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     "texte": "LA THEORIE DE RAMEAU\nSUR LA MUSIQUE\nRameau est le premier qui ait tenté de constituer\nune esthétique musicale : ce fut le but de sa vie et,\ndans ses dernières années, il regrettait de n'avoir pas\ntout sacrifié à cette fin. Il visa même plus haut : il crut\navoir découvert un principe d'esthétique générale :\n<< N'est-il pas raisonnable de penser, écrit-il, que la\n<< nature, simple comme on sait qu'elle l'est dans ses lois\n« générales, n'aurait qu'un même principe pour toutes\n<< les choses qui semblent avoir tant de rapport\n<< entr'elles, en excitant en nous à peu près les mêmes\n<< sensations, telles que sont les arts destinés à nous\n<<< donner le sentiment du beau ?\n* Si l'on considère que tous nos sens ne sont en effet",
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     "texte": "$18\nLa Vogue.\n« que des modifications du tact, qu'à ces modifications\n<< près le même ordre doit y subsister: pourquoi dans\n<< l'exercice du sens de la vue, comme à l'occasion de\n<<< l'architecture et des autres objets propres à nous causer\n<< du plaisir par ce seul sens, ne serions-nous pas affectés\n<< du sentiment du beau par le même ordre général d'or-\n<< ganisation que dans l'exercice du sens de l'ouïe nous\n<< fait éprouver ce même sentiment à l'occasion de\n<< l'Harmonie?\n<< Si d'un autre côté l'on considère les rapports infinis\n<< qu'ont entr'eux les arts de goût destinés, comme je le\n<< dis, à exciter en nous le sentiment du beau, et que ce\n<< sont les mêmes proportions qui donnent la loi presque\n<< partout ne serait-on pas porté à croire qu'ils n'ont\n« qu'un seul et même principe?\n<< Je laisse aux personnes plus généralement versées\n« que moi dans tous les différents arts et sciences, à\n<< suivre ce parallèle: heureux si en leur offrant le fruit\n<< de soixante ans d'exercice et de méditation sur mon\n<< art en particulier, les découvertes que j'y ai faites\n<< peuvent les mettre sur les voyes d'en généraliser\n* l'application avec certitude et utilité pour les autres\n<< sciences et arts... (1) »\nTout le système de Rameau était fondé sur deux\nexpériences :\n1º Si on fait résonner un corps sonore on entend\noutre le son principal deux autres sons très aigus, la\ndouzième, c'est-à-dire l'octave de la quinte et la dix-\nseptième, c'est-à-dire la double octave de la tierce\nmajeure ;\n(1) Nouvelles réflexions de M. Rameau sur sa démonstration\ndu principe de l'Harmonie, Paris, 1752, in-8º p. 61 et suiv.",
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     "texte": "La Vogue.\n219\n2º Si on accorde avec le corps ut quatre autres\ncorps dont le premier soit à sa douzième au dessus, le\nsecond à sa dix-septième au dessus, le troisième à sa\ndouzième au dessous, le quatrième à sa dix-septième\nau dessous; en faisant résonner le corps ut, on verra\n« frémir » dans leur totalité le premier et le second\ndes deux corps: le troisième et le quatrième fré-\nmiront aussi, mais ils se diviseront de plus l'un en\ntrois, l'autre en cinq parties égales.\nSi on appelle i la corde qui rend le son ut, on sait que la\ncorde qui rend la douzième au-dessus serait de la\n1\n3\ncorde i et que celle qui rend la dix-septième au dessus\n1\nen serait. On peut donc désigner le son principal et les\n5\n1 I\nharmoniques par ces nombres 1, , qui forment une\n3'5'\nproportion dite harmonique. Mais on sait la ressem-\nblance qu'il y a entre un son quelconque et son octave;\nRameau part de là pour substituer à cette première\nIII\nproportion la suivante-,\n,\n, qui représente le son\nprincipal et ses deux harmoniques rapprochés le plus\nqu'il est possible par leur octaves. Les deux premiers\ntermes forment une tierce majeure; le premier et le\ntroisième une quinte: on a donc l'accord parfait do\nmi sol.\nPassant à la seconde expérience, Rameau observe\nque le son fondamental étant 1, sa douzième et sa dix-\nseptième en descendant sont représentés par 3 et par 5\nd'où la proportion arithmétique 1, 3, 5 dont les trois\nreme rapprochés le plus possible les uns des autres",
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     "texte": "220\nLa Vogue,\npar leur octaves donnent la nouvelle proportion 6, 5, 4\nqui répond à la succession fa, lab, ut, où la tierce\nmineure 6, 5 précède la tierce majeure 5, 4, tandis que\nI I 1\ndans la proportion, donnée par la première\n,\nexpérience, c'est la tierce majeure qui précède la tierce\nmineure. Toute la différence de la gamme majeure et\nde la gamme mineure est là.\nMais les deux proportions combinées donnent deux\nnouvelles proportions qui sont géométriques, savoir :\nI\n1\n3, 1, et 5, 1,; la première renfermant les deux\n-\n3\n5\ndouzièmes du son fondamental, l'une au dessus, l'autre\nau dessous; la seconde, les deux dix-septièmes ma-\njeures. Les termes 3, quoique représentant les dou-\n1\n3\nzièmes du son i peuvent être regardés comme des\nquintes, puisque la douzième n'est que l'octave de la\nI\nquinte : on peut donc représenter fa, ut, sol, par 3, 1, -;\n3\nde plus pour éviter les fractions on peut substituer\nI\n3\nà 3, 1,\nles nombres entiers 9, 3, 1, qui sont dans le\nmême rapport. Mais on sait que le nombre des vibra-\ntions est en raison inverse de la longueur des cordes:\nainsi les nombres des vibrations que les cordes 9, 3, 1\nexécutent dans le même temps seront représentés\npar 1, 3, 9; on peut donc se servir de ces trois der-\nniers nombres pour désigner les sons fa, ut, sol: c'est\ncette proportion que Rameau appelle basse fondamen-\ntale d'ut en proportion triple ou simplement basse fon-\ndamentale. Les trois sons de cette basse et les harmo-",
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     "texte": "La Vogue.\n221\nniques de chacun de ces sons composent le mode ma-\njeur d'ut.\nSi on substitue aux trois termes 1, 3, 9, les trois\ntermes proportionnels 3, 9, 27, en sorte que le son\nfondamental soit représenté par 9 et qu'on étende la\nproportion en une progression de cette forme,\nI\n3\n9\nst fa\n27\nut sol\n71,\nré,\netc.\netc.\n1 27\non remarque que les deux termes\nsib sol'\nainsi que\n3 81\nfa ré\nles termes étant rapprochés l'un de l'autre le\nplus qu'il est possible par leurs octaves forment entre\n32\neux la tierce mineure ou ce qui est la même chose\n27\n192\n6\n5\n162 plus faible que la tierce mineure harmonique\n33 6 80\nd'un comma :\n27 5 81\nentre le ton majeur\n)\n()\nc'est-à-dire de l'intervalle\net le ton mineur 19\n(음).\n10\nD'où\nRameau conclut 1º que si dans la progression 1, 3,\n9, 37, etc., on prend plus de trois termes il se trouve\ndéjà dès le quatrième terme une altération entre les\ntierces; 2º qu'on ne saurait faire succéder immédia-\nré\ntement dans l'harmonie les termes et non plus\nque les termes\nsi sol\nI 27\nfa\n3 81'\net puisque les sons que ces nom-\nbres représentent ne peuvent être harmoniques l'un",
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     "texte": "222\nLa Vogue.\nde l'autre; 3º qu'on ne saurait non plus faire succéder\nré\nimmédiatement les termes 3 et 27 car étant la quinte\n81\nil suit de la première expérience que\nsol\nau-dessus de\n, 27\nemporte avec lui le son\nsol\nle son\n27\nrè\n81'\nfa\nsol\nsuccession immédiate de\net de\n3\n27\nfa\nde\n3\nré\net de\n81\nqu'on vient de rejeter.\net qu'ainsi la\nemporterait celle\nRameau tire de là cette conclusion, que dans la\nprogression\n3\n9 27 8, etc.\nsi fa ut sol re\nré, etc.,\nil est nécessaire que deux sons voisins se succèdent\ntoujours immédiatement. Observons cette condition\ndans la disposition des sons fa, ut, sol, nous avons la\nbasse fondamentale d'ut:\nsol ut sol ut\nfa\nut\nfa\n;\n27 9 27 9\n3\n9\n3\nmettons au-dessus de chacun de ces sons un de ses har-\nmoniques savoir : l'unisson ou l'octave ou la tierce\nmajeureou la quinte et choisissons-les de façon qu'ils\nsoient séparés par les plus petits intervalles possibles,\nnous avons l'échelle:\nsi do re mi fa sol la\nqui contient précisément les mêmes sons que la gamme\nordinaire. Rameau observe que cette échelle ne\nva pas jusqu'au si en haut car ce nouveau si ne",
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     "texte": "La Vogue.\n223\npouvant être que le produit du sol exigerait sol au-\ndessous de lui dans la basse fondamentale et comme\nle dernier terme de cette basse est fa, on aurait les\ndeux sons fa et sol de suite dans la basse fondamen-\ntale, ce qu'il faut rejeter pour les raisons dites précé-\ndemment. Ce sont les mêmes raisons qui rendent désa-\ngréables les deux accords parfaits et même les deux tierces\nmajeures de suite dans un ordre diatonique tel que\ncelui de fa à sol; c'est également pourquoi on ne\nsaurait entonner trois sons de suite fa, sol, la, si, du\nmoins en restant dans l'étendue d'un seul mode, car la\nbasse n'étant composée que des sons fa, ut, sol,\nl'échelle ne peut aller jusqu'au si supérieur.\nDe même qu'on peut passer indifféremment d'un\nterme à l'autre dans la proportion 3, 9, 27, à condition\nque les deux termes voisins se succèdent toujours\nimmédiatement, on pourra le faire de même à la même\ncondition dans la progression 1, 3, 9, 27,81. Mais dans\ncette progression il faut distinguer 3 modes: celui\n3 9 27\nfa ut sol\nd'ut\n,\nle mode du premier générateur ou\nmode principal, et deux autres modes adjoints, celui\nde sol,\n9 27 81\nI 2 9\net celui de fa,\nut sol ré\nsi fa ut\nL'oreille passe un peu plus volontiers, dit Rameau,\ndu mode d'ut au mode de sol qu'au mode de fa, car sol\nrésonne avec ut et fa ne fait que frémir: on peut de\nmême passer du mode de sol au mode ré, du mode de\nfa au mode de si. Rameau imagine donc une nouvelle\nbasse fondamentale composée du mode d'ut et du mode\nde sol: ut sol ut fa ut sol ré sol ut. Il met au-dessus de\nchacun de ces sons un de leurs sons harmoniques de",
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     "texte": "224\nLa-Vogus.\nmanière que les nouveaux sons aillent en montant par\nles plus petits degrés naturels, ce qui produit l'échelle\nut, re, mi, fa, sol,sol, la, si, ut qui n'est que la gamme\nordinaire avec cette différence que le son sol s'y trouve\ndeux fois de suite, la première comme quinte du son ut\nde la basse fondamentale, la seconde comme octave du\nson sol qui suit immédiatement le son ut dans cette\nbasse. Dans cette nouvelle échelle comme dans la\npremière la tierce mineure est altérée du ré au fa; de\nplus l'intervalle sol au la mineur dans la première\néchelle est ici majeur; c'est que dans la première la\nétait tierce du son fa de la basse fondamentale et qu'ici\nil est quinte du son ré de la nouvelle basse; de là le\ndouble emploi, une des plus ingénieuses conceptions\nde l'harmonie.\nJe ne pousserai pas plus loin l'analyse de la théorie\nde Rameau les pages qui précèdent et dont il faut cher-\ncher les éléments dans des volumes assez rares suffisent\nà l'intelligence du système. L'état des mathématiques et\nde la physiologie au dix-huitième siècle ne permettait pas\nà Rameau de découvrir la véritable théorie de la musique,\nà plus forte raison le principe d'une esthétique générale.\nMais ce n'est pas une mince gloire d'avoir cru à l'exis-\ntence de ce principe et d'avoir cherché pour la première\nfois à fonder une théorie de la consonnance et de la\ndissonnance sur des observations scientifiques. M. de\nHelmholtz rend pleine justice à Rameau et à d'Alembert.\n« Il a lieu d'admirer, dit-il, l'usage qu'ils ont fait des\nmatériaux épars qu'ils avaient à leur disposition, et la\nclarté, la précision, qu'a prises entre leurs mains la\nthéorie de la musique si inculte et si pénible avant\neux... Si j'ai été à même de fournir quelque chose\nd'un peu plus complet, je nele dois qu'à cette circonstance",
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     "texte": "La Vogue.\n225\nque j'ai pu mettre à profit la grande quantité de travaux\naccumulés dans la physique, pendant le siècle qui vient\nde s'écouler (1). »\nLa théorie de M. de Helmholtz se rattache en\neffet directement au point de départ de Rameau: mais\npas plus que Rameau, le savant géomètre-physicien,\nn'est parvenu à une solution définitive du problème,\nmême au point de vue physique. Les travaux récents de\nMM. Cornu et Mercadier sur les deux gammes en font foi.\nA priori, le vice de ces tentatives est d'être purement\nobjectives. La consonnance et la dissonnance, la mélodie\net l'harmonie, les modes ne sont pas des cas particuliers\nde fonctions subjectives absolument générales : le con-\ntraste, le rythme, et la mesure. Toute théorie particu-\nlière est donc forcément insuffisante. L'esprit délié de\nd'Alembert le sentait : Ses critiques inédites de\nRameau que je vais publier le montrent bien. Mais ces\ndésidérata n'auront bientôt plus, j'espère, qu'un intérêt\nhistorique.\nCHARLES HENRY.",
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     "texte": "DIMANCHES\nI\nBref, j'allais me donner d'un « Je vous aime »,\nQuand je m'avisai, non sans peine,\nQue d'abord, je ne possédais pas bien moi-même.\n(Mon Moi, c'est Galathee aveuglant Pygmalion;\nImpossible de modifier cette situation.)\nAinsi donc, pauvre, pâle et piètre individu,\nQui ne croit en son Moi qu'à ses moments perdus,\nJe vis s'effacer ma fiancée,\nEmportée par le cours des choses,\nTelle l'épine voit s'effeuiller,\nVers le soir, ses quelques roses.",
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     "texte": "La Vogue.\n227\nOr, cette nuit anniversaire, toutes les Walkyries du vent,\nSont revenues beugler par les fentes de ma porte :\nVæ soli!\nMais, ah! qu'importe ?\nIl fallait m'en enivrer avant!\nTrop tard, ma petite folie est morte;\nQu'importe Væ soli !\nJe ne retrouverai plus ma petite folie.\nLe grand vent baillonné, - s'élargit enfin le ciel du matin;\nEt alors, eh allez donc,\nToutes cloches des dimanches !\nEt puis layettes et colerettes, et robes blanches,\nEt dans un frou-frou de lavande et de thym,\nTout pour la famille, quoi! Væ soli! oh, c'est certain.\nLa jeune demoiselle à l'ivoirin paroissien\nModestement rentre au logis;\nOn le voit, son petit corps bien reblanchi\nSait qu'il appartient\nA un tout autre que le mien.\nMon corps, & ma sœur, a bien mal à sa belle âme...",
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     "texte": "228\nLa Vogue.\nOh! voilà que ton piano\nMe recommence, si natal!...\nEt ton cœur qui s'ignore s'y anonne\nEn ritournelles de bastringues, à tout venant,\nEt ta pauvre chair s'y pame... - A moi, Walkyries,\nWalkyries des hypocondries et des tueries!...\nAh! que je te les tordrais, avec grand plaisir,\nCe corps bijou, ce cœur à ténor,\nEt te dirais leur fait, et puis encore\nLa manière de s'en servir,\nSi tu voulais m'approfondir un peu!...\nNon, non! c'est sucer la chair d'un cœur élu\nAdorer de trop souffrants organes,\nÊtre deux avant que les tissus se fanent,\nEn monomanes, en reclus.\nEt ce n'est pas sa chair qui me serait tout,\nEt ne serais pas qu'un grand cœur pour elle,\nMais quoi! s'en aller, faire les fous,\nDans des histoires fraternelles !\nL'âme et la chair, la chair et l'âme,\nTout ça c'est l'Esprit edénique et fier\nD'être un peu l'Homme avec la Femme.",
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     "texte": "La Voguc.\n229\nEn attendant, oh! garde-toi des coups de tête,\nOh! file ton rouet et prie et reste honnête.\n- Allons, être,\nToujours enfermé, tu te rendras malade,\nVois il fait beau temps, tout le monde est dehors,\nVa donc acheter deux sous d'ellebore,\nÇa te fera une petite promenade.",
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     "texte": "230\nLa Vogue.\n11\nC'est l'automne, l'automne, l'automne,\nLe grand vent et toute sa séquelle,\nDe représailles...\nRideaux tirés, clôture annuelle,\nChute des feuilles, des Antigones, des Philomèles,\nMon fossoyeur les remue à la pelle...\nVivent l'amour, les feux de paille!\nLes vierges inviolables et frêles\nDescendent vers la petite chapelle,\nDont les chimériques cloches\nHygiéniquement et élégamment les appellent;\nComme tout se fait propre autour d'elles!\nComme tout en est dimanche!\nComme on se fait dur et boudeur à leur approche..",
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     "texte": "La Vogue.\n231\nAh! moi je demeure l'ours blanc,\nJe suis venu sur les banquises,\nMoi, je ne vais pas à l'église,\nMoi je suis le grand chancelier de l'Analyse,\nBien que d'un cœur encor tremblant,\nÇa se comprend...\n(Pourtant, pourtant, qu'est-ce que c'est que cette anémie?\nVoyons, confiez vos chagrins à votre vieil ami...)\nAlors je me tourne vers la mer, les éléments,\nEt tout ce qui n'a plus que les noirs grognements.\nMariage, ô dansante bouée\nPortant pavillon des Armoriques roses,\nMon âme de Vaisseau-Fantôme\nVa, ne sera jamais renflouée,\nElle est la chose\nDes sautes de vent, des bandes de pétrels, des nuées...",
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     "texte": "232\nLa Vogue.\nHissão! levez l'ancre l\nHissão! les Ithaques\nVoguent dans les bruines...\nNous reviendrons à Pâques, - Hissão!\nOu à la Saint-Catherine.\nReprendre nos manteaux.\nJULES LAFORGUE.\n38",
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     "texte": "HYPÉRION\nI\nPlongé dans l'ombre lugubre d'une vallée\nEnsevelie loin de l'haleine salutaire du matin.\nLoin des rayons de feu de midi, et de l'étoile solitaire\ndu soir.\nÉtait assis Saturne. Blanche sa chevelure. Immobile\ncomme une pierre,\nMuet comme le silence autour de son repaire,\nForêt sur forêt planait au-dessus de sa tête,\nTel le nuage sur le nuage. Pas un souffle.\nL'air est plus mort encore qu'en ces jours d'été\nOù la brise est trop faible pour enlever une graine\nlégère à l'herbe emplumée.\nMais où la feuille morte tombait, là elle restait.\nUn torrent coulait près de là, dont la voix s'était tue,\namortie,\nDevant sa divinité déchue,\nDevant l'ombre par elle répandue: la naïade dans ses\nroseaux\nDe son doigt glacé avait clos ses lèvres.\nSur le sable des empreintes énormes de pieds allaient ;\nElles n'allaient que jusqu'où son pied s'était égaré,",
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     "texte": "234\nLa Vogue.\nA l'endroit où il s'endormit et dort depuis. Sur la terre\nd'où s'élèvent de bouillantes vapeurs,\nSon antique dextre gît, énervée, insensible, morte :\nLe sceptre est tombé de cette main; et les yeux de ce\nroi sans royaume étaient fermés:\nPendant que penchée, sa tête semblait écouter la voix\nde la Terre,\nSon antique mère, et lui demander quelque secours\nencore.\nIl semblait qu'aucune force ne pourrait l'éveiller ;\nMais il vint un être, qui d'une main amie\nToucha ses larges épaules, après s'être courbé bien bas,\nEn signe de respect, devant celui qui ne s'en aperçut\npas,\nC'était une déesse du monde enfant..\nAuprès d'elle, malgré sa haute taille, l'Amazone\nEût paru de la grandeur d'un pygmée; elle eût pris\nAchille par la chevelure et fait plier son cou;\nOu d'un doigt elle eût arrêté la roue d'Ixion.\nSon visage était large comme celui d'un Sphinx mem-\nphite,\nÉlevé par hasard dans la cour d'un palais,\nA l'époque où les sages demandaient à l'Égypte leur\nscience.\nMais, oh! combien différent du marbre qe visage !\nCombien beau, si le chagrin n'avait fait\nLe chagrin plus beau que la beauté même!\nÉtait une crainte inquiète en son regard,\nComme si le malheur ne venait que de commencer,\nComme si l'avant-garde des nuages des mauvais jours\nAvait épuisé tous ses maléfices, et comme si leur sombre\narrière-garde",
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     "texte": "La Vogue.\n235\nEtait en travail des tonnerres entassés en son sein.\nD'une main elle toucha la plaie douloureuse\nOù bat le cœur humain, comme si juste à cet endroit,\nMalgré son immortalité, elle ressentait une cruelle\npeine:\nSon autre main sur le cou penché de Saturne\nSe posa, et jusqu'à son oreille\nSe penchant, les lèvres entr'ouvertes, elle dit quelques\nmots\nEt sa voix avait l'ampleur solennelle et la profonde gra-\nvité d'un orgue\n-\nQuelques paroles de deuil, qui dans notre faible langue\nPourraient se rendre ainsi : - Oh combien pâle\nAuprès du grandiose parler des premiers Dieux !\n« Saturne, éveille-toi! - Pourquoi cependant, pauvre\nvieux roi?\nJe n'ai pas de consolation pour toi, non, aucune;\nJe ne puis te dire, « oh pourquoi dors-tu ? »\nCar le ciel t'a abandonné, et la terre\n-\nNe te reconnait pas, dans cette affliction pour un Dieu;\nEt l'Océan, aussi, avec tout son bruit solennel,\nLoin de ton sceptre a passé; et tout l'air\nEst vide de ta majesté chenue.\nTon tonnerre, obéissant à l'ordre nouveau,\nHésite à faire entendre ses sourds grondements sur notre\nmaison tombée;\nEt ton éclair perçant, lancé par des mains novices,\nBrûle et consume notre domaine, jadis si heureux.\nO temps douloureux! O moments longs comme des\nannées !\nTous, comme vous passez, vous faites éclater la mons-\ntrueuse vérité,",
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     "texte": "235\nLa Vogue.\nEt vous l'imprimez avec tant de force sur notre ennui,\nsur notre chagrin,\nQue l'incrédulité n'a plus où respirer.\nSaturne, dors toujours: - O insensée, pourquoi\nAinsi avoir violé ta solitude endormie?\nPourquoi ouvrirais-je tes tristes yeux ?\nSaturne, dors toujours! pendant qu'à tes pieds, je\npleure. »\nAinsi, - lorsque, dans l'extase d'une nuit d'été,\nCes sénateurs enrobés de vert des bois puissants,\nLes grands chênes, leurs branches charmées par les\nétoiles scintillantes,\nRêvent, et rêvent toute la nuit sans un mouvement, -\nUn souffle solitaire vient parfois peu à peu\nEnvahir le silence, et, puis, il s'évanouit,\nComme si la marée de l'air qui se retire n'avait qu'une\nvague;\nAinsi vinrent ces mots, ainsi ils s'évanouirent; en larmes,\nElle touchait, belle, de son large front la terre\nJuste à l'endroit où sa chevelure tombante eût été\nUn tapis moelleux et soyeux pour les pieds de Saturne.\nLa lune, solitaire, après de lentes alternances, avait\nversé\nDe ses quatre croissants, l'argent de ses rayons sur la\nnuit,\nEt toujours ces deux êtres restaient immobiles, -\nStatues vivantes dans le fond obscur d'une cathédrale\nFroid, le Dieu toujours étendu sur la terre,\nTriste, la Déesse pleurant à ses pieds.\nJusqu'à ce qu'enfin le vieux Saturne leva\nSes yeux éteints; et il vit son royaume, disparu,\nEt il vit l'obscurité et l'horreur du lieu,\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n237\nEt il vit la belle déesse à genoux ; et alors il parla -\nEt sa langue semblait paralysée, et sa barbe\nTremblait comme en proie à d'horribles convulsions :\n<< O tendre épouse d'Hyperion aux cheveux d'or,\nThéa, j'ai connu ta présence longtemps avant d'avoir\nvu ton visage;\nLève tes yeux, et laisse moi y lire notre malheur :\nLève tes yeux, et dis-moi si ce faible corps\nEst celui de Saturne, dis-moi si c'est la voix\nDe Saturne que tu entends; dis-moi si ce front ridé\nDénudé, dépouillé de son grand diadème,\nRessemble au front de Saturne. Qui eut la puissance\nDe me consterner? D'où vient cette force?\nComment fut-elle nourrie pour crever ainsi,\nPendant que le Destin paraissait étouffé dans mon\nétreinte nerveuse ?\nMais c'est ainsi; et je suis écrasé,\nJe suis enseveli et ma divinité ne peut plus exercer\nSa bienveillante influence sur les planètes pâles,\nNe peut plus ordonner aux vents, ni aux mers,\nNe peut plus étendre son empire de paix sur les mois-\nsons des hommes,\nPour moi plus de ces actes par lesquels la divinité\nsuprême\nSoulage son cœur débordant d'amour. J'ai quitté\nMoi-même mon propre sein: J'ai abandonné\nMa puissante identité, mon véritable Moi,\nQuelque part entre le trône, et l'endroit où je suis\nassis,\nIci, en cet endroit de la terre. Regarde, Théa,\nregarde!\nOuvre tes yeux éternels, promène les autour de toi,",
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     "texte": "238\nLa Vogue.\nDans tout l'espace: dans l'espace étoilé, et dans l'es-\npace veuf de lumière;\nDans l'espace où règne l'air de vie, et dans le désert\ndu vide;\nDans les espaces de feu, et dans tout le gouffre béant\nde l'enfer.\nRegarde, Théa, regarde! Et dis moi si tu vois\nQuelque forme, quelqu'ombre, allant,\nSur des ailes sur un char superbe, reconquérir\nUn ciel qu'elle a perdu naguères : Oui, oui,\nLa victoire va éclater, les temps sont venus - Saturne\ndoit être Roi.\nOui, doit arriver la victoire de l'âge d'or;\nDoivent être précipités du trône des Dieux, et les\ntrompettes faire entendre\nLe chant d'un triomphe de paix, et des hymnes de\nfêtes\nRetentir par le monde dans les nuages dorés.\nEt chanter les voix de la douceur, et le tremblement\nargentin\nRésonner aux cordes des lyres creuses; et il y aura\nDes choses belles créées à nouveau, à la surprise\nDes enfants du ciel; Oui, je le veux, je commande:\nThéa! Théa! Théa! Ou est Saturne? »\nCet enthousiasme fit que le Dieu en pieds se leva,\nEt ses mains allaient en gestes désespérés, par l'air,\nLes boucles de ses cheveux druidiques tremblèrent et\nperlèrent des gouttes de sueur,\nSes yeux se dilatèrent de fièvre, sa voix se tut.\nIl était debout; et il n'entendit pas le soupir profond\nde Théa.",
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     "texte": "La Vogue.\n239\nQuelque temps se passa, et de nouveau, avec peine il\nproféra\nCes mots : « Mais ne puis-je pas créer?\nNe puis-je former? Ne puis-je façonner\nUn autre monde, un autre univers,\nPour renverser et réduire celui-ci à néant?\nOù un autre chaos? Où ? Ce mot\nPénétra dans l'Olympe et fit trembler\nLes trois rebelles. Théa se leva effrayée\nEt dans son maintien était une sorte d'espoir,\nQuand elle dit d'une voix rapide, cependant toujours\npleine d'une crainte respectueuse :\n« Ceci réjouit notre maison tombée: viens vers nos\namis,\nO Saturne! Viens, viens leur donner du cœur ;\nJe sais leur retraite, car c'est de là que je suis venue. »\nElle dit; alors, les yeux suppliants, elle alla,\nMarchant à reculons au milieu de l'ombre :\nIl suivit; et elle se retourna pour lui montrer la\nvoie\nA travers les vieilles branches, qui s'écartaient pareilles\nau brouillard\nQue l'aigle fend, lorsqu'il monte dans l'air s'élançant\nde son nid.\n(Traduit de Keats, par J. J. RÉTHORÉ,)\n(A suivre.)\n১১",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124140 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "L'ART POETIQUE D'HORACE\nTraduit en uers françois par Iacques Pelctier du Mans.\n(Suite.)\nLes ecoutans sont prouoquez a ris\nEn voiant rire, et se montrent marriz\nDu deuil d'autrui: si tu ueux que ie pleure\nPremier te faut lamenter, et a l'heure\n185. Bien me poindra la douleur qui te point.\nToi complaignant si tu ne dis a point\nLe mandemeut qu'on t'a baillé a dire.\nle dormirai, ou me prendrai a rire.\nA un maintien de tristesse et souci\n190. Conuient propos plaintif et adoussi.\nA l'homme plein de depit courageux\nFaut un parler terrible et outrageux,\nA l'homme gai motz ioieux et lascifz,\nA l'homme uieil propos meurs et rassız.\n195. Car tous obgetz des cas exterieurs\nNous met Nature es sens interieurs\nPremierement: plaisir elle nous cause,\nOu de courroux elle nous donne cause,\nOu quelquefois d'un creuekeur amer\n200. Elle nous fait iusqu'en terre pamer :",
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     "texte": "La Vogue.\n241\nEt le secret de la pensee alors,\nPar le moien de la langue met hors.\nSi le propos de celui qui dira,\nNe lui conuient, tout chacun s'en rira :\n205. Grand chois i a: car le rolle du maitre\nEt du ualet semblable ne doit estre,\nNi le uieillard desia meur et prudent\nAu ieune filz conuoiteux et ardent,\nNi une dame opulente et honneste\n210. A la nourrice a tout seruice preste :\n215.\nNi un marchant qui pour gaing par tout erre,\nAu païsant qui laboure la terre,\nNi un Lombard au courageux Francois,\nUn Allemant au natif Ecossois.\nAu bruit commun il faut que tu te formes,\nOu feignes cas ensemble tous conformes :\nSi tu decriz un Achille honnoré\nDu grand Homere en son stile doré,\nFai le hardi, ireux, inexorable,\n220. Impetueux, apre, et insuperable,\nA toutes loix niant obeissance,\nTout usurpant par armes et puissance :\nMedee soit cruelle et furibonde,\nInon plaintiue, et Ion uagabonde,\n225. Sans loiauté soit decrit Ixion,\nOreste plein de triste affliction.\nMais si tu veux chose incongnue adduire,\nEt un nouveau personnage introduire,\nGarder lui doiz iusques au bout du rolle\n230. Pareil maintien, et semblable parolle :\nDifficile est dire de son esprit\nCe que par autre onques ne fut ecrit:\nEt plus seur est de prendre pour ton theme",
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     "texte": "242\nLa Vogue.\nEt ton guidon l'Homerique poeme,\n235. Que d'inuenter de ton propre cerueau\nQuelque suget incongnu et nouveau.\nVn argument commun et regulier\nSera trouvé propre et particulier,\nSi trop tu n'es arresté et suget\n240. A un circuit trop ample et trop abiect,\nEt n'est besoing d'auiser de si pres\nA translater mot pour mot tout expres,\nEt n'entreras en un si etroit lieu,\nQu'apres saillir ne puisses du milieu,\n245. Voulant sauver une honteuse crainte,\nEt de ton euure une loi trop contreinte :\nEt ne feras un exorde si uain\nComme iadis l'ambagique ecrivain,\nDu roi Priam la fortune ecrirai,\n250. Et les combatz horribles ie dirai.\nQu'apportera ce promettant si rogue\nPour accomplir ce glorieux prologue?\nUne montagne enceinte apparoitra,\nUne souriz ridicule naitra.\n255. Trop mieux a dit ce poete sauant,\nQui sans propos ne met rien en auant:\nMuse di moi l'homme plein d'entreprise,\nLequel apres que Troie a eté prise,\nA eprouué maintes diuersitez\n260. D'hommes uiuans, et païs et citez.\nDonner il ueut non de clairte fumee,\nAins de fumee une flamme allumee,\nPour parapres mettre en merueilleux stile\nUn Antiphate, une Charybde, et Scylle:\n265. Et le retour de Diomede pas\nNe ua conter des la mort et trepas",
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     "texte": "La Vogue.\n243\nDe Meleagre: ou deux œuz recenser\nPour des Troiens la guerre commencer.\nTousiours il tend a finir son propos,\n270. Et au milieu rend l'auditeur dispos\nA concevoir les choses precedentes\nQu'omises a comme bien euidentes :\nEt ce qu'il uoit ne pouoir prendre teint\nEn ecriuant, aucunement n'atteint :\n275. Et tellement ses fictions pallie,\nAinsi le urai auec le faux il lie,\nQue le milieu du premier ne differe,\nEt que la fin au milieu se refere.\nEn cet endroit sais tu que ie requiers,\n280. Et tout le peuple auec moi? si tu quiers\nIusqu'a la fin auoir los et faueur,\nEt que l'on trouue en tes euures saveur,\nLe naturel te conuient regarder\nDe chacun age, et entier le garder,\n285. Et exprimer les gestes bien seans\nAux changemens des natures et ans.\nL'enfant petit qui desia sait parler,\nEt qui seulet fermement peut aller,\nEst de iouer a ses pareils bien aise :\n290. Il se courrousse, et soudain se rappaise,\nEt a tous coups change d'affection.\nL'adolescent hors la correction\nDu pedagogue, aime cheuaux et chasse,\nEt au soleil sus l'herbe se delasse,\n295. Facilement a malice s'applicque,\nEt rudement aux remontrans replicque,\nEst bien a tard de son bien prouident,\nProdigue, fier, conuoiteux, et ardent,\nTost ennuié de son premier plaisir.",
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     "texte": "244\nLa Vogue.\n300.\nL'age uiril-change, et met son desir\nA biens avoir, et amis meriter,\nCraint son honneur, et sait bien cuiter\nCe que changer, conuiendroit parapres.\nPlusieurs ennuiz environnent de pres\n305. D'homme uicillard: car etant plantureux\nEn bien aquis, tant il est malheureux,\nIl les epargne, et user il n'en ose,\nIl est timide et froid en toute chose,\nGrand delaieur, long d'espoir, imbecille,\n305. Ft curieux du futur, difficile,\nPlein de chagrin, louant le temps premier\nQu'il etoit ieune, et censeur coutumier\nDes ieunes gens. Les premiers ans qui sortent,\nPlusieurs bontez auec eux nous apportent,\n310. Plusieurs aussi emportent en allant.\nPource il ne faut qu'un ieune homme parlant\nEn son maintien un uicillard represente,\nNi qu'un enfant son homme uiril sente.\nTousiours aurons egard au personnage\n315. Qui est duisant et propre a chacun age.\nEn plein spectacle on traitte quelque chose,\nOu desia faite au peuple elle s'expose :\nCe qu'on entend seulement par l'aureille,\nAux keurs ne fait emotion pareille\n320. Comme s'il feut de l'œil ferme apperceu,\nEt par effet du spectateur receu :\nMais on ne doit sus l'eschauffaut montrer\nCe qui se doit au dedans accoutrer,\nEt plusieurs cas, faut oter hors des ieüx.\n325. Qui se diront de bouche beaucoup mieux.\nIl ne faut pas que Medee endurcie\nSes propres filz dauant le peuple occie,",
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     "texte": "La Vogue.\n245\nAussi non plus qu'Atree l'inhumain\nCuise les filz de son frere germain,\n330 Ou bien que Progne en oiseau de iargon\nSort transmuee, ou Cadme en un Dragon :\nTout ce qu'aux ieux ne montres en ce point,\nle le dedeigne, et si ne le croi point.\nLa fable aussi qui ueut estre louee.\n335. Et de rechef presentee et iouee,\nCinq actes doit, ni plus ni moins, auoir,\nEt Dieu aucun parlant on n'i doit uoir,\nSinon qu'un point bien doutteux le requiere :\nEt i parler un quatriesme ne quiere.\n340. Le Chore soit du parti de l'acteur,\nEt de uertu uirile protecteur,\nEt ne propose entre les actes rien\nQui ne profitte et conuiegne tresbien :\nDeparte aux bons faueur perpetuelle,\n345. Et aux amis amitié mutuelle :\nDes courroussez refreigne la fureur,\nEt aime ceux qui ont uice en horreur:\nVoise louant frugalité de table,\nVoise louant iustice profittable,\n350. Ciuiles loix, Paix qui tient tout ouuert\nEn seureté; tiegne un secret couuert :\nPrie les Dieux qu'aux affligez fortune\nProprie soit, et aux fiers importune.\nGarni n'étoit de cuiure le hautbois\n355. Comme a present, et n'imitoit la uots\nDe la trompette, aincois grelle et uni,\nEt de pertuis n'etoit gueres muni\nDe bon accord pour assister aux chores,\nEt pour remplir les sieges, qui encores\n360. N'étoint epais du reson qu'il iettoit :",
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     "texte": "246\nLa Vogue.\nCar pour le temps le peuple encor'etoit\nDe petit nombre, honneste, et sans enuie,\nContinent, chaste, et de modeste uie:\nMais quant il uint par frequente uictoire\n365. A augmenter le petit territoire\nEt la cité, et sans loi sur le iour\nBoire d'autant aux festes de seiour,\nLors creut aussi la licence hardie\nDe la mesure et de la melodie :\n370. Car puis le temps qu'auecques les bourgeois\nFurent mellez agrestes uillageois\nAbandonnans charrues et labours,\nComment ne fut tout allé au rebours,\nEtans assis gens qui ne ualent rien,\n375. Confusement auec les gens de bien ?\nEt de la uint que le Musicien\nGestes de corps auec l'art ancien,\nEt uolupté superflue mella,\nSe pourmenant par le ieu ça et la.\n380. De la aussi s'éleuerent les sons\nDes instrumens en plus hauttes chansons :\nConsequemment l'audacieuse langue\nUser voulut de nouuelle harengue :\nPhilosophie aussi qui est fontaine\n385. De bonne uie et notice certaine\nDes cas futurs et des secretz miracles\nDeuint semblable aux Delphiques oracles.\nL'auteur premier qui fit tragiques uers\nMontra depuis satires decouuers,\n390. Et si uoulut avec l'apre matiere\nGardant tousiours la grauité entière\nEntremeller propos facecieux,\nPour amuser par attraits gracieux",
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     "texte": "La Vogue.\n247\nEt tous nouveaux les spectateurs déliurés\n395. Du sacrifice et desja demiz iures,\nSans nulle loi en leurs plaisirs rauiz.\nMais il faudra auoir certain auis\nEn produisant les satire mocquars\nEt reprenans en ioignant les brocars;\n400. Aux graues faitz, qu'un Dieu pour nous montre\nAu demidieu qu'on a ueu accoutre\nPar cideuant en uoial uetement\nOn n'aie apres parler petitement :\nEt tragedie, au propres ne sont pas\n405. Les uers legers, et de stile trop bas,\nEn euitant la terre qui est basse\nPar sus les uens et les nues ne passe :\nComme s'on uoit une bourgeoise honneste\nEntrer en danse en quelque iour de feste,\n410. Estre deura plus modeste a urai dire\nQue ne seroit un petulant satire.\nQuant toutes fois satires i'écrirai,\nAgrestes motz seulement n'elirai,\nNi affectez en leur propriété,\n415. Aussi n'aurai si grande anxieté\nDe m'elongner hors des Tragiques rengs;\nQue point ne soint en parler differens\nDave le serf et Pitthias chambrière\nQui d'arracher le talent fut ouvrière\n420. Du vieil Simon ou Silene le gent\nDu Dieu Bacchus nourricier et regent.\nUne notoire et commune sentence\nle choisirai, sibien que chacun pense\nEn faire autant, mais qu'a l'essai il pregne\n425. Peine tresgrande et en vain entrepregne\nEn faire autant, Tant uertueuse et uiue",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "218\nLa Vogue.\n430.\nEst l'ordonnance et io ncture naiue,\nTant peut venir d'excellence et de pris\nA ce qui est d'un lieu uulgaire pris.\nIe suis d'avis que les satires nuz\nQui des forestz, nagueres sont uenuz,\nNe semblent point estre nourriz en uille,\nNi approcher de la mode civile,\nUsans de vers doux et ingénieux,\n435. De salles motz et ignominieux :\nCar les seigneurs de noblesse et de bien\nSont ces deplaisans de Cela, et combien\nQu'il peut donner plaisir auriculaire\nA l'ignorant et rude populaire,\n440. Eux toutesfois, qui sont plus délicatz,\nN'en sont contens, et si n'en font nul cas.\nUne sillabe allongee souz mise\nA une brieue, est pour Jambe prise,\nPié fort leger : et pour cela Trimetres\n445. Sont appelez les Jambiques metres,\nUeu qu'en un uers six fois il redoublait :\nPar ci davant a soi il ressembloit\nJusqu'a la fin, mais depuis peu d'espace\nLes fermes piez spondées, de sa grace\n450. Pour estre un peu plus pesant a ouir,\nDe son demaine il a laissé iouir :\nNon pas qu'il fit un si grand privilege\nDe delaisser le second et quart siege.\nBien peu souvent tel est trouvé est uers\n455 Des poetes Acce et Enne tres expers.\nLes uers marchans de graue pesenteur\nSont reprouuez par le sauant lecteur,\nQui blame en eux trop grande promptitude,\nEsquelz n'appert aucun soing ni étude :",
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     "texte": "La Vogue.\n249\n460. Ou il présume etre l'art ignorė,\nQui bien fort rend l'autheur deshonnoré.\nChacun n'a pas de iugement assez\nPour discerner les uers mal compasses,\nEt a été a nos Poetes permise\n465. Une licence indigne d'etre admise :\nMais pour cela me mettraiie en hazard\nD'ecrire uers sans mesure et sans art?\nOu si ie doi cette pensée auoir\nQue tout chacun mes fautes pourra uoir,\n470. Aiant plus cher me taire en asseurance,\nQu'en tel pardon mettre mon esperance :\nS'ainsi ie fais, coulpe i'aie évitee,\nMais ie n'ai pas louange méritée.\nDe mon conseil lisez soirs et matins\n475. Les liures Grecs et les liures Latins.\nIl est bien vrai que nos anciens Peres\nOnt fort prisé les mesures liberes\nD'Alain et Mun et les rines ensemble,\nMais toutesfois des deux, comme il me semble,\n480. Trop doussement et s'il faut dire ainsi\nTrop sottement se sont esbahiz si\nBien nous savons faire le urai dix rime\nD'une mauvaise et d'une propre rime.\nLa Tragedie encore non eprouuee,\n485. Fut par Thespis premièrement trouuee,\nQui ses ecritz ca et la conduisoit\nEn chariotz et iouer les faisoit\nPar histrions, qui la face de lie\nCo:auerte avoint : depuis fut aboliz\n490. Telle façon, lorsque du faux uisage\nLe Poete Eschile introduisit l'usage,\nAussi d'habitz plus propres et gentilz.",
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     "texte": "250\nLa Vogue.\nLequel dressa l'eschaffaut d'ais petitz,\nEt enseigna a parler hautement\n495. Et a user d'un stile vehement.\nApres suruint la uieille Comedie,\nNon sans honneur, mais licence hardie\nTomba en uice et excessif tumulte\nDigne qui fut par Senatus Consulte\n500. Mieux réformé. par ainsi le statut\nFut accepté, et le chore se teut,\nEt i mit lon telle police et ordre,\nQue plus n'i a impunité de mordre.\nGrand a esté des notres l'entreprise\nsos. Et dignes sont que beaucoup on les prise,\nD'auoir osé la trace abandonner\nDes étrangers, et enfin s'addonner\nA celebrer les choses domestiques\nEn tous écritz et genres Poetiques :\n510. Et ne seroint les Francois plus parfaictz\nEn bonnes meurs et en belliqueux faitz\nQu'en beau parler et affluente ueine,\nN'etoit que nul ne peut prendre la peine\nDe bien limer ses écritz et d'attendre.\n515. O uous lecteurs ne feignez de reprendre\nL'euure qui n'est reueu et repassé\nA long ennui et souvent effacé,\nTant qu'à la fin pleine correction\nLui ait donné pleine perfection.\n$20.\nLe naturel, ce semble, a Democrite,\nTrop plus que l'art, de louange merite,\nEt sont par lui forclus de Poesie\nTous ecrivains de saine fantasie :\nEt pour cela plusieurs sont paresseux\n$25. D'oter leur barbe et leurs ongles crasseux,",
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     "texte": "La Vogue.\n251\nEn coins secretz demeurent à l'emblée,\nFuient les lieux de publique assemblée :\nCar celuila pourra avoir renom\nEt meriter de Poete le nom,\n530. Qui ong sa teste (ou ne pourrait suffire\nTout l'ellebore apporté d'Auticire)\nPour guerison au barbier ne fit uaire.\nO moi trop sal et a mon bien contraire,\nQui m'accoustume a purger mon cerueau\n535. Melancholiq, quand vient le renouveau,\nIl ne seroit tel Poete que moi :\nMais tout cela m'est un trop grand emoi,\nDong la façon de la meule prendre,\nLaquelle peut le couteau trenchant rendre,\n$40. Bien qu'elle n'ait de couper l'artifice.\nRien n'ecrirai et montrerai l'office\nEt le moien pour aux biens paruenir\nEt ce qui peut un Poete entretenir\nEt consommer: ce qui est convenable\n545. Et messeant à l'homme raisonnable,\nA quelle fin peut uertu conuoier\nA quelle fin peut uice deuoier.\nCertainement sapience hautaine\nDe bien écrire est la source et fontaine.\n$50. Tu as Socrate et ses beaux monumens\n(A suivre.)\n38",
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   "article_id": "aj-vogue-1886-08-30-5",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124140 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 252",
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     "texte": "ERRATA\nLa Vogue. - tome II, numéro 5, du 16 au 23 août :\nPages 145 à 149. - au lieu de:\nAMOUR\nPARALÈLEMENT A UN MORT\nLire:\nAMOUR.\n-\nPARALLÈLEMENT\nI\nA UN MORT\nII\nA LA PRINCESSE ROUKHINE\n• Capellos de Angelo > :\n(Friandise Espagnole)\nPage 146, vers 3º, lire : « et pourtant de face et de\nprofil. »\nPage 149, vers 80, lire : « et, pour la bouche et tous\nsens. »\nA la Bibliographie du nº 6 de la Vogue:\nAu lieu de: des Monsieur Gros-Claude, lire: de\nMonsieur Grosclaude.\nAu lieu de: j'en passe et pas de meilleur, lire: j'en\npasse et pas des meilleurs.\nL'Administrateur-Gérant:\nGUSTAVE ΚΑΗΝ.",
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