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     "texte": "HAMLET\nOU LES SUITES DE LA PIÉTÉ FILIALE\nIf thou didst ever hold me thy heart,\nAbsent the from felicity awhile,\nAnd in this harsh world draw thy breath in pain,\nTo tell my story.\nHAMLET.\nIn vera nescis nullum fore morte alium tc,\nQui possit vivus te lugere peremptum,\nStansque jacentem?\nLUCRÈCE.\nDe sa fenêtre préférée, si chevrotante à s'ouvrir avec\nses grêles vitres jaunes losangées de mailles de plomb,\nHamlet, personnage étrange, pouvait, quand ça le\nprenait, faire des ronds dans l'eau.\nLa tour où, depuis l'irrégulier décès de son père, le\njeune prince s'est décidément arrangé pour vivre, se\ndresse en sentinelle oubliée, au bout du parc royal, au\nbord de la mer qui est à tous. Ce coin de parc est le\ncloaque où l'on jette les détritus des serres, les dé-\ncatis bouquets des galas éphémères. La mer est le\nSund, aux flots quotidiens et impersonnels, avec sa\ncôte de Norwège en vue, et la ville d'Helsingborg, ce\nnid de l'indigent et positif prince Fortimbras.\nL'assise de la tour, où le jeune et infortuné prince\ns'est décidément arrangé pour vivre, croupit au bord",
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     "texte": "146\nLa Vogue.\nd'une anse stagnante où le Sund s'arrange aussi pour\nenvoyer moisir le moins clair de l'écume d'épaves de\nses quotidiens et impersonnels travaux. O pauvre anse\nstagnante ! Les flotilless de cygnes royaux à l'œil nar-\nquois n'y font guère escale. Du fond vaseux de pa-\nquets d'herbages, là, montent, aux pluvieux crépuscules,\nvers la fenêtre de ce prince si humain, les chœurs\nd'antiques ménages de crapauds, râles glaireux exрес-\ntorés par de catarrheux vieillards dont un rien de va-\nriation atmosphérique dérange les rhumatismes ou les\ngluantes pontes. Et les derniers remous des bateaux\nlaborieux viennent troubler à peine, non plus que les\nperpétuelles averses, la maladie de peau de ce coin\nd'eau mûre, oxydée d'une bave de fiel balayée (comme\nde la malachite liquide), cataplasmée çà et là de\ngroupes de feuilles plates en forme de cœur autour de\nrudimentaires tulipes jaunes, hérissée ça et là de maigres\nbouquets de joncs fleuris, de frêles ombelles semblables,\nentre parenthèses, à la fleur de la carotte dans nos\nclimats.\nO pauvre anse ! Crapauds quotidiens, floraisons\nhumbles; et pauvre coin de parc, bouquets dont les\njeunes femmes ne voulurent plus comme minuit tintait ;\net pauvre Sund, flots quotidiens, abrutis par les autans\ninconstants, nostalgies bornées par les bureaux très\nquotidiens du Fortimbras d'en face !...\nC'est pourquoi (sauf orages) ce coin d'eau est bien\nle miroir de l'infortuné prince Hamlet, en sa tour paria,\nen sa chambre aux deux fenêtres vitrées de jauue, dont\nl'une montre en gris souillé les ciels, le large, et l'exis-\ntence sans issue, et l'autre est ouverte à la plainte per-\npétuelle du vent dans les hautes futaies du parc. Pauvre\nchambre tiraillée ainsi au sein d'un inguérissable, d'un",
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     "texte": "La Vogue.\n147\ninsolvable automne! Même en juillet, comme au-\njourd'hui.\nAux murs, une douzaine de vues du Jutland, ta-\nbleaux impeccablement naïfs, commandés jadis à un\npeintre aux galères, et dont chaque pièce du château\nutilise ainsi sa bonne douzaine. Entre les deux fenêtres,\ndeux portraits en pied; l'un, Hamlet, en dandy, un\npouce passé dans sa ceinture de cuir brut, le sourire\nattirant du fond d'une pénombre sulfureuse; l'autre,\nson père, bardé d'une belle armure neuve, l'œil coquin\net faunesque, feu son père le roi Horwendell, irrégu-\nlièrement décédé en état de péché mortel et dont Dieu\nait l'âme selon sa miséricorde bien connue. Sur une\ntable, dans le jour d'insomnie des vitres jaunes, un\nlaboratoire d'aqua-fortiste irrémédiablement rongé de\nsales oisivetés. Des masses de livres, un petit orgue,\nune glace en pied, une chaise longue; et un buffet à\nsecret. (Il a peur d'être empoisonné, depuis le louche\ndécès de son père.) Dans la chambre à coucher, près\ndu lit, un gothique édicule en fer forgé d'où un jeu de\nclefs peut faire surgir deux statuettes de cire, Gerutha,\nmère de Hamlet, et son mari d'aujourd'hui, l'usurpa-\nteur adultère et fratricide Fengo, tous deux modelés\nd'un pouce plein de verve vengeresse et le cœur pué-\nrilement percé d'une aiguille. Au fond de l'alcôve, un\nappareil à douches, hélas!\nDe noir vêtu, la petite épée au côté, coiffé de son\nsombrero du noctambule, Hamlet, accoudé à la fenêtre,\nregarde le Sund, le large et laborieux Sund coulant\nson train ordinaire de flots quelconques, attendant\nle vent et l'heure de batifoler magistralement avec les\npauvres barques des pêcheurs (seul sentiment dont la\nfatalité qui pèse sur eux les laisse capables).",
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     "texte": "148\nLa Vogue.\nAprès le ciel d'hier, et en attendant le ciel de de-\nmain, aujourd'hui gros ciel blafard, pas bien soulagé\npar la récente ondée. Et c'est déjà le crépuscule; un\nde ces crépuscules comme les Chroniques du temps\nnous en rapportent avec une émotion si peu jouée; et\nles bruits de la ville d'Elseneur, qu'un vaste bassin\nsépare des domaines royaux, avec son jour de marché\nqui commence à disperser et noyer ses rumeurs vers les\ntavernes.\n-\nAhl me la couler douce et large, comme ces\nflots, soupire Hamlet, Ah! de la mer aux nuées, des\nnuées à la mer !...\nEt il emballe l'heureux panorama inconscient d'un\ngeste ad hoc.\n-\n-\nAh! que je fusse seulement poussé à m'en donner\nla peinel... Mais tout est si précieux de minutes et si\nfugace! et rien n'est pratique que se taire et agir en\nconséquence...\nStabilité! Stabilité! ton nom est\nfemme... J'admets bien la vie à la rigueur... Mais un\nhéros! Et d'abord, arriver domestiqué par un temps et\ndes milieux, est-ce de bonne et loyale guerre pour un\nhéros?... Un héros! et que tout le reste fût silence!... -\nMoi, si j'étais une jeune fille bien, je ne permettrais qu'à\nun pur héros de lever les yeux sur ma destinée, et de\nrompre le silence; un héros dont on pourrait citer les\nhauts-faits au besoin, ou les formules... Ah! par ce\ntemps de danno et de vergogna, comme dit Michel-\nAnge (cet homme supérieur à tous nos Thorwaldsen),\nil n'y a plus de jeunes filles; toutes des gardes-malades;\nj'oublie les petites poupées adorables mais, hélas !\nincassables, les vipères et les petites oies. - Un héros!\nOu simplement vivre. Méthode, méthode, queme veux-\ntu? Tu sais bien que j'ai mangé du fruit de l'incons-",
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     "texte": "La Vogue.\n149\ncience! Tu sais bien que c'est moi qui apporte la. loi\nnouvelle aux fils de la Femme, et qui vais détrônant\nl'Impératif Catégorique et instaurant à sa place l'Impé-\nratif Climatérique...\nLe prince Hamlet en a comme ça long sur le cœur,\nplus long qu'il n'en tient en cinq actes, plus long que\nnotre philosophie n'en surveille entre ciel et terre; mais\nil est en ce moment particulièrement agacé par l'attente\nde ces comédiens qui n'arrrivent pas et sur lesquels il\ncompte si tragiquement; outre qu'il vient de réduire en\nmorceaux les lettres d'Ophélie disparue depuis la veille,\nlettres écrites, par une manie de petite parvenue, sur\ndu papier de Hollande bis si récalcitrant à déchirer\nque les doigts de Hamlet lui en cuisent encore furieu-\nsement. Ah! misère...\n-\nOù peut-elle bien être à cette heure? Sans doute\nchez des parents à la campagne. Elle saura bien reve-\nnir; elle connaît le chemin. Elle ne m'eût d'ailleurs\njamais compris. Quand j'y songe! Elle avait beau être\nadorable et fort mortellement sensitive, en grattant bien\non retrouvait l'anglaise imbue de naissance de la philo-\nsophie égoïste de Hobbes. « Rien n'est plus agréable\n<< dans la possession de nos biens propres que de pen-\n* ser qu'ils sont supérieurs à ceux des autres », dit\nHobbes. C'est ainsi qu'Ophélia m'eût aimé, comme\nson « bien », et parce que j'étais socialement et mora-\nlement supérieur aux < biens » de ses petites amies. Et\nles menues phrases qui lui échappaient, aux heures où\nl'on allume les lampes, sur le bien-être et le confort !\nUn Hamlet confortable ! Ah I malheur. Grâce au moins\npour mon ange gardien sinon pour moi! - Ah! s'il\nme venait par un soir pareil, dans ma tour d'ivoire,\nune sœur, mais cadette, de cette Hélène de Narbonne",
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     "texte": "150\nLa Vogue.\nqui sut aller conquérir à Florence son adoré Bertrand,\ncomte de Roussillon, bien que connaissant son mépris!\n- Ophélie, Ophélie, chère petite glu, reviens, je t'en\nsupplie; je n'y reviendrai plus. - Tout de même,\nmon cher, et tout Hamlet que nous sommes, nous fai-\nsons parfois une cordiale crapule. Suffit. Ah! les\nvoici.\n-\nA gauche, sur les berges d'Elseneur, il aperçoit\n(qui n'a entendu parler de ses étonnants yeux d'hiron-\ndelle de mer?) un attroupement qui ne peut être\nque ces comédiens. Le passeur dans son large bachot\nles embarquait. Un roquet aboyait à ces oripeaux; un\ngamin s'était arrêté de faire des ricochets. Un de ces\nmessieurs très drapé, prit comme le passeur, et du\ngeste d'un qui s'encanaille pour divertir la compagnie,\nune paire de rames, et l'on cingla vers. Des index\ntendus indiquaient le château; une des dames laissait\npendre un bras nu au fil de l'eau. Et les abois, les\nrires, les voix, arrivaient clarifiés comme une aqua-\nrelle. Il y avait certes là l'étoffe d'un beau soir au\nxvı siècle.\nHamlet quitte la fenêtre et, s'installant devant une\ntable, se met à feuilleter deux cahiers minces.\n- Voilà, pourtant! Mon sentiment premier était de\nme remettre l'horrible, horrible, horrible événement,\npour m'exalter la piété filiale, me rendre la chose dans\ntoute l'irrécusabilité du verbe artiste, faire crier son\ndernier cri au sang de mon père, me réchauffer le plat\nde la vengeance! Et voilà (ὦ πόθος τοῦ εἶναι). Je\npris goût à l'œuvre, moi. J'oubliai peu à peu qu'il s'a-\ngissait de mon père assassiné, volé de ce qu'il lui res-\ntait à vivre dans ce monde précieux (pauvre homme,\npauvre homme !), de ma mère prostituée (vision qui m'a",
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     "texte": "La Vogue.\n151\nsaccagé la femme et m'a poussé à faire mourir de honte\net de détérioration la céleste Ophélie !), de mon trône\nenfin ! Je m'en allais bras-dessus, bras-dessous avec les\nfictions d'un beau sujet. Car c'est un beau sujet ! Je\nreſis la chose en vers iambiques, j'intercalai des hors-\nd'œuvre profanes, je cueillis une sublime épigraphe\ndans mon cher Philoctète. Oui, je fouillais mes per-\nsonnages plus profond que nature. Je forçais les docu-\nments. Je plaidais du même génie pour le bon héros et\nle vilain traître. Et le soir, quand j'avais fixé sa der-\nnière rime à quelque tirade de résistance, je m'endor-\nmais la conscience toute rosière, souriant à des chi-\nmères domestiques, comme un bon littérateur qui, du\ntravail de sa plume, sait soutenir une famille nom-\nbreuse ! Je m'endormais, sans songer à faire mes dévo-\ntions aux deux statuettes de cire et à leur retourner\nleur aiguille dans le cœur ! Ah, cabotin, va. Voyez le\npetit monstre !\nEt le jeune et insatiable prince court se jeter à\ngenoux devant le portrait de son père dont il baise les\npieds sur la toile froide.\n-\nPardon! Pardon, n'est-ce pas, père? Au fond tu\nme connais...\nEt se relevant, et ne pouvant esquiver cet œil pater-\nnel, toujours et quand même clignant en dessous d'un\nair royalement faunesque :\n-\nnature.\nD'ailleurs, tout est hérédité. Soyons médical et\nIl revient s'asseoir devant ses cahiers, qu'il couve de\nmême d'un œil royalement faunesque.\n-\nC'est égal, il y a de belles pages là-dedans; et,\nsi les temps étaient moins tristes 1... Ah! que ne\nsuis-je un simple clerc à Paris, montagne Sainte-Gene-",
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     "texte": "152\nLa Vogue.\nviève où fleurit en ce moment une école de néo-\nalexandrins! Un simple petit bibliothécaire dans cette\nbrillante cour de Valois! Au lieu de ce château humide,\nde cet antre à chacals et à grossiers personnages, où\nl'on n'est même pas sûr de sa peau...\nOn vient de frapper deux coups d'une clef d'or sur\nle marteau d'argent de la porte. Un valet entre.\n-\nLes deux étoiles de cette troupe sont là, selon\nles ordres de votre Altessse.\n- Qu'elles entrent.\n- Et puis, sa Majesté la reine demande si son Altesse\npersiste à vouloir faire donner le spectacle ce soir-\nmême.\n-\n-\nCrûment! et pourquoi pas?\nC'est que, son Altesse ne l'ignore pas, l'enterre-\nment du lord chambellan Polonius a lieu aussi ce soir,\ntout à l'heure.\n-\nEh bien! En voilà des considérations! Les uns\njouent, tandis que les autres rentrent dans la cou-\nlisse, voilà tout. Et l'Idéal se sélecte quand même son\npetit maximum tous les soirs, va, mon pauvre vieux.\nLe valet s'eſſace et, derrière la révérence des deux\nétoiles annoncées, ferme la porte.\n-\nEntrez mes frères. Asseyez-vous là et prenez des\ncigarettes. Voici du Dubeck et voici du Bird's eye.\nC'est sans façon, chez moi. Comment t'appelles-tu,\ntoi ?\n-\nWilliam, riposte le jeune premier à crevées en-\ncore poudreuses.\n-\nEt vous, ma jeune dame? (Oh! mon Dieu, comme\nelle est belle ! Encore des histoires !...)\n- Ophélia, résume celle-ci, dans une sorte de sou-\nrire boudeur, un sourire douteux à s'en tordre de ma-",
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     "texte": "La. Vogue.\n153\nlaises, si maléfique, que le jeune prince doit éclater\npour faire diversion.\n-\nComment ! encore une Ophélia dans ma potion !\nOh! cette usurière manie qu'ont les parents de coiffer\nleurs enfants de noms de théâtre ! Car Ophélia, ce\nn'est pas de la vie ça ! Mais de pures histoires de\nplanches et de centièmes! Ophélia, Cordélia, Lélia,\nCoppélia, Camélia! Pour moi, qui ne suis qu'un paria,\nn'auriez-vous pas un autre nom de baptême (de bap-\ntême, entendez-vous !) pour l'amour de moi.\n- Si, Seigneur, je m'appelle Kate.\n-\nA la bonne heure! Et comme ça vous sied mieux !\nQue je vous baisotte les main, ô Kate! pour cette éti-\nquette.\nIl se lève lui-même, et va la baiser au front, lon-\nguement, à son front de Kate, dont il se détourne brus-\nquement pour aller à la fenêtre cacher un instant son\nvisage dans ses mains.\nWilliam fait signe à sa camarade :\n-\n-\nHein? On ne nous avait pas trompés. Il l'est.\nEst-ce possible? répondent, de toute leur man-\nsuétude bleue, les yeux de Kate que, v'lan, rencontre\nHamlet en revenant à sa place.\nHamlet hausse flatteusement les épaules.\n-\nEh bien, mes enfants, trève de culs-de-lampe.\nEt qu'apportez-vous en fait de répertoire ?\n-\nNous avons Les Joyeuses Commères de Saint-Denis,\nLe Docteur Faustus, L'Apologue de Ménénius Agrippa,\nLe roi de Thule...\n-\nVous me direz le reste après-demain, au débotté.\nTout ça c'est des belles conceptions, mais pas des con-\nceptions immaculées comme les miennes. Pour ici, et\npour ce soir, vous allez secrètement mettre à l'étude le",
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     "texte": "154\nLa Vogue.\ndrame que voici. Vous en serez d'ailleurs royalement ré-\ncompensés. C'est un drame de moi. Il ne demande que\ntrois principaux rôles. Il y a un roi, il s'appelle Gonzago,\net une reine. La reine a des relations adultères et\nconspiratrices avec son beau-frère Claudius. Une après-\nmidi, le roi fait sa sieste, cuve ses péchés en fleur sous\nla tonnelle; la reine feint d'éplucher austèrement des\nfraises pour le réveil de son époux. Survient Claudius.\nLes deux complices échangent un baiser silencieux,\npuis ils font fondre du plomb dans une cuiller et le versent\ndélicatement dans l'oreille du roi...\n- Quelle horreur! laisse échapper Kate dans un\nsourire mourant de bouderie.\n- N'est-ce pas? horrible! horrible ! horrible!... Nous\ndisons donc, ils versent leplomb fondu (ce pâleliquide!)\nle pauvre roi Gonzago trépasse dans des convulsions...\nhorribles, horribles; et en état de péché mortel, notez\nbien. Claudius, alors, lui enlève sa couronne, s'en\ncoiffe et offre le bras à la veuve. La conséquence en est\nque, en dépit des plus fâcheux pronostics, William\nfera Claudius et Kate la reine, deux jolis monstres,\nma foi.\n-\n-\nC'est que... hésite Kate.\nC'est que, déclare Wiliam, notre habitude, à ma\ncamarade et à moi, est de n'incarner que des rôles\nsympathiques.\n-\nSympathiques? Tas de brutes! Et sur quoi\npouvez-vous jurer qu'un être est sympathique, ici-bas?\nEt puis, et le Progrès, alors?\n-\ngneur.\n-\nNous sommes aux ordres de notre gracieux sei-\nVoici le manuscrit, William, je vous le conſie,\nn'allez pas l'égarer; sans blague, j'y tiens. Préparez ça",
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     "texte": "La Vogue.\n155\ngentiment pour ce soir. Maintenant, vous voyez, tout\nce que j'ai marqué au crayon rouge-sang-de-bœuf,\ndevra être lancé et souligné; et tout ce qui est compris\ndans une accolade au crayon bleu, vous pouvez le\nsupprimer comme trop épisodique, bien qu'au fond...\nenfin, par exemple, tous ces couplets-ci :\n« Un cœur rêveur par des regards\nPurs de tout esprit de conquête !\nJe suis si exténué d'art!\nMe répéter, quel mal de tête !...\nO lune de miel\nEt ceci :\n-\nDescendez du ciel!»\n« O petite âme brave,\nO chair fière et droite,\nC'est moi que j'convoite\nD'être votre esclave. »\nTiens, mais, c'est ce que c'est charmant ! laissent\néchapper William et Kate se regardant.\n-\nJe vous crois. Ah ! si les temps étaient plus\npropres !... Et ceci :\n-\n«Oh! cloître-toi! L'amour, l'amour\nS'échange, par le temps qui court,\nSimple et sans foi comme un bonjour. »\nC'est en effet bien curieux, assure l'acteur.",
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     "texte": "156\nLa Vogue.\nEt Hamlet, prince de Danemarck et créature infor-\ntunée, exulte.\n-\nEt cette délicieuse ronde :\n« Il était un corsage,\nEt ron et ron petit pa ta pon,\nIl était un corsage\nQui avait tous ses boutons... » etc.\nEt cætera, et cætera\n-\nEnfin, mon sort aura été\nbien étrange !... Mais ceci, n'allez pas le supprimer ;\nc'est le chant de triomphe de l'usurpateur Claudius;\nça se chante sur l'air < Pressentiments trompeurs !... »\nvous savez ?\n« Je suis en mesure\nDe prouver que Dieu\nFera les doux yeux\nA cette aventure. »\nAllons, c'est entendu. Voici le manuscrit, je vous le\nreconfie, mon cher William. D'ailleurs le spectacle ne\ncommence qu'à dix heures, et j'irai, un peu avant,\nvoir dans vos coulisses comment ça marche. En atten-\ndant, vous ne voudriez pas que je vous obgurgasse\nd'accepter ceci ?\nLes deux étoiles empochent et sortent à reculons.\nWilliam déclame en sourdine à sa camarade :",
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     "texte": "La Vogue.\n157\n-\nLa démence est partout ; et, sans cérémonie\nFrappe l'humble marchand ou l'acteur de génie,\nEt la garde qui veille aux portes des palais\nN'en défend pas Hamlet.\nPauvre jeune homme !... soupire angéliquement\nKate, et il n'a pas du tout l'air dangereux...\n(A suivre.)\n38\nJULES LAFORGUE.",
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     "texte": "LAIS\n-\nNous longerons la grille du parc, au déclin de la Grande\nEt tu porteras - car je le veux\nEt tu porteras parmi les bandeaux de tes cheveux\nLa fleur nommée asphodèle\n[Ourse;\nDans le parc immuablement taciturne, au déclin de la Grande\nTu regarderas - immuablement taciturne\n-\n-\n[Ourse;\ntu regarderas\n[mes yeux,\nmes yeux\n[auront la couleur\nEt mes yeux immuablement taciturnes\nDe la fleur nommée asphodèle.\n-\nNous marcherons sur le sable du parc, au déclin de la\nEt, de son investiture tremblera ton âme, [Grande Ourse;\nTon âme tremblera de son investiture comme le rocher de la\nDe la fleur nommée asphodèle. [fable tremblait au toucher",
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     "texte": "La Vogue.\n159\nLe train express sous le ciel de Véronèse;\nEt les petits volumes reliés en maroquin rouge,\nLes deux petits volumes de Natacha; et les courlis dans les\n[roseaux,\nLes courlis ! (faut-il que je vous en parle ?) vous doutez-vous\n[des courlis dans les roseaux,\nO vous jolie fée des eaux!\nCe landgrave debout sur le mur à côté de la synagogue,\nCe landgrave et sa mitre qui mire les vitraux fanés ;\nEt la lande de Paderborne! (faut-il que je vous en parle?)\n[vous doutez-vous du porcher et des pourceaux,\nEt des cloches, des cloches parmi les peupliers, des cruches\n[de grès parmi les peupliers grêles, -\nO vous jolie fée des eaux !\nEt mon cœur, mon cœur comme un lys, sous ce ciel de\n[Véronèse;\nEt mon cœur, mon cœur décapité à côté de la synagogue;\nMon cœur! (faut-il que je vous en parle?) vous doutez-vous\n[de mon cœur,\nO vous jolie fée des eaux!",
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     "texte": "160\nLa Vogue.\nOn a marché sur les fleurs au bord de la route,\nEt le vent d'automne les secoue si fort, en outre.\nComme un oiseau blessé dans un mouchoir de batiste\nMon cœur saigne dans ta main.\nLa malle-poste a renversé la vieille croix au bord de la route\nElle était vraiment si pourrie, en outre\nComme un oiseau blessé dans un mouchoir de batiste\nMon cœur saigne dans ta main.\nL'idiot (tu sais) est mort au bord de la route,\nEt personne ne le pleurera, en outre.\nComme un oiseau blessé dans un mouchoir de batiste\nMon cœur saigne dans ta main.",
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     "texte": "La Vogue.\n161\nDe sa hache, de sa lance, de sa hache ah qu'il est las,\nLe Chevalier-aux-blanches armes ah qu'il est las!\nA coups de hache, à coups de bastarde\nRompre des targes et des casques\nParmi les Alamans, parmi les Arimaspes,\nLe Chevalier-aux-blanches armes ah qu'il est las!\nEt de la jolie fille de Perth,\nEt de Béatrix et de Berthe,\nEt des robes à bordure de perles\nEt des cheveux sur le cou - ah qu'il est las --\nEt des bras autour du cou - ah qu'il est las -\nLe Chevalier-aux-blanches armes ah qu'il est las!\nDe mourir, de mourir ah qu'il est las\nLe Chevalier-aux-blanches armes,\n-\nah qu'il est las!\nJEAN MORÉAS.\n38",
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     "texte": "LE POLEMOSCOPE\nOU\nLA CALOMNIE DEMASQUÉE\nPar la presence d'Esprit\nTRAGI-COMÉDIE EN TROIS ACTES\nPrésentée à S. A. Madame la Princesse de Clari, née Princesse de\nLigne, à son château de Toeplitz, dans l'été de l'année 1791.\nSCÈNE IV\nCOMTESSE - puis GISORS.\n-\nCOMTESSE,\nIl est tout simple que la marquise ne fut\nattrapée que par hasard et en conséquence de l'en-\ndroit réel auquel Gisors visait. Quelle est-ce ! Voilà\nun rare discret! Mais où visait-il? A qui en veut-il?\nIl n'est pas impossible je crois de le deviner, mais le\nvoilà.\nGISORS\n-\nJe sortais, madame, lorsque heureusement\nj'ai reçu votre billet. Un moment plus tard on n'aurait\npas su où me déterrer. Quels sont les ordres dont\nvous voulez m'honorer ? Rien ne saurait m'intéresser\ndavantage.",
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     "texte": "La Vogue.\n163\nCOMTESSE, - La même marquise, monsieur, qui vous\na hier engagé avec tant d'empressement à honorer sa\nmaison de votre présence, est venue chez moi ce\nmatin pour se dédire. Elle trouva que l'amitié que\nj'avais pour elle devait se combiner à celle que j'ai\npour vous, pour vous dire tout le contraire de ce\nqu'elle vous a dit hier. Elle m'a ordonné de vous\navertir que vous ne la trouverez jamais à la maison.\nJe suis mortifiée de m'être vue forcée à me charger de\ncette odieuse commission et doublement mortifiée de\nla peine que ce fier annoncé peut vous faire.\n-\nGISORS.\nIl est certain, madame, que c'est un ordre\nmortifiant que celui que vous venez de me dicter,\nmais quand je songe que vous m'épargnez un affront,\nque j'aurais reçu à la porte de la marquise, je dois\nvous remercier. Je suis cependant, un peu surpris\nd'un pareil procédé, de la part d'une dame de\nlaquelle je suis sûr de ne l'avoir pas mérité.\nCOMTESSE. - Quoi ! sincèrement ! vous n'avez rien à\nvous reprocher. Elle m'a chargé de vous rendre\nvotre lorgnette ! la voilà.\n-\nGISORS. (En la prenant.)\nOui, je me souviens\nqu'elle m'a dit hier de me la rendre aujourd'hui !\nC'est une bagatelle. Oserai-je vous dire, que je me\ntrouve plus heureux d'en recevoir la restitution par\nvos belles mains que s'y elle ne n'était rendue que par\nles siennes.\n-\nCOMTESSE. Je le crois sans difficulté, car en la\nrecevant d'elle vous vous seriez trouvé dans le cas de\nvous justifier, et je ne sais pas comment vous vous\nseriez tiré d'affaire.",
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     "texte": "164\nLa Vogue.\nGISORS.\n-\nHélas! madame! de quoi aurai-je donc dû\nme justifier ? Je vous demande de grâce de me faire\nsavoir en quoi je puis être coupable.\nCOMTESSE.\n-\nPouvez-vous ignorer en quoi ? Convenez\nque ce n'était pas la marquise que vous lorgniez,\nlorsque tout le monde cependant le croyait.\n-\nGISORS.\nJe conviens que ma lorgnette en qualité de\nPolemoscope peut facilement devenir trompeuse, et\nque par conséquent lorsque je l'avais à l'œil je ne\npouvais pas voir la marquise, mais elle n'a pas raison\nde s'appeller offensée, car, d'honneur, je ne savais\npas que c'était elle que j'induisais en erreur, et d'ail-\nleurs il était impossible que je visse l'objet que je\nvoulais voir, sans tenir la lorgnette dans la direction\noù je la tenais. Je m'avoue malheureux de ce que la\ndame qui croit avoir raison de se plaindre de moi, se\ntrouve précisément à la direction apparente de ma\nlorgnette. Cela fait tout mon crime et j'en suis extre-\nmement faché, mais j'en suis innocent car ma faute\nest involontaire. Toute autre personne qui se serait\ntrouvée à la place où se trouvait la marquise, se\nserait crue regardée et par conséquent insultée après\navoir connu ma lorgnette, mais il me semble qu'on\npouvait facilement la soupçonner menteuse. Cela est\nsi connu à Paris qu'il n'y a plus personne qui ose\ndécider de l'objet qu'on lorgne. J'en suis au déses-\npoir, mais mon Polemoscope sera aujourd'hui brisé\nen cent morceaux.\n-\nCOMTESSE.\nVous ne saviez donc pas que la dame\nqui était vis-à-vis de votre instrument était la mar-\nquise?",
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     "texte": "La Vogue.\n165\nGISORS.\n-\nSi je l'avais pu soupçonner, je vous jure\nque j'aurais pris une autre loge.\nCOMTESSE. - Sans prendre une autre loge, vous auriez\npu vous dispenser de lorgner, ou lorgner sincère-\nment avec une autre lorgnette loyale.\nGISORS - Je ne crois pas, madame, que j'aurais dû en\nagir ainsi.\nCOMTESSE - Où regardiez-vous donc, s'il est permis\nde le savoir.\nGISORS - Je vous demande pardon; c'est un secret\nqui ne peut avoir d'autre dépositaire que ma lor-\ngnette.\n-\nCOMTESSE.\nA la bonne heure, mais d'abord que\nvous l'avez laissé hier sortir de vous mains, vous\nconcevez qu'elle peut avoir révélé votre secret, car\nla marquise même peut avoir calculé les mesures, et\nsavoir où vous regardiez avec toute la précision. Or\nsi elle le sait, je ne crois pas de pouvoir vous pa-\nraître trop curieuse, si je désire d'en être à part\naussi.\n-\nGISORS.\nCela n'est pas facile, madame, car la cer-\ntitude de l'endroit où l'on vise, dépend de la dis-\ntance de la personne qui vise. Or celui qui voudrait\ndécouvrir mon secret, aurait non-seulement besoin\nd'aller se mettre dans ma loge, mais de savoir si je\nvisais à gauche ou à droite, aussi vous voyez que la\nmarquise ne peut être certaine de rien et que par con-\nséquent je suis toujours le seul maître de mon secret.\nCOMTESSE. - Vous vous trompez peut-être. Mais faites-\nmoi le plaisir de me laisser voir cette singulière ma-",
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     "texte": "166\nLa Vogue.\nchine. Je m'en vais mettre sa fidélité à l'épreuve. Cela\nvous déplaira-t-il si je la fais parler.\nGISORS.\n-\nAu contraire, madame, votre curiosité me\nflatte. Voilà la lorgnette.\nCOMTESSE (tenant la lorgnette montée dans sa main). -\nLa distance de votre loge à celle de la marquise est\négale à la largeur du parterre, et elle y est préci-\nsément vis-à-vis. Cette largeur du parterre est de\ndix toises de l'endroit où je je suis jusqu'au guéridon\nque vous voyez là. J'y vise (tenant la lorgnette à l'œil.\nAulieu de voir mon guéridon je vois la porte de mon\nappartement (elle baisse la lorgnette et après avoir\nmesuré des yeux la distance du guéridon à la porte),\ncette porte est distante du guéridon de quatre toises\nà peu près. La largeur de nos loges est d'une toise.\nVous visiez donc à la quatrième loge après celle de\nla marquise. La quatrième à main droite est celle de\nla vieille comtesse Manfredi qu'on n'a pas envie de\ncontempler, et la quatrième à gauche est positi-\nvement la loge de votre très humble servante qui\nn'est certainement pas fâchée de vous intéresser et\nde vous avoir inspiré une amitié égale à celle qu'elle\nressent pour vous, mais en même temps elle s'étonne\nque vous vouliez la mettre sous le voile d'un si grand\nmystère. Convenez monsieur, que votre lorgnette\nn'est pas un secrétaire qu'on ne puisse sonder, et\nque la marquise a pu lui arracher les vers du nez,\naussi bien que moi. Ai-je raisonné juste? en con-\nvenez-vous.\nGISORS (se jetant à ses pieds). - Non, madame, je ne\npeux pas en disconvenir.",
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     "texte": "La Vogue.\n167\nCOMTESSE. - Levez-vous, levez-vous, et ne me dites rien\nà genoux, car absolument je ne veux pas vous croire\ncoupable. Il se peut qu'en connaissant vos propres\nintentions, vous vous imaginiez de l'être, mais ou\nvous vous trompez, ou vous ne le serez pas longtemps\nVos idées, croyez-moi, se changeront, et elles de-\nviendront analogues aux miennes et à celles de mon\nmari. Elles sont nées de cette amitié sincère et tendre\nque vous avez su nous inspirer. Reprenez vite votre\ncontenance ordinaire. J'entends Talvis qui sort de\nson appartement. Je vous laisse pour aller m'ha-\nbiller. Nous nous verrons chez le maréchal si vous y\ndînez, ou sinon j'espère de vous voir à l'assemblée.\nSoyez sage et tranquille; aimez-nous comme nous\nvous aimons. Adieu comte! Pour ce qui regarde cette\nmenteuse vous ne trouverez pas mauvais que je vous\nla confisque. Vous devez n'en avoir plus besoin, tout\nce qui trompe est mauvaise compagnie. Ah! ah! ah!\n-\nSCÈNE V\nGISORS - puis TALVIS.\nGISORS.\nFemme enchanteresse, comme elle a pris\nla chose. Instruite et convaincue de ma passion crimi-\nnelle elle prétend ne pouvoir la regarder que comme\nune affection passagère, qui dans la longue habitude\nne deviendra qu'amitié. Je suis sûr que cette méta-\nmorphose n'est pas possible, mais si elle compte des-\nsus je me vois forcé à la laisser dans l'abus. Elle\nm'encourage à l'aimer. Quelle est donc l'idée que\nles femmes d'Italie ont de l'amour - Malheureux,",
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     "texte": "165\nLa Vogue.\nmon vrai bonheur je le vois, serait de devenir son\nvrai ami, comme elle prétend d'être la mienne, mais\npuis-je le désirer dans la flamme qui me dévore.\nM'est-il permis d'espérer ce qui me semble un vrai\nmalheur. Il faut pourtant que je poursuive à la voir,\net que nouveau Salamandre, je m'accoutume à vivre\ndans le feu sans craindre de me consumer. - Brûler\npour elle et soupirer tout bas doit être ma devise.\nLes lois de l'amour sont souvent sévères mais quel est\nle vrai amant qui ne s'y conforme. Voilà Talvis, son\nsort et bien plus cruel que le mien.\nTALVIS.\n-\nTe voilà mon cher ami, aux aguets d'une\nfemme qu'apparemment tu veux attraper.\nGISORS. Je serais bien fâché d'avoir cette intention.\n-\n-\nTALVIS.\nMais si tu l'aimes de bonne foi! Tu t'y\nprends donc bien mal pour en faire la conquête. A\nquoi bon un manége en amour fait pour te rendre\nincompréhensible. Sache cependant que tu ne l'es\npas pour moi, car je te comprends et je te pénètre\ntrès parfaitement. Tu es le chasseur qui vise à\ndeux proies pour s'assurer d'en attraper une. Mau-\nvais chasseur c'est le moyen de manquer l'une et\nl'autre. En attendant avec ta mauvaise politique, tu\nme barres le chemin.\n-\nGISORS.\nCrois-moi, mon ami, si j'étais sûr qu'en\ncessant de faire ma cour à la comtesse je contribue-\nrais à ton bonheur, je ne mettrais plus les pieds dans\ncette maison, mais ce sacrifice de ma part serait inu-\ntile, car tu ne te trouverais pas pour cela plus avancé.\nTu es violent et il n'est permis d'être qu'ardent!\nMais voilà le comte qui sort de sa chambre.",
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     "texte": "La Vogue.\n169\nSCÈNE VI\nCOMTE GISORS TALVIS.\n-\n-\nCOMTE - (ayant une lettre à la main.) — Messieurs\nma femme est à sa toilette, qui sera longue, car elle\nva dîner chez M. le duc. Mon cher Gisors si vous\nvoulez votre revanche je suis prêt à vous la donner\nau casin.\nGISORS. - Je le veux bien, allons-y,\nCOMTE - (à Talvis). Voilà un billet de ma femme\npour vous. Allons.\nTALVIS. - (Reste seul et déployant le billet.) Pour\nmoi, c'est bien flatteur. (il lit): « Je suis fachée,\nmonsieur, que vous ayez compté sur une place dans\nma voiture pour aller dîner au jardin, chez le maré-\nchal sans me consulter auparavant, car le cocher de\nMadame de Saint-Second étant malade je lui ai\npromis hier au soir, d'aller la prendre... » C'est abo-\nminable (il déchire le billet). Mauvaise raison, vilain\nprocédé; car sa voiture est un coupé qui a un stra-\npontin très commode. Cette femme m'impatiente, et\nme fait faire trop de noir. Je n'en peux plus. Il faut\nque je cherche quelque moyen de me venger. Oui\nje le trouverai, je punirai cette coquetterie italienne,\nd'une façon que celle qui l'a joué se repentira. Je\nlui donnerai une leçon, morbleu, atroce... et après ?\naprès ? je ne la reverrai plus.\n(A suivre.)\n28",
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     "texte": "LA SCIENCE ET LA PHILOSOPHIE\nEN ART\nPar CELEN SABBRIN\n(Suite.)\nCette conclusion, que viendront affirmer les résultats\néventuels de la science, les peintures de Monet l'ont\nadmise. La plupart des trucs que les peintres des\nécoles adverses usitent pour indiquer le mouvement,\nsont tenus en male odeur par les impressionnistes.\nCeux-ci, sont remontés à la source du mouvement, ils\nont trouvé la force. Ce fait que la force se manifeste\nen des lignes droites, ils ne l'expriment pas seulement\nd'une manière générale, mais aussi dans les détails,\ndans la technique de leurs peintures, qui assidûment\ninspectées, révèlent des tas de brèves lignes droites. Les\nlignes courbes ne sont employées que pour signaler un\nretard et même alors ces courbes se décomposent en\ncourtes lignes droites: Le cercle n'est-il pas assimilé\nà un polygone dont le nombre de côtés = ∞.\nL'angle droit du triangle où se machinent tous les\néléments du tableau, tombe quelquefois en dehors de",
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     "texte": "La Vogue.\n171\nla toile (1). Mais l'hypoténuse demeure toujours fidèle\nà son poste. Sans elle d'ailleurs, pas de composition.\nQuelquefois aussi l'angle droit du triangle est occupé\npar l'objet le plus proéminent de la peinture, lequel\ndevient alors le point focal de la vision, Exemple : le\nnº 184 de Monet, « Coucher de Soleil ». Le point focal\nde vision est entièrement poussé vers la gauche où le\nrivage se magnifie au coucher; à droite la mer. Une\nbrume sature le tableau, etc...\nLe nº 198 est un autre étonnante peinture « Effet de\nbrouillard près de Dieppe. » La plage et des arbres à\ndroite; le faire de ces arbres ne manque pas de\ncharme; la mer assaillie violemment la côte. Une\nlumière ténue se clandestine parmi les vagues, et\nl'écume, sur leurs chefs hautains, semble une couronne\nnuptiale.\nLes peintures de Monet sont notables à cause de\nl'effet psychologique qu'elles produisent par leur co-\nloris. Les couleurs usitées par ce peintre génial, peuvent\nêtre assimilées à un orchestre d'instruments parfaite-\nment accordés; le la du diapason serait donné par le\nton fondamental (2).\n(1) C'est évidemment dans des cas similaires que les per-\nsonnes non initiées à l'hypoténuse, disent d'une toile : ça fout\nle camp. (Note du Traducteur.)\n(2) Les citadins anxieux de s'immiscer au tréfon des esthé-\ntiques, apprendront, non sans stupeur, que les gens les plus\nsimples ne sont pas ceux qu'on pense. Ainsi Claude Monet,\nd'une si trémulante psychologie, se propose d'épigraphier ses\ntoiles de cette déconcertante et printannière formule: « Je\npeins comme l'oiseau chante. » (N. d. T.)",
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     "texte": "172\nLa Vogue.\nEn effet, il semblera raisonnable d'admettre que les\ntoiles de Monet furent d'abord couvertes d'un ton uni-\nforme, qui est précisément celui à qui les couleurs\nsubséquentes viendront s'accorder et les différents effets\nsont obtenus par les lourdes touches (en ligne droite)\nde ces couleurs congruentes avec le ton primordial.\nLes peintures de Monet sont essentiellement des har-\nmonies de couleur tandis que celles de Renoir sont de\ncouleurs discordes.\nL'échelle de couleur de Monet est originale et in-\nflexiblement calculée de manière à produire (1) sur l'ob-\nservateur, une intense impression psychologique. Selon\nque le ton fondamental est haut ou bas, ses couleurs\nvarient d'intensité. Quelques-uns de ses meilleurs effets\nd'eau et de mer sont obtenus par la combinaison de\nvert pâle du Nil, de bleus et de violets de différentes\ntonalités.\nLes paysages sont baignés dans une atmosphère\n(1) A vrai dire, la teneur de cet écrit est bouffonne; aussi\nbien, l'adaptation française n'en fut elle motivée que pour\nl'offrande à nos lecteurs d'un document de la compréhension\nartistique des modernes Américains. Se gaudir au seul lu des\nconsidérations picturales de M Celen Sabbrin, serait pourtant\nhâtif. Cet esthète, si vaguement nourri d'Emerson qu'on le\npuisse soupçonner, a dû pâturer dans les publications symbo-\nliques les jours de grand jeu. Quelques directions sommaires\nde Charles Henry, les dires cunéiformes de Félix-Fénéon et\npour liant, des suggestions sentimentales de diverses marques,\nsont choses aisément cuisinables, après tout. Il ne messiérait\npas de discerner d'ailleurs que Celen Sabbrin (on ne s'intitule\npas comme ça, sans y être obligé), est possiblement le pseu-\ndonyme anglais d'un de nos alliés transalpins, Vittorio Pica,\nvoire le Pipitone. (N. d. T.)",
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     "texte": "La Vogue.\n173\nd'une grâce et d'une pureté magiques. Le ton étalon\ndépend souvent de la forme des choses. Dans le\nnº 131 « Cap d'Antifer », les couleurs prévalentes sont\nle violet et le lilas. C'est une scène d'après midi sur le\ndéclin. La falaise se découpe selon les préceptes du\nhiératisme; au long de la pente rugueuse, sinue la\nroute, mais qui demeure toujours fidèlement parallèle\nà la ligne de côte, - notre ligne de dissymétrie. La\nlumière suit la même direction à travers la toile, elle est\négale des deux côtés et s'affaiblit graduellement vers la\ndroite.\nPour rendre son plein effet, la peinture des impres-\nsionnistes doit être regardée dans un éclairage analogue\nà celui dans lequel la scène a été peinte, et c'est là un\npoint très important qu'il faut se rappeler pour juger\nles œuvres de ces artistes (1). Un remarquable exemple\nnous est fourni par un tableau de Besnard « A la\nlueur d'une bougie ». Le jour détruit une grande par-\ntie de sa beauté.\nNon seulement Monet excelle dans le rendu d'eaux\némues, mais aussi dans la peinture d'eaux placides (2).\nN° 28 « Brisage de la glace sur la Seine » en est un\nexemple. C'est vers le milieu de la toile qu'est dirigé\nle point visuel focal. On sent combien l'eau doit\nêtre froide. Sa merveilleuse transparence et sa pro-\n(1) En outre de l'éclairage similaire, il faut pour bien juger\ndes toiles de Claude Monet, de la lumière intérieure.\n(2) Qui peut le tout, peut le moins.",
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     "texte": "174\nLa Voguc.\nfondeur font frémir et contrastent avec l'opacité des\nblocs de glace flottant à la surface. On dirait d'un\nmiroir d'argent, avec par-ci par-là des buées et des\ntaches. Le premier plan est raboteux, peint dans des\nteintes bleues, vertes et grises. Le tableau est construit\nsuivant le principe de dissymétrie et les effets de dis-\ntance, de dépression et d'élévation du sol sont à ravir.\nL'espace situé entre la ligne des arbres qui suit le\nbord de la rivière et les collines éloignées, n'est obser-\nvable qu'après une longue étude.\nTraduit par CHARLES VIGNIER.\n(Sera continué)\n38",
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   "article_id": "aj-vogue-1886-11-15-5",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "QUINTESSENCES\nPAR M. MAURICE DE FARAMOND\nC'est le début d'un jeune homme aux aspirations\nélégantes, aux prédilections étroitement soucieuses\nd'une forme, - ce livre de poësies.\nVers de mondain plutôt que vers d'esthète martelant\nles sertissures et requérant les rares gemmes. Notations\nde sentiments essorés à l'attitude d'une femme, d'une\njeune fille, en quelque salon; puis rhythmées, au\nretour du bal, devant le gardénia marcescent et les\ngants fanés, des lumières encore dans les yeux, des\nrêves de possession laissés par l'amollissement d'un\nbuste ému aux valses.\nLittérature de tradition, bien que franchement par-\nnassienne, mais où ci, là poindent les désirs d'une\nmesure plus stricte, plus engaînante, plus complexe de\ncouleurs et de sons.\nM. de Faramond est le poëte de la femme, des poi-\ntrines de femme, des yeux de femme, des vêtements de\nfemme, de tout ce qui est la femme. Hormis elle, rien\nne l'attire, rien ne l'attraye. Il vit à ses genoux, débou-\ntonne pudiquement, laisse passer un bout de chair, puis",
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     "texte": "176\nLa Vogue.\nvite le spectacle se clôt sous les courtines. Elles engen-\ndrent peut-être de la monotonie, ces images exclusives.\nL'auteur ne nous ménage pas les portraits et nous\nrevoyons souvent les mêmes yeux, les mêmes joues,\nles mêmes seins. Quelque peu de métaphysique,\nquelque peu d'évocations symbolissantes n'eussent\npoint déparé. La poësie semble devenir un article de\nmodes sous les doigts amants de fanfreluches et de\nfalbalas. O de modes bien jolies sans doute et bien\nexquisément nuancées, teintes aristocratiques et fine-\nment lavées sur vélin. Mais articles de modes. Ces\nréserves faites, Quintessences ravira par la multiplicité\ndes vocables harmoniques de la phrase toujours cor-\nrecte, aux périodes ouatées évoluant de strophe en\nstrophe, sans gêne ni heurts, de la proposition courbée\nsur des fonds d'aquatinte, et des lavis opalins.\nDes femmes donc, ces images:\nMademoiselle dort en un grand lit de plume,\nElle est là comme un lys glissé dans un volume,\nAilleurs:\nChez Miss Katy, la Houri rose,\nLa Poupée aux tempes d'émail,\nNous irons, Prêtres sans camail,\nAssouvir nos haines de prose,\nPalpant l'hermine de Tifflis\nD'une onctueuse main papale,\nEn des cornets de cristal pâle\nNous humerons l'encens des lys;",
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     "texte": "La Vogue.\n177\nSur d'harmonieuses enclumes\nPosant ses doigts pleins de frissons,\nKaty fera pleuvoir des sons\nAinsi que des plumes, des plumes.\nCes méditations:\nClarté de l'œil, Son de la voix, Parfum du corps,\nVotre charme est doux, votre triple charme\nEst doux, messagers de plus d'une larme!\nSon de la voix, Clarte de l'œil, Parfum du corps,\nVous faites gémir d'éternels accords !\nEn ce son net, se synthéthise la manière des « Quin-\ntessences » :\nDes grands bois obscurcis de mystères il tombe\nDes grands bois, des grands ciels, où palpite un brasier,\nDes grands ciels blancs ou bleus ou noirs comme une tombe\nIl tombe le désir fou de s'extasier;\nDes Femmes, rien n'a pu, rien, nous rassasier!\nDe leurs doigts aiguisés aux lèvres de la tombe,\nElles nous offrent des coupes où la nuit tombe,\nTandis que notre Cœur fleurit comme un Rosier;\nEt tout s'en va, les Clameurs, les Femmes, les Heures ;\nSeul, immense, vêtu d'ambitions majeures\nFleurit, seul, notre Cœur de poupre et de safran;",
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     "texte": "173\nLa Vogue.\nHélas, et dans la nuit des Tristesses majeures\nLa Femme, aiguille d'or, marquant toutes les heures\nTourne sur notre amour comme un cadran.\nEt, de ce livre, reste le charme de pudeurs décelées,\nde féministes perçues, traduites. S'il est encore des\nrêveurs d'amours délicates, pour eux cette œuvre est\nècrite, captivera.\n20\nPAUL ADAM.",
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     "texte": "MUSIQUE\nLa saison musicale s'est rouverte au premier coup\nd'archet de M. Lamoureux. Programme un peu de\ntransition, et l'ouverture de Ruy-Blas pour rappeler la\nmusique aux revenants des villégiatures.\nLa Symphonie en ré mineur de R. Schumann, une\nunité surtout de teinte et légendaire. La première partie\névoquant des pérystiles, ou des théories se forment et\nse déforment aux menaces dont on ne sait quel inconnu.\nLa romance, au solo de violon accessoire et fiorituré\nd'un timbre archaïque et de lied, comme une légende\ndu roi de Thulé le finale encore rempli de phrases ini-\ntiales évoque les légendes rhénanes sans que (la rapidité\nde l'audition) il soit possible de formuler une stricte\napplication.\nDans la Marche des Pèlerins, a-t-on fait remarquer\nque le rythme de la marche de Berlioz est surtout une\nsaltation; on ne voit guère des pèlerins montant les\npentes des Abruzzes sur ce rythme facile. Berlioz se\nretrouve au large chant de l'alto et d'intéressantes\nsonorités.\nLe prélude de Tritan et Yseult rendu comme de\ncoutume écouté avec plus d'attention que jamais.",
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     "texte": "180\nLa Vogue.\nLe Rouet d'Omphale, singulière musique, on eut dit\nune protestation de la musique ordinaire des soirs,\ncoupée des protestations de la contre-basse mal\naccueillies par les cymbales, mais c'est trop insister\nsur l'erreur d'un musicien qui a eu tant d'autres belles\nheures.\nLe concert s'est terminé sur l'ouverture des Francs-\nJuges d'une grande abondance sonore un peu facile.\nG. K.\nL'Administrateur-Gérant: GUSTAVE ΚΑΗΝ.",
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