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     "texte": "AMOUR\nPARALLÈLEMENT A UN MORT (1).\nI\nCe portrait qui n'est pas ressemblant,\nQui fait roux tes cheveux noirs plutôt,\nQui fait rose ton teint brun plutôt,\nCe pastel, comme il est ressemblant!\nCar il peint la beauté de ton âme,\nLa beauté de ton âme un peu sombre\nMais si claire, au fond que sur mon âme,\nIl a raison de n'avoir pas d'ombre.\n(1) Pour l'intelligence de ce double titre se reporter au\nduméro de la Vogue (Les Poètes maudits, Pauvre Lelian).",
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     "texte": "146\nLa Vogue.\nTu n'étais pas beau dans le sens vil\nQu'il paraît qu'il faut pour plaire aux dames ;\nEt pourtant, de face comme de profil,\nTu plaisais aux hommes comme aux femmes.\nTon nez certes n'était pas si droit,\nMais plus court qu'il est dans le pastel,\nMais plus vivant que dans le pastel,\nMais aussi long et droit que de droit.\nTa lèvre et son ombre de moustache\nFut rouge moins qu'en cette peinture\nOù tu n'as pas du tout de moustache,\nMais c'est ta souriance si pure ;\nTon port de cou n'était pas si dur,\nMais flexible et d'un aigle et d'un cygne\nCar ta fierté primait parfois sur\nTa douceur grave et ta grâce insigne.\nMais les yeux, ah! les yeux, c'est bien eux,\nLeur regard triste et gai, c'est bien lui,\nLeur éclat apaisé, c'est bien lui,\nCes sourcils orageux que c'est eux!",
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     "texte": "La Vogue.\n147\nO portrait qu'en tous lieux j'emporte\nOù m'emporte une fausse espérance,\nO pastel spectre te voir m'emporte\nOù donc ? parmi tout, plaisir et transe.\nO l'Elu de Dieu, priez pour moi,\nToi qui sur terre fus mon bon ange\nCar votre image, plein d'alme émoi,\nJe la vénère d'un culte étrange.",
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     "texte": "148\nLa Vogue.\nII\n« Capellos de angelo. »\n(Friandise espagnole.)\nC'est une laide de Boucher\nSans poudre dans sa chevelure\nFollement blonde et d'une allure\nVénuste à tous nous débaucher;\nMais je la crois mienne entre tous\nCette crinière tant baisée\nCette cascatelle embrasée\nQui m'allume par tous les bouts.\nElle est à moi bien plus encor.\nComme une flamboyante enceinte\nAux abords de la Porte sainte,\nL'alme, la dive toisen d'or\nEt qui pourrait dire ce corps\nSinon moi, son chantre et son prêtre\nEt son esclave humble et son maltre\nQui s'en damnerait sans remords ?",
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     "texte": "La Vogue.\n149\nSon cher corps rare harmonieux,\nSuave, blanc comme une rose\nBlanche, et blanc de lait pur, et rose,\nComme un lys sous de pourpres cieux!\nCuisses belles, seins redressants,\nLe dos, les reins, le ventre, fête\nPour les yeux et les mains en quête,\nEt pour la bouche et pour les sens!\nMignonne, allons voir si ton lit\nA toujours sous le rideau rouge\nL'oreiller sorcier qui tant bouge\nEt les draps fous Oh vers ton lit!\nPAUL VERLAINE,",
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     "texte": "BOHÉME ALENTOUR\nI. FEUX.\n-\nSûre de sa fin comme de son origine inconnue;\nhantée de rares pas inquiets; idoine aux apparitions\nredressée parfois, ironique et bleue, pour voir qui vient\ndes gens: la route de ce pays ici sans villes traverse\ndes forêts dévastées. Nulles feuilles aux arbres et pour-\ntant la nuit séjourne sous les noires branches infinini-\nment multipliées. Nulle fleur, pas de mousse; d'épaisses\ncouches de sable silencieux, comme d'une mer sécu-\nlairement partie. Le silence de la nuit ordinaire, tou-\njours.\nMais, invisibles à la route, ça et là brûlent, entre les\narbres malheureux, des feux, discrètes haltes de\nBohême. Taciturnes et le geste ménagé, partout étran-\ngers et conquérants, les diseurs de male aventure\nrangent en cercle leurs fronts aurés de sequins. En des\nposes héroïques et tranquilles, ils s'écoutent rêver en\nOrient. Ils voient les Trois Couronnes sacrées dont\nl'ombre étincelante environne leur chemin et pâlit l'or\nsanglant des braises et leur extase perpétuée adore cęs\ntrois cercles initiaux de l'Asie fabuleuse, leur réelle\nmère.",
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     "texte": "La Vogue.\n151\nPuis, tous les regards, vite échangés et détournés,\nse rencontrent sur le front endormi du blême enfant,\nmenti par leur astrale et augurale race, prisonnier de\nl'étrange amant de celle qui veille, immobile, penchée\nsur son sommeil, et tous ces regards, parmi lessonges de\nl'enfant occidental, infiltrent jusqu'aux yeux de son âme\nla splendeur divine des Trois Couronnes, surveillant ce\nqu'il en peut supporter sans mourir.\nJusqu'à ce que le plus ancien des Ancêtres d'un signe\nredresse toutes les haltes et les rassemble sur la route,\naprès avoir fait quelques pas solitaires, et tous s'en\nvont, comme des fantômes légers, et tous, disséminés,\ns'en vont vers le Couchant où finit la Terre, passant\nindolemment et les paupières baissées, devant les bonnes\nauberges, le soir, où sont les gens paisibles oubliés\nsur le banc de pierre, qui les considèrent avec méfiance,\ncraignent pour les moissons et dissertent longtemps.",
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     "texte": "152\nLa Vogue.\nII. - La Voix\n* Tout ce que tu peux apprendre, jeune homme des\npays en deuil de tout ce que tu ne sais pas, veux-tu\nque te le révèlent des rayons de soleil ou des lueurs de\nlune, les yeux des Prophètes ou les baisers de mes\nlèvres? Tu n'as encore obtenu que le sentiment sans\norgueil de ta solitude en moi parmi leur hostilité. Mes\njoies t'endorment; dans l'heure où quelques douceurs\nde moi pourraient achever en toi la révélation, mes\njoies t'endorment, cependant que les regards conjurés\ndes Très-Savants violent tes paupières et te rejettent\néveillé, dans mes bras.\nrance,\n-\n« De terreur en lassitude, - d'ignorance en igno-\nta vie est devenue une habitude résignée\nd'une vaine agonie, et moi je meurs ! et moi, je me\nmeurs aussi de ne te verser qu'à gouttes avares l'extase\nde la haute et profonde Vérité qui bat en mon sein avec\nles tours de flammes d'un incendie divin.\n<< Car je viens du brillant berceau du monde et des\ndieux, où on ne les craint pas, où les âmes sont savantes\ncomme des fleurs, où la danse de la vie tourne en\nliberté. Mais vous, vos fronts pleins d'inutiles pensées,\nvous allez cherchant la lumière sans savoir vous repo-\nser en elle ! et moi-même, j'ai subi ton trouble.\n« O si tu voulais t'asseoir au banquet interminable !",
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     "texte": "La Vogue\n153\nO si tu pouvais vouloir, dans un rêve plus durable que\ntoi, t'asseoir au banquet où les maîtres de la Vérité la\npartagent selon de justes mesures aux diverses huma-\nnités ! Du moins n'en saurais-tu point pressentir l'es-\nsence, l'unique et l'incorruptible, soit aux traits sonores\ndu verbe qui rayonne en les prunelles où le véridique\nsoleil est resté, soit aux lignes significatives de la pure\nbeauté ! »",
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     "texte": "154\nLa Vogue.\nIII.\n-\nMAJESTÉ.\nDans l'ennui, dans la glaciale torpeur de notre race\nméprisable qui, lasse de virer sur elle-même, penche à\npeine maintenant, de çà, de là, et secoue grotesque-\nment son front diminué, la sublime Bohême Annoncia-\ntrice s'inquiète de s'engourdir et tourne vers la Patrie,\noù les Trois Rois attendent, sa belle tête errante.\nElle redresse dans une dernière fierté sa belle tête\nerrante, et laissant à nos seuils, la poussière de ses\npieds, et cherchant à reposséder son âme en fuite déjà,\nreprend pensivement le chemin de la forêt où les\nrameaux multipliés sont sans feuilles et sans fleurs, le\nchemin de la forêt dévastée.\nLes villages discoureurs voient l'exilée qui passe et\nse taisent sur son passage pour se hâter d'éclater,\naussitôt ensuite, en discours discords, durant qu'elle\ns'éloigne vers l'horizon bleu, et s'enfonce dans le tout\nlà-bas, et s'efface, vision disparue, dans le tout là-bas.\nCes feux renaissent, complices de la nuit, et la\nsublime Bohême, immobile et silencieuse, médite pour-\nquoi les dieux ont doué l'Occident de cette incurable\nimprudence, de cette aveugle et sourde ingratitude.\nLe plus ancien des ancêtres fait un signe, et les\narbres malheureux s'enfilamment joyeusement, et ce qui",
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     "texte": "La Vogue.\n155\nva n'être plus célèbre comme une fête l'aube de son\npropre néant.\nPuis la route tressaille d'aise, car elle sait bien que\nc'est la sublime Bohême qui regagne sa fastueuse patrie.\nTêtes errantes! Têtes errantes! En chantant de réelles\nchansons!\n38\nCHARLES MORICE.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "L'HIVER QUI VIENT\nBlocus sentimental, Messageries du Levant!...\nOh! tombée de la pluie, oh! tombée de la nuit, oh! le\nvent...\nLa Toussaint, la Noel, et la Nouvelle Année.\nIl bruine...\nOn ne peut plus s'asseoir, tous les bancs sont mouillés;\nCrois-moi, c'est bien ſini jusqu'à l'année prochaine,\nTant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,\nAh! nuées accourues des côtes de la Manche,\nVous nous avez gâté notre dernier dimanche...\nIl bruine...\nDans la forêt mouillée, les toiles d'araignées\nPloient sous les perles d'eau, et c'est leur ruine.\nSoleils plénipotentiaires des travaux des Pactoles des\nplaines,\nOù êtes-vous ensevelis?...\nCe soir, un soleil fichu, gît sur le côteau, dans les\ngenêts,\nUn soleil blanc comme un crachat d'estaminet,\nSur une lisière de genêts, - de genêts d'automne!",
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     "texte": "La Vogue.\n157\nEt les cors lui sonnent!\nQu'il revienne...\nQu'il revienne à lui,\nTaïaut! taïaut! et hallali! - et font les fous...\nEt il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,\nEt il frissonne, sans personne.\nAllons, allons, et hallali!\nC'est l'hiver bien connu qui s'amène.\nOh! les tournants des grandes routes,\nEt sans rhapsode qui chemine,\nOh! leurs ornières des chars de l'autre mois,\nVers les patrouilles des nuées en déroute,\nQue le vent malmène et mène au bercail,\nAccélérons, accélérons, c'est la saison bien connue,\ncette fois!\nOn ne peut plus s'asseoir, tous les bancs sont mouillés,\nAh! le vent, cette nuit, il en a fait de belles,\nO dégâts, ô nids, ô pauvres jardinets,\nMon cœur et mon sommeil, & échos des cognées...\nTous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,\nLes sous-bois ne sont qu'un fumier de feuilles mortes;\nFeuilles, folioles, que le vent vous emporte,\nVers les étangs, par ribambelles,\nOu par le feu du garde-chasse,\nOu les sommiers des ambulances.\nC'est la saison, c'est la saison, la rouille envahit les\nmasses,\nElle ronge en leurs spleens kilométriques\nLes fils télégraphiques des grandes routes où nul ne\npasse...",
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     "texte": "158\nLa Vogue.\nO soleils,\nDes soirs orangés, aux hallalis,\nAux ovations des royaux cors de chasse,\nQue faites-vous ensevelis?\nLes cors, les cors, les cors - mélancoliques !...\nMélancoliques!...\nS'en vont, changeant de ton,\nChangeant de ton et de musique,\nTonton tontaine tonton...\nLes cors, les cors, les cors!...\nS'en sont allés au vent du nord.\nJe ne puis quitter ce ton, que d'échos!...\nC'est la saison, c'est la saison, adieu vendanges;\nVoici venir les pluies d'une patience d'ange,\nAdieu vendanges, et adieu paniers...\nC'est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,\nC'est la tisane sans foyer,\nLa phtysie pulmonaire attristant le quartier,\nEt toute la misère des grands centres.\nMais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,\nRideaux écartés du haut des balcons des grèves, dites?\nLampes, estampes, the, petits-fours,\nVous serez mes seules amours!...\n(Oh! et puis, est-ce que tu connais\nLa sobre et nette horreur, le vespéral mystère\nHebdomadaire\nDes statistiques sanitaires?...)\nNon ! c'est la saison et c'est la terre falote,\nQue l'autan, que l'autan\nEffiloche les savates du Temps,",
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     "texte": "La Vogue.\n159\nC'est la saison\n-\noh! déchirements - c'est la saison,\nNul n'en rendra raison.\nTous les ans, tous les ans,\nJ'essaierai, en chœur, d'en chanter la note.\nJULES LAFORGUE.",
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     "texte": "LA LÉGENDE DES TROIS CORS\nUn cor dans la plaine\nSouffle à perdre haleine\nUn autre, du fond des bois,\nLui répond;\nLui chante ton-taine\nAux forêts prochaines,\nEt l'autre ton-ton\nAux échos du mont.\nCelui de la plaine\nSent gonfler ses veines\nSes veines du front, -\nCelui du bocage\nEn vérité ménage\nSes jolis poumons.\n-\nOù donc tu te caches,\nMon beau cor de chassse?\nQue tu es méchant !",
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     "texte": "La Vogue.\n161\n-\nJe cherche ma belle\nLà-bas qui m'appelle\nPour voir le soleil couchant.\n- Taïaut! taïaut! je t'aime,\nHallali! Ronceveaux !\n-\nÊtre aimée est bien doux;\nMais, le couchant avant tout!\nLe soleil dépose sa parole étole,\nLâche les écluses du Grand-Collecteur\nEn millle pactoles,\nQue les plus artistes\nDe nos liquoristes\nAttisent de cent fioles de vitriol oriental!...\nLe sanglant étang, aussitôt s'étend, aussitôt s'étale,\nNoyant les cavales du beuglant quadrige\nQui se cabre et qui patauge, et puis se fige\nDans ces déluges de bengale et d'alcool!...\nMais les durs sables et les cendres de l'horizon\nBoivent peu à peu tout cet étalage de poisons.\nTon-ton ton-taine les gloires !...\nEt les cors consternés,\nSe retrouvent nez à nez;\nIls sont trois,\nLe vent s'élève, il commence à faire froid.\nTon-ton ton-taine les gloires !...\nBras-dessus, bras-dessous,\nAvant de rentrer chacun chez nous",
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     "texte": "162\nLa Vogue.\nSi nous allions boire\nUn coup?\nPauvres cors! pauvre cors!\nComme ils dirent cela avec un rire amer !\nLe lendemain, l'hôtesse du Grand-Saint-Hubert\nLes trouva tous trois morts.\n38\nJULES LAFORGUE.",
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   "controle": "début : titre non retrouvé : début en haut de la page ; fin : fin de la page 163",
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     "texte": "La Vogue.\n163\nLes fragments de Casanova que nous publions dans ces numé-\nros furent écrits dans les dernières années de sa vie lorsqu'il\nfut le bibliothécaire du comte de Waldstein. Ils jettent quelque\nclarté sur l'aigrissement de caractère reproché à la viellesse du\nVénitien.\nLe Passe-Temps le met en scène avec un ami, plutôt une\nrelation obligée par la coexistence de ces deux hommes, seuls,\navec des profondes différences, doués de littérature et d'un peu\nde sociabilité. Aucun document ne nous permet de juger si\nle docteur O'Reilly fut, oui ou non, le sot personnage que\ndépeint Casanova, - mais, certes, il n'avait rien de commun\navec les élégants et brillants amis d'autrefois, - et M. de Sein-.\ngalt ne se fait pas faute de le lui dire et de lui reprocher de\nn'être pas l'ennemi déclaré de ses bourreaux (soit tous les\nfonctionnaires et domestiques du comte de Waldstein).\nTous ces tiraillements finirent par une brouille, car la lettre\ndu docteur que nous donnons en appendice du Passe-Temps est\nprobablement restée sans réponse.\nLe second fragment est une note rédigée par Casanova, vrai-\nsemblablement pour lui-même, peut-être pour servir à cette fin\nqui ne fut pas construite, des mémoires: elle est documentaire\nsur l'Isocameron et l'état d'esprit de Casanova devant l'insuccès\ndu livre.\nLe troisième, récit d'une scène entre le bibliothécaire et un\ndes familiers du comte, montre à peu près exactement sa situa-\ntion au château, et aussi le changement de mœurs que la vieil\nlesse produisait en lui autrefois si magnifique.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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   "article_id": "aj-vogue-1886-08-16-7",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124140 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 167",
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     "texte": "DE L'«ISOCAMERON »\nQuand mon Isocameron serait l'ouvrage le plus ridi-\ncule, le plus bernable et le plus sot qui fût sorti de la\nplume d'un bouffon ignorant, du plus vil des écrivains,\nil ne me conviendrait pas de me tenir avec les bras croi-\nsés et dans une lâche indifférence tandis que la moitié de\nl'édition gît dans un magasin à Leipsig et l'autre à\nPrague en gage pour 200 florins. Tel qu'il est, je suis\nson père et l'édition me coûte 2.000 florins.\nTel qu'il est, aucun savant n'a osé, jusqu'à présent, dire\nle moindre mot pour le critiquer. - Ce livre a sur son\nfront un nom respectacle et que je dois moi-même ſaire\nrespecter puisque, de cela, dépend le respect que je\nprétends de toute l'Europe, dans le peu de temps que\nla nature m'accordera de vie.\n-\n-\nLa Réfutation d'Amelot m'a donné 1.000 ducats de\ngain en treize ans et l'édition est consommée. - Mon\nIliade m'a fait inscrire, sans que je le demande, dans\ntrois académies. Mon Histoire des troubles de la\nPologne fut applaudie dans les journaux, et le biblio-\nthécaire Hilcher le sait, et quarante-deux tomes de mes\nopuscules ont démontré à l'Italie que je ne suis pas un\ncrapaud dans le bourbier d'Apollon. Je le dissimule,",
     "source": "OCR HathiTrust",
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    {
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     "texte": "La Vogue.\n165\nmais le chagrin me ronge l'âme et il me coûterà la vie\nsi je ne remédie pas. Il faut que j'aille moi-même le\ndonner à un journaliste, et que je le paie pour qu'il en\nfasse l'extrait qui informe la France, l'Italie et princi-\npalement l'Angleterre.\nIl faut que j'aille moi-même faire un accord avec un\nlibraire. Il faut que je vende mon livre pour mon hon-\nneur et pour payer 400 ducats que je dois en tout. Il\nfaut que je satisfasse à tous ces devoirs ou que je\nmeure. Les libraires Hilchersont d'honnêtes gens, mais\nils ne sont que libraires. Ce qu'ils n'ont pas fait en dix\nmois, ils ne le feront plus, et je ne dois pas m'aban-\ndonner. Mon écriture avec Lagarde de Berlin était de\nlui donner le 50 pour cent, et l'écriture qu'il m'avait\nfaite était de me payer en deux ans. Les Hilcher crièrent,\nils me dirent que le 33 suffisait. Ils s'en chargèrent et\nils ne me donnèrent pas d'écriture et je suis réduit à\nrien. Je ne demande pas un sou à M. le comte de\nWaldstein de qui je dépens, mais sa seule permission\nque j'aille faire mes affaires. Je retournerai ici victorieux\ndans le mois d'octobre. Mon Isocameron a le caractère\nde tous mes ouvrages, il n'intéressera pas tout le monde.\nIl n'y a dedans ni médisance, ni fouterie. Mais on\ny trouve tout nouveau, tout mesuré à la physique, à la\nlégislation, à la vérité de la nature. M. le comte de\nSerbelloni, me dit, il ya huit jours, naïvement, et avec\ncet air de sincérité qu'il porte sur sa belle figure, que\nje dois aujourd'hui me trouver repenti d'avoir dépensé\nde l'argent pour publié cet ouvrage, et convaincu :\nqu'il ne peut pas plaire et qu'il n'aura jamais de débit.\nJe lui ai dit que je ne m'en repens pas et qu'il aura\nle même débit que tous mes ouvrages ont eu, et ce\nseigneur, étonné de sa bêtise, se prit à rire. J'en fus",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "166\nLa Vogue.\nmortifié, car il goûte Helvétius, il ne finit jamais de le\nlire, et il m'en fait toujours l'éloge, et Helvétius est un\nauteur que je chéris, mais malgré cela je suis sûr que\nmon Isocameron trouvera des lecteurs qui le goûte-\nront malgré qu'ils n'ont pas le profond esprit de\nM. de Serbelloni.\nLe célèbre chevalier Temple dit que les œuvres de\nBacon de Verulam, restèrent trois ans sans débit, en\nAngleterre même, malgré que le libraire Heck junior\nqui en avait mille exemplaires fût honnête. Le monde\nn'en savait rien. Le chevalier Temple en publia l'extrait\nsur un journal de Hollande, et ce grand ouvrage est\naujourd'hui l'ornement de toutes les bibliothèques.\nVerulam l'a écrit en latin, on l'a traduit en anglais et,\nen deux siècles, on en a fait plus de trente éditions.\n-\nM. de Serbelloni ne l'a pas lu, mais il est encore\njeune il en a le temps et il le lira, et je suis sûr qu'il en\nsera enchanté.\nLes Hilcher à Leipzig sont comme tous les libraires\naujourd'hui, excepté Nicolaï de Berlin. Ils sont igno-\nrants de tout, hormis dans leur intérêt pour vendre\ncher et faire de fausses réimpressions, lorsque l'ouvrage\na pris une réputation, mais lâches et ignorants, ils n'en\nosent pas faire les premiers pas, car ils ont peur de\nperdre dix ou douze florins que l'envoi des exemplaires\npeut leur coûter. C'est à l'auteur à faire les premiers\npas et la faute est à moi. Je me suis fié à eux, je leur\nai donné quatre exemplaires et je leur ai nommé les\njournalistes auxquels ils devaient les envoyer, - mais il\nn'en ont rien fait et j'en suis sûr. Je suis sûret certain que\ns'ils eussent envoyé 400 de mes exemplaires à Londres,\nils auraient été tous vendus à l'heure qu'il est, et j'au-\nrais touché 200 guinées, et je ne me serais pas trouvé",
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     "texte": "La Vogue.\n167\ndans la honte aujourd'hui qu'on me dise que j'ai fait\nà Prague des dettes en homme de mauvaise foi et que\nje n'étais pas sûr de pouvoir payer, car un livre n'a\nd'autre valeur intrinsèque que le papier excellent pour\nse torcher le cul.\nMais voilà cinq heures quisonnent; je vais me remettre\nau lit.\n38",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124140 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 172",
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     "texte": "ESSAI D'ÉGOÏSME\nMonsieur le major de cavalerie, comte de Serbelloni,\nassez riche et assez bel homme malgré son trop d'em-\nbonpoint, vint dans ma chambre hier au soir me deman-\nder ce que c'était qu'une lettre que je lui avais envoyée\nle matin, et qu'il ne comprenait pas. Je lui ai dit de\nbouche ce que ma lettre disait : Si vous voulez, lui\ndis-je, que je vous cède cet appartement vous achèterez\nma voiture pour cinquante ducats. J'en ai besoin pour\ntranquilliser six mois deux juifs créanciers qui sont à\nPrague. - Votre prétention, me dit-il, n'est pas rai-\nsonnable et elle est incompréhensible pour trois rai-\nsons; la première est que mes finances ne me per-\nmettent pas de faire cette dépense, la seconde que votre\nvoiture est vieille et ne vaut pas cet argent, la troi-\nsième est que vous n'êtes pas le maître de rester dans\ncet appartement, parce que M. le comte de Waldstein\nm'a promis d'y loger ma femme qui arrivera bientôt ici.\nIl faut donc vous déterminer à sortir.\nJe lui répondis\nque s'il n'avait pas cinquante ducats à sa disposition, je\nle plaignais, que ma voiture malgré sa vieillesse valait\nselon moi ce que je demandais et qu'il ne l'aurait pas à\nun moindre prix, et j'ai conclu par lui dire que, puis-\n-",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n169\nqu'il ne pouvait pas acheter ma voiture, je ne pouvais\npas non plus quitter l'appartement que je me croyais le\nmaître d'habiter jusqu'au moment où M. le comte\nde Waldstein m'ordonnerait en personne ou par lettre\nd'en sortir. Il faut lui dis-je, que je fasse taire quelque\ntemps mes créanciers, et vous devez avoir égard à ma\nsituation et m'excuser si je veux profiter de l'occasion\npour vous obliger à acheter ma voiture. Si vous voulez\nmon appartement, monsieur le comte, vous l'achèterez,\nsinon vous ne l'aurez pas.\nIl me dit brusquement que mon état de détresse ne\nlui causait aucune sensation puisque j'avais contracté\ndes dettes que je savais que je ne pourrais pas payer.\nJe lui dis que je comptais sur la vente de mes livres. Il\nme répondit qu'un honnête homme compte sur des effets\nqui ont une valeur intrinsèque, et que mes livres con-\ntiennent un mauvais ouvrage et que je dois m'être con-\nvaincu que personne n'en veut.\nJe lui répondis un peu piqué que les livres dont le\ndébit n'est pas rapide sont ceux qui ne plaisent pas à la\nmultitude et que le mien avait cette qualité et que je ne\nm'étonnai pas qu'il le trouvât mauvais, car il était au-\ndessus de sa portée, et dans l'impossibilité de lui plaire,\non n'y parlait pas fout.... il n'y avait pas de médisance,\nni de bouffonnerie. Je lui dis, à la fin, que je trouvais\nmon ouvrage bon précisément parce qu'il lui déplai-\nsait, et que le vendre était mon affaire. Je vous prie\ndonc monsieur le comte, de me laisser en repos et de\nchercher dans ce château un autre appartement que\nl'amitié de M. le comte de Waldstein ne vous refusera\npas.\nJe sortis alors de ma chambre pour aller souper,\nmais il me suivit en me disant que dans tout le château",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "170\nLa Vogue.\nil n y avait pas un appartement qui lui fût plus commode\nque le mien. Je lui répondis : Oh « cazzo » je trouve,\nplaisant que vous prétendiez que je doive sacrifier ma\ncommodité à la vôtre. - Qu'est-ce dit-il en se reculant,\nque le mot «cazzo» dont vous vous servez en oubliant à\nqui vous parlez. Nous étions alors dans le corridor,\nvis-à-vis de la porte de la salle au billard, le mot de\n<<< cazzo», lui dis-je est un mot d'admiration qui n'offense\npersonne, et les Italiens s'en servent pour indiquer rien.\nLe pape Lambertini, s'en servait parlant aux ambassa-\ndeurs et jusqu'en donnant des bénédictions. Tout le\nmonde à Bologne dit « cazzo, » comme « buzzara » à\nVenise, «potta» à Bergame, et « cogion » à Milan. Vous\nmême m'avez dit avant-hier: Non memporta un «cazzo»,\nen parlant d'une demoiselle avec laquelle vous faisiez\nsemblant d'être brouillé. Je crois donc que vous voulez\nme chercher une querelle d'Allemand.\nIl me dit alors qu'il était faché de ne pouvoir me\nrépondre l'épée à la main. - A ces mots j'ai prévu tout\nce qu'il pouvait me dire de désagréable dans sa colère\nqui le faisait déjà balbutier et je lui tirai la révérence.\nCette scène m'éveilla l'appétit, j'ai bien soupé et mieux\ndormi et je croyais l'affaire finie, mais ce matin, à dix\nheures, mon héros vint dans ma chambre accompagné\ndu lieutenant Kõller. Il débuta par me dire qu'il espé-\nrait de me trouver devenu raisonnable. Je lui ai répondu\nque je ne lui parlerais pas à moins qu'il ne me permette\nde dire « cazzo » à tout propos : Je sais, me dit-il que\n<cazzo» et rien sont la même chose, mais convenez que\nc'est un vilain intercalaire dont vous n'oseriez pas vous\nservir en parlant à un supérieur. - Je lui ai répondu ;\nOh « cazzo », je sais bien que vous êtes supérieur à\nmoi, en naissance, en rang, en embonpoint et en esprit,",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n171\nmais vous n'êtes pas mon supérieur en venant dans ma\nchambre pour parler d'affaires. Si vous venez ici comme\nsupérieur, montrez-moi vos ordres et j'obéirai, je ne\nvous parlerai pas; l'obéissance va sans réponse.\n-\nJe ne viens ici ni comme supérieur ni pour vous\nporter des ordres, mais pour vous prier de me céder\ncet appartement et vous m'obligerezinfiniment. - Je lui\nrépondis que dans le besoin où j'étais de trouver cin-\nquante ducats, je n'avais pas le loisir de penser à obli-\nger un grand seigneur qui malgré, sa supériorité, s'abais-\nsait jusqu'à me faire l'honneur de me prier. - Cinquante\nducats, me dit-il, sont une somme dont je ne puis pas\ndisposer et vous pouvez disposer de votre appartement.\n- Oui, lui dis-je, mais en m'incommodant.\nEt vous\npouvez, me dit-il, vous incommoder pour obliger le\ncomte de Waldstein, moi, et la comtesse mon épouse.\n-\n-\n-\nJe suis un malheureux, lui dis-je, qui préfère, à\ntoutes les actions héroïques, ces cinquante maudits\nducats.\nSi vos créanciers vous pressent, je me ren-\ndrai pour six mois votre caution pour 300 florins, et je\npaierai les intérêts. - Faites cela, lui dis-je, et lorsque\nvous aurez rendu par là mon cœur tranquille, je vi-\nderai ces deux chambres, et je ne veux pas que vous\nm'en ayez la moindre obligation.\nLe comte me dit alors qu'il était charmé de me\ntrouver si raisonnable et qu'il allait chez le syndic pour\nfaire tout d'abord ce que je désirais et que la chose\nétait si facile, que si je l'avais prié de le faire lorsqu'il\nétait encore capitaine et lorsqu'il ne pensait pas à mon\nappartement, il l'aurait faite de même puisqu'il lui sem-\nblait que le moindre plaisir qu'on pouvait faire à un\nhonnête homme était celui de répondre pour lui jusqu'à",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "172\nLa Vogue.\nla concurrence d'un temps déterminé. Voilà notre par-\nfait accodement.\nEn prenant congé de moi, il me dit des honnêtetés,\net me pria d'aller dîner chez lui, à quoi j'ai répondu,\nqu'en caractère d'honnête homme, je devais me dis-\npenser d'aller manger à sa table, car on y faisant trop\nbonne chère, et il aurait pu arriver que j'eusse pris\nune indigestion qui, me faisait passer à l'autre monde\nl'aurait exposé à devoir payer 300 florins. Il admira la\ndélicatesse de mon sentiment et il partit.\nCette narration est une école de morale. On voit le\ncaractère d'un seigneur orgueilleux, égoïste, fastueux,\net avare qui se croit obligé à rien faire pour personne,\net qui croit trop heureux tous ceux qu'il met à portée\nde pouvoir faire quelque chose pour lui, principalement\npar excès de générosité, ils pensent à leur dire, faites\ncela et vous m'obligerez beaucoup. L'homme qui rai-\nsonne ne doit rien faire pour eux gratis. Il faut saisir\nles occasions de les mettre à contribution, quand ce\nne serait que pour les éclairer sur leurs vices de carac-\ntère.\nExtrait des Opuscules_littéraires de Cazanova de Seingult\nrapportés de Dux par M. GUSTAVE KAHN.\n38",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "LE MAUVAIS RICHE\nPARABOLE\nC'était un poète glorieux et très beau qui causait :\n-\nIl vous a plu, dolents comparses de mes jours\nsombres, vous surtout, complices bien chères de mes\nnuits blanches, de manifester à maintes reprises, d'un\nétonnement, sangrenu peut-être, en constatant que,\nparmi vous, lorsque je cesse de regarder en moi-même,\nlassitude, lâcheté ou mépris, lorsque je vis, en un mot,\nje ne suis pas, moi non plus, exempt de ces tares un peu\nmesquines, de ces qualités ou de ces défauts... infé-\nrieurs, disons simplement secondaires, dont votre\nmodestie congrue voulait vous parer sans partage. Mon\nDieu oui! je le reconnais aisément, mieux encore, je\nle formulerai, s'il vous plaît, excellents amis, dans cette\nlangue (notre apanage à nous autres faiseurs de vers),",
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     "texte": "174\nLa Vogue.\nde la sorte suivante : Quand l'Ange en partance bat\nd'une blanche aile meurtrie devant la Bête déchaînée,\nrien alors, ne me différencie du pire d'entre vous.\nCar, fourbe, vil, féroce, il vous est apparu que je\npuis l'être, n'est-ce pas? avec quelque succès; d'aucuns\nm'en gardent probablement et soigneusement une dent\ncomme vous dites, celle-là même que je leur ai enfoncée\nen vive chair; vous, Mesdemoiselles, qui consentez par-\nfois, après de préalables et laborieuses négociations, à\nnous honorer de vos actuelles et jamais dernières\nfaveurs, vous avez raconté, sans jamais parvenir à les\nexagérer, nos farces moroses, pendant les heures que,\nsoyons pudibons! nous avons passées ensemble.\nCela et le reste. Je crois inutile d'insister davantage.\nJe prêche à des gens convaincus, autant que moi de ce\nfait-ci: vous échappant par le haut, vous distançant\npar le bas, il est des points médians et banalement\nhumains, où je vous rejoins d'absolue façon.\nPrenons, afin de fixer vos idées, celui de ces traits\nqui nous est le plus commun, peut-être : la sentima-\ntalité... (Que j'ouvre là une parenthèse vous obligeant\nà remarquer combien je suis à la fois humble et outre-\ncuidant; humble de montrer un tel revers à une médaille\nqui semblait brillante et irréprochablement frappée,\noutrecuidant d'oser ainsi me targuer, de prime abord,",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n175\n-\n-\na ses\nsans nulle préparation, de cette affection particulière de\nl'âme, que les plus parfaits d'entre les médiocres hési-\ntent à revendiquer. Eh bien oui pourtant! cette extu-\nmescence superfétatoire, ce lichen primordial, cette\nfloraison embryonnaire et subalterne de bleu nuée,\nprétendent les bien-diserts d'entre vous,\npériodes d'épanouissement en moi. Il m'est arrivé, c'est\nl'us consacré, de sécher des roses marries par un trop\nlong séjour sur tel corsage; je ne citerai que pour\nmémoire les bagues en cheveux, les scapulaires, les\ncoffrets de santal où, pieusement et définitivement sur-\ntout, l'on enfouit ses lettres!...\nDes aventures me sont échues; j'en ai même susci-\ntées. Une, entre autres, que je narrerai avec votre per-\nmission! La voici, nullement littéraire d'ailleurs, sans\naucun fard, sans nulle pompe, ainsi qu'il convient.\n-\nque\nUn matin, après je ne sais plus quels abrutissants\ndivertissements qui n'avaient pris fin qu'à l'aurore, je\nrencontrai, dans les Champs-Élysées, une jeune fille,\ncouturière ou modiste se rendant à son travail\nje remarquai pour l'unique raison capable à ce moment\nd'éveiller ma curiosité, pour une habitude froissée :\nElle ne m'avait pas, quand je passai auprès d'elle,\naccordé le regard bienveillant, dont c'est la coutume\ndes femmes de me gratifier. (Vous n'êtes pas sans avoir",
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     "texte": "176\nLa Vogue.\nobservé, Messieurs, encore que peu d'attraits vous\nfavorisent, que ce regard témoigne d'une aménité plus\naccentuée sous l'influence de températures spéciales;\nj'en ai essuyé de merveilleux par certaines somptueuses\naprès-midi d'antomne commençante.) Or en de telles\nconjonctures, le manque d'égards de cette donzelle me\nchoqua... m'intéressa plutôt. Je la suivis. Elle était\nlaide, non pas de cette laideur rancunière et quasi\nagressive des vieilles filles, que la haine de l'homme a\ninvesties, mais d'une laideur douce, résignée. Pauvre-\nment vêtue, elle passait le long des édifices sans heurt,\nen s'effaçant, fluide presque... Mais tôt d'ailleurs, cette\ninconnue ne m'intriguait plus; j'avais déjà oublié le\nmotif qui m'avait fait la suivre, et si, d'un pas machinal,\nje persistais à marcher derrière elle, c'est que, vraiment,\nje n'avais aucun but et que cette passante m'était deve-\nnue trop indiſſérente pour que je daigne modifier ma\nroute.\nElle joignit une compagne, et toutes deux pénétrèrent\ndans l'allée d'une maison de la rue Saint-Honoré.\n-\n-\nA la seconde où elles disparaissaient, soudainement,\nchimériquement, comme dans un conte du Maître\nBanville, une idée absurde\ns'empara de moi.\nRions en de concert, mes bons amis, c'est du dernier\nfalot! Je jugeai, hi, hil... je jugeai,.. quelle devait\nêtre mon atonie?... je jugeai qu'il serait beau, à moi,",
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     "texte": "La Vogue.\n177\nd'offrir pendant une nuit, à cette sûre nostalgique\nd'amour, l'illusion parfaite qu'elle était, hi, hi!... qu'elle\nétait aimée... hi, hi, hit Vous ne riez pas, c'est pour-\ntant du dernier... Car je ne puis pas invoquer comme\nexcuse l'attrait d'une froide expérience à tenter; le\nsatanisme de don Juan n'était pas le mobile qui me gui-\ndait; bien au contraire j'ai agi sous l'empire mal dissi-\nmulé d'un sentiment humanitaire, d'un besoin de vague\nà l'âme à satisfaire.\nBref, je mis mon idée à excution. Il me faut néan-\nmoins vous avouer que cette obtuse peccadille est de\ndate récente. Elle porte en effet l'empreinte d'un affais-\nsement irrémédiable, quoique prématuré, de l'orga-\nnisme. A une époque antérieure, je pouvais, crésus\ninsoucieux de sa fortune, n'accorder ce royal plaisir\nde ne jouer avec les idées que le temps qu'il faut pour\neffeuiller une marguerite; maintenant, et ce m'est une\namère jouissance, je dis, avec le même orgueil que\nBaudelaire:\nVoilà que j'ai touché l'automne des idées,\nde sorte que, fussent-elles banales, je les recueille avec\nun soin prudent et m'empresse de leur donner corps.\nDans le cas dont nous nous occupons présentement,\nil me semble oiseux de vous détailler les moyens em-",
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     "texte": "178\nLa Vogue.\nployés; qu'il vous suffise de savoir qu'après une dizaine\nde jours d'une cour minutieuse et apparemment plau-\nsible, j'avais amené cette jeune fille à ce point, où la\nseule pudeur-(ultime et instinctive rébellion du divin\nanimal qu'est la femme) demeure à vaincre par le sub-\nterfuge élégant que vous suggèrera votre native délica-\ntesse... J'abrège, n'est-ce-pas?\nEn vérité je n'avais pas trop mal auguré le résultat,\net ce matin-là, après « la nuit en question», je pus lire\nsur le visage endormi de celle qui, désormais, vivra de\nson rêve réalisé les caractères non équivoques de la\nsuprême félicité.\nMa mission était accomplie, aussi bien, je me sentais\nun peu ridicule et j'avais hâte de m'en aller. Je me vêtis\nsans bruit afin de ne pas éveiller ma béatifiée et je par-\ntais... Au seuil de la porte je me ravisai pour poser\ndoucement sur le guéridon une pièce de dix francs...\ntoute neuve...\nA cette partie du récit, le conteur fut interrompu par\nles exclamations indignées de tout son auditoire. Même\nqu'une de ces demoiselles, se faisant, de propos déli-\nbéré, le porte-parole de la société dit au poëte, avec un\nair pincé :",
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     "texte": "La Vogue.\n179\n-\nComment! dix francs?... vous un millionnaire !...\nEvidemment honteux, celui qu'on incriminait de la\nsorte se leva, et répondit, un sourire un peu contraint\nerrant sur ses lèvres:\n-\nMa toute belle, cette apparente ironie était peut-\nêtre, dans l'espèce, la dernière et involontaire manifes-\ntation d'une âme jadis trop noble et qui baguenaudait\npour cacher sa détresse.\n38\nCHARLES VIGNIER.\nL'Administrateur-Gérant:\nGUSTAVE ΚΑΗΝ.",
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