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     "texte": "L’Inconnue\nCOMÉDIE EN UN ACTE\nReprésentée pour la première fois sur le théâtre de l’Athénée,\nle s8 avril i9oo.\nPERSONNAGES\nFrancis IIelmont, /|!) ans.\nJacques de Villers, 35 ans.\nLady Melton, 2(i ans.\nLouise. 5o ans.\nErnest, domestique.\nLe salon d'une villa meublée, à Agay. Par la porte du fond don\nnant. sur un perron à balustres, on aperçoit le jardin planté de\npalmiers, d’agaves, d’eucalyptus, et plus loin un coin bleu de\nMéditerranée. Canapé, guéridon , chaises, fauteuils. Dans\nl’angle de droite, un chevalet garni d’un paysage. A droite,\npremier plan, une porte donnant sur la chambre de Françis ; à\ndroite, deuxième plan, porte menant à l’office. A gauche, une\nseule porte donnant sur la chambre de Jacques.\nIl est sept heures du matin, fin février. Un peu grise au début,\nla lumière doit monter peu à peu jusqu’à l'éclat ensoleillé des\nbelles journées d’hiver dans le Midi.\nSCÈNE PREMIÈRE\nFRANCIS, puis LOUISE\nFrancis entre par la droite (premier 'plan) avec précaution, mi-\nvêtu, en enfilant un veston; il se dirige vers la porte de gau\nche en ayant l'air d'écouler. N'entendant rien, il s'en va vers la\nporte de l’office et appelle à voix basse :\nLouise !\nLouise, apparaissant.\nMonsieur IIelmont ! Déjà levé?\nFrancis.\nC’est-à-dire que je n’ai pas ferme l’œil. Votre satané télé\ngramme m’a trotté par la tête toute la nuit. Mais d’abord\nfaites-moi vite un peu de café, je vous prie. Vous m’explique\nrez tout cela tout à l’heure.\nLouise.\nVotre déjeuner est prêt. Je vous l’apporte à l’instant.\nFrancis\nBon. Pendant ce temps-là je vais 111c débarbouiller dans\nl’eau froide. Ça me calmera. (H sort.)",
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     "texte": "74\nSCÈNE II\nLOUISE, puis ERNEST\nLouise\nCe bon monsieur Helmont, le voilà tout tourmenté. J’ai\npeut-être eu tort de prendre sur moi... Bah ! je me considère\ncomme ayant charge d’âme, et la situation me paraît assez\ngrave pour... C’est égal, je suis curieuse de savoir comment\nil va prendre la chose et ce qu’il décidera lorsqu’il saura...\n(Ernest entre par la gauche, une lettre à la main.)\nLouise\nOù allez-vous, Ernest?\nErnest\nC’est Monsieur qui vient de se réveiller et qui m’a dit do\nporter cette lettre tout de suite chez l’Anglaise.\nLouise\nVous pourriez dire : Lady Mellon.\nErnest.\nIl faut aussi que j’attelle le boggy pour dix heures et que\nje passe chez le fleuriste pour garnir la table à déjeuner, Ah l\nelle nous en donne du tracas, l’Anglaise. On était si tranquille\nici.\nLouise\nEpargnez vos observations et laites ce que l’on vous a dit.\nErnest. ,\nOui, madame Louise. Mais je suis bien sûr que vous-\nmême, au fond...\nLouise.\nOccupez-vous de votre service. Allez, Ernest.\nErnest.\nOui, Madame.\nJl sort en hochant la tâte d’un air entendu.\nSCÈNE III\nLOUISE, FRANCIS\nFrancis, habillé.\nLà, me voilà rafraîchi. Cette nuit blanche après ce long-\nvoyage m’avait délabré ; une bonne tasse de café chaud\npar là-dessus et il n’y paraîtra plus. Or ça, Louise, m’ex\npliquerez-vous...\nLouise.\nTout de suile, Monsieur. Laissez-moi d’abord vous ap\nporter voire déjeuner. (Elle sort.)\n(Francis retourne vers la porte de gauche puis redescend.",
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     "texte": "75\nFRANCIS.\nIl dort encore. Noua allons avoir le temps de causer.\nLouise rentre en apportant le déjeuner sur un\nplateau qu’elle va poser sur le guéridon.\nLouise.\nVoilà, Monsieur.\nFrancis, avalant son café.\nAh ! ça fait du bien. Et maintenant, ma bonne Louise, je\nvous écoute.\nLouise.\nAlors, Monsieur a été inquiété par mon télégramme?\nFrancis.\nDame, il y avait de quoi : une dépêche qui ne contenait\nque ce seul mot : « Venez », sans plus amples détails. Je ne\nvous cacherai pas qu’en débarquant hier soir du rapide je\nm’attendais à trouver mon Jacques plus mal... très mal\nmême. Pas du tout, il a bonne mine.\nLouise.\nOh ! bonne mine 1\nFrancis\nEnfin il paraît rétabli. Alors quoi ? Impossible do vous\ndemander des explications devant lui, hier soir. De sorte\nqu’après avoir été très inquiet, j’ai été très intrigué, et je me\nsuis creusé la cervelle toute la nuit sans deviner pourquoi\nvous m’aviez fait venir me forçant à lâcher en cours de\nséances le portrait de la duchesse d’Estranges, un portrait\nqui doit m’ouvrir les portes de l’Institut. Elles vont se fermer\nmaintenant, les portes.\nLouise.\nJe vous prie de m’excuser, Monsieur, mais il se passe ici\nquelque chose de très particulier.\nFrancis\nParbleu! je m’en doute bien, mais parlez, alors, parlez\nvite.\nLouise .\nEh bien ! il s’agit..,\nFrancis, illuminé.\nD’une histoire de femme peut-être ?\nLouise.\nJustement.\nFrancis.\nSuis-je bête de n’avoir pas pensé à ça tout de suite. Je con ■\nnais mon petit Jacques, pourtant. Sapristi, et c’est pour ça\nque...",
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     "texte": "7 g\nLouise\nAttendez, Monsieur. Vous pensez bien que je ne me serais\npas permis de vous déranger de vos travaux sans un motif\nsérieux, et moi-môme je n’aurais pas pris la responsabilité...\nenfin vous me connaissez...j’ai ététrop heureuse qucMonsieur\nJacques, après la mort de son père, ait bien voulu consentir\nà me garder à son service pour gérer sa maison. Je me suis\ntoujours efforcée de m’y tenir à ma place, de ne pas le gêner\npar des observations que peut-être j’eusse pu me permettre\nl’ayant connu tout enfant.,. mais on sait ce que c’est qu’un\njeune homme et il faut bien jeter sa gourme. Et puis vous\nétiez là, vous, Monsieur.\nFrancis\nOui, je suis ce qu’on appelle l’ami paternel, c’est-à-dire\nennuyeux.\nLouise\nOh ! que non. Monsieur Jacques vous rend bien votre af\nfection, allez : il vous admire et il n’écoute que vous ; il sait\ntout ce qu’il vous doit. Je me souviens que M. de Villers le\nC ère me disait avant de mourir : « Je pars tranquille, ma\nrave Louise, parce qu’avec toi pour le soigner et Francis\npour le guider, mon fils ne sera pas seul en ce monde ».\nFrancis\nAu fait, Louise au fait.\nLouise\nOù en étais-je ?... Ah 1 oui. Iih bien ! voici : vous vous\nsouvenez que lorsque nous avons quitté Paris, en novembre,\nsur l’ordre du médecin qui avait ordonné à M. Jacques le\nrepos le plus absolu, j’ai pu réussir à lui faire choisir ce\ncoin un peu écarté, en plein soleil, en face de la mer; Agay\nest assez loin (le Nice et de Monte-Carlo, de sorte que je ne\ncraignais ni les distractions, ni les aventures. Et je crois\nvous avoir écrit que tout marchait pour le mieux cl que\nM. Jacques se remettait à vue d’œil, grâce à la régularité de\nsa vie et à la beauté du climat.\nFrancis\nAlors...\nLouise.\nAlors c’était trop beau, ça ne pouvait pas durer. Il y a un\nmois j’appris par le jardinier que la villa la plus proche, qui\nest au boutdu chemin, à vingt minutes d’ici, venait d’être louée\nà une riche Anglaise, lady Melton.\nFrancis\nParfait : je devine le reste ; le beau jeune homme au teint\nde lis rencontre la belle Anglaise au teint de rose, et ils mar\nchent. .. tous les deux le long du sentier embaumé.",
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     "texte": "77\n7«\nLouise.\nVoilà.\nFrancis.\nEt c’est pour m’annoncer cela que vous m’avez fait faire\nquatre cents lieues d’uue traite.\nLouise.\nPour cela et pour autre chose.\nFrancis.\nJe comprends : ce flirt étant contraire a l’ordonnance du\nmédecin,il s’agissait d’y couper court, n’est-ce pas ? Difficile ,ma\nbonne Louise, très difficile ce que vous me demandez là, et\nvous allez tout de suite saisir pourquoi : certes, je me flatte\nd’ôlrc un ami fidèle; j’ai pour Jacques l’affection profonde et\ntendre d’un frère aîné. Mais, sachez-lc, je serais désolé d être\nun gêneur. Surveiller ses frasques du coin de l’œil, glisser çà\net là un conseil, fort bien. Mais intervenir dans ses histoires\nde femmes, me mettre en travers de ses maîtresses, ça, je me\nsuis bien gardé de le faire, et c’est pour cette raison, je pense,\nque notre amitié n’a jamais cassé.\nLouise.\nLady Mellon n’est pas la maîtresse de M. Jacques.\nFrancis.\nIlcin? Alors je no comprends plus.\nLouise.\nElle n’est pas sa maîtresse et ne la sera jamais.\nF RANCIS\nMais, qu’est-ce que je viens donc faire ici? Si c’est un rébus,\nje donne ma langue.\nLouise.\nElle ne sera jamais sa maîtresse, parce que...\nFrancis.\nParce que?\nLouise.\nParce qu’elle 'sera sa femme.\nFrancis.\nQu’cst-cc que vous dites?\nLouise.\nJe dis (pie depuis un mois ils ne se quittent pas et que\nM. Jacques lui fait la cour la plus assidue... et la plus respec\ntueuse, vous pouvez m’en croire, car je connais ses habitudes\net je sais comment il se comporte selon les phases de ses bon\nnes fortunes.\nFrancis.\nEt vous pensez qu’il n’en est qu'à la phase préliminaire,\naux travaux d’approche?",
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     "texte": "78\nLouise.\nOui, mais cette phase-là menace de s’éterniser, car la place\nne capitulera que contre une signature en bonne et due forme\ndevant M. le Maire, c’est moi qui vous le dis. Nous avons\naffaire à une gaillarde qui lui tient la dragée haute, et qui a\nsi bien su le prendre qu’il ne pense et ne vit plus que par elle;\nah! c’est une maîtresse femme avec ses airs de sainte Nitou-\nche. Elle le mènera loin, je vous en réponds. Jamais je n’ai vu\nM Jacques dans cet état-là. Ça ne lui vaut rien du tout, vous\nsavez.\nFiuncis.\nUn mariage, hum ! En effet, c’est toujours sérieux ça. Mais\nêtes-vous sûr qu’il épousera.\nLouise.\nJ’en mettrais ma main au feu. D’ailleurs, M. de Villers\nvient d’écrire à son notaire, c’est un indice.\nFrancis.\nQu’est-ce que c’est que cette femme-là !\nLouise .\nEst-ce qu’on sait ?\nFnANCÏs.\nLady Mellon... connais pas.\nLouise.\nEt notez que vous avez beaucoup voyagé; vous avez même\nhabité Londres pendant un an, je crois.\nFrancis.\nOui, au temps où je pastichais les préraphaélites. Est-on\nbête, quand on est jeune!\nLouise.\nElle prétend être la veuve d’un lord Mclton, mort aux Indes\nen lui laissant plusieurs millions; elle dit que son mari était\nun vieillard qui l’a épousée platoniquement parce que scs traits\nlui rappelaient sa fille morte à vingt ans.\nFrancis.\nComment savez-vous tout ça, vous?\nLouise, embarrassée.\nJe l’ai entendu, un soir... en passant près d’une porte.\nFrancis.\nAh! bien. Alors Jacques est persuadé que malgré ledit\nmariage la dame est...\nLouise.\nParfaitement.Elle est arrivée à lui faire gober ça.\nFrancis.\nC’est tout ce que vous savez ?",
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     "texte": "70\nLouise.\nDe posi'if, oui. Je ne vous parle pas de mes impressions.\nJ’ai la conviction que nous sommes en présence d’une de ces\ncosmopi lites sans aveu, comme il yen a des tas chaque hiver\nsur la côte...\nFrancis.\nEt à la côte.\nLouise.\nEt que notre pauvre M. Jacques est tombé entre les mains\nd’une créature qui le lâchera d’autant moins qu’il est prêt à\nlui apporter un nom honorable et une fortune sérieuse. Ah !\ntenez, monsieur Helmont, quand je pense à ça, mon sang ne\nfait qu’un tour, parce que je me dis que ça me regarde tout\nde meme un peu, puisque feu M. de Villers m’a confié la\nmaison. Et dire que je no peux pas souffler mot. Aussi en\ndésespoir de cause j’ai compté sur vous.\nFrancis.\nNous verrons. Et vous dites que cette Anglaise est jolie?\nLouise\nOh ! pour ça clic l’est, ; clic ne l’est que trop, malheureuse\nment. Quant à être Anglaise, je n’en sais rien; ces femmes-\nlà ne sont d’aucun pays. Elle n’a pas d’accent, elle s’habille\ncomme un ange.\nFrancis\nVous êtes allée chez elle?\nLouise.\nDeux fois, sous prétexte de commissions. En réalité, je le\nconfesse, pour tâcher de fairo jaser les domestiques.\nFrancis.\nEt ça n’a pas pris?\nLouise.\nLe valet de pied est Russe ; la cuisinière et la femme de\nchambre sont Anglaises; le cocher est indien. On ne parle\npas un mot de français dans cette maison-là. Oh! elle est très\nforte. Malgré cela...\nFrancis.\nQuoi donc?\nLoursr., gênée.\nEh bien!... un matin qu’elle était souffrante, on m’a fait\nattendre dans un boudoir contigu à sa chambre à coucher.\nComme bien vous pensez, j’inspectais attentivement celte pièce\nlorsque mes regards furent attirés par une espèce de secré\ntaire ; ce petit meuble était fermé, mais la clef se trouvait sur\nla serrure, une petite clef en or, de forme bizarre. En cet ins\ntant, je vous l’avoue franchement, la tentation fut forte... si",
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     "texte": "8o\nforte, Monsieur, que... je n’y résistai pas... j’enIr’ouvris le\nsecrétaire.\nFrancis.\nFichtre, vous allez bien, vous. Et que vîtes-vous?\nLouise.\nPlusieurs paquets de lettres soigneusement nouées...\nFrancis.\nAli çà? j’espère bien que vous n’avez pas commis l’indis\ncrétion de...\nLouise.\nJe ne me fais pas meilleure que je suis, j’ai eu peur d’être\nprise en flagrant délit. Pensez donc, quel scandale! Du coup\net sans autre forme de procès, j’étais renvoyée d’ici. Mais on\nne m’ôtera pas de l’idée que ces lettres en diraient long si l’on\npouvait les lire, la preuve...\nFrancis.\nLa preuve ?\nLouise.\nC’est que la clef, la petite clef d’or du meuble, lady Mellon\nl’emporte toujours sur elle; elle la porte à sa ceinture avec\nsa bourse et ses colifichets.\nFrancis.\nPeulil l’on sait ce que valent les dossiers secrets. C’est tout\nce que vous avez à me dire?\nLouise.\nMais il me semble... Ai-je eu tort de télégraphier Mon\nsieur ?\nFrancis.\nJe ne dis pas cela : ce que vous venez de me raconter ne\nmanque pas d’intérêt. Seulement vous ne m’en voudrez pas do\ngreffer ma petite enquête personnelle sur la vôtre. Vos obser\nvations ont un certain côté romanesque... enfin c’est possible,\naprès tout...\nLouise.\nAh! n’est-cc pas?\nFrancis.\nOui, mais en pareille matière il convient d’agir avec pru\ndence. Si nous nous trompions ce serait déplorable.\nLouise.\nQuelque chose me dit... nous sentons ça, nousautres.\nFrancis.\nPossible, mais moi je suis obligé de m’en tenir aux faits.\nOr il se peut que lady Mellon soit une femme parfaitement\nhonorable, et dans ce cas... après tout... je ne verrais pas\nd’inconvénient à ce que tout finît pur un mariage. 11 se peut",
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     "texte": "8i\n(également que M, do Villers se soit épris d’une femme indi\ngne de lui et sur laquelle, dans le feu de son aventure, il\nn’aurait pas pris tous les renseignements; désirables c’est\ndonc à moi, son ami, A me renseigner pour lui. Dès aujour\nd'hui j’ccris A Londres, à l’un de mes amis qui connaît bien\nson monde, et dans trois jours je suis fixé. Pour l’instant je\nvais inc borner à écouler et à regarder; quand aurai-je l’a\nvantage de voir celte dangereuse personne ?\nLouise.\nCe matin même, A déjeuner, M. Jacques est en train do\ns’habiller et ne va pas tarder; il a commandé la voiture pour\ndix heures afin d’aller la chercher A sa villa.\nFrancis .\nElle va être un peu surprise de trouver ici une tierce per-\nsonn ?\nLouise .\nJe ne pense pas. Monsieur a dù la prévenir; Ernest lui a\nporté sa lettre tantôt.\nFrancis.\nComment, sa lettre?\nLouise.\nFigurez-vous qu’il lui écrit chaque matin, bien qu’ils se\nvoient tous les jours. Comprend-on ça?\nFrancis.\nC’est de l’amour avant la lettre. Soit. Vous me croirez si\nvous voulez, ma bonne Louise, je suis un peu inquiet. Ce\ngrand garçon me tient au cœur. Si tout ceci allait mal tour\nner?\nLouise .\nQue voulez-vous qu’il arrive? Ce que nous faisons est do\nbonne guerre.\nFrancis .\nPeut-être, mais n’allons pas jusqu’à forcer les meubles.\nSavez-vous que vous êtes étonnante d’energio et de ténacité,\nvous?\nLouise\nMonsieur sait quel attachement j’ai pour M. Jacques. Et\nÎ iuis, avant de trouver un abri chez feu son père, j’ai connu\nes mauvais jours et la lutte pour vivre, bien que j’eusse de\nl’instruction.\nFrancis\nOui. M. de Villers m’a raconté cela jadis. Vous n’êtcs pas\nla première venue, je lésais.\nLouise\nJ’entends M. Jacques, je vous laisse.",
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     "texte": "82\nFrancis.\nNous recauserons plus tard.\n(Louise sort. — Francis s’assied et prend un journal.)\nSCÈNE IV\nFRANCIS, JACQUES, puis ERNEST\nJacques.\nBonjour. Déjà! Après un tel voyage.\nFrancis\nUne vieille habitude. D’ailleurs, il est neuf heures.\nJacques\nC’est très gentil à toi d’avoir débarqué ainsi à l’impro-\nviste.\nFrancis .\nAlors, je ne te dérange pas ?\nJacques.\nMe déranger, toi? Qu’est-ce qui te prend?\nFrancis.\nQue veux-tu, j’étais inquiet; il y avait un mois que tu n’é\ncrivais plus.\nJacques.\nTu m’as cru mort.\nFrancis.\nPresque. Je ne suis pas fâché de m’assurer de visu que je\nm’étais trompé.\nJacques.\nJe n’ai jamais eu plus envie de vivre. La vie a du bon.\nFrancis, qui a repris son journal.\nOn le dit.\nJacques, impatienté\nOn le dit. Que lis-tu donc de si passionnant dans ce journal.\nFrancis.\nUne chronique d’actualité...\nJacques.\nSur...\nFrancis,\nSur l’amour dans le mariage, à propos de la dernière\ncomédie du Gymnase.\nJacques.\nAh!... et que dit le chroniqueur?\nFrancis.\nLe chroniqueur, qui ce soir-là sans doute dînait avec sa\nmaîtresse, dit que seul le mariage est l’expression complète",
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     "texte": "83\nde 1’amour. Demain, dînant avec sa femme, il écrira que l’u\nnion libre est le plus sublime degré de l’évolution des sexes.\nJacques.\nQuel est ton avis?\nFrancis.\nJe suis pour la polygamie, qui résout le problème en une\nsynthèse Harmonieuse : l’unité dans la variété.\nJacques.\nEt dire que mon pauvre père t’a confié mon éducation.\nFrancis.\nRends-moi cette justice que je n’ai pas abusé de mes pou\nvoirs.\nJacques.\nC’est vrai : tu m’as laissé la bride sur le cou. Tu n’as ja\nmais été l’ami raseur, le terrible ami qui vous accable do son\nAge et de son expérience, et je ne t’en aime que davantage.\nFrancis.\nJ’avais mon idée : j’estime que la débauche est l’école de la\nsagesse.\nJacques.\nA moins qu’elle ne soit l’école de la passion.\nFrancis.\nQue veux-tu dire?\nJacques, avec chaleur.\nQu’à force d’user ses sens on tue le caprice. Alors, comme\nHercule, on se trouve au carrefour de deux routes : l’une\nmélancolique, peuplée des fantômes éphémères d’un passé\nvide d’amour ; l’autre rayonnante de fleurs nouvelles, de\nsoleil et d’espoir. La première route longe un abîme...\nFrancis.\nMais la seconde mèno à un cul-dc-sac. Où tend ce dis\ncours?\nJacques.\nA ceci : que la passion est un phénix renaissant des cen\ndres de la volupté ; et que lorsque tout n’est pas mort dans un\nhomme, il découvre un beau jour au fond de soi un inconnu,\nqui n’était peut-être qu’un méconnu, et qui dit à l’ancien :\n« Mon pauvre garçon, il te sera beaucoup pardonné, parce\n(pie tu n’as jamais aimé, mais c’est fini, n’cst-cc pas, et c’est\nmou tour, maintenant. »\nFrancis.\nTrès bien. La conclusion?\nJacques.\nLa conclusion, mon cher Françis, c’cst que j’ai une confes\nsion à te faire...",
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     "texte": "84\nFrancis.\nNe vas pas plus loin... j’ai deviné, et ce n’était pas diffi\ncile. Quand un garçon comme toi, qui a tout vécu, en arrive\nà débiter des phrases de roman-feuilleton sur les fleurs, l’es\npoir, le soleil, c’est qu’il est bouclé.\nJacques.\nEh bien! c’est vrai, j’aime; j’aime une femme délicieuse\net très différente de toutes celles que j’ai connues jusqu’à pré\nsent.\nFiuncis.\nNaturellement.\nJacques.\nNe ris pas; c’est très bon d’aimer ainsi, je t’assure. C’est\ntellement autre chose; ah! peut être que je suis bouclé, comme\nlu dis, mais ça m’est égal, car c’est exquis : la femme hon\nnête, mon bon Francis, la femme sûre, celle qui sera la mère\nde vos enfants, il n’y a que cela, vois-tu.\nFrancis.\nJe disais bien : le cul-de-sac.\nJacques.\nAh ça! serais-tu jaloux, par hasard?\nFnANCis.\nNon, ma : s vexé. Tu aurais bien pu m’écrire.\nJacques.\nJ’allais le faire.\nFrancis.\nMerci pour cette bonne parole. Et quand aurai-je le plaisir\nd’être présenté à Mademoiselle...\nJacques.\nLady Melton, veuve do lord Melton, ancien membre de\nla Chambre des communes, mort aux Indes, il y a deux ans.\nFrancis .\nMes compliments. Riche?\nJacques.\nBeaucoup plus que moi. D’ailleurs, ça n’a pas d’importance.\nFrancis.\nAucune. Tu as pris des renseignements?\nJacques.\nNaturellement ; lady Mellon est reçue dans la meilleure\nsociété de Nice.\nFrancis.\nExcellente recommandation. C’est tout?\nJacques.\nJ’ai causé d’elle avec le Consul d’Angleterre à Cannes, qui",
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     "texte": "85\n8\na l’honneur de la connaître personnellement, et qui, surtout,\na beaucoup connu lord Mellon à Calcutta, avant son mariage.\nFrancis, réellement étonné.\nAli !... (Prenant son parti de la chose.) « Ail Ilighl ! » mon\ncher garçon, je te félicite. Après tout, tu as peut-être raison:\nil faut faire une lin.\nJacques.\nCe n’est pas une fin : c’est un commencement.\nFrancis.\nC’est la même chose. Et tu épouses?\nJacques.\nAu mois de mai. Lady Mellon doit s’absenter quelque temps\npour régler certaines affaires de famille, nous nous retrouve\nrons à Paris où aura lieu la cérémonie.\nFrancis.\nParfait. Tu as pensé aux témoins.\nJacques.\nMais toi d’abord, mon vieux Francis; et puis mon cousin\nde Vicieux, qui est attaché d’ambassade à Moscou, le seul\nparent qui me reste et que tu connais, d’ailleurs.\nFrancis\nJe crois bien; on se voyait souvent à Moscou, au temps où\nje pastichais les byzantins. Tu lui as écrit?\nJacques.\nPas encore. J’attends que ce soit officiel.\nFrancis.\nCe bon Virieux, je le reverrai avec plaisir; je n’ai pas eu\nde nouvelles depuis son histoire.\nJacques.\nQuelle histoire?\nFrancis.\nComment, tu ne sais pas? 11 a failli s’empoisonner, un sui\ncide par amour.\nJacques.\nVirieux, allons donc! Personne n’en a rien su ù Paris.\nFrancis.\nIl ne s’en est pas vanté. Imagine-toi que ce gros garçon\nlymphatique s’était toqué d’une révisante petite Moscovite,\nun peu tarée d’ailleurs, mais reçue partout là-bas. Au bout\nde six mois de celle alliance franco-russe, la petite le plaquait\npour un attaché militaire allemand et Virieux, fou d amour,\navalait un flacon de laudanum. Un vrai drame, comme tu\nvois.",
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     "texte": "86\nJacques.\nJe n’ai jamais rien su de tout ça. Ce pauvre cousin? Voi\nlà des choses qui ne t’arriveront jamais à toi.\nFrancis.\nOh ! les peintres, c’est différent ; nous avons le modèle. A\nforce d’en voir, on est vaccine. A propos, et toi, barbouillcs-\ntu toujours un peu.\nJacques.\nMais oui ; je crois même que j’ai fait des progrès.\nFrancis.\nTu n’es pas mal doué. Seulement, vous aulres gens du\nmonde, vous vous figurez qu’il suffit de prendre une palette\net des brosses. Montre un peu.\nJacques, lui apportant une toile.\nTiens, voilà un paysage de par ici. Lady Melton le trouve\ntrès bien, je lui ait dit (pie tu étais mon professeur.\nFrancis, examinant.\nAh I tu lui as parlé de moi. [Un temps.) Pas mal, mon gar\nçon. C’est assez juste de ton ; seulement voilà un olivier qui\nest mal dessiné.\nJacques\nCe n’est pas un olivici’, c’est un eucalyptus.\nFrancis.\nTu m’en diras tant. Tu disais donc que lady Melton...\nJacques.\nTe connaît do réputation et aussi par tes œuvres. Mais,\nmon cher, elle est très cultivée, très artiste ; elle a visité tous\nles musées d’Europe; elle m’a dit qu’elle sera particulièrement\nheureuse de te connaître comme ami, après avoir souvent ad\nmiré le peintre.\nErnest, entrant.\nMonsieur, le boggy est avancé,\nJacques.\nC’est bien. (/I Francis.) Tu ne peux pas t’imaginer quelle\njoie c’est pour moi de vous avoir tous les deux ici. Toi l’hom\nme que j’estime le plus au monde; elle, la femme qui m’est\nla plus chère. Je suis sûr que vous vous plairez.\nFrancis .\nCertainement. Et maintenant cours, vole, dépêche-toi d’al\nler la chercher. Tu en meurs d’impatience.\nJacques.\nNous serons là dans une demi-heure, trois quarts d’heure\nau plus, au cas où lady Melton ne serait pas prête.",
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     "texte": "87\nFrancis.\nAu revoir, mortel fortuné. Va, triomphateur, et ramène la\nbelle captive sur ton char. Puisse Cypris guider ton coursier!\nJacques.\nToujours blagueur!\n(Il sort. Ernest te suit.)\nSCÈNE V\nFRANCIS,puis LOUISE\nA peine Jacques a-t-il disparu que Francis devient pensif et re\ndescend en semblant mditer. Soudain, Louise entre précipi\ntamment. Francis fait, un geste de surprise.\nLouise.\nMonsieur, l’Anglaise est^derrièremoi; je l’ai vue arriver de\nl’office. Elle a pris par le*raccourci, A travers champs. Elle\nmarche très vito, la tète baissée, comme quelqu’un qui a peur\nd’être reconnu. M. Jacques lui a pourtant écritqu’ilviendrait\nla prendre en voiture. Cela ne vous semble-t-il pas fort étran\nge ?\nFrancis.\nQu’esl-ce que vous dites? En effet, je ne comprends pas.\nLouise.\nElle doit être au tournant de l’allée, à présent. Vous pou\nvez la voir du perron.\nFrancis.\nQu’est-ce que cela peut vouloir dire?... Voyons.\n(U se dirige vivement vers le perron et regarde en abritant\nses i/eùx de sa main. Puis, tout à coup, à mi-voix, pres\nque par gestes :)\nElle ! Est-ce que je rêve? Mais non, c’est impossible. Si»\npourtant, c’est bien elle. Ah ! je devine...\n(Il redescend rapidement vers Louise qui, très étonnée de\ncette scène, va pour parler.)\nFrançis.\nNe m’interrogez pas et ne perdons pas de temps. Je sais ce\nQue cela veut. dire. Ecoutcz-moi : je me charge de tout. Vous\navez confiance en moi, n’est-cc pas? Envoyez tout de suite\nErnest en course, et vous, retirez-vous dans votre chambre.\nL’entretien (pic je vais avoir avec lady Mellon ne doit pas avoir\nde témoin. (Geste de Louise.) Allons,vous me comprenez bien ;\nsi vous êtes dévouée à M. de Villers, ne passez pas près des\nportes et faites ce que je vous demande. Je vous répété, je le\nprends tout sur moi.\nLouise, après une hésitation.\nC’est bien, Monsieur.\n(Elle sort.)",
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     "texte": "88\nSCÈNE VI\nFRANCIS, LADY MELTON\nFrancis.\nElle! Elle, ici ! Etjusteau moment, où l’on parlaitdc Virieux.\nEt pourquoi pas, après tout? Avec son passé et ses instincts,\nest-ce qu’clic ne devait pas fatalement echoucr un jour dans\nce pays-ci, dans cette auberge de l’univers I (A lady Mellon en\ns’inclinant.) Madame.\nLady Melton.\nJe vous attendais.\nFrancis.\nVraiment?\nLady Melton.\nJe vous attendais depuis le jour où M.dc Villcrsa prononcé\nvotre nom devant moi.\nFrancis.\nEh bien 1 pas moi, par exemple. Du diable si je m’imaginais\nretrouver ici, sous les espèces de lady Mellon, la jolie Mosco\nvite d’antan en train de Ilirter avec mon ami Jacques, et pour\nle bon motif encore. Mes compliments 1 Vous avez faitdu che\nmin depuis ce pauvre Virieux. On dit que lord Melton a laissé\nune fortune considérable, à supposer qu’il ait existé.\nLady Melton.\nVous avez fini.\nFrancis.\nMoi, oui. Mais vous, vous devez avoir pas mal de choses à\nraconter à votre ami, à votre vieil ami Francis. Quoi, pas un\nmot? Me voilà donc réduit à ne narrer à M. de Villers que la\npremière partie de votre biographie.\nLady Melton.\nVous ne ferez pas cela.\nFrancis.\nComment je... Plaisantez-vous? Ah cà ! ma chère enfant,\nest-ce que vous vous figurez que je vais assister paisiblement\nà vos accordailles ?\nLady Melton.\nVous ne ferez pas cela : ce serait indigne d’un galant homme.\nFrancis.\nPermettez, je connais le code de la civilité puérile. Alors,\nvous croyez que je vais vous laisser faire, que vous allez deve\nnir la femme de cet honnête homme, vous, vous...\nLady Melton.\nPourquoi m’insultez-vous ?",
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     "texte": "8 9\nFrancis.\nJe Ah ! vous nvezdcv» mois... curieux, ma parole. Mais,\ndegrûce, ne nous emportons pas. Voyons, nous nous con\nnaissons tic longue date : causons à cœur ouvert, en vieux\ncamarades qui se retrouvent. (Un temps.) Pour être franc,\nvous sentez bien que je n’ai guère d’illusions sur lady Mellon.\nNon que je doute, en somme, de la légalité de votre mariage;\naprès tout , c’est possible et vous êtes assez adroite pour cela.\nAu besoin, je vous en adresse mes félicitations : veuve, en\npossession d’un nom, riche peut-être et plus jolie mie jamais\ncertainement, vous êtes évidemment ce qu’on appelle un parti\ndes plus sortablcs. Mais, meltcz-vous à ma place : pour moi\nfjui connais votre passé, pour moi qui sais où so trouve la\nièlurc, vous n’èlcs plus, comment dire... vous n’êtes plus l’ob\njet de prix, le joyau sans tare, le chaînon de pur métal (pie\nmon ami Jacques veut river à son cœur, lit, franchement,\ndans ces conditions, vous comprendrez que je ne puisse prê\nter les mains à votre combinaison.\nLady Melton.\nBref...\nFhancis, toujours calme.\nBref, dans l’intérêt de mon jeune ami, je vous serais infini\nment reconnaissant de vouloir bien cesser vos relations. M. de\nVillors me disait tantôt (pie vous deviez vous absenter pro\nchainement pour régler certaines affaires de famille. Voila un\nprétexte tout trouvé pour préparer une absence définitive.\nLady Melton.\nEt... si je refuse de partir.\nFrancis .\nSi vous refusez... mais vous ne refuserez pas.\nLady Melton.\nParce que...\nFrancis.\nParce qu’alors vous me contraindriez, à mon grand regret,\nù employer des moyens (pie je réprouve, mais (pic les cir\nconstances m’imposent : je parlerais.\nLady Melton.\nAinsi, vraiment, vous feriez cela ?\nFuancis.\nQu’est-ce donc qui m’en empêcherait? M. de Villers vous\naime, c’est entendu; il vous respecte jusqu’à vouloir faire de\nvous sa femme. J’incline à penser que ce respect et cet amour\nseront singulièrement diminués par le récit de certaines aven\ntures.\nLady Melton.\nM. de Villers ne vous croira pas. Je nierai.\n8.",
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     "texte": "9°\nFrancis, avec tranquillité.\nEt moi j’affirmerai.\nLady Melton.\nVous n’avez pas de preuves.\nFrancis, vivement.\nAllons-donc. J’attendais ce mot-là. Mais il n’y a pas que\nmoi, il y a votre ancien... enfin, M. de Virieux.\nLady Melton.\nDe Virieux? On l’a interné voici quatre mois. 11 est fou.\nInformez-vous.\nFrancis.\nJe m’informerai. Mais soit:il reste donc moi et vous. Entre\nnos deux paroles, Jacques choisira.\nLady Melton.\nIl m’aime. Vous lui ferez du mal sans le convaincre. Et si\nvous y parvenez vous briserez du même coup votre amitié.\nFrancis.\nC’est ce que nous verrons.\nLady Melton.\nPrenez garde.\nFrancis.\nPardieu ! je crois que c’est vous qui me menacez: c’est un\npeu fort.\nLady Melton.\nJe ne menace pas : je discute. Je suis venue ici pour dé\nfendre mon amour.\nFrancis.\nVotre amour ?\nLady Melton.\nOui. J’aime M. de Villers.\nFrancis.\nVous ?\nLady Melton.\nMoi. Et c’est parce que je l’aime que je veux être, non sa\nmaîtresse, mais sa femme. Et si je vous brave, vous comme\ntout autre qui essaiera d’intervenir entre moi et lui, c’est ce\nque je ne veux plus, c’est que je ne peux plus renoncer à lui,\nentendez-vous, car cet amour est aujourd’hui toute ma vie et\npeut-être aussi mon rachat.\nFrancis.\nQu’est-ce que c’est que ces histoires-là ?\nLady Melton.\nLa vérité, tout simplement. Et pourquoi pas ? J’ai eu des\namants, c’est vrai; mieux vaut, je pense, en avoir avant\nqu’après. Et qu’est-co que cela fait si je n’en ai aimé aucun",
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     "texte": "9 1\net si maintenant j’aime. Ali ! vous êtes tous les mêmes, il y a\ndes choses que vous ne comprendrez jamais. Si vous saviez\ncomme ça me paraît bon d’aimer et d’être aimée ainsi.\nFrancis.\nOui : la petite Heur bleue. C’est vous qui êtes toutes les\nmêmes.\nLady Melton.\nEt après? Pourquoi ne fleurirait-elle pas au bord d’une Ame\ntroublée, la petite fleur bleue? D’ailleurs est-ce ma faute? J’ai\nété orpheline très jeune, libre et sans guide, j’étais orgueil\nleuse de plaire et cela m’amusait d’agiter des êtres et de nar\nguer l’opinion. Je ne savais pas, voilà tout; et aujourd’hui je\nsais. Comme d’autres, je puis faire le bonheur d’un honnête\nhomme.\nFrancis.\nO femmes, de quelle main légère vous effacez le passé !\nLady Mei.ton.\nQu’importe le passé si Jacques doit l’ignorer ! Q’importe le\nmensonge s’il fait un homme heureux 1 Pourquoi voulez-vous\nlui faire de la peine, vous qui vous dites son ami? Tenez, en\nce moment, je vous devine ; vous ne m’écoutez pas ; vous vous\ndites : « Je parlerai. Ce sera dur. Mais Jacques oubliera. Tout\ns’oublie ». Qu’en savez-vous? Et s’il n’oublie pas ? Songez-y :\nil ne s’agit pas là d’un caprice, il m’a promis sa vie.\nFrancis.\nMordieu! vivez donc ensemble! Mais pourquoi exiger qu’il\nvous épouse.\nLady Melton.\nVous ne comprenez rien, rien. D'abord sachez que c’est lui\nqui m’a offert de m’épouser. Sa maîtresse? 11 ne m’aimerait\nPlus si j’acceptais de la devenir; son amour m’a placée trop\nhaut. Et à moi aussi cela ne suffirait plus, je le sens. Celte\nardeur nouvelle m’a transformée J’aspire à quelque chose qui\nsoit éternel. Ah! Francis, laissez-vous convaincre. Dites que\nvous me jugez sincère et désintéressée. Dites que vous me\ncroyez malgré tout digne de lui. Vous êtes au-dessus de ces\npréjugés-là... Vous ne répondez pas? Vous doutez... Ah!\nconnaissez-moi donc enfin telle (|ue je suis : me croyez-vous\ncapable d’implorer si longtemps pour tout ce qui ne serait pas\nmon amour?\nFnANCis.\nJe ne sais plus que croire... tout ce que vous me dites\nm’étonne à un tel point... est-ce que je pouvais m’attendre à\nce que... enfin après ce que je sais de vous comment voulez-\nvous que j’aie confiance? Que vous soyez sincère, désintéres\nsée... c’est possible... en ce moment. Mais je dis que le",
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     "texte": "92\nbonheur qui s’édifie sur un mensonge est une œuvre fragile qui\npeut s’écrouler d’un instant à l’autre, et que mon devoir d’ami\nme commande de faire éclater la vérité, parce que la respon\nsabilité du silence est plus grave que tout. Je ne dois pas, je\nne puis pas laisser s’accomplir un acte qui serait peut-être un\njour le remords de toute ma vie...\nLady Melton.\nLe devoir! l’amitié ! les voilà bien les grands mots à l’aide\ndesquels vous autres hommes vous masquez votre orgueil. Le\ndevoir, c’est de tout comprendre, de ne pas faire souffrir ceux\nqu’on aime au nom de principes supérieurs dont personne ne\npeut démontrer l’existence. L’amitié, c’est de sacrifier scs\nremords et son amour-propre de camarade ou de conseiller,\ncar il n’y a pas autre chose au fond de tous vos serments\nd’amis. L’amitié! Est-ce que la nature connaît ça? Est-ce\nqu’elle crée des amis? Elle crée des amants, elle crée l’amour,\nla femme et l’homme pour perpétuer l’univers, et tout le reste\nc’est vous autres qui l’avez inventé, comme vous avez inventé\nle point d’honneur et toutes les niaiseries du même genre 1\nFrancis, la regardant un instant en silence.\nSoit. Mais si je me tais, qui me prouve que je ne fais pas\nun marché de dupe? Qui m’assure qu’en trahissant ce que je\npersiste à considérer comme mon devoir, je ne rendrai pas\nJacques cent fois plus malheureux dans un avenir prochain?\nLady Melton.\nQuoi? Que voulez-vous dire?\nFrancis.\nQue si j’étais aussi sûr de votre qualité d’âme que de la\nsienne... mais vous qui prétendez l’aimer...\nLady Melton.\nFrancis...\nFrancis.\n... qui ôtes sincère en ce moment, je le veux bien, qui me\nprouve que vous l’aimerez demain comme aujourd’hui? AhI\nles chercheuses de sensations, nous savons ce que c’est.\nLady Melton.\nVous ne comprenez pas, vous ne voulez pas comprendre.\nFrancis.\nJe comprends qu’il vous faut cet homme uniquement parce\nque vous ne l’avez pas, parce qu’il a su, par son respect et la\nnature particulière de son amour, vous faire éprouver des sen\ntiments recherchés que vous ignoriez jusqu’à présent. Ah!\nma pauvre amie, je vous connais mieux que vous ne vous\nconnaissez vous-môme : votre mariage, c’est du dilettantisme.\nVous êtes incapable d’aimer; ce n’est pas de votre faute, vous\nn’êtes pas fuite pour ça.",
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     "texte": "î)3\nLady Melton,\nComme vous me faites mal. J’aimais mieux votre ironie\nque cette pitié.\nFrancis.\nJe suis franc,pardonnez-moi.\nLady Melton.\nAli! les justes, quels bourreaux!\nFrancis.\nVous croyez-vous donc ici la victime?\nLady Melton.\nEb bien! non, non, non, vous vous trompez. Je vous assure\nque ce n’est plus la meme chose. Moi aussi je me connais,\nu’est-ce pas. Je vous jure... Ah ! c’est affreux cette situation.\nComment vous persuader?... Voyons, ayez confiance... pour\nquoi douter ainsi de l’avenir et de moi... je vous en supplie,\ncroyez en moi... ahl quelle preuve vous apporter, quelle\npreuve, mon Dieu?\nFrancis .\nQuelle preuve?... (Un assez long silence.) Une seule : parlez.\nQuittez ce pays immédiatement et n’y revenez jamais. Je me\ncharge de celui qui reste. Ne craignez rien : aucune allusion à\nvotre passé...\nLady Melton,\nMais c’est horrible, c’est insensé ce que vous me demandez\nlà. Pourquoi voulez-vous que je prouve mon amour en y\nrenonçant! C’est absurde, je vous dis.\nFrancis .\nC’est vous maintenant qui ne comprenez plus. Vous cher\nchiez une preuve : la voilà. C’est pour Jacques que vous ferez\ncela, non pour vous.\nLady Melton.\nNon, non, pas cela. Je ne pourrais pas. C’est au-dessus do\nmoi, ça.\nFrancis.\nVous voyez bien que vous n’aimez pas, puisque vous ôtes\nincapable d’aller jusqu’au sacrifice.\nLady Melton.\nJe ne suis pas une héroïne. Le sacrifice est trop grand pour\nune femme comme moi.\nFrancis.\nH est digne du haut sentiment que vous prétendez éprouver.\nLady Melton.\nAh! vous me torturez. (Après une hésitation tumultueuse).\nEh bien ! soit : je pars. Prenez ceci: c’est la clef d’un meuble",
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     "texte": "qui se trouve chez moi, dans le boudoir contigu à ma cham\nbre. Ce meuble contient des lettres. Celles que j'ai écrites\njadis à Vicieux... et à d’autre3... et qu’on m’a rendues...\nJ allais brûler tout cela, car pour moi c’était le passé mort.\nOuvrez ce meuble et prenez toutes ces lettres ; c’est contre\nmoi l’arme qui vous manque et qui m’interdit à moi de jamais\nrevenir ici... puisque vous croyez... qu’il le faut pour le bon\nheur de Jacques. Adieu, Francis, consolcz-le.\nFrancis.\nAdieu.\n(Elle se dirige vers le perron.)\nFrancis, à lui-même.\nCette clef! Elle a dit vrai! Qu’ai-je fait ?\n(Il court vivement vers le perron par où elle vient\nde disparaître.)\nNon, revenez... restez...\nLady Melton, éperdue.\nAh 1 cst-ce possible 1\nFrancis.\nVous l’aimez comme ilfautaimer. Maintenant j’en suis sûr.\nReprenez cette clef. C’est moi qui partirai, dès demain. Je ne\nme reconnais plus le droit de modifier la destinée.\nLady Melton.\nAh ! Francis ! Quel homme vous êtes. Voulez-vous me\ndonner votre main.\nFrancis, avec gravité.\nOui.\nLady Merton.\nReviendrez-vous... plus tard?\nFrancis, d’un accent indéfinissable.\nPeut-être... cela dépendra de vous... Ne m’en demandez\npas davantage.\nLady Melton.\nJe vous comprends... Séparons-nous, voici la voilure.\n(Bruit de voiture sur le gravier du jardin.)\nRIDEAU\nAlfi\\ed Mortieii",
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     "texte": "Les Coulisses\nde la Tauromachie\nA Laurent Tailhadc.\nLa question des courses de taureaux soumise à la Chambre\npar le député Bertrand, et renvoyée devant une commission\nspéciale, chargée d’examiner les dispositions à prendre pour\ninterdire en France (et plus particulièrement à Paris et dans\nles départements du Nord) la manifestation d’un spectacle ma\ngnifiquement viril noble et régénérateur; les proenains débats\nqu’elle ne manquera pas de soulever au Palais-Bourbon en ré\nveillant le vieil antagonisme du NordetduMidi—ctentre temps\nl’exploitation de la curiosité d’un trop candide public par un\ntenancier demusic bail,offrant à ses clients la ridicule parodie\nd’une corrida (i) espagnole ; le projet, à présent suspen\ndu d’installer à Paris, ou dans les environs, pour la durée do\nl’Exposition, une plaza de toros (2)— voilà, certes, plus qu’il\nn’en faut pour provoquer, à nouveau, les protestations imbé\nciles et les haineuses polémiques d’antan. Aussi, nos direc\nteurs de conscience de la presse, persuadés de leur sacer\ndoce moralisateur, ont-ils réédité déjà, et, après une courte\ntrêve que nécessite la brûlante actualité, vont-ils exhumer\nencore, sans prendre même le soin de les rajeunir un peu,\nles tirades d’autrefois surla cruautédes combats de taureaux,\nla sauvagerie des mœurs méridionales cl le sentiment de la\npitié, dont le parfum, doux et pénétrant,atténue pourles «âmes\nsensibles l’àcrc et répugnante odeur de fumier malsain sur\nlequel ont germé, comme des fleurs empoisonnées, les mau\nvais instincts des êtres primitifs.\nJe ne m’arrêterai pas à montrer tout ce qu’il y a d’hypo\ncrisie et de bassesse dans une telle conception de la pitié ni à\nproduire, ici, les majeures raisons qui me font préférer quant\nà leurs coutumes et usages respectifs, le barbare midi au nord\ncivilisé, mais je constaterai, toutefois, avec joie, l’indigence\ndes arguments et l’inanité des efforts de nos tauropbobes les\nplus accrédités. Mais que les journalistes, gardiens fidèles de\nnos vertus nordiques, se tranquillisent, ou que, du moins, s’a\nmoindrissent leurs craintes de voir se contaminer du mal cu-\n( 1 ) Course de taureaux\n(2) Arènes tauromachiques.",
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     "texte": "9Ô\nvahisseur,les lecteurs qu’émeuvent encore leurs périodes décla-\nmaloircs. Point n’est besoin d’opposer les barrières puissantes\nde la Loi contre l’introduction dans le nord de la France de\nYarte de la lidia (i).\nLe radieux et brûlant midi n’imposera jamais scs goûts et\nscs coutumes jusqu’en la région tempérée de l’Islc-de-Francc,\npour la raison qu’il n’y songe guère, et que, si tel était son\ndésir, des difficultés insurmontables lui interdiraient tout espoir\nde réussir : loros et toreros (2) dans l’impossibilité de s’accli\nmater, d’une part, et le public û qui manquerait le décor\nféériquc des spectacles ensoleillés que plafonne le ciel d’autre\npart, contribueraient bientôt à décourager toute tentative d’im\nplantation, lors même que l’habileté peu scrupuleuse d’organi\nsateurs avides de fructueuses recettes et abusant de l’ignorance\nchez la majorité des spectateurs, des canons de la tauromachie,\nne suffirait à dégoûter du sport taurin les amateurs les plus\nfriands de sensations exotiques. Seules, désormais, les pro\nvinces du Midi, continueront à se délecter du spectacle réputé\nsanguinaire, en quoi revit l’Ame forte et volontaire des Latins,\net si, par malheur, l’ostracisme est voté contre la corrida de\nloros, dépossédant le Midi de scs réjouissances préférées, les\naficionados français se rappelleront, néanmoins, que, surtout\nen matière tauromachique, il n'y a plus de Pyrénées.\nEt vraiment n’est-ce pas mieux ainsi, que chaque pays,\nchaque climat, gardejalousement les mœurs qui lui sont propres\net ne serait-il pas aussi téméraire d’étendre l’usage des cor\nridas dans les froides régions, que de vouloir introduire, sous\nles tropiques, l’élevage chimérique de l’ours blanc et du\nphoque huileux. Sans compter que la multiplication des plazas\nconduirait à la décadence inévitable des courses de taureaux!\nPuisqu’il faut que le peuple s’amuse pour qu’il ne songe à\nse révolter, n’avons-nous pas, pour les foules des cités réfrac\ntaires à toute manifestation artistique de la valeur latine,\nl’ivresse que distillent des plaisirs d’origine nordique, le pari-\nmutuel et le café-chantant? Loin de moi la pensée de stigma-\ntiserde telsspectaclcsquine m’inspirent qu’une très réelle indif\nférence, ou les plus aristocratiques voluptés que font naître la\nchasse A courre ou le tir aux pigeons, mais comment expli\nquer alors cette continuelle hostilité qui, surtout à Paris, pour\nsuit, implacablement, le maintien, sur le territoire français,\ndes courses de taureaux? La corrida ne diffère sensiblement\ndes autres spectacles au grund air que par la forme d’art et de\n(1) L’art de combattre les taureaux.\n(a) Le torero est celui qui combat le taureau, quel que soit son\ngrade dans la hiérarchie tauromachique. — La véritable expression\nserait toréador (du verbe torear, combattre le taureau), mais l’usage\nveut que le terme torero soit généralement employé.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "beauté dont elle est revêtue,et si le public n’y prend pas une part\nactive, ainsi qu’il résulte des sports qui ont pour but de déve\nlopper les moyens physiques de l’homme, du. moins, l’exhi\nbition du duel tauromachique est-elle propre à faire naître et\nà entretenir, chez les spectateurs, le sentiment de l’énergie.\nAussi faut-il croire que seulement l’ignorance entretenue dans\nles esprits par des articles mensongers ou inexacts est la\nsource véritable de cet acharnement. La plupart des adver\nsaires de la corrida ne la connaissent que par des simulacres\nou des pantomimes, évitant, par surcroît, de corriger un juge\nment téméraire, par d’instructives lectures : Prospcr Mérimée\nou Laurent Tailliadc, ces deux purs, encore (pie différents\nécrivains, qui surent évoquer, h deux périodes éloignées, en\ndes pages magistrales, la magique et splendide vision de la\nlutte tauromachique, selon les rites espagnols. Plus rares\nencore sont ceux-là, qui, séduits par l’allure épique de la tra\ngédie, cherchent à s'éclairer sur les gestes, savamment et\nrigoureusement réglés des toreros. Et pourtant, il est indis-\npensablc.pour quiconque assiste à la course, de connaître, —\nafin de pouvoir eu apprécier les détails techniques,et par suite\nde juger l’ensemble du jeu du redondcl (i) — la théorie qui\ndiscipline chacun des trois tercios (a) qui la composent.\nH est vrai de dire que le plus souvent l’inévitable sécheresse\ndes nombreux imprimés quitraitcnlde l’art de Ilomero rebu\ntent ceux-là même qu’impressionne la beauté des courses do\ntaureaux, et qui, si ce n’était cette répugnance compréhen\nsible, passeraient outre les écrits infidèles des ennemis de la\nTauromachie ; et peut-être consentiraient-ils à poursuivre\nleur initiation, si, en feuilletant ces arides manuels, il leur\nétait donné d’y ajouter la couleur et la vie qui leur manquent,\npar quelques connaissances de la gcnlc toi'cra et des coulis\nses de la plaza,pour les amener à mieux saisir les éléments si\ndivers qui constituent le drame de la corrida et que résument\nces trois mots : art, vaillance et beauté.\n*\nsiècles par une puissance magique, pTOtfQcjhènt clicz'4ÿà vi\nsjteurs l’hallucinante vision d’une ère /lointaine et dispûtuc\nToutefois, certaines villes, d’architecture moderi% qu’amc\nf - \\ A \\\n) Synonyme d'arène.\nOu phases : i° la pique,\nl\nles banderoles, 3<> l’estocade.",
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     "texte": "1\n98\nricaniscnt des boulevards et des avenues, ont mieux que des\nruines et de palais séculaires pour évoquer la physionomie de\nl’antique valeur. Madrid ou San-Sébastian,par exemple, con\nservent encore,grâee à la plaza de toros et aux corridas qui\nl’animent à certaines époques de l’année, ce caractère de no\nblesse et de grandeur du peuple espagnol qui fait revivre,\ndans ses jeux, les fortes vertus des Latins.\nMais la plaza n’est pas seulement le témoignage imposant\ndes anciennes coutumes, elle est surtout celui d’une vie ar\ndente où se consume magnifiquement le brûlant Midi et la\ncontinuation, chez un peuple respectueux des ancêtres, du\nculte de la beauté.\nL’édifice ou plaza, consacré aux courses de taureaux, est, le\nplus souvent, quant à son caractère extérieur, de style mau\nresque. A l’intérieur, les gradins (tendido) de l'amphithéâtre,\nseuls, rappellent le cirque imposant des Romains, car dans la\npartie du cirque protégée contre les rayons dp soleil (sombra),\nimmédiatement en arrière et un peu surélevée, vient la graaa\ncabierta, sorte de galerie protégée par l’étage supérieur réservé\nau palcos (i).Lc tendido est en quelque sorte le parterre do\nla plaza et les aficionados le préfèrent (malgré son exposi\ntion aux rigueurs du temps et la dureté et l’étroitesse de scs\nsièges de pierre) aux autres places parce qu’étant plus près du\nthéâtre de l’action il leur permet de ne perdre aucun detail du\ndrame tauromachique.\nValence possède la plus grande place d’Espagne(i7.ooo pla\nces), mais aussi la plus dangereuse, au dire des toreros eux-\nmêmes, qui, tous, ont eu plus ou moins à regretter les larges\nproportions de l’arène. Les plazas de Madrid, Séville et Barce\nlone viennent ensuite et peuvent contenir 12.000 personnes.\nQuant aux arènes inférieures, le nombre des places varie do\n3.5oo à 8.000,et plus.O11 voit donc,par ces quelques cliiffrcs,quc\nles cirques espagnols sont loin d’atteindre les proportions gigan\ntesques des amphithéâtres romains. Aussi, de l’avis même des\nEspagnols, le prestige est-il plus imposant dans les arènes de\nNîmes ou d’Arles, édifiées par Rome, et, qui, dans leur vaste\nenceinte de pierre, peuvent contenir jusqu’à 22.000 personnes.\nLa plaza est en quelque sorte un monument municipal dont\ns’enorgueillissent les citoyens à l’égal des plus superbes édi\nfices.\nL’entreprise en est confiée aux soins d’une société, ou d’un\nimprésario dont le rôle d’organisateur est, toutefois, prudem\nment placé sous la surveillance des autorités municipales.\nL’entrepreneur d’une plaza, malgré l’attrait à'\\xa cartel (1)\n(1) Liste des matadors et de leurs quadrilles respectifs.",
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     "texte": "compose de maiadors\\{i) eide taureaux de choix,ne réussît pas\ntoujours à couvrir les frais nombreux qui lui incombent, une\ncourse formelle (2) revenant, en moyenne, de vingt à vingt-\ncinq mille francs.\nL’inclémence du temps, un changement subit apporté au\nprogramme par l’invalidation d’un torero célèbre, annoncé\nsur l’affiche, ou d’un taureau ayant séjourné dans les cor-\nf'üles (3) de la plaza, suffisent, souvent, pour supprimer, tota\nlement ou en partie, d’éventuels bénéfices. Quoiqu’on ait eu\nparfois à constater entre les entrepreneurs, les municipalités\net les ganaderos (4), des accords formés dans un but de lucre,\nen général, les règlements tauromachiques imposés par Madrid\n«ont assez sévèrement observés et appliqués dans les plazas\nespagnoles, tout écart sérieux, de la part des intéressés, pou\nvant entraîner, comme pour les toreros réfractaires A la loi\nmunicipale, un séjour plus ou moins long dans les prisons de\nla ville.\nL’entrepreneur est donc responsable delà tenue parfaite de\nses arènes et de l’organisation de la course, mais il a le libre\nchoix des taureaux et des engagements de matadors (5). Tou\ntefois, il est dans l’obligation, sous peine d’enfreindre aux\nrèglements prescrits, d’afficher, au plus tard huit jours avant\nhi date fixée pour la corrida, la liste, rigoureusement exacte,\ndes toreros et des taureaux, en ayant le soin d'indiquer l’Age\net la provenance du bétail. A l’arrivée des taureaux— qui\ndoit avoir lieu huit jours au moins et quinze jours au plus\navant la course —la municipalité fait constater, par une\ncommission de vétérinaires, le bon état de chaque animal et\nles marques et caractères de sa race. Ces soins ne sont pas\nsuperflus,car les ganaderos cherchent souvent à écouler leurs\nproduits vicieux ou bAtards, et l’on 11e saurait offrir trop de\ngaranties au public qui manifeste parfois son mécontentement\npar des actes de violence dont le directeur des arènes et Val-\ncade (G) (ou son représentant comme président de la course)\nsont les premières victimes.\n(1) Le matador est celui qui dirige un quadrille de toreros et\nqui, seul, ale droit de tuer le taureau.\n(2) Celle qui n’a lieu qu’avec des taureaux formés (c’est-à-dire Agés\nde quatre ans cl demi nu moins et de six ans au plus) et des chefs\nde quadrille (matadors) ayant reçu la consécration de leur titre dans\nla cérémonie dite de Yalternative.\n,(3) Cours A ciel ouvert où sont placés les taureaux dès leur arri\nvée jusqu’au matin du jour fixé pour la course.\n(4) Ceux qui pratiquent l’élevage des taureaux.\n,(A) Les matadors, seulement, les hommes de leurs quadrilles\n11 étant, engagés nullement par l’imprésario, mais par leur chef lui-\nméine, qui en est responsable auprès de la direction des arènes.\n(G) Le maire.",
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     "texte": "K\nioo\nTelle est donc, rapidement notée, l’organisation de la cor\nrida, spectacle éblouissant dont la plaza est le théâtre. Mais\nici comme au théâtre antique, la nature se charge de fournir\nun suffisant décor, auprès duquel les plus féeriques composi\ntions de nos décorateurs d’opéra-comique ne sont que de\nvaines et mesquines illusions. Point de plafond écrasant non\nplus que l’éclat factice des lampes électriques. L’azur presque\ntoujours sans nuages, et la lumière irradiante du soleil, ac\ncentuent les proportions du décor jusqu’au sublime. Un cadre\ngrandiose — l’ampilhéâtrc où se presse une foule colorée —\nentoure le tableau magnifique où se déroule,sur le sable guttc\nde l’arène, les trois actes de l’action tragique, renouvelée par\nsix fois, mais qui, dans les lignes classiques d’une méthode\nimmuable, recèle tous les ferments des nobles émotions artis\ntiques, qu’inspirent aux fervents de l'aficion la grâce,le cou\nrage et l’adresse des combattants.\n★\nLe taureau est, «avec le matador, le principal acteur de la\ncourse. Il est le pivot autour duquel évoluent, groupe res\ntreint d’hommes courageux, les comparses du drame (dont les\nrôles sont soigneusement répartis) que dirige Yespada (i),\nle sacrificateur velu de soie et d’or. Il est donc indispensable,\npour l’exécution parfaite de la corrida, que l’imprésario des\narènes se procure un bétail de choix, de préférence dans un\nélevage renommé, et offre, à des matadors justement célèbres,\ndes adversaires dignes d’eux et de leur maestria. L’organi\nsateur ne pouvant disposer que d’une somme insuffisante\npour une grande corrida ne doit pas chercher â attirer la\nfoule par rengagement des premières épées d’Espagne, mais\nplutôt par un choix scrupuleux de taureaux réunissant les qua\nlités essentielles du bicho (2) de pure race En effet, le plus\nsouvent, le taureau fait le torero, et tel grand matador brille\ndifficilement avec un animal lâche ou sans vigueur, cependant\nque tel autre, plus modeste et moins famé, réussit â soulever\n1 enthousiasme des connaisseurs en combattant un quadrupède\nde bon trapio (3) et d’un caractère franc et courageux. Je\nciterai, pour exemple de l’importance qu’il faut donner au\nchoix du bétail, les résultatsjobtcnus, à Bilbao, dont les qua\ntre grandes corridas annuelles passent, en Espagne, pour les\nplus belles de la péninsule. Chaque cornupète (/j) couru en\nplaza de Bilbao revient de a5oo à 3ooo pesetas (prix maximun\n(1) Espacla (de espada, épée), synonyme de matador.\n(s) Bête : s’emploie pour désigner le taureau.\n(3) Aspect des qualités et des défauts du taureau.\n(4) Taureau.",
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     "texte": "101\n«l’un taureau de libras (i) Agé de cinq ans), tandis que Madri\nlènes ou Sévillans se contentent fort bien d’un bétail moins\nonéreux, dont chaque tète est estimée de 1200 à 1800 pesetas.\nLa plupart des matadors ont leurs préférences en matière\nde races et d’élevages : tel qui combat heureusement un tau\nreau puissant et fougueux éprouve souvent une singulière\ndifficulté à « travailler » un taureau léger, mais plus rapide\net plus agile. Mais, en général, les impresarii savent appro\nprier avec les exigences de leur bourse celles des loreros,\nqu’ils engagent bien avant la date arrêtée pour la course.\nLa création des élevages de taureaux est facilitée par les\ngrandes étendues incultes des régions montagneuses de l’Es\npagne méridionale. Le jour 011 ces vastes dehesas (2) devien\ndront la propriété morcelée des cultivateurs, l’élève des tau\nreaux de course ne sera plus possible et l’art tauromachiquo\ndisparaîtra faute de combattants à quatre pieds. En attendant\ncette épo pie, que je souhaite lointaine, le métier d’éleveur\nprend une large extension et le nombre des ganaderias (2)\nse multiplie d’une inquiétante façon pour la sélection des tau\nreaux.\nTrois races de taureaux bien distinctes, et que le spectateur\nlui-même peut aisément distinguera la forme delà tête, à la\ntaille, à la corpulence et au pelage de chacun de leurs pro\nduits respectifs, — se disputent le triomphe de l’arène : la\npremière est née dans les pâturages andalous. Les biclios de\ncette région réalisent l’idéal des taureaux de course puissants,\nfougueux et résistants. Leur pelage est le plus souvent d’un\nbeau noir luisant, ou, parfois, semé de taches blanches «pii, si\nce n’était la largeur «le leur poitrail et l’épaisseur de leur rno-\n>'illo (3), ferait croire, à première vuc,A des vaches paisibles\net nourricières. La tète est forte, cl, parfois, d’une puissance\ntelle que le poids du picador cl du cheval soulcvésà plusieurs\nreprises par le terrible animal jusqu’à une certaine hauteur\ndu sol, ne suffît pas à diminuer la force destructive de ses\narmes. Aussi le taureau andalou est-il généralement le plus\nestimé comme étant le plus propre A fournir, par son ardeur\net sa résistance, la course la plus brillante. Tels sont les tau\nreaux des ganaderias de Miura, Saliillo, Mnruve, Ver agitas,\nBenjumca, Coucha g Sierra, Martin, Harra, Ca/nara, Jlo-\nmero, Otaolaiirrvchi (pour ne citer «pie les principales). La\nNavarre fournit un ganado plus faible, mais aussi volontaire,\net spécialement favorable à l’exercice de banderilleros f/j).\nParmi les plus célèbres élevages navarrais, je citerai Lizas-\n(1) Taureau «le poids, bien en forme et vigoureux.\n(2) Prairies, pâturages pour les taureaux de course.\n(3) Troupeaux (de ganado, bétail) par extension: les élevages.\n(A) Lo cou du taureau.\n0-",
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     "texte": "102\nso de Tnde Corriqniri (Espoz y Mina). Les proportions\nrelativement minimes, et le poil fauve de leurs produits les\nrendent facilement reconnaissables. Enfin une troisième race,\nnée des deux autres, s’élève en Salamanque, dans les prai-\nries de la Vieille Castille. Les taureaux de Solis, de Patiila,\net de Carreros en sont les plus estimes.\nCes divers ganaderias, qui portent pour raison sociale les\nplus grands noms d’Espagne cl que jadis ne dédaignèrent pas\nde gérer eux-mêmes les membres de l’aristocratie espagnole,\nappartiennent aujourd’hui, pour la plupart, à de plus démo\ncratiques (janaderos, toreros enrichis ou bourgeois spécula\nteurs.\nLe cornupète de l’Espagne méridionale séjourne en per\nmanence dans les sierras infinies où l’hiver est, du reste, à\npeu près inconnu.\nOr c’est une condition essentielle, pour le parfait développe\nment du taureau espagnol, qu’il n'entre jamais dans une éta\nble, et une cause primordiale de la décadence des corridas\nest le transport en cage du taureau de combat. Jadis il arri\nvait à la plaza en suivant les routes ensoleillées, annoncé sur\nson passage par des gardiens à cheval (armés de la garro-\nclia) (i), et surveillé par le cabeslro (2), faisant l’office de\nchien dans le troupeau des cornupètcs. Aujourd’hui, étant\ndonnées les énormes distances à parcourir avant d’atteindre\nles plazas de plus en plus nombreuses, la noble hôte voyage,\ntel un misérable bœuf destiné ù la boucherie, dans des wagons\nétroits, ce qui explique la préférence des impresarii français\npour les taureaux navarrais habitués, par le rigoureux hiver du\nnord de l’Espagne, à l’esclavage de l’étable et qui, par suite,\nse ressentent moins des fatigues d’un long emprisonnement.\nLe3 troupeaux d’une ganaderia sont de plusieurs sortes :\ncelui des vaches et de leurs tordes (il) prend le nom de vaca-\nda, et le bétail, de quatre ù cinq ans, celui de torada. Les\njeunes taureaux de la vacada sont mis ù l’épreuve peu de\ntemps après la fin de la première année par les vaqueros (/j),\nqui cherchent à exciter en eux les instincts de leur race.\nSi le taureau vient à faiblir dans ce premier combat il est\naussitôt séparé de scs congénères et lorsque de trop graves\ndéfauts ne lui interdisent pas l’entrée du cirque, il est destiné,\ncomme novillos (5), à de petites corridas, ou novilladas (G).\n(1) La pique.\n(2) Bœuf.\n(3) Taureaux en lias âge.\n(4) Gardiens à cheval.\n(5) Novillos, toros de 2 à 3 ans.\n(0) Courses ou s’exercent les apprentis toreros (Novilleros).",
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     "texte": "io3\nSi, au contraire, il montre les qualités requises pour com\nbattre dans de véritables courses, il est désormais soigné et\nsurveillé par les éleveurs jusqu’à ce qu’il atteigne l’époque\nde sa complète virilité. Il ne tarde pas à prendre les formes\npuissantes qui font de lui l’animal le plus redouté de la créa-\nlion et, devant lequel le lion, lui-même, devient lâche. Sa for\nce s’accuse dans la splendeur de sa masse brune au garrot\nlarge et débordant. Scs jambes courtes cl nerveuses sou\ntiennent un corps pesant et ramassé. Son mufle, noir et lin,\ns’abaisse et sc relève sans cesse comme pour frapper de ses\ncornes effilées un obstacle imaginaire. Sa voix mugit plus\nprofondément et, sentant en ses artères généreuses le feu de\nl’ancestrale fureur, il bondit, tête basse, dans la prairie im\nmense.\nMais il accomplit sa cinquième année de vie libre, et de\nplein air, soit en style tauromachique quatre herbes et de\nmie. Il est aussitôt acheté et marqué pour un prochain départ\nvers la plaza, où il séjournera dans un corral, attendant le\nmoment de passer dans un obscur chiqncrro (i) du tauril,\nd’où il ne sortira que pour s’élancer dans l’arène, grisé d’air\npur et de lumière.\n★\nEn réalité [l’art tauromachique n’est pas très ancien, car il\nest difficile de rattacher le jeu actuel, soumis à des règles pré\ncises et immuables, aux combats de taureaux des Latins ou\ndes cirques mauresques. La cruauté romaine sc souciait fort\npeu de tempérer des excès sanguinaires en apportant à leurs\nplaisirs favoris cette forme d’art qui corrige, ou atténue, ce\nfine la lutte tauromachique peut avoir de brutal et de cruel.\nQuant à ces sortes de tournois où triomphèrent Le Cid et\nplus tard Charlcs-üuint, force et, courage mieux qu’adresse et\nscience amenaient dans ces combats hasardeux et dénués de\ntout semblant d’art, la défaite des taureaux.\nL institution do la corrida remonte au siècle dernier, lors\nque les peones (2), serviteurs effacés des nobles combattants,\ns’érigèrent en toreros. Dès lors, les seigneurs abandonnant le\ncoso (3) j )our c j c galantes et moins périlleuses prouesses, s’or\nganisa le quadrille dirigé par celui qui, le premier, se seryant\nde l’épée loyale pour tuer le taureau, abandonna 1 ignoble\ncoupe-jarrets dont le fer, en forme de demi-lune, achevait,\njadis, l’œuvre mortelle de la lance seigneuriale. Inspirés jpar\nJ uan et Pablo Romero,fondateurs de la tauromachie, et perfec-\n(Q Box du tauril.\n(?) Bcns h pied.\n(3) Les arènes des gentilshommes toreros.",
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     "texte": "10 j\ntionnéspar Coslillarès se constituèrent dans une harmonieuse\ncohésion les lois et règlements qui président à l’art de com\nbattre le taureau tel qu’il se pratique encore aujourd’hui.\nToutefois, toute trace des anciens combattants de l’arène\nne devait disparaître complètement malgré la nouvelle et défi\nnitive organisation de Romero, et au varilargaero (i), gra\ncieux chevalier d’autrefois, succéda) le vigoureux et massif\npicador recruté, comme ses compagnons, parmi le peuple des\nvalets de plaza et mieux encore, parmi les gardiens à cheval\ndes ganaderias. Seule la course portugaise (2) hérita du cabel-\nlero en plaza (3) rappelant, par la richesse de sou costume\nsuranné et la vigueur de son destrier, le noble chevalier des\nantiques combats.\nLa plaza dcloros devint bientôt un prétexte â réjouissances\npopulaires, la haute société espagnole ne voulant assister au\ntriomphe de gens issus de la basse classe,et pour l’aristocratie\nhautaine, le torero partagea son mépris à l’égal des plus abjects\nindividus. Un texte deloi reconnut également inhabiles à témoi\ngner en justice « celui qui pour de l’argent lutterait avec des\nbêtes féroces et la femme qui se prostitue pour de l’argent» (/|).\nToutefois la bourgeoisie et même l’aristocratie ne dédaignent\npas toujours de se mêler au peuple des toreros et même de\nprendre part à la lutte tauromachique. Tels exemples, ceux\nde Don Rafaël de Ferez de Guzman, de sang royal, du bache\nlier le Salamanquino,dc Montés, fils d’un employé d’adminis\ntration, sc retrouvent à différentes reprises dans le Livre d’or\nde la tauromachie. Mais, presque toujours, le torero est sorti\nde la masse populaire — de ce peuple qui, par l’aristocratie\nnative de sa race, le dispute en élégance et en beauté à nos\nreprésentants les plus purs des anciennes lignées — et choisit\nla carrière où s’illustrèrent les rois du Torero (h), soit par\nprédilection pour une vie de vaillance et de noblesse, de triom-\nE hes et de plaisirs, par amour d’une gloire et d’une popularité\nien gagnées, soit par ambition d’un poste glorieux et lucra\ntif, ce qui faisait dire à Mazzanlini ('ancien chef de gare trans\nformé en matador de primo cartcllo) : « En Espagne, deux\n« professions seulement sont possibles : ténor au Théâtre-Royal\n« ou matador de torero ; deux choses seules donnent fortune\n(1) Chevalier armes de lance.\n(3) Course d’un genre spécial pratiqué en Portugal.\n(3) Cavalier armé d’une banderille (rchilete) longue qu’il plante\nsur le morillo (cou) du taureau, échappant au coup de cornes grâce\nla rapidité de sa monture, dressée spécialement pour ce gracieux\nexercice.\n(4) Les Courses de taureaux. Pero Gil,i vol. in-3a. Saint-Sébas\ntien (Espagne).\n(5) Art ac la tauromachie.",
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     "texte": "io5\n« et renommée : l’ut de poitrine et l’estocade en todo lo alto.\n« Je ne pouvais fournir le premier; mais je réunissais les con-\n« ditions voulues pour tenter la seconde; voilà pourquoi je\n« me suis fait matador de loros (i). » — Il n’existe pas d’écolo\nde tauromachie. Jadis, on essaya de créer une sorte de con\nservatoire des règles de l'or le de la lidia. Montés et Cacharès\ny firent leur apprentissage; mais il fallut reconnaître bientôt\nl’inutilité de cette écolo théorique, et que, seules, les années\nde pratique, auprès d’un bon maître''faisaient les vrais toreros.\nToutefois deux enseignements rivalisent encore sur le sol de\nI erene, celui de Séville et celui de Madrid. Du reste, ils no\ndifférent sensiblement que par le classicisme de la forme, la\nmanière madrilène reprochant à la manière Sévillane l'abus du\nbrillant et des fioritures dans la façon d'accomplir les suer les,\nce qui est manquer à la grave sérénité qui caractérise l’allure\ndu torero toujours maître de lui-même, devant le danger.\nAujourd’hui le recrutement des toreros à pied s’opère parmi\nms jeunes gens qui se font remarquer dans les courses de\nvillage, ou parmi les serviteurs de plaza.\nLe quadrille, groupe de toreros placé sous la haute direc-\ndu matador, formé par lui, est aussi à la solde de ce dernier.\nII se compose, presque toujours, de trois banderilleros (2), de\nmi ou deux chulos ou capeadors (3) et de trois picadors (4).\nL un des hommes à pied est chargé de remplir la fonction de\npantillero (5), tâche ingrate, et qui ne manque pas do soule\nver les protestations injurieuses do la foule lorsque par mala\ndresse il prolonge par trop l’agonie du fauve.\nDans l’arène les hommes portent un costume très collant —\nun millimètre d’étoffe superflue ne suffirait-il pas à provo\nquer la cof/iila (6) redoutée — qui accentue leurs mouvements,\ntoujours calculés avec précision et dont la grâce et l’elégance\ncontrastent singulièrement avec les bonds lourds et mala\ndroits du quadrupède.\nLe vêlement brodé d’or ou d’argent et qui parfois est d un\nluxe inouï,est 1e même pour tous les toreros, mais le costume\nde l'cspada diffère par la finesse de l’étoffe et la valeur des\n(*) Extrait du Torero, revue taurine paraissant à Nîmes.\n(a) Mot intraduisible, qui signifie tout ce que le torero tente avec\ne taureau, soit qu’il se servo de la cape, des banderilles ou de\n* épée.\n(>L Torero qui plante les banderilles.\n(4) Torero qui facilite, de sa cape, l’exercice des banderilleros et\nde l’cspada.\n, (. r >) Torero à cheval, armé d’une pique Igarrocha), destinée â arrêter\n1 élan du taureau et à préparer, par suite, les deux autres lercios,\nla banderille et l’énée.\n(ô) La prise de l’homme par le taureau.",
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     "texte": "festons. Quant aux picadors, bottés de cuir, les cuisses engai\nnées dans une culoltc en peau de buffle, ils atténuent par la\ncuirasse de leur vêtement le danger inhérent A des chutes fré\nquentes. La mode — si variable dans ces incessantes trans\nformations — n’a guère apporté de changements sensibles au\nbrillant costume illustré par les aquatintes de Goya. Cepen\ndant la montera gracieuse a remplacé l’affreux tricorne, et\nla résille de velours rouge, qui jadis enveloppait les cheveux\ndu torero, a fait place à la natte ou coleta à laquelle s’attache\nla /noria de carton.\nLes membres d’un quadrille doivent obéissance à leur chef,\nle matador, qui les engagea ; mais le banderillero sobresa-\nliente (i) d’un matador d’alternative est lui-même le plus sou\nvent matador de nooillos (taureaux de trois ans), car le simple\ntorero peut, s’il sent en lui les aptitudes requises, manier les\narmes torricides. Ici,le taureau devient seuljugc,ctabien vite\nfait d’immobiliser le maladroit ambitieux qui n’était désigné\npour si haute fonction. Aussi, la plupart n’allcndcnt pas d’être\nconsacrés matadors de toros et se contentent, une fois\nl’expérencc faite de leur infériorité, de reprendre les banderil\nles, où ils pourront s’illustrer mieux qu’avec l’épée, le nom\ndes plus fameux banderilleros figurant, A côté de ceux des\nmatadors célèbres, dans les annales de la tauromachie.\nQuant aux picadores, leur rôle, pour être moins brillant que\ncelui des toreros à pied, n’est pas toujours sans grandeur, et\npas plus que les noms de Montes ou de Lagartiio, ceux des\npicadors Calderon, Melones ou Sevillan, ces véritables cen\ntaures, ne peuvent s’effacer de la mémoire des ajîcionados.\nMalheureusement certainsespadas (pii ne regardent pasA s’of\nfrir un costume de dix mille francs ne prennent — dans un\nbut économique et souvent préjudiciable a l’exécution dessucr-\ntes,— que de vulgaires tumboncs pour picadors dont tout le mé\nrite est de savoir tomber adroitement pour éviter le coup de\ntête redouté. Un bon picador est chose rare aujourd’hui et\nl’on trouverait difficilement un pendant à ce mémorable pica\ndor qui,précipité à terre parle taureau furieux, allait être trans\nperce, lorsque, s’emparant des cornes,d’un effort surhumain, il\ncoucha l’animal vaincu sur le, sable. Mais la force musculaire\net la résistance physique ne sont pas les seules qualités (pii\nfont le bon picador. Le torero à cheval doit aussi posséder ii\nfond l’art de l’équitation.\nLe banderillero, dont la grAcc cl la souplesse ajoutent A\n(i) Le matador de novillos, après quelques années de pratique\nalterne pour la première fois, soit A Madrid, soit à Séville, avec un\nmatador de cartel qui lui cède, après en avoir requis la permission\nauprès du président, le dernier taureau de la journée, et, lui décerne\nainsi Yalternative.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "io7\nl’agilité et â la sûreté de ses mouvements, doit manier le man\nteau comme le simple cliulo. Quant au matador il lui faut\nréunir aux qualités d’intelligence, de courage et de grâce, celles\nde la connaissance très approfondie du toreo cl du taureau,\nposséder la connaissance des règles et savoir les appliquer au\nmoment opportun et suivant les caractères de chaque taureau,\navoir en un mol ce qu’on désigne, en tauromachie, par la vista\niaurina. Un chef de quadrille traite directement avec les iin-\npresarii — la plupart ont des représentants que [nécessitent\nleurs continuels déplacements — et engage ainsi, aveclui,lcs\nhommes qui sont sous ses ordres. S’il vient étant blessé, ou\npour toute autre raison majeure, à ne pouvoir apporter son\nconcours à la corrida pour laquelle il est engagé, il désigne\npour le remplacer à la tète de son quadrille tel matador de\nson choix.\nUn matador d’alternative se paie en moyenne G.ooo â 7.000\npesetas. Toutefois les grandes cpées, Gaerriia ou Mazzan-\ntin 1,\\Reverle et Fnenlesexigent de 7.000 a 10.000 pesetas. Ainsi\nla fortune d’un matador s’édifie rapidement. Mais le torero est\nd’un caractère un peu bohème, et, ne regrettant pas un argent\nqu’il gagne et reperd avec la même facilité et la même insou\nciance, souvent il se ruine dans de mauvaises entreprises, ga-\nnaderias ou plazas, et aussi par prodigalité.\nEn général, le torero disparaît vile de l’arène, soit qu’il se\nrelire après forlune faite — tel Guerrila qui vient, à peine\nâ gé de 38 ans, d’abandonner sa carrière brillante, — soit qu’il\nmeure victime des terribles cornes. Mais bien peu atteignent\nnnc vieillesse valide, comme jadis, Juan Romero, le père do\nla Tauromachie, qui mourut à l’âge de 102 ans. La plupart,\naprès quelques années de gloire et de tête perpétuelle,coupent\nleur coleta (1) et vont, dans leur ville natale, soigner leurs\nanciennes blessures. Quelques-uns, cependant, vieillissent,\naimés et respectés des amis de la tauromachie, tels Frascu-\ndo mort à présent, ou Lagarlijo,qui préside encoredans des\ncorridas extraordinaires et descend, parfois, dans l’arène, pour,\naux acclamations de l’amphithéâtre,[exécuter une de ces admi\nrables suertes qui firent de lui a juste titre le plus célébré\ndes toreros de son temps. Mais parmi ceux qui s’illustrèrent\nPar l’épée, ou par la banderille, combien sont morts, jeunes\nencore, plein d’ardeur au combat, dignes adversaires de leur\nimplacable ennemi : le bicho de la Sierra 1\nLe torero ne songe guère à la mort. Lille lui apparaît com\nme une fatalité du sort dont la constante appréhension ne\ndoit pas nuire en faisant trembler son bras, ou fléchir ses\n(0 Petite trace de cheveux, signe distinctif de torero : par suite\ncouper la coleta signifie abandonner le métier de torero.",
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     "texte": "r\n108\njambes, à l’intégrité de sa réputation. Tl s’en trouve pour\ntant qui, après plusieurs années de succès, perdent soudain,\naprès les angoisses d’une grave blessure, ou une invalidation\npar trop longue, leur sereine tranquillité et leur insouciance\ndu danger et, qui, dans l’impossibilité de se ressaisisse voient\nobliges de quitter l’arène pour un métier moins périlleux.\nMais, en général, malgré une superstition tenace, le torero\nune fois en présence du taureau oublie craintes et pressenti\nments, pour ne songer qu’au geste fameux qui consacrera sa\ngloire.\nLa foule aime le torero, dépositaire glorieux d’un art na\ntional dont les qualités brillantes et séductrices lui fontcommc\nune auréole qui le magnifie. N’éprouvant plus pour le démo\ncratique combattant la répugnance d’autrefois, l’aristocratie\nespagnole, hautaine et froide, se départit, en sa faveur, de sa\nmorgue habituelle et consent aujourd’hui h l’applaudir et\nmême à le traiter avec familiarité.\nAinsi son prestige de triomphateur et d’inconscient dispen\nsateur d’énergie fait du torero une espèce de héros moderne\nvers lequel convergent la sympathie et l’enthousiasme d’un\npeuple toujours digne de ses robustes ancêtres.\n*\nTelles sont, en résumé, les grandes lignes de cette institu\ntion, maintenant centenaire, qui fortifie, chez un peuple de\nrace latine, le sentiment inné de la beauté. Je ne crois pas\nque les idées destructives qui, sous le couvert d’humanité,\nhantent la cervelle des philanthropes, pénètrent jamais au-delà\ndes Pyrénées. D’hypocrites sensibilités chasseront, peut-être,\ndu territoire français, taureaux et toreros, mais il y aencorede\nbeaux jours pour la Tauromachie, en Espagne. Si par l’effet\ndes nouvelles doctrines elle venaità disparaître, entraînée dans\nla révolution aveugle des nations, le pays de Cervantes et de\nVelasquez perdrait une des forces essentielles nui le protègent\nencore contre l’inévitable aveulissement des civilisations exas\npérées, et, aussi, tout ce qu’évoque la corrida et les mœurs\nspéciales qui s’y rattachent, en perpétuant, dans un monde\nmoderne, incolore et mesquin, les coutumes et les usages\npittoresques, les sentiments élevés et les gestes sublimes d’un\nautre Age, dont le peuple espagnol a gardé, à travers les\nsiècles, la perdurablo empreinte.\nHogeii le BnuN",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 114",
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     "texte": "Sur les Femmes (l)\ni^WWWWW\nI.\nNous AUTnfcs autistes,— Lorsquenous aimons une femme il\nnous arrive parfois de haïr la nature en songeant à toutes les\nrebutantes fonctions naturelles à quoi toute femme est sou\nmise ; volontiers nous penserions a autre chose, mais si par\nhasard notre Ame effleure ce sujet elle est prise d’un mouve\nment d’impatience et jette uu regard de mépris sur la nature:\n— nous voilA offensés puisque la nature semble empiéter sur\nnos droits de propriété de la façon la plus profane. Et nous\ngarons nos oreilles de toute physiologie, nous décrétons à\npart que nous voulons ignorer que l’homme soit encore au\ntre chose qu'd/nc et forme. Pouf tous ceux qui aiment« l’hom\nme sous la peau » est une abomination, une monstruosité,\nun blasphème envers Dieu et l’amour, — Eh bien ! ce senti\nment de ceux qui aiment, à l’égard de la nature et des fonc\nions naturelles était autrefois celui des adorateurs de Dieu\net de sa « toute-puissance » : dans tout ce que les astronomes,\nles géologues, les physiologistes, les médecins disent de la\nnature, ces adorateurs voient un empiétement sur ce qu’ils\nont de plus sacré, donc une attaque, — cl de plus la preuve\nde l’imprudence de celui qui attaque 1 Les « lois delà nature»\nleur apparaissaient déjà comme une calomnie de Dieu ; au\niond ils n’auraient pas demandé mieux que de voir ramener\ntoute mécanique à des actes de volonté et d’arbitraire moraux\n7— mais puisque personne ne pouvait leur rendre ce service\nns préféraient se cacher à eux-mêmes la nature et la mécani\nque, autant qu’ils le pouvaient afin de vivre dans le rêve. Ah!\nres hommes du temps passé s’entendaient à rêver, sans avoir\nbesoin au préalable de s’endormir 1 — et nous-mêmes, nous\nautres hommes d’aujourd’hui, nous nous y entendons encore\ntrop bien, malgré notre bonne volonté à être éveillés et à\nvivre dans la clarté du jour! Il nous suffit d’aimer, de haïr,\nfie désirer, il suffit môme simplement de sentir immédia\ntement l’esprit et la force du rêve descendent sur nous; et, les\nyeux ouverts, insensibles à tout danger, nous gravissons le\nchemin le plus dangereux qui mène aux sommets et aux tours\nde l’imagination; le vertige ne nous atteint pas, nous qui\n, (>) Aphorismes 5g, Go, Gq, GA, 04, 05, GO, G7, 08, Cg, 70, 71, 7a,\n7 : h 74. 7-5 du Gai Savoiu {La Gaya scienza), volume sous presse\ndans 1 édition française des Œuvres complètes de Frédéric Nietz\nsche.\nJO",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "r\n1 ÎO\nsommes nés pour grimper, — somnambules en plein jour !\nNous autres artistes ! Nous qui cachons le naturel, lunati\nques et ivres du divin 1 Voyageurs infatigables, silencieux\ncomme la mort, nous passons sur les hauteurs, sans nous en\napercevoir, croyant être en pleine, en pleine securité 1\n2.\nLes femmes et leuiis effets a distance. — Ai-je encore\ndes oreilles? Serais-je toute oreille, rien qu’orcille et plus\nautre chose? Mc voici au milieu de l’incendie des vagues qui\nse brisent en flammes blanches et viennent lécher mes pieds :\n— de tous côtés j’entends la mer hurler, menacer, mugir, sa\nvoix stridente monte jusqu’à moi, tandis que, dans les der\nnières profondeurs, le vieil ébranleur chante sa mélodie,sourde\ncomme le mugissement d’un taureau : et il s’accompagne en\nmesure d’un tel piétinement que, dans les falaises qui s’ef\nfritent, le cœur du vieux démon des roches se mit à en trem\nbler. Alors soudain, comme surgissant du néant, apparaît à\nla porte de ce labyrinthe d’enfer, à quelques brasses seule\nment, — un grand bateau à voiles glissant, silencieux com\nme un fantôme. Oh ! l’apparition de cette beauté 1 Quel en\nchantement s’empare de moi! Gomment? Tout le silence et\ntout le repos du monde se sont-ils embarqués ici? Mon bon\nheur lui-même s’cst-il assis à celte place tranquille, mon moi\nplus heureux, mon second moi éternel ? Ne serait-il pas en\ncore mort et non plus vivant? Serait-ce un être intermédiaire,\nun esprit silencieux, contemplatif, glissant et flottant? Sem\nblable au vaisseau qui de ses voiles blanches passe sur la\nmer obscure, comme un énorme papillon! Oui! Passer au-\ndessus de l’existence 1 C’est cela! C’est là ce qu’il faudrait !\n— Mais quoi 1 ce bruit aurait-il rendu mon imagination vaga\nbonde? Tout grand bruit fait que nous plaçons le bonheur\ndans le silence et dans le lointain.Lorsqu’un homme setrouvo\nau milieu de son agitation, exposé où les jets et les projets\nse mêlent, il lui arrive parfois de voir passer auprès de lui\ndes êtres dont il envie le bonheur et la retraite,— ce sonI les\nfemmes. Puisqu’il s’imaginerait que là-bas, auprès des fem\nmes,demeure son meilleur moi: qu'en ces endroits silencieux\nle bruit des vagues les plus formidables deviendrait silence\nde mort, et la vie elle-même un rêve sur la vie. Pourtant !\nPourtant ! Noble rêveur, sur les plus beaux bateaux à voile\nil y a aussi beaucoup de bruits et de querelles, hélas ! et îles\npetites querelles si misérables! Le charme et l’cflel le plus\npuissant de la femme, c’est, pour parler le langage des phi\nlosophes, leur action à distance: mais pour cela il faut d’a\nbord et avant tout — de la dislance.\n3.\nAmour. —L’amour pardonne à son objet même lu désir.",
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     "texte": "(\nPTT\n111\n4.\nLa femme dans la musique. — D’où vient que les vents\nchauds et pluvieux amènent avec eux un état d’esprit disposé\nà la musique et le plaisir inventif de la mélodie? No sont-cc\npas les memes vents qui emplissent les églises et qui donnent\naux femmes des idées amoureuses?\n5.\nFemmes sceptiques. — Je crains que les femmes devenues\nvieilles, dans les plus intimes replis de leur cœur, soient plus\nsceptiques que tous les hommes. Elles croient au côté super\nficiel de la vie comme s’il était l’essence môme de la vie, et\ntoute vertu, toute profondeur, n’est pour elle qu’une envelop\npe qui cache cette « vérité », un voile très nécessaire jeté sur\nun pudendum —, donc une affaire de convenance et de pu\ndeur, rien de plus !\nG.\nDon de soi-même. — 11 y a des femmes de sentiment no\nble avec une certaine pauvreté de l’esprit qui ne savent ex\nprimer leur profond abandon de soi autrement qu’en offrant\nleur vertu et leur pudeur : c’est ce qu’elles ont de plus pré\ncieux. Et souvent on accepte ce cadeau sans que l’on s’en\ngage aussi profondément que la donatrice ne le suppose, —\nc’est là une bien mélancolique histoire.\n7-\nLa force des faibles. — Toutes les femmes sont pleines\nde finesse lorsqu’il s’agit d’exagérer leur faiblesse, elles sont\nmême pleines d’ingéniosité à inventer des faiblesses pour se\ndonner l’apparence de fragiles ornements qu’un grain de\npoussière ferait souffrir. C’est ainsi qu’elles se défendent\ncontrôla vigueur et le « droit du plus fort ».\n8.\nSimuler sa propre nature. — Maintenant elle l’aime et\ndès lors elle regarde devant elle avec une si tranquille con\nfiance qu’elle fait songer à celle des vaches. Mais malheur à\nelle! C’était là précisément son charme de paraître foncière\nment changeant et insaisissable! Car il avait pour son comp\nte déjà trop d’égalité d’humeur et de temps invariable. N’au\nrait-elle pas mieux fait de simuler son ancien caractère ? de\nsimuler l’indifférence ? Ne serait-ce pas l’amour même qui\nlui conseillerait d’agir ainsi f Viral comœdia!\ny.\nVolonté et soumission. — On amena un jeune homme\nchez un homme sage à qui l’on «lit : « Regarde, voici quel\nqu’un qui est en train de se corrompre par les femmes ! »\nL’homme sage secoua la tète et se mit à sourire ! « Ce sont\nles hommes, s’écria-t-il, qui corrompent les femmes : cl tout",
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     "texte": "I 12\nce qui manque aux femmes doit être payé par les hommes et\ncorrigé sur eux, — car c’est l’homme qui se fait l’image de\nla femme, et la femme qui se forme d'après cette image ». —\n« Tu marques trop de bienveillance envers les femmes, dit un\nde ceux qui se trouvaient là, tu ne les connais pas ! » Le sa\nge répondit : « Le caractère de l’homme, c’est la volonté, ce\nlui de sa femme la soumission, — ceci est la loi des sexes,\nen vérité 1 une dure loi pour la femme. Tous lesêtres humains\nsont innocents de leur existence, mais la femme est inno\ncente au second degré : qui donc saurait avoir pour elle assez\nd’huile ; il faut mieux éduquer les femmes 1 » — « Il faut\nmieux éduquer les hommes », fut la réponse de l’homme sage\net il fit signe au jeune homme de le suivre. — Cependant\nle jeune homme ne le suivit point.\nio.\nFaculté de vengeance. — Ne pas pouvoir se défendre et\nI )ar conséquent ne pas se défendre, ce n’est là pas encore une\nîontc à nos yeux : mais nous méprisons celui qui ne possède\nni le pouvoir ni la bonne volonté de se venger, — qu’importe\ns’il est homme ou femme. Une femme nous fixerait-elle (ou\nbien, comme on dit, nous tiendrait-elle dans scs «liens ») si\nnous la croyions pas coupable de se servir, le cas échéant, du\npoignard (de toutes espèces de poignards) contre nous ? Ou\nbien contre elle-même, ce qui, dans des circonstances déter\nminées, serait la façon la plus sensible de se venger (la ven\ngeance chinoise).\n11\nLes dominations des maîtres. — Une profonde et puissante\nvoix d’alto, comme on les entend parfois au théâtre, écarte\nsoudain pour nous le rideau devant des possibilités auxquelles\nnous ne croyons pas généralement : soudain nous sommes\nconvaincus qu’il peut exister quelque part dans le monde des\nfemmes aux âmes sublimes, héroïques et royales, capables\net prêtes aux ripostes grandioses, aux décisions et aux sa\ncrifices, capables de dominer les hommes et prêles à le faire,\npuisque ce que les hommes ont de mieux indépendamment\nde la question du sexe est devenu pour elle idéal vivant. Il\nest que d’après les intentions du théâtre, ces voix ne doivent\nprécisément pas donner l’idée de cette catégorie de femmes :\ngénéralement elles doivent représenter l’amant masculin idéal,\npar exemple un Roméo ; mais, à juger d’après les expérien\nces ([uc j’ai faites, le théâtre et le musicien qui attend de pa\nreilles voix pareils effets, se trompent régulièrement. On ne\ncroit pas à un tel amant : ces voix d’alto contiennent toujours\nencore une nuance de quelque chose de maternel et de do\nmestique et le plus justement alors quand il y a de l’amour\ndans leur timbre.",
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     "texte": "113\n12.\nDe la chasteté féminine. — II y a quelque chose de stupé\nfiant et de monstrueux dans l’éducation des femmes de la\nhaute société, ou peut-être n’y a-t-il même rien de plus para\ndoxal. Tout le monde est d’accord pour les élever dans une\nignorance extrême des choses de l’amour, leur inculquer\nune pudeur profonde et leur mettre dans l’âme l’impatience\net la crainte devant une simple allusion â ces sujets. C’est\ntout 1’ « honneur » de la femme qui est en mise en jeu : au\ntrement que ne leur pardonnerait-on pas ! Mais en cela clics\ndoivent demeurer ignorantes jusqu’au fond de l’âme : clics\nne doivent avoir ni regards, ni oreilles ni paroles, ni pensées\npour ce qu’cllcs doivent considérer comme le « mal » : rien\nque de savoir c’est déjà le mal. Et maintenant 1 Etre lancé\ncomme par un horrible coup de foudre dans la réalité et la\nconnaissance par le mariage — et encore l’initiateur est-il\ncelui qu’elles doivent le plus aimer et vénérer : Souder l'a\nmour et la honte en contradiction, devoir sentir en un seul ob\njet le ravissement, le sacrifice, le devoir, la pitié et l’effroi à\ncause du voisinage inattendu de Dieu et de la bête et que\nsais-je encore 1 — On a noué là un enchevêtrement do l’âme\nqui cherche son égal 1 Même la curiosité apitoyée [du con\nnaisseur d’âmes le plus sage ne suffit pas à deviner comment\ntelle ou telle femme sait s’accommoder de cette solution de\nl’énigme, de cette énigme de solutions quels épouvantables et\nmultiples soupçons s éveilleront forcément dans une pauvre\nâme sortie de ses goûts et comment enfin la dernière philoso\nphie et l’ultime scepticisme de la femme jette leur ancre\nen ce point. — Apres c’est le même profond silence qu’avant\net souvent un silence devant soi-même, un aveuglement volon\ntaire devant soi-même. — Les jeunes femmes tendent avec ef\nfort à paraître superficielles et étourdies ; les plus fines d’en\ntre elles simulent une sorte d’effronterie. — Les femmes consi\ndèrent volontiers leurs maris comme un point d’interrogation\nde leur honneur et leurs enfants comme un apologie et une\npénitence, — elles ont besoin des entants et les souhaitent\ndans un tout autre sens que ne les souhaite un homme. —\nEn un mot, on ne sait jamais être assez indulgent à l’égard des\nfemmes.\ni3.\nLes Miches.— Les animauxpens'ent autrement sur la femme\nque les hommes ; pour eux la femelle est la créature produc\ntive. Chez eux il n’y a pas d’amour paternel, mais quelque\nchose comme de l’affection pour les enfants d’une maîtresse\net l’habitude qu’on en prend. Pour les femelles les enfants\nsatisfont un désir de dominer, ils sont pour elles une pro\npriété, une occupation, quelque chose qu’elles comprennent",
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     "texte": "entièrement et avec quoi on peut s’entretenir : tout cela réuni\nest de l’amour maternel, — il est comparable â l’amour de\nl’artiste pour son œuvre. La grossesse a rendu les femmes\nplus douces, plus patientes, plus craintives, plus soumises ;\nde môme la grossesse intellectuelle engendre le caractère des\nesprits contemplatifs, qui est parent du caractère féminin :\n— ils sont les mères masculines. — Chez les animaux, le sexe\nmasculin est considéré comme beau sexe.\ni/|.\nCruauté sacrée. — Un homme qui tenait dans ses mains\nun enfant nouveau-né s’approcha d’un saint. « Que dois-je\nfaire de l’enfant? demanda-t-il, il est misérable, mal venu et\nn’a pas assez de vie pour mourir. » — « Tue-lc ! s’écria le\nsaint d’une voix terrible, tue-lect garde-lc pendant trois jours\net trois nuits entre tes bras, afin de le créer une mémoire :\n— de la sorte jamais plus tu n’cngendrcràs d’enfant, quand\nP our toi le moment n’est pas venu d’engendrer. » — Lorsque\nhomme eut entendu cela il s’en alla désappointé; et il y en\neut beaucoup qui blâmèrent le saint parce qu’il avait conseillé\nune cruauté, car il avait conseillé de tuer l’enfant. « Mais\nn’est-il pas plus cruel de le laisser vivre? » répondit le\nsaint.\ni5.\nSans succès. — Elles n’ont jamais de succès, ces pauvres\nfemmes qui, en présence de celui qu’elles aiment, deviennent\ninquiètes et incertaines, et qui parlent trop : car les hommes\nse laissent séduire le plus facilement avec une certaine ten\ndresse discrète et flegmatique.\n16.\nLe troisième sexe. — « Un petit homme est un paradoxe,\nmais du moins un homme, — pourtant une petite femme me\nsemble être d’un autre sexe, quand on la compare aux femmes\nde haute taille » — c’est ainsi que parlait un vieux maître â\ndanser. Une petite femme n’est jamais belle, — disait le\nvieil Aristote.\nFrédéric Nietzsche.\nTraduit par H. A.",
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     "texte": "A l’Inconnue\nLes songes avaient mis sur scs {rails comme un hûle\nPareil à l'ombre blonde et fine des longs soirs.\nElle était solitaire, elle avait les genx pâles,\nAvec une infinie douceur de désespoir.\nParfois le souvenir troublait sur son visage\nLe crépuscule bleu des regards apaisés\nElle semblait alors contempler le passage\nDes fantômes que font les très anciens baisers.\nUn sourire venait à sa lèvre muette,\nO à frissonnait des morts le soufjle évanoui,\nEl, comme on voit planant sur la mer inquiète,\nLes lueurs du malin se mêler à la nuit,\nA sa mélancolie tranquille et coutumière\nQui taisait ses regrets avec sérénité.\nJe frémissais de voir se mêler la lumière\nD'une joie: ô les jours merveilleux de l'été,\nOà les amants se sont aimés pendant une heure\nPlus que pour une vie sous le ciel enf animé,\nO les retours lassés vers la vieille demeure\nQuand le soleil décline à l'horizon calmé,\nVous les aviez vécus, ô divine blessée,\nEt l'àmc encore emplie de leur délice amer,\nVous faisiez un temps fête aux extases passées,\nEl vous les adoriez pour en avoir soujfert.",
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     "texte": "Et moi je vous aimais ; pourtant j'osais à peine\nFixer votre beau front dans son rôvc baigne,\nCar vous sachant fidèle aux visions lointaines,\nA vous aimer en vain je m'étais résigné.\nJe vous cachais, ma douce clarté, sans le dire,\nComme un ravissement triste an fond de mon cœur,\nEt vous gardiez en moi, tendre et troublant bonheur,\nLe charme inaltéré des choses qu'on désire.\nRené-Albert Fleury",
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     "texte": "1 rois femmes de la Révolution\nOlympe de Conges, Théroigne de Méricourt, Rose La-\ncombe (i ), par Lèoi’OLd Lacouii.\nComment le féministe qu’est Léopold Lacour a-t-il été\namené à écrire ce livre d’histoire? Quel but s’cst-il proposé\nen l’écrivant? Ce but, l’a-t-il atteint? — A ce triple point\nd’interrogation, les lignes qui suivent essayeront une brève\nréponse.\n★\nDans un ouvrage précédent, Humanisme intégïvau, 'de pé\nnétrante psychologie et de discussion ardente, le dialecticien\npassionne du féminisme, réprouvant le duel des sexes dans\nla société actuelle, évoquant, traçant, sur le mur noir de l’a\nvenir, la vision d’une meilleure et plus belle vie sociale, pré\nconisait : « l'Harmonie dans la Cité future par l’amour fra\nternel de l’Ilomme et de la Femme réconciliés, égaux devant\nla Loi et devant leur conscience, émules généreux au grand\ntravail d’universel progrès humain..., l’avènement du Couple-\ncitoyen et conscient, libre, sincère, tendre... La femme,\naffranchie par elle-même, développée dans le sens de ses fa\ncultés naturelles enfin retrouvées ou rectifiées,sera, l’artisan,\nplus <pie l’homme, de la Cité future... Un paradis où sans\ndoute l’on mourra, où l’on n’ignorera point la douleur,où l’on\ntravaillera,mais où régnera la Liberté,dans une exaltation ma\ngnifique de toutes les énergies utiles et nobles de l’être humain,\nsera le don à l’homme de l’Eve nouvelle... »\n★\nAyant ainsi pressenti et célébré l’harmonieuse ordonnance\nde la Cité future, Léopold Lacour a voulu remonter aux sour\nces mêmes du mouvement d’où surgira cette Cité. Ce sont les\nrésultats de son exploration dans un domaine encore peu\nconnu qu’il nous expose dans ce nouveau livre.\n« Les trois essais historiques et biographiques dont se\nfi) Des extraits de ce livre ont paru dans la Vogue du i5 no\nvembre dernier.",
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     "texte": "118\ncompose ce volume, —cxplique-l-il dans un avant-propos oui\nvaut d’être cité presque en entier, car la multiplicité des\nfaits rigoureusement démontrés ou logiquement déduits dans\nle corps de l’ouvrage se condense dans cette préface avec la\nclarté d’un faisceau lumineux, — n’ont pas seulement entre\neux le lien (pic manifeste le titre : Trois femmes de la Révo\nlution. On n’a pas choisi ces femmes simplement à la requête\nde leur psychologie cl de leurs aventures parmi le décor chan\ngeant du Paris d’épopée où diversement, cl très inégalement,\nelles marquèrent ; elles représentent chacune un aspect dis\ntinct de l'effort de la femme vers une part d’influence, de\ncollaboration civique, aux premières années de l’incompara\nble crise : et les trois moments de cet effort, qu’elles person\nnifient, se succèdent dans l’ordre qui les range elles-mêmes\nchronologiquement devant l’historien : si bien que, de l’ou\nverture des Etats généraux ù la fin de i7<j3, les trois biogra\nphies arrivent à donner une image à peu près complète de ce\nque fut l’action de la citoyenne.\n... <f Les études dont Olympe et Théroigne ont été l’objet,\nmême celle, réputée à peu près définitive, de M. Marcellin\nPellet sur Théroigne, étaient à refaire d’après la méthode\nscientifique qu’on applique maintenant à l’histoire de la Ré\nvolution. Quant ;) Lacornhe, elle était vraiment comme in\nconnue; et cependant, au point de vue proprement historique,\nc’est peut-être, de nos Trois femmes, la plus intéressante.\nLes deux autres sont beaucoup plus curieuses par elles-\nmêmes; l'enragée Lacombc leur est supérieure comme docu\nment révolutionnaire, avec le club tout féminin auquel le nom\nde celle belle Pyrénéenne est attaché, avec le club des Répu\nblicaines révolutionnaires, dont Robespierre eut peur.\n« Les trois biographies ont encore entre elles un lien, que\nnous avons souligné de cette inscription au-dessus du titre :\nles Origines du féminisme contemporain. C’est en effet dans\nla Révolution française que se trouvent les véritables origines\ndu mouvement féministe actuel; car si l’idée qu’il y a égalité\nintellectuelle entre l’homme et la femme est bien antérieure à\nla Révolution, si elle précéda le christianisme, c’est seule\nment du jour où furent proclamés les Droits de l’homme, du\njour, au moins, où se leva sur le monde la grande espérance\nde l’émancipation de l’homme, qu’une doctrine parut et put\nparaître de l’émancipation parallèle de la femme, suivie d’un\nmouvement pour essager de réaliser cette thèse intégrale.. .\n« ... De cette manière s’est trouvé rempli le dessein qui\nnous avait fait commencer nos recherches. Car nous ne som\nmes pas devenu historien pour le plaisir, et l’aveu n’est pas\nd’orgueil, au contraire : il faut aimer l’histoire pour elle-\nmême, et une des conditions de l’excellence, aussi bien en",
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     "texte": "1 *9\nhistoire qu’on poésie, est le désintéressement. Nous n’étions\npas désintéressé, cet ouvrage fut conçu telle une sorte d’illus\ntration à donner à un livre d’idées : Humanisme intégral ..\nC’est plus tard que ce dessein, sans se renoncer, s’élargit ;\nque l’élevèrent l’émolion pure de l’histoire, l’ivresse de la vé\nrité poursuivie contre tant d’erreurs consacrées ou de men\nsonges. Nous sentîmes la nécessité de la plus rigoureuse mé\nthode. Notre éloignement s’accrut pour l’histoire romanes\nque, et pour les synthèses faciles où sc pavane l’ignorance\ndogmatique ou lyrique... »\n★\nL’ivresse delà vérité poursuivie contre tant d'erreurs con\nsacrées on de mensonges, Léopold Lacour est là tout entier:\nl’ardeur d’un apôtre, la rigueur d’un logicien. Il ne fallait pas\nmoins pour entreprendre et mener à bien le dessein qu’il a si\nnettement tracé dans sa préface. Cette vérité qu’il poursuivait\nsi ûprement, elle gisait, méconnaissable et comme écrasée,\nsous le poids des légendes et des calomnies accumulées par la\nhaine ou la sottise des contemporains et encore aggravées par\nlcs« historiens » à la suite.Pour la dégager, pour mettre en\npleine lumière les réelles aventures, le caractère, le rôle de\nses trois héroïnes, que de documents à compulser, procès-\nverbaux, mémoires , journaux (une des parties les plus inté\nressantes du livre, cette exhumation des pamphlétaires\nde la Cour, spirituels et venimeux) ! Que de textes contradic\ntoires à confronter, à contrôler, à peser I Que de témoins à\nPasser au crible d’une suspicion trop légitime 1 Que de minu\ntieuses empiètes sur la compétence et la bonne foi des amis\ncomme des adversaires !— Premier travail de substruction,\nque rien ne révélé aux yeux, l’œuvre finie, mais sans lequel\ncelte (ouvre ne tiendrait pas : c’est sur d’invisibles fondations\nqnc repose tout l’édifice.\nLacour prévoyait-il, quand il entreprit son étude, à quelles\ndifficultés il allait se heurter? D’autres eussent craint que le\nrésultat no valût pas l’effort, et reculé devant l’énormité de\nla lâche. Mais son « ivresse » fut plus forte que tout, ainsi\nque la constance de son labeur.\n★\nQuand le critique eut, par la stricte analyse de tous les té\nmoignages, démêlé, prouvé la vérité des faits, le psychologue\nintervint pour combler les lacunes, établir la succession, la\ncha lue des événements, reconstituer les caractères, le milieu,\nl’atmosphère. Puis, ces innombrables matériaux, l’artiste les\nanima, les vivifia, par la force d’un verbe sobre et précis ,\n.\n(",
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     "texte": "toujours simple, aussi loin de l’emphase oratoire ou soi-di\nsant poétique que de la sécheresse historiographe, mais tou\njours mouvementé et comme agissant.\nEt peu à peu, sur les trois faces des médailles frustes, ron\ngées par les lèpres d’une rouille centenaire, les trois profils\nétincelèrent, dans la fraîche netteté de leur relief originel ;\nE eu à peu Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose\n.acombc, jolies filles galantes haussées A l’épopée par l’Ame\népique du Paris révolutionnaire, surgirent de leur nuit, revé\ncurent leurs passions, leurs enthousiasmes, leurs actes, et les\nrêves de meilleur avenir qu’elles avaient formés avant de\nsombrer : Olympe, dans la mort, la mort sur l’échafaud;\nThéroigne, dans la folie; Rose, dans le total oubli, d’où\nLacour vient de la tirer, avec ses deux émules, définitive\nment, pour autant que ce grand mot se puisse appliquer aux\nœuvres éphémères des hommes...\nEixnest Jauuekt.",
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     "texte": "En Gascogne\nLes volets sont mi-clos, à cause des mouches, et des clo\nches en treillis noir recouvrent les biscuits et les raisins.Nous\nachevons de déjeuner.\nLa sécheresse est épouvantable au point de vue de la les\nsive, dit tante Irma.\n— Envoie le linge ù Gimont, fait grand’pèrc, cl que tout\nsoit dit.\n.le tourne la tête, et je regarde entre les volets la lumière\néblouissante. J’aime ce soleil d’été, qui a roussi les herbes,\nqui a bu l’eau des petites marcs rectangulaires creusées au\nprès des maisons, et qui a fendille bizarrement la terre, où\nsemble dessinée une carte infinie de la France départemen\ntale.\nDevant les fenêtres cnlr’ouvcrtcs, passe un mendiant enso\nleille. Sa silhouette a frotté à peine mes yeux... A la porte de\nla cuisine, on va lui donner du pain noir, de la viande sèche,\net un verre de vin rose.\n— Tu ne vas pas îi Gimont, au marché? me dit Tante Irma,\nc’est mercredi.\n★\nMercredi, jour de marché!... Je n’y pensais plus. Et me\nvoilé au soleil sur la route d’Auch. 11 y a un bon ruban de\nroute entre Gimont et notre maison basse cl jaune, tant char\ngée de vignes-vierges que tous les volets font en s’ouvrant\nun bruit de feuillages.\nSans cesse, dans leurs charrettes è deux roues hautes cl\nlégères, les paysans filent au trot, et les grelots des chevaux\nsonnent\nLa Gascogne blonde est couchée coteau par coteau sous le\nciel azuré. Les chaumes onduleux, les maïs dorés s’étalent,\nsoigneusement bordés de buissons malingres.De loin en loin,\nsur le dos d’un coteau arrondi, se profilent une ferme basse,\nécrasée sous un large toit décoloré,deux ou trois cyprès noirs,\net un pigeonnier reposant sur quatre colonnes.Parfois, à mi-\ndescente d’un champ fauve, un arbuste penché sur son ombre\nse découpe. Et dans les creux doucement verts semblent s’a-",
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     "texte": "122\nvancer, grands et timides troupeaux de feuillages, de longs\npeupliers, et des saules qui brillent au vent.\nEmportées par le trot orgueilleux des chevaux, les fines\ncharrettes au bruit tremblant me frôlent et me dépassent l’une\naprès l’autre.\nAvec son collier demoulins-à-vent,égrenés au bord du ciel,\navec son clocher crénelé,voici Gimont qui s’élève, recouvrant\nle coteau do tous scs petits toits. J’arrive. Au pied de la ville\nétagée, voici des vignes, des prairies unies et vertes, et des\nsaules. Sur un grand pont jaune,je traverse un ruisseau cou\nleur d’absinthe et de vieille soie bleue. Une petite roule se\nmontre dans une vigne et tourne vers le village avec le mou\nvement gracieux d’une femme qui relève sa traîne. Les char\nrettes des paysans montent au trot la Grand’ruc.\n★\nJe gravis la Grand’rue lentement.Les murs des petites mai\nsons propres et jaunes sont ornés de festons, sous le bord des\ntoits. Çà et lit, les encadrements des fenêtres sont peints en\nrose. Des deux côtés, dans les rues qui dévalent, je vois les\ncharrettes dételées et alignées, les brancards dressés comme\ndes antennes, et je saisis au passage des scènes minuscules\nsur les coteaux voisins : des paysans qui montent un chemin\nderrière leurs bœufs pâles; le cimetière tout planté d’ifs min\nces et pointus, qui semblent peints en noir sur un fond d’or.\nLa Grand’rue, au milieu du village, passe sous une vaste\ntoiture, dont la charpente est soutenue par des piliers de\npierre. C’est la halle. Sa vieille charpente enchevêtrée est\ntellement poussiéreuse qu’elle paraît toute éclairée par une lu\nmière blême et extraordinaire. Entre les piliers, les marchan\ndes ont rangé sur des ficelles les mouchoirs multicolores, do\ntoile ou de soie, où le vent se glisse souplement. Les longues\nceintures de laine rouge ou bleue, qui pendent, m'effleurent.\nLà sont vendusencore ces diadèmes en paille de maïs, piqués\nde pompons, et ces bizarres clochers de bois ajourés et poin\ntus, dontles Gascons se plaisontà parer les attelages de bœufs.\nJ’y admire aussi les miroirs aux cadres de fer blanc ornemen\ntés, les tabatières de corne où l’on a peint un oiseau jaune, et\nle style fleuri des couteaux à deux sous.\nLes rires se mêlent au patois sonore. On entend ou loin des\nclaquements de fouet. Les paysannes dévisagent lentement les\nétalages; elles tirent leurs porte-monnaie gros et ronds,porto",
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     "texte": "monnaie à plusieurs poches, comme un estomac de ruminant,\nporte-monnaie fortifiés de lourds fermoirs en cuivre. Les mar\nchandes fiévreuses étendent les bras, mesurant l’étoffe, déchi\nrent un journal pour l’envelopper, crient, relèvent des mèches\nde cheveux qui tombent sur leurs fronts mouillés. Deux par\ndeux, se donnant le bras, les filles du village,à la peau blonde,\nvont et viennent. Une petite fille excitée parle et gesticule\ntoute seule; je la regarde; elle rougit et baisse la tète, mais\navec ce long sourire exquis et vaniteux des enfants.\nLe marché se poursuit au soleil de la rue. Sur les trottoirs,\ndans la paille, se gonflent les melons verts et jaunes,et relui\nsent les casseroles de terre vernie. Une vieille femme assise,\nbalançant un rameau de saule, chasse les mouches qui noir\ncissent des biscuits sucrés de sucre rose, et d’immenses\ngâteaux ronds, dorés et tout bossués. Mais voici mon ami le\nguérisseur!... Je m’inquiétais de ne pas l’avoir trouvé.\nUn vieux paysan gascon, à la mâchoire carrée,au fin regard\nbleu. 11 se tient derrière sa petite voiture de colporteur, où\nsont suspendus des chapelets de verroterie et de gros chape\nlets de bois aux grains sculptés. Dans un coin de son étalage,\nparmi des statuettes de la Vierge, on découvre une machine\nélectrique antique et branlante. Le guérisseur électrise en ce\nmoment un grand paysan qui a des douleurs. Il lui met dans\nles mains deux poignées de métal,reliées à des fils tordus qui\nse montrent à nu sous leur gaine dépenaillée. Le malade serre\nles lèvres, plisse les yeux, il rit d'une bouche édcnlée.Ensuite\nle guérisseur fait tremper dans un sceau d’eau le bras du\nbonhomme, et le lui frictionne posément avec les poignées\nélectriques. « Tu ne souffres plus?... » dit-il. Mais le pay\nsan se touche lentement le ventre. Alors, l’attirant vers le\nmur, le guérisseur lui relève la blouse et lui abaisse un peu\nle pantalon, tandis quo l’autre regarde par côté, d’un air\nébahi et content, les deux poignées rouillées.\n★\nJe me suis assis au bas du village, devant la dernière mai\nson, où l’on voit près de la porte une petite locomotive peinte\neu noir et ces mots: Café de la Gare. Le soleil éclaire les\ntoits. Les paysans qui s’en retournent passent au trot joyeux\nde leurs chevaux.\nUn petit vieillard apparaît, monte sur le trottoir et s’arrête,",
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     "texte": "$\n1 2/4\ntire d'un étui déteint son ,violon, et se met à jouer. C’est un\npetit vieillard aux épaules étroites, qui a je ne sais quoi d’en\nfantin. Il porte, comme les collégiens, des pantalons trop courts.\nSes yeux clairs sont de patients yeux de pauvre, de ces yeux\nqui semblent toujours étonnés et reconnaissants de ne pas\nsouffrir. Pour le moment, il paraît heureux. Il joue une valse\nd’une main tremblante et légère.\nComme j’ai jeté dix sous dans son petit chapeau de paille\nrongée, il salue deux fois, et joue encore un air, en guise\nde remerciement: un air mélancolique, à présent. La tète pen\nchée, il semble ausculter son violon, qu’il caresse d’un ar\nchet plaintif. Puis il salue, et à petits pas il s’en va. Lorsque\nje reprends moi-mème ma roule, je le vois qui sort du bureau\nde tabac.\nEt je reviens, en songeant au guérisseur et au violoneux,\nphilosophes errants de cette vie simple et gaie. Mais peu à\npeu mes pensées revêtent une teinte de tristesse. Cependant,\nle vent frais du soir souffle avec une douce liberté sur la cam\npagne, les creux des coteaux sont veloutés, et dans le ciel\nd’azur les cimes des plus hauts peupliers sont fourmillantes\nde feuilles d’or. Le soir est pur, somptueux, et calme.\nJe suis fatigué, sans doute. Je ne prends pas dans le soir ce\nqu’il répand de calme et de volupté, mais ce qu’il fait flotter\ntoujours d’un peu fatal et de mortel. Ces paysans, ces paysan\nnes, on ne peut guère les juger beaux, quo si on les compare\nà des animaux naïfs. Il me semble qu’ils ont seulement, au\nfond, quelques désirs avides et bas. Le guérisseur malin se\nmoque des autres, et se moque ainsi de soi-même. Le violo\nneux, imbécile souvent repoussé, va, souffre, et lésait à peine.\nPour que cette vie fut simple et gaie, il faudrait de l’amour.\nTous ces hommes, toutes ces femmes, sans avoir vraiment\nrien aimé, mourront; et leurs enfants auront les mêmes pau\nvres et machinales idées, le même cœur étrangement dur,\nhéritage éternel des pères. O maïs dorés I Blonds coteaux\nmonotones 1 Ombre rêveuse des cyprès noirs ! O charmante\nbarbarie des mouchoirs bariolés I Cloches lentes des bœufs\npAIcs, au soleil! Mais oiï est le cœur des hommes? fit nous,\ndevrons-nous donc toujours nous réjouir au-dessus de la\nvérité ?\nLouis Godet.",
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     "texte": "Du Dandysme\net des sources auxquelles il faut recourir\npour arriver à s’en composer une notion\nà peu près satisfaisante\nPar des lectures, par la méditation, par la connaissance\nqu’il avait de la vie anglaise et par quelques entretiens avec\ndes personnages autorisés, tels que M. James Whistler ou\nM. Meredith — et d’autres encore notables gentlemen ren\ncontrés dans les salons de Londres — M. Stéphane Mallar\nmé avait réussi, je crois, à se composer un sentiment assez\nexact du dandysme britannique et de l’homme qui en a résu\nmé le plus parfaitement l’esprit et les formes extérieures :\nGeorge Bryan Brummcll, csq.\nM. Mallarmé avait une grande estime pour Brummcll. Il en\nparlait avec esprit et souvent avec abondance. Appuyé à la\ncheminée, dans ce discret petit salon de la rue de Rome si\ncher à notre souvenir, il se plaisait, les fois qu’on ne dispu\ntait pas de poésie, à rappeler le magistère du dandy, scs dé\nbuts surprenants, ses bottes à revers blancs et ses cabriolets\nà roues jaunes. Et il admirait, surtout, qu’un homme, par la\nseule vertu de sa volonté, sans autres avantages dans le mon\nde qu’une instinctive aristocratie de goûl, ait pu accomplir le\nmerveilleux exploit de réformer, profondément, la société de\nson temps.\nJ’ai noté ces conversations de M. Mallarmé. Non point,cer\ntes, dans leur détail textuel, ni dans leur vivante et inoublia\nble beauté ; mais dans leur ensemble et, si je puis dire, dans\nce qu’elles comportaient de personnel et de pratique, sous le\njeu brillant du paradoxe.\nJe les donnerai au cours de ces articles, selon que j’aurai\nà parler soit de George Brummcll, soit d’une esthétique de la\ncravatlc, soit de la culotte à pont, soit encore de la manière la",
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     "texte": "127\nplus convenable dont, il sied d’accommoder son équipnge. En\nun mot, du dandysme.\nM. Mallarmé, on le sait d’ailleurs, possédait une incontes\ntable compétence dans toutes les questions qui ont trait à la\nmode. 11 jugeait d’un ameublement, d’un parfum ou d’une\ntoilette de femme, aussi bien que d’un chapeau haut déformé\nou d’une « redingote à la propriétaire ». Il avait môme, sur\nces sujets, public un journal, sorte de Moniteur du bel air,\ndont quelques exemplaires sont déposés A la Bibliothèque Na\ntionale. On les consultera avec fruit.\n★\nAprès Brummell et M. Mallarmé — les deux sources aux\nquelles de préférence, j’aurai recours ici — il convient de\nciter M. Barbey d’Aurevilly, qui s’est occupé, lui aussi, du\ndandysme, cl dont on ne peut, honnêtement, passer sous si\nlence le livre sur M. Brummell. Mais on Sent bien que M. d’Au\nrevilly ne constitue qu’une autorité secondaire. Quelque dé\nvotion que l’on professe pour l’auteur du Chevalier des Tou\nches, il est difficile d’invoquer scs limousines doublées do\nvelours amarantbc et scs toques de fourrure h étoiles de dia\nmants, comme des modèles d’élégance.\nAssurément,il est équitable de faire la part du romantisme\net de cet amour du panache auquel se complaisait le vieux\nConnétable. Mais, tout de même, il a exagéré. 11 a dépaysé\nla mesure. Il lui a fallu toute la belle dignité de sa vie et\ntout son grand talent d’écrivain, pour ne pas tomber dans le\nridicule.\nEt puis, pour tout dire, je crois bien que M. d’Aurevilly\nn’a jamais rien compris A Brummell. Sous l’éclat de la pé\nriode déclamatoire, il y a une incompréhension presque totale\ndu dandysme britannique, de son esprit, de ses conditions et\nde l’époque A laquelle il prend sa date certaine, c’cst-A-dire\nau lendemain de la Révolution française.\nOn s’imagine le dandysme — et M. d’Aurevilly a accrédité\ncette idée — comme une manière d’étre extérieure: un appa\nreil luxueux, un maintien hautain, une tenue composée avec\nsoin, des chevaux, des voitures, des maîtresses,une existence\nde plaisirs, un train somptueux, des duels, des paris dont on\nparle — tout ce qui fait l’homme A la mode, un Grammont-\nCaderousse, un comte d’Orsay, un Rastignac... Rien de plus",
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     "texte": "128\nt\nopposé au véritable dandysme, tel du moins que ce dandys\nme apparaît chez Brummell, chez Georges IV, chez un Tal-\nleyrand, chez un duc de Morny et, plus près de nous — bien\nqu’il ait commis cette faute d’élégance d’écrire dans les jour\nnaux et de vendre ses volumes de vers — chez un comte de\nMontesquiou.\n*\nCe sera l’objet des articles à venir que de tâcher â définir\nce dandysme de Brummell cl à illustrer celle définition par\ndes exemples cueillis dans l’actualité et dans ce que M. Paul\nBourget, avec cette ingénieuse recherche d’expressions qui\nfait la richesse de son vocabulaire, appelle la fashion.\nJ K AN DE MlTTY.",
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     "texte": "Le Salon\n«WVWVXA\nUne exposition, qui se respecte, pour être terminée, se\ndoit d’ouvrir ses portes au public en l’initiant aux méthodes\nde construction. Plâtras, échelles, tâcherons, échafaudages,\nvoilû-t-il pas, tout de suite, un litre aux plus hautes croix?\nMM. Pi’êtct et Vigneron, ayant accroché leurs cadres variés,\nappliquèrent ces bons principes au milieu de leurs statues.\nUne énorme fontaine en pierre massive fut donc livrée aux\ntailleurs et, dans le rythme des scies grinçant et des mar\nteaux pilant, le Salon s'ouvrit. Bien que le résultat obtenu fût\nsatisfaisant, la cohue des visiteurs, en chœur, psalmodiait :\n11 n’y a rien voir, c’est au-dessous de tout.\nAttenant û la place Bretcuil, se trouve l’institution des jeu\nnes aveugles. Il n’est pas douteux qu’introduits au Salon\nces jeunes gens seraient d’avis qu’on n’y voit rien. Ne peut-\non, en quelque sorte, faire un rapprochement entre eux, et la\nfoule défilant dans une exposition d’art? Car, si chacun re\nconnaît qu’elle est apte û percevoir les grimaces, les faits\ndivers ou les grivoiseries, qu’en nombre, on lui présente,\nest-elle plus avancée qu’un aveugle devant l’œuvre d’un ar\ntiste. Ne lui manque-t-il pas ce que Topfcr appelait le sixième\nsens, celui qui saisit la poésie de l’Art?\nFace û la porte d’entrée, se dresse le puits de Grenelle. N’y\npourrions-nous rencontrer la Vérité ? La chance nous servit\net lorsque, très perplexe, nous lui eûmes narré notre embar\nras, cette femme simple et belle, plutôt réservée, répondant au\nnom de Parisinc, accueillit la prière que, pour la Vogue, nous\nlui adressions, et, après nous avoir remis un talisman, qui\nnous rendait invisible, nous pénétrâmes ensemble, ù l’heure\nmystérieuse du crépuscule, emmi le Salon des artistes-fran\nçais.\nMon guide, aussitôt, s’extasie devant Ic/Müc, do M. Henner.\nLe maître possède son métier û un point tel qu’il peut^, simpli\nfiant toujours, conserver û scs productions l’attrait d’une\nébauche. Combien l’ûmc de ses personnages est idoine\nau milieu ambiant ! Le calme de la nature assoupie a gagné\ncette femme nue étendue dans les bois. Ses yeux énigmati\nques perdus dans le vague marquent qu’elle n’est point\nconsciente de sa beauté propre. Parisino songeait qu’en ces\nmatières le peintre est mieux partagé que le poète-écrivain,\ncar il peut, condensant son œuvre de beauté, vous la montrer\nd’ensemble, alors que le poète ne peut arriver à l’elfet général\nque par les étapes progressives du vers.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "i3o\nUn peu plus réaliste est le nu de M. Henri Martin. Au\nmilieu des lys savamment éteints émerge une femme; elle\nrêve en admirant son corps virginal. La forme est impecca\nble puisque l’auteur l’a intitulée Beauté. Comme si M. Mar\ntin voulait symboliser le beau dans la Maternité, c’est au\ntorse qu’il a donné toute l’importance, il le peint avec une\nchaleur de ton merveilleuse, tandis que la télé, discrètement,\nse perd dans les cheveux dénoués qui lui font, pour ainsi dire,\nun voile qu’elle soutient en écartant les bras. J’ai dit que la\nfigure émerge parmi des fleurs. Mc permettrai-je une criti\nque? Que n’a-t-il indiqué partiellement le pied; il est toujours\ndangereux de couper brusquement la ligne d’une figure d’en\nsemble. Nous voici sur une plage, des rochers, s’avançant à\ndroite dans la mer, ferment l’horizon. Le premier plan est\ndans l’ombre, une femme nue est assise sur le sable, tandis\nque le second plan est rutilant par la traînée des rayons du\nsoleil qui se couche. Une autre femme nue est debout, dont\nles primes lames cachent les pieds, lesquels dessinent, à la\nsurface de l’eau, de souples eneyelies; la ligne, à mi-jambe,\nest encore rompue ici brusquement. Pourquoi?\nC’est un Eden enchantéque peint M.Walden.où les femmes\nvivent insouciantes dans leur radieuse nudité; le vol capri\ncieux des mouettes symbolise, sans doute, la versatilité de\nleurs pensers. Ces Baigneuses semblent défier les trésors de\nla mer, coraux, nacres et perles précieuses et leur montrer\nqu’il n’est plus belle parure, pour la femme, que la nudité\nsans autre appoint qu’une ligne impeccable. Mais, cette ligne,\nil est difficile de la faire valoir lorsque la femme est debout,\nce à quoi s’est employé aussi M. Sinibaldi. Dans son Soir\nd'an jour d'Eté, ce ne sont, point des moissonneuses qu’il nous\nprésente, mais trois jeunes filles dont les préoccupations\niraient vers la danse ou les propos d’amour.\nElles marchent enlacées, avec la souplesse de gazelles, dans\nune sapinière pleine de serpolet ; au loin, par une trouée, la vue\ns’étend sur une vallée où le fleuve déroule scs méandres qu'il\nlumine le couchant; des reflets, que renvoie l’herbe foulée,\nles éclairent devant par en bas, tandis que du dos, d’où nous\nles voyons, elles sont éclairées par le haut modérément. Avec\nces oppositions d’éclairage, Sinibaldi a obtenu un modèle où\nles ombres dessinent les vénustés de leurs rondeurs langou\nreuses qu’accusent des gazes rorifères du plus gracieux effet.\nQuelques tons artificiels sont seuls à reprendre.\nIl y a, dans les Derniers Bagous,de M . P. Chabas,trop pa\nreils à scs Jogenx Ebats, un exquis paysage où les ligures\nsont traitées dans un éclairage d’atelier, tandis (pie M. Moulin\nn’a pas commis cette faute. La Faute, qu’il nous montre, est\ncelle de nos premiers parents. Parisine est toute prête ù",
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     "texte": "l’excuser, car elle comprend que l’on cède dans l’ivresse du\nsoleil et delà nature qu’a merveilleusement interprétée l’artis\nte, répandant, avec justesse, la lumière dans le feuillage et\nles carnations. Satan, sous la forme d’un jeune faune aux\nextrémités serpentines, tend la pomme à Adam, mais il sem\nble que le couple ait déjà succombé, tellement son attitude est\ngênée, et, dans trois panneaux, qui complètent le quadripty-\nque, le remords se traduit par des contorsions épileptiformes.\nAu bas, un Abel étendu mort, beaucoup plus sobre et de\nplus belle ordonnance que les panneaux de côté.\nIl y aurait trop à dire sur la Porte de l’Enfer— 20 acte\nde la scène précédente — où, selon nous, par beaucoup de\nqualités, M. Levêque balance des défauts. Pour nous remet\ntre de ces émotions violentes, M. Ridel est, tout désigné. Der\nnières Fleurs, — si vous ne l’avez deviné — sont deux fem\nmes. Elles s’étiolent. L’automne est venu, pour elles, précoce;\nleur expression de jeunesse mélancolique marque qu’elles ont\nsouffert et le chagrin les a fait renoncer aux joies du monde.\nSeules,toutes deux, elles glissent, au courant de l’eau parmi\nles forêts, dans une barque aux avirons abandonnés. Que leur\nimporte maintenant la direction de leur viel 11 faut admirer\navec quel tact M. Ridel joue des rappels de tons, avec quelle\nrarissime distinction il profile l’effigie de scs figures symbo\nliques, aux mains fines, dont le cou et les épaules, d’un ado\nrable dessin, laissent deviner un corps souple et svelte. C’est\nune mélancolie pénétrante qu’il vous fait éprouver, comme\ncelle qu’apporte, au poète, la senteur parfumée des grands\nbois feuillus à l’automne. Son art vous enveloppe avec la\nmême emprise que le ferait une mélodie de Sylvio Lazzari\nsur des vers de Verlaine. C’est une page hautaine do noblesse\net de fierté que la Solitude, de M. P -A. Laurens. Quant à\nMlle Pèpe, la Vieille Chapelle, et. M. Maissen, l’Heure du\nSalul à Montmartre, leur conception est imprégnée de res\npect pour la foi de ceux qui recherchent un refuge dans la\nprière. En un dessin très souple et de lignes harmonieuses,\nM. Avy peint, dans le parc do Versailles, deux femmes élégan\ntes attirant les Cygnes; l’eau miroite au couchant ; celle scène\neût gagné à être un peu plus solitaire. Pourquoi nous mon\ntrer, au fond, des soldats qui font tache et si l’une de ces\ndames est bien en plein air, en revanche, l’autre no l’est pas\nassez.\nUn cours d’eau fuit devant nous bordé, à droite, dans l’ombre,\npar un coteau vert; au fond, une chaîne de collines reçoit,\nainsi que le ciel, les derniers rayons du soleil, il les baigne de\nlueurs chaudes presque oranges, la nappe d’eau est pour partie\nreflétée de vert sombre, tandis quo l’autre a pris des reflets\nd’argent. Las de la route poursuivie, après le labeur, un garçon",
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     "texte": "i3a\nsc désaltère à la fontaine. Au pied du coteau, des peupliers\nélèvent leur cime vers le ciel où monte aussi la fumée des che\nminées, c’est Y Heure de la Soupe, que M. Enders a inter\nprétée avec un sentiment de profonde émotion artistique.\nMM. Enders et Ridcl ont peut-être les deux meilleures toiles\ndu Salon. Mais il faut admirer sans réserves aussi liachcl et.\nJacob, de M. Jacquot-Defnmcc. 11 ne me paraît pas possible\nde traiter avec plus d’émotion contenue cette églogue où les\ndeux amoureux échangent leurs serments d’amour — amour\nrésigné qui devait rester platonique pendant i/j ans — tous les\npersonnages, composés comme des tanagras, concourent à cet\neffet, jusqu’aux deux chiens fidèles et puis aussi le paysage\nbiblique ravissant. L'Idylle, de M. Cnpponi, est attrayante par\nsa simplicité naïve et chasteet II ne m’aime plus/ dcM. Wat-\nters, peut supporter la critique des plus exigeants. M. Dabadio\nest un tendre, il compûtit à la vie si triste des pêcheurs, son\némotion lui suggère une œuvre remarquable. Au pays de Mc-\nnélick l’atmosphère est si limpide (pie les lointains même ne\ns’estompent point, cl M. Paul Buffet, dans scs Grands Mimo\nsas d'Abyssinie, a dû vaincre — il l’a fait comme un maître\n— uniquement par la justesse des valeurs et par la justesse\nde l’échelle des plans perspectifs. De vieilles faïences bleues\ngarnissant une Fontaine arabe, des mules harnachées de ta\npisseries bleues, des burnous, des fez rouges,des cruchcsde\ncuivre, tout cela est peint largement,presque au couteau, éclairé,\nsoit au soleil, soit à l’ombre de grands eucalyptus, par M. Da-\ngnac-Rivièrc. C’est un fort beau tableau. M. Withers s’est\nmontré également un bon peintre du soleil ctM. G. Desurmont\nest en passe de le devenir. Nous cheminons devantdcsaspccts\nagrestes et c’est M. Dclhrouck, un coloriste charmant, avec le\nBout du Pays à Sainte-Aulde; M. Poinlclin, (pii demeure le\ngrand poète (les spectacles désolés delà nature. Le Calme de la\nforêt, sous les premiers rayons lunaires, de M. Simonnet, où,\nfaiblement, luit, à une fenêtre de garde, la lampe du foyer,\ncependant qu’un brazicr de bois mort dirige sa fumée, en spira\nles bleues, vers le ciel ; H Approche de V Orage, observée par\nM. lnncss. MM. Harpignics, Carlos Lefebre, Delaistre, Dufour,\npaysage d’intense clarté. Et des aspects de cités nous retiennent :\nce sera : Bâtissant une Ville, une page puissante, exaltant\nl'effort du travail manuel, de M. Schumacher; le Pont-Neuf,\ndcM. Bellangcr-Adhémar, un peu sec, mais où de jolies notes\nde couleur sont semées çû et lù ; ou l’aspect de neige de\nM. Bonneton ; ou bien le Crépuscule, de M. Loir, la rue de\nRivoli, éventréc par nos ingénieurs, souvenir du Paris de njoo ;\nles petites esquisses de M. Scoppetta ; très décoratif, le\nBassin de Neptune à Versailles, de M. Tenré, bien que le\nciel en soit peu lourd. Toute la majesté de l’océan s’incarne",
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     "texte": "133\ndans la 1res belle Marine, de M. Olsson, cl In délicatesse des\nbrouillards gris dans Iîrighton, do M. Grosnier ; MM. Dcca-\nnis et Grimelund y recherchent les Ions bleus et rose tendre.\nNous voici sur la côte et M. Ilirschfcld fait défiler la Pro\ncession de N.-D. des Flots, les bannières, les voiles des\nbateaux, les robes de mousseline blanche, lui sont prétextes à\nenluminures harmonieuses ; M. Hanicolte décrit le recueille\nment : Quand l'Angélus sonne, M. Duvent note les mœurs\npaisibles des Hollandais voguant sur les canaux, tandis <pic\nM. Wery nous montre l’animation du Port d'Amsterdam,\nune mère, qui allaite son enfant, forme, ici, un groupe plein\nde tendresse. Voici une ménagère dans son Intérieur hollan\ndais, que M. Piclcrs a lumineusement interprète, puis un au\ntre Intérieur à la Frotte, traité tel un Gérard Dow, des dé\ntails exquis,une exécution parfaite dans l’harmonieuse grisaille\nde lumières et d’ombres, j’oublie de vous nommer l’autour :\nM. Rieder. Voici encore les Deux Madones, de M. V.-F.\nBourgeois, dont je voudrais vous entretenir, car M. Bour\ngeois est un réel artiste; comme M. Endors, il n’est pas pri\nsonnier d'une manière, sa vision se transforme et ce n’est\npoint, tous les ans, le môme tableau plus au moins modifié\nqu’il nous envoie; voici M. Guinicr, dont je n’ai rien dit\nencore, et que je louerais avec tant de plaisir, mais Parisinc\nme fait observer (pie le jour tombe, qu’il faut nous hAtcr.\nAidée de son miroir magique, elle parvient à me faire\nvoir encore suffisamment un dessin aux traits fins, la Mère\net l'Enfant, de M\" 0 Maury, les lignes s’épousent en formes\ngracieuses. Parisinc ne veut point me montrer le tableau de\nM. Sabatié, serait-il inférieur i\\ son Etude d'Ouvrier?\nM. Ilunt, spirituel autant que M. Jean Vcber, les Actions bais\nsent, c’est un vieux rentier tout penaud, petite scènottc toute\nprimcsautière.Badadang boum! Badadnng d’zing! Expulsés,\nc’est le déménagement du poêle Jehan Rictus que M. Marée\ntranspose avec tristesse. Comme quoi l’on peut faire chanter\nles tons les plus vigoureux dans un clair-obscur : M. Schny\navec son Coin du Musée de Clan;/, se met tout à fait en\nvcdelto; Md® Troucssart expose un sculpteur,il est fort bien,\nmais le catalogue l’intitule : Portrait dénia /lAre.MHo Grecnc\nun Regard fugitif, et M. Bcllerochc, avec Ennui, élégam\nment voluptueux, interprètent l’éloquence de la chair.\nM. Meyer-Bal 1 est plus robuste avec sa Bonne Goutte. Quel\nques jolies études de M»»» Caire, de MM. Broun, Blair-Bruce,\nDes portraits, (pie je cite seulement ne pouvant faire plus, de\nMl'os Lacey, Wotmore, de MM. Georges Lavergne, Crcswell\nTattcgrain. Humbert, œuvre magnifique, Gustave Pierre,\nSchafer, Miller, Maxcncc, l’exquise figure de Mlle Ilcrres-\nhoff. Mlle Gora Laparcerie est représentée dans le costume de\nia",
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     "texte": "134\nFausta, le chef orné d’orchidées, elle lient une de ces fleurs\nà la main. Songe-t-elle, avec dédain, aux racines grecques de\nces plantes,ou bien, tel le Narcisse doM. Desvaliicres, con\ntemple l-cllc sa propre image exposée en face en toilette do\nville? Qui encore? M. Seymour Thomas et M. de Faber du\nFaur, avec sa curieuse Retraite de /Sia. J’aurais trop de\nremords ne pas mentionner un aquafortiste de grand mé\nrite, M. Chahine ; voici encore, dans la gravure, M m ° Granès\net M. Lopisgich.\nNous accélérons encore, si possible, notre marche à travers\nla sculpture où tant de choses seraient à retenir : le superbe\nMonument de S palier de M. Gasq; la Méditation, combien\nimpressionnante^» MB° Syamour; le Bon petit Diable, très\npersonnel, de M. le comte Clément d’Astanières ; le Tombeau\ndu duc de Nemours, de M Campagne; la Fin d’un Rêve, de\nM. Varenne; l'Ange gardien,de M. dcRanicri; la Maternité\nde M. Mengin; le Vaincu, de M mo Dumontct; lo Chêne et le\nRoseau, M. Couthcillas; le vigoureux Bnfjlow, de M. Solon\nBorglum et puis, de M. Bouval, d’une esthétique charmante,\nune femme nue respirant les Parfums des Fleurs se mêlant à\nl’arôme de scs cheveux dénoués.\nDes bustes,de MM. Louis Enderlin, Paul Fournier,Geoffroy,\nRogerol, Usborne. Quand des artistes comme M. Hannaux\nexécutent de si remarquables médaillons, l'administration\ns’obstine à nous gratifier des timbres-poste (pie vous savez.\nVoici M. Gros, si original dans ses matières employées ; voyez\nencore le Carnbronne iSi5, si énergique, de ML. llécipon et le\nhaut-relief, de M. Ernbry, qui évoque en nous le souvenir du\ntrès beau livre, de M. Frédéric Boutet, les Victimes grima\ncent. Dans les arts décoratifs, les merveilleuses broderies de\nM* Gabriel Prévôt ; des bagues étonnantes, de M. Zorra; un\nflambeau, de M. Loiscau-Rousscau, le Chapiteau bien per\nsonnel, de M. Derré ; un pendant de cou, la Ronde, de\nM. Blondat, et le beau lit, de M . Drogue, exécuté en bois et\ncuivre ciselé, par M. A. Devcraux, de Lyon. M. Maurico\nDufrône, enfin, nous présente un coupe-papier gris ù la poi\ngnée rehaussée de rouge vif, (pie je voudrais voir dans la\nmain de tous les lecteurs de la Vogue. Et, tandis que je pre\nnais congé de Parisinc, avec un léger sourire, qu’accentuait\nsou regard si pur, elle me dit : Voyez-vous, M. Ilcnner a rai\nson, le Rêve c’est la Beauté; mais M. Henri Martin a raison\naussi : la Beauté c’est le Rêve.\nCamille d’Amauiiy",
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     "texte": "Le Pavillon d’Italie\nà l’Exposition\nEt d’abord cc n’csl pas un pavillon, c’cst un véritable palais,\ncar parmi les nombreuses constructions qui dressent, clans la\nrue des Nations, leurs architectures disparates, celle que\nl’Italie a érigée est la plus importante par scs dimensions et\nelle occupe la plus grande surface: un rectangle de 05 mètres\nsur trente. Maissi c’était là son seul mérite ce serait trop peu,\nle pavillon italien est aussi l’un des plus séduisants et si ceux\nqui représentent le plus exactement les lignes caractéristiques\nde l’architecture gothique italienne. On a reproché aux archi\ntectes — MM. Giacomo Salvadori, Constantino Gilodi cl le\ncomte Carlosepi— d’avoir fait peu de frais d’originalité et de\ns’ètre contentés de copier des morceaux de palais et d’églises\npour — en les ajustant — former un édifice sans nouveauté.\nUne telle critique me paraîtrait justement fondée s’il s’agis\nsait d’un palais construit en Italie même et pour un autre\nemploi que celui auquel il est destiné ainsi que tous ceux qui\ns’alignent le long du quai d’Orsay ou aux abords du Troca-\ndéro; si le pavillon de l’Italie méritait un tel reproche, com\nbien d’autres le mériteraient avec lui. 11 importe, me semble-\nt-il, que pour la destination qui leur est affectée les divers\npavillons étrangers de l’Exposition présentent avant tout dans\nleurs lignes les caractères traditionnels de l’architecture dans\nleurs pays respectifs ou même reproduire exactement l’un des\nprincipaux monuments nationaux popularisés par les repro\nductions photographiques ou autres, de telle sorte que la\nfoule — les expositions s’adressent à la foule — sache au\npremier coup d’œil que tel pavillon représente tel pays. C’est\ndans celte pensée que la majeure partie des architectes étran\ngers ont conçu et exécuté leurs plans et c’est ainsi que le\npavillon de l’Allemagne est la reconstitution d’un hôtel alle\nmand dans le stylcdu xvi° siècle; que le palais delà Belgique\nest la fidèle reproduction de l’Hôtcl-de-ville d’Audenarde,\nadmirable spécimen de l’art gothique en pays flamand ; (pie\nle pavillon de la Norvège est une construction en bois sur le\nmodèle des édifices nationaux; que l’Autriclie-llongric nous\noffre un palais du xvmo siècle célèbre dans ce pays, etc., etc.\nDevant le palais de l’Italie le visiteur ne saurait hésiter un\nseul instant à en reconnaître la nationalité; il est habilement\nformé des éléments et des motifs architecturaux qui carac\ntérisent le Dôme de Saint-Marc, le Palais des doges de\nVenise et le Dôme de Milan. Au premier, il a emprunté ses\ncinq coupoles d’or éclatantes et splendides sous l’azur du ciel.",
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     "texte": "136\nscs mosaïques précieuses et ses lions symboliques. Le Palais\ndes doges a fourni les portes somptueuses qui copient exac\ntement la fameuse parla cldla caria, il a donné la gracieuse\ngalerie de trèfles qui court autour du toit; le Dôme de Milan\na offert scs verrières, scs clochetons, scs piliers gothiques\ncreusés de niches où s’abritent des statues. L’aspect général\ndu Palais est celui d’une église et cela est naturel puisque\ndeux églises lui ont servi do modèles.\nIntérieurement l’impression est la môme : le jour tamisé\npar des vitaux multicolores se répand avec une sorte de mys\nticité, mais avec suffisance. Sur trois côtés, circule une élé\ngante et haute galerie portée sur de sveltes colonnes fine\nment fouillées de sculptures et reliées entre elles par des arcs\nlégers. Au quatrième côté monte un escalier majestueux que\ndomine une tribune décorative formée de bas-reliefs. Au de\ndans, comme au dehors, les parois sont couvertes de marbre\net de mosaïque qui n’ont rien d’authentique,[mais jouent le vrai\nù s’y méprendre.\nLe palais tout entier d’ailleurs est une merveille d’imitation.\nAle voir du dehors on se douterait difficilement que de min\nces morceaux de bois revêtus de plâtre en forment les ma\ntériaux essentiels et cela est si vrai qu’un architecte de ma\nconnaissance a prétendu qu’il était fait en allumettes.\nL’inauguration a eu lieu le 2 mai dernier sous les auspices\nde M. Salandra, ministre du commerce d’Italie, et de M. Villa,\ncommissaire royal. J’ai eu la bonne fortune d’y assister et la\nlèle en tous points réussie avait réuni toutes les notabilités\nde la colonie italienne et de nombreuses personnalités pari\nsiennes. Le dôme central, que décorent des portraits en pied\ndu roi Humbert, delà reine Marguerite, du prince et de la\nprincesse de Naples, offrait un coup d’œil féerique sous les\nlustres de Venise flamboyants d’électricité, au point que les\nétalages entrevus parmi la cohue des invités apparaissaient\nprestigieux de beauté artistique et nue j’ai emporté de cette\npremière visite une impression excellente et toute favorable\nà l'Italie. Mais, hélas ! que ne s’est-elle maintenue, celle im\npression à l’examen plus minutieux que j’ai pu faire quel\nques jours plus tard des objets exposés dans ce splendide édi\nfice I Ce me serait une joie grande de pouvoir proclamer ici\nque le pavillon italien ne renferme que des merveilles et\nque l’Italie s’v montre vraiment à la hauteur de son antique\nrenommée artistique. Mais peut-on s’extasier en regardant les\nspécimens des célèbres cristaux de Venise que nous offre la\nmaison Salviali Jesurum et Compagnie ? N’y avait-il pas\ndans la centenaire verrerie vénitienne des modèles plus cu\nrieux, des créations plus nouvelles ? Quoi ces cristaux\nuniques où les formes et les couleurs peuvent si hcureusc-\nsement conspirer pour réaliser des merveilles de grâce légère",
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     "texte": "i3 7\nn’ont rien fourni do plus imprévu que les menues fragilités qui\nnous sont offertes? J’ai quelque peine à le croire et les bustes\nmignards volés aux marbriers génois que les maîtres verriers\nont annexés à leur bazars ne me sont pas une compensation\nsuffisante.\nSont-ce les céramiques napolitaines qui ont des droits\nmon admiration ? Non vraiment et le Triomphe de Neptune\nlui-même en faïence multicolore avec sa mise en scène savam\nment compliquée me paraîtrait mieux à sa place dans une ex\nposition de pâtisserie que parmi des objets artistiques.\nJe ne veux point dire pourtant que le Pavillon italien soit\ntout à fait dépourvu de choses appréciables. Les dentelles de\nVenise sont tenues par la maison Camerino, à la hauteur de\nleur réputation 1 l’exposition des Ginori a des pièces intéres\nsantes et la Manufacture de Signa à Florence présente en terre\ncuite des reproductions curieuses et presque toujours réus\nsies ; j’en dirai autant des céramiques de Torqualo Castellani\nexécutées avec bonheur d’après des modèles préraphaélites.\nOn me dispensera de m'étendre sur les attractions scolai\nres réunies dans la galerie du premier étage : sur les bons\ndevoirs du lycée Cavour ; sur les miracles de calligraphie\nque la sœur Ursule de Naples a réunis dans de mystérieux\ncartons rouges sur les modèles des médailles décernées aux\nélèves les plus méritantes de Ylnstiluto nationale per leji-\nljlie dei militairi italiani et même sur les grains de maïs\ngéants précieusement contenus dans des bocaux. Je prendrai\npour aujourd'hui congé de l’Italie en formulant le souhait de\nla trouver plus heureusement représentée dans les autres\nsections de notre Exposition cl principalement au palais des\nBeaux*Arts.\nE. Sansot-Ohl.vnd\n$\nNotes sur les théâtres\nAthénée-Comique : Francine on le Respect de Vinnocence,\ncomédie en 3 actes de M. A. Janvier. — L'Inconnue, un acte\nde M. Martin. — L’tEuviu;: Le CloClre, drame eu /jades de\nM. Verhacren. — Odéon : L'Enchantement, pièce en4 actes,\nde M.Henri Bataille.\nA propos de Francine on 'le Respect de ! innocence, on a\nprononcé le nom de Mcilhac. Cette œuvrette, représentée\navec succès au théâtre de l’Athénée, s’apparente en effet, par\nle choix du sujet hésitant entre le vaudeville et la comédie\nsentimentale et des personnages ayant sous des allures de",
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     "texte": "/\n138\nfantoches quelqu’incertaine humanité, à des œuvres telles que\nMa Cousine, par exemple,\nLe sujet parut ingénieux et d’une honnête indécence. Que\nFrancine, petite orplicline pauvre, élevée au couvent des Oi\nseaux-mouches, et éprise au premier acte de son cousin Fré-\nbécourt, épouse, mariage de raison et de convenance, le père\nde sa meilleure amie; qu’ensuilc Frébécourt s’amourache\nd’elle, alors que la voilà un peu désabusée et dégoûtée de\nl’amour; qu’en même temps son mariage soit un obstacle à\nl’établissement de son ancienne amie devenue sa belle-fille ;\nqu’elle use pour unir celle-ci à celui-là, d’un artifice théâtral\nde rouée; puis, qu’elle ait, son œuvre accomplie, quelque sou\ndain regret ou revenez-y du cœur et qu’elle souffre, un peu,\npas trop, d’un chagrin très guérissable, tandis (pie les autres\nsont heureux, grâce à elle et malgré elle : vous voyez tout\nde suite ce qu’un auteur dramatique expert a pu tirer, pour\nnotre amusement et notre émotion modérés, d’une telle situa\ntion.\nS’il fallait absolument — et pourquoi, mon Dieu? — faire\nquelques réserves à propos de celte jolie pièce, qui durera\ntant qu’on la jouera,— longtemps, espérons-lc, — on regret\nterait ici le disparate des deux premiers actes de comédie\nlégère avec le dernier d’émotion inattendue en son développe\nment psychologique trop attendu.\nMlle Dallet, dans le rôle de Francine, fut presque naturelle\nau deuxième acte où elle joue tout le temps de la comédie;\nMlle Mylo d’Arcyle, ingénue malicieuse, ne renonça à aucune\nde ses qualités ni à aucun de scs défauts ; quand à Clerget,\nil fut exquis à son ordinaire, acteur très moderne, sobre dans\nson émotion comme dans son comique, très vrai, très simple,\ntrès sûr.\nM. Deval a monté avec luxe et avec goût cette pièce, précé\ndée d’un acte de M. Morton : VInconnue, de tournure très\nlittéraire cl qui a bien réussi.\nU Œuvre a ré-entr’ouvert scs portes pour une représenta-\ntion. Et M. de Max recommença de haleter avec génie. Il\nm’a semblé (pie le Gotlrc — au reste, j’ai fort mal entendu\net je m’en excuse — ne comportait pas dans son unique action\nd’une tragique monotonie, un développement bien dramatique.\nDe belles scènes pourtant et çà et là, quelques vers de grand\nrelief, ne m’empêchèrent point de préférer à l’auteur du Cloî\ntre, le puissant et moderne poète des Villes tentaculaires.\nLe gros événement littéraire et dramatique de la quinzaine\na été la première de VEnchantement, à l’Odéon.\nJe parlerai la prochaine fois, et longuement, de cette œuvre\nd’une si haute valeur. Elle a remporte un grand et légitime\nsuccès.\nA. P.",
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     "texte": "Tablettes parisiennes\nMa chère amie,\nDes nouvelles de Paris, de Paris donl, tu languis pour\nl’avoir quitté depuis un mois à peine cl nonobstant les com\npensations d’un voyage de noces dans la terre classique de\nl’art et de la beauté. Ah ! ne regrette rien etlaissc-moi t’envier\nplutôt. Que j’aimerais cire à ta place, non pas comme épouse\n(— tu connais mes idées sur le « conjungo » et à cet égard\nje le plaindrais plutôt —) mais comme voyageuse parmi les\nmerveilles artistiques et naturelles du bel paese. Avec quel\nenthousiasme je te céderais, pour la rue de Tolède et la A illa\nHéale, les Champs-Elysées et le Boulevard. Le Boulevard,d’ail\nleurs,tu lésais u’existe plus depuis longtemps dons le sens élé\ngant du mot,il n’appartient guère qu’aux petites gens, et à celte\nheure il ne sert plus qu’auxdéfilés cosmopolites. L’Américain de\nvient le rendez-vous aes financiers de Chicago et j’ai du mal, à\nl’apéritif,à trouver un coin où m’abriter des œillades interna\ntionales donl mon vêtement masculin, loin de me préserver,\ndoit être la cause évidente. J’ai beau, sous mon monocle, cour\nroucer mon regard, je ne réussis qu’à attirer les ardeurs qui\nm’assiègent. Dois-je pour mon repos remiser ma culotte?\nNon,... et puis,au fond, cela m’amuse de provoquer des équi\nvoques... J’aurais à ce sujet une histoire à te narrer, mais je\nn’ose m’y risquer... ma lettre n’aurait (ju’à tomber sous les\nyeux de ton mari! 11 est prudent de n’écrire point de telles\nfolies cl de les garder pour ton retour... Elles sont d’ailleurs\nassez salées pour se conserver jusque-là et je crois même\nqu’elles feront des petits... ou des petites, car il y en aura de\ntous les sexes... Mais chut!...\nTe dirai-je les potins entendus chez la comtesse ou le der\nnier scandale de chez Félix? — Tout cela est trop anodin et\nne vaut pas l’encre que j’emploierais à l’écrire. On ne sait plus\ns’amuser à Paris. On est sage et on va à l’Exposition voir\ndes caisses qu’on déballe et des palais qu’on n’ouvre point.\nJ’y suis allé, non sans péril pour ma précieuse existence, car\ntandis que je regardais des Orientaux lentement occupés à con\ntinuer le même tapis qu’ils avaient commencé à la dernière\nexposition, un marteau formidable s’est échoué au boutdema\nbottine, tombé d’un dôme en construction. Mais comme le\ncourage ne me fait point défaut, j’ai continué ma promenade\net avide d’exotisme je suis entréedans le pavillon de la Bosnie",
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     "texte": "l/|Q\nIlerségoviennc. Après m’ôtre extasiée sur les produits de ce\npays lointain et les arrangements ingénieux de cet exotique\nintérieur, un indiscret écriteau m’a révélé que l’imprévu de\ncet exotisme était l’œuvre des grands magasins de la place\nClichy !\nLe Pavillon officiel de l’Algérie ne m’a offert aucune com\npensation à cette déconvenue... car il est surtout pourvu de\nvins que les vrais amateurs apprécieront à travers les bou\nteilles soigneusement cachetées qui les contiennent. Pour ceux\nque le jus de la vigne n’a pas le don de réjouir, on a disposé\nun copieux étalage d’eaux minérales dont l’efficacité se pro\nclame éloquemment sur leurs étiquettes.\nVis-à-vis de l’Algérie officielle s’érige une autre Algérie\nqui ne l’est point pour deux sous, je te le jure,... à moins que\nla danse du ventre ne soit aussi patronnée par le gouverne\nment! Ah! quel spectacle répugnant pour mon esthétique que\nces déhanchements et ces contorsions ! Combien plus agréable\nme furent les regards noyés d’un jeune Arabe, qui, pour un\nprix modique, ne m’eût point refusé le don de sa minorité. Ah !\nsi j’étais aussi vicieuse qu’on le prétend je ne me serais point\nprivée de ce régal que d’autres, moins bégueules (bégueulo\nest masculin autant que féminin), ne se refuseront pas,j’en suis\nbien sûre.\nMais, passons, pour l’instant : ce coin est à revoir et nous\ny reviendrons... En attendant,pour dissiper ces hantises d’O-\nriént, je me suis précipitée au Palais du Costume, dont on\ndisait merveille, et quoique je ne m’intéresse point, pour mon\ncompte,aux futilités delà mode,je me suis complue,un instant,\nà suivre ce travail dercconstilution où l’on peut comparer sans\nle moindre effort le « fivo o’clock » d’une Gauloise au temps\nde Vercingétorix avec les somptueux décors de Joséphine pa\nradant devant Napoléon. Tout cela était si beau, si beau, que\nj’en suis sortie avec une affreuse migraine. Je me suis dès\nlors hâtée de rentrer et n’ai eu que le temps de dîner et d’en\ndosser mon frac pour aller à l Opéra-Comique entendre le\nJuif Polonais.\nAh! certes, chez M. Carré, je ne fus point volée, car je ne\nconnais point d’opéra-comique qui, par l’ensemble des éléments\ndont se compose le spectacle, soit comparable à celui-là. La mu\nsique est d’une telle vérité expressive et la science profonde\ndu jeune compositeur s’y traduit avec une simplicité si grande\nqu’on pourrait suivre Faction les yeux fermés même sans le\nsecours du livret. Le deuxième acte est un chef-d’œuvre d’idyl\nlique fraîcheur et il m’a littéralement transportée en dissipant\nma migraine comme par enchantement. — Ab! Erlanger est\nun grand musicien qui connaît son métier comme pas un. Et\npuis, il faut ajouter que les librettistes, M. P. 13. Uheusi et",
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     "texte": "l/ll\nCaïn ont largement contribué au succès de l’œuvre en servant\nau compositeur un excellent livret, d’une sobriété rare en ce\ngenre d’ouvrage, et telle que,pour qui a vu à la Comédie-Fran\nçaise, le drame d’Erckman-Cnatrian, c’est celui-ci qui paraît\nopéra-comique, tandis que l’autre a l’allure d’une œuvre sé\nrieuse et châtiée... Et ce n’est pas tout, la mise en scène et\nl’interprétation sont hors de pair. Maurel dans le rôle de Mat-\nthus, est admirable,non seulement comme chanteur mais sur\ntout comme acteur. Les décors sont d’une vérité scrupuleuse\ncl la mise en scène du deuxième acte est une merveille de\nfraîcheur et de clarté : c’cst le printemps lui-même emprisonné\nsous les frises par un magicien. Livret, musique, acteurs et\ndécors font du JuiJ Polonais un spectacle merveilleusement\nharmonieux et d’une irréprochable cohésion. Tu verras à ton\nretour, si j’exagère, car ton mari t’y conduira... s’il n’est\npas un...\nEt c’est tout ce que je peux le narrer pour aujourd’hui. A\nquand ton retour? Je le désire prochain.En attendant,je t’en\nvoie, par-dessus les monts, un essaim de baisers.\nML° de M aupin.\n$\nBibliographie\nCamille de Sainte-Croix : Pantalonie. (Revue Blanche.)\nLivre d’un style aisé, abondant d’idées,d’images, de fantai\nsie, de philosophie et de charme. Depuis le Gargantua cl le\nPantagruel jusqu’aux Lettres de Malaisie de Paul Adam,en\npassant par Swift, Cazolte et Jules Laforgue, aucune œuvre\nn’apporta tant d’originalité, de dialectique, d’imagination et\nd’art â la description et l’étude d’un monde nouveau.\nAu pied du mont Pantalon, deux villes, Port Lnzuli et\nTrucbourg, vivent, la première sous la paternelle administra\ntion du bon roi Pblcmmar et de la reine Crédulic, le second\nsous l’autorité illusoire du président NathanGupor. Ces deux\npeuples <pic rien jusqu’ici ne put associer, grâce aux compli\ncations scicnlifico-sentimcnlalcs du savant Rhadinouard delà\nreine Crédulic et du ministre Domito, grâce aussi au caprice\nd’une charmante magicienne qui a nom Ingénie et du brutal\ntyran Métapanta entrent bientôt en conflagration. Mais\npendant que la république de Négocie ( capitale Truc-\nhourg) se prépare honteusement à la guerre, Phlemmar,",
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     "texte": "Idoménée d’une nouvelle Salente,prépare, grâce à Rhadinouard\nl’avenir pacifique de sa nation. Communisme, science, magie,\ninstruction, éducation, législation reçoivent là une application\nnouvelle, le tout tendant au perfectionnement, à l’idéalisation,\nà l’immortalité de l’espèce. Des essais fructueux sont tentés.\nLa decouverte par Rhadinouard, le bon végétarien, du\npsyehate de poét'sie, va servir à achever l’épuration finale, à\ndonner l’embellissement moral aux sujets Lazuliens. Ilélas!\nle tyran Métapanta, redevenu possesseur de Trucbourg, n’eu\nveut rien savoir.\nEt cette sorte d’Ubu empanaché à la tête de deux armées\nformées par les Tâdmuphs et par les Tàdbruths lente, en se\ndissimulant sous les futaies delà forêt Sabotière, l'envahisse\nment de la sublime terre lazulienne. C’est alors que le mont\nPantalon, pour mettre fin à une telle effusion de carnage,\nse remet en action et crache sur les deux villes — Pompéi\net Ilerculanum de ces chimériques royaumes, — toute la\nlave de ses cratères. Et le volcan parle :\n— « Rhadinouard, bon Rhadinouard, sois heureux et sois\nlier 1\n« Tout ceci est la sanction de ton esprit et de ta vertu :\n« Mais croyais-tu donc d’une humanité pouvoir créer direc\ntement une autre humanité ? »\nRhadinouard, frère falot et génial des Axel et des Edison,\nretourne, avec son peuple, au suprême Néant. — Finis Pan-\ntaloniæ ! Et fini aussi ce beau livre d’un artiste raffiné et\nd’un clair philosophe !\nEdmond Pilon\nHenri de Régnier : Les Médailles d'argile. (Mercure de\nFrance.)\nEncore qu’il soit regrettable, pour l’homogénéité de ce\nrecueil, qu’aux modestes effigies de terre molle, viennent s’a\njouter, de luxueuses médailles, il faut constater toutefois que\n'Henri de Régnier affirme mieux qu’auparavant, dans la pre\nmière partie de ce volume, le caractère latin de son genre\npoétique. L’auteur des Jeux rustiques et divins lui tou jours,\npar la clarté et la souplesse de son verbe,un latin,et, déposi\ntaire, aujourd’hui presque glorieux, de la poésie française, il\nsut rester fidèle à la tradition nationale qui n’est en quelque\nsorte (pie la tradition latine alourdie par l’influence du chris\ntianisme. Mais voici qu’avec les Médailles d’argile Régnier\nnous initie à l’évolution de sa pensée, évolution qui fut lente,\ninsensible et n’est encore, du reste, qu’imparfaite.\nSon esprit délicat, épurant au tamis de l’inspiration antique\nl’inspiration plus moderne de ses œuvres antérieures, semble\nvouloir s’éloigner à présent des fastes de la Renaissance ita\nlienne du xv° siècle où se complaisaient par trop sa dignité",
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     "texte": "i/i3\nfroide et sa hautaine élégance pour so rapprocher des véri\ntables modèles gréco-latins, ceux de la période initiale. Toute\nfois le poète n’a point encore laissé la tunique pourprée pour\nle rustique manteau des bergers idylliques. Les pièces, toutes\nimprégnées d’hellénisme comme Dionysiaques ou l'Eglogue\nsont rares,en ce livre, mais certains sonnets comme le Buveur\nrecèlent pourtant des qualités nouvelles pour H. de Itégnicr, de\nfraîcheur et de simplicité :\nCertains, ont critiqué les vers des Médailles d'argile par\nfois trop chevillés et chargés d’images inutiles ayant pour\noffice un remplissage trop apparent. Je préfère ne pas m’y\narrêter et garder l’intégralité de ma joie à constater, par ce\nlivre (l’un des plus sérieux, parmi les plus récents indices do\nrenaissance gréco-latine; une victoire de plus qui contribuera\npeut-être à chasser de notre ciel latin les conceptions nordi\nques dont nous subissons, depuis quelques années, l’engour\ndissante tyrannie.\nR. Le Brun.\nPaulVignéd’Octon:d/arfy/\\ç/oi/itfai/is.(I5rnestFlammarion.\nM. Paul Vigne n’est pas seulement un vaillant défenseur,\nau Parlement, des libertés méridionales, il est aussi, et c’est\nassurément son meilleur titre de gloire, un écrivain vibrant,\ncoloré et savoureux. Il s’est complu dans une série d’ouvra\nges dont Martyrs lointains est le dernier paru, à décrire les\npaysages coloniaux qui recèlent, avec tant de mystérieuses\nbeautés de vie luxuriante, les plus terribles ferments de dé\nchéance morale et de mort. Mais voulant réaliser un but ré\nformateur, l’auteur s’est appliqué surtout à nous montrer les\ntortures morales ou physiques que la fièvre, le spleen et les\npassions font subir aux malheureux soldats, transplantés par\nuno loi imbécile, dans ces régions mortelles. Martyrs si\nlencieux, ils souffrent, sans protester, les affres d’une lente et\népouvantable agonie qu’attriste encore un lointain exil. Gé\nnéreusement, Vigne d’Octon s’insurge, pour eux, contre l’im\nplacable monstruosité de ceux qui les envoient au supplice, et\nquelques-uns de ces contes écrits dans un style harmonieux\net clair, Le Petit pioupiou, L'Esclave, Le beau Rion, sont de\nmagnifiques tableaux delà vio coloniale, évocateurs intenses et\nparfois troublant.\nR. L. B.\nHenri Mazel : Les Amants d'Arles. (Mercure de Franco.\nCe drame en trois actes, qui se déroule au déclin de l’em)\npire romain, contient d’admirables scènesparloisd’unc grande-\npuissance d’évocation et d’un grand charme poétiquo dont\nj’ai été pénétré, quoique l’action ne me séduise guère et ne\nme paraisse marquer que l’anémie profonde dont la ve\nnue du christianisme frappa le robuste organisme du mondo",
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     "texte": "i44\nlatin. Est-cc bien là ce que l’auteur a voulu manifester en\nson drame? Je ne le crois pas, mais qu’importe si M. Mazel\na fait œuvre artiste. Son drame est difficilement jouable, mais\nil est à la lecture,très attachant,non moins parle styleque par\nle développement du sujet\nJules Georges Saitham : Heures Siciliennes (Édition\nde l’Anthologie).\nDes impressions sur la Sicile, facilement et rapidement\nnotées — et cela est regrettable. Si l’on a beaucoup écrit sur\nl’Italie on n’a pas assez parlé de la Sicile. 11 y aurait sur cette\nîle une mine d’observations à faire et à noter et nous saurions\ngré à M. Saitham de nous avoir donné les siennes avec moins\nde parcimonie.\nRachildo: La Jongleuse (Mercure de France)\nQuand on ouvre un livre de Rachildc on sait d’avance que\nle prochain prix Monthyon ne lui est point réservé et qu’il ne\nsera vraisemblablement pas noté par les dames du Sacré-Cœur\npour être donné en prix à leurs élèves. Après les étranges\nraffinements de conception de l’Animale,des Hors nature et\nde la Tour d'amour, il est permis de s’attendre à des trou\nvailles non moins bizarres qu’extraordinaires, et avec la Jon\ngleuse vraiment on n’est point volé, car ce roman abonde en\nimprévu, en imprévu raffiné et si savamment préparé avec\ndes condiments inédits, qu’on en a le palais tout chatouillé.\nEt pourtant on ne peut pas dire que la Jongleuse soit un\nroman immoral, car pcndant2Ç)8 pages sur 3o3il ne s’y passe\nrien de...lascif. 11 y a bien un grand vase blanc dont le rôle\nest assez vaguement défini pour donner prétexte à des suppo\nsitions désordonnées; il y a aussi des petites sfalues aux for\nmes plulôtbizarres et rien moins qu’académiques qui peuvent\ndonner à penser... mais tout ça dépend de 1 imagination du\nlecteur. Tout ce qu’on peut trouver de réellement... érotique\ndans ce livre est contenu dans les cinq dernières pages, et cn-\ncorey a-t-il des circonstances très atténuantes, car tout se\npasse dans l’obscurité la plus opaque, si opaque qu’on n’y\nvoit pas plus clair que le principal intéressé... Parmi les\nromanciers femmes il n’en est point, selon moi, (pii puisse\nartistiquement être comparée à Rachildc, et, du côté de scs\nconfrères mâles, nul n’arrive à sa cheville pour les concep\ntions... luxurieuses. D’aucuns se sont essayés avec succès à\nnous dépeindre des perversités connues, mais Rachildc dédai\ngne les sentiers battus,en fait de perversités elle ne s’intéres\nse qu’à celles qu’elle invente et elle sait le secret de nous y\nintéresser à sa suite.Aussi en fermant son dernier volume on\na l'impression que, comme son héroïne Elinntc Donalger,\nRachildc est,dans le romatqunc jongleuse bien extraordinaire.\nE. Sansot-Oiiland,\nPoitiers, Imprimerie) IIlais et Hoy, 7, rue Yictor-IJugo.",
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