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     "texte": "LOHENGRIN, FILS DE PARSIFAL\nI\nOh! qu'ils sont irréparables, même en imagination\nseulement, les soirs de Grands Sacrifices...\nOn avait naturellement choisi ce lever de Première\nPleine-Lune implacable et divine, pour la dégradation\nde la Vestale Elsa, place du parvis Notre-Dame, toutes\ncloches carillonnant les glas de Nox Iræ, en vue de la\nmer éternelle des beaux soirs.\nSur deux estrades inviolablement drapées de linges,\nen vis-à-vis, le Concile Blanc et la Corporation des\nVestales se tenaient; une foule chuchotante entre les\ndeux institutions complétait le demi-cercle, tous debout,\nyeux bleus, verts, gris, effarés d'attente en vue de la\nmer surhumaine des beaux soirs.\nIl faisait grand jour encore; nulle brise de clémence\nà taquiner les brèves flammes des cierges.",
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     "texte": "2\nLa Vogue.\nOr çà, à l'horizon tout enchanté, Notre-Dame d'ap-\nparaîtrej! Oh! en effet, la belle pleine-lune vieil or,\nahurie, hallucinante, palpable, ronde! Si près, qu'on\neût dit un ouvrage des hommes de la terre, quelque\nexpérience aérostatique des temps nouveaux (oui, une\nlune naïve en son énormité comme un ballon lâché!).\nCela jeta un froid, comme toujours.\nEt comme toujours, les crayeuses façades de la place\naux balcons pavoisés des processionnels suaires, et la\nrosace en tombale efflorescence de la Basilique du Si-\nlence en prirent une intéressante pâleur, et semblèrent\nde pauvres vieux bijoux de famille, dans cet enchante-\nment tout neuf, les brèves flammes jaunes des cierges.\nQuelle existence !...\nCependant les carillons sont à bout. Et la foule,\nalors, d'ululer (tous, hommes, femmes, enfants, vieil-\nlards, des soprani grêles) le Stabat de Palestrina, mais\ninfiniment expurgé. Et à ce signal suraigu, la lanterne-\nvolière du Phare de la Déesse de lâcher les mouettes\nconsacrées ! Ah! elles s'envolèrent, en piaulements\nsauvages, tels des oiseaux-phalènes, vers la Grand' Lune,\npuis tournoyèrent à Son Égard; et, après ces dévotions\npréalables, vaquèrent à leur petite pêche des beaux\nsoirs.\nOn s'est assis, ivre naturellement de ces préludes.\nQuel silence !...\nLe Grand-Prêtre aîné de Séléné s'est levé; il accom-\nplit les trois offertoires d'encensoir à l'égard de la\nPleine-Lune, dans le silence polaire; puis dit :\n<< Mes sœurs, comme ces soirs vont décidement à\n<< votre beauté !\n<< Voici que monte sur les infranchissables lagunes\n* de la mer, l'Immaculée-Conception (la seule 1) - Je",
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     "texte": "La Vogue.\n3\n<< vous salue, Vierge des nuits, plaine de glace, que\n<< votre nom soit béni entre toutes les femmes, vous\n<< qui satinez leurs seins distingués et y faites sourdre\n<< les laits nécessaires. »\nLes Vestales se lèvent, et, sauf le dernier rang des\nplus jeunes, encore consacrées au silence, répètent\nl'invocation, - et toutes alors (en trois temps, mais\nnon sans une certaine lenteur de coquetterie bien excu-\nsable) rejettent leur cachemire pâle, défont leur guimpe\nde lin, et exhibent à l'Astre bienfaisant leurs jeunes\npoitrines, - oh I des glandes mammaires, comme\nautant d'hosties, comme autant d'aspirantes lunes; -\nles novices grelottant un peu à sentir durcir leurs\namandes sous la caresse du rayon sacré venu de si loin\nà travers les infranchissables lagunes des mers.\nOr, une d'entre elles, isolée au premier rang, est\nrestée étrangère à cette charmante manifestation, bais-\nsant même la tête plus bas sur son corsage condamné.\nRassuré, le Grand-Prêtre, qui la surveillait, reprend:\n<<< Amandes des seins, sceaux des maternités, tetez\n<< les effluves de l'Eucharistie qui se lève sur les mers,\n<<< et vient faire sa tournée dans vos dortoirs. Car vous\n<< êtes encore ses vierges, dignes d'entretenir ses Mys-\n<< tères, de receler ses philtres et ses formules incanta-\n<< toires, dignes de bénir les brioches de noce. Noël !\n« Noël donc, au Phare Virginal, à la Vigie des Pôles,\n« au Labarum des Sociétés modernes ! »\nIl se rassied. Le vicaire de Diane-Artémis se dresse,\ndoriquement drapé, pâle comme... la statue du Com-\nmnndeur.\n<< Elsa! Elsa! Elsa! » claironne-t-il par trois fois\navec son organe de parfait sectaire.\nLa Vestale isolée au premier rang, la petite femme",
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     "texte": "4\nLa Vogue.\naux seins honteusement tenus cachés, s'avance sur l'es-\ntrade, tête basse, l'air positivement blessée.\n<< Elsa, Vestale assermentée, gardienne des Mys-\n<< tères, des philtres, des formules et du froment des\n<< brioches nuptiales, qu'as-tu fait du sang de ta virgi-\n<< nité? Ah! ah! tes seins savent une autre caresse que\n<< celle si lointaine de la lune, ta chair est inoculée\n<< d'une autre science que le culte; des mains pro-\n<< fanes ont dénoué ta ceinture et brisé le sceau de tes\n<< solitudes ! Que répondrais-tu, par exemple ? »\nElsa articule angéliquement : « Je crois être inno-\n<< cente. O méprises cruelles ! » - (et tout bas : << Mon\n<< Dieu, que de cancans! »)\nLe Concile Blanc passe outred'un même geste convenu.\nEt le confesseur d'Hécate, surgissant à son tour,\ndéroule l'acte d'accusation.\n<< Dans la nuit du etc., etc. >>\n...\n(Rien que des soupçons en somme; des soupçons\nbien empiriques et bien terre-à-terre, il est vrai.)\n«\n...\n-\nLe simple fait d'être soupçonnée publiquement\n<< rend impropre au culte.\nVeuve Elsa, oubliez que\n<< vous fûtes vestale; oubliez, au plus terrible à jamais,\n<< les Mystères, les philtres, les formules et le levain\n<< des brioches ! - Maintenant, veuve Elsa, contemplez\n<< une dernière fois la Déesse; car, selon le rite, si,\n<< sur trois sommations, votre fiancé ne se présente pas\n<< pour vous assumer, on va brûler vos beaux yeux, en\n« les attouchant, le plus délicatement possible, avec\n« l'Aérolithe du Sacrilège descendu parmi nous à la\n<< première lune de l'Hégire et qui repose, vous le\n<< saviez fort bien, sur des langes, dans l'hypogée de la\n« Déesse, tout au fond de la Basilique du Silence.\n<< Peuple! on va faire les trois sommations d'usage. »\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n5\nEt l'on vit bien qu'Elsa ne se donnait même pas la\npeine de lancer un clin d'œil au hasard de cette foule,\nd'où elle n'attendait donc nul chevalier, c'est clair.\nLes matrones la font descendre de l'estrade, la\ndépouillent du cachemire pâle et de la guimpe de lin,\net de ses perles du culte. On noue les perles dans la\nguimpe et le cachemire; et le tout, en un coffret de\nplomb, va sombrer vers les nécropoles sous-marines;\nsaisissante succession de symboles.\nCe qui fait qu'Elsa apparaît en fiancée, au bon\npeuple. - Oh! intéressante et promise, en longue\nblanche robe étoilée de bas en haut d'œils de plumes de\npaon (noir, bleu, or, vert, comme on sait: inais il est\nbeau se le rappeler), épaules nues, bras angéliquement\nnus; la taille prise juste au-dessous des jeunes seins\npar une large ceinture bleue d'où pend une plume de\npaon à l'œil plus magnifique; et sur ce joyau d'œil, la\npauvre tient pudiquement croisées ses petites mains aux\nmitaines bleues ! Mais ses yeux n'en demeurent pas\nmoins succulents comme des bouches, attendu que sa\nbouche entr'ouverte a toute la tristesse d'un regard.\nUn très perceptible chuchotement d'admiration court\nparmi les femmes; et (l'esprit de corps les trouve,\nhélas! toujours prêtes) celles-ci chantonnent:\n<< Heureux ! heureux encore, ma foi, celui qui l'em-\n« mènera sous son toit. Elle a de propres restes; - et\n<< pas dix-huit ans accomplis... si nous ne nous trom-\n<< pons ? >>\nElle ne daigne pas confirmer ce détail irrésistible.\nMais un héraut s'avance, il élève vers le peuple, sur\nune patène, l'aérolithe qui va corroder ces beaux yeux\nsucculents, il sonne aux quatre points cardinaux de son\nolifant d'ivoire, puis...",
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     "texte": "6\nLa Vogue.\n-\n« Si vous sonniez un peu plus sérieusement du\n<< côté de l'horizon des mers ! » lui fait observer Elsa.\n-\n-\n<< Elle se moque ! »\n-\n<< Elle veut nous faire poser. - A l'ordre ! La\n<< clôture de ses yeux ! »\n-\n« Je ne veux rien avoir à me reprocher, déclare\n<< le Grand-Prêtre. Héraut, obtempérez et sonnez plus\n<< sérieusement du côté de l'horizon des mers ! »\nLe héraut sonne dérisoirement du côté de l'horizon\ndes mers; puis il clame :\n« Que celui qui veut prendre pour épouse légitime\n« Elsa, vestale au rancart, s'avance, et le jure à haute\n« et intelligible voix ! »\nElsa ne daigne pas jouer de la prunelle; elle tourne\nle dos à la cérémonie, semble inspecter l'horizon des\nmers.\nEt personne ne dit mot. - Bien des mères ont mis\nleurs fils sous clef.\n-\nElle est trop fière aussi !\nLes deux autres sommations restent sans écho.\n« Adjugé ! »\nElsa se précipite : -<< Oh! qu'on me passe un miroir,\n<< avant! »\nUu jeune homme sort de la foule et lui tend un\nmiroir de poche (et tout bas : « Oh! m'aimerez-vous ?\n<< Me suivrez-vous partout avec des yeux fous, si... »\n-\n« C'est inutile. Merci bien. »)\nEt voilà qu'elle se mire et s'admire; et au lieu de se\nlivrer à des élégies sur le sort de ses yeux, elle arrange\nsa coiffure, lisse l'arc de ses sourcils, et arrange,\narrange encore ses cheveux.\n(Quelle absence de sens moral!)\n-\n<< Maintenant, on voudra bien me laisser faire un\n<< bout de prière vers la Lune, je pense ? »",
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     "texte": "La Vogue.\n7\nSans attendre qu'on en délibère, Elsa s'agenouille sur\nle sable du rivage, et voici que, tendant vers l'horizon\ntout enchanté des mers ses petites mains aux mitaines\nbleues, elle se met à psalmodier:\n<< Bon chevalier qui m'apparûtes dans cette nuit\n<< fatale et mémorable, chevauchant grand cygne lumi-\n<< neux !\n<< Délaisserez-vous votre servante? Vous le savez\n« bien, fatal chevalier, que mes yeux succulents et ma\n« bouche triste sont à votre merci, et que je vous en\n<< suivrai partout avec des regards fous. Ah! j'ai la\n<< chair encore toute évanouie de votre vision, et (met-\n« tant la main sur son cœur) mon petit cratère m'en\n« fait mal, et je m'en découvre des tas de trésors!\n« Car votre fantaisie, si noble, sera toute ma pudeur,\n<< savez-vous. »\n<< Joli chevalier, je n'ai pas encore dix-huit ans\n<< accomplis. Dites, venez m'assumer, vous ne vous en\n<< mordrez certainement pas les doigts. - Angelus!\n« Angelus! Je suis la Sulamite. »\nElle se penche un instant, sa main devant les yeux,\npersécutant l'horizon enchanté. Puis, reprend, traînant\nsur les mots :\n« Oui, je dis bien, à votre merci, ô prince char-\n<< mant ? et je saurai vous tisser des armures de\n<< rechange.\n<< Tenez, je vais vous l'avouer, le goût de ma peau\n<< vous fera éclore mainte papille famélique! - Et les\n<< lunes de mes coudes! qui chatoient aux alouettes des\n<< rechutes! Ah! ah!...\n<< L'adorable Chevalier me laissera-t-il vieillir aveugle\n« et paria dans cette société bourgeoise? Je suis belle,\n<< belle, belle! comme un Regard incarné.",
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     "texte": "8\nLa Vogue.\n<< Oh! Je vous comprends d'avance! Oh! Je vous en\n< suivrai partout, je le répète, avec des yeux fous! Et\n<< je resterai si constamment suspendue à la lumière de\n<< votre front, que j'en oublierai de vieillir; oui, si\n« enchâssée dans votre sillon de lumière, que j'en de-\n« viendrai un petit diamant et que l'âge ne pourra\n<< m'entamer!\n« Ah! non, non, je ne suis qu'une pauvre personne\n<< du sexe; je ne saurai que laver, chaque matin, votre\n<< armure de cristal, avec mes larmes... »\nElle se tourne vers l'Exécuteur au cœur cuirassé d'un\ntriple airain :\n-\n<< Puisque je vous dis qu'il va venir! Il m'a pro-\n<< mis. Vous verrez au moins une fois ce que j'entends\n<< par un homme beau. Ah! le voilà! le voilà! le\n<< voilà! Mais regardez plutôt vous-même ! »\n-\nLes mouettes repiaulaient en détresse vers les vo-\nlières du Phare.\nDe l'horizon, au ras des flots, dans l'enchantement\nde la Pleine-Lune écarquillée, s'avançait, merveilleuse-\nment et le col en proue, un grandissime cygne lumi-\nneux, chevauché d'un éphèbe, en armure radieuse,\ntendant les bras, sublime de confiance, vers le rivage!\nEt nos bourreaux de se changer en badauds, attroupés\nsur la grève, autour d'Elsa effarée, qui peut à peine\narticuler : << Ne me bousculez donc pas ainsi! Vous\n<< ne voyez donc pas que vous me chiffonnez ma\n<< toilette! »\nEt les bourreaux badauds :\n<< Quel est cet honnête Chevalier qui s'avance sur les\n<< mers, mélodieux de bravoure, franc comme les cimes,\n« le front caronculé de Foi? Quelles fêtes! O Elsa,\n<< nous te félicitons, sans arrière-pensée; tu auras du",
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     "texte": "La Vogue.\n9\n<< moins de beaux enfants. Et comme il chevauche cet\n<< oiseau séraphique, avalanche faite cygne! Oh! c'est,\n« pour le moins, Eudymion lui-même, le petit jeune\n<<< homme de Diane. Et que le son de sa voix doit être...\n<< providentiel! »\nLe gentil Chevalier a mis le pied sur le rivage; mais,\navant tout, flattant de la main le col en proue de son\nbeau cygne taciturne et presque héraldique :\n<< Adieu et grand merci, mon beau cygne-quadrige;\n<< reprends ton vol contre cet horizon qu'obstrue la\n« Pleine-Lune, franchis les giboulées d'étoiles, double\n« le cap du Soleil, et revogue entre les berges caillées\n<< des myriades de la Voie-Lactée, vers nos lacs sans-\n<< pareils du Saint-Graal; va, mon petit cœur! >>\nLe cygne éploie ses ailes, et, s'enlevant tout droit\ndans un frémissement imposant et neuf, cingle, cingle\nà pleines voiles, et bientôt s'efface tout par-delà la Lune.\nQuand on l'eut dûment perdu de vue, silence glacial.\nMais le Chevalier s'avance, à peine intimidé, et dit :\n<< Je ne suis nullement Eudymion. J'arrive tout droit\n<< de Saint-Graal. Parsifal est mon père, je n'ai jamais\n« connu ma mère. Je suis Lohengrin, le Chevalier-\n<< Errant, le lys des croisades futures pour l'émancipa-\n<< tion de la femme. Mais, en attendant, j'étais trop\n<< malheureux dans les bureaux de mon père. (Je suis\n<< un peu hypocondre par nature.) Oh! Je viens épouser\n<< la belle Elsa au col de cygne, qui habite parmi vous.\n<< Allons, où est sa mère? que je lui parle... »\n-\n<< Elsa est orpheline comme toutes les Vestales >>\ndit le Héraut.\n-\n<< Vraiment! Oh! la voici, je la reconnais bien !\n« Oh! pourquoi te cachais-tu? Oh! les belles plumes\n* de paon! Qui te les a données ? Mais, que tes yeux",
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     "texte": "10\nLa Vogue.\n* sont... beaux! que toute ta personne est... accom-\n<< plie! >>>\nIls tombèrent ensemble aux genoux l'un de l'autre;\nensemble, mais, hélas! plus ou moins fatalement.\n-\n<< Bon Chevalier, tout ce que je suis, tout ce que\n« je puis être, je le prosterne à votre merci. Vous le\n« saviez déjà, et, je ne m'en dédis pas. »\n-\n<< Elsa! non, non, tu es trop précieuse! (Quel\n< divin_spécimen humain !) »\n-\n<< Je ne suis en effet pas mal; mais vous m'ap-\n<< prendrez à me connaître à fond. Oh! je suis si sus-\n« ceptible d'éducation! »\n-\n-\n<< O ma petite Rosière des Missels! >>>\n<< Cela vous plaît à dire. »\nEt alors! en avant les tocsins nuptiaux! les cloches,\nles cloches de la ville ! Les cloches des beaux dimanches\nsur les provinces tranquilles! Allégresse du linge\npropre, comme si on ne s'était pas sali toute la semaine !\nAllégresse des pensionnats endimanchés passant sous le\ngrand portail de la cathédrale! Les cloches! Les clo-\nches! Des jeunes, des inquiètes, des sacrées, mais\ntoutes alternant sans marchander en un même hymne\nd'avenir! Ah! les cloches qui sonnent, n'est-ce pas: la\npure nappe est mise?\nLes trois vilains prêtres élèvent par trois fois les en-\ncensoirs bourrés et fumants à l'égard de la Pleine-Lune,\ntoute en topaze, et toute placide dans ces étranges\nfétichismes. Et l'on monte processionnellement au\nTemple, vers les illuminés Jubés nuptiaux, les grandes\norgues déchaînant déjà les hosannah! et les Crescite et\nmultiplicamini !\n-\n<< Savez-vous le latin? » demanda Elsa.\n- « Comme ça; et vous-même? Mais pourquoi donc?",
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     "texte": "La Vogue.\n11\n-\n<< Oh! pour rien. »\nIls s'agenouillent devant la Sainte-Table inviolable-\nment drapée de linges, sous un dais d'oriflammes tout\nagitées des rafales d'allégresse des grandes orgues.\nLes Valves d'or du Tabernacle dehiscent, et c'est\nl'Ostensoir à patène de lune, démailloté de ses langes,\nprésenté sur un manuterge.\nIls en communient éperdûment, sans regards obliques.\n<< Oh! dit Lohengrin, pour ma part je suffoque\nsous tes yeux ! »\n-\nIl mouille de longues larmes lustrales les linges de la\nSainte-Table.\n-\n<< Tu verras comme je suis gentille, assure-t-elle\n<< tout bas. Comment ! tu claques tes dents! Mais ne\n<< t'impressionne donc pas ! Moi je ne crois à rien d'ici;\n<< ma parole, je considère leur Lune comme une\n<< marâtre, une glabre idole d'impuissants. »\n-\n-\n<< Non, vois-tu, ce sont les orgues... »\n<< Ah! tu sais, j'adore la musique, moi! »\nLes soprani des tribunes ululaient:\n<< Orphelins enamourés, les prairies de la jeunesse\n<<< attendent vos hanches défaillantes. Titubant et\n<< bêlant le long des ritournelles des nocturnes loriots\n<< de vos cœurs, et vous flagellant d'étamines choisies,\n<< hypnotisez-vous devers la Lune, dans la saison des\n<< semailles, et caressez-vous ensuite bien singulière-\n<< ment pour déchrysalider vos papillons de nuit! Le\n<< reste viendra tout seul. >>>\nEnfin, l'orgue dévidant l'écheveau d'une fugue sur le\nthème connu: « Il se fait tard», on sort, moins proces-\nsionnellement qu'on n'était entré, brisé de tant d'émo-\ntions contraires.\nLa nuit serait chaude. Les toits, les grèves, et les",
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     "texte": "12\nLa Vogue.\npelouses de la mer, tout dormait inondé de grand clair\nde lune. Et leur livrant ce spectacle d'un geste, le\nConcile crie au couple le jeu de mots traditionnel:\n-\n« Allez, enfants! la nappe est mise. »\nOh! la nappe\nDes agapes\nA Priape!\nLes chœurs se perdirent, -\nduo, les pauvres.\n(A suivre.)\nles laissant seuls à leur\nJULES LAFORGUE.",
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     "texte": "INTERMÈDE\nXI\nPerdu dans le regret d'on ne sait quel vécu\nIl susurre en la ville un son d'inexpiable -\nEt lassés sous ce morne soleil mal convaincu\nDe sa nécessité d'apôtre d'or potable.\n-\nSi frêle dans les soirs, si mornes dans les laines\nVilles qui dormez vos ruines à ces lacs\nSabbats figés d'écarlates aux entrelacs\nDes vitraux éclaboussés d'amour pur et de haine\nRemémorez les fictives scènes.\nSous le lourd faix du temps voûtez les épaules -\nC'était aux soirs envoûtés le crime inoubliable.\nDepuis, les pieds au feu, un manteau de pôles",
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     "texte": "14\nLa Vogue.\nEt passez, et passez sous la lourde relique\nRelique au crâne, aux yeux, aux mains\nEt puis passez\nAux sempiternels demains\nMonotones rongeurs d'éternelle réplique\nDites-nous vos entités\nVos blafardes déités\nVos robustes mentent leur obscurité\nEt puis passez, souffrez, évoquez et mentez.",
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     "texte": "La Vogue.\n15\nXII\nTrès lents, - où aller\nPlacides, - que faire\nEt l'orgueil confère\nUn rythme en allé\nBoire et puis disparaître aux remous\nResonner et disparaître en cycles mous\nCourir vers la fin seule de la faim\nDormir enfin.\nEt le rêve si gris de simples ambitions\nEt de vous humbles possessions\nMirages d'orages.\nEt tout est tranquille aux plus reculés\nDes ramages et d'inutiles forages\nEn des sois éculés.",
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     "texte": "16\nLa Vogue.\nX111\n-\nLe mirage trompeur du toi que tu devais\nRegards aux boulevards et sourires aux lacs\nEmmitouflé de tes lacs\nTerne je m'en vais.\nTon sourire élargi fut le leurre\nEt les fleurs\nOnt paré vainement les ors de ton heure\nTes rythmes vernis par des mages mercenaires -\nTes yeux, ta bouche, ta voix\nSans cesse s'exonère\nEn un vague aparté d'un merveilleux pavois.\nEt tes reins et tes seins\nEt ta lèvre et ta fièvre.\nTout est mièvre, tout est vain.\nEt je me débats des ébats\nDe sa norme difforme.",
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     "texte": "La Vogue.\n17\nXIV\nChère apparence viens aux couchants illuminés\nVeux-tu mieux des matins albes et calmes\nLes soirs et les matins ont des calmes rosâtres\nLes eaux ont des manteaux de cristal irisé\nEt des rythmes de calmes palmes\nEt l'air évoque de calmes musiques de pâtres.\nViens sous des tentelets aux fleuves souriants\nAux lilas pâlis des nuits d'Orient\nAux glauques étendues à falbalas d'argent\nA l'oasis des baisers urgents\nSeulement vit le voile aux seuls Orients\nQuel que soit le spectacle et quelle que soit la rame\nEt quelle que soit la voix qui s'affame et brame,\nL'oublié du lointain des jours chatouille et serre,\nLe lotos de l'oubli s'est fané dans mes serres.\nCependant tu m'aimais, à jamais\nAdieu pour jamais.\nGUSTAVE KΑΗΝ.\nSe",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124140 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 29",
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     "texte": "LETTRE INÉDITE DE DOSTOÏEVSKY\nExtraite de l'Antiquité russe (Rouskaïa Starina),\nnuméro de septembre 1885.\n(Fin.)\nDéjà à Tobolsk j'avais appris quels devaient être\nnos chefs immédiats. Le commandant était un homme\ntrès honnête. Mais le major du place de Krivtsov était\nun gredin comme il y en a peu, barbare, maniaque,\nquerelleur, ivrogne, en un mot tout ce qu'on peut\nimaginer de plus vil.\nLe jour même de notre arrivée, il nous traita de sots\nDourov et moi, à cause des motifs de notre condam-\nnation, et jura qu'à la première infraction il nous ferait\ninfliger un châtiment corporel. Il était major de place\ndepuis deux ans et commettait au su et au vu de tous\ndes injustices criantes. Il passa en justice deux ans\nplus tard. - Dieu m'a préservé de cette brute! Il arri-\nvait toujours ivre (je ne l'ai jamais vu autrement) cher-\nchait querelle aux condamnés et les frappait sous pré-\ntexte qu'il était « saoul à tout casser ». D'autres fois,\npendant sa visite de nuit parce qu'un homme dormait\nsur le côté droit, parce qu'un autre parlait en rêvant,\nenfin pour tous les prétextes qui lui passaient par la tête,",
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     "texte": "La Vogue.\n19\nnouvelle distribution de coups: et c'était avec un tel\nhomme qu'il fallait vivre sans attirer sa colère! et cet\nhomme adressait tous les mois des rapports sur nous à\nSaint-Pétersbourg.\nJ'avais fait connaissance avec les forçats à Tobolsk.\nA Omsk, je devais rester avec eux quatre années\nentières !\nC'est un peuple grossier, irrité et exaspéré que celui-\nlà! Sa haine pour les nobles dépasse toute mesure. Aussi,\nen notre qualité de nobles, nous accueillit-on avec une\njoie féroce. Ces malheureux nous auraient dévorés si on\nle leur avait permis. Du reste juge toi-même quelle\ndéfense nous pouvions avoir contre des gens avec les-\nquels il nous fallait vivre, boire, manger et dormir des\nannées durant et qui, à la moindre de nos plaintes,\nrépondaient par des torrents d'injures. <<<< Vous\nautres les nobles, becs de fer, vous nous écrasiez...\nDes messieurs, vous autres, et vous torturiez le peuple,\net maintenant vous voilà pris, vous voilà pareils aux\nderniers des derniers, pareils à nous-mêmes. »\n-\nVoilà leur thème !... Et pendant quatre ans ces deux\ncent cinquante bourreaux ne se lassèrent pas de nous\ntourmenter. C'était leur consolation, leur plaisir; cela\nles occupait. Si nous leur avons échappé, c'est par l'in-\ndifférence,par la supériorité morale qu'ils ne pouvaient\ncomprendre mais qu'ils subissaient et parce que nous\nne cédions jamais devant eux. Ils avaient toujours con-\nscience qu'ils nous étaient inférieurs. Ils ignoraient les\nmotifs de notre peine; nous nous taisions à ce sujet,\npréférant subir leur haine. Mais nous étions très mal-\nheureux. Le régime militaire des travaux forcés est\nplus dur que le civil.\nJ'ai passé ces quatre ans derrière un mur, ne sortant",
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     "texte": "20\nLa Vogue.\nque pour être mené aux travaux. La travail était dur.\nIl m'est arrivé de travailler, épuisé déjà, pendant le\nmauvais temps, sous la pluie, dans la boue, ou bien\npendant le froid intolérable de l'hiver. Une fois je suis\nresté quatre heures à exécuter un travail supplémen-\ntaire : le mercure était pris; il y avait plus de 40 degrés\nde froid. J'ai eu un pied gelé.\nNous vivions en tas, tous ensemble dans la même\ncaserne.\nImagine-toi un vieux bâtiment délabré, une cons-\ntruction en bois, hors d'usage et depuis longtemps con-\ndamnée à être abattue. L'été on y étouffait, l'hiver on\ny gelait.\nLe plancher était pourri, recouvert d'un verschok (1)\nde saleté. Les petites croisées étaient vertes de crasse,\nau point que, même dans la journée, c'est à peine si\nl'on pouvait lire. Pendant l'hiver elles étaient couvertes\nd'un verschok de glace. Le plafond suintait. Les murs\nétaient crevassés. Nous étions serrés comme des harengs\ndans un tonneau. On avait beau mettre six bûches dans\nle poële ? aucune chaleur (la glace fondait à peine dans\nla chambre), mais une fumée insupportable : et voilà\npour tout l'hiver.\nLes forçats lavaient eux-mêmes leur linge dans les\nchambres, de sorte qu'il y avait des mares d'eau par-\ntout; on ne savait où marcher. De la tombée de la nuit\njusqu'au jour il était défendu de sortir, sous quelque\nprétexte que ce fût, et on mettait à l'entrée des cham-\nbrées un baquet pour un usage que tu devines; toute\nla nuit la puanteur nous asphyxiait. << Mais, disaient les\n(1) Seizième partie de l'arschine qui est d'un mètre qua-\nrante centimètres.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n21\nforçats, puisqu'on est des êtres vivants, comment ne pas\nfaire des cochonneries? »\nPour lit deux planches de bois nu; on ne nous per-\nmettait qu'un oreiller. Pour couvertures des manteaux\ncourts qui nous laissaient les pieds découverts; toute la\nnuit nous grelottions. Les punaises, les poux, les cafards,\non aurait pu les mesurer au boisseau. Notre costume\nd'hiver consistait en deux manteaux fourrés, des plus\nusés, et qui ne tenaient pas chaud du tout; aux pieds\ndes bottes à courtes tiges, et allez ! marchez comme ça\nen Sibérie!\nOn nous donnait à manger du pain et du schtschi (1)\noù le réglement prescrivait de mettre un quart de livre\nde viande par homme. Mais cette viande était hâchée,\net je n'ai jamais pu la découvrir. Les jours de fête, nous\navions du cacha (2), presque sans beurre; pendant le\ncarême, de la choucroute à l'eau, rien de plus. Mon\nestomac s'est extrêmement débilité, j'ai été plus d'une\nfois malade. Juge s'il eût été possible de vivre sans\nargent ! Si je n'en avais pas eu, que serais-je devenu ?\nLes forçats ordinaires ne pouvaient pas plus que nous\nse contenter de ce régime; mais ils font tous, à l'inté-\nrieur de la caserne, un petit commerce et gagnent\nquelques kopeks. Moi, je buvais du thé et j'obtenais\nquelquefois pour de l'argent le morceau de viande qui\nm'était dû : c'est ce qui m'a sauvé. De plus il aurait été\nimpossible de ne pas fumer, on aurait été asphyxié dans\nune telle atmosphère; mais il fallait se cacher.\nJ'ai passé plus d'un jour à l'hôpital. J'ai eu des crises\nd'épilepsie, rares, il est vrai. J'ai encore des douleurs rhu-\n(1) Soupe à la choucroute aigre.\n(2) Gruau cuit.",
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     "texte": "22\nLa Vogue.\nmatismales aux pieds. A part cela, ma santé est bonne.\nA tous ces désagréments ajoute la presque complète\nprivation de livres. Quand je pouvais par hasard m'en\nprocurer un, il fallait le lire furtivement, au milieu de\nl'incessante haine de mes camarades, de la tyrannie de\nnos gardiens, et au bruit des disputes, des injures, des\ncris, dans un perpétuel tapage, jamais seul! Et cela\nquatre ans, - quatre ans! Parole, dire que nous étions\nmal ce n'est pas assez dire! Ajoute cette appréhension\ncontinuelle de commettre quelque infraction, qui met\nl'esprit dans une gêne stérilisante, et tu auras le bilan de\nma vie.\nCe qu'il est advenu de mon âme et de mes croyances,\nde mon esprit et de mon cœur durant ces quatre ans,\nje ne te le dirai pas, ce serait trop long. La constante\nméditation où je fuyais l'amère réalité n'aura pas été\ninutile. J'ai maintenant des désirs, des espérances\nqu'auparavant je ne prévoyais même pas. Mais ce\nne sont encore que des hypothèses; donc, passons.\nSeulement toi, ne m'oublie pas, aide-moi. Il me faut\ndes livres, de l'argent: fais-m'en parvenir, au nom du\nChrist!\nOmsk est une vilaine petite ville; presque pas d'ar-\nbres; une chaleur excessive, du vent et de la poussière\nen été ; en hiver un vent glacial. Je n'ai pas vu la\ncampagne. La ville est sale ; soldatesque et par consé-\nquent débauchée au plus haut point. (Je parle du peu-\nple.) Si je n'avais pas rencontré des âmes sympathiques,\nje crois que j'aurais été perdu. K. I. I. (1) a été un\n(1) Konstantin Ivonitch Ivanor, aujourd'hui lieutenant géné-\nral, un des hommes les meilleurs et les plus considérés. Marié",
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     "texte": "La Vogue.\n23\nfrère pour moi, Il m'a rendu tous les bons offices pos-\nsibles. Je lui dois de l'argent. S'il vient à Pétersbourg\nremercie-le. Je lui dois vingt-cinq roubles. Mais com-\nment payer cette cordialité, cette constante disposition\nà réaliser chacun de mes désirs, ces attentions, ces\nsoins ?... Et il n'était pas le seul ! - Frère, il y a beau-\ncoup d'âmes nobles dans le monde.\nJe t'ai déjà dit que ton silence m'a bien tourmenté.\nMais je te remercie pour l'envoi d'argent. Dans ta plus\nprochaine lettre (même dans la lettre officielle, car je\nne suis pas encore sûr de pouvoir te donner une autre\nadresse), donne-moi des détails sur toi, sur Emilia\nTheodorovna, les enfants, les parents, les amis, nos\nconnaisssances de Moscou, qui vit, qui est mort. Parle-\nmoi de ton commerce: avec quel capital fais-tu main-\ntenant tes affaires ? réussis-tu ? As-tu déjà quelque\nchose? Enfin pourras-tu m'aider pécuniairement et de\ncombien pourrais-tu m'aider par an? Ne m'envoie l'ar-\ngent dans la lettre officielle que si je ne trouve pas\nd'autre adresse; en tout cas, signe toujours Mikhaïl\nPétrovitch (tu comprends ?). Mais j'ai encore un peu\nd'argent; en revanche, je n'ai pas de livres. Si tu peux,\nenvoie-moi les revues de cette année, par exemple les\nAnnales de la Patrie.\nMais voici le plus important: Il me faut (à tout prix)\nles historiens antiques (traduction française) et les\nnouveaux (1); quelques économistes et les Pères de\nl'Église. Choisis les éditions les moins coûteuses et les\navec O. I. Annenkov, la fille du décembriste Annenkov. (Note\nde l'Antiquité Russe.)\n(1) Vico, Guizot, Thierry, Thiers, Ranck, etc. (Note de\nDostoievsky.)",
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     "texte": "24\nLa Vogue.\n-\nplus compactes. Envoie immédiatement. Je suis détaché\nà Sémipalatinsk, presque dans le steppe Kirgize. Je\nt'enverrai l'adresse exacte. En attendant, voici: Sémi-\npalatinsk, à l'homme du 7º bataillon de ligne de l'armée\nde Sibérie. C'est l'adresse officielle; elle te servira pour\nles lettres (n'oublie pas de signer Michail Pétrovitch). Je\nt'en donnerai un autre pour les livres.\nLe premier\nlivre dont j'aie besoin, c'est le lexicon allemand.\nJ'ignore encore ce qui m'attend à Sémipalatinsk.\n(L'avenir immédiat m'intéresse peu.) Mais l'autre avenir\nm'est moins indifférent. Frère, fais des démarches pour\nmoi; demande si, dans un an ou deux, je ne pourrai pas\nêtre envoyé au Caucase: c'est au moins la Russie!\nVoilà mon plus ardent désir. Frère, excuse-moi, au\nnom du Christ! Ne m'oublie pas! Voilà que je dispose\nde tout, même de ton avoir. C'est que je n'ai pas\nperdu ma confiance en toi: tu es mon frère et tu\nm'as aimé? Il me faut de l'argent. Il me faut vivre,\nfrère! Ces années ne seront pas sans fruit! Il me faut de\nl'argent et les livres. Ce que tu dépenseras pour moi ne\nsera pas perdu. Va, tu ne dévaliseras pas tes enfants en\nme venant en aide. Prie que je vive seulement et je\nleur rendrai le tout avec usure. On me permettra bien\nd'imprimer d'ici cinq ou six ans; peut-être plus tôt;\nil peut survenir bien des changements! et je n'écrirai\nplus de babioles. Tu entendras parler de moi.\nBientôt nous nous reverrons, frère. J'y crois comme à\ndeux fois deux font quatre. Je me sens sûr de moi. Je\nvois devant moi mon avenir et tout ce que je ferai. Je\nsuis content de ma vie. Je ne redoute que les gens et\nl'arbitraire! Je puis tomber sous un chef qui me\nprenne en haine. (Cela n'est, hélas! pas impossible!)\nIl me cherchera chicane, m'épuisera d'exercices mili-",
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     "texte": "La Vogue.\n25\ntaires que je ne pourrai supporter, car je suis très\naffaibli. « Ce sont des gens simples, » me dira-t-on\npour m'encourager. Mais un homme simple est bien\nplus à craindre qu'un homme compliqué.\nD'ailleurs les hommes sont partout les mêmes. Aux\ntravaux forcés, parmi des brigands, j'ai fini par décou-\nvrir des hommes, des hommes véritables, des carac-\ntères profonds, puissants, beaux. De l'or sous de\nl'ordure? Il y en avait qui, par certains aspects de\nleur nature, forçaient l'estime; d'autres étaient beaux\ntout entiers, absolument. J'ai appris à lire à un jeune\nTcherky envoyé au bagne pour brigandage; je lui ai\nmême enseigné le russe. De quelle reconnaissance il\nm'entourait! Un autre forçat pleurait en me quittant;\nje lui ai donné de l'argent - très peu - : il m'en a eu\nune gratitude sans bornes. Et pourtant mon caractère\ns'était aigri; j'étais avec eux capricieux, inconstant; mais\nils avaient égard à l'état de mon esprit et supportaient\ntout de moi, sans murmurer. Et que de types merveil-\nleux j'ai pu observer au bagne ! J'ai vécu de leur vie\net je puis me vanter de les bien connaître.\nQue d'histoires d'aventuriers et de brigands j'ai\nrecueillies! Je pourrais en faire des volumes. Quel\npeuple extraordinaire! Je n'ai pas perdu mon temps:\nsi je n'ai pas étudié la Russie je sais par cœur le peuple\nrusse, bien peu le connaissent comme moi... Je crois\nque je me vante? C'est pardonnable, n'est-ce pas ?\nFrèrel encore une fois, dis-moi les principaux évé-\nnements de ta vie. Écris-moi à Sémipalatinsk officielle-\nment et officieusement, comme nous en sommes con-\nvenus. Parle-moi de nos amis de Saint-Pétersbourg.\nMets-moi au courant de la littérature (en détail), et\nenfin donne-moi des nouvelles de nos amis de Moscou,",
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     "texte": "26\nLa Vogue,\nQue fait le frère Kolia ? la sœur Paschegnka (c'est le\nprincipal)? L'oncle vit-il encore? Que fait le frère\nAndréi? J'écris à la tante par la sœur Verotchka.\n-\n-\nRappelle-toi bien que cette lettre est un secret.\nPour Dieu, cache-la, ou plutôt brûle-la.\nNe com-\npromettons personne. N'oublie pas de m'envoyer\ndes livres, mon cher ami, surtout les historiens, les éco-\nnomistes, les Annales de la Patrie, les Pères de l'Église\net l'Histoire de l'Église. Envoie à différentes reprises,\nmais envoie. Je dispose de ta bourse comme de la\nmienne : c'est que je ne connais pas l'état de tes\naffaires. Écris-moi donc à ce sujet quelque chose de\nprécis, que je puisse m'en faire une idée. Mais, sache,\nfrère, que les livres sont ma vie, ma nourriture, mon\navenir ! Ne me délaisse pas, au nom de Dieu! Demande\nl'autorisation de m'envoyer les livres officiellement,\nmais agis avec prudence. Si on te la refuse, adresse-les\nà Konstantin Ivanovitch : il me les fera parvenir. Du\nreste, Konstantin Ivanovitch ira lui-même à Péters-\nbourg cette année. Il te dira tout. Quelle famille il al\nQuelle femme! C'est la fille du décembriste Annenkov.\nQuel cœur! Quelle âme! et qu'ils ont souffert !\nA Sémipalatinsk je m'occuperai tout de suite de\ntrouver une autre adresse. Je n'irai que dans huit\njours. Je suis retenu ici par une indisposition.\nEnvoie-moi le Koran, Kant (Critique de la Raison\npure), Hégel, - surtout son Histoire de la Philosophie.\n-\nMon avenir dépend de tous ces livres. Mais surtout\nremue-toi pour m'obtenir d'être transféré au Caucase.\nDemande à des gens bien informés où je pourrais pu-\nblier mes livres et quelles démarches il faudrait faire.\nD'ailleurs, je ne compte rien publier avant deux ou\ntrois ans. Mais d'ici là, aide-moi à vivre, je t'en conjure!",
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     "texte": "La Vogue.\n27\nSi je n'ai pas un peu d'argent, je serai tué par le service !\nJe compte sur toi !\nMes autres parents ne pourraient-ils aussi m'aider,\nau moins pour une fois ? Ils te remettraient l'argent et\ntu me l'enverrais. Mais, dans mes lettres à Vérotchka\net à la tante, je ne demande rien: elles comprendront\nd'elles-mêmes, si le cœur leur en dit.\nFilipov, en partant pour Sébastopol, m'a donné vingt-\ncinq roubles. Il les a laissés chez le commandant Nor-\nbokov, sans me prévenir. Il craignait que je vinsse à\nmanquer d'argent. Excellent cœur!\nTous les exilés vivent comme ci comme ça. Foll a\nfini son temps. Il est à Tomsk et se porte bien. Yas-\ntrjembsky finit son temps à Tara, Spiechnev est dans le\ngouvernement d'Irskousk où il a conquis l'estime et l'aſſec-\ntion de tous. Quelle étrange fortune il a! Partout, même\nchez les gens les plus médiocres, les moins cordiaux,\nil excite la sympathie. Pétraschevsky n'a pas retrouvé\nsa raison. Mombelli et Fiva sont en bonne santé, tandis\nque le pauvre Grigoriev est tout à fait fou, il est à\nl'hôpital.\nEt autour de toi quoi de nouveau? Vois-tu Madame\nPleschtscheev? Que fait son fils? Des condamnés de\npassage ici m'ont appris qu'il est au fort d'Orsk. Golo-\nvinski est depuis au Caucase. Où en es-tu de tes projets\nlittéraires? Ecris-tu quelque chose ? Que fait Kro-\nrevskvry (1)? Quels rapports avez vous ? Ostrovsvky (2)\nne me plaît pas. Je n'ai rien lu de Pissemsky. Dron-\nginisie (3) me fait mal au cœur. Eugénie Touv (4)\n(1) Directeur des Annales de la Patrie.\n(2) Célèbre dramaturge.\n(3) Poète médiocre.\n(4) Auteur de divers romans.",
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     "texte": "28\nLa Vogue.\nm'a enthousiasme. Krestovsky (1) me plaît aussi.\nJe voudrais t'écrire beaucoup plus longuement. Mais\nmes souvenirs datent déjà de si loin que j'ai eu de la\npeine à me remémorer ceux que je consigne dans cette\nlettre.\nAssure-moi que nous n'avons pas changé l'un pour\nl'autre.\nEmbrasse les enfants. Se souviennent-ils de leur oncle\nFédia? Salut à tous les amis, mais ne leur montre pas\ncette lettre.\nAdieu, adieu, mon bien cher! tu entendras parler de\nmoi et peut-être nous reverrons-nous. Oui, certaine-\nment, nous nous reverrons. Adieu. Relis bien tout ce\nque je t'écris. Toi, écris-moi le plus souvent possible,\nmême officiellement. Je vous embrasse mille fois, toi\net les tiens.\nP. S.\n-\nTon\nDOSTOÏEVSKY,\nAs-tu reçu le conte pour les enfants que j'ai\nécrit à Raveline (2)? N'en fais aucun usage et ne le\nmontre à personne.\nQui est ce Tchernov qui a écrit le Ménechme en\n1850?\nEnvoie-moi, je te prie, des cigares, non pas des plus\nchers, mais des cigares américains et des cigarettes.\nLe 22 février.\nIl est possible que je parte demain pour Sémipala-\ntinsk. C'est même à peu près sûr. Konstantin Ivono-\n(1) Pseudonyme de Madame Khovschtschinsky.\n(2) Fort de Pétropavlovsk (Pierre-et-Paul).",
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     "texte": "La Vogue.\n29\nvitch restera ici jusqu'au mois de mai. Écris-moi le\nplus souvent possible. Pour Dieu, fais des démarches!\nObtiens que je sois envoyé au Caucase ou quelque\npart loin de Sibérie.\nMaintenant, je vais écrire des romans et des drames.\nMais j'ai encore à lire beaucoup, beaucoup: ne m'oublie\ndonc pas!\nEncore une fois adieu.\nTH. D.\nTraduit par E. HALPERINE et CH. MORICE.\n38",
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     "texte": "LES VOYAGES\nDE BALTHASAR DE MONCONYS\n(Suite.)\nVOYAGE D'ANGLETERRE\nL'on voulut faire vne experience auec la machine de\ncuiure pour cōdenser l'air, et l'on y auoit mis dedans\nune souris, pour voir si elle mourroit par la condensa-\ntion, comme elles meurent dans la rarefaction: mais\nvne des vitres qui sont aux portes de cet instrument se\ncassa, quoy qu'elle fut d'vn verre tres-fort, si bien que\nl'experience ne se pût faire. Messieurs Hugens, et de\nSorbiere y assisterent. Ie donnay à l'Academie la des-\ncription qu'elle m'auoit demandée de ma maniere de\npeser les liqueurs. Apres l'Academie, ie fus auec M. de\nSorbières à la Verrerie, où l'on me promit de me faire\nles Vaisseaux que ie desirois, pour l'epreuue de la pe-\nsanteur de l'air, et pour vn Thermometre de la façon\nde M. Renes.\nLe 22. ie fus le matin voir M. le Feure qui me dit,\nQu'vn miroir ardant fait de deux glaces de miroir\nqui se ioignent apres auec du linge trempé dans la",
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     "texte": "La Vogue.\n31\ncolle de poisson, entre lesquelles on met de l'eau, fait\nplus d'effet que s'il estoit d'vn seul verre, et que pour\ndonner à chaque glace la figure Spherique, il faut le\nfaire dans vn fourneau de reuerbère, les ayant appliquées,\nou posées sur vn moule de fer, ou de fonte bien poli;\ncar lors que le verre commence à se fondre, il prend la\nfigure du moule sans perdre sa polissure.\nIl me dit aussi que pour bien vitrifier l'antimoine\nsans addition, il faut premierement le bien calciner\nselon l'art, iusquez à le reduire en couleur grisastre, et\nqu'il ne fume plus : alors on le met dans vn creuset, mais\nquelque feu qu'on luy donne, il seroit impossible de le\nfaire fondre, si l'on n'y iette dedans vn peu d'antimoine\ncru, qui le fait fondre, d'abord et ainsi il se vitrifie;\nQue pour dorer l'argent sans Mercure, l'appliquant\nsimplement dessus, auec le doigt, apres auoir bien\ndecrasés, et poli l'argent, il le faut dissoudre dans l'eau\nregale, puis auant qu'y mettre le linge, il faut faire\ndissoudre du salpetre bien purifié dans la dissolution\nd'or en pareille quantité que celle de l'or, puis mettre\ndu linge bien net dans cette dissolution, iusques à ce\nqu'il en ait assez pour boire toute cette dissolution :\net quand elle est toute beüe, mettre ce linge dans vn\ncreuset au feu pour le calciner iusques à la parfaite\nrougeur du creuser, puis le laisser refroidir, et prendre\nce qu'il y a dedans de calciné, et le bien broier sur le\nmarbre, pour le reduire en vne poudre noire tres-sub-\ntile, laquelle appliquée simplement auec le doigt, dore,\ncomme il en fit l'espreuue en ma presence sur la boëte\nde ma montre : mais l'or est mat, et n'est pas si vif que\nceluy de l'argent-vif.\nIl me dit aussi que le Cinabre mineral pendu au col\ndes Epileptiques leur seruoit d'vn souuerain perseruatif,",
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     "texte": "32\nLa Vogue.\net de mesme empeschoit les conuulsions des petits\nenfans.\nIe vis chez luy de ces Vaisseaux qu'on nomme d'En-\nfer pour la corporification ou fixation des esprits en\nsel, ou volatilisation des sels en esprits, faits des deux\nmanieres qui sont en la figure.\nIl me dit aussi que la meilleure maniere de la disso-\nlution de l'or, estoit celle qui est dans Pharmacopœa\nAugustana, que ie copiay. 2, Auri finissimi per antimo-\nnium purgati, et subtiliter laminati vnc. semi, salis nitri\npurissimi vnc. 10. aluminis vnc. 8. salis marini vnc. 5.\nmisceantur, et infundantar cucurbitæ vitreæ, quibus aſſun-\ndatur aquæ simplicis quantā satis pro totali dissolutione\nsalium: coquantur post in arena igne moderato ad\nspissitudinem, et siccitatem pristinam salium, aurum\ntotaliter soluetur, et salibus permiscebitur : denuo affun-\ndatur aqua simplex, digerantur, et soluantur iterum,\net filtrentur.\nApres quoy ou l'on le fait dissoudre par l'esprit de\nvin, rectifié sur le sel de tartre, ou l'on le fait precipiter\navec l'huile de tartre, comme on fait l'or fulminant :\nquand il se dissoud dans l'esprit de vin, il ne s'y mesle\naucun des sels, comme tout le monde sçait, qu'il n'en\npeut point dissoudre.\nIl y a vne troisieme maniere de Vaiffeau Infernal fait\nen ventouse, fermé par le haut, et qui ne respire point,.\nny ne reçoit point d'air, comme les deux autres cy-\ndessus, et dont les vapeurs aussi ne se perdent point.\nLe 23. Au retour ie fus auec M. Morey voir le cabi-\nnet du Prince Robert, où il fait mille belles choses. Il\nme montra vne maniere de releuer en perspectiue\ntoutes sorte de plans.",
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     "texte": "La Vogue.\n33\nPar le moyen de deux bastons éleuez perpendiculai-\nrement, dont l'vn demeure fixe, l'autre à vne éguille à\nsa base qu'on conduit sur tous les traits du plan geome-\ntrique, et vn troisieme baston qui trauerse les deux pre-\nmiers, marque contre le plan, ou chassis éleué perpen-\ndiculairement, non seulement les mesmes contours que\nl'éguille de la base; mais encore les hauteurs, à mesure\nque vous haussez, ou baissez vne coulisse qui est dans\nle baston mouuant, en mesme proportion que sont vos\nhauteurs; car il fait hausser, ou baisser le bout du troi-\nsieme baston, qui trauerse les deux premiers, qui a vn\nautre des bouts appuyé, toûjours en mesme hauteur,\nsur le premier pilier fixe, comme la figure en fera\nmieux souuenir:\nA Pilier fixe fendu.\nB Pilier mobile fendu.\nC Baston qui passe entre les fentes des deux piliers\nsupporté par H et par I.\nID Pointe qui marque l'image en perspectiue.\nE Tableau ou se trace la perspectiue.\nF Pointe attachée au pied du pilier mouuant, laquelle\non conduit sur toutes les lignes du plan Geome-\ntrique.\nG Table et plan Geometrique.\nH Support fixe qui represente le point de veüe.\nI Support mobile qui fait hausser, ou baisser le baston\nC suiuant que sont vos hauteurs, lesquelles sont\nmarquées au costé dudit pilier B par degrez.\nLe 25. ie fus le matin chez M. Morey, auec M. Olden-\nbourg, que ie trouuay en chemin, ou ie pris heure pour\naller disner chez le Milord Chambellan. Apres ie fus\ndire adieu au Milord Bronker, puis chez M. Pres, où il\nn'y auoit point de Montre faite.",
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     "texte": "34\nLa Vogue.\nJe vis vn Pendule, que les Estats ont donné au Roy,\nfait de cuiure doré, en forme d'vn petit Cabinet, qui s'ou-\nure en deux demy-portes, derriere lesquelles au lieu de\ntiroirs, il n'y a qu'vne belle glace de miroir, où l'on\nvoit au trauers descendre vne petite boëte de cristal\npar plusieurs lignes ou peu inclinées sur l'horizon, faites\nd'vn petit fil de fer, ou laiton, comme ceux d'espinette,\nsur lesquels est appuyée ladite boule, qui à la fin de sa\ndescente, entre par vn trou dans le corps de l'horloge,\net aussi-tost il en ressort vne autre du haut, qui fait la\nmesme chose.\nLe Milord Chambellan me fit beaucoup de ciuilitez\ndeuant et apres le disner, apres lequel estant chez\nM. Morey, il me dit comment.\nEn Liegeois dans les mines de vitriol, ceux qui y tra-\nuailloient auoient de l'air en suffisance, sans auoir besoin\nde faire d'autres puits, que le premier, par où ils des-\ncendoient, sçauoir faisant vn tuyau de cheminée quarré,\net si bien bouché des quatre costez, que l'air n'y puisse\npoint entrer, et au dessous d'vne grille à tenir le char-\nbon, qui est placée joignant le haut du chemin, ou l'on\nva en trauaillant, et vn canal par lequel passe l'air que\nle feu attire, et qui entrant par l'ouuerture de la mine,\npasse toujours frais à l'endroit où l'on trauaille, comme\nce peu de representation le fera mieux entendre:\nA L'entrée de la mine, ou chemin.\nB Cheminée qui sort au dessous de la montaigne, et\ndescend plus bas que le chemin.\nC Grille sur laquelle on iette le bois, ou le charbon.\nD Profondeur ou tombent les cendres.\nE Ouuerture du canal, par où l'air est attiré sous la\ngrille par le feu.\nF Autre ouverture du dit canal, par où l'air qui viēt",
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     "texte": "La Vogue.\n35\nde dehors entre continuellement, et rafraichit ceux\nqui trauaillent là proche, et qui a mesure qu'on\nauance plus dans la montagne, doit estre pro-\nlongé, en sorte toutefois qu'il n'y puisse pas\nentrer d'autre air, que par le bout.\nIl me dit aussi trois manieres de chiffres. La premiere\npar vn Triangle rectangle, dont le diagonale est diuisée\nest autant de parties qu'il y a de lettres ; et appliquant\nce Triangle sur le papier, et le faisant marcher, ou per-\npendiculairement; ou horizontalement le long des bords\ndu papier, ou l'on l'escrit; apres auoir piqué contre la\nlettre que vous desirez, et aduançant ledit Triangle\ninsques à ce qu'il trace le point que vous auez fait :\nAlors vous piquez vne autre lettre; et ainsi consecuti-\nvement, il n'y aura que des points dans vostre lettre.\nL'autre façon est d'auoir deux Dictionnaires semblables;\net pour les mots qu'on veut mettre prendre le chiffre\ndu feüillet et celuy de la ligne. La troisieme est plus\ndifficile. C'est vn chiffre auec vne lettre, ou vne lettre\nauec vn chiffre, pour signifier tant les lettres, les mono-\nsyllabes, que plusieurs mots, dont on se fait vne Table.\nLe 26. ie fus le matin dire adieu à M. Oldenbourg,\nqui me donna vne lettre pour M. Borry, et vne autre\npour M. Iean George Ankoln à Ausbourg, delà ie fus\nà Oüital, où ie vis la Lune, que M. Rene à faite de\nrelief en carton, suiuant le dessein d'Heuelius, et des\ndesseins à la plume d'vn Poû d'vne Pûce de la teste, et\nd'vne Aisle d'vne Mouche, faits par le Microscope.\nPublié par CHARLES HENRY.\n(A suivre.)\n38",
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     "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nA signaler dans le dernier numéro de la Revue Philosophique,\nun article de M. Charles Henry: Loi d'évolution de la Sensation\nmusicale. De ce fait que les Grecs ont associé, contrairement\nà nous, l'aigu avec le bas et le grave avec le haut, pendant un\nlong espace de temps qu'il précise, l'auteur conclut à une évo-\nlution et, par de spécieuses considérations, parvient à montrer\nque cette évolution a eu lieu de l'objectif au subjectif, c'est-à-\ndire que pour les Grecs la sensation musicale (et en général\ntoutes les sensations; - d'ultérieurs travaux seront consacrés à\nl'établir) apparaissait plutôt sous une forme objective, tandis\nque pour nous elle se projette en éléments subjectifs. Autre-\nment dit, si des phénomènes profondément conscients pour nous\nétaient inconscients à une période aussi rapprochée de nous que\nl'ère gréco-romaine, il y a incontestablement progrès de l'être\nvivant vers un état de plus en plus dynamogène.\nCette loi précisée mécaniquement, serait de la plus haute\nimportance en philosophie naturelle en ce qu'elle corrigerait et\ncomplèterait le second principe de la théorie mécanique de la\nchaleur.\nL'Administrateur-Gérant:\nGUSTAVE KAΗΝ.",
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