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     "texte": "MAHAUD\nFRAGMENTS\nAssise à l'ogive de sa fenêtre, dans la tourelle sur-\nplombante, Mahaud évoque l'extase de sa mémoire :\nles baisers de Jacques. Velouteux baisers de barbe jeune\nqui lui mouillèrent les cils.\nDehors, parmi le terne de l'air, les gaítés de l'an\nnouvel. Pour la joie de son cœur les orchestres d'airain\nvibrent si longuement. A volées éperdues clament sur\nla ville les carillons de la commune brügeoise et les\ncloches des basiliques, Dans le cendal des bannières\nécloses rampent les dragons de Bourgogne.\nToute déserte la place gît en ses apparats de blanche\nneige et d'héraldiques pavois, ou bien traversée d'un\npage courant qui retient les sursauts de son escarcelle.\nLà-bas s'exténuent les voix rugissantes des olifants, de\nlointaines bandes de musique. Avec l'une il doit ici\nparvenir.\nLes flancs du beffroi sont ennoblis d'écussons, de\nbariolures armoriales, de sinoples, de gueules, de\nsables. Les maisons pointues se tassent à croppetons",
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     "texte": "254\nLa Vogue.\nsous leurs coiffes de neige, auvents rouges mi-clos,\ntelles de somnolentes paupières, contre les éventaires\ndes orfèvres.\nSur les pupitres soutenus de statuettes priantes les\nparchemins pantèlent, révélant les chrysopées, le ser-\npent Ouroboros qui se mord la queue - symbole de\nl'unité des principes - et, tassés entre les marges\nteintes de pollutions chimiques, les caractères chal-\ndéens recéleurs des rites. A ces choses son enfance\nautrefois s'émerveilla. Anxieuse elle récitait les invo-\ncations à l'Hermès Trismegite, pendant que les subs-\ntances s'unissaient dans les cornues lucides. L'essence\nde soleil, l'or pur, sourdait enfin des viles matières\nemprisonnantes, sueur gouttelée qui tôt, semblait-il,\ns'allait évanouir en illucescentes vapeurs. Il enflait,\ndébordait, s'épanchait impétueusement aux parois du\nverre. Alors toutes les lumières effluaient de fenêtre à\nla caresse de la lumière veuve, toutes les lueurs\neffluaient des foyers et des lampes aux baisers de la\nlueur neuve. Le sanctuaire se teintait d'or à l'essor des\nrayons; et les hydres normales lovées sur les gri-\nmoires, on les entendait bruire de leurs crotales heu-\nreuses. Le sourire du comte s'épanouissait au nid de sa\nbarbe épaisse; il murmurait de vagues charmes et\nd'antiques hymnes triomphateurs. Sa balafre rosissait\nd'un sang plus jeune; puis, en l'attente que l'or froidit,\nil contait, - seules heures loquaces de son existence,\n-\nil contait les longs combats vaillants, les chocs des\nglaives sur les targes, et les défis des preux. Sa bouche\nmélancolieuse louangeait le duc d'Anjou qu'il avait\nsuivi dans la guerre de Naples. Elle devenait meurtris-",
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     "texte": "La Vogue.\n255\nsante à la mémoire des traîtres fauteurs de la déroute :\nnavrance du retour sans chevaux, sans or, sans armes,\nà travers les plaines surchauffées. Là un byzantin captif\nlui avait découvert, à titre de rançon, les arcanes du\nGrand Œuvre.\n•\nLes voilà rendus. Elle, juchée sur une pile d'in-folios,\npique d'une vieille dague le corset de l'entreprenant.\nLui, il baise les roses chevilles à travers les maillles des\nbas dorés. Ensuite son éternelle romance litanie les\nbeautés de la bachelette : « O tes yeux sous la visière\nde tes cils noirs. Dedans il est comme reflets de plomb\nsaturnin, reflets qui leurrent semblant guider à ton\nâme lointaine que las! nul ne saura. Tes cheveux sous\nle hennin se dérobent, non tant qu'il ne demeure cette\nfolâtre mèche sans précise couleur, mais à volutes\nblondes o si pâlement! Comme j'y endormirais ma vie.\nEt tes joues! Le marbre indélébile et lisse de tes joues\noù les joies sculptent des fossettes aux angles de ta\nbouche mignonne. Tes joues pleines et fauves comme\nun crépuscule de bel automne! Fauve aussi ton cou,\nfauves aussi tes épaules nubiles, ta gorge qui bondit\naux étroites brides de la verte gonelle où volètent les\noisels de perles... Là enfouir mes lèvres...\n-\nAh taisez, taisez cette parole hardie. Beau sire!\non ne vous écoute mie.\nCe ne l'arrête. Mahaud s'enorgueillit à le croire\nsincèrement épris de ses juvéniles splendeurs, expert à\ndevenir pour elle courtois chevalier l'étourdi que sa\nrace exila en châtiment de meurtre. Dans un combat\nloyal, il tua un sien oncle qui, étant ivre, l'avait arrosé\nde cervoise.",
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     "texte": "256\nLa Vogue.\nDe la rue montent les cris des fillettes et des jouven\ncels : « A gui l'an neuf! A gui l'an neuf! »\nElle se hâte de joindre avec l'écolier dans la salle\nbasse, les maîtres, les serviteurs, les serſs réunis au\nbaise-mains.\nPour les rasades hospitalières, les hanaps invitent\nsur la candeur des nappes parmi les hautes magnifi-\ncences des tapisseries.\nEntrent les enfants de chœur portant rameaux de gui,\net la file chantante des jeunes filles. Aux pieds du\nChrist, aux fleurons de l'armoire peinte, à l'anneau\nterminal de la lampe, le diacre attache les verdures de\nprospérité.\nLe comte Hugues sur le trône de chêne, la Fiorina\nmuette en son long bliaut de samit brun, donnent à\nbaiser leurs phalanges extrêmes.\nAutour les huit barons vassaux siègent, le poing sur\nl'épée nue.\nMahaud de son tabouret salue les féaux hommages\ndes bourgeois qui défilent en belles houppelandes.\nElle complimente chaque bachelette. Les blondes, les\ngrasses flamandes passent en leurs atours surannés,\ntimides, et leurs yeux comme des coupes pleines.\nLa lance ordonnatrice des gardes tasse la foule\ncontre les saints armés qui combattent les monstres\ndes tentures. Lente elle se tasse les yeux fixés vers\nl'éclat des vaisselles. Les musiques se dénouent sous\nles doigts diserts des ménestrels; et des mélodies\nvibrent aux cordes harmoniques des rebecs, des gui-\nternes.\nLes barons décrivent l'état de leurs fiefs, les siège",
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     "texte": "La Vogue.\n257\nsoutenus, les exploits des chevaliers, présument les\nguerres imminentes et les desseins mystérieux du roi\nd'Angleterre. La demoiselle fait offrir de l'hydromel aux\nserfs présents de son territoire de Vrahen, celui où\nsont les pelouses étendues, des grottes inexplorées et\ndes gerfauts qui portent des clochettes d'argent gra-\nvées à sa devise : « ESTRE. »\nAu banquet s'installent les seigneurs. De leurs mains,\ndes anneaux gemmés jaillissent d'illuminantes para-\nboles vite éteintes d'ombre; ils rejettent les longues\ncoudettes tailladées que suivent leurs gestes. Tout de\nsuite les soucis de la politique unissent les propos.\n•\nEt la discussion rougit les visages. La main de\nl'évêque violet domine les têtes vociférantes, les épaules\nrapprochées pardessus les aiguières et les pâtisseries.\nLes cercles d'or des chevelures s'illustrent de lueurs\nà la profusion des cires apportées par les pages. Des\nplaintes s'élèvent.\n-\nsogne !\nC'est malheur que Craon ait manqué sa be-\nRichard commanda la taille sur les biens de Dieu,\nil n'est pas plus méchante félonie.\n-\nLe crâne nu d'un dominicain surgit un instant, et\nl'aile de son manteau noir, puis cela s'effondra dans le\ntas des gestes.\nContre la tapisserie, les serſs cois ne remuaient et\ngardaient dans leurs mains les viandes de la distribution.\nPeureux de cette soudaine colère des maîtres; ils\nétouffaient le bruit de leurs mâchoires. Une à une, les\nfilles, les femmes soulevaient les portières, s'esquivaient.\nOn ne touchait plus aux mets, les faisans du der-",
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     "texte": "258\nLa Vogue.\nnier service restaient sur les plats dans la splendeur\nde leurs pennes étendues sans que l'écuyer tranchant\nobtînt le signal de les dépecer.\nSoudain des paroles graves et puissantes culminèrent\nau bas bout de la table, des paroles qui résonnaient\nlongtemps aux oreilles saisies, Beaucoup se penchèrent\nvers cette voix. Mahaud s'efforçait de distinguer\nl'homme. Les rudes accents perçaient de frissons sa\npoitrine attentive. Un moment, parut au milieu des gens\nécartés devant son geste un gras franciscain. Ses\nyeux, sa denture blanche éclairaient. Alors elle l'en-\ntendit.\nIl parlait latin. Le verbe s'éployait en périodes im-\nposantes. Il dit le châtiment des hommes perdus de\npéchés, de débauches hideuses, de sacrilèges. Dès\nlongtemps la colère du Ciel s'était appesantie, mais ni\nle triomphe de Bajazet, ni l'humiliante défaite de Hon-\ngrie, ni la mort de tant de seigneurs n'avaient prévalu.\nSatan faisait délirer les âmes. Et Dieu méprisait au\npoint qu'il ne se souciait plus de punir. C'était la déri-\nsion suprême, les chefs humains en frénésie, deux\npapes schismatiques combattus par leurs fidèles en\narmes, s'excommuniant l'un l'autre, défendant l'obéis-\nsance aux foules ahuries. Les oracles politiques il les\nfallait soustraire aux rares instants lucides de l'empe-\nreur Wenceslas toujours ivre, du roi Charles rendu\ndément par les luxures immondes.\nA ce mot les barons s'indignèrent. On savait Charles\nbon et humble; il était toujours la tête de la chré-\ntienté. Gênes n'avait cru pouvoir échapper aux Vis-\nconti qu'en se donnant à la couronne.\n- Trop petitement conseillé, jugea l'évêque.",
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     "texte": "La Vogue.\n259\nLes nobles se levèrent tumultueusement, Des injures\nproſérées souillèrent les noms d'Orléans, de Clisson, de\nMontaigu. Sur la table des coupes épanchées rougirent\nles nappes. En vain, le comte de Bergues ordonna\nsilence. Fiorina parvenue jusqu'au franciscain lui baisait\npieusement la manche.\nMahaud se renseigna. Le moine appartenait à la suite\nde l'évêque. On ne savait rien.\nPour le lave mains les pages apportèrent les aiguières;\net cette occupation rompit les diatribes.\nDe lumières ternies les lampes arrosaient les ombres\ngrandissantes où sombraient les habits et les armes.\nDes pages jouaient aux dés sur un manteau. Une\nservante annonçait les points. Sa voix aiguë sonnait\navec le claquement de sa chaussure. Les levriers médi-\ntatifs vautrés devant le feu rose ne s'émouvaient plus\naux bûches croulantes. Les étincelles parfois révélaient\nle blason maintenu sur la haute cheminée par des\nlicornes.\nDès la nuit les serfs avaient disparu pour regagner\nles domaines.\nMaintenant les seigneurs, l'évêque, les moines se\nblotissaient sous l'auréole de la lampe médiane afin de\nmieux examiner la face contante du franciscain.\nMahaud rêvait de puissance. Jacques la rejoignit. Ils\ns'isolèrent.\nPAUL ADAM.\n•\n38",
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     "texte": "SONNET\nPour le mal dont je souffre, il n'est pas de remède.\nPuis-je un jour devenir à moi-même étranger\nEt, contre un autre cœur, jeune et joyeux, changer\nCe cœur morne,\n-\nMon Cœur\n-\ndont le dégoût m'excède!\nQu'à l'heure intolérable une autre heure succède,\nLe poids de mon ennui sera-t-il plus léger?\nDans l'immense univers où rien ne doit bouger,\nUn Père est-il caché de qui j'attende une aide ?\nQuand le même soleil sur ma tête aura lui,\nDemain, ah! Je serai l'homme amer d'aujourd'hui\nPrisonnier d'un cœur morne et d'un ténébreux monde.\nEt cependant la Mort approche, et j'en ai peur\nSon gouffre est taciturne et son ombre est profonde...\nAh! J'en ai peur avec tout le cœur de mon cœur !...\n38\nPAUL BOURGET,",
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     "texte": "LES AMOURS\nArrêtons-nous, amour, contemplons notre gioire !\nPÉTRARQUE.\nOh! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir\nNe voyant plus que boire à mes lèvres, ou mourir !...\nO Baptême de ma Raison d'être !\nFaire naître un « Je t'aime ! »\nEt qu'il vienne\nA travers les litières des hommes et des dieux,\nSous ma fenêtre,\nBaissant les yeux !\nQu'il vienne, comme à l'aimant la foudre,\nEt dans un ciel d'orage qui craque et qui s'ouvre :\nEt alors, les averses lustrales jusqu'au inatin,\nLe grand clapissement des averses toute la nuit!...\nQu'Elle vienne, et, baissant les yeux\nEt s'essuyant les pieds\nAu seuil de l'église de mes aïeux\nLes génies de la Piété, dise :",
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     "texte": "262\nLa Vogue.\n« Pour moi, tu n'es pas comme les autres hommes ;\n« Ils sont ces Messieurs, toi tu viens des cieux.\n<< Ta bouche souveraine me fait baisser les yeux\n« Et ton port me transporte\n« Et je m'en découvre des trésors,\n<< Et je sais parfaitement que ma destinée se borne,\n« (Oh, j'y suis déjà bien habituée)\n« A te suivre jusqu'à ce que tu te retournes,\n« Et alors, te révéler comment tu es!\n<< Vraiment je ne songe pas au reste ; j'attendrai\n<< Dans l'attendrissement de ma vie faite exprès.\n« Que je te dise seulement que depuis des nuits je pleure\n« Et que mes sœurs ont bien peur que je n'en meure.\n« Je pleure dans les coins, je n'ai plus goût à rien;\n« Oh! j'ai tant pleuré dimanche dans mon paroissien.\n« Tu me demandes pourquoi toi et non un autre\n<< Ah, laisse, c'est bien toi et point un autre !\n« J'en suis sûre comine du vide insensé de mon cœur\n« Et comme de votre air mortellement moqueur !... »\nAinsi, elle viendrait, évadée, demi-morte\nSe rouler sur le paillasson que j'ai mis à cet effet devant ma porte.\nAinsi, elle viendrait à Moi avec des yeux absolument fous,\nEt elle me suivrait avec ces yeux-là partout, partout !\nOh! alités du coup!\nO géraniums diaphanes, guerroyeurs sortilèges,",
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     "texte": "La Vogue.\n263\nSacrilèges monomanes!\nEmballages, dévergondages, douches ! o pressoirs\nDes vendanges des grands soirs !\nLayettes aux abois,\nThyrses au fond des bois !\nTransfusions, représailles,\nRelevailles, compresses et l'éternelle potion,\nAngelus! n'en pouvoir plus\nDe débâcles nuptiales! de débâcles nuptiales!...\nEt puis, & mes amours,\nA moi, son tous les jours\nO ma petite mienne,\nO ma quotidienne,\nDans mon petit intérieur,\nEt plus jamais ailleurs !\nO ma petite quotidienne...\nEt quoi encore? O mon génie,\nImprovisations aux insomnies !\nEt puis ? L'observer dans le monde,\nEt songer dans les coins :\nOh, qu'elle est loin! Oh, qu'elle est belle !\nOh, qui est-elle ? A qui est-elle ?\nOh, quelle inconnue! Oh, lui parler! Oh, l'emmener !\n(Et, en effet, à la fin du bal,\nElle me suivrait d'un air tout simplement fatal.)\nEt puis, l'éviter des semaines\nAprès lui avoir fait de la peine,\nEt lui redonner des rendez-vous,\nEt nous refaire un chez-nous.",
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     "texte": "204\nLa Vogue.\nEt puis la perdre des mois et des mois,\nA ne plus reconnaître sa voix....\nEnfant ! Et l'amitié,\nEt la fidélité !\nEt tout le dévouement\nPlein de détails charmants!\nOui, le temps salit tout,\nMais sans en venir à bout.\nHélas, hélas! Et plus le droit d'errer,\nHypocondrie et pluies\nEt seul sous les vieux cieux!\nDe faire le fou,\nLe fou sans feux ni lieux,\n(Le pauvre, pauvre fou sans amours,)\nPour, alors, tomber bien bas\nA me purifier la chair,\nEt exulter au petit jour\nEn me fuyant en chemin de fer\nO Belles-Lettres, & Beaux-Arts,\nAinsi qu'un ange à part.\nJ'aurai passé ma vie le long des quais\nA faillir m'embarquer\nDans de bien funestes histoires,\nEt tout cela pour l'amour de mon cœur fou de gloire.\nOh, qu'ils sont pittoresques les trains manqués!...\nOh, qu'ils sont à bientôt ? à bientôt ? »",
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     "texte": "La Vogue.\n205\nLes bateaux,\nDu bout de la jetée !...\nDe la jetée bien charpentée\nContre la mer,\nComme ma chair\nContre l'Amour.\nJULES LAFORGUE.",
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     "texte": "LIED\nCe rêve de ta vie qu'elle fût mienne, sitôt enfui\nEt les minutes de nos mains se serrant, sitôt enfuies\nVers les astres de måle aventure qui de cette heure dans ma nuit ont lut,\nDans la démence d'un rêve éveillé, marchent mes sens\nDans la logique léthargique d'un rêve éveillé maléfique\nMes sens sont en partance vers l'inconnu des passés évanouis\nMon âme assiste à tes apparences passantes,\nMon ame assiste à tes baisers magnifiés et caressés\nD'ondoyantes rumeurs d'unanimes consentements\nCe rêve de ta vie, familier des heures, des lentes heures, plus lentes,\nDepuis que ce sont les minutes enlacées, évanouies\nTon rêve perpétue les lentes traînes de tes regards aimants.\nGUSTAVE KΛΗΝ.\n38",
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     "texte": "LETTRE D'EUPOLEME (1)\nAU PRINCE B. DE H. D. R.\nPour servir d'explication à un article du supplément de la\nGAZETTE DE LEYDE\nNº VI. 1784\nHAMBOURG 1784\nMonseigneur,\nEpigraphe.\nUnus utrique\nError sed variis illudit partibus.\nUne résolution de Leurs Hautes Puissances, les États-\ngénéraux des Provinces-Unies que j'ai lue dans la\nGazette de Leide nº vi, en débutant par ordonner des\nhostilités sur mer contre tous les navigateurs vénitiens\nest le sujet de ma longue lettre.\nL'origine de cette Insurgence est surprenante. C'est\n(1) Le pseudonyme d'Eupolème employé plusieurs fois par\nCasanova.",
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     "texte": "36S\nLa Vogue.\nun démêlé que les penseurs politiques prennent pour\nune plaisanterie, ou tout au plus pour un masque.\nSi c'est une plaisanterie, j'ai tort d'en être la dupe,\nmais si c'est un masque V. A. m'excusera.\nJe suis d'un pays où on les respecte beaucoup et où\nlorsqu'ils sont inconnus à tout le monde on les fait\nsuivre. Si cette affaire enfin n'est qu'une comédie, cette\nlettre peut vous servir d'argument de la pièce. Votre\nAltesse verra qu'elle en a grand besoin.\nUn jeune soi-disant comte Zannovich natif de\nBudua aux confins de l'Albanie vénitienne hardi,\nétourdi, éloquent, libertin, prodigue, caressant, insi-\nnuant, menteur, doué d'une mémoire prodigieuse,\npossédant enfin toutes les qualités nécessaires à un\ngrand fripon se présenta l'année 1777 aux sieurs Cho-\nmel et Jordan négociants d'Amsterdam avec une lettre\nde recommandation des négociants de Lyon, Grenier,\nArlès, et compagnie, qui l'annonçaient pour comte\nChiud de Zannovich noble vénitien, et lui donnant par\nconséquent le titre d'Excellence (1).\nLes négociants Chomel et Jordan séduits par les\nmanières engageantes de ce fourbe devinrent en peu\nde temps ses amis intimes et ne firent aucune difficulté\nde lui avancer en argent comptant et en diamants la\nsomme de vingt-sept mille florins. Il leur avait donné\nun billet de Milord Lincoln de trois mille cinq cents\nsequins, paiables en troisans, neuf à dix mille piastres\nen lettres de change sur Gênes, et les assurances les\nplus positives en belles paroles qu'un de ses vaisseaux\n(1) Note de Casanova. - S'ils avaient su la vérité ils auraient\npu lui écrire que c'était le fils d'un pauvre gentilhomme alba-\nnais qui très heureux gagna beaucoup d'argent à Venise,",
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     "texte": "La Vogue.\n269\nchargés de vin, qu'il laisserait à leur disposition,\ndevait de jour en jour entrer dans le Texel. Le billet\ndu lord fut renvoyé de Londres déclaré faux, les lettres\nde change de Gênes furent protestées et le navire\nchargé de vin n'arrivait jamais. Il ne fut pas difficile à\nSon Excellence comte Chiud, de persuader les mar-\nchands, ses chers amis, qu'en allant lui-même sur les\nlieux, il accommoderait le tout. Ils furent de son avis,\nlui donnèrent des lettres de recommandation, le sup-\npliant de leur continuer sa protection, et le laissèrent\npartir. Ils ne le revirent plus, mais ils reçurent de lui\nplusieurs lettres, excellentes pour les amuser.\nLe drôle était à Naples; par ses artifices, il avait su\ns'insinuer dans l'estime et dans l'amitié de M. Cavalli\nqui était alors résident de la République de Venise à\ncette cour. Il présenta à ce ministre, un homme\nauquel il donna le nom de Nicolo Peovich, en l'assurant\nqu'il était le chef d'une maison ainsi nommée, riche\nflorissante et sans contredit, la plus forte de toutes les\nmaisons de commerce existantes dans toute la Dal-\nmatie. Il fit voir à l'honéte résident, que cette maison\nétait en état de faire avec la Hollande le commerce le\nplus avantageux, si on pouvait lui procurer une corres-\npondance avec quelque bon comptoir d'Amsterdam. Il\nsuggéra la maison Chomel et Jordan que M. Cavalli\nne connaissait pas, mais qui aurait tout de même la plus\ngrande considération pour la maison Peovich la voyant\nrecommandée par lui.\nLe résident de bonne foi n'eut pas de difficultés à\nrecommander aux négociants d'Amsterdam, la maison\nfille de ce génie créateur. Il leur en fit l'éloge, il eut la\nfaiblesse de leur dire qu'il la connaissait et il les assura\nqu'il pouvait avoir en elle toute la confiance, conformé",
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     "texte": "270\nLa Vogue.\nment à son merite. C'est ainsi qu'il donna dans le pan-\nneau et il ne faut pas s'en étonner, car sa passion pré-\ndominante était l'augmentation du commerce de l'État\nvénitien. Il ne demandait pas mieux que de pouvoir\nfaire à peu de frais ce grand bien à sa patrie et son\nempressement ne lui laissa pas le temps de réfléchir. Il\ncrut tout ce que Zannovich lui dit, et il n'a pas pensé à\nmentir en écrivant qu'il connaissait Nicolo Peovich,\npuisqu'il lui avait été présenté par le comte de Zanno-\nvich. Cette scène est de l'année 1774.\nLes négociants Chomel et Jordan charmés d'avoir\nreçu la recommandation d'un ministre de la République\nde Venise commencèrent à traiter avec cette maison\nimaginaire que l'intrigant Zannovich leur faisait paraître\nréelle, faisant jouer le personnage de Nicolo Peovich à\nson propre frère. La première opération de ce soi-\ndisant Nicolo Peovich, qui lui gagna toute la confiance\nde la maison d'Amsterdam fut de prendre sur lui la\ndette de Zannovich qui lui avait fait écrire qu'il était\nallé se retirer dans l'Istrie pour mettre ordre à ses\naffaires et se réconcilier avec son père. Admirateurs de\nla probité de leur ancien ami, qui s'était acquitté de\n27,000 florins qu'il leur devait avec une si belle exac-\ntitude, ils lui firent une quittance générale et depuis ce\nmoment ils devinrent indifférents sur son sort. Ils\ncommencèrent à s'occuper très sérieusement de la mai-\nson Peovich. Elle devint l'objet de la plus grande par-\ntie de leurs spéculations.\nIls attendaient la Minerve, gros navire soi-disant\nappartenant à ce phantôme avec une très riche cargai-\nson et ils avaient déjà assuré pour son compte la somme\nde 150 mille florins: la Minerve que Zannovich avait\nretirée du néant pour la replonger moyennant un nau-",
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     "texte": "La Vogue.\n271\nfrage, dut subir sa destinée et la banque d'assurances\ndevait être sommée de débourser les 150,000 florins\nqu'elle avait assurés. Et il faut rendre justice au zèle et\nà l'activité de MM. Chomel et Jordan qu'ils se don-\nnèrent toutes les peines du monde pour recouvrer cette\nsomme; mais les assurances indociles ne se laissèrent\njamais persuader. Dans les preuves évidentes qu'on\nmettait devant leurs yeux que le navire qu'ils avaient\nassuré avait péri, ils ne trouvaient pas l'évidence dont\nils avaient besoin. On a donné des certificats de la vie\net de la mort du vaisseau, mais on 'n'a jamais pu en pré-\nsenter un de sa naissance; car la Minerve de Nicolo\nPeovich était née dans la tête de Zannovich comme\nla Minerve d'Homère dans le cerveau de Jupiter. Les\nassureurs cependant n'ayant pas étudié la mythologie\nexigeaient l'impossible. L'invention de ce vaisseau, les\nvoyages que l'inventeur Zannovich lui fit faire dans les\nports de la Turquie, les vicissitudes qu'on lui fit\nessuyer, les certificats de son existence et des marchan-\ndises dont il était chargé, en partie d'honnêtes gens\ntrompés, en partie faux, sont un chef-d'œuvre de l'ima-\ngination de cet homme, qui outre le talent qu'il a de se\nmultiplier comme le Protée de la fable a aussi celui de\nse faire croire mort lorsqu'il y trouve son compte (1).\n(1) Note de Casanova. - C'est ce qu'il fit lorsqu'il quitta\nVienne où il avait porté le nom de comte Castriotto. Il est allé\nfaire semblant de mourir je ne sais pas où, et les gazettes ont\npublié sa mort, et une lettre très édifiante qu'il écrivait à\nM. de Voltaire qu'il n'a jamais connu, dans laquelle il faisait\nparade de sa conversion. Le gazetier disait que le converti\navait dicté la lettre dans le moment qu'il n'admettait pas le\nbadinage car une heure après, il était mort. Peu de temps après,\nune personne de sa connaissance le voïant à Bologne sain et saul",
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     "texte": "272\nLa Vogue.\nOn parvint enfin à perdre tout espoir de prouver que\nle vaisseau en question avant que de périr avait existé,\net au commencement de l'année 1779, les sieurs Cho-\nmel et Jordan virent disparaître la maison de Nicolo\nPeovich aussi, qui dans sa courte durée ne leur a coûté\nque six mille florins qui avec la somme de 27,000\nforment les 33,000 qu'ils s'avisèrent alors de demander\nà M. Cavalli qui était alors résident à Milan.\nIls lui écrivirent à diverses reprises, pour lui démon-\ntrer que c'était à lui à les rembourser. Il leur répondit\nconstamment qu'ils n'auront jamais cru que sa recom-\nmandation dût leur faire négliger toutes les mesures que\nles négociants prennent pour se garantir des fraudes,\nmesures qu'il ne pouvait leur suggérer car il ne les\nconnaissait pas. Il leur reproche qu'à la fin de l'an-\nnée 1774, ils avaient écrit à Grenier et Arlès de Lyon\nque Zannovich ne leur devait rien, et que dans ce même\ntemps, ils avaient été avertis tant par M. Arlès que par\nlui-même de prendre toutes les précautions. Il se plaint\nde la déloyauté de leurs procédés envers lui, car ils ne\nlui ont point communiqué l'état des affaires dans le\ncommencement. Il leur répète dans la dernière de ses\nlettres, que les recommandations ne dispensent pas les\nnégociants d'observer les mesures que l'usage prescrit\nà ceux qui veulent profiter des avantages du commerce.\nLes négociants Chomel et Jordan s'attendaient à ce\nraisonnement; mais déterminés à ne pas s'y tenir, ils\navaient médité un autre projet dont la réussite leur\nlui parla de sa mort. Mais Zanovich lui répondit que celui qui\nétait mort, était son pauvre frère Stefano. Mais ce Stefano\nn'était pas mort non plus, car c'est le même que ce fourbe pré-\nsenta à M. Cavalli à Naples sous le nom de Nicolo Peovich.",
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     "texte": "La Vogue.\n273\nparaissaient immanquable. « Si M. Cavalli, dirent-ils,\navait des capitaux en Hollande, nous les séquestrerions,\nmais il n'en a pas. Considérons-le comme insolvable,\net puisqu'il est ministre de l'État de Venise, faisons en\nsorte que ce soit l'État, son commettant qui nous indem-\nnise. Il nous a dit que la maison Peovich existe et qu'il\nla connaît. Il a doublement menti, nous nous sommes\nlaissés tromper sur la foi de ses paroles, le Sénat qu'il\nsert doit donc penser à nous dédommager. »\nIls informèrent du fait L. H. P.; ils implorèrent leur\nprotection et ils l'obtinrent. Les États généraux trouvè-\nrent leur prétention si juste qu'il la firent parvenir au\nSénat de Venise. Il est étonnant que cette somme leur\nait paru être considérable dans un temps, où prenant\npart à une guerre de la plus grande conséquence, ils\ndonnèrent les marques d'une magnificence extraordi-\nnaire et d'une sagesse au-dessus de tout éloge.\n<< Celui qui a recommandé le fantôme, dirent les\nÉtats généraux, est le résident de Venise; nous devons\nnous régler comme s'il eût agi avec l'aveu de son\nprince. Venise doit l'obliger à païer ou païer elle-même.\nNos fidèles sujets, sans la recommandation de ce\nministre, n'auraient jamais eu la bêtise de donner leur\nbien à un être chimérique. Il est vrai qu'ils donnèrent\n27,000 florins au comte Zannovich avant même qu'il\nsussent qu'un Cavalli existait, et que ce ministre dans\nles lettres qu'il leur a écrit, ne leur a pas répondu ni\ndes sommes qu'ils avaient déjà déboursées, ni de celles\nqu'ils pourraient débourser à l'avenir, mais n'importe, il\nleur dit que la maison Peovich existe; il les trompe, et\nil sait qu'il les trompe, puisqu'il leur dit qu'il la con-\nnaît. Il n'en faut pas davantage, pour qu'il soit con-\ndamné à païer par son souverain même, car il était son\n1",
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     "texte": "274\nLa Vogue.\nministre. Nos négociants eurent à sa recommandation\ntous les égards qu'ils devaient avoir et doivent être rem-\nboursés par lui du crédit qu'ils donnèrent au comte\nZannovich aussi, car nous savons que Peovich et Zanno-\nvich sont une seule personne. »\nEn conséquence de ce raisonnement assez subtil,\nL. H. P. firent parvenir par le canal de leur ministre\nà Vienne leurs prétentions à celui-ci envoya d'abord\npar un exprès cette nouvelle au Sénat.\nJ'ai toujours cru qu'un souverain ne se fasse garant\nque de ce que son ministre traite directement avec le\nsouverain auquel sont adressées les lettres de créance\nqu'il lui donne. Il me semble que les États généraux\nn'auraient droit de rien prétendre ni du Sénat de Venise,\nni de M. Cavalli quand même il aurait été ministre de\ncette république chez eux. Un tribunal civil aurait dû\nêtre le juge compétent de son affaire entre lui et les\nnégociants. On prétend que s'il ne s'était pas signé rési-\ndent de Venise les États généraux n'auraient pas eu le\ndroit d'exiger une satisfaction de la part du Sénat de\nVenise. Cela voudrait dire que le caractère d'un mi-\nnistre ne dépendrait que de sa plume. Je demande en\ncas que M. Cavalli dans sa signature n'ait fait aucune\nmention de sa qualité, aurait-il moins été le résident de\nVenise. L'analyse de cette question me paraît puérile\nplus que la question même. On m'a toujours dit qu'un\nministre n'a pas la faculté de séparer son caractère de\nsa personne; et que, qui plus est, il ne peut pas en dis-\nposer, puisqu'il appartient à son maître, qu'il représente\nen corps et en esprit. Pour moi je crois que M. Cavalli\na mal fait de signer résident de Venise, mais qu'il aurait\nfait encore plus mal, s'il n'avait pas fait mention de son\ncaractère, parce qu'on aurait pu conjecturer, qu'il vou-",
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     "texte": "La Vogue.\n275\nlait se tenir caché pour partager les larcins de son\nrecommandé. Ma conclusion est que si les sieurs Cho-\nmel et Jordan ont un droit légitime contre Cavalli rési-\ndent, ils l'ont également contre Cavalli particulier, et\nque s'ils ont tort de prétendre un dédommagement de\nCavalli, particulier, ils l'ont également vis-à-vis Cavalli\nrésident : mais qu'ils aient tort ou qu'il ait raison vis-\nà-vis de M. Cavalli, ils ont tous les torts possibles,\nlorsqu'ils prétendent que le Sénat de Venise, leur re-\nmette l'argent, qu'ils ont déboursé. C'est à un magistrat\ncivil à juger, si cet argent est véritablement dû par\nCavalli ou non.\nMais comment peuvent les négociants Chomel et\nJordan se persuader que leur prétention soit illégale,\npendant qu'ils la voient approuver par L. H. P. Je\nles plains si cette approbation souveraine leur a fait\ntourner la cervelle. Leur discernement doit se soumettre\nà celui de leurs maîtres. Il ont actuellement raison de\ncroire de bonne foi d'avoir donné à la recommandation de\nCavalli, la valeur qu'il fallait lui donner. Ils sont sûrs\nde n'avoir pas arbitré, de n'être pas allé au-delà des\nlimites, d'avoir fait ce qu'il fallait faire, de n'avoir pas\ncommis la moindre faute, et de ne devoir jamais en por-\nter quelque peine.\nLes Etats généraux dont je respecte la puissance et\nplus encore la sagesse, approuvèrent la prétention de\nChomel et Jordan, et trouvèrent que c'est au Sénat de\nVenise à y satisfaire. Je m'y pers, monseigneur, lorsque\nje veux deviner l'aspect sous lequel ils examinèrent ce\nfait pour trouver leurs négociants exempts de faute.\nJ'accorde à L. H. P. que M. Cavalli en a menti lors-\nqu'il a écrit : « Je connais la maison Peovich, » mais ce\nmensonge ne veut pas dire : « Je l'accrédite et je réponds\n1",
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     "texte": "276\nLa Vogue.\ndes sommes en argent que vous pourrez lui confier. >>>\nS'il eût prétendu cela, il le leur aurait dit; mais il y\na à parier que s'il le leur eût dit : « Je réponds des\nsommes que vous confierez à mon recommandé, » ils lui\nauraient demandé, avant que de débourser le premier\nflorin, quelles étaient les assurances qu'il leur donnait\npour les sommes qu'il les encourageait à débourser.\nComment ont donc fait ces souverains juges pour trou-\nver que M. Cavalli soit débiteur des sommes qu'il n'a\npas ordonné qu'on débourse et qu'il ne pouvait pas\nordonner qu'on déboursât. Ces raisons que la simple\nréflexion doit avoir présenté aux respectables jugements\nde L. H. P. ne furent pas trouvées bonnes. Je voudrais\nconnaître les valables. La résolution ne dit rien. Les\nsouverains ordinairement ne s'expliquent pas, ou s'ex-\npliquent avec des phrases que les non-initiés trouvent\nobscures. Voilà pourquoi j'aurais voulu voir cette\naffaire traitée par quatre avocats. Les États généraux\ndevinrent les protecteurs des négociants. Ce petit\ndémêlé devint affaire d'État, de l'espèce de celles que\nles subalternes ne peuvent pas juger et qu'il faut finir\nde souverain à souverain.\nLe Sénat de Venise qui n'a jamais manqué aux égards\nqu'un prince doit à un de ses égaux avec lequel il est\nen paix, crut, d'abord qu'il a entendu l'instance des\nÉtats généraux, qu'il fallait donner à L. H. P. une\nmarque éclatante de la haute estime qu'il a toujours\nfait de leur sagesse.\nLe ministre Cavalli qui était passé de Naples à la\nrésidence de Milan y était encore à cette époque. Le\nSénat ne diffère pas; il ne veut pas s'informer des cir-\nconstances de cette affaire par quelque autre canal. II\nne veut pas en examiner mûrement la nature dans son",
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     "texte": "La Vogue.\n277\nconseil d'État. Il abandonne pour cette fois l'habitude\ndes républiques de faire attendre longtemps ses ré-\nponses délibératives. Il lui tarde de convaincre L. H. P.\nqu'il ne doute pas de leur profond savoir et de leur\nprudence. Sévère autant que juste sur la conduite de\nses ministres dont les plus légères fautes sont toujours\nregardées comme de grande conséquence, il suppose\nque sans le tort manifeste de M. Cavalli la république\nde Hollande ne lui aurait jamais demandé sa punition.\nLe Sénat dépêche un ordre à son résident de laisser\nen vingt-quatre heures la cour de Milan, et d'être en\ntrois jours au pied de son trône pour rendre compte de\nsa conduite et pour se soumettre à un jugement.\nAvouez, monseigneur, que dans ce brusque rappel,\nvotre altesse aperçoit l'esprit d'un souverain qui veut\nhonorer son égal d'une defférence parfaite. Je crois que\npoussée à ce degret elle n'a pas beaucoup d'exemples\ndans l'histoire.\nLe résident Cavalli arrivé dans le temps prescrit,\nregarda comme une grâce celle de n'être décrêté que\nd'ajournement personnel. La première qualité du\ncitoyen vénitien, innocent ou coupable est l'obéis-\nsance, la soumission est son triomphe, et un parfait\nstoïcisme sa ressource. Ce ministre interdit s'enferme\nen sa maison, plongé dans la tristesse et ne se montre\nà personne. En attendant, un collège criminel de 25 se-\nnateurs et ayant tous siégé dans le Conseil des Dix, lui\nfait son procès avec toute la rigueur des lois. Ce col-\nlège extraordinaire, créé par decret du Sénat, fut revêtu\ndu rit du Conseil des Dix, et eut ordre de ne s'occuper\nque de cette affaire.\nLe décret est du 15 août 1777. Ceux qui ont lu\nl'histoire, savent la vénération que de tout temps toute\n1",
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     "texte": "278\nLa Vogue.\nl'Europe eut pour la méthode et l'équité avec laquelle\nces redoutables chambres criminelles font émaner leurs\nsentences. Au bout de cinquante séances, les membres\nde ce terrible tribunal qui inaccessibles à tout le monde\nn'eurent des oreilles que pour entendre les griefs qu'on\nleur a lus et qui contenaient toutes les circonstances de\nla matière, déclarèrent l'accusé non criminel, ni cou-\npable vis-à-vis de l'État, pour avoir manqué in munere\nni abusé de son caractère. Il fut absous et renvoyé\nexempt de toute peine flétrissante, qui aurait pu faire\nsupposer qu'il eût manqué à ses devoirs. On ne l'a pas\ndispensé d'aller terminer le cours de ses résidences, et\non a laissé aux marchands hollandais ou à L. H. P. la\nliberté d'attaquer le même Cavalli à un magistrat civil.\nUn conseil de quarante requis aurait décidé si en force\ndes lettres qu'il écrivit aux négociants d'Amsterdam, il\npourrait être obligé de les rembourser.\nLe même collège condamna Zannovich, son frère et\ntous ses complices à un bannissement perpétuel de tous\nles Etats de la République. Dans la résolution de L. H. P.\ndu mois de janvier de cette année, on ne fait aucune\nmention de ce comte Zannovich qui cependant est le\nprincipal trompeur de MM. Chomel et Jordan, et l'au-\nteur unique de toute l'intrigue. La raison de ce silence\nest bien simple. Ces pauvres négociants meurent de\nhonte seulement à l'entendre nommer. Il eut le talent\nde se faire donner, de leur propre main, une quittance\ngénérale dans laquelle ils se disent entièrement satis-\nfaits de tout ce qu'il leur devait, de sorte qu'il pourrait\naller se promener à Amsterdam sous leurs fenêtres sans\nqu'ils lui puissent rien faire.\nL'intégrité et même la sévérité de la sentence éma-\nnée du collège des 25, fut reconnue de tout le monde",
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     "texte": "La Vogue.\n279\nexcepté des sieurs Chomel et Jordan et de leurs illustres\nmaîtres les États généraux. Cette affaire parut à L. H. P.\nassez importante pour envoyer à Venise M. Jor avec le\ncaractère de résident extraordinaire et plénipotentiaire.\nCe ministre renouvela la demande de la République au\nSénat, ne comptant pour rien, à l'étonnement de toute\nla ville, la sentence que le collège avait prononcé sur\ncette affaire trois ans auparavant, - sentence dans\nlaquelle les sieurs Chomel et Jordan étaient déclarés\nlibres de citer devant les magistrats civils leur pré-\ntendu débiteur qui était alors ministre à la cour de\nSaint-James. M. Jor cependant s'expliqua, et grand\nexemple de modération, il dit que ses commettants se\ncontenteraient de remettre leur grief au jugement d'un\nmagistrat composé de juges civils, pourvu que ce fût\ndans Amsterdam où M. Cavalli en donnant caution\npourrait se dispenser d'aller en personne.\nLe Sénat de Venise s'assemble deux fois par semaine\net les sages de son conseil lui portent, exactement,\ntoutes les propositions qu'on leur présente sur les\nmatières courantes. Mais je ne crois pas qu'ils lui-aient\ndéféré celle-ci, car la gravité d'une assemblée souve-\nraine est quelque chose qu'on doit ménager. Le cho-\nquant, le révoltant, le ridicule, ne sont pas faits pour\nparvenir jusqu'à elle. La proposition monstrueuse devint\ncependant publique dans les cafés et dans les casins,\noù il est permis de rire et tout le monde en rit. M. Jor\nne reçut aucune réponse car la sentence du collège\ndes 25 avait déjà répondu et il est inutile de répondre\nune seconde fois la même chose.\nQuiconque fait un peu du droit n ignore pas qu'un\ncitoyen attaqué dans sa patrie, ne peut avoir autre juge\nque son propre souverain, ou celui qu'il lui délègue, et\n!",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "280\nLa Vogue.\nles Hollandais savent cela à merveille; puisque lors-\nqu'un étranger fait des dettes chez eux, ils le font\narrêter au moindre soupçon de fuite, se gardant bien\nde se mettre en nécessité s'ils le laissent échapper\nd'aller redemander leur argent chez lui. J'ai connu\nétant jeune un négociant vénitien auquel une maison\nd'Amsterdam devait beaucoup. Toutes les démarches\nqu'il fit pour se faire païer furent inutiles. Il alla enfin\nà Amsterdam avec une partie de sa famille plaida et\ntrouva bonne justice. Il fut païé. Les sieurs Chomel et\nJordan n'ont qu'à en faire autant, les juges vénitiens\nne sont pas moins honnêtes gens que les Hollandais.\nQue si pour justifier la proposition de M. Jor tendant\nà donner à sa patrie le droit exclusif de juger tout le\nmonde jusqu'au privilège absurde de s'ériger en juge\net partie, il est nécessaire de mettre sur le tapis des\nprésomptions injurieuses à la religion des magistrats de\nVenise, un juste dédain défend à tout être pensant de\nprononcer un seul mot. Qui non silebunt sibilabunt.\nS'il était permis dans le fait en question de soupçonner\nde partialité un des deux Etats, je demande à une per-\nsonne neutre contre lequel la présomption serait la\nplus forte. La calomnie peut lancer des traits enve-\nnimés contre Themis, mais la déesse ne les craint pas;\nelle les repousse avec un bouclier impénétrable, c'est\nune égide entourée d'axiomes. Les lois sont l'âme de\nses oracles. M. Cavalli ne connaît et ne peut connaître\nautre juge compétent que son propre prince. M. Jor,\nje crois, n'avança sa proposition que pour s'assurer le\nrefus, et terminer ainsi sa mission qui l'ennuyait déjà.\nCe sont des petites ruses de la vieille politique\ntout-à-fait hors de cours aujourd'hui. Un seigneur qui\nne manque pas d'esprit, raisonna moi présent, dans les",
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     "texte": "La Vogue.\n281\ntermes suivants : « Quant à moi je juge le compas à la\nmain, et je dis que les Hollandais n'ont pas tort de\ncraindre une sentence qui leur fasse du tort devant un\nmagistrat civil à Venise après avoir vu que le collège\ndes 25 non-seulement a absous Cavalli, mais qu'il a\napprouvé sa conduite, puisque le Sénat l'a envoyé\nrésident à Londres. Cette récompense démontre l'ap-\nprobation, car elle lui fut donnée après le jugement.\nJe possède aussi un petit compas et je vais tâcher de\nréfuter ce raisonnement.\nLe collège a absous M. Cavalli des fautes qu'il pou-\nvait avoir commises en qualité de ministre et qui avaient\nvalu la peine de la démarche des États généraux et de\nla création d'un collège criminel pour en juger, et ne\nl'a pas absous de l'obligation qu'il peut avoir de rem-\nbourser Chomel et Jordan, car de ceci il n'a pas voulu\nse mêler, l'absolution donc de Cavalli n'est pas une\napprobation de sa conduite. Celui qui absout n'a pas\ntrouvé l'accusé coupable et voilà tout. Il serait plaisant\nsi dans un jugement criminel l'absolution de l'accusé\ndût être un éloge\n(A suivre.)\n1",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 288",
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     "texte": "PREMIER LIVRE\nDE L'ART POETIQVE\nDE IAQVES PELETIER\n(Suite.)\nDes Ornemans de Poësie\nA première\nL e plus dine vertu du Poëme, ét la\nclerte: einsi même que le parler commun nous\ntemoigne, quand on dit par singularité de louange, cete\nchose ou cela la auoèt etè eclercie e ilustrez par un tel\nou un tel, ou an tel tans ou an tel. Aucontrere, par\nmaniere d'acusacion e desestime, auoèr etè obscurcie e\nauilie. E ceteci et la beauté uniuersele, laquele doèt\naparoèr par tout le cors du Poéme: acompagnee d'une\ncerteine majeste, qui ne rande point l'Euure intretable :\ne d'une grauite, qui ne le face point trouuer trop\nsuperbe. E a ceteci, les particuliers ornemans doeuet\nobeïr: léquez seront rares e antreluisans parmile Poéme,\ncomme les fleurs an un pre, ou comme les anneaus es\ndoez. Car le Champ et plus ornè e mieus cultiuè,\nquand on i voèt pleine moesson: que n'ét pas celui ou\nsont Lis, Eulhez e Roses seulemant. Vn verger de bons\narbres fruitiers, ét bien plus excelant, que non pas le",
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     "texte": "La Vogue.\n283\nclos ou ni à que Mirtes tonduz, ou que des fonteines, e\nruisseaus bordez de vers arbrisseaus. E la Vigne mariée\nà l'Ormeau, ou l'Oliue plantureuse, sont bien plus\nagréables, que ne sont que les hauz Plans steriles, ni\nles Rommarins floriz. Il faut donq une magnificance\npleine de sang et de force: Puis seconderement, i sont\nrequises les graces, beautez e elegances delectables.\nComme sont, antre autres, les Fables: léqueles faut\nseulemant toucher an passant, pour en donner la\nremambrance au Lecteur: E non pas les decrire tou\nau long: qui ét le trete, non point d'un Euure serieus,\nmes d'une Métamorfose. Car an racontant une Fable\ntoute antière, c'ét comme si un Orateur obseruoèt for-\nmelement toutes precepcions de Retorique, et tout par\nordre, aussi supersticieusement, comme s'il declamoèt\nancor an une Ecole. An toutes sortes d'ornemans, faut\neuiter l'ostancion : e les antremeler quelquefoes dissi-\nmulemant, e comme si c'étoèt par megarde e incurio-\nsite. Ce qui anrichit bien un Ecrit sont les descrip-\ncions: Comme des Tampétes, de paisages, d'une\nAurore, d'un minuit, d'une Fame, e teles singularitez;\npouruu qu'on ét cet auis, de leur sauoèr donner leur\nlieu. Puis les Métafores e Alegories: léqueles se peuue\ntoutes deus comprandre sous ce mot de Tranlacion\nComme, armer les sagetes de venin; les tampetes popu-\nleres, les g'ammes de la vigne, la gueyete des blez; la\nflamme, pour l'Amour: la fleur d'age, pour l'adoles-\nsance. E quasi n'i à figure plus frequante an toutes\nsortes d'Auteurs, fors parauanture es Historiens, qui\ncontet leur fet nuemant e par moz de primitiue sinifa-\ncacion. Mes il se faut garder de moz deshonnétes: Car\nnous ne dirons pas, quelcun étre le fian de sa race: ni\nla Republique auoèt etè chatree par la mort de Scipion.\n1\n1\n1\n1",
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     "texte": "284\nLa Vogue.\nNous euiterons ancores les termes trop abjez: Comme,\nnous ne dirons pas, la palhe de l'age, pour la vielhece,\npar ce que toutes deus ont perdu leur humeur: Ni\naussi les fenètres de l'antandemant, pour les oreilhes : car\ncela se connoét étre cherchè de trop loin. An somme,\nles Metafores se font sus choses connues e generales :\nComme aussi les Comparesons: léqueles consistet an\nl'accommodacion des fez les uns aus autres: E donnet\nune grand'lumière au Poéme, Mes d'autant plus qu'eles\nsont aperceuables, e de plus de comprise: tant moins\ndoeuet étre frequantes que les communes Figures.\nEles se prenet sur les choses de la Nature: Comme sus\nanimaux, Lions, lous, fourmis; sur choses inanimees,\nchénes, montagnes e autres semblables, tousjours prises\ndu milieu, e publiques: Combien qu'une foes Virgile\nan ét fete une, sus chose hors de vue e tant seulemant\nimaginable: laquel ét au quatrième, quand il compare\nEnee à un Apolon visitant le Dele maternel: certes si\nsplandide, si magnifique e honorable: qu'il samble que\nseule ele puisse étre contée entre les Comparesons\nreceuables de ce g'anre la. Car l'immortel et le mortel\nne sont pas bonnement comparables. Mes le Poëte à ù\ncete grace, de decrire un Apolon Terrien: e le fere\nvoèr quasi comme s'il etèt homme, se pourmenant par\nles lieus de connoessance, qu'il nomme an ce passage:\ngardant le dù a la Compareson, qui ét d'eclercir,\nexprimer e represanter les choses comme si on les san-\ntoèt. Ele deura donq étre propre e bien acommodée.\nComme, vous ne comparez pas une Armee a une bande\nde Mousches: Ni un Turne sortant maugre lui de la\npresse, à l'A'ne, qui ne veut point partir du paturage\npour les gr sons qui le frapet e refrapet: Car tele\ncompareson ét deshonnéte e desagreable. Mes bien se",
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     "texte": "La Vogue.\n285\ncomparera au Lion, qui pour le grand'ire e generosite,\nne san peùt fuir: ni pour la grand'presse des Veneurs\nne peùt plus tenir. On ne comparera pas nomp lus\nl'homme foeble a une souriz, e le plus fort, à un Chat:\ncar c'ét chose ridicule e vile: Mes bien cetuila, a une\nColombe impuissante, et cetuici a une Egle rapace. Ni\nles deux valhans combatans parez en force, a deus Matins\nde laboureur. Mes l'un au Lion, l'autre au Toreau.\nE ici me souuient de la dinite e a partenance des Per-\nsonnes. L'Anfant parlera de choses petites, e an petit\nstile, Comme Virgile à fèt parler Iüle, au setiéme,\nHeus etiam mensas consuminus, inquit Iulus; la ou vous\nvoyez qu'il n'ét rien si puerile que le vers, ni que la\nchose méme. Vn jeune homme sera courageus, hardi,\nimpaciant: tel que quasi par tout ét le Turne Virgilien:\ne un Numein vanteur, que tua Ascagne au neuuiéme,\nVn vielh homme, loueur du tans passe: comme un\nAutel au cinquiéme : un Euandre an l'huitième : An la\npersonne duquel pourtant ét gardee bonne partie de la\ndinite Royale, selon sa puissance e selon l'etandue de\nson poüre Royaume : Mes bien plus apertemant an un\nRoc Latin: lequel le Poëte fèt sage, eyant reuerance\naus Oracles, santant son Roe pacifique, prouidant, an-\nuoyant Ambassadeurs, assamblant le conceilh, cher-\nchant apointer les discors. Puis, une Didon, gracieuse\nan rakeulh, soudeine an afeccions amoureuses: mes\nquand ele re voèt abandonnée, furieuse, efreyé, deses-\nperee, tard repantante de sa folie. Vne Venus, contant\nses aferes d'afeccion au long a un Iupiter ou a un\nNeptune pour son fiz Enée: Puis parlant à Vulkein tire\nses resons de si loin: ele le vous trete d'une dousseur\nsi amiable (car qui gagnera les Keurs, si Venus ne les\ngagne ?) que méme ele fèt oublier son adultere au",
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     "texte": "286\nLa Vogue.\npoure mari: et lui fèt lesse toute besogne; pour fere\ndes armes au fiz d'Anchise. Iunon alancontre, hauteine,\nimpuissante de vindicte, se fiant an sa Royaute. Mes\ncete part ici de Personnes et ancores des ornemans\nuniuerséz du Poéme: parmi lequel sont antrelacèz les\nparticuliers. Comme, antre autres, l'expression viue\ndes choses par les moz: sauoer ét, les soudeines e\nhatiues, par moz briéz e legers: e les pesantes ou de\ntraualh, par moz lons e tardiz. An quoe notre Virgile\nét souuerein : Comme quand il veut exprimer l'ahan\ndes tireurs d'auiron: il dit par spondees, Adnixi tor-\nquent spumas, et cærula verrunt: Puis povr le vol d'un\nOeseau, il use de Dactiles, avec toutefois un spondee\nantredeus, pour exprimer l'etandue de l'ele sans bat,\nIlla leuem fugiens raptim secat æthera pennis; passage\nque nous auons autrefoes essèye d'exprimer, le tradui-\nsant au premier des Georgiques, E de la part que\nNise an l'er vole, ele fuyant le vol, fand subit l'er de\nl'ele. E an noz Euures derniers, avons imitè la ran-\ncontre des deus premiers rans de la batalhe, par ce\nvers qui ét an notre Mars, Poussans ferme plantez an\nleurs places pressées, E au méme lieu auons fèt sonner\nle Tabourin, la Trompete, l'Artilherie: E brief, auons\ngardè an tout le Chant une represantacion la plus pro-\ncheine antre les choses e les moz, que nous avons sù\nchercher an la langue Francoese : comme an notre\nFoudre, l'eclat du Tonnerre: an notre Venus, les\ndanseurs : an notre Langue ét capable de beau-\ncoup d'ornemans, an les cherchant studieusemant.\nCete Figure se peùt dire étre cele que les Gréz apelet\nHipotipose: combien que Quintilien ne l'induise pas\nbonnemant a cela, mes a une represantacion des choses\nauenues, laquele les donne a voèr quasi mieus qu'a",
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     "texte": "La Vogue.\n287\nouir: alegant du cinquieme, Constitit in digitos extem-\nplò arrectus uterque, qui exprime l'antr'assaut des deux\nPugiles, Darete e Antel: alegant encore un passage de\nCiceron contre Verres, Il s'an vint, dit il, an jugemant\ntout ardent de fureur e de maltalant; les yeus lui flam-\nboét; il vous respiroèt une cruaute de toute la per-\nsonne. La ou il depeint la mechancete de l'homme, non\ncomme si il la fesoèt ouir, mes comme s'il la montroèt\na l'eulh: e explique non seulement qui ét presant, mes\nsamble qu'on voce desja ce qu'il an auiendra. Il i à\nancor grand nombre d'autres figures Poëtiques, Anto-\nnomasies, comme la Saturnienne, pour Iunon: Le Tre-\ncretien; pour le Roe de France: Hiperuoles, Comme\nles floz montet jusques au Ciel : Amphases, Comme au\ncommancemant de l'Eneide, Iunon dit, Mes moe, qui\nsuis la Reine des Dieus, famme e seur de Iupiter, desja\npar tant d'annees è la guerre a une seule g'ant; Proso-\npopees, comme fere parler une chose inanimee, einsi\nque fèt Lukein an son premier, introduisant la Patrie\nqui parle a Cesar: combien ancor que le passage soèt\nplus Oratoire que Poëtique. Ironies, de laquele figure,\nét pleine l'Oreson de Turne contre Drance, an l'ong\nzieme; E ét ironique ce que dit Junon a Venus, au\nquatrième. Redoublement ou Reduplicacion de moz,\ncomme Pan, dieu d'Arcadie; puis tout soudein an\nl'autre vers, Pan, dieu d'Arcadie; figure elegante\nquand ele ét bien usurpe; Apostrofes, figure que les\nLatins diset Conuersion; bienseante, et qui ét ordi-\nnere a Virgile; Comme, Troiaque nunc stares, au\nsdcond; e at tu dictis Albane maneres, an l'huitième.\nLes Antiteses, ou Contrepsitions aussi auront bonne\ngrâce; Comme la dousse amertume, l'acordance dis\ncorde; laquele ét frequante a noz Poëtes, e a moe,",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "288\nLa Vogue.\npeût étre, trop an mes sonnez. Mes ce sont Amours.\nle ne veù ometre les Perifrases, figure qui donne tele\ntoes plus de grace au Poéme, que ne seroèt la chose\nnommee par son nom; quele ét la circonlocution du\nLaberonte au siziéme, Hic labor ille domus, et inex-\ntricabilis error: Ele se doit proprement usurper, quand\nle mot ét dur, e pu'il ne peùt bonnement antrer an carme :\ncomme au passage alegue. La figure que les Gréz apelet\nMetonimie, c'est-à-dire, Transnominacion, ét gracieuse:\nComme quand nous disons, la Cite, pour les Citoyens.\nE permetons au Poëte de dire Bacus, pour le vin: Mars,\npour la guerre ou batalhe: Vénus pour volupte: Vul-\nkein, pour le feu. Puis il sera beau pour tout un nombre\nde peuples, de dire, Ceus que le Pau abruue, ou ceus\nqui boeuet le Pau: de dire les Indes, pour l'Oriant, les\nGades pour l'Occidant. Mes que dirè je plus des\nOrnemans de Poësie ? léquez sont si diuers, qu'il les me\nfaut par necessite remetre an la felicite du Poëte, pour\nn'exceder le deuoer d'anseignemant, qui ét d'étre brief.\nCar certes il ne se peut dissimuler; que l'eureuse nes-\nsance du Poëte ne soèt cele qui plus lui eide a gagner\nl'honneur ; voere an cas d'anrichicemans, léquez sam-\nbleroét étre duz a l'artifice. Tele felicite ét naturele :\nmes en partie aquisitiue. Nous ranuoyerons donq tous-\njours a la lecture des Poëtes: Celui qui promèt de soe\nla gloere e le pris, les descouurira an lisant: e an\nreceuura ocultemant les semances, dont il fecondera\ntout le champ de son Poéme: E fera par etude e eureus\nexercice, que toutes les richeces se presanteront a lui\ntout de gre, quand il an aura besoina. (A suivre.)\nL'Administrateur-Gérant: GUSTAVE KAHN.",
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