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     "texte": "CHATEAUX EN ESPAGNE\nTes bras sont l'asyle\nEt tes lèvres le parvis\nOu s'éventairent les parfums et les couleurs des fleurs et des\nEt ta voix la synagogue\nD'immuables analogies\nEt ton front la mer où vogue\nL'éternelle pâleur\nEt les vaisseaux aux pilotes morts des temps défunts,\nTes rides légères le sillage gracile\nDes âges aux récifs difficiles\nOù le chœur des douleurs vers tes prunelles a brui\nSes monocordes liturgies.\nDanse sans rêve et sans trêve;\nIl n'est d'inutiles ébats\nQue ceux que tu dansas pour moi\nThe University of lowa\nLIBRARIES\n[fruits,",
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     "texte": "6\nLa Vogue.\nOh toi l'exsangue, oh toi la frêle, oh toi la grêle\nA qui mes baisers\nFirent un tapis triomphal rosé\nDes aurores où nous menâmes\nNos pas, nos regards et nos âmes\nNos sens jaloux, nos âmes grêles,\nTu demeures la ruine éclairée par les torches\nTandis que les grands vents ululent sous les porches\nSouffletant de folules errantes les écussons.\nEt sans décolérer l'agrégat des chimères\nEn souffles, en råles, en hurlements\nAssiège de clameurs la part de firmament\nQue laisse la ville à nos misères.\nPar les chemins uniformes\nEt par les houles multiformes\nEn souffles, en råles, en sons d'orgue lointain\nC'est la si semblable à moi\nPar les ressauts et les émois\nEt l'intime et cruel débat\nEt le morne ressouvenir des temps incertains,\nEt si lent s'éteindre le ressouvenir\nDe la bouche, de la bouche qui mord\nEt plus lent encore, plus lent à venir\nLe dédain des chimères sans mors.\nOh mes châteaux en Espagne\nLoin exilés et tard construits\nOù le chœur des douleurs à brui,\nOh mes châteaux en Espagne!\nGUSTAVE KAΗΝ.",
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     "texte": "WRONSKI\nET L'ESTHÉTIQUE MUSICALE\n(Suite.)\nNous savons donc actuellement que c'est à la re-\ncherche de tous les modes de rhythme dans les vibra-\ntions que doit s'appliquer l'esthétique musicale. Et\nnous comprenons ainsi que cette recherche, en por-\ntant uniquement sur la durée des vibrations, doit, par\nl'application du CALCUL, indiquer à priori la raison,\nnon seulement de tous les phénomènes musicaux, qui\nsont déjà reconnus à posteriori, par la simple applica-\ntion du goût, ou, comme on dit vulgairement, par\nl'oreille musicale, mais de plus de tous les phéno-\nmènes pareils qu'il existe encore à découvrir.\nUne telle déduction numérique des phénomènes\nmusicaux a déjà été tentée dès la plus haute antiquité.\n- C'est à Pythagore que l'on en attribue la décou-",
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     "texte": "४\nLa Vogue.\nverte, et cette opinion n'est pas sans fondement, si l'on\nadmet, comme cela paraît établi, que ce philosophe\nconsidérait L'HARMONIE DES NOMBRES comme étant le\nprincipe des réalités du monde.\nIl est possible que le SENS MYSTIQUE des nombres\nait été enseigne à Pythagore en Égypte, au milieu du\nsacerdoce dont le prétendu savoir se réduisait et ne\npouvait s'étendre à rien autre qu'à un pur mysticisme,\ncomme on peut le prouver aujourd'hui rigoureuse-\nment; mais le SENS RATIONNEL des nombres, tel qu'il\nfaut l'employer dans la science musicale, et tel, par\nconséquent, que Pythagore dut l'employer effective-\nment, ne pouvait être conçu qu'à l'époque où il a\nvécu.\nQuoiqu'il en soit de l'auteur et de l'époque pré-\ncise à qui nous devons la première découverte de\nla science dont il s'agit, il est certain qu'elle fut\ncultivée dès l'origine des sciences jusqu'à nos jours,\navec des efforts toujours croissants, et avec des\nmoyens scientifiques de plus en plus puissants.\nNéanmoins, malgré ces travaux continus, auxquels\nrécemment se sont appliqués les plus grands géo-\nmètres, Euler, d'Alembert et autres, la science elle-\nmême n'a guère fait de progrès; à l'exception de\nquelques phénomènes très simples, tels que les inter-\nvalles musicaux nommés octave, quinte, tierce, etc.,\nla science n'a pu rendre raison d'aucun des phé-\nnomènes compliqués de la musique, tels que les",
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     "texte": "La Vogue.\n9\naccords de septième, de quinte diminuée, de neu-\nvième, etc... Bien plus, la gamme diatonique elle-\nmême, sans parler ici des gammes chromatique et\nenharmonique, est encore un problème mathéma-\ntique. On ne sait en rendre raison que par le moyen\nde ce que l'on nomme tempérament; et l'on avoue\nainsi que la science est encore livrée à l'arbitraire,\nou du moins aux convenances musicales. On ignore\nmême quels sont les nombres naturels 1, 2, 3, 4, 5,\netc., dont on puisse se servir pour le calcul des phé-\nnomènes musicaux.\nEn un mot, tous les problèmes essentiels de la\nscience musicale, ceux qui pourraient servir à étendre\nles limites de la musique considérée comme art, ou\ndu moins à expliquer les phénomènes que cet art\nproduit à posteriori, demeurent encore non résolus.\nCe défaut de tout succès dans l'esthétique musicale\nest dû à ce que la recherche des différents modes de\nrhythme dans les vibrations, modes qui sont l'objet de\ncette science, n'avait aucun guide supérieur, c'est-à-\ndire aucune RÈGLE PHILOSOPHIQUE. En effet, ces\nmodes divers sont autant de réalités distinctes de\nla création; et, par conséquent, sans connaître la\nrègle immuable que suit cette production spontanée\ndes réalités, c'est-à-dire sans connaître la LOI DE\nCRÉATION, il fut presque impossible de découvrir\nles différents modes de rhythme dont il s'agit, d'au-\ntant plus que ces modes ne sont, en quelque sorte,",
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     "texte": "10\nLa Vogue.\nque des propriétés idéales, et qu'ils n'ont ainsi\naucun caractère matériel pour être distingués. - I1\nmanquait donc réellement à l'esthétique ou à la\nscience musicale la PHILOSOPHIE de cette science,\nc'est-à-dire cette partie supérieure de la raison qui\ndoit assigner à l'esthétique musicale ses PRINCIPES\nFONDAMENTAUX.\nAvant tout, la philosophie de la musique doit fixer\nl'idée fondamentale, ou en quelque sorte l'idée créa-\ntrice de la musique considérée tout à la fois comme\nart et comme science, c'est-à-dire la génération\nelle-même de la musique ou du système spécial que\nforment les réalités qui la constituent au milieu de\ntous les systèmes de réalités dont se compose l'uni-\nvers. Cette idée architectonique ou créatrice de la\nmusique formera proprement sa DÉFINITION PHILO-\nSOPHIQUE. Et, d'après l'origine ou le principe que\nnous venons d'assigner à cette idée fondamentale,\nelle ne saurait, à son tour, être fixée que par le\ndéveloppement absolu de tous les systèmes de réa-\nlités qui composent l'univers, c'est-à-dire par la\ngénération de ces systèmes en vertu de la LOI DE\nCRÉATION elle-même; génération qui constitue ainsi\nla vraie ENCYCLOPÉDIE DU SAVOIR HUMAIN.\nOr, par anticipation sur la doctrine générale de la\nphilosophie absolue, à laquelle appartient manifeste-\nment une telle encyclopédie, nous en avons déjà\ndonné un aperçu dans le Sphinx (nº 1, pages 63 et",
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     "texte": "La Vogue.\n11\nsuivantes), où nous devons conséquemment trouver la\nfixation philosophique de la musique dont il s'agit ici.\nEn effet, nous y voyons d'abord en général\n(page 69), que la MUSIQUE appartient aux systèmes\nde réalités qui dépendent du SENTIMENT, et de plus\ndu système spécial où se manifeste, par le senti-\nment, le BON PRINCIPE du monde, c'est-à-dire la\nFINALITÉ SUBJECTIVE de la création constituant le\nBEAU; et nous y voyons ensuite, en particulier\n(pages 69 et 70), que le beau spécial qui consiste\ndans une simple CAUSALITÉ ESTHÉTIQUE ou expres-\nsion sensible (1), et qui se manifeste par la CORPO-\nRIFICATION DE L'INTELLIGENCE DANS LES SONS, est l'ob-\njet de la MUSIQUE. - Telle est donc, par suite de cette\ngénération absolue des différents systèmes de réalités\nqui composent l'univers, la véritable DÉFINITION PHILO-\nSOPHIQUE DE LA MUSIQUE, où nous découvrons immé-\ndiatement que le PRINCIPE PREMIER de cet art, considéré\ncomme science, consiste dans les modifications esthé-\ntiques du TEMPS qui, seul, constitue à priori une cor-\nporification de l'esprit ou de l'intelligence formant\nl'objet de la musique.\nNous confirmons par là, ou plutôt nous obtenons\nici la déduction de la DÉFINITION SCIENTIFIQUE de la\nmusique, telle que nous l'avons donnée plus haut, en\n(1) En opposition à la véritable FINALITÉ ESTHÉTIQUE ou ex.\npression intellectuelle formant l'objet de la LITTÉRATURE.",
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     "texte": "12\nLa Vogue.\nlixant son objet dans le RHYTHME DE LA DURÉE DES\nVIBRATIONS\n•\nIci notre auteur établit quelques principes acoustiques con-\ncernant les propriétés physiques des vibrations, tout en faisant\nremarquer que la philosophie de la musique, en la considérant\nsous un point de vue didactique, subsiste indépendamment de\nl'acoustique, ou du moins n'en reçoit que la notion fondamen-\ntale de ce que le son consiste dans les vibrations des corps\nsonores. Puis, à propos de la détermination des limites de la\nsonalité distincte, limites qui correspondent d'une part au son\nproduit par le tuyau d'orgue de 32 pieds pour les sons graves,\net d'autre part, pour les sons aigus, à celui produit par un\ntuyau de 1/32 de pied, notre auteur ajoute :\nIl se présente ici, sur ces limites de la sonalité\ndistincte, une observation philosophique ou plutôt\nanthropologique très remarquable. D'une part, Euler,\nen produisant son hypothèse de vibrations de l'éther\npour expliquer la transmission de la lumière, supposa\nque la durée de ces vibrations, comme ayant lieu\ndans une substance très déliée, était très petite, et\nprobablement plus petite que la durée des vibrations\nde l'air qui transmettent le son. Il fut ainsi conduit\nà l'idée de supposer que là où la durée des vibra-\ntions cesse d'être sensible à l'oreille, à cause de\nson\nextrême petitesse, c'est-à-dire lorsqu'elle est\nmoindre que 1/1024 de seconde, commence le sens",
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     "texte": "La Vogue.\n13\nde la vue, qui, dans le phénomène de la lumière,\napprécie les très petites vibrations de l'éther for-\nmant, d'après Euler, la cause de ce phénomène.\nDe l'autre part, M. Troupenaz, en examinant le\nnombre de sons distincts qu'un musicien habile peut\nproduire avec rapidité, et en reconnaissant ainsi que\nl'on ne saurait guère en distinguer plus de 30 par\nseconde, fut conduit à l'idée de supposer que là où\nfinit la distinction par le jugement, ou plutôt par le\nsens du tact, sur lequel s'établit ici cette distinction\nintellectuelle, commence la distinction par le sens de\nl'ouïe.\nEn réunissant ces deux considérations, on pourrait\nsupposer que nos trois sens primordiaux ou cogni-\ntifs, le tact, l'ouïe et la vue, ne diffèrent que par\nles divers degrés de rapidité avec lesquels ces sens\npeuvent distinguer des durées instantanées de temps,\net ce phénomène anthropologique deviendrait d'au-\ntant plus remarquable, qu'à l'instar de la présente\ndoctrine sur les sons, il pourrait conduire un jour à\nune doctrine analogue sur les couleurs, en suppo-\nsant, d'après les hypothèses de Grimaldi, Dechales\net autres, que les différentes couleurs ne dépendent\nque de la différence dans la durée des vibrations\néthéréennes qui les constituent.\nRevenant à son sujet, Wronski fait remarquer que, parmi les\ndiverses comparaisons, pour juger et surtout pour déterminer\nnumériquement la différence des sons, la seule dont la considé-",
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     "texte": "14\nLa Vogue.\nration soit absolue, est celle qui établit la comparaison des\nsons sur la durée même de leurs vibrations; et cela en vertu du\nprincipe premier de la musique, déduit de sa définition philoso-\nphique, et qui consiste en ce que l'objet de la musique est\nessentiellement dans les modifications esthétiques du temps,\nc'est-à-dire dans le rhythme de la durée des vibrations. Cette\nconsidération absolue dans la comparaison des sons devient\nmême très essentielle sous le point de vue algorithmique, en ce\nque, dans le partage des intervalles musicaux, des moyennes\nnumériques donnent de tout autres résultats selon qu'elles\nsont prises sur la durée ou sur le nombre des vibrations.\n-\nAprès avoir fixé les limites de la sonalité distincte,\nc'est-à-dire les limites de l'ouïe de l'homme, entre les-\nquelles peuvent s'établir les différents sons sensibles\npour lui, il faut procéder à fixer, parmi ces divers\nsons, ceux qui ont une valeur esthétique et qui\ncomme tels, portant le nom de tons, forment seuls\nl'objet de la musique.\nC'est ce système de tons\nou sons musicaux ayant une valeur esthétique, qu'il\nfaut proprement nommer tonalité par opposition à\nce que, sous le nom de sonalité, nous venons de\nreconnaître comme formant le système entier des\nsons sensibles pour l'homme. La tonalité ne s'étend\ndonc, dans le système général de la sonalité hu-\nmaine, qu'au seul système particulier qui est doué\nde propriétés esthétiques, et qui, par cette qualité\ndistinctive, devient l'objet de la musique.\nIl s'agit donc de distinguer, parmi l'infinité de sons\ndifférents formant le système général de sonalité, ceux",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n15\nqui sont doués de qualités esthétiques, c'est-à-dire\nceux qui, d'après notre principe premier de la mu-\nsique, impliquent des modifications esthétiques du\ntemps, consistant dans le rhythme de la durée de\nleurs vibrations. C'est là le principe qui doit nous\nservir pour distinguer, dans le système général de la\nsonalité, le système particulier formant la tonalité\nqui est notre objet actuel. - Remarquons ici que,\ndans la série progressive des sons correspondant à\ndes durées progressives de leurs vibrations, en les\nconsidérant les uns relativement aux autres, on\nnomme sons graves ceux dont la durée est plus\ngrande, et sons aigus ceux dont la durée est plus\npetite; dénomiration qui s'applique également au\nsystème général de la sonalité, et au système par-\nticulier de tonalité, qui est maintenant notre objet.\nOr, en examinant le principe que nous venons de\nfixer pour l'établissement de la tonalité, ou du sys-\ntème des tons formant les sons musicaux, c'est-à-\ndire le principe du rhythme dans la durée de leurs\nvibrations, on reconnaît facilement que tout son,\nquel qu'il soit, plus ou moins grave ou plus ou\nmoins aigu, pourvu qu'il soit pur, c'est-à-dire pourvu\nque ses vibrations soient libres ou indépendantes\nde tout dérangement, constitue toujours un véritable\nton ou son musical. En effet, les vibrations, lors-\nqu'elles sont ainsi libres, sont isochrones ou d'égale\ndurée, et par conséquent régulières; et cette régu-",
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     "texte": "16\nLa Vogue.\nlarité ou uniformité de durée est manifestement une\ndétermination rhythmique de cette durée, constituant\nsa qualité esthétique qui la rend l'objet de la mu-\nsique. De là vient que tout son pur, étant aussi un\nvéritable ton, est agréable à entendre, et forme par\nlà même un son musical. Cette qualité esthétique\ndes sons se fait surtout remarquer dans ce que l'on\nnomme filer un son, où la perfection de l'exécution\nconsiste notoirement dans la permanence du même\nson, c'est-à-dire dans sa non-altération, en plus ou\nmoins grave, en plus ou moins aigu; permanence\nqui n'est rien autre que la conservation exacte de\nl'isochronisme des vibrations de ce son formant en\nlui le rhythme d'uniformité, qui est sa qualité es-\nthétique.\nNous établirons donc que tout son en général, grave\nou aigu, pourvu qu'il soit pur, est, par l'isochronisme\nde ses vibrations, un véritable ton ou son musical. Et\npar conséquent, tous les sons indistinctement pris dans\nleur nombre indéfini, formant le système entier de la\nsonalité distincte, sont tous, en les considérant isolé-\nment de véritables tons ou sons musicaux. Il s'ensuit\nimmédiatement que, lorsque l'on considère plusieurs\nsons conjointement pour ne s'attacher qu'aux qualités\nesthétiques qu'implique la relation de ces sons par la\nrelation de la durée de leurs vibrations, on peut\nétablir cette relation des sons dans l'étendue entière\nde la sonalité distincte, n'importe quel sera ainsi le",
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     "texte": "La Vogue.\n17\nson qui, parmi les sons conjoints dont il s'agit, for-\nmera le plus grave ou le plus aigu. De là vient que\nce que l'on nomme diapason, c'est-à-dire le degré\nd'élévation d'un système de sons conjoints, placés\nplus ou moins haut dans l'étendue de la sonalité\ndistincte, est tout à fait arbitraire pour ce qui con-\ncerne la relation musicale de ces sons.\nAyant ainsi reconnu la qualité esthétique de tout\nson indistinctement, et par là même l'arbitraire dans le\nchoix du diapason pour un système de sons conjoints,\ndont la relation doit offrir des qualités esthétiques,\nvoyons à priori quelle peut être cette relation des\nsons, ou cette relation dans la durée de leurs vibrations,\nqui peut en former un véritable système de tons ou\nsystème de sons musicaux. Et remarquons de suite\nque c'est un tel système de tons, offrant des qua-\nlités esthétiques dans leur relation, qui est ce que\nl'on nomme gamme ou échelle musicale, en observant\nque, puisque, par la raison susdite, le diapason de\ntout système de sons conjoints est arbitraire, c'est-\nà-dire puisque tout son pur est un ton ou son mu-\nsical, il ne saurait y avoir de musique que dans la\nrelation systématique de plusieurs sons conjoints, rela-\ntion qui constitue ainsi une gamme ou échelle musi-\ncale, c'est-à-dire un système de tons ayant, dans le\nrapport de la durée de leurs vibrations, des déter-\nminations logiques susceptibles de rhythme ou de\nqualités esthétiques. C'est donc cette échelle musi-",
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     "texte": "18\nLa Vogue.\ncale, formant ainsi le véritable système de tonalité,\nque nous allons maintenant découvrir à priori.\nPour cela examinons la nature ou les conditions\nphysiques d'un ton quelconque, de celui, par\nexemple, qui formera le ton le plus grave dans le\nsystème des tons que nous cherchons à découvrir.\n-\nNous y trouverons nécessairement, par une simple\nanalyse, ce système entier de tons ou sons musi-\ncaux, parce que, en vertu de leur relation esthé-\ntique ils doivent y être reproduits, en formant ainsi\nun système de sons harmoniques dont l'ensemble\nreflète en quelque sorte le ton principal dont il est\nquestion. Et en effet, si le système entier de la\ntonalité n'était pas compris à priori dans un ton\nquelconque, il serait impossible que ce système pût\nse former en dehors de ce ton, puisqu'il n'existe-\nrait aucune base ou aucun principe pour la géné-\nration d'un système de tons dépendant du ton auquel\non voudrait ainsi rapporter ce système de tonalité.\nCette nécessité esthétique, qui, à défaut de tout\nautre principe pour la génération d'un système de\ntonalité, devient même ici une nécessité logique, se\ntrouve avérée à priori par les conditions méca-\nniques des vibrations qui constituent un ton.\nEn effet, ces vibrations sont isochrones, et, comme\ntelles, dans tout corps sonore ou élastique, corde,\ntuyau, barre métallique, etc., elles produisent néces-\nsairement, et à l'indéfini, d'autres vibrations égale-",
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     "texte": "La Vogue.\n19\nment isochrones dont la durée forme des parties ali-\nquotes, c'est-à-dire la moitié, le tiers, le quart, le cin-\nquième, etc., de la durée des vibrations principales;\ncar, dans toutes leurs diverses étendues plus ou\nmoins grandes, ces vibrations principales étant en-\ntièrement libres ou indépendantes de tout régula-\nteur, ne sauraient conserver leur isochronisme sans\nproduire, par ies diverses impulsions de toutes les\nparties du corps sonore ou élastique, des vibrations\nqui, dans leurs durées sous-aliquotes, forment, par\nleur influence réciproque, une espèce de régulateur\nde leur isochronisme général.\nNous fixons donc ainsi, entièrement à priori, le\nprincipe de la simultanéité de vibrations sous-aliquotes\ndans un même corps sonore. Et nous nommons son\ngénérateur le son principal, celui qui correspond à\nla durée des vibrations primitives ou propres à ce\ncorps; et sons harmoniques les sons qui corres-\npondent aux durées sous-aliquotes des vibrations\ndérivées ou secondaires, telles qu'elles s'établissent\nsimultanément dans le même corps, en vertu du\nprincipe de la possibilité de l'isochronisme dans les\nvibrations des corps élastiques. Il en résultera donc\nun système de tons dont les durées respectives des\nvibrations auront les valeurs... (A)\n1 1 1 1\nI\nI I I 1 I\n1\n2\n3\n4\n5\n6\n7\n8\n9 10 11\nà l'indéfini.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "20\nLa Vogue.\nEt c'est là, par conséquent, le véritable système de\ntonalité, c'est-à-dire le système de tons dont la relation\nconsidérée dans les durées respectives de leurs vibra-\ntions, est esthétique, puisque ces vibrations différentes,\ns'établissent simultanément pour rendre possible l'iso-\nchronisme dans toutes les vibrations; isochronisme qui,\ncomme principe du rhythme dans les vibrations, est le\nprincipe premier de la musique, tel que nous l'avons\nétabli plus haut.\nIl s'ensuit immédiatement que, par cette relation\nesthétique générale entre les tons qui forment le véri-\ntable système de tonalité (A), tous ces tons sont en\nconcordance esthétique entre eux, et surtout avec le\nton fondamental dont la durée des vibrations est\nprise pour unité. Et de là vient qu'en nommant ce\ndernier ton générateur, nous nommons tons harmo-\nniques tous les autres tons qui, avec le ton fonda-\nmental, complètent ce système de tonalité, et qui,\nen se produisant ainsi simultanément avec lui, l'ac-\ncompagnent toujours et redoublent en quelque sorte\nle sentiment esthétique qu'il excite par lui-même.\nPour se former une idée de la production simultanée\nde ces différentes vibrations dans un même corps so-\nnore, il suffit de considérer, dans ce corps, la longueur\nfondamentale de laquelle dépend la durée des vibra-\ntions primitives et propres à ce corps, et de diviser\ncette longueur en parties aliquotes, 1/2, 1/3, 1/4,\n1/j, etc..., pour pouvoir considérer ces portions de la",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n21\nlongueur fondamentale comme formant des longueurs\nspéciales de vibrations où s'établissent celles dont les\ndurées respectives sont des parties aliquotes de la\ndurée des vibrations primitives ou fondamentales. Il\nen résultera ainsi, aux points de division de ces\ndiverses longueurs spéciales, des nœuds de vibrations\nformant nécessairement, par suite du principe susdit\nde la possibilité de l'isochronisme, de véritables\npoints d'appui mécaniques pour la production de\nces diverses vibrations simultanées.\nTout ce que nous venons de découvrir à priori, par\nla simple considération des conditions mécaniques\nde la vibration des corps élastiques, comme formant\nle principe esthétique d'un système de tonalité, se\ntrouve complètement constaté par l'expérience. On\nobserve, en effet, que lorsqu'un corps sonore est\nmis en résonnance pour produire le son qui cor-\nrespond à la durée propre des vibrations de ce\ncorps, on entend toujours, et en même temps,\nd'autres sons, de plus en plus faibles, qui corres-\npondent à des durées de vibrations formant des\nparties aliquotes de la durée principale, c'est-à-dire\nà la moitié, au tiers, au quart, au cinquième, etc.,\nde cette durée principale, et qui, par conséquent,\nproviennent ainsi d'un tel système de vibrations con-\njointes et établies simultanément dans le même corps\nsonore.\nBien plus, on peut constater par l'expérience, non",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "22\nLa Vogue.\nseulement ces différents sons simultanés, qui sont ainsi\nproduits par un même corps sonore, mais de plus\nles différentes vibrations elles-mêmes dont dépendent\nces sons simultanés.\n(A suivre.)",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 25",
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     "texte": "PETITION\nAngoisse des carrefours sans fontaines,\nMais avec à tous les bouts des fêtes foraines.\nJamais franches, ou le poing sur la hanche,\nPar le temps qui court,\nAvec toutes l'amour s'échange,\nSimple et sans foi comme un bonjour.\nO fleurs d'oranger cuirassées de froid satin,\nElle s'éteint,\nLa mystique Rosace,\nA voir vos noces\nDe sexes livrés à la grosse\nCourir en valsant vers la fosse\nCommune...\nPas d'absolu,\nDes compromis,\nTout est pas plus,\nTout est permis.\nEt cependant, ô du Mal, laissez-moi Circés\nSombrement coiffées à la Titus",
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     "texte": "24\nLa Vogue.\nAvec des yeux en grand deuil comme des pensées;\nEt passez,\nBéatifiques Vénus\nEtalées découvrant leurs gencives\nTous vives, -\nEt leurs aisselles au soleil\nComme on bâille après le sommeil,\nTenant sur fond d'or le lotus\nDes sacrilèges domestiques,\nEt faisant de l'index: motus.\nPassez, passez, encor que les yeux vierges\nNe soient que cadrans d'émail bleu\nMarquant telle heure que l'on veut\nSauf à cacher leur heure immortelle\nEt tout ce qui est bien elle,\nO nuptiales, animales,\nO blanchissages, oh! leur chambre...\nOh! à tout age\nOn peut les en faire descendre.\nEt les petits soins secrets,\nEt leur triste voix sans timbre,\nEt leur salive de gingembre.\nEt leur suicide à froid\nEt puis l'air de dire : « De quoi?... »\nSans doute au premier mot\nOn va choir en syncope,\n(On est si vierge à fleur de peau)\nMais leur destinée est bien interlope.\nOh! qu'elle laissât là ce rôle d'ange,\nEt adoptat l'homme comme égal,",
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     "texte": "La Vogue.\n25\nEt que ses yeux ne parlent plus d'Idéal,\nMais simplement d'humains échanges,\nA la fin des journées,\nQuand les tambours, quand les trompettes\nIls s'en vont sonnant la retraite,\nEt qu'on prend le frais sur le pas des portes,\nEn vidant les pots de grès\nA la santé des années mortes\nQui n'ont pas laissé de regrets,\nTon ton tontaine tonton...\nJULES LAFORGUE,\n38",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "SIMPLE AGONIE\nO paria! - Et revoici les sympathies de mai.\nMais tu ne peux que te répéter, o honte !\nEt tu te gonfles et ne crèves jamais.\nEt tu sais fort bien, ô paria,\nQue ce n'est pas du tout ça.\nOh! que\nDevinant l'instant le plus seul de la nature\nMa mélodie, toute et unique, monte,\nDans le soir et redouble, et fasse tout ce qu'elle peut\nEt dise la chose qu'est la chose,\nEt retombe, et reprenne,\nEt fasse de la peine,\nO solo de sanglots,\nEt reprenne et retombe\nSelon la tâche qui lui incombe.\nOh ! que ma musiquc\nSe crucifie,\nSelon sa photographie\nAccoudée et mélancolique !....\nIl faut trouver d'autres thèmes\nPlus mortels et plus suprêmes,",
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     "texte": "La Vogue.\n27\nOh! bien, avec le monde tel quel,\nJe vais me faire un monde plus mortel!\nLes âmes y seront à musique,\nEt tous les intérêts puérilement charnels\nO fanfares dans les soirs,\nCe sera barbare,\nCe sera sans espoir.\nEnquêtes, enquêtes,\nSeront l'unique fête !\nQui m'en défie ?\nJ'entasse sur mon lit, les journaux linge sale,\nDessins de mode, photographies quelconques,\nToute la capitale,\nMatrice sociale.\nQue nul n'intercède,\nCe ne sera jamais assez,\nIl n'y a qu'un remède,\nC'est de tout casser.\nO fanfares dans les soirs !\nCe sera barbare,\nCe sera sans espoir.\nEt nous aurons beau la piétiner à l'envi,\nNous ne serons jamais plus cruels que la vie,\nQui fait qu'il est des animaux injustement rossés.\nEt des femmes à jamais laides...\nQue nul n'intercède,\nIl faut tout casser.\nAlléluia, Terre paria.\nCe sera sans espoir,\nDe l'aurore au soir,",
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     "texte": "28\nLa Vogue.\nQuand il n'y en aura plus il y en aura encore\nDu soir à l'aurore.\nAlléluia, Terre paria !\nLes hommes de l'art\nOnt dit : « Vrai. c'est trop tard. »\nPas de raison,\nPour ne pas activer sa crevaison.\nAux armes, citoyens! Il n'y a plus de RAISON :\nIl prit froid l'autre automne,\nS'étant attardé vers les peines des cors,\nSur la fin d'un beau jour.\nOh! ce fut pour vos cors, et ce fut pour l'automne,\nQu'il nous montra qu' « on meurt d'amour »!\nOn ne le verra plus aux fêtes nationales,\nS'enfermer dans l'Histoire et tirer les verrous,\nIl vint trop tôt, il est reparti sans scandale;\nO vous qui m'écoutez, rentrez chacun chez vous.\nJULES LAFORGUE.\n38",
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     "texte": "PREMIER LIVRE\nDE L'ART POËTIQVE\nDE IAQVES PELETIER\n(Suite.)\nV\nDe l' Imitacion.\n'NE grand' partie des fez humeins consiste an l'Imi.\ntacion, Car la chose la plus pronte e la plus ordi-\nnere aus hommes, c'ét vouloèr fere ou dire ce qu'iz voeet\nde bien fet ou bien dit par les autres. Les Musiciens\nimitet la voes des anseigneurs, les Peintres de leurs\npatrons, les Rustiques e Mariniers de l'experiance. E\npar ce qu'il n'i à qu'une espece de bien an toutes\nchoses, e infinies de mal: le premier e plus dificile\npoint, ét de sauoèr discerner la vertu d'auec le vice.\nSoèt donq premieremant le Poëte exercitè an Homere\ne an Virgile (car j'examplifire par tout pour l'Euure\nHeroïque, sur lequel s'antandront les autres g'anres) e\nles èt comme incorporèz an sa memoere pour son\nprincipal fons, e comme pour son ordinere patron :",
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     "texte": "30\nLa Vogue.\nafin que quand ce viendra a lire les autres Poëtes, il\nsoèt preparè a an pouuoèr conuertir la lecture an cete\nfelicite premiere imbue: a la sorte des vins excelans\nqui se ramplicet, non de pareilh vin, quand il ne s'an\ntrouue point, mes du meilheur qui se puisse recou-\nurer. Car le tonneau etant bien auiné, le vin d'infusion\nse reduit facilemant a la faueur de la principale bonte.\nIl ne faut pas pourtant que le Poëte qui doèt exceler,\nsoèt imitateur jure ni perpetuel. Eins se propose non\nseulemant de pouuoèr ajouter du sien, mes ancores de\npouuoèr fere mieus an plusieurs poinz. Songe que le\nCiel peùt fere un Poëte parfet: mes qu'il n'an a point\nancores fèt. Songe que ce n'ét point la haute felicite\nque d'étre pareilh: qui mieus ét, songe qu'il ét plus\nese d'étre superieur, que d'étre egal. Car la nature des\nchoses ne soufre james perfeccion de ressamblance.\nPar seule imitacion rien ne se fèt grand: C'ét le fet\nd'un homme pareceus e de peu de keur, de mar-\ncher tousjours apres un autre : Celui sera tousjours\ndernier, qui tousjours suiura. Et donq le Poëte pre-\nmieremant l'esprit, le courage, la majeste, la facilite, e\nbrief ce que la nature peut donner : Puis ne doute\npoint qu'il ne soèt possible de se fere le plus grand.\nL'ofice d'un Poëte, ét de donner nouueaute aus choses\nvielhes, autorite aus nouueles, beaute aus rudes,\nlumiere aus obscures, foe aus douteuses, e a toutes\nleur naturel, e a leur naturel toutes. Qu'il regarde qui\nc'ét qui l'a encores fèt : e s'il n'à etè fèt, an quoe ét la\nfaute. Auise les generalitez e les particularitez: exa-\nmine les passages de Filosofie, la façon de narrer, e\ncombien diuerse: quele grauite, quele grace e biense-\nance. S'il i à des vices, qu'il les euite, chose facile :\nles vertus, qu'il les egale, chose possible; on les sur",
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     "texte": "La Vogue.\n31\nmonte, chose honorable. Homere à etè si excelant an\nce general dispositif e uniuersele titure de Poéme,\nqu'il ét esè a connoétre qu'il n'i à point de meilheur\nchemin. E s'il i an ùt ù un, Virgile l'út trouuè, l'homme\nle plus courageus que nature èt james presantè sus\nla terre: d'avoèr osè antreprandre de fere ce que\ntroes Poëtes ont fèt, chacun pour le plus excelant an\nson g'anre: Teocrite, Hesiode e Homere : Auoèr sur-\nmontè les deus: assuiul le tiers, e an voee de le lesser\nderriere, si n'út etè la surprise de la mort : Auoir fèt\nan douze Liures ce qu'Homere an quarante e huit\n(combien qu'Aristarque à fèt le nombre des Liures\nd'Homere, e ordonnè ce qu'il auoèt chantè par inter-\nmissions). E qui me trouuera trop hardi juge, considere\nles grands segrez, e pour bien dire, les misteres qui\nsont an Virgile : e il trouuera qu'Homere n'ét an rien\nplus eureus, sinon que pour auoèr precedè an tans.\nConsidere, si l'Eneide út etè fete auant l'Iliade, que\nc'ét qu'il an faudroét dire. Mes disons Virgile imita-\nteur par euidance: e Homere inuanteur, par jugemant\ne opinion. Car que sauons nous s'il à à des predeces-\nseurs ? que sauons nous si l'ingrate vielhece du tans\nles nous à anuièz ? vu que toutes choses viuet et\nmeuret par rondeurs? Or Virgile à imitè ce qu'il à vù\nd'admirable an Homere: Mes il l'à chatiè an plusieurs\nandroez. E ici metre quelque nombre de poinz,\nléquez Virgile n'a pas trouuèz bons an Homere, e dont\nil s'èt gardè: afin que mon Poëte connoesse, qu'un\nmieus fere ét possible a l'homme bien nè: e qu'il sache\nque c'èt qu'il doèt imiter e quoe non: e qu'il face le\njugemant des deux grans Poëtes des Siecles.\nPremieremant, Virgile à bien sù euiter la superfluite\nd'Epitetes qui ét an Homere, quand il dit e redit, la",
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     "texte": "32\nLa Vogue.\nmer Noere, les nauires Creuses, les Gréz Cheueluz, le\nBlond Menelas, Pallas Cesie, Iupiter Nueamassant,\nl'Obscure nuit, les portes Bienfetes, Diomede Facond,\nquand il ét question de fraper: e assez d'autres téz. Il\ns'ét gardè des redites qui sont an Homere, comme\nquasi an toutes les legacions, recommancer les haran-\ngues tout du long a la seconde foes. Autremant à fèt\nVenule reuenant de pardeuers Diomede : ou tout\nl'exploet de sa charge se raconte seulemant an un lieu,\ne sommeremant. Homere n'ét pas contant d'auoèr dit\nune foes les causes pour lequeles Achile n'à deignè\nprandre les armes pour ses Gréz, si de nouueau il ne\nles fèt raconter tout du long par Achile méme a sa\nmere Tetis. Virgile n'à pas fèt parlemanter Glauque e\nDiomede si longuemant ansamble, quand il ét question\nde venir aus meins: comme on voèt an Homere au\nsizieme: Combien qu'il n'út pas fèt einsi un peu aupa-\nrauant, de Sarpedon e Tlepoleme au cinquieme. Si ét-\nce que je trouue Virgile étre tombe an une samblable\nfaute, quand an son second Liure tandisque Troee\nardoèt, e que les Gréz sacmantoét tout: il fèt Enee\nparler auec son pere Anchise, e auec sa famme: le fèt\naler an sa meson, e puis i retourner : la ou il n'ét pas\nbonnemant a croere qu'an un tel eclandre, e an tele\ndesolacion, il i út si grand loesir: atandu méme qu'au\nsac d'une vile, les mesons des Princes sont tousjours\nles premieres anuahies. Sinon que parauanture Virgile\nvoulût secretemant acorder a la verite historique auec\nDictis de Crete, qui dit qu'Enee e Antenor vandiret la\nvile aus annemis. Mes ce seroèt ancor une plus grand'\nfaute a lui. Ou si nous n'escusons le Poëte pour Venus\nqui se presante au secours e guide de son fiz. I'omè\nla faute toute connue an ce méme androèt du deuzième,",
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     "texte": "La Vogue.\n33\nIamque adeo super unus eram, la ou il met qu'Heleine,\npour la creinte de son mari Menelas s'etoèt cachee au\ntample de Veste; puis au sizieme fèt dire par Deïfobe,\nqu'ele auoèt mis une torche au haut d'une tour pour\nassiner l'heure aus Gréz, ce pandant qu'ele méme\nmenoèt la danse auec les Dames de la vile. Aussi,\nTuque e Vare auoèt rongnè les vintedeus vers continuz\naudit deuzieme, pour sauuer la repugnance : laquele\nne se peût excuser, sinon que la faute vient d'inauer-\ntance, e non pas d'ignorance: Ce que le Poëte út\nfacilemant aperçù, s'il n'út etè preuenù de mort.\nVirgile decriuant ses batalhes, ne fèt pas antrer des\nDieus an la mélee, comme fèt Homere: jusques a fere\nblecer Venus e Mars par Diomede. Puis il ne fèt pas\nlamanter les Dieus, e pleindre leur fortune comme\nmortez, einsi uue fèt Homere. Virgile n'a pas pris a\nimiter la fureur d'Achile, ni l'ire inexorable, qui pour\nsa rancune priuee ne deigne prandre les armes pour\ndefandre sa g'ant. Combien que Lactance acuse Enee\nd'impiete e de cruaute : qui a la fin du douzieme, ne\nvoulût donner la vie a Turne, quoe qu'il le supliát par\nles Manes de son pere Anchise. Mes cela non seule-\nmant s'escuse, eins a mon auis deuoèt passer einsi. Car\nle Poëte ét contant qu'on connoesse, que les aferes ne\nse pouuoèt bonnemant terminer pour Enee, que par la\nmort de Turne, jeune Prince si magnanime e de si\ngrand lieu : qui út pù refere ses forces, e recommancer\nla guerre. Puis le baudrier qu'il portoèt an echarpe,\ndépoulhe du jeune Prince Pallante, contreignit Enee\nd'an vanger la mort. Ancores Virgile ne fèt pas Enee\nandormi au port de Cartage, comme Homere Vlisse au\nport de Feaques : lequel l'eyant decrit si prudant, si\nauise e si vigilant par tout alheurs, le fèt andormir an",
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     "texte": "34\nLa Vogue.\npaïs étrange e inconnu, e ancores an tans de naufrage.\nPlusieurs aussi ne se contantet pas qu'Homere èt fèt\nreconnoétre Vlisse par son Chien, apres auoèr etè\nabsant vint ans: qui ét un tans excedant l'age des\nChiens: Sinon qu'on voulut dire qu'iz viuoét autant de\nce tans la: Mes einsi il n'i auroèt rien de connoessance\nan la nature des animaus. Surquoe me souuient de la\ngrosse pierre que geta Turne contre Enee, a la fin du\ndouzieme : laquele Virgile dit que douze des plus fors\nhommes de son tans n'usset pas soutenue, chose mal-\ncroyable. An quoe Virgile samble s'étre souuenù de\ncele que geta Diomede contre Enee méme : qu'Homere\ndit au cinquieme que deus hommes de son tans n'usset\nportee: e samble auoèr proporcionnè le tans e les dis-\ntances. Mes s'il an faloèt einsi user, a grand' peine\nvintequatre de ceus de notre tans la pourroét souleuer.\nC'ét donq un des examples de trop curieuse e trop\nafectee imitacion. Virgile auoèt cete opinion, que les\nhommes vont tousjours an apetiçant, la prenant d'Ho-\nmere: einsi méme qu'il donne antandre a la fin du\npremier des Georgiques, parlant des os des mors de la\nbatalhe d'Ematie. Que s'il ét einsi, pansèz qu'a la fin\nil fera beau voèr la petite nacion des hommes. Il ne me\nplét point aussi, qu'il face Creüse vaticiner au second:\nvu qu'il fèt les Deesses mémes ignorer les choses fu-\ntures: comme Iunon, Venus, e les autres. Il n'etoèt\npoint impertinant qu'il fit profetiser Cassandre : car\nc'etoèt par l'otroe e don d'Apolon. Voela ce que j'è\nvoulù dire, touchant les fautes Poëtiques : pour mon-\ntrer qu'Horace n'a pas dit hors propos, qu'aucune foes\ndort le bonhomme Homere. le sè que Virgile ét repris\nan d'autres passages : mes je n'è pas ici a specifier\ntoutes teles choses. E sufit que j'ee montrè qu'il n'ét si",
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     "texte": "La Vogue.\n35\ngrand, qui ne tombe an faute. Mes nous dirons que\nsouuant ce sont fautes legeres: e a la verite, qui se\ndoeuet suporter an un grand Euure, autremant si dine\ne si sublime. Comme quand Pindare aus Olimpies à\ndonnè des cornes aus Bisches. Car an cela ne gìt pas\nl'ignorance de la nature ni de l'essance de la Bische :\neins prouient seulemant d'une inauertance. Ce sont\nbien fautes plus lourdes celes de l'Arioste : lequel\nméme n'a pas regardè a bien intituler son Liure : ou\npour le moins, an à trop mal suiui le Suget. Car l'eyant\ninscrit du nom de Roland: il ne parle de lui qu'an\ntroes ou an quatre chans. Puis apres lons ambages,\nvient finir son Liure par Roger. Qui ét mal antandù a\nlui: car s'il auoèt anuie d'exalter la meson d'Este, il le\ndeuoèt fere souz le titre d'un Roger, e non pas d'un\nRoland, a l'Imitacion de Virgile : lequel il s'ét si afec-\ntemant eforcè d'imiter an tout le discours de son Euure:\nQui ét ancores un autre grand vice. E conseilhe a\ntous bons espriz d'étre sobres imitateurs, e fins: qui ét\nl'un des secrez de la Poësie, tant s'an faut qu'iz i\ndoeuet prandre gloere. Car quele gloere i à il que de\nsuiure un chemin tout fet e tout batu? Virgile méme\nsur sa fin, s'etoèt voulù retirer, pour racler de son\nLiure les lieus insines que les anuieus lui reprochoet\ncomme trop manifestes larcins. L'Arioste ancores à\ntant de choses legeres, e comme les Latins diset,\nfutiles, mélees parmi son Liure, certes indines du\nPoéme Heroïque : e qu'il faut expressemant delesser.\nl'antan un tas de contes, e plesanteries : qui au lieu\nde plere sont desagreables, au moins an un tel lieu.\nIe ne veù point ici que Lukein soèt pris pour grand\nPoëte: tant pour la reson que nous auons dite sus le\nSuget de Poësie, que pour ce qu'il ét trop ardant e",
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     "texte": "La Vogue.\nanflè, trop afectè an harangues, ne gardant point le\nbienseant des personnes, fesant parler un Nautonnier\nou quelque homme ignoble (queles personnes ancores\nne doeuet quasi point étre introduites an un Euure\nHéroïque) d'aussi grand respet, comme un Cesar ou\nun Pompee. Ioint que vous dirièz quand il ét sus la\ndescripcion de quelque matiere qu'il n'an doèt james\nsortir, n'eyant le jugemant de se tamperer e suprimer\nduemant quelque point ou quelque reson non neces-\nsere: qui ét un artifice bien grand an un Poëte. Vrei\nét qu'il a quelquefoes de bons trez antresemez: léquez\nl'homme de bon esprit pourra prandre pour an fere\nson profit an bon lieu. Autant an veù je étre antandù\nquant aus autres Poëtes: Comme de Stace, Claudian,\nSile Italique, e s'il i an à de tez. An somme, nous\nprandons les Ecriz des Poëtes pour une Mer : an\nlaquele i à eskeus, sables mouuans, goufres: que le\nbon Pilote par instruccion e par bonne vigilance s'efor-\ncera d'euiter : Regardant quele part il veùt tirer,\ncombien ét son vesseau capable, e de quel vant il ét\naspirè.\nPublié par M. ALFRED DEHODENCQ.\n(A suivre.)",
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