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     "texte": "Monsieur Bonnet (l)\nscène nu nouciiEw\nM. Monnet, jeune professeur de philosophie au lycée dAlld, u\nenlevé la fi lie de Victor, boucher, cl. après une absence il un mois\nvient de rentrer seul chez son père, ancien professeur, président\nde la loge : La Dalla Amitié.\nAu début de celte scène, M. Bonnet père est assis dans son cabi\nnet de travail ; autour de lui se trouvent Lebrun, maire de la ville,et\nltonsyrvcn, docteur-médecin. On voit la crosse d'un révol ver sortir\nde la poche du Docteur. Il est à peu prés neuf heures du matin,\n1\". Monnet fils n’est pas encore levé; M. Durand, commissaire de\npobee de la ville, a été mandé d’urgence,car Victor, boucher, vient\nd être annoncé par Françoise, servante.\nMonsikuh Bonnet pare.\nAllez vile, Françoise, et dites-lui,\nBoucher, entre sans frapper.\nLe maître du logis est dans son salon.\nLr.nnuN, il cric en frappant du pied.\nEntrez, Monsieur, entrez. ....\nLa porte s’oiwrc d'un coup et Victor appui u'C '\nîle drap noir, un chapeau rond sur la trie, d a a\nbœuf effaré ; il fait deux ou trois pas\nSon chapeau i/u'il lient de ses deux /nains croisées sm\nventre, et commence à parler.\nViCToa, très calme.\nJe viens pour parler à Monsieur Bonnet,\nProfesseur de philosophie.\nLeuivun, après un demi-silence employé à se remet!/e\nIl est dans son lit.\nViCToa.\nAhl... One dois-je penser de son retour seu .\nI ’/i temps.\nOuels projets maintenant a ce jeune lionuni .\nUn temps.\nEt enfin où se trouve ma fille?\n(') •hnic pur M. Lngnè-Voc et sa troupe, an théâtre de. l’Œuvre,\ns,, r la scène du Gymnase, le 0 janvier iyoo.\ni.",
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     "texte": "0\nLebrun, dédaigneusement.\nÇa fait trois questions d’un coup.\nBonsyuvrn, du même Ion.\nTrois questions.\nVio/ron, il s'approche.\nQue dites-vous?\nBonsyrven.\nQue Monsieur Bonnet est malade.\nEl que sa maladie nous rend très soucieux.\nVictor.\nSi Monsieur Bonnet est malade... il guérira,\nMais vous comprenez que... sacré nom de Dieu...\n... Je suis venu pour être calme... écoulez-moi bien.\n// empoigne une chaise et s'assied an boni de la. table à\ndroite, enja.ee de M. Don net père,\nfl commence :\nTant que ces jeunes gens ont vécu ensemble,\nJe n’ai rien dit.\nH se penche sar la table.\nEst-ce pas vrai que je n’ai rien dit ?\nAvec un coup de poing.\nBien. .. j’ai souffert, voilà tout, songeant :\nJe jugerai l’aventure à son terme,\nIl ne m’appartient pas d’en troubler le cours,\nNon, malgré ma douleur, le sang versé,\nLe sang criant, le déshonneur,\nAvec an coup de poing.\n, , . Non,\nCe n’est pas mon métier de tuer l’amour,\nPuisque c’est l’Amour!,., voilà ce que j’ai dit,\nOu plu ldi songé, jusqu’à ce moment-ci.\nTrémolo sur la table.\nA ce moment où je vous parle, là.\nUn temps.\nVous avez été moins loyal pour votre part.\nMonsieur Bonnet père, d'an ton très calme.\nMon fils était parti...\nVicxon, violemment.\nAvec qui ? avec qui ?\nMonsieur Bonnet père, sans répondre, continuant.\nIl est rentré.\nVir.TOn, il se lève.\nMais vous, ce (pic vous avez fait,\nVous à qui je parle... Oh ! de cet amour déjà\nMa femme est morte.",
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     "texte": "7\nElle était sans reproche pourtant,\nSans reproche, Monsieur, je vous lojuie.\nMonsieur Bonnet père. .\nJ’ai prononcé sur votre le naine un mot que ji 1 ( ll( •\nVictor\nIl est bien temps... oh! Monsieur Bonnet!\nLebrun\nModérez-vous, Monsieur Bonnet repose.\nVictor, désignant Monsieur Bonnet pci e\n«Je m’adresse à celui que j’ai devant moi,\nDont j’ai connu le père et le grand-père,\nDésignant les port nuis pendus an mm\nIls sont là, je les reconnais dans leurs cadres,\nVoici le vieux, grand citoyen, homme intcgie,\nQui s’enrichit et s’illustra dans le commerce,\nNous étions cousins... oui.\nLebrun\n• Laissons les morts tranquilles\nBonsyrven\nUs sont morts.\nVictor\nSoit.\nMonsieur Bonnet père\nFaites-vous mieux comprendre.\nVictor\nVous me, comprendrez, ce sera facile.\n// s'assied de nouveau.\nMais d'abord il se passe une chose\nQue je ne comprends pas, moi, ne puis comprendre,\nEt qu’il faut m’expliquer :\nMonsieur, vous étiez mon ami,\nL’est bien certain, au moins d’apparence,\nEt parce qu’un jour votre lils\nA jugé a son goût l’une de mes lillcs...\nOh ! quand j’y songe !\nIl fait un geste de colère.\nLebrun\nAllons, allons.\nVictor, redevenant maître de soi\nBien ;\n•le dis : mon enfant était belle, heureuse et pure,\nIl a sufli que. l’un des vôtres\nMe la prenne dans ma maison, pour qn’aussitôt\nVous à qui je m’adresse.",
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     "texte": "H\nVous ayez oublié tous les services\nQue je vous ai rendus pendant trente ans.\nMonsieur Bonnet père, vivement\nC’est moi qui vous ai sans cesse obligé.\nVictor, se courbant sur la table\nMais...\nLebrun, avec le geste qui sépare.\nAllons, il ne faut pas se dévorer.\nVictor, le buste couché sur ta table, les yeux dans les yeux\nde Monsieur Bonnet père\nNe lus-je pas toujours,\nEt tout est dans ee mot : Votre homme ?\nMonsieur Bonnet, père\nIl se courbe èi son tour sur la table, leurs visages sont à\npeu (le distance l'un (le l'antre.\nJe fus aussi le vôtre, il me semble.\nVictor, il se redresse\nEncore il n’y a pas longtemps\nJe vous proclamais l'homme le meilleur,\nLe plus loyal, le moins inaccessible\nAux grandes, aux belles idées,\nEt non seulement je l’ai dit,\nQuel malheur! je le croyais,\nAvec un véritable désespoir.\nC’est que j’ai dépensé de l’argent\nDu mien pour le faire croire I\nLi îrrun, sec\nNe parlons pas d’argent.\nVictor, lamentable.\nLes Ouvriers m’appellent : Chien d’aristocrate,\nLes Aristos m’appellent : Chien des Bonnet,\nEt les Bonnet de tous leurs bras\nMe poussent à la ruine,\nVoilà, voilà pourtant où j’en suis!\nMonsieur Bonnet père.\nJe m’occupe très peu de vous.\nVictor, violemment.\nVous 1\nNe mentez plus, la force vous manque,\nl ne certaine force, voilà tout.\nIl se désespère.\nMêlas!\nMais vous êtes puissant, je. présage mon sort,\nLa'Beauté de ma tille l’a changé,",
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     "texte": "0\nIl me faudra probablement tout perdre,\nQuitter peut-être cette ville, mon commerce,\nEt ma maison... tant pis,\nC’est une chose ignoble, un crime, je l’ai dit,\n•le pourrais me mêler à vos adversaires,\nCh anger d’opinion,\navec une 1res grande J or ce\nje ne le ferai pas,\nJe ne renierai point tout ma vie,\nJe ne changerai pas d’opinion,\nJ’aime mieux y crever dedans!\nLebrun, gouailleur.\nBravo !\nVictoiv, d’un antre ton,\nHeste la question de ma (illc.\nLebrun\nC’est ça, revenons-y.\nViCTOa\nJe veux parler à Monsieur Bonnet.\nBonsyhvkn\nH dort.\nVictou\nMais il n’a pas toujours dormi 1\nEt peut-être est-il là derrière cette porte,\nl’as bien loin, bien sùr ; je veux le voir, l’entendre,\n1 '\"i,parler, m’expliquer, lui dire son devoir,\nN il ne le connaît, pas, h', prier s’il le. faut,\nEn frappant sur la table,\nLe prier, Nom de Nom,\nJe n’ai jamais prié personne,\nMais je veux essayer.\nLebrun.\nUn peu de convenance.\nVictor, terrible.\nJe ne m’en irai pas que mon enfant\nNe soit bel et bien mariée,\nEt tout de suite, m’ave/.-vous compris?\nC’est moi qui parle, là.\n// est\ncolère.\nbrun.\nLebrun, se décidant.\nVous n’èlcs qu’un nigaud,\nVictor, se tourne vers lui.\nQui ne savez rien.\nronge, il transpire, ses énormes mains tremblent de\nMonsieur /lonnet père et lionsgrven regardent Le-",
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     "texte": "10\nVictor, comme un sanglier.\nComment, ?\nLebrun.\nJe vais vous expliquer, moi, cette affaire.\nUn temps.\nCes jeunes gens ont fait ensemble une bêtise.\nVictor, les bras croisés, gouaillant.\nUne bêtise... ils ont agi comme des bêles.\nLebrun.\nPeu importe, ils se sont repentis,\nVoilé le fait.\nVictor, même jeu.\nIls sont redevenus des hommes.\nLebrun.\nJe veux dire qu’ils ofot entr’eux fait une sorte...\n// cherche le mot.,\nD’accommodement.\nVictor, les sourcils terriblement froncés.\nD’accommodc... quoi ?\nLebrun.\nVoyons, Victor, ils ont bien commencé sans vous.\nVictor.\nAh ! sûrement.\nLebrun.\nIls ont fini de même.\nVictor, dans un grand, éclat, indigné.\nFini ! Vous vous imaginez, Monsieur,\nQu’il peut finir ainsi,\nQu’il est fini... fini !\nCet Amour dont je porte\nEt dont j’ai grande peine i\\ porter,\nAussi fort que je sois, la charge si lourde,\nMais sous lequel mes enfants et moi\nSommes résolus à périr, résolus,\nPIutût que de céder... fini !\nAh! il ne peut finir que de la façon\nQue je vous ai dite,\nOu bien alors il ne fait que commencer.\nLebrun.\nMais il ne s’agit pas d’amour, pauvre homme.\nVictor.\nEt de quoi s’agil-il alors, de quoi donc ?\nMa fille m’a quittée, on me l’a prise,\nJe ne sais plus en quel endroit du monde elle est,",
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     "texte": "11\na» «\nEn attendant ma femme est morte et moi je crève,\nCe n’est pas de l’amour, cela !\nNous y périrons tous, c’est à craindre,\nEt il ne s’agit pas d’amour,\nAlors de quoi, de quoi, Monsieur, s’agit-il ?\nLeurun.\nEt de cinquante choses autres que l’amour.\nVictor.\nCinquante !\nLeuuun.\nEt pour commencer, d’argent.\nVictor, snjfoquè.\nD’argent ! je ne comprends pas bien,\n// se place, menaçant près de Lebrun.\nExpliquez-vous mieux : j’écoute.\nMonsieur Bonnet père, en se levant tout d’un coup.\nAttendez, ee n’est pas la peine,\n11 no s’agit pas d’argent.\nBonsyrven et Leuuun, étonnés,\nèi Bonnet père.\n1 lé cpic dis-tu ?\nVictor revient, sur le devant de la scène en face de Mon\nsieur Bonnet père, qui se lient debout-contre la table.\nMonsieuh Bonnet père.\nL’argent, ce n’est que la vie,\nC’csi commun à tous comme les rues d’une ville,\nDe tous les points du monde on peut s’y rencontrer.\nNon, il ne s’agit pas de notre argent.\nVictor.\nBien.\nMonsieur Bonnet père,\nU s’agit de la beauté de votre fille.\nVictor, surpris.\nlié V quoi ?\nsa Jignrc s'éclaire.\nMa lille est belle 1\nMonsieur Bonnet père, d’un geste qui tranche à jamais la\nquestion.\nMais celte Bcaulé-là n’est rien.\nVictor, abasourdi.\nComment\nBonsvrven kt Leurun, appuyant du même geste.\nBien, rien.",
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     "texte": "12\nMonsieuh Bonnet père.\nBeauté de Boucher, les rues en sont pleines,\nLeiirun.\nC’est plus commun encore que l’argent.\nMonsieur Bonnet pèue, d’un ton péremptoire-\nElle ne peut s’allier à la nôtre\nA celle (pie nous possédons,\nIl s'anime.\nA la seule que j’estime au monde,\nQui rayonne au front de mon (ils,\nQu’il a reçue d’un très grand nombre de parents;\nCelle-là se nomme Esprit, Intelligence ;\nMon (ils, entendez-vous, la possède;\nLa voix enflée d'orgueil.\nMon (ils peut un jour, à la tète d’un peuple,\nDisposer de la mort, ordonner la vit*,\nTelle peut être un jour sa destinée.\nLes yeux sur Victor.\n11 faut «pic sa compagne en soit digne,\nQu’elle lui soit une aide et non un obstacle;\nC’est à moi mon devoir d’y veiller,\nComme un tuteur de fer, tel est mon devoir !\nEt c’est pourquoi de vos colères\nEt de vos cris, de vos défis\nJe ne retiens rien, voici ma réponse :\navec le plus grand dédain,\nAvec un geste gui se répété trois fois absolu\nImpossible, Monsieur, impossible, impossible.\nAllez-vousen.\nViCTon.\nIl a écouté la tirade dans l'altitude d'un homme sur (/ui\ndégringole une montagne et gui a de ta peine à la soutenir,\nmais lentement sa télé gui s'était courbée se relève.\nJe veux parler à Monsieur Bonnet.\n(lestes ennuyés des Bourgeois.\nParce que je suis sùr qu’il aime ma tille.\nHaussements d’épaules des bourgeois.\nJ’en suis sùr maintenant, je l’ai compris,\nJe le comprends, c’est dans l’air, je le sens\nVous en mourez de pour.\nEffarement des Bourgeois.\nAvec éclat.\nMonsieur Bonnet aime ma fille.\nAvec enthousiasme.\nEt l’Amour... l’Amour !... se charge de tout,\n11 en a bien fait d’autres,",
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     "texte": "i3\nDésignant la parle du fond à gauche.\nIl est peut-être là, derrière cette porte\nPas bien loin, bien sûr.\nConsternation des Bourgeois.\nIl dort, paraît-il.\nC’est que vous l’avez endormi.\nMais je l’éveillerai,c’est mon devoir à moi.\nMonsieur Bonnet i*èhe, debout contre lu table\nAllez -vous en.\nVictor, d'un ton toujours plus haut.\nVous me mentez depuis une heure,\nVous avez essayé de m’abrutir.\n// sc campe devant la table.\nVous m'eussiez l'ail perdre l'équilibre,\nNom de nom !... heureusement je sais,\n•le sais... que l’Amour est là, prêt à répondre,\n( - est lui, c’est votre fils qui va parler pour moi.\nDevant monsieur Bonnet père.\nAllons, ouvrez les portes,ou je les enfonce.\nMonsieur Bonnet père, blême de colère.\nSeul je commande ici.\nVictor, en avançant.\nMonsieur.\nIl />ousse Bonnet gui va s’effondrer dans le grand fan-\nteuil.\nMonsieur Bonnet père, en tombant.\nIl m’a frappé.\nVictor, revenant en arrière.\nNon. Non.\nMonsieur Bonnet père, avec rage.\nCe misérable m’a frappé!\nBonsyrven, le revolver à la main.\nCn pas de plus, je vous étends à terre.\nVictor, il recule violemment.\nCh ! qu’est-cc donc?\nIl empoigne un fauteuil.\nMais je n’ai pas peur!\nlundis gu’il prononçait ces derniers mots, monsieur Du-\nr< ind, commissaire de police, est entré /un- la porte du 3*\nl>t<m, à droite, il se trouve ainsi placé derrière Victor.\nDurand\n** e suis là, moi aussi.\nVictor\nUn guet-apens 1",
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     "texte": "Ce disant il se retourne cl enrôle un cou/) de point/ dans\nla Ji (jure de monsieur Dur and, </ui chancèle sous le coup\net s’ajfafssc sur une chaise.\nLeijuun\nMalheureux, vous avez frappé monsieur Durand.\nVictor avec terre ut', à monsieur Durand.\nC’est vous?\nDurand\nIl se relève un œil poche,et dit avec le plus grand calme.\nC’est moi.\nVictok\nJe ne vous ai pas vu,\nJe n’ai frappé personne.\nMonsieur Monnet en geignant, la main au coté.\nInfâme menteur!\nVictor\nNon, Non.\nJe n’ai fait qu'un fjjeslc.\nLebrun, violemment.\nVous êtes perdu,\nCar vous avez frappé.Monsieur Monnet dans sa maison.\nEt Monsieur Durand dans sa fonction.\nVictor\nVous ai-je frappé, Monsieur Durand?\nI )U1VAND\nOui.\nEt moi !\nMonsieur Monnet i-èive\nVictor\nNon, pas vous.\nMonsieur Monnet i*ère\nNous verrons en justice.\nLebrun\nNous sommes témoins.\nVictor\nJe ne crains rien,\nToute ma vie plaide pour moi,\nSi j’avais frappé, rien ne serait debout.\nDurand\nC’est bon, pour l'instant, sortez.\nVictor\nJe n’euleuds pas sortir, j’ai à faire ici.",
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     "texte": "Il)\nDunAND\nFaut-il que je requière mes hommes,\nUs ne sont pas loin.\nVicTon\nKl, combien sont-ils?\nl)unANi>\nJ’irai chercher la troupe, s’il faut.\nVicron, lu voix changée\nInutile, je vais sortir.\nDuiianu, le bras étendu vers la porte.\nTout de suite.\nViGTOn\non colère, l'indignation, la terreur sont peintes sur son\n’ ,lSa ge, il tourne et se secoue, ahuri, incertain, frémissant,\n\"\"dis (/ne i cs bourgeois immobiles, glacés, le considèrent...\n1 r très loin : tout à coup il se met èi crier à pleins pou\nmons :\nMonsieur Bonnet ! Monsieur Bonnet !\nDurand lui prenant le bras\nMenez, venez.\nVictor, immobile de toute sa force\nLovez-vous, Monsieur Bonnet,\nLvcillez-vous, Monsieur Bonnet,\n’i .frappe sur la. table\nC’est trop dormir, à la fia !\nDuhano, impératif.\nMenez, venez.\nVicron, avec des gestes déampères\nLa maison est sourde,\nOu bien il est crevé, cet animal,\nDepuis plus d’une heure... nucl cochon d’amour !\n‘m lut-il jamais un pareil à cclui-m !\n// fait uu pas vers la porte\n. Durand le poussant.\n' e vous dis de marcher, Victor.\nVictoh, il hurle.\nMonsieur Bonnet 1...\nMaurice ne Fahamomo.",
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     "texte": "Course aux Chefs-d’œuvre\nIl n’y a que deux bonnes façons de voyager : 1res vite, en\nflâneur — on peut flâner en se hâtant — ou très lentement, en\nchercheur consciencieux. Celui qui est avide d’approfondir les\nchoses et d’en déterminer le caractère permanent, si le temps\nne lui manque pas, en prendra ce qu’il faut et y regardera à\ndeux fois avant de conclure. Un passage rapide fournira au\nchercheur avisé des impressions vives, qui, pour n’étre pas\ntoujours en rapport très exact avec la vérité stable, ne man\nqueront pas pour cela d’intérêt. Celui-là, s’il se mcle d’écrire,\nne prêchera pas, et pour peu qu’il prévienne de son mode d’in\nformation, ot) sera moins surpris de ses écarts et il se pourra\nqu’on lui sache gré d’une « contribution » originale, n’ayant\nla prétention de convertir personne. C’est à ce litre que les\nlignes hâtives qui vont suivre devront trouver grâce devant le\nlecteur indulgent.\nEn gare de Mons on lit : « Défense de monter sur les trains\nou d’en descendre par le côté opposé aux trottoirs. » Cette\nrédaction, qui nous paraîtra plutôt défectueuse, peut donner à\npenser qu’en Belgique on est moins «dans le train » que chez\nnous.\nIl n’est pas moins vrai que ce petit pays l’emporte belle\nment sur d’autres plus grands que nous connaissons.\nLa vie y est facile — nulle amertume. L’urbanité des\npopulations est notoire. Ce n’est pas pour rien qu’on dit : Les\nbons Belges.\nLa bière est plus de moitié moins chère qu’en France; le\ntabac également, et quand on achète un paquet de cigares, le\nmarchand y joint gratuitement une boîte d’allumettes bougies.\nL’alimentation participe de ce bon marché. A Bruxelles il y\na des restaurants magnifiques et pas chers, qui pour le choix\net la variété des mets, la rapidité du service, ne le cèdent en\nrien, aux établissements similaires de Paris.\nEt puisque dans certains récits de voyages on ne se fait pas\nfaute, à l’occasion, de honnir les hôteliers peu consciencieux,\npourquoi ne dirai-je pas, — personne ne m’en a prié — tout\nle bien que je pense de l’Hôtel Britannique, où l’on jouit d’une\ntranquillité parfaite et aussi des soins attentifs d’un personnel\nbien dressé.",
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     "texte": "i7\n:\nW\nBruxelles\nLes.mu8ées fourmillent de chefs-d’œuvre. Celui de Bruxelles\nPossède une collection de primitifs admirable. Il y a là le\ntr .> T Ptique d’un certain M. Van Heemskerk, maître dont on\npai>le peu, qui semble contenir en germe tous ceux (pii ont\nParu après lui, depuis Raphaël jusqu’à Rubens, lequel est\nReprésenté par un portrait de Paracelse il’une puissance rare,\nJïiais (pii justifie l’éloge que nous venons de faire de Van\nHeemskerk.\nSi je ne craignais de manquer de respect j’ajouterais qu’eu scs\ngrandes toiles, l’homme au sombrero bien connu brille sur-\n,( Hit par une désinvolture qui va jusqu’à l’oubli des règles les\nphis élémentaires. J’en prends à témoins les deux larrons,\ndont, le mi-corps apparaît au premier plan d’une tumultueuse\nmontée au Calvaire.\nCe qu'il faut admirer de lui sans restriction, c’est un paysage\nchangement superbe : la Chasse d’Atalante et de Méléagrc,\nParmi les paysagistes il en est un: A.Pynacker, doublement\nsurprenant en raison de son talent énorme et de son peu de\nRéputation. Sa chasse au daim fait penser à Ruysdaël. Per\nsonne n’a dessiné les arbres comme lui, avec autant de\nRecherches dans le style. C’est le Michel-Ange du paysage.\nSi du paysage on passe à la nature morte c’est F. Snyders,\nsuffisamment connu, qu’il faut citer avec J. P. de lleem,donl\nle nom est moins répandu ; cependant les œuvres deee dernier\nSe distinguent par une largeur d’ellét et une finesse d’exé-\nCution extraordinaires. Des fleurs, des fruits, des crustacés:\n0,1 en mangerait, ou plutôt non, mieux vaut se contenter\nnoies dévorer... des yeux.\nMais pourquoi de Crayer avec scs grandes machines\nengendre-t-il l’ennui ? Ce n’est pourtant pas le talent qui lui\nmanque.\nDn qui ne manque pas de gaieté c’est le nommé J. Van\nHemesscn. Dans une scène de déhanche intitulée : « L’en-\n'ant prodigue » il montre au premier plan une vieille dépoi-\nÇ'aillée qui ne semble guère affectée des ravages que la fuite\n•les ans inflige aux traits de son visage, et dans le fond, un\nhomme titubant, à quion n’a laissé que son haut-de-chausses,\nRl que des femmes également peu vêtues mettent à la porte\n( h' la maison.\nNous sommes loin de ce peintre badin avec l’austère et hau-\n' a in Philippe de Champagne dont voici le portrait par lui\nmené, et, un superbe évêque à l’étroit dans son cadre, avec le\nsomptueux M. Preti dont l’Hécube aveuglant le Roi de Tliracc\ncs * Remplie de mérite... et d’appas.\nDe de 1 adresse un « Pyrrhus expirant » dans les plis d’une",
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     "texte": "i8\ndraperie superbe d’envolée, beau morceau qui n’a pas suffi à\nsauver de l’oubli le nom de ce peintre.\nJe comprends mieuxque les naïvetés de dessin et décompo\nsition tpii abondent dans les tableaux de villes assiégiées\nd’Esias Vandevelde, n’aient pas contribué à le rendre célèbre.\nDans le crucifiement de St-Gérômc, signé Van Dyck, la tète\nd’un des exécuteurs penché vers la terre se confond si bien\navec celle du martyre qu’à première vue, on croit se trouver\nen présence de deux corps n’ayant qu’une seule tête.\nAttention ! voilà Franz Hais avec un portrait d’homme\ntenant un livre de la main gauche. Fort beau assurément.\nC’est de là que Manet a lire la largeur de scs plans et surtout\nses ombres noires dans les chairs, tant il est vrai que chaque\nfois qu’on veut imiter c’est dans les défauts du modèle qu’on\nabonde fatalement.\nIl n’y a pas longtemps qu’on a découvert Franz liais, il est\nà la mode aujourd’hui. Nous le verrons à Harlem dans sa\ngloire.\nEn ce musée de Bruxelles c’est Jordacns qui resplendit. Je\nne connais rien de plus beau, de plus noble que son « allé\ngorie de la Fécondité ».\nFermeté du dessin, splendeur delà couleur et dans un angle\ndu tableau un écroulement de fleurs cl de fruits (pii est bien\nla nature morte la plus idéale dans sa puissante réalité qui se\npuisse voir.\nEt les autres : « Le satyre et lepassant... » « Le roi boit »,\nsi souvent reproduits et loués qu’il est inutile d’y revenir.\nEt ceux-ci encore moins connus « Suzanne et les deux vieil\nlards » si bien composé. « Pau et Syrinx », dans un paysage\nd’une intensité de couleur inouïe !\nSous le coup d’un tel éblouissement, on ne peut plus rien\nvoir II n’y a plus qu’à s’en aller. — C’est ce que j’ai fait.\nLa Haye.\nVoici la Hollande. Partout, dans les villes du littoral, aussi\nbien que dans la campagne environnante, on voit [joindre des\nmâts de navire et des ailes de moulin à vent.\nDe l’eau partout, et dans les prairies paissent des vaches\nnoires marquées de blanc ou blanches tachetées de noir.\nLes gendarmes sont coiffés de petits bonnets à poil et les\nagents de police ont des casques noirs en cuir bouilli à cimici de\ncuivre. On sent le voisinage de l’Allemagne dans la coupe des\nuniformes de l’armée — c’esl dire qu’elle estasse/ bien nippée.\nA Harlem tous les petits polissons ont des sabots de lu is\net j’ai vu un vieux paysan qui avait imaginé de peindre les\nsiens en blanc.\nPassons à la peinture.",
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     "texte": "'9\nAutantl’installation du musée de Bruxelles est somptueuse,\nautant celle du musée de La Ilayc laisse à désirer : petites\nSi, lles réparties en deux étages, éclairage défectueux.\nJe retrouve ici mon A. Pinackcr qui s’écrit maintenant :\nf > i,jncker(?) que j’ai tant admiré à Bruxelles. Décidément il n’a\nPas son pareil pour pcindrclcs vieux arbres, fouillés comme de\n* orfèvrerie.\nl’armi les maîtres secondaires, je distingue Van Ilaarlcm\n( l°nt I<*s académies élégantes s’élalentassez agréablement dans\nnue vaste composition représentant les douces joies de l’Age\nd’or et un Massacre des innocents d’allure très classique — si\nJ ose m’exprimer ainsi.\nSal. Koninck : « Adoration des mages » peinture propre.\nJoli.|Termeer von Utrcclit : a Diane et ses compagnes. » L une\nd éliés lave les pieds de la déesse qui n’a pas l’air très fier.—-\nSavoureuse jieinture à la t 'orrège, d’une touche discrète qui\nadl penser à notre Chardin.\nI rès bel effet de lumière, à la chandelle, dans la dame à sa\ntoilette de G. Schalken.\nEt puis deux « rigolos ». Cornélius Troost avec sa série de\nPastels à la Hogarth, et J.-B. Molcnaer, dont les petits tableaux\n‘''présentent des scènes vulgaires, galantes ou bachiques; l’une\npourrait s’intituler : Trousse jupon ; l’autre : Torche-cul. Il\nexagère Ténicrs.\nDe Vos nous ramène vers les hauteurs. Son Moïse entouré\nd une foule de personnages vêtus à la mode du temps de l’ar-\nlls te est admirablement peint.\ni L’Ecole Italienne est représentée par un Titien un peu gau\nche, où l’on voit un Seigneur l’épée au côté, assis, les mains\nposées sur le clavier d’un orgue, tandis qu’une lemme nue\ncouchée derrière lui, appuie ses pieds sur les reins de son\ncompagnon en caressant distraitement un petit chien.\nAttention 1 Voilà un Velasquez — portrait d’un jeune gar\nçon revêtu d’une brillante armure de connétable.\nEt toujours ce diable de Bubons, qui, sous des noms dille-\nr< ‘nts, reproduit les traits de la même femme et dont les vas-\n’ <>s compositions allégoriques accusent la bâte du labricant qui\n\"c travaille pas à l’heure.\nJe serai aussi dur pour Paul Potier, à propos de son grand\nJableau où l’on voit une vache grandeur nature parmi d’autres\noçstiaux. On y voit, aussi quatorze mouches — quelqu'un rn’a\nd*l les avoir comptées — cl une grenouille perdue dans l’herbe.\n1 \\ toute celle histoire naturelle s’ajoute un paysan uu’un tronc\n'J’arhre masque à moitié, et où ne se retrouve pas la maîtrise\n'ne à une recherche sincère, qui se manifeste dans la peinture\nncs animaux.",
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     "texte": "20\nL’auteur a pour excuse d’avoir exécuté cette œuvre à 21 ans.\nIl est mort huit ans après.\nMais voilà le grand morceau de résistance : « La leçon d’a\nnatomie » de Rembrandt. Saluons. Et encore du môme maître\nsix petites toiles réunies sur un même panneau en cimaise.\nN ,IS 315, 316, 318 et, iiao du Catalogue. Ces deux autres, une\nNativité et un Homme qui rit, sans numéros.\nTous les Rembrandt ne sont donc pas à Amsterdam, à cette\nexposition extraordinaire qui fait tant parler d’elle en ce mo\nment?\nHarlem\nL’Article V et dernier du règlement du Musée de la Ville de\nHarlem est ainsi conçu :\n« Les jeunes gens au-dessous de l’âge de iO ans ne seront\nadmis qu’accompagnés de personnes d'un âge mùr ».\nJ’avoue n’avoir trouvé dans les peintures exposées rien qui\npuisse motiver une telle restriction, sauf peut-être celle de\nCornélis-Cornélisz Van Ilaarlem (déjà nommé pour son mas\nsacre des innocents de la Haye) qui représente le miracle ainsi\nrelate dans le catalogue en un français bizarre : « La tradi\ntion dit qu’une religieuse d’un des couvents de Harlem était\naccusée d’inconduite. Un moine expert en médecine fut chargé\nde l’examiner, étant d’avis que l’accusation serait fondée si\nelle avait du lait). Mais au lieu de cela, il en sortit des\nfruits et du vin, les symboles de la purété virginale; la\ncalomnie se trouvant ainsi complètement réfutée. Cepen\ndant c’est avec onction que la main du bon moine s’ap\npuie sur le sein nu de la nonne qui semble prendre le Ciel\nà témoin de la pureté de son âme, et je ne vois dans ce spec\ntacle, rien de bien dangereux pour la candeur des « jeunes\ngens au-dessous de seize ans ».\nSoyons sérieux, car nous sommes ici dans le sanctuaire de\nFranz Hais. Né à Anvers en i584, mort à Harlem en iOtio. Il\nfut élève de l’obscur Karel Van Mander.\nIl se trouve représenté par trois portraits peints sur pan\nneaux et six grandes toiles où sont rassemblés les officiers des\ncorps d’arebers de Saint-Georges et de Saint-Adrien ou des\nRégents et Régentes d’établissements charitables.C’est surtout\ndans un de ces derniers tableaux, plus lâché que les autres,\nqu’apparaît nettement la source d’inspiration de la palette de\nManet — et de sa touche.\nJe laisse à d’autres le soin d’analyser par le menu ces miro\nbolants chefs-d’œuvre.\nSans doute ce grand escogriffe à la mine confite, à barbe\nrouge, venu d’Amérique, d’Allemagne plutôt — s’en char-",
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     "texte": "21\ngcra. Assis sur une banquette il interrompt sa contemplation\npour aller examiner de très près l’œuvre à laquelle,étant venu\nse rasseoir, il consacre d’un air inspiré des pages d’ccriture.\nJ Ç le place peut-être injustement au même rang que les tou-\n''istcs (pii usent avec excès des cornets isolateurs en carton,\nque l’administration du Musée met à la disposition du publie\nAu portier de l'établissement qui perçoit un prix d’entrée,\nc ' dont la bonhomie de commande laisse percer un certain\ndédain pour son interlocuteur, j’adresse ce simple discours :\n<v Si j\\i. i, ; Conservateur était disposé à tenir compte des\nobservations d’un artiste délicat je vous demanderais de bien\nvouloir appeler son attention sur ces écussons où sont inscrits\n*cs noms des personnage^ représentés dans les tableaux de\n*'>'anz liais, au bas desquels ils tiennent une si grande place.\n« Ces noms, tracés en grandes lettres d’un blanc abomina-\nolcnicnt cru sur un fond du noir le plus pur, sont d’un très\nmeheux effet, et il y aurait tout avantage à modérer l’éclat de\ncc blanc et de ce noir mêlés qui fait le plus grand tort à la\nPeinture » ..\nUne chose encore me chiffonne et me gêne dans mon\nadmiration pour Franz liais. Sa maîtrise est indiscutable.\nC est entendu. Mais dans ce musée même, où il n’est question\n( | Uc de lui, plus d’un de ces peintres de corporation aurait\noroit à une parcelle de cet encens brûlé trop exclusivement\nCn son honneur... Et à Amsterdam, nous en verrons bien\nd’autres.\nC’est ainsi qu’en bas de l’escalier j’ai été arrêté par un\njableau de Piétcr Van Anraadt (mort en 1681) —2 mètres de\n‘•auteur sur 2 mètres f>o de largeur, mesures «pii ne varient\nguère pour les suivants — représentant de robustes bour\ngeoises assises autour d’une table. L’une feuillette un registre\nî ,llc autre empile des florins. Les bons comptes lont les\nbonnes amies. Ce sont les « Régentes de la maison du\nkaint-Esprit #.\nUnis cest Jean de H ray (mort en i(><)7) qui,sur dix toiles,en\na quatre où sont porlraicturés admirablcmentsdes Régents et\ndes Régen les. Dans l’une de ces compositions il y a un tapis\no Crient, jeté sur une table, d’une grande beauté.\nCl encore Krans-Piétre/. Grcbber (mort en iO/jq une ving\ntaine d’années avant Franz Hais) qui nous montre en quatre\nt°iles le repas des officiers ctsous-offieicrsde différents corps\nd ’Archers.\nEt enfin Piétér-Claasz Soutman de ipiatre ans plus jeune\nque Franz liais — avec deux toiles traitant le même sujet. -\nCe reste est peu de chose :des porlrailset encore des portraits\nnous leur tirons notre révérence.",
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     "texte": "2?.\nAmsterdam\nJe continue à passer en revue les émules de Franz liais, et\nsans doute j’en oublierai, car ce n’est pas en un jour qu’on\npeut tout voir en ce musée d’Amsterdam si riche en belles\nœuvres.\nPietcrsen père cl. fils, C. Kctel — Johan Voutcrs « peintre\nHollandais peu connu » — dit le catalogue — I). Santvoort\n— Van der Wort — VV. Van Valckert — N. Elias — Cor-\nnélis Tcunisz — Dirk Jacobsz — I. Lion — Johan Van Sco-\nrel — Dirk Barenhz — Bol-Moyaert — B. V. d’IIelst —\nTh. de Ifcyscr.\nEn voilà dix sept, d’un mérite rare.\nC’est égal, le tableau où Franz liais s’est représenté à côté\nde sa seconde femme est un admirable morceau de peinture\nqui le place décidément au premier rang.\nMais me voilà bijjn empêché. La fatigue est venue. Le dé\ncouragement m’a pris devant tant de belles œuvres et je ne\ntrouve plus grand’chose dans mes notes.\nJe puis cependant encore signaler le « Retour de chasse »\nde A. C. Bceldcmakcr. Se détachant sur un ciel nuageux, un\nchasseur vu de dos marche, entouré d’une demi-douzaine do\nchiens,de races variées. Le corps penché, le fusil sur l’épaule,\nil a devant lui un horizon de plaines et de montagnes très\nétendu.\nEt c’est superbe de composition et de style. Les chiens sont\nadmirablement dessinés, les nuages aussi.\nC’est, vers le milieu du xvi* siècle que Voos Van Winglic\na peint ce souper de carnaval où évoluent seigneurs ctbelles\ndames. Dans un coin du tableau desmusiciens grotesques ont\npour instruments des ustensiles de cuisine : soulllcls, grils,\npelles et pincettes. Au centre un homme et une femme à lon\ngue traîne dansent la pavane. Ravissant de grâce et d’élé\ngance !\nJ’aurai vidé mon sac quand j'aurai payé un dernier tribut\nd’éloges à ce Pynackcr, le peintre des vieux arbres — deux\nfois nommé, dont les petits tableaux sont d’un grand peintre.\nEt maintenant que la fête commence, ou plutôt qu’elle con\ntinue. Nous voilà devant les Rembrandt.\nC’est un éblouissement, et je demande à me taire. A quoi\nbon, en effet, ressasser ce que tout le monde sait, egrenerdes\nadjectifs, arrondir des phrases.\nContentons-nous de ces trois croquis. Le jeune truand-por\nteur de corne à libation «pii se hôte au premier plan de la\n« Ronde de Nuit » tout contre le cadre perdu dans l’ombre\net dont aucune reproduction n’a jamais rendu un compte suf-",
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     "texte": "2$\n•f*\nusant. — Ali! la Hondc de nuit ! « David jouant de la harpe\nnevant Sai'il. » L’expression qui se dégage de cette scène est\nl’oignante. Aucun artifice de composition cependant. Rem\nbrandt n’y allait pas généralement par quatre chemins et ne\ncherchait pas midi à quatorze heures.\nMais il ne faut pas lui demander de dessiner un cheval. Voir\n1° portrait équestre de Lisowski (?)\nIci le maître qui s’est si souventservi de modèle à lui-mème\nse montre en cheveux blancs. On croirait voir le père Corot\n7- moins la pipe et la blouse bleue — jadis les peintres\nPaient mieux vêtus qu’à présent.\n( C’est tout ? Mon Dieu oui — Ah! encore un mol : si nous\nn avions pas les étonnants croquis de paysagede Rembrandt,\ncelui qui fut notre Alphonse Legros serait un maître.\nMais l’imitation en plus d’un endroit est trop flagrante. Il\ndemeure un peintre seulement, ce qui est bien quelque chose,\nO- l’artiste Français, qui a oublié sa langue depuis qu’il est\nu Condrcs, n’en est pas moins un peintre admirable.\nHien d’exagéré dans ces lignes d’un guide en Hollande :\nAmsterdam, capitale du royaume, ville d’un intérêt abso\nlument extraordinaire et unique. J’en doutais, je l’ai vue, je\n1,0 doute plus.\n, Il sullit d’examiner le plan pour deviner ce que cela peut\npire. D’innombrables canaux répétant leurs courbes paral-\nIcjes très rapprochés, et pas une rue qui ne soit horizon-\nn, “e de verdure ; de forts beaux monuments, et quelle fantai-\n8,0 dans l’architecture des maisons! Elles m’apparaissent une\ndernière fois, toutes bleues, découpant sur un ciel crépuscu-\njhre la dentelle de leurs silhouettes capricieuses au delà de\nu, mnnensc réseau de fer du plafond de la gare où chaude le\n1>ü ih du retour.\nFélix Régamey.",
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     "texte": "Le Démon de la Bouteille\n(Fin)\nC’était bien comme Keawc le supposait. Le jeune homme\navait la monnaie toute prête clans un tiroir. La bouteille chan\ngea de mains et les doigts de Keawe ne s’étaient pas plus lot\nrefermés sur le goulot qu’il avait déjà formulé son souliait de\nredevenir un homme sain. Et, ce qui est sûr, c’est que, quand\nil fut rentré chez lui, dans sa chambre et qu’il se fut désha\nbillé devant une glace, sa chair était tout entière nette comme\ncelle d’un enfant. Et alors il se passa quelque chose d’étrange.\nIl n’eut pas plus tôt vu ce miracle (pie son esprit changea\nen lui et qu’il ne se soucia plus du tout du mal chinois et\nassez peu de Ivokua; et il n’eut plus qu’une pensée, c’est qu’il\nétait lié au démon de la bouteille pour le temps et pour l’éter\nnité et qu’il n’avait plus rien de mieux à espérer que de deve\nnir pour jamais un tison dans les flammes de l’enfer. Bien loin\ndevant lui, il les vit flamboyer avec les yeux de l’esprit et\nson âme se resserra et l’obscurité tomba sur la lumière.\nQuand Keawe fut revenu un peu à lui, il s’aperçut qu’il\nétait nuit et que la musique jouait à l’hôtel. C’est là qu’il sc\nrendit, parce qu’il redoutait d’être seul ; et là, au milieu des\nvisages joyeux, il se promenait de long en large, il entendait\nles airs monter et descendreet il voyait Berger battre la mesure,\net pendant tout ce temps il entendait aussi pétiller les flammes\net il voyait le feu rouge briller dans l’abîme sans fond. Tout\nà coup, la musique joua Iliki-ao-ao.C’était une chanson qu’il\navait chantée avec Kokua; et, à ce chant, le courage lui\nrevint.\n— C’est fini maintenant, pensu-t-il ; et, une lois de plus, il\nfaut que je prenne le bien en même temps que le mal.\nIl arriva donc qu’il retourna à Hawaï par le premier\nsteamer ; et aussitôt que la chose put se faire, il se maria avec\nKokua et l’emmena en haut du versant de la montagne, à la",
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     "texte": "20\n3\nMaison Brillante. Et maintenant, il leur arrivait ceci à tous\ndeux que, quand ils étaient ensemble, le cœur de Keawc\n«tait encore apaisé; mais aussitôt qu’il était seul, il tombait\ndans une horreur inquiète et il entendait pétiller les flammés\net il voyait le feu rouge briller dans l’abîme sans fond. La\njeune fille, en vérité, était venue à lui tout entière; son cœur\nbondissait dans sa poitrine quand elle le voyait, sa main s'atta\nchait à la sienne. Et elle, était ainsi faite, des cheveux de sa\nteto aux ongles de scs pieds, (pic personne ne 4 pouvait la voir\nSf tns joie. Elle était plaisante par nature. Elle avait toujours\nUn<î bonne parole. Elle était pleine de chansons et allait et\nVc »ait dans la Maison Brillante comme la plus brillante chose\nde scs trois étages, en gazouillant comme les oiseaux. Et\nKeawc la contemplait et l’écoutait avec délices et alors il lui\nKdlait s’écarter d’elle avec horreur et pleurer et gémir en pen-\nsant au prix qu’il l’avait payée. Puis, il lui fallait sécher ses\n^eux cl laver son visage et aller s’asseoir avec elle sur les\nh'rges balcons et se mêler à ses chants et, avec un esprit\nln 'dade, répondre à scs sourires.\nd vint enfin un jour où les pieds de Kokua s’alourdirent\nel où ses chansons devinrent plus rares; et maintenant, ce n’é-\nhdl plus seulement Keawc qui pleurait à l’écart, mais chacun\nd eux s’éloignait de l’autre et s’asseyait sur des balcons oppo-\nSes 3 avec toute la largeur de la Maison Brillante entre eux\ndoux. Keawc était si profondément enfoncé dans son désespoir\n( l ,l ’il avait à peine remarqué ce changement et qu’il se rejouis-\nsa \". seulement d’avoir plus d’heures ù lui pour s’asseoir seul à\nréfléchir sur sa destinée et de n’être plus aussi fréquemment\nc °ndamné à cacher, sous un visage souriant, un cœur tor-\nUr «. Mais un jour, comme il traversait doucement la maison,\nd entendit le bruit d’un sanglot d’enfant et il aperçut Kokua\nSc r Oulantàterre sur le plancher du balcon et pleurant comme\nUne désespé rée.\nTu fais bien de pleurer dans cette maison, lvokua, dit-il,\njd pourtant j’aurais bien donne ma tète de dessus mes épau-\nCs > pour que toi, au moins, lu puisses être heureuse!\n~p~ Heureuse! cria-t-elle. Keawc, quand tu vivais seul dans ta\nkdson Brillante, tu étais cité dans toute 1 ’île comme l’exemple\n* ° l’homme heureux; le rire et les chansons étaient dans ta\nJ °uche, et ton visage était aussi brillant que le lever du soleil.\nA1 °rs, tu as épousé la pauvre Kokua, el le Bon Dieu sait ce\n'l u d y y tic mauvais eu elle, mais depuis ce jour tu n’as plus",
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     "texte": "souri. Oli ! cria-l-elle, qu’ai-je donc fait pour jeter ce nuage\nsur mon mari ?\n— Pauvre Kokua! dit Keavve. II s’assit par terre à côte\nd’elle cl essaya de lui prendre la main, mais elle la retira.\nPauvre Kokua, répéta-t-il, ma pauvre enfant, ma jolie! Et\nmoi qui, pendant tout ce temps, avais pensé t’épargner! Eh!\nbien,tu sauras tout! Alors, au moins, tu auras pitié du pauvre\nKcawe. Alors tu comprendras combien il t’aimait dans le\npassé, puisqu’il a risqué l’enfer pour te posséder, et combien\nil t'aime toujours, le pauvre condamné, puisqu’il peut encore\nte sourire quand il te regarde!\nEt là dessus, il lui dit tout, du commencement à la tin.\n— Tu as fait cela pour moi? s’écria-t-elle. Eh ! bien, alors,\nde quoi vais-je me soucier ? El elle le saisit, dans ses bras et\npleura sur son épaule.\n— Ahl enfant, dit Kcawe, pourtant, quand je considère le\nfond de l’enfer, ce n’est pas le souci qui me manque !\n— Ne me parle pas de cela, dit-elle. Un homme ne peut pas\nêtre damné, pour avoir aimé Kokua, et sans autre crime. Je te\nle dis, Kcawe, je te sauverai, des mains que voici, ou je péri\nrai avec toi. Quoi ! Tu m’as aimée et tu m’as donné ton âme,\net tu penses.que je ne mourrais pas pour te sauver en re\ntour?\n— Ah ! ma chérie, tu pourrais mourir cent fois, s’écria-t-il.\nQuelle différence cela ferait-il, si ce n’est de me laisser seul\njusqu’à ce (pie vienne le moment de ma damnation ?\n— Tu ne sais rien, dit-elle. J’ai été élevée dans une école à\nIlonolulu. Je ne suis pas une fille vulgaire. Et, je te le dis,\nje sauverai celui qui m’aime. Que disais-tu tout à l’heure à\npropos d’un cent f Mais le monde entier n’est pas Américain.\nEn Angleterre, ils ont une pièce de monnaie qu’ils appellent\nun làrthing et qui vaut à peu près la moitié d’un cent. Ah !\nla triste chose! s’écria-t-elle; cela ne nous sauve guère, car\nl’acheteur serait damné et nousne trouverons personne d’aussi\nbrave que mon Kcawe. Mais il y a encore la France. Les\nFrançais ont une petite pièce de monnaie qu’ils appellent un\ncentime et dont il faut cinq pour faire un cent, ou environ.\nNous ne pouvons pas faire mieux. Viens, Keavve, allons-nous\nen dans les îles françaises, allons à Tahiti, aussi vite que les\nnavires pourront nous porter. Là, nous avons quatre centi\nmes, trois centimes, deux centimes, un centime. C’est quatre\nventes possibles à réaliser et nous serons deux pour pousser",
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     "texte": "27\n* la vente. Viens, mon Keawe! Embrasse-moi et chasse le\ns °uei. Kokua saura te défendre.\n— Présent de Dieu ! s’écria-t-il. Je ne pense pas que Dieu\n111 Ç punira pour avoir désiré une créature aussi parfaite! Qu’il\nR0| t donc fait comme tu le vcux![Emmènc-moi où tu voudras,\nremets ma vie et mon salut entre tes mains.\nPc lendemain de bonne heure, Kokua s’occupa de ses pré\nparatifs. Elle prit le coffre de Keawe, celui dont il se servait\nfloand il naviguait, et, d’abord, elle y plaça la bouteille dans\nUn coin et l’empaqueta, avec lesplus riches de leurs vêtements\nQ les plus jolis des bibelots de la maison. « Car, dit-elle, il\n* au t que nous paraissions des gens riches, ou, sans cela, qui\nvoudrait croire à la bouteille? » Tout le temps de sesprépara-\n,1 ' s . elle fut aussi gaie qu’un oiseau. Seulement, quand (die\nregardait Keawe, les larmes jaillissaient de ses yeux et elle\ncourait l’embrasser. Quant à Keawe, son Ame était débarras-\nSe,î d’un grand poids. Maintenant que son secret était par-\n* a gé cl qu’il avait devant lui quelque espoir, scs pieds cou\nraient légèrement sur la terre et il avait du bonheur à respi\nrer. Cependant, la terreur ne l’avait pas.encore abandonné ;\n( 'l, à chaque instant comme un flambeau éteint par le vent,\nI espoir mourait en lui, et il voyait s’agiter les flammes et\nbrûler le feu rouge dans l’enfer.\nCe bruit, se répondit dans le pays qu’ils allaient aux Etats-\nPois faire un voyage d’agrément, ce qui parut une chose\nétrange, et moins étrange pourtant que la vérité, si on avait\nP u la deviner. Ils allèrent ainsi i\\ Honolulu à bord du liait,\nl'ois delà suri’Urnatilla à San-Francisco, avec une multitude\n( * e Haoles, et, à San-Francisco, ils prirent passage sur le bri-\ngantin de la malle, l'Oiseau (les Tropiques, pour l’a pacte, la\ncapitale des Eraneais dans les îles du Sud. Ils y arrivèrent\n'.’pres un agréable voyage, par un beau jour de vents alisés,ct\n, ‘ s aperçurent les récifs où le ressac se brisait, et Moluiti\navec ses palmiers et sa goélette mouillée dans la rade, cl les\noiaisons blanches de la ville s’étendant le long du rivage par-\n111 i les arbres verts et, au-dessus, les montagnes et les nuages\n( b' Tahiti, Plie Sage.\nUs jugèrent plus convenable de louer une maison, ce\n( |o’ils firent en conséquence en face du Consulat d’Angleterre ;\no fi faire grande parade d’argent, et d’attirerl’attention sur eux\nPar leurs chevaux et leurs voitures. Cela était très facile à\nhiire, aussi longtemps qu’ils avaient la bouteille en leur pus-",
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     "texte": "28 ■\nsession; car Kokua était plus hardie que Keavve et, toutes les\nfois qu’elle en avait envie, elle s’adressait au démon pour\nvin”! ou cent, dollars. De cette façon, ils arrivèrent vile à\nêtre remarqués dans la ville; et les étrangers d’Hawaï, leurs\npromenades à cheval, leurs courses en voiture, les beaux ho-\nlokus et les riches dentelles de Kokua, devinrent le sujet de\nconversations nombreuses.\nIls se tirèrent bien, après les premiers essais, de la langue\ntahitienne, qui ressemble du reste à la langue hawaïenne,\navec le changement de certaines lettres, et, dès qu’ils purent\nparler avec un peu de facilité, ils commencèrent à prôner la\nbouteille. On doit considérer que ce n’était pas un sujet com\nmode à aborder. Il n’était pas aisé de persuader à des gens\nque vous parliez sérieusement, quand vous leur proposiez de\nleur vendre pour quatre centimes la source inépuisable de la\nfortune et des richesses. II était nécessaire en outre d’expli\nquer les dangers de la bouteille. Des uns refusaient de vous\ncroire et se mettaient à rire; ou bien ils envisageaient surtout\nh; côté sinistre de l’affaire, devenaient subitement liés graves\net s’éloignaient de Keawc et de Kokua comme de personnes\nayant commerce avec le diable. Hicn loin de gagner du ter\nrain, tous deux commencèrent à s’apercevoir qu’on les évitait\ndans la ville. Les enfants se sauvaient d’eux en jetant des\ncris, ce qui était une chose intolérable pour Kokua.Les catho\nliques se signaient en passant près d’eux et toutes leurs rela\ntions se mirent, d’un commun accord, à se dégager de leurs\navances.\nLe découragement tomba sur leurs esprits. Le soir, ils\ns’asseyaient dans leur maison neuve, après la fatigue de la\njournée, sans échanger un motet le silence n’était rompuque\npas Kokua, éclatant soudain en sanglots. Parfois, ils priaient\nensemble. D’autres fois, ils posaient la bouteille sur le. plan\ncher et restaient assis toute la soirée, à guetter comment\nl’ombre voletait au milieu. Ces jours-là, ils avaient peur\nd’aller se coucher. De longues heures se passaient avant que\nle sommeil leur vînt ; et, quand l’un des deux s’assoupissait,\nc’était pour trouver, à son réveil, l’autre pleurant silencieuse\nment dans la nuit; ou peut-être même pour se réveiller seul,\nl’autre ayant quitté la maison et le, voisinage, pour marcher\nsous les bananiers du petit jardin ou pour errer sur le rivage\nau clair de lune.\nUne nuit, c’est ainsi que Kokua se réveilla. Keawe était",
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     "texte": "parti. Elle tAta le lit : la place de son mari était froide. Un\nIfiilile rayon de lune filtrait à travers les volets. La chambre\n,; tait claire et elle pouvait apercevoir la bouteille sur le plan\ncher; au dehors, il ventait dur, les grands arbres de l’avenue\nbruissaienl hautement et les feuilles mortes s’agitaient en\ncr| ant sous la vérandah. Au milieu de tout cela, Kokua perçut\nU| i autre bruit. Venait-il d’une bêle ou d'un homme, c’est ce\n•luelle n’aurait pu dire, mais il était triste comme la mort\net la perçait jusqu’à l’Ame. Doucement, clic sc leva, entre\nbâilla la porte et regarda au dehors, dans la cour éclairée par\nla lune. 1 .à, sous les bananiers, Keawe gisait, la bouche dans\nla poussière et, ainsi étendu, ilsc lamentait.\nLa première pensée de Kokua fut de courir à lui et de le\nconsoler; sa seconde pensée la retint avec force. Keawe s’étant\ncomporté devant sa femme comme un brave; il convenait peu\na celle-ci, en celle heure de faiblesse, de s’immiscer dans sa\nbonté. Sur celte pensée, elle rentra dans la maison.\n— Mon Dieu! sc dit-elle, combien j’ai été insouciante, com\nbien faible! c’est lui qui est en péril éternel, et non pas moi !\nC’est lui et non pas moi, qui a pris la malédiction sur son Ame !\nC’est pour l'amour de moi, pour l’amour d’une créature\nd’aussi peu de valeur et d’aussi peu de secours, qu’il voit déjà\n• s * près de lui les flammes de l’enfer, et qu’il en respire la\nfumée, étendu là dans le vent, au clair de lune. Suis-je donc si\npauvre d’esprit que jamais, jusqu’à ce jour, je n’aie vu mon\ndevoir ou, si je l’ai vu déjà, que je me sois détournée de lui?\nMais maintenant, au moins, je ressaisis mon Ame avec toute\nl’énergie démon amour. Maintenant, je dis adieu aux blanches\n‘“arches du ciel, aux visages de mes amis anxieux de mon\narrivée. Amour pour amour, et que le mien cgide celui de\nKeawe! Aine pour Ame, et que ce soit la mienne qui périsse!\nKokua était une femme fort adroite et elle fut bientôt prête,\nbille prit dans sa main la monnaie, les précieux centimes\n‘pi’clle gardait toujours auprès d’elle; car celle monnaie est\nPeu employée et ils en avaient fait provision aux bureaux du\ngouvernement. Quand elle fut dehors, dans l’avenue, les nuages\nmontèrent avec le vent et la lune s’obscurcit. La ville dormait\n( 't elle ne savait où aller, quand elle entendit quelqu'un qui\ntoussait dans l’ombre des arbres.\n■— Vieillard, dit Kokua, que failes-vôus dehors, par celte\n“oit glacée?",
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     "texte": "S o\nLe vieillard pouvait à peine parlera cause de sa toux,mais\nelle comprit qu’il était vieux et pauvre et etranger à l’île.\n— Voulez-vous me rendre un service? dit Kokua. Comme\nétranger envers une étrangère et comme vieillard envers une\njeune femme, voulez-vous secourir une fille d’ïlawaï?\n— Ali ! dit le vieillard, ainsi vous êtes la sorcière venue des\nHuit llcs'et, môme ma vieille Ame, vous essayez de la séduire?\nMais j’ai entendu parler de vous et je délie votre méchanceté.\n— Asseyez-vous ici, dit Kokua et laissez-moi vous conter\nune histoire ! Et elle lui dit toute l’histoire de Kcawe, du\ncommencement à la fin.\n— Et maintenant, dit-elle, je suis sa femme, celle qu’il a ra\nchetée au prix du salut de son Ame. Que dois-je faire? Si j’al\nlais le trouver moi-même et si je lui offrais d’acheter la bou\nteille, il refuserait. Mais si vous y allez, il vous la vendra avec\njoie. Je vais vous attendre ici. Vous l’achèterez quatre centimes\net je vous la rachèterai trois, et que le seigneur soutienne une\npauvre fille!\n— Si vous parliez faussement, dit le vieillard, je crois que\nDieu vous frapperait de mort sur place.\nIl le ferait, s’écria Kokua, soyez sûr qu’il le ferait! Je\nne pourrais pas vous trahir. Dieu ne le souffrirait pas !\nAlors, quand Kokua se trouva seule dans la rue, son cou\nrage l’abandonna. Le vent mugissait dans les arbres et il lui\nsemblait quec’étaitla ruée des flammés de l’enfer; les ombres\ns’agitaient dans la lumière du réverbéré et elles lui parais\nsaient être les mains rapaces des mauvais esprits. Si elle en\navait eu la force, elle se serait enfuie, et si elle avait eu le\nsouffle, elle aurait crié. Mais, A la vérité, elle ne put faire ni\nl’un ni l’autre et elle resta tremblante dans l’avenue, comme\nun enfant épouvanté.\nAlors, elle vit Je vieillard qui revenait et il avait la bouteille\nà la main.\n— J’ai fait votre commission, dit-il. J’ai laissé votre mari\npleurant comme un enfant. Il dormira facilement cette nuit.\nEt il lui tendit la bouteille.\n— Avant de me la donner, dit Kokua haletante, prenez le\nbien avec le mal. Demandez à être délivré de votre rhume.\n— Je suis un vieillard, répondit l’autre, et trop près do la\nporte du tombeau pour accepter une faveur du diable. Mais\nqu'cst-cc ([ne cela? Pourquoi ne prenez-vous pas la bouteille?\nEst-ce que vous hésitez?",
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     "texte": "3i\n— «To n’hésite pas, s’écria Kokua, seulement je suis faible.\nAccordez-moi un moment. C’est ma main qui résiste, c’est\nIn <‘i chair qui s’écarte de l’objet maudit. Un moment seule\nment !\nCe vieillard regarda Kokua avec bonté.\n— Pauvre enfant, dit-il, vous avez peur! C’est votre Ame\nM’u se révolte! Eh ! bien, laissez-moi la garder. Je suis vieux,\nje ne pourrai jamais plus être heureux dans ce monde, et\n( l U{ in t à l’autre...\n— Donnez-moi la bouteille! s’écria Kokua. Voici votre\n°rgcnt! Pensez-vous que je sois si vile que cela? Donnez-\nmoi la bouteille !\n— Dieu vous bénisse, enfant! dit le vieillard.\nKokua cacha la bouteille sous son holoku, dit adieu au\nvieillard et marcha le long de l’avenue, sans savoir où, car\nMaintenant, pour elle, tous les chemins étaient les mêmes, et\nt°ns conduisaient également à l’enfer. Tantôt elle marchait et\ntantôt elle courait. Parfois, elle criait tout haut dans la nuit\nel parfois elle s’étendait sur le bord de la route, dans la pous-\ns, ere et pleurait. Tout ce qu’elle avait entendu dire de l’enfer\nlai revenait à l’esprit. Elle voyait les flammes briller, elle\nSc ntait l’odeur do la fumée et sa chair se desséchait sur les\ncharbons.\nUn peu avant le jour, elle revint à clic et retourna à la\nmaison ; c’était encore tel que le vieillard l’avait dit: Kcawc\ndormait, comme un enfant. Kokua s’arrêta et regarda son\nvisage.\n•— Et maintenant, mon mari, dit-elle, c’est A ton tour de •\ndormir. Quand tu t'éveilleras, ce sera à ton tour de chanter et\nde rire. Riais pour la pauvre Kokua, hélas ! — cela ne signi\nfiait rien de mal — pour la pauvre Kokua, plus de sommeil,\nplus (h; chansons, plusdéjoic ni sur la (erre ni au ciel.\nSur ce, elle s’étendit dans le lit aux côtés de son mari et sa\nmisère était si extrême qu’elle tomba instantanément dans un\nprofond sommeil.\nTard dans la matinée, son mari l’éveilla et lui apprit les\nbonnes nouvelles. Il paraissait fou de joie, car il ne remarqua\npoint sa détresse, si mal qu’elle la dissimulât. Les mots s’ar-\nvètaicnt dans sa bouche, cela ne faisait rien; Kcawc parlait\npour deux. Pille ne put pas manger une seule bouchée, mais\nqui aurait pu s’en apercevoir ? car Kcawc nettoya le plat.\nKokua le voyait et l’entendait comme une chose étrange dans",
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     "texte": "G\n32\nun rêve. Par moment, elle oubliait ou doutait et portait scs\nmains à son front, Se savoir condamnée et entendre son mari\nbavarder, cela lui semblait monstrueux.\nPendant tout ce temps, Keavve mangeait et parlait et arrê\ntait l’époque de leur retour et la remerciait de l’avoir sauvé\net la caressait et l’appelait sa véritable amie, après tout, 11 se\nmoquait du vieillard qui avait été assez fou pour acheter celle\nbouteille.\n— Mon mari, dit Kokua humblement, son intention était\npeut-être bonne.\nKeavve se mit à rire comme un homme en colère.\n— A lions donc! Sornettes! cria Keavve. C’est un vieux\ncoquin, je te le dis, et un vieil Ane par-dessus le marché. Car\nla bouteille était déjà bien assez difficile à vendre à quatre cen\ntimes et à trois, elle sera complètement impossible. La marge\nn’est pas assez large; la chose commence à sentir le roussi,\nlîrr!... dit-il, et il frissonna. Il est vrai que je l’ai achetée moi-\nmême pour un cent, alors que je ne savais pas qu’il existât\ndes pièces de monnaie moindres. Mais mes chagrins m’avaient\nrendu fou. Jamais on n’en trouvera un autre et celui qui a la\nbouteille maintenant l’emportera au tombeau.\n— O mon mari, dit Kokua, n’est-ce pas une terrible chose\nde se sauver par la ruine éternelle d’un autre ? 11 me semble\nque je ne pourrais pas rire. Je serais humiliée. Je serais\npleine de mélancolie. Je voudrais prier pour le pauvre être\nqui la possède actuellement.\nAlors Keavve, parce qu’il sentait la vériléde ce qu’elle disait,\nse mit plus fort en colère.\n— Allons ! Allons ! cria-t-il. Tu peux bien être pleine de\nmélancolie si cela le fait plaisir. Mais ce n’est pas là l’esprit\nd’une bonne épouse. Si tu songeais un peu à moi,Tu rougirais\nde honte.\nLà dessus, il sortit et Kokua resta seule.\nQuelle chance avait-elle de vendre cette bouteille à deux\ncentimes ? Aucune, elle le voyait bien. Et, en cas où elle en\naurait eu une, voici que son mari l’emmenait en bâte dans\nun pays où il n’y avait rien au-dessous d’un cent. ! Et là, au\nlendemain du sacrifice, son mari l’abandonnait et la blâmait!\nElle ne voulut même pas essayer de profiter du temps «pii\nlui restait. Elle s’asseyait dans la maison, prenait la bouteille\net la regardait avec une terreur indicible; ou bien, avec un\ngeste de dégoût, elle la cachait hors de sa vue.",
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     "texte": "Là dessus, Keawe revint et voulut la conduire se promener\ne n voiture.\n— Mon mari, je suis malade, dit-elle. Je suis toule hors de\nm °'. Cxcuse-moi, je ne pourrais prendre aucun plaisir.\nCela mit Keawe plus en colère que jamais; contre elle\nd abord, parce qu’il croyait qu’elle se désolait sur le cas du\nv >eillard : contre lui-même ensuite, parce qu’il comprenait\n( pi elle avait raison et qu’il était honteux d’être si heureux.\n~~ C’est là ta loyauté, dit-il, et c’est là ton affection ? Ton\nmari est à peine sauvé du malheur éternel, qu’il avait cncou-\nn * pour l’amour de toi, et tu ne peux prendre aucun plaisir!\nLokua, tu as un cœur déloyal !\nL sortit furieux et erra toute la journée par la ville. Il ren\ncontra des amis et but avec eux. Ils louèrent une voiture et se\npromenèrent dans la campagne, et là ils burent de nouveau.\nPendant tout ce temps, Keawe était mal à l’aise, parce qu’il\nprenait, du bon temps pendant que sa femme était triste et par-\ncc qu’il savait au fond de son cœur qu’elle avait plus raison (pie\n,u >; et celle certitude le lithoire davantage encore.\nIl y avait son vieux Haole brutal qui buvait avec lui, un\nhomme qui avait été maître d’équipage d’un baleinier, vaga\nbond, mineur sur les mines d’or et forçat dans les prisons. Il\nay ait l’esprit grossier et la bouche folle. Il aimait à boire et à\nvoir les autres ivres ; et il obligeait Keawe à vider son verre,\nbientôt, il n’y eut plus d’argent dans la compagnie.\n— Dites donc, vous, dit le maître d’équipage, vous êtes ri\nche, vous l’avez toujours dit. Vous possédez une bouteille ou\nquelque autre stupidité//\n— Oui, dit Keawe, je suis riche. Je vais retourner chercher\nde l’argent près de ma femme, qui le garde.\n—- Voilà une mauvaise idée, camarade, dit le maître d’équi-\nPage. N’ayez jamais confiance dans un jupon pour des dollars.\nClics sont toutes aussi fausses que l’eau. Ayez l’œil sur votre\nfemme.\nCe mot frappa l’esprit de Keawe, car il était embourbé par\nmut, ce qu’il avait bu.\n— Je ne m’étonnerais pas qu’elle fût fausse, pensa-t-il. Pour\nquoi, sans cela, aurait-elle été si abattue par ma délivrance ?\nMais je veux lui montrer que je ne suis pas un homme dont on\ns e moque. Je veux la prendre sur le fait.\nCn conséquence, quand ils’revinrent à la ville, Keawe dit au\nmaître d'équipage de l’attendre au coin, près de la vieille pri-",
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     "fin_caractere_exclue": 2265,
     "texte": "34\nson et il remonta l'avenue jusqu’il la porte dosa maison. La\nnuit était déjà venue. Il y avait une lumière dans l’intérieur,\nmais pas un bruit. Keawo se glissa le long de l’encoignure,\nouvrit doucement la porte de derrière et. regarda à l’intérieur.\nKokua était là, étendue sur le sol, avec la lampe à côtéd’elle ;\net devant elle était une bouteille de verre blanc laiteux, avec un\nventre rond et un long cou ; et, en la regardant, Kokua se tor\ndait les mains.\nPendant longtemps, Keawo demeura immobile à regarder\npar la porte ouverte. Tout d’abord, il lut frappé de stupeur ;\net la peur lui vint que le marché n’eût été mal conclu et que la\nbouteille ne lui fût revenue, comme elle lui était revenue à\nSan Francisco, A cette pensée, scs genoux fléchirent et les fu\nmées du vin s’envolèrent de sa tète comme les brouillards d’une\nrivière au matin ; puis, il eut une autre pensée et celle-là était\nune pensée étrange, qui amena la rougeur à ses joues.\n— Il faut que je m’assure de cela, pensa-t-il.\nIl ferma la porte, tourna de nouveau le coin, et entra\nbruyamment, commes’il ne faisaitque de revenir. Et voici I Au\nmoment où il ouvrit la porte d’entrée, on n’apercevait plus au\ncune bouteille et Kokua était assise sur une chaise cl se le\nvait, comme quelqu'un qu’on vient d’éveiller dans son som\nmeil.\n— J’ai bu toute la journée cl je me suis amusé, dit Keawc.\nJ’ai été avec de bons compagnons et je reviens seulement\npour prendre de l’argent et retourner boire et faire la noce\navec eux.\nSon visage et sa voix étaient aussi sévères qu’un jugement,\nmais Kokua était trop troublée pour le remarquer.\n— Tu fais bien d’user de ce (pii est à toi, mon mari, dit-\nelle, et scs paroles tremblaient.\n— Ob ! je fais bien en toutes choses, dit Keawc ; et il alla\ndroit au coffre et, y prit de l’argent. Mais il regarda en outre\ndans le coin où ils serraient la bouteille et la bouteille n’y\nétait pas.\nA cette vue, le coffre se souleva du sol comme une vague de\nla mer et la maison s’étendit autour de lui comme une couron\nne de fumée, car il vit (pie maintenant il était bien perdu et\nqu’il n’y avait plus de chance de salut.\n— C’est ce (pie je craignais, pensa-t-il ; c’est elle qui a\nacheté la bouteille !\nAlors,il revint un peu à lui et se releva ; mais la sueur cou-",
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     "texte": "-n\n35\nl ; 'it sur sou visage .aussi épaisse que la pluie, aussi froide que\nl’eau d’uu puits.\n— Kokua, dit-il, je t’ai dit aujourd’hui quel mal m’était\narrivé. Maintenant, je retourne faire la fête avec mes joyeux\ncompagnons— et, en disant cela, il put rire assez paisible\nment — et je prendrai plus de plaisir à boire si tu me par\ndonnes.\nElle étreignit ses genoux eu un moment; elle embrassa ses\ngenoux en versant des larmes.\n— Oh ! s’écria-t-elle, ie ne demandais qu’une bonne\nparole !\n- Ne pensons jamais témérairement l’un de l’autre 1 dit\nKeawe, et il sortit de la maison.\nMaintenant, l’argent que Keawe avait emporté, c’était\nseulement quelques centimes de la provision qu’ils avaient\nlaite à leur arrivée. Sûrement, il n’avait pas l’esprit à boire,\nka lemme avait donné son Ame pour lui ; maintenant, il de\nvait donner son Ame pour sa femme. Aucune autre pensée\nn existait au monde pour lui.\nAu coin, près de la vieille prison, le maître d’équipage l’at\ntendait.\n— Ma femme a la bouteille, dit Keawe, et à moins que vous\nf,e m’aidiez A la reprend re, nous n’aurons plus d’argent ou rien\na boire de la nuit.\n•— Vous n’allez pas me faire croire que vous êtes sérieux,\na propos de cette bouteille V s’écria le maître d’équipage.\n— Voici le réverbère, dit Keawe. Est-ce que j’ai l’air de\nplaisanter V\n— C’est vrai, dit le maître d’équipage, vous avez l’air\nsérieux comme un fantôme.\n—■ Eh ! bien, alors, dit Keawe, voici deux centimes. Vous\nu ‘ez trouver ma femme à la maison et vous les lui donnerez\npour la bouteille que, si je ne me trompe, elle vous remettra\nsur-le-champ. Apportez-la moi et je vous la rachèterai un\ncentime ; car il y a une loi sur cette bouteille, c’est qu’elle\ndoit toujours être revendue pour une somme moindre. Mais,\nquoique vous fassiez, ne soufflez jamais un mot à ma femme\nque vous venez de ma part.\n— Camarade, je me demande si vous ne vous moquez pas\nde moi ? demanda le maître d’équipage.\n— Cela ne vous fera pas de mal en tout cas, répondit\nKeawe.\n-",
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     "texte": "— C’est vrai, camarade, dit le maître d’équipage.\n— Et si vous doutez de moi, ajouta Keawe, vous pouvez\nessayer. Aussitôt sorti de la maison, souhaitez d’avoir de\nl’argent plein votre poche, ou une bouteille du meilleur rhum\nou tout ce qui vous plaira, et vous verrez la vertu de la\nchose\n— Très bien, Canaque, dit le maître d’équipage. Je vais\nessayer, mais si vous avez pris du plaisir à mes dépens, moi\nj’en prendrai aussi aux vôtres avec une cheville d’amarrage.\nLe baleinier remonta alors l’avenue et Keawe resta à l’at\ntendre. C’était à peu près le même endroit où Kokua avait\nattendu la nuit précédente, mais Keave était plus résolu et\nn’hésitait pas dans son dessein. Seulement, son âme était\namère de désespoir.\n11 lui sembla qu’il attendait depuis bien longtemps quand il\nentendit une voix qui chantait dans l’obscurité de l’avenue\nIl reconnut cette voix pour celle du maître d’équipage; mais,\nchose singulière, l’ivresse l’avait envahie en un moment.\nBientôt, l’homme lui-même apparut trébuchant dans la lu\nmière du réverbère. Il avait la bouteille du diable boutonnée\ndans sa vareuse; il tenait à la main une autre bouteille et,\nquand il se présenta, il la porta à sa bouche pour boire.\n— Vous l’avez! dit Keawe, je vois cela !\n— Bas les pattes ! dit le maître d’équipage en se reculant\nbrusquement. Approchez-moi d’un pas, et je vous démolis la\nfigure. Vous pensiez bien me prendre pour une dupe, n’est-ce\npas?\n— Que voulez-vous dire? s’écria Keawe.\n— Ce que je veux dire? cria le maître d’équipage. Cette\nbouteille là est une assez bonne bouteille! Elle l’est, voilà ce\nque je veux dire. Comment j’ai pu l’avoir pour deux centimes,\nje n’en reviens pas. Mais ce qu’il y a de sûr, c’est que vous ne\nl’aurez pas pour un !\n— Vous dites que vous ne voulez pas la vendre? insista\nKeawe.\n— Non, Monsieur! cria le maître d’équipage. Mais je vous\ndonnerai un coup de rhum, si vous voulez.\n— Je vous dis, reprit Keawe, que l’homme qui possède\ncette bouteille va en enfer!\n— Je suppose que je vais quelque part, dit le matelot ; et\ncette bouteille est la meilleure compagne de voyage que j’aie\njamais rencontrée. Non, Monsieur! cria-t-il encore. Cette bou-",
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     "texte": "leillc est à moi maintenant et vous pouvez aller en pécher une\nautre!\n— Ceci peut-il être vrai? s’écria Kcawc. Sur votre salut,\n,|c vous en conjure, vendez-la moi!\n— Tout ce que vous direz et rien!... répliqua le maître\nd’équipage. Vous m’avez pris pour un imbécile. Maintenant,\nvous voyez que je n’en suis pas un, et en voilà assez! Si vous\nne voulez pas boire un coup de rhum, je vais en boire un\nnioi-mômc. A votre santé et bonne nuit!\nIl redescendit l'avenue en se dirigeant vers la ville, et c’est\nanisi que la bouteille sort de l’histoire.\nMais Kcawc courut vers Kokua, léger connue le vent, et\ngrande fut leur joie celte nuit-là; et grande aussi, depuis lors,\nbit la paix de leurs jours dans la Maison Brillante.\nRodeiit-Louis Stevenson.\nTraduit par Georges Lefèvro.",
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     "texte": "L’art des Parfums\nLes parfums se mêlent à la vie publique et privée, leurs\nvapeurs majestueuses floconncnt dans les cathédrales et mon\ntent vers les hautes voûtes en nuages suivis par l’hallucina\ntion des regards croyants; leur subtile essence s’exhale au\npassage des Exquises et nous entraîne à leur conquête chi\nmérique. Respirons-les donc avec une vénération, une recon\nnaissance sincère, comme un charme, le plus délicat des\ncharmes et l’un des plus puissants. Baudelaire avait deux\ngrandes amours égales : l’amour des chats, l’amour des par\nfums ; et vraiment l’une et l’autre passion étaient faites pour\ns’entendre, étant l’une et l’autre attirées par les deux choses\nles plus souples, les plus insaisissables et les plus déconcer\ntantes du monde. Païen splendide qui donnait à son paga\nnisme le ragoût d’un mysticisme artificiel, Baudelaire révé\nrait dans les parfums l’àme même de la Matière, et ses sens\naiguisés, morbides, avaient reçu de celte âme voltigeante, en\nveloppante, insinuée en tous les replis, de non pareilles\njouissances. 11 la chanta : et toujours à la liturgie infernale\nde scs débauches est associée la langueur des benjoins capi\nteux et fades des encens paradisiaques. Mais il lit plus pour\nles parfums : il les consacra comme une harmonie naturelle,\nla plus troublante, et en quelques vers, les lia inséparable\nment à deux autres harmonies, les couleurs et les sons :\nDans une ténébreuse et profonde unité\nLes parfums, les couleurs clics sons se répondent.\nCes vers magnifient les parfums cl les élèvent jusqu’à l’art.\nIls leur confèrent sur nos nerfs et sur nos cœurs un pouvoir\nmystérieux dont seules semblaient investies jusqu’alors la\npeinture et la musique; ils révèlent en eux des agents de joie\net de douleur et jettent de singulières clartés sur les secrets\nde l’amour.\nMais cette vaste cl magnétique vertu qui émane des odeurs",
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     "texte": "3 9\net que le poète a fixée, d’autres l’avaient avant lui devinée et\ns’en étaient servis : les prêtres et les femmes.\nL’hiératique Egypte brûlait les parfums dans scs sanc\ntuaires : devant les anubis à tête de chien, devant Aramon-\nra bi père des dieux, flottaient comme un voile fuligineux, le\nmalin, les vapeurs des résines onctueuses, à midi celles des\nmyrrhes, et le soir, celles infiniment précieuses du kuphi,\nmélange de seize essences différentes. Chez les Hébreux un\nautel spécial était consacré aux parfums et Jéhovah lui-même\navait prescrit quelles odeurs devaient y être consumées.\nHésiode enseigne aux premiers Grecs que les parfums sont\nagréables aux divinités, — et les Grecs brûlent des aromates\nen l’honneur des Immorlcls. Tous les culles sont à leur ori\ngine environnés de parfums, la perspicacité sacerdotale vou\nlant, par la montée des nuées odorantes vers le ciel, symbo\nliser l’ascension des prières humaines, et voulant aussi\nplonger les fidèles dans une béatitude, un enivrement déli\ncieux el lent qui par la chair émue gagnât l’âme elle-même\npour l’amollir et la rendre docile aux dieux. De toutes les\nvoluptés qui devaient enchanter les hommes et les enchaîner\naux religions, celle des senteurs fut peut-être la plus efficace,\nLa splendeur des robes de lin ou de pourpre, rétinccllement\ndes ors et des riches métaux dont le temple était revêtu, la\nfrénésie même de la musique sacrée, eurent sans doute\nmoins de prise sur les crédules que l’occulte, inévitable et\ngrisante pénétration des parfums : venus sur l’air, mais non\ninvisibles comme l’air, ils entraient partout avec lui ; bleuâtres\net fugaces, troublants à regarder, ils s’attachaient aux plis\ndes vêtements, ils imprégnaient les détours les plus lointains\ndu corps et se glissaient par des chemins cachés jusqu’au\ncentre même de la vie nerveuse pour la faire défaillir en\nextase absolue. Alors le rêve sensuel et divin à la fois, un\nrêve demi-transparent, demi-obscur commençait : à travers\nses ondes veloutées, ses spirales étranges, quelque chose\nsemblait remuer, apparaître et se dérober tour à tour : quel\nque chose : l’esprit, le dieu. Les naïfs (et combien étaient-\nils) croyaient aisément l’avoir vu et leur âme était conquise\npour jamais. Les femmes ne pouvaient résister à cet amant\nnouveau, léger, imprenable, obsédant : le parfum. C’est lui\nqui les entraînait en foule délirante aux mystères d’Eleusis,\nchez la bonne déesse. Et chez nous aujourd’hui qui peut dire\nsi l’encens n’a pas, par sa douceur âpre et insidieuse, incliné",
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     "texte": "bien des Ames jeunes et inconsciemment sensuelles vers l'ex\nclusive et mystique adoration des cloîtres ? Quelque libre-\npenseur tonnera contre le jésuitisme avant la lettre des pon\ntifes de Memphis et de Jérusalem, contre celui de nos prêtres\nchrétiens. Qu’il tonne 1 Qu’il disserte au nom de la raison\npure sur la valeur des moyens employés pour séduire les\nfaibles hommes au désir du ciel. Mais nous, admirons l’in\ngénieuse bonté de ceux qui surent jeter des grAces sur les\naustérités de 1 insondable, et félicitons-nous de pouvoir délais\nser cet insondable tout en jouissant pourtant des blandices\ndont il fut paré par des soins habiles. Louons les pompes\néclatantes du catholicisme pour leur inimitable ordonnance\net surtout pour cette joie de chair et de songe qui sort par\nbouffées des encensoirs. Cette joie est unique et ne saurait\nêtre remplacée : d’abord elle suscite toute une philosophie des\nreligions, et nous fait saisir quel lien fatal relie entre elles\ntoutes les formes de l’idobUric, puisqu’une coutume tant\npaïenne (pie juive est devenue un des rites les plus ensorce\nlants du christianisme. Et puis elle nous emporte sur ses\ngazes grises et bleues bien loin hors la laideur moderne, vers\ndes jadis prodigieux, vers des cérémonies fabuleuses, vers\ndes sensualités infinies. Il y a en elle quelque chose d’âcre et\nde farouche, quelque chose d’arabe et de sémite, avec je ne\nsais quel immense alanguissement qui nous hypnotise, nous\nefféminé et nous asservit. Reconnaissons donc aux prêtres\nles droits d’invention et de maîtrise initiale dans l’art des\nparfums ; glorifions en eux de véritables surhumains d’où\nnous sont venues toutes les voluptés. Voyons-les à l’autel.\nIls resplendissent de tissus somptueux et purs, et nous appre\nnons d’eux le plaisir des couleurs; leurs bras s’élèvent, ils\nmarchent solennels, et nous instruisent ainsi de la beauté des\nlignes ; leurs doigts louchent la harpe et le kinnor: les sons\nnous frappent d’un nouveau désir : enfin des vagues aérien\nnes se déroulent embaumées et une dernière ardeur de jouir\nnous envahit. Il ne nous reste plus qu’à imiter, à laïciser les\nusages qui sont nés dans les hypogées et les temples. Et ce\nsont les femmes qui s’en sont chargées.\nLes puissances célestes se parfumaient pour enivrer leurs\nfidèles et rendre leur prestige invincible : les puissances\nblondes et brunes qui font ici-bas les destins se parfumèrent\njalousement. Elles se parfumèrent avec folie, avec rage, pour\nque leurs suivants, au souffle de leur marche, sentissent en",
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     "texte": "eux la volonté se fondre et devinssent des choses esclaves. Le\nplus redoutable attrait féminin est-ce la flamme fixe ou le feu\nfollet des yeux, est-ce l’arc rose de la bouche, est-ce l’onde\nrépandue des cheveux ? c’est tout cela. Mais tout cela perd\nmille fois son prix si quelque parfum ne lui ajoute la su\nprême beauté, l’irrésistible trouble. Cléopâtre, « celte petite\nbrune qui faillit changer la face du monde, » Cléopâtre le\nsavait bien et empruntait au lotus, au crocus, au safran, au\nnard d’Assyrie la moitié de scs fascinations. Son caprice fit\nloi : tout le petit sexe égyptien plus que jamais s’inonda de\nsenteurs cl l’Egypte devint la manufacture des parfums pour\ntout l’Univers. Les grandes scènes de séductions bibliques\nsont toutes jouées avec accompagnement de parfums. Rut h\nvint parfumée devant Llooz, Judith fut pour Ilolophcrne un\nbouquet capiteux, lOstlier enthousiasma l’odorat d’Assuérus.\nEt c’est probablement alors que naquit la métaphore jolie du\nvase d’élection. Dire d’une âme qu’elle est un de ces vases\nc’est la supposer remplie de parfums choisis qui ravissent les\nanges. Et de siècle en siècle la mode impérissable court\népandanl sur les Grecques,sur les Romaines de l’empire effréné\nd’affolantes et luxueuses odeurs. Dans ses bains de marbre la\npatricienne étend sa blanche nonchalance et, rêvant au jeune\nconsul,s'endort sous la caresse d’une eau de rose. Au moyen\nâge les barbares quenous étions allèrent chercher en Orient,\navec Aristote et l’algèbre, l’arnour et l’art des parfums. Les\nromaniiques châtelaines, celles qu’on revoit avec de hauts\nhennins, des robes longues et plates, des visages tristes et\ndes mains effilées, celles qui regardent leurs à pieds le beau\npage et le grand lévrier, prirent l’habitude de se « perfumer »\npour clfaccr chez les rudes croisés, qui n’avaient pas soup\nçonné pareille ivresse, le regret des houris musulmanes. Et\ndepuis il n’y eut vraie coquette, vraie mignonne, vraie goule\ndame qui ne fût doublement fleur, fleur douce à voir, fleur\nmusquée, fleur ambrée, à respirer suave. Comme chaque âge\ns’exprime exactement par sa littérature et scs oeuvres d’art, il\nrévèle par les senteurs qu’il adopte ses goûts les plus pro\nfonds, son caractère ultime. 11 est très certain que dans\nle style parfumé Louis XIII, composé de musc, d’iris, de\ncivette, d’eau de myrte, ont passé les élégances un peu crues\nde l’époque, scs allures cavalières et brusques. Entre la\nmyrrhe et l’oliban, arômes d’une ampleur toute religieuse, cl\nle cérémonial de la cour du grand roi, la plus solennelle des\n4.",
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     "texte": "b ■\ncours, il est bien aisé d’apercevoir une correspondance indé\nniable. Mais l'Age d’or fut pour les parfums le dix-huitième\nsiècle. Songez qu’en ce siècle enrubanne toute femme, pour\nn’ètre pas commune, devait chaque jour « arborer» un par\nfum divers et qu’en parfums Madame de Pompadour dépen\nsait cinq cent mille livres que payait la bonté du prince.\nCertes en ce temps cylhéréen que les Concourt ont fait exqui\nsement revivre, l'indifférence pour bis odeurs eût été crime :\ncar jamais l’empire féminin ne s’étendit si loin et ne fut si\nprospère. Sans la bergamote d’Italie, sans la frangipane et la\nmaréchale qui firent des fortunes et, qui sait, peut-être aussi\ndes passions, eût-il été si florissant? Alors les vastes paniers\ndes robes bouffantes, les mouchoirs de fin linon et de den\ntelles, les gants haut montés, dégagèrent des senteurs char\nmantes; les cheveux des marquises furent neigeux de poudres\nodorantes et les caillettes régence détaillèrent les gavottes :\nau rythme parfumé des éventails mourants. Dans rembar\nquement de Walte.au, est-ce que ces nuages d’un bleu pâlis\nsant, d’un bleu soie; de boudoir ne semblent pas des cnvole-\nments de parfums séducteurs et favorables au mystère du\nvoyage? Et celte délicieuse feinlise qui, sous le nom de\nVapeurs, faisait s’évanouir nos aïeules, n’élail-ce pas simple\nprétexte à déboucher bien vile avec de petits cris d’effroi le\nmenu flacon des sels sauveurs qui fleuraient si douces choses?\nAh temps de si galantes fêtes, des Lucindes et des Isabelles,\ntemps si frivole et si profond qu’est devenu votre parfum ?\nGuillotiné par la Révolution, il tenta de ressusciter sous le\nDirectoire, mais ne put racheter une époque orgueilleuse et\ngauche, une époque de pédantisme oû la fausse Laïs, Tallicn,\net la créole Joséphine donnaient le ton. Le premier Empire\nne connut guère (pic l’eau de Cologne banale et le romarin\nprétentieux, un peu bête. Le mot de la grâce et de l’art sem\nbla perdu. Peut-être est-il aujourd’hui retrouvé, s’il est vrai\n(pie parmi nous les femmes n’ont rien abandonné de l’in\nfluence qu’elles regagnèrent avec le retour des rois. En tout\ncas nos rues et nos boulevards offrent des vitrines tentatrices\noù d’innombrables fioles brillent de reflets huileux et dorés.\nFioles où mûrissent, sous la foi de titres ingénieux, l’entêtant\nhéliotrope, la violette humble, la pastorale essence de bruyère,\nla verveine sœur de la menthe et plus moelleuse, la surfine\nveine ambrée, en vous dort une bonne part de nos destinées,",
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     "texte": "43\net vous ôtes, pour qui sait, menaçantes clans votre immobi\nlité de cristal.\nMais pourquoi donc enfermez-vous de. tels sortilèges, si\nforts sur nous si faibles? C’est que de tous les agents exté\nrieurs qui peuvent émouvoir nos sens, les parfums sont les\nplus troublants parce que relativement ils sont les moins\néprouvés. Notre odorat est bien loin d’avoir la môme accou\ntumance que notre vue. Aussi peut-il ressentir des voluptés\nplus vives, plus étonnantes, presque virginales. Nous vivons\nau milieu de couleurs sans nombre qui sur la plaque sensi\nble de nos prunelles s’entre détruisent et se remplacent inces\nsamment. Les sons forment un royaume déjà moins exploré,\nmais le pays des parfums est comme un pays bleu, lointain,\nféerique où nous n’entrons que par intervalles. Rencontrer\nune odeur qui nous charme est un événement quasi-rare, qui\nnous saisit par sa rareté môme. Ainsi les parfums se pré\nsentent à nous avec une sorte d’étrangeté qui en fait notre\nmémoire singulièrement curieuse. Ht puis n’est-ce pas qu’il\nest en eux quelque chose de délié, d’agile et d’inquiétant qui\nexprime à merveille, mieux encore que la nuance préférée\ndes toilettes, l’intimité la plus profonde d’une femme? Une\nfemme dégoût se trahit par son parfum. Silencieuse et ré\nservée, quelques gouttes d'huile antique à l’extrait de vio\nlette lui suffiront ; fière, un peu cravachante, elle aimera le\ntzinniah hautain ; blonde et caressante, et languissante cl\ntroublée, elle s’annoncera telle par l’héliotrope blanc; mûre,\nencore sensuelle, un peu massive, elle aura de l’inclination\npour le patchouli, ardemment; àprcinent voluptueuse, ses\nfavoris seront le stephanotis, le ehypre, l’opulent opoponax;\nsimple, franche, le foin coupé imprégnera son mouchoir.\nGomme toute société féminine s’adonne à une certaine famille\nde parfums qui disent fidèlement ses mœurs et son esprit,\ndans chaque société chaque mondaine se laisse lire par son\nparfum. Et celte lecture n’est pas trompeuse, car si défiante\net si rusée qu’elle soit partout ailleurs, la femme est sincère\ndevant ce qui lui plaît et court d’instinct à l’odeur la mieux\nseyante. Nous la respirons, cette odeur; avec une persis\ntance inouïe elle nous poursuit, et quand sa réelle fragrance\na disparu, dissoute au vent (pii passe, notre souvenir la\nhume encore avec un bonheur (pii tient du malaise. Gomme\nelle chante ce qu’il y a de plus ténu, do plus inaccessible et\nde plus fort dans la créature désirée, elle est évocatrice",
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     "texte": "44\nd'images tout ensemble adorables et mélancoliques.Elle nous\nguide dans des sentiers vaporeux vers des formes dévoilées\net charmantes, elle nous ouvre tout le rêve. Et lorsqu'un\namour est mort, souvent, au milieu des sensations indiffé\nrentes, surgit, non plus la vision des instants enfuis, vision\nà laquelle nous sommes habitués, mais la mélodie exacte du\nparfum qu’Ello avait, qui était Elle tout entière ; et ce re\ntour imprévu d’une chose qu’entre toutes nous croyions dis\nsipée, nous est si surprenant (pie dans une Ame consolée il\nfait parfois naître des regrets vagues.\nDans la « parfumerie », avec et plus encore que l’Eglise à\nqui son caractère interdit les complications indignes, la sou\nveraine est la femme.\nLes hommes n’ont aimé, compris et recherché les senteurs\nqu’àprès la femme, les ayant d'abord avidement aspirées sur\nelle. Mais c’est à eux que les parfums, après avoir été plutôt\nun artifice de séduction, un décor, doivent d’ètre entrés dans\nl’art désintéressé, d’avoir leur place dans toute esthétique\nintelligente et complexe. L’homme est parvenu à aimer le par\nfum pour lui-mème, comme il a fait des couleurs et des sons\n(pii furent primitivement pour les prêtres, les guerriers et les\nfemmes des moyens de domination. Il y a très longtemps que\nce dilettantisme suprême est né. L’empereur Néron vivait,\ndans sa maison d’or, au milieu des cassolettes fumantes; bien\nplus à la frise de l’une des salles de cette fantastique demeure\nétaient attachées des feuilles d’ivoire d’où tombaient sans\ntrêve des gouttellelles d’odorante rosée. Mais depuis l’Age de\nla merveilleuse corruption latine de si splendides fantaisies\nn’ont pas sans doute été fort nombreuses. Je n’ai pu en décou\nvrir de nouvel exemple. Les hommes se contentèrent d’oindre\nleur peau d’huiles ou de vinaigres non pas pour savourer de\nsavantes émanations, mais pour prendre les femmes aux pro\npres pièges des femmes. Aujourd’hui le roman a créé de fictifs\npersonnages curieux de toutes les jouissances inusitées. Leur\nchef est cet étrange des Esseintes, amateur de tous les fris\nsons rares, des plus exquises névroses. Fort logique, des\nEsseintes pense que tous les sens sont capables denous donner\nd’équivalentes sensations d’art, et il se délecte aussi passion\nnément aux parfums qu’aux aquarelles de Gustave Moreau\nou à la prose de la Tentation. L’Ame de fluides lui est fami\nlière ; Brillat-Savarin maladif, il a chez lui une officine où\nsuit assemblées les essences de tout pays et de tout mérite ;",
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     "texte": "il on déchiffre les vertus avec une aisance miraculeuse ; il se\nplait à distiller pour lui-même des mélanges simples ou extraor\ndinaires, et à y puiser de longues pâmoisons. C’est un artiste :\nil a la science et, l’amour. Et cet artiste est dans la vérité.\nSans paradoxe il est possible de composer les odeurs entre\nelles, de façon à produire des airs harmonieux. Elles se convien\nnent mutuellement comme les sons ; comme les sons elles ont\ndes gammes élémentaires ; un peu d’étude nous révélerait les\ndièses,les bémols, lesgammes chromatiques. De lé à organiser\ndes concerts de parfums, il n’y a qu’un pas. Dans ces concerts\nnous retrouverions les mêmes majestés, les mêmes éclats, les\nmêmes douceurs que dans la musique « sonore ». Une seule\nodeur ralentie, hâtée, modulée enfin nous donnerait une mélo\ndie ; plusieurs parfums s’entrelaçant, se fondant ensemble,\navec des dominantes, des accords, des sourdines, ne serait-ce v\npas une symphonie parfaite ? Des écoles apparaîtraient ; il y\naurait des Gounodistes, des Wagnériens ; et les Lamôureux\ndes parfums-halls, auraient une vogue incomparable. Quelles\nadmirables soirées nous seraient offertes ! Le dimanche ma\ntinées consacrées au répertoire [classique. On y jouerait des\nmorceaux de myrrhe, d’oliban, senteurs mystiques,puissantes\net austères, analogues aux oraisons de Bossuet, aux nobles\ninspirations de Bach. Les autres jours auditions éclectiques :\non respirerait des romances au séringa, dignes de Masscnct,\nalliciantcs et somnifères ; des suites exotiques de spika-nard,\nd’ayapana, de champaka, de sarcanthus, d’hédiosmia, dont\nSt-Saens serait jaloux, des valses de Faust à la fleur d’oranger\navec un rien de vanille, des sonorités tumultueuses de musc-\nlonkin et de patchouli fulminant à faire oublier telles tem\npêtes cuivrées de la Walkure. Et comme aux concerts propre-\ndils nous aurions plaisir double: d’abord l’ivresse du parfum\npour le parfum, pour la musique, et puis l’indéfinissable enchan\ntement de voir s’élargir devant nous des pays inimaginés de\nrêve et de légende. Dans un fluide, dans un idéalisant bain\nd’éther fuiraient sous nos regards, des montagnes altières,\ndes prairies sœurs de celles qu’évoque la symphonie pasto\nrale, des lacs d’émeraude, fleuris de nénuphars et de sirènes,\net aussi des llcuves aux rives malsaines et bourbeuses, héris\nsées de roseaux perfides.\nConnaîtrons-nous cette magie ? Les progrès de la science\nélectrique,le succès du téléphone et du phonographe qui pour\nraient fournir des types d’appareils, inc donnent bon espoir.",
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     "texte": "Sans doulc il est trop tard pour qu’une simagifique idée puisse\nêtre pleinement réalisée à l’exposition prochaine. Peut-être\ntoutefois pourrait-on tenter une ébauche. Je laisse à penser\nl’ébahissement du public entrant à la section de la parfumerie\net lisant sur la porte cette déroutante enseigne : concert\nLubin, opéra Belcdrcz. (Il va de soi que des paroles seraient\nadaptées aux odeurs). Sérieusement il y a là une grandiose\ninitiative à prendre : le hardi novateur qui rendrait ce projet\npratique et saurait l’appliquer se couvrirait de gloire. Ne va-\nt-il pas falloir inventer une dixième Muse ? Que les composi\nteurs se mettent au travail ; alchimistes à vos distilleries ! Je\nlance mon idée à travers le monde et je suis assuré qu’elle y\nfera son chemin.\n11K NK Fl.lCUHY.",
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     "texte": "Bibelots\nLA TASSE DE CHINE\nUne lasse de Chine profonde et légère; son anse est dorce\ncomme une bague.\nOn y voit, peintes alentour, de petites dames chinoises en\nrobes rouge et or, aux coiffures étranges, qui font mille cho\nses dans un décor très précis; des tables où reposent des\nboîtes, un lac bleuté avec des maisonnettes sur pilotis, des\npins noirs échelonnés, des pêchers rosés qui retombent, sous\nun ciel fait avec trois traits d’or.\nMais quand on la regarde en transparence, on voit tout\nsimplement dans une clarté blonde et vague s’en aller de\npetites dames chinoises, de petites dames en brouillard\nrouge.\n★\nLES ESCAMOTEUHS\nUs se sont réunis, une vingtaine, dans le coin d’un café, au\npremier étage. C’est là que je les vois par hasard.\nIls opèrent sans doute dans tous les mondes : voici des chau\nves aux cravates brillantes, en voici qui ressemblent à de pe\ntits employés, à des ouvriers. Ils sont assis autour des tables\net ne disent pas un mot. L’un d’eux se lève, étire un peu les\nbras pour dégager le poignet, et commence. Il expose ses\nmains ouvertes, plie et replie les doigts, se touche le nez,\nl’oreille, le front, fait tourner une main autour de l’autre, ex\npose de nouveau ses mains ouvertes. Tous les autres le re\ngardent avec des yeux fixes, et de temps en temps rient ou\napplaudissent dans le silence.\nII est certainement fort habile, mais, j’ai beau regarder, je\nne vois jamais ce qu’il escamote.\nQuelquefois ils s’essaient tous ensemble. On vient évidem\nment de leur apprendre un tour nouveau. Toutes les têtes",
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     "texte": "48\ns’agitent, toutes les bouches sourient, toutes les mains volti\ngent. Et ils se regardent toujours avec ces yeux fixes, dans le\nsilence.\nIls finissent par m’inquiéter, ces étranges escamoteurs\nJ’appellc d’un signe le garçon ; et il me dit que dans ce\ncafé, deux fois par mois, se réunissent les membres d’une so\nciété de sourds-muets, les Silencieux.\nAlors je comprends tout. Ils escamotent leur destinée\n★\nLA. PETITE TAULE\nJ’ai fait une petite découverte, avant-hier.\nJe suis entré chez un marchand de meubles, dans le quar\ntier de la Bourse. Il m’a fait descendre dans son arrière-ma\ngasin, salle profonde, peinte en ocre et en or, avec des piliers\nrevêtus de glaces, et au plafond des femmes dorées. Là, sous\nla rose lumière électrique, des buffets — trop sculptés — à\nl’alignement, et des tables en pyramides.\nJ’ai pris une petite table et je l’ai posée par terre : elle boi\ntait.\n— « C’est le plancher qui est mauvais,m’a dit le marchand.\nMonsieur, cette salle était autrefois le bal Frascati. On y a\ntellement dansé, que le parquet s’est affaissé un peu par\ntout. »\nEt j’ai regardé avec attendrissement ce vieux parquet du\nbal, où nos aïeux ont tellement dansé qu’aujourd’hui les pe\ntites tables ne peuvent plus se tenir tranquilles sur leurs qua\ntre jambes\n★\nLA FIGURINE DE TANAGIIE\nC’est un adolescent d’Athènes, nu et couronné de roses\nfondues. Il n’a plus de visage. 11 avance un peu la jambe,\ncomme pour danser, et lève le bras gauche avec une liberté\ngracieuse.\nInquiet de ta vie, ô petite statue, j’ai interrogé les sa\nvants.\nEt je sais que dans les tombeaux, près du mort trisle et\ntranquille, on enfermait, depuis les temps les plus lointains.",
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     "texte": "4g\ndes figurines d’argile peinte. Les premières étaient plates et\nbariolées, en forme de battoirs; on leur faisait un nez en pin\nçant la terre. Ensuite on en modela qui ressemblaient un peu\nà des cuisiniers ou à des boulangers ; ce furent les serviteurs\ndu mort. On lui donna aussi pour compagnons de petits guer\nriers\n★\nL’argile, siècle par siècle, vivait. Les bras s’arrondirent\ncomme des anses, poussèrent comme des branches, se pliè\nrent, et le geste s’envola un jour. La tète mûrit lentement,\nl’eu à peu le corps jadis rigide gonfla les robes aux longs plis,\ncl devint souple comme des rameaux d’olivier.\n★\nUn jour vint où les modeleurs, qui disposaient avec symé\ntrie leurs statuettes neuves, montrèrent dans leurs boutiques\nune assemblée prodigieuse de petits dieux. Copiant les jeunes\ngarçons aux bras nus, ils avaient forme des Apollons parfaits\ncomme les statues des temples. Et regardant marcher les\nfemmes, ils avaient pétri des déesses d’argile aussi pures que\nles déesses de marbre.\nNul ne remarquait leur grand art.Eux-mèmcs ne s’en éton\nnaient pas.On vendait les statuettes funéraires sur le marché,\ndans Athènes, à côté des légumes et des fruits. On vendait un\npeu plus cher que les autres, seulement, les déesses dont\nl’éventail pointu ou dont les voiles bleus étaient bordés\nd’or.\nEt l’on apportait aux morts, tristes et délicats, non plus un\ncuisinier déposant des pains et des figues, ni un esclave, les\njambes écartées, soutenant une amphore, mais ces déesses et\nces dieux, pareils au peuple des rues et aux femmes des gy\nnécées. Les jeunes hommes de terre cuite souriaient si douce\nment que les morts croyaient leur parler toujours. Eloignant\nun miroir dans leur main, les jeunes filles nues et assises\nlaissaient penser aux morts qu’ils se reposaient. Et sans doute\nles femmes d’argile enveloppées de voiles blancs, avec leur\nchapeau et leur éventail, marchaient si légèrement dans la\ntombe, qu’elles faisaient naître tout juste ce qu’il faut d’air à\nla poitrine d’un mort.",
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     "texte": "0 Dieux immortels! Un pays si beau et si gracieux n’eùt-il\npas dù vous enchanter enfin, et vous attirer à jamais,joyeux,\nparmi les hommes ‘/...Mais vous êtes restés insensibles devant\nles jours lumineux delà Grèce!...\nEt alors les morts se sont ennuyés... Puisque les Dieux ne\nvenaient pas, ils ont humblement voulu rire Et dans les\ntombeaux des siècles suivants l’on a découvertdes caricatures\nd’argile. Elles riaient toutes, bossues, monstrueuses, ridicules,\nelles riaient de leurs bouches démesurées\nQue faire?\nAb! toute foi en l’avenir s’évanouit, quand on songe à la\nGrèce qui est morte!.,.\nJ’aime à demeurer longtemps, vivant comme l’un de scs\nmorts, près de mon petit Apollon funéraire. C’est un adoles\ncent d’Athènes, nu cl couronné de roses fondues. 11 n’a plus\nde visage. Il est depuis deux mille quatre cents ans dans un\ntombeau.\n★\nLES MOTS\nCertaines phrases que j’ai lues dans des livres, certaines\nphrases pareilles à de petits peuples d’émigrants heureux,ont\nétabli comme des colonies dans mon cœur...\nLes mots sont des émigrants.\nQuand nous ne pouvons plus nourrir nos pensées, parce\nqu’elles sont trop gourmandes, elles s’en vont de nous; et\nvoilà les innombrables petites armées des mots!\nElles me semblent bien disparates, bien embarrassées,\nmes petites armées, avec les jambages de leurs m et de leurs\nn, bêtes de somme, avec leurs I, leurs b, leurs t, comme des\nétendards et des lances, avec leurs o, petits soldats obèses, ca\nchés tout entiers par leur bouclier rond, et leurs x, tout en\njambes et en bras, et leurs s, déhanchés et souples comme des\nespagnols Quelle peuplade étrange!\nO mes petites armées,où trouverez-vous le bel asile?\nLouis Godet.",
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     "texte": "Au Pays d'Emerson\nCes pelil.es villes de la New England, tranquilles, vertes,\npleines d’ombre et patriarcales, sont de fraîches oasis de poésie\nentre deux villes brûlées par la soif de l’or: rues larges et\ndésertes entre les rangées d’ormes séculaires, prés ras avec\ndes vaches fauves (pii paissent en liberté, champs cultivés\ncomme des jardins où souvent la charrue exhume la longue\npipe et la flèche des Indiens exilés, cours d’eau tranquilles\net glauques sous le frémissement des saules et des aulnes\nentre les rives basses et molles, ruisseaux bruissants et\noiseaux chanteurs, maisons de bois blanc, gris ou roux,\nd’une propreté hollandaise avec des œillets et des giroflées\naux fenêtres et des rideaux de neige; et sous la vérandah, à\nl’ombre des roses et des tonnelles, des sièges à berceuse aux\ncoussins où l’on enfonce, et dans chaque village deux églises\navec des clochers pointus, une bibliothèque publique avec\nune bibliothécaire gracieuse, et une riche école avec des\nbandes d’enfants rieurs.\nA la vérité, si l’on pense à la foule anxieuse de Broadway\nou de Court Street, à toutes les bouches amères, aux regards\nsoucieux, aux rudes contacts, il semble qu’on soit dans la\nlune, à des millions de lieues de distance. Et ceci peut-être\nest la vraie Amérique, où sous l’exemple des arbres les\nénergies mûrissent et se retrempent, d’où sortent les forts\ncomme Franklin, les songeurs comme Hawthorne, les poètes\ncomme Longfcllow, les sages connues Emerson, où retour\nnent tous ceux qui demandent avec lui : « Donnez-moi la\nvérité, parce que je suis las des apparences et que je meurs\nd’inanition. »\nC’est ici seulement que vous trouvez les Américains con\ntents de Vanrea medioevitas, qui boivent encore le thé dans\nles porcelaines transparentes et dans les petites cuillères usées\nd’argent, marquées du lion et de l’unieorne, et apportées\nd’Angleterre par leurs pères. Ç’est ici seulement que vous\ntrouvez les derniers vestiges sincères de la religion et de la\nmorale puritaines dans les vieilles tantes maigres, rigides sous\nles cheveux gris luisants et aplatis, que Mary Wilkins aime\ndans ses nouvelles délicieuses. L’hospitalité y est cordiale, les\nsourires vrais, la joie calme, et pour l’étranger il y a toujours\nune bouteille de vieux whisky écossais, et un lit avec des\nmatelas de laine surannés, Une lettre qui arrive et apporte\nl’affection d’un absent, une rose qui fleurit dans le petit\njardin émondé et taillé devant la jolie maisonnette, sont des",
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     "texte": "52\névénements pins,, discutes que la reddition de Santiago ou\nle dernier message envoyé de la Maison Manche. Sur chaque\nmur, dans chaque maison, sont accrochées les photographies\nrapportées l’année précédente ou cinquante ans avant d’un\nvoyage en Italie ; et une autre visite à Florenre ou à Home,\nà Milan ou à Venise, occupe tous les cœurs ou toutes les\nlèvres aussitôt qu’on vous voit.\n★\nConcord dans le Massachussets est pour l’Amérique ce\n• pie Stratford-sur-Avon est pour l’Angleterre, et peut-être\nWeimar pour l’Allemagne, un petit berceau vénéré de\ngloire, un centre de lumière. Nalhanicl Ilawthornc et Ralph\nWaldo Emerson, Henry Thorcau cl Louise M. Alcott, l’au\nteur des Little Women adorée encore de tous les enfants\ndes deux mondes, sont nés, ont vécu, médité, écrit dans ce\nsilence, et ont été enterrés sous ces ormes, sous cette herbe\ndrue. Peut-être aucune autre ville de l’Union, aucune autre\nde ces monstrueuses agglomérations de population qui veulent\nse faire appeler des Métropoles, n’a été aussi léconde en\nintelligences (pic cette solitude verte, arrosée par les eaux\nfroides duSudburg et de l’Assabet. Et l’œuvrcde ces hommes\nest éternelle parce qu’elle est plus humaine que tous les\nsimulacres humanitaires des généraux avec des milliers de\ndrapeaux et des amiraux avec des milliers de canons.\nVoici ce (pic tout le monde ici ne comprend pas, parce qu’on\nsourit avec pitié de certaines religions qui n’ont pas des\nautels et des statues d’or, et de certaines gloires qui ne se\nmesurent pas avec des dollars. Si vous nommez Concord à\nNew-York ou à Chicago, on croitque vous parlez de Concord\nsur le Merrimac, la capitale du New Ilampshirc, où il y a de\nriches carrières de granit et où l’on fabrique des voitures.\nC’est, sans doute pour cela que le parfum de Concord est\nplus agréable et que scs ombres sont plus intimes et pins\npeuplées de songes.\nla the long snnny aflernoon\nThe plain was full of gliosls\n.... La matinée était voilée d’une brume légère qui avait,\neà et là des frissons argentés. Nous avions commencé notre\npèlerinage par le monument élevé en l’honneur des Minüte-\nMcn, une statue de bronze en pleine campagne, en dehors ou\nvillage, au delà d’un petit pont de bois, en face de la rivière,\nentre des panaches de fougères sauvages et des buissons de\nronces, dans une éclaircie sous de très hauts marronniers dont\nles feuilles digilées caressent l’air humide avec un balance\nment rythmique. Là fut tiré, le i<) avril 1776, le premier coup\nde fusil de guerre de l’Indépendance, le premier coup de la",
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     "texte": "53\n5.\nbataille de Lexington quand liage tenta d’occuper les maga\nsins militaires. Les Minuta Mm étaient des colons prêts à\ntout instant à laisser la charrue au milieu du sillon, à empoi\ngner le fusil, la bourse de poudre et le bissac de pain et à\npartir en guerre contre les Anglais. C’est ainsi (pie ce jeune\nvankee (les i/anlcees sont à proprement dire les habitants de\nla New England) est représenté dans la statue de Daniel\nFrench, près du soc, la carabine au poing, penché en avant\net épiant du regard froncé si, à travers les arbres au delà de\nla rivière, apparaît un soldat du roi. Près de là, à coté d’un\nde ces murs de grosses pierres tachetées superposées sans\nciment (pii servent de limites aux propriétés rurales de l’est\nde l’Union, une inscription indique l’endroit exact où le pre\nmier homme tomba pour la délivrance de la patrie. Deux\npetits drapeaux neufs, plantés dans le sol, indiquent le\nrécent hommage aux récentes victoires.\nEn retournant vers le village, nous sommes passés devant\nI’Old Mansc qui fut construit en 176.5 parle révérend William\nEmerson et où Ralph Waldo naquit. Ici il écrivit Nature, ici\naussi Ilawlhorno dicta The. masses /rom an old Manse, qui\nreste pour moi son volume le plus frais et le plus intime. La\nvieille maison de bois nu, à vingt mètres de la grand’rue, est\nà demi couverte de vignes touffues, à travers lesquelles les\npetites fenêtres, jusqu’aux lucarnes du second étage, s’ouvrent\nvoilées de mousselines blanches. Autour et au-dessus la\nvoûte des abres est si épaisse qu’011 n’aperçoit pas le moindre\ncoin de ciel et l’odeur de l’herbe humide donne à toutes les\npensées un fraîcheur végétale, une apparence claustrale, une\nnoblesse exquise de résignation. Et les souvenirs littéraires\ndes grands hommes qui respirèrent l’air tiède et pur passent\ncomme des rayons de soleil à travers la brume étendue sur\nle ciel d’automne.\nFort still I am a willow of te wilderness\nLoving the wind that beat me.\nLa maison où vécut Emerson n’est pas éloignée de celle\noù il naquit, mais elle a une apparence plus élégante et plus\nbourgeoise dans le vernis blanc des planches, dans les deux\ncolonnes doriques qui supportent le large architrave de la\nporte, dans le clos bien soigné, dans les dalles de marbre qui,\nde la basse barrière blanche, conduisent au seuil de l’habita\ntion, dans le jardin fleuri de roses, de campanules, de brioi-\nnes. Il y a d’un côte une véritable muraille de cyprès élevés\net sombres ; d’autres derrière la maison, vers la rivière, plus\nrares, enseignent au songeur solitaire, —• dans cel te tranquil\nlité de sons et de lumière — l’orgueil des habitudes et la\nrésistance hautaine à l’aquilon (pii deviendra plus âpre avec\nl’hiver.",
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     "texte": "54\nAuprès de ces cyprès, quelque tronc carbonisé est étendu\nentre les herbes toujours nouvelles, rompant la monotonie\ndes lignes droites jusqu’à l’horizon ; une eau verte coule sans\nune ride cl sur l’eau des nymphéas jaunes et des lentigos\nd’émeraude flottent. Là, il méditait, éveillant des images des\neaux calmes et des herbes humbles, des cyprès austères et\ndes nuages couleur de lune. Là, ma géniale conductrice me\nrappelle le fier passage :\nGood bye, proud world,\n1 arn going home,\npensé et écrit en face de cette tranquillité.\nAu dedans, la bibliothèque, grâce aux soinsde miss Emerson,\nest encore la même. Seize années seulement sont passées\ndepuis sa mort, et pour tous il est encore M''. Emerson !\nSur les murs , beaucoup de gravures et quelques photogra\nphies: les Sibylles de la Paix, quelque figure de la voûte de\nla chapelle Sixtine, un portrait de Dante et un de Virgile, une\nphotographie de Carlyle et une de Sainte-Beuve, avec des\ndédicaces de remerciements. Parmi les livres, je note aussi\nSainte-Beuve et tout Browning, toute l’encyclopédie améri\ncaine de Bancroft et la traduction de Dante faite par\nLongfellow avec quelques signes en marge du Paradis.\nLes petites chambres sont modestes : des coussins brodés\npar des mains familières sur des divans de reps rouge, un\ntapis rouge parterre à fleurs décolorées, deux ou trois lampes\nromaines de cuivre rouge à trois becs. A côté de la cheminée\nde marbre blanc il y a encore sa table et sa chaise en acajou\nléger et élégant. « Ainsi nous nous asseyons auprès du feu\net nous prenons par les deux pôles le monde entier, en philo\nsophant. »\n★\nOn n’entend pas une voix ni dans la maison, ni au dehors ;\ndans un vase d’albàtre meurent quelques campanules viola\ncées, veinées de blanc. Boston, qui est à une heure de chemin\nde fer, semble au-delà d’un océan. Les livres en ces deux\npetites étagères sont peu nombreux; cela suffit pour que l’espiil\nconnaisse l’existence d’esprits semblables dans notre pclit\nmonde et ait un point d’appui pour chercher au-delà du monde\nles images d’entités ou d’âmes sœurs liées avec elle dans\nl’unité de l’univers.\nMais Emerson ne fut jamais un mystique, si ses disciples\nle furent depuis Maurice Maeterlinck jusqu’à la bonne demoi\nselle à qui je fus présenté la veille à Boston, pour l’unique\nraison qu’cile était la présidente de l’Emerson’s Socieh/.\nL’homme qui a écrit l’essai sur la Confiance en soi-même est\nun fort qui a aussi bien su agir que penser, et qui a agité et",
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     "texte": "créé autant d’Ames que Dieu seul et les poètes peuvent en créer.\nPour lui la vie fut sincérité, l’envie lui parut ignorance, l’imi\ntation suicide. Jeune jusqu’à la mort, bien portant et affable,\nil put, dire, peut-être en pensant à lui-même, que Dieu ne\nmanifeste pas sa parole par la bouche des fainéants.\nPourtant ce n’était pas seulement aux traits de virilité de\nson Ame que je pensais dans celte petite chambre modeste\ncomme une cellule, sacrée et silencieuse comme un oratoire.\nJe pensais que dans ce pays, où, quoi qu’on dise, la plupart\ndes hommes ont des visées courtes et des ambitions illimitées\npour l’argent seulement. limerson a su résumer et condenser\nun état d’Ame tout à la fois énergique et national. Il a donné\na des concitoyens l’habitude de penser, et de penser par eux-\nmêmes. Certaines pages comme la Compensation sont « repré\nsentatives » de la conscience d’un peuple, semblables A la\npréface d’une histoire. 11 a extrait le soleil de l’or, miracu\nleusement dans un pays où l’or n’engendre que l’or. Il a été\nconscient de sa mission, à sa place et A son heure, et il l’a\naccomplie. Ainsi quand il parle de l'Art etdonne cette limpide\nreprésentation de son devenir ou mieux de”son cours (Jloioing),\nil représente exactement l’Ame sérieuse de son pays, puisqu’il\nveut que l’Art ait une fin plus élevée que les arts et prétend\n(pie le beau est inséparable de l’utile, que l’art est lié à la\nconscience cl qu’il est pratique et moral. « IJn navire qui\npasse de la vieille à la nouvelle Angleterre et arrive au port\navec la ponctualité d’une planète, voilà vraiment un pas de\nl'homme vers l’harmonie de la nature. »\n★\nLa tombe qu’il s’est choisie est digne de cette fermeté\nsereine de conscience. Dans le romantique cimetière, ditSleepy\nllollow, il y a une petite vallée d’herbe que je traverse sous\nla pluie. Des cyprès bordent et partagent les gazons et les\nplates-bandes fleuries de blanc, de bleu, de rouge, noirs et\nimmobiles dans le ciel de cendre. Les pierres tombales, d’une\nsimplicité puritaine, sont un peu plus grandes que ces stèles\nsombres (pie j’ai vues dans ces pays de l’est groupées sur les\npentes dans de petits cimetières de famille, devant chaque\nvieille maison; elles sont polies, luisantes et angulaires, sans\nfeston, ni figure, ni croix.\nAu-dessus de la vallée, à mi-côte, est un petit plateau où les\ncyprès et les sapins deviennent plus drus. Chaque carré a dix,\nvingt tombes. Une pierre haute d’un pied, envahie par la\nmousse, le lichen et la moisissure porte le nom « Hawlhornc »\nsuperbement et humblement seul.\nPlus loin, une pierre brute de quartz rose semble, au dehors\nde la verdure, une roche émergeant naturellement. Mais si\nvous approchez, vous lisez sur une petite plaque de bronze\nen petites lettres :",
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     "texte": "5G\nRALPH WALDO EMERSON\nThe powerful master beat bis hantl\nTo Ibe vast soûl tbat o’cr him planed.\nDans l’air optique et humide, sous la colonnade des troncs\nnoirs, ce rocher élevé et intact d’une pierre que je n’avais\njamais vue auparavant, rosée comme un bolide miraculeux\ntombé du ciel à travers un crépuscule sanglant, fait une tache\nde lumière. Sa surface Apre a aussi une sorte de teinte ver\ndâtre, très délicate. De près et de loin, on le voit droit et\néternel, symbole de force et de sincérité, extrait des profon\ndeurs du sol de la patrie, avertissement de vie limpide et de\nmort lumineuse.\nLe cimetière est désert; là-bas, dans la vallée, un homme\nfauche l’herbe, et j’entends de temps à autre le bruit de la\npierre à aiguiser sur le fer. La pluie tombe lentement comme\ndes larmes, mais la vue de cette tombe raffermit.\nEt quand, deux heures après, Mr. Frank Sanborn, l’illustre\nlatiniste, dernier survivant de la pléiade qui eut pour centre\nEmerson, dans ce village du silence, m’accueille dans sa\nmaison et me parle religieusement du Sage et de sa vie simple,\nje note dans ma mémoire ces paroles :\n— Certes, il fut conscient de sa valeur et de sa mission. H\nsuffit de regarder sa tombe. Mais il ne fut pas orgueilleux.\nSa tombe signifie seulement qu’il fut un synthétique et un\nreprésentaiiva man que des forces ignorées et séculaires\ncontribuèrent à former et à créer. Jusqu’à la mort, dans les\njours des plus grands honneurs, il fut simple et doux, et eut\nle don des larmes et de l’enthousiasme. Il alla deux fois en\nItalie, mais il ne la comprit pas. Lui-même s’en plaignait. Il\nparlaitdu Forum Romain comme d’un livre, non comme d’une\nchose vivante, toujours vivante. La seconde fois il y alla en\n18G2 en revenant d’Egypte et il s’arrêta plus à Florence qu’à\nRome. Il en rapporta beaucoup de gravures, de tableaux et de\nfresques, mais il s’occupait toujours plus de leur signification\nintellectuelle (pic de leur beauté formelle. Vous avez vu dans\nson cabinet les Sibylles...\nTout autour de l’appartement de M. Sanborn, il y a de\ngrandes photographies de la Basilique de Constantin, de la\nDescente de la Victoire, de l’Arc de Titus, du Capitole. Lui\nest un homme de haute taille, à épaisse chevelure grise, aux\npetites moustaches courtes et brûlées; autour de ses yeux très\nvifs, il a mille rides qui rayonnent sur toute sa face, concen\ntrant l’attention cl, semble-t-il, la lumière. Et pendant qu'il\nparle avec chaleur, il étend son poing droit fermé, en scan\ndant les arguments avec le geste qu’a précisément Emerson\ndans le portrait de Scott.\nTract. T. K.\nUgo OJETTI.",
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     "texte": "Le Témoignage\nde Juan José\nA Salvatore di Giacomo.\nIl s’était passé environ quatre mois, seigneur alcade, de\npuis que le gouvernement m’avait envoyé, moi, frais bache\nlier de Salamanque sans argent, comme simple douanier dans\nce hameau de la frontière d’Espagne, près de Fontarahie. Ce\nsoir-là je n’étais pas de service de nuit et j’étais demeuré\ndans la salle du fond de la posada, à regarder Jaimc le chas\nseur qui jouait aux cartes avec le père Matco, précisément.\nNoire vieux voisin était sans cesse occupé à fourrer son nez\nbourgeonné dans son jeu pour en approcher ses petits yeux\ngris et compter ses atouts du doigt, mais Jaimc abattit sou\ndain la dame de cœur et s’écria en clignant de l'œil à la fille\nd’auberge :\n— A moi gagné! Micaëla...\nEt il disait avec bonne humeur en sortant :\n— Allons, père Mateo, ne vous désolez pas tant pour quel\nques cuartos ; tout le monde sait bien que votre boursû est\ngonflée d’écus, et que c’est pour votre fiIs que vous gardez le\ntrésor... Il en aura besoin, allez, le pauvre !\nJe m’étais attardé un peu après eux, avec le dessein, je\nl’avoue, de glisser quelques gentillesses à l’oreille de la\nbrune Micaëla, qui essuyait négligemment les tables, pen\ndant (pic sa mère Cristina remuait la vaisselle dans la cui\nsine. Puis j’étais remonté dans ma chambre de la posada,\nmais voyez-vous, seigneur alcade, je ne songeais guère à\ndormir. Le sourire de la Micaëla et le souvenir de ses yeux\nnoirs me trottaient dans l’esprit. Je n’allumai pas de suite\nma chandelle et je me mis à la fenêtre encore ouverte, autant\npour rester à rêvasser que pour finir ma bonne pipe de tabac\nde Séville.",
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     "texte": "58\nIl n’y avait pas de lune, mais par cette nuit d’été le temps\nétait assez clair. Je m’étais assis en appuyant les coudes sur\nle rebord de la croisée, et du pignon qui donnait sur la rue\nindistincte, je pouvais voir dans le ciel, où brillaient à peine\ntrois ou quatre étoiles, se découper le profil sombre des toits\net du clocher de la petite église. Je ne sais pas à quoi je son\ngeais, ni depuis combien de temps j’avais laissé éteindre ma\npipe en m’abandonnant à ma griserie, quand j’eus la percep\ntion très nette, malgré mon léger assoupissement, d’un bruit\nde pas lointain dans le silence. Je relevai la tète. Les pas se\nrapprochaient. J’écoulais les souliers crier sur le gravier,\nlentement, comme ceux de quelqu'un qui marche avec pré\ncaution. Ils descendaient la rue,et de temps en temps, le grin\ncement s'étouffait sur l’herbe qui borde le chemin. Et voici\nqu’il s’arrêtèrent juste à la maison du voisin, seigneur alcade,\njuste à la maison de Mateo. J’entendis les coups frappés du\ndehors, doucement d’abord, puis plus fort; jevis une lumière\nremuer à l’intérieur; la porte s’entrebâilla, et l’air s’ébranlait\nsi facilement à la moindre sonorité, (pie je reconnus parfai\ntement la voix un peu rauque du père Mateo, qui disait :\n— Ah ! c’est toi, Pietro...\nJe ne compris pas ce qu’on répondit plus bas, mais j’entre\nvis une silhouette d’homme qui se glissait derrière le vieux. Les\ndeux ombres repassèrent derrière les vitres éclairées, cl pen\ndant un instant je ne remarquai plus rien. Qui donc pouvait\nvenir là à cette heure? Est-ce que par hasard le père Mateo\naurait des accointances avec les contrebandiers ?\n— Ah! vieux finaud, me dis-je, je saurai Lien le prendre...\nEt je me remis à épier. Il y avait déjà une dizaine de mi\nnutes que j’écarquiliais en vain les yeux, quand je crus\ndiscerner un bruit confus de chaises remuées, puis un craque\nment sec de quelque chose qui se brise ; puis une sorte de\ncri sourd arriva jusqu’à moi et me fit frissonner, et la lumière\ns’éteignit tout à coup. En prêtant l’oreille, je m’imaginai\nentendre encore des gémissements étouffés; quelqu’un en face\nouvrit une fenêtre, jeta quelques mots brefs dans le silence ;\non la referma, et tout rentra dans le calme.\nJ’étais resté appuyé sur le rebord de la croisée, un peu\ninquiet. Au bout d’un moment, la porte du voisin tourna de\nnouveau lentement sur ses gonds, la serrure grinça, et il me\nparut qu’une forme se baissait au dehors. En même temps\nrésonna à l’intérieur le tintement clair d’un léger bout de fer",
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     "texte": "5 0\nqui tombe. La forme se redressa; les pas de tout à l’heure se\nmirent à remonter la rue, et je crus m’apercevoir qu’on mar-\nchait^avcc plus de précaution qu’auparavant. Je suivis le bruit\ndes pas jusqu’au bout du hameau ; là on tourna à gauche,\ndans le sentier où il n'yaplus qu’une maison qui est, comme\nvous le savez, seigneur alcade, celle de Pictro Benito, le fils\nde Ma tco. Les pas s’étaient arrêtés: le silence de la nuit était\nl'edevenu si profond qu’on eût distingué le vol d’une chauve-\nsouris. Je me rassurai.\n— Bah 1 murmurai-je, quelle idée avais-je donc de suppo\nser qu’il s’agissait là d’une aventure de contrebande ! c’était\nle lils de Matco, qui venait sans doute lui faire quelque com\nmission ...\nJe n’y songeai plus ; je poussai ma fenêtre et je me cou\nchai.\nAh ! la Micaëla... Non, je ne puis vous raconter, seigneur\nalcade, tout ce que j’ai rêvé d’elle cette nuit-là. Son image\nrieuse avec les cils longs voilant les yeux, la petite bouche\nro.uge dans la peau mate, les accroche-cœur noirs sur les\noreilles mignonnes aux anneaux d’or, tout cela me hantait.\nJe revoyais sa manière de vous jeter un regard enjôleur et\nmalicieux par-dessus l’épaule maigre où elle attachait un fou\nlard de soie jaune, en ployant vicieusement sa hanche souple,\nlit cela durait, durait... Jusqu’à ce que tout à coup on frappa\nviolemment au mur, et ce fut la voix musicale de la Micaëla\nelle-même, qui m’appela :\n— Seigneur Juan José! Seigneur Juan José, levez-vous...\nOn vient de trouver le père Matco pendu ! Il a dû se suicider,\nlécher homme... Oh, madone ! Sainte madone...\nJ’entendis le froissement de sa jupe et les saccades rapides\nde scs pieds lestes, qui descendaient les marches quatre à\nquatre. Une porte claqua. 11 faisait grand jour. Je me jetai à\nbas du lit pour passer les culottes que j’avais rapportées de\nSalamanque, et je chaussai mes espadrilles pour me précipi\nter à la fenêtre.\nVoilà tout ce (pic je sais, seigneur alcade. Le reste tout le\nmonde l’a dit aux algazils qui sont venus faire l’arrestation\nde Pictro Benito. Il y avait dans la rue des gens qui parlaient\nhaut. Quelqu’un s’exclama :\n— Et ce pauvre Pictro, qui n’est pas encore là ! Cours vile\nle chercher Jaime...\nMais sans doute il se gardait bien de venir, n’csl-ce pas,",
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     "texte": "6o\nseigneur alcade ? Une vieille femme qui arrivait après les\nautres, interrogea :\n— 11 s’est tué Où est-il ?\n— On dit (ju’il s’est pendu, répondit-on. C’est Cil Jacinto\nqui a coupé la corde et qui l’a porté dans son lit.\n— Ah, Christ 1...\nJe mis ma veste et mon béret, et je descendis l’escalier.\nLa posada était déserte. La vieille Cristina et la Micaëla étaient\nsorties, elles aussi. Dans la salle du fond, sur un coin de table,\nétait resté étalé le jeu de cartes usé avec lequel le père Maleo\navait fait sa dernière partie...\nTiustan Klingsoii.\nRetour de chasse",
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     "texte": "Le Théâtre en Espagne\nIl est bon de dire tout de suite que les théâtres en Espagne\nne sont pas une institution officielle, mais seulement des en\ntreprises particulières. Le théâtre espagnol n’est pas non\nplus une imitation du théâtre français : les entreprises de\nMadrid s’engagent seulement à disposer leurs locaux confor\nmément aux instructions gouvernementales et à les soumettre\nà l’inspection des architectes municipaux pour éviter les dan\ngers en cas de panique, d’incendie, etc. Une fois que la vie des\nspectateurs est assurée le j'este importe peu. L’art... rien. Le\ngouvernement ne se préoccupe aucunement de l’art. Dans le\npays de Lopc, de Calderon et de Tirso de Molina, le minis\ntère accorde des pensions à des pcinlrcs, à des musiciens, à\ndes sculpteurs : il n’y en a pas une seule pour l’art drama\ntique. Ce qu’on nomme Ecole de Déclamation n’est qu’une ridi\ncule partie du Conservatoire de Musique.\nIl y a peu d’acteurs et encore moins d’actrices, mais ils\nseraient néanmoins suffisants pour soutenir un théâtre\nnational, s’ils consentaient à se grouper. Mais qui accomplira\nce miracle? Maria Gucrrero, la plus jeune, une des plus\nbelles et des plus intelligentes, reine en scs domaines, agit à\nsa guise au théâtre comme en sa maison et prend plus soin de\nson art que de l’Art. Maria Tulmu, enfermée dans son péris\nsable répertoire,disparaîtra sans laisser dccréations illustres.\nCarmen Cobena, elle aussi, ambitionne d'clre unique et aban\ndonne les théâtres de Madrid pour parcourir ceux de la pro\nvince. Luisa Calderon, autre actrice indiscutée, joue loin de la\ncour. Ilosario Pino, une très belle espérance, a débuté celte\nmmée comme premier rôle à la Comédie : Nieves Suarez\ncherche à prendre les rôles de la Pino, au théâtre Lara, le\n«oui de Madrid qui se consacre spécialement aux œuvres en un\n°u deux actes, sans musique. Carlota Lamandrid voyage aux\ncôtés de son mari Sanchez de Leon. Julia Cirera suit de\nmême Jozé Gonzalez, et les autres de moindre importance se\nséparent comme elles peuvent, se dispersant le plus possible,\ncherchant toutes un premier rôle et mettant très obstiné\nment en pratique ce proverbe castillan : mieux vaut être\ni'\\te de souris, que queue de lion.",
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     "texte": "Il en est de même des acteurs, el pour la même raison.\nAntonio Vico va cacher ses infortunes de l’autre cote des\nmers. Fernando l)iaz de Mendoza parcourt le Mexique.\nEmilo Thuillier a planté son drapeau à la Comédie. Turique\nSanchez de Leon voyage en province. Miguel Gepillo et Aga-\npiIo Cucvas sont l’un à Madrid, l’autre un peu partout; et\nJosé Gonzalez joue en ce moment le Cyrano à Barcelone.\nEt les auteurs? Ah ! ils ne sont pas ni plus avisés ni meil\nleurs organisateurs que les comédiens. En Espagne il n’existe\npas de Société des auteurs dramatiques, pas de Comité de lec\nture; il n’y a point dans de la presse de critique informé.\nL’auteur dramatique demande souvent une profession, un\nemploi, une rente pour vivre indépendant ; mais s’il n’a\npas d’amis ou s’il ne satisfait point aux désirs delà grossièreté\nrégnante il peut renoncer à toute espérance. Et, quoiqu’ici\nplus qu’aillcurs le succès aille à l’inédit, l’expérience ne par\nvient pas à triompher de la routine : une fois la nouveauté\nimposée rév'olationnairement, notre esprit timide la conserve\ndes siècles et des siècles.\nLe public n’a jamais repoussé au théâtre aucune formule\npourvu qu’on la lui ait offerte avec quelque opportunité et\nquelque charme nouveau. C’est ainsi qu’ont triomphé Moratin\net Breton, et, avec eux, les romantiques et l'école du bon sens.\nEchegaray, a vaincu avec son pseudo-réalisme romantique :\net encore le régionalisme de Félin y Codina et de Guirnera, le\nsocialisme de Joachim Diccnta et le modernisme de Benavente,\ntandis que les nombreux imitateurs de ceux-ci n’ont pu réussir\nà faire accepter leurs plagiats, impitoyablement refusés par\nle grand public. Disons encore (pie le maître Ferez Galdos a\nprouvé avec son drame Iltalidaà que nous pouvions confier\nbeaucoup au théâtre psychologique. Néanmoins, rien n’a été\nfait encore dans ce sens.\nNous sommes envahis par le théâtre français : pas par le\nthéâtre sérieux, artistique, pouvant corser notre littérature\ndramatique si toutefois celle-ci avait besoin de nouvelles études\nou de quelque expérience inédite, mais par des pièces ano\ndines. Car Dumas et Augier ont vécu chez nous ainsi que\nnos auteurs du siècle d’or, et seules restent les pièces dont\nnous ne pouvons tirer aucun enseignement au point de vue\nartistique et qui, par contre, peuvent nous faire tort au point\nde vue national : Madame Sans-Gêne avec ses oripeaux,\nCyrano de Bergerac avec sa douceur et sa crâncrie toute mé\nridionale. Et l’on nous annonce encore pour cette hiver Iji\nTosca â l’Espagnol, Plus que Reine au théâtre de la Comédie,\net chose plus étonnante une pièce originale d’un auteur espa\ngnol écrite sur un sujet passablement connu et qui vient d’être\njouée,Frincesa. Nous parlons de Mademoiselle de Lavallière,",
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     "texte": "G3\nTiC genre pseudo-historique triomphe pourtant : peut-être en\nFrance réussira-t-il à augmenter les énergies de l’Ame natio\nnale, mais ces pièccs-lA n’auraient jamais dû passer les Pyré\nnées.\nCar nous avons aussi une très belle histoire, avec (l’éton\nnants cxpjoits militaires et pas mal de petits scandales d’alcôve.\nDans nos vieux palais lézardés, parmi les ruines de nos châ\nteaux moyenâgeux, ou y trouverait encore l’empreinte de\nquelques infamies passionnelles et de quelques obstinations\nhéroïques. Est-ce (pie nos rois n’ont pas été tout aussi bien à\nla merci de maîtresses cupides et de courtisans ambitieux 1 ?\nEst-ce que nos nobles eux aussi n’ont pas maintes fois enfoncé\nleurs épées jusqu’il la garde dans la poitrine de leurs adver\nsaires? Or, rien de plus pénible que de voir notre jeunesse\ndébiter les vers de Rostand hantée parle souvenir des exploits\nde Cyrano, sans même songer que plus dramatique que la\npersonnalité du héros gascon est celle de Qucvcdo, et que les\nvers de Lopc et de (laideron sont aussi sonores, aussi vivaces,\naussi spirituels que ceux du maître Rostand.\nAlors (pie le public espagnol délaissait la dramatique d’Eclie-\ngaray ([ui l’avait en quelque sorte fasciné très longtemps,\nnous vîmes surgir presque simultanément cinq nouvelles ten\ndances avec Maria Rasa de Guimera, Realidad de Galdos,\nLa Dolores de Fcliu y Codina, Juan José de Dicenta, et\nGente Conocida, de Benaventc. Ce fut le moment indiqué\npour ranimer notre lliéAlre, car ces auteurs, les élus, les\nvainqueurs, les maîtres, n’avaient qu’à grouper autour d’eux\nles oubliés et les inconnus. Ce fut alors le moment de former\nune critique... Qu’a-t-on fait pour cela ? Rien. Que s’est-t-il\npassé ? Fcliu est mort : Guimera tâtonne : Galdos se tait :\nDicenta fait des librellos. Seul, Benaventc, insiste encore,\nisolé...\nLe' théâtre c’est ;ï la fois un art, une institution et une af\nfaire. 11 a besoin, pour triompher, de l’union de plusieurs\nforces qu’on ne parvient jamais à assembler chez nous. Nous\navons en Espagne de très bons auteurs : nous avons aussi un\npublic bon enfant toujours disposé à faire un succès. Mais\nnous manquons d’une critique sérieuse et respectable, et en\nplus, de la protection de l'Etat. Il s’en suit que le théâtre reste\nabandonné aux mains cupides de quelques imprésarios qui,\nsans le moindre souci de l’Art, cherchent exclusivement à\nfaire leur magot en suivant les caprices du bon public pour les\nsatisfaire. Donc, c’est le public qui guide. Ses caprices joints\naux erreurs des imprésarios détruisent toutes les énergies dont\nles pauvres auteurs peuvent disposer.\nCes auteurs n’écrivent plus pour la gloire. Ils font leurs\npièces en songeant au succès pécuniaire, et naturellement",
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     "texte": "—\n64\nlâchent eux aussi (l’être agréables au public en suivant l’ins\ntinct de celui-ci au lieu de le diriger vers un idéal artistique.\n11 y a comme de juste quelques exceptions, mais si rares...\nOn comprendra aisément après ce (pic nous venons de dire,\nles invraisemblables alternatives dont le théâtre espagnol se\nressent depuis longtemps : tantôt on le voit s’écrouler en la\nplus triste des négations, tantôt on le voit se hausser superbe,\ndrapé dans d’éblouissantes splendeurs littéraires. Il manque\nde la force dont il a besoin pour se tenir debout , puisque nous\nvenons de le dire, la protection de l’Etat et la critique sérieuse\nlui font totalement défaut. Voilà pourquoi il tombe pour se\nrelever après et se relever une fois de plus pour retomber\nencore. Et c’est ainsi qu’il vit une vie misérable et précaire,\nluttant, luttant toujours... Les morts de cette lutte, les pièces\nanodines ou banales, passent vite, s’en vont et personne ne\nparle plus d’elles : seuls restent debout quelques chefs-d'œu\nvre, dont nous nous emparons avidement pour grossir le\ntrésor déjà considérable de la dramatique espagnole.\nCar il se peut très bien qu’un théâtre, national soit pauvre\nbien que soit très niche sa littérature dramatique. El la nôtre\nne tombe pas : il est indéniable (pic les pièces écrites de nos\njours qui passeront à la postérité sont en nombre suffisant\npour perpétuer notre gloire et pour que les générations à venir\nvoient en nos contemporains des fils légitimes de cette race de\ngénies qui, pendant le xvn» siècle, parvint à faire universelle\nment connaître le théâtre espagnol. Depuis Moral in jusqu’à\nce jour ils sont légion les auteurs remarquables : et quoique\nle nombre ne soit pour rien dans la valeur, nous avons encore\nassez de noms et assez de pièces à succès pour maintenir\nnotre affirmation. Breton de los llerreros, Garcia Gutierrez,\nHartzembuch, Zorrilla, Rodriguez Itubi, Gil de Zarate,\nVentura de la Vega, Narciso Serra, Luis Eguilaz, Florentino\nSanz, Euscbio Rlasco, Larra, |Escrich, Fernandez yJGonzalez,\nEchegaray, Sanchez de Castro, Sellés, Leopoldo Cano,\nIticardo de la Vega, Javier de Rurgos, Palencia, Luccno,\nCalalina, Rarnos Carrion, Vital Aza, Diccnla, Guimera, Galdos,\nFcliu, Benavenlc, les frères Quintcro, et tant d’autres, car\nnous passons... Il est vrai que le nombre des vrais maîtres\nest assez restreint ; mais il est vrai aussi (pic ceux que nous\nvenons de citer et bien d’autres encore dont les noms nous\néchappent sont des auteurs très capables, ayant prouvé qu’ils\nont l’instinct merveilleux, l’art de créer les personnages et\nde les faire mouvoir sur la scène. Or, cet art on ne l’acquiert\npas : il faut naître avec l’instinct dont nous venons de parler.\nCeux qui l’ont sont de vrais auteurs.\nElles ne sont pas nombreuses les littératures aussi variées,\naussi riches, aussi éclatantes que la littérature dramatique",
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     "texte": "05\nespagnole, dont môme les orreursont souvent attiré l'attention\ndes lettrés. C’est ainsi qu’il y a quelque temps un critique\nrespectable préparait une étude bien curieuse sur Comella. Or,\nce Comella, né au xvmo siècle, le siècle de notre décadence\nlittéraire, fut raillé par ses contemporains ; il l’est encore de\nnos jours pour ceux (pii blâment ses pièces sans même les\navoir lues. Pourtant c’était un véritable homme de théâtre, le\ndernier élève de Lope de Vega, cl peut-être aussi le premier\nprédécesseur de Sardou.\nIl est très difficile de faire l’analyse des pièces dont l’en-\nsemhlc est ce qu’on peut appeler la moderne dramatique\nespagnole : la variété des genres cultivés par les auteurs\nrend très pénible leur classification. Le maître Echegaray a,\nà lui seul, quatre modalités tout à fait dill'érentes et peut-être\nnous surprendra-t-il encore avec quelque effort téméraire dont\nseuls sont capablesxeux qui recherchent toujours et. partout\nla faveur du public lorsque celui-ci les délaisse. Et c’est le cas\nd’Echegaray. Pour ce qui est de Dicenta, il a complètement\névolulionné depuis sa première production El suicidio de\nWerther à sa dernière pièce, ce chef-d’œuvre qui est Juan\nJosé.\nL’enthousiasme de ses admirateurs pas plus que l’indiffé\nrence qu’on lui a montrée ensuite n’ont pu faire fléchir la viri\nlité littéraire de Léopoldo Cano. Selles fait tout son possible\npour se rapprocher dans scs pièces du goût moderne, et il ne\nretrouve plus les énergies qu’il mit jadis dans le meilleur de\nses drames : El nudo goraiano, Un autre auteur, le catala-\nnistc Guimcra fait la navette de la tragédie romantique Mar g\nCel à la formule régionale qu’importa Feliu de la Catalogne.\nC’est curieux : le théâtre catalan, théâtre régionalislc dont\nle créateur et le plus ferme soutien fut le fécond Scrafi Pitarra,\naidé dans son œuvre par Bordas, Arnau, Tôrres, Feliu et bien\nd’autres, n’a jamais eu à Madrid, pas plus que dans les autres\nprovinces de Castille, le moindre retentissement. Les traduc\nteurs, important des pièces françaises telles (pie l'Ami. Fritz\nen ignoraient sans doute qu’il leur eût été facile de trouver à\nBarcelone des pièces du môme genre puisqu’on les écrivait\ndepuis 1855. Ce sont ces pièces du théâtre catalan qui à Bar\ncelone d'ahord, puis dans toute la Catalogne, ont déterminé\nl’atmosphère de régionalisme dont nous étouffons à présent.\nLe créateur de ce théâtre, Sérefi Pitarra, aurait volontiers\ndonné la moitié de sa vie pour être connu à Madrid : il est\nmort sans satisfaire cette ambition très compréhensible. Plus\nheureux que lui Félin y Codina réussit à se faire une réputa\ntion vraiment espagnole avec scs drames régionalislcs La\nDolorcs et Maria ael Carmen.\nAlors que le théâtre régional faisait triomphalement son\nG.",
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     "texte": "—\nGO\nchemin, il fut arrêté tout à coup par le théâtre héroïque\nfrançais. Le public de Madrid, changeant et capricieux, tel\nune de ses petites femmes séduisantes, a fait à Cyrano de\nBergerac un accueil tout à fait enthousiaste : nos jouvenceaux\napprennent par cuiur les vers de Rostand, et la concurrence\ncherche des pièces à succès... d’argent pour opposer à\nCyrano, mais dans le genre de celle-ci naturellement.\nIl faut espérer (pic celle folie disparaîtra bientôt : il faut\nespérer qu’un auteur de race espagnole saura conquérir à bref\ndélai les faveurs du grand public. Mais alors même que celle\nnouvelle conquête sera un l'ait accompli, le théâtre espagnol\naura encore et toujours à supporter les mêmes intermittences\ndont nous nous plaignons plus haut, et cela jusqu’au jour où\nnous aurons un ministre s’intéressant à notre scène, et capable\nde se persuader que c’est protégés par l’Etat (pie les arts font\nleur chemin dans tous les pays du monde : qu’il n’y aurait\npas de peinture dans les Musées sans certaines acquisitions\nofficielles dont le but est d’encourager les artistes : et ciilin\nqu’il ne peut y avoir Théâtre là où le Théâtre National n’existe\npas.\nLUIS ltuiZ CONTUEHAS\nTraduit de l'espagnol par\nP. Edouard de Bray.",
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     "texte": "Chronique\n«Vv^r»TWVVk»VVV>\nThéâtres : A a Gymnase\nMM. Chautard et Franck nous comblent: ils ne se conten\ntent pas d’un succès du soir; ils inaugurent des séries de mu\ntinées toutes i>Ius attrayantes les unes que les autres. Il y\navait d'abord celles du Théâtre Blanc, pour nos ravissantes\nvierges de Paris; maintenant c’est M. Paul Franck, qui a eu\nla très heureuse idée d’organiser des samedis humoristiques\noù nous passons d’Alphonse Allais à Capus et de Franc-\nNohain à .Iules Renard. C’est un tin régal d’esprit, un goûter\nlittéraire pour gourmets un pou lassés des interminables ca\nlembours de huit heures à minuit. Un des derniers samedis,\nce fut M. Francis de Croisset qui conférencia, pour nous par\nler avec discrétion et goût de Tristan Bernard et de Pierre\nVebcr, duquel d’ailleurs il sut dire merveilleusement en quel\nques trop courtes phrases la grâce à la fois comique et ten\ndre. Puis ce fut un acte charmant, Par Politesse, où Tarridc\nsut, comme à l’habitude, dessiner une amusante silhouette de\nviveur des boulevards. Attendons Franc-Nohain...\nOn nous le promettait â YŒavrc,i\\\\ii avait été accueillie au\nGymnase elle-aussi peur une lois seulement, hélas! Ce fut\nM. Maurice deFaramondqui nous donna sa très curieuse et\ntrès intéressante pièce : Monsieur Bonnet. On sait quelles\nqualités M. de Faramond avait montrées en son précédent\ndrame la Noblesse de la Terre ; on les retrouve ici, plus\natfirmées.L’intrigue cette fois est mieux nouée: G’estM.Bonnet\nGis, professeur de philosophie qui a enlevé la fille du boucher\nVictor, qui la quitte pour revenir chercher la fortune de sa\nmère, et qui revient.... dix ans après, ministre et marié.\nM. Maurice de Faramond montre, comme dans la Noblesse\nde Ui 'J'erre, une aptitude assez rare â manier la foule au\nthéâtre; tout le premier acte qui se passe dans la rue devant\nla boutique du boucher pendant (pie les commères et les ou\nvriers nousapprennent l’enlèvement de la jeune fille est d’une\ncouleur et d’un mouvement inattendus. Le second acte, plus\nlaible peut-être, plus difficile à faire d’ailleurs (les scènes\nd’amour sont si usées), contient néamnoinsdes choses de peu-\nsec élevée. Mais le troisième acte est à mon avis de beaucoup",
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     "texte": "G8\nle meilleur: la Scène du Boucher que publie la Vogue, puisla\nScène où Monsieur Bonnet père, offre non seulement la fortune\nde sa femme, mais aussi la sienne au (ils qui ne peut plus\naccepter, tout cela est d’une beauté sobre et d’une émotion\nintense, qui ne font (pie s’accentuer encore dans la magnifique\nsituation du début du dernier acte. Voici un homme devenu\nministre revenu dans le pays où jadis il a emmené celle qui\nl’avait aimé, et y retrouvant accompli par elle seule ce qu’ils\navaient rêvé d’accomplir ensemble. Hile est là avec sa sœur,son\npère,et aussi son fils, car elle a eu un (ilsde sa liaison.M. Bonnet\nest reconnu par la sœur, puis par elle-même, puis par le père\nqui, dans sa haine aveugle l’étrangle. Mais comment M. de\nFaramond a-t-il pu faire prononcer un discours ministériel à\ncet homme au moment où le plus cher de son passé devait\nremonter en lui; commenta-t-il pu lui faire prononcer ce\ndiscours sans qu’il songe môme un instant à demander à voir\nson fils, qu’il sait là... L’auteur en voulant éviter le mélo\npeut-être, n’a-t-il pas évité ce qui était justement la plus belle\nscène de son œuvre? Mais je ne veux pas insister : si j’ai cru\nfaire ce reproche à M. de f aramond (et je souhaite que ce\nsoit moi <pii se trompe) c’est parce qu’une entière sincérité\nest duc à un aussi bel effort. Assurément, il faut bien le dire\nentre les jeunes, M. de Faramond est un de ceux qui sont\ndestinés à faire, en dehors des formules et des clichés, ce que\nnous appelons encore des tentatives, et ce qu’on appellera\ndemain des œuvres.- Pierre Gringoirk,\nAux Folies-Bergères, Sur Otero\nOtero vient de réapparaître sur la scène des Folies-Ber\ngère.\nElle s’est présentée d’abord en gitana avec une jupe très\névasée du bas.\n— C’était une fleur au calice renversé.\nLes hanches étaient soulignées par une écharpe rouge qui\nles étreignait fortement, et en faisait un disque mouvant.\nUne résille de velours noir d’où pendaient des madrônos\nagrémentait le costume.\nLes dessous étaient roses, mais ce rose chatoyant des jupes\nquand elle dansait et lançait la jambe laissant percevoir de\ntortueux replis d’ombre, donnait la sensation d’une pastèque\nentr’ouverte dont les membranes soyeuses du cœur étaient\nlesquelles de dentelles. Il en sortait, tranchant de ton comme\nde noirs pépins, les mollets qui se projetaient nerveusement\ndans l’échcvèlemcnt du geste.\nPuis, chansons d’Espagne, si expressivement mimées —",
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     "texte": "°9\n«les poses concordant avec la voix', et des intonations aiguës\ntout à coup, qui après l’étalage langoureux des étirements\nd amour longuement exprimés, jettent avec le relèvement de\ntout le corps et la tension verticale des bras, la strideur sou\ndaine du cri de triomphe d’un fauve qui voit pantélcr sa proie.\nMlle a reparu enfin dans un tango, où elle a ajouté au tan-\ngo national, tout ce que peut fournir le corps inépuisé d’Olc-\nr <>- Le torse féminin, par elle redevient ophidicn, avec des\nrepliements savants qui,dans la succion de leur attrait,sèchent\nla lèvre des spectateurs.\nElle (‘si tantôt souple et glissante comme une couleuvre qui\nse dédoublerait pour les bras et se quadruplerait pour les\njambes, tantôt par le gonflement voulu de son ventre et de ses\nreins qui roulent, elle semble un boa repu qui vient de digé\nrer un homme— bienheureux parvenu nu niroànah d’amour.\nEl je la vois, encore, tournant sur elle-même, séduisante\net vorace, toujours inquiétante. Et scs membres tentaculaires\nexercent leur fascination pendant que les doigts claquent sous\nle feu des bagues comme s’ils faisaient crépiter des étoiles.\nHi ONU y Detoucue.\nBibliographie\nSaint-Pol-Roux : La Dame à la fanlx.\nCe n’est pas quarante lignes, mais quarante pages qu’il\nnous faudrait pour étaler, en un magnifique parterre, toute\nla puissante beauté de cette oeuvre :« La Dame à la fanlx,\nspectacle de l’Humanité parmi le multiple conflit de la N ie et\n«le la Mort, est une tragédie intérieure dont — pour la ren\ndre satisfaisante à la foule —j’ai extériorisé les éléments en\n«les cristallisations simples, familières oserai-je dire popu\nlaires, et c’est parfois de larges fresques d’Epinal » écrit\nl’auteur, dans sa préface. C’est dire que M. Saint-Pol-Roux\n;i écrit la tragédie de la Mort d’une autre façon que M. Mae\nterlinck. L’auteur de l'Intruse n’avait fait qu’allusion, celui",
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     "texte": "de la Dame à la faulx, au contraire insiste sur la présence\neffective de la Camarde;il en lait le personnage réel, palpable,\nprincipal de son livre. Ainsi Ilolbcin, peignant, d’un pinceau\nprofond, les bas-reliefs de sa Danse Macabre, ainsi le maître\nde la Mort de Marie et les naïfs poètes du Moyen-Age ! Un\nsouffle de désespérance, d’épouvante et de deuil passe sur les\nchapitres de cette œuvre comme un grand envol d’oiseaux de\nnuit :\nJe vis celte faucheuse. Elle était dans son champ.\nElle allait à grands pas moissonnant et fauchant.\nNoir squelette laissant passer le crépuscule\nDans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule,\nL’homme suivait des yeux la lueur de sa faux...\nTout était, sous ses pieds, deuil, épouvante et nuit.\nDerrière elle, le front baigné de douces flammes,\nUn ange souriait portant la gerbe d’âmes.\nvictoh hugo, Contemplations (liv. îV, pièce xvi).\nCet ange que le grand poète invoquait en Alexandrins\nlyriques, M. Saint-Pol-Roux l’a placé aussi, au seuil du\nspectacle comme le chevalier de la Vie. Divine? Magnus ? Les\nDeux plutôt. La Vie triomphe de la Mort, la Mort de la Vie ;\npuis la Vie elle-mômc renaît de la mort et c’est le spectacle\néternel de Faust h Axel ! Œuvre toull'ue, ardente, éloquente,\nlumineuse, tragique, la Dame à la f aulx, plutôt poème dra\nmatique que drame, vaut par une langue d’un rythme heu\nreux se mesurant bien aux épisodes. Certains passages,\ncomme le dialogue de Magnus et de la Dame à travers l’huis\ndu Manoir, les scènes de l’Université, du Carnaval, la Ker\nmesse finale de la mort sont d’une haute inspiration, d’une\nsublime portée poétique. Le divin, l’abject, l’éclatant, le som\nbre, le rire, les larmes, l’espoir, le doute, le meurtre, l’amour\nse partagent les multiples scènes de ce grand ouvrage qui en\ncontient de superbes. Ainsi la scène 111 du sixième tableau où\nla communion des Amants :\nSimples comme la brise des vallons et de la mer,\nSimples comme l’aurore et comme l’eau de source...\nLe style imagé, coloré, souple et neuf convient étroitement\nà ce sujet d’humanité large. La Dame à la f aulx fait époque.\nPeu louangée actuellement, elle défraiera les propos de la\ncritique future. « Nul, depuis Villiers de 1’Isic. Adam, n’a\ndonné plus complètement que dans celte œuvre l’impression\ndu génie. » Ce jugement d’un poète ami est le nôtre aussi.\nAussi celui qu’adoptera l’avenir.\n★\nEdmond Du.on.",
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   "controle": "début : décision Claude : rubrique sans intertitre en haut de la p. 71 (comptes rendus signés « T. K. ») ; fin : fin de la page 72",
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     "texte": "7 1\nMaurice Beaubourg : Les Joueurs (le Houles (le Sainl-\nMandè.\nL’humour de M. Maurice Beaubourg est d’une nature très\nparticulière : c’est un mélange inattendu de tendresse exquise\ne * d’ironie atténuée. Le fantaisiste et abracadabrant Alphonse\nAllais est l’humoriste du cerveau; le minutieux observateur,\nIrisian Bernard, celui de l’œil; M. Maurice Beaubourg est\ncelui du cœur. Nous comprenons parfaitement la sentimenta\nlité délicate de scs personnages; élit', fait contraste avec leur\nenveloppe extérieure ; nous sympathisons avec la vieille fille\ninquiète qu’est Mademoiselle Euphrasye Durand, avec le\nvieux grognard attendri qu’est le colonel Biol. L’aventure de\ncette jouvencelle de cinquante ans, à tète flétrie pleine de l’a\nmour de son héros, dont les frasques et les éternelles disputes\navec M. Tafoureau des Bruyères la tuent peu à peu, cette\naventure anachronique est d’un charme exquis. Puis, M. Beau\nbourg est un artiste; il sait évoquer au long de scs pages les\nsilhouettes amusantes des types qu’il a créés; il nous montre\nnon seulement la finesse de leurs Ames, mais aussi leurs visa-\nges ravinés et ravissants. C’est un livre adorable à mettre au\nbon coin de sa bibliothèque, sans compter que l’auteur y a\najouté quelques unes de ces nouvelles d’un attrait discret et\nsûr, dont lui seul parmi les humoristes contemporains, a le\nsecret.\n★\nCamille Mauclair : L'Ennemie des Rênes.\nM. Camille Mauclair est, il faut le dire, l’un des plus inté\nressants écrivains de la littérature qu’on a coutume d’appeler\njeune, et l’évolution de son esprit est infiniment curieuse. Il\ns est d’abord enfermé dans le culte du « moi » avec son livre\nEleusis pour arriver, en sortant de l'observation de cénacle\nqu’était presqueencore le Soleil des Morts, ce très beau livre,\nou développement naturel de toutes ses qualités. Il a fait\npreuve de dons de critique d’une finesse rare, et ces dons on\nles retrouve dans son dernier livre. Mais maintenant ce n’est,\nplus l’égotisme qu’il prône, c’est l’altruisme; il cherche à\ncréer dans son livre comme il le lit lui-môme, un couple qui,\n8 étant tout avoué sincèrement, s’absolve des défiances mu\ntuelles. Et c’est pourquoi le livre pourrait se rattacher au fé\nminisme en ce. que I-autour peut nous présenter une femme\nMarthe Eyriès, qui soit égale à l’homme qu’elle aime Maxime\nHersent. Mais le héros du roman, porte le poids de son édu\ncation antérieure, et c’est précisément la crise d’où il sortira\ndélivré que nous montre M. Camille Mauclair, Son style est",
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     "texte": "72\nsouple, facile, élégant ; sa pensée est toujours élevée et péné\ntrante; et il est un des rares exemples, parmi les jeunes écri\nvains de notre époque, de ceux qui ne se préoccupent pas\ndes succès faciles qu'on obtient en flattant le goût dépravé du\npublic.\n★\nMaurice des Ombiaux : Jeux de cœur.\nCe sont des notations d’Ames enfantines, et dans cette obser\nvation délicate et difficile M. Maurice des Ombiaux fait mon\ntre de qualités subtiles d'artiste. Hien n’est difficile à saisir\ncomme le caractère mobile de l’enfant presque adolescent, et\nici l’auteur y a réussi pleincment.il encadre ses nouvelles\ndans le paysage vert et souriant des bords de la Meuse et\najoute ainsi un charme de plus à son livre. Dirai-je que je\npréfère la nouvelle intitulée Amour d’enfant ou Le bouquet\nde chèvrefeuille. A quoi bon Y Et pourtant l’on éprouvé quel\nque surprise heureuse, A voir que le même écrivain qui a\npeint de couleurs si chaudes de ton, sa Vie mirifique de\nSaint-Dodon, a su mettre de côté toutes ces richesses de pa\nlettes, pour n’en conserver que les teintes atténuées, la\nnuance, de la nuance encore. — T. K.\nPoitiers. — lmp. BL.Y1S cl KOY, 7, rue Viclor-llugo.",
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