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     "texte": "«\nUne petite âme\ni\nPour lanle Lie.\nLe petit Karl était Agé de sept ans, et le plus souvent il res\ntait tout seul avec la bonne assise à une fenêtre de la cham\nbre d’enfant devant un grand panier d’objets à raccommoder.\nSes frères et sœurs, d’un Age trop avancé, ne s’occupaient de\nlui qu’en passant et ainsi l’enfant, toujours solitaire avec ses\npetites pensées et scs petites fantaisies, malgré tout le trouble\nd’une grande maison, était devenu quelque peu renfermé eu\nlui-même. Ses sœurs « sortaient » et parfois, le soir, il les\nvoyait entrer en aériennes virevoltes, nerveuses et prestes,\nlégers nuages de tulle, visions de gaze, et alors Lina, la femme\nde chambre, devait venir à leur aide avec un ruban par ci,\nune épingle par là. Puis, en un clin d’œil, la chambre d’enfant\nétait remplie de la sonorité claire de leurs exclamations et de\nleurs rires, de tout l’éclat et tout le bruissement du luxe de\nleurs toilettes de bal.\nL’un des frères, qui dans son habit ressemblait à un scara\nbée noir avec un poitrail blanc, venait les chercher et les\nemmenait; et alors elles disparaissaient en glissant sur leurs\npetits souliers de salin, comme des papillons... Quel vide\naprès cela et qu’il faisait solitaire et sombre ! Le petit Karl\nallait tout de suite au lit et gyait, ces nuits-là, toujours de\njolis rêves, où apparaissaient de belles fées, de grands scara\nbées et des papillons, qui dansaient ensemble parmi des feux\nde bengalc, comme dans la pantomime à la foire.\nSes autres frères allaient à la grande école moyenne et au\ngymnase, qu’il s’imaginait vastes comme des mondes, avec des\noiaîtrcs très sévères qui connaissaient tout et donnaient terri\nblement à travailler. Il savait (pic ses frères possédaient une\nquantité de livres et de cahiers qu’il leur fallait apprendre par\noii'ur et remplir, et aussi de grands atlas d’après lesquels ils\ndessinaient des pays entiers, avec des montagnes en traits\n7",
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     "texte": "74\nminuscules, de la finesse d’un cheveu, des mers en bleues\nondulations de lignes, des villes représentées par de petits\nronds oude petits points. Le vertige le prennit rien que d’y son\nger, et il voyait venir avec effroi le temps où, bientôt, il devrait\nêtre aussi entendu que tous les autres. 11 apprenait alors\ndu mieux qu’il pouvait avec M. Sncl, qui venait lui don\nner des leçons, et s’appliquait à son devoir d’ccrilurc. Cela\nconsistait, la plupart du temps, en petits poèmes que son pro\nfesseur composait pour la fête de Papa, de Maman ou de\nGrand papa ; le petit Karl devait alors les écrire sur de belles\nfeuilles de papieravec des bouquets dans le coin, agrémentées\nd’or cl découpées comme de la dentelle; il les écrivait en gran\ndes lettres, allant de droite et de gauche, qui couraient sur\nles lignes ainsi (pie de malhabiles conscrits ou des araignées\nen goguette.\nLes cartes de ses frères produisaient grande impression sur\nlui et souvent il s’imaginait que la vaste chambre d’enfant\nétait le monde. La table, avec tous les blancs objets à rac\ncommoder do Lina, représentait de hauts sommets couverts\nde neige, les Alpes; souvent il y prenait place pour regarder\nen bas dans la rue et quand, avec un bâton, il escaladait lu\nchaufferette et une chaise, c’était pour lui comme s’il faisait\nl'ascension d’une montagne afin de jouir d’un beau point de\nvue. Le tapis représentait la terre ferme cl le plancher peint\nl’Océan. Le manteau de cheminée, avec scs pots, ses tassés et\nses figurines de toutes sortes, était la Chine et le Japon, le\npays de la porcelaine; un grand placard plein de jouets,\nParis ; l’alcôve la station et les deux lits, le sien et celui de\nLina, les wagons. Le soir, avant qu’il s’endormit, sa fantaisie\nvoguait de contrée en contrée, mais le jour aussi l’on voya\ngeait, sur deux chaises. Il était aux anges quand Lina jouait\navec lui et voulait bien faire le conducteur, et il amassait pour\nce jeu toute une collection de billets de tramway.\nII\nAinsi, et de cent autres chimères la solitude de sa vie d’en\nfant délaissé était pleinement occupée par l’imagination qui\ns’agitait dans sa petite caboche. Il avait très peur de son père\n— il savait qu’il était Le Ministre et très puissant — et i 1 ne se\nsentait pas fort à l’aise quand la main de Papa caressait par\nfois eu passant ses cheveux d’un brun soyeux ; il balbutiait et",
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     "texte": "?5\ndemeurait tout interdit lorsque Papa lui adressait une question.\nMaman était continuellement occupée par le choix des toi\nlettes pour scs filles et pour elle-même ou à de longues tables\ngarnies de cristaux, d’argenteries et de fleurs, qui étaient\ndressées dans la grande salle, et à l’arrangement des meubles\nlorsqu’elle attendait pour le soir beaucoup d’invités, si nom\nbreux que le petit Karl, couché dans son lit, entendait venir\nd en bas comme un bourdonnemant. L’enfant errait <;à et là\ndans le labyrinthe doses observations continuellementrépétécs\ncurieux et attentif, toujours avec un « pourquoi » sur les\nlèvres, mais parfois maman se fâchait et le renvoyait en disant\nqu’il était dans le chemin, ou bien quelque domestique mar\nchait par mégarde sur son petit pied. 11 s’en allait avec des\nlarmes; personne n’avait le temps de le consoler, il ne trou\nvait même point Lina dans la chambre d’enfant, et finalement\ncherchait un asile dans la cuisine, où la cuisinière lui pelait\net lui lavait une grosse carotte, qu'il rongeait alors, tout en\ncontinuant à bouder, le cœur encore gros de Fin justice qu’on\nlui avait faite, son petit corps fluet encore secoué par les\nderniers sanglots convulsifs, son pAIe petit visage encore\nbaigné de pleurs.\nIII\nC’était bien autre chose quand venait loger Oncle Frank, le\nfrère cadet de Maman, qui demeurait à l’étranger! Le petit\nKarl avait eu aussi peur de lui, d’abord: il était si grand et si\nfort; il riait toujours si bruyamment et Maman était toujours\nmécontente quand il pourchassait les jeunes filles autour de\nla table, dans le corridor et au jardin, où il les attrapait fina\nlement, les soulevait de terre et les ramenait dans scs bras.\nEt il se chamaillait avec les jeunes gens; il boxait avec eux,\ntout comme un boxeur anglais que le petit Karl avait une\nfois vu dans une illustration, et il avait aussi peur alors d’at\ntraper par mégardc un coup.\nEt pourtant oncle Frank lui parlait avec tant d’amitié, d’une\nvoix si gaie ; il y avait dans cette voix quelque chose de ré\nconfortant (pie le petit Karl jamais auparavant n’avait entendu.\n« Quel Age as-tu, mon petit homme ? »\n« Sept ans, Monsieur... »\n« Monsieur ! Pourquoi, Monsieur...»\n« Ah ! oui, je voulais dire... mon Oncle ! »",
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     "texte": "7 G\n« Tiens ! tu as donc sept ans déjà ! Eli bien ! il n’y pa\nraît guère ; tu es léger comme une plume. Attends ! je vais\nte porter... »\nEt avant que le petit Karl eût pu se rendre compte comment,\nil était déjà tout en l’air, si haut qu’il se mit à pousser de\ngrands cris. Mais bientôt les cris furent suivis de rires et le\npetit Karl trouva le jeu des plus amusants : il put s’instal\nler sur le dos d’Onclc Frank, il enlaça autour du cou d’Onclc\nFrank ses deux petits bras minces comme des allumettes et\nOncle Frank courait partout avec lui sans s’occuper de Maman.\n— « Mais, Frank, comment pouvez-vous être toujours si\nbruyant ! »\nLe petit Karl était fatigué de la chevauchée quand Oncle\nFrank écouta l’interpellation, mais son visage, d’habitude\npâle, était maintenant d’un rouge pourpre, dans le bleu mat\nde ses yeux étincelait comme de l’azur et autour de ses lè\nvres toujours tristes un sourire se jouait. Oncle Frank s’était\njeté sur un fauteuil et le petit Karl grimpa sur ses genoux.\n— « Karl, laisse donc ton Oncle un peu tranquille ! »\n— « Pourquoi contrecarrer cet enfant? » riposta l’oncle en\ngrommelant, et le petit Karl resta niché sur scs genoux, se\nmit à jouer avec sa chaîne de montre et risqua, finalement, à\nmi-voix :\n— « Tu es, vraiment, tout à fait gentil, sais-tu ? »\nLes jeunes filles entraient ; elles se moquèrent de l’oncle\nFrank avec son petit enfant sur ses genoux, et Maman redit\navec colère qu’elle ne comprenait pas qu’un si grand garçon\npût être si lassant ; mais le petit Karl laissa dire. Il ne s’était\njamais senti si pleinement en sûreté que 'maintenant : jamais\nil n’avait eu si chaud à son petit cœur : il aurait voulu pou\nvoir s’endormir sur les genoux d’Onclc Frank. Et, pour la\npremière fois de sa courte vie, il lit entendre une protestation\nquand Lina vint pour le mettre au lit : on ne pouvait en croire\nses oreilles, car autrement Karl toujours partait tout de suite\navec elle.\n— « Allons, mon petit, au lit, vile ! » dit oncle Frank, et il\ndéposa Karl par terre.\n— « Viendras-tu encore près de moi, mon oncle? »\n— « Perds-tu la tête? Crois-tu donc que je veuille jouer à\nla bonne d’enfant ? »\nMais une certaine expression le frappa, qui était dans le\nmat des yeux d’un bleu ne m’oubliez pas, île la nostalgie, de",
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     "texte": "7*\n77\nl’imploration; un sentiment d’infinie compassion emplit son\nl>on cœur et, vivement, avec la main sous le menton de l’en\nfant :\n— « Eh bien ! je verrai; si j’ai le temps, sais-tu ! »\n■—«Quelle adoration pour le petit oncle Frank!» dit en riant\nl’une des jeunes tilles, sans le moindre respect pour un oncle\nsi jeune.\n— « Je voudrais pourtant bien, Frank, que tu ne gâtes pas\nl’enfant. Il a déjà un caractère si étrange, silencieux, renfer\nmé, toujours boudeur. Oh ! cette éternelle bouderie me rendra\nfolle ! »\n■— « Il est toujours à ruminer quelque chose! » fit en riant\nl’autre sœur.\n— « Riend’étonnanl à ce que l’enfanlsoit silencieux,» répli\nqua vivement l’oncle Frank. « Vous le laissez toujours seul.\nPersonne ne s’en occupe ! »\nMaman protesta, mais Frank haussa les épaules.\nIV\n— « Ainsi tu ne vas pas encore à l’école ? »\n— « Oh ! non 1 » et celle seule pensée fit trembler le pelil Karl.\n« Monsieur Snel me donne toujours des leçons. »\nHeureusement, pensait-il.\n— « Joues-tu parfois au jardin ? »\n— « Oh ! non ! »\n— « Et pourquoi pas ? »\n— « Je ne sais pas » ; qu’y ferais-je donc ? »\n— « Eh bien ! un bonhomme, jeter des boules de neige. »\n— « Viens-tu ? »\nKarl était transporté, mais Maman intervint :\n— « Je t’en prie, Frank, l’enfant attrapera des engelures ;\nil ne supportera pas le froid ! »\n— « Allons, allons ! » dit Frank en riant, cl le petit Karl se\nmit à rire aussi, de voir son oncle si effronté.\nDans le jardin il y avait un épais tapis de neige friable, (pii\nélincelait comme du cristal. Oncle Frank prit de fortes poi\ngnées dans ses grandes mains, et en pétrit d’énormes boules\npour les jambes du bonhomme. Là-dessus un large tronc\ncarré.\n— <■< Trouvcs-tu la neige froide ? »",
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     "texte": "7 8\n— « Non, mon Oncle! » repartit vivement Karl, qui, ;'i tout\nprix, voulait rester et apportait de minuscules poignées dans\nscs menottes engourdies.\n— « Tu auras tout de suite bien chaud, attends uppeu ! Fais-\nmoi maintenant une boule pour la tète, une grosse, sais-tu !\nRegarde, tu dois la rouler dans la neige, comme ceci ! »\nKarl trouvait tout cela rien moins que facile, mais il tra\nvaillait de son mieux et cela n’allait pas trop mal, car il y\ntrouvait du plaisir. Bientôt le bonhomme se dressa, compact\net lourd comme une blanche pétrification, court et gros ainsi\nqu’un Samoyède ou un Lapon dans une peau d’ours polaire.\nEt alors commença le bombardement du bonhomme de neige\net les boules de s’écraser sur la tète durcie par le gel, ronde\net sotte.\n— « C’est pourtant dommage, mon Oncle ! Ilestsibcau ! »\ndisait Karl, tout en jetant les boules les unes après les autres.\nLa chaleur l’envahissait, la vie circulait dans son petit\ncorps anémique où le sang paresseux était secoué, et sa joie\ns’exprimait en exclamations. Car c’élait une fête de neige, un\ntournoi de boules de neige, une magie de cristalline blan\ncheur, un combat contre un méchant géant blanc, et le petit\nIvarl était le chevalier et Oncle Frank le roi, l’empereur! Sa\nprécoce imagination d’enfant élevait à la hauteur d’un roman\nde chevalerie le simple jeu qui était pour lui, non pas de tous\nles jours, mais un événement. La tension de ses faibles mus\ncles surexcitait ses impressions et lorsque plus tard, à la\nmaison, plein de reconnaissance pour son oncle qui lui apprenait\nà être enfant et était enfant avec lui, Frank l’embrassa passion\nnément, il laissa échapper un de ces mots exaltés, comme\nen peuvent proférer parfois des lèvres enfantines, qui stupé\nfient les grandes personnes par leur profondeur étrange et\nmystérieuse :\n— « Oncle, je t’adore 1 »\nLouis Coummus\n(A suivre.)\nTraduit du néerlandais par Georges Klinopff.",
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     "texte": "Le Salon de M mc Geoffrin\net le Sentimentalisme philosophique\nLe Musée Carnavalet vient de recevoir le portrait de\nMmo Geoffrin, par Chardin.\nC’est une œuvre admirable d’intimité, de recueillement et\nde finesse, dans le genre profondément simple cl pénétrant où\nréussissait cet excellent maître. M m <* Geoffrin y est représentée\nde face, occupée aux travaux de l’aiguille, le visage, animé\nd’un imperceptible et discret sourire, semble porter encore,\n«près plus d’un siècle, l’indéfinissable nuance de malice, de\nbonté et de charme qui était le cachet même de son esprit.\nHuant au costume, il est bien tel que nous le dépeint Diderot:\n« une coiff e simple, d’une couleur austère, des manches larges,\nle linge le plus uni et le plus fin, et puis la netteté la plus\nrecherchée de tout côté ». L’ampleur de la taille, la blancheur\nargentée des cheveux, l’épaisseur un peu ronde du menton,\nrehaussé de l’éclat d’une admirable dentelle, trahissent l’âge\ndéjà mùr où la peignit Chardin. Mais ce portrait est fidèle,\nd’un coloris que le temps n’a pas atténué, d’une grâce parti\nculière et vieillotte qui nous permettent de pénétrer et de com\nprendre davantage la physionomie inoubliable de cette dame,\nde discerner avec plus de justesse les traits de son caractère\net les raisons de sa vie.\nTelle qu’elle est, un peu bonne vieille, un peu maman, avec\nson expression [si indulgente, un peu moqueuse et si douce\n•tous apparaît-elle comme une confidente d’un 'passé qui eut\nbien de l’esprit et de la séduction et dont elle est restée l’un\ndes types les plus intelligents et les plus aimables.\n« J’ai été élevée par une vieille grand’mèrc qui avait beau\ncoup d’esprit et, une tète bien faite, » écrivait-elle un jour à\nCatherine de Russie, et elle ajoute, un peu plus loin : « elle\nm’apprenait à penser et me faisait raisonner ». Une impres\nsion de maternité aussi attendrissante et aussi spirituelle se\ndégage du portrait que Chardin a laissé d’elle. La voici bien\nen effet, M«»e Geoffrin, à son tour comme une aïeule qui aurait\n« beaucoup d'esprit cl une tête bien faite »; sans doute, suffit-il",
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     "texte": "8o\nde la contempler, de relire sa vie cl de parler un peu d’elle\n« pour apprendre à penser et à raisonner ».\n★\nSon caractère semble résulter de ces sentiments d'affectueuse\ndouceur et de pénétrante sagesse dont ses amis reconnais\nsaient qu’elle fut douce et dont elle usait avec un tact si\nextraordinaire et une entente si minutieuse à l’égard des per\nsonnes qui fréquentaient chez elle. Mmo Geoffrin était vraiment\nla bourgeoise lettrée en qui l’éducation du cœur avait su con\nserver toujours autant de tenue et d’attrait, que celle de l’es\nprit d’intuitive noblesse et de compréhension line. Il manquait\nde passion dans sa vie comme d’orthographe dans son style;\nce n’était pas une précieuse du savoir comme les autres dames\nde son temps cl personne n’a jamais pu dire 'qu’elle ail aimé\nquelqu’un davantage (pie ce pauvre M. Geoffrin, qui était s\nnul. Mais quelque chose de raffiné dans le langage, d’exquis\ndans les manières et d’élevé dans les convenances venait sup\npléer à tout cela avec une aisance si parfaite qu’on ne sait pas\nce qu’on doit admirer le plus en elle, des façons qu'elle acquit\ndans le commerce de ses illustres amis ou de celles qui lui\nétui ut naturelles.\nLe goût qu’elle apporta à composer son salon, le choix judi\ncieux des personnes qui y furent admises, les jours spéciaux\nqu’elle réserva à la réception des philosophes et. des artistes\nprouvent qu’elle avait une entente du monde plus familière\nque la plupart des autres dames ses rivales. Chez Mme d’Epinay,\nMme Du Déliant ou Mme Du Châtelet, les Encyclopédistes\nfréquentaient avec autant de maniérisme et d’affectation (pic\nd’amitié réelle. Mme 8 Du Déliant et Du Châtelet étaient mar\nquises. Mme Geoffrin, au contraire, était du dernier commun.\nSon père avait été valet de chambre de la Dauphine et son\nmari, le roturier Geoffrin, était un bon brave homme de com\nmerçant tout à fait incapable de briller par la conversation\nou par la mise. Mmo Geoffrin ne devait donc la séduction de\nsou esprit qu’à elle-même. Ses illustres amis le savaient bien,\net c’est ainsi qu’ils l’ont dépeinte, Chardin avec son pinceau,\nD’Alcmbert, Diderot et Grimm avec le brillant d’un style\nsouple, affectueux et simple.\nLe seul usage du monde qu’elle ait reçu d’autrui lui venait\nde celte belle M“*o de Tencin, si licencieuse et si évaporée, qui",
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     "texte": "Si\ncoucha plus d’une nuil à la Bastille et eut pour amants des\nphilosophes et des maréchaux d’années. Seulement M»>o Geof-\nIrin sut prendre dans cette liaison, si peu faite pour elle, tout\nce qui satisfaisait son goût sans atteindre l’honnêteté. La\ngrande daine s’en aperçut un peu. « Savez-vous, disait-elle,\n<; c que la Geoffriu vient faire ici? — Pille vient voir ce qu’elle\npourra recueillir de mon inventaire. »\nCe que Mme Geoffrin recueillit de « l’inventaire » delà maî\ntresse de l’illustre Bolingbrockc, ce fut la fréquentation de\nquelques-uns de ces hommes immortels que M»‘° de Tencin\nappelait familièrement ses bâtes, ou plus familièrement encore\nsa ménagerie. On y comptait, outre d’Alcmbert, Diderot,\nThomas et Morellet, Grimm et Lahar|ie, Rulhière et Marmon-\ntel, parmi les auteurs; Vanloo, Vcrnet, Boucher, Vien,\nLagrenée, Chardin et la Tour parmi les artistes. L’ascendant\nqu’elle sut prendre sur tout ce monde fut tout différent de\ncelui qu’exerçait, avant elle, Mmo de Tencin. A l’amitié un peu\ndédaigneuse, un peu méprisante de la haute dame, succé\ndèrent, pour ces Messieurs, la prévenante affection, le com\nmerce en joué de la roturière parvenue. La plupart en éprou\nvèrent de l’aise. Ainsi en témoignent leurs lettres et leurs\nmémoires. Ils en parlent tous comme d’une confidente, d’une\nmère ou d’une amie. Elle était effectivement pour eux un peu\ntout cela. « Elle a celte politesse de bon goût que donne un\ngrand usage du monde, et personne ne possède mieux le tact\ndes convenances, » écrit Laharpo ; cl Walpole : « M n10 GeofFrin\nest une femme extraordinaire avec plus de sens commun que\nje n’en aie jamais rencontré ». Quant à. d’Alembert, Thomas\net Morellet, ils n’en entretiennent leurs lecteurs que de la\nfaçon la plus émue. Il n’est pas jusqu’à Sainte-Beuve lui-même,\nqui, dans ce siècle-ci, et bien longtemps après sa mort, ne\nrendit hommage à son « esprit adroit, actif et doux ».\nM ,n « Geoffrin — en effet — méritait tout cela. Elle méritait\nmieux <jue cela, peut-être, car on ne saura jamais reconnaître\nassez ce que cette petite bourgeoise a fait en son temps pour\nla propagation et le commerce des idées.\n★\nLa maison de la rue Saint-Honoré où elle habitait ne tarda\npoint à acquérir celte célébrité dont avait joui, un siècle plu\ntôt, l’hôtel de la marquise de Rambouillet. M me Geoffrin\ndevint la véritable souveraine de tout un petit peuple d’élite",
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     "texte": "8a\nqui avait bien scs ridicules et scs ambitions, mais qui avait\nbien aussi son génie, sa distinclion et son enjouement. Un\npeu grondeuse, toujours gaie, toujours fine, toujours spiri\ntuelle., quelquefois mordante et terrible, l’hôtesse dominait\ntout ce monde du prestige de sa bonté inépuisable et de son\ninépuisable bonne humeur. Marmontel n’a pas laissé que de\nlui reprocher un absolutisme doucereux vis-à-vis de ses amis,\nmais il oublie d’ajouter que ce défaut venait d’un excès de\nson cœur et que si elle se montrait quelquefois tyrannique,\nc’était par pur intérêt pour leur personne.\nUne sorte de minutie présidait à ces réceptions recherchées.\nM mo Geoffrin n’aimait pas la confusion et elle établissait une\nsélection entre ses fidèles. C’est ainsi qu’elle invitait à sa table,\nle lundi, les peintres, sculpteurs et architectes; puis le mer\ncredi, les philosophes et les écrivains. Une seule dame,\nMUc de Lespinasse, était quelquefois reçue, à ces agapes où le\nplus fin esprit et l’attrait des discours élevés rehaussaient\nencore la finesse des mets et le confort du service.\nCe qu’étaient ces dîners de M\">e Geoffrin, on n’a pas laissé\nque de nous en instruire et. le nombre des anecdotes qu’on\nen rapporte est inimaginable. L’honneur d'être admis à fré\nquenter chez « la Geoffrin », comme, l’avait insolemment\nappelée M»'o de Tencin, était considéré comme l’une des\nchoses extraordinaires du temps. Bien qu’elle fût bonne, elle\nne manquait pas d’être flattée de cette recherche. Une fois\nmême elle se laissa aller à dire « qu’elle tenait toujours sur sa\ntable une aune pour mesurer ceux qui se présentaient chez\nelle, et que c’était par celte aune qu'elle jugeait à l’œil s’ils\npouvaient devenir les meubles qui convinssent à sa maison ».\nJe crois (pic c’est un des deux ou trois mots méchants qu’on\nait rapportés d’elle. Encore ne retire-t-il rien à la sensibilité\nde son Ame et est-il beaucoup plus anodin que celui plus cruel\nde ménagerie attribué à sa galante marraine.\nLe duc de Nivernais eut à essuyer de ses traits: « Il est\nmanqué de partout, disait-elle en insistant; guerrier manqué,\nambassadeur manque, auteur manqué. » Mais elle s’arrêtait\nlà, car elle av.ait le respect de la pudeur et on ne parlait point\nà sa table de la même manière libertine qu’on eût pu le faire à\ncelle de MUoGuimard ou de toute autre comédienne du corps\nde ballet.\nAutrement elle, riait volontiers, abondait dans le sens des\ndrôleries et savait au besoin couper les plus abstraites disscr-",
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     "texte": "83\nétions philosophiques de ses hôtes d’une saillie divertissante.\n!<eux qui étaient ses familiers recevaient souvent de petits\nn °ms amicaux. Mais son sans-gène restait, malgré tout, dis\ntingué et chacun regardait comme une faveur les remarques\nqu’elle eût pu faire ou les conseils qu’elle eût pu donner. Le\nphilosophe anglais David Ilume devenait avec elle «Mon gros\ndrôle ». Marmontel, qui logeait à Paris, dans sa maison,\ndevenait « son voisin ». Quant au prince Poniatowsky, qui\n^t plus tard roi de Pologne et jdont elle paya plus d’une\nfuis les dettes, il était « son Jils », « son 1res cher fils », et\nquelques années après, alors qu’il reçut la couronne il lui\n«écrivit en lui disant : « Ma mère, voire Jils est roi ! » Ce\nqui faisait dire à Horace Walpole : « M\" ie Geojfrin est la\nr cine-mêre de Pologne »\nOn voit qu’une douce familiarité unissaitentrè eux les habi\ntués de l’hôtel Saint-Honoré. Avec un tact délicat et une\nentente des esprits qui n’appartenaient qu’à elle, M\" 10 Geol-\nfù'in savait éveiller les discours, les faire s’opposer, se dé\nvelopper et se combattre, appuyant l’un, une autre fois\nmorigénant l’autre, excitant la riposte et le développement,\nse jetant au besoin cllc-môme au milieu des périodes sans\nautres ressources que celles de son inspiration et de son\nnaturel.\nOn ne causait vraiment bien que chez M ma Geoffrin ;\nmais il est vrai (pic nulle part ailleurs aucune inspiratrice ne\nprésidait aussi bien à ces jeux philosophiques et oratoires.\nOans cette maison, M. Geoffrin était sans doute le seul qui\néprouvât de la gène. La simplicité de cet homme était prover\nbiale et ce qu’on rapporte delui,bien qu’ayant été raconté main\ntes fois, mérite d’ètre toujours redit. C’est ainsi qu’un de\n( ‘cs messieurs lui donnait toujours à relire le même tome de\nf Histoire des voyages sans qu’il s’en aperçût autrement que\nPour dire « que l’auteur se répétait un peu ». Une autre fois\ncomme il prétcndailquc les ouvrages de/’Encyclopédie étaient\n(< un peu obscurs », on s’aperçut que le brave homme avait\ncoutume de les lire par lignes totales alors qu’ils étaient im\nprimés en deux colonnes. M. Geoffrin lui aussi était un des\nmeubles de la maison de sa femme et, s’il faut en croire plu\nsieurs écrivains, celle-ci ne le considérait pas plus.Quelqu’un\nfui ayant demandé un jour : « Qu’avez-vous fait, Madame, de\npe pauvre bonhomme que je voyais toujours ici et (pii ne disait\nJamais rien?» elle répondit: «C’était mon mari; il est mort. »",
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     "texte": "8\nMais il ne faut pas oublier que Mme GeofFrin, si prompte à\nl’épigramme pour les autres, avait aussi quelques ennemis;\n(pi’on alla (Palissot entre autres) jusqu’à la mettre sur le théâ\ntre et que Montesquieu, le grand Montesquieu lui-même, s’ou\nblia jusqu’à plaisanter cette femme si pauvre par la naissance\nmais si riche de sentiment et si grande par la délicatesse de\nson cœur et de son cerveau.\n★\nS’il arrivait quelquefois que des dissentiments éclatassent\nparmi les convives de ces repas philosophiques, de ces ban\nquets renouvelés de Platon et où la nourriture de l’esprit\naccompagnait communément celle des mets, M m o Gcoffrin\nsavait les faire cesser aussitôt. Pour un instant, sa physiono\nmie douce et rieuse se couvrait d’un nuage de sévérité; l’in\nflexion de la voix prenait le ton du commandement et c’était\nde l’air le plus péremptoire qu’elle rétablissait l’ordre, en di\nsant : « Allons, voilà qui est bien. » Les habitués connais\nsaient cette phrase et quand ils se l’entendaient adresser ils\nne doutaient plus qu’ils ne fussent sortis du domaine des con\nvenances. Tout aussitôt ils reprenaient cette modération po\nlie qui convient aux discussions de choses aussi élevées que\ncelles des lettres ou de la philosophie et la conversation repre\nnait en suivant le développement agréable qui est de mise en\nde tels sujets, et comme si rien d’anormal ne se fût passé\navant.\nCe : « Allons voilà qui est bien » était comme le point de\nrepaire où se ralliaient les causeurs emportés trop avant par\nla discussion. Les égarés y retrouvaient le bon ordre de leur\npensée et ceux qui mettaient trop de véhémence à narrer leurs\nsujets rencontraient là l’obstacle à leur imprudence.\nAinsi M'»o Gcoffrin, selon le mot de l’abbé de Saint-Pierre,\nsavait jouer comme d’un instrument de ceux qui approchaient\nd’elle. Elle le faisait sans morgue ni recherche. Et ceux même\n« dont elle jouait » y trouvaient leur profit. Car elle éveillait\nen eux certaines pensées qu’ils n’eussent jamais osé avoir sans\nle secours de cette excellente dame.\nAinsi s’explique la popularité (pii répandit, de son vivant\nmême, son nom à travers l’Europe et qui donna tant de relief\nau voyage en Pologne qu’elle entreprit à l’àge de soixantc-\nsept-ans, en 17O6. Une chose extraordinaire arriva en effet.",
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     "texte": "85\n8\nCelle bourgeoise modeste, que la cour de Versailles dédaignait\npeut-être parce que son père y avait été valet de chambre, se\nvil accueillir dans les capitales où clic passa comme une sou\nveraine véritable. Souveraine, clic l’était en clT'ct, et par ses\nmanières autant que par les amitiés illustres des grands de\nl’esprit que par l’affection des puissants de la terre. L’Empe\nreur et l’Impératrice d’Autriche la convièrent à la cour de\nVienne, la Czarinc l’invila à Pétcrsbourg. Mais M\">e Geoffrin\n•'ivait bAte d’être ù Varsovie, auprès de son « cher fils », le\nroi Stanislas-Auguste. Là, en effet, elle fut fêtée et reçue\ncomme si cl lé eût été la mère réelle du roi. Celui-ci, raconte-\nt-on, avait poussé la prévenance au point qu’un appar\ntement avait été préparé pour M mo Geoffrin identiquement\npareil à celui qu’elle occupait à Paris, rue Saint-Honoré. Ses\namis seuls manquaient, et le« bon voisin » Marmontel, qui lui\nécrivait de France des lettres désolées et à qui elle répondait\nen manière de consolation : « Vous retrouverez: bientôt mon\ncœur tel que vous le connaissez, très sensible à l’amitié ».\n★\nMais un accident malheureux, une attaque d’aploplcxic, (pii\narriva en 177b, vint attrister scs derniers jours. Sa fille, la\nmarquise de la Ferlé-Imbault, acariâtre et sotte, dont on di\nsait « qu’elle ressemblait à une oie qui eût été couvée par une\ncane », en profita pour reprendre tout ascendant sur son es-\npr.t. D’Alembcrt, Morellet et Marmontel, mis à la porte, fu\nrent remplacés auprès de la dame par un capucin qui tâchait\nde ramener aux bonnes grâces de Dieu un esprit qu’avait em\npoisonné le venin encyclopédique.\nAvant de mourir, elle eut encore quelques lueurs. L’une fut\npourse souvenirde ses amis et les nommer sur son testament;\nl’autre pour pardonner à sa fille, dont elle dit : « LH le «est\ncomme Godcfroi de Bouillon; elle protège mon tombeau con\ntre les infidèles. » Les infidèles c’étaient ces Encyclopédistes\nqu'elle avait tant aimés. Ce lui le dernier mot d'esprit qu’elle\nprononça et bientôt elle s’éteignit très doucement, presque\noctogénaire, en laissant scs amis dans le deuil, peu de temps\naprès MH» de Lespinassc qui était son amie. D’Alembèrl\nfréquentait chez cette dernière le matin et passait ses soirées,\nau contraire, chez M mo Geoffrin. O11 dit que cette double",
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     "texte": "80\n$\nperle l’affligea beaucoup cl qu’il s’écria douloureusement :\n« Maintenant il n’y a plus pour moi ni soir ni matin.»\nLe mot était triste et juste. Ces dames étaient les Muses\nvéritables du Décaméron philosophique. M mo Géoffrin sur\ntout, toute sa vie durant, avait été un modèle d’amitié, de\nbienfaisance et de sagesse. On peut dire qu’aucune autre ne\nse dévoua plus qu’elle aux idées de son temps. Oublie-t-on\nqu’outre son influence elle dépensa la somme considérable de\ncent milleécus en faveur de l’Encyclopédie? C’est une action\ninoubliable et unique. Qui sait si, par ses libéralités aussi bien\n(pie par le lien qu’elle établit entre tant d’esprits éminents,\nM me Géoffrin ne prépara, ne hâta pas bien des choses ? Mais\nsans doute, fut-ce à son insu 1 En la revoyant aujourd’hui,\nparmi nous, rajeunie et souriante, telle que Chardin l’a peinte\ndans le moment de sa gloire, avec toute sa bonté de maman\naffectueuse, il est en effet imposible de croire que M m o Gcof-\nfrin prévît le colossal mouvement révolutionnaire qui lut\ndéchaîné, dix ans après sa mort, avec les mômes phrases et\nles mêmes mots que prononçaient ses amis, qu’elle prononçait\nllc-mème, dans le tranquille salon littéraire de la rue Saint-\nllonoré. Et pourtant c’est ce qui arriva. Ce fut la revanche\nde « la Géoffrin ».\nEdmond Pilon.",
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     "texte": "Trois contes indous\nLes contes qui suivent sont extraits d'un petit recueil qui\neut une singulière fortune : les Vingt-cinq coules du vam\npire. Il en existe des recensions en presque tous les dialec\ntes de l’Inde, et même une en mongol. Ceux-ci soid traduits\nd’une recension sanskrite, attribuée èi un écrivain inconnu\nd’ailleurs et nommé Çivadàsa. Le principal intérêt de la\nt'écension de Çivadàsa est. en ceci que les contes, malgré les\nvers empruntés souvent à des poèmes célèbres, qn'g a. inter\ncalés l’auteur, g semblent conservés sous une forme assez\nvoisine delà forme populaire et orale,— Suivant la méthode\norientale, les divers contes du. recueil sont, encadrés dans\nun conte originel. Il fait que le roi Vikramascna apporte\na an ascète un cadavre qu’anime un vampire. Pour rester\nmaître du cadavre, le. roi doit garder un rigoureux silence\npendant tout le trajet entre l’arbre ifnçipa d’où, il enlève le\ncadavre et le lien, où l’attend l’ascète. Le rôle du. vampire\nest de forcer le roi à rompre son silence : de là les ques\ntions posées à la fin de chaqne conte.\nJ’honore (i) le Dieu farouche, dont l'aspect apporte la crainte, le\nDieu (pii abat le danger, (pii tue le danger, le Dieu grand et terrible,\nà la grande joie, le premier des Ganas (a).\nLe roi enleva encore h', mort du eineipa et le porta sur\nl’cpaule. Tandis qu’il allait dans le chemin, le vampire com\nmenta une histoire. 11 dit :\n— Roi, écoute : je te conte un conte.\nIl y a une ville nommée Dhnrmapurî (il), et là un roi nom-\n(i) Les parties imprimées en petit texte sont en vers dans l'origi\nnal.\n(a) Nom des serviteurs de Çivn.\n(iî) Ville imaginaire, dont le nom signifie Ville du Devoir.",
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     "texte": "8\nmé Dharmaçila ( i ). Ce roi fit construire un temple h Candikù(2)\navec, par devant, une excavation rectangulaire. Il commen\nçait toujours par honorer la Déesse, puis prenait son repas.\nUn conseiller lui dit :\n« Roi, écoute ma parole :\n« Vide, la maison de qui n’a'pas de (ils; vide, l’horizon de qui n’a\npas de parents; vide, le cœur du sot; vide eu tout, la pauvreté. »\nA cette parole du conseiller, le roi commença l’éloge de la\nDéesse :\n« Hommage à toi, Déesse, maîtresse des Dieux, qu’honorent Brah\nma, Vishnu et Indra, qui est née du corps de Çiva, Déesse aimable,\ngrande Lakshmî, hommage soit à toi.\n« Triomphe, Déesse très terrible, à la chair rouge, qui aimes le Dali,\nDéesse à la parure noire et effroyable, nuit d’universelle destruction,\nhommage soit à toi.\n« Toi qui montes sur un vaste siège de morts, qui fais peur îi\nÇiva môme, qui te vêts d’une peau et portes lu tôle rase, Candi,\ndéesse aux quatre visages, hommage, hommage.\n« Déesse aux jambes longues comme des palmiers, au grand\ncorps, Déesse sans chair, mangeuse de chair, dont la chevelure se\ndresse, énorme. Déesse maigre, dont les yeux sont des étoiles, hom\nmage soit à toi ! »\nCet hymne rendit la Déesse propice; elle dit :\nn Je suis contente de loi, Indra des rois; dis-moi le don que tu\ndésires obtenir. »\nLe roi répondit ;\n« Si tu es contente, Déesse, donne-moi un fils splendide.\nLa Déesse reprit :\n« Roi, il le naîtra un fils grand par la force et la puissance.\n« Offre de l’encens, des fleurs et des parfums; après l'offrande aux\nêtres, offre de la nourriture ; offre des vêtements et de l’or, selon les\nressources. »\nAinsi parla la Déesse. Le roi lit ce qu'elle avait ordonné; un\nfils lui naquit.\nEt, de môme, tout le monde venait se baigner dans l’exca\nvation et honorait la Déesse, et elle accomplissait les désirs\ntic chacun.\nUn jour, de certain village, un blanchisseur vint, avec un\nami, rendre hommage la Déesse. Tandis que, après l’avoir\nvénérée, il était assis près du temple, il vit la fille du blan-\n(i) Ce nom signifie Qui a l'habitude du Devoir.\n(a) Un des noms de Gnurî, la femme de Çiva.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "%\nchisscur royal, qui était très belle. A son aspect, il se troubla\ncl dit :\n« Déesse bienheureuse, si j’épouse cette jeune fille, joie ferai\nhommage de nia télé. »\nA ces mots, il revint dans son village; et ensuite, il éprouva,\nloin de sa bicn-aiméc, la douleur de la séparation. L'ami ra\nconta la chose au père de l’amoureux ; et le père, ayant appris\nl’histoire, alla chez le blanchisseur royal, lui demanda sa tille\net l’obtint. Lejeune homme alors vint et l’épousa.\nQuelques jours après, avec sa femme et son ami, il alla\ndans la maison de son beau-père, pour lui rendre visite. En\nchemin, il vit le temple de la Déesse, et dit à sh femme :\n« Eh, bien-aimée, je vais honorer la Déesse; jusqu’à mon\nretour, reste ici avec mon ami. »\nA ces mots, le jeune homme entra dans le temple. Il vénéra\nla Déesse, tira son couteau, se coupa la tète, et tomba sur le\nsol.\nAprès avoir attendu un instant, l’ami dit :\n« Le temps de l’absence de ton mari s’écoule; je vais entrer\nau temple, et je m’y purifierai ».\n11 entra et vit son ami mort. II réfléchit :\n« Si je retourne là-bas, les gens me blâmeront, disant : Cet\nhomme a tué son ami à cause de la femme. »\nCette réflexion faite, il se coupa la tète.\nLa femme réfléchit : a Que sont-ils devenus, tous deux? »\nElle entra et les vit, tous deux la tète coupée; elle pensa:\n« Moi aussi, je mourrai ».\nAlors, tandis qu’en son désir de mort elle se liait au cou\nson vêtement, la Déesse lui dit :\n« Ma fille, je suis contente de ton énergie : dis maintenant\nquel don tu désires de moi. »\nElle répondit :\n« Déesse bienheureuse, si tu es contente, fais donc revivre\nces deux hommes. »\nLa déesse reprit :\n« Ma fille, joins vite aux troncs les deux tètes. »\nA ces mots,la femme, en sa bâte inquiète, joignit la tête de\nl’époux au tronc de l’ami, au tronc de l’époux la tète de l’ami.\nEt tous deux se levèrent et se querellèrent l’un l’autre.\nLe vampire, ayant conté ce conte dit :\n« Roi, dis: à qui cette femme? »\n8. '",
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     "texte": "9«\nLe roi Vikramasena répondit :\n« Des licrbcs, celles qu’on mange sont, les premières ; des boissons\nl’eau est la première; des voluptés, la femme est la première; des\nmembres, la tète est le premier. »\nA ces mois, le Vampire s’enfuit et retourna s’accrocher a\nsa branche de çinçipa.\nVoilà terminé le sixième conte des vingt-cinq du Vampire,\nécrit par Çivadàsa.\n★\nJ’honore d’une foi suprême Sarasvall (i) qui va sur un flamant;\navec sa faveur, je dirai cc conte.\nLe roi reprit encore sa route, portant sur l’épaule le cada\nvre enlevé du çinçipa. Tandis qu’il suivait son chemin, le\nvampire commença une histoire. 11 dit :\n— Il y a une ville nommée Madanapura (a), et là un roi\nnomme Madanavîra (3). Il s’y trouvait un marchand du nom\nde IJiranyadaltn (/;) dont la tille s’appelait Madanascnà (5).\nElle alla, avec ses compagnes, s’amuser à la fêle du prin\ntemps, dans un grand jardin. Un marchand nommé Dhar-\nmadatta (G), lils de Somadatta (7), y vint aussi avec un ami.\n\\ la vue de la jeune tille, il se troubla : « Si clic devient ma\nfemme, ma vie aura été fructueuse. » Puis, souffrant la dou\nleur d’être loin de sa bicn-aiméc, il passa la nuit tant bien\nque mal; au petit jour, il vint dans le jardin, et, là, il vit la\njeune lilie seule. 11 lui saisit la main droite et lui dit :\n« Si tu ne deviens pas ma femme, je me tuerai à cause de\nloi. Il est dit :\n« Chère, celle ligne brille à ton front comme une flèche; en ten\ndant l’arc de les sourcils pareils à des lianes, je ne sais qui lu vas\ntuer.\n(1) Déesse de l’éloquence, femme de Brahma.\n(2) Ce nom signifie Ville d’amour.\n(3) Ce nom signifie Héros d'amour.\nf/jl Donné par l’or.\n(5) Armée d’amour.\n(G) Donné par le devoir.\n(7) Donné par Sonia. Le soma est le breuvage sacré qu’on offre\ndans les sacrifices. Ce mot désigne encore le Dieu du soma et de\nla lune.",
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     "texte": "O*\n« Voilé un Dhanurvcda (i) inouï du héros Manmatha (r?) : en\nlaissant le corps intact, il déchire le cœur, à l’intérieur. »\nLa jeune fille répondit :\n« Un marchand, fils d’Amadatta, doit m’épouser dans cinq\njours. »\nL’amant reprit :\n« Je te posséderai par violence ».\nLa jeune fille s’écria :\n« Ne fais pas cela! Je suis une jeune fille et lu commettrais\nun péché.\n« Ce qui fait rougir, ce qui souille la famille entière, l’homme\nnoble ne le fait nas, quand même il n’aurait plus qu’un souffle sur\nles lèvres. »\nLe jeune homme répliqua :\n« Que sont les belles aux yeux de lotus, que sont les femmes du\nciel.puisquele maître des Trente Dieux s’est uni à l'ascète A halyà (3).\nQuand la cabane d’herbe du cœur brûle au feu de l’amour, qui,\nmême un savant, distingue le bien du mal? »\nLa jeune fille répondit :\n« S’il en est ainsi, attends donc. Dans cinq jours,'mon ma\nriage se célébrera : une fois mariée, j’irai d’abord te trouver,\npuis je ferai l’amour avec mon mari; je t’en fais le ser\nment. »\nA ces mots, il la laissa partir, elle rentra chez elle et le\njeune homme retourna dans sa maison.\nCinq jours après, le mariage se fit. Comme, la nuit, le mari\nvoulait embrasser celle qu’il venait d’épouser,elle le repoussa.\nII dit :\n« Pourquoi ne me désires-tu pas? »\nElle répondit :\n« Ecoute ma parole. »\nL’aventure (pii lui arriva quand elle était jeune fille, elle la\nraconte toute à son époux.\nCelui-ci dit :\n« Si cela est vrai, va trouver cet homme. »\nTandis qu’elle y allait, un voleur la vit sur le chemin. A sa\nvue, le voleur jse réjouit et pensa :\n(i) Nom supposé d’un veda qui traiterait de la science de l’arc.\n(a) Un des noms du Dieu de l’amour.\n(il) Femme du rishi Gautama ; elle commit avec Indra un adul\ntère involontaire cl fut, en punition, métamorphosée en rocher.",
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     "texte": "9 2\n« Je vais prendre les bijoux de celle femme. »\nLe voleur dit :\n« Où vas tu par cette nuit épaisse, femme aux cuisses pareilles\nà des trompes d’éléphant? — Où habite celui qui m’est plus cher\nque la vie, le bicn-aimé de mon cœur. — Seule, comment, dis,\nn’es-tu pas effrayée, femme? — Est-ce que Madana, avec ses llè-\nches empennées, n’est pas mon compagnon (i)? »\nLa femme raconta au voleur loute sou aventure, et le vo\nleur la laissa aller. « Comment puis-je être un obstacle à\nl’amour de cette femme ? »\nElle arriva où Dharmadatta se tenait au lit. Celui-ci\ndit :\n« Yakshinî (y). Gandharvf (3), Kinnarî (4). reine des Suras (5),\nfille des Nàgas (G), fille d’un rishi, fi lie des Siddhas (7;, femme des\nnocturnes génies,\n« Vidyûdharî (8), Apsaras (g), — ou femme tcrreslre, — qu’es-\ntu? Je ne le sais pas, ôchère. lJ’où es-tu venue? »\nLa femme répondit :\n« Je suis la fille de Hiranyadatta, Mndanasenà ; celle que,\nnaguère, dans le jardin, tu saisis par violence et qui le lit un\nserment, aujourd’hui mariée, vient auprès de toi. Ce qu’il le\nplaira, fais-lc. »\nLe jeune homme reprit :\n« As-tu dit celte aventure à ton légitime époux? »\nElle répliqua :\n« J’ai tout raconté ».\nL’amant dit :\n« Parure sans vêtement, repas sans beurre, concert sans voix,\naccouplement sans amour...\n(1 Attachez-vous à elle, elle vous prend tout; détachez-vous d'elle,\nelle vous prend la vie. Oh, qu’011 s’attache à elles ou s’en détache,\nc’est un malheur, un malheur en vérité que les femmes.\n(1) Amaru, Gq.\n(2) Féminin de yàksha, nom des serviteurs du Dieu Kuvera.\n(3) Féminin de yandharva, nom des musiciens qui résident dans\nle Svarga, demeure d’Indra.\n(4) Féminin de Icinriara, nom des musiciens qui résident dans le\npalais de Kuvera.\n(5) IJn des noms qu’on donne aux Dieux.\n(G) Etres qui tiennent à la fois de l’homme et du serpent.\n(7) Etres demi-divins, d’une pureté merveilleuse, et qui vivent en\ntre la terre et le soleil.\n(8) Féminin de vidyùdhara, nom d’une ruce de génies de\nl’air.\n(<j) Danseuses-courtisanes qui vivent dans le Svarga.",
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     "texte": "03\n« Ce i|iii est cruel et faux, ce qui est interdit, ce qui est contre\nnature, voilà ce que font les femmes : comment le plaisir serait-il là\noù est le péril ?\n« Venimeuses au dedans, charmantes au dehors, les femmes, par\nnature, sont vraiment, pareilles au fruit de la gu fi j A.\n« Files babillent avec l'un, regardent l’autre en des coquetteries,\npensent à un troisième qu'elles ont au cœur : qui donc est le bieu-\naimé des femmes (i)?\n« Autre le cœur, autre la langue; autre la langue, autre l’allure :\nautre l’allure, autres les actes; oh, l’étrange conduite des femmes.\n« Ce sage, l’homme d’honneur et bien élevé, le conseiller même\nintelligent, les femmes, ces Piçacikâs ( i), les trompent, tant elles en\nont la pratique.\n« Jadis, le créateur a créé quatre moyens de soumettre son enne\nmi : pour soumettre la femme, il n’en a pas inventé de cinquième.\n« Pourquoi en dirais-je plus? Je ne veux pas de la femme\nd’un autre. »\nA ces mots, la femme s’en va, et clic raconte au voleur\ntoute celte aventure. Le voleur, l’ayant félicitée, la laissa li\nbre avec ses bijoux, et elle revint auprès de son époux. Elle\nlui raconta toute l’aventure, et ils s’embrassèrent avec pas\nsion.\n11 est dit :\nLa voix est la beauté des coucous, la fidélité à l’époux est labeauté\ndes femmes, la science est la beauté des laids, la patience est la\nbeauté des ascètes.\nLe vampire, ayant conté ce conte dit :\n« Roi, dis : 4 de ces trois hommes, quel est le plus ver-\nt ueux ? »\nLe roi Vikramasena répondit :\n« Le voleur est le plus vertueux. »\nLe vampire reprit :\n« Pourquoi ? »\nLe roi répliqua :\n« Si l'époux la laisse aller, c’est qu’il lui sait le cœur pris\nailleurs; c’est la crainte du sceptre royal qui arrête l’autre ;\nle voleur agit sans motif, c’est pour cela que le voleur est\nle premier de ces hommes. »\nA ces mots, le Vampire s’en alla et s’accrocha à sa branche\nde eineipa.\n(i) Bhartrihnri, I, 81.\n(a) Féminin de l’içacikn, nom d’une race de génies vils et nuisi\nbles, mangeurs de chair humaine.",
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     "texte": "94\nVoilà le neuvième conte des vingt-cinq du Vampire, écrits\npar Çivadàsa.\n★\nHommageà Çambhu (i) qui a manifesté les semences, qui main\ntient le monde et qui le consomme, qui dirige la représentation du\ndrame universel.\nLe Roi reprit encore sa route, ayant enlevé du çinçipa le\ncadavre et le portant sur l’épaule. Tandis qu’il suivait son\nchemin, le vampire commença une histoire. Il dit :\n— Il y a une ville nommée Candradarçana (2) et là un roi\nnommé Ranadhîra (3). Là vivait aussi un marchand nommé\nDharmadhvaja (4\\ dont la fille s’appelait Kshobinî (5). La\nbeauté de celle-ci affolait Aditya (G) lui-même, et, grandis\nsant dans la maison de son père, elle parvint à la jeunesse.\nDans la ville, les voleurs faisaient incursion, la nuit. Les\ngrands assemblés instruisirent le roi :\n« Seigneur, la ville est bouleversée par les malfaiteurs. »\nLe roi dit :\n« Désormais, il n’y en aura plus. »\nDans toutes les rues, on envoya, de nuit, des gens de po\nlice. Et pourtant, les incursions 11e s’arrêtèrent pas, et l’on\nse plaignait à grands cris.\nLe roi dit :\n« C’est moi, maintenant, qui, seul, à minuit, parcourrai\nla ville. »\nTandis que, la nuit, le roi errait seul par la ville, il vit un\nhomme. Le roi dit :\n« Homme, qui es-tu ? »\nL’homme répondit :\n« Je suis un voleur. »\nEt le voleur interrogea le roi :\n« Oui es-tu ? »\nLe roi répliqua :\n« Je suis aussi un voleur. »\nLe voleur reprit :\n« Tant mieux, nous pillerons tous deux la ville. »\n(1) Un des noms de Çiva.\nh.) Aspect île lune.\n(3) Noble au combat.\n(l\\) Etendard (lu Devoir.\n(à) Troubleuse.\n(0) Dieu du Soleil.",
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     "texte": "9 5\nLa nuit, ils parcoururent la ville ; à l’aube, ils en sortirent,\net le Roi, avec le voleur, entra dans un puits, et arriva de\nvant une maison du PAtAla (i). Le voleur laissa le roi dehors\net alla dans la maison. La servante du voleur sortit alors de\nla maison, elle vit le roi et lui dit :\n« Maître, comment es-tu venu vers la maison decct homme\nA l’Ame dure ? Va-t-en vite, ou tu es perdu. »\nLe roi dit :\n« Je ne sais pas le chemin. »\nLa servante montra le chemin, et le roi atteignit sa ville.\nLe second jour, le roi équipa toute l’année, et enveloppa\nle puits. Le voleur sortit du puits, et brisa des chars, et tua\ndes chevaux et des fantassins royaux en grand nombre.\nLe roi alors combattant au pugilat, saisit le voleur avec peine,\net par ruse ; le voleur fut garrotté et conduit à la ville.\nParmi le bruit des timbales des condamnés à mort, on le\npromenait à travers la ville entière, pour le conduire au pal.\nTous les habitants, montés sur leurs maisons, criaient :\n« Vois, vois, le grand voleur qui a pillé la ville. »\nAlors, la fille du marchand Üharmadlivaja vit le voleur, et\nelle en devint amoureuse. Elle dit à son père :\n« Père, va au palais du roi, donne toute ta fortune, et\nobtiens du roi la liberté du voleur. »\nLe marchand répondit :\n« Le voleur qui tua l’armée royale entière, qui pilla la ville,\ncomment le roi lui rendra-t-il la liberté ? »\nLa jeune fille répliqua :\n« Père, si tu ne le fais pas mettre en liberté, je mourrai. »\nA ces mots, le marchand alla au palais du roi, et dit au\nroi :\n« Seigneur, voici un lakh d’or; mets le voleur en liberté ! »\nLe roi dit :\n« Celui cpii a pillé ma ville, qui a tué mon armée, comment\npuis-je lui rendre la liberté ? ».\nLe marchand revint chez lui et dit A sa fille :\n« Le lloi ne veut pas mettre le voleur en liberté. »\nEt le voleur, entendant l’aventure do la fille du marchand,\npleura d’abord, rit ensuite, cl mourut.\nSachant le voleur mort, la jeune fille fit réunir des bûches\nde bois, bAlit un bûcher, prit le corps du voleur ; et, comme\n(i) Un des mondes souterrains.",
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     "texte": "$\nelle entrait dans le feu, Devî (i), apparaissant au ciel, lui dit :\n« Fille, je suis contente de ton énergie ; dis-moi le souhait\n<pic ton cœur désire. »\nLa jeune tille répondit :\n« Devî, si lu es contente, (pie ce voleur revive, le corps\nsain et sauf, et qu’il soit mon époux. »\nDevî dit :\n« Fille, qu’il en soit ainsi. »\nLa Déesse alla chercher de l’amrita (2) au Pàtàla, et ressus\ncita le voleur. Celui-ci alors épousa la fille du marchand, et,\nla prenant avec lui, alla dans sa maison du Pàtàla.\nLe Vampire, ayant conté ce conte, dit :\n« Roi, dis : au momcntde mourir, le voleur pleura d’abord\net rit ensuite : pourquoi?\n— Si le voleur pleure, j’en sais la cause. Au moment de la\nmort, il songe ainsi en son cœur : « Celui qui, pour me sau\nver,a tout dit au Roi, comment pourrai-je le servir en retour? »\nVoilà pourquoi il pleura. S’il rit, j’en sais encore la cause :\n« Vois comme les femmes s’éprennent : celle-ci tombe amou\nreuse d’un homme, au moment môme où il va mourir. » Et\nil est dit :\n« Lakslimî sc plaît même à celui qui manque de bon signe, Saras-\nvatî à celui qui manque de race, la femme à un homme indigne,\nVàsava pleut sur la montagne.\n« Une corneille pure, des joueurs véridiques, un serpent patient,\ndes femmes non ardentes à l’amour, un eunuque noble, un buveur\nde vin avec la notion du réel, un roi ami : quia vu cela ou en a en\ntendu parler? »\nA ces mots le Vampire s’en alla.\nVoilà le treizième conte des vingt-cinq du Vampire, écrits\npar Çivadàsa.\n(î) La Déesse : nom (pii souvent désigne spécialement Gaurî.\n(2) Boisson d’immortalité (juc les Dieux ont tirée de l’Océan en\nle barattant.\nTraduit du sanskrit., par A.-Ferdinand IIeuOLd.",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 101",
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     "texte": "Le Culte d’Adônis\nLe myllie d’Adônis, comme toutes les croyances primitives\nde l’humanité, est ne au centre mystérieux de cette Asie qui\nest comme la génératrice des grands cultes. Mais c’est en Phé\nnicie seulement, sur les bords éclatants de la Méditerranée,\nqu’après avoir traversé l’Assyrie et les déserts il s’est mani\nfesté dans son plus grand et plus pur éclat. Il pénètre alors et\nanime les religions voisines, il se répand et s’affirme dans les\ncroyances populaires, dans les fêtes liturgiques.\nByblos fut, entre toutes les villes, la ville sainte où résidait\nle dieu, le but de pèlerinage des nations les plus lointaines, la\nville unique où le culte se déployait dans sa magnificence la\nplus sacrée. Byblos était bfttic sur une hauteur, à peu de dis\ntance de la mer. Strabon (i) disait d’elle : Keïrai ’û^cu; rtvô;\np.trsov ÆîtwOev rfi; OaXârnri;. Ville opulente et splendide, elle\nentretenait avec amour le plus célèbre temple d’Adônis qu’il y\neût au monde. Ce temple servait au culte d’Aslarté et d’Adônis,\nou plutôt on adorait dans Adonis les deux principes, môle et\nfemelle, de la génération.\nQuand il eut atteint son apogée à Byblos, le culte d’Adônis\nse remit en marche. Il longea les côtes, envahit l’Asie Mineure,\nl’Egypte, la Tripolilainc, Carthage. Il passa la mer, aborda à\nCyprc, à Rhodes, à Lesbos, se confondit sur les rives du Nil\navec le culte tellurique d’Osiris, et enfin, d’île en île, il pénétra\ndans la Grèce et se mêla aux cultes indigènes. Les vaisseaux\nphéniciens portèrent le dieu dans les ports du Péloponnèse,\nd’où il s’aventura jusqu’A Argos (a) et à Athènes. Les Adénies\nd’Athènes étaient parmi les plus belles et, comme à Jérusalem,\nles femmes y pleuraient lugubrement l’amant d’Aphrodite.\nCertaines pratiques grecques se rapprochaient du culte\nd’Adônis : tel était le culte d’Adraste dans le Péloponnèse, et\nceux de Linos et de Mancros. Adrastc, dont la légende se\nrattache, par certains traits, à la mythologie phénicienne, était\nfêté à Argos par des cérémonies solennelles;, Les chants\nfunèbres en l’honneur de Linos prirent ' ' * 1 même\n(1) Géographie, Iiv. XVI, c. II.\nl’ansanias, 11, :o!, 0.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "9 8\ndu héros, cl Homère parle déjà d’un enfant qui chante un\nbe.ua linon, x.àX&v Xivcv (i).\nLa mythologie grecque a encore mille autres rapports avec\nles mythologies orientales. On trouve dans un grand nombre\nde fables grecques des éléments phéniciens. Le nom d’As-\nlarlc n’est qu’une corruption du nom phénicien d’Astoret,\net les fables d’Européia et d’IIellé ont une origine syrienne.\nPhaélhon qui, comme Linos et Adraste, est une divinité grec\nque assimilée à Adônis, présente, lui aussi, le caractère solaire\ndu dieu phénicien. Cette comparaison pourrait se poursuivre,\nmais il suffit de songer aux rapports incessants qui mirent en\ncontact, dans les ports de Cyprc, du Péloponnèse et de l’At-\ntique, les Grecs et les Phéniciens, pour comprendre combien\nla religion orientale devait influer sur les croyances hellé\nniques, encore imprécises et sans forme.\nLes Phéniciens n’avaient pas arrêté leur navigation aux\ncôtes grecques, et, avec eux, le culte d’Adônis continuait sa\nmarche éclatante à travers la Méditerranée. A Carthage, la\ngrande Salambô n’était autre chose qu’Adônis sous un de ses\nnoms féminins. De même que « Baalthis » répondait à « Baal»\n« Astarté » à « Adônis r, « Salambô » répondait à « Tham-\nmuz ».\nOn ne sait au juste si ce fut par les Phéniciens ou par\nles Grecs que le culte adonique pénétra en Italie. Quoi qu’il en\nsoit, nous y trouvons, dès les premiers temps, des traces des\ncultes orientaux. Cicéron parle dans ses Verrines du fameux\ntemple de Vénus Erycine, sur le mont Eryx, en Sicile. Or,\nsur l’emplacement de cc temple, on a découvert une inscrip\ntion phénicienne, longtemps inexpliquée, ctoù Benanalu une\ndédicace à AslorctErek-hayim, «Astarté (pii prolonge la vie '>.\nDans la péninsule elle-même, Adônis et le dieu phrygien\nAttis s’étaient confondus en une seule divinité, dont le culte\nétait lié à celui de Cybèle, la Grande Déesse. Les Mégalésies,\nou fêtes de la Grande Déesse et d’Attis, représentent le mythe\nd’Adônis. La déesse a perdu son fils chéri, cl elle se lamente.\nPuis c’est la période de deuil où Attis dort au tombeau,\npériode pendant laquelle, suivant un usage oriental, les\nprêtres, nommés Galli, se mutilaient et se faisaient de ter\nribles blessures. Enfin c’est la résurrection du jeune dieu et la\npériode de joie.\n(i) Iliade, xy,",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "En Sardaigne, le culte d’Adônis est, resté plus vivent encore.\nCon une en Sicile, on y a trouvé une inscription phénicienne à\nAslorct-Erelc. Mais ce qui est plus curieux, c’est que dans cette\nîle a subsisté jusqu’à maintenant l’antique rite des Jardins\nd’Adônis, qui ont d’ailleurs gardé leur symbole primitif et\ntellurique. Le général de la Marmora raconte qu’au printemps\nles femmes sèment dans des vases de terre quelques graines\nde fenouil, et exposent ces vases devant leur maison après y\navoir planté un phallus, symbole de la fécondité solaire.\nAu-delà de la Sardaigne, les vestiges de ce culte, qui\nsemblent se retrouver dans quelques coutumes des bords du\nllhônc, deviennent insignifiants ou incertains, et c’est en\nsomme dans cette île que survivent les derniers souvenirs de\ncet immense exode qui traverse le monde antique tout entier,\ncouvre la mer et l’enferme dans un cercle éclatant, de BybloS\nà Cyprc, de Gypre à Athènes, d’Athènes à Home, de Home à\nCarthage, de Carthage à Alexandrie. C’est, de ville, en ville,\nde rive en rive, une transmission de lumière et de vie, c’est\nl’hymne éternel des flûtes divines qui roule sur la mer avec\nles vaisseaux aux proues blanches, et, comme la théorie\nsublime des Panathénées, on s’imagine la procession adonique\nmarchant à travers le monde, dans un éblouissement de\ngloire, et traînant avec elle tout l’enivrement de la vie antique.\n★\nEt à chaque balte, à chaque étape de ce divin voyage, le\nculte s’abrite dans les temples et se répand dans l’art et dans\nl’esprit de la race. Les Musées sont pleins de ces vestiges, et\nc’est un des pèlerinages les plus admirables que celui que l’on\npeut accomplir parmi les statues d’Adônis, les bas-reliefs,\nles sarcophages et les peintures. Dans l’œuvre artistique de\nla Grèce, il n’est aucune sorte de monuments, statues, vases,\npeintures murales, miroirs, etc., qui ne fournisse quelque\nimage d’Adônis. Beaucoup sans doute ont été et sont encore\nl’objet de contestations. Là où l’on n’a pas trouvé d’inscription,\nle champ reste ouvert aux hypothèses, d’autant plus larges\nqu’Adônis et Aphrodite peuvent aisément être confondues avec\nHélène et Pàris, Aphrodite et Arès, etc...\nParmi les monuments dont le sujet est hors de doute, nue\ncollection importante est celle des miroirs étrusques, où\nAdonis est ordinairement désigné sons le nom d’Atunis. Un",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "100\nde ces miroirs (i) le représente nu cl ailé, semblable à Erôs.\nUn autre, au Musée étrusque du Vatican, a lait l’objet de\nlongues et nombreuses discussions. D’après l’opinion la plus\nplausible, celle de M. de Witte, il représente Adonis, sous\nson nom oriental de Thammuz, écrit ici Thainu, entre Vénus\n— Eulurpa — et Proserpinc — Aphnu, qui se disputent le\njeune homme.\nD’après la légende, eu effet, Aphrodite et Pcrséphonc sc\ndisputèrent le coffret où était enfermé Adonis entant, (dette\nscène est fréquemment reproduite sur les vases peints.\nUn vase du Musée San’Angelo, à Naples, représente, d’un\ncôté, l’apothéose d’Adônis, entouré de femmes célébrant sa\nrésurrection ; de l’autre côlé, trois tableaux superposés : la\ndispute des deux déesses, Adonis couché sur un lit funèbre,\net un chœur de six Muses ou six Nymphes.\nDans les nombreux monuments de ce culte, on peut suivre\ntous les détails de la légende, du mythe et les fêtes d’Adônis.\nMais c’est surtout à la mort d’Adônis (pie l’attention des ar\ntistes s’est arrêtée. Malgré les supplications d'Aphrodite, le\njeune dieu est parti à la chasse dans les forêts du Liban. Les\npressentiments de la déesse se réalisent : un sanglier furieux\nblesse Adonis à la cuisse et le tue. Une statue en terre cuite\npolychrome (2), trouvée à Toscanella, représente Adônis\nmourant. 11 est étendu sur un lit aux riches étoffes, il a aux\npieds des bottines de chasse ; la cuisse est tachée d’une bles\nsure. Près du lit, à terre, son chien est couché. Au palaisSpada,\nà Rome, une plaque de marbre montre Adônis blessé, appuyé\ndes deux mains sur un épieu de chasse. La jambe droite est\nentourée de bandelettes.\nQuelquefois les artistes ont laissé l’idée de la mort symbolique\ndu chasseur divin pour le représenter dans son amour et son\ntriomphe. Une terre cuite peinte, trouvée dans un tombeau de\nl’ile de Nisyros, représente Adônis\"debout, la tète ceinte d’une\nguirlande, et posant sa main droite sur l’épaule gauche d’A\nphrodite , assise près de lui. Un vase du Musée de Carlsruhe\nmontre Aphrodite préparant avec Lrôs les fêtes de son amant\net. lui présentant un de ces jardins d’Adônis qui ornaient les\ncérémonies. Mais l’histoire du dieu mort dans sa jeunesse et\nque la terre entière pleure était trop funèbre, trop douloureuse\npour ne pas devenir rapidement le sujet préféré des sculpteurs\n(1) Paris, Cabinet des Médailles.\n(2) Musée étrusque élit Vatican.",
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     "texte": "1 O I\n9*\ndes sarcophages et des tombeaux. l T u bas-relief du Musée du\nLouvre donne l'histoire de la mort d’Adônis. A droite on voit\nle départ du dieu pour la chasse, puis Adonis tombant blessé\net tendant les bras dans un geste de défense, tandis (pie le\nsanglier sé retire dans son antre en écrasant du pied le chien\nqui l’a attaqué ; enfin, à gauche, Adonis mourant dans les\nbras de la déesse, entouré de femmes et de jeunes gens qui\ns’empressent pour le secourir.\nLes peintures murales de la villa Negroni et de Pom-\npéi représentent souvent Adonis. La légende gracieuse de\nl’amant d’Aphrodite était faite pour plaire aux peintres\ncomme clic avait plu aux sculpteurs. Mais, en somme, c’est là\nencore la légende grecque, artificielle et exquise : la vraie\npensée, le vrai sens mythique y manquent. Peu à peu les\nRomains considérèrent la mort d’Adônis comme’uno classique\net traditionnelle ornementation des tombeaux, et, au moment\noù les cultes asiatiques pénétrèrent triomphalement à Rome,\non mêla au culte d’Adônis les symboles orientaux de la vie et\nde la résurrection.\nCe n’est plus alors qu’un prétexte à œuvre d’art, qu’un froid\nrécit mythologique sans signification essentielle. Mais, telles\nqu’elles nous restent, ces œuvres artistiques nous permettent\ndu moins de voir quelle transformation le dieu a subie depuis\nson origine syro-phénicicnne, comment, peu à peu, dans sa\nmarche vers l’occident, il a perdu le plupart de ses caractères\nprimitifs pour en revêtir de nouveaux. Elles nous permettent\nmême de comprendre, par celle transformation successive du\nThammuz oriental, quelles différences séparaient ces deux\ncivilisations, à quels angles elles se heurtaient, par quels\nprincipes elles s’excluaient l’une l’autre, et quel génie parti\nculier les animait dans leur mythologie et dans leur culte.\nLes attributs telluriques de l’Adônis phénicien, c’est-à-dire la\nsignification profonde de sa mort et de sa résurrection, dis\nparaissent peu à peu ; au contraire, on donne au dieu un ca\nractère, plus superficiel, plus particulier, plus épisodique; il\nn’est plus enfin qu’un jeune homme aimé d’une déesse et mort\nde cet amour.\nC’est ainsi que, dans cette longue de suite de marbres, de\nstatues, de bas-reliefs, de peintures, toute une vie immense\npalpite, tout un enseignement apparaît, surgit et éclaire tout\nun monde disparu de civilisations et de peuples.\nChaules Vellay",
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     "texte": "Une nouvelle\néducation sentimentale (l)\nDe la connaissance de soi-même\n... Il importe avant tout de se connaître et de s’améliorer\ndans la mesure du possible, puis d’établir, en gardant toutes\nproportions, le jeu de celle connaissance et de ce perfection\nnement vis-à-vis du milieu qui nous entoure.\nTrop souvent un adolescent croit que l’essentiel, c’est l’abord\ningénu du monde. Il veut s’offrir hâtivement et suns prépara\ntion à son étreinte. Celui que nous avons pris comme exemple,\nMichel lui-même, souffre ici de ce penchant; mais il se guérit\npeu à peu par une application studieuse et réfléchie. La vie est\nune amante impérieuse et sûre; Michel, malgré son tempé\nrament positif, voulait l’embrasser avec trop de bêle, et se\ndésolait qu’une communion aussi spontanée se refusât à lui;\nil désirait trop tôt une joie mal calculée; au moral ainsi qu’au\nphysique, la stabilité résulte d’une logique parfaite cl d’une\nexacte proportion.\nIl est exact que la plus humble parcelle du monde résume\nen elle seule toutes les vertus et peut servir d’enseignement\nuniversel : en un grain de sable s’équilibrent et s’opposent les\nformes cosmiques aussi bien qu’en un système de planètes.\nD’autre part, il est permis de croire que toute monade, i\\ <|uel-\nqueétat élémentaire qu’elle soit, a la conscience, plus ou moins\nobscure, de l’univers. Mais afin d’obtenir des notions claires\nsur toutes choses, faut-il encore tâcher par les manuels de\nscience, les écrits des philosophes, de préciser et d'élargir les\nnotions confuses que nous pouvons posséder : dans ce travail\nd’éclaircissement, l’expérience personnelle, l’action autonome,\nne viennent, à vingt ans, qu’en troisième ligne; il faut se\ngarder surtout de la présomption.\nPlus l’esprit s’éclaircit, [tins le cœur s’allège. Au maximum\n(i) V. La Vogue, là août 189g.",
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     "texte": "t*3\nde conscience répond le maximum de joie. Vous prétendez\nqu'un homme quel qu’il soit peut goûter cette sérénité dont\nest fait le bonheur véritable, sans connaître son être intime,\nsa psychologie — désirs, idées, avec leurs bornes naturelles\n■— et les rapports sensibles qui l’unissent à l’amas de l’uni\nvers? Quelle folie! Il obtiendra des joies factices qui laissent\namer et désespéré, il s’exaltera au hasard et sans mesure pour\nretomber ensuite plus meurtri. Mais il n’aura pas une paix\nprofonde. Les savants, confesseurs ou physiciens, qui con\nnaissent la vraie moralité humaine et la mécanique de l’uni\nvers, ont seuls ces yeux si beaux, si doux, et dont la lumière\nest toujours égale. Celui qui posséderait la science de l’esprit\navec celle de la yic extérieure et saurait lier leurs rapports,\nserait l’homme intégral et pourrait aspirer à la joie intégrale.\nMettez un sot devant un bloc de roche; il en pourra.saisir,\ns’il est artiste (et que d’artistes sots!) la beauté formelle : mais\nl’émotion totale, (pic cette roche est susceptible de valoir, ne\nsera pénétrée intégralement que par un homme instruit sur\nl’origine de la vie, l’histoire probable du monde, l’évolution\nde ses principes et leurs qualités physiques et chimiques.\nPour saisir harmoniquement l’intégrale beauté d’un homme,\nscs besoins, scs devoirs, sa nature souffrante, espérante,\njoyeuse, le sens de son activité, quelques saines notions d’éco\nnomie sociale sont urgentes, et pour se mêler efficacement\naux terres, aux plantes, aux bêtes, il faut connaître la cosmo\nlogie, les lois de la vie. Celui qui saurait tout trouverait un\naussi glorieux sujet aux méditations delà science dans la plus\nhumble des poussières que dans l’évolution des astres ou les\nexploits d’un héros. L’amour est en proportion de la science.\nLe but est de savoir le plus possible, afin de valoir à sa vie\nl’attrait d’une tendresse universelle.\n...Lt Michel, dans son fruitier, regarde avec reconnaissance\nles livres dispersés parmi les fruits bleus ou dorés. Ce ne sont\nlà que des feuillets, imprimés à la machine, et reliés avec un\npeu de toile et de carton; certains, les plus usuels, sont fripés,\ntachés et jaunis. Mais il y a là de quoi faire vivre aux yeux\ndu jeune homme, vivre de sa vie véritable, toute la campagne\nensoleillée qu’il voit briller jusqu’aux collines de là-bas. Il y\na de quoi faire comprendre la beauté tragique et mêlée des\nvilles lointaines, les grands marchés, les usines grondantes,\nl’agitation sociale et les cris qu’on entend, le soir, sur les cités.\nC’est pour avoir aimé l’étude, «pic Michel comprend aujour-",
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     "texte": "d’hui ce que signifient un bœuf (|ui rumine, un paysan qui\nsème, ou la l'ace noire d’un ouvrier.\nPourtant, quelques esprits, trop facilement rebutés par de\nsèches méthodes, rejettent le principe du savoir avec la fausse\napplication qu’ils en ont faite. Ils admettent à peine que l’on\ns’instruise méthodiquement sur les réalités extérieures. Sur\ntout, ils ne peuvent souffrir qu’un jeune homme descende en\nsoi pour rechercher sa vraie nature. Songeant à M, Maurice\nBarrés, dont l’analyse a desséché non la vision qu’il a du\nmonde, mais la conception de l’activité, ils condamnent avec\nprécipitation ce procédé des recherches intimes. L’introspec\ntion analytique apparaît néanmoins comme seule valable et\nprofitable à qui sait l’exercer. Se connaître soi-même, et par\nl’esprit, est plus essentiel que connaître la vie extérieure. Il\nest vrai que le plus souvent ces deux éludes se mêlent; cha\ncune éclaire l’autre, l’aide et la soutient.\nL’analyse vous perd 1 Vivez par le cœur ! Vivez plus avec\nvos cœurs qu’avec vos cerveaux! crie-t-on d'ordinaire aux\nadolescents. Qu’entend-on par là? Cœur serait-il synonyme\nd’émotion? Mais les plus pures, les plus certaines émotions,\nl’esprit nous les donne! Vivre par le cœur est une formule\ntrès dangereuse. Bien des adolescents, mous ou peu rensei\ngnés, peuvent imaginer que l’on fait appel à leurs forces sen\ntimentales. A ce conseil : que tout ait son aboutissement à\nvotre cœur, préférons celui-ci : que tout passe par votre intel\nligence. L’intelligence est le plus sur chemin du cœur.\nNe croyez pas que l’on doive accorder à ces deux termes\nune réalité scolastique ou métaphysique; ces mots ne valent\nguère (pie comme représentation de deux méthodes. La vie de\ncœur signifie trop souvent s’abandonner à toutes les sollici\ntations sentimentales, pourvu qu’elles paraissent émouvantes\net semblent flatter nos inclinations. Etre intelligent, c’est au\ncontraire être analyste : c’est-à-dire examiner scrupuleuse\nment toute tendance et toute solution— l’amour d’une femme,\nune foi sociale.. — en déterminer le nuisible cl le profitable,\ns’y livrer ou s’y refuser scion le résultat de cet examen.\nIl faut, plus <pic de toute chose, se méfier « des intuitions\nimmédiates du cœur ». Outre «pie la valeur de ce. mode de\nconnaissances est nulle, il cache bien souvent un redoutable\ndanger par ce caractère mystérieux qui l’environne. Son seul\ncritérium est : le sentiment intense (pie nous avons d’un sen\ntiment. Or, une telle constatation mesure bien le degré, l’in-",
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     "texte": "I 00\ntensilé de noire croyance, mais elle ne la justifie pas. Elle cla-\n1)1 it, la confiance que nous avons en celle croyance, mais ne\npréjuge en rien de sa légitimité. Elle indique seulement la foi\net la bonne foi de qui est convaincu. « Le tribunal de la raison»\nelle est toujours le suprême arbitre ; lui seul peut nous don\nner la certitude avec son caractère d’évidence. La certitude se\nconstate et ne se démontre pas. La valeur réelle d’une convic\ntion ne réside que dans la solide base rationnelle qu’on a pu ou\nnon lui donner (i).\nAnalyser I L’analyse dessèche! telle est l’objection qu’on\nfait trop. Eh oui! l'intelligence a son exercice le plus précis\ndans l’analyse, mais l’analyse ne dessèche que lorsqu’on l’ap\nplique à faux.\nLe vice capital de ceux (pie blessa l'analyse, c’est qu’ils\nanalysèrent pour analyser. L’analyse leur fut un but, non un\nmoyen. INI. Barrés, lui-même cl surtout, malgré ses dénéga\ntions peut-être sincères, fut en fait la victime de cette erreur.\nJ’analyse pour mieux analyser, répétait-il, j’analyse pour sys\ntématiser ma vie. Ah! c’est parfait. Mais puis, quand il eut\nbien analysé, conclut-il de ce long exercice un avantage\n(i) Michel disait souvent (pic la raison réfléchie doit commander\naux sollicitations de toute sensibilité.\n« Il est pourtant des cas, écrivait un de ses amis, où l’influence,\nmême trouble, d’une émotion purement sympathique s’opposerait\navantageusement aux sèches décisions de l’esprit. Malcbranche bat\ntait sa chienne prés de mettre bas, parce que, disait-il, les animaux\nsont des machines et ne soutirent pas. 11 devait néanmoins sentir\nquelque malaise: il se faisait violence par orgueil logique. Que ne\nsuivail-il simplement l’impulsion du came! «\nMichel répondit : « Quand Malcbranche refoulait, comme un sen\ntiment faux et sans objet la pitié qu’excitaient en lui les gémisse\nments de sa chienne, il croyait seulement écarter une faiblesse injus\ntifiée qu’il devait à l'imitation, à l'habitude. Loin de le blâmer, je\nl’admire, 11 était logique avec son esprit, c’est-à-dire avec la plus\nhaute part de lui-même. Son grand tort ne fut pas de dompter une\nrévolte sensible au nom d’un principe rationnel, mais bien de s’in\nspirer en cette circonstance d’un principe rationnel faux 11 est faux\nque les animaux soient des machines. Malchrnnchc l’avait admis à\ntort : c’est un péché d’esprit et non de cœur. Il fut criminel eu\nfaisant une fausse application de la mécanique; mais non, dans lu\nsuite, eu soumettant ses actes aux principes qu’il en avait tires.\nQu’il .ait eu de saines notions de physiologie générale, des relations\nnerveuses en particulier, et loin de battre sa chienne, il l’aurait flat\ntée. Il n’a donc pas faibli par l’excès (l’une volonté logique trop\nexclusive, mais par une erreur de point de déport. 11 a maladroi\ntement usé d’une méthode vraie. »",
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     "texte": "individuel d’action? Pas le moins du monde. Voyez la conclu\nsion de sa culture égoïste, il reprend sentimentalement la pré\ncédente formule, et la dépouille ainsi de toute sa valeur. S’at\ntendrir avec persistance sur toute cliose, dit-il, ne repousser\nnulle émotion, féconder toute graine, accueillir toute sensa\ntion. Voilà l’ccueil; il s’y est brisé. Faisons en sorte, nous,\nde l’éviter.\nAnalysez donc, non pour analyser, mais pour, connaissant\nmieux les éléments de votre étude, enrichir et fortifier votre\ncaractère moral. Vous verrez que dès lors, loin d’affaiblir ou\nd’énerver votre énergie, l'application d’intelligence où vous la\ntiendrez en éveil lui sera tonique. Persuadez-vous (pie l’ana\nlyse ne dessèche que lorsqu’on l’applique avec sécheresse.\nAvant d’oser vouloir marcher sûrement dans la vie, un homme\ndevrait, s’il était possible, avoir déjà pensé le monde. L’esprit\nest comme un rigoureux creuset où les réalités s’épurent avant\nd’enrichir une personnalité.\n11 faut se mettre au niveau de la vie. Mais on doit aboutir à\ndes formules. Toute formule est sèche, direz-vous. Oh non !\nS’il faut avoir longtemps discuté, pesé, médité, pour conclure\nprobablement à « l’unité de la matière » par exemple, il y a,\nmême dans le travail de la recherche, des compensations in\nfinies et dont on ne peut se douter sans les avoir connues. Et\ncelte « formule » une fois acquise transfigure l’aspect des\nterres, des rochers, la lumière du jour et l’intérêt de l’uni\nvers. C’est ainsi que l’effort de l’analyse et du savoir a pour\naboutissement l’amour, la beauté, l’harmonie. Toutes les no\ntions humaines sont solidaires, influent l’une sur l’autre et se\npénètrent; plus on avance dans les chemins de la connais\nsance, plus on accroît le trésor de sa joie.\nL’adolescent souffre et gémit. Qu’il ne cultive pas cette\nsouffrance en l’exprimant sous des aspects lyriques et ver\nbaux; une fausse littérature est bien souvent un gros obstacle\nà la sagesse. Mais, ayant scrupuleusement cherché les causes\nde son mal, qu’il applique les remèdes qui lui paraissent les\nplus efficaces. Efforcez-vous de voir toute chose sous l’angle\nde sa réalité positive. L’amour doit être fait do solide con\nfiance : or, accorderez-vous votre confiance à ce que vous\nn’aurez d’abord minutieusement scruté?\nVivez donc par l’esprit! C’est de la sorte seulement que\nvous ordonnerez voire conscience en certitude, en générosité.\nVous éviterez tout danger d’une interprétation sentimentale",
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     "texte": "u)7\ntrop hâtive cl mal éclairée. Ou bien encore : vivez avec loul\nvoire cœur purifie; c’est-à-dire avec une foi; mais celle foi,\nvous nel’obtiondrez que par l’élection d’une « idée directrice »,\nqui nécessite au préalable une vie intellectuelle de tous les\nmoments sur tous les objets. L’analyse n’est pernicieuse (pie\nlorsqu’elle s’arrête au dilettantisme. Analysez pour vous per\nfectionner non pour vous complaire. Mais l’analyse est le dé\nbut, le moyen, la raison de la sagesse.\nAprès avoir décomposé soit un mélange psychique, soit un\nmélange chimique, il ne faut pas trop longtemps considérer\ndans leur isolement chacun des éléments ainsi obtenus. La\nscience, tant morale que physique, est une épuration de la na\nture, en ce sens qu’elle simplifie les réalités de la vie dans l’étude\nqu’elle fait d’elles; quand un psycho-physiologiste étudie l’arc\nnerveux élémentaire, quand un physicien détermine les princi\npes de l’hydrostatique, ou quand un chimiste analyse l’air dans\nl’eudiomèlre, ils écartent tous les éléments qui pourraient gènci\nleur examen; d’où le caractère plus ou moins théorique des\nrésultats ainsi obtenus. Mais pourquoi s’abstraire exclusivement\ndans la contemplation de ces résultats? Sous une forme trop\nrépandue, quoique peu soupçonnée, existe un véritable dilet\ntantisme scientifique. La science analytique ne porte pas son\npropre but en elle-même. Elle nous aide à comprendre la na\nturc, elle eu est une traduction plus pure et plus claire. Par\nscs procédés d'analyse, d’abstraction, de généralisation, elle\npermet de connaître et d’utiliser l’amas confus des phénomè\nnes. Mais en même temps qu’elle analyse la nature, elle la tue.\nL’analyse est une nécessité, la synthèse un devoir. Après avoir\ndissocié, il faut associer de nouveau. Ne faisons pas comme\nl’anatomiste, qui laisse trop souvent mourir sous son scalpel\nla chair vive qu’il étudie : mais ayant mis à nu les organes,\nlaissons-les vivre, mieux connus, donc mieux servis; recou\nsons les tissus, et que l’être connaisse encore la joie de se\nnourrir et de respirer.\nUne classification ne commande pas à la nature, elle l’é\nclaircit à nos yeux. Nous isolons un phénomène mental, comme\nsur la tige de verre un physicien fait de l’objet qu’il veut élec\ntriser; nous le séparons do tout contact afin de l’étudier en\ncet état d’arbitraire pureté; il faut maintenant le replacer dans\nla vie. La vie est un grand tout, un ensemble d’actions et de\nréactions où tous les phénomènes sont solidaires. Si, pour ana\nlyser commodément, on a rompu cotte solidarité naturelle, il",
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     "texte": "f\nio8\nfaut ensuite se lu\\ter d’en renouer les liens. I In objet envisagé\nd’abord séparément doit être, si l’on veut étudier un peu de\nvie, replacé dans son milieu. Pour un adolescent, se connaî\ntre n’est (pic se préparer à vivre. Michel, s'il voulait s’en tenir\nà l’analyse qu’il a faite de lui même et déclarer qu’il lui suffit\nde se mirer à l’infini dans sa psyché, ressemblerait au bota\nniste décrépit qui voit une belle prairie dans les feuillets de\nson herbier.\nIl se possède, il a la notion de ce qu’il peut, de ce qu’il doit:\nla vie sociale le réclame.\nJliAN VlOLLIS.",
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     "texte": "A la mémoire\nde Marie BashkirtsefF\ni\nL’AIIT ET LA MORT\nL’Art surgit : son aurore au delà des abîmes\nOù l'inspiration parle en vers éclatants,\nA choisi pour miroir la vierge de vingt ans\nLac Jier et par, trop haut pour les regards infimesi\nIA Art monte: et sa splendeur, dédaigneuse du temps,\nSoleil d'or qui parcourt les lointains et les cimes,\nComble amoureusement de visions sublimes\nLa blanche initiée aux beaux cheveux flottants !\nPourquoi, Fatalité, pourquoi, sphynge au cœur vide,\nVenir clouer le rêve en ton sépulcre avide ;\nKl troublant l'œil divin où le chef-d'œuvre dort\n(O deuil ! à blonde gloire engloutie et naissante !)\nLe fermer un malin d'automne pour la mort,\nFroide brame inondant une à me éblouissante ?...\n★\nII\nL’AVRIL\n(D'après la dernière toile inachevée de Marie Bashldrlscfî, c.\\*pctséC\nau Salon de i885.)\nAvril ! Insouciant de nos deuils super/!us,\nLe sillon brun bondit de promesses divines ;\nt ai vert sourire éclôt dans l'ombre des ravines\nEt tes pleurs, ô Nature! énlaillent les talus,",
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     "texte": "1 10\nAvril '.Entre les croix des cercueils vermoulus.\nL'allégresse a son nid aux Jlancs d'or des collines ;\nSur l'eau vive étalant ses tiédeurs cristallines\nLa brise prend la voix de ceux qui ne sont plus.\nL’espérance éblouit, comme un Jlot sur la grève...\nEt, sous de Jîns pommiers neigeux, neige aussi brève,\nDans l’air tiède pâlit un étrange profil:\nRelisant, les yeux clos, un passé puéril,\nLasse, une vierge est seule et, nonchalante, rêve\nAux mirages lointains d’un immortel Avril (i)!\nRaymond Bouyeiv.\nParis, le 3i octobre.\n(t) Extrait tics Sonnets de Viviane, en préparation.",
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     "texte": "Une Élégie\nMarie, tu. te souviens qu'aux soirs heureux d'été\nta claire voix fleurie sonnait sons les pommiers ;\nen tes yeux expirait le beau ciel gai d’azur,\net tu portais la Joie au creux de tes paniers.\nL'heure tremblait un peu dans le fil de ta voix\nqui chantait en riant sons les feuilles touffues,\nlorsque les fruits nombreux cueillis dans les allées\négayaient ton cœur clair de petite épousée.\nEt puis il y avait tes pas dans le Jardin;\ntu levais en riant les fleurs de tes mains fines\net ton passage avait laissé dans l'air joyeux\ncomme un bruissement clair de fraîcheur cristalline.\nLe sillage béni de les pas dans le soir\nfaisait trembler mon cœur de te voir apparue,\nMarie, toi qui avais grandi, dans la maison\ncomme un jour de printemps où les fleurs sont venues.\nDe longs arômes doux traînaient par les chemins,\nces soirs où notre cœur tremblait, dans l’air léger,\net là-bas les flots lents des calmes champs de blé\nenguirlandaient la haie de notre beau verger.\nLes fenêtres tremblaient sons leur vieillesse heureuse\nau retour las et doux des filles et des hommes\net toi dans le jardin tu regardais les /tommes,\nsemant ta belle foie aux heures mélodieuses.\nEt puis nous entendions passer le chevrier\ndans la poussière d'or des chèvres sur la roule;\nnous écoulions mourir leurs pas dans les sentiers;\nde grands sourires frais avaient fleuri ta bouche...",
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     "texte": "I 12\n$\nEt nous virions ainsi parmi les soirs d'été\ncomme un jardin joyeux tout murmurant d’oiseaux ;\nles cloches descendaient parmi nos âmes blanches\npour rire à notre enfance de soleil et de fleurs.\nNos voix semblaient un peu de l’azur envolé\nparmi l’essaim heureux aux frissonnantes ailes\ndes oiseaux qui s’en vont dans le ciel doux du soir\nen route vers l’exil des paysages bleus...\nAlors tu revenais, pliant sons tes corbeilles,\nen retenant le flot de tes cheveux dénoués\net, tu nous racontais ta conquête nouvelle ;\nautour de toi chantait la grâce de l’année...\nAssis dans les rosiers près de notre servante\nje t’écoulais parler à notre vieille amie\ntoute rosée de l’or du beau jour défaillant.\net voici que j'ai vu, 6 petite Marie,\nle soir qui se mirait au pays de les yeux!...\nPaul-Louis CiAUNir.i\\",
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     "texte": "Vos Sourires\nWVVVWVWVWVW\nA Elle.\nVous avez le sourire ensoleillé des fleurs\nQui flambent aux baisers des midis triomphants.\nParfois c'est le sourire idéal et charmeur\nQue l'ombre donne aux roses, dans les parcs, an couchant,\nVous avez le Sourire ensoleillé des fleurs.\nLe Sourire meurtri, des pales amoureuses\nMortes d’amour aux bras des papes légendaires,\nAu sanglot des mandores en des nuits langoureuses.\nVous avez le Sourire éclatant des rapières,\nEl le Sourire bleu des pâles amoureuses.\nParfois votre Sourire terrifia mon orgueil.\nVos prunelles flambaient comme un bâcher suprême,\nEl vos doigts pleins du feu sanguinolent des gemmes,\nM’ont ouvert une alcôve comme on ouvre un cercueil.\nVos prunelles flambaient comme un bâcher suprême.\nSur des places violettes, par des soirs maladifs,\nVos lèvres désolées comme des sources mortes,\nPleuraient an rythme grêle d’un vieil orgue plaintif ;\nEl vos regards tombaient comme des feuilles mortes,\nSur des places violettes, par des soirs maladifs,\nA lors votre sourire eut d’ineffables charmes.\nSourire nonchalant qui se mélancolisc\nPomme un lac que la nuit a rempli pie ses larmes,\nComme une grotte bleue que l'Aube idéalise.\nAlors votre sourire eut d'ineffables charmes.\nVous savez nuancer la mort en un sourire,\nEt vos lèvres fendues comme un fruit savoureux\nOnt le sourire ardent insatiable cl creux\nQui fait hurler d'ivresse la meule des désirs.\nVous savez nuancer la mort en un sourire.\nio.",
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     "texte": "Les soirs désenchantés de larmes éternelles,\nOù nos âmes s'évadent avec les hirondelles,\nVotre pâle sourire s'entrouvrit sur mon cœur\nAvec la profondeur désespérée des vieux.\nA lors votre sourire s'entrouvrit sur mon cœur.\nVotre sourire est beau comme un ciel étoilé.\nEn des soirs de saphir et d'espoirs envolés,\nComme on voit sur la mer les étoiles heureuses\nJ’ai guetté la blancheur de vos dents lumineuses.\nVotre sourire est beau comme un ciel étoilé!\nPourtant j’aime entre tons le volage sourire.\nQui se pâmait hier sur vos lèvres enflamme,\nPour accueillir la fièvre ingénue de mon âme,\nLe vieil Espoir <[iii chante aux cordes de ma lyre.\nEt j'adore entre tous le volage sourire.\nSur des places violettes, par des soirs maladifs,\nUn vieil orgue harassé pleurait son âme lourde.\nJe suivis à tâtons votre pâle sourire\nComme on suit dans l'abîme, une lanterne lourde\nSur des places navrées d'ombre et de feux plaintifs...\n0 clignotant sourire d’une Lanterne sourde!\nF. T. Maiunetti",
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     "texte": "Johannes Schlaf\net la méthode indirecte au théâtre\nWVVWVWWVWWVV\nTl y a d'admirables pages de Maeterlinck sur le silence, le\nsilence actif, le silence plus évident que toutes les paroles, le\nsilence qui laisse les Ames se deviner intégralement par une\nsorte de contact lluidiquc. « Les lèvres ou la langue peuvent\nreprésenter l’âme de la môme manière qu’un chiffre ou un\nnuméro d’ordre représente une peinture de Memlinck, par\nexemple, mais dès que nous avons vraiment quelque chose à\nnous dire, nous sommes obligés de nous taire. » Il existe en\neffet un dialogue intérieur, lequel se suffît A lui-même. Néan\nmoins, le plus souvent, il s’accompagne d’un dialogue exté\nrieur, soit (pic ces deux dialogues s’harmonisent, soit qu’ils\ns’opposent. Car, s’il est vrai (pic le langage peut servir A\nexprimer la pensée, bien ou mal, il n’est pas moins vrai qu’il\npeut servir A la dissimuler, bien ou mal. Le langage extérieur\nn’a parfois d’autre but (pie d’étouffer ou d’assourdir le lan\ngage intérieur. Les paroles n’ont parfois d’autre intention «pic\nde donner le change sur les sentiments secrets et de détruire\nun silence qui serait trop éloquent. Il arrive, en somme, assez\nrarement (pic la parole soit le truchement sincère des pensées,\nl’arme démouchetée des malveillances, l’aveu sans restriction\ndes convoitises. Plus fréquemment cllejouc entre les Ames le\nrôle de paravent entre deux pudeurs effarouchées, ou de\nplastron bien rembourré entre deux haines qui n’osent faire\nassaut ouvertement. Qu’y a-t-il de plus commun dans la Vie\net dans la Poésie que la scène des deux amoureux, (pii, de\npeur de se déclarer, échangent les plus banales phrases sur\nle temps qu’il fait? La conversation mondaine est faite pour\nune bonne part de la dissimulation, sous des paroles polies, de\nsentiments aigre-doux, Enfîn à qui n’advint-il pas de se trou\nver vis-à-vis de son prochain dans une de ces situations\nfausses, où, tout en causant de choses quelconques, il pen\nsait à des choses graves, auxquelles il devinait que son inter\nlocuteur pensait pareillement, sans qu’aucun d’eux se risquAt\nà « mettre les pieds dans le plat ». .le ne sais rien sous ce\nrapport de plus pénible (pie les visites qui suivent un deuil.\nOn se rencontre quelques-uns dans un salon où l’on est reçu\npar des gens accablés. On parle de tout, sauf précisément de",
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     "texte": "iiG\ncelui ou de celle dont le spectre, invisiblement présent, liante\nles imaginations et glace les paroles sur les lèvres.\nC’est qu’en effet on a beau s’évertuer à donner tel ou tel\ntour à l’entretien, tou jours il y a un je ne sais quoi qui trahit\nles préoccupations intimes dont les mots avaient pour charge\nde mieux garder le secret. Ce sont les gestes, c’est l’ensemble\nde la physionomie, c’est le regard mal assuré, c’est la gène\nde toute la personne, ce sont les mots eux-mêmes, qui son\nnent faux, parce qu’ils ne viennent pas des profondeurs de\nl’Ame, c’est l’affectation d’intérêt ou l’involontaire distraction\navec laquelle ils sont prononcés, c’est le son énervé de la voix\net autre chose encore qui échappe à l’analyse. Autant de si\ngnes auxquels l’observateur attentif ne peut se méprendre.\nMême si les interlocuteurs lui sont inconnus, il se doutera\nque les agitations profondes de leurs âmes ne concordent pas\navec le bruit vain de leurs paroles. S’il est renseigné sur leur\ncompte, il lui faudra peu de temps pour découvrir, derrière\nle bourdonnement hypocrite des voix, le mystère des réfle\nxions ou des émotions intérieures. Ce que ces gens disent, et\nle ton surtout dont ils le disent, le mettra indirectement, à\nmême de deviner tout ce qu’il ne disent pas, même s’il y a\naucun rapport entre ceci et cela.\nC’est surdes observations de ce genre (pic repose ce qu’on a\nappelé la méthode indirecte dans l’art dramatique.\n★\nClassiques ou romantiques, les dramaturges avaient cru\njusqu'ici indispensable de faire exprimer directement par les\npersonnages leurs pensées et leurs sentiments. Ceux-ci venaient\nnous dévoiler complaisamment et avec une clairvoyance psy\nchologique égale A celle de l’auteur les replis les plus obscurs de\nleur conscience. Ils se racontaient à eux-mêmesou à des confi\ndents, pour l’édification du spectateur. Qu’est-ce qu’une pièce\nd’Euripide, de Corneille, de Racine, de Shakespeare, de Schil\nler, d’Hugo, de Dumas, de Sudcrmann, sinon une sorte de\nconfession publique, sous des artifices plus ou moins ingé\nnieux. Laissons de côté les monologues, les a-parte, les confi\ndents, procédés maladroits et condamnés. Mais est-il vrai\nsemblable (pic deux adversaires (au sens le plus large de ce\nmot) s’expliquent à visage découvert, comme c’est encore le\ncas dans la plupart des drames même contemporains. Conven\ntion dont il résulte une clarté plus grande (?), mais conven\ntion tout de même. Comme nous l’avons vu précédemment,\nles choses ne se passent pas ainsi dans la réalité!\nIl n’y a donc rien d’étonnant à ce (pie l’évolution de l’art\nvers un réalisme toujours plus approximatif ait amené un beau\njour le dramaturge à répudier celle convention après tant",
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     "texte": "1*7\nd’autres cl à faire son profit d’un mode d’expression négligé\njusque-là, quoique profondément humain et vrai. Ces silences\nrévélateurs, ces paroles (pii laissent entendre toute autre chose\n(pic ccqu’clles disent, ces insignifiances delà conversation sous\nlesquelles voudraient se dissimuler les mouvements tumul\ntueux ou ces graves soucis des Ames, voilà ce qu’on a, ces\ntoutes dernières années, tenté de mettre systématiquement à\nla scène. Innovation hardie et curieuse, (pii, si elle n’a pas\ndonné encore tout ce qu’on s’en promettait, mérite pourtant\nqu’on la considère dès aujourd’hui avec une sympathie encou\nrageante.\nJe dis innovation. — Entendons-nous. Dans l’ordre des\nphénomènes artistiques pas plus qu’aillcurs il n’_y a de géné\nrations spontanées. Tout s’explique par ce quia précédé: Rien\nne s’invente de toutes pièces. De ce qui est sort ce (pii sera\npar une transformation lente et longtemps imperceptible.\nInnover, ce n’est le plus souvent que saisir le sens de cette\névolution, et en la « théorifiant » , en précipiter le cours.\nCar il y a action et réaction perpétuelle des faits sur les théo\nries et des théories sur les faits. Du jour où un phénomène\nartistique est devenu conscient, il évolue plus vite, car aux\nforces de la nature vient s’adjoindre alors l’action volontaire\nment complice de l’homme.\nCette loi, nous la vérifions de nouveau dans le cas qui nous\noccupe. Ce que j’ai dit tout à l’heure du drame depuis Racine\njusqu’à Sudermann est plus vrai de Racine que de Suder-\nmann. Des monologues, des apartés, des confidents, il y en a\nde moins en moins. Des silences, des points suspensifs, des\nscènes muettes, il y en a de plus en plus. Les longues tirades\nfont peu à peu place aux phrases courtes et entrecoupées,\naux exclamations. Les indications scéniques, à peu près ab\nsentes dans le théâtre classique, abondent dans les pièces\nmodernes. Cela ne prouve pas uniquement que les poètes se\nsoucient davantage de la collaboration du comédien, cela\nprouve encore qu’ils comptent, de plus en plus sur elle. Car\nla parole scénique, d’expression logique de la pensée qu’elle\nétait, tend progressivement à devenir ce qu’elle est dans la\nréalité, un essai maladroit de dire ce qu’on veut dire ou un\nmoyen insuffisant de dire l’indicible.\nQui n’a senti, en présence d’une pièce d’Ibsen ou de\nIlauptmann, la nécessité de deviner au lieu simplement do\ncomprendre? Qui n’a eu l’impression que le dialogue n’expri\nmait pas tout, qu'il y avait, derrière les phrases lues ou\nentendues,on ne sait quel au-delà?\nL’idée vint à de jeunes dramaturges d’aller plus avant dans\ncette voie, de développer cet art rudimentaire, do convertir\nce qui n’était guère qu’imitation instinctive, timide, sporadi-",
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     "texte": "n8\nque de la réalité en un procédé, en une méthode, la « méthode\nindirecte », dont la littérature dramatique n'avait fourni\njusqu’alors que des traits isolés. Ils pensèrent qu’il y avait là\nun moyen de renouveler ou de multiplier les ressources de la\ntechnique théâtrale, et ils s’efforcèrent de le prouver. L’œu\nvre la plus caractéristique en ce genre est, celle du poète\nallemand Johannes Soldai\".\nEn 1897 paraissait dans la revue « Ncûland » un drame en\nG actes intitulé : l’IIÔte, que l’auteur faisait précéder d’une\nsorte d’annonce au publie [Selbstanzeigc), où il expliquait ses\nintentions. Ccquila prétendu faire,c’est un « dramcintime»,\nc’est-à-dire dont l’intrigue extérieure soit aussi simpleque pos\nsible et où la véritable action se passe au fond des Ames, à la\nfois visible et cachée. En outre — et Schlaf insiste sur ce\npoint — les caractères et les états d’àme ressortiront de la\nseule peinture du milieu, sans qu’il faille expliquer directe\nment ces caractères ou ces états d’àme. Le dialogue perdra ce\ncaractère « conventionnel » ou « intentionnel » (Geprage der\nAbsichtlichkeil) qu’il avait eu jusqu’alors. Il n’aura pas l’air\n« fait exprès ». Il sera naturel, c’est-à-dire plein de ces phra\nses insignifiantes — mais parfois si suggestives — comme il\ny en a tant dans la conversation.\nL’auteur n’en était d’ailleurs pas à son coup d’essai. Avant\n(( l’Hôte » il avait’écrit, sous l’influence des mêmes préoccupa\ntions, « Maître Oelze » et « la Famille Schlickc », cette der\nnière pièce en collaboration avec son ami Arno Ilolz. « Il\nnous semble, dit-il à propos de Maître Oelze, derrière toutes\nces paroles indirectes de Frantz et de Pauline, entendre,\ncomme si nous possédions une oreille inférieure, un dialogue\nplus passionné, direct et pour ainsi dire, souterrain des Ames,\nsi bien que le lieu le plus véritable et le plus notable du\ndrame est quelque chose comme une 40 dimension. »\nCe qui était vrai de Maître Oelze l’est encore plus de Ger\ntrude, « ce qu’il y a de très caractéristique dans ce drame,\nc’est que les personnages, qu’un conflit intérieur y met aux\nprises, n’en viennent pas une explication directe, mais au con\ntraire ne s’expliquent guère qu’indircctemcnt. Ce qui agite\nleurs Ames — bien entendu il ne s’agit que des personnages\nprincipaux — se trouve plutôt indique qu’exprimé d’une\nmanière directe. Et néanmoins cette méthode indirecte nous\ndonne une vision absolument nette des faits psychiques\nintérieurs et de l’évolution secrète du conflit, que reflète d’une\nmanière toute spéciale ce dialogue, avec ses airs de n’y pas\ntoucher et de ne rien savoir (mit scinem schcinbarcn Drü-\nberhin ùnd Daravvorbei)\nSchlaf voit, dans celle innovation, une précieuse conquête\nde l’art; il compte en tirer des cfl'ets nouveaux cl produire,",
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     "texte": "i>0\ngrâce à clic, plus complètement et plus intensément l’illusion\ntragique.\n« Nous pouvons aujourd’hui par une scène muette d’une\nminute trahir plus de la vie intérieure qu’on ne le pouvait\nautrefois avec des monologues sans fin et de continuels apar\ntés. — Or le drame dont il s’agit a fait dans cette voie un\ngrand pas en avant. Il a sacrifié ce qui subsistait de l’expo\nsition sous forme schématique, si tant est, qu’on puisse encore\nparler d’exposition à propos de ce drame; tout ce qu’on cher\nchait à obtenir par les procédés et les trucs surannés qui\ntraînaient encore dans le magasin d’accessoires de la techni\nque dramatique, il l’a mis uniquement dans la nuance du dia\nlogue, dans le milieu, dans les gestes et les scènes muettes;\net il s’efforce d’atteindre par ces moyens naturels ce à quoi\nles autres, les moyens de convention, nuisaient plutôt : des\neffets immédiats et énergiques, l’illusion aussi pénétrante que\npossible de la vie dans ce qu’elle a de plus significatif. »\nTelle est, la théorie de Schlaf. Voyons maintenant la pièce\nelle-même, Gertrude, puisque c’est, là le titre définitif sous\nlequel elle a été jouée (i), puis publiée (2) en volume.\nUn jeune commerçant, Fritz Baerwald, est venu s’installer\npour quelques semaines dans l’île de Rügen avec sa femme\nGertrude, dont l’état nerveux l’inquiète et à laquelle le méde\ncin a ordonné les bains de mer. Ils ont loué une villa sur\nune plage assez fréquentée. Là Fritz, avec quelques amis\nqu’il y a retrouvés, mène une existence stupide et Sacrilège\nde citadin « désorbité ». Les cartes, le tir à la cible, les lon\ngues stations à la brasserie, les aventures extra-conjugales,\nvoilà les seules distractions qu’il conçoive dans son désœu\nvrement. C’est un de ces êtres « parfaits dans leur genre »,\ncar ils représentent excellemment un type d’humanité, aux\nquels « le tourment de l’infini » restera toujours épargné.\nTrès bon garçon au demeurant, et assez amoureux de sa\nfemme pour lui pincer le menton, chaque fois qu’il rentre, en\nl’appelant Souris! (Mans). Malheureusement ses baisers sen\ntent la bière et l’alcool, et puis il dort vraiment trop l’après-\nmidi, et puis sa femme lui est si étrangère I Pas à lui seule\nment, mais à tout son milieu : Madame Baerwald, l’oncle\nLorenz, les amis, le médecin lui-même, qui la croit tout de\nbon nerveuse. Ses nerfs! Ses nerfs! 11 s’agit bien de celai\nUn seul être l’a comprise, llolm, un ancien camarade de\nFritz, arrive d’Amérique où il a mené une vie errante au sein\nd’une nature primitive. 11 va s’en retourner prochainement.\nH est venu chercher femme au pays natal. Cette femme, il la\n(r) l’ar la « société dramatique » (Dramatischc Gcsellschaft)\n(m) J. Sasscnbadi, Berlin.",
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     "texte": "veut « résolue, joyeuse, d’Arqo libre et indépendante, ayant,\ndans un certain sens, vu s’accomplir en elle la faillite de tout\nce qui en somme n’est que préjuge— et malgré cela brave—et\nmalgré cela tout à fait femme. » Trouvera-t-il celle qu’il lui\nfaut? Pourquoi pas ? « Il y a aujourd’hui tant d’humanité\nlasse de civilisation? Tant de force avec une volonté\nincertaine ! »\nGertrude semble avoir etc faitcà l’image de cet idéal. Aussi\ndès les premières paroles, se sont-ils compris, elle et Holm.\nEt ils s’aiment, sans le savoir d’abord, sans se l’avouer ensuite.\n— Suivez-moi là-bas ! s’écrie Holm à la dernière minute.\nMais si Gertrude en a assez des choses et des êtres qui l’en\ntourent, sa volonté est incertaine, et puis qui sait? des liens\ninsaisissables la retiennent, dans son milieu,'auprès de son\nenfant, auquel elle témoigne pourtant bien peu de tendresse.\nElle laisse Holm partir seul et demeure, elle aussi, seule, in\nfiniment seule.\nJ’ai fini de raconter la pièce. On voit que l’action extérieure\ny a aussi peu de relief que possible. Quant au sujet, il n’est\npas neuf. C’est le thème de 1’ « Ame solitaire ». Gertrude est\nune incomprise, une isolée comme Johannes Bockcrath, le\nhéros de Ilaûptmann, est un isolé, un incompris. Et Holm\njoue vis-à-vis de Gertrude le même rôle qu’Anna vis-à-vis\nde Johannes. Seulement les motifs qui rendent Gertrude\nétrangère à son milieu sont différents de ceux qui isolent\nJohannes dans le sien.\nCe qui est intéressant, ce qui est neuf dans cette pièce, ce\nsont les moyens employés pour suggérer les états d’Ame des\ndeux figures principales, G est l’allure du dialogue. Pour en\ndonner une idée exacte, le mieux est encore de citer. Voici\nquelques passages de la scène où Gertrude et Ilolm se quittent.\nGertrude (pensive). — Alors, vous — retournez là-bas.\nIIolm (tranquillement).— Oui.\nGertrude. —Et —vous voulez — y acheter une ferme, —•\nAu Dakota, disiez-vous,\nIIolm (comme précédemment). — Oui, du terrain pour une\nferme.\nGertrüdë (machinalement). — Du terrain poür une ferme.\n(Elle est renversée sur son siège, les mains 1 d la nuque; elle\nle regarde).\nSilence.\nIIolm (la fixant soudain d’un regard assuré). — Venez\navec moi! t\nGertrude (comme précédemment). — TIcm ! — Et c’est\ncomme cela que vous êtes venu — quand même. — Vous\nveniez chercher une femme, disiez-vous — au pays natal 1 —\nEn Saxe ! — Comme c’est bizarre I",
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     "texte": "m\n11\nIIolm— Que voulcz-ivous dire?\nGertrude (comme précédemment). — Vous ôtes venu —•\nquand môme. (Détournant la conversation). O racontcz-moi\nencore! — racontez-moi la vie!,., la viequ’on mène à la fron\ntière !\nHolm (se tait).\nGertrude. — C’est une vio — très primitive, n’cst-cc pas?\nHolm [regardant devant lui). N — Oui.\nGertrude. — On doit se rencontrer lii avec toute sorte de\ngens.\nHolm. — Oui — des gens de toute sorte.\nGertrude. — Une dure existence.\nHolm (souriant). — Oui — mon Dieu — c’est vrai.\nGertrude (passant sa main sur sa robe). — O certainement\n■— certainement. — Eli 1— dites, avez-vous — vous êtes-vous\njamais trouvé dans le cas de tuer un homme?\nIIoi ,M. — Oui.\nGertrude (intéressée). — Ah!\nHolm. — Nous — nous avions poursuivi des voleurs de\nchevaux, et...\nGertrude. — Et vous avez tiré dessus ! — Vous l’avez\ntué !\nIIolm. — Oui.\nSilence.\nGertrude. — Vous vouliez ramener une femme. — Oh, ce\nn’est p'fis vrai.\nHolm (souriant). — Si.\nGertrude. — Ah, vous vouliez — La patrie vous attirait !\nHolm. — La patrie! — (Jouant avec sa canne) N — Oui,\nen un sens. — Mais — c’est quelque chose de si incertain, la\npatrie...\nSilence.\nGertrude (tout bas). — Oh oui.\nSilence.\nHolm (comme plus haut, tout bas). — Venez avec moi!\nGertrude (pensive).— Mais la patrie. — Mais c’est quelque\nchose de si — incertain, la — patrie .'(Elle passe la main sur\n'Son front)— (Changeant de ton). Alors, vous allez partir,\nprendre une femme, et puis vous retournerez là-bas avec elle\net vous achèterez du terrain et vous bâtirez une ferme — et\nalors — vous aurez une patrie.\nHolm. — Prendre une femme...\nGertrude (égarée). — N’cst-ce pas ?\nSilence.\nIIolm. — Non! Je m’en retournerai — seul.\nCe passage n’a rien d’exceptionnel, toute la pièce est écrite\ndans ce style — ou peu s’en faut. Or je ne prétends pas que",
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     "texte": "122\ncc soit là le style do tous les entretiens réels, mais c’est sûre\nment celui de beaucoup, et des plus graves, des plus palpitants.\nNous nous trouvons donc en présence d’une idée juste. Et,\nétant donné (pic Schlaf n’a ou ne trahit, cc faisant, aucune\nvisée mystique — comme eût pu l’y induire l’exemple de\nMaeterlinck, dont il a dù lire avec profit le Trésor des Hum\nides et dont les drames sont également « intimes », avec quel\nque chose d’assez voisin de la méthode indirecte, mais qui,\nlui, se préoccupe avant tout de révéler le « Moi transcendan\ntal » et les rapports de ce Moi avec l’invisible — on peut dire\n(jue c’est là du réalisme, et du meilleur.\nLe danger serait de faire de ce très légitime procédé une\napplication outrée. La méthode indirecte doit alterner avec\nla méthode directe, non seulement parce (pie la variété est\ndésirable en soi, mais parce qu’clle est, dans le cas présent,\nfondée en nature et qu’il serait aussi faux de faire toujours\ns’entretenir les personnages comme s’entretiennent llolm et\nGertrude qu’il est faux de les faire parler toujours comme\ndans Racine ou Dumas. Sous ce rapport, Schlaf a sans doute\nquelque peu dépassé la mesure, mais c’est chose excusable\nchez un novateur.\nUn écueil plus difficile à doubler est la difficulté qu’il y\naurait à trouver des acteurs capables d’interpréter de pareilles\npièces. Schlaf reconnaît lui-même que la nouvelle technique\naccroît notablement la tâche du comédien et élargit le do\nmaine où son art s’exerce. Il y voit d'ailleurs un bien et ij n’a\npas tort en principe. Plus large sera la part laissée à l’initia\ntive de l’acteur et plus le spectacle sera vivant. Reste à savoir\ncombien d’acteurs pourront prendre cette initiative. Il y a lieu\naprès ceci de craindre que la bonne exécution d’une pièce\ncomme « Gertrude » demeure longtemps encore chose pro\nblématique. La tentative faite naguère par la « Dramatischc\nGesellschaft » avec Maria Fraùondorfcr dans le rôle de Ger\ntrude n’a pas été de nature à dissiper ces craintes — bien au\ncontraire.\nMais ([ue celle constatation ne décourage ni auteurs ni ac\nteurs! Souhaitons plutôt qu’à Paris même un directeur indé\npendant et curieux, Antoine, par exemple, se risque un jour\nou l’autre à monter cette pièce — de peu coûteuse mise en\nscène — et à vulgariser ainsi parmi nos jeunes dramaturges\ncet art qui sera peut-être, une fois passée l’ère ingrate des\ntâtonnements, l’art do l’avenir.\nL. D. IIanaihueu,\n•$*",
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     "texte": "Villégiature à Chose\nLE POT DE FLEURS\nMadame Ilabcrland connaît ma passion pour les fleurs :\naussi a-l-clle, dès mon arrivée, placé dans ma chambre quel\nques pots de fleurs : une gracile rose du Bengale, un fuchsia\ndont les svcllcs fleurs d’un rouge intense s’égouttent à profu\nsion, un héliotrope cl par-dessus tout un énorme géranium\naux ombelles d’une gaîté si paysanne, d’un rouge si fulminant\nque c’est une vraie magnificence!\nLe vase où pousse ce géranium est quelque peu remarqua\nble par sa coloration. Si une bonne moitié montre simplement\nla couleur naturelle de l’argile, intermédiaire entre le jaune\net le rouge, l’autre moitié est d’autant plus intéressante. Il\nfaut apparemment qu’il y ait eu dans un temps de la couleur\nsur le vase. Il n’en a subsisté, à vrai dire, que de légères tra\nces. Car non seulement comme je l’ai déjà dit, la partie supé\nrieure du pot a, sous l’action de causes quelconques, complè\ntement recouvré sa couleur naturelle: en bas aussi, la couleur\n— bleu ciel clair — dont on l’avait autrefois revêtu, a été\nmangée par la moisissure et par une crasse humide qui s’est\nincrustée dans les porcs du vase. Mais le gris blanchâtre de\nla moisissure a débordé cncoresurlc noir grisâtre de la crasse\nqui s’étend autour du pot en larges bandes et à laquelle il a\ndonné toutes sortes de nuances, a épargné le reste delà cou\nleur bleue primitive, drôlement déchiquetée, et n’a laissé\nautour de ses bords que quelques faibles ourlets, mouchetures\net pointillages.\n★\nOui, et maintenant il te faut être libre de tout ce qui te rend\nsoucieux et pensif, il le faut avoir l’œil qui ne veut rien et ne\nvoit rien et a cependant quelque chose. Mais la pensée n’a rien\npar l’œil. Il n’existe pas de pensée. J’ai lu (pie les pâtres qui\ngardent les chevaux dans la Pusta peuvent, quand ils ne tra\nvaillent pas, gagnés par la mélancolie muette du steppe immense,",
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     "texte": "ia4\nrester assis de longues heures à la môme place, autour du fcu #\ndans les claires nuits de lune. C’est à peine s’ils remuent un\nmembre, ils ne disent pas une parole, restent simplement assis\nlà, dans une quiétude parfaite, animale, le regard perdu dans\nle vague, dormant, en quelque sorte, comme les lièvres, les\nyeux ouverts. — 11 faut (pie tu sois ainsi. Défense à tes yeux\nde se fixer. 11 leur faut se reposer, se reposer dans une lassi\ntude singulière. Mais lu es, quoique cela, étrangement éveillé,\net tes sens, en apparence inactifs et inoccupés, sont ouverts à\nquelque chose de caché, qu’ils perçoivent on ne sait com\nment...\n★\nVois-tu : te voilà maintenant redevenu petit garçon et assis\nsur l’appui de la fenêtre, et comme il fait un temps admira\nblement bcaul Et tu ne cesses de regarder, regarder en haut,\ndans les profondeurs du beau ciel intensément bleu, d’un ciel\naussi intensément bleu que le merveilleux papier à lettre sur\nlequel ton père expédiait ses correspondances d’affaires. Et\ntous’tes sens ne sont rien qu’une unique et indicible jouissance\nde ce bleu, de ce profondément délicieux bleu de ciel.,.\n★\nMais il ne fait plus du tout jour à présent : c’est une nuit\ndans le sud. Ce ciel limpide ne s’étend plus qu’à l’infini et les\nquelques grosses étoiles qui y scintillent ont une splendeur\ncombien étrangère et insolite! Quant au pays tout entier, ce\nn’est qu’une seule et large plaine, toute gazée de vapeurs d’un\nbleu argenté. Et un lointain bruissement évanoui des claires\nétendues marines.\nTout est si solitaire. Une quiétude si profonde et si lumi\nneuse.\nMais, à travers les solitaires espaces, voici que s’avance\nune petite nuée, une petite nuée unique, longue et blanche,\nune merveilleuse petite nuée\nLA TABATIÈRE\nC’est au crépuscule. Le rouge coucher de soleil n’apporte\nplus dans la chambre, qui déjà s’assombrit, qu’une dernière\nlueur rosée. Juste encore un soupçon de pâle, pâle lumière\nrosée. Ma table de travail, placée devant le large trumeau,",
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     "texte": "11.\n_ l* , * y p-*\n125\nentre les deux petites fenêtres, en reçoit à peine un reflet. Ce\nn’est plus qu'un je ne sais quoi dans les rideaux.\nDebout au coin d’une des fenêtres, j’ai sous les yeux la\ntabatière posée sur la table parmi les ustensiles à écrire. C’est\nune tabatière en bois vernie de jaune, un petit objet d’art\nrustique de Norvège, un bibelot sculpté, qui m’a suivi « hors\nde la civilisation » dans ma villégiature tardive.\nOui, que voulais-je dire au juste? — Ab oui!\n— Ce qui tout d’un coup m’attache ainsi à cet objet!\nParbleu, l’Art! l’Art! —Le sentiment artistique ! La jouis\nsance artistique !\nC’est une belle chose assurément, quand on est connaisseur,\nquand on peut réduire en règles tout cela, quand on peut se\nrendre compte : voilà la façon, telle et telle, dont cela s'effec\ntue, voilà sur quoi, sur ceci et ceci, repose l’effet produit, cl\nquand cela s’effectue de telle et telle façon, il y a ceci et ceci\nqui est réussi et ceci et ceci qui est manqué ; et c’est alors\nseulement qu’il y a, dit-on, à proprement parler et véritable\nment, jouissance artistique...\nMais (pic cela est loin de moi pour l’instant! Et je sais ce\nqu’il y a de meilleur dans l’art. Et c’est cette action subite\nqu’exerce une œuvre d’art, la toute première inexprimable\nimpression, celte impression absolument indéfinissable, qui\nsubjugue et cloue sur place connaisseurs et profanes, et dont\naucun calcul, aucune critique, aucune théorie ne peut donner\nla mesure. Vie vécue et fixée d’une façon vivante, qui de nou\nveau éveille et vivifie de la vie, console, élève et emporte si\nmerveilleusement dans l’espace... Cela même, où il n’y a\nplus rien à dire, (pie la dernière chose (pii puisse être dite et\nqui est de l’intangible mysticisme: pure et exaltante émotion\nde joie — émotion de joie...\nC’est ceci : la manière dont ces arabesques tracent dans\nmon cerveau, dans ma sensibilité des lignes si merveilleuses,\nqu'elles redeviennent en moi et; qu'elles étaient dans ce pay\nsan. El c’est là ce qu’il y a de meilleur dans l’Art et de néces\nsaire... Et c’est là la dimension, pour laquelle nous\navons un autre système occulte de sens, un sens caché, qui\nest la chose ultime, où n’atteint aucune intelligence, aucun\nmot, aucune analyse et aucune théorie, le, perpétuel Actif et\nl’iUrc dernier, véritable.\nAccroché à ces lignes là devant moi, je vis dans l’Uniquo\net le vois avec des yeux surnaturels...",
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     "texte": "120\nEt je vois un paysan des villages lacustres, peignant des\ncercles et des lignes serpentines et des zigzags sur un vase\nd’argile cl me trouve en lace du mystère des premières mani\nfestations artistiques.\nOui, et me voici là, debout dans celle lumière rosée du soir\net je vois la tabatière et suis — harmonie...\nCHEZ LE VEILLEUR DU BEFFROI\nIl fait un temps si admirablement clair, si doucement en\nsoleillé, et l’azur si frais et si altéré : on voudrait être oi\nseau ! Mais, j’y songe, pourquoi ne puis-je du moins refaire,\nun tour en ville et monter au beffroi rendre visite à mon vieil\nami le veilleur ? Le beffroi de l’hôtel de ville, outre qu’il se,\ndresse sur une hauteur, est largement aussi élevé que le clo\ncher de la paroisse. II a également ce même dôme en forme\nd’oignon, couvert d’ardoise foncée, des anciennes églises de\nJésuites, comme on en rencontre partout du côté des Alpes dans\nl’Obcrland bavarois — Immédiatement au-dessous du dôme\nse trouve la demeure de Maître Scbwalbe. Quatre fenêtres\ndonnent sur les quatre points cardinaux. Sur une des faces il\ny a un petit balcon. — Montons avec nous quelques bouteilles\nde bière, on s’assiéra sur lcbalconîi côté de MaîtreSchwalbe et\nl’on fera un brin de causette, tout eu jouissant de l'admirable\nperspective, ou bien, si le bonhomme se trouve justement avoir\ndes chaises à rempailler, eh bien! alors on peut encore s’as\nseoir seul dehors et s’ébaudir de l’air et de la vue...\nJe trouve Maître Scbwalbe chez lui. Il est assis commodé\nment dans la pièce principale du logis et rempaille des chaises.\nAu mur, à côté du poêle de faïence, est accrochée la formi\ndable corne, avec laquelle il signale les incendies aux quatre\ncoins du ciel.\nDélicieux ! sa chambre ensoleillée avec son mobilier propre\nde petit bourgeois est une idylle !\nMaître Scbwalbe, qui a dépassé la soixantaine, est assis\nprès de la grande table, où, sur la toile cirée noire à fleurs\nvertes, gisent encore la vaisselle et les restes du café de l’a\nprès-midi. Il a sa calotte sur la tète, et, dans sa face grison\nnante, à la fois narquoise et digne, de vieux berger, la courte\npipe dontil tire des boudées Pof ! Pof! avec gravité compassée.\nPour le reste, il est dans sa tenue de travail et a noué le bleu\ntablier de toile sur le tricot de laine bleue. Tout autour de",
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     "texte": "127\nlui l'enchevêtrement jaune grisâtre do joncs enroulés et de\nvant lui un siège de chaise, qu’il esl en train de recouvrir à\nneuf. La raideur de sa nuque tendue sur la tâche ! La noncha\nlance, mais aussi l’assurance de ces mouvements ! Cette voix\nposée de basse profonde, entrecoupée de Pol’l Poflct par mo\nments un peu sifflante et bredouillante, à cause de la salive\n<pic la pipe lui fait venir à la bouche...\nBref : Maître Schvvalbe tout entier, le brave, le délicieux\nmaître Schwalbe, veilleur, rempailleur de chaises et baromètre\ninfaillible!...\nMais il ne veut pas quitter sa besogne avant d’avoir terminé\nle siège commencé. Je prends une chaise et vais m’installer\nsur le balcon...\n★\nLe voici tout entier, ce petit trou de pays, moitié ville et\nmoitié village. — Les lignes des rues avec le labyrinthe de\nleurs petites maisons. Quelques passants épars. Roulement\nendormi de quelques lourds chariots. Bruit paisible d’enfants\nqui jouent, aboîments de chiens et criaillements d’oies.\nAu-dessous de moi la place du marché, avec sa fontaine et\nson pavé cahoteux où l’herbe pousse entre les fentes. Les\nvieilles maisons des notables. Mon Dieu! comme tout cela est\npetit, coi, béat et dépourvu de pathétique.\nLa contrée d’alentour avec scs champs, ses routes, ses al\nlées d’arbres fruitiers, scs eaux miroitantes; les montagnes\navec leurs forets; le château avec scs tours et scs enceintes\nsurgissant du massif touffu des feuillages aulomneux!\nPensées â vol d’oiseau !\nElles sont aujourd’hui a professionnelles », elles vont à cet\n« art » qui m’est cher !\nLe « paysage intime » qu’offre la cour de maître Sommcr-\nfcld, le relieur, dans laquelle justement mes regards peuvent\nsi bien plonger, donne le cours à mes pensées.\nTout à fait, cela va de soi, une de ces cours de petite ville\navec l’idylle de son décor d’une mesquinerie pittoresquement\nromantique. Les murs badigeonnés de la maison d’habitation\net des communs, avec leur géométrie infiniment compliquée,\navec leur drôle de toiture â tuiles rouges, qui s’est effritée peu\nà peu, avec leurs galeries de bois d'un gris bleuâtre, maltrai\ntées par le vent, l’air, le soleil et la pluie. •— Le tas de fumier.",
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     "texte": "Ic troupeau bariole des volailles, tout un bizarre bric-à-brac,\nDieu ! etc.., etc...\nOui, comme il est vrai que le pathos s’en va peu à peu elle\nal fresco et le « grand art », de nos jours! —Comme tout de\nvient intime, couleur, nuance, àmc, se différencie! —Comme\nl’art devient de plus en plus familial, terrestre et réel! — Et\nnéanmoins : comme, en toutes choses, on en vient à sentir\ntoujours plus vivement même la dignité et l’importance du\n« mesquin » et du « laid », comme elle .se manifeste chaque\njour davantage et révolutionne de plus en plus victorieuse\nment l’esthétique ! — Comme notre art, en vertu d’une loi in\ntérieure de transformation, devient de plus en plus asiatique,\noriental et fini! —Je songe à quelques masques japonais que\nj’ai chez moi et à l’engoûment de notre époque pour ces bibe\nlots d’art et comme de plus en plus nous devenons capables de\ncomprendre ce genre d’activité artistique. — Cet art, avec\ntout le charme mystique de son réalisme, de son naturalisme\naccompli, qui ramasse tout, qui làte de tout et avec quelle\nforce de plus en plus pénétrante il agit, lui, le méprisé, iden\ntiquement, car toute évolution mène à l’identité.— L’emphase\nlyrique d’un Kulturkampf qui dura des milliers d’années,\ns’atténue, tout comme il s’est lui-même, après les dernières\nconvulsions transformatrices du Moyen-Age, de plus en plus\napaisé et commence à jouir des fruits récoltés et des tâches\naccomplies...\n★\nAssis là, je me contente de percevoir passivement la fraî-\ncheurdélicieusedo l’air clair et bleu, et je sens battre alentour,\nen bas de mon perchoir, le pouls de la vie et je vois l’àme\nde ce petit bourg, qui, dans son cadre minuscule et pitto\nresquement bigarré, est cependant si mystiquement intime et\ndivers.\nBanalité, vulgarité, qu’est-ce (pic cela signifie ? Tout est\nénigmatique, tout est le même problème et cet aspect problé\nmatique est aussi le fondement et l’àmc occulte, simple et pro\nfonde de l’activité artistique moderne...\n★\nMais de philosopher, nous en avons jusque-là. Successive\nment, depuis des centaines et des milliers d’années, tout, mais\ntout sans exception n’a-t-il pas servi de thème à rapproche-",
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     "texte": "monts philosophiques ? Tout vous a dos contours si nets et si\narrondis.\nMon hon Lyncéc, maître Schwalbc, vient s’asseoir près de\nmoi avec sa pipe et son masque paisible de sage où il y a\ntant de hon sens et d'humour sans paroles, et c’en est fini de\nphilosopher, quand nous nous mettons à parler du temps, ou\ndes braves voisines, ou de toutes ces choses qui se passent\nici ou lù de par le monde. — Mon Dieu oui : le dernier mot\nde toute sagesse est précisément, que les gens se marient,\nont des entants, agissent et meurent dans un perpétuel recom\nmencement...\nLA. FÊTE DES ROSES\nAh ! Ma rose mousseuse s’est, épanouie! — Pendant, la nuit!\n— Ma surprise matinale, quand, au sortir de ma chambre à\ncoucher, j’entrai dans la pièce!\n1! fait un temps sombre, mais sec. Il y a simplement que\nles nuages sont si gris, lourds et immobiles. Lumière quasi\nhivernale. — Le feu flambe dans le poêle. —Mais, au moment\noù, après le déjeùner, je viens de m’allonger sur le canapé\net d’allumer un cigare, c’est une fête, une vraie fête, qui ne\nperd rien de sa vertu ennoblissante, pour être si solitaire et\nmuette. On découvre qu’elles sont les meilleures, celles de ce\ngenre...\nSvelte, un beau svelte rosier! Dans cette lumière uniformé\nment paisible, qui régnait dans la pièce. Elégant et délicat\navec la forme immaculée de scs feuilles d’un gris foncé. Et\nces bords finement dentelés! — Et la fleur surtout ! — Belle\ncomme un aimable rêve! —Cette seule fleur, avec la richesse\net la fraîcheur de ses pétales plissés, avec ce jaune splendide\net ses teintes rouges vers l’intérieur du calice!\nLa rose!\nElle, la fleur sacrée d’Aphrodite tille de l’écume, teinte du\nsang de l’amant d’Adonis!\nLa fleur sacrée des Muses et des Grâces,\nLa fleur sacrée de Dionysos.\nJoueuses de flûte lydiennes, couronnées de roses!\nElle, trouvée dans des tombes préhistoriques de Tchouçktcs,\ndéjà aimée et choyée des hommes plus de cinq mille ans\navant notre ère !\nQuel cours tout cela donne aux pensées !",
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     "texte": "La fleur des amants. — L’amour. — L’amour une maladie,\n— Et la douleur...\n★\nLa douleur.\nNon, que me vient-il donc là à l’esprit!\nC’est l’hiver et tout est recouvert d’une neige compacte.\nChaque son est comme assourdi par de vastes, de moelleux\ntapis. — C’est un jour après l’enterrement. Les grandes per\nsonnes se tiennent’sans bruit là haut dans la chambre, en leurs\nvêtements de deuil, et causent à voix basse et se laissent\naller à leurs pensées. Quant à nous, les enfants, nous som\nmes descendus dans la cour, celle grande cour de campagne\navec ses communs et ses rangées de voitures que la neige\ncouvre. Nous sommes déjà de grands enfants, très peu avant\nou après la confirmation. Et, de voir la belle neige blan\nche, cela rompt le charme qui nous tenait comme captifs\net toulc tristesse est oubliée. Nous nous baissons, agiles, et,\nun instant après, la plus joyeuse bataille à coups de boules\nde neige s’est engagée. Mais les rires et les cris ont attire à\nla porte du corridor la maîtresse du logis et elle menace du\ndoigt et rappelle à l’ordre d’un air gravement souriant...\nNous eûmes peur, en ce temps-là, et honte, et l’un de nous,\npar la suite, longtemps encore s’en chagrina et se sentit l’Ame\nbourrelée de remords, et lit scs réflexions, combien l’on oublie\nvite —et l’on est vile oublie...\nEt pourtant : comme tout cela était naturel ! — Et ce n’est\npas assez dire : il me vient à l’esprit, avec tout le sens qu'il\ncomporte, le mot de la Bible : « Si vous ne devenez lois (pic\nles enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux! »\n★\nO vous, secrètes blessures d’épines !\nAh! qu’est-ce à dire? — Il n’est pas de plus coupable\nvolupté que la volupté de la souffrance!\nJe vois, du sein dénia rose, s’épanouir un beau visage plein\nde force, un visage aux ronds et clairs yeux de soleil, et en\neux, assujettie aux proportions du Beau, cette douce folie,\nqui signifie l’énergie la-plus secrète de toute joie...\nGomme un air de flûte resplendit cette royale fleur, et je\nsuis dans les champs de la Beauté et des lêtes et de l’Oubli,\ndans le pays ensoleillé d’une sage ivresse...\nJohannes Schlaf\nTraduit de l'allemand par\nL. B. Hanappieii.",
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     "texte": "Souvenir de Transylvanie\nA BanjJtj-Iluntjad. Je suis réveillé dans le wagon par le\npetit jour qui nie révèle la soudaine beauté du pays. De gran\ndes découpures de montagnes très verdoyantes, des fonds dans\nle brouillard, et la brume montant en ouate légère dont les\nllocons coupent encore les terrains dans la hauteur. De l’eau\ndécoule du fond du décor, serpente lentement, se fait peu pro\nfonde comme si elle aimait mieux caresser seulement les ter\nres qu’elle chérit, préférant se répandre partout pour prodi\nguer son contact. Elle arrive tout près de la voie ferrée ; je\nla vois glissant silencieusement et me donnant le désir de\nmarcher dedans. Après une heure d’émerveillement devant le\npaysage qui se déroule incessamment sous mes yeux, je des\ncends à la station deBanlly-Ilunyad,ctà peine ai-je franchi les\nrails, que deux jeunes compères me font leurs offres de ser\nvice. Usine montrent de leur fouet court leur voiture et je\nsaule dans l’intérieur. Et ma satisfaction devient de plus en\nplus profonde; je vois des maisons très typiques avec de\ngrands toits sur des habitations basses. Je vois de grands\nboeufs blancs aux cornes formidables, attelés et me croisant\nen file interminable, portant de grands madriers, des sacs,\netc. Je rencontre des femmes marchant avec de jolies\nbottes de cuir rouge dont les talons sont hauts; et elles ne se\ncontentent pas de cette coquetterie; elles ont des robes bleues,\nrouges, dessins de violettes, avec des fleurs variées. Elles\nportent le foulard brillant sur la tète, sept ou huit rangs de col-\nlicrsdc perles sur la poitrine, pas de boucles d’oreille ni de bru-\nccletcependant, ctrolèvent, toutes, leur jupe pardevant de telle\nfaçon <pie la doublure toujours éclatante, d’une autre couleur,\ntranche et avive encore sur le côté, l’état de l’accoutrement.\nNous traversons un petit pont, ilyaun moulin à eau, des cours\nde ferme pittoresques, des grandes portes de bois dont les mou\nlants sont incisés d’ornementation bien typiques dans le goût\nnational. Je ne peux retenir des exclamations de joie et mes\ndeux jeunes gens qui sont devant moi se retournent conti\nnuellement se demandant l’un à l’autre ce que je désire. Nous\ntournons la route où les habitations se suivent sans mono-",
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     "texte": "I 32\nIonie cl je vois enfin un mendiant. Oh ! comme je l’ai consi\ndéré avec allégresse, j’en avais été tellement privé depuis le\ncommenccmcntdcmon voyage. Toute l’Allemagne et l’Autriche\nne m’en ont jamais révélé le moindre. Nous arrivons enfin î\\ la\nEtterem nemzeti Szallocla, qui est un récent petit hôtel, mais\nqui m’a paru fort propre ctoù je compte séjourner. Il est tout\nprès de la place du marché, j’y vois les paysans (pii viennent\nboire dans la salle liasse et en face, de l’autre côté de la rue,\ndes vendeuses d’oies et de poules sont rangées en espaliers le\nlong du mur éclatant de blancheur, les ombres sous le soleil\nqui prend de la force se dessinent très nettes, et le rouge, le\nbleu, le jaune et le violet des étoffes éclatent en fanfares de\nvant mes yeux éblouis. Des fillettes passent les pieds nus\navec des jambes élégantes, et le foulard vibrant de couleur\nsur la tète, portent à la main du lait dans des pots ornés de\ndessins imprévus presque vieux comme le pays lui-mème.\nJe reviens sur la place devant l’église et j’assiste à l’édifica\ntion des boutiques du marché. C’est dimanche. Cela se fait\nrapidement, et sous le clocher de l’église aux quatre cloche\ntons, défilent de beaux bœufs attelés î\\ de longues voitures\nétroites sur lesquelles des paysans étonnamment bruns de peau,\nlesyeux caves, avec de longues mèches de cheveux, sont accrou\npis dans leurs épais vêtements de drap blanc dont les manches\net les culottes fort larges laissent sortir des membres secs et\nnerveux.\nJe suis invité par le docteur *** qui sait le français à pren\ndre quelques rafraîchissements chez lui. Nous parlons do\nla littérature française. Il m’a montré les revues auxquel\nles il est abonné et les livraisons éditées par Baschet : « Paris\ns’amuse, » qui font le tour du monde. Après avoir tous les\ndeux beaucoup fumé, il s’excuse parce qu’il est demandé par\nscs malades, c’est l’heure de sa consultation. Sa profession\nl’oblige à connaître trois langues, le hongrois le roumain et l’al\nlemand, à cause de la population bigarrée de llanffy-IIunyad.\nUn beau grand vieillard apparaît alors les cheveux blancs et\nla moustache très longue, c’est un paysan hongrois avec les\nsandales des montagnards. Le docteur échange quelques\nmots avec lui, il l’a soigné et lui a fait une opération à la\nface, la cicatrice reste visible. II me le montre comme spéci\nmen de race ctlui dit en me désignant : «Françia! » Aussitôt\nle vieux me considère, penche la tète, vient à moi. Il y a bien\nlongtemps qu’un de mes compatriotes n’est venu ici, on ne se",
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     "texte": "13\ni\ni33\nrappelle pas en avoir vu de mémoire d’homme. Ce paysan a\nentendu parler des Français du temps de Napoléon Ior, il s'in\ncline et je sens sur mes doigts le contact de scs poils rudes.\nPour nous autres Parisiens, le baisc-mains n’existe plus (pie\ndans le passé, depuis le siècle dernier on en a perdu l’usage\net je ressens une émotion singulière sous celle marque de\nsympathie inattendue.\nIl disparaît, une femme le remplace et présente au docteur\nune fillette d’une douzaine d’années, blonde et pôle. Il la fait\ndévêtir pour l’ausculter. Je suis sur le divan et j'observe les\nbras si malingres de l’enfant, son dos est d’une maigreur\neffroyable et la mère, une paysanne, paraît soucieuse. Je vois\nl’enfant phtisique et M. *’*, voulant être aimable avec moi,\nme dit en français, me montrant la pauvre femme : — «Voyez-\nvous, Monsieur, c’est une Roumaine : elle a le fichu noué der\nrière le cou, les Hongroises l’attachent sous le menton. » Il\nfrappe entre les omoplates de la malade, les clavicules saillis\nsent sous la peau et les vertèbres toutes visibles, en chapelet,\nlont peine à voir. Le médecin rédige une ordonnance ; je lui\nfais signe derrière la mère que la pauvrette me semble perdue,\nil me répond affirmativement que c’est grave, et veut toujours\nse montrer si courtois avec moi qu’il sourit encore. Le couple\ndisparaîtsur une galerie supérieure dont l’escalier donne dans\nl’intérieur de la cour de la maison. Une autre paysanne sur\nvient accompagnée d’une amie. On la fait asseoir, celle-ci est\nHongroise et des environs d’ici; le revers do la jupe est\nvert. La doublure de la robe change de nuance suivant les loca\nlités. Sa compagne lui enlève sa botte, car c’est du pied qu’elle\nsouffre; en effet tout le bas de la jambe est enflé, l’autre éga\nlement, c’est un eczéma très accentué. Le docteur palpe, exa\nmine et écrit le traitement à suivre. C’est encore une humble\nfemme de la campagne qui est obligée devenir au bourg ven\ndre scs denrées. Pour remettre scs chaussures, c’est uno\ntelle souffrance qui se trahit sur sa figure, que je me lèvo\nd’un bond et dis au médecin qu’il lui prescrive do mettre des\nsandales afin d’èlre plus à l’aise. 11 transmet mon désir, mais\nne croit guère à l’efficacité de celte recommandation.\nM. ** m’avait demandé si j’aimais la musique tzizanc.\nSur ma réponse affirmative, il avait donné des ordres i\\\nmon insu, car doux ou trois têtes brunes apparurent sur le\nbalcon. Six violonistes, un contrebassiste et un cymbalier en\ntrent dans la salle. Ils se forment en demi-cercle, et j’étais",
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     "texte": "i34\nencore sous le coup de l’impression douloureuse do In petite\npoitrinaireet de l’eczémateuse que retentissait le très poignant\nair patriotique « Kossulh Lajos ». Le chef d’orclicslrc donne\nle signal avec les accentuations du rythme; les autres, roulant\ndes yeux blancs dans la pénombre, suivent la cadence. Cela\nirritant d’abord devenait exaspérant, toute ma pitié récente\ntrouvait une aggravation dans cètlemusiquejouéo sur les nerfs;\nje souffrais vraiment toutes les douleurs des humbles en ce\nmoment, le défilé des malades qui venaient à la visite m’ap\nparaissait, et d’autres plus loin dans les environs encore, in\nfirmes par le travail et les autres couchés, et les moribonds,\ntandis que les archets faisaient de plus en plus grincer les\ncordes et entrer plus profondément en moi leurs notes avec\nune cruelle insistance, que la contrebasse à la voix rauque par\ninstant donnait son sourd grondement... A ce morceau suc\ncéda le « Esere lioi/ar ». Le docteur, qui est un fort habile\nvioloniste, voulut contribuer à la symphonie et je fus à\nmême d’apprécier ainsi son talent après avoir éprouvé son\namabilité. Mais des femmes venaient encore, montaient l'es\ncalier de la galerie de bois,et attendaient résignées; plusieurs\nportaient des enfants. Le médecin s’excuse de m’abandonner\nun moment, mais il lui fallait absolument vacciner quelques\nsujets qu’on lui amenait. El comme en partant il donnait au\nchef de la troupe des ordres pour me jouer une chanson rou\nmaine « Pesti csàrdùs », je fus repris de mes angoisses à\nl’audition de cet air où les accentuations étranges reviennent\npar moments sur une trame monotone, donner de violentes\nbigarrures qui vous font tressaillir jusqu’aux moelles.\nLes archets devenaient des instruments de torture. Dans\ncette tumultueuse symphonie, il vibrait de la souffrance: je\nperçus des cris et des lamentations,., c’étaient les pet ils êtres\ndont le docteur piquait les bras. Ils tendaient vers le ciel leurs\nfrêles membres et les mères, le visage ému, sous les foulards\njaunes et rouges qui ausoleil projetaient sur leur face de gran\ndes ombres, rhabillaient à la bâte leurs enfants éplorés sur\nles bras desquels une petite goutte de sang perlait,— rosée\ndouloureuse au matin de leur vie.\nIIUNny Dktouciiiî.",
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     "texte": "Le désespoir de Myrtis\nMyrtis et le pêcheur Hylas s’aimaient et cet amour était leur\nseule richesse. Aussi, bavaient-ils jalousement caché, loin des\nregards envieux de la foule dans un endroit solitaire et sau\nvage. Au fond d’une vallée entre la mer et le lit desséché d’un\ntorrent, ils s’étaient construit une cabane avec de la houe et\ndes roseaux. Pendant qu’Ilylas, à l’abri de sa voile blanche,\npêchait, au large dans la mer bleue, Myrtis raccommodait des\nfilets ou bien s’en allait jusqu’aux portes du bourg [voisin\nvendre la pêche de la veille. Si les jours étaient monotones,\nles nuits étaient délicieuses, et, que les filets fussent pleins\nou vides, les lèvres d’Ilylas étaient toujours riches de baisers.\nMais, un soir, llylas ne revint pas, et Myrtis, fatiguée\nd’une longue et vaine attente, s’étant enfin décidée à se désha\nbiller, dut se coucher pour la première fois sans le compa\ngnon de sa vie. L’angoisse et la peur la tinrent éveillée, assise\nsur son lit, les yeux grands ouverts, les genoux au menton,\nles bras allongés entre les cuisses. Dès le matin, elle descen\ndit vers la mer et d’une main abritant scs regards, longtemps\nelle scruta l’horizon. La mer et la plage étaient vides. Elle ne\nput retenir ses larmes. Anxieuse elle s’avança sur le sable hu\nmide. Les vagues se courbaient devant elle et venaient en se\nbrisant mourir à scs pieds. Elle marchait vite, les regards\nperdus au loin. Parfois, elle s’arrêtait brusquement, hésitait,\npuis repartait. Le soleil étincelait déjA sur l’horizon et le sable\ncommençait à brûler les talons de Myrtis quand soudain elle\nsentit tout son sang refluer au cœur. Elle venait d’apercevoir,\nà quelques pas, parmi les algues odorantes et les coquillages\nbrisés, le corps de son cher llylas.\nElle crut défaillir cl, tremblante, s’agenouilla près de lui.\nElle se pencha sur ses lèvres, sur sa poitrine, cherchant un\nsouffle, un battement; mais elle ne perçut rien et Myrtis sut\nqu’IIylas était mort.\nSon désespoir fut immense. Comme une enfant elle se prit\nà injurier la mer, l’eau perverse et cruelle qui lui avait pris\nson amant. Elle ramassa des galets et les lui jeta. Le calme",
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     "texte": "i36\ndes flots l’irrita davantage. Elle s’exaspéra d’élrc seule, l’Ame\nemplie de douleur, au milieu de la muette et tranquille indif\nférence des choses. Une folie la prit. Elle se dépouilla de scs\nvêtements et les jeta. Puis, toute nue, se collant contre le\ncadavre, elle l’étreignit sur sa chair ardente, entre ses bras\net ses cuisses. Mais ce fut en vain qu’elle gonfla sa poitrine et\ncambra les reins, Hientôt scs membres brisés de fatigue se\ndesserrèrent et le corps d’Hylas retomba lourdement. S’étant\nrhabillée, elle s’accroupit près de lui, et jusqu’aux premières\nombres du soir, silencieuse, elle pleura.\nLa nuit vint.\nMyrtis voulut emporter la dépouille mortelle de son ami.\nLe fardeau se trouva trop lourd pour ses frêles épaules. Elle\ntomba et les deux corps roulèrent. Elle venait de se relever\nquand elle entendit la plainte lointaine des chacals retentir\ndans la montagne. Effrayée, elle songea à soustraire le ca\ndavre à leurs morsures et de ses douces mains qui aimaient\ntant à caresser elle creusa un tombeau dans le sable frais\ndu rivage. Ce soin la retint une bonne partie de la nuit.\nQuand les premières lueurs de l’aurore apparurent au-dessus\ndes falaises, Ilylas était enseveli, et Myrtis, les poignets\nbrisés, la tête vide, s’était enfuie.\nElle n’eut pas le courage de retourner, seule, dans sa ca\nbane. Elle remonta la vallée. A son passage, les échos a ccou-\nraient des vallons environnants et, s’attachant à ses pas, se\njetaient de roche en roche scs soupirs et ses sanglots, le\nnom d’Hylas que murmuraient scs lèvres, et jusqu’au bruit\nléger de scs pieds nus sur le sol. Myrtis ne les entendait\npas.\nLongtemps elle marcha. Elle allait droit devant clic, sans\nbut. Comme pour la retenir, les ronces attachaient leurs\nlongs bras épineux à son corps et à scs vêtements en lam\nbeaux. Les branches des cornouillers la cinglaient cruellement\nsur la poitrine et 'sur le visage. Les pierres de leurs pointes\naiguës la mordaient au talon. Scs pieds et scs jambes s’en\nfoncèrent dans la vase des terrains marécageux. Aucun\nobstacle n’arrêtait sa course vagabonde.\nA la fin, épuisée de fatigue, elle s’endormit au creux d’un\nvallon, à l’ombre d’un olivier, scs pieds las trempant dans\nl’eau claire d’un ruisseau. Le courant venait butter en mur\nmurant contre ce charmant obstacle et s’y attardait avec com\nplaisance. Le son mélodieux d’une flûte réveilla Myrtis. Elle",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "138\nregarda autour d’elle et vit, assis en face, de l’autre côté du\nruisseau, un pâtre de mine si avenante (pic, malgré sa douleur,\nelle se sentit troublée. Il était vêtu de peaux de bêles, mais\nses jambes, scs bras et sa poitrine, étaient nus. La Aille glissa\nde scs lèvres, et d’une voix très douce il dit à Myrtis stupé\nfaite et charmée:\n« Oui es-tu et quel dieu favorable t’envoie, toi (pii es plus\nbelle que Vénus et plus gracieuse (pic les nymphes (pii dan\nsent dans les bois Y Pardonne-moi si j’ai troublé ton sommeil,\neffarouchant (lu son (b; ma flûte importune l’essaim des rêves\ncharmants qui voletaient sur ton front. Je n’ai pu résister au\ndésir de voir tes yeux luire sous la courbe délicate de tes\nlongs cils noirs. Hélas! Mc voilà bien puni de mon audace,\npuisque maintenant mon cœur blessé fait de moi ton esclave. »\nEt Myrtis répondit:\n« Je suis la plus malheureuse des femmes. Je suis Myrtis.\nJ’habitais sur le bord de la mer avec Ilylas et la mer m’a en\nlevé Ilylas. J’ai tout fait pour ranimer son cadavre et j’ai\ncreusé son tombeau dans le sable de la plage. Jcme suis en\nfuie, en proie au plus affreux désespoir. Vois, dans ma course\nerrante j’ai déchiré mes pieds. »\nA ces mots, le jeune berger descendit dans le ruisseau et de\nses mains caressantes il lava les pieds et les jambes de Myrtis.\nIl lui offrit du pain et des fruits. Puis il tenta de la consoler\npar de douces paroles. Il conta sa vie pauvre et solitaire dans\nla montagne, ses rêves magnifiques. Enfin il chanta les plai\nsirs de l’amour. 11 y avait une grâce captivante dans son lan\ngage et, dans scs gestes. Myrtis se laissa prendre au son divin\nde cette enivrante musique. Un baiser sur son bras la fit tres\nsaillir, mais elle ne retira pas son bras. Le berger s’enhardit,\nl’eu à peu, le souvenir d’Ifylas s’effaçait. Cependant Myrtis\nvoulut résister. Elle n’eut pas ce courage, liientôt sa bouche\ns’ouvrit d’elle-mème sous les lèvres du berger. Un irrésistible\ndésir brûla sa chair et, oublieuse d’Hylas, elle s’abandonna.\nDe ce jour, Myrtis ne quitta plus le berger, et, dans la butte\nde celui-ci, ce furent les mêmes étreintes, les mêmes ten\ndresses que dans la cabane du pécheur. Elle l’aima comme\nelle avait aimé Ilylas et sa vie ne fut point changée. Seule\nment au lieu de raccommoder des filets, elle, tondit des mou\ntons et fila de la laine.\nJACQUES I.AMEH.",
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     "texte": "Chronique\ni3g\nA V'Athénée. — Théâtre Antoine. — Musique.\nTout le inonde connaît maintenant la nouvelle pièce de\nM. Francis de Croisse! à laquelle la censure s’est chargée do\nfaire une réclame ingénieuse. L'Homme à l'oreille coupée est\ndevenu (Jne mauvaise plaisanterie pour M. Deval et pour le\ncenseur remercié, et pour tout le inonde, depuis que la Morale\ns’est mise à couper elle aussi ce qu’avait précisément coupé\nl’auteur. On sait le thème. Un jeune viveur est sur le point\nd’épouser et il lui faut prendre du repos : c’est son lidèle\ndomestique, celui que lui a légué son père le vieux général,\n(pii se charge d’éloigner les indiscrètes. Donc, il invente la mésa\nventure du fiancé en voyage, surpris en tête à tête galant avec\nla maîtresse d’un roi nègre, lequel se venge en lui faisant couper\nles..,, oreilles. Voici par conséquent, se dit le brave serviteur, un\nfiancé à l’abri des poursuites féminines. D’où quiproquos. La\nfable est contée au tout-Paris ; le beau-père se lâche; la belle-\nmère est aux anges ; on s’explique et tout finit par s’accom\nmoder, non sans quelques scènes d’un comique lestement\ntroussé, comme on s’y attend. Surcette trame... légère, il était\ndifficile sans doute d’écrire trois actes. M. de Croisset n’a pas\ncomplètement esquivé la difficulté, et la scène du mendiant, la\nscène sentimentale de l’ancienne maîtresse, au dernier acte,\nparaissent un peu superflues. Mais le dialogue est pétillant\nd’esprit, un tantinet graveleux, et il y a dans la conduite des\nscènes l’adresse qu’on avait déjà trouvée dans Qui trop em\nbrasse. M. Clerget est un fiancé d’un jeu très souple; c’est en\nsomme, un admirable artiste qui ne se coupe jamais; MUoMylo\nd’Arcyle est une fiancée ingénue et absolument délicieuse,\ntoute de grâce charmante, tendre et espiègle; tous les rùles\nsont tenus de façon sûre et la pièce était montée avec un soin\nparfait. Un acte la précédait : Un amant délicat; M. André\nPicard s’y montre un auteur habile ù manier le dialogue, à\ncréer une situation amusante, et un observateur aigu de notre\nmodernisme, (’.’cst là certes beaucoup mieux qu’un essai.\nAu 'Théâtre Antoine, En Paix de M. Louis Bruyrrrc, et la\nGitane, dcM. Jean Richcpin, nous ramènent au drame sombre.\nM. Louis Bruyerre a fait un réquisitoire éloquent et saisis-",
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     "texte": "i4o\nsant contre les maisons d’alicnés : sa pièce est savamment\nconstruite et donne une impression poignante d’angoisse.\nAux théâtres de musique on ne chôme pas non plus : Lan\ncelot, de M. Victoria «Foncières, à l’Opéra témoigne d’un travail\nsûr, mais sans grande envolée; M. Charpentier, au contraire,\nessaie avec sa Louise, d’être révolutionnaire à l’Opéra-Comique\net M. Emile Trépart se montre un musicien plein de charme\net de délicatesse, jamais banal, malgré le livret, dans le conte\nflamand de Martin et Martine qui vient de nous donner le\nThéâtre Lyrique de la Renaissance qu’on ne saurait trop en\ncourager. A côté des grands concerts, la Société nationale\nnous a fait entendre deux mélodies de Clément Marot, écrites\npar M. Ravel sur un rythme ingénieux et charmant; et d’au\ntres de M. Florent Schmilt. M m0 Marie Mockel inaugure au\nJournal une série de séances de musique ancienne et mo\nderne qui seront fort goûtées du public artiste : au premier\nconcert elle a chanté délicieusement de vieilles mélodies de\nS. Péri, Caldara, Lotli, qui ont fort charmé»\nPierre Giungoire.\n★\nOn vient aussi de reprendre la Dupe, de M.Georges Ancey,\nmais en dépit du grand talent de l’auteur, la pièce porte la\nmarque d’une époque trop précise de réalisme au théâtre, et\nsemble un peu surannée.\nAux samedis du Gymnase, Franc-Nohain et Tristan Bernard\nconférencient : le premier présente une thèse ingénieuse sur\nles Marionnettes, et en bon humoriste qu’il est nous expose les\ndifférents moyens que peutavoir le conférencier de s’en aller;\nle second cause de façon amusante de Jules Renard, et nous\nassure que l’excellent directeur des Samedis, M. Paul Franck,\nlui fait des signes désespérés dans la coulisse, parce (pic le\ntemps coule ; il laisse la place û Jules Renard lui-même ou\nplutôt à son petit chef-d'œuvre, le Pain (le ménage, (pie\nMH» Blanche Toutain et Torride, toujours incomparable,nous\njouent délicieusement.Du reste, M. Paul Franck nous gâte,et\npour donner un précédent samedi, celle cocasse et charmante\nfantaisie qu’est la Grenouille et le Capucin,de Franc-Nohain,\nil avait réuni tout simplement M**o Bel langer qui lut ravissante,\nJanvier qui est excellent, comme on sait, et Gémicr, oui, Gé-\nmicr, qui est aujourd’hui l’un de nos artistes, le plus extraor\ndinaire et le plus merveilleux.",
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     "texte": "Bibliographie\nVVWWWVWV\nHenri de Régnier : La Double Maîtresse.\nJ’ai pris un plaisir extrême à la lecture du dernier livre de\nM. de Régnier. L’histoire de ce pauvre M. de Galandot m’a\nfout à la fois amusé et attendri. Il semble (pie M. de Régnier\nait retrouvé, pour nous la conter, la langue et le tour d’es\nprit qui font le charme de nos petits maîtres du xvmo siècle.\nAssurément, dès maintenant, il représente chez nous la vraie\ntradition française, et la meilleure. Il y a de la « race » en\nson style. Et un peu d’impertinence ne lui messied pas. H\nse moque des bégueules.Il sait à propos nous montrer la jupe\ntroussée d’une femme et une jolie cuisse en l’air.\nMais j’oublie de narrer le thème de M. de Régnier. 11 est\ntout ensemble simple et complexe. M. de Galandot a été éle\nvé en province par un abbé et une mère qui ne lui a rien\nlaissé deviner de la vie. Or un incident vient bouleverser ce\nbel échafaudage d’éducation : une petite cousine coquette, qui\nchaque année passe quelques semaines au château, se laisse\ncourtiser par le naïf jouvenceau, et la mère le surprend au\nbon moment près de la fille culbutée, (pii s’enfuit en éclatant\nde rire. La belle Julie quitte le château, se marie, et M. de\nGalandot, sa mère morte, ne trouve rien de mieux â faire que\nd’aller à Paris où il retrouve son précepteur l’abbé Ilubertct,\npuis à Rome, où un jour par hasard il aperçoit une courti\nsane (pii est l’image vivante de la belle Julie d’autrefois. 11\ns’éprend de cette Olympia, vient habiter chez elle, se fait gru\nger, puis de service rendu en service rendu tombe au rang\nde valet, et meurt laissant ce qui reste de sa fortune à son\npetit neveu François de Porlcbizc, (pii est précisément le fils\ndo la belle Julie. Autour déco thème, M. de Régnier a mé\nlangé mille aventures ; il n’a pas craint de sortirdu fastidieux\nroman psychologique pour nous donner, lui, un livre intéres\nsant plein de péripéties amusantes, comme il les sait conter.\nIl y a mêlé des types d’une vérité charmante, celui de l’abbé\nIlubertct par exemple, ou de sa protégée Fauchon, ou celui\nde M. de i’ortebizo lui-même, ou encore de M. Tobyson de\nTotlenwood. Dirai-je qu’on éprouve quelque malaise ù voir\nle seigneur de Galandot descendu au rôle dedomeslique alors\n(pie sa fortune lui permettrait de commander en maître aux\ndeux fripons que sont l’Olympia et son riilian le signor An-",
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     "texte": "j/|2\ngiolino? Il fallait à celle situation tout le talent de M. de\nRégnier.\nCar il eût suffi de forcer à peine la note comique pour\nfaire de ce souffre-douleur, un Poil-de-Cnrotte de l’amour, et\nle cas eût été curieux de voir M. de Régnier humoriste. Mais\nde même un rien pouvait rendre complètement tragique la fin\nde l’aventure, et là est justement l’habileté du romancier d’a\nvoir su éviter ces deux écueils. L’écrivain délicat, tendre et\nquasi-comique des Pet ils Messieurs de Nèvres se retrouve\nen ce livre abondant et adorable, et certes il faut redire au\njourd’hui qu’à côté du merveilleux poète des Poèmes anciens\ncl romanesques, voisine maintenant le merveilleux prosateur\nqui nous donnait encore, il y a quelques semaines à peine,\ncette façon de petit chef-d’œuvre qu’est sa nouvelle: La Fem\nme de marbre.\nT. Klingsoii.\nAndré Ruyters : Les Escales Galantes.— Paysages.\n11 semble que M. André Ruyters veuille lui aussi rejoindre\nla tradition, et son livre fait presque songer à un Marmonlcl\nqui aurait écrit des Contes immoraux, ou mieux à un Féne\nlon dont le Mentor serait d’une exquise perversion. Car les\nescales faites par le héros du livre sont en effet toutes exces\nsivement galantes, et pourtant, malgré le fantaisiste de l’in\nvention, l’intrigue reste sans imprévu et on se prend à re\ngretter les naïfs romans d’aventures et de voyages de notre\nenfance. Et puis, le style, à force de vouloir être classique,\nsemble un tantinet guindé par l’abus des périodes exclama-\nlives. Mais ce qui peut être regardé comme un défaut dans\nle roman, manque d’inattendu dans la trame et préciosité du\nstyle, redevient à sa place dans un livre d’impressions dé\nvoyage, et c’est en ce sens que les Paysages de M. André\nRuyters m’ont infiniment plu. Là, les petites phrases courtes\ndonnent des notations d’une exactitude charmante, et l’on se\nsouvient peut-être encore des délicieuses pages écrites sur\nConstantinople et extraites de ce livre pour la Vogue. Le tour\nen est alerte, d’une coloration tendre et exquise, et c’est en\nles lisant qu’on peut faire à son tour un voyage imaginaire et\nséduisant aux pays du Levant que nous a merveilleusement\névoqués M. André Ruyters.\nEdmond Jaloux : L'Agonie de l'Amour.\nUn roman d’une psychologie ténue cl raffinée : l’amour est\nla préoccupation naturelle de notre adolescence inquiète et né\nvrosée, et c’est l’amour que le héros du livre cherche autour\nde lui. II croit l’avoir trouvé en une jeune Parisienne rcncon-",
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     "texte": ">43\nIréc eu villégiature, il se fiance, et comme la fiancée vient à\nmoiirir, il s'aperçoit tout à coup que sou amour était tout sub-\njeetif, et non objectif, <[u’il n’eprouvo pas de regrets pour\ncelle qu’il appelait hier son aimée et qu’il aura demain oubliée\npour une autre. La thèse, comme on le voit, est assez voisine\nde celle exposée par M. L. Muhlfeld dans le Mouvais Désir,\nmais il me semble que l’auteur s’est trop contenté de notations,\net que lelivre eût gagnéàêtre construit sur une intrigue plus\nnerveuse. Au demeurant, bien écrit, ce qui ne gèle rien.\nClaire Albane : L'Amour louL simple.\nC’est le livre de début de l’auteur, et certes un début inté\nressant. Il donne une impression de grande fraîcheur et l’on\nse plaît h vivre avec l’héroïne du roman, à vivre en sa petite\nmaison fleurie des environs de Paris. Cette héroïne, entre un\njeune socialiste et le beau peintre Marc, sent son esprit l’atti\nrer vers le premier, et sa chair vers le second, et c’est à lui\nqu’elle reviendra définitivement, suivant simplement sa na\nture. Il y a bien dans ce livre charmant,quelques choses con\nventionnelles, et déjà vues, le brave socialistè, l’ctude de pro\nvince, mais en somme le roman est intéressant, et il sera cer\ntes beaucoup pardonné à l’auteur parce qu’on a beaucoup aimé\ndans son livre.\nMarcelle Tinayre : IIelle.\nMmo Tinayre aussi nous présente le pâle socialiste, list-co\nqu’il aurait remplacé dans la littérature le beau ténébreux\nu’anlan V L’héroïne est fiancée à un jeune littérateur, mais\nune circonstance fortuite lui fait découvrir son caractère d’in\ntrigant; elle se brouille et finit par accorder sa main au sym\npathique révolutionnaire. D’ailleurs, autour de ce thème,\nMme Tinayre a su enchevêtrer les péripéties ; elle a l’intelli\ngence des situations en même temps que Insouplesse du style,\net son œuvre est attachante, ce qui est rare au temps pré\nsent.\nErnest Raynaucl : La Tour d'ivoire.\nTout le charme du passé, passé antique ou passé du xvm®\nsiècle, revit en ce livre charmant, d’un art qui s’est dégagé\nsuffisamment d’une école pour laisser subsister la personnalité\ndu poète tout en gardant le respect d’une tradition. Quelles\nchoses adorables que la Perverse ingénue, la Gaehelle impro\nvisée, le Bijou indiscret, et comme ces seuls titres nous re\nportent à l’époque fleurie de Wallcnu !\nMais voici :\nDans tes jardins ombreux i/ui décorent In rive.\nA n’êlns point, suivie Amélie attentive\nSe dérobe au plus noir des tilleuls eidacés,",
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     "texte": ">44\n$\nPoitiers,\nImp, 1 >LAIS et HOY, 7, rue Viclor-Ihigo.\nDe son sein, elle tire une guerrière image\nColorée et la baise à petits coups pressés.\nUn bruit se fait... Tout est rentré clans son corsage,\nIwan Gilkin : Prométhôe.\nVoici un gros effort, mais la longueur de l’effort a incliné\nl’auteur à un trop grand laisser-aller, et il en est de ce poème\ncomme des tentatives récentes ou anciennes qui lui sont ana\nlogues. Et cela on le regrette d’autant plus que M. Iwan\nGilkin s’était montré jadis un baudelairien attardé mais raf\nfiné, et qu’après Baudelaire il avait su donner, en sa Damna\ntion (le l'artiste, nombre de beaux vers surgis d’un jet et de\npensée profondément triste ou voluptueuse. — V.\n★\nEdouard Evenepoel\nEdouard Evenepoel, un des jeunes peintres flamands dont\non pouvait le plus espérer, vient de mourir presque subitement\nde la lièvre typhoïde, à vingt-sept ans. 11 avait été l’élève de\nGustave Moreau, mais s’était vite dégagé de toute influence\npour être simplement lui-mème. Et précisément son œuvre in\nterrompue témoigne d’un tempérament original et chercheur.\nOn se souvient encore de son Café d’Harcourt avec ses tilles\nà grands chapeaux, à robes à dentelles troussées, et du Mar\nchand de volailles, qu’il exposait au Champ-dc-Mars à côté\ndes portraits du peintre Milcendc.au et du paysagiste Simon\nBussy. 11 avait de la vie moderne un sens aigu et personne\nmieux que lui n’eùt su nous rendre le charme spécial des\ntavernes et des bals du Quartier-Latin, si la mort n’etait venue\n.aveuglément enlever eu son plein développement cet artiste\nde très grand avenir.",
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