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     "texte": "Les Peintres étrangers à l'Exposition.\nSommairement, disons qu'il y a une section espagnole pleine\nde sang et de crimes, une lympathique section austro-hon-\ngroise, une débile section russe; dans la section italienne, un\npeintre parisien, M. Zandomeneghi, et de sèches effigies de\nM. Boldini, semblables à d'assez mauvais Sargent; demeurent\nles sections anglaise, allemande, belge, hollandaise et scan-\ndinave.\n-\n..\nSection allemande. M. Von Uhde est célèbre en France\npar sa présence régulière aux expositions annuelles, aussi parce\nque, parmi les peintres allemands, c'est celui qui se conforme\nle plus aux techniques françaises, quoique Hollandais et Rem-\nbrandtiste surtout dans l'interprétation du sujet. - Ses sujets\névangélistes ont accrédité cette opinion qu'il est un mystique\nteinté de socialisme et que sa peinture est une peinture à idées\ndans les filières Ary Scheffer ou Puvis de Chavannes. Sans dé-\nmentir complètement cette opinion, car il appert que M. Von\nUhde peint de préférence des scènes évangéliques, qu'il en\nprend les arrangements dans la gamme purement chrétienne et\nintime, et non dans les pompes catholiques ou les traditions\nliturgiques des Chemins de croix, il faut admettre que M. Uhde,\n7",
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     "texte": "214\nLA VOGUE\nhabitant Munich, connaît les rurales représentations du mys-\ntère de la Passion dans l'Oberamergau. Si l'on considère l'ás-\npect intime de ses toiles, on se croit en présence, non d'anec-\ndotes à portée sociale, mais de séries de portraits, peut-être un\npeu affinés, mais exacts au fond, groupés dans une certaine\nidéalisation adhérente au sujet; je n'en voudrais pour preuve\nque le triptyque du Salon de 1889, avec ses bizarres rois mages\nvêtus de limousines, ses pèlerins à faces agrestes, sa vierge\ndans un décor de pauvre moyen âge allemand et surtout cette\nvolière d'enfants, très contemporains, chantant en chœur dans\nles coulisses. Et, pour ma part, je préfère trouver chez le\npeintre ces rendus de faces enfantines qu'un vague symbolisme\npurement social. M. Uhde est loin d'être sans défauts; si ses\nfigures d'enfants, si la face de son Christ et de ses apôtres sont\ntouchantes par leur sincérité intime, si le peintre possède un\ndessin établi et sans fioritures, il n'en use pas moins d'une désa-\ngréable et terne coloration; sa palette, sans être composée\ncomme celle des anciens maitres, n'a pas les fraîcheurs de tons\nfrancs des peintres nouveaux. Il faut noter, pourtant, dans une\npetite procession moderne d'enfants en blanc, circulant dans\nune rue au milieu de parents plus polychrome, une re-\ncherche de colorations, sinon mieux composées, du moins plus\nvives.\nM. Kuell et M. Liebermann excellent, l'un dans des jardins\nd'hospice ensoleillés, l'autre dans des intérieurs blancs à taches\nécarlates. Encore d'un faire français, intéressants dans leurs\nthèmes principaux, ces peintres sont monotones. Autour d'eux\net autour de M. Uhde, des disciples trop parfaits dans l'imitation\nde leurs maîtres. M. S'Karbina a l'exécution franche et honnête,\nmais d'une incomparable lourdeur. M. Leibl campe dans un\npaysage inutile, près d'un arbre aux feuillures outrageusement",
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     "texte": "CHRONIQUE\n215\nfinies, une sorte de chasseur-troubadour découpé à l'emporte-\npièce.\n-\nM. Menzel, la grande gloire de la peinture de l'Allemagne\ndu Nord, expose de petits tableaux et de petites aquarelles d'une\nfacture précieuse, serrée, douée d'admirables qualités, mais\ninexorablement identique; les anecdotes sont toujours banales:\ndes coins de jardin zoologique, des prètres violets devant des\ngrilles dorées, etc. M. Menzel est, selon l'ancienne acception du\nmot, un peintre de genre; sa peinture officielle (musée de\nBerlin) est de la peinture officielle de genre: passage de gens\ndans des rues à drapeaux, etc. Le dessinateur Oberlaender a\nenvoyé quelques-uns des originaux de ses innombrables pages\nd'illustration; de tous ces artistes, M. Oberlaender est proba-\nblement le plus artiste et le plus foncièrement germanique par\nla forme et l'essence de son talent, encore que les meilleures\npages de M. Oberlaender,\nsoit ses histoires sans paroles,\ntant imitées depuis et mal par certains dessinateurs français, -\nhistoires racontées par les déformations de traits des person-\nnages, procèdent de certaines caricatures du Vinci, études ca-\nractéristiques plutôt que caricatures. En prenant une face, en\nen corrigeant les traits de diverses manières, le Vinci arrivail à\nla caractériser dans le sens de l'élégance ou de la beauté, ou\nbien, déformant la même face dans son ensemble, en exagérant\nle caractère saillant d'un des traits, il la faisait aboutir à la cari-\nture. C'est évidemment de là que M. Oberlaender a tiré les élé-\nments du métier qui lui permet, en juxtaposant un jeune\nchien et un jeune Bavarois élevés ensemble, de les rendre, à la\ndernière facette de son anecdote, parfaitement identiques;\naussi de souligner les ridicules de ses compatriotes, les modifi-\ncations qu'apportent à leur caractère un titre ou une croix, pa\nune simple modification de leur toilette ou d'un de leurs traits.",
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     "texte": "216\nLA VOGUE\nToute une part du talent de M. Oberlaender, ses séries de pay-\nsans bavarois, par exemple, forcément échappent un peu à des\nFrançais, mais toutes ses parades militaires, ses grands dessins\nde brasserie, ses satires de la politique coloniale, telles que:\nles Octrois à Tombouctou et les Revues à Cameroon, dénotent\nun spirituel harmoniste, très aidé par de rares facultés de\ndessinateur; à l'encontre de Keene, qui sait établir complètement\nun dessin, personnages-types et fonds, Oberlaender ne peint\nguère que le côté caractéristique des personnages; ses carica-\ntures sont étayées de légendes qui sont des meilleures choses\nd'esprit dans le goût allemand. L'Exposition, d'ailleurs forcé-\nment, ne le formule que fragmentairement. Quatre albums le\nmontrent tout entier dans les gammes plus haut énumérées :\nses parodies d'exposition, ses scènes de café-concert, ses his-\ntoires de gnômes et les terribles histoires moyen âge avec des\nchevaliers en bois et des dames roides, où il insère ses satires\npolitiques et littéraires sur l'Allemagne actuelle.\nLa section\nallemande est loin d'être complète ; il y faut regretter Böcklin,\nle sculpteur Begas, le graveur Klingen, mais aussi se féliciter\nde l'absence de ces étonnants peintres officiels dont le dessin\nrappelle les pires Delaroche et les caricatures mystiques de\nCornélius, et dont la couleur n'est comparable à rien qu'à celle\ndes enseignes détrempées par les pluies.\n-\nLa section belge est parfaitement dénuée d'intérêt; ceci tient,\nsans doute, à ce que les efforts des récents artistes belges, d'ail-\nleurs absents de l'Exposition, sont orientés d'après les tenta-\ntives d'art des impressionnistes français, absents, eux aussi, de",
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     "texte": "CHRONIQUE\n217\nl'Exposition, - soit les Vingtistes, etc... - Signalons à travers\ncette cohue de plates toiles officielles et militaires :\nM. Constantin Meunier, absolument dénué de coloris, mais\nrobuste et fier dessinateur; nous retrouverons M. Meunier à la\nsculpture, où son art apporte une note très neuve et réaliste et\noù il tient un des meilleurs rôles de l'Exposition. Comme\npeintre, il traduit des mineurs du Borinage secs, littéraux et\ntristes, mais d'une valeur d'exécution dans ce faire terne.\nM. Verhaes, dans un de ses tableaux, une petite fille au bout\nd'une jetée, dénote infiniment d'intentions de coloriste clair et\nmême de talent. M. Khnopff, peintre d'un métier consciencieux\net méticuleux à l'excès, peintre certainement doué de belles\nqualités, est loin d'être affranchi; sa technique évoque tantôt le\nsouvenir de Gustave Moreau, tantôt, avec un agrandissement,\ncelui de Kate Greenaway, aussi celui de M. Jules Lefebvre; ses\nsujets, trop souvent mystagogiques, ne présentent ni la belle\nsimplicité des symboles décoratifs, nil'attrait de l'étude réaliste ;\nil est fâcheux que cet artiste de valeur ne soit pas encore arrivé\nà se développer dans une voie propre et parler sa langue au\nlieu d'un idiome babelique, difficile à parler et à faire com-\nprendre.\nLes Hollandais conservent, de tradition, des intérieurs et des\npaysages plats. Israëls, le fondateur de l'école de l'embus, soit\nl'art d'embrumer son sujet, école dont les Carrière et les Cazin,\nsans en être issus directement, se sont inspirés, Israëls con-\nserve ses qualités de maîtrise, atténuées par le trop déjà-vu de\nses tableaux. Malgré cette monotonie, ce peintre reste spécial\npar sa vision triste et septentrionale des choses. La caractéris-",
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     "texte": "218\nLA VOGUE\ntique d'Israëls serait d'avoir été à son heure, dans la peinture de\nson pays, directement inspirée par le souvenir des petits maîtres,\npeintres d'intérieurs, tels que, par exemple, Terburg, le repré-\nsentant de la haute tradition de Rembrandt. En dehors de ce\nfait d'influence locale, il lui faut admettre, à côté et plus bas que\nYonkind, une influence de diffusion. Si Yonkind, après Turner\net Constable, a été un des évocateurs de l'impressionisn.e\nfrançais et un des apôtres de la vision personnelle substituée à\nla vision d'une harmonie déterminée par l'ÉcoLE, Israëls exerça\nune influence parallèle sur les peintres qui, moins doués en\ntant que peintres et peu disposés au paysage, pratiquaient la\npeinture dite de genre. Il fut de ceux qui leur apprirent l'exacte\nvision d'un intérieur conçu en tant que l'existence, comme va-\nleur, d'un décor autour d'un personnage principal, au lieu d'être\nla présentation sur même plan de bibelots également poussés\nd'exécution avec une tache humaine pour légitimer le motif.\nCette manière d'influence s'explique par la manière de peindre\nd'Israëls, intelligent, mais d'une intellectualité intiine et res-\ntreinte, technicien, mais dans une certaine mesure et dans le\npassé. Il est certain qu'à côté et en dehors des grandes écoles\nfrançaises de ce siècle, il est une des plus curieuses et probes\nindividualités d'art non disciplinées par ces écoles françaises.\nLes Scandinaves décèlent presque tous, quand ils sont pay-\nsagistes, un certain charme; ils semblent, étant nés dans un\npays inédit, l'aimant profondément, être plus ou moins venus à\nParis pour apprendre, des maîtres français indépendants, le\nmoyen de traduire ces beautés non encore vulgarisées, et les\navoir peintes avec un mélange de naïveté sentimentale et de",
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     "texte": "CHRONIQUE\n219\ntrucs d'art naïvement pratiqués, qui forment un amalgame iné-\ndit de puérilités et de défauts d'art. Car, si Bonnat ou Lembach,\npurs traditionnels et formistes, font forfaiture à leur art en n'uti-\nlisant que des moyens anciens, est-il plus loisible d'user des\nprocédés nouveaux de la même façon que Bonnat ou Lembach\nusent des anciens ? Quel que soit le charme réel de ces paysages\ndu Nord, leur arrangement apparaît, le plus souvent, conven-\ntionnel, et leur facture pleine de concessions. Je ne veux parler\nni de M. Agborg ni de M. Salmson, purs peintres d'école; mais\nen quoi MM. Edelfeldt, Kroyer ou Johansenn, m'apportent-ils,\nmotifs mis à part, une sensation d'art supérieure à celle de\nM. Gervex et sa pléiade de jeunes maîtres bons à tout faire ?\nS'ils ont apporté, à traiter les sites du Nord, des façons d'art\njaponaises, M. Duez n'a-t-il pas appliqué quelques habitudes\njaponaises à traiter n'importe quoi? Enfin, le mieux est d'en\nrester à la pure sensation et de constater que toutes ces toiles\nont un léger intérêt, sauf leur peinture décorative, et même\nles boîtes de Nuremberg dont M. Normann flanque les pics cou-\nverts de neige, apparamment en guise d'échelle métrique. Évi-\ndemment, c'est une faible peinture, et il s'en dégage pourtant\nla vague impression de quelques chansons du Nord ou mélopées\nd'extrême-Midi, dont on écoute l'allure lente, sans trop se sou-\ncier de ce que porte cette allure. Il faudrait peut-être mettre à\npart quelques portraits de M. Zorn, d'un certain timbre de fran-\nchise, mais franchise acquise aussi avec de modernes traditions.\n-\nLes Américains exposent en foule.\nNous sélecterons\nM. Bridgman, pour dire que jamais, même dans les livrets\nd'opéra - comique, tel Abou-Hassan sur les ruines d'Athènes.",
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     "texte": "220\nLA VOGUE\ndans les plus cocasses imageries populaires sur les Barba-\nresques, pas même dans les gravures de M. Delort, et à travers\nles âmes des plus saugrenus reporters, nous n'avions vu un\nOrient aussi mal compris, aussi mal vu et torché d'un tel puéril\nbalai. - M. Sargent, Américain de naissance, et dont la patrie\nvraie fut M. Carolus Durand, a illusionné les Européens quelque\ntemps par de très habiles choix de modèles et une aptitude à la\nWhistler, - une aptitude d'après Whistler à les figurer. Depuis,\nM. Sargent, qui paraissait peindre à coup de caresses, s'est mis\nà équarrir le milieu de ses toiles à coups de hache, jusqu'à ce\nqu'il ait obtenu une silhouette humaine. C'est d'une technique\nsans intérêt.\nIl y a une section grecque de peinture: travaux exécutés à\nParis, en vue d'en imposer aux Hellènes, et une section rou-\nmaine: photographies en couleur, d'après les plus mauvais\njours de la devanture Goupil.\nIl serait téméraire de juger ou de croire connaitre entièrement,\nmême suffisament, l'art anglais actuel par sa section du Champ-\nde-Mars. Les souvenirs de 1878 ne sont pas entièrement con-\nformes à l'impression contenue dans l'actuelle exposition\nanglaise. Aussi, tenterons-nous plutôt de donner une idée de\nl'impression donnée par l'art plastique anglais, que de le carac-\ntériser profondément, les pièces fournies à cet égard étant\ninsuffisantes.\nAu premier abord, on perçoit, dans quelque gamme d'art",
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     "texte": "CHRONIQUE\n221\nanglais que ce soit, un réel accent d'individualité d'art général\net d'individualité particulière. Si leurs grands artistes sont indi-\nviduels dans le Beau, leurs pires artistes, exception faite d'une\npotée de Miss qui peignent l'aquarelle d'après Louis Leloir,\nexception faite de M. Alma Tadéma, qui est un Allemand, leurs\npires artistes ont le pire individuel. Ne figurent pas, malheu-\nreusement, à l'exposition de toiles de cet invraisemblable Paton,\ndont la peinture porcelainée était si étonnante, mais il y a\nM. Leighton; s'il n'y a pas de Landseer, il y a M. Ochardson;\ntout cela, bon, mauvais, médiocre, a des allures très-tranchées\nd'avec la peinture continentale, sauf, bien entendu, M. Alma\nTadéma, qui, Allemand, se borne à peindre mieux que M. Gé-\nrôme les sujets mis en pièces par M. Hector Leroux. Il appa-\nraîtrait qu'en Angleterre, les écoles en présence sont : les préra-\nphaëlites, les peintres de keepsake, les peintres modernistes,\nles paysagistes, les peintres d'histoire.\nLes peintres d'histoire sont exécrables; témoin, un étonnant\nSamson et Dalila, mais encore dans un Samson et Dalila fran-\nçais et d'école, la Dalila, modèle né à Montpellier, eût stoïque-\nment, du haut d'une pose grecque, regardé lier Samson,\ntandis que la Dalila du tableau anglais, en toilette simplifiée,\ncheveux au vent, se tord à la folie. Leur peinture moderniste,\négalement exécrable, n'en contient pas moins un certain mou-\nvement, soit un Lawn-Tennis. Dans les pires tableaux de l'école\nAlma Tadéma, les modèles, si étrangement travestis de couleur,\nont été choisis avec soin, de par leur élégance et une réelle\nbeauté des lignes de la face.\nLes peintres de keepsake sont inouïs; on peut voir, dans des\njournaux illustrés, tels que The Graphic, pour des annonces\ncommerciales, s'étaler, tiré à milliers, leur prototype de beauté;\nquoique en beurre et banal, c'est bien au-dessus de nos Bou-",
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     "texte": "222\nLA VOGUE\nguereau. - Mais nous arrivons aux écoles sérieuses, et nous\nen distinguerons deux: l'une, imbaptisable autrement que du\nnom de Whistlerienne, puisqu'elle se compose de M. Whistler\ntout seul (l'adjonction de M. Mortimer Tempes n'étant pas suffi-\nsante, ni celle de M. Scott, d'ailleurs éclectique, pour former\nune école), et l'autre, celle des préraphaëlites. Ce n'est pas qu'il\nn'y ait confusion possible, car il y a d'étranges parentés entre\ncertains tableaux de Walls et des dessins rehaussés de couleur\nde M. Whistler; mais, en somme, de par l'opposition de Ruskin,\nde par ses propres et personnelles tendances d'art accusées\ndans la conférence dite: Ten o'clock, aussi par la spécialité com-\nplète de sa conception du sujet et la virtuosité toute personnelle,\nquoique virtuosité de l'exécution, M. Whistler est bien un chef\nd'école, chef d'école sans disciples, mais d'une énorme influence.\nC'est lui, un de ceux qui, les premiers, ont réveillé l'idée qu'un\ntableau était, non une adaptation de la nature, tels les mauvais\npaysages français, mais une harmonie selon la nature. S'il con-\ntinue, selon l'usage ancien, à composer les tons sur sa palette,\nau moins en tire-t-il, soit par intuition, soit par une méthode\nnon-réduite en aphorismes, de précieux et précis effets.\nLes élégances de silhouette et les virtualités faciales que les\npréraphaëlites ont demandées à l'évocation de la légende,\nM. Whistler a su les éveiller de portraits à modèles habilement\nchoisis, et si le Duret est un médiocre portrait, Lady Archibald\nCampbell est une inoubliable effigie. Définir exactement l'esthé-\ntique de M. Whistler est bien difficile, sinon impossible, étant\ndonné que pour M. Whistler, l'artiste actuel, successeur de ceux\nqui savaient sculpter des gourdes, tandis que d'autres s'exer-\nçaient à trancher des têtes, est un pur improvisateur ou arran-\ngeur de beauté où il la trouve et comme il la conçoit. De même\nque les poètes considèrent que leur rôle commence à l'heure où",
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     "texte": "CHRONIQUE\n223\ncelui des autres finit, M. Whistler dirait que les éléments de\nbeauté plastique, conçus par lui en féeries de lumière ou jeux\nd'obscurité sur les objets de forme déterminée et incomprise,\naffirine-t-il, même par le sage, sont sa pure affaire; de même\nque les poètes n'apprécient les sentiments ou sensations en tant\nque prétextes, sensations et sentiments délimités, moins comme\ndes pierres auprès d'indifférents, que comme motifs à réson-\nnances verbales et mentales à propos de tel sujet qu'il leur\nplaît. Évidemment, en quelque art que ce soit, les choses psy-\nchiques profondes n'existent qu'en l'intellect de l'élite, libre de\nles traduire, chacun selon son métier, en rhythmes de phrase\ncolorce. La peinture de M. Whistler possède en France un\nadhérent, M. Blanche; ses théories sur l'art, en dehors de toute\ntechnique et même en dehors de la théorie des arrangements de\nlignes et des correspondances de couleur, en possèdent un\nautre: M. Seurat. Le reproche que nos impressionnistes peuvent\nadresser à M. Whistler porterait simplement sur la fantaisie\nqu'il montre dans l'application de ses principes. A l'Exposition,\nM. Whistler nous montre le portrait célèbre de Lady Campbell,\net un arrangement de fête où des Anglaises, costumées en\nJaponaises, sont assises sur un tapis vert-bleu d'une teinte\ninédite vers un horizon septentrional. Les figures sont estom-\npées, le tableau n'offre que lignes partant de la coloration en\nbrun du tapis et l'impression en clair est profonde; aussi ses\nnombreuses et connues pointes sèches. M. Whistler est, en sus,\nle dernier représentant actuel d'une école de paysages anglais ;\nsi l'on compare ses tableautins aux terribles chromos de la\nsection anglaise et même aux derniers Millais, on en sera per-\nsuadé; le faire méticuleux de M. Wyllie, qui, autrefois, impré-\ngnait largement ses Tamise des feux et des reflets circonvoi-\nsins, se borne maintenant à compter, mouette par mouette, les",
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     "texte": "224\nLA VOGUE\ntaches blanches des iles du Nord. Pour trouver d'autres\npaysages anglais, il faudrait considérer à part des fonds de\ntableaux de préraphaélites ou des premiers plans tels que, dans\nla Dame sans merci de Walter Crane, la pelouse où aboutit le\nchevalier.\nSi on déduisait les axiomes principaux des préraphaëlites et\nqu'on les compare aux postulats esthétiques de M. Whistler, on\ny verrait une profonde ressemblance, si opposés que puissent\nparaître les peintres préraphaëlites et M. Whistler; c'est le\nmême souci d'harmonie totale du tableau, le même choix du\nmodèle ou de l'heure du paysage. Toutes les considérations sur\nla dignité de l'art plastique, sa liberté d'existence en face des\nautres arts, l'architecture autre de la pensée picturale et de la\npensée littéraire ou métaphysique, toutes ces considérations\nqu'émet M. Whistler dans le Ten o'clock, les préraphaëlites les\npratiquent, seulement ils se sont cru le droit, et à bon droit,\nd'évoluer dans la légende et de peindre non seulement la nature,\nmais encore leurs fantaisies, ce qui est absolument plausible,\ncar si tel peintre m'affirme qu'il ne peut peindre que ce qu'il\npeut voir, il m'est facile de lui répondre que si ce qu'un autre\npeintre perçoit distinctement, c'est un décor de rêve et des\npersonnages de symbole, c'est ce décor et ce personnage qu'il\ndoit peindre en vertu des mêmes principes qui permettraient à\nson antagoniste de ne peindre que de la pure réalité. A l'Expo-\nsition, les préraphaëlites ne sont pas tous présents; nous avons,\nde Burne Jones, le roi Cophetua, si particulier par l'arrangement\nrenaissance, la sincérité des physionomies et la sobriété du\nsymbole; c'est d'un tout autre véhicule de rêve que chez",
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     "texte": "CHRONIQUE\n225\nMM. Puvis de Chavannes ou Moreau; ceux-ci imbriquent, dans\nun développement ancien, une idée moderne; Burne Jones,\ncomplètement anachronique, vêt des contemporains d'une\ngarde-robe de légende et émeut; la transposition de Puvis ou\nMoreau, il semble l'ignorer et, simplement, restituer à ses\nmodèles une vestiture psychique et ancienne dont ils lui\nparaissent dignes. Watts, moins complet, est un curieux artiste;\nsi l'on considère son Mammon, on le verra ainsi: sous le front\nneutre, les yeux sont comme glaces sans tain, le col vague, la\npoitrine lâche; au point physique où l'être deviendrait mammi-\nfère et inesthétique, une draperie rouge le couvre, des bas\nrouges voilent la difformité de ses jambes; deux types choisis\nd'éphèbe et de jeune femme continuent le geste lassement\ndominateur de ses bras et de ses mains. Des défauts, certes,\ndans les attaches anatomiques, et l'inutile présence de ces étres\nde mort au haut du trône de Mammon; la toile n'en est pas\nmoins vivante et par qualités négatives et par qualités affirma-\ntives. Si sa Diane et Endymion sont d'un symbolisme outré et\npresque antiphysique; si, souvent, l'idée génératrice est tout\ndans telles toiles de Watts, il n'en est pas moins le peintre de\ncertaines troublantes et si personnelles effigies féminines, d'une\nvaleur à rien comparable, soit unique.\nWalter Crane, dont tout le monde connait les albums, parait\nsollicité par le moderne et par la légende; son Plongeur est,\ncertes, moins intéressant que la Dame sans merci; encore peut-\non facilement juger un artiste qui, dans chaque album qu'il\német, place au moins deux très plausibles projets de fresque.\nKeene n'est qu'un dessinateur; mais, en cette qualité, il ne\npouvait évoquer d'autre comparaison qu'un Degas ou un Camille\nPissarro; son œuvre, étonnamment multiple, soumise parfois\naux actualités du journalisme, vaut par le soin d'art apporté",
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     "texte": "226\nLA VOGUE\naux moindres détails de dessin. Dans un dessin de Keene, per-\nsonnages, fond et accessoires sont traités à leur place et en\nvaleur; ses albums contiennent une monographie de l'Angle-\nterre moderne, et, s'il n'a pas les hautes qualités de Daumier,\nau moins en a-t-il les côtés encyclopédiques. Dans une exposi-\ntion dite de caricatures, où l'on voudrait voir, non pas des\ncaricatures, mais des dessins caractéristiques, certes Keene\ndevrait être placé près de Daumier, avec Oberlaender, et certes\navant Gavarni. Peu importent ses légendes et une apparente\nmonotonie, au prix de la certitude d'art de son moindre coup de\ncrayon.\nMme Kate Greenaway, très aimable et très charmante, sachant\nà merveille ornementer un livre, ne nous donne qu'une Angle-\nterre à la Éliot, très bien prise en sa taille et jolie de fraîches\ncolorations, mais qui paraît, à côté de l'Angleterre de Keene,\nune Angleterre pour les enfants. Les imitateurs nombreux de\nKate Greenaway l'imitent ou l'égalent sans la surpasser. Évi-\ndemment, en mettant à part ce si spécial Caldecott, mort d'ail-\nleurs, Walter Crane est le seul illustrateur qui, utilisant de tout\nautres moyens, polychromiste à outrance, tandis que Keene\nn'utilise que le blanc et le noir, - pourrait, dans l'art anglais,\nètre mis en parallèle avec Keene. Du Maurier, si curieux par\nson interprétation de la gentry anglaise, par l'esprit de certaines\nde ses légendes (car elles sont parfois quelconques), du Mau-\nrier, très curieux à consulter, échoue par la maigreur de son\ndessin et la faiblesse intrinsèque de ses arrangements. - Quant\nà l'Angleterre de M. James Tissot, c'est une quelconque Angle-\nterre, caractéristique pour les continentaux: en somme, de\nl'Angleterre traduction Hachette. Nous omettons bien des\nartistes anglais, beaucoup, d'ailleurs, sont absents; nous croyons\npourtant, sachant l'absence de Leigh Hunt et feu Rossetti, que",
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     "texte": "CHRONIQUE\n227\nl'art anglais se synthétise en MM. Keene, Whistler, Watts, Burne\nJones, Kate Greenaway, du Maurier, Walter Crane. Disons\nencore que, sans quelques vulgarités qui l'entachent, la sculp-\nture de M. Browning serait très digne de figurer à côté des\nbonnes toiles de ses compatriotes. L'Enfant et le Serpent, de\nM. Browning, est certes, avec les œuvres de M. Meunier, une\ndes plus belles statues de l'Exposition; mais pourquoi, et inuti-\nlement, ce raccourci en gras du personnage principal? M. Stott\nn'est pas un artiste sans intérêt ; son exposition complète offrait\nquelques glaciers heureusement simplifiés et des notes de pay-\nsage franches; mais M. Stott est un hésitant entre la méthode,\nl'improvisation très prête et très préparée de M. Whistler, et la\nméthode préparatoire d'arrangement des grands préraphaëlites.\nOr, M. Stott ne donne ni les jeux de couleur de M. Whistler ni\nles arrangements psychiques qu'un Burne Jones sait évoquer\npar le choix et le rendu de ses modèles féminins. M. Stott paraî-\ntrait en être à un gervexisme anglo-saxon, ce qui prouve la\ngrande loi des épidémies.\nLes métiers d'art.\nSous cette vague rubrique, on peut grouper les gravures en\neau-forte, pointe-sèche, médailles, pierre-fine, les chromoli-\nthographies, et, en somme, toutes les rénovations d'art ancien,\ntoutes les imitations d'art ancien et toutes les tentatives nou-\nvelles de technique, fondées sur un renouvellement de la matière\nd'art. Il est convenu que notre école de graveurs et d'aqua-for-\ntistes est la première du monde; soit, si j'ai le droit de dire que\nles prestidigitations de MM. Buhot, Guérard et Andco, me lais-\nsent entièrement froid, et que je donnerais tous les sortilèges",
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     "texte": "228\nLA VOGUE\nde Waltner et de Milius pour une eau-forte de Camille Pissarro\nou une lithographie de Thornley mise au point par Degas. De\ncette foule d'artistes techniques, qui, tous, savent leur métier,\nje ségrégerai seulement Henri Cros, Chéret et Félicien Rops (ce\ndernier absent).\nJ'ai dit, dans un article sur le verre polychrome, ce que je\npensais du verrier qu'est Henri Cros et de l'avenir d'art de la\npâte de verre, en lui et en dehors de lui; je prie mes lecteurs\nde s'y reporter. Il importe peut-être, ceci n'ayant pas été fait\ndans l'article cité, de résumer brièvement Henry Cros, qui est\nune manière de Palissy.\nL'axiome directeur de Cros paraît être de: < Résumer la plus\ngrande somme d'art hiératique possible dans le plus petit espace,\navec le plus de luminosité et les plus grandes chances de durée de\nla matière utilisée possibles. Ce qui fait que le sculpteur, dont\nle rève premier dut être de mettre au coin des rues des Lorelei\naux cheveux d'or polychromées, et des statues grecques peintes,\ndoit se réduire, pour l'expression de son rêve, à des médaillons\net à des fragments. Les premières tentatives sur matière durable\npermettant la polychromie, et en même temps admettant le\ntravail primesautier de l'artiste, furent des cires. A notre con-\nnaissance, Cros n'a pu tenter que deux grandes cires, de la\ndimension d'une toile de 60 centimètres, dont l'une s'effrite au\nmusée d'Avignon, où l'État la plaça, apparemment dans cette\nconviction qu'Avignon devait être une pépinière de ciriers.\nAussi, Cros émit de nombreux médaillons, effigies modernes\nen cire peinte; il y en a au musée de Dresde et à l'Exposition\ndu travail; puis, sa méthode de cire, contaminée d'ailleurs par\nles à peu près du commerce, et techniquement indiquée dans\n1 De l'Esthétique du verre polychrome, dans la Vogue, no du 3 avril 1886.",
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     "texte": "CHRONIQUE\n229\nun livre sur l'encaustique, fait en collaboration avec Charles\nHenry, Henry Cros passa à ses études sur la pàte de verre. On\nsait que les Anciens, Latins et Gallo-Latins, connaissaient la\ntechnique de la pâte de verre, et c'est d'après leurs médaillons\n(Louvre) prouvant par leur existence la ductilité absolue de la\nmatière et son infriabilité, qu'lHenry Cros commença ses essais.\nActuellement, ce sont, en dehors de quelques projets de vases,\nquelques médaillons translucides et des médaillons opaques,\nqui semblent la traduction polychromique de bas-reliefs grecs,\nl'artiste étant avant tout d'esthétique grecque. C'est, en dehors\ndu sujet, par cette tentative de hiératisme que Cros s'unit aux\ntentatives impressionnistes, malgré un apparent contraste. Je\nn'analyserai pas ses médaillons de l'Exposition. Très purs de\nlignes, imprégnés de tons fins et primitifs, ils prouvent que\nCros est capable, dans cette esthétique et avec celle matière,\nd'inscrire son rêve dans les dimensions qu'il lui plaira, si les ini-\ntiatives adjuvantes lui en donnent l'occasion.\n..\nM. Chéret est le réel inventeur de l'affiche. J'ignore par quelles\ncirconstances ce décorateur fut induit à afficher ses conceptions\nde lignes au coin de toutes les rues. Il n'en est pas moins vrai\nque, si la peinture consiste en un arrangement de couleurs\ndécoratif et ornemental, bien adéquat au dessin, il ne manque\nà M. Chéret que du dessin pour être un peintre complet. Ses\nélèves ont pullulé; un Willette, c'est un Chéret affaibli, etc.\nMalheureusement, quoi qu'en pensent les peintres, le motif a\nen tout, et surtout en peinture, sa valeur spéciale, et, quelque\nvariété que puisse apporter M. Chéret à se faire le héraut des\nplus vulgaires phénomènes, son art en demeure entaché. Il fau-",
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     "texte": "230\nLA VOGUE\ndrait quelque coïncidence, le miraculeux phénomène d'un édi-\nteur priant M. Chéret d'illustrer ou d'afficher enfin un livre\nou un drame, ou que M. Chéret, dépassant le titre des Romances\nsans paroles, historie nos murs d'affiches pour représentations\npossibles ou annonces de l'Hippodrome éventuel, pour que\nM. Chéret nous donne sa note complète d'art, au lieu d'être une\ndes curiosités, une des attractions du Paris visible, au même\ntitre que cette tour du Champ-de-Mars, ou un retour de Bois.\nM. Félicien Rops n'est représenté à l'Exposition que par un\nbien mauvais portrait de lui. On dirait un sous-officier cantonné\ndans une mansarde, en train d'examiner à un pâle rayon\nsolaire quelque pièce à faire signer. M. Félicien Rops n'en est\npas l'auteur; mais en tant que modèle, il en est peut-être le\ncomplice; que ne s'est-il gravé à l'eau-forte devant son miroir ? Il\neût fallu le montrer autrement, dans son art Baudelairien, ou-\ntrancier, macabre, pornographe, parfois détestable, parfois\nexcellent, assez rarement médiocre. Cette vision exaspérée des\nchoses, ce lyrisme de la pointe-sèche est souvent bien fantai-\nsiste; à côté de l'admirable frontispice pour les œuvres auto-\ngraphes de Stéphane Mallarmé, à côté de certaines têtes de\nbourgeois faunesques, de certains corps de femmes d'une ana-\ntomie à la Rodin, pourquoi donner l'essor à des Belgicismes où\ndes squelettes se font inexorablement embrasser? A moins que\nM. Félicien Rops, d'ailleurs très discret et peu encombrant, n'ait\npas donné sa note absolue d'art, nous ne saurions admettre que\nl'artiste qu'il se démontre parfois se livre à d'outrancières\nparades dont son maître Baudelaire eût certes souri. La garantie\nde ses pairs, pour lesquels il paraît d'ailleurs travailler avec un\nsoin tout spécial, témoin le frontispice cité pour M. Mallarmé,\nne vaut pas, pour son talent, l'épreuve d'une exposition.\nJe me demande aussi pourquoi M. Odilon Redon, qu'on peut",
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     "texte": "CHRONIQUE\n231\ncontester et attaquer, qu'on peut taxer de monotonie et d'à peu\nprès dans l'attaque directe du sujet qu'il se prescrit, mais qui\ndispose, en somme, parfois, d'une belle esthétique et toujours\nd'un solide métier, ne figure pas dans cette sélection de 1889. 11\nest curieux qu'un artiste jugé digne en 86 par Degas et Pissarro\nde figurer près d'eux ne soit pas admis à figurer parmi nos\néphémérides nationales. La note à la Poe, à la Baudelaire, à la\nGoya de M. Odilon Redon, qui est aussi une note à la Redon,\neût pu trouver ses légitimes dilettantes autant que les repro-\nductions patentées des estampes en taille-douce. Mais, contrai-\nrement au dicton populaire, dans les expositions à jury, ce sont\nles absents qui ont raison à la mesure de leur réelle présence '.\nVilliers de l'Isle-Adam est mort; ses funérailles furent menées\npar des littérateurs tels que: Stéphane Mallarmé et Léon Dierx;\nparmi les suivants, un des nôtres: Henri de Régnier. Ni\nStéphane Mallarmé, ni Léon Dierx, ni autres assistants de la\ndernière heure, tels que MM. Leconte de Lisle, de Hérédia et\nLéon Cladel, vieux amis du défunt, n'ayant jugé à propos de\nrelater dans des quotidiens les anecdotes sur le glorieux mort,\net ces écrivains ayant jugé inutile d'apprécier son œuvre, nous\nne pouvons que nous associer à leurs regrets et nous incliner\ndevant leur avis tacite : que la gloire de Villiers de l'Isle-Adam se\nfera sans commentateurs. Nos camarades de la Wallonie ou\nautres revues belges pourront, sans inconvénient, articler pour\nleurs lecteurs ou tels journaux étrangers; pour les Parisiens, la\nmémoire de Villiers de l'Isle-Adam est encore trop récente pour\n1 A suivre; pour les peintres français, voir le numéro d'août.",
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     "texte": "232\nLA VOGUE\nqu'on puisse leur apprendre quoi que ce soit. Je me permettrai\nsimplement de déclarer que, bien volontiers, je renoncerais à\ntous mes droits, à la liberté individuelle, si n'importe quel dic-\ntateur voulait bien faire garotter M. Henry Fouquier au mo-\nment précis où il va commettre un article littéraire en accompa-\ngnement de funérailles. En l'absence de police intellectuelle, je\nme borne à rappeler à M. Henry Fouquier et à d'autres chroni-\nqueurs pressés la déplorable histoire de sir Rufus Griswoold, si\nnotoire par sa petite campagne anecdotique autour de l'ombre\nde Poe, lequel honorable sir, déjà entamé par le mépris de ses\ncontemporains, a mal fini un soir de théâtre à Philadelphie'.\nGUSTAVE KΑΗΝ\n• Note de la Rédaction: M. Gustave Kahn ayant été obligé de s'absenter,\nles livres du mois seront étudiés au prochain numéro.",
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   "ocr_source": "OCR HathiTrust, volume iau.31858045124157 (réimpression Slatkine, Genève, 1971), sans correction",
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     "texte": "LOGIS DE POÈTE\n• Au fond, décidément, qu'est-ce que notre ami Selwyn ? »\nLord Annandale, occupé à allumer son cigare, en tira lente-\nment une bouffée, regarda sa maîtresse en plein visage et\ndit :\n• Georges Selwyn... c'est un sadique. »\nEt sur une muette interrogation des yeux de la Faustin, il\najouta:\n• Oui, un homme aux amours... aux appétits de sens déré-\nglés, maladif ! Mais qu'est-ce que vous... qu'est-ce que nous fait\nsa vie ?>\nEt il se mit à se promener dans le salon en laissant tomber de\nsa bouche:\n< Une grande... une très grande intelligence... un savoir\nimmense... et un vieil ami de jeunesse. ›\nPuis, là-dessus un silence.\n« Sortez-vous, aujourd'hui, Juliette ?\nquelques instants.\n-\nNon.\n.\nfit-il au bout de\nSur ce non, lord Annandale se dirigea vers les écuries.\nLa Faustin, par M. E. de Goncourt, pages 321-322.\nLe gros public a-t-il oublié le scandale soulevé lors de l'appa-",
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     "texte": "234\nLA VOGUE\nrition du livre, autour de cet équivoque et fuyant personnage\nde Georges Selwyn ?\nLes lettrés, quelque peu au courant des choses, s'étaient\nvantés d'avoir tous reconnu un des plus grands poètes de l'école\nesthétique anglaise, prince par son talent et lord par sa náis-\nsance, une très haute personnalité de là-bas, équivalant comme\ninfluence à Leconte de Lisle chez nous, un chef d'école littéraire\nreconnu, et jusqu'ici renié par nul de ses caudataires.\nEn tout cas, si le plus grand nombre des lecteurs n'y attacha\npas d'importance, la découverte fit long feu dans le clan des\nartistes et des érudits: le poète anglais avait été saisi, photo-\ngraphié dans les moindres détails de son physique et de sa\nmise, depuis la fleur rare de sa boutonnière, à la queue baignant\ndans un flacon plat caché sous le revers de l'habit, son crane\nd'hydrocéphale et sa figure de vieille femme, jusqu'à ses vête-\nments prétentieux et tachés, jusqu'à ses mains, ses mains\nlongues et sèches, se terminant aux petits doigts par deux grands\nongles à la chinoise, enfermés dans de fins ongliers de métal.\nOr, qui le croirait?... ce macabre échappé des contes\nd'Hoffman a habité Étretat, l'Étretat d'Alphonse Karr et de\nJacque Offenbach, et sur cette plage d'opérette, tant elle est\nparisienne (d'opérette en effet, le décor de cette baie, entre ses\ndeux portes de pierre et la double avancée de ses falaises, côté\ncour et côté jardin, se détachant comme presque transparentes\nsur le bleuissement lumineux du large), sur cette plage donc\nd'Étretat on est parfaitement exposé à croiser le spectre à demi\nrassurant de l'honorable Georges Selwyn, entre la romantique\nsilhouette de M. Mounet-Sully en villégiature, et la très gaillarde,\nun peu épaisse toutefois, physionomie de M. Guy de Maupassant.\nMaupassant,\nVillemessant.",
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     "texte": "LOGIS DE POÈTE\n235\nIl y a de l'écho ici, pourrait faire remarquer un mauvais\nplaisant.\nEn effet, à trente ans de distance, ces deux noms analogues,\nne différant presque que d'une syllabe, auront empli cet Étretat,\ninventé par le journaliste, illustré par son grand homme de\nconteur de nouvelles, né natif du pays, comme le disent fière-\nment ses fermiers.\nFatalité et magie de certaines onomatopées: Villemessant,\nMaupassant. Le Z. Marcas de Balzac n'est peut-être pas un\nmythe, la popularité et la gloire ont évidemment des entrebâille-\nments d'huître devant certains noms; il y a des Sésame ouvre-\ntoi pour la réputation et la postérité.\nJ'étais donc hier matin sur la plage d'Étretat, plage quelque\npeu tapageuse, où le dernier cri de la mode pour les belles\nMadames est de se baigner en bas de soie, oui, en bas de soie\nde couleur assortie à celle du costume, mode en somme char-\nmante, et qui donne aux femmes l'air de très jolis clowns aho\nyes! ou d'impertinents travestis, et sur cette plage d'Étrélat, à\nl'heure même du grouillement et du brouhaha du bain, un\ngrouillement un peu israëlite, il m'a semblé du moins (on se\nserait cru à un soir de débuts d'Hadamard et Beer chez Claretie)\nmoi en serge bleu marine et chemise de batiste mauve, comme il\nconvient à un baigneur décadent; mon conteur en flanelle\nblanche, ceinturé de foulard cerise et jaune, les pectoraux moulés\ndans un jersey de soie à raies roses et vertes, comme il sied à un\njoueur de tewnis élégant, ladite histoire me fut donc narrée.\n• Un matin de mai, il y a quelque vingt ans, l'Étretat d'au-\njourd'hui n'étant encore qu'un hameau de pêcheurs, un homme\nd'allures étranges venait s'y établir, en plein verger fleuri, dans\nune mauvaise masure, une vraie chaumière à toit de chaume,\nau beau milieu d'un préau de pommiers: tout à l'entour de",
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     "texte": "236\nLA VOGUE\nprofondes cavées, ces sortes de chemins creux, ombragés et\ntoujours frais, même au moment de la canicule, que forment en\nNormandie les hauts talus, plantés de hêtres de fermes s'avoi-\nsinant.\n« L'endroit était retiré, calme, en pleine vallée, déjà loin de\nla mer. retraite de grand seigneur épris ou de poète philo-\nsophe.\n• Aucun changement ne fut opéré par le nouveau proprié-\ntaire, en apparence du moins; l'extérieur de la chaumière\ndemeura le même; seulement, à l'intérieur, ce fut, parait-il, un\nluxe d'ameublement et de tentures bizarres, un luxe puant la\nsorcellerie, ou tout au moins la pure hystérie. On n'en parlait\nd'ailleurs que d'après les fugitifs regards coulés par les fenêtres\nouvertes, car personne dans le pays, pas même les fournisseurs,\nne pénétrait dans Dolmancé.\n• Dolmancé, le nom désormais inscrit en lettres d'or sur la\nporte charretière du domaine interdit: Dolmancé. J'abandonne\nce titre aux réflexions des lecteurs, peu nombreux, je crois, qui\nont eu le courage de lire jusqu'au bout l'œuvre insipide du\nDivin Marquis.\n« C'était, paraît-il, entre autres merveilles, dans une longue,\nétroite et haute pièce tendue de soie violâtre, un squelette\nd'enfant ailé, comme d'un Éros, au crâne ceint de myrthe,\nvoilé de gaze noire et ricanant, debout au milieu d'un taillis de\nlauriers-roses en fleurs; dans une autre salle, celle-ci nue\ncomme une allée de catacombe, un buste en bronze vert, aux\nyeux d'argent bruni, ocellés d'une émeraude, têtes de femme\nRenaissance, aux prunelles de pierrerie, émergeait, sur un socle\nd'ébène, d'un flot de clairs brocarts et d'étoffes bruissantes,\ncomme rêvant, sur le front un hennin. Ailleurs, une cire peinte,\naux yeux inanimés, aux lèvres entr'ouvertes, chef de sainte",
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     "texte": "LOGIS DE POÈTE\n237\ndécapitée saignant, haut accroché à la muraille, et dessous un\nlarge bassin de cuivre débordait de lis rouges, comme d'une\nfloraison de sang; autre part enfin, un grand portrait de femme,\nqu'on eût dit du Vinci, nous offrait l'énigme de son sourire du\nfond d'un vieux cadre d'argent bossué de raisins d'onyx et de\nfruits de lapis. Et partout des voiles de gaze jetés, compliquant\nles êtres et les objets de trouble et de mystère, puis dans des\nvases de forme hiératique une éternelle veillée de fleurs hostiles\net symboliques, des liliums, des tigridiums et des orchidées,\ntoute une floraison méchante posée comme une offrande au pied\nde chaque idole... Tout un intérieur empreint d'un mysticisme\nsombre, à la fois catholique et païen, installation de fou ou de\nvieux Coppelius, à de rares intervalles apparue par l'entrebâille-\nment de vitraux émaillés de devises archaïques et de fleurs de\nblason, brazillant comme ardentes, sur un fond d'azur glauque.\n• Et dans l'équivoque et somptueux logis personne, personne\nque l'homme aux allures étranges promenant ses épaules\nvoûtées et le perpétuel ricanement de sa figure de vieille, entre\nles rameaux floconneux de neige rose des pommiers. Cependant\nparfois deux êtres... deux êtres de rêve et de mystère tout au\nmoins aussi inquiétants que leur maître, une guenon et un\nenfant.\n• Une minaudière et grimaçante guenon, presque féminine\nde coquetterie et d'attitudes, presque humaine de laideur et\ntoujours blottie dans le clair-obscur des somptueuses pièces en\nquelque pose de fille enamourée.\n• Au cou un collier de métal bossué de topazes, des bracelets\nautour de ses petites mains noires, une vraie macaque aux airs\nd'infante, et, comme un Velasquez sachant et porter la robe\nespagnole et bouffante et cliqueter et jouer de l'éventail.\n• Quant à l'enfant, un éphèbe angélique comme il en vit,",
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     "texte": "238\nLA VOGUE\ncuirassés d'argent damasquiné et d'acier niellé d'or, dans l'ambre\nsauri de tes vieilles peintures, o Renaissance, un page de Ter-\nburg: tête ronde et charmante, où le grain de la peau, ferme,\nrose et dorée, a la saveur d'un fruit, quatorze ou quinze ans au\nplus, un de ces boys, delicias domini, des vieux lords d'outre-\nmanche, comme la seule Irlande peut encore en produire, grands\nbeaux yeux bleu de flore, fins cheveux de soie blonde nimbant\nle front neigeux d'un reflet de soleil, blanc, rose, gras et frais,\net vivant là, solitaire et farouche, vêtu de serge noire, le cou\ntrès découvert dans de grands cols anglais; adorable et joli\ncompagnon; mais plus invisible encore que la guenon co-\nquette; l'air d'un Ariel captif ou d'un jeune fils de rois ensor-\ncelé. ›\nQuelle atroce et mauvaise légende avait bien pu se former\nautour de ce mystérieux trio ! La guenon, constellée de joyaux\net minaudant, affublée de craquantes étoffes, indignait surtout\nl'opinion des campagnes; pis, l'homme de Dolmancé n'avait\njamais mis les pieds dans l'église, il évitait chacun et ne saluait\nmême pas le curé du pays, dévalant dans sa soutane trop\ncourte le long des sentiers des falaises. Pour les esprits forts, la\nmacaque était une maîtresse; un érudit du lieu citait une\nPassion dans le désert à l'appui, et des théories de M. Honoré\nde Balzac flottaient discrètement dans l'air.\nLa vérité dans tout ceci :\n• Une nuit, la chaumière de Dolmancé, ordinairement murée\nde silence, s'emplissait de vacarme et de cris: c'étaient des\njurons exaspérés, des voix de colère, des sanglots et des plaintes,\nun grand bruit de disputes, puis de désespérés appels, déchi-\nrants, déchirés, dont toute la contrée fut émue, un grognement\nsourd, un rale... puis le silence et le noir de la nuit!... Tout\nÉtretat, une angoisse à la gorge, avait. cette nuit-là, veillé, les",
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     "texte": "LOGIS DE POÈTE\n239\nfenêtres ouvertes, le cou tendu vers Dolmancé, le front moite et\nles pieds nus.\nLe lendemain, le menuisier du pays était mandé à la chau-\nmière, il recevait du propriétaire la commande d'un cercueil\nd'enfant en vieux chêne et, le cercueil livré, payé le double de\nson prix, la chaumière était fermée, volets clos, porte con-\ndamnée, et l'honorable Georges Selwyn disparu... Une chaise\nde poste était venue le prendre dans la nuit.\n• Quant à l'éphèbe au profil de Terburg et à la guenon aux\nallures d'infante, depuis la nuit des plaintes et des appels, per-\nsonne ne les avait revus... Pour qui était le cercueil? pour l'en-\nfant blond? pour la macaque? Mystère... Un crime, à n'en pas\ndouter, avait été commis, relevant de la Société protectrice des\nanimaux ou de la cour d'assises!\n• On a parlé longtemps de jalousie et de vengeance. Quels\nliens pouvaient unir entre eux ces trois étres équivoques. Quel\ncaprice sinistre avait bien pu les désunir?\n• Deux mois après, une voiture de déménagement venait em-\nporter le mobilier de Dolmancé; le nom du domaine disparais-\nsait de la porte charretière, et la chaumière, le pré, tout était\nmis en vente chez Mº Récipon, notaire à Criquetot-Lesneval, chef-\nlieu de canton d'Étretat, et voilà, à peu près, la légende finie. »\nJ'avais promis un conte d'Hoffman... je ne donne peut-être là\nqu'une farce de Vivier; l'honorable Georges Selwyn n'était, peut-\nêtre en somme (qui pourrait l'affirmer), qu'un mystificateur ma-\ncabre. Londres est le pays du fun, de la farce à froid, sinistre,\nexaspérante, la patrie des crimes de White-Chapell et des gaités\naffilées et coupantes comme l'acier, mystification à la Swift, à la\nBaudelaire ou à l'Edgar Poe; telle l'histoire me fut-elle contée,\nhier, à Étretat, devant la mer montante et lumineuse, quelques\nheures avant que le Figaro m'apportat quelques nouveaux dé-",
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     "texte": "240\nLA VOGUE\ntails aussi oiseux qu'archi-rebattus sur un autre poète, un\npoète bien français, celui-là, quoique méconnu et qu'un public,\nqui aujourd'hui l'apprécie, s'obstina de son vivant à traiter en\nmystificateur, et cela avec des peut-être justes rancunes de\nmystifié : le comte Villiers de L'Isle-Adam, notre Villiers.\nJEAN LORRAIN",
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     "texte": "PETITS POÈMES ANCIENS ET ROMANESQUES\nI\nLe fol automne épuise aux guirlandes ses roses\nPåles comme des lèvres et des sourires\nEt le mal est d'avoir vécu parmi les roses\nLes masques, les glorioles, les délires!\nLes Aegypans rieurs buvaient aux outres neuves\nLe vieux vin où survit l'ardeur des Étés !\nLes vignes égrenant les grappes dans les fleuves\nGonflaient l'or gorgé de leurs maturités.\nLes roses ont fleuri les coupes et les thyrses\nEt le pan des robes puériles, l'àme\nDes fontaines pleurait dans l'ombre, autour des thyrses\nLes pampres semblaient un sang de torche en flamme\nL'automne fol s'épuise en suprêmes guirlandes\nLes Satyres roux rôdent par les bois\nEt l'on suspend les masques vides par guirlandes\nEt le vent rit aux trous des bouches sans voix!\nII\nLes Satyres mordirent au bas de ta robe lourde\nLes guirlandes d'émeraude et les grappes de rubis;\nLeurs dents chaudes ont baisé tes habits,\nLes pieds tors ont foulé les traînes lourdes,",
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     "texte": "242\nEt les Acgypans blonds et les Satyres roux\nOnt gambadé devant toi comme des fous\nA l'odeur de forèt de ta chantante chevelure\nAu parfum de vendange de la chair mûre!\nQuand tu passas le long de la mer\nQuand tu passas le long de la grève\nLes Tritons blancs t'ont suivie et t'ont chanté\nLes chansons de la mer\nAux échos de la grève.\nEn leur conque de nacre torse ils t'ont chanté\nLa chanson endormie en la concavité\nDes spires bleuatres et profondes,\nLa chanson de la mer maternelle aux vieux mondes-\nQui s'effritent et rentrent en son immensité.\nTa chair n'était-elle pas blanche comme l'écume\nEt tes yeux pers comme la mer qui dort à la dune\nEt ta face un déclin pale de lune\nA l'horizon marin parmi des chevelures d'écume.\nEt je fus fou comme les Tritons et les Satyres\nDe ta chair, de tes cheveux, de tes rires\nEt j'ai rougi mes lèvres aux coraux de tes parures\nEt je t'ai dit dans la forêt et près de la lame\nA toi l'Indulgente à toutes les aventures\nVers qui vont la chair et l'ame\nL'Ode des ors secrets et de l'antique flamme!\n1\nIII\nAvec la double odeur de la chair et du soir\nEt les souffles épars comme des chevelures\nVoici luire des torches d'or dans le bois noir.",
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     "texte": "243\nLa poursuite dénoue aux nuques les brûlures\nDes cheveux roux où vit le feu des astres clairs\nEt les talons légers foulent les herbes mûres;\nUne torche s'embrase en un bouquet d'éclairs\nOu secoue aux étangs mornes des pierreries\nOu s'enfouit vivante en des antres ouverts.\nLa forêt vaste éclate en voix vers les prairies\nD'où les papillons lourds proviennent brûler l'or\nDe leur vol nocturne autour des torches fleuries;\nEt des rires, abeilles dont l'essaim vif mord\nEt harcèle ceux qui les voulurent captives\nM'assaillent dans la nuit si l'une échappe encor\nToutes ont défié les folles tentatives\nDe mains à saisir l'ombre inerte où fuit l'odeur\nDe leurs cheveux épars et des chairs évasives,\nFaunesses dont la lèvre sanglante a l'ardeur\nDes grandes roses qui survivent à l'orage\nFilles de la terre ivre et du soleil fardeur,\nSatyresses dont la main folatre saccage\nLes lys présomptueux qui frôlent leurs genoux\nCelles de qui le rire est un oiseau sans cage,\nCelles qui marchent dans les ronces et les houx\nEt vont vers les vergers et les enclos des plaines\nPour y voler le soir les fleurs et les fruits doux\nLes hanches et les seins! la lèvre et les haleines\nPures a'avoir humé le vent des soirs d'été,\nLes yeux clairs et changeants comme l'eau des fontaines,",
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     "texte": "244\nLes cheveux épandant par flot l'antiquité\nDes ors les plus sacrés et la splendeur nocturne,\nToute la chair qui fait toute la nudité.....\n...\nIV\nDormir en la nuit vide un sommeil taciturne.\nV\nNul or aux doigts resté de l'or des chevelures\nQue le vent dispersa parmi l'aube et le soir\nN'atteste avoir vaincu les folles encolures\nEt ce qui frissonna d'un trésor fauve ou noir\nAu front de la Rebelle ou de la Souriante\nFugitive apparue éblouir un miroir!\nOu poser sur notre ame un pied nu de vaillante\nN'est plus qu'un souvenir de soleil ou de nuit\nVers qui la mémoire s'égare ou s'oriente.\nSi la lèvre a mordu la lèvre pour un fruit\nEt des paroles merveilleuses et des rires\nQuel écho de mystère en a gardé le bruit\nLa voix qui fut divine à pleurer ses délires\nÉperdue et plus grave et vaste que la Mer\nComme s'il y vivait l'ame d'antiques lyres\nAbdique sa splendeur insolite et se perd\nPlus tard parmi l'ombre aggressive qu'elle souille\nD'y crier quelque insulte et quelque outrage amer;\nGlaive d'or éclaté qui se rompt et se rouille!\nLes yeux savants d'aurore et d'astres et de fleurs\nLes yeux devant qui l'Ange exulte et s'agenouille",
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     "texte": "245\nQu'est-ce du Songe vain des Mers et des Ailleurs\nEt d'avoir vu la chair et la toison impure\nOù pour seuls diamarts s'ornent d'éclairs nos pleurs.\nO cœur triste et sanglant comme une grappe mure\nQue se disputent dans un bois roux et vermeil\nOù s'altère à mourir un or de chevelure\nDes l'aunesses ivres de cris et de soleil!\nVI\nCelles qui fuyaient dans la forèt sont revenues\nLeur chevelure s'effile comme un or de nues!\nLes torches de jadis sont mortes en les mains nues.\nComme ce cœur saigna parmi ce bois de faunesses\nEntre les mains spoliatrices et chasseresses\nO quel cri d'angoisse, écho des antiques détresses!\nElles qui portaient émeraude et rubis en frange\nPar qui je fus ivre de chair et d'odeur étrange\nA dire leur chevelure forêt et vendange.\nCe fut en des soirs où chantaient les Voix et les Lyres\nOù des cortèges menaient la danse des Satyres\nEt les gemmes craquaient sous les pas parmi les rires!\nLa flamme et la joie et les cris sont morts et nous-mèmes!\nTerne pierrerie en l'or frontal des diadèmes\nMourez selon les torches noites en ces mains blènies.\nEt là-bas, aux rampes des terasse, merveilleuses\nComme un lys se fane, la quenos de des Fileuses\nD'attendre encor la laine des Torrons fabulere..\n8",
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     "texte": "246\nLe vent du coir dénoue aux robes défleuries\nLa ceinture d'émail et l'écharpe de soie,\nLes draps lourds des tréteaux ondulent aux prairies\nOù frissonne la banderole qui s'éploie.\nIl filtre un air épars de flûte et de viole\nSoupir d'archet qui vibre aux grêles cordes d'or\nEt cesse si jaillit du chœur qui s'étiole\nQuelque sanglot trouant la toile du décor\n1\nDe grands orgueils rompus comme en éclats de glaives\nDe grands espoirs tués comme des oiseaux bleus\nQui saignent par la nuit de la mer et des grèves\nOù luisent les torches des Actes fabuleux.\nLe cri du buccin clair s'enlace de violes\nIl meurt des ailes aux franges d'or des tréteaux\nEt des flûtes tout bas pleurent des glorioles\nRames des Nefs d'espoir en larmes sur les eaux!\nLe crépuscule est si triste et ce soir de fête\nSi dénué de rire et hanté de vieux songe!\nEt la prairie est toute rose et violette\nEt le geste en un geste d'ombre se prolonge.\nEt les Joueuses en leurs robes défleuries\nSentent leur voix rétive aux rôles oubliés\nEt sur elles mourir l'éclat des pierreries\nEt leurs masques choient et se brisent à leurs pieds;\nEt tremi lantes dans l'ombre ou tremble une viole\nElles écoutent frissonner les cordes d'or\nEt jaillir comme un cri du chœur qui s'étiole\nLe buccin cluir trouant la toile du décor!",
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     "texte": "247\nFace à face et devant le soir qui les fascine\nEt l'étrange prairie où ne foule les fleurs\nNul Avide d'ouïr la Fable sybilline\nQue se diraient leurs voix d'Amantes et de Scours!\nEt le doux chœur épars et grave comme une âme\nLasse à jamais et qui pleure et suffoque au songe\nDes bleus oiseaux brûlés par la torche de flamme\nRétorque le silence où se plait leur mensonge!\nII\nÉtrangère! fatale enfant, espoir des Fées,\nLe geste de ta main où luit une fleur d'or\nDestine les héros à la Gloire ou la Mort\nEt les voue au travail des bêtes étouffées.\nC'est par toi que de sang se payent les trophées\nEt se crispe la chair sous la dent qui la mord\nEt qu'au Bois noir où l'arc de frène vibre encor\nUne odeur de tuerie éclate par bouffées.\nSi le pied triomphal parmi l'herbe et les sauges\nFoule le crin traîné hors de la nuit des bouges!\nLe cri de l'Oliphant, qui vocifèrę au soir,\nL'angoisse des rubis dont s'orne l'apre corne,\nDu fond du passé fabuleux t'appelle à voir\nLa hure bestiale au poing du Tueur morne !\nIII\nLe parquet clair frappé de quelque haut cothurne\nLa guirlande ondulante au ve it d'un geste prompt",
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     "texte": "248\nLa ride hilare à la bouche du mascaron\nL'héroïne riant au héros taciturne,\nL'emphase langoureuse et la lampe nocturne\nFolle Psyché que tes sœurs pâles haïront!\nTout préambule de prologue s'interrompt.\n-\nEt ce manteau se drape au socle nu de l'urne!\nLa chevelure est éparse jadis torsade!\nEt la vie exaltée et triste qui parade\nA travers ses fards morts sanglote le cri vrai,\n-\nLe cœur bat comme un oiseau blessé qui s'affole\nEt voici de la gaine et du coffret ferré\nLuire dans l'ombre, enfin ! l'Épée et la Fiole.\nL'éclair mystérieux qui déchire le soir\nSigne funèbre parmi la nuée étrange\nGeste muet et tors de quelqu'un qui se venge\nAssigna par l'exemple, à l'Épée, un devoir!\nUne toxique flore aux murs du vieux manoir\nCrispe ses griffes en la pierre qu'elle mange\nEt la tige et la fleur ont fourni le mélange\nQui dans un or terni ronge le verre noir.\nMain tueuse que sous une annulaire opale\nLe cristal du goulot brûle la lèvre påle,\nEt le flacon se brise aux dents qui l'ont mordu!\nEt si ces deux Vivants maintenant sont des Ombres\nQu'au moins le sang vivace et par la terre bu\nFleurisse à leur tombeau l'ardeur des roses sombres.",
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     "texte": "249\nIV\nDes songes du plus beau des soirs\nRien ne survit en l'aube aride\nQui ne montra dans les miroirs\nQue sa morte pâleur d'Armide!\nO mystérieux jardins d'or\nIle, grotte, roses fleuries\nOù les paons gardaient un trésor\nDont ils semblaient les pierreries!\nLe sortilège enseveli,\nCendres sans phénix par la flamme,\nIsole sous le ciel pâli\nLa face triste de la femme.\nVoici mort le royaume faux\nCroupir en la nuit ancienne,\nTombez sourires triomphaux\nEt fards de la Magicienne.\nDes songes du plus beau des soirs\nO victime et dépositaire\nConfronte à tes mornes miroirs\nUn éveil d'Amant solitaire!\nV\nViens endormir encor ces songes monotones\nO vent triste, oiseau mystérieux de l'hiver!\nSonges que n'ont vaincu par l'amour et la chair\nLes bouches fructueuses des grasses Pomones\nNi le rire en éclat aux conques de la mer.",
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     "texte": "250\nLa seule voix, la voix précieuse\nA passé le long du rivage\nEn l'aurore ou le soir au large\nSans qu'abordat jamais la barque au mat d'yeuse.\nEt j'entendais pleurer les rames sur la mer\nEt les oiseaux frôler les voiles\nEt j'attendais sa face en ses cheveux sur le ciel clair\nEt l'été doux pleuvait d'étoiles.\nJe n'ai pas connu ton visage d'aurore ou de soir\nJamais tu n'es montée à la proue, ◊ Sœur,\nPour montrer que ta voix serait sœur de ta douceur\nEt pour voir\nLe pays de châteaux et de dunes\nDerrière qui sombrent, une à une, les lunes\nLa vieille terre que tu côtoies\nOù mon âme attendait ta venue aux pavois.\nDoux vent, apporte-moi de la Mer et des Iles\nL'écho de ta voix douce aux soirs de mers et d'or\nDoux vent, apporte moi comme un oiseau du Nord\nQuelque rameau fleurir à mes jattes d'argile;\nDoux vent, chasse du fouet de tes lames montantes\nCelles qui dansent sur la plage et dans le bois\nEt brise aux durs rochers qu'offensent d'autres voix\nLe stérile rire des conques éclatantes;\nDoux vent, sois ma tristesse et mon ame chagrine\nEt mon songe courbé sur un atre sans or,\nSois le doux oiseau blessé que sur sa poitrine\nBerçaient les nuits d'Hamlet en ses chateaux du Nord.",
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     "texte": "251\nVI\nPar delà les fleuves taris\nFabuleusement anonymes\nGesticule aux jardins fleuris\nLe jeu sans parole des mimes.\nDes éventails et des épées\nDes saluts et des préambules\nEt des lèvres de priapées\nEn des teints blancs de crépuscules.\nLe long des fleuves innomés\nAu jardin de désuétude\nOù dans l'effeuillement des Mais\nLe thyrse de l'an se dénude,\nEn robes follement flories\nDe rosaces pour la chimère\nOù se cachent des pierreríes\nMourir leur gloire qui s'altère,\nL'aphone parade des mimes\nPar groupes impairs évolue\nEn masques de fards anonymes\nUn rite de fable perdue!\nHENRI DE RÉGNIER",
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     "texte": "TABLEAUX\nExposition de M. Claude Monet, Paris, Galerie Georges\nPetit, 8, rue de Sèze.\n5º Exposition de la Société des Artistes indépen-\ndants, Paris, 84, rue de Grenelle.\nSur ces quelque cent cinquante numéros on suit sans\nlacunes, depuis l'origine (vers 1863), la vie artistique de\nM. Claude Monet. Ce sont d'abord des plages, et il s'évertue à\nen nombrer les galets et les vagues. Hors de ce métier étroit,\nun sûr instinct de valoriste le guide et si, avant d'évoluer en\npleine indépendance, il se laisse actionner, ce ne sera par des\nDecamps ou des Troyon, mais par Corot. Déjà, par des gammes\ndélibérément restreintes, il confère à ses tableaux une unité\nqu'il excellera plus tard à produire par la coordination de cou-\nleurs distantes. Au rendu des grandes lumières se dédie bientôt\nson ambition. Ses premières tentatives dans ce sens anémient\nun instant les qualités qu'il avait antérieurément acquises, et tels\nde ses tableaux de 1871 sont un peu boîte de bergerie. Dix ans\naprès les débuts, sa personnalité est émancipée. Avec Degas,\nCamille Pissarro et Renoir, il réagit sur Édouard Manet dont il\navait d'abord subi l'influence. Constamment astreint à un direct\ntravail d'après les eaux, les champs, les ciels, son œil est devenu\nd'une acuité perçante. Son pinceau imbrique les toiles d'une",
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     "texte": "TABLEAUX\n253\ncohue de touches, dont les pâtes tressées en filets d'agate main-\ntiennent trop peu longtemps leur spécieuse finesse parmi le\nconflit chimique des piginents. De la période 1878 seraient ses\nœuvres les plus atmosphériques. Il put craindre que ces effets\nde plein air impliquassent une décoloration de la palette, et sa\npolychromie s'exaspéra: furent réalisées ces magnifiques har-\nmonies queue de paon des récentes années; cependant sa ma-\nnière s'alourdissait : les Belle-Isle (1886) et les Creuse (1889)\nmanquent d'air et de clarté. Jardins fleuris de Vétheuil, fulgu-\nrants damiers de la Hollande des tulipes, apparitions hagardes\nde locomotives au sortir des gares, vifs bariolages du Paris en\nfête, débâcles de la Seine, magiques configurations d'Antibes\nsur les monts améthyste, dans les oliviers et les pins parasols,\nla côte normande, la côte bretonne,\nla variété de tant de\ntableaux est affaire de géographie et de calendrier. Nulle part la\nquiddité d'un paysage restituée d'une façon inattendue ou fer-\nvente: partout la joie d'un beau peintre, devant des couleurs\nà transférer de la nature sur la toile; l'exaltation de vertus\nvulgaires; tous les prestiges d'une exécution merveilleuse irra-\ndiés sur une banalité lyrique; et cette beauté extérieure, immé-\ndiate et impudente. Immobiliser l'instantanéité d'une série de\nchangements à vue, M. Monet conçoit ainsi sa tâche; M. Théodore\nDuret, M. Charles de Meixmoron, M. Octave Mirbeau nous le\nbiographient jonglant avec ses châssis et bousculé par les\naulans; or, de cette œuvre, dont le programme allèche par trop\nde promesses de diversité, émane quelle monotonie.\n-\nAujourd'hui, les seuls représentants du vieil impressionnisme\nsont M. Monet, M. Sisley, M. Guillaumin. Les débutants inquiets\nd'impressionnisme se rallient, les uns, comme MM. Émile\nBernard et Charles Laval, au dissident Paul Gauguin; les autres,\nplus nombreux, à Camille Pissarro et à MM. Seurat, Signac,",
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     "texte": "254\nLA VOGUE\nDubois-Pillet et Lucien Pissarro, qui formellement basé sur les\nlois de l'harmonie et du contraste et sur la division scienti-\nfique du ton leur peinture: peinture néo-impressionniste, — ού.\nencore, peinture optique, puisqu'elle spécule sur le mélange\noptique qui tend vers la clarté et réprouve le mélange pigmen-\ntaire qui, à la limite, aboutit au noir.\nEn face de spécimens d'un art qui lui serait brusquement\nrévélé, - le Japonais, par exemple, - le public percevra des\ncaractères généraux; mais faute d'accoutumance et de termes\nde comparaison, il sera inapte à discerner les individualités et\njuger identique un oiseau de Nosan à un oiseau d'Hokusai, une\nfemme d'Yeishi à une femme d'Outamaro. On ne distingue pas\nl'un de l'autre Seurat, Pissarro, Signac, — et il faut voir là une\nvérification de ce fait qu'ils intronisaient bien des formes et des\nvisions nouvelles.\nLes CONFESSIONS OF A YOUNG MAN de M. Georges Moore mon-\ntrent ce que pensaient les promeneurs, il y a trois ou quatre\nans, de la queue en cor du singe de LA GRANDE JATTE, le premier\ntableau où se formula le néo-impressionnisme:\n-\n« Il est près d'une heure; levez-vous. Quoi de neuf ?\n• Aujourd'hui c'est l'ouverture de l'exposition des Impression-\n< nistes. Nous allons manger un morceau au coin, chez Durand,\n< et nous irons la voir. J'entends dire que Bedlam n'est rien à\n< côté; il y a une toile de vingt pieds carrés et en trois teintes :\n< jaune pâle pour la lumière du soleil, brun pour les ombres,\n< et tout le reste bleu de ciel. Il y a, m'a-t-on dit, au second\n< plan, une dame se promenant avec un singe à la queue re-\n< courbée en forme d'anneau, et on dit que cette queue a trois\n< yards de long.\n< Et de nous gausser de ce groupe d'enthousiastes qui gâtait,\nde gaité de cœur, tous les charmes de ce monde, dans l'espoir",
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     "texte": "TABLEAUX\n255\nde créer une nouvelle esthétique. Et nous voilà à l'exposition,\nair insolent, souliers à la mode, gants clairs de chevreau, arinés\nde tout le jargon de l'école: Cette jambe ne porte pas... Ja\n< nature ne se fait pas comme ça... on dessine par les masses...\n< combien de têtes... sept et demi... Si j'avais un morceau de\n• craie, je mettrais celle-là dans un bocal, c'est un fœtus... >\nDepuis, l'éducation du public intelligent s'est faite. Le groupe\ninitial se composait, nécessairement, d'hommes de talent: leurs\ntoiles étaient d'éloquence communicative, pouvaient résister\naux plus taquines enquêtes; enfin M. Camille Pissarro apportait\nà ces jeunes peintres son autorité incontestée. Mais aujourd'hui\non peut craindre que le hâtif visiteur des expositions, trompé\npar de grossières similitudes de costumes, s'attarde à des\nœuvres de beaucoup de bonne foi et de moins de génie, et qu'il\ngénéralise.\nEnviron cent-vingt peintres exposent aux Indépendants.\nParmi eux se cataloguent les principaux néo-impressionnistes,\nsauf M. Camille Pissarro, qui se tient à l'écart des bagarres\njuvéniles, M. Charles Angrand, qui pourtant exposait ici les\nannées précédentes, et quelques étrangers, Théo Van Ryssel-\nberghe, Willy Finch, Anna Boch.\nA la confection des tableaux de MM. Seurat, Signac, etc., ne\nparticipent que les couleurs prismatiques. C'est dire que, sup-\nposées les couleurs fournies par les tubes échelonnées sur la\npalette dans l'ordre du prisme, on n'unira jamais que les cou-\nleurs consécutives: et la bande spectrale, ainsi restituable sans\nsolution de continuité, sera, sur tout son parcours, susceptible\nde s'élargir par l'intervention du blanc, de façon à constituer\nun rectangle chromatique qui serait au cercle chromatique ce\nqu'est un planisphère à une mappemonde.\nM. Seurat sait bien qu'une ligne, indépendamment de son",
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     "texte": "256\nLA VOGUE\nrole topographique, possède une valeur abstraite évaluable.\nDans chacun de ses paysages les formes sont gouvernées par\nune ou deux directions appariées aux teintes dominantes et avec\nlesquelles les lignes accessoires sont astreintes à contraster.\nQue l'on remarque, dans LE CROTOY (APRÈS-MIDI), cette bande de\nsable qui délègue des coins vers le littoral, et ce nuage à figure\nde méduse ou de champignon qui laisse choir des filaments\nverticaux sur l'horizontale du fond: ce sont sensiblement des\noppositions à angle droit; mais ce sont de telles oppositions\nque prodigue M. Jules Chéret, et peut-être leur doit-il l'effica-\ncité de ses affiches. Si nativement loyal, l'art de M. Seurat\nsonge à peine à dissimuler ces recherches, et la plausibilité des\nspectacles en pâtit. Les nuées conchoïdes du CROTOY (MATIN)\nsont peu persuasives. On voudrait moins ankylosés les person-\nnages qui circulent sur le quai de PORT-EN-BESSIN : Si l'allure du\nbaby errant est charmante et vraie, le vague douanier et la\nporteuse de fagots ou de varech restent improbables; ce doua-\nnier, nous le connaissons depuis deux ans : il était régisseur\ndans la Parade du inême M. Seurat.\nCes deux CROTOY sont séparés du grand cadre blanc par une\nbordure peinte sur la toile même : une telle disposition sup-\nprime les barres d'ombre que porterait un relief et permet de\ncolorier ce cadre au fur de l'exécution du tableau. Ce cadre est\nphilosophiquement blanc, puisque seules y sont marquées les\ncomplémentaires qu'émettent les couleurs limitrophes. A ces\nréactions normales, M. Seurat ajoutait, l'année dernière encore,\nun autre élément: le bleu ou l'orangé solaire, suivant que la\nlumière tombait sur le paysage d'arrière en avant ou d'avant en\narrière; on ne peut que le louer d'avoir renoncé à ces pra-\ntiques: elles provenaient de cette choquante et barbare hypo-\nthèse, -- l'existence réelle du cadre. C'est sur la bande coloriée",
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     "texte": "TABLEAUX\n257\nque M. Seurat trace en pâles lettres son nom. Pour parachever\nla toilette de ces tableaux, il faudrait les mettre sous glace\net substituer un monogramme à une signature toujours trop\nlittéraire.\nTrès différents au début, l'un d'une gaité véhémente, l'autre\ntaciturne un peu, M. Signac et M. Seurat atténuent momen-\ntanément leur disparité essentielle. Leurs marines, à l'égal les\nunes des autres, sont transparentes, calmes, d'une technique\nrigoureuse, d'une maîtrise complète.\nLes paysages de M. Signac, à la direction diagonale, aux\narêtes souvent rectilignes, aux angles pointus fourniraient les\nplus beaux prétextes aux mensurations d'un Charles Henry. Plus\nque les Op. 180 et 190 (car il les numérote au pinceau), qui sont\nd'août et de septembre 1888, nous aimons l'Op. 198, CASSIS\n(BOUCHES DU-RHONE), daté de mai 1889, et riche de promesses\nd'art nouveau. La vigueur de la forme, l'extension décorative,\nde larges nappes en dégradation régulière apparentent ce\npaysage maritime aux paysages de lacs des Japonais: et le ja-\nponisme possible de ce tableau ne doit rien au Japon, n'est\nqu'une étape du développement logique de M. Signac. Devant\ncette œuvre séduisante on songe une minute, par sympathie\nindécise, à ces majoliques, les pésariennes, je crois, où gisent\nsi purs le jaune et le bleu dans un émail stannifère qui laisse\nsauteler au clapotis de ses nacrures le vert, le rouge et l'or.\nLes couleurs locales, les réactions des couleurs, l'éclairage,\nl'ombre, ces éléments entre lesquels se répartissent les touches\nguttiformes d'un tableau néo-impressionniste, M. Dubois-Pillet\nparfois les complique. Dans les volutes des nuages de sa VOIE\nFERRÉE: parmi le violet de l'ombre et l'orange solaire, un vert\ns'immisce, < passage entre les deux autres couleurs. Quels\nque soient les dessous de son art, M. Dubois-Pillet propage avec",
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     "texte": "258\nLA VOGUE\nune éloquence déliée sa spéciale vision d'une nature adoucie par\nune mouvante et très transparente gaze. Entre deux haies de\npoteaux télégraphiques et de disques d'alarme, sur des rails\nqui, parallèles depuis des stations lointaines, divergent aux\nabords du cadre, progresse un train, et, là-bas, une svelte che-\nminée d'usine fumèle.\nLa mise en page de M. Dubois-Pillet\na toujours quelle élégance. Sur un petit tapis rond, hors du\ncylindre d'un vase vert, se serrent les marguerites d'un\nbouquet rose et blanc. Et ce capitaine Hédet aux yeux\nglauques.\n-\nLes terres, ces vieilles terres, se retrouvent sur la palette de\nM. Maximilien Luce, et on leur imputera l'aspect érugineux,\n- malgré les violets, - et lourd de ses tableaux. C'est Paris\nencore, vu du Pont-Neuf: sous un ciel effiloqué par mille tuyaux,\nle quai de la Mégisserie et les tendelets de ses magasins, les\nzincs en efflorescence tropicale du bateau de la Samaritaine, le\npont couvert de piétons et de véhicules, et la Seine. Mais c'est\naussi deux paysages aux arbres touffus, aux chaotiques firma-\nments sulfureux. Malgré son ton farouche, sa rude vigueur et\nle procédé nouveau, M. Luce est, comme était Vallès, un artiste\nstrictement classique: tout le montre tel dans ses paysages\npeints, et dans l'album de lithographies qu'il publiait récemment;\nextériorités écartées, son ÉTUDE double le Buisson de Ruysdaël;\net les créateurs, les révolutionnaires seraient ces peintres pa-\ntients, sereins, limpides, que nous avons nommés.\nSi foncière et authentique que soit l'originalité de tel et tel\nnéo-impressionniste, leur technique a dû influer sur le dévelop-\npement de cette originalité, ou, mieux, sur son orientation.\nPour Camille Pissarro était impossible sans heurt ce jeu d'accom-\nmodation entre son art, immuablement fixé par tant de chefs-\nd'œuvre de sa vie déjà longue, et la jalouse technique qu'il",
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     "texte": "TABLEAUX\n259\nadoptait en 1886. Ayant accru sa lucidité d'analyse dans cette\nexpérience, il revint donc, en le modifiant un peu, à son ancien\ncrépi de touches inextricables.\nCes fluctuations, M. Lucien\nPissarro les subissait en même temps.\n-\nSon succès aux Indépendants est de bon aloi; plus dégagé\nde souvenirs trop littéraux, ce jeune peintre serait plus ap-\nplaudi.\n-\nROUTE NATIONALE A Gisors: au premier plan, les ombres habi-\ntuelles de M. Lucien Pissarro bleutent le pré et la route, des\nombres nettement tracées, comme sur une épure de descriptive,\net projetées par des arbres qu'on ne voit pas; disparaissante,\nune voiture dans la poussière. A peine incriminerait-on la molle\nsilhouette des arbres sur le ciel.\nLe modelé du visage (au\nprofil hébraïque, aux courbes cils) et la chevelure où l'air pé-\nnètre et qui luit au frolis du jour, dans le PORTRAIT de Mlle J(eanne)\nP(issarro), sont de fine, de savoureuse exécution; mais les\nombres des mains (ces mains si joliment établies dans leur\nperspective difficile), salissures; le rideau bleu veut submerger\nla robe; les plis de ce rideau sont dirigés dans le sens général\nde la composition, que, par conséquent, ils attristent.\nL'obélisque, les poteaux à banderoles, les lampadaires, la\ntour Eiffel découpent le ciel en lanières, un camelot agite la liste\nofficielle de la meilleure loterie autour de chapeaux empana-\nchés et d'ombrelles, des gens et des attelages remuent dans un\npoudroiement: place de la Concorde à cinq heures. Les person-\nnages décapités par le cadre sont trop ceux de LA PARADE de\nM. Seurat. Les colorations sont arbitraires : on ignorera tou-\njours pourquoi tant de taches vertes se sont abattues sur le sol.\nLe tout, grisâtre et sans décision. Grisâtre aussi et débilement\ndessiné, ce paysage de rivière. Mais le troisième tableau de\nM. Hayet est des plus beaux qu'aient produit les impression-",
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     "texte": "260\nLA VOGUE\nnistes: l'après-midi, un vallon, aux cultures très morcelées ; un\nhaut arbre s'épanouit au ciel de nuages et de soleil en soudain\nbouquet de feuillures; l'avant-plan est superbe. Et, sur\ncet exemplaire, il est licite d'attendre de M. Hayet, qui pour\nla première fois croyons-nous expose, une série d'œuvres so-\nlides et personnelles.\nLe PRINTEMPS, de M. Gausson (métairies précédées de pom-\nmiers et derrière lesquelles se haussent des arbres aux branches\nen faisceaux) est d'un gracieux ton argentin. M. Gustave\nPerrot est très en progrès sur ses premiers essais impression-\nnistes: comme arguments, Son PORTRAIT de femme peint\nsur bois à la détrempe et son DE VILLEJUIF A LA BUTTE-MONT-\nMARTRE. Pourquoi ces deux peintres balafrent-ils leurs ta-\nbleaux de signatures à paraphe?\nSous le titre Études, un nouveau-venu, M. Filliger, présente\ndeux petites aquarelles pointillées. Une comparaison entre les\nvaleurs des plans extrêmes leur serait funeste si elles n'avaient\ntant de fraicheur et de distinction. L'une, un village devant\nune montagne proche; l'autre, un flanc de côteau zébré de\nbandes orange et de bandes vertes. sous ciel lilas.\nCes peintres épris de peinture optique seraient seuls à justi-\nfier l'existence de la Société des Artistes Indépendants, si cette\ndisparate confrérie ne recensait MM. Anquetin, Lemmen, de\nToulouse-Lautrec et Van Gogh.\nLes IRIS de celui-ci déchiquètent violemment leurs pans vio-\nlets sur leurs feuilles en lattes. M. Van Gogh est un amusant\ncoloriste même dans des extravagances comme sa NUIT ÉTOILÉE :\nsur le ciel, quadrillé en grossière sparterie par la brosse plate,\nles tubes ont directement posé des cones de blanc, de rose, de\njaune, étoiles; des triangles d'orange s'engloutissent dans le",
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     "texte": "TABLEAUX\n261\nfleuve, et, près de bateaux amarrés, des êtres baroquement\nsinistres se hâtent.\nDeux très fermes académies seraient d'un bon élève de dessin\nde Félicien Rops, mais qui pour ne pas ressembler au maitre,\nchoisirait de laids modèles. Elles sont exécutées à longs traits\nde sanguine parallèles aux membres comme pour imiter en\ntrompe-l'œil des statuettes de bois. Habilement, aux omoplates,\naux fesses, aux genoux, M. Lemmen ménage des lumières,\nrottées au blanc de gouache; et le modèle debout à gardé la\ntrace de la jarretière.\nDes valeurs peu soucieuses d'obéir aux injonctions du dessin,\ndes colorations salies d'encre, c'est la peinture de M. de Tou-\nlouse-Lautrec. Ce joli profil de jeune gigolette à la colerette,\nyeux malins un peu troublés d'alcool, un autre profil, porcin,\nune anguleuse tête d'Alphonse homme de loi, le raccourci ver-\ntical de deux petites Pellegrin qui tournent, les mouvements\nde patinage d'un danseur échassier, et ce municipal qui gour-\nmande pathétique un glacial jeune homme aux mains plon-\ngées dans un ulster dont le col relevé va rejoindre les bords du\nchapeau : en cela réside l'intérêt de son BAL DU MOULIN DE LA\nGALETTE. Il a répudié le diabolisme macabre et ses hostiles\nfemmes à décor de plantes pharmaceutiques, euphorbe, rhu-\nbarbe. Il a feuilleté Forain et médité Degas, et ne les démarque\npas.\nL'hétérogène M. Anquetin exhibe une FEMME EN PLEIN AIR,\nquelconque, une FEMME A LA TOILETTE, d'un dessin savant et pré-\nmédité, et un très décoratif ÉvenTAIL que voici: dans les verts\net les bleus à teintes plates des aquarelles hindoues, une\nfemme agenouillée cueille des fleurs palustres; une autre est\nassise, deux ruisselets de cheveux descendent entre ses seins;\nune autre se peigne; une autre est étendue sur l'herbe; il y a",
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     "texte": "262\nLA VOGUE\nmême deux tigres : l'un boit, l'autre bondira; et tout concourt\nà favoriser le déploiement de l'éventail : ces toisons blondes en\nauréole, ces robes en flabellum, ces arbres en glissants domes\nd'argent et d'or en fleurs.\nFÉLIX FÉNÉON",
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     "texte": "SOUS LA NUIT\n:\nFleuves d'amours imperturbées\nOù j'ai lavé le carnage de vivre;\nCiel de clartés dont la splendeur délivre;\nMers de douceurs aux lointains courbées\nVers des pays dont le nom vague enivre.\nUne heure encore: la route est courue\nDes petits désirs et de vanité,\nMon âme est forte et fut secourue\nPar des baisers de joie en des soirs d'été :\nEt je sais mon cœur pour avoir été.\nLa lune, là-haut, dans le soir, claire et fine;\n- De son arc bandé quelle étoile filante\nA rayé la nuit d'une flèche divine?\n-\nOn dit: la Vie est brève; non : la Mort est lente;\nEt chaque heure qu'on meurt de sa douleur affine,\nEt le vague avenir se devine\n- Que la Mort est lente!\n-\nFRANCIS VIELE-GRIFFIN",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\nSi elle ne possède les œuvres maîtresses des Cimabue, des\nMantegna, des Van Eyck, des Memling et des Botticelli; si elle\nne se pare du spécieux symbolisme des uns, du réalisme ardu\ndes autres, ni du mysticisme plastique qu'évoqua sur ses\nfresques le divin Sandro, la capitale de la Lorraine détient une\nriche collection de toiles datées de ces époques heureuses où\nl'art, encore ignorant des sauces complexes et des acrobaties\nd'oppositions colorées, se vouait à la tâche hautaine d'enclore,\nsous le symbole des formes de nature, le dogme d'une sensibilité\nféconde.\nL'examen des panneaux recueillis par la piété des artistes de\nLorraine, ne fait pas connaître de plus ancien travail qu'une\nSainte Famille attribuée à Verrochio, qui enseigna au Pérugin\net à Vinci. En dehors de toutes suppositions, on ne saurait nier\nla ressemblance évidente qui lie à la méthode du mage florentin\nl'arrangement de ce tableau, sa vierge médiane encadrée de\ndeux figures angéliques, la face exquisement expressive du\nprincipal personnage, ce sourire unique, merveilleux, dont hérita\nle Vinci, et où il sut mettre l'âme pensée par son génie. La\nlèvre se retrousse vers les commissures, légère moue féminine\ntout empreinte, tout éclatante de compassion amoureuse, de\npitié adorante pour le bambino divin; il s'y marque à la fois une",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n265\nadmiration étonnée devant l'œuvre de maternité, et la crainte\nsouffrante de malheurs possibles, d'un Calvaire futur pressenti.\nC'est aussi la même richesse sourde des tons verts gradués har-\nmonieusement depuis les vagues de draperies jusqu'aux trans-\nparences un peu glauques des chairs, cette verrerie mate des\nvisages, inaccessible nuance qui note sur le derme la douce\nfatigue d'une âme méditative, essentiellement éprise des féeries\nintérieures créées par l'intelligence.\nLa toile du Vinci, le Sauveur du Monde, encore qu'elle ne soit\npas des meilleures, signifie de grandes choses. Deux doigts\nlevés en geste d'initiation, ce Christ à longue figure d'ascète, les\nyeux vers la splendeur de l'univers animé par son essence,\nindique du geste, comment les harmonies rythmiques gou-\nvernent les apparences du monde. Les yeux du Christ sont tout\ndans ce tableau par l'expression d'au-delà qu'ils conservent,\névoquant la multitude des oracles et des lois et les merveilles\ndes raisons morales. Car il ne faut point omettre que le Vinci\nfut initié de bonne heure aux secrets des sciences occultes, à la\nphilosophie cosmique transmise par les traditions chaldéennes\njusque chez les hommes de son temps, et que ses toiles re-\ntracent, soit des pantacles, c'est-à-dire des groupements de per-\nsonnages symbolisant l'alliance ou l'antagonisme des forces\nnaturelles. soit des portraits d'extatiques, dans lesquels il a\nvoulu rendre la béatitude de la volonté contemplant les beautés\nde sa création mentale.\nLe Pérugin s'écarte fort de cette hauteur de pensée; il déchoît\net s'attache plus à la traduction du phénomène matériel. La\nVierge à genoux près de l'Enfant divin, est un chef-d'œuvre\nparmi les travaux connus du vieux maître. Jamais le dessin n'a\nété plus synthétique, la couleur plus chaude et plus éclairante.\nL'ombre mystérieuse qui voile les personnages du Vinci a dis-",
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     "texte": "266\nLA VOGUE\nparu. Voici le rayonnnement d'une nature jeune, des forines\namples, un ciel intensément bleu; les anges eux-mêmes s'ani-\nmalisent et prennent des ailes écailleuses comme la croupe d'un\nreptile. La peinture se fait plus militante, approche des homines,\ndescend aux parfums d'une santé forte, ne garde de la majesté\nprimitive qu'une mystique solitude dans les lointains, et la\nténuité embryonnaire des arbustes qui se dressent graciles,\nsans ombre possible, afin de ne pas soustraire au croyant la\nplus minime parcelle de lumière céleste.\nAvec le Fra Bartolomeo, nous laissons la synthèse de la ligne\nune, enserrant dans ses souplesses les carnations fermes à\nteintes plates, les masses de clair ou d'ombre manifestées d'une\nseule venue. Mieux passionné du détail, l'art explore et décrit,\ns'éprend des finesses, caresse longuement le modèle. Les mains\nde la Vierge lisant offrent, sous l'opposition du livre écarlate,\nde belles et douces mains d'amoureuse, aux ongles coquets et\npolis, aux belles rondeurs grasses.\nDans la passable copie du Ganymede de Michel-Ange, la lutte\nse précise: l'anatomie saille sous le derme sacrifié; les villes\ngisent parmi la blafardise de l'air que terrifie la vigueur du dieu\napparu dans l'emblémature d'un aigle géant; l'attitude de\nl'éphèbe s'alanguit; les courbes s'affinent; le coloris jusqu'alors\nchoyé du peintre pour ses intensités de valeur, s'atténue au bé-\nnéfice d'une action complexe, tordue, multiple.\nSi le Guirlandaïo tente la simplicité du sujet, s'il peint une\nVierge glorieuse, en bonne odeur de pureté, et en pudeur\nd'enfant naïve, les robes des anges, l'une d'or, l'autre de splendide\nétoffe rose, ne failliront point à servir un thème qui fera excel-\nlemment paraître la virtuosité du décorateur.\nAinsi, dans la Trinité de son élève, Granacci, tout converge\nvers l'admirable torsion de l'enfant Jésus à demi-détourné, plis-",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n267\nsant sa hanche par une hardiesse de posture qui défiait l'art des\nplus habiles. Les bras levés laissent libre la courbe entière du\ncorps, la ligne ferme de la jambe, aussi bien que l'expression\nvieillotte du nouveau-né qui se refuse en une moue colère. Mais\nle peintre s'y exprime davantage encore, lui, sa peine, son talent,\net son ambition d'être su pour la gloire.\nMoins soucieux de l'effet, André del Sarto traduit de simples\nmélodies de couleurs tendres accouplées dans un dessin sans\ndéfaut. Le Tobie guidé par l'Ange présente deux délicates filles\nqui s'acheminent vers des pays de paix et conversent en ro-\nmances de Trouvère.\n:\nDernier peintre né dans le XVe siècle, le Sodoma inaugure une\nphase plus troublante. Il se libère des traditions. La sombre et\nmilitante époque du XVIe siècle va imprimer à l'art lui-même\nses inquiétudes et l'influence de son âpre philosophie.\nLe Crucifiement est une savante combinaison de lignes, de\ndirections mathématiques, où se révèle l'amour de la courbe, où\nl'humanité s'efface, en tant qu'individuelle, où elle se dénonce\nfranchement, simple prétexte de sensations esthétiques, simple\nmotif de jeux de lumière. Il est remarquable de constater par\nquelle science le groupe s'élève des vagues formes éplorées,\naffaissées au pied de la croix, avec la seule tentative de têtes\nsurgissantes et tendues. Puis, au long des échelles fixant le\ntriangle de direction, deux corps se crispent: l'un soutient le\nDieu; il s'amasse, les muscles se bossèlent, les orteils s'agriffent,\nla figure grimace à la tâche; plus haut, les chairs du crucifié\npèsent et retombent malgré les tensions des deux hommes\njuchés aux bras de la croix avec lesquels ils se confondent vers\nle sommet du triangle. L'effort est fixé, la direction prise; le\nsacrifice du Rédempteur est réduit à son schéma mathématique\net lumineux.",
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     "texte": "268\nLA VOGUE\nII\nLorsque, pendant toute une époque, l'art des peuples s'est\névertué pour anoblir les apparences de la nature, et pour tra-\nduire sous les phénomènes très rares du beau spontané les plus\nallières évocations de la pensée religieuse ou métaphysique,\nlorsqu'il a touché au but de l'œuvre esthétique, à la pure har-\nmonie des courbes goûtée dans la sensation de synthèse absolue,\nl'homme heurté à la limite suprême où se borne l'intelligence,\nse lasse et revient à la contemplation de soi. Mais comme il a\ndéveloppé toutes les impressions possibles selon la méthode\nidéa e libérée des influences extérieures, il s'adonne à pour-\nsuivre la méthode contraire, l'étude des formes immédiates de la\nvie: le réalisme.\nTel fut le rythme de réaction où s'engrena l'art hollandais\nlorsque ses peintres eurent connu l'idéalisme italien.\nL'existence matérielle, active, tapageuse et révolutionnaire\ndes Flandres, devait produire une manifestation artistique plus\nexpansive. Le mouvement des foules, la brusque mobilité des\nvisages, les projections du geste, la multiplicité des attitudes\nmêlées et combattantes tentèrent surtout la santé des coloristes\nflamands.\nMème lorsqu'ils n'exprimèrent aux genoux de la Vierge que\nles portraits des donateurs de triptyques votifs, ils surent tracer\nsur les figures le duel du temps contre l'homme, et inscrire, dans\nles postures et sous les rides, la victoire des préoccupations\ncoutumières.\nL'admirable tableau de Van Hemsen, les Vendeurs chassés du\nTemple, est plein de cet enthousiasme pour la vie du corps.",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n269\nLa face du Christ, laide plutôt et vulgaire, commande par\nl'impérieuse fixité de sa physionomie calleuse. La tension du\ncou, le mouvement précipité de la stature, la musculature impres-\nsionnante du visage, revèlent une sûre observation de la méca-\nnique animale. De même, la figure cireuse de la vieille servante\nau Hennin, qui gare son panier de la bousculade, se magnifie et\nsaille sur la confusion des attitudes par l'extraordinaire sincérité\nde son anatomie. Si l'on examine le jeu des couleurs, ce même\nsoin du complexe et du véridique se manifeste aussitôt. La main\ndu Christ menaçante, féminine un peu, mais couturée par d'ha-\nbituels labeurs, tient en elle toute une gamme de tons précieux,\nviolatres aux ombres, luisants aux touches claires, qui donne\nune très belle sensation de raccourci, où la dextérité de l'artiste a\nvoulu cette difficulté même de le faire paraitre et en premier plan.\nLa plus remarquable qualité de Van Hemsen, c'est justement\nd'avoir rassemblé, prévu et signifié, pour ainsi dire, les princi-\npales manières de l'art entier des Flandres.\nLes marchands, renversés jusque sur le cadre de la toile,\nprésentent les chairs rubicondes et pléthoriques de certains\nRubens; aussi bien par l'exactitude des convulsions notées que\npar la chaleur du coloris appliqué aux épidermes joufflus et\nsaures. Les deniers qui s'écroulent des coffres ont la ténuité, le\nfini, le brillant des métaux que traita Quentin Massys, un presque\ncontemporain de Van Hemsen.\nL'architecture de la basilique, si riche, si élancée, avec sa\nhautaine impression d'étendue et le miracle de ses colonnades,\nde ses dentelles, de ses rosaces gothiques, répète, par une rémi-\nniscence heureuse, les plus soigneuses conceptions des Van\nEyck. En sorte que, dans ce panneau, trésor du Musée de Lor-\nraine, toute la vie artistique d'une race se trouve symbolisée et\nproduite.",
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     "texte": "270\nLA VOGUF\nLe sujet lui-même disait assez haut la vie des Flandres, la\ndescente tumultueuse des corporations souvent courroucées\ncontre leurs échevins, et infligeant aux compteurs d'or le chati-\nment des prévarications, des traîtrises politiques connues ou\nsoupçonnées, de tous les méfaits qui eussent pu valoir des\nsouillures au Temple civique. Ce Christ, maigre et dur, c'est bien\nle peuple de la Flandre, le sombre lutteur des polders combat-\ntant la fureur de l'Océan et gagnant pied à pied le sol des se-\nmailles nourricières.\nJamais l'existence contemplative de la féline Venise n'eût\nfourni de telles œuvres.\nLe Tintoret fut le peintre le mieux imprégné de cet esprit\ntantôt astucieux et dramatique, tantôt tout floré d'élégances et\ntout sonore de fêtes langoureuses. Par le meilleur hasard, le\nMusée de Lorraine possède les deux manifestations de ce carac-\ntère mystérieux.\nLa Diane chasseresse sonne une suave harmonie de vert et de\nrose, un andante mélodieux et pervers où les lignes graciles,\nles formes androgynes des nymphes galopantes, fixent le thème\nprincipal de la mélopée, selon les deux notes maitresses des\nroses tuniques diaphanes sur les corps aux ombres d'éme-\nraude.\nDe ces directions humaines, de ces gestes de chasseresses\nfolâtres, la symphonie monte, s'élève, se gradue, passe à toutes\nles ténuités du glauque cristallin, où s'emboivent les collines,\nles boulingrins, les charmilles, la ville elle-même qui semble\nfixée dans une atmosphère atténuante, dans une armure de\nverre. Alors, la rivière sinueuse fuit avec des courbes de\nhanches, se tord dans des reflets mauves, remonte à la seconde\npartie du thème, au firmament de nacre rose que reflètent les\ncoquetteries des ondes. Le ciel écume comme une mer mytholo-",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n271\ngique, une mer troublée par la naissance prochaine de que que\nVénus adamantine. Les stratus s'y allongent selon des poses\namoureuses, des floconnements de vagues murmurantes; et la\ngrève, la plaine firmamentale saisie à l'heure indécise d'une\naube, s'étale en un dome pers, uniformément pers, vert-\nbleuâtre, bleu-verdâtre, qui ravit par la profondeur de ses\nperspectives.\nAu contraire, le Christ au tombeau est une œuvre toute\nd'action, sans décor. Le drame est si intense que le paysage n'en\nsaurait distraire. Voici seulement la lumière du corps divin\ns'irradiant vers les gestes des ensevelisseurs, vers la douleur\nmortelle des saintes femmes. Dans le deuil de l'air, l'action se\nhâte; les gémissements s'étouffent, les chevelures ondoient, dé-\nnouées, par-dessus les bras des porteurs qui dérobent le ca-\ndavre du Dieu aux lèvres adoratrices. On sent que des calamités\nformidables vont tonner bientôt sur la Scène, et, dans les éclats\nde la colère Céleste, abimer l'apparition furtive...\nCes qualités de mouvement obtenues par le dessin robuste du\nmaître forment toute la valeur de la Descente du Saint-Esprit,\noù il est décent d'admirer l'eurythmie de la foule élevant les\nbras en une cadence de lumières sobres.\n1\nAvec ses tournois brillants, la splendeur des cours et des\nmœurs, les pompeupes chevauchées des guerres, et la noblesse\nde son architecture trouvée, le XVIe siècle fut, pour les artistes\ndédaigneux des symboles de volupté, l'inspirateur d'œuvres aux\nallures dignitaires et réfléchies qui semblent tenir sous la sévé-\nrité de leur allure la totale érudition du temps.",
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     "texte": "272\nLA VOGUE\nLa sainte Lucie que le catalogue attribue au Bramantino, est\nune très noble demoiselle savante aux langues grecques et la-\ntines, grande liseuse, certes, de l'Aristote récemment imprimé\nen minuscules caractères crochus, recouvert de parchemins pâles\net agrafé de fin argent.\nSous la robe de brocart vert diaprée de joailleries pesantes,\nelle s'avance comme la Junon de l'Énéide, toute contemplative\ndes féeries de sa mémoire évoquée aux vers des poètes de\nTusculum. La richesse du siècle illumine les sombres reflets\nd'or des étoffes ducales, et la figure fuyante, lisse, acérée, res-\ntreinte sur les tempes, porte le sceau de science que renferme le\ncrâne appesanti vers la nuque.\nLa sainte Cécile que peignit un anonyme de l'école de Flo-\nrence exprime de tous autres sentiments intellectuels, encore\nque sa cuirasse d'orfèvrerie et ses aristocratiques mains ‹ lon-\nguettes ne renient point l'opulence de l'époque. Dans cette\napparence de santé jeune, le corps calme et frais signifie la\nvigueur de l'âme religieuse et mystique revenue à l'essence\ndivine et nourrie du pain spirituel qui réconforte à jamais les\nâmes élues. Le col demi-coupé par le glaive des gentils, larmoie\ndu sang vermeil, discrètement, comme si la liqueur artérielle\nfigée dans l'extase de la martyre, répugnait à couler du corps\nsanctifié, tout vibrant d'harmonies archangéliques. Une impres-\nsion de béatitude extrême imprègne cette figure reprise aux\ntourments du monde et souverainement insoucieuse des plaies\ncharnelles.\nLe portement de croix, si mouvementé dans son élan de dou-\nleurs et de pleurs, que note la triste figure de la Vierge, ramène\naux sincérités de l'École flamande, à ce réalisme d'action que ne\nsut modifier le mysticisme même.\nSoumis à de pareilles aspirations d'art, Porbus, s'il peint un",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n273\nseigneur de physionomie froide et dure, ne faillira point à ins-\ncrire toutes les rides du quinquagénaire, le reflet éclatant des\nyeux glacés, les méandres ténus d'une barbe grise avec le châ-\ntoiement de ses teintes roussâtres et argentées. Et, de ces détails\nd'un faire scrupuleux, de ces calus du derme spécifiés par la\npalette, il émane la très nette sensation d'une âme d'abord\ngénéreuse que heurtèrent cruellement les maléfices des hommes\net du hasard, qui la tannèrent, la durcirent, la forcèrent à se\ncuirasser d'égoïsme et de sévères rigueurs.\nLes portraits de Clouet observent des règles identiques pour\nl'impression à traduire. Leur facture restreinte concentre encore\nmieux la vigueur des qualités exécutives.\nEt c'est merveille qu'aucune de ces effigies ne ressemble à\nl'autre malgré la parité des attitudes et du costume. Il lui suffit\nde fixer exactement la courbe d'un trait, la note colorante d'un\npoint de l'iris, pour que toute la face se construise immédiate-\nment, déduite de ce point initial par l'harmonie des directions.\nL'homme à la barette, à la méditation mauvaise, à l'air repu,\ndiffère entièrement de la figure franche et ironique qui se drape\nd'une fluviale barbe couleur de bière. Mais la plus captivante de\nces physionomies est celle de ce jeune homme de trente ans,\ndont le visage court, malaisément fleuri d'une barbe faible et\ntransparente, se renfrogne sur de sombres calculs intérieurs,\nsur l'appréhension d'entreprises mercantiles, dont le succès lou-\nvoie. Des traîtrises guettent derrière cette physionomie sour-\nnoise et insidieuse.\nLes Breughel ferment l'ère de l'art primitif. Surtout, ils ont su\nconserver la grâce des tonalités chères aux maîtres anciens : un\nréalisme de mouvement plutôt que le réalisme caricatural que\nva inaugurer Teniers, et la belle synthèse des Tintoret, des\nGiotto, des Michel-Ange.",
     "source": "OCR HathiTrust",
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     "texte": "274\nLA VOGUE\nEn sorte que leur manière, formée de laborieuses études et de\ntrès adroites expériences, parvient à saisir toutes les qualités\nusitées avant eux, du moins en ce qui concerne la technique;\ncar l'esprit de leur art demeure solidement attaché à la grande\ntradition réaliste des Flandres.\nOr, dans leurs toiles on rencontre, et pour la premiere fois\npeut-être, le paysage traité en vue du paysage, avec l'amour\nunique de la nature. Jusqu'à cette heure, elle servait de cadre à\nl'homme qui tenait toute l'importance. Encore que Van Eyck,\nMemling et Massys aient poussé à l'extrême le soin de leurs\nfonds, et atteint la perfection de perspective, les figures hu-\nmaines du premier plan sont beaucoup mieux choyées; elles\nabsorbent la majorité des rayons colorants et donnent toutes les\ndirections du tableau.\nAu contraire, Breughel restreint l'humanité au rôle de phéno-\nmène animal jetant, dans la mélodie des couleurs, sa note cha-\ntoyante et active, mais pygmée devant l'ampleur de l'étendue et\nla majesté des eaux.\nParmi les profondeurs azurées d'une atmosphère lointaine où\ns'atténuent les voiles des navires en partance, où frissonnent\nles peupliers et les ifs du rivage, ces cavaliers qui marchandent\nla marée sont bien ininimes choses, malgré leurs gracieuses\nattitudes. Toute l'attention se prend aux lucides transparences\nde l'air dans lequel se fondent eaux et terres, palpitent feuilles\net flots. Voici trouvée la beauté de la nature en elle-même sans\nle secours d'autre drame quc ses propres apparences émues\nsous l'antagonisme des éléments.\nCette seconde campagne, qui va se perdre par l'indéfini des\nhorizons jusque dans le ciel marié à ses couleurs, offre encore\nune fort agréable synchromie en bleu. Là se fardent les moulins\net les bois, les hommes, les prés et les ruisseaux. Du vert de la\n1",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n275\nrive à l'indigo du ciel le ton monte, s'affranchit, s'exaspère, de-\nvient le royal apparat d'un firmament d'été tout écailleux de\nlumière. La synthèse est obtenue; l'éther monte, enveloppant\nl'existence de la planète, et commandant ses allures. Et les ca-\nsaques écarlates des personnages, à peine mentionnent-elles les\nlabeurs humains peinant pour transformer la terre; tandis que\nplane cet étonnant épervier présenté de face par une prodigieuse\nhabileté de raccourci.\nAu seuil du XVII° siècle, l'art de peindre quittera cette sincé-\nrité. Les Poussin, les Guido Reni, les Lebrun, vont surgir qui\nnégligeront l'âme et la métaphysique pour brosser lourdement\ndes panneaux de décorateurs.\nEt, pour toujours, sans doute, sera perdue cette pure formule\nqu'appliquèrent les artistes primitifs :\nL'art est l'œuvre d'inscrire un dogme dans un symbole\nhumain.\nLes primitifs de la salle Foirel.\nI\nToutes les écoles de jadis éduquèrent d'excellents copistes,\nhabiles à retracer d'un pinceau preste et fertile les minutieuses\névolutions que l'art du maître utilisait en ses propres œuvres.\nD'où furent ces innombrables toiles point mauvaises, certes,\nmais sans originalité, que l'ignorance ou la complicité avari-\ncieuse des catalogueurs attribuerent aux protagonistes des for-\nmules picturales, alors qu'elles ne devaient leur apparence har-\nmonieuse qu'aux efforts labor eux de quelque disciple.",
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     "texte": "276\nLA VOGUE\nLe voyageur visitant les pinacothèques d'Italie s'effraye vite\ndes amas de toiles haut titrées que les ciceroni et les livrets\nindicateurs lui dénomment et lui louangent comme les produc-\ntions immédiates des Raphaël, des Titien, des Murillo, des\nBronzino et de tous autres illustres peintres. Son admiration se\nlasse. Beaucoup de ces prétendues merveilles ne suffisent point\nà susciter une émotion appréciable. Et, un peu honteux de sa\nfroideur, vaniteux toutefois de la sûreté de son goût, le voya-\ngeur feuillette les livres qui traitent la vie des maîtres d'esthé-\ntique, afin de vérifier, sur des documents certains, la légitimité\nde sa défiance. En lisant l'existence facile que les grands d'au-\ntrefois faisaient aux prètres de l'art et aux innovateurs, il induit\nfacilement quelle part restreinte le travail personnel devait tenir\ndans leurs voluptueuses journées. A comprendre quel besoin\ntravaillait ces chercheurs de la beauté éternelle, il devine le\nfacile péché qu'ils commirent de spéculer sur l'orgueil des phi-\nlistins et des pharisiens pour leur vendre des toiles d'élèves\ncorrigées par des mains glorieuses, et signées d'elles.\nAinsi se transmirent aux postérités mille tableaux célèbres,\nsans autre valeur réelle que celle aujourd'hui dévolue à l'aca-\ndémie d'un lycéen soigneux retouchée par Puvis de Chavannes.\nLa critique moderne tenta bien une sélection. Mais le crité-\nrium n'était pas commode à établir. L'antagonisme des diffé-\nrentes coleries compliqua les discussions. Bref, les choses\nrestèrent en l'état, jusque nos jours, et un grand nombre de\ntoiles anciennes, honneur de nos musées, demeurent fausse-\nment imputées à l'initiative de maîtres qui en furent au plus les\ntrafiquants et les signataires.\nPourtant la plupart des imitateurs, surtout aux époques pri-\nmitives, possédaient un talent sûr et s'asservissaient au scrupule\nde bien faire. Telle copie du XVIe siècle n'est pas indigne des",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n277\noriginaux qu'elle reproduit; telle œuvre de disciple obscur ou\ninconnu mérite parfois un plus long examen que les authen-\ntiques gâchis de certains pinceaux consacrés.\nAinsi est-il permis d'admirer la copie du saint Jérôme d'Albert\nDürer qui orne les murs de la salle Poirel. Les rouges puissants\net doux qui drapent le vieillard écrivant, l'abstruse signification\nde sa physionomie occupée, l'ivoire verdâtre du derme affaibli,\nlimé, poli par la patine du temps et l'ablution constante en de\nsubtiles métaphysiques, reculent aux lointaines apparences d'un\nmysticisme inquiétant la figure sévère et grande, toute majes-\ntueuse dans les pourpres cardinales.\nL'homme de sardonique visage qui ricane froidement sous le\nchaperon blanc, et que revêt une blanche tunique sanglée,\nsemble l'effigie certaine de ces fols qui furent les maîtres sati-\nriques de la Renaissance, grands fustigateurs des travers et des\nperversités. Quelle cour de margrave en liesse comptant ses\nducats, quels traitres aveux de courtisane princière, quel sombre\ncomplot ourdi dans l'âme sanguinaire des chevaliers, quel char-\nlatanisme du luthérien préchant d'austères homélies contre la\nsage tolérance des orthodoxes, excitent ainsi l'hilarité mauvaise\nde l'homme blanc, émacié et spécieux? - C'est là toute la mer-\nveille : un infini de suggestions complexes évoqué par le seul\nregard métallique du fol, avec le kaléidoscope versatil des âmes\ndévoratrices qui donnèrent cette époque, par-dessus tout lut-\nteuse et impitoyable.\nCette sobriété d'exécution si riche par les corollaires de ses\napparences symboliques constitua l'art du seizième siècle et sa\nsuprématie sur les esthétiques suivantes. Au reste, de telles\nqualités ne se bornèrent pas à l'esprit des œuvres; la dextérité\ndu coloriste s'affermissait par les mêmes principes.\nLa décollation de saint Jean-Baptiste, très proche des toiles\n9",
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     "texte": "278\nLA VOGUE\nprécédentes, caractérise cette dextérité. Des teintes, mortes et\nuniformes, traduisent la somptuosité des draperies d'Orient\net réussissent parfaitement à impressionner en majesté, en\nlourdeur, en magnificence. Nulle intrigue du pinceau, nulle\nsurcharge du ton, nulle savante sauce destinée à leurrer d'un\ntrompe-l'œil définitif l'admiration bénévole du spectateur. Sim-\nplement, facilement, avec la conscience d'une infaillibilité de\ntouche, les teintes se déroulent et se gonflent en harmonies\nsourdes mais prestigieuses.\nNon moins intéressantes apparaissent les pompeuses perspec-\ntives de cet appartement où languit la nouvelle accouchée\ndurant que bavardent les voisines survenues. Un jour maladif\ncoule, pénible, à travers les épaisses tentures, les meubles orfé-\nvrés, les plateaux chargés de boissons toniques, et les gestes\nimpétueux des dames qu'il atténue et gourmande.\nAilleurs voici les yeux insignes de la Vierge, tout exsangue\nde sa maternité terrible, marquée du sceau fatal des douleurs\npar où se gagnent les routes du ciel : quelque moine de l'Om-\nbrie signifia ainsi l'apparition chère à son extase coutumière;\nl'apparition où lui-même savait mettre, pour les adorer en cette\nforme divinisée, ses propres tourments d'ascète qui terrasse par\nle jeûne les rudes assauts de la chair immonde.\nQuel maître illustre voudrait renier la ligne savante et preste\nqui inscrit cette figure effilée en ses atours de brocart d'or? La\ntaille longue, liliale, se pointe gracieusement, toute délicatesse\net flexibilité; elle conclut pour la véritable synthèse des lignes\nordonnées, la belle candeur des yeux francs et doux, yeux\nlarges qui luisent dans la peau matie par la saine habitude du\ngrand air.\nL'expression farouche et méchante de la très belle femme qui\nmontre une tête coupée conviendrait bien à l'art tortueux et",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n279\ncrispé de Michel-Ange. Le pli dédaigneux de la lèvre saignante\ndit quel mépris impératif il faut avoir de l'humaine existence si\nelle entrave la réalisation du divin désir.\nSans titre et sans noms, ces œuvres d'austères laborieux\ncaptivent, vestiges uniques de belles âmes omises par l'admira-\ntion prostituée du vulgaire, et pour cela plus chères à notre\ncompassion.\nII\nLucas de Cranach expose, dans sa Mise au Tombeau, les\nplantureuses vertus du génie allemand, l'opulence d'un coloris\nradieux, la rude anatomie des formes musculeuses que l'école\ngermanique marqua soigneusement en presque toutes ses\nœuvres jusqu'à Cornelius. Les pharisiens déambulent en robes\ngarances, en somptueuses coiffures identiquement nuancées et\nd'une ridicule hauteur. La pesanteur de la lumière chaude qui\npleut sur le paysage massif, naïvement creusé en labyrinthe\npour permettre à l'artiste de fixer les différentes stations du\ndrame chrétien entre les séparations factices du décor; cette\ninsouciance de préserver le spectateur du pénible labeur\nqu'exige l'effort de reconstruire l'illusion; de tels traits signifient\nbien le caractère de la race qui donnera plus tard les allégories\npesantes des faïences de Bohème, et qui, poussé au méticuleux\net au suprême rêve, enfanta ces miraculeuses eaux-fortes de\nDürer et la musique abstraite du dieu Wagner.\nRien n'émeut davantage le sens esthétique que la sincérité\nde l'art. En de pareilles œuvres elle éclate, elle se magnifie, elle\nn'exprime pas seulement le labeur d'un esprit unique, d'un\nhabile quelconque, elle scelle toute l'intelligence d'une nation",
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     "texte": "280\nLA VOGUE\ndepuis ses origines jusqu'à l'heure où pinceaux et burins tra-\nduisirent son essence spirituelle et matérielle. Cela rassérène et\nréconforte devant l'odieuse impersonnalité en honneur chez les\nmodernes qui truellent des couleurs variées sous prétexte de\nrendre la vie. Que l'on rapproche des toiles dues au truquage\nde l'école du plein air, par exemple; que ces toiles soient le pro-\nduit de besognes américaines, françaises, italiennes ou alle-\nmandes, on n'y trouvera point, hors la signature, une empreinte\nqui réclame ouvertement pour tel ou tel esprit de peuple la\npaternité de ces brossages. La même dextérité à peindre des\ntaches de boue ou des physionomies triviales, avec, parfois, le\nsouci de concentrer de la lumière sur un point et de travailler\nen cru, sans oppositions aussi divergentes, les effets que Rem-\nbrandt inaugura, il y a deux siècles, composent tout le mérite\nde cette peinture uniforme et plate.\nQue l'on joigne au contraire des Giotto, des Van Eyck, et des\nDürer, des Mantegna, des Hemling et des Cranach et que l'on\nrecommence le même examen. Il sera difficile de ne point con-\nclure par la définition mème de l'artiste : la synthèse humaine\nde toutes forces et de tous vices d'une race dont elle retrace les\ncaractères en intégrité.\nNotre siècle en produisit. Delacroix signifie l'impétuosité et la\nbravoure ornée de la race gauloise; Manet systématise la lan-\ngueur ironique et la chlorose futée de nos ètres de déchéance;\nPuvis de Chavannes symbolise l'intelligence littéraire et la ten-\ndance harmonique du monde franc; Whistler, le mystérieux et\ndocte Whistler, sait fondre en une meine apparence les femmes\net les brumes amies de l'Angleterre.\nLes impressionnistes tentent laborieusement de fixer la vibra-\ntion lumineuse sous laquelle se manifeste toute action vitale,\ntoute attitude cosmique. Réduire l'humanité à un jeu de courbes,",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n281\nà une complexité d'entrelacs, à un pailletage de chatoyances,\nvoilà qui ne semble point banal, qui parait même fort ésoté-\nrique, voilà où excellent les Pissaro, les Degas, les Seurat, les\nSignac, les Monet, les Renouard.\nOr, le peuple de France, investi de la grande mission de porte-\nlumière social, ne laissera point s'écouler le siècle à venir sans\npromulguer la nouvelle philosophie ésotérique où se verse\naujourd'hui l'élite de ses âmes.\nEt les àmes futures sauront révérer ces noms de précurseurs,\ncomme nous révérons les âmes des vieux peintres synthétiques,\nglorieux fils de leurs races.\nCar la multiplicité des personnages évoluant dans Jours com-\npositions n'exclut point le type générique, encore que chaque\nfigure se diversifie de sa voisine.\nAinsi, le Calvaire, de Guerwiller, qui comprend un apparat\nnombreux, une troupe entière de guerriers aux armures délica-\ntement ouvrées, garde inscrits dans l'unité fluide des lignes et\nsoumis à leurs courbes les visages et les gestes gravitant vers\nla chevelure solaire de la Madone ébouriffée et coquette, irra-\ndiée en splendeurs profanes parmi le luxe des cottes et des\narmes et la douleur dramatique des suivantes. En sorte que le\nChrist, émacié et moribond, semble présider à un gala du haut\ndes bois de supplice. Dans l'obscure clarté qui choit d'un ciel\norageux sur les couleurs douces et discrètes des chamarrures\néteintes par la blafardise de l'atmosphère, maint détail délicat\net preste persiste, s'impose; les aigles des enseignes, les orne-\nments des carquois et les tas de flèches luisent spécialement\navec cet éclat terne que le temps orageux prête aux surfaces\npolies.\nLe paysage automnal de Van Ash offre une aimable, une déli-\ncate paresse des tons, des attitudes lassés, depuis les molles",
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     "texte": "282\nLA VOGUE\nprestances des ètres vagues qui reposent à l'ombre du moulin\nrosàtre jusqu'aux teintes anémiées du ciel où planent, endormis\npresque, de doucereux volatils. C'est un très bel exemple de\nsensation plane, une, livré par la scule synchronie des nuances\npassées qu'orchestra une anne éprise d'harmonies langoureuses.\nLes Breughel ont à cette exposition des toiles majeures.\nBreughel de Velours livre de brillantes symphonies en vert-\nbleu, où les deux tons en suprématie se mêlent, se dispersent,\nse marient, se condensent et s'absorbent pour se séparer encore\nsuivant les plus mélodieuses transitions.\nLes glauques, les pers, les azurs, marivaudent el tournoient\nvers les points de repère, les points d'orgue, dirait-on presque,\nsignalés par les vestes écarlates des chasseurs et les vols éten-\ndus des oiseaux. La synthèse semble parfaite chez le Breughel\nde Velours, et supérieurement traitée. L'autre Breughel s'attache\nmieux aux détails; il les engendre, les multiplie, s'y attarde, se\nperd en virtuosités nombreuses et ardues. Des paysans dansent\nallègres et minuscules autour d'un mai. Le geste, l'inclinaison,\nse notent d'un trait unique, joli toujours, savant aussi, et qui\njamais ne déchoit jusqu'à la fioriture, à cette abominable fiori-\nture qui valut une fortune et de la gloire au Meissonier; la\nnature avait pourtant si bien doué cet homme pour peindre\ndes fonds d'assiette! Cependant la terre, chez les Breughel,\nreste malgré tout la dominante maitresse. L'humanité indique\nle point de départ, la clef colorante qui déterminera le ton du\nmorceau et ses directions; et cela se magnifie, s'affine, gagne\nen amplitude jusqu'aux hanches élégantes des collines étendues\nà l'horizon et jusqu'aux panaches frisés des bois.\nFrancois Van Pool évoque en ses toiles des rêves tortionnaires,\ndes paysages de cauchemar qui arborent des végétaux en forme\nde polypiers. Du bleu tendre employé à peindre ses ciels, ses",
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     "texte": "LES PRIMITIFS EN LORRAINE\n283\nhorizons, ses ombres mêmes, il réussit à extraire une impres-\nsion de pénible blafardise ou vont mourir la joie du temps et la\nrapidité des courbes. On souhaiterait mieux connaître par ses\nœuvres, par sa vie, ce mélancolique évocateur.\nInutile de citer, sinon pour mémoire, la mauvaise Annoncia-\ntion de Porbus, qui rappelle les plus tristes travaux de\nmanœuvres pour églises rurales, non plus que les Lambrecht\net les Heemske.k, dont la manière léchée et fade de métier,\ngrossière d'espi', semble une parodie des horribles Té-\nniers.\nLa Famille à Table suffit, seule et minime, à donner la carac-\ntéristique du beau génie des Lenain. Ils peignirent les travail-\nleurs du grand siècle, les homines, rongés par l'anémie, pâles,\nla phtisie aux pommettes, et qui peinent. Le musée du Louvre\npossède les Buveurs et la Forge, deux splendeurs. lci nous\nretrouvons cette œuvre si dignement et sobrement traitée qui\ntombe roide et haillonneuse sur les corps affaiblis des misé-\nrables. Les faces terreuses, les cheveux incultes, en manière\nd'épis durs, les physionomies affamées et les sourires sinistres\ncommuniquent la plus belle sensation de navrance et de com-\npassion que l'art du peintre ait jamais servie.\nLes toiles de Poli consacrent la rapidité du mouvement, le\ngrouillis des foules affairées, en chatoyants habits des âges\ndétruits. Voilà Pise et Florence, les courtisanes et les seigneurs,\nles carrosses en ronde bosse aux lignes élancées, les habits\ncerise et citron, les chaises élégantes et tortues. On converse et\non intrigue. Cela se lit dans les brusques reflets de ces cou-\nleurs, à la fois rauques et atténuées, qui se cassent aux plis de\nla soie, s'élancent sur un geste, s'inclinent dans un salut, ser-\npentent aux moulures des monuments, et brillent dans les\ncoiffures poudrées. Le métier fruste, les moyens ingénus du",
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     "texte": "284\nLA VOGUE\npeintre le ramènent aux tendances, aux efforts des primitifs,\nmalgré les dates.\nUn remarquable portrait d'adolescent représente la célébrité\ndu Bronzino. Hors d'une fraise empesée, blanche, c'est la tête\nétonnée, sotte et rase d'un enfant de quinze ans, qu'ahurit la\ndextérité de l'artiste occupé à le peindre. Mais déjà se durcissent\nles cartilages; les tempes se creusent en ligne de cruauté, le\nfutur reître se dégage du gamin bêtat et brutal. Cet instant de\ntransition physionomique est admirablement marqué, laissant\nvoir ce que l'être laisse de l'enfant et ce qu'il va prendre de\nl'homme actif et meurtrier.\nL'exposition Poirel se termine par quelques honorables\ntableau du temps de la Restauration où notre jovialité trouve\nabondante pâture pour le rire. Un grand discours de rhétoricien\ntient tout un panneau : le saccage d'une ville prise, avec\nRomains, enseignes, dieux de bronze vert, femmes tordues\nsuivant la dernière formule académique, etc.\nAu milieu de tant de pauvreté, une toile de M. Meixmoron,\nCoin de parc, ravit par la délicatesse du dessin, la légèreté du\ncoloris, et l'heureux choix des teintes claires.\nPAUL ADAM",
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     "texte": "APPARITIONS\nDans les palais, dans les jardins, près des fontaines,\ndans les rares vergers des édens merveilleux,\ndans les sites que créent tes lèvres mortelles\nqu'évoquent les rires de tes yeux,\nEmparadise-moi, ange prestigieux,\nDans l'essor de tes vœux mon âme est en tutelle.\nVeux-tu Tyr, ville-reine, avec ses citadelles,\nses galères aux blondes poupes,\nses temples moins pieux que ton temple en moi consacré,\nses idoles moins que toi idolàtrées,\net la mer ceinturant l'apparat de ses pourpres.\nTu viens sous la neige des lunes\nBlanche comme la neige des lunes\ndans la candeur nitide de ta tunique florée d'albescences,\nAvec ton diadème de roses des glaciers,\ndes lys entre tes lèvres blessées,\ndes pâleurs tressées en colliers,\nEt ce sont, tes bracelets,\ndes cercles recélant des perles de lait,\nà tes mains, ailes de colombes, parmi les fleurs des amandiers.\nDans les barques du crépuscule\naprès les vains exploits du soleil sur les nues.\ntu réfléchis la mer mélancolieuse et l'amertume\ndes ondes, et tu te lèves sur la mer\ncomme l'étoile sur la mer.",
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     "texte": "286\nEt je suis, & Madone salvatrice aux épaves perdues\nle marin naufragé qui nage vers ta barque de salut.\nO belle dans les mirages,\nJe suivrai la caravane jusque dans l'oasis où tu rayonnes,\net si tu brilles dans les mirages,\nles sables me seront des tapis de fleurs bonnes,\nle simoun, les caresses de mains mignonnes\net la soif m'enivrera comme du miel,\net les glaives des ennemis comme les étoiles du ciel.\nAux terrasses d'argent des Thules fabuleuses,\nton doigt annonciateur se lève pour mes pas,\net les brises qui se parfument des organes de ta voix\nm'apportent ton haleine et je vais vers ta voix.\nDans la forêt\nc'est encor ton printemps qui jonche l'ombre émue;\nc'est encor le printemps que ta chair perpétue\nqui sous les frais balcons des branches\ns'épanouit en floraison de roses blanches,\ndans la forêt.\nO souveraine des apparences,\nde par tes yeux aux miraculeuses transparences,\nje vis dans les lointains d'inconnaissables vies,\net dans d'uniques paysages\net dans les légendes des âges.\net dans des rêves où ton éternité vit.\nGEORGES VANOR",
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     "texte": "HÉCATOMBES\n1\nDu haut des degrés d'or du trône, le Roi de ces siècles\nétendit, sur la horde des captifs aux fronts cerclés de couronnes\nde fer, le glaive fulgurant de la Loi.\nLes harpes consacrées aux idoles, sous les doigts gemmés\nd'émeraude des Vierges noires, tintaient, en strophes de\ntriomphe, au plus profond des tabernacles de basalte.\nEt les esclaves vėlus de dalmatiques écarlates déferlaient,\nsous l'azur où palpitaient des vols de colombes, les plis de\npourpre des étendards brodés d'héraldiques chimères.\nPourtant en le cœur du Roi chantait la mémoire des con-\nquètes, et de barbares ballades, apprises en les siestes bleues\ndes sérails, lui revenaient en écume aux lèvres.\nUne brume de sang s'abattit sur ses vertes prunelles, et sous\nson casque où s'éployait l'essor de bronze d'une licorne, reten-\ntirent tout à coup des tonnerres de bataille.\nEt d'un geste de despote, sous lequel s'inclinèrent fastueu-\nsement les étendards, il fit proclamer par mille fanfares la mort\ndes captifs et l'incendie des tabernacles.",
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     "texte": "288\nLA VOGUE\nIII\nAffolés par les sonores hurlements des tambours de guerre,\nles vautours aux serres sanglantes tournoient parmi la fauve\ntempête des flammes et des massacres.\nSous la menace des glaives, les Vierges noires, prosternées\nau pied des autels où baillent les formidables idoles, emmėlent\nleurs lourdes toisons aux cordes détendues des harpes.\nEt la Lune rouge, au-dessus du trône d'or où se crispe, sous\nla pourpre des étendards, le cadavre dominateur du Roi, défie\nl'élan ailé de ses héraldiques chimères.\nSTUART MERRILL",
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     "texte": "D'UN LAMPAS\nRegarde :\nCes ramages, ces ramages.\nVillages et jardins lourds du poids des poires\nSur des lacs d'or vert\nOù somnolent et qui gardent\nLes cailloux d'or usés par les Pactoles verts\nAu caprice d'une souriante mémoire.\nRegarde:\nCes ramages, ces ramages..\n:\nRosaces aubales des cathédrales,\nLe feu, l'azur et l'eau des trèfles d'un vitrail\nDont s'illumine l'hiératique image\nDécoupée en les fleurs des heures pérennelles.\nCes ramages, ces ramages.\nQuelles mains de rêve en ont filé la magie ?\nRegarde ces noirs de nuit\nMeublés comme des cimetières,\nOù les pétales tombent en larmes\nEt qui blanchissent et envahissent\nLes rosaces opales.\nOh! ne nous souvenons que l'on enterre au cimetière.\nLes rosaces d'aurore ouvrent des yeux joyeux.\nLà-bas les jardins, là-bas les villages\nBallent une nuptiale.",
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     "texte": "290\nRegarde :\nCes ramages, ces ramages\nSur des lacs d'or vert\nOù somnolent et qui gardent\nLes cailloux d'or usés par les Pactoles verts,\nLes chapelets de cailloux d'or\nQue tu passeras au col de la Vierge\nPour tes noces. Cierges! Orgues!\nLà-bas les jardins, là-bas les villages déjà sont déserts\nLa Basilique se fleurdelise de lumières.\nRegarde :\nCes ramages, ces ramages.\nTu avances sous les ramages\nVers le soleil qui brille à l'autel - la première!\nPrécédant le sourire de tes Sœurs jalouses,\nEt tu les traines ces ramages\nDiaphanéités des gazes de l'épouse\nEn la marche d'une gloire qui solennise\nLe mysticisme des mutismes à genoux.\nOui, t'en voici vêtue.\nRetournons aux jardins et au natal village.\nRegarde. Les vois-tu\nLes jardins fruitiers dans les blancs villages?\n-\nOù donc ceux qui disent :\nOù traîneras-tu\nCes ramages, ces ramages!\nALBERT SAINT-PAUL",
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     "texte": "LAUS MORITURIS\nL'âme des hauts flambeaux a fui en pleurs funèbres!\net de cette veillée inquiète d'Érèbe\nparmi les plafonds lourds d'un cinglant vol de grèbes\nseul calice ivre d'aube en l'espoir des ténèbres\nLa pâleur des vélins fleurit élégiaque!\ndéserte au lampadaire anuitant l'atre deuil\nl'âme des hauts flambeaux languit sans plus l'orgueil\ndes baisers de l'acier guerrier du catafalque\nHaute garde fumante et funèbre tribut\npour d'un front radieux voiler l'absence austère\nla Torche éploie au loin le nimbe qu'elle but\nen l'incantation lustrale du cratère\nEt silent le soir de la plainte des buccins\nagonise parmi les flammes des trophées\nfunèbres où se tut le tumultueux dessin\ndes ailes flottant haut en ses plis étouffées\nLa pâleur des vélins ruisselle de maint heurt\nd'ombre dolente en le silence des guirlandes\nsuscitant du trépas rauque où s'enlise l'heur\nla Vierge de jadis pâle par les légendes\nEt sertis leurs doigts lourds d'un hostile destin!\ndes lambris soucieux sortilège se lève",
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     "texte": "292\nqui dort le poing sanglant sur la garde du glaive\nle Héros nuptial du fatidique matin\nOr le verbe vacant aux lèvres suzeraines\nprofère en l'angoissante attente du devoir\nle spécieux salut des armures sereines :\n« Parmi les glaives las empourprés de nul soir\nj'ai veillé pour l'espoir de la gloire natale\nde l'antique lignée étrange et dernier hoir\net les créneaux de ma muraille féodale\nont vu fleurir le rêve d'or tumultueux\naux fièvres de mon front heurtant le froid dédale\nVous! fantômes de fer des farouches aïeux\nmorts au Manoir aventureux des chevauchées\noù les symboles sanglants tachaient le sein des preux\nsuscitez par les matutinales jonchées\nl'équivoque salut des lutins de la nuit\nVaticinant le sacre et les pourpres cachées\nDu chœur aérien des Esprits de minuit\nradieuse la Fée aux ailes malétiques\nsouleva le mystère du Castel qui luit\net je me suis assis, Moi leur hôte archaïque,\nau festin sous le dais constellé de clous d'or\noù siègent les hauts chefs des délices mystiques\nEt voilà que la rumeur rauque des cors\nla strideur d'éclair d'or aux accords\nsonna l'hymen immarcessible de la Vierge\net les guirlandes flottantes des étendards\net l'essor des aciers déferlant des remparts\nont pavoisé le soir de fête le soir immaculé des Vierges",
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     "texte": "293\nSa dextre porrigeant le philtre nuptial\nElle vint le sein soulevé comme une modulation de viole\net les tresses d'or flottantes sur sa tunique de lis\net les arabesques du désir sur sa ceinture d'arc-en-ciel\nParmi les chefs aux rutilantes chevelures\nhauts torques d'or et cimiers prompts aux aventures\nMoi qui vins le farouche et rude conquérant\nfils des falaises où gronde la plainte océanique\nquand lourd s'éploie au vent le vol des goëlands\nton poing serti me tendit le graal nuptial\nEt nous bûmes au calice de vos baisers\nNous bûmes au Graal magique où nul breuvage\npour la lèvre félonne et làche ne ruisselle\nO tes baisers et la candeur de ton col lourd de rubacelles !\net le diadème de tes tresses et tes poignets aux bandelettes\net le mystère de ton être scellé des amulettes!\nEn les jours de jadis et les nuits de veuvage\nNous avons descendu les ténèbres de nos rêves\net les lampadaires d'or s'éteignirent en nos mains\nMais pour le sacre, o Vierge! au voile symbolique\nles hérauts du festin aux tours d'ivoire ont veillé\net voici palpiter aux matutinales haleines\nles aigrettes de nos orgueils\nquand l'Éden de ta forme révélée\nirradiait les futures métempsycoses des destins\npar l'anneau qui noua nos soirs les plus hautains\nHa! évanouie ta langueur éolienne\nà l'étreinte de feu des algèbres nuptiales!\nles sorcières ont ricané dans la forêt",
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     "texte": "294\nrompus les sortilèges de l'austère alchimie!\net parmi les ténèbres des suprêmes étendards\nles hauts chars de mort roulaient dans tes regards\nLes lampadaires d'or s'éteignirent en nos mains!\net les harpes, ces soirs! des feuillages pâlis\nont vibré vers l'essor de ton vol à longs plis\nO froide fiancée! aux lèvres de jasmin!\nPôle de la vision vénuste et meurtrière\net des arcanes de ta face sibylline\nje vins vers l'abjection de ces àges pervers\nle héraut de ton règne et des mystères sus\nun pactole sibyllin ruisselait de mes lèvres\net dans mon verbe aux strideurs de jadis l'airain\ndes suprêmes clairons roulait d'étranges fièvres\nMon estoc taillada la race de ces nains difformes et bâtards\ninfrangible l'écu de diamant aux fureurs des gueules de flammes\net sur l'hydre tordant les spasmes de ses squames\nparmi l'exhalaison fuligineuse du solfatare\nj'ai fait flotter l'or fauve de mes oriflammes\nMais voilà que mon poing s'est usé sur l'estoc\nton doigt de fiançailles ton doigt fuselé d'opale\na scellé sur la fièvre de mon front pâle\nl'éternel hymen inéluctable de son choc\net loin des vœux obscurs de la chair défaillante\ncathartique séjour de nos songes meilleurs\nau vol du destrier des Vierges écuyères\nje vais vers le léthé de délices du Castel\noù ce soir au fracas des agapes guerrières\nles hanaps des Héros débordent d'hydromel\nLe bûcher de mon sacre allume cinéraire\nles vils lambeaux mortels dont l'essence première",
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     "texte": "295\ns'essore irradiante aux limbes du pur feu\net le désastre vain de ma chair vers ce lieu\nest le pâle héraut de mon apothéose\nVous! du sépulcre sombre escorte trop morose!\nsans les pleurs du blasphème et l'imprécation\ngriève au laurier vert de ma haute mémoire\nque l'hymne radieux de la libation\nmonte los des flambeaux funèbres de la Moire!\nACHILLE DELAROCHE",
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     "texte": "CÉRAMIQUE, VERRERIE ET MEUBLE\nA L'EXPOSITION\nIrai-je vous promener longuement parmi les anémies de\nSèvres et les vulgarités des fabricants d'assiettes et de vidre-\ncomes? De quel intérêt pour l'art, les polychromies sur fond or\nde tel Raphaël Colin, ou ces rondes d'enfants si peu supérieures\nà des Lobrichon, que le vieux Deck, rusé, offre à l'admiration des\nlecteurs du Temps? Les verriers de Venise ou de France sont\ntout au plus des gens habiles, n'est-ce pas, et le faubourg\nAntoine est aussi grotesque que jamais, avec son érudition plé-\nbéienne et ses meubles de style.\nDe cette nausée, débarrassons-nous, en allant tout droit où\nnous appellent les rêveries ciselées, gravées ou coulées, en\nverreries triomphantes de cet inconnu d'hier, Gallé, de Nancy.\nL'œuvre que cet artiste complet, par sa technique autant que\npar la conception, nous présente est considérable, et longue\nserait notre besogne si nous voulions en faire une totale classi-\nfication. Mais mon intention n'est pas de faire de naturalistes\ndescriptions, ni même d'analyser devant vous les procédés,\nd'ailleurs absolument neufs et hardis, que l'artiste qui nous inté-\nresse a mis en œuvre pour matérialiser son idéal. Nous allons\nsimplement constater son résultat sans nous préoccuper autre-\nment du métier.\nEn un kiosque octogone, élégant et bizarre, caprice de menui-",
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     "texte": "CÉRAMIQUE, VERRERIE ET MEUBLE A L'EXPOSITION\n297\nserie, peut-être trop soucieux d'archéologies, élevé de quelques\nmarches que les cloportes d'alentour hésitent à gravir, quelques\ncoupes, vases, porte-parfums et gourdes en verres profondément\ngravés et discrètement polychromés; des roses laiteux, des\nbleus cendrés, des noirs intenses et des rouges de moignons.\nIci, de fragiles et délicates corolles d'un rose si mourant, où\npleurerait l'aurore; là, devant un porte-parfum mystérieux, in-\nvinciblement s'évoquent les ombres de Phrynés, jadis graïennes,\net de tragiques Locustes. Encore une gourde, où en un fuli-\ngineux décor traversé d'une grande lueur bleu-morbide, un\ncrapaud de jade essore un ridicule excelsior. Dirai-je les délicats\nfiligranes, les purulentes anatomies, les mille trouvailles accu-\nmulées en des vitrines de la galerie de 30 mètres et de celle du\ngroupe où Saint-Gobain étale ses transparences? Ce serait\noiseux, et cette revue vous l'avez passé ou la passerez, si tant\nsoit peu vous êtes soucieux d'émotions autres que celles ressen-\nties rue du Caire -- et ailleurs. Ce que je tiens a constater, c'est\nque Gallé a su marquer sa profonde personnalité et suggérer\nquelques-uns de ces au-delà dont nous sommes anxieux, au\nmoyen de pâtes de verre, matière plastique éminemment\nréfractaire à l'inscription de formes et de lignes définitives, mais\naple supérieurement au décor de pensées et de sensations\nformulées. Avec son sûr instinct de maîtrise, Gallé a tiré victo-\nrieusement parti de la matière, sans tomber dans les chinoiseries\nque d'autres s'obstinent à nous présenter comme œuvres d'art.\nVoyons, maintenant, ce que ce maître ouvrier a réalisé dans\nle meuble, ou est en train de réaliser, car, dès le début, je tiens\nà formuler ceci: l'idéal atteint est visiblement inférieur à l'idéal\ncherché ; et je m'empresse de le dire, Gallé n'est diminué en rien\npar cette constatation qu'il pourra même trouver banale, tant\nla chimère a les ailes courtes.",
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     "texte": "298\nLA VOGUE\nEn menuiserie, le bois, matière opaque et colorée, demande\nla mise en valeur de ces deux qualités: la forme et la couleur\nmarcheront de pair, ou, tout au moins, la couleur sera un\nauxiliaire utile.\nVoici selon quelle conception sont båtis les ameublements qui\nnous sont offerts en un si ingénieux arrangement. Une idée\nsimple, autour de qui évolue le thème où toute fantaisie et toute\nvirtuosité peuvent s'enrouler. Le tout forme une sorte de poème\nsculpté, ameublé, très suggestif en sa concision.\nTel dressoir, aux formes Louis XV par places, curieusement\ninterprétées, vous contera le froid avec ses congélations pen-\ndantes; l'hiver et ses délicates fleurs de neige se déroulant,\nlégères, sur le fond des panneaux, ses mousses enlacées ou\ngravées aux biseaux des vitrines. Et de tout cet ensemble char-\nmant se dégage une sensation douce de salle à manger au mo-\nment du café qui chante dans le cristal du percolateur.\nDe cet ordre de sensations un peu bourgeoises, nous sortons\nviolemment, lorsqu'en nous retournant nous avons sous les\nyeux ce magnifique buffet en chêne lacustre si largement\nsculpté, et dont les formes architectoniques sont une révélation.\nEn cette œuvre magistrale éclate la plus pure gloire de Gallé,\ncar il ne s'agit plus de la manifestation plus ou moins heureuse\nd'une personnalité intéressante; ici, nous sommes en présence\nd'une synthèse, défaillante encore, mais combien divinatoire,\ndes formes transmises par les époques précédentes et présentées\ndans un effort de volonté qui confine au génie. D'ensemble, ce\nmeuble, en effet, rappelle vaguement tel et tel bahut tradi-\ntionnel, et pourtant, pas une moulure, pas un profil, pas un\ndétail qui ne soit absolument nouveau. C'est le meuble futur,\nqui ne rompt pas avec le passé, et qui satisfait nos aspirations si\nlégitimes d'art contemporain. Ah! qu'ils aillent voir cette menui-",
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     "texte": "CÉRAMIQUE, VERRERIE ET MEUBLE A L'EXPOSITION\n299\nserie révélatrice, tous les fabricants de style dont les plates\narchéologies et prétentieuses, offrent leur inanité à l'admiration\nstupide des connaisseurs. Et qu'ils s'imprègnent de cette vision\nd'avenir et ne mettent plus désormais leur gloire dans le\nponçage d'un filet ou le brillant d'une sculpture en plein bois.\nEt les constructeurs de domes rationnels, et les amalgameurs de\nterre cuite et de fers cornières, qu'ils viennent aussi apprendre\ndevant ce modeste poème du chène, comment en ne reniant pas\nle passé, on peut avec de la conscience et en abdiquant quelque\npeu de vanité positiviste (la gloire d'inventeur leur ayant\néchappé), faire de l'art nouveau, approprié à nos besoins les\nplus humbles comme les plus raffinés.\nMais, je le crains fort, le maître nouveau restera isolé; par\norgueil et large bêtise, personne ne voulant recevoir de leçons,\nsauf, peut-être, les quelques industriels d'art très industriel, qui\nvoyant que cela peut se vendre, avec les quelques atténuations\nobligées, continueront ce qu'ils ont toujours fait, à copier du\nGallé après en avoir copié d'autres : ceux du moyen âge, et ceux\nde la renaissance;\nil en est qui poussent jusqu'à Périclès.\n(Tout proche, voir la chambre grecque.)\n-\nVoici ce que j'avais à dire des expositions du meuble et de la\ncéramique qui encombrent, sans les remplir, deux longues nefs\naboutissant à la galerie de 30 mètres.\nÉMILE H. MEYER",
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     "texte": "NOTES ET NOTULES'\nUne note parue dans la Vogue d'août a donné lieu à une\npetite polémique entre M. Willy, d'Art et critique, et notre ami\nFrancis Vielé-Griffin; ajoutons qu'elle s'est terminée à l'honneur\ndes deux parties, - aucun des deux adversaires n'étant can-\ndidat dans le XVIII.\nAu surplus, voici la lettre que notre ami a bien voulu adresser\nà M. Willy:\nMon cher Critique,\nLaissez-moi clore d'un mot cette polémique en vous remerciant d'abord de\nvotre flatteuse appréciation de mon dernier volume (où, constatons-le néan-\nmoins, mon ami de la Vogue - M. Vanor étant mis hors de cause - avait\nvainement cherché le participe incriminé par vous, à bon droit peut-être), puis\nen concluant de l'étalage d'érudition dont vos lecteurs ont pu être étonnés, que\nmes publications ont eu tout au moins un lecteur consciencieux jusqu'à l'éplu-\nchement.\nCroyez donc à mon admiration et partant à ma sympathie.\nFRANCIS VIELÉ-GRIFFIN\nJ'ajouterai que la note qui a ému M. Willy était de moi;\nj'avais prié M. Vanor de l'insérer dans ses notes.\nEt, là-dessus, l'incident est archi-clos.\n1 M. Georges Vanor, étant absent, n'a pu nous donner ses notes mensuelles.",
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     "texte": "NOTES ET NOTULES\n301\nChaque fois qu'il meurt quelque écrivain glorieux, plusieurs,\nqui n'en ont cure couramment, s'étonnent d'un certain Henry\nFouquier, chroniqueur, en constatant, une fois de plus, la bave\nque ce fieleux personnage ne tarde guère de suinter sur le\ndéfunt.\nMaitre Edison, cet homme étonnant qui, durant toute sa tra-\nversée d'Amérique en France, tua le temps à dénombrer les\nvagues (quoi! jour et nuit? un joyeux reporter nous l'affirme),\nM. Edison, quoique ne comprenant pas un mot de français,\nriait, parait-il, aux larmes à une récitation de monologues par\nun baladin. du nom de Coquelin cadet.\nCeci d'après Parisis.\nMais de qui riait-il? Des grimaces de ce turlupin ou des singu-\nliers farceurs qui le lui servirent en guise de gloire nationale »?\n-\n-\nUn négociant se suicide, qui lègue sa fortune - on dit vingt\nmille francs de rente\nà une jeune Italienne (modèle, pose\nl'ensemble), laquelle le refusait pour conjoint. Et feuilles de\njaboter.\nToutefois, il faut signaler à M. Bourget ce beau cas passionnel.\nLE THEATRE-LIBRE inaugurera sa troisième série de représen-\ntations, fin octobre, par une pièce de M. Jean Aicard: Le pèr",
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     "texte": "302\nLA VOGUE\nLebonnard, pièce qui, après force tergiversations, fut définitive-\nment refusée par les comédiens ordinaires de M. Claretie.\nM. Aicard, à l'instar de Molière (il le dit, et quelle épigramme\nse cache en cette prise à témoin du célèbre tapissier?), fera pré-\ncéder cette pièce d'un exposé dialogué de ses griefs, ce qui ne\npeut être que fort curieux.\nEst-il nécessaire de rappeler que, selon le Petit Bottin des\nLettres et des Arts, M. Aicard est le troisième littérateur fran-\nçais, par ordre alphabétique ? »\nLes deux moitiés au moyen de quoi Erckmann-Chatrian for-\nmait un tout viennent de se rendre mutuellement le tablier. -\nQue va devenir le traditionnel « plat de choux avec des petites\nsaucisses autour ? Tout cela est fâcheux et attriste fort cet\nexcellent M. Bauër.\n:\nLes lettrés apprendront avec plaisir que M. Stéphane Mallarmé\nvient de donner à la revue de M. Jullien son poème : Le Guignon\nconsidérablement remanié. Cette nouvelle version, par les vers\nsi précis et selon la beauté mystérieuse dont Stéphane Mallarmé\nsait les arcanes, saisira plus encore, s'il est possible, qu'en les\ndéjà superbes strophes du Guignon inséré jadis au Parnasse.\nM. Félix Fénéon va publier incessamment un volume d'études\nsur l'art japonais.",
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     "texte": "NOTES ET NOTULES\n303\nM. Félicien Rops vient d'être décoré de la Légion d'honneur.\n- A vous, bons Belges!\nMme Astié de Valsayre se livre à de surprenantes Pantalon-\nnades; Mme Maria Deraisme délaisse les toréadors pour les élec-\nteurs. Cette volte-face lui réserve d'amères désillusions -\nplastiques.\n-\nOn se souvient d'un tournoi littéraire (?) ouvert par le Figaro,\ntournoi où, du reste, Villiers de l'Isle-Adam fut coté au-dessous\nde TEL OU TEL dont nous avons oublié les noms. Voici l'Echo de\nParis, qui, aujourd'hui, reprend l'idée de loterie pratiquée en la\nfeuille de M. Magnard. - Avis à la jeunesse peu fortunée qui\ns'occupe de littérature!\nCONCOURS DE L'ÉCHO DE PARIS\ndu 10 septembre au 15 octobre.\n1º Un concours de poésie:\nUne somme de 1,000 fr., divisée en deux prix de 500 fr. chacun, sera attri-\nbuée aux auteurs des deux poèmes (cinquante vers au moins) jugés les\nmeilleurs.\nLes deux poèmes couronnes, et ceux qui seront reconnus dignes d'une\nmention, parattront dans un supplément spécial publié par l'Écho de Paris.\nDans le cas où un seul poème serait jugé digre d'être couronné, la somme\nde 1,000 fr. serait attribuće tout entière à l'auteur de ce poème.",
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     "texte": "304\nLA VOGUE\nLe jury sera composé de poètes dont nous ferons bientôt connaître les noms\net dont la compétence et l'impartialité ne sauraient être contestées.\n20 Un concours de prose :\nUne somme de 1,000 fr., divisée en deux prix de 500 fr. chacun, sera attri-\nbuée aux auteurs des deux contes ou chroniques (deux cents lignes au\nmoins) jugés les meilleurs.\nLes deux contes ou chroniques couronnés et ceux qui seront reconnus\ndignes d'une mention paraltront dans un supplément spécial publié par\nl'Echo de Paris.\nDans le cas où un seul conte ou une seule chronique seraient jugés digne\nd'étre couronnés, la somme de 1,000 fr. sera attribuée tout entière à l'auteur\nde ce conte ou de cette chronique.\nVoulez-vous gager que le jury sera présidé par un vieux\nMonsieur du nom de Théodore de Banville, assisté de deux autres\nvieux Messieurs : Armand Silvestre et Abraham Catulle Mendès?\nL'Exposition des Indépendants, 84, rue de Grenelle, est\nouverte jusqu'au 4 octobre.\nUn four solennel de Mile Augusta Holmès a eu lieu trois soirs\nde ce mois au Palais de l'Industrie.\nQuoique la Vogue se soit imposé de ne publier que de l'inédit,\nnous ne pouvons résister au plaisir de reproduire la pièce sui-\nvante que nous communique un sympathique industriel dont la\nprofession rime en pole :",
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     "texte": "NOTES ET NOTULES\n305\nGUITARE.\nPourquoi dormir, o ma conquête?\nPourquoi rêver sans ton amant?\nEst-ce à l'amour, à quelque fête\nQue tu souris en t'endormant ?\nSe souvient-il, ton cœur sans voiles,\nQue tous deux, par l'amour grisés,\nNous comptions toutes les étoiles,\nEn les marquant par des baisers?\nC'est que je suis jaloux du rêve\nQui t'arrache à moi, le lutin!\nTiens, la nuit de printemps s'achève\nEn jouant avec le matin.\nL. V.\nL'excellent acteur Mévisto débutera en octobre à l'Odéon\ndans le rôle d'Harpagon de l'Avare.\nEt Paris se bariole d'affiches.\n..\ne\nADOLPHE RETTÉ",
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   "article_id": "aj-vogue-1889-09-01-13",
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     "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n১\nChez GEORGES CARRÉ : PAPUS, Le Tarot des Bohémiens. Ceci est une\nétude, non dépourvue d'intérêt, où M. Papus prétend démontrer que ce jeu\nest le plus ancien livre du monde. - Ce livre, un fort in-8º de 350 pages\navec planches phototypiques hors texte et 200 figures, donne les hypothèses\nde M. Papus sur les rapports du Tarot avec l'astrologie.\nChez OLLENDORFF : Félicien CHAMPSAUR, une réédition de Dinah Samuel;\nla couverture de Jules CHÉRET n'est certes pas une des meilleures composi-\ntions de ce mattre. L'ensemble est inharmonique et tortillé, la femme étrei-\ngnant un pourceau, d'une lourdeur qui étonne; Jules Chéret nous habitua\nà d'autres virtuosités de rayon et de couleurs.\nM. Champsaur donne une préface nouvelle où il affirme, en somme, « qu'il\nn'y a que lui ». Ce qui reste à démontrer, malgré les lettres flatteuses de\nMM. Stéphane Mallarmé, Théodore de Banville, Paul Bourget, etc., dont\ncette préface est rehaussée.\nChez PERRIN: Comte Léon TOLSTOÏ, Le Chant du cygne, traduit de la façon\nque l'on sait par M. Halpérine (Kaminsky). C'est une histoire de musicien\ngénial et alcoolique, fantastique, un peu dans le genre hoffmanesque; les\ngloires et les tribulations d'un cheval, Kholstomer, racontées par lui-même;\net puis, et ceci est le plus intéressant, le premier chapitre d'un roman non\ncontinué: Les Décembristes.\n...\nChez LÉON VANIER : Jules JEANNIN, A travers la vie. Voici ce que le redou-\ntable éditeur Vanier nous annonce en ce volume : « Ces vers ne res-\nsemblent en rien à ce qui s'est fait et ce qui se publie aujourd'hui. La\nstrophe de huit vers servira de modèle... Jeannin n'appartient à aucune",
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     "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n307\nécole; ses vers, toujours harmonieux, ne fatiguent jamais (est-ce parce qu'il\nn'appartient à aucune école? la phrase semble l'indiquer); ils sont de ceux\nqui vont au cœur et font penser. >>>\nVoyez-vous ça!\nAlbert AURIER, L'Œuvre maudit, vers exaspérés; il y pleut des majuscules.\nQuelques collections (très rares) de l'ancienne Vogue, com-\nprenant les 33 numéros publiés en 1886-1887, sont en vente au\nbureau de la Vogue; prix : 20 fr.\nNotre collaborateur Maximilien Luce publie un album de\n8 lithographies; prix ; 15 fr. En vente au bureau de la Vogue.\nLA VOGUE ne publie rien que d'inédit.\nLes manuscrits envoyés sont lus, et insérés s'il y a lieu.\nRédaction: le mercredi, de 3 à 4 heures, 9, place des Vosges.\nL'administrateur-gérant; ADOLPHE RETTÉ.",
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