{
 "numero_id": "aj-vogue-1886-t3-n7",
 "tome": "1886",
 "source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
 "articles": [
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-1",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "217",
   "page_fin": "227",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 227",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=223",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "217",
     "debut_caractere": 50,
     "fin_caractere_exclue": 896,
     "texte": "HAMLET\nOU LES SUITES DE LA PIÉTÉ FILIALE\n(Suite et fin.)\n- Voyons, c'est pas tout ça; qu'aviez-vous, Kate,\nma mie.\nEt il la prend gentiment par la taille.\n-\nDites-moi cela, à moi.\nEt voilà la belle Kate qui le regarde en face immor-\ntellement, et puis se laisse aller, cachant son visage\ndans la poitrine du chaste prince, et se remet à fondre\nen larmes, à pleurer toutes ses larmes sur ce pour-\npoint de velours noir où Ophélie en a déjà pas ma\nversé le mois passé.\nHamlet croit devoir lui semer la nuque de baisers\ncalmants et autres, en lissant les bandeaux de ses che-\nveux.\nIl faudrait la plume de Hamlet pour vous servir le\nsentiment de la beauté de Kate. Kate est une de ces\napparitions qui dans la rue, vous clouent là sans qu'on\nsonge à la suivre (à quoi bon? se dit-on; ce que sa\nvie doit être prise à celle-là!) et que dans un salon on",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=223",
     "seq": 223
    },
    {
     "page_imprimee": "218",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1667,
     "texte": "218\nLa Vogue.\nregarde, non d'un air beau, fou ou tendre, mais indif-\nférent et lointain (ce qu'elle doit être habituée aux\ntêtes qui se retournent ahuries! Pas la peine d'en gros-\nsir la cohue, pense-t-on). Puis on apprend qu'elle vit\ncomme une autre, ou mariée, ou seule, ou par-ci par-là.\nEt l'on s'étonne qu'elle ne soit pas la fameuse une telle,\nune accablée de drames internationaux malgré ses vingt-\ncinq ans et son air de monstre qui a toujours bien dormi\nla veille.\nEt Kate, qui a passablement roulé, a roulé rien moins\nqu'épiquement. Elle a roulé, ô misère! O petites villes,\nabat-jour des lampes, intermédiaires crasseux, claque-\nments de portes! O misère, & hasards, & occasions!\nElle a roulé, et cependant elle est là, elle vous regarde;\net la moue de sa bouche est une campanule éclose de\nce matin, et ses grands yeux inconnus balbutient :\n« Quoi?... Ah?... » et quelle modestie dans ce doux chi-\ngnon sur cette nuque délicate!\nAh! laissez donc,\nelle est de l'autre sexe, elle est esclave, elle ne sait pas...\n-\nElle ne sait guère, et Hamlet ne sait que promener\nde pitié et de chatterie la moue de ses lèvres adoles-\ncentes sur la peau tendrement rincée de ces chastes\népaules abattues de chagrin, et se montrer créature,\ncréature sans phrases. Mais non, les prairies naturelles\nsont loin, à cette heure! Il faut d'abord ſaire table rase,\net dès ce soir !\n- Maintenant, Kate, vous allez me dire pourquoi\nces larmes où je vous ai trouvée, & vous qui ne me\nconnaissiez pas hier et trouvez ce soir mes baisers natu-\nrels. Il faut me dire.\n- Oh! non, jamais.\n-\nC'est donc bien vilain, alors? Voyons, à moi...\nEt comme il achève ce mot dans ses épaules où il",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=224",
     "seq": 224
    },
    {
     "page_imprimee": "219",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1630,
     "texte": "La Vogue.\n219\npasse et repasse ses joues, elle le regarde en face,\nbaisse les yeux, s'étire les bras, et dit, très ennuyée,\nd'une voix maussade :\n-\nEh bien, voilà: Je ne suis qu'une malheureuse,\nmais j'ai l'âme haut placée, qu'on le sache. Dieu sait si\nj'en ai consommé, sur les planches, des héroïnes su-\nblimes! Mais, quand j'ai lu ces scènes de l'enfance et des\npremières fiançailles de mon rôle, dans votre espèce de\npièce, oh? tenez !... Comme c'est ça, notre pauvre\ndestinée pitoyable et impitoyable ? Oh! vous devez être\nunique et incompris! et non pas fou, comme ces gens à\ncure-dent et à éperons le disent. Mais aussi que\nvous avez dû en faire souffrir! - Alors, voilà, c'est\nbien simple... Non!\n- Continue, continue, Ophélia?\n-\nOh! tenez, voilà, en m'habillant je me répétais le\nmonologue à l'église, et soudain mon cœur a crevé de\nnouveau. Si vous saviez, comme j'ai un grand cœur !\nAh! j'en ai assez de cette existence cynique et vide !\nDemain je quitte tout, je reviens à Calais et j'entre en\nreligion pour me consacrer aux pauvres blessés de la\nguerre de Cent-Ans.\nHamlet, quoique bien élevé, ne peut guère contenir\nson allégresse d'artiste. C'est son baptême de poète ! et\ncette comédienne le lui apporte, ainsi enveloppé, de la\npremière scène de Londres. Et le voilà qui surmène la\npauvre Kate d'explications, se fait indiquer les moindres\nmots et, de tout son cœur cosmique, se mire dans ces\nyeux connaisseurs que son génie vient d'élargir de\ngloires.\n- Alors, tu crois que, devant un public de capitale\net aux lumières, l'effet serait renversant? Et qu'on me\nregarderait passer dans les rues en s'étonnant de mon",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=225",
     "seq": 225
    },
    {
     "page_imprimee": "220",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1579,
     "texte": "220\nLa Vogue.\nallure triste? Et que d'aucuns se tueraient devant\nl'énigme de ma vie? O Kate, si tu savais ! Ce drame-ci,\nce n'est rien, je l'ai conçu et travaillé au milieu de\nrépugnantes préoccupations domestiques. Mais j'en ai\nencore, là-haut, des drames et des poèmes, des féeries\net des métaphysiques, inouïs, foudroyants ou donneurs\nde mort lente! Ah! tiens, nous allons nous aimer, je\nquitte aussi tout, nous partirons cette nuit sous ce clair\nde lune si lucide! Je te lirai tout! nous irons vivre à\nParis !\nKate se reprend à pleurer en silence.\n-\nNon, non, Hamlet; ce n'est pas pour moi, je\nveux me retirer, entrer en religion, soigner les blessés\nde la très lamentable guerre de Cent-Ans.\nOn toque à la porte.\n-\nAllons, Kate, essuyez vos yeux intéressants,\nbâclez votre toilette; je reviendrai avant la fin du spec-\ntacle. Je vous aime, vous aime! Vous me direz des nou-\nvelles de cette immensité. Entrez !\n-\nC'est le régisseur; Hamlet lui intime en passant :\n-\nOn me garde le secret, n'est-ce pas? Ce drame\nne vient pas de moi. Il est le premier venu de votre\nrépertoire. Allez-y carrément.\n-\nHé! continue Hamlet, tout haut, en remontant\nchez lui, je me moque de cette représentation et de sa\nmoralité comme du premier amant de Kate. - Le sort\nest jeté ! Je tiens ma solution. Ces choses-là viennent\ntoujours d'où on les attendait le moins. A moi la vie et\nles alentours, et les très glorieux pessimismes quand\nmême !\nHamlet s'habille solidement, range des eaux-fortes\nqu'il entasse avec des manuscrits, de l'or et des\npierreries dans deux coffrets. Il choisit de menues",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=226",
     "seq": 226
    },
    {
     "page_imprimee": "221",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1628,
     "texte": "La Vogue.\n221\narmes. Puis, il allume un réchaud, pose dessus une\nplanche de cuivre à graver sur laquelle il couche\nensuite les deux statuettes de cire au cœur puérilement\npercé d'une aiguille, et les deux statuettes bientôt\ncoulent, s'unissant tendrement en une mare répugnante.\n-\nEt je me fiche aussi de mon trône. C'est trop\nabrutissant. Fortimbras de Norwège me dirait que c'est\nlà le meilleur parti à prendre. Soit; tout est bien. Les\nmorts sont morts. Je vais voir du pays. Et Paris! Je\nsuis sûr qu'elle joue comme un ange, comme un\nmonstre. Nous ferons sensation. Nous aurons des\nnoms de guerre bizarres.\nHamlet cherche un instant un nom de guerre bizarre;\nmais non! tout l'espace qu'ils vont dévorer à cheval\ncette nuit le prend déjà à la gorge. Comme demain à\ncette heure, ils seront loin, mélancoliquement loin des\nremparts d'Elseneur !...\nHamlet sonne son écuyer pour les derniers prépara-\ntifs. En l'attendant, il s'amuse à souffleter de jets de\nsalive ces toiles pendues aux murs de sa chambre, ces\nvues du Jutland qui ont pesé sur sa jeunesse stérile et\nmal nourrie.\nLe roi Fengo et la reine Gerutha promènent un\nsourire fatigué d'affabilité et s'installent en leurs stalles;\nla salle se rassied, dans le froufrou indécis d'un champ\nde blés mûrs écoutant d'où va venir le vent. Les pages\nse retirent vers les portes. Le rideau de la scène se\nsépare en deux.\nDans un coin obscur d'une tribune, Hamlet, dont nul\njamais ne s'inquiète, assis sur un coussin, observe la\nsalle et la scène par les baies de la balustrade.\nLe cliché <public houleux » lui vient aux lèvres.\n-\nAllons, Hamlet, que tout ceci vous laisse imper-",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=227",
     "seq": 227
    },
    {
     "page_imprimee": "222",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1580,
     "texte": "222\nLa Vogue.\nméablement froid. La salle est nulle, l'étiquette défend\nd'applaudir, et l'on va modeler son visage sur ceux du\ncouple royal, lequel ne sera guère à son aise, et par-\nconséquent guère impartial, dès le second acte.\nLa pièce commence, Hamlet la sait par cœur. 11\ns'absorbe dans des expériences d'effets scèniques, note\nd'avance la portée de ses mots devant un vrai public,\nrumine des retouches. Kate enfin parait et électrise\nl'œuvre.\n-\nParbleu! Je n'étais qu'un écolier! Voilà ce qui\nme manquait, l'épreuve de la rampe. Ohl je n'ai pas\nencore donné le quart de ce que j'ai dans le ventre.\nEt elle! comme elle est carrément et chimériquement\nbelle, ainsi coiffée à la Titus! Et elle n'a pas l'air de\nsavoir où on la mène! Et ses yeux qui tantôt savent\ntout, tout ! et tantôt, rien, rien, au nom du Ciel! Vrai,\nson être est trempé pour l'accomplissement de choses\ndont on parlera dans mille ans. Nous nous comprenons.\nNous ferons sensation. Elle a, comme Ophélie, cet air\ncollet-monté; mais à elle, ça lui donne du montant\n(un mot a noter!). Je veux l'aimer comme la vie. - Oh!\ncomme elle a dit ça:\nReviens vagir parmi mes cheveux, mes cheveux\nDe moi, je t'y ferai des bracelets d'aveux.....\nOhl je viens, je viens, va! Et moi qui croyai.\nconnaître la Femme! La Femme et la Liberté ! Et les\nsalissais de banalités à priori! Cuistre! Pédicure !\nEt les deux criminels, là-bas; ils ont l'air au spectacle,\nma parole. Ils ne comprennent pas encore d'où vient\ncet horrible, horrible, horrible drame. Je me suis peut-\nêtre un peu trop livré aux hors-d'œuvre de fantaisie, et",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=228",
     "seq": 228
    },
    {
     "page_imprimee": "223",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1587,
     "texte": "La Vogue.\n223\nil en reste malgré ces coupures. Mais attendons la\nscène du jardin. - Tiens, Laërtes n'est pas là.\nOn se lève pour l'entre-acte. Le roi et la reine\nfont cercle, les pages ayant repris les traînes de leurs\nmanteaux, et promènent leur sourire affable et fatigué.\nOn fait circuler des tranches de hareng et de petites\ncornes d'auroch où mousse la cervoise.\nDès la scène deux de l'acte suivant et devant ce\ndécor de tonnelle où le roi Gonzago commence à\ns'assoupir éventé par sa femme, Fengo au cœur lâche\ncomprend ! Et sans attendre l'entrée de Claudius, il\ns'affaisse évanoui. La reine se lève, droite, très Paul\nDelaroche; on s'empresse avec tout un répertoire de\nmines et de chuchotements. Un coup de hallebarde du\nchambellan successeur de Polonius (heureux d'inau-\ngurer ainsi ses fonctions) fait tirer le rideau sur\nl'horrible, horrible, horrible pièce.\n-\nHamlet s'est dressé dans son coin, balbutiant :\n- Musique! Musique! C'était donc vrai! Et moi qui\nn'y croyais pas encore.....\nEnfin, ils sont assez\npunis comme ça, c'est mon avis. Moi, je file! Un jour\nde plus, et l'on m'empoisonnerait comme un rat, un\nsale rat !\nIl se lance à travers des escaliers de service pleins\nde tintements de sonnettes et d'appels. Les coulisses\nsont désertées. Hamlet reprend d'abord son manuscrit\nabandonné, là, ouvert à l'endroit interrompu.\nKate l'attendait.\n-\nUn simple évanouissement. Je te raconterai\naprès. Mais, que je t'embrasse! Tu as joué comme un\nange. Maintenant, nous n'avons pas une minute à\nperdre... comme deux rats.\nIl l'aide à sortir de ses brocards. Elle a eu la bonne",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=229",
     "seq": 229
    },
    {
     "page_imprimee": "224",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1456,
     "texte": "224\nLa Vogue.\nidée de garder sa toilette ordinaire par dessous. Hamlet\nl'envelope d'un manteau et la coiffe d'une toque.\n-\nSuis-moi.\nIls traversent le parc, faisant s'envoler des oiseaux\nassoupis. Hamlet sifflotte allègrement. Ils sortent par\nune petite porte. Un écuyer est là, tenant deux che-\nvaux par la bride. Le temps de s'enchâsser en selle entre\nces précieux coffrets, et les voilà partis, au trot, tout\nnaturellement.\nIls vont à travers champs, pour regagner la grand'\nroute sans passer par la porte d'Elseneur, la grand'\nroute sans la lune, la lune qui doit faire si bien ensuite\nlà-bas par les plaines et les plaines...\nC'est la route où, quelques heures auparavant,\nHamlet cheminait, croisant des prolétaires quotidiens.\nIl fait un suave temps de calorifère du paradis. Et la\nlune joue, non sans succès, l'enchantement probable\ndes nuits polaires.\n-\n-\nKate, avez-vous soupé avant le spectacle?\nNon. Ah! je n'avais guère le cœur à manger, vous\npensez bien.\n-\nMoi, je n'ai rien pris depuis midi. Dans une\nheure nous arriverons à un rendez-vous de chasse où\nnous prendrons quelque chose. Le garde est mon père\nnourricier. Tu verras chez lui une miniature de moi en\nbébé.\nHamlet s'aperçoit qu'ils vont justement passer près\ndu cimetière.\n(Le cimetière...)\nEt le voilà qui, piqué d'on ne sait qu'elle tarentule,\ndescend de son cheval qu'il attache à un arbre, un\narbre indifférent et mélancolique.\n- Kate, attends-moi une minute. C'est pour la tombe",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=230",
     "seq": 230
    },
    {
     "page_imprimee": "225",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1223,
     "texte": "La Vogue.\n225\nde mon père, qui a été assassiné, le pauvre homme! Je\nte raconterai. Je reviens à l'instant; le temps de cueil-\nlir une fleur, une simple fleur en papier.\nIl s'avance dans le clair de lune parmi les ombres\ncrues des cyp.ès sur les pierres, il va droit à la tombe\nd'Ophélie, de là déjà si mystérieuse et légendaire Ophélie.\nEt les bras croisés, il attend.\n-\nDécidément,\nLes morts,\nC'est discret;\nÇa dort\nBien au frais.\n- Qui va là? C'est toi, Hamlet de malheur? Que\nviens-tu faire ici?\n-\n-\nC'est vous, mon cher Laërtes, quel bon vent ?...\nOui, c'est moi; et si vous n'étiez un pauvre\ndément, irresponsable selon les derniers progrès de la\nscience, vous paieriez à l'instant la mort de mon hono.\nrable père et celle de ma sœur, cette jeune fille accom-\nplie, là, sur leurs tombes !\n-\nO Laërtes, tout m'est égal. Mais soyez sûr que je\nprendrai votre point de vue en considération...\n-\n-\n-\nJuste ciel, quelle absence de sens moral!\nAlors, vous croyez que c'est arrivé ?\nAllons! Hors d'ici, fou, ou je m'oublie ! Quand\non finit par la folie, c'est qu'on a commencé par le\ncabotinage.\n-\n-\nEt ta sœur !\nOh !\nA ce moment, on entend dans la nuit toute spectrale-\nment claire l'aboi si surhumainement seul d'un chien de",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=231",
     "seq": 231
    },
    {
     "page_imprimee": "226",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1375,
     "texte": "226\nLa Vogue.\nferme à la lune! Que le cœur de cet excellent Laërtes\n(qui aurait plutôt mérité, j'y songe, hélas! trop tard,\nd'être le héros de cette narration) déborde, déborde de\nl'inexplicable anonymat de sa destinée de trente ans.\nC'en est trop Et saisissant d'une main Hamlet à la\ngorge, de l'autre il lui plante au cœur un poignard\nvrai.\nNotre héros s'affaisse sur ses genoux orgueilleux,\ndans le gazon, et vomit des gorgées de sang, et fait\nl'animal talonné par une mort certaine, et veut parler;\nil parvient à articuler :\n-\nAh! Ah! qualis... artifex... pereo!\nEt rend son âme hamlétique à la nature inamovible.\nLaërtes, idiot d'humanité, se penche, embrasse le\npauvre mort au front et lui serre la main, puis, tâton-\nnant dans le vide, s'enfuit à-travers les clôtures, pour\ntoujours, se faire moine, peut-être.\nSilence et lune... Cimetière et nature...\n-\nHamlet! Hamlet ! appelle bientôt la grelottante\nvoix de Kate; Hamlet !...\nLa lune inonde tout d'un silence polaire.\nKate se décide à venir voir. Elle voit. Elle palpe се\ncadavre livide de lune et de décès.\n-\nIl s'est poignardé, ô Ciel!\nElle se penche sur cette tombe et lit :\nOPHELIE, FILLE DE LORD POLONIUS ET DE LADY ANNE\nMORTE A DIX-HUIT ANS.\nEt la date d'aujourd'hui.\n-\nC'était celle qu'il aimait ! Alors, pourquoi m'em-\nmenait-il avec amour? Pauvre héros... Que faire ?\nElle se penche, l'embrasse, l'appelle.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=232",
     "seq": 232
    },
    {
     "page_imprimee": "227",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1053,
     "texte": "La Vogue.\n227\n- Hamlet, my little Hamlet!\n-\nMais la mort est la mort; c'est connu depuis la vie.\nJe vais retourner au château avec les chevaux,\nretrouver l'écuyer témoin de notre départ, et je dirai\ntout.\nElle repart du même trot, tournant le dos à la pleine\nlune qui devait faire si bien, là-bas, sur les plaines, les\nplaines, vers Paris et les brillants Valois tenant cour\nplénière.\nOn sut tout, le répréhensible coup du drame à per-\nsonnalités, l'enlèvement, etc. On envoya chercher\nle cadavre avec des flambeaux de première qualité. -\nO soir historique, après tout !\nOr, Kate était la maîtresse de William.\n- Ah! ah! fit cet homme, c'est comme ça qu'on\nvoulait lâcher Bibi?\n(Bibi est une abréviation de Billy, diminutif de Wil-\nliam).\n-\nEt\nEt Kate reçut une belle volée qui n'était pas la pre-\nmière et ne devait pas être la dernière, hélas!\ncependant elle était si belle, Kate, que, en d'autres temps,\nla Grèce lui eût élevé des autels.\nEt tout rentra dans l'ordre.\nUn Hamlet de moins; la race n'en est pas perdue,\nqu'on se le dise!\nJULES LAFORGUE.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=233",
     "seq": 233
    }
   ]
  },
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-2",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "228",
   "page_fin": "231",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 231",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=234",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "228",
     "debut_caractere": 14,
     "fin_caractere_exclue": 1025,
     "texte": "RENÉE MAUPERIN\nCette première se joua pardevant l'expressive af-\nfluence d'une élite artistique moins soucieuse ordi-\nnairement de ces solennités, où paraissent plutôt les\ncabotins du boulevard et des salons. Ce démontre com.\nment le soin de faire des œuvres ésotériquement esthé-\ntiques, hors toute envie de satisfaire des publics inac-\ncessibles aux ténuités de sentiments sensationnels, con-\nquit à MM. de Goncourt les sympathies et l'intérêt des\npersonnalités créatrices. L'espoir d'assister à une pure\nmanifestation d'art, là où les acteurs ne parleraient point\nle Dumas et n'exhaleraient point les niaiseries d'un\nspirituel en titre, cet espoir mena les intelligences\nlasses d'abominables redites scéniques au péristyle de\nl'Odéon.\nA vrai dire on fut déçu. L'adaptateur du roman à la\nscène, M. Céard, s'est cru forcé de faire du théâtre,\nc'est-à-dire d'accumuler les baroques antithèses, les\nmots à effet, de régler les entrées et les apparitions des\npersonnages suivant l'optique difficilement affectible",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=234",
     "seq": 234
    },
    {
     "page_imprimee": "229",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1616,
     "texte": "La Vogue.\n229\ndes bookmakers, des rastaquouères, et des échotiers,\nhabituels consommateurs de spectacles.\nTant que seront suivis ces procédés, la moyenne\nintelligente du public, désertera la comédie et préfé-\nrera toujours les joies des yeux servies à l'Éden ou\ndans les cirques, les hilarantes gesticulations d'un\nLamouche ou d'un Baron, et peut-être n'aura-t-elle pas\ntort.\nA part une langue exquise de forme suggérant des\nlointains d'idées sous presque chaque mot, Rende\nMaupérin ne se distingue en rien des pièces ordinaires\npar l'affabulation. Le traître brutal arrivant, prêt à tuer,\nau milieu d'une fête, alors qu'on ne l'attend point et\nqu'on usurpe son nom, une déclaration d'amour, des\nconfiances de vie sauve, des joies dites par la bouche\nde la sœur certaine du duel empêché durant que se bat\nson frère, la gêne terrifiante de son interlocuteur, ses\ngestes éperdusd'aparte, voilà, ce semble, de bien suran-\nnées antithèses, des effets propres au plus à émouvoir\nles marchands de vin ou M. Sarcey, mais non des\nesthètes.\nEt cependant M. Sarcey ne s'est pas ému, ni les\nmarchands de vin, encore moins les esthètes. Et la\ncause: c'est qu'il n'est venu de cette tentative qu'une\nproduction hybride et transitoire, pas suffisamment\némotive pour l'intellect des brutes, et manquant de\nhardiesse pour affirmer les fines psychographies chères\naux dilettanti.\nLes œuvres de transition paraissent toujours des\nœuvres médiocres. Elles ne contentent pas.\nEt puis, il faut l'avouer, les artistes échouent quand\nils tentent d'égaler les fabricants. Wagner n'eût point\nréussi, sans doute, un opéra façon Auber ou Boïel-",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=235",
     "seq": 235
    },
    {
     "page_imprimee": "230",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1741,
     "texte": "230\nLa Vogue.\ndieu; et M. Zola accomplirait une œuvre infime s'il\nvoulait choir aux besognes de M. Daudet ou de\nM. Ohnet. Le manœuvre acquiert une parfaite méca-\nnique des trucs et des procédés que l'artiste soumis à\nses rhythmes intérieurs ne saura d'un coup assimiler.\nJe ne suppose guère que MM. de Concourt apprirent à\ncomposer le roman de la manière dont M. Sardou étu-\ndia l'art dramatique. On sait que ce millionnaire, étant\napprenti, lisait attentivement un premier acte de Scribe,\nun second, puis, fermant le livre, s'astreignait à éta-\nblir la charpente des actes suivants, tout heureux s'il\nparvenait à les faire identiques à ceux du maître choisi.\nCe travail imbécile ne nous eût point valu Manette\nSalomon ou la Faustin, certes; il ne créa pas moins le\ndeuxième acte de Rabagas, la Papillonne, Divorçons,\ntrès honorables et excellentes pièces de vente qui n'ont\nrien à voir avec l'art mais que nul ne surpassera en\nmétier; pas même M. Céard, ce remarquable évocateur\nd'Une belle journée.\nMalgré qu'il retrancha du roman la meilleure partie,\nentière, je veux dire la langueur mortelle de Renée,\nmalgré qu'il insufſla en ce tempérament de gamin chaste\nun amour inopiné et bien jovial, étrangement contra-\ndictoire, malgré qu'il borna l'action à l'envoi mélodra-\nmatique du journal, et qu'il construisit son drame sur\nun timbre-poste, M. Céard n'a pas réussi à nous faire\naccroire que M. de Goncourt ou lui-même approu-\nvassent ces atroces déformations; et c'est pour cela que\nj'ai applaudi cette pièce: la gêne admirable de deux\nesprits robustes accoutrés à la mode des pygmées, et\npiteusement étriqués de conventions ridicules.\nMademoiselle Cerny a loti Renée de poses ravis-\nsantes, d'un minois parisien flûté, d'un dos exquisć-",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=236",
     "seq": 236
    },
    {
     "page_imprimee": "231",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1252,
     "texte": "La Vogue.\n231\nment plat, de gestes vivaces et jolis. Elle a une\nmanière de s'asseoir, les pieds croisés, qui signifie la\njeune fille de ces temps, folâtre, légère, gracieuse, rai-\nsonneuse aussi, dogmatique beaucoup. Moins qu'en\ntout autre voix d'actrice, poindent les intonations\ndéagréables et classiques du Conservatoire, ces intona-\ntions qui rappellent nos camarades de collège ânon-\nnant des vers grecs. Mais Mademoiselle Cerny a eu le\ngrand tort de supprimer en Rénée la partie sérieuse et\npensive de son caractère, la partie vieillotte que son\napparente espièglerie ne doit que masquer, si même\nl'espiéglerie n'est pas née de ses raisonnements pour les\ntravestir par calcul.\nM. Dumény: un expert acteur qui a fort bien rendu\nDenoizel, en homme élégant et bonne âme.\nJe ne sais si c'est la faute de la pièce ou celle de\nl'interprète, mais le rôle du frère Mauperin perd à la\nscène son expression de logique ambitieuse qui pal-\nliait l'odieux de ce caractère froid d'arrière-boutique,\nsuperbe d'ailleurs dans le roman.\nDécors suffisants.\nEt cela donne l'impression qu'il est de prime urgence\nqu'apparaissent avec de nouveaux dramaturges une\nnouvelle formule conciliant l'art et la scène, chose jus-\nqu'ici méconnue de notre Théâtre.\nPAUL ADAM.\n38",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=237",
     "seq": 237
    }
   ]
  },
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-3",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "232",
   "page_fin": "234",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 234",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=238",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "232",
     "debut_caractere": 34,
     "fin_caractere_exclue": 405,
     "texte": "A UN MORT\nL'affreux Ivry dévorateur\nA tes reliques dans sa terre\nSous de pâles fleurs sans odeur\nEt des arbres nains sans mystère.\nJe laisse les charniers flétris\nOù gît la moitié de Paris.\nCar mon fils béni, tu reposes\nSur le territoire d'Ivry.\nCommune ou du moins, mieux encloses\nLes tombes dorment à l'abri.\nDu flot des multitudes bêtes\nLes dimanches, jeudis et fêtes.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=238",
     "seq": 238
    },
    {
     "page_imprimee": "233",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 695,
     "texte": "La Vogue.\n233\nLe cimetière est trivial\nDans la campagne révoltante\nMais je sais le coin lilial\nOù son corps a planté sa tente !\n- Ami, je viens parler à toi.\n- Commence par prier pour moi.\nBien pieusement je me signe\nDevant ta croix de pierre et dis\nEn sanglotant à chaque ligne\nUn très humble De Profundis.\n- Alors ta belle âme est sauvée ?\n- Mais par quel désir éprouvée !\nLes fleurettes du jardinet,\nSont bleudtres et rose-tendre\nEt blanches et l'on reconnaît\nDes soins qu'il est juste d'attendre.\n- Le désir, sans doute de Dieu?\n- Oui, rien n'est plus dur que ce feu.\nLes couronnes renouvelées\nSemblent d'agate et de cristal\nDes feuilles d'arbre des allées\nTournent dans un grand vent brutal",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=239",
     "seq": 239
    },
    {
     "page_imprimee": "234",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 269,
     "texte": "234\nLa Vogue.\n-\n-\nComme tu dois souffrir, pauvre ame!\nRien n'est plus doux que cette flamme.\nVoici le soir gris qui descend,\nIl faut quitter le cimetière,\nEt je m'éloigne en t'adressant\nUne invocation dernière\n- Ame vers Dieu penses à moi\n- Commence par prier pour toi.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=240",
     "seq": 240
    }
   ]
  },
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-4",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "235",
   "page_fin": "236",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 236",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=241",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "235",
     "debut_caractere": 14,
     "fin_caractere_exclue": 491,
     "texte": "SÉGUIDILLE\n:\nBrune encore non eue\nJe te veux presque nue\nSur un canapé noir\nDans un jaune boudoir\nComme en mil huit cent trente!\nPresque nue et non eue\nA travers une nue\nDe dentelles montrant\nTa chair où va courant\nMa bouche délirante.\nJe te veux trop rieuse\nEt très impérieuse,\nMéchante et mauvaise et\nPire s'il te plaisait\nMais si luxurieuse !\nAh, ton corps noir et rose\nClair-de-lune. Ah, pose\nTon coude sur mon cœur,\nEt tout ton corps vainqueur\nTout ton corps que j'adore ?",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=241",
     "seq": 241
    },
    {
     "page_imprimee": "236",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 264,
     "texte": "236\nLa Vogue.\nAh ton corps, qu'il repose\nSur mon âme morose.\nEt l'étouffe s'il peut\nSi ton caprice veut\nEncore, encore, encore !\nSplendides glorieuses,\nBellement furieuses\nDans leurs jeunes ébats\nFous mon orgueil en bas\nSous tes fesses joyeuses !\nPAUL VERLAINE.\n38",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=242",
     "seq": 242
    }
   ]
  },
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-5",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "237",
   "page_fin": "238",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 238",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=243",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "237",
     "debut_caractere": 14,
     "fin_caractere_exclue": 801,
     "texte": "LES CALVAIRES\nLongs gestes blancs écartelés en croix, le soir,\nA la lanterne, avec du sang à des pieds verts,\nEt des côtes où l'on voit le cœur à travers,\nEt des genoux fourbus et de grands bras déserts,\nEt des cheveux mordus de vent, grands christs du soir,\nEt des soleils tombés dans du rouge, là-bas,\nAu carrefour, où ne passe jamais personne\nSinon quelques voleurs ou quelques marlous, las\nDe bière et de misère et dont l'ombre blasonne\nLe mur, vieux corps de christ, longs gestes blancs, le soir\nLinges réels, caillots véritables, mains vraies\nQue je regarde avec effroi se rapprocher\nEt passer sur mon âme et me tendre leurs plaies\nComme à des chiens errants à boire et à lécher;\nChrists terribles et blancs et qui font peur le soir,\nAvec de l'ombre et de l'horreur et des tenèbres",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=243",
     "seq": 243
    },
    {
     "page_imprimee": "238",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 418,
     "texte": "298\nLa Vogue.\nEt de la cruauté pour ceux qui sont des saints\nLongs christs des ex-voto flamands, pendus funèbres,\nJésus pour les larrons et pour les assassins,\nQui s'assemblent chez eux, sous tes regards, le soir,\nLarron toi-même, avec du sang à tes pieds verts\nEt tes côtes où l'on voit le cœur à travers\nEt tes genoux fourbus et tes grands bras déserts\nEt tes flåves cheveux lamentables, le soir!\nÉMILE VERHAEREN.\n38",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=244",
     "seq": 244
    }
   ]
  },
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-6",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "239",
   "page_fin": "246",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début court) ; fin : fin de la page 246",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=245",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "239",
     "debut_caractere": 33,
     "fin_caractere_exclue": 722,
     "texte": "LE POLEMOSCOPE\nOU\nLA CALOMNIE DEMASQUÉE\nPar la presence d'Esprit\nTRAGI-COMÉDIE EN TROIS ACTES\nPrésentée à S. A. Madame la Princesse de Clari, née Princesse de\nLigne, à son château de Toeplitz, dans l'été de l'année 1791.\nMARQUISE.\n-\nSCÈNE IV\nMARQUISE. - COMTESSE.\nJe viens te rendre compte, ma chère\namie, de quelque chose de très intéressant. C'est\nd'une conversation qui n'a duré qu'un quart-d'heure\nmais qui fut très vive; mon amitié m'a fait voler chez\ntoi pour te la rendre exactement.\n-\nCOMTESSE,\nJe connais ton cœur. Dans toutes les\noccasions tu nem'as donné que des marques d'amitié.\nAinsi je suis sûre que ce que tu me diras ne pourra\nque m'intéresser beaucoup; de quoi s'agit-il?",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=245",
     "seq": 245
    },
    {
     "page_imprimee": "240",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1714,
     "texte": "240\nLa Vogue.\nMARQUISE. - Tu sais que je suis restée au petit palais\npour finir le piquet avec le maréchal contre la Bri-\ngnolé qui nous faisait la chouette. Nous finissions\nprécisément lorsque Gisors entra portant sur sa\nfigure toujours intéressante les plus vives marques\nde la douleur et les plus frappantes du désespoir.\nQu'avez-vous Gisors? lui dit le maréchal surpris.\nGisors, ma chère amie, en présence de plus de vingt\nofficiers et de toutes nous autres, narra en détail et\navec toutes les circonstances l'histoire inouïe qui\ndoit t'être arrivée il n'y a qu'une demie-heure. Il\ns'en faut bien que le rapport de Gisors fait ainsi\npubliquement ait été condamné. Il s'en faut bien\nqu'il ait donné lieu de douter qu'il ne l'ait fait que\npour se venger des cent louis qu'il a perdus, ou pour\nse procurer le suffrage du maréchal, si malgré sa\npromesse il pensait encore de se battre avec Talvis.\nRien de tout cela, ma chère amie, on ne reconnut\ndans sa narration que le sentiment le plus vif par\nrapport à ton honneur que la scélératesse de Talvis\nmettait pour quelques moments sur la balance, et la\ndouleur qu'il ressentait de s'être laissé surprendre\npar le monstre en acceptant une malheureuse\ngageure dont la funeste conséquence était imman-\nquable, et qu'il aurait dû prévoir. Toute la compa-\ngnie devint saisie d'horreur, et le maréchal, ma\nchère, qui comme tu le sais ne laisse jamais paraître\nsur sa figure la moindre de ses sensations, n'a pas pu\ncacher ce qui se passa dans son âme, à la narration\nde cet opprobre. A la fin du récit de Gisors il\nétait pâle comme la mort, mais un moment après, il\ndevint tout de feu. Il ne dit pas un seul mot, il se\nleva, il entra dans son cabinet en appelant à lui un",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=246",
     "seq": 246
    },
    {
     "page_imprimee": "241",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1278,
     "texte": "La Vogue.\n241\nadjudant, et personne ne sait ce qu'il ſera, mais cer-\ntainement tu seras vengée. Ah! l'abominable monstre.\nMais Gisors! Il est au désespoir ma chère. Je suis\nfâchée qu'il ait eu le malheur de te compromettre et\nque tu te trouves dans le devoir de ne plus le rece-\nvoir chez toi malgré sa probité. C'est dans l'ordre.\nTon honneur exige ce sacrifice. Me trompai-je ?\nCOMTESSE. - Tu ne te trompes pas, ma chère amie,\ncela ne peut pas être autrement, et je peux bien te\ndire davantage.\nMARQUISE. - Quoi?\nCOMTESSE. - Que je ne verrai plus personne.\nMARQUISE. - Plus d'étrangers, s'entend.\nCOMTESSE.\nparents.\nMARQUISE.\nles autres.\n-\n-\n-\nNi étrangers, ni du pays, excepté mes\nMais tu verras encore du monde chez\nCOMTESSE.\nCe n'est pas douteux et j'espère qu'on\nme plaindra mais qu'on me verra avec plaisir, et que\ncette vilaine affaire ne me ſera enfin aucun tort. Mais\nma maison, pour l'avenir toujours fermée, sera un\nmonument respectable, qui apprendra à vivre et fera\nrougir l'impudence.\nMARQUISE. - Ce Talvis m'a fait toujours peur.\nCOMTESSE. - Qu'est-ce que ce tapage dans ma cour.\nMARQUISE (après avoir regardé d'une fenêtre). — Les\ndomestiques de Talvis ont l'air de vouloir se battre\navec les tiens, à côté de malles et d'habits qui sont\nlà sens dessus-dessous.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=247",
     "seq": 247
    },
    {
     "page_imprimee": "242",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1273,
     "texte": "242\nLa Vogue.\nCOMTESSE.\n-\nCe doit être apparemment l'effet d'un\nordre que mon mari aura donné en sortant. On jette\nà la rue tout l'équipage de ce monstre. C'est la\nmoindre chose.\nMARQUISE. - C'est le maréchal qui sûrement fera bien\ndavantage. Grand et despotique comme il est par\ncaractère, il est trop jaloux de l'honneur de sa nation\npour ne pas donner un grand exemple. Mais voilà\nton mari.\nSCÈNE V\nCOMTE - COMTESSE - MARQUISE.\n-\nCOMTE. Je suis allé chez le maréchal de Richelieu\npour lui parler, mais il n'a pas jugé à propos de\nm'en donner le temps; il m'a embrassé et il m'a\nlaissé là. J'ai vu Gisors qui m'évita en couvrant son\nvisage de ses mains. Je vous assure que cet aimable\ngarçon fait pitié. L'état de son cœur doit être píre\nque le nôtre. Un adjudant de monseigneur m'a dit\nque tous ses camarades sont en mouvement pour\nchercher Talvis partout et pour le faire mettre en\nprison garrotté. Mais en attendant, j'ai réglé les\nchoses que j'espère de me trouver satisfait... Qu'est-\nce donc? (Un page remet un billet à la comtesse.)\n-\nCOMTESSE,\nC'est de M. le Maréchal (elle lit tout\nhaut). « Si Madame la Comtesse, veut bien passer\n<< la soirée chez elle et recevoir compagnie, le\n<< maréchal de Richelieu aura l'honneur de la voir\n<< suivi de toute la coterie. »",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=248",
     "seq": 248
    },
    {
     "page_imprimee": "243",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1235,
     "texte": "La Vogue.\n243\n-\nCOMTE. C'est à merveille - le duc de Richelieu est\nce qu'on appelle un homme d'esprit. Écris-lui vite\nqu'il t'honore et que tu ne sortiras pas. (Tandis que\nla comtesse écrit.) La chose est ainsi, belle marquise;\nil y a au monde des événements inévitables faits\npour bouleverser la société et qui arrivent malgré et\nen dépit de la prudence la plus consommée. Il y a\ndes faits qu'au premier aspect, il semble qu'il faut\nensevelir dans le plus profond silence, et qui au\ncontraire, le tout bien réfléchi, il vaut mieux les\nexposer au grand jour.\nCOMTESSE (en remettant au page sa réponse). - Tu\nsais (à son mari) que le maréchal soupe.\nCOMTE. - J'y ai déjà pensé, ne t'embarrasse de rien\nreprends seulement s'il est possible, toute ta bonne\nhumeur.\nMARQUISE.\n-\nMais voilà l'équi-\nJe dois retourner un moment chez moi,\npour donner quelque ordre.\npage du maréchal dans la cour. Je reste.\nСемТЕ. - Il a attendu, dehors pour voir auparavant\nquelle réponse tu ferais à son billet.\nMARÉCHAL\n-\nSCÈNE VI\n-\nCOMTESSE - COMTE.\nMARECHAL.\nJe viens rendre hommage à la sagesse\noutragée, et dans deux heures toute la noblesse de\ncette ville, en sera le témoin. Je viens aussi applau-\ndir, madame la comtesse, à une présence d'esprit dont",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=249",
     "seq": 249
    },
    {
     "page_imprimee": "244",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1133,
     "texte": "244\nLa Vogue.\nil n'y a pas d'exemple dans l'histoire. Vous avez\ntriomphe en donnant gain de cause à un monstre que\nvous auriez pu impunément faire jeter par la fenêtre.\nCOMTESSE.\nJe suis très heureux, monseigneur, de\nvoir ma conduite approuvée par le plus grand\nhomme de la France et par celui qui en même temps\na le plus d'esprit.\n-\n-\nMARECHAL.\nY a-t-il quelqu'un d'entre mes amis,\nmadame, que vous pourriez exclure de votre société.\nCOMTESSE - Aucun, monsieur le duc, quand il serait\nmême mon ennemi.\nMARECHAL. - Pour lors, il serait aussi le mien ! Vous\npermettrez donc d'entrer dans votre appartement au\nfils du maréchal de Belle-Isle. Il est dans votre\nantichambre.\nCOMTE. - C'est à moi à l'aller chercher.\nSCÈNE VII\nGISORS ET LES SUSDITS,\n-\nMARECHAL (dans le moment que Gisors entre conduit par\nla main du comte.)\nIl vient vous remercier,\nmadame, de lui avoir fait payer cent louis, la pre-\nmière étourderie, je crois qu'il a faite dans sa vie,\n(à Gisors) n'est-il pas vrai? Avouez que vous ne\nvoudriez pas les avoir gagnés.\nGISORS. - Je voudrais en payer mille, monseigneur,\net avoir eu l'esprit de ne pas accepter la gageure.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=250",
     "seq": 250
    },
    {
     "page_imprimee": "245",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1577,
     "texte": "La Vogue.\n245\nMARQUIS (à Gisors). - C'est étonnant que vous ayez\ndonné là-dedans et qu'avec tout votre esprit vous\nn'ayez pas vu le piège qui devait forcément compro-\nmettre la comtesse.\nGISORS. - L'esprit, madame, n'agit plus quand on ne\ncompte plus sur lui et que la colère l'offusque. J'ai\nperdu toute la confiance que j'avais dans le mien,\naprès que j'ai pu ne pas prévoir les fausses consé-\nquences qu'on pouvait tirer d'une ligne de direction\nsupposée et qui n'existait pas. Je voudrais bien être\nadmis à demander pardon à la respectable dame que\nmon inadvertance induisit en erreur.\nMARQUIS. - Vous n'avez pas besoin de chercher à lui\nfaire des excuses, car elle a tout oublié et elle vous\nreverra toujours avec plaisir. Elle vous a d'ailleurs\nune grande obligation, car vous lui avez appris, à\ncraindre pour toujours les menteuses.\n-\nMARECHAL (après avoir écouté à part un adjudant. -\nC'est singulier qu'on ne trouve Talvis nulle part,\nmais on le déterrera et on le dégradera. Ce sera une\nsatisfaction qu'on donnera à tout son corps. Il faut\ndonner un exemple et il doit être frappant, car la poli-\ntesse française doit soutenir sa réputation de supé-\nriorité sur l'italienne.\nEncore un billet, toujours\ndes affaires (il lit tout bas) c'est un peu trop fort.\n(après avoir fini de lire) mais ce n'est étonnant qu'à\ncause de la célérité car je m'y attendais. Ecoutez\ntous puisque c'est intéressant. Celui qui m'écrit,\nest l'officier de garde à la porte de Milan. (Il lit)\n« Un caporal qui allait avec quatre soldats pour\n<< changer les sentinelles, trouva cinquante pas à",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=251",
     "seq": 251
    },
    {
     "page_imprimee": "246",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1035,
     "texte": "246\nLa Vogue.\n« côté du grand chemin, le chevalier de Talvis\n« étendu raide mort et l'a fait transporter dans ce\n<< moment au quartier de ma garde. Je l'ai fait désha-\n<< biller et on ne l'a trouvé blessé nulle part, on ne\n<< lui a rien pris apparement car on a trouvé sa\n<<< bourse et ses montres. P. S. On lui observe en ce\n<< moment une piqûre presque imperceptible vis à vis\n<< du poumon. Un chirurgien qui est ici dit que c'est\n<< un coup d'alène qui doit lui avoir percéle cœur. »\nJe ferai chercher l'assassin pour le faire rouer, mais\ncela ne fera pas ressusciter le fou qui devait bien se\npasser de la promenade à pied et hors de la ville au-\njourd'hui, Je suis fâché madame, la comtesse, que ce\nmeurtre m'oblige à différer à un autre jour le plaisir\nde souper avec vous... Vous devez sentir cette\nnécessité. Je dois aller expédier des ordres pour\ndécouvrir le coupable de ce crime. Vous voyez,\nmadame, que le ciel vous a vengée, mais je suis sûr\nque votre cœur doit en gemir quand même vous\nseriez l'auteur de la vengeance.\n38",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=252",
     "seq": 252
    }
   ]
  },
  {
   "article_id": "aj-vogue-1886-11-29-7",
   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
   "texte_sans_correction": true,
   "page_debut": "247",
   "page_fin": "252",
   "pages_selon": "folios d'après les folios lus dans le titre courant (scripts/vogue_folios.py)",
   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 252",
   "url_article": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=253",
   "pages": [
    {
     "page_imprimee": "247",
     "debut_caractere": 14,
     "fin_caractere_exclue": 852,
     "texte": "PREMIER LIVRE\nDE L'ART POETIQVE\nDE IAQVES PELETIER\n(Suite.)\nDes Moz, e de l'eleccion e innouacion\nd'iceus.\nL\nEs moz, an un Langage se peuuet comparer aus sis\nvoes an la Musique ; aus dis simples nombres an\nl'Aritmetique : e aus pierres an la Maçonnerie. Car\ncomme les Chantres, de ces sis Voes antremélees e\nreprises, font des acors e des tons de si diuerse\noreilhe: comme des dis Caracteres numerauz, se font\ntant de sortes de nombres: e comme des pierres diuer-\nsement assorties, se font tant de manieres de bàtimans\nselon l'industrie de l'ouurier; einsi-pour l'explicacion\ndes choses se font diuerses structures e acomodacions\nde moz, qui font les diversitez d'oreson e de stile,\nVoyons nous pas Virgile, lequel, combien qu'il n'use\npoint d'autres moz que Lukein ou Claudian ou autre\nquelconque toutefoes les apliquant d'une façon plus",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=253",
     "seq": 253
    },
    {
     "page_imprimee": "248",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1506,
     "texte": "248\nLa Vogue.\npropre, plus gracieuse e plus conuenable qu'eus; ſèt\naparoèr son Euure d'une certeine forme, e d'une cer-\nteine majeste, qui les fèt discerner d'ansamble, comme\nune Lune antre les Etoeles: einsi que le manouvrier,\nassièt si bien ses pierres au pris d'un autre moins in-\ndustrieus: que lon jugeroèt a voèr les deus ouurages,\nqu'iz fusset de diuerse matiere, E de cete partie n'ét\nbonnement possible de donner anseignement; par ce\nqu'ele gìt an la felicite e au jugemant du Poëte, eyant\ntousjours son but a suiure les Vertuz, e decliner les\nVices (car l'un des meilheurs aprantiçages, ét par con-\nferance de contreres que nous declarerons au suiuant.\nQuant ét de l'inouacion d'iceus, faudra auiser si notre\nLangue an aura faute: E an tel cas, ne se faut feindre\nd'an former de nouueaus. Vn mot bien deduit du Latin\naura bonne grace, an lui donnant la teinture Françoese.\nE ici je n'ose nommémant dire cete maniere de deri-\nuacion, ni cetela: creignant de trop decouurir l'Art.\nle diré bien que las Infinitiz an Ire Latin, se peuuet\nmeintefoes impunement conuertir en ir Françoes:\ncomme de vagire, vagir; ambire, ambir : e les sam-\nblables, que l'homme d'esprit saura bien juger. le ne\nferè dificulte d'user de Regnicoles, apres Claude\nDeseissel an sa Preface au Roi Louis, sus sa Traduc-\ncion des guerres Rommeines d'Apian : ni ancores de\nrepulse, dont il à usè an quelque androet du Liure\nmeme: combien que nous puissions dire la repousse,\nplus Francoesemant; Mes l'un sera oratcere, e l'autre",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=254",
     "seq": 254
    },
    {
     "page_imprimee": "249",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1500,
     "texte": "La Vogue.\n249\nPoëtique, Car de ces deus ici nommez ne voudroé\nuser an prose, comme il à fèt. Le precepte general an\ncas d'inouacion de moz, ét que nous eyons l'astuce de\nles cacher parmi les usiez, de sorte qu'on ne s'aper-\ncoeue point qu'iz soét nouueaus. Car il n'ét rien si\nsuspect, qu'un mot ancores non oui; pricipalement an\nFrance, ou les hommes ont etè jusques ici difficiles, e\ndedeigneus d'accepter téz presans; Combien qu'iz\ns'acoutument meintenat a une plus grande hardiece.\nMes sans point de faute, c'ét fere grad plesir a un\nPoëte, ou a quiconque soèt, d'usurper un vocable par\nlui inuante. Car autremant, il seroèt an danger de\nreproche. E si quelcun s'ingeroèt de le reprandre : il\nn'auroèt que repondre, sinon il me pléteinsi, parole\nun peu odieuse; d'autant que les hommes desjà par-\ncruz an age e an jugement, n'anduret pas voulontiers\nqu'on leur montre un nouueau parler. E n'i à que celui\nqui panse auoèr autant de droet sur les moz comme\nson compagnon: par ce que l'usage ét a la communite.\nE de fet, n'i a moz plus naturez, que ceus déquez on\nignore l'inuanteur. Einsi, les hommes par creinte les\nuns des autres, creignet d'an innouer. Vrei ét, qu'il i à\ncertaines nouoeautez, qui sont si aprochantes du na-\nturel, qu'eles ne tienet rien de l'étrange. E an tel cas,\nl'ingenieus Ecriteur aura non seulement liberte, mais\naussi méritera louange, de se metre au deuoer de peu-\npler le Royanme Françoes de tez suplimans: Quéz sont\nles moz de legitime composicion; comme Atlas Porte-",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=255",
     "seq": 255
    },
    {
     "page_imprimee": "250",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1527,
     "texte": "250\nLa Vogue\nciel, l'Er Portenue, l'Aquilon Portefroed: Et d'autres\nteles composicions artificieles, que je n'è besoin de\ndeclerer ici de peur de ce que j'è dit un peu deuant.\nLes Ajectiz sustantiuez, sont ja tous recuz: Comme le\nverd pour la verdure; le gueï, pour la gueyette. E ne\nfeindré méme de dire, je n'an sè autre; pour, je n'an\nsè autre chose, Nous metrons ancor bien poëtiquemant\nle Nom de l'Auerbe: Comme, il và frequant, pour fre-\nquantemant; il il marche magnifique, pour magnifique-\nmant. Nous auons ù de nouueau grandissime, bélissime:\ndont ne ferè dificulte d'user. E ancores, comme j'è dit\nquelquefois an joyeus deuis, je voudroé que quelque\nhardi inuanteur ut fèt venir grandieur, e belieur: pour,\nplus grand e plus beau: afin que nous ussions Politiz,\nComparatiz, e Superlatiz. Il ne sera defandù de ramener\nquelquefæs les moz anciens. Comme aderdre, pour\naderer, dont use souuant I an Demum; heberger, pour\nloger: ét, pour une armee: pouruu que nous i soyont\nrares: Einsi que Virgile, qui a si bonne grace an son\nOlli, e qui dit quelquefes aulai, fuat, e d'autres :\nE principalemant seront bien appliquez, quand nous\nferons parler quelque personnage du vieus tans Françoes.\nEpansons qu'il n'ét mot si rude, qui ne trouue sa place,\nsi nous prenons l'auis de le bien coloquer. I e trouuerè\nancores bon que les moz païsans, c'ét à dire particuliers\naus nacions se metet au Poëme: Comme arrocher, mot\nManseau, qui sinifie viser a quelque chose d'une pierre\nou d'un baton: comme arrocher des noes ou des pommes:",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=256",
     "seq": 256
    },
    {
     "page_imprimee": "251",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 1503,
     "texte": "La Vogue.\n251\nItam, ancrucher, qui sinifie angager quelque chose entre\nles branches d'un arbre: termes tous deus pastoraus, dont\niz ont bon nombre an notre païs du Meine e an Anjou:\nItam, auier pour alumer; uces, pour sourciz, moz Poe-\nteuins: vifplant, pour aubepin, Lionnoes: e ceus des\nautres païs Françoes. Mémes prandrons les moz Prou-\nuançaus e Gascons, e leur donnerons notre merque.\nComme jè seroé contant que nous prinsions estruguer,\nqui sinifie ce que les Latins diset gratuler; pour lequel\nnous n'avons point de mot. Itam, cloque, qui ét propre\na cause méme du son: qui sinifie une poule qui à des\npoussins. Itam, companage, mot bien compose, qui\nsinifie ce que les Latins diset opsonium; c'ét a dire\ntout ce qu'on met sur la Table, fors le pein e le vin.\nE certes Bonnauanture Déperiers n'a pas à mauuese\ngrace an ses Vandanges, d'auoèr amasse force moz\nProuuançaus; voere de lenr auoèr lessè leur caractere\nnaturel. Brief, le Poëte pourra aporter, de mon con-\nseilh, moz Picars, Normans, e autres qui sont souz\nla Couronne: Tout ét Françoes, puis qu'iz sont du\npaïs du Roe. C'ét un des plus infines moyens d'acroétre\nnotre Langue: e ét celui par lequel les Gréz se sont\nfèz si plantureurs. Donq pour nous egaler aus anciens,\nfaudra user de toutes les inuancions honnétes que nous\npourrons, tandis que notre Langue ét antre noz meins,\ne an notre gouuernemant: vu méme que nous auons\nd'autres desauantages assez: Antre autres: que noz\nNons ne se declinet point. Puis, un autre point qui nous",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=257",
     "seq": 257
    },
    {
     "page_imprimee": "252",
     "debut_caractere": 0,
     "fin_caractere_exclue": 815,
     "texte": "252\nLa Vogue.\ntient an grand sugecion; c'ét que noz moz ne se peu-\nuet preposer antreméler e posposer einsi libremant,\ncomme an Latin e an Grec. Car si par example, j'auoé\na tranlater le premier vers du quatrième de l'Énéide,\nAt regina graui iandudum faucia cura, je ne pourroè\npas dire mot pour mot, Mes la Reine de grieue piéça\nnauree cure. E qui voudroèt esseyer a remedier a un\ntel defaut, ce seroèt un grand point; non pas trop har-\ndimant, mes tout doussemant. Ne soyons donq plus si\nscrupuleus, quant aux choes des moz: Trouuons-les, e\nles metons an seruice nouueau pour les nouueles choses.\nCar sans point de doute, la chose la plus deplesante aus\nhommes erudiz, ét de se voèr abondans an inuancions,\ne deſectueus an parler.\n(A-suivre.)\nPublié par M. ALFRED DEHODENCQ.\nL'Administrateur-Gérant: GUSTAVE ΚΑΗΝ.",
     "source": "OCR HathiTrust",
     "url_page": "https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=iau.31858045124157&seq=258",
     "seq": 258
    }
   ]
  }
 ]
}