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 "source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "LIEDS\nI\nAh la fillette aux fols palais\nQuels chemins de croix as-tu fait\nPour t'en venir à la chaumine\nOù la huche crie famine\nEt l'afre au seuil désert poudroie\nCette nuit de pluie où le vent guerroic ?\nJe sais partie de grand matın\nAvec ma mante de satin\nLe long des trilles et des rondes\nEt les ruisselets tant abondent\nD'odeurs éparses en påleurs\nQue j'en suis resté tout en pleurs.",
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     "texte": "182\nLa Vogue.\nToi des temps, que n'es-tu venue\nLorsque j'attendais ta venue\nAnxieux des pas et douloureux\nDes prunelles des amoureux\nQuand je façonnais aux jardins\nDes divans d'ombre à des destins.\nDes cavaliers qui sont passés\nSi las de lointaines déroutes\nEt je voyais leur capitaine\nSi fier soldat et tant blessé\nQu'à l'ouïr me suis arrêtée\nContant les contrées incertaines.\nFille frêle, le froid se gîte\nA la masure qui s'effrite;\nRetourne-t'en vers tes palais\nBlancs de cygne, aux parcs violets.\nJe m'en irai de grand matin\nVers la route ou passent les trouvères\nAvec ma mante de satin\nEt te laisserai le levain,\nLe levain des attentes amères.",
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     "texte": "La Vogue.\n183\n11\nC'est vers ta chimère\nVers les gonfalons et les pennons de ta chimère,\nQue vont les désirs en pieux pèlerins, -\nPélerins fatigués des rythmes obsesseurs\nReposez-vous à l'ombre acquise\nA l'ombre apaisée dormez les sommeils berceurs des haltes.\nA l'ombre de l'arbre des désirs\nEndormez vos inquiétudes, endormez\nVos chansons et vos frissons des antans\nEt les pennons brodés d'Orient, glacés de lacs, les pennons mauves\nDomeront en flots d'apothéoses, domeront vos fallaces, vos visoinnaires trêves.\nL'or de tes cheveux s'ébroue\nA tous les matins des grêves\nEt ta caresse qui s'achève\nEn lents retours, en lents caprices, en lentes morsures si sares.",
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     "texte": "184\nLa Vogue.\nDormir comme on s'étend blessé,\nComme on s'en va glisser vers les mirages,\nLes mirages du rêve, les mirages des espérées\nDormir hors le réel\nVers tes lacs bleus, tes plaines blanches, tes jardins rouges.\nEt puis finir - (Oh si lointain\nLe son d'antiques mandolines)\nEt puis finir,\nLe château sans trêve et sans paix croule et meurt.",
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     "texte": "La Vogue.\n185\nIII\nLes soirs d'automne au bois des peurs\nLa cabane tremblotante et la chapelle illuminée,\nLes soirs d'automne parés de lune.\nTête basse attend le destrier le cavalier tueur de mâles\nQui bondirait dans les mêlées,\nEt dont la rapière serait\nUn ouragan aux nuits des consciences\nEt dame Bertrade prie\nPour le retour du cavalier\nDu cavalier qui n'est point venu\nLas? et ne viendra jamais\nCependant qu'un rire moqueur\nEclate sans lèvres dans les branches.\nGUSTAVE KAΗΝ.\n38",
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     "texte": "HAMLET\nOU LES SUITES DE LA PIÉTÉ FILIALE\n(Suite.)\nHamlet, homme d'action, perd cinq minutes à rêver\ndevant son drame maintenant en bonnes mains. Et puis\nil rêve de par lui...\n- Ça y est. Le sieur Fengo va comprendre. A bon\nentendeur, salut! Et je n'aurai plus qu'à agir, qu'à\nsigner. Agir! Le tuer! Lui faire rendre gorge de sa\nvie! Tuer !... Hier je me suis fait la main en tuant\nPolonius. Il m'espionnait, caché derrière cette tapisserie\nqui représente le Massacre des Innocents. Ah! ils sont\ntous contre moi! Et demain Laërtes; et après-demain\nle Fortimbras d'en face. Il faut agir! Il faut que je tue,\nou que je m'évade d'ici. Oh ! m'évader !... O liberté !\nliberté! Aimer, vivre, rêver, être célèbre, loin! Oh chère\naurea mediocritas! Oui, ce qui manque à Hamlet, c'est\nla liberté.\nJe ne demande rien à personne, moi. Je\nsuis sans ami; je n'ai pas un ami qui pourrait raconter\nmon histoire, un ami qui me précéderait partout pour\nm'éviter ces explications qui me tuent. Je n'ai pas une\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n187\n-\n-\njeune fille qui saurait me goûter. Ah! oui, une garde-\nmalade! Une garde-malade pour l'amour de l'art, ne\ndonnant ses baisers qu'à des mourants, des gens in-\nextremis, qui ne pourraient s'en vanter ensuite. Et\nau fond, dire que j'existe ! Que j'ai ma vie à moi!\nL'éternité en-soi avant ma naissance, l'éternité en-soi\naprès ma mort. Et passer ainsi mes jours à tuer le\ntemps. Et la vieillesse que vient, la vieillesse hideuse,\nrévérée et vénérée des jeunes filles, des hypocrites et\nroutinières jeunes filles.\nJe ne puis piétiner ainsi,\nanonyme ! Et laisser des Mémoires, ça ne me suffit pas.\nO Hamlet! Hamlet! Si l'on savait ! Toutes les femmes\nviendraient sangloter sur ton divin cœur, comme jadis\nelles sanglotaient sur le corps d'Adonis (avec des\nsiècles de civilisation en plus). - Bah, qu'est-ce que\nma biographie leur ferait, avec leur pain de chaque\njour et les amours et les décès autour? Oui, sans\ndoute, un instant, sur la scène, après-dîner; mais, dès\nrentrés chez eux!... Les hommes et les femmes, par\ncouples, admireront mes scrupules d'existence, mais ne\nles imiteront nullement et n'en auront pas plus honte\nentre eux, d'homme aimé à femme aimée, dans leurs\nfoyers. Plus tard, on m'accusera d'avoir fait école ! Et\nsi je nommais, moi, mon sacré Maître, mon universel\nMaître! - Pourtant, ah ! comme je suis seul! Et, vrai,\nl'époque n'y fait rien. J'ai cinq sens qui me rattachent\nà la vie; mais, ce sixième sens, ce sens de l'Infini!\n- Ah! Je suis jeune encore; et tant que je jouirai de\ncette excellente santé, ça ira, ça ira. Mais la Liberté !\nla Liberté! Oui, je m'en irai, je redeviendrai ano-\nnyme parmi de braves gens, et je me marierai pour\ntoujours et pour tous les jours. Ç'aura été, de toutes\nmes idées, la plus hamlétique. Mais ce soir, il faut",
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     "texte": "188\nLa Vogue.\nagir, il faut s'objectiver! En avant par-dessus les tombes!\ncomme la Nature.\nHamlet descend de sa tour, enfile un long corridor ta-\npissé de monotones vues du Jutland (auxquelles il lance\nen passant des crachats héroïques), puis tourne par un\npalier où les deux hallebardiers de faction ont à peine le\ntemps de le reconnaître et de se mettre au port d'arme;\nd'autres, sur les banquettes, jouent aux osselets ;\nHamlet leur crie en passant: Sustine et abstine I Liberté,\nliberté ! et, sifflotant, il descend encore un escalier, et\nse trouve sous le péristyle de sortie, devant la loge du\nchâtelain.\nLa fenêtre du châtelain est ouverte ; à la persienne,\npend une cage. Avant même de voir cette cage, Hamlet\nse rue dessus, l'ouvre, y cueille un tiède canari qui\ns'endormait, lui tord le cou entre le pouce et l'index,\net toujours sifflotant plus allegro, le lance au fond de\nla chambre, à la tête (mais ceci par hasard) d'une\npetite fille qui est là, faisant du crochet, profitant du\ndernier filet de jour, et qui s'arrête, les yeux ronds et\nles mains jointes devant ce foudroyant forfait.\nHamlet s'enfuit sans se retourner. Et soudain il revient\nà cette fenêtre, et entre dans cette chambre. La petite\nfille est toujours là, les mains jointes. Il se jette à ses\npieds.\n-\nOh! pardon, pardon! Je ne l'ai pas fait exprès!\nOrdonne-moi toutes les expiations. Mais je suis si bon !\nJ'ai un cœur d'or comme on n'en fait plus. Tu me com-\nprends, n'est-ce pas, Toi?\n-\nO monseigneur, monseigneur ! balbutie la petite\nfille. Oh! si vous saviez ! Je vous comprends tant! Je\nvous aime depuis si longtemps ! J'ai tout compris !...\nHamlet se lève. « Encore une! », pense-t-il.",
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     "texte": "La Vogue.\n189\n-\nEst-ce que ton père est malade ?\n- Non, monseigneur.\n-\ngénie.\n-\n-\nTant pis; tu lui poserais des cataplasmes avec\nOh! vous, vous! Je vous soignerais si bien !\nC'est ça; je repasserai lundi prochain; mon can-\ncer ne suppure pas encore (je ne sais vraiment ce\nqu'il a). A lundi, cher ange.\nHamlet s'éloigne, dûment soulage. « C'est encore\npour me faire la main, que j'ai tué cet oiseau » pense-t-il.\nJeune et infortuné prince ! Ces étranges impulsions\ndestructives le prennent souvent à la gorge, depuis le\ntrop trop irrégulier décès de son père.\nUn jour, Hamlet était parti de grand matin pour la\nchasse. La préméditation, cette fois, l'avait tenu éveillé\ntoute la nuit (la nuit qui porte conseil). Armé d'on ne\npeut plus excellentes épingles, il préluda par embrocher\nles scarabées que la Providence mettait sur son chemin,\nles laissant ensuite continuer le leur ainsi. Il arracha\nleurs ailes aux papillons futiles, décapita les limaces\ntrancha les pattes de derrière aux crapauds et gre-\nnouilles, poivra de salpêtre une fourmillère et y mit\nle feu, recueillit maints nids gazouilleurs dans les\nbuissons et les abandonna au fil de la rivière prochaine\npour leur faire voir du pays; tout cela en cinglant à\ndroite à gauche mille fleurs, sans égard pour leurs\nvertus pharmaceutiques. Et puis, en chasse ! La forêt,\nde ses mille rumeurs printanières, le ravissait, telle\nune chambre de torture de ses mille grésillements sur\nles réchauds ! Et finalement, le soir, après une vaine\nsieste plus loin sous des arbres qui n'avaient rien vu, en\nrevenant sur ses pas, un dernier spasme le poussa à\nprélever, sur les victimes qui n'avaient pu s'aller cacher",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "190\nLa Vogue.\npour mourir, et qu'il retrouvait en son chemin, une\nlivre d'yeux crevés; il s'en y lava les mains, il s'en\ngraissa les phalanges, il faisait craquer ses phalanges,\ndéjà tout tiraillé de malaises. Ah ! c'était LE DÉMON DE\nLA RÉALITÉ ! l'allégresse de constater que la Justice\nn'est qu'un mot, que tout est permis - et pour cause,\nNom de Dieu ! - contre les êtres bornés et muets. Mais\nen approchant du château, Hamlet, fourbu d'insomnie\net de stupides exaltations, avait senti la vaste peine du\ncrépuscule le circonvenir pour l'étrangler. Il rentra à\npas de loup, courut s'enfermer dans sa tour, sans\nlumière, barbottant halluciné dans un grouillement\nclignotant d'yeux crevés, d'yeux crevés et barbouillés\nd'inessuyables larmes, puis se blottit tont habillé sous\nses couvertures, cuisant de sueurs froides, pleurant\nde l'élixir de larmes, songeant presque à s'assassiner,\nou du moins à se balafrer, en expiation; sentant bien son\nbon cœur, son cœur d'or submergé à jamais dans cette\nmare de pauvres yeux crevés immortellement pensifs.\n-\nLe lendemain : « Bah ! ai-je été assez ridicule! Et\n<< les guerres! Et les tournées d'abattoir des siècles\n<< du monde antique, et tout ! Piteux provincial !\n<<< Cabotin! Pédicure ! »\nHamlet ne s'affecte donc pas plus que ça de l'irré-\nparable meurtre de ce petit oiseau, - un simple coup\nde soupape accordé à ses animal spirits. C'est fort\ncommode; et si Hamlet n'en est pas encore à songer\nqu'il n'a guère autrement apprécié la triste Ophélie\n(oh ! guère autrement pauvre oiseau ! ) son Ange\nGardien n'en pense pas moins.\nLe cimetière d'Elseneur gît tassé en pente sur le\ngrand chemin à vingt minutes de la ville. Hamlet passe\nsous la triple porte d'enceinte ; cinq ou six boutiques",
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     "texte": "La Vogue.\n191\nvivent là du Corps de Garde; et puis, c'est la campagne\ntriste et plate, hors remparts.\nDes ouvriers rentrent; une noce stationne se concer-\ntant sur ce qu'elle pourrait bien faire par la ville à cette\nheure.\nOn ne reconnaît guère le prince Hamlet à Elseneur.\nOn hésite. On ne salue pas. Et d'ailleurs, sa petite\npersonne..... Jugez plutôt.\nDe taille moyenne et assez spontanément épanoui,\nHamlet porte, pas trop haut, une longue tête enfantine;\ncheveux châtains. s'avançant en pointe sur un front\npresque sacré, et retombant, plats et faibles, partagés\npar une pure raie à droite, céler deux mignonnes\noreilles de jeune fille ; masque imberbe sans air glabre,\nd'une pâleur un peu artificielle mais jeune ; deux yeux\nbleu-gris partout étonnés et candides, tantôt frigides,\ntantôt réchauſſés par les insomnies (fort heureusement,\nces yeux romanesquement timides rayonnent en penseurs\nlimpides et sans vase, car Hamlet, avec son air de\nregarder toujours en-dessous comme cherchant à tâter\nd'invisibles antennes le Réel, ferait plutôt l'effet d'un\ncamaldule que d'un prince héritier du Danemarck);\nun nez sensuel; une bouche ingénue, ordinairement\naspirante, mais passant vite du mi-clos amoureux à\nl'équivoque rictus des gallinacées, et de cette moue\ndont les coins sont tirés par les boulets de la galère\ncontemporaine au rire irrésistiblement fendu d'un\njoufflu gamin de quatorze ans ; le menton n'est, hélas!\nguère proéminent, guère volontaire non plus l'angle du\nmaxillaire inférieur, sauf aux jours d'ennuis immortels\noù la machoire alors portant en avant et les yeux par\ncela-même reculant dans l'ombre du front vaincu, tout\nle masque rentre, vieilli de vingt ans. Il en a trente.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "192\nLa Vogue.\nHamlet a les pieds féminins; ses mains sont solides\net un peu tortues et crispées; il porte une bague\nà scarabée égyptien d'émail vert à l'index de la main\ngauche. Il ne s'habille que de noir, et s'en va, s'en\nva, d'une allure traînarde et correcte, correcte et traî-\nnarde.\nD'une allure traînarde et correcte Hamlet chemine\ndonc devers le cimetière.\nIl croise des troupeaux de prolétaires, vieux, femmes\net enfants, revenant des bagnes capitalistes quotidiens,\nvoûtés sous leur sordide destinée.\n-\nParbleu ! songe Hamlet, je le sais aussi bien que\nvous, sinon mieux; l'ordre social existant est un scan-\ndale à suffoquer la Nature! Et moi, je ne suis qu'un\nparasite féodal. Mais quoi! Ils sont nés là-dedans, c'est\nune vieille histoire, ça n'empêche pas leurs lunes de\nmiel, ni leur peur de la mort; et tout est bien qui n'a pas\nEh oui! Levez-vous, un beau jour ! mais pour\nqu'alors ça finisse! Mettez tout à feu et à sang !\nÉcrasez comme punaises d'insomnies les castes, les\nreligions, les idées, les langues! Refaites-nous une\nenſance fraternelle sur la Terre, notre mère à tous,\nqu'on irait pâturer dans les pays chauds.\nfin.\n-\nDans les Jardins\nDe nos instincts,\nAllons cueillir\nDe quoi guérir.\nOui, va-t-en voir s'ils viennent ! Ils sont trop tyrans\ndomestiques pour cela, et pas encore assez esthétiques\net pour longtemps encore trop lâches devant l'Infini.\nQu'ils gobent bouche bée un Polonius, philanthrope",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "La Vogue.\n193\n-\nquelconque, qui leur chante: « Enrichissez-vous ! »\nEt dire que j'ai eu un instant ma folie d'apôtre,\ncomme Çakya-Mouni fils de roi! Oh! là, là, moi, avec\nma chère petite vie unique (que j'aurai à partager\navec une chère petite femme unique) attacher ce grelot!\nEt prendre pour cela ma folle tête sonore ! Ne soyons\npas plus prolétaire que le prolétaire. Et toi, Justice\nhumaine, ne soyons pas plus forte que Nature. Oui,\nmes amis, mes frères ! L'au-petit-bonheur historique,\nou la purgation apocalyptique, le bon vieux Progrès ou\nle retour à l'état de nature. En attendant, bon appétit.\nLa montée du sentier qui mène à la grille du cime-\ntière est pénible. Hamlet se renfrogne et froisse des\ncoquelicots dans ses doigts. Il arrive trop tard; la\ncérémonie concernant Polonius est enterrée; les der-\nnières silhouettes officielles sortent. Hamlet s'accroupit\nderrière une haie pour les laisser passer sans être vu.\nQuelqu'un donne le bras à Laërtes, fils du défunt, qui\nfait peine à voir. Une voix dit, comme d'un poussé à\nbout: << Hé! quand on a un fou à la maison on l'en-\nferme ! »\nEn se relevant, Hamlet remarque qu'il vient d'en-\ndommager gravement une fourmilière. - « Autant que\n<< faire! pense-t-il. Et pour que le Hasard m'ait des\n<< obligations...» Et il achève ladite fourmilière à coups\nde talon.\nTout le monde est sorti, Hamlet ne trouve dans le\ncimetière que deux fossoyeurs. Il s'approche du pre-\nmier, lequel arrange les couronnes déposées sur la\ntombe de Polonius.\n-\nNous n'aurons son buste que le mois prochain,\nlui déclare cet homme, sans y être autrement invité.\nDe quoi est-il mort? Sait-on?\n-",
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     "texte": "194\nLa Vogue.\n-\nD'une attaque d'apoplexie. C'était un bon vivant.\nAlors, là, Hamlet, qui, en conscience et malgré son\name riche, ne s'en était pas encore avisé, sent qu'il a\ndécidément tué un homme, supprimé une vie, une vie\ndont on peut témoigner. Le nommé Polonius,... il gui-\ngnait devant lui au moins quarante bonnes années encore\net Hamlet les a, d'une estocade irréfléchie mais fatale,\nma foi, rayées, comme on biffe dans un exorbitant\ndevis d'architecte. Est-ce que ces menus conflits de\nphénomènes riment à quelque chose au-delà d'ici-bas?\nHamlet se campe devant ce fossoyeur qui l'observe,\nattendant des compliments sur son arrangement des\ncouronnes; il le toise supérieurement et puis lui aboie\npar la figure: « Words! words! words! entendez-\n<< vous ! des mots, des mots, des mots! >>>\nEt il se dirige vers l'autre fossoyeur sans entendre\ncelui-ci lui crier un « Eh va donc, fainéant!».\n-\n-\nEt vous mon brave homme que faites-vous là?\nSa seigneurie le voit, je retape les vieilles\ntombes. Ah! il y a beaux jours que les vieux ont séché\nles plâtres par ici. Notre cimetière est toujours resté\naussi petit, cependant que les bontés du feu roi dou-\nblaient presque la population de sa bonne ville.\nLe fossoyeur un peu pris de vin tâche à se caler sur\nsa bêche.\n-\n-\nAh! ah! vraiment ? doublé la population...\nOn voit que sa seigneurie n'est pas d'ici. Le feu\nroi (mort aussi d'une attaque d'apoplexie) était coureur\nmais bel homme et un cœur d'or, et partout où il pro-\ngénitait il laissait de vraies caresses et de bons écus à\nson effigie.\n-\nMais dites-moi, le prince Hamlet est bien le fils\nde sa femme Gerutha?",
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     "texte": "La Vogue.\n195\n-\nHé point ! Sa seigneurie a peut-être oui parler de\nfeu l'incomparable fou Yorick...\n-\n-\nSans doute.\nEh bien, le prince Hamlet est tout bonnement\nson frère par la mère.\nHamlet frère d'un fou de cour.\n-\n-\nEt cette mère, elle?\nParfaitement, la mère était bien la plus diaboli-\nquement belle gypsie que, sauf votre respect, on ait\njamais vue. Elle vint ici, disant la bonne aventure avec\nson fils Yorick. Elle fut retenue au château et, un an\naprès, mourut en mettant au monde le noble Hamlet;\nquand je dis en mettant au monde... Elle mourut de\nl'opération césarienne qu'on lui fit.\n-\nAh! ah! Cet Hamlet fut pas facile à attirer dans\nce monde d'ici-bas.\n-\nParfaitement. Elle était enterrée où sa seigneu-\nrie voit qu'on a déblayé. Un ordre de la reine nous\nvint l'autre mois d'exhumer ses restes et de les brûler,\nbien que la Gypsie fut chrétienne aussi bien que vous\net moi, à preuve que nous pintâmes à tire-larigot ce\njour-là. Et puis est venu le tour de la tombe de son\npauvre Yorick, dont sa seigneurie peut fouler ici les\nrestes, et que j'arrange pour recevoir dans une heure le\ncorps de la noble fille de Polonius, Ophélie, qu'on a\nretrouvé. Hé oui, nous sommes tous mortels.\n-\n-\nAh! Ophélie... on a retrouvé cette demoiselle ?...\nPrès de l'écluse, monsieur. C'est son frère\nLaërtes qui ce matin est venu nous avertir. Il faisait\nbien peine à voir, ce jeune homme. Il est très aimé\nVous savez qu'il s'occupe de la question des logements\nd'ouvriers ? Il faut dire aussi qu'il se passe de drôles de\nchoses,",
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     "texte": "196\nLa Vogue.\n-\nEt l'on assure avec cela, n'est-ce pas, que le\nprince Hamlet est devenu fou? (Oh! mon Dieu, mon\nDieu! près de l'écluse.....)\n-\nOui, oui, c'est la débâcle. Oh! je l'ai toujours\ndit, nos sommes mûrs pour l'annexion. Le prince\nFortimbras de Norwège va nous faire notre affaire un\nde ces quatre matins.\n-\nC'est bien. Continuez.\nHamlet met un écu dans la main de l'homme et\nramasse le crâne de Yorick; et il va se perdre, d'une\nallure traînarde et correcte, entre les cyprès et les\nmausolées, accablé de destinées, de bien louches des-\ntinées, ne sachant plus trop par quel bout reprendre un\npeu décemment son rôle.\nHamlet s'arrête; il tient le crâne de Yorick embou-\nché à son oreille, et écoute, perdu...\n-\nAlas, poor Yorick! Comme on croit entendre dans\nun seul coquillage toute la grande rumeur de l'Océan,\nil me semble entendre ici toute l'intarissable symphonie\nde l'âme universelle dont cette boîte fut un carrefour\nd'échos. Voilà une solide idée. Et voyez-vous une espèce\nhumaine qui ne s'enquerrait pas davantage, qui s'en\ntiendrait à cette rumeur vaguement immortelle qu'on\nentend dans les crânes, en fait d'explications de la\nmort, c'est-à-dire en fait de religion? Alas, poor Yorick!\nLes petits helminthes ont dégusté l'intellect à Yorick.\nC'était un garçon d'un humour assez infini: mon frère\n(même mère pendant neuf mois) si toutefois ce titre\ncommande une attiude spéciale. Il fut quelqu'un. Il\navait le moi minutieux, entortillé et retors; il se gobait.\nOù ça est-il passé ? Ni vu, ni connu. Plus même rien\nde son somnambulisme. Le bon sens lui-même, dit-on,\nne laisse pas de traces. Il y avait une langue là-dedans;",
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     "texte": "La Vogue,\n197\n-\n-\n-\nça grasseyait: << Good night, ladies, good night sweet\n« ladies; good night, good night. » Ça chantait, et\nsouvent des gravelures. - Il prévoyait! (Hamlet fait\nle geste de lancer le crâne en avant). Il se souvenait !\n(Même geste en arrière.) Il a parlé, il a rougi, il a BAILLÉ !\n- Horrible, horrible, horrible! - J'ai peut-être encore\nvingt ans, trente ans à vivre, et j'y passerai comme les\nautres. Comme les autres!\nO tout ! quelle misère\nne plus y être!\nAh! Je veux des demain partir,\nm'enquérir par le monde des procédés d'embeaume-\nment les plus adamantins.\nElles furent aussi, les\npetites gens de l'Histoire, apprenant à lire, se faisant\nles ongles, allumant chaque soir la sale lampe; amou-\nreux, gourmands, vaniteux, fous de compliments et de\npoignées de mains et de baisers, vivant de cancans de\nclochers, disant: « Quel temps fera-t-il demain? Voici\nl'hiver qui vient Nous n'avons pas eu de prunes\ncette année. » - Ah! tout est bien qui n'a pas de fin,\nEt toi, Silence, pardonne à la Terre; la petite folle ne\nsait trop ce qu'elle fait; au jour de la grande addition\nde la Conscience devant l'Idéal, elle sera étiquetée d'un\npiteux idem dans la colonne des évolutions miniatures\nde l'Évolution Unique, dans la colonne des quantités\nnégligeables. - Et puis, des mots, des mots, des\nmots! Ce sera là ma devise tant qu'on ne m'aura pas\ndémontré que nos langues riment bien à une réalité\ntranscendante. - Quant à moi, avec mon génie, je\npourrais être ce qu'on appelle communément un Mes-\nsie; mais voilà, trop trop dilletante. Je comprends\nout, j'adore tout et veux tout féconder. C'est pour-\nquoi, comme je l'ai gravé au mur de mon lit en un\ndystique également rossard :\n...",
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     "texte": "198\nLa Vogue.\nMa rare faculté d'assimilation\nContrariera le cours de ma vocation.\n-\nAh! que je m'ennuie donc supérieurement! - Eh\nbien, qu'est-ce que j'attends ici? - La mort ! La mort !\nEst-ce qu'on a le temps d'y penser, si bien doué que\nl'on soit? Moi, mourir! Allons donc ! Nous en recau-\nserons plus tard, nous avons le temps. Mourir!\nC'est entendu, on meurt sans s'en apercevoir comme\nchaque soir on entre en sommeil. On n'a pas cons-\ncience du passage de la dernière pensée lucide au\nsommeil, à la syncope, à la mort. C'est entendu. Mais\nne plus être, ne plus y être, ne plus en être ! Ne plus\npouvoir seulement presser contre son cœur, par une\naprès-midi quelconque, la séculaire tristesse qui tient\ndans un accord au piano!\nMon père est mort, cette\nchair dont je suis un prolongement n'est plus. Il gît\npar là, étendu sur le dos, les mains jointes. Qu'y puis-je,\nque passer un jour à mon tour par là? Et on me verra\naussi, dignement étendu, les mains jointes, sans rire!\nEt l'on se dira: «Quoi c'est donc là, là, ce jeune Ham-\nlet si gâté, si plein d'une verve amère ? C'est lui là, de-\nvenu si sérieux, comme les autres; il a accepté sans\nrévolte et de ce grand air si digne cette criante injus-\ntice d'être là ? »\n-\nHamlet se prend son futur crâne de squelette à deux\nmains.\n-\nOh! voyons! voyons! Soyons sérieux ici! Oh!\nJe devrais trouver des mots, des mots, des mots! Mais\nqu'est-ce donc qu'il me faut, si ceci me laisse froid ? -\nQuand j'ai faim, j'ai la vision intense des comestibles;\nquand j'ai soif, j'ai la sensation nette des liquides;\nquand je me sens le cœur tout célibataire, j'ai à san-",
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     "texte": "La Vogue.\n199\ngloter le sentiment des yeux chéris et des épidermes de\ngrâce; donc si l'idée de la mort me reste si lointaine,\nc'est que je déborde de vie, c'est que la vie me tient.\nAh! ma vie, donc à nous deux !\n-\n-\nHé là-bas, vous ! lui crie le second fossoyeur,\nvoilà justement le convoi d'Ophélie qui monte!\nLe premier mouvement du penseur Hamlet est de\nsinger à ravir le clown réveillé par un coup de mail-\nloche à grosse caisse dans le dos; et c'est tout juste\nqu'il le réprime. Puis il se glisse derrière une balustrade\ntrilobée à jour et s'apprête à voir un peu.\nLe mélancolique convoi débouche (une fois pour\ntoutes!) dans le cahotement de la montée, des roses\nblanches tombent du velours noir recouvrant le cercueil\ntombent, hélas! une fois pour toutes !\n-\nElle n'est cependant pas si lourde, pense Hamlet\navec intérêt. J'oubliais; elle doit être gonflée d'eau\ncomme une outre; petite sale; repéchée à l'écluse! Elle\ndevait finir par là, ayant puisé sans méthode dans ma\nbibliothèque. — Oh! mon Dieu ! Maintenant j'apprécie\nses grands regards bleus! Pauvre, pauvre jeune fille !\nSi maigre et si héroïque! Si inviolée et si modeste!\n-\nEh tant pis! C'est la débâcle ! la débâcle! Le con-\nquérant Fortimbras en eût fait demain sa maîtresse; il\nest turc là-dessus ! Et Elle en serait incontestablement\nmorte de honte, je la connais, l'ayant bien dressée !\nElle en serait décédée ne laissant qu'une bien vilaine\nréputation de Belle Hélène, tandis que, grâce à moi...\nHamlet s'oublie un instant à suivre les gestes des\nmoines officiant autour du trou; et soudain, crispé d'un\nremords plus qu'à fleur de nerfs :\n-\nTout de même! tout de même ! Moi qui ai si bon\ncœur, moi dont le cœur d'or est si connu, avoir fait ça!",
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     "texte": "200\nLa Vogue.\n-\nOh I fi, Hamlet, fil...\nPauvre Ophélie, pauvre Lili;\nc'était ma petite amie d'enfance. Je l'aimais! C'est évi-\ndent! Ça tombait sous les sens! Et même, je ne deman-\ndais pas mieux que de me régénérer selon le regard\nde son sourire. Mais, l'Art est si grand et la vie est si\ncourte ! Et rien n'est pratique. Et par ma mère et mon\nfrère et tout, j'étais damné d'avance. (Oui il y a de ça.)\nEt donc, alors, la peine que, en conséquence, je ne\npouvais manquer de lui faire, la rendit si maigre, si\nmaigre, que l'anneau d'alliance que je lui avais, en\ndes temps meilleurs, passé au doigt, en tombait à\nchaque instant, preuve céleste que... Et puis, elle avait\nl'air par trop périssable. Et puis, avec ces galas de la\ncour, ou l'on se décolète dès seize ans, ses épaules ne\nme furent pas une virginité à saccager; le diable me\nconfisque si je me rappelle quand j'ai vu ses épaules\npour la première fois ! Or, on le sait, la virginité des\népaules, c'est tout pour moi, je ne transige jamais là-\ndessus. Et puis, elle en était venue là comme les autres,\nmalgré tout le céleste de ses regards levés. J'étais donc\nvolé. Il ne me restait plus qu'à observer ses menus gestes\nde femelle; je songeais : « A quels yeux croire désor-\nmais! fi! J'aurais dû lui crever les yeux, ces yeux, et\nm'y laver les mains ». Et enfin, d'ailleurs, cette infer-\nnale voix qui toujours arrivait bonne première à nos\nrendez-vous et m'étourdissait à ne m'y plus reconnaître\nde « l'embrassera! pas ! C'est absolu! non, des mots,\ndes mots, des mots ? » J'en serais devenu fou. Je dois\nme ménager. — Allez, allez, psalmodiez Holy, holy,\nholy, Lord God Almighty! La personnalité divine,\nquelle idée ! Voilà ce qui s'appelle faire des personna-\nlités.\nSon paradis, c'est encore mon souvenir. Car,\nen effet, elle avait ce que je demanderai toujours à la\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n201\nfiancée de mon génie, une bouche ingenûment accueil-\nlante mais gardée par deux grands yeux qui savent, ou\nbien (comme cette actrice Kate, avouons-le) deux fins\nyeux bleus vagabonds et crédules gardés par une\nbouche ravagée avec le pli amer du coin immortelle-\nment sur la défensive. Et son profil, et c'est là d'ailleurs\nle seul étalon pour mesurer la beauté de la femme, ne\nrappelait celui d'aucun animal, du bull dog à la gazelle.\nEt dans l'intimité, je ne lui ai jamais surpris la nuance\nchienne. Bref, c'était une sainte en jupe simple. Il eût\nété dommage qu'elle vieillît. Et maîtresse de For-\ntimbras! Ah, Ophélie, que n'étais-tu née ma com-\npagne! que n'étais-tu assez inconnue pour cela? Je l'ai\naidée à se faner, la Fatalité a fait le reste.\nOphélie, Ophélie\nTon beau corps sur l'étang\nC'est des battons-flottants\nA ma vieille folie...\nLa cérémonie tire à sa fin (une fois pour toutes !). On\nentend les boules de terreau sonner sur le cercueil,\nsonner sur ce cercueil, hélas! une fois pour toutes !...\n-\nElle avait un torse angélique, encore une fois.\nQue puis-je à tout cela, maintenant? Allons, je donne\ndix ans de ma vie pour la ressusciter ! Dieu ne dit mot !\nAdjugé ! C'est donc qu'il n'y a pas de Dieu, ou bien\nque c'est moi qui n'ai même plus dix ans à vivre. La\npremière hypothèse me semble la plus viable, et pour\ncause.\nHamlet, homme d'action, ne quitte sa cachette qu'as-\nsuré, bien entendu, que cette brute de Laërtes a filé\navec toute l'honorable compagnie.",
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     "texte": "202\nLa Vogue.\n-\nMon frère Yorick, j'emporte votre crâne à la mai-\nson; je lui ferai une belle place sur l'étagère de mes\nex-voto, entre un gant d'Ophélie et ma première dent.\nAh! comme je vais travailler cet hiver avec tous ces\nfaits ! J'ai de l'infini sur la planche.\nLa nuit tombe! Ah! il faut agir! Hamlet reprend le\nchemin du château sans trop se laisser envahir par la\nquotidienneté de la nuit sur les grandes routes. Il\nmonte d'abord dans sa tour, déposer ce crâne, ce puis-\nsant bibelot. Il s'accoude un instant à la fenêtre, à\nregarder la belle pleine lune d'or qui se mire dans la\nmer calme et y fait serpenter une colonne brisée de\nvelours noir et de liquide d'or, magique et sans but.\nCes reflets sur l'eau mélancolique... La sainte et\ndamnée Ophélie a flotté ainsi toute la nuit...\n-\nOh? je ne puis pourtant pas me tuer, me priver\nde vivre! Ophélie! Ophélie? Pardonne-moi! Ne pleure\npas comme ça !\nHamlet rentre dans sa chambre et tâtonne fébrile-\nment.\n-\nJe ne peux pas voir les larmes des jeunes filles.\nOui faire pleurer une jeune fille, il me semble que c'est\nplus irréparable que l'épouser. Parce que les larmes\nsont de la tout enfance; parce que verser des larmes,\ncela signifie tout simplement un chagrin si profond que\ntoutes les années d'endurcissement social et de raison\ncrèvent et se noient dans cette source rejaillie de\nl'enfance, de la créature primitive incapable de mal.\nAdieu beaux yeux, quand même inviolés car inapprivoi-\nsables, d'Ophélie ! Il se fait tard, il faut agir; à demain\nles baisers et les théories.\n-\nHamlet descend pour voir comment sa pièce est\nmise en train.",
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     "texte": "La Vogue.\n203\nUn corridor, où d'ordinaire campe la réserve de\nbuſſet des grands bals de gala, a été divisé en cabinets\net doit servir de coulisses à ces comédiens.\nHamlet, sans y trop songer, pousse doucement la\nporte d'un de ces cabinets et entre. Il s'arrête dès le\nseuil. Là, vraiment, parmi les coffres déballés, éplorée\ncomme une Madeleine, toute hoquetante des derniers\nsanglots d'une crise, cette actrice Kate gît sur le par-\nquet, en robe de brocard rouge lamé d'or à traîne,\nmais sans corsage encore, les bras et les épaules offerts,\nla poitrine nature en une chemisette à plissés merveil-\nleux, là, en pauvre créature.\nHamlet clot dextrement et doucement la porte der-\nrière lui, et s'approche de cette nouvelle histoire.\n-\nEh bien? qu'est-ce que c'est, Kate? Qu'est-ce\nque vous avez?\nLa belle Kate ne s'émeut pas plus que cela de la\nprésence de son Altesse. Elle reste encore des minutes\nainsi prostrée dans la supériorité de ses larmes, dans\nson enfance retrouvée. Puis (comme il faut bien tou-\njours finir par agir) elle se lève; et, sans plus s'occuper\nde son Altesse que pour lui tourner le dos, elle se re-\nprend à organiser de-ci de-là dans le désordre sa toi-\nlette de reine d'un soir, rageant avec des restes de\nlarmes contre des nœuds de lacets.\nJULES LAFORGUE.\n(A suivre.)",
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     "texte": "LE POLEMOSCOPE\nOU\nLA CALOMNIE DEMASQUÉE\nPar la presence d'Esprit\nTRAGI-COMÉDIE EN TROIS ACTES\nPrésentée à S. A. Madame la Princesse de Clari, née Princesse de\nLigne, à son château de Toeplitz, dans l'été de l'année 1791.\nTROISIÈME ACTE\nSCÈNE I\nTALVIS - puis GISORS.\nTALVIS. - (sortant de son appartement). Je l'ai vue\ndescendre de sa voiture avec son vieux mari, mais je\nsais à n'en pouvoir pas douter qu'elle est allée chez\nle maréchal toute seule, Madame n'a pas voulu de\nmoi. C'est outrageant et cela n'est pas masqué. Je\nne peux plus y tenir, j'enrage, mais voilà encore son\nombre. (A Gisors) Fort bien; avez vous dîné bien\ngayement.",
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     "texte": "La Vogue.\n205\nGISORS.\nTALVIS.\n- Tout à merveille, on ne t'a pas vu.\n-\n-\nJ'ai dîné dans ma chambre, avec un ami,\nqui m'a conté l'histoire de la menteuse. Elle fait du\nbruit au moins, et el'e te rend ſameux. La marquise\nmême a pris le parti de la narrer vaguement à tout le\nmonde.\nMais crois-tu que cette espiéglerie te\nfasse beaucoup d'honneur. Sache qu'elle ne t'en fait\nguère, malgré que la tournure soit assez dans le goût\nitalien, et que la comtesse doive trouver ta politique\nsublime. Actuellement voilà ta passion qui n'est\nplus un mystère.\n-\nGISORS.\nIl n'y a que les ſainéants qui puissent s'oc-\ncuper de pareilles billevesées, et la marquise a tort\nde débiter cette misère en l'interprétant mal et\ncomme une affaire de conséquence. Mais en atten-\ndant j'espère qu'on se gardera de m en trop plaisanter\ncar il pourrait me venir le caprice de ne pas entendre\nraillerie.\nTALVIS.\n-\nTu ne nous empêcheras pas d'en rire, je\npense. J'attends ici que la comtesse sorte, pour lui\ndemander bien rondement, par quelle raison elle n'a\npas voulu me conduire chez le maréchal, tandis que\nje sais qu'elle y est allée toute seule.\n-\nCISORS.\nJe peux t'en dire la raison moi-même. Elle\nétait allée prendre madame de Saint-Second, mais\nelle l'a trouvé avec ue migraine très forte.\n-\nTALVIS,\nC'est fort heureux, mais il me semble\nqu'elle aurait pu me prendre avec, tout de même.\nCar sa voiture a un strapontin très bien garni.\nGISORS.\n-\nEst-il possible qu'en dépit de ton esprit,",
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     "texte": "206\nLa Vogue.\ntu veuilles t'obstiner à gener; tu veux plaire et che-\nmin faisant tu fais tout ce qu'il faut pour déplaire.\n-\nTALVIS.\nC'est que je suis franc. C'est que j'aime\nbien, c'est que je n'ai pas besoin de tes leçons. Tu ne\nm'apprendras pas qu'il faille employer une menteuse\npour arriver à une déclaration. On ne m'a pas appris\nà user de ruse pour parvenir à ce que je désire. Ton\ntour de lorgnette peut avoir plu à la comtesse, mais\nil a très-déplu à la marquise, qui ne te le pardonnera\njamais. Si tu restes ici, tu te trouveras présent à la\nbelle scène.\nGISORS. - Quelle scène.\n-\nTALVIS.\nJe veux te dis-je, que la comtesse m'ins-\ntruise tout à l'heure, de la raison qu'elle peut avoir eu\nde me faire cet affront. C'est elle qui doit me le dire.\nJe veux la convaincre que son procédé est malhon-\nnête, odieux, insoutenable.\n-\nGISORS.\nLe tien est violent, grossier, injuste ; car\nenfin chacun est le maître d'user de son droit, et une\nfemme principalement, est la maîtresse de ménager\nses faveurs et de les distribuer à qui elle veut, et\ncomme bon lui semble, et encore plus lorsque cette\nfemme a des sentiments et des devoirs à ménager.\n-\nTALVIS.\nCe que tu dis est peut-être vrai, en gé-\nnéral; mais mon caractère ne me rend pas beaucoup\nendurant. T'aperçois-tu que tu as mauvaise grâce\navec ton ton d'apôtre.\n-\nGISORS.\nMon ton n'est que celui d'un ami et d'un\nloyal camarade. Je voudrais te voir tranquille et rai-\nsonnable. Tu as le privilège de loger ici, tu manges",
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     "texte": "La Vogue.\n207\ntous les jours avec elle. La réputation d'ami de la\nmaison devrait te suffire, ce me semble, et t'induire\nà vaincre une inclination que tu montres trop à dé-\ncouvert, et que la comtesse doit faire semblant de\nne pas connaître, car enfin, il n'y a jamais eu à\nCrémone, la moindre histoire sur son compte. Tu\ndevrais aussi songer qu'elle a un mari et que sa\ngloire...\nTALVIS. - Quelle gloire ? tes sermons me déplaisent\net tu ne parles qu'à l'air.\nGISORS.\n-\nJe n'entends pas ce que tu entends dire\npar parler en l'air. Je suis seulement fâché que tu\ndedaignes un bon conseil que je te donne.\nTALVIS.\nGISORS.\n-\n-\nEt quel est ce conseil, s'il vous plaît.\nCelui d'abandonner le projet de la séduire,\ncar ce projet l'insulte et quand même je te dis, cha-\nritablement que tu n'en viendras jamais à bout.\n-\nTALVIS.\nVoilà précisément ce que c'est que de\nparler en l'air, mais à ton langage très-clair, je dois\nenfin répondre avec une égale clarté. Le conseil que\ntu me donnes, mon cher, est celui que tu dois\nprendre pour toi-même. Car le projet dont tu me dis\nje ne viendrai jamais à bout n'est pas nouveau.\nApprends que c'est une affaire faite, que ce qui me\npique n'est que l'inconstance, et que je ne suis pas\nd'humeur à faire place à des successeurs. C'est donc\nà toi à quitter. Voilà qui est clair.\nGISORS. - Qu'entends-je, tu mens, infâme! j'en suis\nsûr. L'honneur de toute notre nation, celui de la\ncomtesse, et de cette maison que tu es indigne d'ha-",
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     "texte": "208\nLa Vogue.\nbiter, tout veut que je te fasse rendre l'âme, ou que\nje te force à arracher de mon cœur la mienne que\ntu viens d'empoisonner. Monstre ! mais je dois mé-\nnager la réputation de la comtesse. Suis-moi d'abord\ntraître et allons nous tuer en silence et où personne\nne pourra venir nous séparer. Je vengerai l'innocence\net l'hospitalité que tu outrages. Suis-moi. (Il s'ache-\nmine).\nTALVIS (le retenant.) - Arrête, écou moi, c'est\nactuellement qu'ayant besoin de sang\nje sais\nen avoir pour te donner un essai de ...on amitié.\nCalme-toi un moment, et nous irons nous battre à\nmort après, si tu le voudras; je te le promets Es-tu\ncapable de raison, et de m'écouter un moment.\nGISORS. - Oui, parle !\n-\nTALVIS.\nJe sais qu'un homme d'honneur doit\nménager celui d'une femme, et que toute indiscrétion\nla souille; mais dis-moi s'il est possible d'être indis-\ncret, sans être menteur.\nGISORS.\n-\nCela est très possible.\nTALVIS. - Je te dis donc que je ne suis pas menteur,\nquoique ma juste colère m'ait rendu indiscret; et je\nsoutiens que tu ne peux m'obliger à me battre, que\ndans le cas ou je ne puisse pas te convaincre que je\nn'ai dit que la vérité.\nGISORS. - Comment, scélérat tu crois pouvoir me\nconvaincre que tu as triomphe de la vertu de la com-\ntesse.\n-\nTALVIS.\nOui et avec évidence. Sans prendre cepen-\ndant fait et cause sur sa vertu devancière, dont je",
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     "texte": "La Vogue.\n209\nne m'embarrasse pas, et après, je te le répète, nous\nirons nous battre, si tu en auras encore envie.\nGISORS.\n-\nJe ne vois pas une évidence faite pour pro-\nduire une conviction pareille.\nTALVIS.\n-\nParions seulement cent louis que tu t'avoues\nconvaincu.\nGISORS.\n-\nVa les cent louis. Je te promets même que\nje ne me battrai plus si je perds.\n-\nTALVIS.\nFort bien, la gageure est allée et je te\nsomme de ta parole que nous ne nous battrons plus.\nGISORS, - Mais qui prononcera sur notre gageure,\nTALVIS. La comtesse même. Je la défierai à nier le\nfait.\n-\nGISORS (élevant la voix.) - Comment la comtesse\nmême - c'est le comble de la scélératesse, l'horreur\nde la calomnie.\n(Il tire l'épée.)\nA cc bruit, la comtesse sort de sa chambre et accourt\nallant se mettre devant Talvis, et le comte son mari\nreste immobile à observer sur la porte de son apparte-\nment, sans que les deux officiers l'aperçoivent. A l'ap-\nparition de la comtesse, Gisors remet son épée.\nSCÈNE II\nCOMTESSE GISORS\n-\n-\nTALVIS\n-\nLE. COMTE, à part.\nCOMTESSE (à Gisors). - Qu'est-il donc arrivé? quel\nemportement, M. de Gisors, a pu vous faire oublier\nla maison dans laquelle vous êtes.",
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     "texte": "210\nLa Vogue.\nGISORS.\n-\nJ'ai tort, madame, mais malgré l'apparence\nqui me condamne, ce que vous avez vu ne fut que\nl'effet du respect que je vous dois. Je vous en de-\nmande très humblement pardon. C'est pour la pre-\nmière fois de ma vie que j'ai contrevenu à un devoir\nindispensable et el'e sera la dernière. Permettez,\nmadame, que je m'éloigne.\nCOMTESSE (se reculant de queiques pas pour l'empêcher\nde partir). - Non, non, vous ne partirez qu'après\nque je me serai assurée, qu'il n'arrivera pas ailleurs\nce qui, heureusement n'est pas arrivé ici dans ce\nmoment. - Puis-je savoir la raison de votre diffé-\nrent?\nTALVIS - Oui, madame, vous devez la savoir, puisque\nvous êtes la seule qui en prononçant un seul mot,\npuissiez empêcher que nous allions vider notre que-\nrelle ailleurs. Nous avons parié cent louis sur une\nchose que vous seule pouvez juger. C'est vous qui\ndevez dire qui de nous deux est le vainqueur. Et\nd'abord que vous aurez parlé, le perdant payera et il\nn'y aura plus question de se battre. Gisors m'a\ndonné parole.\nGISORS, - C'est vrai, madame.\n-\nCOMTESSE.\nDites donc ce que c'est, et si la décision\nne peut dépendre que de moi. Je me crois trop heu-\nreuse de pouvoir terminer votre différent. Je dirai ce\nque j'en sais.\n-\nTALVIS.\nVoici donc le tout en peu de mots. Je me\nplaignais de vos rigueurs, lorsque monsieur, pour\ncalmer mes plaintes, s'avisa de me conseiller de cesser\nde vous faire ma cour en me disant, que je ne par",
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     "texte": "La Vogue.\n211\nviendrais jamais en pleine possession de vos bonnes\ngrâces. Ennuyé de ses sots conseils je lui ai répondu\nde les garder pour lui, puisque j'y étais déjà par-\nvenu. Il m'a appelé menteur, et il fallait se tuer\nlorsque je l'ai calmé, en lui offrant de le convaincre.\nIl acquiesça à la proposition, et je n'ai mis à la chose\nautre amende que celle d'une gageure de cent louis\nqu'il me paiera si j'ai dit vrai, et que je lui paierai si\nvous dites que j'ai menti. Vous voyez, madame, qu'il\nn'y a que vous qui puissiez prononcer en cette affaire\net la terminer entièrement et dans un instant.\nCOMTESSE (dans le plus grand trouble, regardant Gisors\net d'une voix tremblante).\nVous avez donc parié\ncent louis contre cet homme qu'il en a menti.\n-\nGISORS (aussi d'une voix entrecoupée). - Oui, ma-\ndame.\nCOMTESSE (recueillie en elle-même et tenant les yeux\ncontre terre; après une courte réflexion, elles les\ntourne sur Gisors et d'une voix affaiblie). - M. de\nGisors c'est à vous à payer à M. de Talvis les cent\nlouis puisque vous avez perdus. Je vous prie, mes-\nsieurs, tous les deux de sortir d'abord de ma maison\net de n'y remettre plus les pieds. (Les deux rivaux se\nsauvent; Talvis comme un furieux, Gisors à pas lents\net tenant ses deux mains contre son visage, la com-\ntesse se tourne pour aller se retirer, mais en voyant son\nmari elle tombe évanouie entre ses bras.\nCONTE.\n-\nSCENE III\nСомте - СOMTESSE,\nNanette! Mirabeau! un ſauteuil, de l'eau",
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     "texte": "212\nLa Vogue.\nfraîche (on fait asseoir la comtesse qui recouvre ses\nesprits). Console-toi mon ange; que j'ai tout en-\ntendu et que je n'en crois rien. Jamais femme ne\ns'est tirée d'un mauvais pas où l'imprudence la plus\neffrontée peut l'avoir entraînée avec plus de sagesse\net d'esprit. Je t'admire et je te remercie. Tu sais que\nje connais ton âme. Talvis est un monstre qui de-\nmain n'existera plus, je t'en donne ma parole: et\nGisors est le plus honnête de tous les hommes, qui\nne devait jamais gager, mais le scélérat l'a surpris.\nCOMTESSE (tenant un mouchoir près de son visage). -\nJ'ai cru devoir condamner l'innocent à payer pour\nconfondre l'infâme.\nCOMTE. - Tu as raisonné comme un ange, c'est le\nciel, c'est ton génie qui t'a inspiré de déclarer vain-\nqueur le calomniateur. Talvis fut comme frappé de la\nfoudre en entendant ta sentence. Il espérait de se\nvoir condamner à payer et il se serait trouvé satisfait\ndans son projet de vengeance. Il aurait payé la ga-\ngeure en se moquant et il aurait narré l'aventure en\nriant à toute l'armée française. Le raisonnement\nmondain t'aurait trouvé coupable précisément parce\nque tu aurais voulu te donner pour innocente, et\nGisors même étant vainqueur, n'aurait pas de toi la\nbonne opinion qu'il doit avoir à présent malgré ta\nsingulière confession. Il croirait avec tout le monde\nque tu n'as condamné Talvis à payer que pour le\npunir de son indiscrétion. Mais les cent louis que ce\nscélérat a gagné lui couteront cher.\nCOMTESSE.\n-\nJe suis fâché des discours que cet évé-\nnement fera tenir.\nCOMTE. Il faut avoir un peu de patience, car le fait\n-",
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     "texte": "La Vogue.\n213\npar sa nature doit tenir pour quelques heures le\njugement en suspens; mais je t'assure que demain\nil n'y aura qu'une seule voix sur ton compte, et on\npénétrera au vrai avec évidence. Tu resteras pure\ncomme la rosée du ciel, ma pauvre femme. Je pense\nque tu dois venir ce même soir à l'assemblée du\nmaréchal avec moi; - me feras-tu ce plaisir.\nCOMTESSE. - Ah, mon cher ami, je te prie de me laisser\nà la maison. Je vois tout le beau de cette démarche,\nmais je n'ai pas la force d'en soutenir l'idée. Songe\nqu'on m'a porté un coup mortel et que les sots hai-\nneux et malins sont plus nombreux que les amis et\nque les clairvoyants. Ce qui m'est arrivé est trop\nfort, et malgré mon innocence l'aventure ne laisse\nque d'être très mortifiante. Je dois me considérer\ncomme un être qui malgré que calomniée doit endos-\nser l'habit de deuil, jusqu'au moment pour le moins,\ndans lequel le public son juge, prononcera la sen-\ntence qui le déclare innocent.\nCOMTE.\n-\n-\n-\nTu as peut-être raison, ma chère âme,\nmais tu ne m'empêcheras pas d'y aller moi-même.\nCOMTESSE.\nPour cela non, je te prie même d'y\naller, mais de ne point du tout parler de l'affaire.\nCOMTE.\nJe te le promets et je suis persuadé que\npersonne n'osera m'en parler le premier. En atten-\ndant je te laisse pour aller ordonner quelque chose\nde conséquence. Voilà la marquise qui vient nous\nvoir. Je suis charmé de ne pas te laisser seule.\nSonge à reprendre ta gaieté.\n(A suivre.)\nJULES LAFORGUE.",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "CHRONIQUE\nParu chez Tresse et Stock les Demoiselles Goubert de Jean\nMoréas et Paul Adam nos collaborateurs.\nDans de brèves ordonnances de boulevards, de cafés, de maga-\nsins, de bals, de restaurants, des gens vont, viennent, ballent,\nambulent, mangent et boivent et s'aiment en effigies, de profil\ntout ou moins. Etres quotidiens coudoyés, indifférents.\nM. Goubert est mort ruiné, un Monsieur prend ses filles en\nune commerciale adoption et ces deux êtres jeunes débutent\ndans une vie inpréparée: et l'allance du chez soi au magasin,\nl'atelier, le commencement des amourettes, d'un style cursif,\nmetteur en scène, niellé par à-coups. Un duel à propos de peu,\nun duel de ces gens inconsistants tout en allures fixes et prévues,\nLes témoins partent - « hermétiquement boutonnés, roides pa\n« à-coups dorsaux, ils montent dans la blafardise de l'escalier.\n« Pierre Coulesko, très digne, bien que troublé un tartine!\n« reçoit les témoins de son adversaire. En toilette malinale :\n« veston de flanelle moulant la chule des reins, chemise de soie\n« mauve; et s'érige l'encolure vigoureuse où les nerfs saillent. I!\n« donne l'adresse de ses propres témoins d'une voix blanche. Alors,\n« c'est dans l'espace de deux secondes, des convexes de torses\n« piétées sur la tension du jarret des bras qui se ballent en\n<< avant inertes puis dans l'air la courbe mordorée des chapeaux\n« remis. Un claquement de porte qui se referme.\nEn consolation et repos de ces types vivants, les auteurs nous\nvoquent dans un intermède, Larves Lemures, Kobolds,",
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     "texte": "La Vogue.\n215\nMages etc.... et nous y montrent les psychologies fondamentales\nde leurs personnages mis en place dans la légende.\nHenriette-Fiorinetta. « Je suis la gentillesse des amourettes.\nAux pans de ma jupe, aux pleins de mes bas, à l'agacis de mon\nsourire troussé, les sages et les sots se hâtent. Pour éteindre le\nrire fantoche de mon cœur ils se hateni. »\nAlbarel-Léandre. « Je suis le prestigieux mannequin des élé-\ngances, des Manières exquises, des Diplomaties, des luxes des\nChamarres, etc...\nMarceline-Sylvia. « Dans la stagnante mélancolie, dans les lan-\ngueurs dans les torpeurs de la mort, dans le Souverain ennui et\nl'envie expectante, les imaginations meurent pour les immédiates\net impossibles réalités, et j'offre l'apparence de la sagesse. »\nIls rentrent dans la foule.\nCes lignes mieux qu'une analyse indiquent le roman: des\népisodes.\n« Galets bleuis qui, sous les pas, s'effondrent. Ourlet blanc de\nla mer; il croit, se cave, bave et puis croule.\nPlaine d'eaux intensément blanche et qui dans le ciel se perpétue,\ndans le ciel couleur d'eau pâlie. Et le ciel s'infléchit, revient\ns'effranger aux pavillons du casino, au grouillement de la foule,\naux cabanes blanches.\nUne silhouette.\n« Depuis des semaines, Henriette se trouve intimement liée avec\nMadame Gandon. Trente-trois ans, petite avec un torse d'andro-\ngyne, et l'épiderme facial mati, et des yeux comme deux grosses\nperles noires, et des narines qui battent, et des oreilles à la fine\nvoluté, et sa bouche équivoque - la galante dame Iphigénie\nGandon.\nSon appartement, un entresol aux bas plafonds inviteurs. Les\nmurs couverts d'étoffes à bouquets obscurs; et des coussins par\nles tapis de doux poil, et des coussins sur les fauteuils déclos\nainsi que des bras érotiques et des coussins dressés aux mols\ndivans attentatoires.\nLà parmi les fioles à liqueurs fortes et les assiettes de frian-\ndises, la gouvernante Gudule vague. L'accort perruquier Léopold\nvante ses thériaques de beauté.\nLe banquier Juif Jacobi avec son menton de talmache; lord\nSinclair torcol et cravaté d'incarnadin; le ci-devant bourgmestre\nhollandais Van der Tott et sa face saure. Roger de Silly; sigisbée\njamais las, les assidus d'Henriette.",
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     "texte": "210\nLa Vogue,\nMais les fleurstantôt marcescentes de son amie, Madam: Gandon\nles voudrait cueillir.\nBref, un roman intéressant de procédés et d'écriture, avec de\nla navrance somnambulique des existences superflues.\nSignalons l'apparition chez le bon Vanier de Paysage de femmes\nde Jean Ajalbert avec un dessin en couleur de J. F. Raffaelli.\nAu premier numéro de la Revue indépendante dirigée par\nMM. Félix Fénéon et Dujardin un drame populaire de Tolstoy\npour l'édification des mougiks et contre l'abus de l'eau-de-vie de\ngrains, un article nerveux de M. Huysmans sur l'architecture\ncuite, des vers de Jules Laforgue, un article de M. Stéphane\nMallarmé d'un grand intérêt, un article critique de M. Teodor\nde Wyzewa où l'évolution littéraire est jugée d'une phrase\nvraiment sommaire. En rade, roman de M. Huysmans, etc...\nL'Administrateur-Gérant : GUSTAVE ΚΑΗΝ.\n38",
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