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     "texte": "Anatole France\nsemble-t-il, ne peut, mieux que lui, se pré-\nr é le prodigieux élan de la jeunesse littéraire\n11 serait téméraire de vouloir introduire, dans le cadre res\ntreint qui m’est concédé, une élude consciencieusement appro\nfondie sur l’œuvre si complexe d’Anatole France, -le dirai,\nsimplement, ce qui me fait aimer l’auteur de Thaïs, et,s il est\nvrai «pic la critique doive se borner aux confidences d une\n(hne qui s’est. promenée dans le Magnifique jardin (les\nlivres, je ne craindrai pas trop d’ôtre incomplet, si je par\nviens à montrer ce que je préfère, pour l’avoir mieux senti,\nchez M, France.\nNul écrivain, me\nvaloir d’avoir activé le prodigi —— ,i~\nactuelle, vers la Renaissance gréco-latine, dont la marche\nascendante se peut constater, chaque jour, d’avantage. En ellet,\nsi nous devons à Frédéric Mistral et à scs disciples proven\nçaux le souffle poétique par quoi s’immortalisèrent Théocrile\net Virgile, et. qui vient ranimer aujourd’hui la vitalité do la\nrace latine, il est juste, d’ajouter <pi'Anatole France, a, lui aussi,\ncontribué pour une grande parla ce retour vers la simplicité,\nla fraîcheur et la grâce de l’inspiration hellénique. 11 est,\npeut-être,l’un des premiers,parmi les littérateurs do sa géné\nration, qui ait songé à sc défaire du factice éclat du Par\nnasse, et si l’on considère la première partie de son œuvre,\ncelle qui procèdo directement d’Alfred de Vigny ou do Lcconto\nde LislOjil est facile de constater qu’elle diffère singulièrement ,\npour sa gloire, de la seconde, celle de, Balthasar ou do\nCl 10, par quoi s’impose à l'admiration de tous les lettrés, un\ntalent plus souple et bien personnel.Ainsi, au moment qu’il\nétait permis de désespérer presque — parmi les fatras d une\nlittérature boursouflée et pédante, obscure et maladive,\nqualifiée, à juste titre de décadente — de voir renaître l’auro-\nrale et, délicieuse lumière d’une littérature plus voisine de la\nsimplicité classique et cela malgré les efforts de quelques-uns—\nM- h rance, a, pour les générations présentes des jeunes écri-",
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     "texte": "G\nvains,indiqué la bonne route, désormais plus courte et plus fa\ncile, puisqu’il y a répandu le parfum de scs œuvres exquises.\n★\nM. France est assurément l’une des plus authentiques\ngloires dont s’honore aujourd’hui la littérature,et,mieux encore,\nl’Académie de notre pays; toutefois, c’est après bien des heurts,\nbien des hésitations qu’il est parvenu au sommet d’où son\nâme d’observateur raffiné peut,dans la sérénité de l’idéal réa\nlisé, contempler, en jetant un regard vers le passé, le chemin\nqu’elle a parcouru ; car avant d’clre l’heureux sage, disciple\nd’un Renan oud’un Taine, qui se possède entièrement. Franco\nn’a-t-il pas sondé, à plusieurs reprises, d’un pas inquiet, le\nterrain, parfois douteux, où il s’engageait 4 / Ses livres, du\nmoins, en font foi. Ils sont les témoins du travail qui a façonné\nlentement cet esprit supérieur et ils nous dévoilent les replis\nles plus intimes de la pensée qui les dicta. Quand il ne s’est\npas borné, comme dans le Livre de mon ami, à raconter ses\npremières années de jeune garçon précoce et rêveur,\nM. Franco nous a dit scs désirs,ses ambitions,dans Sylvestre\nBonnard, ou montre, sous différents visages,'— qu'ils soient\nceux de Coignard ou de Bergcret — les côtés si divers de\nson caractère épicurien. Il nous initie, sans omettre un détail\nde l’impression qu’il en reçoit, aux évolutions que le spectacle\ndelà vie, minutieusement observée, a provoquées en lui, et nous\npouvons retenir, parmi les plus notables, celle qui marque et\ntermine le premier livre de sa vie intellectuelle, et avec\nlaquelle disparaît le contour romantiquo de Jocaste et du Chat\nMaigre, le classique parnassien des Noces Corinthiennes,\ncl des Poèmes dorés, et (pie remplace avantageusement, dans\nce nouvel avatar, le poète délicieux de l'harmonieuse Thaïs et\nl’ironiste des Opinions de Jérome Coignard. Désormais,\nM.France a trouvé une voie nouvelle.A la déclamation froide\ndes poèmes de jeunesse et aux bizarreries romantiques des\npremières proses, succède une longue suite d’ouvrages d’es\nsence tantôt lyrique, tantôt analytique, mais progressive\nment plus épurée, et comme s’harmonisant d’avantage avec\nsa pensée, que raffine et aristocratisc une philosophie douce\nment sceptique.Son Ame cstcomme ouatée par un bienveillant\npyrrhonisme, qui la protège du contact de la vulgarité am\nbiante et l’ironie qui en découle — une ironie line et subtile",
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     "texte": "7\nsans laquelle le « momie serait comme une forât sans^ oi\nseaux » (i) — n’est en somme, comme il le dit lui-même,\nM uc « la gaîté de la réflexion et la joie de la sagesse ».\nAinsi délivrée du cauchemar obsesseur qui étreint les intel\nlectuels, dans la vision, trop violente, du monde actuel, la\npensée de M. France, prodigieusement nourrie de toutes\nles sciences, vagabonde dans le songe merveilleux du passé\nP°ur donner naissance A ces courts récits qui réunissent les\néléments si divers de son talent et dont le dernier recueil,\nClio, reste, dans sou œuvre,comme le monument le plus pré\ncieux.\n★\nEntre la rue Guénégaud et la rue du Bac, sur les parapets\nbordés d’ombreux platanes, dans ce coin du vieux Paris que\nla pioche des vandales municipaux ruine chaque jour im\npitoyablement, s’étalent les longues files des boîtes poussié\nreuses des bouquinistes. C’est dans le voisinage de ce pitto\nresque étal <pic naquit, le iG avril i8/|/|, Jacques-Anatole\nThibault dit, Anatole France.\nL’auteur de Clio nous a donné sur sa famille et sur son\nenfance de nombreux détailsdans le Livre de mon ami,sorte\nd autobiographie A peine déguisée, qui, en réalité, nous mon\ntre,sous un autre nom, l’enfant qu’il a été,doux,et passionné\npour les choses merveilleuses. Entouré des soins assidus et\ntendres d’une mère qui l’adorait et d’un père affectueux\net méditatif — un libraire du quai Malaquais — son Ame\ns’est développée dans une atmosphère douce et tempérée\nde serre chaude, cependant que les chocs et les soucis,sur\nvenus avec l’Age, n’ont fait qu’accroître,dans cet esprit bercé\npar le rêve et la méditation, le désir puissant et impérieux\nde fuir le contact vulgaire dans'le commerce des hommes.\nIl lit ses classes A Stanislas, où, loin d’être l’écolier modèle\ncl attentif qu’on suppose aisément, il se faisait remarquer, à\nla fois, par son indocilité et l’élégance de scs versions la-\nlines. Mais c’est surtout le long des quais, ou dans la bouti\nque paternelle, dont l’ambiant,fait de silence et de rêve,avait\nimprégné son enfance, (pic le jeune Thibault — en obser\nvant attentivement autour de lui et aussi en puisant dans les\nlivres aimés — a si prodigieusement empli la gibecière de\n(i) Vie littéraire —■ A. France.",
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     "texte": "8\nsa mémoire, comme s’exprime Rabelais — un maître que\nFrance a consulté bien souvent avant d’être le docte de\nThaïs ou des Opinions de Jérôme Coignard, Longtemps, son\nadolescente fraîcheur d’esprit cultivé, mais cependant dé\npourvue de l’ardeur productive propre aux jeunes lettrés,s’ac\ncommoda de cette vie simple et intérieure.Lui-même,fidèle\nson procédé,qui est de nous initier non seulement à scs rêves\net à scs visions de poète érudit,mais encore à sa propre vie,\nnous confesse cette partie de sa jeunesse intellectuelle, en\nces termes (i) : « J’ai vécu d’heureuses années sans écrire.\nJe menais une vie contemplative et solitaire dont le souvenir\nm’est encore infiniment doux », échafaudant, parmi des\nsonges riants,tout un avenir de calme et de travail,h l'instar\nd’un Sylvestre Bonnard,ctcommeil le disait encore lui-môrnc( i )\n« rêvant le bonheur in angulo eu ni libella » jusqu’au jour où,\nen 18G2, il entra, comme secrétaire de rédaction du Chasseur\nbibliographe, dans l’arène littéraire,pour livrer au public,\nparmi des articles, la première version, en vers, de Thaïs\nqui, reprise quelques années plus tard, devait consacrer\ndéfinitivement, le nom d’Anatole France.\nEn 18G8, France publia une courte et admirative étude sur\nAlfred de Vigny mais son véritable début dans le livre, date\nde 187.3, avec les Poèmes dorés, et les Noces Corinthiennes\n( 187G),fjiii attirèrent sur le jeune parnassien, admirateur de\nLcconte de l’Islc, l’attention du public lettré, tics poèmes,\naujourd’hui surtout,paraissent imprégnés de ce lyrisme froid\net guindé qui caractérise le poète des Poèmes AnlifjnesMiùa\nil faut louer la pureté de la forme et le classicisme de l’ins\npiration, not animent dans Leuconoé (3) où, déjà, se peu\nvent noter les tendances de l’auteur à guider sa pensée vers\nles manifestations grandioses du paganisme elle, charme pé\nnétrant des légendes grecques, et aussi le style à la fois\nsimple et complexe que nous retrouverons,avec plus de per\nfection, dans scs contes.Toutefois la forme poétique n’est pas\ncelle qui convient à son génie, et peut-être le jeune homme\na-t-il trop longtemps étudié autour de lui et dans les livres,\ncar il lui manque cette naïveté cl cet enthousiasme prime-\nsautiers qu’exige la poésie. Anatole Franco le comprit lui-\n(i)A. France, Vie littéraire (Du Scepticisme).\n(a) Conférence sur la Société historique d'Auleuil et de Passa\n(a 8 février 189/1).\n(3) Noces Corinthiennes.",
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     "texte": "9\nmémo car il abandonna levers après^ ces premiers essai\npour la prose musicale et châtiée ou sempoyerc j\nmais, ses ressources d’artiste descriptif cl d observateur pro\nj* |\nAttaché en 187G àla bibliothèque du Sénat, Anatole Franco\nécrit des préfaces pour des éditions classiques » P\nétude détachée sur Lucilo de Ghatcaubriant, évoquai >\nlignes harmonieuses et souples, la tigun, îoin.miq\nl’auteur des Martyrs considérait comme « le plus bcaugen\n« de femme qui ail jamais existé ».\nMais voici, le premier roman de M. b rance, . oc • >\nsorte de nouvelle « pleine de trouble et do uo ma » .\nd’un récit bizarre et romantique, le Chai il/enc, ou, p<\nquelques ligures grotesques, ou simplement etiun n cs, |\nrail pour la première fois le type cher à M. France, du vieux\nsavant, sous la figure du vieillard parasite et nuseieux\ndet Laterassc, et que l’auteur va reprendre, sous un jou\nplus flatteur, dans le personnage de Sylvestre ‘ •\nAprès cet essai dans le roman,il inaugure,av ce >e ! ' 1 , .\nSylvestre Bonnard, la série de ses ouvrages au 0 m\nques, faisant de son héros un France tel qu 1 1 piesa^i a\nle désirait lui-mèmo : homme d’étude, n aimant gucie qi\nses livres, mais, parfois, ému au spectacle de lu vie jusqu\nla tristesse, «pic tempère, toutefois, une plulosop ne 1\nscepticisme indulgent, et pitoyable. .\nDans les Désirs de Jean Servirai, il reprend une œuvre de\njeunesse, ainsi qu’il l’expose dans une prélace, et 1 ans e\nLivre de mon ami, il nous révèle son passé d enfant eue ni\nà la rêverie. Avec Balthasar,recueil de contes, dont e pie\nmicr a donné le litre i\\ l’oftvragc, France aborde, enfin,\naux rivages aimés de sa pensée vagabonde, qui no tune pas\na reprendre son vol, plus large cette fois vers les paysages\nalexandrins de Tliais l’un des plus beaux poèmes en prose de\nnotre temps. Le stylede France, jusqu’ici harmonieux et clair,\net, parfois, s’enveloppant de phrases doucement ironiques ou\nnarquoises comme il convenait au sceptique qui est en ui,\nnous apparaît revêtu d’un lyrisme puissant, dévoilant, api es\nle philosophe recueilli de Sylvestre Bonnard, le peintre nia\ngnifiquo do Thaïs. En des phrases, â la lois douces et en o-\nrées, coulantes et vigoureuses, en des pages frémissantes de\nlyrisme contenu, incomparables modèles do pur stylo ^ 1\na su dépeindre délicieusement les angoisses du moine 1 a-",
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     "texte": "10\npbnucc, le charme enivrant de la comédienne Thaïs, et je\nvoudrais citer,si la place ne me faisait défaut, la page admi\nrable par quoi il nous initie au songe merveilleux qu’esi cet\nincomparable décor, qui s’étend du désert de la Thébaïdc à la\nville d’Alexandrie.\nDès lors, le conteur s’impose avec tout son prestige.\nL’Elni de nacre, nouveau recueil de contes, précède de près\nla Rôtisserie de la reine Pédaugue où le sceptique fait sa\nréapparition dans un récit où l'on trouverait un peu de Ra\nbelais et beaucoup de Voltaire (le Voltaire de Candide s’en\ntend) suivi d’un ouvrage complémentaire: Les Opinions de\nJérôme Coiçjnard, Coignard, cet abbé voltairien, précurseur\nphilosophique des Ronnard et. des Rergeret, et qui, comme\neux, rappelle par bien des côtés le caractère do M. France\nlui-mème. Dans le Puits de Sainte-Claire, l’aüleur « refait\nes Ages de la foi » et dans une sorte de bible du scepticisme\n1 expose sa doctrine sous le titre de Jardin d’EpicureMuis,\nencore une fois, sa pensée manque de s’égarer et parait hési\nter à s’engager dans une voie définitive. Voici le Lys ronye,\nessai de psychologie mondaine, qui nous laisse bien loin de\nThaïs et même de Sylvestre Bonnard. 11 est vrai que si l’in\ntrigue banale nous semble dépourvue d’intérêt psychologique,\nle livre est toutefois, plein de pages exquises étrangères à\nl’action, et le Lys rouge nous vaut la joie d’une nouvelle\nmanifestation du peintre de Thaïs dans la description en\ndemi-teintes, de la campagne florentine.\nMais voici que M. France nous réserve de nouvelles sur\nprises. Faut-il croire que l’actualité tapageuse de ces derniers\ntemps, fournissant, ainsi (pie le prétend M.G. Kahn (i), l’oc\ncasion « d’indiquer très net ce que pensaient du droit, de la\n« justice et de la liberté des hommes qui,jusque-là,parlaient\n« sobrement des grands principes et de la vertu,car ils n’en\n« faisaient ni métier ni marchandise», Anatole France ail\ncru devoir, lui aussi, apporter la protestation d’un penseur\néclairé etd’un sceptique militant V\nCeci expliquerait pourquoi M. France a manqué,en publiant\nces trois livres Y Orme du Mail, le Mannequin (V Osier,\nVAnneau d'Améthyste,à la douce philosophie à laquelle nous\nétions habitués,car il faut constater — en le regrettant— qu’il\n(i) Revue blanche, i“ r décembre 1899. Sur Anatole France.",
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     "texte": "asse montre d’ainertamc et d’ironie violente dans ce frag-\n'•icnl d'histoire contemporaine.\n★\n. ans le Crime de Sylvestre ltonnard, un courtier en li\nbrairie propose au héros de M. France, un volume. C’est un\nhvro historique — ajoute-t-il — livre d’histoire véritable ».\n^ ( I U0 * M. Bonnard, interprétant la pensée intime d’Anatole\nFrance, ne manque pas de répondre, en homme qui n’ignoro\nr, cn des monuments accumulés de l’histoire et qui sait ce que\nvaut la vainc recherche de la vérité historique :\n“ Fn ce cas, il est très ennuyeux, car les livres d’histoire\n( 1 UI uo mentent pas sont tous fort maussades! » Ainsi\nFranco stigmatise, lui-môme, les historiens qui, sous le\nf allacieux prétexte de donner aux lecteurs la chronique exacte\n^ Ull e ère disparue, consentent è de la sécheresse et à do\nJ aridité, ce qui n’exclut pas toujours, chez eux, l’erreur ou\na partialité. C’est une faute très fréquente parmi le pu-\nj c de considérer chez M. France, avant tout l’historien, le\nfjoetc pour lequel la forme du roman ou du conte n’est en\néhnilivc qu’un procédé littéraire, qui a pour but de nous\nPrésenter agréablement l’histoire. Certes, M. France consi-\ntr .° comme instructive la narration attrayante des faits his-\n0 f»ques, et Jérôme Coi y nard affirmé que « les livres d’his-\nOlro sont remplis de bagatelles très propres aux divertisse\nments d’un honnête homme.... » mais d’autre part il nous\na vo Uc q U >j| ne cons ;dère pas l’étude du passé comme une\ns c«enco, mais bien comme un art ; et il ajoute : « On n’y\n^Çussit (jue par l’imagination ».Ce n’est donc pas tant la vérité\njsloriquo qu’il recherche activement dans le document, mais\nJ ’hot « la figure vivante du passe, la poésie des choses loin*\njj'mes [ 2 ) ». Voilé pourquoi Sylvestre Bonnard méprise les\nrcs d’histoire véritable, et nul que M. France n’a mieux\ncs.senti le charme des choses imprécises,agrandies,idéalisées\nJ , a, ‘ ïiotro rêve et qui,s’inspirant des témoignages historiques,\nenrichissent encore d’une vitalité inconnue aux romans\n‘magination pure.\n<( ; û’est donc pas, comme on l’a prétendu, par défaut d’in-\n^cntion que M. Franco s’inspire des exemples nombreux do\nlà! d'Epleure.\n' ' ' ■ l’ehssier. Anatole France [Hernie politique, 21 juillet y/*).",
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     "texte": "12\nl’Ilisloire.Pour lui,cc n’cst pas une tradition qu’il faut suivre\npas à pas, mais bien les éléments d’un décor connu, s’harmo\nnisant avec le rêve qu’il a fait et qu’il nous présente dans la\nforme impeccable (pii lui est propre. Et c’est bien en ceci,\nque nous retrouvons chez M. France l’artiste gréco-latin que\nnous aimons en lui. En effet, Homère ou Phidias créèrent-ils\nleurs sujets et ne furent-ils pas plutôt les interprètes du passé?\nL'Iliade et l'Odyssée ne synthétisent-ils pas, ces magnifiques\npoèmes, les légendes éparses dans la primitive Helladc, et le\nZcus formidable de Phidias n’esl-il pas l’expression géniale\nd’un mythe antérieur à l’artiste qui le sculpta? Et aujourd’hui\nencore, Carducci, ce poète italien digne de scs ancêtres latins,\nne puise-t-il pas aux sources de l’Histoire, les Ilots lyriques de\nses odes grandioses?\nCertes France aurait pu, lui aussi, comme la plupart de ses\ncontemporains, livrer sa pensée aux élucubrations imprécises\nd’une imagination déréglée à laquelle le lyrisme d’un poète\npeut, quelquefois, prêter le charme des rêves indistincts,A con\ndition d’une certaine naïveté incompatible avec une prodigieuse\nérudition. 11 a préféré nous initier aux splendides rêveries (pic\nlui ont suggérées scs lectures et scs découvertes historiques.\nMais l’Histoire est prolixe, inexacte, incertaine, et le plus sou\nvent pleine de contradictions, et n’est-cc pas au contraire le\npropre de la vision d’un artiste d’être rapide et synthétique?\nAucune forme littéraire ne convenait donc mieux à M. France\n(juc celle du conte concis et clair,pareil à la sculpture antique,\ndont un geste ou une ligne exprimaient, A eux seuls, tout le\npoème do la légende représentée. Je ne sais celui qu’il faut\npréférer des trois premiers livres de Contes (i) où M. Franco\nnous initie à sa personnelle vision du passé, mais j’en admire\nsurtout la forme aux lignes simples et magistrales qui évoquent\nintensément, tour à tour, et sans ordre apparent, les légendes\nnaïves des premiers Ages chrétiens ou l’épopée magnifique delà\nRévolution française, la lblie mystique du moycn-Age ou la\nprotestation sublime du paganisme renaissant.\nMais ces qualités de pur artiste, que nous admirons dans\nles différents ouvrages de M. Franco, voici qu’il vient de les\nsynthétiser encore en un recueil de contes qui embrasse toute\nl’histoire universelle sous le titre de la muse qui l’inspira :\nCVfo.Çcs contes—au nombre de cinq — résument les çiècles\n(i) Balthacar. — L’Etui de Nacre. — Le Puits de sainte Claire.",
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     "texte": "i3\nécoulés depuis Homère jusqu’à Bonaparte, et, revêtues d’une\npénétrante et subtile allure poétique,surgissent devant les yeux\ndu lecteur les phases les plus sublimes de l’Humanité. Ainsi\nAnatole France, plus simple et plus grand encore que jadis,\nnous montre le Chanteur de Ki/inè, l’aède divin de l'Iliade,\ncomprenant la supériorité qui l’isole de ses contemporains, et\npris « du désir de se mêler aux dieux », puis, dans un bref,\nmais saisissant tableau, voici Kom l’Atribate et les mœurs\ngauloises (inspiré des Commentaires de César) et ce dialogue\ndantesque entre Far inata dcgli Uberti qui sauva malgré\nclic la città dcl Jiore, sa chère Florence ; Le Roit boit, évo\nquant, en quelques traits finement impressionnistes, le Moyen\nAge obscur et torturé, plein de luttes et d’orgies, de plaisirs\net do combats, puis la fresquo imposante et fortement colorée\nd un Bonaparte prophétique sur le pont de La Muiron qui le\nramène d’Egypte en France vers l’avenir grandiose des con\nquêtes et de l’Empire.\nCelte fois,la vision est si rapide,et cependant si largo, qu'elle\napparaît comme le résumé magnifique de l’œuvre entière\nd Anatole France, œuvre parfois hésitante et touffue souvent\nprolixe et incertaine, connue si chaque volume do l’auteur de\nJ haïs n’était que le déchet précieux do ce pur et resplendis\nsant métal dans lequel il a façonné, pour sa gloire impérissa\nble, ce joyau littéraire qu’est C//o et dont peuvent s’enorgueil\nlir et se réjouir les pays latins régénérés.\nUogiîu Le Buun.",
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     "texte": "Avril\net le petit Homme des Bois\nConte pour mon petit ami Andrics•\nAvril dormait, couché dans le bois.\nLa mousse et les feuilles sèches qui l’avaient chaudement\nrecouvert commencèrent à s’éparpiller au vent.\nIl étira un bras et se retourna encore. Trois grêlons lui tom\nbèrent sur le nez et le réveillèrent.\nIl se frotta les yeux et regarda autour de lui.\nTout justement, un rayon de soleil, entre les branches des\narbres, darda.\nlion, dit Avril, voilé le soleil qui luit.\nUn grand lièvre roux, les oreilles dressées, s’était approché\net le regardait de scs yeux ronds.\n— « Ah ! bonjour, Longue-oreille ! » lui cria Avril —\n« Pourquoi me regard es-lu d’un air si stupide.\n— i( Je n’ai pas l’air stupide », lit le lièvre un peu vexé.\n< Mais je me demande combien de temps tu comptes dormir\nencore ? »\nAvril se mit à rire.\n— « Mon bon petit lièvre, »’ dit-il, et il voulut le saisir par\nscs longues oreilles, mais l’autre lit un bond de coté.\n— « Oui, oui, lu joues, lu fais le capricieux, voilà ton fort !\nTu feras mieux de te mettre à l’ouvrage ». Et il détala.\n— « lié ! hé ! voilà Caprice-Avril I » siffla le merle en sau\ntillant d’une branche à l’autre.\n— « Tiens, tiens, Avril est éveillé » chanta la mésange.\n(i) Johnnna Philips (M m * Clara Cogen) l’auteur de ce joli Gonto,\nétait la fille du poète flamand Lcdcganck, ù (pii la Flandre récem\nment élevait une statue. Elle vécut loin des luttes littéraires, simple\net maternelle, et mourut jeune.\nM m » De Weert, en traduisant les oeuvres de sa mère, a su leur\ngarder l’intime et fraîche poésie où se marque l'Ame de la race.",
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     "texte": "Le temps de se retourner, et (oui le bois sut qu’Avril était\nréveillé.\nIl restait toujours couché, et jouait avec le rayon de soleil.\nMais voilàqu’il aperçut devant lui un tout petit vieil homme,\ncoillé d’un champignon et tenant à la main un long béton,\ngrand au moins comme une aiguille à tricoter.\n< — Mien le bonjour, petit Homme des Rois » lui dit Avril\nen le saluant de la main. Comment vas-tu depuis l’an der\nnier ? »\n— « Fort bien, mon garçon, répondit bonnement le farfadet.\nUn peu plus vieux chaque année, mais toujours gaillard et\nbien portant. Mais dis-donc, l'ami? Ne comptes-tu pas te le ver ?\nRegarde donc quel travail lu as à faire !\nMars, ton frère, est parti cette nuit ; il a bien fait sa besogne.\nIl a plié et roulé les feuilles dans les bourgeons; il a montré\nle chemin aux racines des plantes et aux germes des graines ;\net même il t’a déjà préparé quelques godets de couleur pour\nenluminer les narcisses jaunes, les violettes et les roses ané\nmones des bois ! Il n’y a presque pas encore de verdure, ne\nle vois-tu pas V Allons, lève toi ! » Et de son long bâton il\nchatouillait Avril.\nAvril rit, d’un rire sonore, et se trémoussa dans les feuilles\nmortes, mais resta couché.\nCependant tous les oiseaux de la forêt s’étaient réunis, et\nperchés à la ronde autour de lui, ils chantaient et sifflaient a\n'pii mieux mieux en se moquant :\n—■ « O Avril, ô Avril 1 »\n“ Quand donc travaillera-t-il 1 »\n« — Attendez,leur cria Avril en bondissant sur scs pieds.\n« Je vais vous apprendre une chanson, moi ! »\n^ Et du coup uneondéede pluie et de grêle tomba avec force.\nIons les chanteurs se lurent cl se réfugièrent sous les bran\nches les plus épaisses, car il n’y avait point encore de feuilles.\nTous riaient.\n— « Voyons » — reprit le petit Homme des Bois qui avait ri\ncomme les autres, maintenant, à l’ouvrage ! Pense donc com\nbien de brins d’herbe, quelle infinité de mousses tu dois faire\npousser, combien de milliers de feuilles tu dois déplier et\ndérouler. Allons, dépêche-toi ! »\n—; * Oh ! petit Homme des Rois 1 C’est trop, vois-tu, » dit\nAvnl découragé, « jamais je ne pourrai à moi seul terminer\ntoute celte besogne ».",
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     "texte": "iG\n— « Moi et mes serviteurs, nous t’aiderons, pourvu que\ntoi-môme lu soies vaillant. Que dirait donc ta sœur, la prin\ncesse Maie, quand elle viendra et trouvera (pie ton travail\nn’csl pas terminé.Tu sais bien qu’il lui suffit à (die de toucher\nles boutons des fleurs et de les baiser pour les réveiller toutes\net les faire éclore; mais il faut (pie toi, tu travailles à tout\npréparer, comme un fier garçon que tu es ».\n— < Petit Vieux des Bois, tu me parles souvent do mon\n« frère Mars et de ma sœur Maie et jamais encore je ne les\n« ai vus. Mon frère est toujours parti quand je m’éveille;\n« pour lui, je ne suis pas bien curieux de le voir; c’est dans\n« le noir qu’il poursuit son œuvre, le plus souvent dans les\n« branches même cl dans les bourgeons, et sous la terre; il\n« travaille, dis-tu, aux petites racines et aux pousses. Mais\ni ma sœur 1 Oh! combien je voudrais la voir; et toujours\ni quand elle arrive je suis couché et endormi ! Une vieille\n« grive m’a dit un jour combien elle est charmante 1\na Oh ! puissé-jc la voir, une seule fois ! »\n— « Eh bien I » dit le bon petit Vieux, avec mystère, si tu\nes diligent et pas trop capricieux je ferai que tu voies la prin\ncesse Maie. Mais il ne faut pas qu’on le sache, car le grand roi\nde la forêt ne le veut pas !\nEt voilà qu’une grande activité régna par les bois et les\nchamps. Tous les lutins, guidés par Avril et par le petit\nVieux, fourmillaient sur la terre, plantant des brins d’herbe\net des plantes diverses par milliers.\nIls grimpaient le long des rameaux et très prudents, de leurs\npetites mains agiles ils dépliaient les feuilles vertes; d’autres\ns’avisèrent de peindre les fleurs, ayant pour brosse une\naigrette do chardon et pour godet le petit chapeau d’un gland\nils étendaient du jaune, du mauve ou du rouge sur les fleuret\ntes tout frais épanouies.\nDe temps à autre, des mulots venaient voir si l’ouvrage\navançait et les lapins sauvages s’enquéraient de thym frais.\nQuand il venait par trop de ces curieux, le petit homme des\nbois les chassait, criant : « On ne vient pas voir avant (pic\n« tout soit prêt ! Le merle le fera savoir à tout le monde 1 Ilop !\n« rentrez chez vous ! »\nTrente jours et trente nuits, tous les petits hommes, avec\nAvril, travaillèrent sans repos ni sommeil.\nLes farfadets ne dorment jamais.\nLeur travail était fort beau.",
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     "texte": "*7\nCes branches faisaient un dôme vert pAlo de dentelle, et\nplus bas, des milliers de Heurs frémissaient dans l’air du Prin\ntemps.\nLes lapins sauvages bondissaient de joie elles gros frelons,\ntout en velours cheminaient, bourdonnants sur la mousse verte.\nLes oiseaux s’essayaient à reprendre leur chanson de 1 au\ntre année, et tout le bois était plein d’un gazouillis sonore.\nH faisait une claire nuit de lune.\nAvril et le petit homme des bois s’étaient assis et se repo\nsaient; ils attendaient la princesse Maie qui pouvait venir à\ntout instant.\nParfois un mulot ou bien une belette traversait lestement la\nmousse et tout alentour régnait un grand silence.\nSeul le rossignol chanta, et son chant était si admirable que\npersonne n’osait remuer.\nLes oiseaux s’en étaient réveillés et chuchottaicnt entre eux :\n— « Comme cette voix s’élève ! » murmura le merle A la\ngrive qui était serréo contre lui sur la même branche, — «on\ndirait qu’elle monte jusqu’aux nues! »\n— « Monterait-elle bien aussi haut qu’un peuplier? i de\nmanda la petite voix grêle du roitelet. — « Car il n’y a rien\nde plus élevé qu’un peuplier 1 »\n— « Tais-toi, petit, et dors, » dit la grive, et de nouveau\ntout fut silence.\n\"— « Maie ne viendra-t-elle pas?» demanda doucement Avril\nau petit Vieux des Mois.\n— « Certes elle viendra, » répondit l’autre, « quand la lune\nsera juste au-dessus de co grand peuplier, alors elle appa\nraîtra. »\nUs attendirent :\nA présent la lune, comme le point d’un i, se trouvait au-\ndessus du grand peuplier.\nIle par le bois un doux frémissement se lit entendre,\net Avril, plein d’admiration, vit s’approcher une petite forme\nde lemme; elle avait de longs cheveux d’or et une robe traî\nnante tissée d’argent, et portait dans chaque main un rameau\nileuri d'aubépine.\n' * l j a voilà, » murmura le farfadet à l’oreille (l’Avril.\n<( O* 1 1 oh ! » soupira Avril si émerveillé qu’il ne put dire\nautre chose.\nMa petite ligure s’approchait lentement. Quand elle fut tout\nauprès d’eux elle parla, cl dit ;",
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     "texte": "i8\n« Bonjour petit Vieux des Bois, mon ami. « La musique de\nsa voix était plus belle encore que le chant du rossignol.\n— « Bonjour, chère Princesse; répondit le petit vieux en\nsaluant bien lias! Sois la bienvenue dans le pays! »\n— « Je vois que tu es toujours alerte et de bonne santé!\nreprit-elle. Mais qui est celui-ci?» — Et d’un de ses rameaux\nd’aubépine elle montrait Avril. » ,!c ne le connais point. »\n— « Chère Princesse, c’est ton frère Avril, qui était si dé\nsireux de te voir que je le lui ai permis. »\n— « Comment, comment, c’est mon frère Avril! Bonjour,\nfrère, tu as l’air tout confus; viens t’asseoir à côté de moi », et\nelle se laissa glisser sur un oreiller de mousse veloutée.\n— « As-tu bien fait ton ouvrage? dis? »\n— « Oui, Princesse, oui, ma sœur»,répondit-il tout timide.\n« J’ai fait de mon mieux pour que tout te fût plus facile. Oh\nMaie, «pie je suis heureux de te voir enfin! Comme tu es belle\net quel dommage que nous ne puissions rester ensemble.\n— « Oui » soupira la Princesse. « Je le regrette bien aussi;\nmais nous devous nous soumettre. »\nLe petit Homme des bois qui avait fait une rondo pour s’as\nsurer que tous les animaux reposaient paisiblement, revint à\nla hôte.\n« Enfants, » dit-il, « il est temps. Avril doit aller dormir et\nMaie doit encore faire éclore bien des aubépines avant le lever\ndu soleil. Embrassez-vous, il faut vous séparer. »\nAlors le frère cl la sœur mirent les unes dans les autres\nleurs mains et se donnèrent un baiser.\n— « Je vais rêver de toi, » dit Avril, se retournant encore.\nLe petit Vieux des Bois l’amena vers sa couche, au plus pro\nfond de la forêt, dans une fraîche et verte retraite; et tandis\nqu’il le couvrait de jeunes rameaux et de fougère, Avril sou\npirait en fermant les yeux.\n— « Oh, oh! qu’elle est belle et qu’clle est charmante! Que\ntout ceci a donc passé vite ! »\n— « Tais-toi, murmura le gnome, à l’an qui viendra, en\ncore ! Mais silence! personne ne doit le savoir! »\nEt Avril tomba dans un grand sommeil, jusqu’il la prochaine\nannée.\nJouanna. Emirs.\n(Traduit (lu néerlandais par M 1 \"* Anna de Wccrl).\n$",
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     "texte": "La Nouvelle\nCuisinière Bourgeoise (l)\nAVANT-PROPOS\nEn intitulant co livre In Nouvello Cuisinière Bour\ngeoise, je tiens i\\ déclarer que je n’ai obéi ni b la soit irré\nfléchie du scandale, ni à un appétit immodéré de l’actualité :\nj’ai intitulé ce livre la Nouvelle Cuisinière Bourgeoise, parce\nque c’est vraiment une Nouvelle Cuisinière Bourgeoise, —et\nnon par coquetterie, par calcul, par badinage, ou pour le\nplaisir.\nJ’ai (lit Cuisinière :\nEt ceci, en cfl'ct, est bien le livre de la cuisine. Qu on y prenne\ngarde, cependant : il ne s’agit pas d’unmanucl, et 1 amateur ou\nle professionnel y chercheraient en vain un ragoût spécial, une\nrecette inédite, une formule particulière. Ainsi s’explique aussi\nque, pour l’étonnement de quelques esprits superficiels, j aie\ncru devoir faire suivre d’un rapide aperçu des soucis du\nménage, l’humble contribution que j’avais apportée ;i l’étude\ndes plaisirs de la table ; j’ai vu dans les misères de l’un une\nmmédial\ncontre-partie nécessaire, un complément logique cl 1\naux satisfactions de l’autre.\nCar s’il est vrai qu’un appartement de garçon, en i\ndeux pièces et d’une entrée, comporte également une cuisine,\nle célibat du locataire n’en voue pas moins cette dei nu u , < 1\nthédrale désaffectée, à des hospitalités sans relations avec e\ntitre dont elle s’honore et se décore : bicyclette, ou ma u n\nphotographique, tub parfois, vieilles chaussures,—- et es ma\nles où s’affirme, en étiquettes répétées et muHicoloi cs,^pi i c\npartie dans la grande, la province des vieux parents qu ou va\nembrasser aux vacances : un jour leur rêve cher s exauce in\n(') Un volume gr. in-i8, aux Éditions de la Revue Blanche.",
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     "texte": "20\nsans doulc, à cos vieux parents, et, de cette province, la jeune\népouse sera ramenée ; — et alors, pour une vie nouvelle, une\nnouvelle cuisine, rétablie en splendeur, et répudiant les com\npromis, flamboiera de tous scs cuivres : la Cuisine, base des\nménages, fondement de la famille.\nMais c’est ici qu’apparaît l’intention moralisatrice de ce\nlivre, et qu’un enseignement s’en ‘dégage : Scylla matrimo\nnial près du Charybde gastralgique, vous que guidèrent seuls\nù l’autel la lassitude des tables d’hôte et l’écœurement des\nrestaurants,— voici les soucis du ménage : mais sur votre\nestomac ragaillardi par le bouilli de la famille, ces soucis ne\npèseront-ils moins lourd !\nJ'ai dit Bourgeoise :\nA distance égale des bas-fonds où tel psychologue, intré\npide scaphandrier du vice, cueille les perles de scs observa\ntions, et de ces salons de haute aristocratie, dont tel autre\nécrivain, le stick de gentleman emmanchant sa plume d'or, so\ncomplaira à décrire le confort britannique, le luxe cosmopo\nlite et raffiné, notre Inspiration s’est toujours attardée plus\nvolontiers en ces milieux de saine et moyenne bourgeoisie,\nChambre de commerce, succursale de la Banque de France,\ncercle de l’Agriculture, cabinet du sous-préfet : auprès de\nvous, fonctionnaires républicains, honorables gens de négoce,\nreprésentants modestes des grandes carrières libérales, petits\npropriétaires terriens : vous tous, en un mot, dont les filles\nont quarante mille francs de dot, et dont les fils se préparent\nA l’Ecole Polytechnique; — n’cst-cc pas là, en effet, le vrai\ncœur de la France, la moelle de l’esprit français?\nJ'ai dit Nouvelle :\nLorsqu’une Cuisinière Bourgeoisevient à paraître, elle est\ntoujours la Nouvelle, ou la Véritable. De ces deux épithè\ntes, si la première arrêta mon choix, je supplie «pie l’on n’y\nvoie nulle prétention à l’originalité exclusive, nul dédain non\nplus d’une parfaite sincérité. Simplement ai-je cru remarquer\nqu’un point de vue particulier, une forme différente, m’auto\nrisèrent, parmi d’honorables publications similaires, à nom\nmer la mienne : la nouvelle. Mais peut-être resterait-il à\nexpliquer pourquoi ce point de vue et pourquoi celte forme,\net qui m'incita ù écrire celte nouvelle cuisinière bourgeoise,\nalors <pie rien dans ma vie, dans mes goûts, ni dans mes\nhabitudes, ne décèlent l’homme accablé par les siens, moins\nencore ù l’affût des nourritures fines?",
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     "texte": "21\nLes personnes qui inc font l'honneur de mo suivre 1 ont déjà\ndeviné : j’ai parlé en ces termes de la cuisine et du ménage,\nconnue j’aurais parlé d’autre chose, comme je parlerai de\ntoutes choses, — parce qu'il faudra bien que je parle de\ntoutes les choses. Esclavo de la mission impérieuse (pic je\noie suis fixée, je continue patiemment mon petit travail, m ef\nforçant à exprimer le maximum de lyrisme, de notre ambiance\nquotidienne. Il arrive ce qui arrive : ici le rythme régulier se\nprécipitera plus nombreux, des rimes plus riches éclateront\nparmi les assonances; je n’ai pas de parti pris; je continue,\nl *' s *J e > je continuerai aussi longtemps qu’il le faudra; d’autres\nl )0 ns esprits m’aideront dans cette œuvre, certains ont déjà\ncommencé ; j’ai la satisfaction intime cl profonde de constater\nque ç<\\ se gagne : et du moins, par mes soins ou par ceux des\nautres, quand tout y aura passé, —- enfin pourra-t-on écrire\ntranquillement en prose.\nJ ollrc au public celte Nouvelle Cuisinière Bourgeoise,\nparce (pie c’est vraiment une Nouvelle Cuisinière Bourgeoise,\n~~ et non par coquetterie, par calcul, par badinage, ou pour\nte plaisir.\nFuanoNoiiain.",
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     "texte": "Circé (l)\n*\nJe veux aborder, volontairement —à ta petite île enchantée.\nMa barque fragile, :'i voile — safranée enflée par la brise ma\nrine, — et qui s’agite et palpite comme mon cœur — semble\nt’envoyer un salut, — un baiser, mille baisers de loin. — O\nCircé! ô Circé 1 ô Déesse 1 ô femme!\nVoici là-bas, comme un léger — petit nuage qui se berce\ndans l’azur du ciel, — (est-ce le ciel qui réfléchit la mer? —\nest-ce la mer qui réfléchit le ciel? — ils sont si polis l’un et\nl’autre!) — voici là-bas, là-bas, la petite île — (verte? rosée?\ncouleur de violette?) — O CircéI ô Circé! ê Déesse! ô\nfemme !\nVerte? rosée? Couleur de violette? — Elle surgit du sein\ndes ondes écumantcs, — et semble une grande Heur, une\nmonstrueuse — fleur abandonnée aux caprices des Océanides\n(pii la poussent, la repoussent et l’arrosent — avec des rires\nsonores en secouant leurs tresses — toutes perlées de gouttes\nirisées. — O Circé! ô Circé! ô Déesse! ù femme!\nVoici : je vois bien les écueils — qui subissent les assauts\ndes vagues : — ne submergeraient-elles autrement la mince\ncoquille — (telle, on la dirait telle, ô Circé!) — où tu reposes\nton joli corps —de déesse? Et je vois les grottes couvertes de\nmousse — et le sable doré du rivage accueillant. — ü Circé!\nô Circé!ù Déesse! ô femme!\nJ’aspire les parfums délicieux de tes jardins éternellement\nfleuris! —Comme ils donnent le vertige! Comme, — par eux\nl’Ame s’égare tout entière — dans des rêves qui surpassent la\nplus splendide — réalité... Oh! voilà! voilà! — La réalité de\nvient plus belle que le rêve ! — O Circé ! ô Circé ! ù Déesse I ù\nfemme !\nAs-tu entendu ma voix t’invoquer? — Tu descends le long\n(i) Ces pages, traduites par l’auleur, le célèbre romancier italien\nM. Luigi (Japuana, sont extraites d’un prochain livre, Semiritmi ou\nl’écrivain a employé pour la première fois en Italie une forme inter\nmédiaire entre le vers et la prose, assez semblable à celle de quel\nques récents poèmes en prose français.",
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     "texte": "23\nb>\ndo la largo allée ombragée, —seule, blanche, resplendissante\naveuglante, — nu-pieds et bras-nus, éparpillant à pleines\nmains — des roses, des roses, des roses, bleurissent-clles\nentre les doigts? Ou l’air se change-t-il — en feuilles de roses\nù ton toucher? — O Circé! b Circé! b Déesse 1 b femme 1 —\nIci, tes pieds, en adoration — laisse-moi dire b Déesse\n(après avoir baisé — leur empreinte dans lo sable 1res lin\n<iui en restera parfumé pour des siècles 1) — laisse-moi dire,\nb Déesse, ici à tes pieds, — laisse-moi diro : «le ne veux plus\n— je ne veux plus penser, jamais, jamais 1 —O Circc! ôCirco!\nb Déesse 1 b femme 1 —\n<Ic ne veux plus penser, ni plus me tourmenter — ni plus\ninterroger anxieusement avec la terreur de l’inconnu — (qui\ndilate mes prunelles et fait dresser mes cheveux) — ni plus\ninterroger la Nature trop sourde — la Nature marâtre qui no\nrepond pas. — Non je ne veux [dus penser 1 Jo veux, je veux,\nje veux —. aimer, et puis aimer, et aimer encore 1 O Gircé !\no Circc ! b Déesse 1 b femme 1 —\nDes instants sont-ils passés? Des jours? Des mois? Des an\nnées? — Est-ce quo le temps a perdu ses ailes? Les saisons\nne font-elles plus leurs tours? Et doit-elle être — un conti\nnuel printemps, ma vie? Ai-je rêvé? Quel bonheur, ne pas\npenser 1 Et voilà — pourquoi la beauté ne se fano jamais ici,\net voilà — pourquoi la jeunesse ici ne disparaît jamais 1 — O\nGircé ! ô Gircé 1 ô Déesse! b femme! —\nComment les bras no se noucnt-il pas — comme jadis a mon\ncou? Comment tes baisers — (pourtant les lèvres s’entrouvrent\nrouges comme autrefois, et tes yeux brillent —comme au\ntrefois, semblables à des Heurs de iin) — comment les baisers,\nles sourires, tes regards — no tuent-ils plus le mauvais reje\nton?... — O Gircé! b Gircé 1 b Déesse! b femme!\nLe mauvais rejeton de la pensée? — Pourquoi ne murmu\nres-tu plus à mon oreille — les séduisantes musiques, carcs-\nH< ? s T égalent les caresses délicates de tes mains? •— tes\nséduisantes musiques (pii égalent — les caresses de ton corps\nvibrant — entre tes bras mortels ? Pourquoi? — O Gircé 1 b\nGircé! b Déesse! b femme!\nQue m importent, que m’importent les autres? Qu ils m ap\npellent — fou, qu’ils me disent : Tu as fait un mauvais rêve!\n■ Qu’ils m'outragent : Tu as été pire que les bêtes 1 — Quo\nm importe? Quo m’importe? j’ai vu Pile d’or; j’ai été — faco\n!l l aco, haleine contre haleine avec la Déesse! — Quclquo",
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     "texte": "RC\n2/|\nchose au fond de mon cœur est reste, et même — ma pensée\nrenaissante est dorée. — O Gircél O Circc! ô Déesse 1\nô femme ! —\nAinsi lorsque derrière les montagnes de nuages — sur no\ntre mer orageuse, se couche — du soleil l’immense globe de\nfeu — qui semble plonger dans un abîme, — ainsi continue,\nà trembler sur les eaux, sur les écueils, sur les visages, —\nsur les montagnes opposées au loin, partout, — une légère\nlueur d’or qui demeure jusqu’à l’aurore suivante l — O Circc!\nù Circc! ô Déesse! ô femme 1\nLuigi Capuana.",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 32",
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     "texte": "Âmes de femme\nJULIA BREWSTER\n11 y a quelques années paraissait un livre de Pensées, signé\nde ce nom étranger et inconnu, qu’une préface charmante et\ntrès fine de M. Edouard Rod présentait au public. Le livre\nparut, sans grand bruit, aimé seulement de quelques Ames\nqui se complurent auprès de cette amie inconnue, dont on\nignorait presque tout et que l’on chérissait tendrement pour sa\ndélicatesse hautaine. Certains cœurs, tourmentés par les pro\nblèmes troublants delà destinée,les yeux hantes d un reve mé\ntaphysique, incessamment inquiets, retrouvaient la, dans ces\npages rares et fières, comme un rellct de leurs angoisses.\n>l’ai repris l’autre jour le volume, par le hasard d un nprès-\nmidi, gris et voilé comme un crépuscule. G est dans ces\nmoments où les brumes qui s’effilochent sur les choses,s éten\ndent aussi jusque sur le eœur, sur les goûts et les habitudes\nque 1 on va vers les rayons plus aimés des bibliothèques, vers\nles coins où veillent, dans leurs splendeurs, les poètes intimes\net plus près de nous; vers les moralistes qui ont bien su sans\nmisanthropie les faiblesses et les défauts du pauvre cœur\nhumain, vers les romanciers où nous goûtons les paysages\nque nous aimons porter jusque dans nos souvenirs. J’ai fouillé\nles rayons, jeté encore un coup d’œil vers mes vitres,troublées\npar les brumes, et comme, au moment do sortir, on cherche le\nvêtement convenant au temps, j’ai choisi une pensée en har\nmonie avec les tristesses d’Amo que je portais.\nJ ai tiré lentement les Pensées de M me Julie Brcwstcr.\nI\nN aurait-on pas même le devoir, en étudiant une Aine, de la\nrestituer à son cadre, au milieu et aux afiectionsoù clic s épa\nnouit et vécut, (pic ce serait dans la circonstance, une curio\nsité vraiment passionnante à exercer et A satisfaire. Tout un\npartum étrange volèle autour de celte vie qui fut simple cepen-",
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     "texte": "aG\n<lant, fièrement, pure et très retirée, un de ces parfums moder\nnes cl violents comme latin de ce siècle, comme tout ce siècle\nmême aura aime en respirer : le cosmopolitisme.\nM\"io Julia Brewstcr était la tille d’un ministre ancien de\nla royauté ancienne de Hanovre, dépossédé par les guerres\nprussiennes; c’était le baron Stockauscn.Dcs cette époque, elle\ns’instruisit et se forma une culture d’esprit et d’Ame aux voyages\ndont son père cherchait à distraire son exil. Elle connut ainsi\nbeaucoup de l’Europe, et c’est sans doute à une de ces courses\nluxueuses qu’il faut attribuer sa rencontre de Henry Brewstcr,\nessayiste et romancier américain, étrange parfois jusqu’à\nl'hermétisme, profond jusqu’à la liante originalité. Il habitait\nen France et elle l’épousa.\nDe cette époque sans doute datent ces impressions qui com\nmencèrent à se graver en elle. Une partie do l’année,l’hiver, le\nprintemps,son mari et elle habitaient Florence aux lys rouges,\naux horizons adoucis et purement fleuris. L’été et l’automne,\ndans une grande propriété, elle s’arrêtait aux bords du Lac de\nGenève, à Nyon et devant d’autres lointains, plus grandioses\ncl plus immenses,elle aimait à vivre.\nVie mouvementée dans son enfance, calme ensuite et\nreposée jusqu’aux heures très prolongées de son agonie... Et\ncependant elle devait conserver la trace de ce cosmopolitisme\nqu’avaient infiltré en elle les heures aux impressions vives,où\nla petite llanovricnne était une exilée plus ou moins volontaire.\nDes politiques brutales avaient faitautre sa patrie, la lui avaient\narrachée, presque selon l’image et c'était comme un symbole\nau seuil de son existence,cotte violence. Le Hanovre, vaincu\nà Langenzalza, la Prusse maîtresse de son pays, elle devait\nêtre de tous les pays désormais. Ame cosmopolite allant puiser\naux sources diverses des races, des forces et des solutions à\nses inquiétudes morales et divines. Eu Suisse, aux bords du\ngrand Lac bleu, aux fraîcheurs do contours, aux horizons\nblancs ou dorés des glaciers elle devait trouver comme l’Ame\nmême de cette disposition moderne. La Suisse, le Lac Léman,\nGenève, tous ces noms sont synonymes do cosmopolitisme.\nC’est la tradition, allant de Jean-Jacques Rousseau et de Vol\ntaire à Mmo de Staël; et de l’auteur de Y Allemagne à Amicl\net à M. Edouard Rod même. A cheval sur tant de contrées\ndiverses, un peu de la France, un peu de l’Allemagne, un peu\naussi de l’Italie et comme raffinement suprême, un peu aussi\nd’cllc-mème, la Suisse est bien le terreau do ces germinations",
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     "texte": "27\nmorbides. Elle est le point de contact ardemment recherché\nde ces situations, différentes jusqu'il l’opposition et qui cepen\ndant trouvent ici un terrain neutre où se rencontrer sans vio\nlence, où se fondre môme dans des gestes, des coutumes et\ndes habitudes, communes jusqu’à l’identité. , , . . ,\nn’était pas ce cosmopolitisme superficiel cl d extériorité\nqui s’était développé en Julia Brcwstcr, cosmopolitisme île\nplaisirs et de relations d’hôtel, polies jusqu’à la banalité, lhms\nsa chère villado Nyon, au contraire, clic vivait parmi les siens .\nson mari et scs enfants, très retirée, avec le commerce déli\ncieux de quelques amis seulement. Mais son Ame conservait\nla trace profonde des voyages passés et aimait encore, sans\nparti pris, les sensations des pays divers qu’elle revoyait. Elle\nchérissait la nature de Florence, les hauts campariilles, cisèles\nselon les goûts de Brunelleschi et de Buonarotti, les collines\nbordant l’horizon, l’Arno coulant très trouble. Elle chérissait\nles merveilles d’art, déposées là par les siècles, style à style,\nselon des inclinations très diverses (pu ne s’excluaient pas.\n-A la Colline, sa villa de Nyon, elle conservait des bibelots\nde toutes ces époques et de tous ccs voyages. Et si je pouvais\nte ri i r l’expression, je dirais qu’en son Ame et dans son cœur\n< «mouraient aussi des idées et des sensations — comme d’autres\nJ| belots — de toutes ccs civilisations.\n•l’ai voulu, avant tout, analyser selon la vie, ce cosmopoli\ntisme qui fut la fleur de son être, tendance que notre époque\na vu se développer excessivement. Sans cette recherche, je ne\ncrois pas que l’on comprendrait vraimenlsa pensée ni scs fines\nses, étrangères parfois à nos mœurs.\nSes Pensées, telles «pie nous les avons et telles qu’on a bien\nvoulu les publier, ne sont (pic de mélancoliques fragments\ninachevés... On sait qu’elle voulait appeler son œuvre la Ponde,\ntitre mystérieux et plein de rêve, qui laisse chevauchersa pen\nser, car on ne peut exactement savoir qu’elle est celle ronde...\nKonde des Ames qui enfnnlinomont, au cours delà vie appa\nraissent, défilent plus ou moins lentement, « font trois petits\ntours et puis s’en vont » ; rondes des rêves qui reviennent sans\ncesse sur eux-mèmes,comme un vol d’oiseaux,et qui s épuisent\nd’impuissance ?.... On ne sait, vraiment ; mais il y a comme\nun charme de plus à trouver celle pensée voilée d’une impréci-",
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     "texte": "28\nsion dernière. On recueille alors ses phrases; on les suit et\non les aime, comme des mosaïques rcconslituécs selon l’art,\net selon l’imagination aussi. Sur ces canevas, petites choses\nd’àme ou grandes pensées, exprimées avec grâce ou avec\nforce,on brode. Devant des phrases semblables à celle-ci,soli\ntaires, perdues comme dos fleurs sur un océan, on reste, le\ncoude au fauteuil, supportant la tète lourde. « Je vivrai afin\nqu’il me vienne des paroles : non celles qu’on cherche et qu’on\nmet en place, mais celles qui s’abattent par nuées comme les\noiseaux que la neige apprivoise ; celles qui pleuvcnt comme\ndes lambeaux de calice ; celles qui pénètrent et parfument et\nensevelissent; celles qui dissipent le désir do juger, d’expliquer,\nde convaincre : et qui font qu’on néglige de parler. » Et les\nyeux cherchent au fond de l’harmonie de ces mots le sens\nsuprême et continué de cette phrase.\nD’autres pensées passent,à feuilleter les pages,que je retrouve\ncrayonnées de bleu au long de la marge... Celles-là se sui\nvent, s’enchaînent étroitement. M. Edouard Kod, raconte dans\nla Préface qu’à entendre prononcer le nom do Gambetta,\njNImo Brewslcr pleurait d’admiration.\nJe veux bien le croire,[mais avec lui je jugerai que ce n’était\npas lui-même, le tribun de Tours et de la Défcnsequ’cllcadmi-\nrait jusqu’aux pleurs, plutôt la volonté puissante qu’il incar\nnait. — Je le croirais surtout, après avoir lu des lignes comme\ncelles-ci, qui évoquent tout une direction d’existence : « N’évi\ntons ni le danger ni la souffrance car de toutes les formes\nd’ivresse ce sont celles dont on renaît le plus facilement. »\nlût encore :\n« Le mal, c’est l’apathie... »\n« Sois véridique, c’est évoquer Io danger. »\nIl faut désirer... croire, réaliser la vie autonome,\nincarner la liberté. »\nElle avait aussi des heures plus tristes, des heures de lassi\ntude,comme en ont toutes les pensées immenses qui travaillent\nsur clles-mèmesct qui par ce travail même,développent en elles\ndes germes de désespérance... Je lis à la lin d’une longue\npensée qui se déroule, tout comme un nocturne de Chopin\nou comme une notation de Mendelsshon, ces deux mots sim\nplement : « se reposer ». On sent à les voir venir, comme un\nsoupir de fatigue, un soupir de soulagement aussi, de les avoir\nprononcés, la profonde lassitude dont je parlais tout à l’heure.\nSans cesse elle reprenait courage cependant, cherchait encore,",
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     "texte": "«9\n3.\ntout heureuse des solutions aux inquiétudes qui la troublaient\net qui jetaient des ombres sur sa vie. Elle aurait été heureuse\nsans ces angoisses profondes, tortures sublimes qui contri\nbuèrent sans doute à la mener vers cette mort, qu’elle voulut\nregarder jusqu’au bout en face, tout en se courbant devant\nscs desseins. Sa maladie fut longue et douloureuse. Elle la\nsupporta,sans plaintes, avec l’énigme gracieuse de son sourire,\nqui demeurait aux heures mômelcs plus tristes de sa sou fl ran\nce...Et ce dùtôtro vraiment un soircommc ceux-là,où elle avait\nplus souffert et plus dépensé de volontécncore que de coutume,\npour cacher sa lente agonie aux siens, qu’elle dut écrire cette\nphrase, lorsqu’elle se retrouva seule dans sa chambre :\n« Tu te réveilleras, tu chercheras et ne trouveras plus per\nsonne. lu te rappelleras (pie lu avais une mémoire, mais tu\nn’auras pas peur. Les mots seront effacés; le système persis\ntera ; tu sentiras que la mort fait partie des aventures promises\net que l’immensité te porte et t’enveloppc mieux (pie le duvet\ndu nid... »\nCe fut une Ame étrange, très complexe dans sa simplicité,\ntrès simple aussi dans toutes scs complications de moderne.\nAtteinte comme beaucoup de coeurs contemporains par celte\naffection de l’analyse, mordue par ce ver rongeur qui détruit\nbien souvent les énergies saines, étiole les sentiments et blesse\nla vitalité dans scs organes essentiels : la croyance et la volonté,\nelle sut rester une croyante et une volontaire.\nCroyante sans doulo d’autres cultes que les nôtres, qui dans\nle regard des étoiles cherchait les reflets d’autres inspirations...\nElle no savait pas s’attacher à une doctrine religieuse lixéo se\nlon des dogmes; elle suivait les fluctuations de sa sensibilité,\net tout avec son cœur,elle s’était reconstruit unccroyance par\nticulière,faite de rêverie cl. de grâce. Scs mots,très gros par\nfois et très austères, techniques jusqu’à l’excès, cachaient tou\njours une idée simple et forte, belle et poétique commol’ombro\nd’une fouillée,obscurcie et noircie par la nuit qui laisse scin\ntiller, solitaire, la pureté d’un astre. Et j’ai songé souvent, en\nm’arrêtant sur seslignes, à l’influence très ccrlainoquc durent\nexercer sur elle (les penseurs allemands, comme Novalis,\nFichteou Jacobi.\nVolontaire, elle l’était aussi, mais sans la force brutale que",
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     "texte": "3o\nreprésente bien souvent l’énergie. Sur ces dogmes nouveaux\nqu’cllc aimait, sur ce panthéisme dont clic animait et grandis\nsait la nature, refusant d’y voir < un morceau indigeste »,\nsur ces théories qu’elle analysait sans cesse, elle avait greffé\nune morale d’action admirable.\nLa vie sans doute est une amertume qui ne se lasse pas,\nmais il faut accueillir la vie sans lâcheté, parce que nous ne\nsommes pas seuls au monde, qu’autour de nous les êtres\nchers, les paysages et les (leurs elles-mêmes vivent comme\nnous de la même vie attristée, mais enfin vivent aussi. Et ce\nn’est pas une simple phrase, inerte et sans portée, qu’était la\nmorale à laquelle elle s’était arrêtée. Elle donnait l’exemple,\ndans les pauvres dernières années où, souffrant terriblement,\nelle voulait être gaie, paraître à peine malade, pour ne pas at\ntrister ceux qui se réchauffaient à son sourire. Il y avait lâ\nses enfants, son mari. Les bébés jouaient autour d’elle, de\nvant la coupe bleue du lac; Henri Brewster écrivait, prèsd’ello\naussi— et sachant que ces jeux, que celle œuvre, que ces ami\ntiés rares qui l’entouraient s’arrêtaient à la regarder, sans im\npulsion et sans forces s’il la voyaient la douleur aux yeux ou\nsur les lèvres, elle voulait paraître bien portante.\n11 y a dans cette morale, mise ainsi en fait, une beauté\nsublime qui fait songer aux stoïcismes enseignés et pratiqués\nde l’antiquité. Les petites phrases, pleines de pensées et d’i\nmages qui sont restées interrompues, me font parfois songer au\nManuel d’Epiclèle ou aux Pensées de Marc-Aurèle. Ces émo\ntions fugitives, notées brièvement, ont souvent un peu de ce\ntrouble, qui fait trembler les roses pleines de larmes refou\nlées. Elle l’avait écrit. «... Il n’y a pas d’autre déclaration\nd’amour qu’une vie se dévouant sans cesse » — Et elle tenait\nà demeurer fidèle à ses pensées.\nC’était comme une immense charité qu’avait découverte cette\nAme exquise de femme. A un moment, elle avait dù perdre\nsans aucun doute sa foi et son énergie. Ayant trop décomposé\npour voir juste, elle avait trouvé tous les dogmes et tous\nles vouloirs, communiant mal avec sa sensibilité. — Comme\nau fil de l’eau,tout s’en était allé â la dérive,au (il de son analyse\nsi je puis dire. — Et un pessimisme l’avait effleuré, puis saisi\njusqu’à l’heure suprême où la nature et la vie intérieure\nlui avaient apporté ces consolations dont je parlais. Je puise\nscs données et je m’essaie â reconstituer ces états d'âme rayon\nnants qu’elle traversa à l’aide de celle pensée,",
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     "texte": "« Il y a un mysticisme qui est un assoupissement dans la\nnature, un sentiment de tendresse et de communion avec\ntoute créature.\nIl y en a un autre où la Nature s’écroule et qui nous lait\nentrevoir au delà le vivant qui ne meurt ni ne change... »\nCe fut ce mysticisme dont elle parle d’abord qui dut 1 aider\na se grandir, à tendre plus large son cœur et à estomper de\nsourires son pessimisme. Dans cette splendide nature du Lac\nLéman et de Florence, elle trouva tour à tour celle tendresse\ncl celle communion qui la sauvèrent et qui jusqu’aux infimi\ntés de son être, reculèrent scs désillusions cl scs souffrances.\nSon amour pour la nature et pour les siens fut sa prière; sa\npensée, exprimée dans ces cahiers intimes qui resteront,\ncomme le dit M. l’aul Bourget, a le meilleur procédé encore\npour y voir un peu clair dans son cœur i lut son refuge aux\nheures où sa force semblait défaillir. Elle venait là — suprême\ncourage et suprême ironie 1 — lui donner une forme imperson\nnelle, accumulant ainsi de nouveaux écrans entre son rêve et\nles siens — pour ne pas les attrister 1...\nIV\n... Je referme ce petit livre de Julia Brewstcr. Quelques\npensées, plus douces et plus fortes, se prolongent cncoio\nen moi et agissent dans mon cœur. Jamais au reste je ne «u\nouvert, ce mince recueil, sans me retrouver meilleui et p us\nagissant quand je l’ai eu fermé, quand j’ai laissé îelom ici\nsur la page achevée le voltigement du signet... I lus < ima 0 cs\ndans mon esprit, plus de tendresse et de confiance laissée < ans\nmon cœur, voilà les tleurs que j’ai toujours cueillies dans ce\nchamp. .\nEt celle fois nouvelle j’en ai rapporté ces pages,—trop msutü-\nsammenl analysées encore selon mon désir, comme acte\nqu’elle a su inspirer à ma volonté... U m’a semble que de la\nsorte j’accomplissais un peu de cette pensée, a cl e-mune, qm\nvoulait que l’on agit pour les autres — et que je comprenais\npeut-être ce sens fugitif du titre qu’ello réservait a son livre...\nLa Ilonde... peut-être est-ce le regard jeté à la ronde, au\ntour de nous et qui nous donne les forces immenses de a\ncharité, de la solidarité, comme nous disons aujourd hui f\nTâche délicieuse et pénible à la fois, cllorl pour crcuseï le wn",
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     "texte": "32\nsillon des moissons futures, joie mystique et active à la fois,\nqui nous laisse parfois abattu sur notre œuvre, casse\net anéanti... Ce fut son sort, à elle-même, celte grande Ame\nféminine qui nous prêchait la vertu de l'effort et qui semblait\nentrevoir les fardeaux de sa destinée, lorsqu’elle écrivait celle\nphrase mélancolique et plein d'idéalisme cependant:\n« Nous avons beau adorer l’héroïsme : A l’heure où nous\ntombons victimes du hasard, il ne s’agit plus de nous sentir\ntout-puissants en Dieu, il s’agit de se sentir mortel en Dieu,\nce (/ni est encore une façon (le ressusciter...\nGkoivgiîs GnAurE.",
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     "texte": "Sonnets de féerie.\nA Lucien Bcsnnrd.\nI\nLA UOUTE\nLes grands frissons du soir ont envahi la plaine,\nhit les coteaux si bleutés se sont effacés,\nNe faisant noir gu'une ombre houleuse et notre, cl pleine\nHt inconnus murmurants cl d'échos trépassés!\nEl la route des bois, sans arbres entassés,\nComme un long serpent blanc d'une forme incertaine,\nSait les haltes sans Jin des voyageurs lassés,\n! ont son immensité leur apparaît lointaine...\nEt la roule insensible aux appels des autans,\nEongcant de ci, de là, quelque rare maison,\nN a jamais vu sur elle une Jleur du Printemps !\nPans la nuit, elle va, poursuivant son chemin...\nVers l’étendue intense et vers un lendemain\nQue l’homme ne reconnaît pas pour l'horizon!...\nLE EOSSIGNOL\nSi tu veux écouter la suprême Harmonie,\nEt l'aven du ciel aux murmures de la terre,\nEc langage d'amour ou de peine infinie,\nAu fond du Printemps dort le Temple solitaire.\n! a iras là parce que Dieu mit le Mystère,\nEe souffle, subtil gui sauve île l'agonie,\nEt la Jleur qui dans l'étang bleu se désaltère;\nla iras là, par la sente obscure, aplanie...",
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     "texte": "Alors en notes d'or, dans l'ombre, une Ame ailée\nNi d'ange, ni de femme — une voix affolée —\nTe confiera le chant qu'aucun roi n'a traduit...\nEt du carrefour à l'horizon noir, la même\nParole jaillira, plus grande qu'un poème,\nDu cœur du Rossignol se donnant à la Nuit?...\nIII\nLE CYGNE\nL'ancien Automne a penché sa mélancolie,\nSur l'étang d'émeraude isolé dans les bois,\nEt sa surface est plane cl son onde est jolie,\nQui baise les joncs verts murmurants de hautbois !...\nDes oiseaux de la plaine, on n'entend /tins la voix,\nEt le lac en sommeil se souvient d'Ophélie,\nCar c'est le silence immense d'un autrefois,\nQui repose en son sein de mort ou de folie...\nMais doucement — et tel un beau ciel qui se lève —\nLe Cygne abandonnant sa retraite aux roseaux,\nCalme, s'en vient rider le rideau clair des eaux...\nIl passe, il l’ail, il glisse en des gestes frûleurs,\nSes palmes dessous l'onde et son col sur les/leurs,\nEt ses ailes de neige emportent tout un rêve!...\nIV\nl’alu'ce\nElle et moi dans le parc d’automne et vers l'A liée,\nSi seule et silencieuse, aux frondaisons d'or,\nNous avons /tassé... C'était très loin de ce décor\nD'intimité douce et d'ombre pâle et troublée.\nOn eut dit sur le Soir, une douceur ailée,\nLa lassitude avant-coureuse de la mort,",
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     "texte": "35\nLe rappel puéril d'une pensée encor\nAutour de longs massifs déforme désolée...\nNous avons frôlé longtemps la pâleur des roses,\nNous murmurant, des mots, des baisers cl des choses...\nLes branches se voûtaient pour mieux nous voir venu .\nEt dans cet instant d'agonie et de silence,\nAu profond de l'allée immensément intense,\nNous avons revécu tout notre Souvenir !...\nl.A VIE\n(D’après un tableau).\nSons le berceau d'Automne gu'un /lève ensoleille,\nTout brodé de l'or des treillis louais et lassés,\nLa Alere aux Jlancs orgueilleux a pris la. corbeille\n() à reposent les fruits, par scs mains entassés.\nA l'enfant candide et qu'un peu d'haleine éveille,\nLa Mère aux yeux heureux, vers son ('une, abaissés,\nJ end la grappe délicate cl de chair vermeille,\nDont la bonté transpire en parfums oppressés..,\n® r > clarté murmure et l'air s'est adouci,\nChassant par tout le ciel la peine et le souci ;\nL heure est propice à la gourmandise cl l'envie.\nôlais l'enjant a mangé du bon J'rnit del Automne,\nLt son bonheur est tel qu'au Rire il s'abandonne .\nLu mordant dans la grappe, il a goûté la V le !\nIllîNUY DEOUONj",
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     "texte": "k\nAube Japonaise\npour Laurent Taillmde\nL'Aube artificielle aux yeux de porcelaine,\nL'Aube aux jones fardées de laque rose cl de vernis,\nOuvrit sa halte verte, emmitouflée de unit,\nEt l'ombre disparut sur ses chariots d'ébène.\nL'A nbe avait une robe fleurie de Japonaise,\nOù des rats tressent l’or précieux des forêts.\nUne robe poivrée, toute alourdie d'aromes.\nEt ses cils dessinés par des pinceaux Jlnets\nMettaient au front du ciel d'aériennes cimaises.\nDes sentiers minuscules arabesçaient les monts,\nLà-bas, oà les nuages, aux lèvres vermillonncs,\nMordillaient le Soleil comme une nèfle acerbe.\nLes Pagodes superbes paraissaient suspendues,\nAux claires mafoliques d’un plafond irréel,\nComme un Chinois pendu, par le bout des cheveux;\nSur leurs toits retroussés cl brodés en savates,\nDes Ibis en bois rose figés sur une patte,\nPortaient des nues au bec ainsi que des consoles.\nDes nimbes de satin et de peluche bleue\nChatouillaient le visage immense des Idoles.\nDans la fraîcheur des cours humides résonnèrent\nLes rythmes lourds des gongs anciens et fabuleux;\nL’air avait la couleur du safran et des perles.\nLa Campagne montait vers les monts d'émeraude\nEt les hûleurs jaunis sous le serpent des câbles,\nEl les hûleurs jaunis dans le rose de l'aube,",
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     "texte": "$\ni\nh\nFaisaient crisser les jonques Jincs sur la plage,\nAvec le bruit de tôle et de marteaux dorés,\nQue font les pieds carrés des Mousmès, sur le sable.\nVêtue de rayons neufs et d'une senteur chaude\nLa Campagne étirait les bras de ses rivières,\nElle enfonçait au fond des lacs, an fond des mers,\nLes doigts de ses ruisseaux tout bagués de vipères,\nComme en des coffre-forts gorgés de pierreries.\nPuis elle trottina vers le grand baldaquin,\nDressé sur les collines de fines sucreries,\nOù le Soleil assis comme un vieux mandarin,\nVeillait aux pâmoisons monstrueuses des fleurs.\nDe nimbes de peluche et de frêle satin\nChatouillaient le visage immense des Idoles.\nEt parmi le sourire carminé du matin,\nDe la panse feuillue des pagodes opaques,\nUn à un, s'égouttaient sur la route de nacre,\nLes Bonzes noirs, pareils à des gouttes de laque.\nF-T. Maiunetti",
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     "texte": "Antinous\nSous la brise du soir les lent ares mouvantes\nsuspendues devant la fuite des horizons\nau seuil mystérieux de l'atrium immense\ns'arrondissent ainsi que d’irréelles voiles.\nDans le silence émus meurt le dernier frisson\ndes filles qui charmaient les langueurs de la danse,\net parmi l'air pesant, imprécises étoiles,\nles flambeaux élevés épuisent leurs senteurs.\nÉtendu sur la pourpre des coussins profonds,\nAntinous endort ses longues lassitudes\nsous le regard inquiet de VEmpereur.\nSa nudité flamboie et s'exaspère aux reflets rudes\ndes bijoux sertis d’or et d’argent qui la parent :\nsardoines amorties sur les chevilles frêles,\nsaphirs ceignant d'azur l'étroitesse des tempes\nparmi les cheveux noirs et l'or des bandelettes,\naméthystes d’orgueil, émeraudes barbares\ncerclant les bras vaincus d’immortelles attentes,\net la turquoise impure, œil unique du ventre,\nglissant avec lenteur vers le pistil secret ;\nviolant les lys très purs de la jeune poitrine,\ncomme des pleurs de sang les rubis étoilés\npalpitent longuement, sur la chair opaline.\nLes lèvres saignent dans la pâleur de la face\nsons le frisson léger qui gonfle les narines,\net les yeux indécis agrandis par le fard\nse scellent sons l'orgueil de leurs paupières lasses.\nAinsi dtais les fumées de cinname et de nard\nque soufflent les dragons par leur gueule d'airain,\nvoluptueusement le jeune homme divin\noppose sa blancheur aux pourpres des coussins.",
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     "texte": "Il parle lentement au milieu du silence :\n« Le vent dans les roseaux frissonne an bord des nues,\net les grands nymphéas ouvrant leurs yeux pensifs\ns'émeuvent de désirs sons l'ardeur fugitive\noù les berce le flot dans ses lentes caresses.\nAux baisers du soleil s'endort le Nil immense\net la ville debout aux portes du désert\ndans le fleuve adoré vient baigner ses pieds bleus.\nVoici le terme enfin où tendaient nos détresses,\naux fuites des lointains nous fermerons les yeux :\nnotre âme a, dans son rêve, épuisé l’univers.\nNous avons parcouru les antiques cités ;\nI Asie ouvrit pour nous ses mains mystérieuses,\net l’Arabie en fleurs parfuma sa beauté...\nMais maintenant, couché sur le linceul des sables\nle sphinx, silencieux amant de l’inconnu,\ndresse devant nos passa face inévitable.\nII darde la splendeur de ses prunelles creuses\naux pâles vanités des chemins parcourus,\net le sourire errant sur ses lèvres de pierre\nironise les jours que nous avons vécus.\nJe n'irai pas plus loin. Je ferme les paupières\nsur la fuite de mes désirs inassouvis,\net lentement, bientôt, l’irrécusable mort\na mes lèvres boira le souffle de la vie.\nMes mains se sont lassées des caresses farouches,\nmes pieds sont fatigués de l’ennui blanc des routes,\nd je ne puis, hélas ! effacer de ma bouche\nle parfum des baisers âcre comme un remords,\nl'u ne m'as />as aimé ! tu ne m'as pas aimé\nalors que tu soumis ma chair à les baisers,\n°l je ne t'aimais pas lorsque l’ivresse impure\nfaisait battre mon cœur contre ton corps pâmé.\nHans la monotonie splendide des plaisirs\nle rêve de notre âme étreignait le mystère\net nous n’aimions tous deux que l'éternel désir.",
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     "texte": "f\\0\nMais je sais aujourd'hui que les vaincs prières\nvers les divinités toujours inassouvies,\nles rouges voluptés et la joie des luxures\nn'égaleront jamais l'impérissable orgueil\nde rester immobile en face de la vie ! »\nCependant que la nuit vient s'accroupir au seuil,\nimpassible et sacré, l'enfant divin endort\nau milieu des parfums, ses longues lassitudes,\ncl l'Empereur perdu sons les ombres blafardes,\npenche son front pensif, et regarde une larme\ncouler très lentement sur ses doigts cerclés d'or.\nLouis Païen.",
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     "texte": "Impressions de Transylvanie (I ^\nEn traversant le village, ce qui est une joie artistique, j ar\nrive chez M\"i° Gyarmathy Zsigané où je m’étais fait conduire\npar un paysan rencontré. M ,n o Gyarmnlhy est tellement con\nnue dons toute la Hongrie, qu’une lettre à son adresse est le\nmeilleur passe-port pour traverser le pays. Elle a publié entre\nautres choses Onkentes Marlirok (les Martyres volontaires)\net A Uavaso/c Aljan (Au pied des Alpes); l’archiduc .loseph\na même fait une préface pour ce volume; et enfin, A Hegyelc\nhôsiïl. Elle vil dans une maison lorl confortablement instal\nlée, au sein d’une famille très affectueuse dont la bonne en\ntente fait plaisir à voir. M. Gyamarlhy ferme en dépit de ses\ncheveux blancs, a une tète énergique et me représente bien\nle vieil Hongrois. Ouoiquc j’ignore malheureusement sa\nlangue, je me rappelle qu’au dîner où j’étais invité,étant a la\ndroite de la maîtresse de la maison, son mari était devant\nmoi et je suivais très bien, sur sa physionomie et dans les\nlueurs (le scs yeux, les élans généreux et fiers qu’il formulait\ndune façon violente lorsque je lui parlais de Vœrcsmarty et\nsurtout de Pctœfi, le Tyrtée hongrois mort ù vingt-six ans.\n•le bis heureux de sa joie quand il apprit que je connaissais\nle célèbre chant do « En Avant » dont la dernière strophe\nrésume si expressivement l’énergie :\nS’il faut mourir, ch bien, soit! mourons tous!\nEt que pur nous vive notre patrie 1\nEn avant!Il\nDe l’autre côté de la table étaient ses trois fils et M. lo\ndocteur Wendelin, qui voulut bien nous servir d interprète.\nAu dessert, M. Gyarmathy, en véhément apôtre de la liberté\ndes peuples, me lit dire avec instance, ainsi (pie toute sa\nfamille, (pie le plus grand plaisir ù leur faire, était de chau\nler « La Marseillaise» tout entière. Et lui, qui no connaissait\nla signification d’aucun mot français, élait tellement enthou\nsiaste de la musique embrasante de notre hymne, qu’il en\nt 1 ) Voir la Vogue du io février.",
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     "texte": "avait appris la première strophe et tenait iï reprendre le re\nfrain avec moi. Ce fut do tout cœur que je leur donnai com\nplète satisfaction.\nA l’intérieur de cette maison si hospitalière, on retrouve\nles vieilles poteries régionales accrochées au mur ou rangées\nrégulièrement suivant la mode hongroise. Elles sont généra\nlement du xvu° et du xviiio siècle, on les recopie du reste\naujourd’hui. Autour de moi sont d’anciens tabourets sculptés,\nde vieux bahuts et des chaises découpées. La plupart est\nbariolée de fleurs polychromées, ce qui leur donne un aspect\nfort gai. Cela m’a rappelé les meubles d’habitations Scandi\nnaves. Déjà, au musée de Budapest, j’avais vu de ces boise\nries vénérables naïvement peinturlurées, mais d’un caractôro\ntrès particulier. Parmi les fleurs, la tulipe joue un grand rAlc;\nelle reparaît fréquemment sous toutes les formes comme élé\nment décoratif, traditionnel. Les femmes de celte région,\nchaussées de bottes écarlates avec leurs jupes aux nuances\nvives, plissées ou à larges revers retroussés, quand elles ont\nsur la tète les foulards éclatants, semblent être, elles aussi,\ndes tulipes ambulantes.\nMadame Gyarmathy, en plus de ses préoccupations litté\nraires, a fait de grands efforts pour maintenir l’amour des\nchoses d’autrefois et conserver la tradition nationale. C’est\nsurtout pour les broderies qu’elle a prodigué tous ses soins.\nElle en a fait acheter au fond des lointaines bourgades; elle a\nsu choisir les types les plus recommandables comme pureté\nde style et déjeunes paysannes, dans leurs instants de loisir,\nfont pour elle des couvre-lits, des dessus de table et des arti\ncles de lingerie du plus harmonieux effet.\nJ’avais trop cherché vainement ce caractère des choses\nmortes, condamnées par le progrès uniforinisalcur pour ne\npas déborder d’enthousiasme en présence de ces révélations\ntant désirées. Je dis à M> 110 Gyarmathy qu’en France aussi\nnous provoquions un mouvement pour rénover le caractère et\nle génie de chaque province, que des artistes et des écrivains\ns’étaient mis à la tète du courant et que Mistral m’avait fait\nles honneurs de son musée d’Arles en 1898, lors do ma der\nnière tournée en Provence. Les objets d’art pur, les bibelots\nde luxe ne s’égarent pas: il y aura toujours des amateurs et\ndes musées pour eux, mais les ustensiles familiers, ceux qui\nnous servent le plus, les compagnons de tous les jours des\nhumbles, qui songe ii les garder? La gourde ou le pot que le",
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     "texte": "43\nmoissonneur emporte le matin quand il va à son travail, l’as\nsiette, le couteau rustique, la pipe des aïeux qu’oû fumait le\nsoir en famille depuis plusieurs générations, qui en prendra\nsoin ?... Cela s’use, se brise ou s’égare dans le branle-bas in\ncessant du ménage et cela est remplacé peu à peu par les\nproduits d’exportation qui se font à la grosse et qui fabriqués\nmécaniquement, reviennent à meilleur marché. Le paysan in\nsensiblement laissera se substituer l’article d’exportation fait\na Manchester ou à Ebcrfclt, aux objets de ses ancêtres.\nJ’ai vu encore ici des lustres de bois peint à quatre bran\nches, si primitivement construits que je restais en extase ; j’ai\nvu des quenouilles sculptées, des tasses et des cuillers de\nbois, des gargoulettes, bizarrement bariolées, etc., etc.\nEnfin, comme je désirais voir des jeux et des danses, des\ncostumes de jour de fêles, M'»« Gyarmalhy avait recueilli mon\nvœu, et le lendemain matin on vint me prévenir qu’une tren\ntaine de jeunes filles et d’enfants en toilette de gala atten\ndaient dans sou jardin pour se prêter à toutes les volontés de\nleur maîtresse. Au lieu du foulard, elles portaient le diadème.\nC’est dire (pie tout fut mis en mouvement, on représenta\ndes danses d’hommes et de femmes, des rondes enfantines,\nde gracieuses poursuites en cordons capricieux rappelant un\npeu la farandole ou la « dérobée » bretonne. Une jeune fille\nTanxàs Kala, chanta mélancoliquement un air national. Une\nchanson plus gaie suivit et, si un orage n’était pas survenu,\nj aurais pu jouir de la vue d’un nouveau « csardas ». Mais\nle temps ne le permettant pas, cette bande juvénile aux\njoyeuses couleurs se dispersa. I.es plus Agées défilèrent d’abord\ndevant Mme Gyarmalhy, les autres ensuite, jusqu’aux fillettes,\nen s’inclinant et en lui baisant respectueusement la main, (l’est\ncomme je l’ai dit, l’usage traditionnel ici et personne n’y\nmanque.\nMais il était écrit que pendant mon séjour à BAufFy-IIunyad,\nj’épuiserais toutes les amabilités de la région. Présenté à\nMonsieur Dotninik Marcsay de Nagy Harcso, député depuis\nlongtemps au Parlement Hongrois, je fus invité le mémo\njour à venir déjeuner chez lui. Il me fit visiter son parc et,\nfranchissant le portique sous lequel Madame Barcsay nous\nattendait, j’eus l’honneur et le plaisir d’êtro mis en sa pré\nsence iivcc toutes les formalités d’usage. A table, après les\nvins du terroir, on eut la galanterie de me faire offrir des\nvins de France, et succédant A la caresse tiède et veloutée",
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     "texte": "44\nd’un Bordeaux rouge, le Moct en reconnaissant un compa-\n.triolc, s’évada bruyamment, pétillant d’aise, et sYpandit dans\nles coupes pour sucrer bientôt nos lèvres et les disposer aux\naimables propos.\nDu belvédaire que le propriétaire du domaine avait fait\nélever au faite de son habitation, j’avais été après le repas\nembrasser d’un coup d’œil le panorama montagneux des envi\nrons. Je goûtais le calme de la nature simple et grandiose\nmais Monsieur Barcsay ne voulut pas me laisser davantage\nlivré à moi-même en tête-à-tête avec un cigare exquis.\nJ’avais considéré la bello entrée que le représentant de la\nHongrie a fait décorer de poteries anciennes, de broderies\nnationales et de meubles peints, toujours suivant la coutume\nlocale. Sur un vaste siège de bois ornementé,j’avais vu entre\nautres choses, l’emblème de son blason — un bras replié\ntenant le sabre Magyar. — J’avais apprécié comme il conve\nnait, le portrait de Sa Majesté François-Joseph qui lui avait\nété donné par le Souverain il y a quatre ans pendant les ma\nnœuvres qui curent lieu en Transylvanie et durant lesquelles\nle monarque coucha cinq nuits dans cette habitation. Après\nm’avoir montré le bracelet offert à son épouse par l’empe\nreur, il donna l’ordre d’atteler à quatre chevaux et tint à con\nduire lui-même. Monsieur Barcsay tout en maîtrisant scs\nbêtes, nous avait fait aller d’un train d’enfer, effrayant les\nvolatiles et les gens sur son passage. Depuis, on m’a fait\nentendre que j’avais peut-être couru quelque danger, à cause\nde l’impétuosité du maître cl du feu de l’attelage, mais je\ngoûtai le plaisir que donne la sensation d’une course rapide et\nj’en fus quitte pour quelques éclaboussures qui jaillirent du\nsol sous le pied des chevaux. Je dissimulai le mieux (pic je\npus ce petit désagrément mais, quand au retour, Madame\nBarcsay me lit remarquer qu’un point de bouc était resté\nvisible sur ma poitrine, je feignis d’être étonné de son obser\nvation. « Cela ne tache pas Madame; c’est de la terre de\nHongrie !... » Le plus joli sourire que puisse donner une\nbouche orientale me récompensa de ce madrigal improvisé\ncar Madame Barcsay est d’origine arménienne m’a-t-on dit, et\nson visage joint en tous cas, la pureté do la ligne à la grâce\net à l’éclat de la santé.\nA la seconde invitation, nous causâmes de tout, de Paris\net de Budapest, des théâtres, de Mme Kacksy cl do Mackart,\nde Pclœfy et des paysans transylvains, de l’industrie et do la",
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     "texte": "moisson, de la prochaine exposition universelle de Paris et\nde 1’ i Affaire » enfin ; et sur toutes ces choses, je ne pus,\nqu’apprécier la courtoisie et la réserve avec lesquelles M. cl\nM me Barcsay cherchaient A diriger le cours des propos. Ce\nn’est qu’en fumant et en dégustant le moka qu’on tomba seu\nlement sur les allumettes françaises pour les critiquer — leur\nimperfection est célèbre dans le monde entier — toutefois je\nno crus pas devoir m’cnllammer plus qu’clles-mèmes pour\nprendre leur défense.\n>l’ai remarqué ici encore une fois de plus que généralement\ndans les intérieurs où les deux époux parlaient le français, la\nfemme y était supérieure A l’homme. Elle s'exprimait avec plus\nd’élégance de souplesse. Peut-être met-elle, en ceci comme\ndans bien des choses, plus de coquetterie, mais je crois (pie\nlisant davantage les revues, friande dos romans écrits en notre\nlangue, elle voulait par curiosité comprendre mieux et plus\nparticulièrement les locutions et les termes employés. Ce\nfrançais est le véhicule avec lequel toute la gamme des sen\ntiments d’amour pénètre en elle, et elle contribue A développer\ndans son sexe d’abord les facultés imaginatives et comme\nconséquence une plus grande facilité d’élocution.\nIle plus, je remarquai qu’on me fit plusieurs fois valoir\ndurant mon voyage <pic les personnes auprès desquelles on\nme recommandait étaient 'mariées A de charmantes ou jolies\nfemmes. Cela était dit avec un clignement d’œil ou un sourire\nqui semblait signifier : nous savons que pour vous autres,\nfrançais surtout, c’est le plus grand attrait dans une récep\ntion.\n★\nCe soir, je reviens d’une promenade cl passe devant la\nvieille église au clocher si typique; je m’assieds non loin du\npont d’où l’on entend la chute d’eau d’une roue qui tourne\nincessamment.\nCes moissonneurs reviennent des champs portant, les hom\nmes la faux dont la lame étroite brille encore au crépuscule,\n!cs femmes, la fourche et le rAtcau. Les uns ont le largo\npantalon de toile (galya), les autres la pelisse de peau de\nmouton (bunda). J’ai vu partir les paysannes ce matin, robustes\nd’allure, le vertugadin gonflant leurs hanches et scandant le\nPas de leurs hottes écarlates aux fins talons- Elles avaient,\npassée au bras, la gargoulette ronde qui contient l’eau pour",
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     "texte": "4»\nboire. Elles reviennent maintenant encore, droites et majes\ntueuses, car la chaussure élève leur taille.\nLa nuit vient. Les maisons se noient les unes dans les\nautres; tout s’unifie dans les ténèbres et se pare de mystère.\nÇà et là seulement des lueurs incertaines s’aperçoivent à\ntravers quelques vitres. Le bruit retentissant (pie font les\nchaussures des hommes et des femmes devient plus rare. Les\nderniers, les retardataires seuls passent maintenant, mais ce\nne sont plus que des silhouettes imprécises, parfois ils cau\nsent à voix basse ou me jettent un « Jo estét » (bonsoir) au\npassage.\nMaintenant, c’est fini ; bêles et gens, tout est rentré, et la\nnuit descend de plus en plus; je m’obstine A rester, mais non\nsans raison, parce que c’est du calme impressionnant, et je\nstationne sans le vouloir. Il me semble (pie je suis pris par\nl’apaisement des choses et qu’il est bon, qu’il est infiniment\ndoux de ne plus se mouvoir la journée ayant été très chaude.\nSeule la roue tourne à peu do distance et l’eau retombe tou\njours, mais la vue ne la distingue plus — invisible clepsydre\ndont le bruit monotone m’infiltre le sentiment d’écoulement\ndu temps dans l’éternité. Tout devient obscur, le ciel, mena\nçant depuis le coucher du soleil se charge de nuages de plus\nen plus.\nAlors dans la nuit s’élèvent des notes inattendues ; une\nmusique aiguë perce les ténèbres et vient (jusqu’à moi. C’est\nplaintif. Des phrases flûtécs dans les tons bas donnent tout\nd’un coup l’essor d’une note déchirante (|ui se prolonge long\ntemps, et le musicien revient à des sentiments plus modérés\nsur lesquels il exécute des variations naïves. Mais les notes\nsuraiguës so manifestent de nouveau désespérément, tandis\n(pie la lune surgit d’une masse noire do nuages qu’cllo fran\ngeait funèbrement d’argent. Et tout à coup le clocher de\nl’église, les arbres, le bras du gemes Kilt projettent leurs\ngrandes ombres (pii se prolongent sur la terre en même temps\nque les accents douloureux du musicien s’élancent dans l’es\npace. Je suis à peu (h; distance d’une habitation dans laquelle\nj’entends confusément des voix d’hommes et de femmes qui\naccompagnent la mélodie du flûtiste ; ils connaissent cet air\n(pii doit être su do tous. Dans d’autres humbles maisonnettes,\nil y a aussi des cœurs qui ont tressailli à ces notes et dont\nla voix formule aussi les paroles populaires. C’est donc la\nprière du soir... Que ce soit de lu peine ou de l’amour, c’est",
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     "texte": "de la douleur toujours, certainement. Douleur que l'homme\ninculto exhale inconsciemment par l’instrument fruste, comme\nil l’est lui-même. Je me suis approché lentement et j’ai vu aux\nl'ayons de lune que c’était un fnrnlya sur lequel s’exerçaient\nles doigts du pays. Sans [doute, il ne pourrait peut-être pas\nbien exprimer en paroles les sentiments importants et subtils\nqui courent sur tout le clavier de l’Ame humaine, mais dans\nla combinaison des sons, il a plus de bonheur; il se retrouve\naprès des tâtonnements qui sont comme des balbutiements\nd'émoi ; il jette la note comme la bêle jette un cri. Et ce cri\ndans la nuit, ô nature ! je l’ai entendu jsi désespéré, si stri\ndent, (jue c’était pour moi la condamnation de la vie !\nHenry Dktouciiiî.\n1899.\nBunffy-IIiinynd.",
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     "texte": "A la Campagne\nCLOCHES DANS LE VENT\nIl fait grand vent. Et tandis qu’à l’abri, sur le perron, je\ncoule mes mains dans mes gants, en attendant ma petite fa\nmille, je regarde la route où fuient dans la poussière, papiers\nculbutés, pailles qui pointent et feuilles planantes.\nCependant les cloches de l’église nous appellent à la messe,\net tous réunis nous nous élançons contre le vent, sur son pas\nsage.\nTout le monde tient son chapeau et lutte : j’entends à mes\ncôtés de brèves protestations étouffées.\nMoi je m’amuse: lorsque j’aspire, je suis rafraîchi jusqu’au\nfond de l’estomac, et mon cœur est lui-môme, secoué par ce\nsouille puissant qui me pénètre.\nDu coin de l’œil je vois tous les arbres, entraînés dans le\nmême sens, dont le feuillage palpitant fait le bruit de la mer\nbouillonnante.\nCependant les cloches sonnent toujours et des rafales char\ngées de leurs clameurs nous coiffent toutes vibrantes. Et il me\nsemble, ü ce moment que je me précipite dans la gueule d’une\ncloche tonnante.\n★\nLA FORÊT DE BIRNAM.\nPour trouver de la fraîcheur je vais vers la haute futaie. Je\ntourne le dos au soleil, et comme je connais très bien lo che\nmin, j’ouvre tout grand mon journal «pii me précède au bout\nde mes deux poings.\nA chaque pas je vois le bout brillant de mes bottines, l’une\naprès l’une, au lias des colonnes imprimées. Et je lis ainsi\nun assez long moment, quand abaissant mon papier, jo vois,\nnon loin de moi le front de la forêt, la première ligne d’ar\nbres qui, semble-t-il vient de faire balte.",
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     "texte": "49\n★\nLE JEUNE COMPOSITEUR\nLe soir après dîner, nous recevons quelques voisins fami\nlièrement, et l’on s’amuse comme l’on peut.\nMais tout à coup :\n—- 01» 1 Monsieur Pierre, jouez-nous donc ce morceau que\nvous avez composé. Je serais si heureuse...\nEt comme tout le monde m'encourage en chœur, je me\nlève, déjà honteux, et vais m’asseoir au piano, qui m’éclaire à\nhras ouverts.\n★\nLE GANT\nEn descendant de cheval, j’entre au salon, où ma bonne\ngrand’mère lève silencieusement l’aiguille.\nlundis qu’elle m’interroge d’un tranquille: Eli bien? je tire\nun gant, et pendant que je lui rends compte de la commission\n^ 0nl tille m’avait charge, je dépouille mon second.\nMais voici qu’elle a entendu la cloche du dîner :\n~ Monte vile te changer, mon Daniel, c’est, lo second coup.\nMais où diable est mon premier gant? A peine dégonflé,\nles doigts un peu relevés, il est là, au bord de la table : il\nm ° tend la main.\nLE POTIER\nC’est un très habile potier qui modèle une sorte d amphore.\nLe tour entraîne l’argile dans sa ronde et le parfum rusti\nque de la terre fraîche passe, en s’enfuyant, sur le visage de\nl’ouvrier.\njhîjà le col écrasé s’élève : il échappe en se rétrécissant aux\ndoigts qui veulent l’enfoncer comme un étroit, collier. Ainsi\nîa glaise malléable évite l’étreinte légère et se dérobe sous lo\nmain do l’artisan : ainsi il dirige les formes à son gré.\nIl laisse les flancs s’arrondir dans la main qu’il bombe,\npois il les lait fuir jusqu'à la taille qu’il enserre. Lo pied\nRabaisse en ponte douce cl s’étale pour soutenir la jeune am\nphore.\nr»",
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     "texte": "Enfin, le tour arrêté, il donne A. la lèvre le pli où l’eau can\ndide ou le vin opulent qu’elle épanchera prendra pour s’écou\nler sa forme passagère.\nC’est fini, l’amphore est debout, la poitrine ronde, et le col\nélancé : le potier semble l’avoir déshabillée.\n★\nLE VENT\nAprès midi dans ma chambre, je travaillais un livre sur les\ngenoux, la tète calée sur mes deux poings devant la fenêtre\nouverte.\nMais le vent entre en passant et mo taquine. Il soulève et\nfait filer sous mon regard la page qu’il tourne, tandis que ma\nmain se précipite pour la retenir entre les doigts comme un\npapillon qui s’enlève.\n11 gratte derrière le mur avec une feuille de lierre, et je la\nvois vivement balancée qui so risque par la fenêtre, fugitive A\nmes regards, gauche et palmée comme la patte d’un canard\nmais verte.\nIl m’apporte aussi des rires d’enfants dans une haleine de\njasmin.\nLorsque je baisse les yeux sur la page il mo fait loucher\nen balançant lA-bas devant moi, la tête d’un lent peuplier.\nEnlin je cède. — Ayant posé mon livre grand’ouvert sur la\ntable, je sors, et tandis qu’il mo pousse la porte sur les ta\nlons, je me retourno juste A temps pour voir qu’il feuillette vi\nvement mon livre.\nDaniiîl Lantiiac.",
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     "texte": "On naît ébéniste, on devient.\n(histoire de bubu)\nMaurice liélu naquit et vécut dans le quartier de Plaisance\noù sa mère tenait un petit commerce. Jusqu’à l'Age de seize\nans il resta à l’école parce qu’il vaut mieux avoir un peu plus\nd’instruction et parce qu’on ale temps d’envoyer les entants en\napprentissage où ils contractent do mauvaises habitudes. Il\nreçut une éducation soignée, sortit de l’école avec son brevet\nsimple et fréquenta les garçons de son Age qui lui donnèrent\nle surnom de Bubu. 11 apprit le métier d’ébéniste chez un patron\ndu faubourg Saint-Antoine. On l’appelait Maurice, Un jour\nqu’il sortait de l’atelier, un de scs anciens camarades d’écolo\nqui l’aperçut s’écria : Tiens, voilà Bubu 1 Ceci ne fut pas perdu\npuisque rien uc se perd. Maurice redevint Bubu.\nC’était un petit homme dout le torse reposait avec force sur\ndes jambes solides. 11 so frappait la poitrine en disant : Petit,\nmais costaud. Et sa tète était osseuse et scs deux yeux se\ncachaient derrière les pommettes, volontaires et un peu dissi\nmulés. 11 avait surtout deux mâchoires arquées qui, broyant\nles aliments, avec un craquement d’os et de nerfs et de mus\ncles,montraient toute leur anatomie. Ceci ne veut pas dire qu'il\navait des appétits énormes mais simplement qu’il avait le coup\nde dent décisif.\nAu temps où sa mère l’envoyait à l’école par crainte des\nmauvaises habitudes que l’on contracte en apprentissage,Bubu\nlit un certain nombre do connaissances. Les uns étaient des\napprentis qui, la bourse vide, chaque soir rôdaient et riaient\ndans toutes les rues. Les autres étaient ce que l’on aime à\nrencontrer dans la rue : les petites liües de quatorze ans,\ncelles de quinze et celles de seize. Elles sont les tilles de\nparents pas trop sévères qui font l’éducation de la jeunesso\npar le moyen de la liberté. Elles désirent beaucoup de choses\net ceux qui les voient prennent la hardiesse de leur en offrir\nencore davantage. Vous, rue de Vanves, et vous aussi, talus\ndes fortifications, par les beaux soirs sans lune, vous avez vu",
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     "texte": "52\npasser Bubu. II apprît à connaître la rue comme elle est pour\nceux qui rôdent, avec des étalages où l’on peut exercer son\nadresse et avec des aventures. 11 apprit autre chose de plus\nutile, il apprit à manier les femmes.\nCe qui devait arriver arriva un jour où Bubu, alors Agé de\ndix neuf ans,lit la connaissance d’une grosse (ille de la rue do\nhijGaîté. Comme elle travaillait la nuit,pour que Bubu pût se\nlivrer à son amour il fallait qu’il disposât de sa journée. Avec\nsa promptitude de décision, Bubu annonça ù l’atelier qu’il\nquittait le métier d’ébéniste pour celui de déménageur. Il l’an\nnonça avec orgueil parce qu’on le plaisantait sur sa petite\ntaille et parce que ceci montrait ù tous que Bubu était fort\ncomme un déménageur.\n11 fut content de son nouveau métier où la journée est bien\npayée, où le chômage est abondant et où un homme adroit\npeut se faire des bénéfices supplémentaires. Il n’achetait\njamais de souliers, par exemple. Sa science de la femme s’ac\ncrut au contact de la grosso llortense. Sa mère n’était pas\ntoujours approbative mais Bubu, dont les convictions étaient\nfortes, trouva des paroles solides qui la remirent en place et\nmême lui montra deux ou trois fois qu’il était un homme\nd’action et n’aimait pas les contradicteurs. Il se fortifia dans\nSavoie, lâcha llortense chomiu faisant, puisatteignit sa majo\nrité. Il fut exempté du service militaire pour un défaut du\npied.\nAlors Maurice Bélu se prépara. En réalité scs idées d’avenir\nn’étaient pas précises, mais il savait qu’il faut de l’argent et\nune femme. Ces deux forces de la vie présente nous dirigent\nvers la vie future. 11 se fit donner une somme de cinq mille\nfrancs qui lui revenait de son droitde père. Quantâ la femme\nil s’en chargeait.\nLe Quatorze juillet arriva. Bienheureux jour où les bouti\nques des marchands de vin sont pleines do drapeaux, où les\nles pétards partent en pleine rue, où les comités socialistes-\nrévolutionnaires célèbrent leurs victoires. Le soir il y a des\nbals entourés de lampions, les pistons ont des gueules de cui\nvre et les tables des cafés envahissent la rue par permission\nspéciale du gouvernement. Le peuple, à cause de l'anniver\nsaire de sa délivrance, laisse scs filles danser en liberté.\nBcrthc Méténicr, petite ouvrière fleuriste âgée de dix-sept\nans, regardait un bal do la rue des Vanves,en compagnie de\nMarthe, sa grande sœur, et de Blanche, sa petite sœur. Ses",
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     "texte": "53\ny\n/\nr\nbandeaux noirs, autour do 'son visage, lui donnaient un air\npAle mais scs yeux vivaient avec beaucoup de douceur. Mau\nrice l’invita à danser une première fois, puis ils firent une\ndeuxième danse et ensuite une troisième. Ils dansaient admi\nrablement tous les deux, ils étaient à peu près de même taille,\nil était très bien élevé, elle était très douce. Il l’invita a pren\ndre quelque chose, mais elle refusa parce qu’elle était avec scs\ndeux sœurs. Il se fit montrer la grande sœur Marthe et\ns avança eu soulevant son chapeau :\n— Pardon, Mademoiselle, mais puisque vous accomplissez\nles fonctions de mère, je m’en vais vous adresser une demande.\nVoulez-vous rue permettre d’offrir un verre de limonade a\nMademoiselle votre sœur et me faire le plaisir d’accepter\nquelque chose aussi.\nMarthe savait que l’on ne court aucun danger en acceptant\nl’invitation d’un jeune homme bien élevé. On s’assit, on causa.\n11 était ébéniste et pouvait faire des journées de 7 A 8 francs.\nMarthe était blanchisseuse et travaillait dans l’atelier où\nPlanche faisait son apprentissage. Comme elle le disait, on\navait voulu que Planche pût blanchir les autres. Elles avaient\nquatre frères. Il y eu avait deux qui devaient être en train de\ncourir par là. Leur père était veuf. 11 était peintre en bâti\nment, il avait parfois des coliques de plomb et n’était pas\ntoujours commode. On donna beaucoup de détails. La gosse\nPlanche en était heureuse et riait en buvant son sirop do gre\nnadine.\nMaurice donna rendez-vous à Perl lie pour le surlendemain.\nElle y vint, mais elle ne pouvait rester longtemps,par crainte\nde son père, lisse promenèrent en causant et s’embrassèrent\ndeux fois dans une rue sombre. Au second rendez-vous Mau\nrice lui offrit une bague en doublé avec un brillant rose. Au\ntroisième rendez-vous, ils se promenèrent bras dessus bras\ndessous et elle consentit à entrer avec lui dans un café do\nl’avenue du Maine. Maurice n’était pas pressé parce qu’il ne\nvoulait plus des amours légères. Perl I10 était comme les jeunes\nfilles des faubourgs, qui déjà bien des lois ont trouve 1 occa\nsion mais ne s’y sont pas précipitées parce qu’elle est quoti\ndienne .\nPlie ne vint pas au quatrième rendez-vous. Maurice la guetta\nle lendemain et lui demanda une explication carrée. Son père\nl’avait empêchée de descendre. Il répondit :\n— Mademoiselle vous mo l’aviez promis. Etant dounées les",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "fin_caractere_exclue": 2286,
     "texte": "relations qui existent entre nous, vous n’aviez pas le droit de\nmanquer à votre promesse. Pour ma part,aucune force humaine\nne m’empêcherait d’aller au-devant de vous quand je l’ai dit.\nElle baissa la tête avec cet air niais des pauvres enfants\ntrès douces qui ne savent pas quoi dire parce qu’elles ont\npeur de faire de la peine. La petite alouette était déjà prise.\nMaurice semblait un jeune chevalier éloquent et cordial\ncomme les jeunes filles en ont le désir et scs déclarations\nloyales montraient en lui des profondeurs de loyauté. A cer\ntaines choses qu’il disait à d’autres qu’il ne disait pas, on\ncomprenait qu’il y avait en lui du mystère et de l’aventure.\nCela même était tentant.Berlhe,douce et pliante, quand Mau\nrice l’eut prise en main se plia avec douceur.Ils prirent l’ha\nbitude de se voir tous les jours. Il se promenait sous les fenê\ntres en sifflant d’une façon particulière : Fouillofu, fouillofu.\nElle entendait cela dans le plus profond de son cœur comme\nune voix qu’elle espérait depuis longtemps entendre. Elle\ndescendait et courait.\nLe père finit par tout apprendre et dit :\n— Je le connais. Un propre ébéniste. Tout un jour il gal\nvaude dans le quartier. Je voudrais bien savoir à quel moments\nil travaille. Il ne m’a pas l’air de grand’choso de bon.\n11 ne s’en inquiéta pas davantage parce que, étant père de\nsept enfants,il avait eu beaucoup de mal et il avait appris que\nla vie est plus forte que nos volontés.Il savail que les filles de\nParis flottent entre toutes les tentations et leurs pères, leurs\npères, les pauvres, ne peuvent rien leur offrir en retour. Il\nsavait que nous sommes des manœuvres et des chiens et que\nnous n’avons pour nous que la misère, dans un monde où la\nMisère est maudite. Il savait qu’après le Malheur vient encore\nle Malheur et qu’il n’y a qu’à baisser la tète en grondant. 11\npensa : Après tout, ceci la regarde. Je l’ai prévenue. Si c’est\nsa destinée, je n’y peux rien.\nLa petite Derthe, un soir, quitta la maison paternelle pour\naller vivre avec Maurice. Sa sœur Jeanne était alors enceinte.\nLa gosse Blanche avait volé cent sous à sa patronne.\nMaurice et Berthe vécurent dans un hôtel meublé de la rue\nde l’Ouest. Au troisième étage, une chambre de trente francs\ndonnant sur la rue, avec dos tapis bleus et deux fauteuils.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "55\nleur semblait belle comme un appartement où l’on a toutes\nses aises. Bertbe continua à travailler de son métier de fleu\nriste. Maurice entama ses cinq mille francs. Elle rapportait\nchaque semaine vingt-cinq francs cl Maurice ajoutait assez\nd argent pour qu’ils n’eussent rien à se refuser. Tous les soirs\nils prenaient leur café au bar. Ensuite ils allaient au cafe-\nconcert, ou au bal du « Moulin do la Vierge » ou au théâtre\nde la <i Gaîté-Montparnasse ». Les relations et les idées de\nBertbe s’agrandirent. Elle connut les amis de Maurice et leurs\nfemmes. Les amis de Maurice ne travaillaient pas beaucoup\nparce que leurs femmes travaillaient pour eux et parce qu’ils\nconnaissaient assez le monde pour n’avoir pas besoin de travail-\n1er. Elle vildans leur viequotidienne les souteneurs etlesfilous\net comprit qu’ils n’aimaient pas le travail parce qu’il vaut\nbien mieux aimer le plaisir. Ils regardent la troupe humaine\npassant et rient d’avoir les coudes sur la fable en la regardant\npasser. Bertbe connut leurs histoires. Il y avait de bonnes\naubaines pour les femmes quand elles faisaient des soirées de\nv mgt ou vingt-cinq francs. Le lendemain ils riaient davantage,\nd’abord à cause de l’argent, ensuite en pensaut à ceux qui\ndonnent aux femmes vinglou vingt-cinq francs. Il y avait de\nbonnes aubaines pour les hommes quand leurs entreprises\nétaient exécutées. Le grand Jules, une fois, rapporta d’expé-\ndition un coupon de soie noire. Toutes les femmes des amis\neurent leur part. La robe de Bertbe lui sembla plus belle parce\nqu’elle ne se l’était pas procurée par les moyens ordinaires. 11\nlui arrivait, dans la rue, d’en rire comme d’une bonne larcc.\nhe grand Jules avait fait huit mois de prison à la Santé pour\nV °1 avec effraction. Il connaissait le monde et son aboutisse\nment. 11 savait qu’au bout du monde il y a la prison de la\n^ante et regardait cette idée face à face. Il agissait ferme\nment selon sa volonté. Il savait briser une serrure et pouvait\nl’jcr un homme avec simplicité. Les femmes l’entouraient\n'I amour comme des oiseaux qui chantent le soleil et la force,\nfl était un de ceux que nul ne peut assujettir car leur vie, plus\nn °ble et pins belle, comporte l’amour du danger.\nEerlhe vit ces choses en sortant de chez son père pendant\nque toute chose était illuminée par son amour de Maurice. Le\npremier homme des jeunes filles de dix-sept ans, c est celui-là\nfloi est leur destinée. Lorsqu’elle prenait l’omnibus pour aller\nau travail, elle fermait les yeux parce qu’elle était un peu\nlasse et voyait dans sa pensée Maurice avec les plaisirs. 11 lui",
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     "texte": "5G\ndisait : Je ne veux pas travailler à mon métier d’ébéniste et je\nne veux plus être déménageur, alors elle sentait qu’il était\nsupérieur à tous les métiers. Il parlait de sa mère, dont les\nidées étaient bornées comme deux sous de poivre et quatre\nsous de calé, il en parlait ainsi parce qu’il avait les idées ouvertes.\nIl lui disait . « Quand tu étais chez ton père et (pie tu t’em\nmerdais en torchant tes frères.... », alors elle lui était recon\nnaissante de l’avoir délivrée.\nAu bout d’un mois il la battait, mais non pas par médian-,\ncelé. Voici : Maurice, qui avait le caractère résolu, classait\ntrop nettement les connaissances humaines. Comme l’empe\nreur Charlemagne, il avait mis d’un côté les idées qui ne lui\nplaisaient pas et de l’autre celles qui lui plaisaient. Il pensait:\nLà-bas c’est l’erreur, mais c’est ici la vérité. Comme l’empe\nreur Charlemagne il n’avait pas le sentiment des nuances. II\nne comprit jamais, par exemple, que l’on se lavât le visage\navant de se laver les mains. II disait àBerthc : Tu touches ta\nfigure avec les mains sales, c’est une drôle de façon pour so\nlaver.\nUne fois elle préparait des œufs sur le plat. Elle mit le sel\net le poivre tout de suite après avoir cassé les œufs. Maurice\nsavait qu’il faut le mettre lorsque les œufs sont cuits. Elle\ndit, d’une voix aigre : « Mais enfin, laisse-moi donc faire ».\nMaurice, qui était un homme d’action, croyait à la nécessité\ndes châtiments corporels. Il la gifla, persuadé qu’une gifle\nfortifierait en elle le sentiment de la vérité.\nIl la battait d’autres fois parce qu’elle l’avait mécontenté,\nparce qu’il était en colère ou parce qu’elle était entêtée. La\npauvre Berthe, avec son cœur doux, acceptait ces corrections\nen pleurant. Elle regrettait alors d’avoir quitté son père. Un\npeu plus tard elle vit que les amis de Paul battaient aussi leurs\nfemmeset comprit qu’il y avait en ce monde une loi dirigeante\nqui était la loi duplusfort. Elle sentit ce que contient l’expres\nsion « mon homme ». Un « homme » est un gouvernement\nqui nous bat pour nous montrer qu’il est le maître, mais qui\nsaurait nous défendre au moment du danger.\nMaurice croyait que l’intelligence a des rapports avccl’éncr-\ngie et (pie par conséquent sa femme n’était pas intelligente\npuisqu’elle était douce. Il ne le disaità personne.Bien au con\ntraire, par devant les amis il sc plaisait à faire sortir de Berthe\nquelque parole un peu vive afin de leur prouver qu’elle était\ndifficile à dominer. On pensait: Il est petit, mais il est costaud.",
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     "texte": "57\nIl l’aimait bien, pourtant. Il l'aimait parce qu’elle était jolie. Le\nsoir,quand elle revenait du travail, il l’entendait monter l’esca\nlier. Il reconnaissait son petit pas cl il lui semblait la voir, se\ntortillant un peu pour aller plus vite. Il aimait les yeux sou\nriants et doux qui approuvaient tous scs désirs. Et les lèvres\nrouges, un peu molles, qui se collaient bien sur les siennes. Et\nles longs cheveux noirs, et les bandeaux, et le chignon au-des\nsus de la nuque qui lui donnaient un air pas comme aux autres.\nEt sa volupté particulière, quand elle appliquait son corps\ncontre le sien cl qu’elle se pliait pour qu’il la pénétrât. Il aimait\ntout cela (pii la distinguait de toutes les femmes qu’il avait\nconnues parce que c’était plus doux, parce que c’était plus lin\net parce que c’était sa femme à lui, qu’il avait eue vierge. 11\nl’aimait parce qu’elle était bien élevée, parce qu’elle était hon\nnête et qu’elle en avait l’air, et pour toutes les raisons qu’ont\nles bourgeois d’aimer leurs femmes. Car Maurice avait des\nidées bourgeoises. Ce n’est pas impunément qu’on est venu\njusqu’à vingt-trois ans sans casier judiciaire.\nLe temps passa. Deux ans passèrentet les cinq mille francs\nde Maurice passaient aussi. Notre destinée ne se lait pas en\nun jour, quand nos cinq mille francs sont épuisés, après deux\nans de vie commune: elle se décide à chacun de nos gestes et\ni’i chacune de nos fréquentations. Depuis longtemps, Bcrtlio\nsavait que celles qui sont filles publiques font tout simplement\ncomme les autres. Maurice aurait bien mieux aimé taire autre\nment. 11 se résigna pourtant et ne souffrit pas beaucoup. 11\navait le sentiment de la propriété, mais â la façon des pro\npriétaires qui mettent leurs biens en location. Berlho ne sc\nregimba pas lorsque, un soir, Maurice fut amené à lui dire :\n* Ma petite femme, si quelqu’un te fait des propositions quand\nlu sortiras de l’atelier, vas-y, ça nous fera toujours un peu\nd’argent. #\nEt puis il y a le démon qui montre d’abord une lace riante.\nLes premiers temps Berthe faisait dix ou vingt francs rien que\npour * un moment», car Maurice ne voulait pas qu’elle décou-\nchat. Ils retrouvaient leur ancienne abondance d’argent, le\nmétier n’était pas dur pour elle qui rentrait toujours vers dix\nheures et pour lui non plus qui ne restait pas trop longtemps\na l’attendre.\n! In peu plus tard, elle quitta l’atelier, ne voulant plus tra\nvailler dix heures pour gagner quatre francs. Elle sortait",
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     "texte": "58\nI\nchaque soir vers huit heures et faisait le boulevard Sébasto\npol et les grands Boulevards.\nC’est ainsi que Berthe Métcnicr devint fille publique et que\nMaurice Bélu devint un « individu sans aveu. » II était intel\nligent, il vivait à Paris où les plaisirs hurlent en passant, il\navait travaillé d’abord, puis il avait compris que les travail\nleurs qui peinent et qui souffrent sont des dupes. Il devint\nsouteneur parce qu’il vivait dans une société pleine de riches\nqui sont forts et déterminent les vocations. Ils veulent des fem\nmes avec leur argent. Il faut bien qu’il y ait des souteneurs\npour leur en donner.\nCiiaules-Louis Philippe.",
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     "texte": "Odes Vernales\nFRAGMENTS\nPluie de mai\nTriste ou courroucée, tu songes, 6 Valeria : pourquoi ne\nparles-tu pas, comme d’habitude, très vile et avec une voix\nqui chante V Pourquoi ne me demandes-tu pas si je taime /\nTu lèves les épaules et je ne sais si tu as froid ou si tu\nrailles mon discours; car le foyer ne brille pas, et je ne suis\npas sûr de te plaire ..\nApportez de lourds fagots, esclaves ! Allumez de grands\nfeux dans les foyers 1\n• •• Je sais, Valeria,que tu hais l’hiver et n’aime quola tié\ndeur des bois ou les champs pleins de soleil : veux-tu que\nnous allions dans une villa du rivage marin\nIci, la pluie bat notre toit ; mais de sombres nuées couvrent\naussi les plages de Navia : et, autour de la baie, nos petites\nmaisons closes, grises sous la brume, ruissellent d’eau triste\net froide...\nApportez d’autres fagots, esclaves ! Ranimez les feux dans\nles foyers.\n... Devant le bois qui brille et pétille.\n★\nLes Fileusês\nA Mlle Blanche Toutain.\nCouronné de Heurs aux festins, bousculé dans les calmes»\nardentes du forain, intéresse par les mimiques familières des\ndanseuses, je bois, je discute etjc souris sans abandonner ma\ntristesse. En vain, les jeux du cirquo ont tenté mon ennui ;\nj écoute avec pitié les lectures publiques; et les événements\n1 ^ 1 Etat me déplaisent. Négligeant tout travail, relusantjtout\nIC P°s et repoussant toute caresse, je vois que nul plaisir ne\npourra m’égayer de mon amour amer.\nLa main sur l’épaule do Priscus, j’ai visité ses demeures et\nlra Ppé de cent bruits de voix dont résonnait le large vestibule,.",
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     "texte": "je l’interrogeai du regard:alorsPriscus me conduisit au seuil\nde la salle des fileuscs où, parmi des bras nus et des tuniques\nblanches, les longs fuseaux tournaient et s’ébattaient gaie\nment. Toutes ces vierges laborieuses épuisaient sans mécon\ntentement la laine mesurée de leurs quenouilles journalières.\nPendant que naissait le lil plus pur et fin que celui de Milet,des\nmurmures et des ris s’entremêlaient dans l’air : une femme\nchantait; une autre en laissant balancer sa souple taille, comp\ntait à haute voix sa part d’échcvcaux; un groupe se penchait\nvers un récit discret; d’autres, à l’agrément des nouvelles\nurbaines, laissaient strider leurs voix joyeuses et riaient.\nEt cette beauté-là, me réjouit quélque temps. Croyez à ce\nremède si vous souffrez d’amour : ne cherchez pas le faux\nplaisir des courtisanes, ni la vertu oublieuse du vin • - aucun\nsouci ne détruira votre tendre passion — ; mais quand vous\nirez chez Priscus, regardez quelquefois pirouetter les fuseaux.\nPour moi, nulle volupté n’adoucit ma souffrance; mais des\nvierges naïves ont dompté mon amour : quand je suis abattu\net que je me lamente, je visite mon cher Priscus et longue\nment, sur le seuil entr’ouvert, je me plais à oublier mon dou\nloureux ennui pour le rire enfantin des lilcuses de laines.\n★\nConseils a Pmscus\nTu lis imprudemment, beau Priscus, en entrant dans la\nligne des amants nombreux de Pancharis : c’est une rude car\nrière qu’une passion si partagée : les chars s’y élancent, sur\nsautent, luttent de vitesse, cl sous le fouet de l’amour, les\ncoursiers rapides s’animent; le galop furieux soulève le sable\nde l’arène; on ne voit plus à travers la poussière que des masses\nconfuses et des jarrets nerveux. Tu crics déjà victoire,tu fais\nclaquer tes rênes, tu dépasses tes rivaux, tu triomphais... si,\nau tournant, la borne du destin no t’avait arrêté : mais te\nvoilà ramassant les tristes débris de ton char disloqué.\nQuitte-moi celte mine piteuse,beau Priscus,cl laisse s'enfouir\ndans le sable les souvenirs brisés de ton fragile amour. Secoue\nta tunique poudreuse, coureur infortuné, noue solidement tes\nbrodequins et resserre les lanières do les poignets : prépare-\ntoi à rentrer dans la lutte... Hcgarde : à la borne opposée.",
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     "texte": "6i\nImite le petit char argenté et Balbus plonge dans l’arène ; le\ncoursier sans maître va passer près de toi ; élance-toi agile\nment au moment favorable, et entraîné par l’amour juvénile\nde la belle Livic, tu oublieras le souvenir fâcheux de l’infidèle\nbelle Livic, tu oublier\nPancharis.\n★\nAu Soleil\nA Roger Le Brun.\nOc soir finit le printemps. La nuitque je vois descendre sur\nles toits de la ville où ù peu près s’évanouit tout murmure,\nvoile le dernier reflet de la saison.\nUne brise timide ne frôlera plus les feuillages légers. Les\ndernières violettes se cachent sous l’herbe envahissante et les\ngrappes jaunies des lilas pendent languissamment au bout des\nbranches molles.\nMais tandis que je pleure le triste départ du printemps, 1 été\nchaud et joyeux naît par toute la terre. De la vallée touftue\nmonte un souffle odorant. Je sens que cette nuit m enivre...\nDr, depuis que j’erre en songeant,le sablier verse scs heures\nsans émoi, et doucement le printemps est mort. L’aube lim\npide éclaire l’immense val fleuri où s’enfle en bouillonnant la\npuissante verdure.\nEt, cessant de gémir, je chante ta louange, Soleil, dieu do\nla joie d’été, et je dépose à ton autel éblouissant l’offrande\nhumiliée de mes amours vcrnalcs.\nSun LIV1RUS ET GRATIA.\nMon cher Livirus, tu as du génie comme ton amie a de\nl’agrément. Il faut que vous ayez bu d’excellent et abondant\nFalernc. Et tu dis, poète impie, que le vin n’est pas un dieu!\nQuand on vous rencontre à jeun, vous avez 1 allure d un\ngrand prêtre cl d’une prêtresse fatale ; tu marches le front\nbas comme si tu méditais un discours sur les malheurs des\nmortels, cl, souvent Gratia clôt gravement scs yeux noirs\ncomme si clic songeait qu’un jour elle ne pourra plus aimer\nles roses ainsi que des sœurs parfumées.\n&",
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     "texte": "62\nVienne le vin couronner les coupes et rougir vos deux\nbouches,ton sombre discours se change en belle causerie cl\ndans les yeux de Gratia de vives étincelles repoussent les pu\ndiques paupières et pétillent comme les torches de l’autel\nd’Amour.\nPuis, sous ta lampe studieuse, tu mets dans ta main ton\nfront tiède encore, et, comme s’il était fécondé, il enfante un\nde ces poèmes de beauté que les muses, pour leurs amants,\nportent sur leurs nuques blanches et cambrées. Et ton amie,\nrose et joyeuse, sait ouvrir les bras comme Diane et rire le\nrire do Vénus...\nNe dis donc plus, profane Livirus, que le vin n’est pas un\ndieu.\n*\nA Paul Fort\nl’ampiiore\nTout le jour, j’avais entendu l’orage battre les toits, et je\nvoyais encore couler les ruisseaux boueux de la rue,quand,\npoussant la porte de mon voisin Julianus, Lucilia apparut sur\nle seuil.\nImmobile, les jambes serrées, retenant des mains les plis\nde sa robe sur ses hanches, elle ressemblait à une amphore\nde marbre blanc : ses bras formaient deux anses arrondies,\nsa chevelure unllot de vin noir épandu, et sous le voile raidi,\nses seins semblaient deux coupes suspendues à son col fluet.\nElle se décida à partir, s’enroula frileusement dans son\nmantcauclair et traversa en sautillant la voie Claudienne.\n★\nLA CHANSON DE GHATIA\nLa fête avait été joyeuse et violente. Mais les costumes\narchaïques se mêlaient maintenant à terre aux écharpes de lin\net aux peaux d’animaux. Tous les convives affaissés sem\nblaient dormir. Des thyrses brisés jonchaient les dalles où\ns’écrasaient les guirlandes rompues. Sur les débris d’un lit,\nPriscus, Sylvain aphone, s’étirait. Julianus,sagement adossé,\nau mur, sommeillait. Un Spartiate hébété achevait un cratère.\nLes trois Naviennes gisaient, bouche bée, sur le sol. Assise\nsur une table, Livie,croisant scs jambes nues, déliait les ban -",
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     "texte": "63\nt\ndclcttcs serrées de ses sandales et carcssail, ses pieds meur\ntris. Chacun bâillait, hésitant à retourner d’un flanc sur l’au\ntre et, deux à deux, on riait de sa fatigue.\nMais, excitée par le vieux vin, la petite Gratia,malgré les\nreproches de Livirus, voulut chanter : elle échappa des bras\nde son ami, grimpa sur un trépied et commença de moduler\nune timide chanson : sa petite voix s’entendait à peine ; le ton\nétait faussé et afladi par la fatigue ; elle coupait les mots\npour respirer ou arrêter son enrouement; parfois, elle s’irri\ntait et, les joues rougissantes, frappait du talon son piédestal.\nPuis elle relevait son menton tremblotant et reprenait avec\nassurance son couplet, laissant flotter son regard vague et\nclignoter ses paupières lasses. Son accent était de plus en\nplus monotone ; il devenait lent et presque voluptueux. Le\nmouvement de scs bras suivait le rythme et scs doigts sem\nblaient soupeser la frêle mélodie.\n★\nSOLITUDE\nA André Gide\nDès que je suis seul,ton image me visite et je ne songe plus\nqu’à toi : tu frêles de ta main mon épaule; ta voix chuchote\ndans le vent; parfois tu t’appuies à mon bras, et je fris\nsonne.\nQuand je médite avec tristesse, tu m’apparais, assise non\nloin, sur quelque morne pierre, immobile, les jambes croi\nsées : tes mains pressent les plis relevés de ta robe où ton\nvisage abattu pleure silencieusement.\nSi je me promène, tu es sur mon chemin ; tu es si près de\nmoi que je sens ton souffle animer les courts cheveux de ma\nnuque; les sandales pressent le sable; tes yeux scintillent\ndans la nuit : et tout tou souvenir m’étreint comme tes bras.\n(Odes vernàles, passim.)\nPlEimE DE Quehlon",
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     "texte": "Littérature italienne\nLittérairement, l’Italie traverse depuis quelques mois une\npériode d’activité et «le production telle «juc depuis longtemps\nelle n’en connut de semblable. EnFrancc,on s’enjinquiète peut-\non ignore aisément ce qui se passe chez les voisins, surtout\nvers le midi. On n’a rien su ici, dans le public même litté\nraire, des récents succès dramatiques de Giacosa, de Butti,\nde Giannino Antonio Travcrsi; le nouveau roman ded’Annun-\nzio. Il Fuoco (Le feu) (i) n’a pas encore, nonobstant son im\nportance, beaucoup occupé nos critiques. A plus forte raison,\nles récentes œuvres de maints autres écrivains moins célè\nbres sont-elles inconnues, telles La Salvezza de Anastasi,\nLa VecchiaCasa de Ncera, L'ombrosa «le G. Lipparini Nollc\ndi Passione de Tercsah, etc.\nParmi les jeunes romanciers de la péninsule, G. Anastasi\nest assurément l’un des mieux doués et il me paraît appelé,\nbrève échéance, à prendre dans la littérature de son pays, une\nplace prépondérante. Dans La Salvezza (a), (le Salut), il\nrévèle des qualités rares d’observation, de mouvement et de\nchaleur, par lesquelles son œuvre acquiert un vie intense, qui\nserait trop intense même si le sujet du livre ne le comportait\nspécialement. — Il s’agit d’un artiste, d’un musicien enfiévré\nexalté qui se débat à la poursuite décevante du chef-d’œuvre\net de la gloire consécutive, parmi les affres du doute, les en\nthousiasmes et les découragements alternés, et qui ne trouve\nde remède à sa ruine physiipic et morale que dans l’amour\nd’une jeune fille dont la possession infuse à son être et à son\nart, la vie, sans laquelle il était irrémédiablement perdu.\nLe sujet n’est point absolument nouveau, mais «|u’importe\nsi l’auteur sait en tirer bon parti et si, par les détails dont il\nl’entoure, il nous arrête et sait nous captiver longuement. La\nSalvezza ne vaut pas seulement par l’action essentielle «pii le\nremplit mais par les multiples décors et les nombreux per\nsonnages qui lui servent de fond. Tout autour du héros, l’ar-\n(1) Il sera l’objet\"d’un article dans un de nos prochains numéros.\n(2) La Salvezza roman par G. Anasti. 3 fr. Ualdani, Casloldi\nctG. éditeurs à Milan.",
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     "texte": "G5\nliste Almaura, gravitent cl sc meuvent une foule de bons\nhommes et de types spéciaux d’une vérité saisissante. Les\nmilieux artistiques du monde musical en Italie y sont dépeints\navec une justesse et une précision qui donnent l’illusion de la\nréalité. Quant au style, sans être recherché ni précieux, il est\nfort au-dessus dos précédents ouvrages de l’auteur et il res\nsort dans l’ensemble que la Salvezza est un des meilleurs\nromans publiés en Italie dans ces dernières années. Il est\naussi de ceux qui sauraient plaire en France, iï coup sûr, si\nquelqu’un s’avisait de le traduire en notre langue.\nD’un tout autre caractère est le dernier roman de Nccra,\nLa Vecchia Casa (i). Nccra n’est point une inconnue chez\nnous. La plupart de ses livres ont été traduits en français.\nPubliés en des revues accréditées d’abord, en volumes ensuite,\nils ont été l’objet de critiques favorables et même élogieuscs.\nNccra pourtant n’est point, dans le sens strict du mot, une\n« romancière » ; elle n’a point coutume d’échafauder de\nsavantes intrigues, ou de délayer en de copieux volumes des\nproblèmes compliqués de psychologie. Ses livres sont tous de\ncourte baleine, moins que des romans, plus que des nouvelles;\nils ne brillent pas par des artifices de style, par des recherches\nde mots ou des raffinements de phrases, car à vrai dire Nccra\nn’écrit pas, elle parle.\nFile parle simplement, correctement aussi, avec douceur et\navec grAcc. Quand on ouvre un de ses livres, c’est comme si\non allait s’asseoir auprès d’une amie, dans le coin d’un salon\nsobrement décoré, éclairé à peine, mais bien intime, auprès\nd’une amie expansive et bonne qui vous ouvrirait son Ame en\nvous disant ses joies et scs mélancolies, en vous traduisant\nses sensations de femme, en vous narrant une histoire d’au\ntrui dont elle aurait été remuée elle-même. Les romans de\nNcera sont ainsi d’un attrait bien spécial. Ils ont sur tant\nd’autres la supériorité d’être en dehors de toute littérature.\nD’aucuns trouveraient que c’est là un défaut grave, un défaut\nsuffisant pour les rendre négligeables. Tel n’est point notre\navis et c’est avec un vif intérêt que j’ai tourné, une à une, les\npages de cette Vecchia Casa (la Vieille maison) ou Nccra\nraconte la simple mais poignante histoire de trois Ames, dont\n(i) La Vcccliia Casa, roman par Ncera. 3 fr. Baldini Guslohli\ncl Gic, éditeurs A Milan.\nG.",
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     "texte": "on pourrait critiquer la trame, si on pouvait songer un seul ins\ntant,en lisant ce livre, qu’il ne s’agit point d’une histoire vraie.\nJe n’essaierai point de la résumer, car résumer un roman\nen quelques lignes ne sert qu’à noircir du papier sans béné\nfice pour l’auteur ni pour les lecteurs. La Vecchia Casa vaut\nsurtout par les détails qui l’enveloppent et elle vous captive par\nce charme de douceur et de mélancolie qui est le caractère\nessentiel de Necra. C’est un de ces livres qu’on lit avec plai\nsir dans les calmes solitudes de la campagne où l’on se repose\ndes rumeurs de la ville.\nAvec 1 ’Ombrosa (i) on passe dans une note toute différente\nque je ne m’attendais pas à trouver sous la signature de Giu\nseppe Lipparini. Jusqu’à ce jour M. Lipparini ne s’était révélé\nà nous que comme un poète solennel et châtié, comme une\nsorte de Leconte de Liste au petit pied, exclusivement amou\nreux des formes plastiques et des froideurs parnassiennes, ou\nadonné aux rhétoriques sévères et 1 hautaines. Son recueil de\nvers lo Specchio delle Rose et son récent opuscule VElogio\ndelle acque ne pouvaient aucunement faire présager les\njoyeuses pages de iOmbrosa. Je no prétends point en faire\nun reproche au jeune écrivain qui prend soin, en quelques\nlignes de dédicace à Francesco Gacta — un autre jeune d’a\nvenir— de nous donner la clef de cette nouvelle attitude.\nL’Otnbrosa est un roman dans le goût des Contes de Boccace\net des Contes Drolatiques d’Hoqoré de Balzac. Ce sont de\njoyeuses aventures narrées avec bonne humeur et saupou\ndrées d’une fine ironie qui ajoute à leur saveur une pointe de\npiquant. C’est là un genre fort démodé certes, en Italie autant\nqu’en France, mais je crois le moment bien choisi de le re\nmettre en honneur pour nous faire oublier les fadeurs de nos\npsychologues en renom et les variétés symbolistes de ces der\nniers temps. L’auteur, dans sa dédicace, parle ainsi : « En re\nprésentant les plus joyeuses qualités de l’esprit latin à une\népoque où cet esprit latin était merveilleusement florissant j’ai\nvoulu donner une première démonstration d’une grande vérité\nque je veux te dire à toi et à nos jeunes frères d’Italie. Il faut\nredevenir limpides, lucides et sereins; il faut atteindre au\ncalme divin des moyens représentatifs qui furent propres à\n(i) L’Ombrosa, roman par G. Lipparini, 3 fr. Libraria univer-\nsitaria. IJologna.",
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     "texte": "nos classiques et aux anciens; il faut délaisser la vaine et\ndangereuse gymnastique du style; et devant les troubles et\nmaladives conceptions du septentrion il faut affirmer la sim\nplicité et la pureté de notre âme italienne. » Par ce roman, G.\nLipparini donne un salutaire exemple â ses jeunes compa\ntriotes. Il réalise en partie, dans 1 ’O/nbrosa, une part de son\nidéal et j’attends YOsteria dalle Ire Gore pour me réjouir\nencore mieux de cette trouée de soleil parmi les brumes dont\nle ciel du belpaese s’était momentanément obscurci.\nAvec Teresah nous rentrons dans le domaine des histoires\ntristes. Le pessimisme (pie la jeune poétesse avait abondam\nment introduit dans son volume de vers : Il campo delle\nortiche a également envahi ce recueil de nouvelles dont la\npremière : Notle di passione (i), donne son titre au volume.\nNul en parcourant ces pages sombres ne s’imaginerait qu’elles\nfurent écrites, sous les cieux ensoleillés de Naples et de Gènes,\npar lapins jeune et la plus belle peut-être des écrivains femmes\nde l’Italie, et pourtant il en est ainsi. En dépit de toutes les\ncirconstances et de tous les dons naturels qui devraient con\ncourir à faire éclore sous la plume de Teresah des pages\néclatantes de chaleur et d’enthousiasme, les deux volumes de\npoésie et de prose que ses vingt ans nous ont donnés sont\nempreints d’un pessimisme inattendu et qui serait regrettable\nsi Teresah n’avait assez de talent pour en tirer un excellent\nparti et procurer à ses lecteurs des satisfactions suffisantes\ndans cet ordre de sensations. Le présent volume est composé\nde trois nouvelles d’un caractère également sombre, mais\nd’un intérêt captivant, et qui dénotent chez Teresah un don\nspécial pour ce genre ingrat, de la nouvelle, mais elle devra\nse tenir en méfiance contre tropde facilité, et, sans viser aux\nraffinements précieux,elle cherchera à'relever par quelque élé\ngance son style que parfois déparent quelques négligences.\nEdwaiui Sansot-Ohland.\nfi) Aotte di passione, par Teresah, i vol. 3 fr. E. Voghera, édi\nteur à Home.",
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   "pages_selon": "folio imprimé d'après Gallica, corrigé pour les tomes d'avril et d'octobre 1900 (scripts/vogue_gallica_folios.py)",
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     "texte": "Bibliographie\nK. Waliszewski : Littérature Russe.\nL’ouvrage de M. Waliszewski qui vient combler une lacu\nne dans l’histoire littéraire, est l’un des mieux faits du genre.\nL’auteur s’est gardé des enthousiasmes exagérés auxquels\nnous sommes trop enclins depuis que la manie de l’exotisme\ns’est emparée de nous, et il fait montre à la fois d’un esprit\ncritique et renseigne. Peut-être peut-on trouver qu’il a passé\nun peu vite sur le poète Alexis Tolstoï, qui fut conservateur;\nqu’il n’a pas accordé à VEternel Mari de Dostoïewski autant\nd’importance qu’en semble mériter ce très beau livre, mais ce\nsont là querelles de détail. Il faut lui savoir gré en tout cas,\nd’avoir vu de façon très nette ce qu’il faut admirer dans Tolstoï,\nc’est-à-dire des qualités incomparables de grand romancier,\nmais aussi de nous avoir débarrassés de la légende du pen\nseur et du philosophe qu’on veut nous montrer dans le songe-\ncreux sans logique de Qn’est-cc que l’art ? « Il ne se doute\npas, écrit M. Waliszewski, que ses aperçus sur le râle social de\nl’art ne sont que la reproduction des théories déjà développées\npar un écrivain français Guyau, et dont il dénature simplement\nla pensée par des boutades paradoxales.il ne se doule pas que\nsa définition, d’après laquelle l’œuvre d’art a pour but d’éveil-\nlcr des sentiments identiques ou semblables parmi la géné\nralité des hommes est vieille comme l’art lui-même...\nDevant l’immensité d’un problème qui, à l’entendre, a rete\nnu son attention et occupé scs veilles pendant quinze ans, il\neffleure à peine le côté historique de la question et se laisse\naller à raconter — merveilleusement d’ailleurs — les impres\nsions que lui a laissées une répétition de pièce au théâtre de\nMoscou, pour perdre ensuite son temps à discuter les idées\nde Papus ou du Sàr Péladan, écrivains qu’il confond, dans\nune estime ou dans un mépris égal, avec Taine ou Proudhon,\ncomme il confond dans scs anathèmes l’art grec, qualifié par\nlui de grossier, l’art de Michel Ange qui lui paraît stupide,\nl’art enfin de Shakespeare, de Beethoven et de Wagner, qu’il\ntaxe de niaiserie, avec les fantaisies du décadentisme ».\n★",
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     "texte": "Eugène Morel : Les Boers (Mercure de France).\nLe roman de M. Eugène Morel n’en est pas un à propremen\nparler, du moins au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Il\nen a supprime tous épisodes inutiles et subtilités de psycholot\ngie ennuyeuse. D’intrigue, pas, ou presque pas. Elle tiendrait\nen quelques lignes. C’est l’aventure d’une vieille famille de\nlaboureurs dépouillée de sa ferme par l’étranger qui vient co\nloniser. Les personnages, l’aïeule Mm° van Devcr surtout,\nsont dessinés avec simplicité et vérité. Il y a une sorto do\ngrandeur épique dans l’nistoiro de ce peuple repoussé de con\ntrée en contrée sans jamais pouvoir se fixer. (Jette grandeur,\nM. Eugène Morel a su nous la donner très purement dans un\nstyle sobre et quasi biblique. A ce point de vue son livre est\nune sorto de grand poème en prose d’une construction har\nmonieuse cl parfaite.\n★\nRobert Scheffer : Vile aux Baisers (BorcI).\nC’est une saison à la campagne et un amour léger d’une\nsaison à peine que M. Robert Scheffer nous a finement évo\nqués dans son petit livre délicieux. 11 y a employé la forme\népislolaire,cl le tour mi-confidentiel des lettres ajoute au char\nme de l’éternelle aventure. Ces lettres ce sont d’ailleurs de\npetits chefs d’œuvre de maligne indiscrétion, écrits dans cette\nlangue ravissante des conteurs badins de notre xvnr siècle.\nL’auteur du Prince Narcisse se place là dans la pure tradi\ntion française etla meilleure. Et bien qu’il y ait quelque cho\nse d’un peu conventionnel dans les descriptions par lettres de\nl’Ilc aux Baisers,— c’est d’ailleurs un écueil que le romancier\na su très souvent éviter — son livre a le mérite, beaucoup\nplus rare qu’on imagine, de procurer une heure d’aristocrati-\nque délassement, chose précieuse maintenant où tant d’auteurs\nnous infligent sans remords trois heures d’ennui mortel, ou\nplus encore.\n★\nLéopold. Dauphin: Pipe au Bec (Vanier).\nSous ce titre léger et quasi-impertinent, M. Léopold Dau\nphin a réuni nombre de jolis vers également légers. Sans\ndoute son art ne vise fpas aux grandes déclamations vides,\ndesquelles nous nous contenions trop souvent; son art à lui\nest plus près de nous, à la lois plus délicieux et, plus intime.\nIl sait employer des rythmes prestes; son vers est court et\ncourt gracieusement à la rime, parfois pittoresque à la façon\ndo Banville ; mais,à vrai dire,c’est de Verlaine surtout qu’il",
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     "texte": "70\nest voisin. Il le confesse lui-même d’ailleurs, dans ce souhait\npour ses vers :\nPlus envolés de musiques et d’ailes\nJe les voudrais aussi plus ingénus\nEt nuancés et tendrement fidèles\nAux sons .ailés que Verlaine a connus.\nIl se plait aux petits vers et ne dédaigne pas les formes\nfixes, comme celle, si parfaite, du rondcl. Il faudrait rappe\nler aussi cette exquise pièce de délicatesse infinie Sur un bout\nde tapisserie, qui fut jadis publiée dans la Vogue. M.Léopold\nDauphin a fait suivre Pipe ail Bec des Fontaines du Bois\njoli, encore un titre charmant,et,ce qui vaut autant et mieux,\nencore des odelettes mutines et pimpantes, comme il en avait\nsu trouver déjà dans ses Raisins bleus et gris et dans ses\nchansons Couleur de temps.\n★\nJacques Bainville: Louis II de Bavière (Perrin).\nAprès le livre si intéressant, si bien documenté et si re\nmarquablement construit dans lequel M. Houston Stewart\nChamberlain nous avait présenté un Richard Wagner vrai et\nvivant, M. Jacques Bainville nous évoque à son tour la fi\ngure de celui qui fut le mécène célèbre du musicien, Louis II\nde Bavière. Son livre,d’une documentation sûre sans être ja\nmais ennuyeuse fait place nette des légendes qu’on avait ima\nginées à plaisir autour du roi. M. Jacques Bainville dénonce\nla fausseté de toute une littérature fantaisiste qui s’était for\nmée en Allamagne et qui cul sa répercussion en France dans\nles curieux et attachants romans de MM. Catulle Mendès cl\nGustave Kahn: le Roi Vierge et le Roi Fou. A vrai dirc,je\nregrette un peu la légende et mon imagination se plaisait à\nvoir en Louis II le prince merveilleux autour duquel on avait\ninventé mille contes anecdotiques. Mais la vérité historique a\nde ces cruautés, et il faut bien nous résigner à admettre avec\nM. Bainville que le roi de Bavière fut surtout un être fantas\nque et maladif, plus impressionnable que véritablement ar\ntiste de goût, et dont l’état d’esprit troublé devait aboutir un\njour à la folie. Néanmoins, tel qu’il fut, ce prince,que chanta\naussi Verlaine dans le très beau sonnet que l’on sait, nous\nreste infiniment cher,et ses faiblesses ne font souvent qu’aug\nmenter notre sympathie. M. Bainville, en acceptant la tâche\ndifficile de détruire un peu de fiction,a su rester extrêmement\nintéressant: son livre est attachant d’un bout à l’autre, écrit\ndans une langue simple et claire, et c’est sans doute le meil\nleur ouvrage qu’on ait donné jusqu’ici sur ce sujet.\n★",
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     "texte": "7 1\nAlfred Jarry: Ubu enchaîné {Revue blanche).\nOn se rappelle tout le bruit qui fui fait à l’occasion de\nla représentation au théâtre de l’Œuvre d'Ubu roi, où\nMmo France et M.Génierfurent si admirablement irrésistibles.\nUn type était créé,elle Père Ubu prenaitsa place à la suite des\ntypes créés par les poètes comiques. Car c’est vraiment un\ntype, le type de la bourgeoisie contemporaine, la synthèse de\nses appétits, de scs désirs grossiers et en même temps de sa\ncouardise incomparable. Sans doute, ce n’est, pas lù un por\ntrait ; les traits sont accusés et grossis volontairement ; c’est\nune charge, mais est-ce que les charges ne sont pas, comme\nle disait Dumas le père, les seuls portraits véritablement res\nsemblants ? Cette charge-là ressemblait si outrageusement\nqu’elle fit pousser des haros de tous côtés. Il n’est pas de\nmeilleur critérium et dès lors était acquis à M. Jarry le privi\nlège rare d’avoir imaginé un type nouveau et général d’hu\nmanité : le bourgeois. Ubu enchainé, qui suit Ubu roi dans\ncette nouvelle édition, c’est le domestique, il faudrait dire le\nlarbin. Là encore M. Alfred Jarry fait montre de son talent\nde caricaturiste impitoyable et l’esquisse du laquais n’est pas\nmoins vraie que celle du maître.Leurs vices à tous deux sont\npeints avec cette bouffonnerie rabelaisienne, cette logique iné\nvitable dans l’invraisemblable, cet humour et cette ironie qui\ncaractérisent le talent merveilleux et inattendu de M. Alfred\nJarry. Il faut bien le dire, si M. Jarry, dans d’autres livres, a\nété parfois inégal, Ubu est une création de premier ordre et\nqui restera, comme est resté M. Joseph Prudhomme.\nAlcanter de Brahm : L’Ostensoir des Ironies {Cri\ntique).\nM.Alcantcr de Brahm, qui est, comme chacun sait, l’inven\nteur du point d’ironie, nous en donne aujourd’hui l’Osten\nsoir, ou plutôt la deuxième partie do ccttc œuvre, la pre\nmière, consacrée à Y nomme, la Femme et la Famille, ayant\nparu précédemment. Cette fois c’est do la société que l’auteur\ns’occupe, et il le fait avec une ironie un peu pessimiste, tel\nson article sur le Vol considéré comme âme du commerce\ndans la Société moderne, tel encore ses paradoxes sur la mi\nsère et la charité légale, tel surtout celui sur la Moleskine.\nA citer cette boutade :\n« Le docteur Tribulal a fait une demande au Préfet, ten\ndant à l’obtention d’un poste de médecin au bureau de bien\nfaisance.\n» Le Préfet s’cnquierl, auprès de son collègue du départe\nment dont le docteur est originaire, du mérite professionnel\nde ce praticien.",
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