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 "source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "L'Art français à l'Exposition.\nLe devoir absolu d'une exposition picturale, parcelle d'une\nexposition universelle, serait de présenter, dans la mesure la\nplus large possible, la totalité des efforts d'art tentés durant une\ncertaine période dont cette Exposition est le raccourci et le\nschème. Nous entendons par là que tout artiste dont le nom se\nserait imposé à l'estime ou à la sympathie d'un groupe d'admi-\nrateurs et d'attentifs devrait avoir le droit d'y montrer ses\nœuvres préférées, de façon à donner de lui une idée complète,\nceci devant s'appliquer à toutes gammes d'artistes, car une\nexhibition n'est pas une sélection. Le travail préparatoire\nd'une commission de classement chargée d'appeler à elle le\nconcours de certains peintres, préférablement à d'autres, de ré-\npartir et placer plus ou moins avantageusement leurs œuvres,\nest déjà une sorte de fonctionnement de commission chargée de\ndécerner des prix et des médailles; ces distributions de mé-\ndailles, ce palmarès qui suit obligatoirement toute fête officielle\nde l'art, confèrent à ces manifestations d'abord un caractère\nenfantin, puis aussi un caractère mercantile; le critérium des\npersonnes chargées de constituer un ensemble de galeries d'ex-\nposition devrait être la recherche de la représentation de tous,\nmotivée: de par la camaraderie que devraient pratiquer tous\npoursuivants du même art, aussi, par ce simple scrupule, qu'en\nomettant des vivants parmi ceux qu'on estampille officiellement,\n4",
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     "texte": "118\nLA VOGUE\non court le risque de s'infliger, plus tard, le ridicule qu'un mort\nglorieux émerge et fasse rentrer dans l'obscurité de pâles effi-\ngies de médaillés et de laurés, dont la présence dans les musées\nn'est qu'un encombrement kilométrique ou tout au plus une\nnote sur l'état des intelligences médiocres en telle année.\nEn de précédentes réunions d'œuvres peintes ou sculptées, le\ncritérium des organisateurs fut très simple: l'Institut (section\ndes Beaux-Arts) régnait seul. Ses maîtres décorés, ses sous-\nmaîtres médaillés, ses élèves encouragés, avaient seuls le droit\nde vivre et d'être nombrés par les yeux d'un public spécial,\nplus divers, plus nombreux, plus universel que le public ordi-\nnaire des Salons, car, que l'on ne s'y trompe pas, pour des\nétrangers, des Français vivant loin de Paris, ne pouvant suivre\nrégulièrement ni le Salon annuel, ni les expositions corollaires\ndes groupes de métiers (pastellistes, aquarellistes), ni les expo-\nsitions indépendantes, la sélection, puisqu'elle est, qu'on leur\nprésente là, fait loi. On risque ainsi de dénaturer gravement,\npour leur regard, l'existence actuelle de l'art français, qu'on\nest chargé de leur présenter. Or, pas plus cette année qu'en 78,\nqu'auparavant, cette réunion n'est faite complètement ni fran-\nchement; on risque d'y perdre des éveils d'art chez de jeunes\ncervelles, des éveils d'idées d'art chez des hommes non suffi-\nsamment renseignés; on y risque une vision fausse, chez des\npenseurs d'autres races, de la philosophie et de la vue d'en-\nsemble de nos efforts, dans de capitales branches de l'art.\nCertes, les tentatives de cette année sont plus compréhen-\nsives que celles des années précédentes; le pouvoir absolu de\nl'Institut, son mauvais vouloir pour les œuvres qui ne sont pas\nvassales de la tradition de l'École, ont reçu de graves échecs.\nLes réclamations des écrivains qui s'intéressent à l'art plastique\net en parlèrent, souvent avec plus de chaleur que de précision,",
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     "texte": "LA VOGUE\n119\nmais qui parlèrent haut, aussi des chiffres formidables atteints\ndans les ventes par les tableaux qualifiés autrefois de minime im-\nportance, la conception qui s'est imposée, que notre Luxembourg,\nsi pauvre d'œuvres de valeur, est la négation future d'un Louvre\noù notre XIXe siècle serait suffisamment offert à l'étude, toutes\nces causes ont forcé les mauvais vouloirs et le pouvoir absolu\nde l'Institut. Il s'est créé cette idée, que la plupart des artistes\nessuient leur vie à être méconnus; peut-être cela deviendra-t-il\nune condition absolue de gloire. Somme toute, l'expérience a en\npartie profité; et certes, l'exposition française actuelle est plus\nlibérale et plus ouverte que les précédentes, mais encore que\nde manques ! et quelle idée singulièrement fausse s'imposerait à\nune intelligence mal informée, si cette exposition seule lui ser-\nvait de base à une complète enquête !\nPour si certaine que l'on tienne l'inutilité de la critique d'art,\nau moins est-il nécessaire de se demander s'il n'est pas pour le\nlettré quelque manière de critérium lui permettant d'émettre\nune opinion sur un art qui n'est pas le sien propre. La misère\ndes critiques écrites, et souvent même des opinions causées par\nles artistes qui font de la critique (ce qui provient vraisembla-\nblement de ce que les artistes vrais n'ont pas le temps d'écrire),\ndélègue pourtant comme un droit à l'écrivain, droit réel s'il\nn'en abuse pas et ne se porte pas au conseil; droit inutile,\npuisque seuls les littérateurs partageront ses opinions sur l'art\nplastique.\nD'où résulte la beauté d'un tableau? De sa facture proprement\ndite? Non, puisque nous sommes, à la vue d'œuvres très bien\nfaites, saisis d'un morne ennui. De sa composition et de son\narrangement? Non encore, puisque des écoles entières se sont\nusées à peindre en grisailles des symboles et des groupements\nde personnages divers, sans représenter autre chose qu'une",
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     "texte": "120\nLA VO UE\n-\nanecdote. Des exactes proportions de la ligne? - Voir les\ngéométries. De l'emploi proportionnel des harmonies de cou-\nleur? Tels tapis sont en ce sens supérieurs aux meilleurs\ntableaux. Il semblerait qu'un tableau vaut par la sincérité de\nson exécution et la valeur mentale de l'évocation de nature qu'il\nsuggère; or, pour suggérer d'une façon quelconque un fait de\nnature, ou une représentation de vie, il est nécessaire que l'ar-\ntiste possède, autant qu'il le peut, une liberté absolue de tech-\nnique, sans quoi il ne peut évoquer en nous que le souvenir\nd'un maître antérieur, et adieu toute suggestion; la sensation\nde nature se remplace par une suggestion de musée, et alors\nadieu toute sensation produite par le tableau même ; on ne per-\nçoit que le regret de n'avoir pas devant les yeux seulement la\ntoile inspiratrice, dont la toile présente nous oblitère le sou-\nvenir.\nUn bon tableau se définirait donc une impression\npersonnelle de nature, personnellement traduite, ou une impres-\nsion sincère de nature, traduite par une technique sincère, pos-\nsédant quelques éléments de nouveauté. La nature ne\nconsiste pas seulement en ses agrégats d'hommes, ses paysages\nd'architecture humaine, ses motifs décoratifs de campagne, de\nplaines, de rivières; elle consiste aussi dans les infinies varia-\ntions de la lumière, aussi dans les infinies variations du songe\nparmi les humains, variations du songe assez considérables pour\nmontrer gai à tel artiste tel paysage, telle silhouette humaine\nqu'un autre jugera triste. Nous arriverions à cette définition\nqu'un bon tableau est la reproduction d'une sincère évocation\nde nature ou de songe humain, traduit par une technique sin-\ncère. commandant des moyens nouveaux »>. Hors de ces deux\nconditions, fraicheur de la vision, fraîcheur de l'exécution, point\nde bon tableau.\nLa fraicheur de la vision comporte, nous\nl'avons dit, une sensation personnelle du fait de nature, d'hu-\n-",
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     "texte": "LA VOGUE\n121\nmanité ou de songes que l'artiste veut interpréter. - La fraî-\ncheur de l'exécution comporte une façon nouvelle d'interpréter\ncette sensation personnelle et de lui apporter un relief nouveau\npar des curiosités de dessin strict, d'arrangement des couleurs,\nd'harmonie et de signification des lignes. — Là commencent les\ndiscussions entre artistes et les programmes d'école. Car sur ce\nterrain de la sensation et de l'exécution personnelle, il n'est\nguère d'autre critérium que le consentement apporté à la ma-\nnière de sentir et de faire du créateur, par d'autres créateurs,\net surtout pratiquant eux-mêmes d'autres moyens d'expression\nde l'art. - Si cette idée n'était pas valable (cette exigence qu'une\nœuvre soit neuve d'aspects, neuve de sensation et dénotant\ndans l'artiste plastique une âme différente de celle des artistes\nplastiques qui l'ont précédé), il en faudrait revenir aux vieux\naxiomes des goûts et des couleurs, dont, comme on le sait, on\nne discute pas. Ce qui pourrait conférer une valeur à cette\nthéorie, qui ne fait en somme que revêtir d'une formule l'admi-\nration ou le mépris instantané qu'inspire une toile, c'est sa\nparenté avec le plus établi des axiomes de critique littéraire, qui\nexige des œuvres d'art écrites la plus grande somme de vérité\net de sincérité possible, et les admet de plus de valeur à mesure\nqu'elles rappellent moins des œuvres d'art déjà écrites, - une\nfois qu'on s'est assuré, comme en art plastique, que le but\nessentiel des œuvres d'art y est poursuivi et que les minima de\ntalent demandés à une œuvre écrite y existent.\nY aurait-il encore quelque critérium qui nous permit d'appré-\ncier la valeur totale d'un peintre dont nous avons admis à\nquelque occasion la valeur fragmentaire ? - Ce serait proba-\nblement dans l'orientation générale de sa pensée et de ses pré-\noccupations d'art. Si je prends, par exemple, Watteau, étant\ncertain, par le plaisir ressenti à un dessin ou une sanguine de",
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     "texte": "122\nLA VOGUE\nlui, que j'ai devant les yeux une œuvre incontestable, j'aurai\ndans l'esprit, en réfléchissant à tout Watteau, un décor bien\ndélimité de bergeries galantes, de femmes graciles et un peu\ndéguisées, de masques de comédie aux yeux tristes; je me\nreprésente nettement un horizon de fêtes galantes et de masca-\nrades amoureuses dans une nuance un peu mélancolique, et je\nvois vivre l'àme de Watteau, une âme d'artiste émue, et j'ai vu\nl'agile métier que l'homme a su trouver pour traduire cette\nâme.\nSi j'examine les Rembrandt, et que je me mémore la\nsérie des Rembrandt, tous reconnaissables à des tons spéciaux\nd'exécution, je vois une âme triste et recluse apportant à l'étude\nde ses personnages plus de volonté d'intensité artistique que de\nbeauté plastique au sens vivant, je vois ses symboles choisis\ndans des fabliaux d'écriture sainte, ses personnages drapés\ncomme en un mystère, des faces humaines se dégageant de\nsombres étoffes et de froides joailleries, pour venir accuser\ntoute leur intériorité mentale; il en résulte pour moi la connais-\nsance, au moins partielle, de l'âme de Rembrandt, par ses\ndécors préférés et le style de ses figures humaines. Je connais\nainsi les âmes de Watteau et de Rembrandt, un peu comme je\nconnaîtrais une âme d'écrivain; de même une étude de Vinci\nnous présente un concept spécial de la tête humaine, un concept\nspécial du décor indéterminé où l'artiste a voulu la placer.\nPeindre des effigies telles que les siennes et les enclore d'un\ndécor, de glaciers, de lacs, de confins du monde, grouper en\nsomme autour d'une figure de femme les éléments principaux\nde tout paysage, est l'indice d'une âme ou d'une cérébralité\ntoute différente de celle du peintre qui s'attachera à placer un\nmodèle vivant, rendu le mieux possible dans un milieu de\nnature ou d'objets qui lui appartienne en propre où soient le reflet\nde son existence. On pourrait continuer et dénombrer des",
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     "texte": "LA VOGUE\n123\nmaitres du passé, de qui l'œuvre implique à la fois une person-\nnalité de technique, une personnalité de pensée, une cohésion\ndes symboles représentés; ce seraient là les plus grands; l'unité\névolutive donnerait la caractéristique des plus grands peintres.\nMais les techniques des maîtres s'imitent: il y a dans M. Jacquet\nune étude des procédés de Watteau; il y a des portraits de\nM. Bonnat qui ont lutté pour avoir un fonds à la Vinci; M. Henner\na tenté, de toutes ses forces, en ses chairs de femme, des rappels\ndu Corrège; le fait que des qualités de ces maîtres se retrouvent\nen leur aspect le plus intrinsèque dans des toiles de peintres pos-\ntérieurs taxe d'infériorité les œuvres de ces derniers; car\nn'est-il pas certain que seule la méthode des maîtres (en tout\nart) est assimilable et que leurs procédés et leurs visions\ndoivent leur rester particuliers? (Sans quoi, quelle nuance bien\nexacte entre l'imitation et le plagiat, et quel oiseux travail pour\nsavoir, - ce qui est oiseux, - si l'artiste, chez qui l'on RECONNAIT,\nest plus ou moins élevé entre ces deux zones du plagiat ou de\nl'imitation?) — On pourrait aussi et patiemment imiter l'unité\nde l'œuvre qui est la caractéristique spéciale de ces beaux\ngénies; si habile que soit l'imitation, elle n'échauffera pas chez\nle patient imitateur la moindre parcelle d'originalité, et la\ntotalité de sa vie sera aussi inutile que n'importe quelle de ses\nséances.\nCeci corrobore notre premier postulat, qu'une\nœuvre d'art est intéressante par la sincérité de la conception et\nla nouveauté réelle de son exécution.\n-\nReconnaître cette sincérité et cette nouveauté est possible :\ninstinctivement surtout, intuitivement plutôt, sans qu'on en\npuisse souvent donner des raisons absolument déduites, et l'on\npeut surtout s'éclairer par des démonstrations négatives, soit\nque: si l'on saisit nettement dans le tableau un désir d'étonner,\nd'émouvoir, ou même d'intéresser par des moyens empruntés",
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     "texte": "124\nLA VOGUE\n-\n-\nà un autre art que la peinture, ou à des émotions de vie trop faci-\nlement rencontrables, il y a quasi-certitude que sa conception est\nmauvaise, et bien des chances que son exécution ne vaille pas\nmieux que sa conception; quand on est averti par une sotte\nconception et désenchanté par une piètre exécution, il y a toutes\nles facilités de déclarer le tableau mauvais. Jamais l'intérêt\nde la Jacquerie ou la pitié séculaire qu'inspire Andromaque\nne pourra faire admirer les solennelles illustrations de M. Roche-\nLe navrement des misères parisiennes ne sera pas\ngrosse.\npour M. Pelez un auxiliaire suffisant; nous voyons trop qu'il a\nspécialement compté sur ces misères pour nous attendrir. Si\nM. Guoeneutte appelle notre attention sur des coins de Paris,\ntout au plus évoquera-t-il en nous le désir d'aller les voir si\nnous ne les connaissons pas, et, si nous les connaissons, à peine\nnous retiendra-t-il une minute pendant laquelle nous ne nous\noccuperons de son tableau que pour nous souvenir de notre\npropre et extérieure sensation. C'est encore un élément commun\nà la critique littéraire et à la critique d'art, de prêter d'autant\nmoins d'attention à une œuvre qu'elle puise ses éléments d'in-\ntérêt dans des phénomènes de vie brutale ou de sensations\ngrossièrement extérieures. Pour aller plus loin, et appliquer ce\ncritérium à des tentatives plus délicates, au paysage, par\nexemple, où la sensiblerie humaine semble devoir être moins\nfacilement introduite, nous noterons que bien des artistes\ncroient utile de s'en tenir à des heures SYMPATHIQUES de la nature,\nà des saisons intéressantes. Quand M. Pointelin, par exemple,\napparente obstinément sa lisière de forêt avec une flaque;\nquand, et mieux, M. Cazin ne consent à reproduire que des\npaysages mélancoliques, villages dans l'ombre, terrains au clair\nde lune, etc., nous nous trouvons en présence de procédés con-\nsistant à impliquer dans l'art pictural la sensiblerie humaine;",
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     "texte": "LA VOGUE\n125\nC'est\ntel est M. Breton, compliquant ses paysannes d'imageries d'un\nfonds sentimental, tel Bastien Lepage, truquant les virilités de\nses paysans, et compliquant d'idéal de romance les fausses\nrobustesses de ses campagnardes. Encore, chez celui-ci, un\nsouci d'évoquer chez le spectateur, le futur acheteur, la vision\nd'un motif plaisant, et plaisant parce que déjà vu.\nencore toute la peinture militaire que cet amalgame de sen-\nsations vitales utilisables et d'une petite quantité d'art; on\npourrait énumérer aussi les peintures historiques, salamm-\nboïques, préhistoriques (un Caïn mal fait ne pouvant être qu'un\nvieux monsieur nu mal fait), la peinture anacréontique, le\npaysage égloguiste, le paysage sans églogues, la peinture\ncomique, ou vengeresse, ou municipale, ou alarmante (tel au\nSalon de cette année le mulet des compagnies alpines qui va\ntomber et l'artilleur qui glisse, cette toile anonyme amalgamant\nles toutes dernières préoccupations militaires, l'humanité\nalpestre, l'amour du prochain, et les trucs les plus écoutés),\nla peinture diaphanéistique des envois de Rome (une hostie\nlumineuse jouant les figures de saints), aussi la peinture hié-\nratique d'après les dernières méthodes qu'a prétées à ses\nélèves M. Puvis de Chavannes, et tant d'autres variétés de pein-\ntures qui composent les Salons superflus et allongent inuti-\nlement les kilomètres des Expositions.\nDonc si vous reconnaissez dans un tableau vous donnant à\npremière vue l'apparence d'un concept sincère en exécution\nfranche, sans aucun des faciles étais que nous venons d'énumé-\nrer, vous avez toute chance pour que de nouvelles visions de\nl'œuvre d'art vous confirment en cette idée que l'œuvre est de\nvaleur, et il y a qu'à laisser faire le temps pour la classer dans\nl'œuvre totale du peintre et aussi savoir si ce peintre possède\nune valeur totale. Il y a aussi votre plaisir intuitif à la vue du",
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     "texte": "126\nLA VOGUE\ntableau, mais ceci n'est vrai que pour ceux qui possèdent une\nintuition et déjà une intuition exercée, car on peut être saisi par\nun stratagème un peu neuf et mettre longtemps à le découvrir;\nl'histoire des gloires secondaires n'est faite que d'erreurs simi-\nlaires d'hommes distingués se croyant sûrs de leur intuition.\nSi l'on appliquait ces principes aux peintres vivants, on con-\ncevrait que quatre peintres seulement offrent cet aspect d'ho-\nmogénéité des œuvres en la totalité de leurs tendances. Ce se-\nraient MM. Gustave Moreau, Puvis de Chavannes, Degas et Pis-\nsarro; ces peintres, dont deux sont aussi mal que possible\nreprésentés à l'Exposition, synthétisent les aspirations réelles\ndes groupes de peintres actuels; non seulement ils les synthé-\ntisent, mais ils les apporterent. MM. Puvis de Chavannes et Mo-\nreau, protagonistes d'un art où le symbole se traduit par des\nextériorités de sujet, par l'emploi de thèmes suggestifs, par le\ntitre, le groupement des figures, l'ornementation du décor;\nMM. Degas et Pissarro érigeant le symbole par l'horizon qu'ils\nsavent mettre autour d'une figure ou d'un paysage, soit par la\nsuggestion que fournit fatalement l'exécution aussi parfaite d'un\nphénomène contemporain.\nSi vous étudiez l'œuvre de M. Puvis de Chavannes, vous y\ntrouvez comme un rêve blanc, quasi ésotérique, teinte en cou-\nleurs pâles, d'une pâte parfois fruste, souvent grise, jamais\nvulgaire, parfois habilement réveillée par des rappels de tons\nfournis par la seule intuition; les lignes s'agrègent comme de\npar une volonté d'ingénieur; une seule figure, une seule ligne\nde M. Puvis ne me donne guère l'impression de la beauté: l'en-\nsemble de sa fresque en impose la sensation. Le hasard des cir-\nconstance qui disperse les Puvis dans des musées, églises, et\nfacultés distantes, n'a peut-être pas encore permis au peintre le\ngrand effort qu'on pourrait attendre de lui, soit la complète dé-",
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     "texte": "LA VOGUE\n127\ncoration ornementale et picturale d'un palais architecturé pour\nencadrer ses échappées de rêve. L'œuvre totale apporte un carac-\ntère de solennité, de distinction du symbole érigé par les rappels\nspéciaux d'antiquité congruante à l'idée qu'on veut traduire par\nles faces, par les couleurs et l'arrangement des draperies, par la\nprésentation en aspects différents des mêmes modèles, aussi\npar la recherche dans le rendu du modèle de sa ligne générale\ncomme amenuisée par sa vision dans une glace, ce qui produit\nle recul, aussi par les lignes du décor adhésives et signifiantes;\nje citerai comme exemple les quatre horizons brisés du Pauvre\npécheur, les attitudes différentes du similaire modèle des Femmes\nau bord de la mer. Donc, l'émotion produite par un Puvis prouve\nsa valeur; l'orientation de toute son œuvre prouve sa totalité.\nVoici appliqués les deux postulats que nous admettions comme\ncritérium d'une valeur d'art. Si des réalistes objectaient que\nnous venons de dire qu'une œuvre d'art est contaminée par des\nrappels de symboles et d'idées extérieures au tableau, nous ré-\npondrons que les extériorités évoquées par M. Puvis ne sont pas\nces éléments troublants et physiques d'intérêt qui sont stigmate\npour une œuvre d'art. M. Detaille faisant passer l'armée du pre-\nmier Empire sur les baïonnettes d'un bataillon de ligne évoque\n< les plus mauvais jours de notre histoire, l'espérance de meil-\nleurs jours et accomplit de l'imagerie populaire. M. Puvis, lui,\ndans son Ludus pro patria, schématise les mouvement nobles\névoqués par l'idée de patrie et accomplit un phénomène d'art¹.\nM. Gustave Moreau entend le symbole de tout autre ma-\nnière; le jeune homme et la Mort (exposé) donne l'idée de ce\nque pouvait être un Moreau instinctif, complet sans tout son\ncaractère spécial, lequel est dans son instrument: le jeune\n1 Il est possible, tout au plus, de bien se figurer Puvis d'après l'Exposition.",
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     "texte": "128\nLA VOGUE\nhomme est quelconque, ses allures florentines déjà vues, à tel\npoint qu'on en trouve un tout semblable dans un Lehoux ; la\nMort aurait plus de signifiance si elle n'évoquait des figures\nmichel-angelesques habituellement présentées avec plus de\nrecul; la seule indication précise du vrai Moreau serait l'oi-\nseau joaillé qui s'envole... N'insistons pas sur cette œuvre de\njeunesse. Une époque suivante de Moreau s'accuse dans l'Orphée\ndu Luxembourg, si charmant en son décor à la Vinci, précieux\npar la qualité comme vierge de ses chairs, et ce métier\nd'émailleur, de nielleur, de damasquineur, qui est une des\noriginalités de M. Moreau.\nLa Galathée (exposée) contient très poussées ces qualités de\njoaillerie; ce tableau est considéré comme une harinonie\npartant d'une bordure décorative formant cadre intérieur,\nconstruite de volutes de pierres précieuses, d'enroulements,\nde plantes imaginées, striée de monochromes corps de\nnymphes ne valant que par la ligne au milieu des riches co-\nlorations de l'ornementation végétale. En émerge un corps fé-\nminin parsemé, aux parties inférieures, de joailleries florales,\ncorps féminin dont on peut contester la construction, mais\nnon le charme de tissus et de lignes faciales. Le tableau aboutit\ncomme horizon à la tache précise d'une tête bistrée, d'artiste\nmoderne par la ligne faciale et les deux yeux normaux, sym-\nboliste par l'œil de cyclope incrusté à son front. Il est dif-\nficile de déduire par quel art cette monstruosité apparaît dans\nl'œuvre de M. Moreau comme mise en place et nullement cho-\nquante, c'est à de semblables tours de force exécutés dans un\nviril but d'art qu'on reconnait à n'en pas douter un grand ar-\ntiste. M. Moreau est évidemment des plus mal représentés à\nl'Exposition; il eût fallu voir son Saint Georges, sa Naissance\nde Vénus, etc. Néanmoins, sa Galathée offre quelques-unes de",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "fin_caractere_exclue": 1912,
     "texte": "LA VOGUE\n129\nses caractéristiques principales, qui sont présenter le symbole\nnon pas, comme le plus souvent M. Puvis, par un déroule-\nment simultané de sites et de personnages en fresque, mais\npar le choix d'une, deux, trois au plus physionomies, dont\nle type de beauté paraît à l'artiste synthétiser non l'époque,\nmais le sentiment qu'il a voulu rendre. Les foules sont traitées\nen taches de couleur. Tandis que M. Puvis met en toile par la\nsimple disposition de son paysage et de ses figures, M. Moreau\nencadre généralement une toile par un motif ornemental, soit\nla Galathée, soit dans une aquarelle de la reine de Saba,\nl'éléphant encadré par une végétation demi-circulaire et le\ndemi-cercle supérieur des cinq péris polychromes qui vont\ncomme pour s'accouder vers le palanquin. Il y aurait beau-\ncoup à dire sur la technique de M. Moreau; outrancière et\npignochée dans l'ornement, elle est parfois hasardeuse dans les\ndirections de couleur; le peintre paraît surtout tendre à une\nsymphonie décorative dont un motif central de tête humaine\ndétacherait la signification; autrement dit, dans des architec-\ntures naturistes, conçues surtout comme des lignes d'une\npolychromie plus idéale que stricte, une allure précise d'hu-\nmanité indique la volition génératrice du tableau. Il est d'ail-\nleurs fort difficile d'étudier un peintre aux manifestations si\nrestreintes; il doit nous suffire d'indiquer sa place. Ces deux\npeintres représentent en dépit de leurs élèves, en dépit d'admi-\nrations mal conçues, le courant de peinture idéaliste. On peut\nleur reprocher de n'accorder pas assez d'attention aux qualités\nstrictes du morceau peint; la joie qu'ils procurent, tout in-\ntellectuelle, ne comporte pas la joie physique qu'excellent à\nprocurer certaines robes jaunes du Vander Meer, certaines\nfêtes du Véronèse, une robe de Watteau, un pot de Chardin,\nune chevelure rousse de Ribéra, etc. On peut s'objecter les",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "fin_caractere_exclue": 1896,
     "texte": "130\nLA VOGUE\ndisparitions antérieures des peintres à idées, des Ary Scheffer,\ndes Chenavard, des Rethel, etc. Néanmoins il est impossible de\nne pas les considérer comme supérieurs à leurs devanciers (sauf\nles Primitifs), et comme intellectuels et comme peintres; et, si\nle silence des peintres de symboles a été long, rien n'em-\npêche d'admettre que MM. Puvis et Gustave Moreau ne\nsoient les annonciateurs d'une Renaissance. Cette filière d'art,\nd'ailleurs, ne fut jamais complètement abandonnée; le prou-\nveraient certains des Ingres et Chassériau. Elle fut plutôt\ndélaissée pour le tableau purement d'histoire si glorieusement\nabouti de par Delacroix et si déchu de par ses successeurs.\nCe courant de la reproduction des symboles possède autant\nd'adversaires que d'enthousiastes. Citer les belles œuvres du\nparti adverse, des réalistes imaginatifs, ne serait nullement\nfaire procès à cette tendance. On ne peut que constater que le\ncourant de rêve et de réalité qui différencie un Baudelaire\nd'un Balzac existe en peinture sous ses espèces de différences\nentre un Puvis et un Degas.\nM. Degas, à l'encontre des peintres de mythes et de sym-\nboles, concrète en de précises et suggestives lignes serpentines,\nsuffisamment polychromées, des impressions de ballet, des im-\npressions de champ de courses, et des visions de corps féminin.\nQuelque dilection qu'on puisse éprouver pour les tableaux\néquestres du maître, les lettrés préfèreront ces danseuses et ces\neffigies. Non pour établir que la technique des champs de\ncourses soit inférieure, mais parce que si ces œuvres peuvent\ndonner toute joie de ligne pure, elles donnent cette seule joie,\net que les allances muliebresques d'autres tableaux comportent\nune rêverie, une précise coordination d'idées imaginatives, plus\ndirectement intéressante, et plus noblement intéressante. Ceci\npeut sembler à un peintre tel M. Degas un paradoxe de littéra-",
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     "fin_caractere_exclue": 2010,
     "texte": "LA VOGUE\n131\nteur, il n'en est rien; quoi qu'en puissent penser les écoles pic-\nturales analogues à celle qu'on dénomme si improprement l'im-\npressionnisme, quoi qu'en puisse penser M. Degas, le latent\nthéoricien des vingt premières années de l'actuelle école impres-\nsionniste, le motif du tableau, possède, en dehors de toute vir-\ntuosité ou sincérité d'exécution, sa valeur propre. Les impres-\nsionnistes éminents affirment d'ailleurs en autre langue cette\npréoccupation par une attention spéciale apportée au groupe-\nment des lignes; aucun des protagonistes de ce mouvement ne\ns'est jamais cru un réaliste; l'accointance, la camaraderie des\nécrivains naturalistes, cette joie si excusable, peut-être néces-\nsaire, de déverser le tempérament de dessinateur et de coloriste\nrêveur sur des motifs se présentant au premier plan de la vie, et\ns'imposant à toutes heures de la vie, les ont seules réduits à\nl'exécution pure et simple du paysage et du nu. (N'y a-t-il pas des\nCézanne inspirés du Roland furieux ?) Chez M. Degas lui-même,\nl'orientation de nombre de ses recherches vers des milieux\nde théâtre n'indique-t-elle pas un besoin de milieux imaginatifs,\navec des silhouettes imaginatives dans des décors de rêve évo-\nqué? Le motif d'un tableau, le choix de ses lignes et colorations,\nplaçant le spectateur dans un milieu de rêve et de temps propre,\ns'il ne s'adresse qu'à son intelligence et non à ses nerfs, est un\nprécieux adjuvant de l'émotion d'art. Le malheur est que les\npeintres de symboles, s'ils disposent d'avance, et par le choix de\nleurs allégories, le spectateur à une émotion, sont bien moins\naptes à le conquérir par la valeur intrinsèque de leur peinture;\nles grands réalistes apportent dans le rendu des figures et l'ar-\nrangement simple des lignes une maîtrise supérieure à celle des\npeintres de symbole; mais l'idéal ne serait-il pas de mettre au ser-\nvice des évocations d'allégorie cette maîtrise même de la peinture\nsimplement imaginative? Car de peinture réaliste, il n'en est pas.",
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     "fin_caractere_exclue": 1919,
     "texte": "132\nLA VOGUE\nM. Degas n'est pas représenté à l'exposition, en dépit de sa\ntrès considérable influence de technique, non seulement sur les\npeintres étiquetés impressionnistes, mais aussi sur presque tous\nles peintres un peu libres des Salons. Il est pourtant un des\ntrès rares qui pourraient montrer ce qu'un peintre français\nactuel entend par le style d'une figure et d'un torse, et de quel\nintérêt serait de voir réunies l'ensemble de ses notations sur\nl'extériorité féminine (ses ballerines) et l'allure du nu (ses\nfemmes à la toilette), notations qu'il ne nous a pas encore été\ndonné de voir réunies.\nM. Camille Pissarro, mal formulé par deux toiles déjà an-\nciennes, seulement libres de facture, ne dénotant que ses pre-\nmiers affranchissements, eût dignement tenu sa place à côté des\nmaîtres morts du paysage; il eût été intéressant de montrer non\npas même ses sites sauvages de la Mayenne ou ses villages\ntristes de l'Ile-de-France, mais des toiles exécutées dès sa der-\nnière évolution; une période intérimaire eût donné la Cueillette\nde Pommes, une des meilleures ruralités de la peinture actuelle,\naussi ses derniers paysages si lumineux, si libres de lignes, si\nharmoniques et synthétiques dans leurs toiles. Le faire de\nM. Pissarro comporte la plus grande habileté technique de ce\ntemps-ci: c'est lui qui donne le plus l'impression d'une absolue\nlégèreté de pinceau, en même temps que la solide architecture\nde ses lignes d'horizons, le dessin de ses arbres, donnent à ses\ntoiles le caractère, non plus d'un motif quelconque arbitraire-\nment découpé, mais d'un thème de nature choisi et entièrement\ndéveloppé. Si M. Degas paraît accomplir, pour les yeux de plus\ntard, comme la série des allures d'une Joconde moderne et\nmarque ainsi son œuvre d'un caractère de totalité, M. Camille\nPissarro, par l'unité de ses motifs, paraît accomplir une sorte de\nmise en place de l'homme dans la nature agreste; son paysan",
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     "fin_caractere_exclue": 1856,
     "texte": "LA VOGUE\n133\nn'est plus, comme le paysan de Millet, le ou les protagonistes\nd'une scène, d'une heure de la journée où le décor intervient\npour faire sentir la latente majesté, qu'un geste répété souvent,\nvulgaire en soi, solennel en sa finalité, communique à l'homme,\nc'est le paysan considéré comme silhouette différente, hantant\nla nature, sans en être spécialement détaché, il est comme un\narbre libre qui peut agir, se promener et former antithéti-\nquement aux lignes immuables des terrains, des lignes mou-\nvantes par une sobre distribution de gestes sculpturaux.\nM. Claude Monet apparait ici avec trois bonnes toiles, non de\nses meilleures. Il eût été, je crois, facile de montrer ce poème\nd'Antibes, distribué en série de toiles, dont la juxtaposition eût\nmontré une volonté d'artiste étudiant, de points de vision diffé-\nrents, un unique paysage, peut-être aussi de ces impressions\nde brouillard que M. Monet traduit en maître. M. Claude Monet,\nsi virtuose, si inégal et pourtant si souvent génial, eût mérité sa\nlarge place par les évolutions de ses techniques; lui ou M. Pis-\nsarro eussent pu montrer, par un groupement de quelques\ntoiles bien choisies, la marche de la peinture vers le clair, et le\nsouci plus vif de la précision'.\nManet, qui triomphe, puisque mort, occupe un panneau et\ngroupe les admirations qui n'admettent de l'impressionnisme\nqu'une dose édulcorée; ceci dû surtout à ce que son exposition\nnombre surtout des œuvres de sa première manière, alors que,\nlibre et précis dessinateur, épris du pittoresque et du caractère\ndu sujet, il était encore un peintre un peu à la manière noire.\nAu centre du panneau rayonne à demeure le portrait de M. An-\ntonin Proust; ce n'est pas un des meilleurs Manet, ni même un\ndes meilleurs portraits de Manet; puis La Lola glorieusement\n1 Au numéro prochain sera étudiée l'exposition Monet-Rodin.",
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     "fin_caractere_exclue": 1977,
     "texte": "134\nLA VOGUE\nbarbare, non sans ressouvenir de Goya; c'est encore Goya qu'é-\nvoquent involontairement presque toutes ses toiles à sujets espa-\ngnols et militaires; si un des nus de Degas eût été exposé, si sur-\ntout une des dernières toiles de M. Camille Pissarro eût pu, en\nface, solliciter les regards, on eût pu calculer la marche du groupe\nimpressionniste, à partir de ses premières volitions de liberté,\nvolitions de liberté du dessin surtout, son évolution par sa pé-\nriode de tachisme (dont un Monet donne quelque idée, un\nRenoir adjoint, le port de Naples, par exemple, n'est pas uni),\net les derniers tableaux eussent indiqué combien logiquement,\nd'un désir de liberté né du désir d'échapper aux recettes roman-\ntiques, aussi dures que les recettes classiques et d'écoles, ces\nartistes une fois maitres de leur métier et grandis dans leur\nart s'élevèrent à l'idée de peindre des toiles composées, mode-\nlées à tons francs, où l'harmonie de couleurs vient en aide aux\ndirections des lignes, pour former un tout en rapport, et créent\nune sensation entière de couleurs et de formes isolées dans son\ncadre. Manet, tour à tour trop rehaussé, trop rabaissé, est bien\nd'accord avec les autres impressionnistes au début de leur dé-\npart. Probablement la mort seule l'empêcha d'évoluer de plus\nen plus dans le sens de la clarté des colorations et de modelage\nserré des personnages. Tel qu'il est ici, il apparaît comme le\nlien entre des artistes indépendants et consciencieux, mais\nsomme toute assez disciplinés envers les maîtres anciens,\ncomme Fantin-Latour, et les autres impressionnistes, infiniment\nplus soucieux que lui de progrès matériels en l'art de peindre,\nplus soucieux aussi de l'intégralité d'art d'un tableau.\nParmi ces libéraux, non pas impressionniste, mais plutôt,\ncomme il le désire lui-même, caractériste, M. J.-F. Raffaelli. Par\ndes hasards, tels que son récent succès, contre et parmi les\npeintres officiels: le Luxembourg forcé, etc... M. J.-F. Raffaelli,",
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     "texte": "LA VOGUE\n135\na de nombreuses productions à montrer. Aussi ce qui l'y servit\nfut la prodigieuse variété de ses moyens techniques. Il n'est pas\nde métier adhérent à la peinture que M. Raffaelli n'ait tenté,\npratiqué, et où il n'ait vaincu les artistes académiques.\nÉvidemment, ce qui embrigada pour un temps M. Raffaelli\navec les impressionnistes, ce fut un besoin de liberté dans le\ndessin, plus qu'une grande communauté d'opinions; chercher le\ntrait saillant, la déformation saillante des êtres fut sa curiosité\nprincipale; et c'est ce qui donne à ses effigies de prolétaires ce\nje ne sais quoi d'irrégulier et de tire-bouchonné qu'elles ont par-\nfois. Évidemment, M. Raffaelli est très sincère et n'escamote\njamais son modèle; mais le hiératiser, lui donner de la majesté\ndes choses durables, fut toujours son moindre souci; aucun\npeintre plus que lui ne se rattache à l'école littéraire des natu-\nralistes; comme eux, il alla à la recherche du décor parisien,\nsurtout du décor parisien pauvre, valant par son intensité de\ncaractère plus que par des éléments même intimes de beauté;\ncomme eux, il eut la passion du prolétaire et de l'homme de\nmétier; certains des Raffaelli, sa série des pauvres diables qui\narpentent des routes dévastées, de ses buveurs, sont contem-\nporains de l'Assommoir, et de l'entrée en littérature de\nM. J.-K. Huysmans, dont autrefois les préoccupations, du temps\ndes Sœurs Vatard et des Croquis Parisiens, etc,... étaient loin\nd'être sans analogie avec celles de M. Raffaelli; tous deux sacri-\nfiant le style, en ce sens, non de forme écrite, mais de la ma-\njesté des lignes, au besoin d'écrire aigu, ou de représenter\ncomme en un frisson bref de la vision.\nDepuis, M. Raffaelli semble avoir modifié sa voie et son faire;\nses étés à Jersey, d'un si compliqué travail, ses portraits des\nderniers salons, semblent indiquer que le robuste peintre du\nClémenceau veut dire les élégances mondaines, les effigies pa-",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "fin_caractere_exclue": 1850,
     "texte": "136\nLA VOGUE\ntriciennes et les mobiliers compliqués. Le portrait de M. de\nGoncourt offrait à ce sujet tous les symptômes d'une évolution...\nD'ailleurs, M. Raffaelli a le droit absolu d'évoluer et de tenter\ntoujours à nouveau la recherche de nouvelles formes d'art ou\nplutôt d'applications de sa très grande habileté d'art à de nou-\nveaux objets, dont le rendu lui parait comporter les difficultés\nnon encore résolues.\nLa section italienne a donné l'hospitalité à un peintre impres-\nsionniste, d'ailleurs naturalisé Parisien: M. Zandomeneghi. Les\ntoiles de ce peintre peut-être gagnent singulièrement à leur\nétonnant entourage; en face de longs et tristes cartons dessinés,\ndes sécheresses de M. Boldini, qui seuls à côté de lui gardent\nquelque aspect de peinture, les effigies féminines de M. Zando-\nmeneghi ont un charme assez délicat, dans ses peintures anté-\nrieures au moins, car les dernières toiles du peintre paraissent\nempreintes d'une recherche de caractère qui n'est pas sans bru-\ntalité, et dans les lignes et dans les tons. Un petit pastel de tète\nde femme, malgré un manque de style, requiert par sa fran-\nchise et la belle polychromie de son fond.\nNulle trace de M. Renoir, nulle trace de M. Guillaumin.\nM. Gauguin expose, dans un café, dans les plus mauvaises con-\nditions, sa peinture intéressante, mais comme rauque et mar-\ntelée; autour de lui, des tableaux sans autre intérêt, d'une\noutrance de coloris par plaques, d'un modelé peu nécessaire et\nnullement attirant.\nOn s'est abstenu aussi d'inviter MM. Seurat et Signac, en\nsomme tout le groupe néo-impressionniste; mais avaient-ils\nchance d'exposer leur volition d'art, leurs ainés étant ou\nécourtés, ou strangulés? Tout peintre impressionniste, certai-\nnement, doit se sentir au moins autant de droits à une place au\nsoleil que, par exemple, M. Agache ou M. Saint-Pierre; mais de",
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     "fin_caractere_exclue": 1647,
     "texte": "LA VOGUE\n137\nquel droit se sont-ils abstenus de reprendre la suite des affaires\nde leurs prédécesseurs? Et toutes ces toiles d'impressionnistes,\nen admettant qu'on en eût choisi un certain nombre des meil-\nleures, eussent été, de par les prestiges de leur coloration, des\ndangers pour la masse des sombres histoires fuligineuses, qui\nforment pour le visiteur un précis de l'histoire de la peinture\nfrançaise en ces jours moroses. Que la présence de Manet leur\nsoit consolatrice !\n..\nSi l'on énumère les impressionnistes, ils sont légion, de tailles\ndiverses plus ou moins bien prises; mais ils donnent bien\nl'aspect non d'une école, mais d'une série de groupes en marche.\nSi l'on cherche les élèves des peintres symbolistes, on n'en\ntrouve aucun. M. Moreau n'a pas d'élèves, à moins qu'on ne\ntienne à lui attribuer M. Khnopff. M. Puvis de Chavannes, a, lui,\nquelques élèves, mais trop fidèles et qui ne s'inspirent que de\nses aspects décolorés, en les exagérant, sans jamais rappeler\nsa synthèse de dessin et ses qualités d'ingénieur de fresques.\nCe mouvement ne parait donc pas devoir prédominer contre les\nmodernistes; le peintre de symboles, vraiment peintre, parait\ndestiné à demeurer une exception et peu fréquente. Si à côté\nde ces deux courants principaux de l'art, nous recherchons\nparmi les vivants des peintres vrais, sûrs de leur carrière per-\nsonnelle et travaillant dans une voie ou propre, ou inspirée des\nmaîtres anciens, nous en trouverons bien peu.\nM. Fantin-Latour est d'une irrécusable probité d'art; on sent\nen lui le talent le plus ferme, et le plus sûr; néanmoins ses\nœuvres n'aboutissent point à produire une impression com-",
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     "texte": "138\nLA VOGUE\nplète de beauté; si vous considérez ses portraits, et que\nvous êtes charmé, par la vie latente des physionomies, par la\nvérité d'une attitude, par l'intensité de réalité du personnage\ntraduit, vous êtes choqué aussi par le convenu des attitudes;\nces personnages si vivants ont posé, leur pose est guindée,\nfroide, ou ne se résorbe pas dans un des aspects généraux de la\nvie. Ils ne sont ni caractéristiques, ni hiératiques; leur qualité\nde vie ne vous permet cependant pas de les connaître; et l'on\nest gêné par cette vitalité figée et immobile, si vous regardez\nses pastels héroïques wagnériens, etc., après une premièrę sé-\nduction de par les fonds (qui lui sont communs avec M. Renoir),\nde par la délicatesse générale de l'œuvre, vous êtes gêné par le\nnéant des physionomies des héros; ils pourraient être n'importe\nqui au lieu d'être Siegfried ou Tannhauser: tout leur héroïsme\ntient dans le costume et le décor.\nM. Besnard, aux salles du rez-de-chaussée, triomphe et rien\nne tient à côté de lui; ce peintre, qui parfois aux expositions\nde la rue de Sèze apparaissait hésitant et disjoint, ici se\ngrandit de toutes les infériorités circonvoisines; seul évidem-\nment de tous les peintres du Salon, il a le sentiment d'une\nbeauté et d'une délicatesse féminine, sait figer un joli geste,\nharmoniser une robe dont l'étoffe s'irise aux lumières. On peut\nreprocher à M. Besnard que ses polychromies ne sont pas\ntoujours, sont rarement nécessaires par rapport à elles-mêmes,\nc'est-à-dire que rien ne lui commande impérieusement les\ncontrastes de temps qu'il emploie. Il faut concevoir surtout ces\npolychromies comme des arrangements, comme des fantaisies\nde couleurs, et dans ce cas on ne peut disconvenir du talent\nde M. Besnard. Deux portraits de femme surtout le synthétisent\net restent là isolés pour témoigner du goût des peintres en face\nd'une grande diablesse de fortune, en mie de pain, qui s'est",
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     "texte": "LA VOGUE\n139\ndrapée d'une soutane noire, et qui soutient l'idée contraire;\nc'est que les peintres n'ont pas de goût.\nM. Roll, s'il est peut-être supérieur à Bastien-Lepage, n'est\npas un réél indépendant, ni moins encore un novateur; tandis\nque M. Gervex et M. Duez exécutent des arrangements de vé-\nrité, en gamme tendre, un peu vicieuse et alléchante, M. Roll,\nlui, reste brutaliste sans plus atteindre à la vérité d'art. Ses\nfemmes nues ne savent s'isoler de ses fonds un peu gros. Ses\ngrandes toiles, La Grève, sont pesantes et ternes; ni les qua-\nlités du dessinateur ne font excuser cette facture grise et sèche,\nni les combinaisons des lignes ne savent intéresser et excuser\nle coloriste.\nM. Roll, qui au Salon triomphe, sans peine, de ses indigents\nrivaux, est dans une exposition aux voisinages redoutables très\naffaibli; et certes cet art à larges prétentions se soutient moins\nque l'art à proportions plus petites de M. Besnard.\nNon plus la gloire de M. Cazin ne parait bien solide à revoir\nses toiles émues. Malgré des colorations distinguées, une savante\nrecherche de mélancolie, on n'est sincèrement ému devant la\nrépétition identique des mêmes moyens pour y atteindre. On ne\nsaisit guère plus l'à-propos du déguisement des personnages\nlégendaires en contemporains, la Judith a l'aspect simplement\npauvre, sortant des murs de Béthulie et bien affamée et maigriote\npour réussir auprès d'Holopherne; peut-être d'ailleurs M. Cazin\nn'a-t-il pas voulu une Judith traditionnelle, et s'est-il peu préoc-\ncupé de l'anecdote historique, mais alors pourquoi la déranger?\nCependant M. Cazin, par ses qualités de discrétion, ses études\nde terrain, et sa manière délicate, triomphe sans peine des feux\nd'artifice orientaux de M. Benjamin Constant.\nM. Constant est terrible; tout en lui reluit, et brille; si tout\nn'est pas or, peu s'en faut, et aussi des nègres violacés, et des",
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     "texte": "140\nLA VOGUE\ncasques d'un invincible éclat, et d'éclatantes processions mili-\ntaires dans des pays miraculeusement ensoleillés naturellement,\nle soleil, la furie des ors, restent au programme, c'est-à-dire dans\nle titre; rien ne vibre, les tons éclatants n'ont pour les autres\ntons éclatants que la plus stricte indifférence, ils sont poliment\njuxtaposés, ne s'en plaignent pas et c'est tout,\nM. Lerolle est pâle, très pâle; M. Carrière est embrumé. Pour-\nquoi ce peintre, qui paraît doué de talent, sauf un point de senti-\nmentalisme inutile, dans la plupart de ses toiles s'obstine-t-il à en-\nclore ses personnages et ses intérieurs dans une buée ? De\njolies colorations profitent de ce terme général du tableau, en\napparaissent plus relevées, mais le tableau lui-même tout entier\nest indistinct et peu agréable à voir.\nSi MM. Maignan, D. Maillart, Carolus Duran, Pelouse, Morot,\nLaurens, manquaient à l'art français, qu'y manquerait-il ? Qui\njamais affirma la fatalité de M. Bouguereau? M. Henner appa-\nrait plus intéressant que d'habitude, dans une Andromède qui,\nau moins, n'est pas couchée sur un fond vert et roux, mais debout\nsur un fond seulement roux; il y a encore des ingéniosités et\ndu talent chez M. Jeanniot, mais quelle pénible exploration que\nces salles, quel épouvantail qu'un Cormon, et autres et nom-\nbreux seigneurs de moindre, mais aussi fausse importance.\nLivres de vers.\nLe livre de M. Francis Vielé-Griffin alterne des chansons, des\nvariations sur des motifs populaires et de menues traductions\nde sensations personnelles, encloses le plus souvent dans des",
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     "texte": "LA VOGUE\n141\ndescriptions de nature. L'essence du livre sous ces trois formes\nest de démontrer que les brèves joies, de par leur intensité,\nlaissent même représenter des minutes vides et comme de demi-\ndeuil. Comme toute vérité poétique, cette matière intrinsèque,\nqui ne serait qu'un banal axiome, vit par ses travestissements\nd'images; c'est en effet que le poème, sous peine d'être pédago-\ngique, didactique, donc inutile, ne peut être que l'ordonnance\npersonnelle des faits de joie ou des solennités de deuil qui parent\nles minutes de l'illusion et les minutes de transfiguration qui\npassent, tels, des hôtes en un palais, dans les cervelles de vrais\npoètes. Pour Francis Griffin, les joies de la vie sont les prépara-\ntions aux éventualités graves et joyeuses de la vie; l'accent, ni\ngai, ni triste, ni solennel, ni intime, est comme une voix atten-\ndrie émise d'un masque grave. Résumer ce livre serait aussi inu-\ntile que de cataloguer des diaprures d'ailes de papillons. Francis\nGriffin, le dramatiste d'Ancæus, est nettement entré dans une\ncertaine voie de poème moderne dont la liberté de technique n'est\nque la vestiture, vestiture signifiant que, pour les intermèdes que\nnous chantons pour nous et les nôtres, nous voulons le droit\nd'écrire le cliché de notre sensation, toute notre sensation; or,\nsi Francis Griffin ou tel de nous pensait les intériorités profondes\nde son âme dans le rhythme d'un autre, si glorieux, si domina-\nteur qu'il puisse être, si ces choses qu'un hiératisme de conven-\ntion et l'incognito de nos livres nous permettent seuls de dire\nsemblaient dictées par les allures et le vocabulaire d'un autre,\nnous n'aurions le droit ni de les offrir à qui nous les destinons ni\nd'inviter nos pairs à un vague carnaval imitateur d'UN TEL. Ceci\ndit, tant pour Griffin que pour autres nôtres, réservant ce juge-\nment que ma sensation intime de critique ne peut pas plus scru-\nter profondément l'âme de Francis Griffin que la sienne la\nmienne, je me bornerai à l'étudier dans des questions de pur",
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     "texte": "142\nLA VOGUE\ndétail. Si Griffin sait que le passé traditionnel est pour des âmes\nprimesautières (y a-t-il d'autres écrivains que les âmes primesau-\ntières ?), que ce passé traditionnel peut être un étouffement si\nle littérateur, qui n'a pas vécu les mythes et pour qui Sacoun-\ntala, Hérodiade, Brunehild, ne sont pas des contemporaines, ne\npeut être que quelque inutile bâtard d'ingénieur ou le vague\nprotagoniste d'un inutile soliloque moralisateur, il faut aussi\nque le poète sache que des aînés ont suffisamment, totalement,\ntraduit Hélène ou Sacountala et que ses héroïnes, ses chevaliers,\nses palais, ses paysages, soient d'exactes résultantes de ses nerfs\nou de son hérédité de race. Ce qu'a positivement vu Griffin quand\nil a choisi un sujet de drame dans une attitude graïenne qui,\njusqu'ici, fut le lot, surtout, des Anglo-Saxons, et quand, voulant\nvarier son livre de sensations vocales par de brefs poèmes ordon-\nnancés, il agit en folk-loriste et selon le vœu de nos antécesseurs\ntels que Nerval, tels que Laforgue, dont parfois, tout autre, Grif-\nfin évoque le souvenir, il va réveiller les vieilles chansons fran-\nçaises et les paraphrase. Question de détail: je préfèrerais\nqu'au lieu de développer des motifs populaires, le poète m'en\ndonne de pures transcriptions et que, élisant pour parfait le\nrhythme instinctif de nos anonymes prédécesseurs, il me donne\npareille sensation, équivalente en son rhythme et sa sagesse à\nlui. Me fais-je bien comprendre? Si, au sortir d'une lecture\ndes évangiles, je lisais telle paraphrase purement explicative\ndes paraboles, je ne pourrais que comparer la pensée du com-\nmentateur à ma rêverie, à ma propre rêverie au sortir de cette\nlecture; si, au sortir d'une lecture des évangiles, je prends les\npensées de Pascal, je lis une transfiguration d'un mythe, avec,\nen plus, la présence d'une pensée; or, ces milliers de rhythmes\nqu'ont accumulés les races souffrantes à toutes les enfances des\nvies, je les voudrais voir répercutés et repris par l'occasion-",
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     "texte": "LA VOGUE\n143\nnelle gravité de nos cerveaux. Quoi qu'il en soit, je ne puis que\nféliciter un de nous d'avoir recouru à cette source. Francis Grif-\nfin est, surtout et avant tout, un dramatiste; la plupart de ses\npièces, sans même qu'il y songe, supposent des personnages.\nMais l'hérédité d'élection qui l'unit aux poètes primesautiers lui\ninspire tel lied murmurant comme:\nAvril t'a baisée au front et s'émerveille,\nPale du reflet de ses jonquilles claires.\nQue, de ton être, seul ton regard s'éveille\nAvec l'étonnement rieur de ses mystères;\nIl passe et d'un regret rayonné t'ensoleille\nVers la moisson de fleurs débordant sa corbeille.\nMai qui venait par la rive à l'orée,\nFoulant la neige des pêchers flétrie,\nChanta vers toi qui rèvais en la prée;\nSi que ton âme en est encor meurtrie,\nSachant la Beauté de ton corps ignorée,\nEt que ton cœur rêvait de l'Amant de féerie.\nJuin s'est courbé sur toi qui pleurais et t'a prise\nEt te nomma, ce soir, reine de sa nuit pale:\nTa lèvre rouge était, disait-il, la cerise,\nTa joue était la pêche du verger fatale;\nPuis il s'en fut vers l'aube, te laissant surprise,\nEt la douleur d'aimer à ton seuil s'est assise.\nJuillet te baise au front, ainsi qu'Avril qui passe\nEt qu'il chante pour toi, comme Mai, des paroles,\nQu'ainsi que Juin, du soir de ton regret il fasse\nLa nuit douce parmi l'accueil frais des corolles;\nLa faux des fenaisons n'eût pas accordé grace\nAu pale lys tombé qu'un archange ramasse.",
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     "texte": "144\nLA VOGUE\nUn écrivain belge, M. Maurice Maeterlinck, m'envoie un livre,\nSerres chaudes, dont la dédicace vraiment trop flatteuse me gê\nnerait pour parler de lui. M. Maeterlinck admettra que je dis-\ncute son livre à des points de vue de métier. J'aurais pu repro-\ncher à M. Griffin de ne pas encore oser le grand vers allitéré\nqui est la base de nos phrases futures; en revanche je reproche\nà M. Maeterlinck de ne pas savoir allitérer, c'est-à-dire agrafer\npar des similitudes de sens et de consonnances des phrases de\nprose qu'il intercale dans son volume et qui ne sont ni vers,\nni prose, car mal écrites; d'autant qu'au cours du volume je\ntrouve cette chanson vraiment harmonique et charmante!\nENNUI\nLes paons nonchalants, les paons blancs ont fui,\nLes paons blancs ont fui l'ennui du réveil;\nJe vois les paons blancs, les paons d'aujourd'hui,\nLes paons en allés pendant mon sommeil,\nLes paons nonchalants, les paons d'aujourd'hui,\nAtteindre indolents l'étang sans soleil,\nJ'entends les paons blancs, les paons de l'ennui,\nAttendre indolents les temps sans soleil.\nEt pourquoi l'auteur de ce lied s'obstine-t-il à cantonner\nses sensations-poèmes en des rhythmes purement verlairiens\net ses sensations-proses dans un rhythme à la Rimbaud ?\nM. Maeterlinck doit être loué d'avoir tenté la difficile besogne\nd'un livre d'analogies; je distingue bien ses thèmes d'hôpitaux,\nde nonnes en souffrance, d'orchidées étiolées, de brebis ha-",
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     "texte": "LA VOGUE\n145\ngardes, de linges dans les prés, de reines tristes, mais les\nhôpitaux, je les aivus au Parnasse sous la signature de M. Sté-\nphane Mallarmé, les nonnes aux Premières communions de\nRimbaud, les linges dans l'Imitation de N.-D. la Lune, etc.\nNotez que je considère M. Maeterlinck comme un poète, et il\nm'ennuie de voir l'écrivain capable d'écrire la chanson que je\nvous cite encore enclavé, dans sa forme, de souvenirs respec-\ntables parce que récents (c'est ainsi en littérature) et dupe en\nses tentatives nouvelles soit de son accent propre, soit de la\nvaleur qu'il attribue, sans contrôle, à des métaphores trop\nvagues, vêtissant mal des idées que je perçois à travers le tissu\nde son livre, mais que je suis forcé de percevoir et de deviner\nJe reconnais que c'est le meilleur livre de poète belge que j'aie\njamais reçu. Mais que M. Maeterlinck, que son catalogue de\nlivres à paraître me dénote un rêveur, un mystique et un cri-\ntique d'art précieux, ceci étayé sur les possibilités de son livre,\ncomprenne bien :\n1º Que le devoir de tout poète symboliste, qu'il opère par\ntransposition ou qu'il opère par analogie, est de ne rappeler\npersonne.\n2° Que, contrairement à une opinion récemment émise par\nCharles Morice et discutée par moi, nous ne melons nullement\nle vers à la prose, considérant l'unité rhythmique, que les clas-\nsiques appelaient l'unité syllabique, comme intégrant un mou-\nvement propre en son plus bref agrégat de sens et de voix tel\nque :\nDes pans | de tentes | lentes | descendent | gemmés de pierreries |\nNous croyons devoir strictement allitérer de longues phrases\nde vers; nous pensons ainsi construire des strophes et nous ne",
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     "texte": "146\nLA VOGUE\nnous reconnaissons pas le droit d'intercaler des phrases de\nproses dans nos poème en vers.\n3º Que les analogies, si nous les évoquons, doivent être, non\npas le rapport en notre cervelle de deux idées pratiques ou\nimaginatives, mais la synthèse en la forme, ou en l'illusion, ou\nen la performance scientifique, d'un certain nombre d'objets,\nen apparence distants, mais apparentés par les rapports de\nforme, d'essence ou d'illusion. Quand Jules Laforgue dit : « La\nlune, grande comme une fortune, il pratique une simple trans-\nposition; quand il lui dit : « Je t'aime, ce qui vient du mot bri-\ntannique aim, qui évoque l'idée de but, il opère une analogie.\nQuand Raimbaud dit : « J'ai surpris l'aube d'été, il opère ute\ntransfiguration; quand le même Rimbaud dit: < Un envol de\npigeons écarlates tonne autour de ma pensée, il évoque une\nanalogie de bruit, de couleur et de douceur qu'il pense propre\nà traduire un portrait psychologique d'une face momentanée\nde son âme. Quand Mallarmé dit:\nCe rêve, je le veux perpétuer. Si clair\nLeur incarnat léger, qu'il voltige dans l'air\nAssoupi de sommeils touffus.\nAimai-je un rêve?\nMon doute, amas de nuit ancienne, s'achève\nEn maint rameau subtil, qui demeuré les vrais\nBois mêmes, prouve, hélas! que bien seul je m'offrais\nPour triompher la faute idéale de roses, -\nStéphane Mallarmé évoque une simple transfiguration par\npoursuite physique de la métaphore; mais quand Stéphane\nMallarmé, plaçant Hérodiade devant son miroir, dit :\nEau froide par l'ennui dans son cadre gelée,",
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     "texte": "LA VOGUE\n147\nil évoque une lointaine tout ensemble et sensible analogie.\nLe sonnet de Verlaire : • L'Espoir luit comme un brin de\npaille dans l'étable est une construction de transfigurations;\nquand Verlaire dit : < L'eau-de-vie est une qui porte la lune\ndans son tablier, c'est encore une transfiguration, ainsi que\nla chanson de Gaspard Hauser, qui ne serait même peut-être\nqu'une parabole; mais quand Verlaire amène vers quelque\nChrist les bégaiements de son âme (La Grâce), Verlaire opère\ndes séries d'analogies fondées sur ce principe de faire causer\nl'âme présente à l'âme possible et de les animer par de succes-\nsives séries de symboles. Je pourrais multiplier les exemples\net dire qu'une nouvelle, un poème, un livre entier, peuvent se\nconstruire sur une analogie ou des analogies. Mes lecteurs\nde la Revue indépendante pourraient consulter mes articles sur\nNerval, Hoffman, et une analyse de Ligeia. Tout ceci dit, je\nle répète, non pas pour contrister l'homme de talent qu'est\nM. Maeterlinck, mais pour préciser des points de grammaire\nesthétique.\nEt je devrais être gêné aussi pour parler du livre de mon colla-\nborateur Adolphe Retté, Cloches en la nuit, paru en avril der-\nnier, mais, vraiment, mes amis rencontrent dans la critique\nofficielle un tel parti-pris de silence que j'assume le droit d'être\nle héraut de leur talent. Le livre d'Adolphe Retté est conçu\ncomme un drame à un seul spectacle; admettez un sonneur de\ncloches accoudé sur quelque beffroi d'une église du nord, soit\nGand, Arras, en somme telle ville où passerait encore, sans\nanachronisme, le veilleur de nuit des Maîtres Chanteurs. Or,\nque faire, accoudé sur une balustrade de beffroi, que songer?\nOr, comme dit Jules Laforgue, < que ton rêve se développe\nsur lui-même et non en avant car...., donc le songeur rêve\nsouvenirs, quêtes d'amour, recherches de rituel, passage en",
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     "texte": "148\nLA VOGUE\nles rues d'égoïsme, désir de telle douleur qu'elle soit anéan-\ntissement et, par-ci par-là, à mon gré trop rarement, sa contem-\nplation narrative aboutit à de brèves chansons.\nSi, chaque fois que je puis parler d'un émule, je les incite à\ncoordonner leur sensation en une chanson, c'est que,\net tout\npoète le sait, une chanson contient un drame et qu'un poème\nnon dramatique ne contient qu'un commentaire, c'est-à-dire\nque je voudrais voir mes pairs considérer leur premier tra-\nvail intellectuel comme une première arrivée des barques\nchargées d'Inconscient et que de ses cargaisons inespérées,\ninstinctives quoique préparées par eux-mêmes, ils ornent le\nbazar de couleurs, la salle des fêtes auxquels ils ont droit. Je\ncrois avoir dit la valeur principale du livre de Retté, qui, comme\nles livres de Griffin, vaut surtout par la puissance de drame\nqu'il annonce. Certes, devant les sépulcres blanchis des direc-\ntorats qui parsement Paris, conime les blancs tombeaux de\nmarabouts parsèment les entours du lac Asphaltite, les drames\non les commente, on les cause et on en fait des poèmes,\nparce que nul Lancelot ne saurait, du pommeau de son épée,\nforcer les portes de la douloureuse garde; mais on doit retenir\npour l'avenir cette indication que je donne ici des futurs dra-\nmatistes. Il y en a d'autres: notre ami Henri de Régnier pré-\nsage également un sérieux dramaturge; il y en a d'autres\ncertes, qui, peut-être, nous sont inconnus, mais il est certain\nque tous d'entre nous,\nbien strictement d'entre nous,\npré-\nparent ou ont préparé le drame de demain et que c'est ainsi\nque nous pensent nos amis inconnus.\n-\nLes défauts de Retté sont inhérents à ceci que les Cloches de\nla nuit sont son premier livre publié. Il faut s'être lu, et au\nmoins une fois, si l'on peut, relu, pour se connaitre, notre mé-\ntier exigeant les mêmes particularités d'attention que celles qu'un",
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     "texte": "LA VOGUE\n149\nmusicien, n'ayant sous ses doigts qu'un clavecin, devrait appor-\nter à l'audition orchestrale de son œuvre. Évidemment, il y a\ndans le livre de Retté trop de poèmes qui l'ont séduit par leur\nlarge allure et pas assez de chansons brèves qui hantent les\ncervelles d'autres poètes. Ceux qui nous lisent se doutent bien\nque le :\nou :\nou encore :\nje te donne ces vers afin que si mon nom...\nmon enfant, ma sœur...\nnous aurons des lits...\nou encore telle brève chanson de l'Intermezzo nous saisissent\nplus que le final des Fleurs du mal ou les Reisebilder; mais ceci,\nsoit se condenser en lieds, en chansons si vous voulez, est affaire\nde se connaître et de savoir, d'une brève volonté, dramatiser la\nminute de joie ou de souffrance. En plus, autre défaut, chicane\nde poète à poète, je voudrais voir Retté polychromer son vers\nentièrement mentalement au lieu de l'orchestrer plutôt verbale-\nment; quoi qu'il en soit, et puisque j'ai déjà dit que j'assumais\nle droit de parler des miens autant que les autres des leurs, je\nne puis qu'être heureux que ma chronique se termine sur les\nnoms de Griffin, Régnier et Retté, que vous trouverez d'ailleurs\nsur les sommaires. La complicité, en matière littéraire, est le\nsigne maçonnique de l'estime littéraire.\nGUSTAVE KAΗΝ\n5",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": ":\nBARS ET BRASSERIES A L'EXPOSITION\nLes dénombrer toutes et tous serait besogne de cicérone qui\nm'agrée fort peu; je dirai donc simplement ce qui me retint\nchez certains au hasard des pérégrinations et des repos.\nL'attitude formellé du public à l'Exposition étant d'une atten-\ndrissante bonne volonté à tout goûter en connaissance de cause,\nobjectif du reste rendu de plus en plus réalisable, étant donnée\ncette croissante diffusion des lumières où nous évoluons, il est\nprécieux, je crois, de l'instruire des endroits qui, outre l'amuse-\nment d'y trouver des boissons plus ou moins étranges, lui\noffrent le moyen de satisfaire son si bien caché mais si réel sens\nesthétique.\nVeuillent les bénévoles m'en savoir gré!\nPrès d'entrer, non loin de l'École militaire, après une contem-\nplation réfléchie de ce palais des machines, gloire du fer et du\nverre, joie de MM. Émile Zola et autres, cette voûte miroitante\nempanachée d'industrielles vapeurs, et surmontée d'une longue\nficelle où sèchent des loques multicolores, trousseaux à la\nlessive, je suppose, des gens de la rue du Caire, - pénétrez.\nL'Exposition en bloc, ceci une fois pour toutes, est très belle,\net je réprouve fort ceux qui se permettent à son égard des mais\net des si méprisants, car il est évident que si, par hasard, elle\nne l'est pas, les écrivains convaincus et désintéressés dont la\nprose célèbre ses merveilles ès-colonnes quotidiennes des feuilles\npubliques se tairaient, et lors comment voulez-vous que la masse",
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     "texte": "LA VOGUE\n151\ndes citoyens y puisant des indications veuille admirer, puisqu'on\nne lui dirait pas ce qui est admirable ?\nIl est encore une autre preuve de sa perfection, c'est que la\nVogue (la. Vogue: Weia! Waga! etc.), logique à son titre, s'en\noccupe, ferme sur cet axiome que ce qui est trouvé bien par\ntout le monde est vraiment bien. A quoi j'ajouterai, et ceci n'est\npas à l'honneur des prosateurs mentionnés plus haut, que quand\nle public pèche, c'est par ignorance, car il ne demande qu'à avoir\nun sentiment, le bon public! et il est si facile qu'il soit favorable...\nEntrez donc. - Et d'abord apprenez qu'en cette galerie des\nmachines, dont la température sénégalienne vous fit sans doute\ngémir sur l'absence de rafraichissements, sachez que proche\ncette chose singulièrement monumentale, où des verres de cou-\nleurs affichent le nom, et où d'affligeantes chromos narrent les\npéripéties de l'existence accidentée du phonograph's papa, se\ndébitent, par un jeune imberbe très-des Batignolles, des sor-\nbets au café, à la vanille, etc.\nO sorbets exilés parmi l'américain tapage des machines et les\nsenteurs tellement civilisées de l'huile chaude et du cambouis,\nsorbets évoquant de calmes patios en fleurs de grenades en eaux\nchanteuses et la paix fraîche d'intérieurs arabes, loin de ce lieu\ninfernal où les volants tournent comme des petites folles, - sor-\nbets bénis!...\nAvant de quitter le palais des machines sur ce lyrisme sans\nà propos, je tiens à citer une opinion mystérieuse émise\ndevant moi par un brave prolo; il sortait d'écouter le bavardage\nen crécelle d'un phonographe: Ah! dit-il, branlant du chef\nd'un air entendu, c'est de la seconde vue. » Oui, mon ami, et\nsoyez sûr que la seconde vue de Mister Édison est une réclame\ncomme une autre. - Il y a du bon sens dans le peuple, quoi\nqu'on en die...",
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     "texte": "152\nLA VOGUE\nMaintenant, sortons, sortons, traversons vivement cette gale-\nrie de 30 mètres gratifiée de bassines à confitures en cuivres,\nd'une fontaine-grotte en carton-pâte au fond de laquelle grelotte\nune Diane de papier mâché, et décorée d'un orgue de Cavallié-\nColl dont la nostalgie catholique, parmi ces pauvretés, essore à\nheures fixes du Bach et du Palestrina pour l'édification de\nbadauds attentifs seulement au jeu de l'organiste.\n-\nDehors, les jardins, et des cafés, et des bars, et des brasse-\nries, des chaises en bataillons serrés, les atroces petites tables\ninstables sur trois pieds, - mais où es-tu, Agénor de Cluses?\ncafé suisse, café russe, café belge, et partout et toujours les\ngarçons rogues, l'immuable torchon, la petite veste et l'inso-\nlence pas même polyglotte, peinant à vous filer des monnaies\nd'un cours improbable. Rien ici, sauf peut-être, en un bar\nanglais, quelques Cynghalais chocolat en longues robes safra-\nnées, turbans neigeux, descendants vraisemblables du bon\nHanoumât.\nPourtant, accoté au dôme central, voici s'offrir un endroit de\nquelque intérêt. Vanté par dix mille réclames, - et très vrai-\nment excellent,\nle cacao Van-Houten s'est installé là.\nUn intérieur hollandais: aux murs, des faïences en camaïeu\nbleues et blanches; une évangile naïve s'y retrace: des soldats,\nqu'on dirait échappés des toiles de Jean Steen et de Teniers,\nflagellent un Christ portant un roseau plus long que lui; un\nPilate en costume de rabbin se lave les mains dans une cuvette\nrudimentaire; un tout petit petit enfant prodigue garde\nd'énormes pourceaux à l'encontre de toutes les lois de la pers-\npective, ainsi de suite; mais le tout d'une telle ravissante gau-\ncherie! Une monumentale horloge en bois sombre, cadran de\ncuivre, aiguilles tourmentées, égrène les heures et les accom-\npagne d'un mince carillon. Et puis la cheminée, les chenėts de",
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     "texte": "LA VOGUE\n153\n-\nrigueur où oncques bûches n'a brûlé, et un lustre en cuivre à\nsept branches garni de chandelles, - et, hélas! en dessous de\nlampes électriques, - fâcheuse dissonnance! Enfin des\nchaises brutes et de massives tables. En ce décor se meuvent,\nlentes et placides, des Hollandaises de toutes provinces arborant\ndes coiffures étranges et jolies. L'une: un casque d'or, bas de\nforme, enserrant les pariétaux et nué de grandes ailes, mousse-\nlines parées de dentelles, bruissantes et papillonnantes au\nmoindre mouvement, des boucles en spirales filigranées tintent\naux oreilles; le reste de la toilette ne vaut.\nIgnorant les premiers éléments de la langue française, jeunes\net agréantes, mais presque toutes ont les yeux malades (le cli-\nmat?), ces servantes s'enquièrent d'un geste sans prononcer un\nmot, sans en comprendre, bien entendu, non plus un seul :\ndemandez du cacao froid, elles vous en apportent du bouillant;\nmais qu'importe, elles ne souffrent pas au moins des gravelures\nque maints lourdauds se croient en droit de leur adresser.\nEt l'on rêve, tandis que refroidit le cacao, l'on rêve cette\nZélande brumeuse, argentée sous le soleil pâle, ces canaux lents\nqui portent se marier la Meuse, l'Escaut, le Rhin dans les bras\nglauques de la mer du Nord, et ces iles jaunâtres en moulin à\nvent, en troupeaux de vaches, et ce Flessingue silencieux si\npiteusement décrits aux articles où M. Rodenbach consigne de\nveules impressions¹....\nFaut-il raconter à présent le restaurant hongrois? De savou-\nreuses sauces, mais pourquoi le chef d'orchestre a-t-il cru devoir\nchausser de triomphales bottes molles ornées par surcroît d'épe-\nrons dorés ? Et quelle manie de Marseillaise et de bruits italiens!\nj'aimerais un peu plus de tzardas.\n1 Au prochain numéro de la Vogue, je parlerai du kampong javanais.",
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     "texte": "154\nLA VOGUE\nLa Marseillaise est une excellente institution, - souvenir de\nla Révolution, etc.; M. Bourget, qui en sa préface du Disciple\nfait appel à l'esprit des conscrits de 92, doit être enchanté:\nl'Exposition en est toute bruissante et de tous les côtés; -\nmais, que diable, nous sommes en paix, et M. de Bismarck, cet\nhomme ingénieux, pourrait trouver à redire à tant de « aux\narmes, citoyens !...\nQuant aux tapages italiens, je pense qu'un\nchacun en a assez, n'est-ce pas?...\nVoici que le canon de six heures sonne le couvre-feu ».\n(Cette phrase n'est pas de moi; je la restitue à un M. F***, qui la\nservit en un récent supplément du Figaro; peu amateur de ce\nstyle audacieusement imagé, je dirai simplement que le canon\nannonce la fermeture des galeries; et puis, le couvre-feu à six\nheures? Jamais, pas même aux époques les plus ténébreuses du\nmoyen âge, il ne fit nuit si tôt en juillet.)\nSi vous voulez diner à la tour Eiffel, outre des Brébant variés,\nvous y trouverez une brasserie alsacienne-lorraine (bière fran-\nçaise toujours, et elle ne vaut rien !). Là, de jeunes personnes\nplutôt agréables, surmontées de la coiffure traditionnelle, un\npapillon de soie noire, affichant un costume qui ne fut jamais\nalsacien pas plus que lorrain d'ailleurs, font le service. Ces\ndemoiselles entendent à merveille le français. - J'en veux pour\npreuve celle-ci qui, à un Monsieur l'interpellant dans un alle-\nmand en vingt-cinq leçons et lui pinçant le bras, répondit fort\nproprement: F... donnez-moi la paix, animal ! >\net ce pur\naccent montmartrois !\n-\nPlus tard, il est bon de s'égarer là-bas vers où un canon\nmonstrueux se braque menaçant les étrangers méditatifs,\nvoire même les bons patriotes dans l'enthousiasme, une de\nces merveilles d'art militaire qui font instinctivement fre-\ndonner:",
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     "texte": "LA VOGUE\n155\nAh! qu'on est fier d'être Français\nQuand on voit le canon de Bange!...\nLà-bas, côte à côte avec une brasserie garnie de musiciennes\ntravesties en hussards hongrois, un café détonnant absolument\ndans l'ensemble si comme il faut de l'Exposition.\nCe café, donc me requiert, je l'avoue, où des peintures de\nM. Gauguin modulent aux murs quelque gamme exotique non\nsans un charme de crépuscule: la sveltesse d'un palmier s'érige\nsur un horizon d'eau tranquille et de verdures adoucies; des\nporteuses de varech dévalent une pente caillouteuse au plein\nsoleil; les falaises poudroient, les vagues fulgurent; parmi des\nbleuissements d'ombre envahissante, des négresses s'accrou-\npissent, ou, hiératiques, contemplent au loin. C'est la Martinique,\nje crois; d'autres toiles et de moins louables.\nMais la drôlerie et l'attrait de ce café seraient par une prin-\ncesse Dolgorouky, - selon l'affiche, - qui, si falotement, dirige\nun orchestre de femmes violonistes, Russes douteuses, et d'un\nMonsieur voué au cornet à piston. Ah! princesse, connaissez-\nvous ces tapisseries de Chantilly: de surprenantes guenons y\nmènent la vie de cour au XVIIIe siècle; c'est le bain, la chasse,\nla partie de cartes, que sais-je ? - la princesse Babiole pour qui\nbrûle le prince Magot, mais très nobles et ne compromettant,\ncertes, en rien, la gravité des appartements où M. le duc\nd'Aumale promène ses palmes vertes d'académicien retour d'exil,\net sa moustache humide encore des baisers de Jules Simon.\nTelle, princesse, par cette après-midi d'orage, tandis que je\nstillais l'eau de mon absinthe, tristifié de cette foule en bonne\nhumeur, écœuré de poussière et de valses viennoises, - vous\nme les serviez hélas et trop! - vous m'êtes apparue compensa-\ntrice, pas belle, non, mais de quelle grâce simiesque. C'était",
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     "texte": "156\nLA VOGUE\n-\nl'estrade basse, une cravate blanche, le bariolement des jupes\naccompagnantes, vous seule debout, battant la mesure en\nmoulinets fantasques. Et puis les manches rejetées en arrière,\nle violon à l'épaule et en avant, - vous si Babiole, si Angola, -\nle beau Danube bleu. Et des coups de tète, et le kakochnik sur\nl'oreille, et le deuil de vos sourcils violemment enkoholés zébrant\nen zig-zag la blancheur laiteuse de votre teint de blonde. Ainsi,\ncependant que bourdonnait la foule sagement goguenarde devant\nvotre bizarrerie, vous, si fumiste, - dirait mon éminent confrère\nM. Francisque Sarcey, - vous dont le chignon de soleil étei-\ngnait les peintures discrètes aux murs, princesse, vous me fûtes,\nun instant de gloire, le presque symbole de ceux-là qui, — sin-\ncèrement, ah! sincèrement, - parmi les rires gras de cette bras-\nserie le tous-les-jours, se jouent éperdûment de rutilantes valses\nen étoiles, en fusées, en cascades, à cause des polychromies de\nleur âme, - vous savez, ces gens vagues: des poètes....\n(A suivre.)\nADOLPHE RETTÉ",
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     "texte": "SPECTACLES EN PLEIN AIR\nBien qu'ayant vécu de longues années parmi des hommes pil-\nlards et tatoués, dont est notoire l'habitude vindicatrice et\ntriomphale de scalper et de créer ainsi de sanglantes calvities,\nle colonel Cody atteste, par une intacte chevelure flottante sous\nle plus romantique feutre qui, depuis les Jeune-France,\nobombra luxuriance crânienne, avoir échappé à toute tonsure,\nmiracle qui s'explique du fait de sa supériorité au tir, de son\nhabileté équestre et de sa légendaire bonne fortune de llardi.\nC'est en somme sa vie de trappeur dont il vient nous offrir le\nspectacle rétrospectif et quotidien, chaque fois que dix mille per-\nsonnes le demandent, en un décor circulaire de montagnes ro-\ncheuses et de rios peints sur toile qui raccorde son ciel avec\ncelui du jour, et cela, au moyen d'Indiens, de chevaux, de\nbuffles, de lassos et de diligences; apothéose naïve et amusante\n(qu'encouragea de son noir et bon sourire le dépositaire du\npouvoir, M. Carnot, et qu'applaudirent les journalistes, d'hilares\nconseillers municipaux et des notoriétés nobiliaires), de sa\nvaleur et de son adresse personnelles, que secondent, en des\nexhibitions pérégrines, les anciens et sauvages éléments de son\ndestin de jadis, maintenant comparses dociles et authentiques!\nL'intérêt de ces représentations est, plus qu'en cette gloriole\npersonnelle, en des équitations diverses et des jongleries d'œufs\nfragiles qu'interrompt la sûre balle des rifles, mais surtout, en\nla présence d'hommes dont le renom guerrier et chasseur pré-",
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     "texte": "158\nLA VOGUE\ntexta à nos curiosités enfantines de par tant de romans d'outre-\nmonde, et qu'il nous soit licite de les voir avec leurs qualités de\nmonteurs, leurs prestiges de plumes, de cuirs et de tatouages,\net l'intimité de leurs tentes où campèrent, parmi d'imaginaires\nforêts et de romanesques dangers, nos rêveries d'autrefois.\nCheveux plats, sveltes et agiles, serpentinement rampants\nou écuyers intrépides, peints de couleurs vives, têtes em-\npennées, ils apparaissent au galop de leurs chevaux, et s'épar-\npillent en vols épars d'éclatants oiseaux ! Leur équitation est in-\ntéressante et logique en ce sens qu'elle incorpore bien l'homme\nà la monture et qu'elle est vraiment centauréenne, et tendant à\nl'illusion qu'un seul être géminé évolue, fuit ou se cabre, au\nrebours de l'adresse niaise des écuyers de cirques qui sont\ngymnastes, et dont la méthode est de juxtaposer le cavalier et\nla cavale avec soin de montrer indépendance de part et d'autre\nen laissant, par une voltige ou une cabriole, libre le dos\ndompté! Eux, grâce aux plumes qui les parent de légèreté, sem-\nblent être la cause de la vitesse, et prolongent l'agréable équi-\nvoque de voir jouer là une sorte de bête pégasienne, pédestre et\nailée, ambiguë!\nA ce quadrille, le Speaker du tertre de gazon d'où il com-\nmande en langue mixte restitue ses sauvages habitudes, et ils\nse montrent attaquant les malles-poste et les huttes de colons,\narrêtant du lasso les chevaux libres et dansant leurs allégo-\nriques danses de Guerre ou d'Amour.\nLes Cow-boys se révèlent admirablement experts au nœud\ncoulant et semblent désignés pour accomplir avec succès, le\nlong des trottoirs nocturnes, le coup du père François, mais\nheureusement il n'en est rien.\nCe spectacle, en apparence inoffensif, a pourtant, je crois,\nune importance cachée, et se rattache à une tendance de l'heure",
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     "texte": "LA VOGUE\n159\nactuelle qu'il est bon de dénoncer. Il est une des manifestations\naccomplies, par une sorte d'occulte mot d'ordre civilisateur, en\ncette année commémorative d'une crédule croyance à un\nprogrès imaginaire en vue d'un déniaisement définitif de l'âme\ndes gens, et cela par haine du mystère et du songe.\nDe même que la lumière électrique recule l'ombre et établit\nune sorte d'atmosphère lucide et implacable, on veut abolir et\néclairer certains des derniers motifs de songeries qui restaient\nà l'âme humaine et populaire.\nDu fond merveilleux et vague des distances de la terre, on\ntire les êtres et les choses, dont l'existence, signalée simplement\npar un nom, était fertile en rêveries, et on les exhibe en leur\ninfirmité aux yeux désillés. Tout le vague, par exemple, que le\nmot d'Iroquois ou de Huron représentait pour le vieux Voltaire\nou même pour le lecteur de Châteaubriand, celui d'Indien est\ndissipé par le fait que les représentants ou les analogues de ces\nraces sont là, présents en leur légende détruite!\nDésormais, pour le moderne de 1889, l'Orient, ce vieux trésor\ndes rêves, ses prestiges de danses merveilleuses, de satins écla-\ntants, de musiques inconnues, se symbolisera dans l'âme bour-\ngeoise par une entité vue en quelque baraque. Le nom mys-\ntérieux d'Almée se fixera comme un inutile et faux joyau au\nfront de quelque danseuse du ventre, qui, échantillon sus-\npect, usurpera le rang des imaginaires sultanes.\nLes lointains et mystérieux pays, comme cette verte Java qui\ndormait, au fond de nos songes, en le doux bruit de ses cannes\nfrėles et les cris épars de ses oiseaux, sont violés, et la beauté\ncharmante des trois petites Mimes de là-bas, leurs mains de\npotiches, le vieil or de leur peau de safran et leurs yeux inéclos,\nconsolent mal de les avoir connues autrement que par quelque\nouï-dire de marin sénile et menteur, et rien ne remplacera le",
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     "texte": "160\nLA VOGUE\nrève que quelques discrets indices eussent fait s'accumuler a\nleurs pieds.\nLes artistes peuvent s'amuser de ces exhibitions fragmen-\ntaires, et garder intacte la source de rêverie dont elles sont\nquelques perles perdues, mais l'âme des gens va en tirer un\ncomplément de sécheresse.\nEn agissant ainsi, or délivre l'âme bourgeoise du préservateur\nmystère qui l'inquiétait encore, savoir qu'en dehors de lui il\nexistait de l'inconnu sous une forme quelconque, mais main-\ntenant comment lui persuader qu'il n'a pas tout vu et qu'il n'est\nvraiment le centre du monde?\nL'homme de 1890 qui aura salué d'un sourire sceptique les\nPeaux rouges, les Almées, les Annamites, les Javanaises, sera\nplacide et confirmé, l'histoire de l'habitation le rassure du passé,\net stérile et vacciné de toute faiblesse d'être dupe d'un songe, il\ns'adonnera de cœur libre à la culture de son égoïsme.\nEt pensez qu'il aura pour se confirmer en cette croyance le\nspectacle rassurant de la galerie des machines, la lecture d'une\ndes faces du piédestal de la statue de Raspail, où est consignée\nsur la pierre une ânerie de cet immortel pharmacien, et cet\nobjet de forme turriculaire et roide qui scandalise Paris, et qui\nest le signe de ce qu'il a imaginairement reçu en lui pour le dé-\nvirginer une seconde fois !\nHENRI DE RÉGNIER",
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     "texte": "...\nTELLES CHOSES M'ADVINRENT\n(Fragment d'un récit de voyage)\nIl y avait deux heures que je marchais. Le chemin où je\nm'étais engagé avait coupé d'abord l'extrémité d'un village\nqu'on devinait se continuant par-delà des arbres, derrière le\ncoteau que je venais de longer. Déjà cela m'avait laissé tout\nrêveur de penser à ces quelques centaines d'êtres tout proches\nde moi et dont je traversais la vie, puisque je prenais furti-\nvement une part du coin de paysage qui avait servi, en quelque\nchose, à modeler leur âme. Et voilà qu'à leur tour maintenant,\nsans me connaitre, sans soupçonner leur action sur moi, ces\nhommes, que je ne faisais pourtant qu'imaginer, contribuaient,\nsans doute, à modifier mon être, par cela seul que ma pensée\ns'arrêtait à eux et cherchait à se préciser la manière dont ils\nobéissent au rythme vital, directeur de leur destinée. Je tâchais\nà me résumer en traits saillants et caractéristiques ce que je\ncrois savoir des mœurs et de l'histoire de cette région, afin d'en\nmieux déduire le concept métaphysique, vague ou d'arètes vives\net tranchantes en lequel le seul Tout se condense pour chacun\ndes vivants, depuis le plus rudimentaire des êtres animés jus-\nqu'à l'homme, ou plutôt jusqu'aux diverses espèces d'hommes.\nEst-il facile, en effet, de préjuger si la distance qui sépare les\nuns des autres certains cerveaux humains est plus petite ou\nplus-grande que celle existant entre tels animaux, par exemple,",
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     "texte": "162\nLA VOGUE\net de ces hommes que nous sentons tellement éloignés de nous\nque nous n'osons pas même entreprendre de les expliquer?\nUne fois dévalant cette montagne d'idées, vous comprenez\nque je ne pouvais si vite m'arrêter. Je me faisais à moi-même\nmaintes remarques fort judicieuses, vous n'en doutez pas. Tout\nen ne laissant pas de noter minutieusement les méandres\nles plus capricieux de mes subtils raisonnements, je trouvais\nmoyen d'en resserrer la trame, pour aboutir bientôt à des lois\ntrès concises, à des conclusions que je voyais nouvelles, en\nlueurs claires et fraîches, filles pures de mon esprit. Je pensai\nbien alors que je m'empresserais de vous les peindre, ces en-\nfants chéries d'une heure, dans leur riante nudité, toutes bai-\ngnées de l'air vierge des idées naissantes. Mais à la réflexion, je\ncrois qu'il vaut mieux ne pas tenter de fixer leurs traits, et les\nlaisser se reméler insensiblement à l'océan mouvant où s'en-\ngouffrent sans cesse, pour toujours reprendre des formes plus\nneuves et chaque fois plus belles, ces filles bien-aimées de nos\ncerveaux en labeur d'enfantement. Et puis qui sait, Madame, si\nvous y auriez pris plaisir, si vous ne m'eussiez pas dit que tout\nce que je vous contais n'était que le pâle ressassement de ces\ndoctes traités où j'ai pourtant peu jeté de mon existence, et où\nles sages et les philosophes emprisonnent et murent à jamais\nleur pensée? Peut-être eussiez-vous eu un peu raison en me\nparlant ainsi, je ne m'en serais trouvé que davantage froissé, et\ncela m'eût peiné aussi, et, sans doute même, eût diminué mon\namour pour mes enfants un instant adorées. Avouez que c'eût\nété dommage, puisque par elles je goûtai des joies très vives,\nles saines joies que seule donne de la vie en formation.\nBref, je dus bien finir à force de raisonner par déraisonner un\npeu. Il en advient souvent ainsi aux poètes, dit-on; et je me\nsens en particulier constamment prêt, non seulement à obéir à",
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     "texte": "LA VOGUE\n163\ntoutes les lois de nature, mais encore à prévenir les moindres\ncaprices, les fantaisies les plus déconcertantes de cette bonne\net vénérée matrone. Et puis, il faisait si bon marcher sous le\nvent qui venait du large, si bon donner sa figure à l'air, res-\npirer à poumons dilatés ! Et laisser son oreille s'engourdir sous\nle long bourdonnement des choses, sous la plainte montante de\nl'atmosphère déserte de soleil ! Le regard se noyer au ciel loin-\ntain, s'abimer en la tristesse du firmament! Sans doute, il y\npuisait un stimulant à réagir; et c'est pour cela que mon esprit\navait eu faim de pensée jeune ou par moi recréée. Mais je sais\nque sous des pluies de rayons je me serais plus volontiers béa-\ntement assoupi, sans plus vouloir rien savoir...\n..\nJ'avais marché encore, je berçais mes yeux toujours aux\nnuages entassés qui restaient suspendus en larges tentures\nlourdes et flexibles. A peine quelques bourrelets de ouate au\nbord de longues voilures bleu sombre. Le vent, par instants,\ncassait de menues branches dans les cimes encore sans feuilles\ndes ormes du chemin. J'avais atteint un nouveau village, que je\ntraversai celui-là tout entier. Mais je ne sais pourquoi, voilà\nque subitement vint à s'écrouler mon intérêt pour ces choses\nqui m'occupaient depuis une heure. Je ne sentis plus que mon\nisolement, au milieu d'inconnus que j'étais apte à pénétrer\npeut-être, mais qui, eux, ne pourraient jamais me connaître. Et\nje hâtai le pas pour me retrouver vite entouré de la seule cam-\npagne, n'avoir plus autour de moi que la bonne terre et les\nplantes qu'elle nourrit. Mon cœur se figure qu'il y est mieux\ncompris; pourtant ma raison me dit que c'est là un rêve plus\nfou; une conception plus illusoire : je ne sais pas trouver les",
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     "texte": "164\nLA VOGUE\nmots qu'il faut dire à des hommes pour qu'ils lisent en moi et\npour qu'à leurs yeux s'illumine mon âme, comment pourrais-je\nme faire entendre de mes si lointaines sœurs, les plantes, les\nherbes et les fleurs? Moi, je perçois un peu ce qu'elles sentent,\nmais elles, que savent-elles de moi? Et j'aime tellement tout, que\nje voudrais que tout pût connaitre mon amour, mon atroce et\npourtant si doux mal d'amour pour tout, tout, tout!\nDe la tristesse donc glissait vers moi maintenant, insensible-\nment d'abord, mais prête à s'écrouler bientôt par avalanches.\nLe ciel s'assombrissait de plus en plus; toutefois les nuages ga-\nlopaient vers l'horizon sans se résoudre en pluie. D'un côté\nj'avais la libre plaine où s'entremêlaient des carrés bruns à de\nlongs tapis verts; çà et et là des meules fatiguées, des silhouettes\nde pommiers encore endormis, et plus loin la démarche lente\net courbée d'un semeur de graines attardé. Sur la gauche du\nchemin s'allongeait le mur lézardé d'un vieux parc seigneurial,\noù je pouvais voir par des brèches s'enchevétrer des fouillis\nd'arbustes incultes d'où s'érigeaient de très hauts arbres. Par\ninstants, de quelque cime, s'enlevait, lugubre, pour s'exiler une\nheure au ciel, une longue file de corbeaux disant leur plainte\nséculaire. En passant, j'avais salué hàtivement une équipe silen-\ncieuse d'ouvriers occupés à réparer l'une des nombreuses trouées\ns'ouvrant dans le mur. Le parc s'inclinait vers le fond du val; et\nles sinuosités de la route me cachèrent bientôt les hommes ren-\ncontrés tout à l'heure. Arrivé au dernier tournant j'aperçus, se\ndressant discrètement en recul dans un angle, une antique grille\nde fer, aux barreaux mangés de rouille. Je me rappelai que tel\nétait justement le décor institué pour un poème où jadis je pui-\nsai de l'émotion, et des strophes de l'œuvre me revinrent en\nmémoire, des vers d'un malheureux brisé par la vie, ne pouvant\nplus parler que sous une montée poignante de regrets, de ces",
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     "texte": "LA VOGUE\n165\ninfinis regrets d'amour où menace de sombrer la raison, et\ndisant ingénument malgré tout, sanglotant une dernière fois\navant la tombe le lumineux rêve lilial, le rève adorable qu'en les\nannées d'adolescence fait éclore pour les cœurs vierges le doux\ndésir d'aimer.\nLa fatigue commençait à me gagner. Je franchis le fossé de\nbordure sur le large pont de planches jeté là pour que puissent\nles voitures en sortant du parc joindre la route, et je m'assis\ntout pensif sur l'une des bornes fixées devant la grille. Une\nlongue allée partait de là, très large, mais toute sombre parce\nque s'entrelaçaient par trop haut au-dessus d'elle les cimes des\narbres encore que non pourvus de feuillages. Des herbes l'a-\nvaient envahie, témoignant qu'on y passait rarement; et sous\nle demi-abri que faisaient les taillis touffus s'étalant sans fin\nvisible sur chacun des côtés, une vraie paix religieuse régnait,\nignorant et faisant oublier le vent qui mugissait tout près de là\npourtant au-dessus de la plaine. Protégé moi-même contre l'air\nvif, grâce au retrait où s'enfonçait la porte, une sorte d'apaise-\nment aussi me gagna. Ma tristesse se mua peu à peu en une mé-\nlancolie très vague, dont très précieusement et très consciem-\nment je savourai le charme.\nEt mes belles songeries des bonnes heures resurgirent à\nnouveau.\nMon regard allait se perdre indécis tout là-bas vers le coin où\nle son mourant d'une cloche un instant entendue me faisait pres-\nsentir que devait s'élever l'invisible castel. Mon esprit se complut\naussitôt à se représenter la jeune demoiselle noble et fine que je\ndonnai pour fille au maitre de cet antique manoir. Et, bonheur!\nà peine avais-je pensé à elle qu'il me sembla bien l'apercevoir\ntout justement au fond de la longue allée. Je regardai mieux :\nc'était bien elle. Elle venait seule, se dirigeant lentement vers la",
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     "texte": "166\nLA VOGUE\ngrille auprès de laquelle je m'étais arrêté. Il me suffisait de\nreculer d'un pas pour qu'elle ne pût m'apercevoir avant d'être\narrivée près de moi. Je continuai d'ailleurs à l'observer discrè-\ntement. Elle s'avançait rêveuse et douce, sans que le bruit de\nses pas pût s'entendre sur le tapis d'herbe qu'était devenue\nl'allée. Une ou deux fois seulement elle leva la tête vers l'alen-\ntour, mais sans que son regard s'arrêtàt sur rien. Une simple\nrésille de soie noire, gracieusement nouée, couvrait sa tête,\nlaissant voir au-dessus du front la nuance châtain de ses fins\ncheveux. Son délicat visage, fleur de candeur, apparaissait très\npâle dans l'atmosphère embrunie; ses yeux, que je ne vis qu'au\nmoment où elle fut plus près de moi, étaient deux perles ex-\nquises, bleu cendré, noyées dans une mer d'innocence et de\npureté. Une longue robe simple, modelant ingénument son frais\ncorps de vierge, tombait jusqu'à ses pieds; robe d'un clair ton\ngris, sans ornement aucun, sans doute un des costumes que lui\navait imposés la règle du couvent récemment quitté, et qu'elle\navait tenu peut-être à revêtir encore pour mieux se revoir dans\nune naïve songerie auprès de quelqu'une de ses amies d'intime\nchoix laissées là-bas. Sa démarche était celle que prêtent les\npeintres sacrés à leurs madones montant vers le ciel sur un lit\nde nuages...\nEt c'était bien vers un paradis qu'elle marchait en venant à\nmoi, cette virginale enfant ; car à la voir ainsi s'avancer, image\nvivante de mon éternel rêve, je venais de sentir soudain des\ntorrents d'amour déborder pour elle de mon cœur. Et je n'au-\nrais plus peur des éternités, j'y aspirerais avec délice même, si\nje croyais qu'elles dussent me verser à jamais des bonheurs\ncomme celui-là,\nOh! c'était bien elle que j'aimais, elle précisément, elle réelle,\net telle que l'avaient instituée en ce coin de terre, et juste en",
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     "texte": "LA VOGUE\n167\ncette minute, les forces ignorées qui bien évidemment dès l'ori-\ngine des mondes nous avaient voulus l'un à l'autre !\nJe me jurai tout de suite de lui dire mon amour, et j'eus cons-\ncience qu'elle m'entendrait. Je lui parlerais d'abord avec les\nappellations qu'on donne d'ordinaire aux filles des hommes... et\npuis, dès que je la verrais devenue confiante, confiante comme\nune fleur, je lui révèlerais enfin l'ultime secret...\nQuand donc elle ne fut plus qu'à quelques pas de la grille, je\nm'approchai, un peu tremblant, mais c'était l'ivresse de mon\nextase qui me faisait chanceler ainsi, car d'autre part je perce-\nvais de plus en plus clairement que rien ne m'empêcherait désor-\nmais de lui dévoiler ce qu'elle était pour moi, je comprenais de\nmieux en mieux qu'il était impossible qu'elle ne m'écoutât pas.\n- Mademoiselle, lui dis-je d'abord, et je repris haleine, car\nl'émotion étranglait les paroles dans ma gorge.\nElle, s'arrêta, leva les yeux vers moi, point surprise, et\nattendit.\n- Mademoiselle, repris-je, pardonnez-moi, mais j'ai à vous\nparler; écoutez-moi, ne craignez rien;... vous voyez bien qu'il n'y\na aucun danger; au moindre cri, ces ouvriers que vous savez\nplus haut viendraient; ils ne peuvent nous voir, mais un seul\nmot d'appel les attirerait ici;... ne dites donc rien, soyez bonne,\net écoutez-moi...\n- Que voulez-vous? fit-elle, simple et bienveillante; et je crus\nque venait de s'entr'ouvrir le royaume des harmonies d'en haut,\ndes musiques suprà-terrestres et infiniment subtiles, et que je\nme trouvais donc déjà l'un des élus pour le divin, puisque mon\noreille percevait, et si doux et si net, l'ineffable murmure, qui,\ndans les sphères lointaines où voguent les esprits purs, doit pré-\nluder aux célestes concerts.\n- Voyez, continuai-je, par ces seuls mots vous avez droit",
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     "texte": "168\nLA VOGUE\nmaintenant à ma gratitude sans fin. Depuis que mon cœur bat,\njamais je n'ai formé d'autre vœu que de rencontrer un jour une\nfemme qui tout de suite comprit qu'aux pèlerins s'en allant\ntristes et las par la vie, il n'est rien de meilleur que de s'en-\ntendre ainsi demander d'une voix amie : « Que voulez-vous?»\nOh! c'est étrange... Eh bien! dites, que voulez-vous?\nEt la jeune fille, cette fois, baissa les yeux, et je sentis qu'à\npartir de cet instant elle m'aimait aussi. Elle ne proféra plus\naucun son, mais le génie qui me faisait lui parler, et me permet-\ntait de concentrer en cette seconde des bonheurs d'univers et\nd'éternités, ne me laissa pas ignorer qu'en le cœur de la frêle\nvierge m'écoutant, silencieuse et grave, montait une joie sem-\nblable à la mienne, une joie que les langues humaines ne sau-\nraient redire, parce qu'elle est faite de trop d'aspirations infor-\nmulées, de trop de divines tristesses sans cause, et de tant de\nvie naïve !\nEt longuement je déroulai ma plainte et mon épithalame, ma\nconfession et mon chant d'amour...\nA un moment, je me souviens, je disais :\nJe ne suis qu'un passant, jeune fille, et je n'aurai fait que\ntraverser un jour et les mondes et le temps, mais parce que tu\nexistes je puis me croire un Dieu. Tu m'as révélé mon âme.\nAvant de te connaître, j'ai clamé dans des poèmes le désespoir\nde ne t'avoir point trouvée. Tu étais donc déjà le principe de\ntout pour moi. Maintenant que le destin t'a placée sur ma route,\nmaintenant que je t'aime, je sens bouillonner en tout mon étre,\nen mon cœur, en mon esprit et en mon corps les effervescences\nqui créent la vie, ou plutôt qui sont la vie elle-même. Créer,\nvivre, aimer, c'est tout un. Notre vie, sais-tu, se fera d'autant\nplus intense par-delà les siècles que nous aurons le plus radié\nde la bonté, essoré de l'amour; et même pouvons-nous dire que",
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     "texte": "LA VOGUE\n169\nnous sommes bien réellement immortels, si nous avons une fois\ncomplètement aimé. Or, maintenant que je t'ai vue, enfant, je ne\npeux plus mourir... Mais qu'il y a longtemps que je t'attendais,\net comme j'ai souffert que tu aies tant tardé à venir! Que de fois\ndans mes veilles isolées je t'ai priée, ô ma douce inconnue! Toi\naussi tu devais m'appeler dans tes songes! de ne pas me voir,\nmaintes fois sans doute cela te fit longuement soupirer par les\nlanguides crépuscules... Mais qu'importe tout cela, puisque\nenfin nous nous sommes rencontrés! Bénies soient même nos\nsouffrances passées: c'est à cause d'elles que tous deux nous\navons atteint l'inaccessible, c'est en elles que pour instaurer\nnotre bonheur nous avons puisé force d'abolir les lois qui\nenchaînent les autres enfants des hommes, c'est grâce à elles,\nenfin, qu'aujourd'hui nous dominons et la terre et le ciel! Oh!\nje t'aime, jeune fille, je t'aime, d'amour insondable, toi qui es là,\ntoi seule, toi l'unique à jamais rêvée! Le monde entier n'est\nplus pour moi qu'un prétexte à son existence; et tant qu'un\nsouffle me restera, ce sera pour dire et redire mon amour,\nl'amour que j'ai pour toi; ce sera pour proclamer, o vierge,\ncomme tu es belle et pure, simple et bonne, ce sera pour con-\nfesser que toute seule parmi tes sœurs tu as su entendre les\nparoles d'un poète, et pieusement les garder en ton cœur.\nEnfant, sais-tu que d'ordinaire mes rares frères vont seuls par\nla vie? Mais voici qu'après avoir comme eux avoué ma désola-\ntion des jours vides et de l'âme déserte, j'ai atteint le rivage de\ncet océan d'amour vers lequel éperdûment je courais; voici que\nje me trouve par toi bercé, ma douce bien-aimée, sur la mer\nadorée. Oh! la mer adorée de mes songeries passées ! Et, jeune\nfille, sois fière de m'avoir entendu je savais que mon cœur\nétait, grand, et vaste mon génie, mais je m'effraie moi-même à\npenser maintenant combien plus grand que tous je vais être à",
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     "texte": "170\nLA VOGUE\njamais, puisqu'à mon âme vient de s'unir ton âme, puisque d'un\nseul regard et surhumainement tu m'as magnifié, puisque tu\nm'as fait dieu, puisque tu m'as aimé !...\nEt je sanglotais, tant j'étais heureux !\nElle, alors, me regardant d'un air d'intime désolation, fit\ncomme un pas de plus vers moi. Du geste, je lui donnai signe\nde s'arrêter, pour que ne pût une seconde l'effleurer pas même\nla crainte la plus ténue. Je lui souris ensuite, pour qu'elle vit\nbien que ce n'était pas de douleur que j'avais pleuré, et je con-\ntinuai longtemps encore à lui parler. J'avais compris que de la\npeine s'était levée en elle devant l'angoisse de mon extase; je\ncommençai donc de lui dire de ces choses très simples, de ces\nmots familiers et caresseurs comme en trouvent les mères après\nles gros chagrins de leurs petits enfants. En pénétrant dans son\nâme, ensuite je la lui révélais, candide et séparée, haute mais\nouverte et prête à dévorer l'infini. Je lui montrais aussi qu'en\npensée je savais la suivre dans les riens délicats et charmants\noù chaque jour elle égrenait les heures, depuis sa blanche\nprière à l'aube naissante, jusqu'aux frissons mystérieux qui\nsans doute la visitaient devant les soleils d'Occident, ou par les\nsilences trois fois saints des nuits indicibles.\nTu dois t'appeler Rose, ou bien Aurore, ou peut-être\nSéraphine, lui dis-je encore; et cette fois ce fut elle, enfin, qui\nme sourit, oh! si délicieusement! oh! d'une telle grâce angé\nlique !\nMais les minutes s'enfuyaient, et après de nouvelles paroles,\nquand je compris que l'instant fatal allait sonner de l'inéluctable\ndépart, je dus lui enseigner, hélas! que j'étais un exilé, et\nqu'aucun des habitants de la terre jamais ne me reconnaîtrait\ncomme l'un des siens. Et c'était donc fini entre nous! Qu'eus-\nsions-nous pu souhaiter encore? Est-ce donc que le temps",
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     "texte": "LA VOGUE\n171\nexiste? Les éclairs seuls montrent vraiment le ciel. Qui sait si\ndéjà nous n'avions pas affaibli notre émotion en cherchant à la\nprolonger?\nElle sembla triste, et sa vue se prit à errer indécise et vague\nsur les choses.\n- Éloignez-vous maintenant, terminai-je; une dernière fois\nseulement levez sur moi les yeux: comme je vous ai donné mon\nàme, laissez-moi votre âme, je la conserverai à jamais.\nComme pour m'obéir, elle recula de quelques pas, mais len-\ntement et gardant obstinément son limpide regard fixé sur moi.\nDe l'indéfinissable s'y répandit à flots en un instant, confondant\nsur son visage de pàle rose l'expression de tant de sentiments\ndivers qui, sans doute, l'inondaient en cette heure la plus solen-\nnelle de sa vie. J'y lus de l'anxiété, du regret et de la résignation\naussi, j'y vis des abimes d'amour, et de cette suave mélancolie\nféminine, la plus exquise fleur qui soit jamais éclose en l'âme hu-\nmaine... Oh! que longtemps encore je serais resté en adoration\ndevant elle! Oh! pourquoi fallait-il que je la quittasse ainsi ?...\nElle s'était arrêtée bientôt, s'appuyant au tronc d'un vieux\nchêne qui s'élevait solitaire un peu en dehors de la ligne d'ormes\nformant l'allée.\nJe compris qu'elle n'aurait plus la force de bouger tant que je\nserais lå, et que c'était à moi d'exécuter l'inexorable sentence de\nséparation voulue par la destinée, exigée par l'inouï de notre\namour lui-même. Profitant donc d'un instant où il me sembla\nque davantage son regard se voilait, je disparus de devant elle.\nJ'avais deviné qu'elle était assez haute pour ne pas même cher-\ncher à continuer à m'apercevoir; je descendis alors sans hâte\nle sentier qui menait à une autre route, et bientôt, au tournant\nd'une haie, j'eus moi-même perdu de vue le coin de mur der-\nrière lequel elle avait dû rester immobile et rêveuse.",
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     "texte": "172\nLA VOGUE\nJe ne remarquai point que le ciel se faisait peu à peu plus\nnoir, car je marchais comme en somnambulisme. Mon esprit\nrestait sans pensée. Après de telles scènes, n'est-ce pas le seul\nétat qui soit digne, comme après la vie totale, s'il nous était\njamais donné de la connaître et que pourtant il nous fallût\npenser a la quitter, nous ne pourrions plus concevoir comme\nacceptable que le néant.\nJe finis par apercevoir un village où je pensai à chercher un\ngite pour la nuit, mais comme j'allais l'atteindre, les nuages qui\ns'étaient amoncelés au-dessus de ma tête menacèrent enfin de\nse résoudre tout prochainement en pluie. Insoucieux de cela, je\nvoulus, avant de retrouver la compagnie des hommes et de\nredescendre les marches du réel, que fût davantage calmée\nl'émotion qui me poignait encore. Je m'assis sur le talus\nd'herbes du bord du chemin. Ce fut ce repos, sans doute, qui\nredonna l'essor à mon rêve, car, une fois de plus, j'oubliai l'am-\nbiance pour m'abstraire en ma vision renaissante, uniquement\ndouloureuse cette fois; et je ne me relevai qu'au moment où je\nsentis de larges gouttes d'eau se mêler, rafraichissantes, aux\ndeux ruisseaux de larmes qui, sur mes joues en feu, coulaient\nmaintenant intarissables.\nJEAN THOREL",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "TOLU\nFable\n...\nAmis de la science et de la volupté.\nС. В.\nC'est un chat de pharmacie,\nun chat savant parmi les chats.\nOn l'a dénommé de la sorte « Tolu » pour ses onctueuses\nallures, le parfum résineux de baume qui s'exhale de sa per-\nsonne, et la douceur de sa fourrure si suave au toucher qu'on\ndirait ointe sa robe d'une huile essentielle.\n-\nIl est corpulent et gras,\nayant subi, dès l'âge tendre,\nl'émasculation, - d'aspect lourd et paterne que dément, sous la\nglissante laxité du tégument, la consciente et brève ondulation\nde muscles puissamment souples, sans cesse prêts au bond.\nSon pelage gris de fer se raie, sur le dos, de noires zébrures\nparallèles, s'affine, au ventre, en blanc d'hermine; et il a de\nclignotants yeux jaunes\npailletés et profonds comme le lit d'un fileure\ncharriant de la poudre d'or.",
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     "texte": "174\nLA VOGUE\nIl chérit l'immutabilité, passe le plus souvent ses jours juché\nsur le comptoir,\naffalé contre un vieux codex,\nnon loin d'un buste d'Esculape :\nil y reste de longues heures\naccroupi dans la pose immanente du Sphinx,\nou bien, allongé sur ses pattes, somnolent révasseur, et quand\nrésonne le timbre de la porte, glissant, par l'entre-clos de ses\nparesseuses paupières, des regards pleins de mépris pour les\ngens maigres qui entrent là.\nVoulant, parfois, se délasser, - avec un bâillement il s'étire,\nla tête basse, l'échine en voûte, renifle une seconde\nl'arome renfermé du camphre et des éthers,\npuis, tout de go, se met en route\nparmi les flacons, les bocaux, les boites, les balances,\nrapide, délicat, prudent,\nsans un dégât sur son passage,\nretroussant son énorme queue\navec mille précautions.\nA l'heure des repas, lorsque s'attable, dans l'arrière-boutique,\nla famille entière du droguiste, il a pris coutume de bondir sur\nl'épaule de la bourgeoise, l'épaule gauche invariablement, -\nde quémander sa nourriture, - il n'agrée que les viandes roties\n-- en caressant sa tête sous le menton de cette dame; après\nquoi, tout à fait dénué de reconnaissance alors qu'il est repu,\nplein de dédain pour l'homme, au fond, il échappe aux turbu-",
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     "texte": "LA VOGUE\n175\nlentes étreintes de la marmaille, s'attife de la langue, parfait le\nlustre de son poil,\net regagne d'un saut sa juche coutumière,\npour y digérer à loisir.\nSous prétexte d'en expulser les rats, il repose, la nuit, dans\nle laboratoire, où il fait chaud.\nCe n'est point un chat tapageur, et, sans doute, il appartient\naux races médiocrement expansives du Nord. En temps normal,\nil n'use guère que de ces signes vocaux servant à ses pareils\npour dire le déplaisir ou le dédain.\nImpénétrable, et l'œil couvert\ncomme un monarque asiatique,\nil ronronne bien rarement, et réserve les modulations superbes\nde ses miaulements pour les nuits de printemps\noù sur les toits luisants de lune,\nau bord de la gouttière argentée et bleuie,\nil va courir l'amour, - eunuque à son insu, -\nsans que jamais aient pu le rebuter les méprisantes rossées\ndont, invariablement, l'ébouriffent les femelles.\nSauf les moments du rut, il demeure impassible, n'ayant\nd'autre passion que sa réverie solitaire.\nOr, il advint qu'un beau jour de dimanche,\nà la saison d'Avril,",
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     "texte": "176\nLA VOGUE\nle patron de la pharmacie résolut de fermer boutique\nl'espace d'une après-midi,\net de s'aller ébattre, avec les siens,\nà l'ombre des tuyaux d'usines suburbaines...\nTolu, dès qu'il vit clos les volets de la devanture, imagina\nqu'il était nuit, vint se réfugier dans le laboratoire et faire la\npelotte sur le bout de tapis où sa routine était de dormir.\nIl y fut promptement rejoint par l'élève-préparateur, consigné\nau logis avec mission d'y faire bonne garde, et de confectionner\nquelques drogues de manipulation élémentaire : tisanes pec-\ntorales, anodins onguents, vermifuges atténués et autres menues\nbesognes incombant d'ordinaire aux néophytes de cet Art.\nCe jeune homme était d'humeur facétieuse et plaisantin de\nson naturel. Il savait, par ouï-dire, les aphrodisiaques effets sur\nla gent féline de la valériane, et résolut d'en faire expérience,\nafin de réjouir sa solitude...\nLe chat fut stupéfait de voir flamber le gaz; très installé déjà,\nnonchalamment il disjoignit les paupières, tout juste assez pour\nconspuer le gèneur d'un maussade clin d'œil... il put voir l'ap-\nprenti potard, grimpé sur une escabelle, atteindre, dans un\ntiroir étiqueté, de grises racines chevelues, puis les mettre\nbouillir au cœur d'une bassine dont l'officinal cuivre rouge étin-\ncelait. Et bientôt, des vapeurs épaisses diffusèrent un parfum\npuissant dont la savoureuse acreté rappelait les senteurs exo-\ntiques du spica-nard ou du santal blanc,\névoquait\net, pour les àmes voyageuses,\ndes ciels d'or, des forêts pleines d'enchantements,\net les pays Hindoux, et leur splendeur lointaine.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "LA VOGUE\n177\nAlors, sur sa couche Tolu se dressa, intéressé subitement, et,\nmoustache au vent, flaira...\nUn étonnement inquiet, comme d'un bonheur auquel on n'ose-\nrait croire, se marqua dans ses yeux cherchant d'où lui venait\ncette voluptueuse incite... Déjà luisait le flavescent phosphore\nde ses prunelles, et frétillait un peu sa croupe, qu'il balançait\nd'une ondulente allure.\nUn bond le lança sur le fourneau; mais il était troublé telle-\nment qu'il retomba, lui, l'impeccable gymnaste, et dut s'y\nreprendre à deux fois. Il en oubliait sa prudence, éperdu d'éro-\ntisme, voulant mettre le nez à même, s'affolant à ce point que\nles vapeurs, trop approchées, lui échaudèrent le museau.\nLors, sans tarder, il s'avisa d'une surplombante étagère, où il\nvint se camper droit au-dessus de la chaudière... Assis sur la\npointe des fesses, les pattes de devant raidies, engriffées au\nrebord de la planche, le cou tendu, narines bées, l'œil stupéfié,\nprojetant sur le mur une ombre de chouette,\nil s'immobilisa, pareil à ces gothiques monstres qui se penchent\naux aériens balcons des cathédrales,\net de là-haut, superbement,\nregardent tout en bas passer\ndes hommes...\nIl était admirable, ainsi; mais l'âme du pharmacien ne sut\npoint s'émouvoir d'une pose qui, d'ailleurs, menaçait de s'éter-\nniser sottement. Jugeant dénuée d'intérêt sa première expé-",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "178\nLA VOGUE\nrience, il résolut d'en instituer une autre et de modifier le cours\nde ses proxénètes investigations. Il éteignit la flamme du four-\nneau,\ndélogea Tolu d'une claque,\nmit par terre une large poignée de valériane sèche, baissa le\ngaz un peu par instinctive économie, puis se déroba dans\nl'ombre derrière une porte vitrée qu'il referma, certain de voir\nsans être vu.\nLa méchante humeur de Tolu ne put tenir devant la tentation\nnouvelle. A pas très lents,\ncomme pour savamment prolonger le désir,\nou réfrénant sa hâte par bouderie, peut-être, il approcha la\nplante mérétrice, en fit deux fois le tour, et s'étala près d'elle,\nle nez tout contre. Un bout pointu de râpe rose saillit hors de\nses dents, lécha quelques racines,... avant-goût raccrocheur,\nsans doute, car il acquiesca, s'installa bien à l'aise pour le régal.\nFier et goulu, dans l'attitude léonine\nd'un Romain gras, vautré sur le triclinium,\nil fourragea des griffes et des crocs pour dissocier le paquet,\ndont il engouffra d'abord, puis plus sagement grignota les brin-\ndilles grésillantes avec les savourantes lenteurs d'un vieux\ngourmet; par moments, il s'interrompait, assez raffiné,\nsait? - pour faire durer la fête et siroter l'enivrement...\nEt voilà que, pareils aux ondules fuyantes\ndont la brise des soirs affole les gazons,\n-\nqui",
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     "texte": "LA VOGUE\n179\ndes frissonnements brefs coururent à son échine, hérissant sa\nfourrure au passage...\ndes déglutitions à vide\ngonfiaient des vagues à son cou\ncomme à celui d'une femme hystérique; et sa queue, rigide\nhorizontalement, se détendait par un brusque ressort,\net tout à coup, pliant ses touffes noires,\nles rabattait tout au long de son dos...\nLes lampes froides de ses yeux\nluisaient dans l'ombre de sa tête...\nTitubant un peu, errant en quête d'attouchements, il ne trouva\npour se frôler que le dur barreau d'une chaise sous lequel il se\nmit, caressant de son mieux la roulante voussure de son échine,\nbavotant de bonheur, frémissant tout par trémulantes saccades,\ncomme s'il eût, une à une, perçu\nles crépitantes étincelles\nqui ruisselaient parmi ses poils.\nIl dut se faire mal, car il quitta la chaise, chercha d'autres\nmoyens, ne sut inventer qu'une vautrée sur le tapis où son dos\nsouple virevolta, multipliant d'oscillations et de glissades les\ncontacts... Et plusieurs secondes il demeura, haussant la blan-\ncheur de son ventre, la tête déjetée, les yeux amoureusement\nclos, les dents visibles, les pattes molles, l'épigastre tendu, le",
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     "texte": "180\nLA VOGUE\nrachis flexueux, plus beau qu'une impudique femme et qui\nappelle, délirante,\nmerveilleux à l'égal d'un petit dieu du spasme!\nUne sidérante secousse, comme électrique, le mit debout. Et\nil fut pris de course folle, avec de subtils bonds,\nretombant de guingois, rebondissant encore,\nl'écume aux lèvres, l'œil sanglant. -\nDes cris farouches, des cris rauques d'étranglé ràlaient à sa\ngorge...\n...\nÉpuisé, tout rompu, Tolu s'en vint échouer sur un fauteuil\na'Utrecht à l'affaissé coussin mobile en velours jaune. Mais le\ncalme qu'il y trouva ne fut pas de longue durée.\nCe siège était l'habituel séjour de la dame de céans : elle y\nasseyait l'oisiveté de ses somnolentes après-midi, l'emplissait\ndes étalements de sa confortable personne; et l'étoffe élimée,\ntoute poreuse de vieil usage, s'était à la longue saturé\nd'un véhément parfum de femme en retour d'age.\nA la soif d'amour de la flaireuse bête, ce fut un réveil ines-\npéré. Avec un air de grande sournoiserie, Tolu dilata ses\nnarines, qui se gorgèrent, et sur la face velue du coussin mou il\npromena son ventre de long en large, obstiné dans son besoin\nrageur de volupté à jamais impossible.",
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     "texte": "LA VOGUE\n181\nEt de tant de folie rayonnait un érotisme si aigu que, là-bas,\nderrière sa vitre, le jeune apothicaire en avait de l'imagination.\nL'excès de la douleur apaisa l'animal. Sa faiblesse était à\nl'extrême, et cependant, honteux et brute, il se traîna vers les\nbribes éparses de la valériane jonchant le sol, pour en ru-\nminer quelques-unes encore, que ses mâchoires lasses aussitôt\nlaissaient retomber baveuses...\nEt le sommeil des grands excès allait le prendre, quand un\nbruit de léger frólement, venu de haut, lui fit lever, à grand\neffort, la tête.\nPar une lucarne qui donnait sur la cour,\nun tout petit chaton, ne de quelques semaines,\nmaigre encore, et de poil follet,\nse faufilait,\ndévalant d'étagère en cucurbite et du fourneau par terre, où il\némit, en un temps d'arrêt, un infiniment grèle miaulement.\nL'odeur, sans doute, ou le tapage, l'avaient attiré. Trop jeune,\ncertes, pour songer à mal, ce fut pourtant aux perverses brin-\ndilles qu'il alla droit.\nTolu le regardait venir, en arrêt, les pattes trépidantes, le\ndos gonflé et rentrant les épaules hypocritement, de plus en\nplus... on voyait les muscles se tendre, la force s'y accumuler...\nEt soudain, frénétique,\nil hurla le grand cri d'enfant\nqu'ils ont par leurs nuits amoureuses,\n6",
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     "texte": "182\nLA VOGUE\nse détendit, et d'un énorme bond, vint rouler sur la minuscule\nbête, sans souci du sexe pareil.\nt\nUn autre grand cri,... une plainte très faible...\nEnnemi, par principe, de tous ébats contre nature, l'élève\npharmacien se précipita, ouvrant avec fracas la porte.\nPrès de Tolu stupide, mourait étranglé le petit chat.\nMAURICE DE FLEURY",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 195",
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     "texte": "ÉVENTAILS TRISTES\nI\nDeuil empreint au silence des armures\nDeuil empreint aux poussières des guitares\nSilence d'un deuil aux logettes des murs\nDeuil sur la route où les tard-venus si tard\nencore traînent leur fatigue\ndevant la route plus lointaine des pèlerinages fatidiques\ndont nul ne vient plus à ces heures si tard.\nAccoudé sur l'appui de la fenêtre\net comme penché sur la margelle\nd'un puits intérieur de paysage marâtre\naussi, sur la margelle d'une nature marâtre\ndont les grands lys et les grands chênes et les purs êtres\nsont, autour des puits sans fond de vaines margelles\ncette face de page, aux yeux, morne fenêtre\nDans les nuées, si lointaines, si précises\ndans les nuées du ciel irréel\nle cortège des pourpres et les caprices des bleus\ns'inclinent à l'impératrice\nreculée vers les glaciers du ciel irréel\nparmi les froids confins des glaciers bleus.\nEt vers le sommeil silent des armures\net le sommeil silent des guitares\nsur les pourpres d'un tapis silencieux s'endort\nquelque féerie de chair en un songe d'encor.",
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     "texte": "184\nLes jardins furtifs des cieux solitaires\ns'en vont et passent au-dessus des vols d'oiseaux\nles vols d'oiseaux passent au château solitaire\npar-dessus le silence des fossés et des eaux\nle silence des routes monte au solitaire\nqui ne voit ni le ciel ni les oiseaux ni la taciturnité des eaux\nla femme étendue garde clos son tombeau\nson tombeau de chair, son tombeau de regards clos.\nII\nVous, n'entendez-vous pas :\nd'enfance, tandis qu'ils dormaient dans l'étable\noù des bras pieux et frais les berçaient\nvous, n'entendez-vous pas sur le sable\nvenir les Rois\nqui parcourent les crèches des étables\npour bénir les nouveau-nés qu'on berçait -\nles Rois n'entendez-vous pas leurs pas.\nVous, ne savez-vous pas\nqu'ils leur laissaient l'épée aussi le baudrier :\nune baguette de coudrier\npour évoquer les songes sous leurs pas\nparmi les forêts florales et les buissons fruitiers des cépées\nvous ne savez-vous pas\nqu'ils laissaient sous leurs pas\nles cailloux blancs hérauts muets de la cépée\noù les nouveau-nés trouveraient dormir la petite fée.\nVous ne croyez-vous pas\nqu'à quelque détour",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "185\ndes routes où lamentent les déshérités\nà quelque angle de murs saillant de tours\npour les déshérités\nles Rois parrains appelleront de leur voix de bonté\nceux qui souffrent sur la route\net leur donneront encore\nl'épée le baudrier et la baguette de coudrier\npuis les mèneront où dort\noublieuse depuis tant de journées la petite fée.\nVous ne savez-vous pas qu'ils ont mis près des berceaux\nune idole aux traits lointains, une idole sans parole -\nmais si les Rois parrains l'ont mise près des berceaux\nc'est qu'ils viendront chercher et guider de leur parole\nceux qui attendent dès heures du berceau.\nIls les sauront vêtir\ncomme eux dans les àges\nles munir aussi des paroles de sages\nqui, dans les temps anciens, pouvaient nourrir\ntel aventurier en route dès les ages\nils leur sauront parler dans son rêve sur la route\nleurs pas sur le sable quand ils furent nouveau-nés\nle pas de leur parole qui sait nourrir\nla faim et calmer la soif et faire dormir\nles aventuriers tombant au long des routes.\nPour nous nul n'est venu\nle soir en orage\nchassait loin des villages les Rois\non guérissait l'épave de barques en naufrage\ndes soirs où des souhaits attendris attendaient les Rois\nle silence plus profond qui suit les nuits d'orage\ngardait nos berceaux loin des yeux des Rois.",
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     "texte": "186\nIII\nEst-ce Détresse qui frappe à la porte\nnon c'est un cadavre qu'on emporte\nloin de nous\nvers le moutier où prient à genoux\nles reines mortes.\nEst-ce l'Épouvante qui frappe à la porte\nnon c'est un bruit de choc d'épées qu'apporte\nle vent furieux de cette nuit\ndes cavaliers dont le casque luit\nlaissent leur sang couler et bruire pour l'âme morte\nd'un fantôme de reine morte.\nEst-ce la Mort qui frappe à la porte\nnon sa course est occupée\nà cueillir des âmes au passer des corps\nà ce jour la Mort est occupée\nà prendre les âmes et daigner les corps\nque des lutins pour en rire vifs emportent,\nAlors qui donc frappe à la porte\nc'est le supplicié Souvenir\navec son fils l'Avenir\ntous deux si douloureux aux prunelles si mortes\nqu'ils croient supplier que la mort les emporte\nIV\nVoulez-vous un collier?\nLes pèlerins ont rapporté de la contrée des songes\ndes perles odorantes, endormies\nprès des silencieuses éponges\nles génies de la mer en jonchaient leurs amantes endormies.",
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     "texte": "187\nLes pèlerins ont rapporté de la contrée de la souffrance\ndes boules d'un bois précieux\nles péris avant de revoler aux cieux\nchantaient dans les grands arbres des forêts de souffrance\npour réjouir l'itinéraire des malheureux\net des arbres qui gardaient mémoire: ces boules de bois précieux.\nVoulez-vous un bracelet\nLes pèlerins ont rapporté de la dure captivité\nles carcans des fers et les anneaux des chaînes\nparfois auprès des fontaines\nles vierges s'inclinaient devant l'autorité\nde leurs douleurs inhumaines\net les consolaient la lueur d'un baiser.\nVoulez-vous l'anneau des fiançailles\nles pèlerins les ont donnés\npour échapper aux épousailles\ndes tortures en tenailles\nVoulez-vous les anneaux et les colliers\nah! pourquoi m'avez-vous lié\nsous les tortures en tenailles\ndevant la foule de nos désirs d'antan qui raillent.\nTu pensais, pardon vous pensiez, à mon bras\nles étoiles qui dansent au paradis sont moins distantes\nles étoiles qui sont des signaux d'amants au paradis sont moins distantes\nque ces vols d'oiselets nos désirs butant aux vitraux\ndont, pourquoi, par quel hasard, nous avons clos nos vœux nouveaux.\nJe pensais à votre bras: cette nuit\nqu'elles ondulent ou crespelent\ncette nuit répertoire des rêves qu'elles font mortelles",
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     "texte": "188\net qu'elles ont toutes, ses parentes\nses sœurs qui sur leur front portent la nuit\npourquoi sa seule nuit sait-elle bercer mes bras\net rêver mes léthargies vers l'amante\nVI\nLes trois filles au bord de la mer\nont vu passer la Vierge mère\nle long des graves colonnades -\nah! d'où venez-vous Vierge mère\nJ'étais sise à l'avant du bateau\nvoguant par les autans des eaux\npour atterrir la colonnade\nd'où vos yeux regardent la mer\nAh! Vierge mère vous êtes seule\nvotre blanche robe est comme un linceul\nvous avez marché sur les eaux\npour venir à la colonnade\nJ'ai noyé pilote et calfat\nj'ai noyé la nef et les matelots\nparce que parmi les autans sur les eaux\nils n'ont pas su croire à ma miséricorde\nAh! Vierge mère nos chers sourires\nà leurs cous serreraient la corde\njusqu'aux cris de miséricorde\nqu'ils auraient poussés jusqu'au ciel qu'étoila\nvotre passage vers nos colonnades\nAh! d'autres mes filles aux miséricordes\nont cru quí dorment sous les eaux",
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     "texte": "189\nj'ai noyé pilote et calfat\net seule hanterai la brève colonnade\nma blanche robe est comme un linceul\nah! que vos sourires ne se meuvent pas seuls\nlaissez-moi bien seule sous la colonnade\nVII\nTant que l'enfant me préféra tel joueur de filûte ou chanteur à la cithare\nou sonneur de cymbales au bal\npeu m'importa\nqu'elle almat tel joueur de flûte ou gratteur de cithare\nAu carrefour, je suis tombé frappé\nfrappé d'un coup d'épée\nDe qui? joueur de flûte ou gratteur de cithare?\nque la nuit est longue pour mourir si tard\nVIII\nSes yeux disaient aux étoiles :\nvous illuminez la nuit\net la cloutez de diamants sous ses voiles\nmes yeux noirs sont sa nuit et son étoile\nmon regard est son manteau\nMa gravité le couteau\ndont je le perce à tout loisir\nson âme est le manteau\noù je sais blottir mes désirs\nL'arcade de ma bouche est l'arcane\net la rade vers où ses désirs,\nses bravoures sont les vizirs\nde mes rivalités avec vous, étoiles",
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     "texte": "190\nIX\nLa lavandière, frappait, frappait\nc'était, je crois, sur une image\nempruntée d'un moi d'autrefois\nla lavandière, tordait, tordait\nAhl des rancunes! pas une\nqui ne soit revenue\npâle à la mort, ou écarlate\nou des stigmates sur ses yeux émus\nLa lavandière, tordait, tordait le clair de lune\ndemain des enfants seront écarlates\nautant que leurs lèvres émues\nLa lavandière, frappait, frappait\nX\n:\n:\nMad, vos pleurs en coquetterie, viennent bien tard\nCe rendez-vous, c'était, tu sais, vers l'abreuvoir\nou viennent boire les étalons et les onagres\nAh. Mad pourquoi ? devant moi clouté de clous\npleurez-vous\nPour que ces chiourmes et ces latins regardent\nla mer de nuit de tes cheveux et l'atlantide de ta face :\nce rêve que la face qui souffre aux pieds de la croix efface\nchez ces gardes la mémoire de faces\nabolies dès les tavernes latines et les osselets derniers\nMad attristée, puis-je baiser tes pleurs, je suis cloué\nJe suis cloué à la mâle croix - on m'a vendu\npour quelques sous ou defroques",
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     "texte": "191\nMad, j'espère venir les chiens de la mort et leurs crocs\ns'enfoncer dans la sève intime de ma mort\nOh ces coquetteries, regarde, c'est dès toi que j'aime la mort acre\nXI\nRoi couronné, vous pouvez dormir: les galéasses\nrêvent encloses de tièdes banquises,\nVos marins jonchent des espaces\nSous les maigres ombres des figuiers qui frisselisent\nRoi couronné, n'allez pas à vos balcons.\nles Immatérielles Thulés\nqui se jouent nues dans les nuages\nsont d'un pire conseil pour un roi comblé d'àge\nAh! roi couronné vos faucons\nou sont-ils envolés.\nTels, aux Aigues-Mortes, tels aux Elbes vertes\ntels aux oasis, tels en tels sommeils\nles tartarets de vos caprices\nagonisent aux vergues des galéasses de reconnaissance\nAh roi couronné, sur votre balcon, ces vieilles enfances\nXII\nQuand Daoud fuyait seul par les rochers\nLes pierres de Semei hurlaient :\nDaoud, ton fils\nle sais-tu, accroché sous les palmes d'un palmier\nDaoud ton fils,\nSais-tu qu'il est cible aux flèches des sicaires\nMon fils s'est réjoui de Thamar et j'ai souffert",
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     "texte": "192\nC'est bien Daoud son père qui voulut Bethsabée\net Soliman son frère qu'embrasse la Sulamite\nDaoud, ton fils\nLes couteaux des mercenaires étoilent sa chair\nEt ce fut un enfant qui riait aux sourires.\nDaoud quand Michol te cachait dans sa chair\ntu chantais à ses lèvres:\nle tyran dont ma harpe somnole les caprices\nle même qui voulut, que nu, seul d'une fronde\nJ'affronte le Goliath bardé de fer\net dit: ta fièvre\nde méchant fou\nsuffit à faire un roi, ou la pàture aux corbeaux des airs\nLe tyran dont la rare parole menace\nLes seuls désarmés des mémoires d'anciennes victoires\nô toi qui me protéges de ta chair\ntu lui dirais: Laban a voulu quatorze ans\nles esclavages de Jacob, mais les ans\nlaissaient à tous printemps refleurir Jacob.\nAvrom quand son bras sur le résigné\nse baissait armé\nentendit la voix lointaine des déserts.\n< Agar seule est penchée sur son fils qui meurt au désert\nIls ont laissé les tentes vers où les cuisines prêtes\nabondent de moutons et de bœufs qu'on dépèce.\nIls ont cherché des gouttelettes par les sables\net des brindilles de fleurs\net les sauterelles des sables\npour construire un feu clair, calmer leur soif et leur faim dans le désert.\nEt quand les dix frères vendirent l'aîné de ton âme\npour, on dit, soixante deniers",
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     "texte": "193\ntu gardais son portrait en chair, ton Benjamin\nle dernier\ntes esclaves te portaient aux vérandahs de tes tentes\nEt quand le soleil s'endormait la même attente\nte menait chaque soir aux horizons déserts\nd'où peut-être viendra-t-il demain.\nDaoud, ton fils qu'on assassine,\nThamar pleure à ses pieds, avec la Sulamite\nLe soleil qui s'endort, dore ses plaies\net ses yeux bruns ternis pensent l'aurore que lui préparent\nIsmaël, les Madianites, et Myriam, et Agar,\nTon mourant te plaint, roi découronné\nRoi que des pierres de passant assassinent\nEt Daoud pleurait sous les pierres de Semeï\ncar tout châtiment, l'homme à lui-même se le prescrit;\nSemeï, ce bandit des routes étant allié\nA quelque esclave de la Sulamite\nXIII\nTel esquif dont la vie brève sur les flots\nn'a pas tenté l'écho de son cri d'agonie\ntelle vague histoire balbutiée au bivac\npar quelque bègue, reitre ému.\nEt pourtant, chansons marines vous savez\nce que furent, une brève minute, vos jouets\nvos jouets dotés de paroles et de deuils\nvous roulez par vos éternelles demeures sans seuil\ndes armatures de corps et des ossatures d'âme sans accueil.",
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     "texte": "194\nS'ils peuvent s'endormir à l'ombre d'un écueil\nou laisser la mémoire d'un récif où les esquifs\nviennent quérir la mort brève\nvous murmurez autour, vous, chansons marines\nle psaume de vos indifférences et vous passez.\nPar la mer des plaines vagues on trouverait\nQuelque reitre, d'hier endormi dans son manteau\navec aux lèvres encore la mémoire\nde cette vague histoire aux feux clairs des bivacs\nquelque reitre foré de blessures\nmais mort de cette histoire balbutiée au bivac.\nXIV\nEnfant, pourquoi gardates-vous\nmon cœur endolori sur votre cœur distrait\nEnfant bizarre, pourquoi voulûtes-vous\nce servage, et ces chansons, loin de votre visage?\nCe bal et cette mascarade, où jamais vous\nne vintes, que votre face adorable, sous un loup\nsi doux au baiser que mon corps défaille\naux mémoires des féeries des lampes sur le velours de votre loup\nvous qui fûtes tout\nCet éternel bal, et cette mascarade, pourquoi l'ordonnâtes-vous?\nLes pacages sont solitaires\nles torches sur le mystère\nn'illuminent que vagues regrets d'enfants\nFaut-il que je regrette ce bal et cette mascarade?\nXV\nJe vous ai soulevée vers ma bouche: tes lèvres\nrésonnaient les rades riches de tartanes",
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     "texte": "195\net ces concordances de drapeaux sur la mer vers des vols de mouettes.\ntes lèvres résonnaient d'amples musiques évocatrices\nde climats guérisseurs du mal d'âme\ntes lèvres chantaient des musiques.\nles Edens de tes lèvres et les reposoirs de tes seins\ncomme des fruits frigides de mes Palestines\nme parlaient les repos, et les galops dans la savane, et les roses infinies.\nLes mirages perpétuels\nentrelaçaient leurs baisers aux coins des lignes de ta face\net ta bouche était l'arcade initiatrice\nd'impossibles, et palpables et chimériques paradis.\nNos baisers, tu sais, cès baisers nos ames, sont affixés à des pals\nen face des frontières de nos Palestines\nles essaims des corbeaux des airs\ndansent des deuils autour de nos âmes\nEt quand la charité d'une mendiante harassée\nÉcarte de son bâton les corbeaux des airs\ncette garde s'en retourne plus triste en sa fatigue\nd'avoir vu des suppliciés dans le désert.\nXVI\nMon âme, pardonnons-nous; quels tarots\nnous eussent prédit nos solitudes\nMon âme, pardonnons nous ces trots dans les solitudes\nMa compagne des veillées acres, veillons ensemble.\nTe parler des désespoirs des solitudes? accoude-toi\net parmi les ruines sous le passage de la horde\nrecueille-toi\nAu bois, les os des enfants morts, sonnent des musiques extatiques\net des échos se lèvent et murmurent léthargiques\n« Vos âmes endormez-vous, ton âme garde-toi. -\nGUSTAVE KAΗΝ",
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     "texte": "LE JARDIN\nTumulte orageux du vent par les feuillées\nvoix d'insomnie,\nune s'éveille que l'on crut endormie\ncelle-là vous savez qui mourait l'autre année.\nC'était cette triste folle\ngyrante aux musiques de cloches lointaines\nâme en pèlerinage vers des tours aurées et des coupoles\nquelque ville d'un songe sa légende perdue, et si vaine!\nSous un ciel clair où se défont\nde pâles colliers de nuées\nau long des sentes qui s'en vont\nlongeant les noirs taillis profonds\ndans un jardin si grand qu'on n'en sait pas le fond\nla folle, et ses gestes doux, s'est promenée,\ndes fleurs s'y fanent oubliées\nla folle les cueille et les effeuille\net sur ses maigres mains et sur son front\nen fantômes d'ombre pour un deuil\nles ramures viennent et vont.\nLes nuées aux grèves blondes du ciel se hatent et déferlent\nl'essaim bohême des petites nuées périssables,\ndans la feuillée voici babiller la filûte des merles\net des médailles de soleil pleuvent sur le sable\nà travers la feuillée où garrulent des merles.",
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     "texte": "197\nToi tu viens la folle exilée des riches vesprées\n- châteaux jadis, grêles tourelles sur tant de soirs pourprés et roses\ntu cherches une enfance égarée\n- cette ballerine étourdie parmi les êtres et les choses\nelle dort aux étangs lunés.\nUn printemps maintenant rit sous les tonnelles,\nmais ta fleur des neiges où est-elle?\net tu la pleures en mémoire des contes de l'autre hiver;\nsème les gemmes de tes larmes dans le jardin,\nil fleurira l'an prochain -\ntu t'arrêtes?\nah! les feuilles tendres d'antan sont mangées aux vers\net le chuchotis chanteur du jardin\nn'est plus pour toi que le frisson d'un pérennel hiver.\nUn jour aussi les cloches d'un couvent carillonnaient toutes,\ntu te souviens, ma folle, mon âme?\nune procession lasse - ta démence\nerrait sous des voûtes\nc'est le cloître d'ennui qui t'enserrait mon âme.\nMais après cette vision\nd'un jardin mouvant où tu te perdras\net ces avenues en feuillages, en floraisons,\nabouties nulle part et sans trace de pas?\ntu t'arrêtes?...\némues d'une danse irisée de moucherons\nles ramures viennent et vont.\nUn carrefour, une statue,\nla croix des chemins hantés,\nune statue blanche et nue\nde larges yeux noirs désolés\nvivent en sa face trop connue.",
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     "texte": "198\nSa bouche rieuse menteuse, quelle chanson fausse et tendre!\nc'est le vent mourant des ombres -\nses bras de pierre vont se tendre\n-\nles arbres sur nous font un dôme d'ombre. -\nVers mes yeux muets ses yeux déserts interrogent\nindécis d'avoir perdu leur mystère éperdu\net sa main de défunte élève une torche,\nelle me veut aux sentiers où son nimbe altier ne luira plus.\nAh! désirs vers sa candeur frêle\noiseaux de nuit vols de chimères,\nmorne flamme où se brûlent leurs ailes,\nmes invaincues encore et dolentes chimères!\nToute droite et d'or nocturne la torche\nen sa main rosée d'anciens baisers,\nles oiseaux s'écrient et s'accrochent\net ne peuvent s'envoler -\ndes ailes brûlées tombent en cendres - c'est la mort...\nMon âme, c'était la ténèbre étoilée sur la plaine\nla plaine et le fleuve sillé de voguées désemparées\net puis quelque nuée voile de funérailles est tombée\nle cor des longs regrets råle et se plaint quelque part très loin\nl'autre demeure statue navrée, -\nmon âme, ton diadème et ton orgueil de souveraine\nflottent sur la plaine...\nFace de souffrance voix en silence et nuits à la dérive,\n-\nelle et toi cœurs inquiets lèvres de passion\nl'hiver de l'autre année les garde sous son givre -\nah! toutes deux tressaillantes d'une ivresse de vivre\nquand les harpes fièvreuses ont sangloté vos noms -\nle sien c'était: Morgane plaintive\net le tien: Illusion....",
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     "texte": "199\nchimère dernière et dernier mot du livre,\nelle est à jamais lacérée cette page du vieux livre !\net seule et folle voici qu'il faut vivre.....\nles ramures viennent et vont.\nUn minuit de lune nouvelle\nau temps harmonieux des vents étésiens\npar une brume en rêves bleuâtres de pays incertains\nnous mettrons à la voile :\nc'est ferveur assoupie qu'une note réveille\nc'est bon espoir de neuves merveilles\nvers l'adventure qui n'attend pas -\nnous irons là-bas là-bas\nchez la fée Morgane.\nLe soir des âges éclaterait en mirages de paradis\nles syrtes verts påmeraient leurs flots aux plages les plus fleuries\ns'ils savaient!\ns'ils savaient ce lotos que nul n'avait cueilli\népanoui\npour l'amante en péril et qu'on ne connalt pas -\nnous irons là-bas là-bas\nchez la fée Morgane.\nLe sommeil d'un bassin où languissent des plantes\ndes feuilles mortes au fond de l'eau\nla complainte monotone et lente\neffusée d'un mince jet d'eau\nc'est tout.....\nvogue donc flotte pavoisée\npromise aux naufrages! -\nin t'arrêtes?\name pauvre ame crucifiée",
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     "texte": "200\ntu t'arrêtes à l'ironie d'un fabuleux voyage\ncependant que sur le jardin croule un orage.\nAinsi barque en détresse par les vagues amères\ncris fous de goëlands s'appelant cette nuit sur la mer\net le port funèbre loin et ses lumières\ndentelle d'étincelles au papier noirci que le feu ronge :\nah! le spectre honteux des mélodies anciennes\nbruissement bas d'une forêt où les ramures vont et viennent,\nc'est le sanglot du rire d'une folle - comme en songe...\nMais le jardin renaîtra d'adolescence et de soleil\nor vibrant d'un vol d'abeilles\nstrophes des lilas légers, poème étoilé de floraisons\nrythmes gais aux sentes vermeilles\noù les ramures viennent et vont:\ntoute l'aime matutinale\nfleur en parfums aube en rayons\ntoute la jeune âme musicale\nvers de påles yeux bleus - comme en songe.\nADOLPHE RETTÉ",
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     "texte": "DE LA DÉCORATION DES RELIURES\nExposition universelle.\n-\nPalais des Arts libéraux.\nTrocadéro.\nL'art de la reliure en France ne commence, à vrai dire, qu'avec\nl'imprimerie. Auparavant, les manuscrits étaient ornés de pierres\nprécieuses, de panneaux d'ivoires sculptés, de métaux ciselés,\net les spécimens qui nous en restent relèvent plutôt de l'art du\njoaillier.\nLa décoration des livres par les relieurs ne fut exercée qu'au\ndéclin du XV. siècle. A cette époque et pendant une notable por-\ntion du XVIe, l'ornementation des reliures dériva positivement\nde l'ornementation typographique. Les reliures, alors estampées\nà froid au moyen de plaques, furent exécutées en majeure\npartie dans les couvents, d'où leur qualification de « monas-\ntiques ». (Voir vitrine Morgand, Palais des Arts Libéraux : Pline\nde 1516; Tite-Live de 1530; plus un spécimen aux fers de\nGeoffroy Tory, avec l'enseigne du Pot cassé.)\nCependant nous parvinrent d'Italie quelques précieux mo-\ndèles décorés de minces lacets mosaïqués blanc, bleu, vert, etc.,\nd'un dispositif pouvant se varier à l'infini, ou bien ornés d'un\njeu de filets courbes, sommés de fleurons, avec semis de points\ndans les milieux. (Vitr. Morgand, P. des A. L.: Platon, la Répu-\nblique, 1555 (Trocadéro); Ésope, de 1501, ex. de Maioli; A. Nava-\ngero, Opéra, ex. de Canevarius; P. Jove, Vie de Léon X; l'Héro-\ndote de 1556. - (Vitr. L. Gruel, P. des A. L., deux spécimens.) Des",
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     "texte": "202\nLA VOGUE\nrelieurs s'improvisèrent et le talent de Le Faucheux, de Nicolas\net de Clovis Éve s'exerça sur des exemplaires confiés par\nHenri II, Diane de Poitiers, Henri III, Marguerite de Valois.\n(Vitr. Morgand, T.: Robortellus, 1548, ex. de Henri II; Histoire\nde Barlaam, ex. de Henri III; Ésope, de 1582 et (P. des A. L.)\nLucrèce, de 1587, ex. de Marguerite de Valois.) Les livres frappés\naux armes de cette princesse sont habillés de médaillons\nfeuillus accolés et semés de pensées, d'œillets, de marguerites;\nun cordon de branchages contenus entre deux filets jonche les\nbords.\nMais la plus belle période de la décoration des reliures s'é-\ntendit pendant la première moitié du XVII siècle; c'est son âge\nd'or, et de fait, l'or ne fut pas épargné par les maîtres Antoine\nRuette et Le Gascon. Des deux, ce dernier est le plus illustre. Il\ninventa l'ensemble décoratif dit à la Fanfare, ainsi baptisé\npeut-être par Charles Nodier, qui avait commandé à Thouvenin,\nson relieur, la copie d'un Le Gascon sur un exemplaire des\nFanfares et Courvées abbadesques des Roule-Bontemps de la\nhaute et basse Coquaigne¹. Voici la description élémentaire du\ntype: des quatre côtés d'un cartouche central part un triple\nfilet qui, évoluant par entrelacs, se poursuit et décrit des com-\npartiments en demi-ovales ou des parallèles droites et courbes\nformant arceaux ou consoles, pour renaître en de nouveaux\nentrelacs et devenir l'encadrement de la composition; les mi-\nlieux sont remplis par des rinceaux s'essorant de culots ou\nd'angles, par des volutes au filet fin habillées de petits fers, par\ndes fleurons, des points. (Vitr. Morgand, P. des A. L.: du Tillet,\nGuerres entre la France et l'Angleterre, 1588; Platon, le Timée,\n1581 et (Trocadéro) Psaumes de David, aux armes de J.-A. de\n1 L'une des rares publications des clercs de la Basoche.",
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     "fin_caractere_exclue": 1870,
     "texte": "LA VOGUE\n203\nThou.) Le Gascon fut aussi l'inventeur d'un motif à entrelacs\nexpirant en triangles enrichis d'écoinçons et à compartiments\nvermiculés de petits fers au pointillé. (Vitr. L. Gruel: Thesaurus\nabsconditus, 1647; Perse, 1641.) Le Gascon fut, en cet art du re-\nlieur, je le répète, le plus ingénieux, le plus bel ornemaniste de\nFrance.\nAugustin Duseuil et ses fils, qui exercèrent après lui, in-\nventèrent la décoration dite à l'éventail. Cette dénomination est\nexplicite. Ils propagèrent aussi ces milieux élégants, ces\naériennes dentelles dont le galbe séduit encore nos artistes con-\ntemporains, mais, avec eux, le luxe des arabesques se restreint\net beaucoup de leurs exemplaires sont simplement ornés d'un\nencadrement de filets et de quatre fleurons d'angle. Je sais de\nBoyer quelques beaux spécimens, aucun ne figure ici. En re-\nvanche, Pasdeloup se carre en deux in-folio. (Vitr. Morgand,\nP. des A. L.: Fêtes données au Roi par la ville de Paris, 1740,\net ibid., 1747.) C'est le triomphe de la feuille d'acanthe disposée\nen épais branchages que font saillir des fleurs de lys, lourdes\npunaises nichées en des ovales. Je préfère à Pasdeloup, comme\nà Dubuisson et à Louis Douceur (Vitr. Morgand, P. des A. L.):\nHistoire de Reims, 2 vol. in-12, et (Vitr. L. Gruel): Buvard de la\nPompadour, les gracieuses œuvres des Derome et surtout leur\nmotif dit à l'oiseau, où l'on distingue, cerné par des rinceaux,\nun oiselet aux ailes éployées. (Vitr. L. Gruel: Livre d'heures,\nform. in-12.)\nPendant l'ère de la Révolution, les livres revêtus d'armoiries\net de fleurs de lys furent mutilés ou estampillés des emblèmes à\nla mode. (Un objet de cette intelligente manifestation figure\ndans la vitrine de M. Gruel.) Après la crise, on encensa Bozérian\net Courteval, qui employèrent le maroquin à grains longs et\ntout le cortège des ornements surchargés et disgracieux qui",
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     "texte": "204\nLA VOGUE\n-\ncaractérisent l'odieux style empire. Bradel le père, l'inventeur\ndes cartonnages, exerça à cette époque. Puis vinrent Simier et\net Vogel dont les échantillons exposés au Palais des Arts Libé-\nraux (Vitr. Morgand): Marot, 1826, Malherbe, 1824 sont\npreuves d'une décadence fort congrue. L'époque du romantisme\nvit surgir les plaques à motif plein qu'on estompait à froid et les\nlettres gothiques. Thouvenin, Kehler, Purgold, Bauzonnet,\nTrautz et Capé furent les bons ouvriers d'une tardive réaction;\nils se firent graver des fers Renaissance, se bornant à les évider,\nles azurer, les allégir. Ces artistes furent des exécutants de pre-\nmier ordre. Depuis eux, les plus parfaits ouvrages ne sont que\ndes restitutions ou des imitations. MM. Belz-Niedrée, Chambolle-\nDuru, David, Gruel, Petit, Lortic, Cuzin, Marius-Michel, Thiba-\nron-Joly, Ruban, en ont signé les excellentes. (Vitr. Morgand,\nP. des A. L.: L'Art de plumer la poule sans crier, Capé;\nBible, Lortic, volume in-12, Chambolle-Duru, et Exposition\nmoderne, Papeterie, reliure: - les envois de MM. Marius-Michel,\nCuzin, Ruban.) A l'heure actuelle, la reliure industrielle seule\ninnove, mais elle demeurera toujours impuissante à détroner la\nreliure d'art. Je ne m'attarderai pas à décrire ces produits de nos\nusines modernes. (Vitr. Magnier, Engel, etc.: - Papeterie, re-\nliure.) L'or, l'argent et les couleurs fondamentales y sont alliées,\njuxtaposées par le balancier ou la presse et des milliers d'exem-\nplaires lancés chaque jour s'étagent aux vitrines et raccrochent\nle passant.\nAvant de clore cet article, disons que les belles reliures mo-\ndernes sont peu nombreuses parce que les reliures se paient\nfort cher. Grolier, d'Hoyn, de Thou, Séguier, Maioli, Molé,...",
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     "texte": "LA VOGUE\n205\nbibliophiles d'autrefois, confiaient n'importe quels obscurs bou-\nquins grecs ou latins à des artistes qui exécutaient les chefs-\nd'œuvre que l'on sait. Et ces bons amateurs souriaient aux\nbelles reliures; ils éprouvaient une grande joie à les flatter de\nla main, à y chercher des imperfections qu'ils ne découvraient\npas. De nos jours, l'amour des reliures décorées à petits fers,\ncomme l'amour des Millet ou des Sèvres pâte tendre, se double\nde l'amour de la spéculation, et bien que nos si puissants ban-\nquiers soient intimement persuadés que l' « arbitrage › ou les\ntransactions sur des titres imaginaires n'amusent point l'œil,\nbeaucoup hésitent à passer chez quelque relieur haut coté, après\nles cours de clôture, cès cours fussent-ils favorables. Les plus\nhardis font risquer l'arabesque sur des exemplaires gâtés sou-\nvent par quel luxe d'images, mais obtenus à bon compte. (En\nargot de bourse, on appelle cela se couvrir, ou se faire une\nmoyenne.) Quant aux malins, ils profitent des occasions\nqu'offrent parfois les ventes après le décès ou la banqueroute\nd'un qui aima les livres pour son bon plaisir et fit relier. L'objet\nau fond plait rarement, mais l'occasion, toujours.\nEt c'est aussi l'histoire de la reliure.\nEDMOND COUSTURIER",
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   "article_id": "aj-vogue-1889-08-01-10",
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     "texte": "NOTES ET NOTULES\nLes couleurs violentes de l'Espagne pavoisent tous nos diver-\ntissements. De Madrid, de Séville, de Grenade, de Cordoue, de\nCadix, il est venu des regards noirs, des hanches folles, des sou-\nrires abrités d'éventails. Ah! les malaguenas, les fandangos, les\nboleros, les tangos, les sevillanas, les flamencos, les peteneras,\nc'est un tourbillon qui incendie les scènes parisiennes. Les estu-\ndiandinas remplacent les bataillons scolaires. Une mosaïque\nvivante est constituée par les gitanes de l'Exposition; la pourpre,\nl'or et les ténèbres sont les dominantes notes de leur bariolage;\nces félines, filles de « la tribu prophétique aux ardentes pru-\nnelles, tournoient selon toutes les guitares de Musset; dédai-\ngneuses de l'hydropisie momentanée, de la grossesse variable\nqu'évoque si précisément la danse du ventre, c'est aux voltes de\nleurs robes auriroses et aux entrelacs de leurs bras qu'elles con-\nfèrent toute séduction. Qui sait pourtant si la valse, la nôtre, ne\nrécèle pas dans ses vertiges plus de rythmes éperdus que ces\ncontorsions, et aussi si une page de Gautier n'est pas plus lumi-\nneuse que tout cela ?\n...\nA la section japonaise du Champ-de-Mars, on peut voir, figuré\npar les torsions et les spirales d'un fil de fer, le mouvement",
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     "texte": "LA VOGUE\n207\nd'une particule terrestre pendant les soixante-douze secondes du\ntremblement de terre du 16 janvier 1887.\n1\nCe n'est pas tant les choses représentées qui font le beau, que\nle besoin qu'on a eu de les représenter; et ce besoin lui-même a\ncréé le degré de puissance avec lequel on s'en est acquitté. (Lettre\nde J.-F. Millet à Thomas Pelloquet.)\nLe jury du concours de Rome imposa comme sujet Jésus gué-\nrissant le paralytique à MM. Gorguet, Dewambez, Thys, Boyé,\nGervais, Danguy, Castaigne, Diogène Ulysse, Napoléon Mail-\nlart, qui prirent Jésus chez M. Bonnat, étudièrent les Romains\nchez M. Jules Lefebvre, et, pour le paralytique, s'inspirèrent de\nleur cerveau.\n..\nLe train qui amena M. Édison à Paris fut dirigé par une\nlocomotive parlante. Cette machine, munie d'une trompette,\nusa de la voix humaine pour annoncer les tunnels, signaler ses\nentrées en gare, informer du nom de la plus proche localité,\nsaluer amicalement les trains de rencontre, et avertir le person-\nnel et les voyageurs des déraillements possibles.\nSoucieux d'arborer des médailles dans des cadres-réclames et\nde se voir primés comme des éleveurs de bestiaux à leurs\ncomices, les peintres se sont fait adjuger des récompenses à",
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     "texte": "208\nLA VOGUE\nl'Exposition. Mais MM. Benjamin Constant, Yvon, Laugée et\nautres gâcheurs des plus nobles sujets, s'estimèrent lésés par\ndes récompenses de 3º classe; ils montèrent sur leurs grands\nchevalets, et écrivirent avec leurs pinceaux des lettres d'une\nsuprême bêtise orgueilleuse. Il n'est pas jusqu'à M. Suroud qui\nn'ait réclamé, lui qui travailla d'après Salammbo à la Cruci-\nfication des Lions, toile où Flaubert est, beaucoup plus que les\nfauves, martyrisé.\nA l'officine de la rue Bergère, dite Conservatoire, on concourut\ntout le mois. Les élèves y triomphant beaucoup plus par le jeu\nde leurs charmes que par le charme de leur jeu, les professeurs\nn'y enseignant que des jambages vagues, nous avons là vaine-\nment cherché la tragédienne qui, dans le théâtre symboliste que\nl'on érigera prochainement, saura révéler aux foules les rythmes\nde nos poèmes dramatiques.\nAu Louvre, les salles de sculpture de la Renaissance sont\nrouvertes. A voir: le tombeau de Philippe Pot, grand sénéchal\nde Bourgogne; une statue tumulaire de Blanche de Champagne;\nune statue de Guillaume Chanac, évêque de Paris en 1348; une\nstatue de Philippe Morvillier, président du Parlement de Paris.\nIls se caressent le palais avec des feuilles de cactus, les\nAïssaquas de l'esplanade des Invalides; le verre, les charbons",
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     "texte": "LA VOGUE\n209\nardents, les jeunes serpents encore en vie, c'est la nourriture\nqu'ils savourent; ils marchent volontiers sur le tranchant ai-\nguisé des sabres; leurs figures sont des pelotes piquées d'ai-\nguilles; leur langue subit le baiser du fer rouge; et quant à\nleurs yeux, ils les exorbitent volontiers à quelque centimètre à\nl'aide d'une épingle. Une dislocation violente, l'enivrement d'un\nparfum et les bruyantes oraisons de leurs frères, tels sont les\nmodes d'insensibilisation qui favorisent ces pratiques.\nLa Société chorale Belge de Sainte-Marie d'Oignies, entiè-\nrement composée, dit-on, d'ouvriers, se fait entendre, ces jours,\nau Trocadéro.\nLa plaisanterie un peu lourde qu'un critique de la revue de\nM. Jullien a cru devoir faire en reprochant à notre collaborateur\nM. Francis Vielé-Griffin l'abus, dans son livre: Joies, du verbe\néperler < sous la forme ichtyologique éperlant » prouve, une\nfois de plus, QU'ON NE LIT PAS: ce participe ne se trouvant même\npas une fois dans tout le volume.\n..\nLa conversation sur les « symbolistes » tenue à la table\nd'hôte de l'hôtel de la Plage à Pornic, le mardi soir 6 août, a été\nsavourée par un rédacteur de la Vogue, qui tient à en féliciter les\ninterlocuteurs.\nGEORGES VANOR",
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     "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nChez TRESSE et STOCK: Francis VIELE-GRIFFIN, Joies.\nChez LÉON VANIER : Maurice MÆTERLINCK, Serres chaudes.\nCes livres sont étudiés dans la chronique de Gustave Kahn.\nChez DENTU: Léon CLADEL, Seize morceaux de littérature; un élégant\nvolume parsemé de dessins d'Eugène Rapp; M. Cladel y a réuni des œuvres\nde jeunesse et des nouvelles tout récemment publiées. Nous reviendrons sur\nce livre au prochain numéro de la Vogue.\n-\nChez PERRIN: Victor FOURNEL, Maman Capitaine; une préface, malheu-\nreusement trop brève, où l'auteur se dit simple; le héros du livre est simple\naussi, et vit une vie simple,\nEn suite de quoi M, Fournel accuse\nFlaubert de lui avoir ravi ce titre: Un cœur simple. - C'est bien grave.\nChez OLLENDORFF : SÉRIZOLLES, Hôtel Lucien; pseudonyme d'une person-\nnalité bien connue, nous affirme M. Ollendorff. Donc, un bon jeune homme,\nune Russe perverse, et de vagues fantoches se démènent parmi le plus récent\ntremblement de terre de Nice. Le jeune homme est soupçonné d'être poitri-\nnaire; mais, rassurez-vous, il ne l'est pas. - Profession de foi de Sérizolles\nà l'orée du livre: « Chantons la mie au gué comme l'air nous en passera par\nla tête, sans y mettre malice et foin des théories, des thèses, des systèmes\net des esthétiques, etc. >>\nOn ne peut qu'approuver de telles résolutions.\nLettres de l'Inconnue (réponses à Mérimée). L'Inconnue semble appartenir à\ncette catégorie de dames insupportables qui croient avoir des titres à l'admi-\nration des contemporains parce qu'ayant répondu force sottises aux lettres\nque MM. tel ou tel ont bien voulu leur écrire, elles ont la rage d'éditer les-\ndites sottises. Le prototype de cette engeance serait la Colet (vous savez,",
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     "texte": "LA VOGUE\n211\ncette femme qui faisait des vers et donnait des coups de canif ailleurs que\ndans son contrat). Le naïf Flaubert avait la bonhomie de répondre à ses\nmises en demeure de critique à propos de poèmes qui, heureusement, ne nous\nsont point parvenus. Il est vrai qu'il se dédommageait en lui adressant de\nloin en loin de magnifiques poèmes en prose très amenés et ne répondant\nnullement aux objurgations de cette irréparable Colet. L'Inconnue aussi\nalignait des vers; elle aussi veut l'opinion de Mérimée, et le tout à travers\nquels papotages!...\nSomme toute, un sage scepticisme induirait à admettre qu'elle n'a jamais\nexisté, sinon dans l'imagination du commis de librairie probable qui rédigea\nde telles filandreuses épitres.\nChez A.-M. BEAUDELOT: FABRE DES ESSARTS, La chanson des couleurs;\nune plaquette de vers très joliment éditée.\nPierre VALIN: Le Sculpteur de montagnes, roman convaincu.\nChez VICTOR HAVARD : René MAIZEROY, P'tit Mi, air connu.\nNotre collaborateur Maximilien Luce publie un album de 8 lithographies,\nprix: 15 fr. En vente au bureau de La Vogue.\nLA VOGUE ne publie rien que d'inédit.\nLes manuscrits envoyés sont lus, et insérés s'il y a lieu.\nRédaction: le mercredi, de 3 à 4 heures, 9, place des Vosges.\nL'administrateur-gérant : ADOLPHE RETTÉ.",
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