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 "source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124140 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "UNE SAISON EN ENFER\n(Suite et fin.)\nDÉLIRES 11. - ALCHIMIE DU VERBE\nA moi L'histoire d'une de mes folies.\nDepuis longtemps je me vantais de posséder tous les\npaysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités\nde la peinture et de la poésie modernes.\nJ'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, dé-\ncors, toiles de saltimbanques, enseignes enluminures\npopulaires; la littérature démodée, latin d'église, livres\nérotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes\nde fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, re-\nfrains niais, rhythmes naïfs.\nJe rêvais croisades, voyages de découvertes dont on\nn'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres,",
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     "texte": "326\nLa Vogue.\nde religion étouffées, révolutions de mœurs, déplace-\nments de races et de continents: je croyais à tous les\nenchantements.\n-\nJ'inventai la couleur des voyelles !\nA noir, E\nblanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et\nle mouvement de chaque consonne, et, avec des\nrhythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe\npoétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens.\nJe réservais la traduction.\nCe fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des\nnuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges.\nLoin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,\nQue buvais-je, à genoux dans cette bruyère\nEntourée de tendres bois de noisetiers,\nDans un brouillard d'après-midi tiède et vert!\nQue pouvais-je boire dans cette jeune Oise,\n- Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert! -\nBoire à ces gourdes jaunes, loin de ma case\nChérie? Quelque liqueur d'or qui fait suer.\nJe faisais une louche enseigne d'auberge.\n- Un orage vint chasser le ciel. Au soir\nL'eau des bois se perdait sur les sables vierges,\nLe vent de Dieu jetait des glaçons aux mares;\nPleurant, je voyais de l'or\n-\net ne pus boire.\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n327\nA quatre heures du matin, l'été,\nLe sommeil d'amour dure encore.\nSous les bocages s'évapore\nL'odeur du soir fêté.\nLà-bas, dans leur vaste chantier\nAu soleil des Hespérides,\nDéjà s'agitent - en bras de chemise\nLes Charpentiers.\nDans leurs Déserts de mousse, tranquilles,\nIls préparent les lambris précieux\nOù la ville\nPeindra de faux cieux.\nO, pour ces Ouvriers charmants\nSujets d'un roi de Babylone,\nVénus! quitte un instant les Amants\nDont l'âme est en couronne.\nO Reine des Bergers,\nPorte aux travailleurs l'eau-de-vie,\nQue leurs forces soient en paix\nEn attendant le bain dans la mer à midi.",
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     "texte": "328\nLa Vogue.\nLa vieillerie poétique avait une bonne part dans mon\nalchimie du verbe.\nJe m'habituai à l'hallucination simple : je voyais\ntrès franchement une mosquée à la place d'une usine,\nune école de tambours faite par des anges, des calèches\nsur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac; les\nmonstres, les mystères; un titre de vaudeville dressait\ndes épouvantes devant moi.\nPuis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hal-\nlucination des mots!\nJe finis par trouver sacré le désordre de mon esprit.\nJ'étais oisif, en proie à une lourde fièvre : j'enviais la\nfélicité des bêtes,\nles chenilles, qui représentent\nl'innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la\nvirginité !\n-\nMon caractère s'aigrissait. Je disais adieu au monde\ndans d'espèces de romances :\nCHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR\nQu'il vienne, qu'il vienne,\nLe temps dont on s'éprenne.\nJ'ai tant fait patience\nQu'à jamais j'oublie.\nCraintes et souffrances\nAux cieux sont parties.\nEt la soif malsaine\nObscurcit mes veines.\nQu'il vienne, qu'il vienne,\nLe temps dont on s'éprenne.",
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     "texte": "La Vogue.\n329\nTelle la prairie\nA l'oubli livrée,\nGrandie, et fleurie\nD'encens et d'ivraies,\nAu bourdon farouche\nDes sales mouches.\nQu'il vienne, qu'il vienne,\nLe temps dont on s'éprenne.\nJ'aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques\nfanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles\npuantes et, les yeux fermés, je m'offrais au soleil, dieu\nde feu.\n<< Général, s'il reste un vieux canon sur tes remparts\nen ruines, bombarde-nous avec des blocs de terre sèche.\nAux glaces des magasins splendides! dans les salons!\nFais manger sa poussière à la ville. Oxyde les gar-\ngouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis brû-\nlante... >>>\nOh! le moucheron enivré à la pissotière de l'auberge,\namoureux de la bourrache, et que dissout un rayon!\nFAIM\nSi j'ai du goût, ce n'est guère\nQue pour la terre et les pierres.\nJe déjeune toujours d'air,\nDe roc, de charbons, de fer.",
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     "texte": "330\nLa Vogue.\nMes faims, tournez. Paissez, faims,\nLe pré des sons.\nAttirez le gai venin\nDes liserons.\nMangez les cailloux qu'on brise,\nLes vieilles pierres d'églises;\nLes galets des vieux déluges,\nPains semés dans les vallées grises.\nLe loup criait sous les feuilles\nEn crachant les belles plumes\nDe son repas de volailles :\nComme lui je me consume.\nLes salades, les fruits\nN'attendent que la cueillette ;\nMais l'araignée de la haie\nNe mange que des violettes.\nQue je dorme! que je bouille\nAux autels de Salomon.\nLe bouillon court sur la rouille,\nEt se mêle au Cédron.\nEnfin, & bonheur, ô raison, j'écartai du ciel l'azur,\nqui est du noir, et je vécus, étincelle d'or de la lumière\nnature. De joie, je prenais une expression bouffonne et\négarée au possible :",
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     "texte": "La Vogue.\n331\nElle est retrouvée!\nQuoi? l'Éternité.\nC'est la mer mêlée\nAu soleil.\nMon âme éternelle,\nObserve ton vœu\nMalgré la nuit seule\nEt le jour en feu.\nDonc tu te dégages\nDes humains suffrages,\nDes communs élans!\nTu voles selon.....\n-\nJamais l'espérance.\nPas d'orietur,\nScience et patience,\nLe supplice est sûr.\nPlus de lendemain,\nBraises de satin,\nVotre ardeur\nEst le devoir.\nElle est retrouvée!\n-\nQuoi?\n-\nl'Eternité.\nC'est la mer mêlée\nAu soleil.",
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     "texte": "332\nLa Vogue,\nJe devins un opéra fabuleux : je vis que tous les êtres\nont une fatalité de bonheur : l'action n'est pas la vie.\nmais une façon de gâcher quelque force, un énervement.\nLa morale_est la faiblesse de la cervelle.\nA chaque être, plusieurs autres vies me semblaien\ndues. Ce monsieur ne sait ce qu'il fait: il est un ange\nCette famille est une nichée de chiens. Devant plusieurs\nhommes, je causai tout haut avec un moment d'une de\nleurs autres vies.\nAinsi j'ai aimé un porc.\n-\n-\nAucun des sophismes de la folie,\nla folie qu'on\nenferme, - n'a été oublié par moi : je pourrais les\nredire tous, je tiens le système.\nMa santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais\ndans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je con-\ntinuais les rêves les plus tristes. J'étais mûr pour le tré-\npas, et par une route de dangers ma faiblesse me me-\nnait aux confins du monde et de la Cimmerie, patrie de\nl'ombre et des tourbillons.\nJe dus voyager, distraire les enchantements assem-\nblés sur mon cerveau. Sur la mer, que j'aimais comme\ncomme si elle eût dû me laver d'une souillure, je voyais\nse lever la croix consolatrice. J'avais été damné par\nl'arc-en-ciel. Le bonheur était ma fatalité, mon remords,\nmon ver: ma vie serait toujours trop immense pour\nêtre dévouée à la force et à la beauté.\nLe bonheur ! Sa dent, douce à la mort, m'avertissait\nau chant du coq, - ad matutinum, au Christus venit,\ndans les plus sombres villes :\n-\nO saisons, ô châteaux!\nQuelle âme est sans défauts!",
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     "texte": "La Vogue.\n333\nJ'ai fait la magique étude\nDu bonheur, qu'aucun n'élude.\nSalut à lui, chaque fois\nQue chante le coq gaulois.\nAh! je n'aurai plus d'envie :\nIl s'est chargé de ma vie.\nCe charme a pris âme et corps\nEt dispersé les efforts.\nO saisons, ô châteaux!\nL'heure de sa fuite, hélas!\nSera l'heure du trépas.\nO saisons, ô châteaux!\nCela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté.",
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     "texte": "334\nLa Vogue.\nL'IMPOSSIBLE\nAh! cette vie de mon enfance, la grande route par\ntous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé\nque le meilleur des mendiants, fier de n'avoir ni pays,\nni amis, quelle sottise c'était. Et je m'en aperçois\nseulement!\n-\n-\nJ'ai eu raison de mépriser ces bonshommes qui\nne perdraient pas l'occasion d'une caresse, parasites de\nla propreté et de la santé de nos femmes, aujourd'hui\nqu'elles sont si peu d'accord avec nous.\nJ'ai eu raison dans tous mes dédains: puisque je\nm'évade!\nJe m'évade!\nJe m'explique.\nHier encore, je soupirais: << Ciel! sommes-nous assez\nde damnés ici-bas! Moi j'ai tant de temps déjà dans leur\ntroupe! Je les connais tous. Nous nous reconnaissons\ntoujours; nous nous dégoûtons. La charité nous est\ninconnue. Mais nous sommes polis; nos relations avec\nle monde sont très convenables. » Est-ce étonnant? Le\nmonde! les marchands, les naifs ! Nous ne sommes\npas déshonorés. Mais les élus, comment nous rece-\nvraient-ils ? Or il y a des gens hargneux et joyeux, de\nfaux élus, puisqu'il nous faut de l'audace ou de l'humi-\nlité pour les aborder. Ce sont les seuls élus. Ce ne sont\npas des bénisseurs !\n-\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n335\nM'étant retrouvé deux sous de raison - ça passe vite!\n- je vois que mes malaises viennent de ne m'être pas\nfiguré assez tôt que nous sommes à l'Occident. Les\nmarais occidentaux! Non que je croie la lumière altérée,\nla forme exténuée, le mouvement égaré... Bon! voici\nque mon esprit veut absolument se charger de tous les\ndéveloppements cruels qu'a subis l'esprit depuis la fin\nde l'Orient... Il en veut, mon esprit !\n...\nMes deux sous de raison sont finis ! - L'esprit est\nautorité, il veut que je sois en Occident. Il faudrait le\nfaire taire pour conclure comme je voulais.\nJ'envoyais au diable les palmes des martyrs, les rayons\nde l'art, l'orgueil des inventeurs, l'ardeur des pillards;\nje retournais à l'Orient et à la sagesse première et éter-\nnelle.\nIl paraît que c'est un rêve de paresse gros-\nsière l\n-\n-\nPourtant, je ne songeais guère au plaisir d'échapper\naux souffrances modernes. Je n'avais pas en vue la sa..\ngesse bâtarde du Coran.\nMais n'y a-t-il pas un sup-\nplice réel en ce que, depuis cette déclaration de la\nscience, le christianisme, l'homme se joue, se prouve\nles évidences, se gonfle du plaisir de répéter ces preuves,\net ne vit que comme cela! Torture subtile, niaise;\nsource de mes divagations spirituelles. La nature pour-\nrait s'ennuyer, peut-être! M. Prudhomme est né avec\nle Christ.\nN'est-ce pas parce que nous cultivons la brume!\nNous mangeons la fièvre avec nos légumes aqueux. Et\nl'ivrognerie! et le tabac! et l'ignorance! et les dévoue-\nments! - Tout cela est-il assez loin de la pensée de la\nsagesse de l'Orient, la patrie primitive? Pourquoi un\nmonde moderne, si de pareils poisons s'inventent!\nLes gens d'Église diront : C'est compris. Mais vous",
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     "texte": "336\nLa Vogue.\n-\nvoulez parler de l'Éden. Rien pour vous dans l'histoire\ndes peuples orientaux. C'est vrai; c'est à l'Éden\nque je songeais! Qu'est-ce que c'est pour mon rêve,\ncette pureté des races antiques !\nLes philosophes: Le monde n'a pas d'âge. L'huma-\nnité se déplace, simplement. Vous êtes en Occident,\nmais libre d'habiter dans votre Orient, quelque ancien\nqu'il vous le faille, - et d'y habiter bien. Ne soyez pas\nun vaincu. Philosophes, vous êtes de votre Occident.\nMon esprit, prends garde. Pas de partis de salut\nviolents. Exerce-toi! - Ah! la science ne va pas assez\nvite pour nous !\n-\n-\nMais je m'aperçois que mon esprit dort.\nS'il était bien éveillé toujours à partir de ce moment,\nnous serions bientôt à la vérité, qui peut-être nous en-\ntoure avec ses anges pleurant 1... S'il avait été\néveillé jusqu'à ce moment-ci, c'est que je n'aurais pas\ncédé aux instincts délétères, à une époque immémo-\nriale 1...\nS'il avait toujours été bien éveillé, je vo-\nguerais en pleine sagesse !...\nO pureté! pureté !\n-\nC'est cette minute d'éveil qui m'a donné la vision de\nla pureté ! - Par l'esprit on va à Dieu !\nDéchirante infortune!",
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     "texte": "La Vogue.\n337\nL'ÉCLAIR\nLe travail humain ! c'est l'explosion qui éclaire mon\nabîme de temps en temps.\n<< Rien n'est vanité; à la science, et en avant ! » crie\nl'Ecclésiaste moderne, c'est-à-dire Tout le monde. Et\npourtant les cadavres des méchants et des fainéants\ntombent sur le cœur des autres... Ah! vite, vite un\npeu; là-bas, par delà la nuit, ces récompenses futures,\néternelles... les échappons-nous ?...\n- Qu'y puis-je ? Je connais le travail; et la science\nest trop lente. Que la prière galope et que la lumière\ngronde... je le vois bien. C'est trop simple, et il fait\ntrop chaud; on se passera de moi. J'ai mon devoir,\nj'en serai fier à la façon de plusieurs, en le mettant de\ncôté.\nMa vie est usée. Allons! feignons, fainéantons, ô\npitié! Et nous existerons en nous amusant, en rêvant\namours monstres et univers fantastiques, en nous plai-\ngnant et en querellant les apparences du monde, sal-\ntimbanque, mendiant, artiste, bandit, - prêtre! Sur\nmon lit d'hôpital, l'odeur de l'encens m'est revenue si\npuissante; gardien des aromates sacrés, confesseur,\nmartyr...\nJe reconnais là ma sale éducation d'enfance. Puis\nquoi !... Aller mes vingt ans, si les autres vont vingt\nans...",
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     "texte": "338\nLa Vogue.\nNon! non! à présent je me révolte contre la mort!\nLe travail paraît trop léger à mon orgueil : matrahison\nau monde serait un supplice trop court. Au dernier\nmoment, j'attaquerais à droite, à gauche...\nAlors, - oh !\n-\nchère pauvre âme, l'éternité serait-\nelle pas perdue pour nous !",
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     "texte": "La Vogue.\n339\nMATIN\nN'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque,\nfabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or, trop de chance!\nPar quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma fai-\nblesse actuelle? Vous qui prétendez que des bêtes\npoussent des sanglots de chagrin, que des malades dé-\nsespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de racon-\nter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus\nm'expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater\net Ave Maria. Je ne sais plus parler!\nPourtant, aujourd'hui, je crois avoir fini la relation\nde mon enfer. C'était bien l'enfer; l'ancien, celui dont\nle fils de l'homme ouvrit les portes.\nDu même désert, à la même nuit, toujours mes yeux\nlas se réveillent à l'étoile d'argent, toujours, sans que\ns'émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le cœur,\nl'âme, l'esprit. Quand irons-nous, par delà les grèves et\nles monts, saluer la naissance du travail nouveau, la\nsagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la\nfin de la superstition, adorer les premiers ! - Noël\nsur la terre!\n-\nLe chant des cieux, la marche des peuples! Esclaves,\nne maudissons pas la vie.",
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     "texte": "310\nLa Vogue.\nADIEU\n-\nL'automne déjà !\nMais pourquoi regretter un\néternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte\nde la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur\nles saisons.\nL'automne. Notre barque élevée dans les brumes\nimmobiles tourne vers le port de la misère, la cité\nénorme au ciel taché de feu et de boue. Ah! les hail-\nlons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les\nmille amours qui m'ont crucifié! Elle ne finira donc\npoint cette goule reine de millions d'âmes et de corps\nmorts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée\npar la boue et la peste, des vers plein les cheveux et\nles aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur,\nétendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment.....\nJ'aurais pu y mourir..... L'affreuse évocation ! J'exècre\nla misère.\nEt je redoute l'hiver parce que c'est la saison du\ncomfort !\n- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin\ncouvertes de blanches nations en joie. Un grand vais-\nseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multi-\ncolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les\nfêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé\nd'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de\nnouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir",
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     "texte": "La Vogue.\n341\ndes pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon\nimagination et mes souvenirs! Une belle gloire d'ar-\ntiste et de conteur emportée !\nMoil moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de\ntoute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à\nchercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan!\nSuis-je trompé? la charité serait-elle sœur de la\nmort pour\nmoi?\nEnſin, je demanderai pardon pour m'être nourri de\nmensonge. Et allons.\nMais pas une main amie! et où puiser le secours ?",
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     "texte": "342\nLa Vogue.\nOui l'heure nouvelle est au moins très sévère.\nCar je puis dire que la victoire m'est acquise : les\ngrincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs\nempestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes\ns'effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalou-\nsies pour les mendiants, les brigands, les amis de la\nmort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me\nvengeais!\nIl faut être absolument moderne.\nPoint de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit !\nle sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière\nmoi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spiri-\ntuel est aussi brutal que la bataille d'hommes; mais la\nvision de la justice est le plaisir de Dieu seul.\nCependant c'est la veille. Recevons tous les influx de\nvigueur et de tendresse réelle. Et, à l'aurore, armés\nd'une ardente patience, nous entrerons aux splendides\nvilles.\nQue parlais-je de main amie! Un bel avantage, c'est\nque je puis rire des vieilles amours mensongères, et\nfrapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer\ndes femmes là-bas; - et il me sera loisible de posséder\nla vérité dans une âme et un corps.\nAvril-août 1873.\nARTHUR RIMBAUD.",
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     "texte": "PERSÉE ET ANDROMÈDE\nOU LE PLUS HEUREUX DES TROIS\n(Suite et fin)\nIII\nEncore un soir qui tombe, un couchant qui va faire\nle beau\nAndromède rejette sa toison rousse, et reprend le\nchemin de la maison. Le monstre ne vient pas à sa\nrencontre. Le monstre n'est plus là! Elle appelle :\n-\nMonstre! monstre !...\nPas de réponse. Elle sonne de la conque. Rien. Elle\nrevient à la falaise qui domine l'île, et sonne et appelle !\nPersonne. Elle revient à la maison.\n-\n-\nMonstre! monstre!... O désastre! S'il avait\nplongé à jamais sous l'eau, s'il était parti me laissant\nseule, sous prétexte que je l'ai trop tourmenté, que je\nlui faisais la vie impossible !\nEt l'île dans le soir qui tombe lui apparaît extraordi-\nnairement perdue. Elle se jette sur le sable devant sa\ngrotte, et gémit longuement, gémit qu'elle veut se lais-\nser mourir, qu'elle devait s'y attendre.....",
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     "texte": "344\nLa Vogue.\nQuand elle se relève, le monstre est là, dans sa vase\naccoutumée, occupé à forer de trous une de ces conques\ndont il lui fait des ocarinas.\n-\n-\nTiens, vous voilà, dit-elle. Je vous croyais parti.\nJe n'ai garde. Tant que je vivrai je serai votre\ngeolier sans peur et sans reproche.\nVous dites?\n-\n-\n-\nJe dis que tant que je vivrai...\nC'est bon, c'est bon; on sait.\nSilence et horizon; l'horizon des mers est tout dé-\nblayé pour le couchant.\n-\nSi nous jouions aux dames, dit Andromède visi-\nblement énervée.\n-\nJouons aux dames.\nUn damier de mosaïques noires et blanches est in-\ncrusté au seuil de la grotte. Mais à peine la partie est\ncommencée qu'Andromède, visiblement énervée, la\nbouscule.\n-\nC'est impossible, je perdrais, je suis tout le temps\nailleurs.\nSilence et horizon. Après toutes les folies de cette\naprès-midi, l'air est dans l'accalmie et se recueille de-\nvant la retraite classique de l'Astre.\nL'Astre !...\nLà-bas, à l'horizon miroitant où les sirènes retiennent\nleur respiration,\nLes échafaudages montent,\nDe phares en phares s'étagent des maçonneries de\nthéâtre,\nLes artificiers donnent le dernier coup de main,\nUne série de lunes d'or s'épanouissent, comme les\nembouchures de buccins rangés dont des phalanges de\nhérauts annonciateurs fulminent,",
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     "texte": "La Vogue.\n345\nL'abattoir est prêt, les tentures se carguent;\nSur des litières de diadèmes, et des moissons de lan-\nternes vénitiennes, et des gerbes, et des purées.\nEndiguée par des barrages de similor déjà au pillage,\nL'Astre-Pacha,\nSon Eminence Rouge,\nEn simarre de débâcles,\nDescend, mortellement triomphal,\nDurant des minutes, par la Sublime Porte !...\nEt le voilà qui gît sur le flanc, tout marbré de stig-\nmates atrabilaires.\nVite, quelqu'un pousse du pied cette citrouille\ncrevée, et alors !...\nAdieu paniers, vendanges sont faites !...\nLes rangées de buccins s'abaissent, les remparts\ns'écroulent, et les phares de carafes prismatiques! Des\ncymbales volent, les courtisans trébuchent dans les\nétendards, les tentes sont repliées, l'armée lève le camp,\nemportant dans une panique les basiliques occidentales,\nles pressoirs, les idoles, les ballots, les vestales, les bu-\nreaux, les ambulances, les estrades des orpheons, tous\nles accessoires officiels.\nIls s'effacent dans un poudroiement d'or rose.\nBref tout s'est passé à merveille.\n-\nFabuleux, fabuleux! bave d'extase, le Monstre-\nTaciturne, et ses énormes prunelles aqueuses sont en-\ncore illuminées des derniers reflets occidentaux.\n-\nAdieu paniers, vendanges sont faites ! soupire\ncrépusculairement Andromède, dont la toison rousse\nparaît bien pauvre après ces incendies.\nPlus qu'à allumer les feux du soir, souper, et bénir\nla lune avant de s'aller coucher, pour se réveiller de-\nmain et recommencer une journée pareille.",
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     "texte": "346\nLa Vogue.\nSilence et horizon - quand! Oh! bénis soient les\ndieux qui envoient, juste au moment voulu, un troisième\npersonnage.\nIl arrive comme une fusée, le héros de diamant sur\nun Pégase de neige dont les ailes teintes de couchants\nfrémissent, nettement réfléchi dans l'immense miroir\nmélancolique de la mer des beaux soirs !...\n-\nPlus de doute, c'est Persée!\nAndromède suffoquée de palpitations de jeune fille,\nse blottit sous le menton du Monstre. De grosses larmes\nviennent aux cils du Monstre, comme des girandoles à\ndes balustrades. Il parle d'une voix que nous ne lui\nconnaissions pas du tout :\n-\nAndromède, ô noble Andromède, rassure-toi,\nc'est Persée. C'est Persée fils de Danaé d'Argos et de\nJupiter changé en pluie d'or. Il va me tuer et t'em-\nmener.\n-\n-\n-\n-\n-\nMais non, il ne te tuera pas!\nIl me tuera.\nIl ne te tuera pas s'il m'aime.\nIl ne peut t'emmener qu'en me tuant.\nMais non, on s'entendra.\nAndromède quitte sa place familière et regarde.\n- Andromède, Andromède! songe au prix de ta\nchair unique, au prix de ton âme fraîche, une mésal-\nliance est si vite consommée!\nMais est-ce qu'elle entend! La face en avant, les\ncoudes au corps, les doigts crispés aux hanches, elle\nse tient sur la rive, toute brave et féminine.\nMiraculeux et plein de chic, Persée approche, les\nailes de son hippogriffe battent plus lentement; - et\nplus il approche, plus Andromède se sent provinciale,\net ne sait que faire de ses bras,",
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     "texte": "La Vogue.\n347\nArrivé à quelques mètres devant Andromède, l'hip-\npogriffe, bien stylé, ploie les genoux au ras des flots,\ntout en se soutenant d'un rose frémissement d'ailes; et\nPersée s'incline. Andromède baisse la tête. C'est donc\nlà son fiancé. Quel va être le son de sa voix, et son\npremier mot? Mais le voilà qui, ayant pris du champ,\ns'élance et se met à décrire des ovales en passant et\nrepassant devant elle, caracolant au ras de ce miroir qui\nle réfléchit, retrécissant de plus en plus ses orbes vers\nAndromède, comme pour donner à cette petite vierge\nle temps de l'admirer et de le désirer. Singulier spec-\ntacle !...\nCette fois il a passé si près, lui souriant, qu'elle au-\nrait pu le toucher.\nPersée monte en amazone, croisant coquettement ses\npieds aux sandales de byssus à l'arçon de sa selle pend\nun miroir, il est inberbe, sa bouche rose et souriante\npeut être qualifiée de grenade ouverte, le creux de sa\npoitrine est laqué d'une rose, ses bras sont tatoués d'un\ncœur percé d'une flèche, il y a un lys peint sur le gras\ndes mollets; il porte un monocle d'émeraude, nombre\nde bagues et de bracelets; de son baudrier doré prend\nune petite épée à poignée de nacre. Persée est coiffé du\ncasque de Pluton qui rend invisible, il a les ailes et les\ntalonnières de Mercure et le divin bouclier de Minerve,\nà sa ceinture ballotte la tête de la Gorgone Méduse\ndont la seule vue changea en montagne le géant Atlas,\net son hippogriffe est le Pégase que montait Bellerophon\nquand il tua la Chimère. Ce jeune héros à l'air sûr de\nson affaire.\nCe jeune héros arrête son hippogriffe devant Andro-\nmède et, sans cesser de sourire de sa bouche de gre-",
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     "texte": "348\nLa Vogue.\nnade ouverte, exécute des moulinets de son épée ada-\nmantine.\nAndromède ne bouge pas, prête à pleurer d'incerti-\ntude, semblant n'attendre plus que le son de voix de ce\npersonnage pour s'abandonner à son sort.\nD'un gracieux mouvement Persée fait virer sa monture\nqui, sans troubler le miroir de l'eau, vient s'agenouiller\ndevant Andromède en présentant le flanc; le jeune\nchevalier noue ses mains en étrier et, les inclinant de-\nvant la jeune captive, dit avec un grasseyment incura-\nblement affecté :\n- Allez, hop! à Cythère!...\n-\nAh! il faut bien en finir, Andromède va poser son\nrude pied dans ce délicat étrier, elle se retourne pour\ndire d'un signe adieu au Monstre, mais celui-ci\nvient de plonger entre eux, sous l'hippogriffe, et re-\nparaît cabré, ses deux pattes en arrêt, montrant l'antre\nviolacé de sa gueule qui darde une lancette de flamme.\nL'hippogriffe s'effare, Persée recule, pour prendre du\nchamp, et pousse des exclamations fanfaronnes. Le\nMonstre l'attend. Persée se précipite, et aussitôt s'ar-\nrête :\n-\nAh ! je ne te ferai pas le plaisir de te tuer devant\nelle, crie-t-il; heureusement les dieux justes ont mis\nplus d'une corde à mon arc. Je vais te... méduser.\nLe petit chéri des dieux décroche de sa ceinture la\ntête de la Gorgone. Sciée au cou, la célèbre tête est\nvivante, mais vivante d'une vie stagnante et empoi-\nsonnée, toute noire d'apoplexie, ses yeux blancs et\ninjectés restant fixes et fixe son rictus de décapitée, rien\nne remuant d'elle que sa chevelure de vipères. Persée\nl'empoigne par cette chevelure dont les nœuds bleus\njaspés d'or lui font de nouveaux bracelets et la pré-",
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     "texte": "La Vogue.\n349\nsente au Dragon, en criant à Andromède: Vous,\nbaissez les yeux !\nMais, ô prodige! le charme n'opère pas. Le charme\nne veut pas opérer !\nPar un effort inouï, en effet, la Gorgone a fermé ses\nyeux pétrificateurs. La bonne Gorgone a reconnu notre\nMonstre. Elle se rappelle les temps riches et pleins de\nbrises où elle et ses deux sœurs voisinaient avec ce\nDragon, alors gardien du jardin des Hespérides, du\nmerveilleux jardin des Hespérides situé aux environs\ndes Colonnes d'Hercule. Non, non, mille fois non,\nmille fois non, elle ne pétrifiera pas son vieil ami!\nPersée attend toujours, le bras tendu, ne s'aperce-\nvant de rien. Le contraste est un peu trop grotesque\nentre le geste brave qu'il a ainsi et le raté de la chose,\net la sauvage petite Andromède n'a pu retenir un cer-\ntain sourire; un certain sourire que Persée surprend !\nLe héros s'étonne, qu'a donc sa tête de Méduse? Et\nbien que son casque, au fond, le rende invisible, ce\nn'est pas sans crainte qu'il se hasarde à regarder la\nſace de la Gargone, pour s'assurer de ce qui arrive là.\nC'est fort simple, le charme pétrificateur n'a pas opéré,\nparce que la Gorgone a fermé les yeux. Furieux,\nPersée remet la tête en place, brandit son épée avec un\nricanement vainqueur, et, serrant bien le divin bouclier\nde Minerve contre son cœur, il pique des deux (oh:\ntandis que justement là-bas la pleine lune se lève !) et\nfond sur le Dragon, pauvre masse sans ailes. Il le cerne\npar des voltiges éblouissantes, il le pique à gauche, il\nle pique à droite, et enfin l'accule dans une anfractuo-\nsité, et là, lui enfonce si merveilleusement son épée\nau milieu du front, que le pauvre Dragon s'affalle et,\nexpirant, n'a que le temps de råler :",
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     "texte": "350\nLa Vogue.\nAdieu, noble Andromède; je t'aimais, et avec\navenir si tu avais voulu ; adieu, tu y penseras souvent.\nLe Monstre est mort. Mais Persée est trop monté,\nmalgré l'infaillibilité de sa victoire, et il faut qu'il s'a-\ncharne sur le défunt, et le larde de balaſres, et lui\ncrêve les yeux, et le massacre, jusqu'à ce que Andro-\nmède l'arrête.\n- Assez, assez vous voyez bien qu'il est mort.\nPersée remet son épée au baudrier, ramène les\nboucles blondes de sa chevelure, avale une pastille et,\ndescendant de sa monture, dont il flatte le col.\n-\nEt maintenant? ma toute belle, dit-il d'une voix\nsirotée.\nAndromède, toujours là, nue sans idée avec ses\nyeux noirs de mouette, demande:\n-\n-\nVous m'aimez, vous m'aimez vraiment ?\nSi je vous aime? Mais je vous adore! Mais la vie\nsans vous me semble insupportable et pleine de ténè-\nbres! Si je t'aime, mais regarde-toi donc!\nEt il lui tend son miroir, mais Andromède, au comble\nde la surprise, le repousse doucement. Il n'y prend\ngarde, et se hâte d'ajouter :\n-\nAh! par exemple, il faudra que nous nous fas-\nsions belle!\n-\nIl ôte un de ses colliers, un collier de monnaies\nd'or (souvenir des noces de sa mère) et veut le lui\npasser au cou. Elle le repousse doucement, mais il pro-\nfite de son geste pour lui prendre à deux mains la\ntaille. Le petit animal blessé se réveille! Andromède\npousse un cri, un cri comme ceux des mouettes aux\nplus mauvais jours, un cri qui retentit dans l'île grise :\n-\nNe me touchez pas !... - Oh I pardon, pardon,\nmais en vérité tout ceci s'est fait si vite! Je vous en",
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     "texte": "La Vogue.\n351\nprie, laissez-moi encore un peu seule, errer dans ces\nlieux, dire un dernier adieu...\nElle se détourne pour étreindre d'un geste l'île et sa\nfalaise où la nuit descend, la nuit sérieuse, oh! sé-\nrieuse pour la vie, si sérieuse et insaisissable qu'An-\ndromède s'en détourne tout aussitôt vers celui qui\nvient l'arracher\nà son passé, vers son va-tout. Et\nvoilà qu'elle le surprend ! Il baîllait ! un élégant baîl-\nlement qu'il veut achever en sourire de grenade ouverte.\n-\nO nuit sur l'île du passé! Monstre lâchement tué,\nMonstre sans sépulture! Pays trop élégants de de-\nmain... Andromède n'a qu'un cri:\n-\nAllez-vous en! allez-vous-en! Vous me faites\nhorreur ! J'aime mieux mourir seule, allez-vous en,\nvous vous êtes trompé d'adresse.\n-\nAh bien, en voilà des manières! Ma petite, sa-\nchez que mes pareils ne se font pas dire deux fois de\npareils ordres. Vous n'avez déjà pas la peau si fine.\nIl exécute un moulinet de son épée adamantine, se\nremet en selle, et file dans l'enchantement du lever de\nlune, sans se retourner; on l'entend chanter une tyro-\nlienne; il file comme un météore, il s'efface vers les\npays élégants et faciles...\nO nuit sur la pauvre île quotidienne !... Quel rêve !...\nAndromède reste là, tête basse, hébétée devant l'ho-\nrizon, l'horizon magique dont elle n'a pas voulu.\nElle court au Monstre, qui gît toujours dans son\ncoin, inanimé, violet et flasque, pauvre, pauvre. C'était\nbien la peine !...\nComme autrefois, elle vient s'étaler sous son menton,\nqu'elle doit soulever, et lui entoure le cou de ses pe-\ntits bras. Il est encore tout tiède. Curieuse, de l'index\nelle lui soulève une paupière, la paupière découvre un",
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     "texte": "352\nLa Vogue.\nglobe atone et vitreux et retombe. Elle écarte les\nmèches de la crinière et compte les trous saignants\nqu'a faits la vilaine épée. Et des larmes de passé et\nd'avenir, des larmes de silence lui coulent. Que la vie\nétait encore belle avec lui dans cette île ! Et tout en\nlui passant machinalememt la main dans les cils, elle se\nsouvient. Elle se souvient comme il lui fut un bon ami,\ngentleman accompli, savant industrieux, poëte disert.\nEt son petit cœur crève en sanglots, et elle se tord\nsous le menton inerte du Monstre méconnu, et\nl'étreint par le cou, et l'adjure trop tard.\n-\nOh! pauvre, pauvre Monstre ! Que ne me disais-\ntu tout d'avance? Tu ne serais pas mort, là, par ce\nvilain héros d'Opéra-comique. Nous aurions encore de\nbeaux jours. Tu devais bien voir que ce n'était chez\nmoi qu'une crise passagère, cette langueur et cette\ncuriosité fatale. Oh, curiosité trois fois funeste! Oh!\nJ'ai tué mon ami, j'ai tué mon unique ami! Mon père\nnourricier, mon précepteur. De quelles lamentations\npourrai-je faire retentir ces rivages insensibles, mainte-\nnant? Noble Monstre, son dernier mot a été pour moi :\n<< Adieu Andromède, je t'aimais et avec avenir si tu\navais voulu ! » - Oh! comme je comprends maintenant\nle sérieux de ta grande âme ! et tes silences, et tout !\nTrop tard, trop tard, mais sans doute ainsi en avaient\nordonné les dieux. O dieux de justice, prenez la moi-\ntié de la vie d'Andromède, prenez la moitié de ma vie\net rendez-moi la sienne, afin que je l'aime et le serve\ndésormais avec fidélité et gentillesse. O dieux faites\ncela pour moi, vous qui lisez dans mon cœur et savez\ncombien au fond, je l'aimais, encore qu'aveuglée par\nde passagères lubies de croissance, et n'ai jamais aimé\nque lui, et l'aimerai toujours !",
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     "texte": "La Vogue.\n353\nEt la noble Andromède promène sa bouche ado-\nrable sur les paupières closes du Dragon. Et soudain\nse recule !...\nCar voici qu'à ces paroles fatidiques, à ces baisers\nrédempteurs, le Monstre tressaille, ouvre les yeux\npleure, et la regarde... - Et puis parle :\n-\nNoble Andromède, merci. Les temps d'épreuve\nsont accomplis. Je renais, et je vais renaître correctement\npour t'aimer et qu'il n'y ait ni mot ni minute pour nom-\nmer ton bonheur. Mais apprends qui je suis, et quel fut\nmon destin. J'étais de la race maudite de Cadmus vouée\naux Furies ! Je prêchais la dérision de l'être et le divin du\nnéant dans les bosquets de l'Arcadie. Pour me punir,\nles dieux de vie me changèrent en Dragon, me condam-\nnant à garder, sous cette forme, les trésors de la terre,\njusqu'à ce qu'une vierge n'aimât, monstre, pour moi-\nmême. Dragon à trois têtes, j'ai longtemps gardé d'abord\nles pommes d'or du jardin des Hesperides; Hercule\nvint et m'égorgea. Puis je passai en Colchide, où devait\naborder la Toison d'Or. Sur le bélier à toison d'or arri-\nvaient Phryxus de Thèbes et sa sœur Hellé. Un oracle\nm'avait fait entendre qu'Hellé serait la vierge promise.\nMais elle se noya en voyage, et donna son nom au dé-\ntroit d'Hellespont. (J'ai su depuis qu'elle n'était pas\ntrès jolie. Et vinrent ces étranges Argonantes, comme\non n'en reverra plus !... Époques splendides ! Jason\nétait leur chef, Hercule suivait, et son ami Thésée; et\nOrphée qui se faisait fort de me charmer avec sa lyre\n(et qui devait avoir plus tard un fin si tragique!) et\naussi les deux Gémeaux, Castor dompteur de chevaux\net Pollux habile au pugilat. Époques évanouies !... Oh !\nleurs bivouacs, et les feux qu'ils allumaient aux soirs !\n-\nEnfin je fus égorgé devant le trésor du Saint-Graal",
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     "texte": "354\nLa Vogue.\ngrâce aux philtres de Médée qui brûlait d'un amour\ninsensé pour le somptueux Jason. Et les cycles recom-\nmencèrent; et j'ai connu Étéocle et Polynice, et la\npieuse Antigone, et les perfectionnements de l'armement\nmettant fin aux temps héroïques. Et enfin l'Éthiopie, et\nton père et toi, ô noble Andromède, Andromède plus\nbelle que toutes, à qui je dois de pouvoir te rendre si\nheureuse qu'il n'y aura ni mot ni minute pour nommer\nton bonheur.\nEn terminant ces mots, le Dragon s'est changé en un\njeune homme accompli; accoudé à l'entrée de la grotte,\nsa peau humaine inondée des enchantements du clair de\nlune, il parle d'avenir.\nAndromède n'ose le reconnaître, et se détournant un\npeu sourit à l'horizon, avec une nuance de tristesse, car\nson âme est toujours si vite accablée.\nMais il faut bien vivre, et vivre cette vie, quelque\ngrands yeux étonnés qu'elle vous fasse ouvrir à chaque\ntournant de route.\nLe lendemain de cette nuit nuptiale et harmonieuse,\nune pirogue fut creusée dans un tronc d'arbre et mise à\nla mer. Ils voguèrent, évitant les côtes semées de casi-\nnos, oh! voyage de noces sous les soleils comme à la\nbelle étoile ! et abordèrent le troisième jour en Éthiopie\noù régnait l'inconsolable père d'Andromède (je laisse à\npenser sa joie).\n-\nAh! ça, mon cher monsieur Amyot de l'Épinal,\nvous nous la baillez belle avec votre histoire ! s'écria la\nprincesse d'U. E. (en ramenant un peu son châle, car\ncette splendide nuit était fraîche). Moi qui me ſigurais\ntout autrement cette aventure de Persée et Andromède!\nJe ne vous chicanerai pas d'avoir travesti ce pauvre",
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     "texte": "La Vogue.\n355\nPersée. (Je vous le pardonne en faveur de la main de\nmaître dont vous m'avez flattée sous les traits d'Andro-\nmède.) Mais le dénouement de l'histoire! Qu'est-ce que\nce Monstre à qui nul ne s'était intéressé jusqu'ici? Et\npuis, cher monsieur Amyot de l'Épinal, levez donc un\npeu les yeux vers la carte céleste de la nuit. Ce couple\nde nébuleuses, là bas, près de Cassiopée, ne l'appelle-\nt-on pas Persée et Andromède? tandis quetout là-bas,\ncette file sinueuse d'étoiles, c'est la constellation du\nDragon, qui vivotte entre la Grande-Ourse et la Petite-\nOurse, ses pareils ?...\n-\nChère U... cela ne prouve rien. Les cieux sont\nsereins et conventionnels; autant dire que vos yeux sont\nsimplement bruns (vous ne le voudriez pas). Non; car\nvoyez de même, d'autre part, là bas, près de La Lyre,\nqui est ma constellation, n'est-ce pas le Cygne, qui est\ncelle de Lohengrin et a la forme d'une croix en souve-\nnir de Parcifal? Et cependant vous avouerez que moi\net ma Lyre n'avons rien à voir avec Lohengrin et Par-\ncifal?\n-\nC'est vrai. Mais il n'y a jamais moyen de discu-\nter et de s'instruire avec vous. Vous savez tout... Mais\nrentrons prendre le thé. Ah! à propos, et la moralité ?\nJ'oublie toujours la moralité...\n-\nLa voici :\nAinsi que cette histoire vous le montre,\nCelui-ci était digne d'être le plus heureux des trois.\nJeunes filles, regardez-y à deux fois\nAvant de dédaigner un monstre.\nJULES LAFORGUE.\n38",
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     "texte": "HYPERION\n(Suite.)\nNon, nulle part je ne puis résoudre cette énigme,\nquelles que grandes mes recherches,\nBien que j'étudie minutieusement le rouleau universel\nde la Nature,\nBien que je l'interroge jusqu'à en défaillir, je ne puis\ntrouver pourquoi vous, divinités,\nVous, les premiers-nés de tous les Dieux aux formes\npalpables.\nVous trembleriez ainsi devant ce qui, comparé à vous,\nN'est qu'une force méprisable. Partant, vous êtes ici\nÉcrasés, et talonnés par la douleur et anéantis, vous\nêtes ici!\nO Titans, vous dirai-je : « Levez-vous ?> - Vous ru-\ngissez :\nVous dirai-je « Rampez? >>\npuis-je alors ?\n-\nVous rugissez. Que\nO Ciel immense! Dites-moi, vous tous. Dieux, mes\nfrères,\nComment combattre, comment machiner notre grande\ncolère !",
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     "texte": "La Vogue.\n357\nDites maintenant, que conseillez-vous, l'oreille de\nSaturne\nA faim de votre parole. Toi, Océanus,\nTu rêves, tu médites profondément, et sur ta face\nJe vois avec étonnement, ce sérieux contentement\nQue donne la pensée et la méditation; secours-nous!...\nAinsi termina Saturne; et le Dieu de la Mer\nSophiste et sage, non à la façon des sages des bosquets\nAthéniens,\nMais philosophant dans l'ombre de son royaume aqueux,\nSe leva les tresses de ses cheveux non mouillées\net il commença\n-\n-\nEn murmures que les premiers efforts de sa langue\nPrirent à leur naissance sur les sables profonds et\nécumeux :\n<< O vous que la colère consume! Que sous l'aiguillon\nde la passion\nVous tordez dans votre défaite, et bercez vos agonies !\nImposez silence à vos sens, fermez vos oreilles,\nMa voix n'est pas un soufflet qui puisse attiser votre\ncolère.\nPourtant écoutez, vous qui voulez; je vous prouverai\nComment vous, de force, vous devez être contents de\ncéder.\nEt mes preuves vous seront grand secours,\nSi vous voulez prendre ces preuves dans leur vérité.\nNous tombons par la force des lois de la Nature, non\npas la force.\nDu tonnerre, non pas la force de Jupiter. Grand Saturne,\nTu as bien interrogé ce monde et ses atomes\nMais pour cette raison que tu es le Roi,\nEt aveugle par le fait même de ta pure suprématie,\nUne voie est demeurée impénétrable à tes yeux.",
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     "texte": "358\nLa Vogue.\nPar cette voie j'ai marché vers la vérité éternelle.\nEt d'abord, comme tu ne fus la première des puissances,\nDe même tu n'es pas la dernière, cela ne peut être :\nTu n'es pas le commencement et tu n'es pas la fin.\nDu Chaos et des ténèbres primordiales vint\nLa lumière, premières semences de cette guerre intestine,\nSerment funeste, qui pour d'étonnantes fins\nMûrissait en lui-même. L'heure de l'éclosion vint,\nEt avec elle la lumière, et la lumière créant des êtres\nA la surface de celui-là même qui l'avait créée, immé-\ndiatement changea\nToute l'énorme matière en Vie.\nA cette même heure, notre lignée,\nLe Ciel et la Terre, devinrent manifestes.\nAlors toi le premier-né et nous la race des géants.\nNous nous trouvâmes rois de nouveaux royaumes,\nroyaumes de beauté.\nMaintenant vient la douleur de la vérité, à ceux à qui\nla vérité est douleur.\n(Traduit de KEATS, par M. J.-J. RÉTHORÉ..)\n(A suivre.)\n38",
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     "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nDans l'Art Moderne de Bruxelles, (26, rue de l'Industrie,)\nM. Félix-Fénéon prend texte de l'exposition de la Société des\nArtistes Indépendants pour formuler la technique des dissi-\ndents de l'impressionnisme : MM. Camille Pissarro, Georges\nSeurat, Albert Dubois-Pillet, Paul Signac et Lucien Pissarro.\nVoici un fragment de cet article théorique nº du 19 septembre:\n...\nEt ces recherches se compli-\nquent de recherches industrielles.\nDes précautions sont à prendre\ncontre la duplicité des couleurs :\nelles s'attaquent chimiquement\nentre elles; la lumière et le temps\ndénaturent les autres, Au Louvre,\ndans l'Esther de Paul Véronèse, à\ntravers les colonnades du palais\nd'Assuérus, on voit, étonné, des\nnuages blancs se panader sur un\nciel d'encre, jadis bleu : ce\nbleu fut à la mode. De semaine\nen semaine, on pourrait suivre la\ntransformation des orangés. Le\nblanc d'argent, qui est un blanc à\nbase de plomb, noircit; le blanc\nde zinc, qui ne noircit pas, ne\ncouvre pas assez, est maigre :\nquelle matière inaltérable lui\nadjoindre pour le rendre gras? la\nmagnésie? Le vert Véronèse,\nconstamment présent sur la pa-\nlette impressionniste, est à base\nde cuivre: dans les mélanges, les\nblancs à base de plomb ou de zinc\nle détériorent done; et comment\navoir un Véronèse à base de zinc?\nCes questions ont toujours sollicité\nles impressionnistes et, spéciale-\nment M. Camille Pissarro; mais\nici l'expérience pour être con-\ncluante doit porter sur de longs\nlaps; et le peintre qui a le\nmieux surveillé la fabrication de\nses\ncouleurs est précisément\ncelui dont les couleurs ont le\nplus noirci, Léonard.\nAfin d'éviter les ombres que\njettent les empâtements, MM. Pis-\nsarro, Seurat, Dubois-Pillet et\nSignac appliquent leurs couleurs\nà plat. - Installée par touches\nrompues, leur pâte peut jouer\nélastiquement: elle échappe ainsi\nau danger du séchage, - la cra-\nquelure. - Les embus dispa-\nraissant derrière le verre comme\nderrière le vernis, ils ne ver-\nnissent pas, et mettent, à l'ex-\nemple de MM. Alma-Tadema,\nJames Tissot, etc., leurs toiles\nsous verre: elle n'ont donc rien\nà craindre du saurage, inévitable",
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     "texte": "360\nLa Vogue.\nEn-\navec les pius purs vernis.\nfin, à l'exclusion du cadre d'or\ndestructif de tons orangés, ils\nadoptent le cadre classique de\nl'impressionnisme, le cadre blanc,\ndont la neutralité est bienveillante\nà tous les voisinages... s'il con-\ntient, pour atténuer sa crudité,\ndu jaune de chrome clair, du ver-\nmillon et de la laque.\n...\nContre la réforme promul-\nguée par les trois ou quatre\npeintres que concernent ces notes,\nles arguments affluent, inoffensifs.\n« L'uniformité, l'impersonnalité\nde l'exécution matérielle privera\nleurs tableaux de toute allure\npropre. » C'est confondre la\ncalligraphie et le style. Ils diffè.\nreront, ces tableaux, parce que\nle tempérament de leurs auteurs\ndifférera. Un Pissarro récent,\nun Seurat, un Signac ne sauraient\nse distinguer, » proclament les\ncritiques. Toujours les critiques\nont fait avec orgueil les plus pé-\nnibles aveux. (1) - On accuse enfin\nces peintres de subordonner l'art\nà la science. Ils se servent seule-\nment des données scientifiques pour\ndiriger et parfaire l'éducation de\n(1) Cette déclaration nous\nplaît de l'Art Moderne qui, août,\nencadrait de commentaires stu-\npéfaits un translucide poème ici\npublié et là reproduit. (N. d. 1.\nD.)\nleur œil et pour contrôler l'exac-\ntitude de leur vision. Le professeur\nN. O. Rood leur a fourni de pré-\ncieuses constatations. Bientôt la\nthéorie générale du contraste, du\nrythme et de la mesure, de M. Ch.\nHenry, les munira de nouveaux\net sûrs renseignements. Mais M.Ζ.\npeut lire des traités d'optique\npendant l'éternité, il ne fera\njamais la Grande-Jatte. Entre ses\ncours au Col:mbia-College,\nM. Rood, dont la perspicacité et\nl'érudition artistiques nous sem-\nblent d'ailleurs absolument nulles,\npeint: ce doit être piètre. La\nvérité est que la méthode néo-\nimpressionniste exige une excер-\ntionnelle délicatesse d'œil: fuiront\neffarés sa loyauté dangereuse tous\nles habiles qui dissimulent par des\ngentillesses digitales leur incapa-\ncité visuelle. Cette peinture n'est\naccessible qu'aux peintres : les\njongleurs des ateliers devront\ntourner leurs efforts vers le bon-\nneteau ou le bilboquet.\nM. Monet ni tels autres n'ose-\nront, malgré l'exemple de M. Ca-\nmille Pissarro, leur doyen, recom-\nmencer la lutte contre le public,\nles marchands et les acheteurs :\nmais un compromis ralliera leur\nfaire à celui des dissidents. Quant\naux recrues de l'impressionnisme,\nc'est vers l'analyste Camille Pis-\nsarro et non vers Claude Monet\nqu'elles s'orienteront.\nL'Administrateur-Gérant: GUSTAVE KAHN.",
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