci que\nvous êtes partisan de la suggestion à la Mallarmé, et que\nje suis, au contraire, partisan de l ’œuvre classiquement\ncomplète. Vous demandez au lecteur d’être une sorte d’inter­\nprète et de collaborateur. Moi, je demande au poète qu’il\nimpose sa conception au lecteur... „\n\n\n   (*) La question serait précisément de savoir si ces caractères particu­\nliers sont communs aux Flamands et aux Wallons, ce que nous ne pouvons\nadmettre. Outre l'influence de la France, que ressentent les deux races,\nles Flamands reçoivent celle de l’art anglais tandis que les Wallons se\nrapprochent de l’art germanique pur. 11 paraît donc que Flamands et\nWallons ne trouvent à s’ unir qu’à Paris, non pas en Belgique, et voilà\ncontrouvée à nouveau l'hypothèse d’un art belge, que la diversité des\nraces ne rend guère possible. Mais nous retenons avec plaisir les paroles\ndu poète do la Jeune Belgique, dont l’ art si pur ne relève d’ailleurs que\nde la mère France.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "  Notes.                                                     359\n\n\n\n  L a P l u m e , 31, rue Bonaparte, met en' souscription une\nplaquette d’Adolphe Retté : PARADOXE s u r l ’AMOUR.\n  Tirage à 154 exemplaires numérotés : 4 exemplaires sur\nhollande à grandes marges, hors commerce ; 150 exemplaires\nsur simili-hollande à deux francs. — Eau-forte d’Emile\nH. Meyer. — I l n’est fa it ni services de presse ni dépôt chez\nles libraires. Cette édition ne sera pas réimprimée.'\n\n\n  Notre am i Demblon reprend au cercle littéraire liégeois ses\nconférences sur la littérature française. Cette année il ana­\nlysera, en quinze soirées, l’œuvre du X V II Ie siècle en France.\nCette période comprenant la Révolution française, il n ’est\npas inutile de faire remarquer que les conférences restent\nstrictement littéraires, ce dont il convient de nous féliciter,\npar ce temps de littérature sociale. Les souscriptions sont\nreçues chez le secrétaire du cercle, 16, rue de Jupille, à\nLiège. L a cotisation reste fixée à 10 fr. pour les 15 confé­\nrences.\n\n\n  La table des matières de la septième année de la Wallonie\nsera envoyée prochainement, en même temps qu’une table\ngénérale de toutes les productions littéraires publiées dans\nnotre Revue pendant ses sept années d’existence.\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": ""}, {"page_pdf": 386, "texte": "                                                   Su p plém en t           à       la    W a llo n ie .\n\n\n   L ’un des nôtres prie ceux de ses amis à qui   Flaubert :         trois Contes.                           Hermann Suchier : édit. de Aucassin etNicolete.\nil a prêté ses livres d’examiner avec attention                      l’Education,                            Eekhoud :           Kees Doorik (édit. in-32).\ns’ils ne détiennent pas injustement quelques-     Maupassant :       une Vie.                                                    Kermesses,\nuns d’entre eux et particulièrement :             Daudet :           Sapho.                                  Rodenbach :         du Silence.\n                                                  Miclielet :        la Femme.                               Goffin :            Delzire Moris.\nStendhal.    la Chartreuse de Parme,\n                                                  Lemonnier :        Paris-Berlin.                           Jeune Belgique :    Parnasse,\n             de l’Amour,\n                                                                     un Coin de Village,                     Picard :            la Forge Roussel.\nBalzac :     le Père Goriot.\n                                                                     un Mâle ( l re édition).                Picard, Lemonnier, etc. : Anthologie des prosateurs\n             Théâtre complet.\n                                                                        id.   (2e édition),                                              belges.\nHugo :       R uy Blaz (1re édit.).\n                                                                     le Mort (édit. de bibliophile).         L. Hetmna :         les Fumistes wallons (avec aqua­\n             Notre Dame.\n                                                                     Happe-Chair (lre édition).                                    relles et caricatures marginales.)\n             Bug Jargal.\n                                                                     l’Hystérique.                           Merrill :           les Fastes (avec ou sans reliure).\n             Han d’Islande.\n                                                                     Histoire de huit bêtes.                 Ghil :              Geste ingénu ( l re édit.).\nHumboldt :   4e volume de Cosmos.\n                                                                     Dames de Volupté.                       Grif/in :           les Cygnes (premiers poèmes),\nMusset :     Poésies complètes (édit. in-32).\n                                                  Villiers :         l’Évasion.                              la Pléiade :        collection, l l'e série,\nGautier :    Emaux et clamées,\n                                                                     Histoires insolites.                    la Vogue :          lre série.\nHuysmans     à Rebours,\n                                                                     l ’Eve future.                          Revue indépendante : première année.\n             en Rade.\n                                                  Edg. Poe :         Aventures de Gordon Pym.                Fétis :            Théorie de la Musique.\nBarbey :     le Chevalier Destouches.\n                                                                     Histoires grotesques et sérieuses.      dom Polluer :       Chant grégorien.\n             Ce qui ne meurt pas.\n                                                  Leconte de Lisle   Poèmes barbares.                        J.-S. Bach:         Passion selon St-Mathieu.\n             Goethe et Diderot.\n                                                                     l’Iliade.                                                   Toccatas.\nG oncourt.   1er volume du Journal,\n                                                  Verlaine :         Sagesse (éd. de la libr. catholique).                       Actus Tragicus.\n             la Faustin.\n                                                                     Jadis et naguère,                       Ch.-Ph.-E. Bach :   Sonates.\n             Renée Maupérin.\n                                                  Rimbaud :          les Illuminations.                      Beethoven :         Sonates (piano et violon).\n             Sœur Philomène.\n                                                  Catulle Mendès : Intermezzo.                               Wagner :            der Ring der Nibelungen (poèmes).\n             les Frères Zemganno.\n                                                  Heine :            Reisebilder.\n             en 18***.\n                                                  Ibsen :            Revenants.\nZola .       la Curée.                                                                                         N.-B. — Plusieurs de ces volumes portant\n                                                  L e Fanu :         Uncle Silas.\n             son Excellence Eug. Rougon.                                                                     des dédicaces, on fait observer qu’ils seront\n                                                  Tourgêniev :       Pères et enfants,\n             la faute de l’abbé Mouret.                                                                      mieux placés chez le légitime propriétaire que\n                                                                     étranges Histoires,\n             l’Assommoir,                                                                                    dans la bibliothèque des détenteurs actuels.\n                                                                     les Eaux printanières.\n             une Page d’amour.\n                                                  Gontcharov :       Marc le nihiliste.\n             Pot-Bouille.\n                                                  Tolstoï :          Katia.\n             au Bonheur des Dames.\n                                                                     les Cosaques.\n             Germinal.\n                                                                     Sonate à Kreutzer.\n             les Romanciers naturalistes.\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": ""}, {"page_pdf": 388, "texte": "                     TABLE           DES M A T I È R E S .\n\n\n                                pour l’Année 1892.\n\n             Albert A RN A Y.                                  A rthur DUPONT.\n\nLes livres,                     55.           les Hiboux.                                                 187.\n  Loth et ses filles.\n  Strophes d’amant.                                            Max ELSKAMP.\n  Tourmentes.\n  Journal des Desirée.                        S a l u t a t io n s   d o n t d ’ a n g é l iq u e s   :\n  l’Ornement des Noces spirituelles.              pleine de Grâces, III.          308.\n  Épisodes.                                       pleine (le Grâces, V,           300.\n  Contes d’ Yperdamme.                            Consolatrice des Affligés, III, 310.\n\n            E dm om d      BAILLY.                         André FONTAINAS.\n\nCendre de Lys,                        50.     dans l a      Forêt :\nDoufance,                            115.        Chevauchée.                                          324.\n                                                 une Voix,                                            333.\n          H ecto r    CHAINAYE.\n                                                            G e r m a in e FRANCK.\nVivre,                                25.\n                                              Paysage de Givre,                                       300.\n          F r a n ç o is   COULON.\n                                                             G e o r g e s GARNIR.\nEuryalthès (Prélude).                171.\n                                              les Femmes de Songe,                                    327.\n         A c h i l l e DELABOCHE.\n                                                                 André GIDE.\nJardins d'Adonis.                    26 6 .\n                                              Lagune» ,                                                   28.\n    C h a r l e s DELCHEVALEBIE.              Octobre,                                                    29.\n                                              VOYAGE a u S p it z b e r g :\nCelle qui s’éveille,                  18.        1re partie. Voyage sur l’O­\nLittle Sketches. XXI11,              165.             céan pathétique,                                121.\nen la Clairière.                     312.        3 me partie. Voyage vers\nMysticité,                           314.             une Mer glaciale.                               275.\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "  62                                                                                   la Wallonie.\n\n\n         J o s ê -M a r i a d e HÉRÉDIA.                             S t é p h a n e MALLARMÉ.\n\n le Combat,                                      214.     Sonnet,                                       213.\n\n           A . F e r d in a n d HÉROLD.                                  Géo MAUVERE.\n\n Noniva,                                           33.    la Trêve Iles Flûtes.                          113.\n la Fille aux Ètoiles,                             89.\n Carmen Amœbœum,                                   92.                  S t u a r t MERRILL.\n du V it r a il des    S a in t e s :\n  Praxedis,                      101,                     P e t it s p o è m es d’ A u t o m n e :\n  Blandina,                     102,                        Dédicace,                                    16 1.\n  Elisabeth,                    103,                        Désespoir,                                  16 2.\n  Richardis.                    104.                        Mort,                                        103.\n  Eulalia,                      103,                        Néant,                                       104.\n  Bibiana,                      •100.                       Guirlande,                                  293.\ndans la Tristesse de l’Automne, 271.                        Royauté.                                     290.\n                                                            Vers.                                       297.\n            T r is t a n K L IN G S O R .                la Princesse qui attend,                       293.\n\nCelui de lu Légende chante,                     174.                    A l b e r t MOCKEL.\n\n              Be r n ar d L A Z A R E .                  Albert Giraud, poète,           183.\n                                                         Pénombre.                      332.\nL e s I n it ié s (d ra m e ), 2e P a rtie ,    232.     à clair Matin.              -  333.\n                                                         Les livres,           66, 198, 347.\n       Charles van L E R B E R G H E .                         Coups de plume.\n                                                              l’Ëléphant.\nChanson,                                        304.          Apôtre.\nImage,                                          303.           Les Histoires du chat, du coq\n                                                                 et du trombonne.\n                Pie r r e L O U Y S .                         la joie de Maguelonne.\nAstarté,                                          22.         Stephan George.\nl'Iris,                                          229.         Les Charneux.\nCléopâtre,                                     , 230.         Chansons d’amant.\nSonnet pour un Éventail,                         231.         Daines de Volupté,,\nle Passant,                                      232.         la Fin des Bourgeois.\nla Prairie,                                      233.         Stéphane Mallarmé.\nL a tra g iq u e H is to ir e de C h r y s is ,\n   C o urtis a n e d ’A le x a n d r ie . P r o ­                       P ie r r e -M . OLIN.\n   lo g u e .                                     234.\n                                                         pour Une île mon Imagination, 111.\n       M a u r ic e MAETERLINCK.                         Mélopée,                      337.\n                                                         M es y e u x   to u r n é s v e r s l e nord\nBallades :                                                     d e m on a m e . (Extraits)\n      I,                                       301.         une Promenade.                               33.\n     II,                                       302.         une Forêt en Feu.                           170.\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "   Table des matières.                                                                 63\n\n\n  un Naufrage,                           339.              A. REMOUCHAMPS.\n  dans un Phare,                         340.\n  O m b re ,                             341.   Vers.                                  49.\n  dans un Cimetière,                     342.\n  le Temple d’ Effroi,                   344.\n                                                            A d o lph e R E T T Ë .\n\n          P ie r r e QUILLARD.\n                                                Vers dorés.                           261.\n                                                Les Ennemis de la Lune.               264.\nla Fleur immortelle,                     230.\n\n               H u g u e s R E BELL.                         M a t h . ROBERT,\n\nla Gardienne des Songes,                 107.   les Trépassés.                         43.\nPan et le Saturne,                       226.\n                                                           A lber t SAINT-PAUL.\n          H e n r i d e R É G N IE R .\n                                                Envoi.                                247.\nla Gardienne.                              3.   à Stuart M ...                         248\nE xergues :                                     le Nuage.                             249.\n   Chant alterné,                  220,\n   Présages emblématiques,         221 .                    F e r n a n d SE VERIN.\n   Songes à Voix basse pour\n        Celui qui se lait.         222.         la Dormeuse,                           20 .\nAllégorie.                         223.         la Couronne,                          315 .\nla Main tentée.                    224.         Reine de Thulé.                       316.\nLes livres,             63, 4 1 6 ,1 7 9 .      l'orgueilleuse Lassitude,             318.\n      Poèmes de Swinburne.                      Lied,                                 320.\n     The lntruder.                              Primavera,                            321.\n      Promenades sentimentales.\n      L'Action et le Rêve.\n                                                             C h a r l e s SLUYTS.\n      La Peur de la Mort.\n      Pétales de Nacre.\n                                                de : la Vie latente,                   46.\n      Les Cygnes.\n      Le Miroir des Légendes.\n      Le Rythme poétique.                                   A l b e r t THONNAR.\n      Contes à la Heine.\n      Les Poésies d’ André Walter.              Jean R acine,                          31.\n      Astarlé.                                  vers ta Vie.                           32.\n\n                M a r c e l REMY.                           G a b r i e l TRARIEUX.\n\nChronique musicale.                              V ers :\n    Sciences Hindoues de Ra­                       Sigurd et Brunehild,                 36.\n       way.                    32.                 le Deuil de Brunehild,               37.\n    Chants de la Mer et des                        Sigurd et Brunehild,                 38.\n       Grèves.               3 60.                 les Captives,                        39.\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "   64                                                                   la Wallonie.\n\n\n               P a u l VALERY.\n                                                            A u g u s t e VIERSET.\nArion,                                      30.\n                                                    la Pagode.                            330.\n           E m il e VERHAEREN.\n                                                             G a s t o n VYTTAL.\nC h an s o n s des C a r r e f o u r s :\n      I.                                    23.     Fin de Rêve.                          322.\n     II.                                    24.     Notes,                     71, 119,   351.\nla Ville.                                  16 6 .\nCeux qui se tuent.                         298.\n                                                                   N o tes .\n        F r a n c is VIELÉ-GRIFFIN.\n                                                                               71, 119, 351.\nles Lavandières.                           216.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "7e & DERNIÈRE ANNÉE, N °s IX , X , X I et XII.\n\n\n                              LA WALLONIE\nR E V U E MENSUELLE DE LIT TÉ R A T U R E ET D ’A R T\n\n\n\n\n     Directeurs : A lbert M OCKEL, Pierre -M. OLIN\n                     et H enri de RÉGNIER.\n\n\n\n\n                              SOMMAIRE :\n\n\nLa W allonie\nJ.-M. de Hérédia. . . . L e Combat.\nStéphane Mallarmé . . Sonnet.\nFrancis Vielé-Griffin . . Les Lavandières.\nHenri de Régnier . . . Exergues.\nHugues Rebell ..................... Pan et le Saturne.\nPierre L o u y s .....................L ’Iris.\n                                      Cléopâtre.\n                                      Sonnet pour un Eventail.\n                                      L e Passant.\n                                      L a Prairie.\n                                      Chrysis.\nAlbert Saint-Paul         .   .   .   Envoi.\n                                      A Stuart M...\n                                      L e Nuage.\nPierre Quillard . . . .                L a Fleur immortelle.\nBernard Lazare . . . .                 Les Initiés.\nAdolphe R etté ..................... Vers dorés.\n                                      Les Ennemis de la Lune.\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "Achille Delaroche . . . Jardins d’Adonis (Extrait).\nA.-F. H é r o ld ..................... Dans la Tristesse de l ’Automne.\nAndré Gide . . . . . .                   V oyage vers une Mer glaciale.\nStuart Merrill. . . . . L a Princesse qui attend.\n                                          Petits Poèmes d’automne.\nÊmile Verhaeren. . . . Ceux qui se tuent.\nMaurice Maeterlinck. . Ballades.\nCharles Van Lerberghe. Chanson.\n                                          Image.\nGermaine Franck . . . Paysage de Givre.\nMax Elskamp . . . . .   Salutations.\nCharles Delchevalerie . En la Clairière.\n                                          Mysticité.\nFernand Severin.               . . .      L a Couronne.\n                                          Reine de Thulé.\n                                          L ’orgueilleuse Lassitude.\n                                          Lied.\n                                          Primavera.\nGaston V y tta l ..................... Fin de Rêve.\nAndré Fontainas. . . . Dans la Forêt.\nGeorges Garnir . . . . L es Femmes de Songe.\nAuguste V ie r s e t . . . . L a Pagode.\nAlbert M ockel ..................... Pénombre.\n                                         A clair Matin.\nPierre-M. Olin ..................... Mélopée.\n                                         Mes Yeux tournés vers le Nord\n                                            de mon Ame (extraits) .\nAlbert M ockel ..................... Chronique littéraire.\nM. H .......................................... Critique musicale.\n                                       Notes.\n\n\n\n\n                Ce numéro un franc cinquante.\n\n                                  des Presses de H. Vaillant-Carmanne, à Liége.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-09", "signet_source": "7ème et dernière année - N°9-10-11-12 - Septembre-Octobre-Novembre-Décembre 1892", "preuve": "Numéros lus sur la couverture, PDF 392 (« 7e & dernière année, N°s IX, X, XI et XII ») ; PDF 236 : « Dernier fascicule, 1892 ». Mois non lu sur la couverture ; indices internes : « Juillet, 1892 » (Vers dorés), « 3 Décembre 1892 » (Reine de Thulé), « Août 91 », renvoi au « n° de janvier dernier ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}