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     "texte": "ORIENT\nLes harpes sont éclatées, les harpes, hymnaires\nAux louanges des mains morbides de la lente souveraine,\nLes rènes au long du char désorbité tralnent.\nVoici l'allégresse des âmes d'automne\nLa ville s'évapore en illusions proches\nVoici se voiler de violet et d'orangé les porches\nDe la nuit sans lune.\nPrincesse qu'as-tu fait de ta tiare orfévrée?\nLes œillets charnels de baume s'éploient aux trous de la cuirasse\nLes roseaux vers les moires de la robe étalée\nBercent, graciles, leurs chefs fleuris des espérances innées.\nDes ailes voletantes attendent les hanses silentes de bonace\nEt les reflets de ciel, frissons d'appel, accurvés aux psaumes mémorés.",
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     "texte": "74\nLa Vogue.\n« C'est l'instant chétif de se réunir\nElle est venue, la souveraine,\nDans les épithalames, les forêts de piques et les cavales dans l'arènu\nEt les proues balançaient aux flots bleus et les carènes,\nAu havre de paix de ses yeux si blens,\nEt cordelettes pourpres, et bandelettes blanches et sistres joyeux.\nDans leur allance aux paradis\nPar les sereines litanies\nLes pas s'en sont allés si loin que souvenirs.\nLes Tigres si lointains qu'ils en sont doux aux bras d'Assur\nEt les chariots trébuchants aux fêtes par l'azur,\nPlanez par les fanaux plus rouges.\nLes allégresses, ô sœurs si pâles, s'appellent et meurent\nEt la ronde a passé qui recommence et meurt.\nPlus lointains les fanaux plus rouges.\nEcoutez refleurir les violes\nLes nappes blanches retomberont\nEn pans légers, en lins striés, en bandelettes,\nEt des frissons aux nuits de fêtes.\nLes cimes viridantes, les acuminantes cimes\nEt ruisselèrent les casques et les étendards\nEt le lointain fugace où souffrit le Khalife,\nLes étendards nobles d'étoiles volent aux mêlées grondantes\nEt s'offre et s'estompe, oh tes rues bleues et tes bazars et ces ifs.",
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     "texte": "La Vogue.\n75\nDes pourpres et des ivoires de la chimère et rouge\nLa fleur éternelle rose des fronts penchés.\nEn vain dans l'inutile sillage les arbres ébranchés;\nDans la coupe où l'oubli mêle aromates et pierreries\nPense les jubilės laudatifs de la chimère\nEt les lèvres et ses lèvres\nEt l'écharpe convolutante aux nuées orfévrées,\nA ces tapis se sont agenouillés les genoux priants du Khalife.\nLes mandores évocatrices ont dit. »\nAh maudite l'heure initiale des départs\nEt l'or aux souks et les caresses aux felouques.\nEt ces frissons aux soins de fête.\nGUSTAVE KΑΗΝ.\n38",
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     "texte": "NUIT NOIRE\nLe boulevard Sébastopol bruit et poudroie dans le\nsoleil d'une belle après-midi de janvier.\nLe froid est vif. Collets de fourrures et cache-nez se\ndressent et s'enroulent autour des cous masculins.\nLes femmes bien mises sont très malheureuses avec\nleurs manchons de poupées et leurs Gainsboroughs\nsans voilettes. L'ouvrière et la bonne vieille se sont\nserré sur la nuque la capeline réputée laide mais prouvée\ncommode. Le gamin bat du pied et le cocher des bras.\nIl fait bon marcher après déjeuner en humant un cigare\nbien sec. Délicieux ce temps-là.\nMais que de pauvres, donc ! Des tas de culs-de-jatte\nà grosse moustache goguenarde, des bonnes aventures\nde toute couleur à leur boutonnière, rampent et glis-\nsent, une flotte d'Italiens mâles et femelles rougoie et\npue au son de la cornemuse et du violon, les manchots\ntraditionnels et les estropiés de tous les membres pos-\nsibles ou autres fourmillent et encombrent.\nQue ces pauvres sont insolents ! Sans exception ! Et",
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     "texte": "La Vogue.\n77\nqu'ils seraient effrayants si l'on n'était sceptique en\ndiable et un Parisien pour de bon !\nLe Veuf ainsi s'exclame et serre son porte-monnaie\nd'ailleurs assez plat sur sa poche de pantalon, à travers\nson ulster pelucheux et un veston de chez un Godchau,\ncette Cour-des-miracles circulante ne lui disant rien\nqui vaille, et il continue sa course. Soudain son regard\ntombe dans une porte-cochère surmontée d'un ou plu-\nsieurs Weill, Lévy, Mayer, en lettres d'or longues\ncomme la barbe d'Aaron, flanquée de panonceaux flam-\nbants et de menus à la craie sur des demi-cylindres en\ntôle noire.\nO douceur! Un petit garçon d'à peu\nprès dix ans, d'un blond faible sous sa casquette bien\nbrossée, pâle et rose au possible, et que drape, ou\npresque, sa blouse noire très propre, tant le pauvre\nenfant est maigre, là se tient assis, les pieds dans une\nchancelière vieille, avec une timbale d'étain dans ses\nmains chaussées de moufles. Un écriteau suspendu sur\nsa poitrine de poitrinaire porte, hélas! Aveugle depuis\ndeux ans par suite de maladie.\n-\nQuoi, la chétive créature aux traits honnêtes, à la\nmise qui indique les soins d'une veuve incapable elle-\nmême de travailler mais encore et pour toujours douée\nde ce cornélien amour-propre de l'amour maternel,\nqui ne veut pas d'autre d'autre enseigne d'infirmité ni\nde pauvreté pour son fils que le trop véridique écriteau\net le témoignage cruel des yeux sans regards, - quoi,\nce petit a vu la lumière il n'y a pas encore longtemps.\ncomme tant d'autres et tant de millions et de milliards\nd'autres il a vu le soleil, les étoiles, les nuages, les\narbres, des joujoux, des passants, des régiments,\nsa mère !\nEt le Veuf s'arrête, infiniment ému. Il fouille dans",
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     "texte": "78\nLa Vogue.\nsa maigre poche, opération lente à cause de l'ulster et du\nveston à retrousser, et de gants fourrés du Louvre à\ndéfaire, et c'est d'une main presque tremblante, en\npoire (telle celle d'une vraie dévote dans l'aumônière\nde Monsieur le Curé) qu'il dépose en quelque sorte au\nfond de la timbale d'étain, comme par crainte d'oſſenser\nla fierté des yeux morts pourtant du seul vrai pauvre\nd'entre cette foule de pauvres, une petite pièce, -\nd'or ou d'argent, sa main gauche ne le sait pas...\nCeci si doucement fait, si discret, et avec une fuite\nsi glissante et comme pudique, que le petit aveugle\ns'écrie d'une voix cassée, mais combien pénétrante :\nMerci, madame !\n-\nPAUL VERLAINE.\n:\n38",
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     "texte": "NUIT BLANCHE\nDeux ombres fort élégantes se sont rencontrées dans\nle clair-de-lune d'une nuit de janvier dernier.\nTrès élégantes, ces ombres, il faut y insister, mais\nun peu titubantes. Hautes d'ailleurs et même hautaines.\nMais un peu titubantes, là!\nL'ivresse? Certes ! l'orgueil, oui-da! Tort d'une\npart, ô évidemment. Mais si, mais tant, mais tellement\nraison de l'autre de part.\nEt d'un parisien, ces ombres ! (Car nous avons dé-\ncidément affaire à des fantômes. Être un fantôme, pas\nſacile, mais très bien porté dans cette flemme actuelle.)\nL'un des spectres est maigre. L'autre aussi. L'un\nimberbe, chauve, sans sourcils ni cils et la tête nue\navec un capuchon tombant derrière de côté, le capu-\nchon de son camail à tout petits boutons déboutonnés.\nCostume collant sous des plis, roussâtre. Souliers trop\nlongs, peut-être éculés.\nL'autre, chevelure grise et toute jeune et abondante\nsous un haut-de-forme à la soie vaguement en coup-",
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     "texte": "80\nLa Vogue.\nde-vent, barbe n'importe comme, un peu en pointe;\neffilée d'absinthe et de baisers.\nDes spectres pas comme d'autres, o que nenni!\nNe pas oublier leurs yeux superbes comme on n'en\nvoit plus.\nLa rencontre a commencé par n'être pas cordiale.\nMême des coups ont plu.\n« Le théâtre représente » la place de Grève, à deux\nheures et demie du matin, alors que la brasserie elle-\nmême du square Saint-Jacques vient de prier les der-\nniers noctambules du quartier de s'en aller, et l'ombre\nde galbe moyen-âge a demandé, avec quelque chose de\npointu dans la main, quelque chose comme la bourse ou\nla vie à l'ombre chic Louis-Philippe,\nD'où rixe, puis une explication en suite de laquelle,\nbras-dessus, bras-dessous, François Villon et Alfred de\nMusset arpentent à loisir les alentours du machin trop\nblanc où il y a des grands bommes dans des niches\nlourdes, sur des noms et sous des dates en caractères\nlaids.\n-\nA propos, mon maître, dit feu Musset en må-\nchonnant une ombre de cigare éteint à moitié, que\ndites-vous de cette bâtisse-ci?\n-\nJe dis, très doux fils, qu'elle est bien neuve et peu\ntraditionnelle pour un Parloir, même moderne, aux\nbourgeois.\n-\nC'est que, vous savez, la Politique l'a dernière-\nment passée au feu, qu'ils ont dû la reconstruire, et que,\npierre nouvelle manque de patine, et non sans quelque\nraison pour cela.\nSous réserve d'une nouvelle flambée patinatoire,\nsans doute.\n-\nAucun. Mais enfin, moi, tout de même, d'un mal",
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     "texte": "La Vogue.\n81\nje vois sortir un bien et je trouve çà, sous la nuit, lu-\nnaire, et par le soleil, grec en diable.\n-\nMoi je ne trouve ça ni comme ci ni comme çà,\nexcusez la brutalité. Je n'aimais point trop l'autre Par-\nloir qui était monotone comme cigale et plat comme\npunaise. Encore avait-il son histoire, niaise un grand\ntantinet, mais sanglante assez et même tumultuaire trop.\nCelui-ci...\n-\nAttendez encore un petit, bon Villon...\n- Ça c'est juste... Mais j'ai peur d'un incendie qui\nfinirait tout avant que rien n'ait commencé.\n-\nHic jacet lepus en effet. Laissez-moi nonobstant,\npère, penser qu'au moins la face centrale de l'absurde\nédifice n'est pas plus mal que ça, avec ces vitres de\ntavernes et ses chevaliers en or, rappel de privilèges\nprécieux même à ces gens-ci,\n- Oui, oui, d'accord de tout mon cœur. D'ailleurs\nje me rigole un peu de ces statues sans nombre de Pa-\nrisiens où vous n'êtes pas, Musset.\n-\nEt moi, Villon, j'enrage et je m'esclaffe aussi de\nne vous y pas voir non plus. Quant à moi, pauvre mau-\nvais rimeur...\n– Tû, tû, tû, tû!\n-\n-\nNon là vrai!\nDites, vous devez connaître de bons coins noc-\nturnes. Conduisez-m'y, voulez-vous ?\n-\nEn route alors !...\nEt, après passablement de hautes aventures, les\ndeux bons poètes finirent leur nuit au poste comme il\nfallait.\nPAUL VERLAINE.",
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     "texte": "SOLO DE LUNE\nJe fume, étalé face au ciel,\nSur l'impériale de la diligence,\nMa carcasse est cahotée, mon âme danse\nComme un Ariel;\nSans miel, sans fiel, ma belle âme danse,\nO routes, côteaux, ô fumées, ô vallons,\nMa belle âme, ah! récapitulons.\nNous nous aimions comme deux fous,\nOn s'est quitté sans en parler,\nUn spleen me tenait exilé,\nEt ce spleen me venait de tout. Bon.\nSes yeux disaient : « Comprenez-vous ?\n« Pourquoi ne comprenez-vous pas ? »\nMais nul n'a voulu faire le premier pas,\nVoulant trop tomber ensemble à genoux.\n(Comprenez-vous?)",
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     "texte": "La Vogue.\n83\nOù est-elle à cette heure?\nPeut-être qu'elle pleure...\nOù est-elle à cette heure?\nOh! du moins, soigne-toi je t'en conjure!\nO fraîcheur des bois le long de la route,\nO châle de mélancolie, toute âme est un peu aux ecoutes,\nQue ma vie\nFait envie !\nCette impériale de diligence tient de la magie.\nAccumulons l'irréparable l\nRenchérissons sur notre sort!\nLes étoiles sont plus nombreuses que le sable\nDes mers où d'autres ont vu se baigner son corps;\nTout n'en va pas moins à la Mort,\nY a pas de port.\nDes ans vont passer là-dessus,\nOn s'endurcira chacun pour soi,\nEt bien souvent et déjà je m'y vois,\nOn se dira: «Si j'avais su... »\nMais mariés, de même ne se fût-on pas dit :\n« Si j'avais su, si j'avais su !... » !\nAh! rendez-vous maudit !\nAh! mon cœur sans issue !....\nJe ne suis mal conduit.\nManiaques de bonheur,\nDonc, que ferons-nous ? Moi de mon âme,",
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     "texte": "84.\nLa Vogue.\nElle de sa faillible jeunesse !\nO viellissante pêcheresse,\nOh l que de soirs je vais me rendre infâme\nEn ton honneur !\nSes yeux clignaient : « Comprenez-vous?\n« Pourquoi ne comprenez-vous pas ? »\nMais nul n'a fait le premier pas\nPour tomber ensemble à genoux. Ah !...\nLa lune se lève,\nO route en grand rêve !...\nOn a dépassé les filatures, les scieries,\nPlus que les bornes kilométriques,\nDe petits nuages d'un rose de confiserie,\nCependant qu'un fin croissant de lune se lève.\nO route de rêve, ô nulle musique...\nDans ces bois de pins où depuis\nLe commencement du monde\nIl fait toujours nuit,\nQue de chambres propres et profondes !\nOh! pour un soir d'enlèvements!\nEt je les peuple et je n'y vois,\nEt c'est un beau couple d'amants,\nQui gesticulent hors la loi.\nEt je passe et les abandonne,\nEt me recouche face au ciel,",
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     "texte": "La Vogue.\n85\nLa route tourne, je suis Ariel,\nNul ne m'attend, je ne vais chez personne,\nJe n'ai que l'amitié des chambres d'hôtel!\nLa lune se lève,\nO route en grand rêve !\nO route sans terme,\nVoici le relais,\nOù l'on allume les lanternes,\nOù l'on boit un verre de lait,\nEt fouette postillon,\nDans le chant des grillons.\nSous les étoiles de Juillet.\nO clair de Lune,\nNoce de feux de Bengale, noyant mon infortune,\nLes ombres des peupliers sur la route...\nLe gave qui s'écoute...\nQui s'écoute chanter,...\nDans ces inondations du fleuve Lethé,...\nO solo de lune,\nVous défiez ma plume.\nOh! cette nuit sur la route;\nO Etoiles, vous êtes à faire peur,\nVous y êtes toutes! toutes!\nO sagacité de cette heure...\nOh! qu'il y eùt moyen\nDe n'en garder l'âme pour l'automne qui vient...\nVoici qu'il fait très très frais,\nOh! si à la même heure,",
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     "texte": "86\nLa Vogue.\nElle va de même le long des forêts,\nNoyer son infortune\nDans ces noces du clair de lune !...\n(Elle_aime tant errer tard!)\nElle aura oublié son foulard,\nElle va prendre mal, vu la beauté de l'heure!\nOh! soigne-toi je t'en conjure!\nOh! Je ne veux plus entendre cette toux !\nAh! que je ne suis-je tombé à tes genoux!\nAh! que n'as-tu défailli à mes genoux !\nJ'eusse été le modèle des époux.\nCamme le frou-frou de ta robe est le modèle des frou-frou.\nJULES LAFORGUE.\n38",
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     "texte": "LÉGENDE\nArmoiral d'anémie!\nPsautier d'automne!\nOffertoire de tout mon ciboire de bonheur et de génie,\nA cette hostie si féminime,\nEt si petite toux sèche maligne,\nQu'on voit aux jours déserts, en inconnue,\nSertie en de cendreuses toilettes qui sentent déjà l'hiver,\nSe fuir le long des cris surhumains de la Mer.\nGrandes amours, oh: qu'est-ce encor!...\nEn tout cas, des lèvres sans façon,\nDes lèvres déflorées,\nEt quoique mortes aux chansons,\nApres encore à la curée.\nMais les yeux d'une âme qui s'est bel et bien cloîtrée\nEnfin; voici qu'elle m'honore de ses confidences,\nJ'en souffre plus qu'elle ne pense.",
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     "texte": "४४\nLa Vogue.\n-\n« Mais, chère perdue, comment votre esprit éclairé\n* Et le stylet d'acier de vos yeux infaillibles,\n<< N'ont-ils pas su percer à jour la mise en frais.\n« De cet économique et passager bellatre? »\n-\n« Il vint le premier; j'étais seule près de l'âtre,\n« Son cheval attaché à la grille\n« Hennissait en désespéré... »\n-\n« C'est touchant (pauvre fille)\n« Et puis après?\n« Oh! regardez, là-bas, cet épilogue sans couleur de\ncouchant!\n« Et puis vrai,\n« Remarquez que dès l'automne, l'automne!\n« Les casinos,\n« Qu'on abandonne\n« Remisent leur piano;\n« Hier l'orchestre attaqua\n* Sa dernière polka,\n« Hier, la dernière fanfare\n» Sanglotait vers les gares... »\n(Oh! comme elle est maigrie!\nQue va-t-elle devenir?\nDurcissez, durcissez,\nVous, caillots de souvenirs!)\n-\n« Allons, les poteaux télégraphiques\n« Dans les grisailles de l'exil",
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     "texte": "La Vogue.\n89\n« Vous serviront de pleureuses de funérailles;\n« Moi, c'est la saison qui veut que je m'en aille,\n« Voici l'hiver qui vient.\n« Ainsi soit-il.\n« Ah! soignez-vous ! Portez-vous bien.\n« Assez! assez!\n« C'est toi qui a commencé!\n« Tais-toi! Vos moindres clins d'yeux sont des par.\njures.\n« Laisse! Avec vous autres rien ne dure.\n« Va, je te l'assure,\n« Si je t'aimais, ce serait par gageure.\n« Tais-toi! tais-toi!\n« Ou n'aime qu'une fois !\nAh! voici que l'on compte enfin avec Moi!\nAh! ce n'est plus l'automne, alors\nCe n'est plus l'exil,\nC'est la douceur des légendes, de l'âge d'or,\nDes légendes des Antigones,\nDouceur qui fait qu'on se demande :\n« Quand donc cela se passait-il ? »\nC'est des légendes, c'est des gammes perlées,\nQu'on m'a tout enfant enseignées,",
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     "texte": "90\nLa Vogue.\nOh! rien, vous dis-je des estampes,\nLes bêtes de la terre et les oiseaux du ciel\nEnguirlandant les majascules d'un Missel,\nIl n'y a pas là tant de quoi saigner?\nSaigner! moi pétri du plus pur limon de Cybèle!\nMoi qui lui eusse été dans tout l'art des Adams\nDes Edens aussi hyperboliquement fidèle\nQue l'est le soleil chaque soir envers l'Occident...\nJULES LAFORGUE.\n38",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "LE POLEMOSCOPE\nOU\nLA CALOMNIE DEMASQUÉE\nPar la presence d'Esprit\nTRAGI-COMÉDIE EN TROIS ACTES\nPar JACQUES CASANOVA DE SEINGALT, bibliothécaire\nde M. le Comte Joseph de Waldstein, seigneur de Dux, composée\npendant le mois de juin 1791.\nAU LECTEUR\nL'arrangement de cette petite tragi-comédie est vrai à la\nlettre et il est connu de tous les officiers français qui vivent\nencore et qui servaient en Italie dans ce temps-là.\nDans l'année de 1749 j'ai connu moi-même à Crémone sa\npatrie, la charmante comtesse qui très respectée jouissait de la\nréputation la plus pure. La présence du maréchal de Richelieu est\nune fiction que je me suis permise, ainsi que les noms du\ncomte de Gisors et du chevalier de Talvis. Ce dernier fut\nassassiné trois jours après son crime et non pas deux ou trois\nheures après, comme il est dit dans la pièce.\n:\nCes petits arbitres feront moins de tort à ma pièce qui ne lui\nferait la négligence de ma part des trois unités qu'Aristote\nrecommande et auxquelles j'ai cru devoir m'assujétir scrupuleu-\nsement.\n(1) Un manuscrit copié, 40 pages, in-4. - Cette tragi-comédie\nfut faite pour le théâtre de société de la princesse de Clari\nau château de Tepletz. Elle est de la vieillesse de Casanova.",
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     "texte": "92\nLa Vogue.\nII(1)\nLE POLEMOSCOPE\nOU\nLA CALOMNIE DEMASQUÉE\nPar la presence d'Esprit\nTRAGI-COMÉDIE EN TROIS ACTES\nDe JACQUES CASANOVA DE SEINGALT, faite à Dux, dans le mois\nde juin, l'an 1791.\nAU LECTEUR\nL'argument de cette tragédie est historique et il est très\nconnu de tous les officiers français qui vivent encore et qui\nservaient en Italie, lorsque le maréchal de Richelieu commandait\nà Gênes.\nJ'ai connu moi-même dans l'année 1749 à Crémone sa patrie,\nla charmante comtesse qui jouissait de la réputation la plus\npure, tenait sa parole et ne recevait personne chez elle.\nLa présence du maréchal de Richelieu et les noms de Gisors\net de Talvis sont des petits arbitres que je me suis permis pour\naugmenter l'intérêt de ma pièce. Mr de Talvis fut assassiné\ntrois jours après la commission de son crime et non pas\nd'abord.\nCes fonctions ne font aucun tort à ma pièce. J'en ai eu besoin\npour observer la loi des trois unités prescrite par Aristote.\n(1) Manuscrit de la main de Casanova, 48 pages, in-4.",
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     "texte": "La Vogue.\n93\nIII(1)\nLE POLEMOSCOPE\nOU\nLA CALOMNIE DEMASQUÉE\nPar la presence d'Esprit\nTRAGI-COMÉDIE EN TROIS ACTES\nPrésentée à S. A. Madame la Princesse de Clari, née Princesse de\nLigne, à son château de Toeplitz, dans l'été de l'année 1791.\nMADAME LA PRINCESSE\nLorsqu'en admirant votre talent, il y a deux ans, dans les dif-\nférents rôles que vous avez joué sur votre théâtre je vous ai\npromis bonnement une pièce de ma façon, Votre Altesse\ntoujours gracieuse me somma de ma parole. En vous donnant\ncette parole, Madame, j'ai cru de vous promettre quelque chose,\net en vous la tenant, je m'aperçois que je vous donne un rien :\nCe rien cependant deviendra quelque chose si vous l'honorez\nde votre suffrage, et il parviendra peut-être à faire une figure\ndistinguée, si en le faisant représenter sur votre théâtre, vous\nprendrez le rôle de la Comtesse comme M. le Prince votre\népoux, celui de Gisors. Mais la pièce est à vous Madame, et je\nme trouve trop hardi en faisant des dispositions. Disposez-en\ntoute seule en accordant la grâce à l'auteur de se signer avec\nun très profond respect.\nMadame,\nde votre Altesse,\nLe très humble et très obéissant serviteur.\nCASANOVA DE SEINGALT.\n(1) Manuscrit copié, 44 pages, in-4.",
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     "texte": "94\nLa Vogue.\nL'argument de cette petite tragi-comédie est vrai à la lettre\net il est très connu de tous les officiers français qui servirent\nalors en Italie, dont plusieurs vivent encore. J'ai connu moi-\nmême dans l'année 1748 la charmante comtesse à Crémone très\nrespectée ou elle jouissait de la réputation la plus pure. La\nseule fiction que je me suis promise est la présence de M. le duc\nde Richelieu qui commandait alors à Gênes. J'ai aussi arbitré\nen donnant le nom de Gisors à l'officier qui a perdu la gageure\net celui de Talvis à l'autre qui fut assassiné pour augmenter\nl'intérêt de l'action; ce dernier fut tué trois jours après son\ncrime et non pas trois ou quatre heures comme il est dit dans\nla pièce. Tout ce qui regarde la lorgnette menteuse est vrai\naussi, mais historiquement, ce fait ne pouvait pas être renfermé\ndans les trente-six heures que la pièce occupe. Les petits\narbitres feront moins de tort à ma pièce que lui ferait l'obser-\nvation négligée des trois unités auxquelles j'ai cru de devoir\nm'assujétir scrupuleusement.",
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     "texte": "La Vogue.\n95\nPERSONNAGES:\nCOMTESSE.\nCOMTE, son mari.\nMARQUISE, veuve.\nCOMTE DE GISORS, officier français.\nCHEVALIER DE TALVIS, autre officier.\nMARECHAL DE RICHELIEU, Commandant général.\nMIRABEAU, valet du Comte.\n(La Scène est à Crémone, dans une salle de la maison de la comtesse.)\nPREMIER ACTE\nSCÈNE I\nCOMTESSE ET COMTE.\n(Ils sont assis devant une petite table prenant du café.)\n-\nmais\nCOMTE. Cette guerre n'est pas amusante,\nquand elle sera finie nous n'y aurons rien perdu. Il y\naura beaucoup plus d'argent en circulation, et du\ncôté des mœurs nous aurons beaucoup moins de\npréjugés, nous aurons connu les Français, n'est-il pas\nvrai, ma chère femme, qu'ils sont charmants?\nCOMTESSE. - Délicieux, mais il ne faut pas croire\nqu'ils soient tous de la même trempe. Leur caractère\nn'est qu'un, mais les nuances sont infinies.",
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     "texte": "96\nLa Vogue.\nCOMTE. - Tues certainement à portée de les connaître,\ncar ils te font tous la cour. Je ris de ce qu'ils m'évi-\ntent. Ils me croient jaloux, les fous !\nCOMTESSE. - Tu ne l'es pas assurément, et, d'ailleurs,\ntu aurais grand tort de l'être, car ils ne sont pas si\ndangereux que l'on pense.\n-\nCOMTE.\nC'est vrai, mais il est impossible qu'entre\ntous, il ne s'en trouve pas quelqu'un de fait pour\nplaire.\n-\nCOMTESSE. - Tu as raison, j'en connais un.\nCOMTE. - Est-ce le maréchal de Richelieu ?\nCOMTESSE.\nOh! il n'est pas question de lui. Je te\nparle des jeunes gens. Monsieur le Maréchal est une\nchose à part. On le connaît si bien, qu'il n'y a sur\nlui qu'une seule voix. C'est un professeur en matière\nde galanterie, dont il faut se garder, comme on se\ngarde d'un joueur de gobelets, avec lequel il ne faut\njouer à aucun jeu, ou comme un maître en fait\nd'armes, avec lequel on peut se dispenser de se\nbattre. Le duc de Richelieu est un homme auquel\nnulle conquête ne peut être difficile, car sa force est\nprépondérante, et il ne se fait pas un scrupule de\nl'employer toutes les fois qu'il jette un dévolu sur\nquelque objet qui l'intéresse. C'est un rompu qui a\ntrop vu le feu, et qui, dans le fond, doit même mé-\npriser notre sexe. C'est un fier despote que toute\nfemme qui pense doit craindre, car il a l'art de n'en-\nchaîner que par des politesses. Il semble qu'il veuille\nfaire voir le droit qu'il a de triompher dans le même\ntemps qu'il emploie toutes les attentions faites pour\nparaître sans prétention. On dit que cela est admi-",
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     "texte": "La Vogue.\n97\nrable en France, et je le crois. Le ciel veuille bien,\nmon cher ami, nous garder de lui ici, car dans le\nmême temps qu'il nous insulte, il a le talent de nous\nfaire rire et de nous faire devenir bonnes de peur de\npasser pour sottes.\nCOMTE. - Quel est donc l'homme qui te semble\ndigne de plaire, et délicieux ! pour me servir de ton\nterme.\nCOMTESSE. C'est le comte de Gisors.\n-\nCOMTE. Le fils du maréchal de Belle-Isle?\n-\nCOMTESSE. - Lui-même. Il ne joue pas son person-\nnage, mais il est tel qu'il paraît, et je ne me suis\njamais aperçue qu'il t'évite, ou qu'il croie pouvoir te\ndonner motif de veiller sur moi, à cause de lui. Son\nrespect est d'une aisance qui ne ressemble en rien à\nla timidité. Ses empressements n'ont aucune ressem-\nblance à ceux de l'amour. Ses attentions ont l'air de\nne lui avoir rien coûté. Ses regards ne cherchent pas\nà se faire remarquer, et ses propos ne sont jamais ni\nsusceptibles ni équivoques, de fines interprétations.\nToujours décent, toujours mesuré, plaisant, riant\ntrès peu et toujours à propos et excitant à rire sans\nla moindre ombre de médisance. Je ne l'ai jamais\nentendu parler de lui, même pour se faire un peu\nvaloir, ni de la moindre chose qui le regarde parti-\nculièrement.\nCOMTE.\n-\nOutre cela, il est très beau garçon.\nCOMTESSE. C'est vrai.\nCOMTE.\n-\n-\nJe crois, ma chère amie, que cet homme,\nentre nous soit dit, pourrait t'attraper.",
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     "texte": "98\nLa Vogue.\nCOMTESSE. - Je le crois aussi, si sa demeure était fixe\nchez nous, et si devenant amoureux de moi, il avait\nle talent de me le faire deviner sans me le dire, chose\nqu'il est impossible de faire de passage.\nCOMTE.\nautre.\n-\nEn attendant il te fait la cour plus qu'à toute\nCOMTESSE. - Assidue même, mais d'une façon singu-\nlière, car il semble que tout ce qu'il fait ne soit\njamais combiné que par hazard, et en vérité je suis\ntentée de le croire.\nCOMTE. -- Tu es bien modeste, ma chère femme, mais\nson équipage par exemple avant-hier à la porte de la\ncomédie, lorsque le tien n'était pas encore arrivé, et\ndont tu n'as pas pu te dispenser de te servir est quel-\nque chose de bien étudié. Conviens-en.\nCOMTESSE. - Eh bien, je gagerais, mon cher ami, que\nce fut un hazard, mais quand même conviens aussi à\nton tour que cette attention fut aussi ingénieuse que\ndélicatement conduite, car il était avec le méréchal,\net sûr qu'il devait aller avec lui. Sans cela la politesse\nm'aurait obligée d'aller ou avec le maréchal même ou\nplus naturellement avec le chevalier de Talvis qui\nm'ennuye et que malheureusement je dois voir à tous\nmoments.\n-\nCOMTE.\nIl me semble que M. de Talvis en tient et\nqu'il s'y prend très mal. Il ne me fait pas l'honneur\nde me croire jaloux par exemple! ou il s'imagine de\npouvoir par là m'empêcher de l'être, à table, à l'as-\nsemblée et partout, il a toujours les yeux attachés\nsur toi.\nCOMTESSE. — Croirais-tu que ce fou me fait des dé-",
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     "texte": "La Voguc.\n99\nclarations. Je prends le parti de les écouter en riant,\net pour lors il fait le désespéré. Hier à la comédie je\nfus du commencement à la fin l'unique objet de sa\nlorgnette. J'aurais pu m'y dérober en changeant de\nplace, mais j'ai mieux aimé ſaire semblant de ne pas\nremarquer son insolence.\n-\nCONTE.\nC'est ce qu'il fait tous les jours. Gisors, au\ncontraire, ne lorgne que la marquise, c'est une veuve\ncependant, à laquelle il pourrait faire sa cour en tout\nhonneur.\nCOMTESSE.\n-\nC'est singulier, car il ne va jamais chez\nelle, et à l'assemblée, il n'a jamais pour elle aucune\nattention marquée.\nCOMTE.\n-\nPour le coup, la chose n'est ni singulière,\nni difficile... C'est un jeune homme amoureux et ti-\nmide qui dévore sa flamme.\nCOMTESSE. - C'est précisément ce que je ne crois pas,\ncar la timidité est inséparable du respect et... mais\nvoilà Talvis.\nCOMTESSE.\nSCÈNE II\nCOMTESSE - COMTE TALVIS.\n-\n-\nVous voilà coiffé à l'oiseau royal, beau\nchevalier, j'espère que vous n'avez pas mal aux dents,\nce soir.\nTALVIS.\n-\nComment! charmante comtesse, qui peut\nvous avoir dit que je souffrais des dents?\nCOMTE.\n-\nTout le monde, moi-même, puisque c'est\nvous qui me l'avez dit.",
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     "texte": "100\nLa Vogue.\nTALVIS.\n-\nC'est encore vrai, je m'en souviens, mais\nje ne croyais pas que cela pût intéresser madame.\nCOMTE. - Vous aviez tort, puisque l'hôtesse polie doit\ns'interresser à la santé de ses hôtes.\nCOMTESSE.\ndépart.\n-\nJ'ai même remarqué le moment de votre\nCOMTE. - Voyez-vous! Il faut que je vous laisse, car\non m'attend. J'espère, monsieur le chevalier, de vous\nrevoir à la comédie. En attendant tenez bonne com-\npagnie à ma petite femme.\nSCÈNE III\nCOMTESSE - TALVIS\nTALVIS. - Ce n'est pas le mal aux dents, madame, qui\nm'a fait quiter l'assemblée mais le désespoir.\nCOMTESSE. - Qu'est-ce qui vous désespérait donc.\nTALVIS. - Vous, madame, votre procédé, affreux\ninoui.\nCOMTESSE.\n-\nVous me surprenez, monsieur, car je\nne savais pas de manquer de procédés.\n-\nTALVIS. C'est-à-dire d'humanité, car vous avez\ndonné le courage à Gisors de ne jamais vous quitter\ntandis que vous savez que je vous adore et que je dois\nsouffrir des peines d'enfer.\n-\nCOMTESSE. Je ne devrais rien savoir de tout cela,\net permettez à la fin que je m'étonne de vous enten-\ndre toujours me parler sur ce ton que jusqu'à présent\nj'ai bien voulu ne prendre que comme un badinage.\nEh vraiement ! cela ne devait jamais être pris autre-",
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     "texte": "La Vogue.\n101\nment. Apprenez donc, monsieur que je ne veux rien\nsavoir de vos peines d'enfer, que je ne me crois faite\nque pour être estimée et respectée, et que je ne veux\npas être adorée et pour ce qui regarde mes procédés\nje vous conseille de les prendre pour modèle des\nvôtres et d'imiter votre ami Gisors.\n-\nTALVIS.\nOui, madame, car pour lors, vous m'aime-\nriez peut-être davantage, mais je ne l'imiterai pas.\nVous devez savoir, qu'il est amourenux en secret de\nla marquise, et qu'il ne se déclare qu'en la lorgnant\nparce que mon pauvre ami Gisors est un peu bête.\nCOMTESSE.\n-\nJe ne le crois pas bête, mais s'il est\namoureux de la marquise, sachez que je n'en suis\npoint jalouse, et que la marquise, mon amie, a moins\nde se plaindre de son silence, que moi de votre pé-\ntulence indiscrète. Je vous dirai aussi que s'il est vrai\nque j'aime Gisors, il ne tient qu'à vous de vous faire\naimer également si vous en êtes capable. Adieu,\nmonsieur, règlez-vous mieux à l'avenir si vous voulez\nnous rendre votre société agréable.\nSCÈNE IV\nTALVIS - puis MARQUISE.\nTALVIS. - Que je me règle mieux. Voila une requête\ndans le grand goût italien, elle veut des damerets\ndes cicibées, mais elle ne m'aura pas dans cette qua\nlité. Il est sûr qu'elle aime Gisors, malgré qu'elle\nne puisse ignorer qu'il aime la marquise ; mais il me\nsemble que Gisors, ne faisant que semblant d'aimer\ncette comtesse, devrait me laisser la place libre. Je\nprévois qu'il faudra que je vienne à une explication,",
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     "texte": "102\nLa Vogue.\ncar je veux venir à bout de cette femme ou périr...\nIl ne sera pas dit que... mais voilà cette marquise.\nMARQUISE. - Ah ! monsieur, ici tout seul ! Je viens\nvoir ma chère amie.\n-\nTALVIS.\nVotre chère amie, madame, vient d'entrer\ndans sa chambre, furieuse contre moi parceque je ne\nveux pas souffrir qu'elle me donne un rival. Vous\nsavez que je l'aime.\nMARQUISE. - Je n'en sais rien, mais puisque vous me\nle dites. Quel est ce rival s'il vous plait ?\nTALVIS. C'est Gisors.\n-\nMARQUISE. - Gisors! Ah! Ah! vous me faites rire ;\nsi vous ne craignez que ce rival, je vous fais mon\ncompliment, je suis sûre qu'elle ne vous le donne\npas.\n-\nTALVIS. Comment ne me la donne-t-elle pas, si elle\nme le prefère à tout moment et à toute occasion.\n-\nMARQUISE.\nC'est égal, je sais et je vois qu'il lui fait\nla cour. Mais ce n'est que pour donner le change\naux observateurs et pour exciter l'envie de celle qu'il\naime véritablement.\nTALVIS.\n-\n-\nOn dit que c'est vous, madame.\nMARQUISE Le dit-on? j'en suis bien aise, mais il\ndonne dans l'imbécilité, car il ne se déclare que par\nsa lorgnette.\n-\nTALVIS. Vous êtes donc tout de bon persuadée que\nGisors est amoureux de vous?\nMARQUISE. - Est-ce que vous en doutez ?",
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     "texte": "La Vogue.\n103\nTALVIS.\n-\nau clair.\nUn peu; mais je vous promets de tirer cela\n-\nMARQUISE.\nOui, oui, vous pouvez lui dire qu'au\nlieu de se borner à me lorgner, il peut venir chez\nmoi; en étant sage, il ne peut craindre d'être mal\nreçu ni tiranisé. Et pour ce qui vous regarde, je\nvous conseille de vous modérer, et vous ne vous\ntrouverez pas malheureux avec la comtesse, car elle\na le cœur excellent.\nTALVIS. - Vos conseils me sont chers, madame, mais\nje vous supplie de lui faire entendre raison, car,\nd'honneur, je suis au désespoir.\nSCÈNE V\nMARQUISE - puis COMTESSE.\nMARQUISE. - Que ces Français sont singuliers ! tous\naimables, tous galants, mais tous exigeants et pro-\ncédant de façon à ne laisser pas douter qu'ils croient\nen avoir le droit. Le seul Gisors qui a du mérite\nplus que tous les autres, est le seul qui doute de\nplaire. Quel dommage! Cet homme-là n'est sûre-\nment pas Français. Mais te voilà, ma chère amie.\n-\nCOMTESSE.\ncomme il y avait ici cet homme impertinent...\nMARQUISE. - Tais-toi, il m'a tout dit, il est au déses-\npoir. Il s'est recommandé à moi. Quel fou ! Il s'ima-\ngine que tu lui préfères Gisors.\nJe l'ai vu entrer, mon cœur, mais\nCOMTESSE.\n-\nIl s'imagine vrai! mais il me semble\nqu'il n'a aucun titre pour s'en déclarer jaloux, et",
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     "texte": "104\nLa Vogue.\nqu'il a grand tort de se donner des airs de prétention\nqui m'insultent.\nMARQUISE.\nGisors?\n-\nSerait-il possible que tu aimasses\nCOMTESSE. - Quelle merveille ! peut-on ne pas l'aimer?\nMARQUISE. - J'y consens, mais enfin il est désagréable\nd'aimer quelqu'un qui aime ailleurs.\nCOMTESSE. - Cela ne me ferait aucune peine, puisque\nl'amour que je sens pour lui n'est qu'une belle\namitié insusceptible de jalousie.\nMARQUISE. - Tu n'est donc pas fâchée de savoir que\nGisors m'aime.\nCOMTESSE. - T'aime-t-il, tant mieux, cela ne l'empê-\nchera j'espère d'avoir pour moi une amitié qui me\nflatte infiniment, et dont d'ailleurs je suis sûre, car il\na pour moi toute les attentions.\nMARQUISE. - C'est vrai, mais songe qu'il sait que tu\nes ma meilleure amie; ses attentions peuvent avoir un\nbut différent de celui que tu t'imagines. Ecoute, ma\nchère, je suis venue en partie, pour te dire que\nGisors ne me déplaît pas, et que si tu saisiras une\noccasion de le conduire chez moi, tu me feras plaisir.\nS'il est vrai que tu ne te sentes pour lui que de l'ami-\ntié, ce que je te propose ne peut te faire aucune\npeine.\nCOMTESSE. - Aucune, ma chère amie, et je te promets\nque je te rendrai ce service, peut-être demain.\nEs-tu bien certaine que Gisors soupire pour toi. ?\n-\n-\nMARQUISE.\nPersonne n'en doute et tout le monde\nme fait la guerre. Mon beau-frère même se moque",
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     "texte": "La Vogue.\n105\nde moi. Il me dit que je fais la difficile, et que c'est\npeut-être à cause de quelque mauvais procédé de ma\npart, qu'il ne vient pas chez moi, comme il vient\ndans toutes les autres maisons.\nCOMTESSE. - Il est vrai que, dans son caractère, je\ntrouve cela incompréhensible, mais si tu ne le sup-\npose amoureux de toi que parce qu'il te lorgne, la\npreuve ne t'en déplaise, me semble fort faible.\nMARQUISE. - Quoi ! faible! pourquoi me regarderait-il\ntant.\nCOMTESSE. - Que sais-je! par distraction, par curio-\nsité, par quelque autre raison impénétrable. Et encore\nil se peut que tu te trompes et que ce ne soit pas\ntoi qu'il vise.\nMARQUISE. Oh! pour le coup ! je te vois l'âme, ma\nbonne amie, tu es à coup sûr amoureuse de lui.\nCOMTESSE. - Moi, le ciel m'en préserve ! Tu me crois\ndonc devenue folle, mais en attendant je te convain-\ncrai que je n'en suis pas jalouse, je lui parlerai\nmême en ta faveur.\nSCÈNE VI\nMIRABEAU - COMTESSE - MARQUISE - puis GISORS\nMIRABEAU. C'est le comte de Gisors, madame, qui\n-\ndemande si vous êtes visible.\nCOMTESSE.\n-\nentre?\nAttendez (à la Marquise.) Veux-tu qu'il\nMARQUISE. - Pourquoi non ? j'en suis même bien aise.",
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     "texte": "106\nLa Vogue.\nCOMTESSE,\nGISORS.\nFaites-le, entrer.\nJe ne voudrais pas, madame...\nCOMTESSE. Point du tout, monsieur. Vous me faites\n-\ntoujours plaisir, et dans ce moment particulièrement.\nCar nous parlions de vous, la marquise est enchantée\nde faire votre connaissance.\nGISORS.\n-\nC'est assurément très-flatteur pour moi.\nMais c'est depuis que je suis à Crémone que j'ai\ntoujours cru avoir l'honneur d'être connu de\nmadame. Aurai-je eu le malheur d'avoir été oublié ?\n-\nMARQUISE. Au contraire, monsieur. Vous n'êtes\ncertainement pas fait pour être oublié. Il semble plu-\ntôt que c'est vous même qui vous méfiez de votre\nmérite. Je ne sais pas si je me suis bien expliquée\nlorsque je vous ai dit chez M. de Richelieu, que vous\nhonorerez beaucoup ma maison toutes les fois que\nvous n'aurez rien de mieux à faire.\n-\nGISORS.\nJ'aurais grand tort, madame, si je n'avais\npas fait à vos offres toute l'attention qu'on leur doit.\nJe vous supplie seulement de croire que ce qui m'a\nempêché d'aller vous faire ma révérence chez vous,\nne fut que la crainte de vous être importun.\n-\nMARQUISE.\nCette crainte, monsieur, est l'ennemi\ndéclaré de toutes les dames de cette ville qui vous\nconnaissent. Ma chère amie, je te laisse. Mais\noserai-je? monsieur, vous demander un plaisir. Ah!\nah! ah!\nGISORS.\n-\nOrdonnez! madame.\nMARQUISE.\n-\nVoudriez-vous bien me prêter votre\nlorgnette. Ah! ah ! ah!",
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     "texte": "La Vogue.\n107\nGISORS. - (En tirant la lorgnette de sa poche avec\nempressement.) La voilà, madame.\nMARQUISE. - (En la prenant, et lui faisant une pro-\nfonde révérence.) Je vous la rendrai demain ! si\nvous voulez bien vous donner la peine de passer\nchez moi pour la reprendre. Ah! ah! ah! adieu,\nma chère amie.\n:\nSCÈNE VII.\nCOMTESSE GISORS.\n-\nCOMTESSE. - Pour le coup voilà le moment de vous\nfaire tous les compliments possibles. Voilà une dé-\nclaration dans les formes et un rendez-vous assez\nbien filé. Que pensez-vous actuellement des dames\nitaliennes?\nGISORS.\n-\nsurprise.\nCOMTESSE.\nEffectivement tant de politesse justifie ma\n-\nOh! c'est ce me semble un peu plus de\nce qu'on appelle simple politesse.\nGISORS. - Je vous demande pardon. Je ne suis pas\nfat pour prendre une marque d'estime pour plus de\nce qu'elle vaut, et je ne donne pas le nom de rendez-\nvous à un ordre d'aller reprendre une lorgnette sans\naucune prescription d'heure. La marquise n'a pré-\ntendu que m'encourager.\nCOMTESSE.\n-\n-\nConvenez-vous de manquer de courage.\nGISORS.\nLe métier que je fais, madame, me défend\nd'en convenir, mais je pense vous dire que je con-\nnais une espèce de courage qui me manque, et que",
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     "texte": "108\nLa Vogue.\nje ne me soucie pas d'avoir lorsqu'il me semble pré-\nsomption ou témérité, si mon même devoir m'em-\npêche d'être téméraire, et une suffisante connaissance\nque j'ai de moi-même ne me permet pas d'être pré-\nsomptueux: On sera donc injuste si on voudra me\ntaxer de fatuité ou de trop de timidité.\n-\nCOMTESSE.\nLa marquise, comme vous voyez, ne\nvous suppose pas le premier de ces deux défauts, mais\nelle a cru devoir vous corriger du second. Vous irez\ncertainement demain vous faire rendre votre lor-\ngnette.\nGISORS. - Je différerai peut-être à un autre jour, si je\nn'avais pas reçu l'ordre d'y aller demain.\nCOMTESSE, - Vous voilà heureux!\nGISORS. - Le croyez-vous ?\nCOMTESSE. - Faut-il en douter! Vous aimez et vous\nêtes sûr d'être aimé: Je crois que vous ne pouvez ni\nprétendre, ni désirer davantage.\n38\n(A suivre.)\nL'Administrateur-Gérant: GUSTAVE ΚΑΗΝ.",
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