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     "texte": "Fleurs mortes\nf \\\n\\ ' \\\nî * \\ * \" i\nL ! • , • ? .\nSinjple croquis d'hiver\n\\ /i\nV\n~7~~\nA Tristan Klinysor.\nU o jour d’iiiver, je sentais le vide se faire autour demoi. Mon\n° n “ur pris de vertige n’osait plus ha tire, dans ma poitrine qui,\nv 'de aussi, nie paraissait en écho répercuter les battements de\nnion Ame sur un air de glas. Tout, mon être s était immobilisé\ndans I attente du malheur qui vient., dont, j’entendais le pas.\n•lejetais des bûches dans l’Atre: la danse folle desdoigts de la\nflamme et le crépitement du feu augmentaient mon angoisse.\nSoudain, un coup de sonnette! .le frissonne.\nUne soubrette passe, ha porte s’ouvre : c’est, ruisselant, de\npluie, un homme vêtu de bleu, avec, sur sa tète, unccasquetto\nplate couverte de toile cirée : les trois lettres lh-h.-M , qui\ny sont inscrites, me rassurent . Et puis il lient dans scs mains\ngourdes de froid, au heu des missives que je redoute, une cor-\nbcillo verdAlrc. Oh! cette façon de corbeille aux roseaux entre\nlacés! Elle vient de Saint Raphaël et renferme des fleurs.\nDes fleurs I\nEe facteur me présente un registre où je dois signer.\n— U’cst très simple !\nDe son gros doigt, rouge il me. montre la place réservée a\nmon nom. Je suis si troublé que je ne manque de signer a\ncôté,\nDe brave homme ne sc fAchc pas : un pourboire a tout\narrangé — et je reste seul avec le panier.\n•I interroge l'adresse: l’écriture d’une amie m apprend que\nje mi suis pas oublié de tous.\nAhl voici la vie, la joie, la couleur, le vin du ciel versé\ndans les pétales, les parfums d’une terre heureuse ! Un espoir\nnie chauffe le cœur, cl il bat gravement maintenant, comme\nles cloches àl'Aqucs.",
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     "texte": "G\nAvide de contempler la richesse bariolée du présent pro\nvençal, je coupe le lien qui pose du mystère entre moi et cette\nfrôle cloison de roseaux.\nOuverte, elle met à découvert un bouquet de Heurs —mais,\nbêlas! de fleurs mortes.\n•le reste immobile. Une larme s’échappe de mes yeux : est-\nce ainsi privé de vie que tout sera désormais autour moi ?\nUt une à une je prends les fleurs, cherchant dans celte gerbe\nà redonner son nom à chaque personnage.\nAh! uncophirée! ma rose favorite elle s’en est souve\nnue! Mais les pétalesde cuivre rouge sont crispés comme s’ils\navaient traversé un incendie! Les pervenches aux yeux clos\ngardent intact leur feuillage luisant. Les anthémis chiffonnées\ngisent parmi les violettes qui semblent porter leur deuil. Lt\ndes œillets roses, dont la chair est meurtrie, et des œillets\nblancs à l’air funèbre !\nEncore ! Il y en a toujours ! Les tubéreuses grises et parfu\nmées : blondes trépassées en toilette de bal. Voici les iris d’Es\npagne dont les flammes brûlaient : elles sont éteintes, et c’est\nla tristesse des fusées vides d’un lendemain de l’été. Les ané\nmones refermées flasques et ternes dans leurs pétales velus\naux tons amers donnent l’impression de phalènes étouffés.\nTout cela est pitoyable — Une angoisse de plus, que je\ndoive jeter sans les avoir admises dans mon intimité ces frê\nles voyageuses : elles sont venues de si loin, les mortes en route,\npour m’apporter des lueurs de baisers et (pute la grAcc dé la\ndonatrice. J’eusse trouvé des regards aimés au fond des corolles.\nLes mignonnes, en fleurissant mes Délit, mes Rouen et\nmes Sèvres, m’auraient parlé leur langue vive et j’aurais\ncompris.\nEn pensant ainsi, par pitié je les mets dans l’eau tiède,\nj’asperge leurs cœurs flétris (ah! s’ils pouvaient se. ranimer!)\net je les arrange dans une jardinière en faïence, près de moi\n— une jardinière de Savone sur le flanc de laquelle gesticulent\ndes personnages bleus au ventre nu, dont j’envio le bonheur.\nEl je me replonge entre les bras du grand fauteuil LouisXV,\ndont les tapisseries de Beauvais représentent aussi des scènes\ndé joie: bergers à flûtes, pastourelles à rubans bleus fanés,\nsourires et houlettes! O l'ironie!\nParfois le feu qui flambe dore un peu les ophiréos et leur\nrend un semblant d’éclat.\nMais cela passe.",
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     "texte": "7\nKilos sont bien mortes. Ktlcs effluves de toutes ces fleurs me\ncausent un léger malaise : las, je somnole en songeant a la\nfin des iris et des tubéreuses, à Saint-Haphaél, a 1 amie\n<l l, i est là-bas... Je la vois,pâle, languissante, amaigrie, cher\nchant un manteau de soleil pour ses épaules.\n»— Je ne reste plus dans votre nord, avait elle dit. Il me\ncreuse la poitrine.\nElle toussait un peu, comme si elle avait eu un grelot d’ar\ngent dans la gorge.\nMaintenant elle regarde la mer bleue, elle respire l’odeur\ndes sains eucalyptus ; sa main fine et longue 1 rôle les roses\ndes baies <pie broutent les chèvres.\nMa grande horloge tictaque...\nAux murailles, lentement, les tapisseries où sont figurées\ndes chasses flamandes dans la forêt de Soignes se troublent,\net nies regards, vagues, hantent leurs hautes futaies d’un vert\nargenteux et bleuté.\nJe m’endors.\nOù suis-je ?\nl'-n une campagne isolée au milieu d’un bois. Je veille lu\nmorte tout seul, avec les lys de mon jardin <pie j’ai coupes :\nleurs flammes blanches alternent avec les lueurs dansantes\ndes cierges dont la lumière diffuse laisse dans 1 ombre une\npartie de la chambre, grande comme une nef d’église.\nJe liens dans ma main la main glacée de la morte, et tout\na coup les lys me semblent former une procession de prêtres\neu chasubles brodées et de diacres en surplis de dentelles : ils\nchantent le « De profundis », accompagnés par les fraîches\nvoix dej cimes filles voilées de mousseline.\ndo dis ma douleur à chaque lys: ils m’écoutent très graves.\nJe les prie d’encenser l’amie. Apitoyés,ils secouent alors leurs\ncalices qui répandent du parfum dans la chambre aux fenêtres\ncloses.\nLorsque j’eus tout dit aux lys d’or, je me penchai vois a\nfleur pâle qu’était la morte et lui donnai un baiser sur le front.\nElle était glacée.\nMais je souris en lui disant : « Ali 1 Je me doutais que tu",
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     "texte": "8\npossédais l’Ame d'une ellébore,cl lu n’es si froide à mes lèvres\nbrûlantes que parce que lu fleuris sous la neige. »\nOù suis-je ?\nJ’cnlr’ouvrc les yeux. Dans la jardinière de Sa voue, les\nfleurs se penchent comme des drapeaux vaincus.\nr.lJOKNK DEMOLUIin.",
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     "texte": "Perez Galdos chez lui 1\nC’est pendant les mois d’aoùt cl septembre qb quej\nvisiter Perez Galdos dans sa demeure silencieuse et paisible.\nP’IuMel San Quintin (comme ac nomme la maison) est situe\ndans la Mngdalcna ; il domine la plage et la mer, et l’on voit sur\nsa façade l’écusson allégorique des Episodes Nalionouo.\nDans un coindu jardin se dresse dans sa sveltesse vigoureuse\nla hampe où la brise marine joue en repliant et dépliant le\ndrapeau espagnol, orné lui aussi du même emblème signili* atil.\nDu chemin à la plage, le terrain forme une pente très pro\nnoncée, et dans cette pente, coupée au bout du jardin par un\nunir do soutien qui la suspend au-dessus de la rue, est cons-\ntruite la villa.On ne SC sert généralement de la porte principale\n•pii donne sur la grande rue, que pour le service de la mai-\nsnu ; quand on arrive de Sanlandcr ou du Sardincro, il est plus\ncommode d'outrer par la porte dérobée du jardin, qui souvic\n•* dix pas de la station du petit chemin de 1er, un chemin d<\n1er pour rire qui parcourt un trajet de six kilomètres, lon\ngeant d’un coté la montagne et offrant de l’autre un splendide\npanorama de la mer.\nGaldos se lève de bonne heure et son premier soin est de\ndescendre au verger. Les petits lapins et les poules attendent\nM u 'd leur donne à manger. A voir comment rongent les uns et\ncomment picorent les autres il passe un bon moment, absorbe,\n(■) Ions nos lecteurs connaissent don ltenilo PcrczGaldos,le grand\nromancier espagnol,le Tolstoï d’an delà des Pyrénées. Déjà quclqucs-\nnns de ses principaux romansonl été traduits en français : Mununellu\nhtiui Perjevlu, L'Ami Mnnso, Tovcpiemudu et tout récemment\nl ,; *r M. lhxio : Miséricorde ^Haehctlcj. Nous-mêmes espérons i>ou-\nvoir publier plusieurs fragments de son œuvre admirable. Au thcA-\nJre il a donné de nombreuses pièces, cl le mois dernier encore\n_ I \"‘“ Maria Gucrrero, la célèbre artiste de Madrid,est venue à Paris\nffîM, Fernando Diaz de Mendoza, faire applaudir au thé Aire de\nAllumée la très curieuse pièce de Galdos : Lu de Sun (tuintin.\nv\"ant a M. Luis Uni/, Contreras, l’auteur de ccs pages,il n est\nll lls 11011 |dus un inconnu pour les lecteurs de. la Vogue clans laquelle\nV, a publié précédemment un remarquable article sur le Théâtre en\n‘ x l\"\"./ne ; il a dirigé la lleuisla Nucoa et donné des drames de\ngrande valeur comme Les Pères et les Fils.",
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     "texte": "10\ncomme s’il n’y nvnit plus nu monde que les huit mètres carrés\nqui forment la basse-cour, cl, comme si la féconde imagina\ntion de l’artiste n’avait plus d’autres préoccupations que de\nsatisfaire ses innocentes hôtes.\nEnsuite il parcourt à pas lents le verger, observant tout\nplante par plante, feuille par feuille, le bouton qui pointe ou\nla tige fanée, le bourgeon qui s’ouvre ou la lleiir qui se déta\nche. Puis scs idées embrassent un peu plus d’espace, comme\nsi le monde s’élargissait pour lui peu à peu ; il entre dans le\npotager et le passe en revue carré par carré : ce maïs qui se\nmeurt, ce fruit (pii mûrit, cette plante qui a soif, et à la fin il\narrive pas à pas, au mur du chemin ; il lève les yeux du sol\nil appuie scs bras sur la balustrade et contemple la mer, la\nmer immense qui s’allonge blanchissante sur la plage; il res\npire l’air marin saturé de germes de vie; les minutes passent\net une heure s’écoule sans dissiper l’enchantement.\nAprès avoir pris le déjeuner qu’on lui apporté au verger, il\nentre dans son cabinet, et il écrit trois, quatre, cinq, six heu\nres, absolument détaché de toute autre préoccupation aussi\nlongtemps qu’il est obsédé et absorbé par sa propre création.\nLe soir il revient au jardin. Pendant qu’il a écrit quinze ou\nvingt pages, les lapins ont mangé jusqu’au dernier trognon\net les poules jusqu'au dernier grain. Il s’occupe à donner la\nnourriture aux petites hôtes, à faire tranquillement quelque\nbesogne dans le potager; il prend la bêche, le seau ou l’arro\nsoir, et il commence à répartir l’eau quand il ne faut pas en\nfoncer les boutures, ou tailler les arbres, ou préparer le plant\ndes pépinières.\nTout à ces exercices mécaniques, il semble oublier com\nplètement ses absorbantes préoccupations intellectuelles.\nQuand on connaît peu Gahlos, il est difficile de comprendre\ncomment au môme moment où il médite des œuvres de l’en\nvolée de Nasarin, If al ma ou llealidad, il peut s’intéresser\nsi laborieusement à une branche rompue, à un fruit tombé ou\nà une tige morte.\nMalgré tout, cet intérêt résulte naturellement d’un carac\ntère, profondément observateur et humain, (pii sent d’une ma\nnière intense la communion de son Ame avec la nature entière ;\nc’est ce (pie le philosophe Guyau a exprimé en ces quelques\n-mots :\n« Quand je vois s’ouvrir un bouton de fleur, il me semble\n«pie les pétales se déploient dans mon cœur; avec le papillon",
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     "texte": "11\n'\n«lotit mon regard suit le vol, il nie semble que mes lèvres\nbaisent les fleurs. » . .\nGaldos unit à sou talent prodigieux cl à son esprit analyti\nque une Sensibilité exquise qui le fait avoir égard a tout, ai\nmer tout, s’intéresser à tout. Cette puissance de douce affec\ntion qui se condense comme une ambiance subtile autour «les\nAmes qui savent la ressentir, est en quelque sorte le Contran e\ndes passions exaltées, des attractions violentes, des orages de\nsympathie. Les manifestations sentimentales les plus exubé\nrantes ne sont souvent qu’un travestissement de l’égoisme et\n1 égoisme est l’isolement, l’insensibilité et la mort de 1 aum.\nCa Nature entière vit d’une vie unique concentrée en une vi\nbration éternelle, «pii se transmet sons s’arrêter, et cette vi\nbration peut se communiquer de certaines Ames a «1 autres\nAmes, tantôt par les chocs violents que produisent les passions\net les luttes, tantôt par les impulsions bien mesurées que «le -\nterminent des affinités harmonieuses.\nL’esprit sensible, attentif à tout ce qui l’entoure, se donne\nmille occupations avec le plaisir «pie lui procurent ses pro\npres attentions ; à se consacrer ainsi A la nature en se mêlant\na elle connue une note dans un hymne éternel, il sent la vio\nuniverselle; il jouit de son harmonie, et souffre de son man\nque d’équilibre.\nVoir Galdos donnant A manger A scs bêles ou arrosant son\njardin, pour moi c’est voir l’auteur de Nazartn admirant\ntout ce qui est grand, s’intéressant A tout ce «pii est petit,\naimant tout, et se mêlant par ses actions comme par ses pen-\ns é«;s a la vie éternelle de la Nature.\nGnns sa cour vivent les lapins pacilupics; tous sont blancs,\n<‘t ils étaient gras et satisfaits. Les feuilles «le verdure font\n(>ll l> f~l!- '\nmur lotie; les tiges de mais leur régal, et les boulines\nglantiers leur envie la plus avide. ' ,\nGuand ces rejetons traînants et stériles «pii absoi un « s\n«le l’arbuste, appauvrissant les branches lécondes, atulcu 1 ’\npied d’un rosier en menaçant de le taire dépérir, vil< « s « ist •' ^\n«lu jardinier abaissent leur orgueil et coupent le pniasitt. nui\nsible. Pourtant comme les choses les plus inutiles su ven\ntoujours un \\'~\nles lapins un\nde roses. »\n•Ainsi, entre les mains di‘ Galdos, le sécateur va sans ( ' ssl\nchassant les mauvais rejetons des rosiers «le la v * ,l 1111\njours un peu, ces boutures sans fleurs deviennent pour\nmets exquis bien plus délicat «pic les boutons",
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     "texte": "I 2\nOuintin. Délivrer le rosier d’un parasite absorbant pour don\nner aux lapins blancs un lunch succulent,— comment ne pas\ns’abandonner à une inclination «pii produit simultanément\ndeux bienfaits?\nUn jour quelqu’un lui donna un lapin de garenne et on le\nmit avec les autres dans la cour.\nA peine y fut-il que cela souleva la guerre! Les lapins\nblancs grommelèrent entre eux contre le lapin gris ; je crois\nqu’ils allèrent jusqu’à décider de l’assassiner; ils ne le lais\nsaient ni manger ni se reposer. Le montagnard maigrissait et\ns’effarouchait de tout. A la fin pourtant, ils firent la paix. Le\nlapin gris assura formellement que sa condition montagnarde\nne le différenciait nullement des lapins de clapier en ce qui\nregarde le concept moral et politique de leur race; que l’ori\ngine du conflit n’était que dans la différence de couleur...\nPour bien moins,on voit lutter et se détruire les hommes...\nMais ni ses travaux d’inspiration, ni ses minutieux divertis\nsements ne font oublier à tîaldos l'enchantement qui le prend\nà la montagne et lui ravit les yeux : la mer, ce coin de merà\nnul autre comparable.\nOuand il désire la contempler dans toute sa brutale et ma\ngnifique grandeur, il monte au belvédère qu’il a fait cons\ntruire au plus haut de la maison pour dominer du regard\nl’azur immense,agité et farouche sur la côte, s’acharnant con\ntre les rocs en colonnes d’écume blanche et bouillonnante,\ndoux, paisible et serein dans la baie, bruissant et se berçant\nen léchant le sable sur la plage.\nDe la balustrade qui borne le jardin et couronne, le mur de\nla rue, on peut admirer aussi, moins grandiose, le même\nspectacle; c’est là que s’accoude (laldos à la tombée du soir ;\nc’est de là qu’il regarde les vapeurs qui franchissent la barre\npour entrer dans le port ; quelquefois il hausse le drapeau\npour les saluer et ds répondent courtoisement à son salut.\nAnglais, français,italiens, russes, tous connaissent l’emblème\naux couleurs rouge et orange qu’honore celle nouvelle gloire\ndesa patrie : les Episodes nationaux.\nOu’il ait la plume à la main, la bêche ou l’arrosoir,qu’il ait\nles yeux fixés sur les plates-bandes ou dirigés vers la mer,\ndans le silence comme dans les conversations animées,(ialdos\nfume sans trêve ni repos, et je ne connais vraiment personne\nqui fume autant que (ialdos, pour qui le cigare est la moitié\nde la vie.",
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     "texte": "i3\nEntre deux lumières on lui apporte tous les soirs le cour\nrier. Il ouvre les letlrcs, examine leurs adresses, et lit, assis\nsur un banc du jardin, celles qui l’intéressent le plus en s ai\ndant parfois des bougies quand la lueur du crépuscule n est\npas suffisante.\nDepuis qu’il s’est mêlé de coulisses,ce qui l’intéresse le plus\nest le lheiUro, et dans les lettres comme dans les périodiques,\nce qu’il recherche d’abord c’est ce qui se rapporte au théAlre.\nDes comédiens et les critiques obtiennent ce qui paraissait\nimpossible: le faire sortir de sa placidité olympienne, éveiller\nen son esprit des passions en dehors de son caractère.Le pro\nlogue de Los condenados est une preuve évidente de ce que\nje dis.\nGaldos romancier s’élève autant qu’on peut s’élever; per\nsonne ne se hasarde à lui marchander la gloire, Galdos dra\nmaturge lutte,tombc.se relève et recommence : il recommence\nen montant la côte épineuse de son calvaire, en portant sa\ncroix : l’indillérencc d’un public aveuglé par la routine et qui\n11 arrive pas à le comprendre.\n« Si au moins la critique lui servait d’aide! » Mais la criti\nque n’a pas voulu l’étudier; la critique théâtrale espagnole\n“'est plus qu’un écho du public, au lieu d’être son guide; et\neut-elle par hasard quelque volonté, elle manquerait de la\nInree nécessaire pour imposer une œuvre. Le public ne veut\nl'as l’écouter en matière de théAlre.\nMais les courants modernes favorisent le dramaturge de\n1 avenir. Le public se forme peu à peu cl Galdos vaincra.\nLl c’est précisément pour que sa victoire soilcomplète.qu il\nrenonce volontairement aux cll'els convenus, aux trucs obliges\nqui forment la dramaturgie facile et vulgaire.\nLu sa première œuvre, il marque le chemin. 11 s’y engage\nd un pas ferme sans être, ciïrayé par la solitude et les chaus-\nscs-trappes. C’est à la fin, en une seule nuit qu’on recueille\nies fruits de beaucoup d’années et le triomphe est d’autant\nplus grand que le combat a été difficile. Si parfois l’esprit he-\nf, de,.... qu’on se souvienne du lapin gris, du garenne monta\ngnard.\nCeux qui le nient aujourd’hui, demain le reconnaîtront; car\nau bout du compte Galdos demeurera un dramaturge de race,\n■n.us d une couleur différente pourtant de celle de ses congé\nnères .\n(Trait. T. K.)\nLuis I\\n/. Conthkhas.",
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     "texte": "Poèmes en prose\nPETITE JOIE\nJe rève, ce soîr, dans ce grand fauteuil qui me soutient de\ntoutes parts. J’ai envie d’écrire, mais je suis paresseux. Est-\nce la fumée subtile de cette fine cigarette ? Ma songerie est si\nlégère, que je craindrais de la voir fuir en sursaut si je me\nsoulevais pour prendre la plume,..\nJe songe à mon livre, que j’écris si lentement, à plaisir.\nJ’y parle de ma mère la nature, du soleil sur les champs.\nOn y verra l’ombre des bois ; le matin du Dimanche; le vent\nsur la route dans la poussière, qui apporte le son des cloches\ndu village; les facettes du torrent à midi ; des maisonnettes ;\nde vieilles paysannes ; des poteries blanches, peintes d’épais\nses couleurs, bleues et vertes. On se reposera toutes les\npages en parcourant mon vallon en détail. On fermera mon\nlivre en pensant à la douce vieille maison de ses jeunes va\ncances, comme, ce soir, je pense à la mienne, (pii m’apparaît\ntoujours avec son air de printemps...\n★\nJe souhaite peu de lecteurs, mais je voudrais (pic chacun\nd’eux fut un ami. Je l’accueillerais, à la préface, comme sur\nun seuil. Puis nous visiterions mon livre comme une petite\nmaison. Je lui offrirais des fruits frais, sur une assiette bien\nlavée, et du vin blanc, jauni dans une claire bouteille qui re\nflète les fenêtres. Pour que ma maison lui plaise, en ouvrant\nles volets, je l’égayerais de paysages. Il tournerait chaque\npage comme on ouvre une porte...\nPrends mon livre neuf, ouvre-lc bien grand, fais-lc cra\nquer entre tes mains. Ecoute... Ne dirais-tu pas de jeunes\nboiseries, le soir, dans les chambres rustiques ?\n★\nSur la couverture, je mettrai mon nom en petites lettres,\ncomme un ingénieux architecte, sur cette maison que j’habite\nà Paris, juste auprès de mon balcon d’entresol, a gravé le\nsien, que j’ai aperçu ce malin en arrosant mes Heurs...",
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     "texte": "La fumée de ma cigarette bleue se développe a la lumière\n(: t se perd dans l’ombre vers le plafond...\n★\nO belle lampe, le silence est calme comme au bord des\n,ac s; votre lueur d’or est douce, elle aussi, comme une eau\ntranquille, au soleil sous les brandies ! Combien de nies\nrêves avez-vous vu éclore, à votre chaleur favorable qui\ncaresse ma main !\nLorsqu’on a l’amour au cœur, la solitude est bienfaisante,\net 1 on vit avec vos pensées, ù choses familières...\nAPIIËS MIDI\n■ w **« lw «r, de l’ombre sur un versum.. w.. ^\nles bruits de la cour qui montent derrière celle fendre cnli\nouverte : un seau qu’on heurte, un air que siffle un palefie-\nnicr...\nLa bonne rince le petit gobelet ; ses doigts glissent douoe-\n\"jent contre le verre. Le robinet est à peine ouvert ; le filet\nd’eau gli 8sc sur ses doigts, et coule dans la cuve aux parois\n‘•o plomb qui semble toujours grasse. Elle no pense a rien.\nMadame a dit : vous laverez l’encrier de Monsieur.\nLes balais sont accrochés au même clou, dans le coin; un\nlambeau gris, pour essuyer, pend en pointe avec eux. Sous le\noo'ps du buffet, un reflet se pose dans l’ombre sur le ventre\nd une grosse bouteille...\n★\n,): 'ns l’antichambre, les vitraux de la fenêtre ont des lueurs\nveloutées. Ces coins les plus obscurs semblent, aussi les plus\nsilencieux.\niL'Uis le salon, sur le coin du piano, une feuille de rose,\ntombée d un vase, se meurt, le bord roulé...\nIbuis la lingerie, le blanc ouvrage a glissé de la chaise, et\nl,s l'I's s'arrêtent l’un sur l’autre.\nbuis les chambres claires en enfilade, le soleil devant les\ncuelrcs luit obliquement sur les blonds parquets...",
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     "texte": "iG\nDans la rue une voiture passe, dans un fracas où il semble\nque l’on compterait les pavés : le bruit s’éloigne et bour\ndonne. . .\n★\nCe soir, on verra dans l’antichambre : le globe allumé, une\nblancheur ronde; les couleurs des tentures (l’Orient; des\nreflets sur les chaises de bois verni, et les blanches allées-ct-\nvenucs de la bonne en tablier blanc qui sert à table...\n★\nA Paris, le.s appartements s’endorment dans la journée. Le\nmatin, ils sont gais; le soir familiaux; la nuit, au c air de\nlune, étranges.\nLE CISELEUR\nIl cisèle une tasse d’argent mat.\nElle prête son flanc uni à la glissade du burin qui l’effleure\net preste lui laisse la trace brillante de sa fuite.\nPenché sur les genoux, le ciseleur découvre, sous les frêles\ncopeaux d’argent que lève l’outil, une vivo résille que la\npointe de l'instrument conduit brin à brin tout autour.\nAinsi parée la tasse paraîtra dans les fêtes comme les an\ntiques courtisanes assistaient aux orgies, nues dans un filet\nau réseau doré, où la caresse se prenait comme dans un rets.\nLE MYSTÈRE D’UN SOIR\nC’était un de ees soirs où l’on se sent fort et adouci, un de\nces soirs légers, trempés d’amour et de tendresse, un de ces\nsoirs où l’on comprend avec amour.\nComme j’étais en silence,les mains reposées sur les genoux,\nles choses, les insensibles choses et la méfiante nature jugè\nrent qu’un ami les regardait avec bienveillance, et j’eus l’in\ntuition qu’un chœur invisible m’entourait dans le musical et\nsolennel apaisement.\nRien n’était changé, et je fus averti que je pénétrais dans\nun monde insoupçonné, car soudain je m’aperçus de cet\nétrange silence.\nAlors je commençai à tourner la tête, et mon regard fut\npris par la lueur si douce de la lampe : je baignais mon ro-",
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     "texte": "?.\n•7\n\" : \"’d dans la blonde lumière avec rcspecl, comme dans une\nc '\"de précieuse. Mes yeux étaient comme caresses et reposes,\n\" l()n •'egard léger était désormais porté par toutes choses.\nI>u 's il dériva aux confins de la lumière, vers la région où\na pénombre voile les formes endormies. Avec les ombres\nc * filées il s’élança; il s’étendit dans les ombres larges: il\n' ,!,n eura dans l’ombre courte au pied des meubles (jui reroi-\nV(:nl d’en liant la lumière.\nMon regard se posait et reparlait, comme un voyageur que\nsollicitent des lie aulés nouvelles. Un secret instinct me con-\n1 \"'sait, dans l’invisible, dans la silencieuse vie des choses\n'\"'\"es. Sur les tentures je voyais naturellement l’endroit\n\"\" 1rs plis se quittent pour s’enfoncer dans l’ombre des ri-\n1 raux profonds, et sur les tapis je suivais les dessins dans\n\" ,s bicis et leurs détours comme une merveilleuse histoire.\n•^ ( ‘s mains glissèrent sur le bois lisse du fauteuil et tou-\n! \"'''eut des fourrures qui s’écartaient pour les recevoir dans\nlc '\"’ liède chaleur.\n, coussins sous mes jambes cédaient un peu pour qu’elles\ns appuyassent avec mollesse. Un trouble montait en moi, car\nmes yeux, mes mains et mon corps semblaient apprendre d’é*\n'\"'''antes caresses et je me fondais avec, délices dans ce mys-\nbcs choses, les insensibles choses et la méfiante nature,\n111 ''Pprenaient en cette douce leçon qu’elles parlent tout lias à\n< ( \" x 'l'ii les aiment comme on aime une femme.\nJ « '\"c levai, lier et reconnaissant jusqu’aux larmes, et fort\nc °iiime celui qui est aimé.\nouvris la fenêtre et je regardai le ciel comme pour essayer\n1111111 nouveau pouvoir; je sentis que les étoiles vibraient et\nM 1 \"', dans le vent du ciel, je recevais, mourante, la monodie\nde l'infini.\nj j.^ 1 \"ciinlenant je ne voulais plus dormir, j’avais peur d’ou-\n\" *e chemin secret de ce royaume.\nDaniel Uanthac,",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 22",
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     "texte": "L’Espagne pittoresque\nà l’Exposition\nLa Grande Foire du monde n’a pas seulement pour résultat\nheureux de réveiller, par un sentiment d’émulation, chez les\nprofessionnels de l'industrie et des arts qui s’y rattachent, des\nforces latentes de création ou de perfectionnement. FUe a\naussi pour conséquence remarquable d’entretenir dans les\nesprits sensibles à toutes les manifestations de la beauté, par\nun étalage de choses pittoresques, des aspirations salutaires\nvers une vie à la fois simple et colorée,paisible et, généreuse,\ndont certains pays nous offrent, sur les bords de la Seine,\nl’attrayante vision. Ainsi, à côté du plus récent, produit de\nl’activité humaine, grand triomphe de l’esprit sur la matière,\naprès le vertigineux défilé des innombrables inventions mo\ndernes, il nous est, donné comme un repos d’arrêter nos re\ngards sur le panorama pittoresque du monde oriental. La ci\nvilisation toujours progressive qu’un fatum, implacable im\nposa aux races d’Occident, trouve ici un contrepoids utile,\nsorte de correctif, idoine à tempérer en elle un orgueil tou\njours fatal aux peuples décadents Tel me parait du moins le\nrôle excellent de l’exotisme à l'Exposition, j’entends de cet\nexotisme méridional, qui n’est ni aussi barbare ni aussi pri\nmitif qu’on le pense et vaut d’être étudié avec sérieux\nMalheureusement, les régions que le soleil, prodiguera ces\nclimats de ses flammes génératrices, irradie splendidement,\nne se sont guère souciées de ee rôle passif, mais glorieux\nquand même,qui pouvait être, pour notre race épuisée, d’une\nsalutaire influence. L’Afrique et l’Asie, l’Kxlrème-Orienl,\ncomme l’Orient méditerranéen, n'apportèrent, en venantcol\nlaborer à l’œuvre éducatrice de l’Fxposition, que ce qu’il\nnous suffit pour constater douloureusement, en ces ternes\naimées, les marques trop évidentes d’une civilisation euro\npéenne grandissante. Toutefois, malgré les efforts des pion\nniers de la civilisation occidentale et le progrès inquiétant\ndes idées subversives, il est un coin du vieux monde où la\nglorieuse nature n’a pas encore perdu tous ses droits : l’Ls-\npagne, la terre, latine, semble, affirmer encore,comme un vou\nloir tenace de résister à l’influence pernicieuse de ses voisines\net de vivre sa vie saine et forte, ardente et colorée.\n★\nCertes, ITispagne ri’cst pltis aujourd’hui l'empire presti-",
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     "texte": "M)\ni^ieux de Charlcs-Quint, non ]>lns que lo pays, plus jus\ntement glorieux, de Cervanlès cl, de Velasquez. Comme ses\nsœurs latines, la France el l'Italie, elle snl>il, dans I opinion\ndes pays jeunes et eompiéranls,celle sorte de decheance nio-\nr ;de qui s’attache aux nations dont la gloire est delunle.l’ar-\nhe, comme scs compagnes,è la conquête du monde,il semble\nqu’elle ait voulu s’arrêter, avec, le désir jaloux de se préscr-\nyer.de tout contact susceptihlc d’amener une déviation lalale\na I intégralité de sa nature propre. Mais si, par rapport a la\ncourse vertigineuse <pii précipite les autres nations vers un\nbut <m elles s’abîmeront peut-être,l’ISspngnc semble rester en\narrière il ne faut pas se bêler de la mépriser et de la condam- ,\nn Çr au néant, car son développement, à ce qu’il est convenu\n( l appeler la civilisation, pour être plus lent n en est peut-être\nque, plus sùr et que plus eflicace. Il eu est des nations comme\ndes arbres : la floraison et la maturité trop bêtive et la sura\nbondance de production amènent infailliblement I arrêt de la\ns, ‘ v c cl la mort consécutive. Les pays, au contraire, qui sa*\n'ont s’astreindre à modérer leur vitalité et qui n cnlrcignent\npoint les règles de leur propre nature, sont, de par 1 cnsci-\nW'ueinent do l'histoire, ceux <pii résistent cl qui l’emportent\nj*bis sûrement.Les Homains ne furent-ils pas victimes de leur\nojsatiable, soif de conquérir cl, de dominer ceux la inêincsqui,\nplus raffinés en civilisation, devaient par leur influence nelaslo\nes précipiter vers une rapide décadence? Les fils des anti\nques /hrres semblent se tenir en garde contre de, tels exem-\n1* ' s . Us paraissent se défendre aujourd bui dans I ordre nio-\nïde l’influenee septentrionale comme ils combattirent\n>1 . 1! S dans une lutte, bomériquo de deux cents ans, I invasion\nonentale des Africains. Leur abstention recueille du mépris.\nl ’ia* des philosophes dédaigneux des quôlibcls de la joule\n\"niante, ils n’ont partie, pour y répondre, de sis départir de\nleur sérénité. Mais comment pourrait-on croire sincèrement,\napres un purement impartial, «pus la race (,sj>a_,noh, Ij\n11 ''Ire pas au niveau de notre civilisation,est a jamais\nAl,,rs 'pic lu ,,t l'ItnUe s’étiolent hmtc .1 «\" > '5 «\niroureux cl rnpiilo et ilomnnilont «nx paya ,1,1 ^\"\nfil! «A-\n* ut i (H demandent aux pays du nord i uiuisuju\n^ 11 scruin nouveau, la race ibérienne (celle-là <|ui sclablil\nL'dis, de Cadix jusqu’nn Uhône et qui prouve encore, par des\nDurairc> i 1 - - ■\nSS\nCCS\n'meurs et des usages communs, l'origine commune .- ,\ndeux régions <pii séparent les Pyrénées, mais que réunit la\n\"icr d’Aphrodite) (i) est aussi saine, aussi forte que par lis\nl' i,ss û. Le mivjnti aznl des ancêtres latins coule toujours\nmois les artères espagnoles, sans que, nul élément etranger\n' ‘eunc altérer son essence.\n(*) j’exéepte, toutefois, la Gatalogiie, qui prétend h d’autres des*\n\"aces (pic celles de l’Kspagnc.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "20\n★\nCette Espagne, volontairement différente dos nulrcs nalions\ncivilisées grâce à de fortes qualités de race jalousement\nconservées, nous la retrouvons à l'Exposition de 1900, telle\nqu’il nous fut donné de la comprendre à travers la prose pré\ncise de Prosper Mérimée, le lyrisme abondant de Théophile\n(huilier, et, plus récemment, par les noies saisissantes de\nKcné Bazin. Le succès, auprès des visiteurs de la fêle décen\nnale, est très grand, et pour beaucoup d'entre eux, les al trac\ntions espagnoles ont élé comme la révélation réconfortante\nde plusieurs points de contacts, qui, malgré les tendances\nprogressives de la France, resserrent encore, en des liens\nétroils, la partie de noire pays consciente de son origine\nlatine et l’Espagne d'aujourd'hui.\nMais c’est surtout de la part d’un pays ardemment coloré,\net généreusement doté par l'indigène nature, de chaude ani\nmation, la volonté opiniâtre de perpétuer,à travers les siècles\nses anciennes coutumes et ses usages primitifs, qui fait son\npittoresque attrayant et charmeur, pour notre époque morne\net dénuée de couleurs. La foule ne s'intéresse guère aux in\ncomplètes reconstitutions des pages historiques et, seuls, les\ninitiés ou les poètes peuvent trouver, en ces pâles reproduc\ntions d’une ère évanouie, les éléments propres à aviver leur\nvision rétrospective. La vie, c’est-à-dire le mouvement et la\ncouleur, manque totalement à ces sortes de tentatives artisti\nques. On peut le constater, par exemple, dans le Vieux Paris,\ndont la carcasse peinte — chose admissible au théâtre où\nl’illusion scénique peut, à la rigueur, accroître d'intensité\nefficace le jeu des acteurs — prend au milieu de la moderne\ncapitale l’attitude ridicule d'une défroque surannée. Les orga\nnisateurs de Y Andalousie aux temps des Maures — la plus\nimportante, par ses dimensions, des attractions espagnoles —\nont su, toutefois, éviter pareille mésaventure. A dire vrai,\nune telle enseigne exigeait bien, peut-être, un peuplusde cons\nciencieuse exactitude de la part des impresarii. Il y a bien un\nvaste hippodrome, où, sous le prétexte d’un tournoi, se com\nmettent, avec des chevaliers maures, de nobles castillans. Ce\nspectacle quelque peu puéril alterne avec les exercices d’un\ndromadaire et le divertissement d'une chasse à courre. Mais\nle programme, jusqu’ici monotone et quelconque, se rehausse\nd’un curieux défilé de personnages arabes (pii, après s’ètre\ngroupés en un camp pittoresque, se, livrent aux contorsions\nlascives de la danse moresque, La représentation, aux arènes\nn’est destinée, en somme, qu’à justifier la raison d être de\nl'attraction. Bar contre, la seconde partie, celle du théâtre de\ndanses, revêt un autre caractère de réalisme dépourvu d’arti\nfice. On traverse le patio de los Icônes et la rue andalouse",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "P<>ur aller applaudir l'incomparable Pepe, le danseurandalou,\nsa troupe de gilanos de Grenade, aux chairs bronzées re\ncouvertes d’oripeaux bizarres, éclatants et soyeux. Au sortir\ndo la salle, c’est l’aspect habilement reproduit d’une cal le de\nH'-'uies, autographes de toreros mourants, et parmi des a\nsoires de toutes sortes, les costumes authentiques des\ncélèbres gladiateurs des arènes espagnoles, depuis Al\n.jusqu’à (ïuerrita, des banderilles et des rnnle/ns tache»\nnnl.t ’\n•antique Î3cet ica, avec scs vendeuses de fleurs .et (le recacr-\n.le passe l’inévitable danse de ventres alricains dont les\n'coteaux avoisinent un curieux musée «les peintres orientalis\nmes. Au troisième étage de ce corps «le bâtiment, on a ins\ntallé une précieuse collection tauromachique. Toute 1 épopée\nMagnifique de la Corrida y revit dans ses moindres détails.\n*C'. plus de figuration factice ni trompeuse. Pour redire\n\"histoire populaire de l'Espagne moderne, ce sont la, soi\ngneusement étiquetées, d'éloquentes reliques : linges ensan-\n,rl antes, autographes de toreros mourants, et parmi des a» » es-\n01 ■ ’ des plus\nMontés\n....... WV.J «BUMUiiivp et ui/O IInncmo iny.ICCS dll\nnoble sang des toros qui s’illustrèrent, par leur vaillance, a\nsoutenir le combat loyal du rcdonilel, et dont les principales\n• ejes, — celles par exemple de Perdu]on et de (tarhancro\nd inoubliable mémoire, — figurent dans ce meme musée.\nPa véritable Espagne, celle <lu peuple valeureux et eneigi-\nMuc. amoureux inconscient de la plastique et de la couleui, se\nJ’csume, me semble-t-il, dans les courses de taureaux et dans\nlcs danses nationales. Nous ne pouvons lias avoir les preuue-\nr ? s dont le charme un peu rude blesse d'hypocrites sensi >ili-\nmais à la Feria (dans le sous-sol du pavillon royal de\nEspagne), malgré l’insuffisance du décor, triomphent les\nsecondes, comme étant plus compréhensibles a tous les >ai-\n'\"\"'es, en dc<;à des Pyrénées. D’ailleurs, l’art de la danse est,\n•'ujourd’hui plus »pie jamais en faveur chez les esprits curieux\n1 o pittoresque eide la couleur : danses exotiques ou indigènes,\neuropéennes ou orientales, classiques ou modernes, toutes\n•»ttirent aujourd’hui l’attention du publie. 11 laul s en réjouir,\nc : lr *a danse fut toujours la caractéristiipie des peuples sou-\nV.'î\"x de formuler par des gestes la joie <hi mouvement <‘t la\n1 evre de vivre. Tous les êtres humains, depuis les anthropo-\nI] lai ? es qui s’agitent bruyamment en des chants de guet n ' '\n1 *' carnage, en passant par les poses suggestives et langou-\nV l 'uses de l’Orient et les sauts et contorsions des pays slaves,\njusqu’aux habitants de l’Europe civilisée pourvus île danses\n,U| . (M1X rythmées, tous goûtent la joie profonde de se trémousser\nsjnvant une harmonie conventionnelle. Aussi loin que nous\neicrchions dans l'Histoire, nous trouvons ce besoin Irenelique\n1 c danser, que les siècles parcourus n’ont pu détruire ni dnni-\n'\"■er. Mais alors que chez nos ancêtres gréco-latins la danse\nut cultivée jusqu’à devenir une expression de l’art dramatique,",
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     "texte": "In ma jeure parlic de l’Europe a oublié jusqu'à sa signification\nartistique, car il ne nie paraît pas que la bourrée des Auver\ngnats ou la gigue britannique, pas plus que la valse des Teu\ntons brillent expressément par le souci de l'esthétique, encore\nmoins par celui de formuler la plus vague et la plus primi\ntive des actions dramatiques. 11 n’en est pas de même en\nEspagne, où le peuple, moins oublieux des traditions ances\ntrales, manifeste encore, par ses danses-nationales, sa ma\nnière propre d’associer l’art au pittoresque,\nLa danse, chez les Espagnols, ne revêt pas le caractère\norchesl ir/ue de la pantomime antique resserrée en d’étroites\nlois de noblesse et de sobriété, mais elle ne tombe jamais dans\nle caractère cuListilù/nn qui se traduisait, chez les Gréco-\nLatins, par une orgie de mouvements et de cris qu’on retrouve\nencore chez les derviches de l’Orient. Elle tient plutôt de ces\ndeux manières à la fois, en supprimant ce qu'elles pourraient\navoir d’exagéré. L’Amour en est le sujet, inépuisable et, fécond\nen saisissantes expressions à la fois chastes et voluptueuses,\nmais soucieuses avant tout de l’effet plastique : joyeuse et\nmâle dans le Nord, la danse espagnole s’alanguit, s'orienta\nnt dans le Midi; mais qucllcquo soit la flamenca andalouse,\n1 ajola aragonaisc. ou Iajandayo national, elle est avant tout\ndescriptive et mimiesque.\nA la Feria, sur les planches de ce concert mondain de\nl’Exposition comme dans une posa du de la blanche Cnrtba-\ngène ou de la rose Séville, se. succèdent, précipités ou lents,\nrudes ou caressants, les mouvements rythmés de la danse de\ncaractère. Les plus rebelles à la manifestation de l'harmonie\ncl de la couleur, du geste ou du son, goûtent lessonsclairs et\nlégers des mandolines, les ondulations souples et voluptueu\nses des corps féminins que rythment le bruit sec et rapide\ndes castagnettes et des claquements de mains, les mélopées\nbizarres et sauvages (pii expriment en un souille rauque et\ncontenu la passion insatiable et le désir sans cesse, renaissant,\ntous ces rythmes enveloppants qui bercent leur Ame soudaine\nment réveillée, dans une poussée de sève généreuse et d’ar-\ndente volupté. La représentation ne dure guère qu’un instant\npendant lequel passe, sous les yeux des spectateurs, toute la\nla passion du Midi, et la vie intense qui le caractérise ; mais\nil me paraît que, dominant le rythme des gestes, plane sur le\npublic, la révélation que celte Espagne tant dédaignée et qui,\nfidèles à ses traditions, s’est gardée originale et inconsciente\ndu progrès occidental, est en même temps la plus voisine de\ncet idéal de beauté et de santé que, par des voies si différentes\net si compliquées, nous poursuivons trop vainement.\nRogkii Lr: Bhun.",
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   "controle": "début : début retrouvé par qwen-3.8-27b, vérifié (ressemblance 74) : « M. d’Ameleine » ; fin : fin de la page 40",
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     "texte": "M. d’Ameleine\nA Paul et Victor Margueritte•\nJ allais passer, clnujue année, quelques mois aux environs\n., un «hAtcau (ju’on appelait le chAteau de Viloyer, du nom\nc «ne très ancienne famille qui s’y était éteinte.\nJ est ainsi qu’il m’a été donné de fréquenter M. d’Ameleinc\n' u, ;ant les dernières années de sa vie et d’assister à sa mort,\n‘l'Vint trafique.\nISc trouvez-vous pas que ce nom d’Amcleine évo(|uc tout\n^«inonde vieux et fané? On imagine facilement un monsieur\nmeleinc qui mènerait dans quelque vieux chAteau la vie du\nsiècle passé.\n. eliAtcau de Viloyer était plutôt un simple mésuagequ’un\n, ‘ lcau vieillesse avait donné à celle maison, qui devait\n'j'tci ,|„ xv0 sièc-lc, mi air de grande sévérité. La façade était\nV' se cl * cs lenètres à meneaux avaient été barrées de fer, sans\n!| 0lI ^ e P ar crainte des voleurs. Kilo était flanquée d’une tour\n( ,l,ls laquelle montait l’escalier. Les corniches abritaient des\n•\" p ’l hirondelles. Elle était au pied d’un coteau boisé et un\nne • U1 . aux a ^o° 3 jadis régulières fleurissait devant le perron,\nlais faute d'entretien la végétation en était devenue désor-\n\" ee > et les Heurs se mêlaient aux hautes herbes et aux\nbroussailles.\n. , u haut de la tour, ou découvrait l'horizon jusqu’aux pre-\np \" U s blancheurs de la ville prochaine. La plaine était mo»\nM1( -et silencieuse, sillonnée «l’heure en heure pnrdc méhin-\nri i •}\"'* b ' 1 ' 108 . De ci, de là, des fermes «pii avaient des visages\n| ccs ^ aïeules, rompaient seules l’uniformité «les champs,\nci lr. i 'bilanls, qui étaient peu fortunés, vivaient avec dil’li-\n1 ^ , u produit d’une terre ingrate.\n( - > l«/' b , l ' s la mort du dernier des de Viloyer, ce chAteau avait\n• c îeté, pour un prix des plus minimes, par un riche bour\ngeois des environs.\nHuai • n °'. 1VCttu obàtelain s’y était aussitôt aménagé une de-\npour/ S( î l g ncur ‘ u le, puis subitement.sans qu’on n’ait jamais su\neer I'- 01 ’ ° M ' ,u av,, *l' v 'i quitter ses nouvelles terres, renon-\n« «jouter, un jour ou l’autre, à son nom, celui «lu domaine,\nPo«r s’anoblir. ’ *",
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     "texte": "Il avait couru alors sur le château de Viloycr des bruits\nfâcheux. Des paysans racontaient que, la nuit, les fenêtres\ns’éclairaient, et un ancien domestique prétendait qu’on enten\ndait dans les appartements des vacarmes inexplicables : dépla\ncements violents de meubles, pas lourds dans les escaliers,\nfrou-frou de robes frôlant le parquet des salles. Il n’en\nfallait pas davantage pour que le mésange restât sans habi\ntants.\nAussi, est-ce avec un grand étonnement qu’à un de mes\nretours dans le pays je remarquai de tous côtés un mouve\nment inhabituel, qui révélait l’arrivée au mésuage de locataires\nnouveaux.\nTout ce qu’on savait d’eux, c’est qu’ils s’appelaient M me et\nM. d'Ameleinc.\nDepuis plusieurs jours, des voitures jaunes, sur lesquelles\non lisait, écrit en lettres rouges : « Sécurité, déménagements\npour Paris et la province, » stationnaient devant le perron.\nDes hommes, au pas pesant, chargeaient laborieusement sur\nleurs épaules les tables sculptées, les fauteuils graves, les\ngrands lits fatigués et tristes qui formaient le mobilier con\njugal de M\" 10 et M. d’Ameleinc. Ils étaient commandés\npar de grands valets coi liés d’une casquette de cuir, galon\nnée d’or.\nEnfin, une vicloria aux armes demi-clfacécs, attelée de deux\nchevaux bais dont le harnachement était de cuir rouge, s’arrêta,\nun soir, devant le château. Une jeune femme d’une grande\nbeauté, que je sus plus tard être M» 1 » d’Ameleinc, descendit\nlégèrement à terre, aidée par INI. d’Ameleinc, puis gravit à son\nbras les marches du perron.\nCette arrivée luxueuse plongea les habitants du pays dans\nun étonnement respectueux,car ils avaient une âme simple cl\nun esprit primitif, cl ils pensaient qu’il fallait un grand travail\npour acquérir une certaine richesse.\nA cause de son aspect de tristesse résignée, j’aurais certes\nmieux imaginé que le château de Viloycr abritât quelque veuf\ndésabusé, ou bien de ces amants qui paraissent voués à un\ntragique désespoir, plutôt qu’un couple jeune et souple\ncomme M»\" : et M . d’Ameleinc; cependant la maison était au\nbas d’un coteau boisé dont les sentiers appelaient les longues\nrêveries, les silences ardents.\nJ’étais, à celle époque, très oisif et en même temps curieux\nde toutes choses, aussi dès les premiers jours, ce couple m’in-",
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     "texte": "25\nPl ijua. Je le rencontrais souvent par les bois où j’avais\nCjmtutno d’errer durant les après-midi chaudes. M mo et\n• d Arneleinc paraissaient très épris l’un de l'autre, et\nMme 1 . , . , . ...\n\"Arncleme avait la grâce des heures de cet avril qui,\n,lle a UQ e, s’eiïeuillaient ainsi que des pétales brillants, La\n‘ ' n pagne s’éveillait à l’aube d’une beauté nouvelle et les cré\npuscules bd apportaient une grande intimité. Comme le bois,\nIJ\" 1 couvrait les pentes du coteau, était discret et silencieux, les\n\" x a \">anls y attendaient, chaque soir, la présence cnvclop-\nl ),,a le de la nuit.\n'do LUa \" 1 lc .i° u r» leurs courses étaient folles sous le soleil,\n01 s Madame d’Ameleinc riait, ou bien elle avait des étonne-\nj | , \" s mgénus devant les choses naturelles. Elle admirait les\nC8 a cause de la blancheur de leur écorce, et les cyprès l’at-\n‘«t.iient au point de la faire pleurer. Elle s’extasiait en pré-\n/.\" e des chênes rugueux et énormes dont les racines jaillis-\n,l jcnt de terredans des torsions puissantes. Si un lézard pas-\nsait a . * i\nC IP , SCs pieds, avec un bruissement, elle poussait des cris\n1 ( . el r avis; elle avait peur; cependant elle aurait désiré\ne,1Ip dans ses mains,parce qu’il était un être faible et elle\nCr ^ a it aimer.\nj, ’ ^'iit l’époque où la vie puissante des sèves montait\nctd S ° S j ardi,ls P°ur l’épanouissement prochain des fruits,\n• ‘. Uls Cette intimité, à écouter les conseils des feuillages\nais > a admirer la douceur fuyante des sources, à s’alan-\n1 a vcc le chant dans le soir des travailleuses nocturnes,\naime „< *• ., . . .\nf«>n 1 1 u ‘ d Amcleme paraissaient goûter une ivresse pro\npre l'' n ^^ r ' s l dus tard qu’à aucun moment ils n’avaient ce\n,, '\"‘t connu l'anéantissement divin des amants dont les\nd .., s u, iies sont sereines comme de belles eaux calmes, el\n1^.P • celte époque, malgré les protestations de leurs caresses,\np. iSl ^ nc «était elfacô qui les avait fait aller un jour l’un vers\nC) comme s’ils s’étaient reconnus.\nIein'« ann ^e 8l, ' von te, quand je revins, INI\" 10 et M. d’Ame-\ntr ii' 8 ? lnblni(în t s’aimer moins étroitement. Je les rencon-\nI’àrt 8 °uvcnt ensemble. M. d’Ameleine occupait la plu-\n», c scs journées à chasser seul à travers les bois.\ns’evlT 1 * 01 du cl, Ateau n avait pas changé. La même tristesse\nhient* 1 ^ lou .i 0llp 8 des vieilles pierres. Le jardin était seule,-\n. M \"eu\\ entretenu ; les cyprès qui lui faisaient une haie\nle “l maintenant taillés avec régularité.\n3",
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     "texte": "Les'paysans que j’interrogeai m’assurèrent que ]\\T>»« cl\nM. d’Amcleine ne recevaient personne. Leurs domestiques\neux-mêmes étaient silencieux comme le château , d’où\nne parlait aucun bruit, si ce n’est, durant les après-midi\nde la belle saison ou le soir au crépuscule, le chant triste\ndu piano de M\" 10 d’Amcleinc, quand les fenêtres étaient ou\nvertes.\nIl me paraissait ainsi (h; plus en plus difficile de pénétrer\nle mystère de ees amants, quand un matin je rerus, sans que\nrien ne m’y eût préparé, une carte «pii m’invitait pour le\nlendemain à déjeuner au mésuage.\nCelte invitation était pour moi tout à fait inattendue. Aussi\nj’éprouvai,en me rendant chez M. d’Amelcine, cette appréhen\nsion à la fois douloureuse et «agréable, qui nous étreint, cha\nque fois que nous allons nous trouver face à face avec un\ninconnu qui, depuis longtemps, nous séduit et nous trouble.\nIJn valet en grande livrée m’introduisit dans un salon élé\ngamment meublé, tendu de moire verte et blanche. Un demi-\njour perlait à travers les rideaux des grandes fenêtres. L'a\nmeublement était le même que j’avais, déjà remarqué à\nl’arrivée de M>»o et M. d’Aineleine : fauteuils en bois doré,\ncabriolets de velours vert et blanc, canapés à coussins,\nlapis à losanges sur fond blanc. Aux murs étaient accrochés\ndes portraits de famille. Toutes ces vieilles choses semblaient\ncraindre le soleil cl le bruit. L’atmosphère de la pièce était\nlourde et comme très ancienne.\nJ’attendais déjà depuis quelques instants, quand une porte\ns’ouvrit, et M. d’Amcleinc vint à moi, les mains tendues. Il\ny a longtemps, me dit-il, qu’il désirait faire ma connaissance;\nil en avait fait naître l’occasion en m’invitant.\nM. d’Amclcine se montrait le plus affable des hommes.\nIl était jeune encore, scs allures étaient lièrcs et élégan\ntes, d’une aristocratie hautaine, cette aristocratie qui se perd\nde notre tempset qu’il avait comme naturelle, si naturelle que\nje pensai aussitôt qu’il avait dù apparaître dans le monde\ncomme un revenant d’une époque abolie.\nDe l'époque abolie, je compris assez vite qu’il avait les\nidées; ceci pourrait laisser croire que c’était une intelligence\nétroite dont les préjugés retardaient, mais ses idées s’accor\ndaient si bien avec scs manières qu’on l’aurait, certes, mieux\nimaginé, en jabot, manchettes h dentelles, habit bleu céleste,\nchamarré d’or, conduisant la pavane, et n’cùl été la carnation",
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     "texte": "a?\njeune de son visage clair, certains eussent pu se montrer in\nquiets en présence de ce passant insolite et comme posthume.\nNous causAmcs de choses générales, de ce, pays ou il S( --\nplaisait, de Paris qu’il avait habité durant quelques années.\nÎ1 en parlait comme si cela était très lointain, sans laissci\nnen soupçonner de son existence intime.\niMmo d’Amclcine entra.\nl'dle était d’une triomphante beauté, avec sa chevelure < «\nunit, son nez long et gracieux, ses lèvres (pii dans le sourire\nparaissaient redouter de montrer leur rougeur ardente.\nComment, me dis-je, la regardant, cette lemmc si vivante\npeut-elle s'accommoder d’une existence si retirée ! Jallii-\n1,u ai à la jalousie do M. d’Amclcine, celte vie de claus\ntration.\nl'C dîner fut gai, d’une gaieté réservée et de bon ton. Les\nP!ats étaient délicats et, fins. Tout se ressentait d’un raffinc-\n•uent naturel, des manières de haute distinction de mes bol* s.\nQuand nous repassAmcs au salon, M. d Amclcinc éeaila\n\"n des rideaux verts et bleus, (pii cachait une grande croi-\n8é Çi un peu de lumière coula sur la richesse fanée de ce luxe\n<j t .je jetai un coup d’œil sur les vieux portraits de famille.\n’b‘- lus alors étonné, commd jamais je ne 1 ai été davantage,\npae certaine particularité de deux de ces tableaux, qui aug-\n,n en(;i encore le, trouble qui grandissait en moi, en présence\nd(. Monsieur d’Ameleinc.\n\" \" est pas rare, et il est,très naturel do constater comme\nJ 111 air de famille entre ses contemporains et les portraits de\n•cnrs ancêtres. Mais là, j’avais devant moi, parmi beaucoup\n• autres, deux portraits, qui ressemblaient tellement a mes\nque l’on aurait juré qu’ils étaient ceux d’on M. et\n1 une Mme d’Ainclcine, qui auraient vécu à Horcncc, sous\nlesMédicis.\nba jeune femme était d’une beauté chaude et mystérieuse.\n1 < s longs cheveux ruisselaient sur ses épaules nues, bile\ncl, \"t velue jus(|u’A mi-sein d’une robe pourpre brochée d or,\nSt 1 \":e » la taille par une ceinture de soie. Une de ses mains\nReposait sur scs genoux, tandis que l’autre esquissait un geste\npcicux d’oisive. Tout près d’elle, une fenêtre s’ouvrait sur\nUs feuillages épars d’une campagne italienne,\nj jC J eu ne homme était un jeune seigneur florentin dont le\nj ) Us t(’ c °rscté de fer s’amincissait, vers les hanches, ainsi qu un\nUs te do lcinme. Sa main gauche s’appuyait sur h» garde de",
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     "texte": "28\nson épcc, tandis que la droite tenait une fleur A longue tige,\ndont il enivrait scs narines mobiles.\nEt il y avait comme un drame entre ces deux portraits : elle\nqui semblait le percer de son regard aigu, lui qui, dédaigneux,\nhumait le parfum de son étrange fleur.\nM. d’Ameleine craignit sans doute que je ne m’aperçusse\nde cette étonnante ressemblance; tout ému, il s’cflorça en cau\nsant de m’entraîner vers la fenêtre, d’où l’on voyait le jardin\net les arbres en fleurs.\nJ’avoue que celte ressemblance était vraiment troublante,\ncomme d’ailleurs la solitude de ces deux êtres jeunes et beaux,\nparmi tant de souvenirs d’une époque évanouie. Il me parut\nen même temps qu’il pesait sur eux quelque obscur malheur.\nJe pris ce jour-là assez vite congé de mes botes, et c’est avec\njoie que je retrouvai la solitude harmonieuse de la campagne.\nQuand j’allai quelques jours après rendre visite à Mme d’Ame-\nlcinc, elle ne me reçut pas, mais le lendemain, M. d’Ameleine\nvint me chercher avec sa voiture et m’offrit une promenade\ndans la campagne.\nMme d’Ameleine était souffrante : elle avait, me dit-il, une\nsanté très faible, des nerfs d’une grande délicatesse. Nous\ncausâmes peu. L’air était chaud et parfumé. Les chevaux\nmarchaient au pas, dans des chemins étroits, entre des haies\nd’aubépines en fleurs.\nCette promenade fut la première de beaucoup d’autres.\nM. d’Ameleine, vint bientôt un; chercher avec sa voiture, presque\ntous les jours. Au retour, il la renvoyait d’ordinaire, s’as\nseyait à côté de moi sur un banc, à l’ombre d’une ferme tapis\nsée de glycines et de lierre.\nl'eu à peu, une certaine amitié se noua ainsi entre nous.\nM. d’Ameleine traçait, tout en causant de choses et d’autres,\ndes figures sur le sable, de façon distraite, avec son jonc à\npomme d’or. Nos conversations devenaient toujours plus graves:\n« Ne croyez-vous pas, me dit-il, un jour, que notre cnfanco\nsoit comme un soleil merveilleux qui éveille les germes des\nlaideurs et des beautés qui sont en nous? Tous les hommes\nque j’ai connus dont l’enfance avait été blanche et joyeuse,\nallaient dans la vie avec des paroles d'indulgence et de conso\nlation sur les lèvres. J’en ai connu d’autres qui traînaient nue\nvie mélancolique et lasse comme un automne. J’ai toujours\npensé que leurs yeux s’étaient éveillés dans quelque maison\ntriste, parmi des parents vieux. Quant à moi, ajouta M. d’A-",
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     "texte": "r\n29\n1\n*\n;\nmeleine, je resterai pareil à une figure oubliée du passé».\nCe jour là, M. d’Amclrine me quitla sur ces paroles, et je\nsuivis longtemps sa grande silhouette, quand elle s’éloigna sur\nla route, dans la lumière.\nUn matin, M. d’Amclrine me demanda si je croyais à une\naulre vie après la mort. Il me raconta avec émotion des faits\ncurieux de maison hantée. 11 semblait avoir au plus liant point\nla curiosité de ces choses.\n« .le croirais volontiers, me di'-il, à la transmigration des\nâmes. Ainsi, ne pensez-vous pas que des êtres entre qui, jadis,\nse déroula un drame sanglant, où je suppose que chacun eut\nsa part d’erreurs, de péché si vous voulez, 11e puissent être\nadmis à recommencer, dans des circonstances presque idcil-\nùqnes, celle vie, qu’ils avaient profanée.\n— Ht au cas où ils retomberaient dans l’erreur ancienne?\nhasardai-je.\n— lie serait alors irrémédiablement fini, me répondit\n^I- d’Ainelcinc, en pâlissant un peu.\nCelle conjecture est évidemment effrayante et ne manque\npas d’ingéniosité, mais ou bien vos cires 11’onl pas une mémoire\n\"elle de l’expérience ancienne, alors, ils ne seront ni plus, ni\n\"'nuis coupables que la première fois, ou bien ils possèdent\nCécile mémoire, et, dans cc cas, avouez qu'il n’est pas d’homme,\nmsensé soit-il, qui puisse avoir une minute même d’hésita\ntion.\n■ H y a mémoire et mémoire, reprit M. d’Amrleine. l’our-\n‘P'oi, eelte voix intérieure qui s’élève souvent pour nous coin\n\"jander ou nous défendre, pour nous guider toujours, ne s’ins-\nP\" , erai|-elle pas de l’expérience de jadis, qui dut laisser en\n\"ous des traces profondes,et enrichir notre conscience qui est\nn,,| re sens de l’ordre. Cela, il est vrai, 11’esL que possible et\n110118 \"c pouvons l'affirmer, car aucun fait ne saurait le cnn-\nV\"h’ 1 ’, mais le spectacle seul des choses présentes, n’a-t-il pas\n\"'mile en vous quelquefois de mystérieux échos? Ne vous\njamais semblé, par exemple, que vous vous étiez déjà\nt> oiive devant tel paysage que cependant vous ne vous rappel-\nj' 1,Cz P\"-s avoir jamais visités? Et je pourrais vous citer bien\n.\"\"l' es laits du même genre, qui 111e laissent croiic que suh-\nSls, e en nous la mémoire d’une, existence passée.\nH m’a même souvent semblé, répondis-je, que j’avais déjà\nh 1 \"nonce telle ou telle parole dans des circonstances pareilles,\nc \" présence de gens que je voyais cependant pour la pre-\n:t.",
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     "texte": "mière fois, mais j’ai toujours cru que c’était là un simple\nphénomène que la psycho-physiologie suffirait à expliquer.\n— Je ne sais si ceci esl physiologique, reprit avec Irislessc,\nIM. d’Aincleine, mais j’ai la mémoire confuse d’un passé de\nbeauté, d’or et de sang. J’ai dù vivre jadis en quelque cour\nopulente et j’ai garde dans les yeux l'éblouissement de cortèges\nroyaux, de nudités triomphantes. C’est pourquoi j’aime les\nsalles sonores des grands châteaux et comprends la vie intime\ndes meubles vieux. Je trouve ce monde, laid. Je me suis retiré\nici, loin de ses bruits vains pour vivre en silence, sous le\ncharme des choses fanées. Quelquefois celte vie m'effraye...\nBien souvent, je me suis demandé si je n’étais pas ici-bas pour\nquelque terrible expiation.\nJamais IM. d’Amcleine n’était allé si avant dans scs con\nfidences. Il resta quelques jours sans me revoir, puis un\nmatin, je reçus un billet aimable qui m’invitait au château.\n¥\nAussitôt que M\" |e d’Arnelcine me vit, elle s’excusa do\nn’avoir pu me recevoir, quand j’étais venu pour la visiter; elle\nétait l’esclave de sa santé qui était chancelante.\nComme la première fois, une intimité cordiale et discrète\nne tarda pas à nous rapprocher. La causerie fut gracieuse.\nCes deux êtres vous transportaient loin dans le passé, par\nleur conversation, leurs altitudes, à cause de leur ignorance\ndes choses de notre temps.\nDurant le repas, je remarquai les regards dont ils s’enve\nloppaient à la dérobée, les indexions caressantes de leurs voix\nquand ilsse parlaient. Ce devait être entre ces deux amants un\nanéantissement brûlant des heures. Cependant M. d’Amelcine\nétait triste; il paraissait craindre la venue dans sa vie. de quel\nque événement redoutable.\nBout-être, pensai-je, devine—L - il que, par de là leurs\ncaresses, s’approche un drame mystérieux qui doit les anéan\ntir. Cela expliquerait les tristesses, les appréhensions sans\nraison apparente de cet homme. Il y a dans la volupté, de la\ncolère et du meurtre, et des haines naissent d’elle. M. d’Ame\nlcine m’avait dit un jour avec tristesse :\n« Il semble que de telles joies ne soient constituées que de\nleur in mité et d ; leur vide. Les amants qui demandent à elles",
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     "texte": ")\nfi\np\n3i\nseules (le faire plus intime leur union, creusent peu à peu\nentre eux un vaste abîme. »\nHui sait, me dis-je, revenant au soir tombant, si ces deux\nbizarres êtres n’ont pasl’inluilion obscure qu’ilsrecommencent\nvraiment une vie passée et que leur amour les entraîne de nou\nveau vers quelque catastrophe cette fois irréparable?\nPeu à peu, mon amitié semblait devenir chère à M. d’Ame-\nlcine. ,1e sentais que cet homme était heureux de se confier a\nmoi; de mon coté, je lui révélais quelques détails de mon\nenfance, de ma jeunesse. Nous revenions tous les jours nous\nasseoir sur le môme banc dans le parfum des glycines en\nHeurs et nous causions en regardant les champs. C’est ainsi\nque, je connus la vie de mon étrange ami.\n« Mon enfance, me dil.un jour M. d’Ameleine, fut moinsriante\nque la vôtre. J’ai été l’attendu tardif qu'ont accueilli avec trans\nport des parents déjà âgés ; je devais réaliser les rêves en\nvain caressés durant les veillées tristes pour tous ceux qui\nuétaient pas venus. Ma mère est morte alors que j’étais en\ncore l rès jeune,aussi n’ai-je pas connu son influence maternelle\nM 11 * aurait donné à mon Ame et à mon corps une souplesse\ngracieuse. Il faut que je vous parle aussi de la maison où je\n• S| iis né, cqr les premiers instants de ma connaissance ont laisse\ns ur mon Ame une empreinte inaltérable. Je vous l’ai déjà dit:\n<( -le suis un homme d’un autre temps». La maison ou je suis\noc et ou j’ai grandi était en pleine Vendée, Un vieux manoir de\ncampagne. Kilo paraissait faite pour de très Agés et silencieux\njubilants. Ses fenêtres semblaient des fenêtres d’église, 1511e\n‘■'“il flanquée de qunt.ro tourelles et entourée d’un long mur\ng ,,,s . Tout y était vieillot et fané. Mes parents vivaient là très\nrclires, ne voyant que les familles nobles du voisinage qui\nfréquentaient les unes chez les autres avec mélancolie et mu\nraient ensemble leurs lils et leurs filles. Puis, peu à peu, toutes\n1rs familles s’étaient dispersées ou épuisées, alors, ils avaient\nIrrmé leursporlcs devant leurs nouveaux voisins, et ils avaient\nV(, CU isolés, absorbés dans de vieilles pensées, ignorants du\n\"•onde nouveau pour lequel ils professaient une horreur nu—\n« Mon père avait été (-levé dans cette solitude. Celait un\n'•munie dur et violent. A vivre parmi d’aussi anciens souve-\nniers, il s’était peu à peu fait une Ame semblable, à celle de\nses grands ancêtres. C'est ainsi qu’il vivait dans I illusion que\nchaque aube nouvelle nous rapprochait de. l’entrée triomphale",
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     "texte": "fl\n3 a\ndu roi ô Paris. J’ai compris depuis que j’avais clé à ce sujet\nl’occasion pour lui d’espérances chimériques. Dès que je fus\nen Age de comprendre: « Je veux faire de vous, me dil-il, le\ndigne descendant de voire grand aïeul. » Il me désigna, en\nmémo temps, le porlrait d’un frêle jeune homme qui portait\navec élégance la perruque blonde et le jabot de dentelle. Mon\npère ajouta : « Si nous étions nombreux avec son courage et\nson énergie, le roi demain serait à Paris et nous aurions à la\ncour le tabouret de nos ancêtres, »\n« Il me contait les exploits de cet aïeul qui avait combattu\nles bleus à la tête des paysans, et il voulait modeler mon Ame,\nl’exemple delà sienne. Mais ce n’est pas sur l’Ame de cet aïeul\nque j’avais songé modeler la mienne: bien souvent, je m’étais\ndéjà arrêtée contempler le portrait du jeune homme Florentin.\n«Knlrc tous les morts dont mon père avait choisi les port rails\npour compagnons à sa solitude, peut-être, a lin de mieux con\nserver, en ces temps llétris,l’Ame héroïque de notre famille, ce\njeune homme, dont vous ave/ regardé avec tant d’insistance\nle portrait le premier jour où vous vîntes au château,se dres\nsa au seuil de ma jeunesse, connue devant être le révélateur\net 1’éveilleur de mon Ame.\n«Vous avez remarqué, sans doute, mon trouble, quand je\nvousai ville tixer si longuement; c’estqu’à cet instant,où vous\nveniez à peine de franchir le seuil de cette maison, il m’a sem\nblé que vous alliez connaître le secret de mon adolescence si\nlencieuse, découvrir mon initiateur, cet autre moi-mènu' plus\nexpérimenté dans les choses de lu vie et aussi dans celles de la\nmort. Vous alliez m’interroger, me poursuivre dans mes re\ntraites les plus obscures et les plus riches.\n« Dans la solitude de mon chAtcau de Vendée, combien de\nfois m’étais-je plu à revêtir ce beau jeune homme de toutes\nles richesses de ma pensée et de mon imagination ! J’avais\nimaginé pour sienne, une vie héroïque que je voulais écrire\npour la vivre ensuite; en lui j’avais admiré et aimé toutes les\nqualités que je voulais voir devenir activement les miennes,\n« Celui-ci,me disais-je alors, m’apparaît vraiment comme un\nhéros de ma race. Sa vie a été si belle qu’un peintre l’a repré\nsenté, une main sur la garde de son épéo et une Heur dans\nl’autre. Ses mains fi nés révèlent la grâce de son esprit, et ses\nnarines mobiles, sa sensibilité voluptueuse. Plus je le regar\ndais, plus il m’apparaissait comme un être de beauté,do volup\nté et de sang, à cet Age trouble où le sens de ces mots,beauté,",
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     "texte": "volupté, sang, était obscur en moi. Celui-ci, répétais-je san\ncesse, dut posséder une Ame de conquérant, mais un desti\nmauvais a sans doute paralysé son œuvre. Alors, je voulais\nfaire revivre cette force perdue, plus vigoureuse en moi, pour\nle triomphe de ma famille..... Ne fut-elle pas sa compagne\nidéale, me disais-je encore, celle qui, tout, à côté, le fixe de son\nregard aigu? Si belle, elle a dû se dresser devant lui comme\nl’image vivante de son idée. De quelles harmonies, elle lui fut\nsans doute révélatrice, elle dont la beauté est si souple, si har\nmonieuse 1\n« Mais plus je les regardais l’unct l’autre, plus il me sem\nblait aussi qu’un drame avait dù se jouer entre ces deux êtres\net un effroi me pénétrait.\n« Si vous voulez connaître l’histoire de notre famille à tra\nvers 1rs siècles, me dit, un jour,mon père,vous le pouvez quand\n*1 vous plaira, car nous en possédons la chronique exacte,\nainsi vous suivrez le destin de notre nom à travers les Ages. »\n« Mon père parlait avec solennité. Quand il disait « le destin\nde notre nom à travers les Ages », il jetait d’ordinaire le bras\ndroit du côté où le soleil se couche, puis il s’en allait d’un pas\naussi rapide (pie lui le permettaient ses vieilles jambes.\n« En cherchant dans les papiers de ma famille, j’appris\n1 existence d'un d’Ameleinc qui s’appelait Alexandre ; il était\npoète et soldat et avait vécu A Florence sous Laurent de\nMcdicis. S’étant épris de la belle Simonetta, il l’avait épou\nse, mais, un jour, l’ayant surprise avec son amant dans\nl* 1 chambre nuptiale, il les y avait enfermés, en avait fait mu-\nIlc, ‘ les portes et ainsi enseveli leur amour infidèle dans une\nm ° r t affreuse.\n« «l’ai toujours pensé depuis que le jeune homme florentin (‘I\nS; > belle voisine étaient Alexandre et Simonetta,et ignorant du\ntragique de l’amour j’ai médité souvent sur cette vieille chro-\nMl, pie qui me fut une. révélation A la fois obscure et redouta\nble. Depuis, au sentiment si haut de l’amour,demeura toujours\nattaché, pour moi, le souvenir des amants tragiques qui furent\nnies premiers révélateurs. Vers la belle Simonetta, allèrent\n\"•es désirs de jeune homme pAle qui vivait seul. J’aspirai à\n1 encontre! 1 par le monde, plus tard, quelque amante comme\n( ‘11 , ‘> d’une pareille beauté voluptueuse et cruelle.\n<( Mais, ce plus lard, A mesure qu’il approchait, devenait\nplus gros de mystère... Plus lard, alors mon père serait inor',\nl> t je serais dans la vie comme une branche morte parmi les",
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     "texte": "34\nfeuillaisons vivantes d’un palpitant été. La présence de mon\npère ne donnâil-cllo pas seule,en effet, une signification A ma\nvie? Ainsi nous étions le complément, l’un de l’autre,au point\n(pie notre illusion ne prenait une réalité vivante (pic par notre\nprésence réciproque, et je ne songeais pas sans effroi au jour\noù je serais seul à parler notre langue.\n« Cependant la puissance d’illusion de mon père devenait\ntelle qu’il en était frappé'd’une, dcmcncc tranquille et non sans\ngrandeur. Il occupait ses journées à méditer de complots de\nla plus liante fantaisie,qui mettaient en joie les compagnons de\nfêle de l’exilé royal quand il leur en écrivait.\n« l'en durent comprendre l’ironie douloureuse (pii se déga\ngeait de la folie de ce vieillard. C’est ainsi qu’au reçu d’une\nde ces lettres ardentes, qui paraissaient écrites sons l’inspira\ntion d’une âme lointaine, l’un d’eux crut sans doute à quel\nque plaisanterie qui l'atteignait dans l’honneur dé son lilason,\net traduisit mon père devant une juridiction qu’il ne recon\nnaissait pas. On sut alors que le pauvre homme était sincère,\non se, rit de lui et on le plaignit. Cette déception le tua en\nl’éveillant de sa démence heureuse. Il demeura de longs jours\nassis dansun fauteuil,dans l’altitude immobile d’une figure du\npassé, puis un soir, alors qu’un serviteur venait d’éclairer la\narnpe des veillées, il se leva comme animé pur une vie nou\nvelle, brandit sa vieille canne à pomme d’argent, avec le\ngeste d’entraîner des troupes, cria : « Vive le roi! », puis roula\nà terre, comme frappé d’une invisible balle. »\nIci, M. d’Amelcine s’arrêta. Ses yeux suivaient avec mé-\nlancolic les nuages épars dans le soir. Un hymne d’amour\net de vie montait encore de la terre fatiguée de l’elfort du\njour et, celte vie ardente semblait troubler M. d’Ameleine.\n« Je restai longtemps anéanti, reprit-il plus lentement, et\nquand, sur les conseils de parents lointains, j’allai A Parispour\nm’essayer à une vie nouvelle, je compris bien davantage que\nmon existence s’élail écoulée comme un rêve parmi des cho\nses fanées. Une destinée mauvaise, me dis-je, anéantira tou\njours les forces belles qui sont en moi, et pas plus que mon\nhéros de prédilection, je n’accomplirai, en ces temps trop\nvieux, les hauts desseins vers lesquels je voudrais orienter\nma vie.\n« A Paris, mon nom m’ouvrit les salons élégants.L’aventure\nde mon père défraya vite toutes les conversations. On jugeait\nmaintenant ce vieillard, héroïque. Certains déploraient que",
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     "texte": "l’on n’agît point A son exemple. Par esprit d’imitation, de\ngrandes dames complotaient et gourmandaient ces messieurs\nleurs maris qui pensaient plus à leurs maîtresses qu’au roi.\nQuant ii moi, je somblai prendre tout d’abord un tel plaisir à\nnia vie nouvelle i[ue j’en vendis le ch Aléa u de ma famille;ce-\npendant, je gardai les vieux.meubles, les vieux; portraits.\n«Monpère avait amassé une fortune considérable,en vue de\nhi réalisation do son rêve. Durant plusieurs années, je courus\nles tilles en même temps que je nouai des relations plus dis\ncrètes dans un monde plus correct. Comme mes manières\nétaient naïves et pleines de mélancolie, j’étais, pour les per\nsonnes do l’un et de. l’autre monde,d’un piment agréable. Dans\nle monde correct, quelqu’un me surnomma le chevalier des\n*\"‘ieux, et j’y cueillis un plaisir sensible, bien que je n’aie jamais\nlu Manon Lescaut. Je me liai successivement avec une dan-\nSe,| se, la femme d’un diplomate, une écuyère de cirque.\n(( Cependant, je gardais, malgré tout, de l’éducation de\nmon enfance un masque de grande austérité, au point que je\nParaissais m’ennuyer toujours.\n« l-a vie si calme, si morte dont je me souvenais chaque fois\n( l\"e je pensais à mon enfance,convenait mieux à moucafac-\n'ere.et aux ambitions de mon cœur que celle vie si triste mal-\ns es apparences joyeuses. Le luxe d’aucun salon n’cllïu;ait\no souvenir de mon chAteau aux mélancoliques tourelles, où\nétait écoulée mon enfance parmi des souvenirs cruels ou\nj cr °îques. L’Agcapprochait pour moi où l'homme qui soulfrc de\n• [ s <)litudc de son Ame désire qu’clleexhale un parfum dernier,\na \"prés d’une autre Ame qui serait lumineuse, car je ne suis\nIJ', ls ( lc ceux, hélas! (jui peuvent s’élever jusqu’à la sublimité\n11,1 amour divin.\n(< Ce fut A cette époque que je rencontrai l\\lUo d’Anelheur\n,llls \"ne l'èto mondaine. Dès que je la vis, elle me rappela le\nP°*'l.pait de Simonelta, à tel point elle ressemblait A l’amante\n'\"\"llicureuso d’Alexandre, A mon amante impossible, à celle\n< 1 U(! j avais aimée d’un amour désolé comme une terre d’exil.\n' lj '\"e souviens que j’éprouvai,à l’instant de notre premier re-\nY* , | l’ \"\" grand trouble intérieur,comme si une minute venait\n, s °\"ner décisive pour moi, je me souviens que j’éprouvai\n\"•stent parmi tant d’autres seulement mortelles.\nQuelques mois [dus tard, je demandai la main de.Mdo d’A-\nJ.\" H'eur. Comme n >s noms étaient également beaux et nos\n0t ‘ l \"«cs égales, elle me fut accordée avec empressement.",
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     "texte": "30\nAlors, tout à la joie d’un bonheur enfin vivant, je désirai\nrompre avec ce monde dont j’avais été le passant solitaire, ci-\naprès l’ordinaire voyage, nous nous exilâmes dans celte\nmaison, pour nous y faire une retraite de mystère et d’oubli. »\nIci, M. d’Amelcine s’arrêta île nouveau, comme fatigué par\nun trop long effort. Peut-être aussi redoutail-il d’oser les\nconfidences qui allaient venir.\n« Voici déjà trois ans, reprit-il, que nous vivons dans ce\nmésuage ; je sens que je communie de nouveau avec l’àme an\ntique de ma race, mais aussi que ses dernières énergies se\nmeurent en moi. Ce n’est pas en vain que j’ai voulu modeler\nmon Ame sur celle d’Alexandre, en qui j’ai salué un héros de\nma famille. 11 me semble, maintenant, que pèse sur moi la\nmalédiction qui a dù tomber sur cette Ame, jadis. Plus je\nregarde le portrait d’Alexandre, plus je surprends notre éton\nnante ressemblance, et j’ai peur. ..j’ai peur.\n« Les hommes nomment hasard ce quclcur pensée trop fai\nble ne sait pas expliquer... .le me suis interrogé souvent dans\ncette solitude, et je sais de plus en plus que c’est, Simonctla\nque j’ai toujours aimée dans M 11 » d’AncJhcur. Bien souvent,\nje crois lire dans scs yeux des reproches obscurs, comme si\nelle se souvenait d’un mal que je lui aurais fait jadis; si\nnous nous surprenons à regarder nos mystérieux portraits,\nc’est en elle et en moi un trouble insurmontable .»\nLe soir tombait.M. d’Ameleine me quitta, .le compris alors\nà son serrement demains que je venais de prendre une grande\nplace dans sa vie.\n★\nOucl ne fut pas mon étonnement, quand, l’année suivante,je\nrencontrai au château un inconnu qui parut aussi étonné de\nma présence que je le fus moi-même de la sienne.M. d’Amc-\nleinc nous présenta l’un à l’autre, mais il prononça nos noms\nde façon rapide et sans les bien articuler, aussi ne pourrais-je\ndire quel était le nom de cet étranger. C’était un homme\njeune encore qui avait le visage anonyme et distingué de\nl’homme du monde avec, cependant, un vague air d’autrefois\n(pii lui seyait bien. Son attitude à mon égard fut dès l’abord\nfroide. M. d Amcleinc m’invita à dîner pour le soir au châ\nteau. A ce moment, si maître de ses impressions que fiU\nl’inconnu, je compris que mon intimité dans celle maison lui\nétait un sujet d'inquiétude.",
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     "texte": "3?\nA cause de cela, la cordialité ordinaire manqua même durant\nle repas; la causerie fut brève et hachée. J’observai attenti\nvement M. et M\"'0 d’Atneleine ; ils me parurent vieillis et\ntransformés. Ils n'étaient plus les amants que j’avais connus\njeunes et beaux, trois années auparavant. Il y avait main\ntenant eiitr’eux des silences lourds et pleins d’attente. Je sen\ntis qu’un drame silencieux se jouait entre ces deux êtres.\nQuelles secousses, me demandai-je, peuvent bien agiter leurs\nâmes 7 Avec quelles invectives s’insultent-ils au profond d’eux-\nuièmes et quel événement malheureux sentent-ils venir à eux 7\nA un moment, les mains de l’inconnu frôlèrent accidentel\nlement celles de M»\"' d’Amelcine. Les paupières de la jeune\nfemme battirent légèrement et une légère rougeur monta à\nson visage, puis d’un ton dégagé, sans doute, afin de savoir\nS1 je ne m’étais aperçu de rien:\n« Alors, cher Monsieur, me dit-elle, se tournant vers moi,\nvous vous plaisez donc toujours dans notre pays 7 »\n•Je répondis d’une façon aussi naturelle, mais j’étais certain\nmaintenant que cet inconnu jouait un rôle dans le drame\nsc ) cr ct qui lentement se déroulait. Au profond de moi, je\nm étonnai de l’aveuglement confiant de M. d’Amelcine, dont\nla jalousie m’avait paru jusqu’à ce jour tyrannique. M. d A-\nmelcine restait silencieux.il semblait absorbé par de profondes\npensées. Il était vêtu, ce soir-là, de noir avec une correction\n“Male, que je lui avais connue élégante quand je l’avais ren\ncontré pour la première fois.\ndemandai, le lendemain,dans le pays si on connaissait le\nvesitenr de M. d’Ameleinc. On me répondit qu’il était déjà\n'\" ,M mi château durant deux longs mois du dernier hiver ;\n’ cro yait qu’il était parent de Madame, mais, en réalité, ou\n'c savait ni d’où il venait, ni qui il était,\ntôt* mi dl'curcusemcnt obligé de partir cette année plus\ndue de coutume et je ne revins que deux années après.\n(îs mon retour, je demandai avec une curiosité anxieuse,\n’mmeiii S( > portaient les châtelains de Viloyer.\n''PP'as alors avec stupeur que M 11 \"* d’Aincleinc était deve-\nadii • <l C \" ^ 0n mari la soignait, me dit-on, avec un dévouement\n■ lv - 1 \"d , lc. A cause de cela, on le considérait dans le pays\n’m profond respect et on le plaignait grandement. Le\n* Mlt j (),, r où avait éclate la folie de M n,|) d’Ameleine, l’élran-\nl'eav' 1 ''-' 1 < l ,lll,t ’'secrètement le château et M. d’Ameleim:avait\n°yc tous ses domestiques. 11 était même, m’assura-t-on,\n4",
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     "texte": "demeuré une semaine dans l'attente de nouveaux serviteurs :\n« Cela a beaucoup étonné dans le pays,fit observer un vieux\npaysan, car il possédait ses domestiques depuis très long\ntemps, mais il parait que c’était la volonté de Madame ; alors,\nvous comprenez... que ne ferait il pas pour sa pauvre daine?»\nJ’avoue que je demeurai sceptique à l’endroit de la folie de\nMme d’Amelcinc Ce changement complet des serviteurs et la\ndisparition de l’étranger contribuaient encore à accroître mes\ndoutes. M. d’Atncleinc évitait m i rencontre. Je ne le trouvai\njamais quand j'allai au cliAlcau et il ne me rendit aucune de\nmes visites.\nIl chassait du malin au soir. D’instant en instant, on enten\ndait autour du château des coups de fusil secs et brefs; je pus\nl’observer, un jour, en mccnchant derrière une haie; son visage\nm’apparut inquiet et douloureux ; ses cheveux, malgré sa\njeunesse, étaient devenus complètement blancs.\nDepuis (pie je savais que M m() d’Ameleinc errait démente\ndans le mésuage, ce chilienu toujours silencieux m’apparais\nsait plus que jamais tragique. C’est avec curiosité que j’en\ninterrogeais souvent les fenêtres, mais la façade qui regardait\ndans le bois était hors de mes regards et je ne pouvais en\napprocher, carie bois faisait partie de la chasse gardée close\npar une grille de fer, que les domestiques eux-mêmes ne fran\nchissaient jamais.\nMon séjour était devenu un peu monotone, habitué que\nj’étais à la société de M. d’Arncleine. Je me disposais même h\nquitter le pays quand, la dernière nuit, je fus éveillé parties\naboiements furieux de chiens et des cris d’alarme partis des\nfermes.\nl ue grande lueur rougissait le ciel au-dessus du mésuage ;\nune fumée noire moirée de rouge montait dans le calme de\nla nuit. Des paysans couraient, les uns avec des seaux, les\nautres avec des échelles, quelques-uns, même sans savoir\npourquoi, avec leur fusil.\nLe mésuage brûlait.\nLes domestiques allaient de ci, de là, en criant. Ils cher\nchaient M. d’Amelcine et chacun voulait sauver Madame. Au\ndébut de l’incendie, dans le premier affolement, ils étaient\nsortis ; maintenant, ils s’effo renient de pénétrer de nouveau\ndans le château pour sauver ce qu’ils pourraient, mais quel\nqu’un en avait fermé Icspoites. Les uns parlaient de les\nenfoncer, mais elles étaient massives cl épaisses ; les autres",
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     "texte": "3« }\nregardaient vers les fenêtres, mais elles étaient grillées par de\ngrosses barres de fer.\n* bi paysan était parti en voiture pour aller demander des\nsecours à la ville. Les chiens aboyaient dans la campagne.\n11 domestique qui avait laissé scs économies dans la maison\nso ‘ am enlail assis sur une borne. Uno femme, qui arriva eu\ncourant raconta qu'elle venait de croiser sur la route M.d’Amc-\n( in c qui fuyait. Alors, on se demanda si ce n’était pas lui\nd 111 avait rnis le feu. La rumeur circula de bouche en bouche.\n11 domestique à haute voix l'accusa... A ce moment, un cri\n,Ul( lue qui couvrait un cri plus aigu de femme traversa la\nnui *- Il venait du cèle du château qui regardait dans la chasse\ngm.doe, La foule des paysans cl des domestiques se précipita,\nn, ! ls die se heurta à la grille qui entourait la chasse. Une\nVo,x Cl ‘‘ a qu'il fallait la renverser. Pille fut aussitôt attaquée\n’ÎV'J'.dcs pioches et des pics. Un nouveau cri retentit, plus\null irant que le premier. Sous une dernière et formidable\nPoussée, la grillo céda. Alors re lut, à la lueur de l’incendie,\nu, 'e galopade furieuse de celte foule à travers le bois, puis cl le\n‘ •oréta, frappée de stupeur. Un long murmure s’éleva. Des\n^•nmes poussèrent des cris d’horreur. IA haut, au second\n\"n homme et uno femme, prisonniers derrière lus\n■\" l'eaux d’une fenêtre, nous appelaient, nous suppliaient de\nlcs sauver.\ny» seul cri monta de toutes les poitrines : « Mmo d’Amo-\nCl . n , e » M“'« d’Amcleine! »>\n'oinine était l’inconnu du ohêlcau.\niCS “animes lentement les gagnaient.\n11 '''''‘ssa des échelles, billes n’étaient pas assez hautes\nP 01 \"’ atteindre aux fenêtres. On en attacha deux, Tune à\n‘autre.\nQuand elles furent dressées,les liens rompirent sous le poids\nC ^m« X !*\"' ,non ‘àrcnt.\ntriul ' * ^ m °lcinc était demi-nue, échevelée. Pille et l'inconnu\nnous ' llcn t 'es liras vers nous, tour ù tour nous priaient, j>uis\nl , ’nf‘ llnii,< ^ S8a i en t il c,u,sc “ c n0 ‘ rc impuissance.\ntK ; s • ln ’ <> P U ' S( ‘ S » ds restèrent un moment inertes, crampon-\npi ; iH r ‘jarreaux, la bouche ouverte, aspirant l’air de la nuit;\np 8 ^\"‘''Icmenl, il so retourna contre elle et la frappa en\n^'* ' !,, d d injures ignobles.\nni <cl '\"stanl, un tourbillon de flammes, comme une im-\n‘ ' n g\"C, enveloppa l’aile du chôtenu, puis s’éleva dans le",
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     "texte": "$\n/|0\nciel en gerbe immense, cl quand la grille de la fenêtre réap-\nparul tordue, rougie, il n’y avail plus entre les barreaux\nqu’une masse noire qui charbonnaiL\nLe loit s’écroula dans un leu d’artifice d’étincelles. Une\nclameur douloureuse monta de la foule. Après, il y eut un\ncourt silence. Les chiens qui aboyaient se lurent. On les en\ntendit ensuite qui aboyaient plus loin. La fenêtre lentement\ns’éteignit.\nAlors, un homme correctement vêtu de noir,coiffé d’un haut\nchapeau à larges ailes, sortit du bois, d’un pas tranquille.Cet\nhomme était M. d’Ameleine. I)e ce même pas, il entra sous\nle brasier et derrière lui, un mur s’abattit avec fracas.\nGlSOIUilïS i.e Caudonnel,",
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     "texte": "des lettres allemandes\nM. iolimincs Sehlaf nVst pas un inconnu pour les lecteurs de\nVoynetcf. n° du i5 février;. Son nom, un de ceux qui rcs-\nleroni attachés à la création, il y a une dizaine d’années, du\nmouvement réaliste auquel le théâtre allemand est redevable\nd œuvres telles que « les Tisserands «ou « le («harretier Mens*\neh(>l commence à franchir les frontières de son pays, où\nd s est fait une réputation du meilleur aloi comme poète ly-\n' \"pie, dramaturge et nouvelliste. Voici qu d vient de se révé\nler.romancier (i).\nSon héros, Liescgang, est un intellectuel qui, comme benu-\nC() up de ses contemporains, soutire du mal de trop s analyser\n'd en meurt. Seulement — et c’est là ce (pii constitue 1 ori\nginalité du livre — au lieu d’y goûter simplement une jouis\nsance maladive ou de s’en glorifier comme d une douloureuse\nsupériorité, il y voit une crise de l’évolution humaine, crise\nd on sortira l’homme de demain, affranchi de tous les préju\ngés et parvenu à un degré supérieur de conscience. Les ver*\nsets mystérieux et suggestifs du !>° testament (Apocalypse) et\nde l’Lvangile de Si Jean, où Jésus promet de bientôt revenir\npour fonder un règne nouveau (pii durera mille ans et sera\nC()l| nne un autre âge d’or, le hantent. Il considère ce règne\nnouveau (le 3« règne) comme le symbole de cet étal du Sur\nnomme. (Nietzsche) ou de l’Uniquc (Stirncr), dont lui-même,\nau cours de cette crise mortelle, sent de plus en plus s'affir\nmer en lui les signes précurseurs.\nA travers celle étude psycho-mystique d’un étal d à me Ire-\n'jnent à notre époque et fréquemment décrit, mais quoM. Schlal\ninterprète de faeon toute nouvelle, passent et repassent, tels\n* eux leil-motiv wagnériens, deux épisodes sentimentaux .\nc, 'hii d’Olga et celui de la « Modcll Marie ».\nfbga est la maltresse de llorn, ami intime de Liescgang.\n.-h; sympathise avec ce dernier par certains cotés, lesquels\nJustement demeurent pour llorn lettre close. Neanmoins, c est\norn qu’elle aime et llorn seul. Liescgang au contraire prend\n(') Du s drille Reich, cm Bcrlincr Uoinan (Berlin, Fontanc, kjoo).\n4.",
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     "texte": "pour de l’amour ces affinités et joue un moment avec cetle\nillusion, mais cela ne peut être qu'un jeu. Liesegang est une\nnature trop « problématique », trop peu instinctive ; il a perdu\ntoute aptitude à l’amour, tel que l’a connu et compris jusqu’ici\nl’humanité. Un jour viendra où l’homme cl la femme, ayant\nsubi jusqu'au bout celle crise qui doit aboutir à une virilité el\nune féminité nouvelles, ayant développé en eux, jusqu’à en\nfaire leur essence même, ce qui chez Liesegang est en pleine\npousse et chez (Jlga en germe seulement, pourront s’aimer et\nse sentir Ames complémentaires au sein d'un « nouveau\nrègne », Mais Licsegang ne verra pas ce jour.\nIl s’en console dans les bras de, Marie, jadis modèle d'atelier,\naujourd’hui prostituée de carrefour, pour laquelle il éprouve\nune tendresse où il y a de la pitié — et de l’envie, (l’est une\ncréature simple et d’une sérénité quasi animale, qui vit sa vie.\net subit sa destinée, puis meurt, comme meurent les bêtes,\nsans regret ni désir. Licsegang l’assiste à ses derniers mo\nments et se lue lui-même peu après.\nLe tout dans le cadre berlinois. Mais, à dire vrai, le cadre\nest ici chose secondaire, et, malgré le qualificatif de « Ber-\nlincr Homan » donné par fauteur à son œuvre, ce n’est rien\nmoins qu'une peinture des mœurs berlinoises qu'il a voulu\nfaire.\n★\nM. Schlaf nous annonce dans la « Zukunft » (.'? mars) qu’il\nse propose d écrire sur l’ensemble du problème une sorte de\ntrilogie, dont ce roman n’est, pour ainsi dire, «pic le premier\nacte.\nDu même, un autre volume : « Die Knlnnagd »,tou( récem\nment paru, contient, outre quelques nouvelles el impressions\nde nature, une sorte de pièce en deux parties : « Der Bann »,\nque l’auteur ne semble pas avoir destinée à la scène. 11 y reste\nfidèle à sa méthode, méthode dont j’ai essayé de donner une\nidée ici même il y a quelques mois. ICI le consiste à répudier,\nune fois pour toutes, ce langage conventionnel qu’on a cru si\nlongtemps indispensable au théâtre. Lisez, par exemple, une\npièce de Dumas fils. Lsl-cc que ces gens-là, nobles pu coin -\nriers, parleraient dans la réalité comme Dumas les fait parler?\nIls penseraient peut-être ainsi, mais, ce qu’ils pensent, ils ne\nle diraient pas ainsi. Ils le diraient moins bien, moins com\nplètement, en phrases moins correctes, moins éloquentes,\nmoins définitives, ilsscrépéteraient, ou bien...ils ne le diraient\npas du tout. Mais la clarté? dira-t-on. Il s’agit de savoir si\nle théâtre doit imiter ces professeurs, qui, par crainte de",
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     "texte": "n tître pas compris do tous, mctient leur démonstration a lu\nportée du plus obtus de leurs élèves. « lin Ici, avez-vous\ncompris? — Oui, Monsieur — Bon! alors tout le inonde a\ncompris. » Appliquée à la géométrie, cette méthode n’a pas\nd inconvénients graves. Car la géométrie, ainsi simplifiée, est\nencore la géométrie; tandis qu'au théâtre la vie schématisée\n11 est plus du tout la vie.\nBref, après avoir lu une pièce de Dumas (ils, lisez une\nP'èce deM.Sehlaf : «die Fnmilic Sclicke », par exemple. Vous\navouerez que ces gens-là ne parlent plus pour la galerie, mais\npour eux, comme s'ils étaient chez eux, entre les quatre murs\nde lciir chambre. Ils Auonnent, jargonnenl, « bafouillent\nau besoin. Ils ne disent pas la moitié de ce qu’ils voudraient\ndire et se comprennent tout de même, ht finalement nous les\ncomprenons, nous aussi, non plus d’une manière grossière,\nparce qu’on nous met les points sur les i, mais en vertu de\nJ® \"c sais quelle intuition qui nous fait deviner ce qu ils ne\ndisent, pas à l’aide de ce qu’ils disent, de ce qu’ils disent plus\n0,1 moins bien, plus ou moins mal, mais comme nous le\ndirions, nous, si nous étions dans leur peau.\n^originalité di^ celte méthode avait, dès iByo, trappe\nI héodor b'ontanc qui, au lendemain de la première repré\nsentation de « Die humilie Sclicke»,écrivait que, plus que « Da\nI uis3ance des Ténèbres » ou que « Avant le l.ever du Soleil »,\nu 'tle pièce ouvrait une voie nouvelle à 1 art dramatique.\nsont là choses à peu près ignorées chez nous, lit pour-\n•aol, dès 1885, lüdmond de Goncourt avait dit,dans la préface\nde « Henriette Maréchal » : « Pour moi, une langue nouvelle,\n*'est, presque l'unique renouvellement dont est, susceptible le\nthéâtre. Uno langue, où il n’existera plus de morceaux de\nliv,,( *s, plus du phraséologie où passera le mot danlein, ..\nbalayée de tout jargon romnnlique ou livresque. »* C’est co\nHJ 1 il appelait uno « langue littéraire parlée » et « le rendu\nd après nature » des sentiments. Il a été fait, depuis, bien des\ndemi.tentatives dans ce sens. M. Soldai’ est, que je sache, le\nseu l ‘|»i ait vu d'emblée tout le parti qu'on pouvait, tirer do\ncctt ® méthode. M. llmiplmnnn, malgré son grand talent, s’est,\n\"'outré beaucoup plus timide et hésitant.Même dans lrs« 1 is-\n8C|, ands » et b, ,< Charretier llensebel », il ne me semble pas,\n•'o meme degré que M.Schlaf, faire preuvo do« réalisme con\nséquent » ( comme on dit en Allemagne.",
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     "texte": "44\n★\nM. Ernest Scillicre a publié récemment (1H avril), dans la\nRevue des Deux Mondes, mie élude intéressante sur M. Arno\nIlolz. Apres avoir écrit en collaboration avec M. Soldai' une\npièce cl quelques nouvelles, entre autres « la Première classe»,\ndont la Vogue publiera prochainement la traduction, 1\\1. Ilolz\na tenté fortune pour son propre compte. Il est devenu, on\nparticulier, un des plus notoires représentants du vers libre\nou amorphe, lequel lieu rit, également chez nos voisins depuis\nquelques années. Voici, à litre de curiosité, trois échantillons\nde ce lyrisme qui, en raison de sa forme môme, ne risque pas\ntrop d’ètre défiguré en empruntant le masque d'une autre\nlangue. Tout d’abord un poème qui fuit songer à certains\n« blasphèmes » de Kichcpin par son ironie, par sa violence,\npar la crudité des vocables :\nAutour d’une colonne rouge, incandescente, s’élevant jusqu'au ciel,\nbarbelée de tessons de verre et de rasoirs aigus,\ndes chaînes invisib.es me tirent lentement en spirale montante et\n[descendante.\nLentement, à reculons et à fond.\nJe gémis, rôle, hoquète, beugle : Uosannah!\nDans sept fois septante éternités,\nquand les tessons seront pulvérisés et que les rasoirs n’en pourront\nI plus,\nla colonne se dressera toute noire;\nen bas,\ndans la mare ronde et puante alentour,\nmon cerveau, mon foie, mon sang, toute la marmelade\ngira coagulée,\net moi,\n« purifié\nboîte de Liehig transtlgurée et béatifiée,\nj'ir.ii, sanglotant,\navec le dernier petit os qui me restera, ,\ncogner a la porte du Paradis.\nVoici maintenant l’amusante cinématographie d’un cerveau\nd’enfant, au moment, où s’y passe le phénomène banal, mais\nparfois si drôle, connu sous le nom d’« association des\nidées ».\nEtendu par terre, dans le vieux grenier aux herbes,\nje fais des « rapprochements »\nLe bon Dieu, c’est, le confiseur Knorr.\nil a une casquette blanche\net à sa devanture ce ne sont que bouteilles de liqueur.",
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     "texte": "45\n.. Quand le soleil brille, on peu! voir au travers.\n0rs * es gâteaux, par derrière, sont tantôt jaunes, tantôt rouges, et\n[tantôt même, bleus.\nLe diable, c’est le ramoneur Killkant.\nO, . 1111 B'bus et pas de bas. Ses pieds sont à faire bonté,\nv *‘>nd d passe devant chez le bon Dieu, près des bouteilles de\n[liqueur,\nses yeux se convulsent.\nIls ont l’air, alors, tout blancs!\n0 _ Quand on est mort,\n'ous fourre dans la terre et l’on vous met une couronne sur le\n.ventre.\nOui.\nKl puis bientôt reviendra Noël,\nmaman nous fera des craquelins.\nq Ab ! les craquelins !\nP ,; ut en manger indéfiniment. C’est ce qu’il y a de plus beau au\n[monde.\n, knfin l'esquisse humoristique d’un flirt dans quelque ville\nCnux cosmopolite.\nUn de ces petits crapauds de lillellc fin-de-sieele,\nqui joue au lawn-tennis.\nDes bandeaux à la Vierge, rouges, ondulés,\nune blouse bleu-clair eu merveilleux\nc t à la ceinture couleur-puce un bouquet de violettes,\n«pii sent les cigarettes américaines.\nA son poignet gauche satiné,\nquand elle pare les balles blanches,\ncliquètc une chatnctlc d’or.\nLe soir il y a leu d’artifice.\nO»\nou\nfaufile avec elle dans un coin le plus sombre possible,\nlaisse s’appuyer langoureusement sur voire poitrine\nt'* l’on regarde les fusées crever en gerbes d’étoiles.\nAb!\nUn baiser de cinq minutes ct pas de corset I\n‘^1 • keillière, cherchant à dégager, à propos de M. Uni/,, la\n1,1 ‘le I influence française dans la littérature allemande con-\n’ • i- i„„iuirw> allemand n’a\npart\n* «IIIIUUIICU iruuijuinu —\n'ttporainc, se demande si le nouveau lyrisme allemand n’a\n|,S cléa l’école des Viélé-Griftin et des Gustave Kahn. Il est\nn à - - 1 *\\lna I At\nP\n^ * ^V/UIO UÜO Vlturvum... v .\n1,1 ( P>c la poésie amorphe a fait fortune chez nous plus tôt\nJ'!* I p 0 ' attire côté du IUnn : raison suffisante pour poser le\n1, 0 1 cniC’ non pas, comme semble le faire M.Scillièro, pour\nH^osoudre par l’affirmative. En tout cas, ce n’est pas chez\ns ’ ,nais <‘u Amérique, auprès du poète Walt Whitmann,\n1,1 ripiel Al. Schlaf ! * t\"\" 'ëoonîu mm ln ieuno écolo\nfl V",
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     "texte": "46\nV\nallemande est allée chercher scs références. Elle pourrait,\npresque aussi légitimement, se réclamer de Heine ou deGœlhe,\nvoire même de Klopstock, qui, eux aussi, on écrit des vers\nlibres, des « freie Hythmen ». Oui sait, d’autre part, si le\npremier qui,chez nous, eut l’idée d'en faire, ne venait pas de\nlire les « Nordscelicder » de Heine?\nQuelque chose qui est bien allemand, par exemple, c’est la\n« lautlose Lyrile »,autrement dit le lyrisme sans paroles. Il y\na deux ou trois ans, un jeune poêle allemand, Ernest Schiir,\npubliait un recueil de vers, dont j’extrais ec poème, (pic la\ntraduction ne court aucun risque de g A ter :\nPrès de moi il y a une chaise vide,\nà demi éclairée par la lueur blafarde de la lampe,\nà demi dans l’ombre...\nSi maintenant, lé, celle femme\nétait assise, que tu aimes...\nininrAinininwiniriiri'SiinininininintTixfiin cnw w co xa m go\nC/DCT>cyrîC/2C/2C/OC»C/3V>C/OCOCOC/OC/2C/2C/3C/DC/2C/3(yOC/OCOC/3COC/2COC/2\nO3COC/373COV3V3C/DCÆV}CÆ(Z)C/3WaiWa!CflC/3V3V3C/3C/3<Z)C/3!*)G0\nXAXA’A’AAAAAAAXA'AAtAAXAAAXn’AAXA'AxnXAinxn\nCes signes mystérieux reviennent à chaque page. Il y a\nmême quelques poèmesqui ne se composent que de ces signes\nou de signes analogues.\nSans doute l’auteur, qui aurait pu donner comme épigra\nphe à son livre le vers de Kent s :\nHeard mélodies are sweet, but tliose unheard\nArc sweeler...\nn’avait trouvé d’autre moyen d’exprimer l’inexprimable.\nEn tout cas, après cela, il n’y a plus qu’A tirer l’échelle 1\nE, 11. IIanaimukh.",
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     "texte": "Chant de l’Amant\nJ'ai senti ma pensée éclore\nDans le Jla/nboiemcnt de la chair;\nSur les seins clairs j’ai un l’aurore,\nDans les yeux d’or j’ai vu la mer.\nMa force restait inféconde,\nJe t'attendais, et, quand tu vins,\nJ’ai vu les dieux naître et le monde\nS'alanguir dans tes bras divins.\nLes dieux roulaient dans tes prunelles,\nMêles aux. astres éclatants,\nJe voyais se dresser en elles\nLes deslins sombres et les temps.\nTu m'appariais les nourritures\nDes grands héros aux flancs dorés,\nL'image des cités futures,\nEt les odeurs des bois sacrés.\nJ'ai fait mugir dans notre étreinte\n'Joutes les forces de l’été,\nJ’ai couvert ton front d'ombre sainte\nEt la chair d’immortalité.\nNous avons vu sur les coltines,\nParmi les parfums de l'encens,\nEloller nos images divines\nDans les malins resplendissants.\nLes hymnes de la terrre ardente\nChantent dans nos corps radieux,\nEt notre joie est plus brillante\nQue les auréoles des dieux.\nNous voyons sur les mers tranquilles,\nAu fond des horizons dormants,\nS'épanouir les grandes fies\nEt les jardins chers aux amants,",
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     "texte": "Nous dresserons sut' les rivages\nEt sur les monts de blancs autels ;\nNous interrogerons les sages\nEt les poètes immortels.\nEt til vivras parmi les choses,\nO loi gui dors dans mon. amour,\nToi qui lèves, pleines de roses,\nTes mains sublimes vers le jour.\nTu seras la Déesse unique,\nTu jetteras dans les cités,\nAua: flancs de la terre héroïque,\nDe puissantes fécondités.\nCar ta force est dans mon extase :\nTour emplir le matin vermeil,\nMa chair te dévore et t'embrase\nComme Vhaleine du soleil.\n.le te porte dans ma poitrine,\nTa volonté brille en mes yeux,\nEt j'unis à l'aube marine\nLes flammes d'or de les cheveux.\nNos deux âmes se sont mêlées,\nLe monde dort dans notre coeur,\nEt sur d'éclatantes vallées\nNous répandons notre douceur.\nJ'élèverai vers les étoiles,\nPlus triomphante en mes bras forts,\nPlus divine d'être sans voiles,\nLa beauté sainte de ton corps.\nVenez vers nous, Déesses justes,\nQui présidez an jeune été,\nCar an fond de nos chairs robustes\nUn dieu mort est ressuscité.\nClIAIMÆS VelLAY.",
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     "texte": "Vers\nHIVER\nOiï sont, les voix qui parlaient bas\nDans le bosquet? L'herbe est foulée\nEncore et Von voit dans Vallée\nS'effacer des traces de pas.\nLes branches tremblent an vent., nues\nEt le jour tombe, triste et gris,\nCar les feuilles de leurs débris\ndouchent le sol des avenues.\nEtreintes cl baisers sont loin.\nDétroussant sa lèvre immobile,\nL'antique satyre <Vargile\nHit solitaire dans un coin.\nA CONCIIA DE SÉVILLE\nDepuis trop longtemps je t'implore\nEn me trainant à les genoux.\nTes yeux répondent : « A imons-nous. »\nTes lèvres disent : « Pas encore. »\n(fuel raffinement de plaisir\nPique ton âme névrosée\nA fouiller ma chair épuisée\nDe Vaiguillon Jin du désir?\nTu ris des maux que je supporte.\nMais demain matin riras-tu\nEn voyant mon corps froid pendu\nA la lanterne de la porte ?",
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     "texte": "LH BOSQUET\nOn y monte par la cavée\nQui grimpe au Jlanc (le ce coteau\nDont la silhouette est coiffée\nDes ruines d'un vieux château.\nTout d'un coup la voûte des feuilles\nS'ouvre en un bosquet enchanteur.\nEn avril de gais chèvrefeuilles\nPénétrent l’air de leur senteur.\nUne fontaine prisonnière\nDans le mystère d'un buisson\nSous un épais rideau de lierre,\nCachée, exhale sa chanson.\nEt sa voix chante monotone\nSur l'eau vibrante d'un bassin\nQu'à peine rident en automne\nLes feuilles au bruissant essaim,\nOu, plongé jusqu'à la cheville,\nA la chute des jours d'été,\nLe pied de quelque belle Jille,\nLasse de sa virginité.\nJacques L",
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     "texte": "Fontaines et Collines\ni\nRepose, sur ce cœur ami, ton cher visage\net que fleurisse plus </(}/,icicnsemcnl ma poitrine!\nQu’elle fleurisse deux fois ; l'une de ta chère, tète\net l'autre de mon cœur qui est à ton image.\nAinsi va sc pencher le ciel sur les fontaines\nO hien-airnée.\nfe platane est là qui détourne des caresses\ntrop chaleureuses,\nla menthe qui parfume ta rive :\nje suis /'arène aussi où tu aimes couler.\nMais sans tes eaux ni ombrages, ni berges, snrehar\nC'est d'elles que s'assemble le sable\net le Ciel, sans les eaux ignore qu'il existe.\nII\nCollincs amoureuses !\nvibrations de /a mer qui est un champ de violettes\net vous pins embrasés où s'éteint la cigale,\nvous souffres le ciel avec moins d'aise\nque nous, l'amour pesant.\nCollines amoureuses !\nRésines! sèves du ciste qui cuisent au soleil !\nCette fusion, nos cœurs s'g plaisent mieux,\nnos cœurs qu’une brise agite,\net la même </ni s'enfuit aux aiguilles.",
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     "texte": "u 2\nN’évite pas mon sein, mamie, ne (faille pas mon cœur !\nTa le distrais des vents qui le secouent,\ntu soutiens cette maturité,\nlu ouvres les seins pour la recueillir.\nQu'cile s’ilicendie !\nIci, tout, est intensité.\nQu’elle tombe\navec la brusquerie des promontoires,\net confondez-vous, fraises trop mitres.\nLe soleil vous garde : confondez-vous.\nNous aimons.\nJe ne sais dire autrement nos frissons.\nMamie s’augmente de moi\net moi, je le fais d’elle.\nA h ! choses ardentes, choses con fuses de lumière !\nEn nous aussi bruissent vos poésies.\nJuin i8gy\nFernand Caussy.",
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     "texte": "Les Beaux-Arts\nau Grand-Palais\nOn voudra bien ne pas chercher ici un Hœdckcr du Grand\ncl «lu l’elit-l'ilais, cl tout de suite je m’excuserai de n’avoir\npas une provision de lauriers suffisante pour en jeter un fagot\nà chacun. Des artistes de France je parlerai peu : ceux-là le\npublic les connaît, assez et nous les retrouverons en vingt au\ntres salons, et, même parmi les artistes de l’étranger j’irai\nde préférence, non pas à ceux qui ne font «pie recommencer\nles habituels badigeonnages, mais à ceux qui ont essayé d'ap\nporter quelque chose de personnel ou de nouveau. Je passerai\ndonc de suite sur Grcuzc et Fragonaid qui sont encore du\nxviii\" siècle, et je serai forcé de laisser de cèle, après eux, ces\npetits chroniqueurs du temps passé que lurent Swcbach,Carie\nVerne!, Laini et Tassaert dont on revoit à la Cenlennale l'a\nmusant ('.outrai de mariage. Je ne rééditerai pas les antlii-\nthèses, chères aux critiques d’art, entre David et Géricaull,\nensuite entre Ingres et Delacroix. Dur David on arrive à Gros,\npuis à Delaroclie et Mcissonnier; par lui encore peut-être à\nCourbet vite iudéoondant, mais dont le maître, l'Iageoulot sor\ntait de l’atelier de David. Delacroix, dont on revoit ici l’es\nquisse des Femmes (l'Alger, nous vaut les Schcffer, Zicm,\nDiaz, ce romantique charmeur et Monlicelli qui l’exagère en\nscs merveilleux paysages; Ingres nous donne Flandrin, puis\nChassériau dont l'effort renoue les deux écoles, celle de la\nligne et celle de la couleur,comme plus tard Gustave Moreau,\nassez influencé de Gltnssèriau d’ailleurs au moins à ses débuts,\nalliera avec succès une architecture et un dessin d’une rare\npureté à un pailleté de touches digne de Monlicelli. A côté\nd’eux des indépendants ou presque, lVudhon, Drolling, De-\ncamps, et puis voici Daumier et voici Courbet.\nOn ignore trop le Daumier peintre. Il faut s’arrêter à la\nCenlennale devant .les ('.hauteurs des Unes, le, Malade imagi\nnaire,, les Amateurs, les l'i//>es de la Vieille-Comédie et tant\nd’autres toiles qui sont de véritables chefs-d’œuvre. D'in\nfluence de Daumier peintre est relativement peu considé\nrable, mais quand elle se manifeste, elle se fait tyrannique,\net lid Juif et chrétien de Hops jeune encore sans doute, sem\nble un faux Daumier.",
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     "texte": "r,zi\nnc son cûté, Courbet inaugure l’école réaliste, et il le fait\nen maître. Il est représenté au Grand-Palais par des paysa\nges et desportraits, par les Cribleuses de blé et/’ Art iste peint\npar Im-mê/ne. Il faut féliciter à nouveau M. Roger Marx de\nla belle ordonnance de la Gentennale, mais à vrai dire ce n’est\npas quelques pages mais quelques volumes qu'il faudrait pour\nfaire une histoire aussi complète de l’art français au xixosiè\ncle. Avant Courbet du reste il eût fallu montrer comment\nriniluencc de Constable, de - Honington cl des peintres an\nglais forme notre école de paysagistes, Rousseau, et Millet\nqui domine les peintres rustiques, les Dupré et les Jules lire-\nton. pendant que de Corot, de Daubigny, de Français, on\narrive par Cbintrcuil dont il faut longuement goûter ici deux\npaysages (pii sont parmi les plus belles choses de toute cette\nexposition, et par cet admirable Fnniin-Lalour, plus poète\nencore que Corot, et par Jongkindt, surtout, jusqu'il l’impres\nsionnisme.\nAinsi Pécule française se trouve divisée en trois classes :\nles réalistes cl les impressionnistes dont les recherches voi\nsinent, se complètent et se confondent, et. ..les autres.Manet,\nun des plus grands à la Ccntennalo, Manet qui vient après\nCourbet, emprunte aux réalistes espagnols, et il est influencé\nde Goya comme Ribot l’est de Zurbaran. Mais il est moins\nnoir. Il masse les ombres en une ligne épaisse qui cerne ses\npersonnages avec une sûreté de dessin impeccable. Le choix\nde ses sujets irrite les amateurs de fadaises sucrées. Il n’en\na cure, et il fixe avec nue implacable vérité l’effigie de scs\ncontemporains. La crudité de ses tons d’une exactitude\nabsolue déroule d’abord et attache ensuite et il faut s’attarder\nà la Gentennale devant son fameux Déjeuner sur l'Iierbe cl\ndevant son magistral portrait du graveur Marccin Des-\nhou tin.\nPendant ce temps, Claude Monct, Camille Pissait),Cézanne,\ns’aidant des essais de leurs prédécesseurs et de Turner\naussi peut-être, commencent à préconiser la division de la\ntouche (pii seule pouvait rendre certains effets de lu\nmière dont ils étaient épris. Avec Sisley, avec Gauguin, avec.\nScurat, ils triomphent à la Gentennale. Les portraits sont\nrares, car leur procédé tout de coloris force souvent à sacrifier\nla ligne, et pourtant voici à cillé d’une très belle étude de\nFemme en corset de Maurin, la Femme au, but de Rerthe Mo*\nrizot, et la Loge, la Tasse de thé et la Danseuse de Renoir.\nParmi tous ceux-là, le merveilleux artiste Edgar Degas\nreste absolument personnel et d’une extraordinaire acuité:\nd’un Irait il silhouette une jambe de danseuse ou quelque\nprofil de brute, d’un ton de pastel il excelle à rendre un ne/,\nrougi ou une étoile; son dessin est d’une, vie si intense qu il",
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     "texte": "touche à lu caricature sens on èlrc pourtant jamais, cl sa\nCouleur dépasse en magie tout oc qu’on peut imaginer. Il so.\nplaît a I,ouïes les bizarreries de l'eclairage d’une rampe de\nthcAire ; il s’amuse à faire jouer la lumière parmi les tutus de\n•soie et les maillots, sur les lèvres, dans les orbites et sur les\nfronls «le ses filles, et la fantaisie de son pastel l’emporte\nde beaucoup sur celle de («bétel,qui voisine ici avec lui et nui\nest représenté par un projet d’affiche pourtant tout «à l'ail dé\nlicieux. IMtis lard Alexandre Lunois essuiera à son tour avec\nbonheur oes oppositions d’ombre, et de clarté, ces colorations\nrouge et feu, dans ses scènes espagnoles comme la «Scoilltina\nou Fl Fuseo, mais Degas demeurera toujours le véritable\nmaître,\nJcan-Kranrois Haiïaëlli dessine. A cùté d’un curieux por\ntrait de jeune homme peint par Vallolon, voici ses paysages\nde l ’aris et de banlieue.\nI«ui aussi est parmi les premiers artistes de ce temps : s’il\n*e contente de rehausser d’un ton sobre ses toiles, c’est pour\nlaisser toute l’importance au Irait qui contourne d’une ma\nniéré si .serrée les visages, les altitudes, les silhouettes de scs\npersonnages et de ses paysages. Kn ses toiles, on devine le\ngraveur incomparable qu’il s’est révélé récemmentaprès avoir\ntouché à tous les moyens d’art; il faut regarder de près ses\npointes-sèchcs, sa Honte aux grands arbres, sb Petite Une,\nson Actrice en Scène, pour voir combien son métier est sùr\ncl précis. Et il sait mieux que quiconque le charme do la vie\ndiscrète des bourgeois, des humbles, d’une bonne vieille avec\nson jardin de quatre pois de fleurs à la fenêtre, d’un terrain\ninculte où mange un petit Ane isolé. Il a élevé cet art des\nchoses de la vie simple «à la hauteur du plus grand art.\nMais malgré moi je m’attarde. M. de la Sizeranne assurait\nrécemment que l’Impressionnisme avait déposé son bilan à la\nf'enicnnnle. A supposer que cette assurance soit sincère, que\nM. de la Sizeranne veuille ignorer les néo-impressionnistes, et\nI influence do ce mouvement sur les peintres officiels, il suf\nfirait de jeter un regard dans les salles qu'ils occupent pour\nvoir quelle place importante ils tiennent dès maintenant'dans\nI histoire. Je ne suis certainement pas de ceux qui croient\nqu’eu dehors d’un procédé déterminé, il n’est point de salut.\nJe n’oublie pas que nous avons des paysagistes comme\nM. Cazin, comme I\\l. l'ointelin, si délicieusement poètes tous\ndeux et le second plus épris du soir et des clairs de lune,\nl’oinnni M. Itené Ménard si ambré, comme M.(lotte! qui bro-\ntonnisc toujours, comme MM. Caston La Touche, Hapharl\nEollin et André Douchez, des peintres de marines comme\nMM. Lucien Simon et I Ilmann, et d’autres encore, qui ne sont\npas pointillistes : mais dira-t-on que les efforts impression-",
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     "texte": "50\nnistcs ont clé pour rien dans leurs recherches d’effets de lu\nmière? Hn Belgique, à côté de JM. Franz Courtens et de llcy-\nmans, ne voyons-nous pas M. limile Claus, résolument poin\ntilliste dans son très beau Passage des vaches V N’onf-ils pas\ninfluencé en Allemagne M. Max Libcrmann qui expose La\nFemme, aux chèvres, en Suède M. Herman Norrman qui exa\ngère le procédé el a l’air de peindre avec un doigt trempé\ndansla couleur,et jusqu'au japonais Keï-Ilirô K umé 7 N’avons-\nnous pas en France M. Henri Martin qui y ajoute l’agrément\n— ou le désagrément — de conceptions symboliques «pie je\nne puis me résoudre à considérer comme heureuses?\n(Jue les peintres nous montrent tels paysages, tels portraits\nqu’ils voudront, qu’ils choisissent leur sujet où bon leur sem\nble, mais que dans un paysage ou derrière quelque person\nnage ils éprouvent le besoin de représenter des femmes ornées\nd’ailes, d’écharpes et autres oripeaux, chargées de figurer,\nmuses, symboles, etc., tout cela c’est de la littérature,et de la\nplus détestable. 11 n’y a qu’à M. Bouguereau que cela ne\njmisse plus nuire, et ce n’est que par une longue habitude de\nvoir ses anges aux culs roses comme des bonbons fondants,\nque nous pouvons supporter celte absurdité : peindre textuel\nlement ce qui n’est qu’une figure de rhétorique. Kt cela on le\nregrette d’autant plus que JM. Henri Martin est un peintre\nd’infiniment de talent, et que,malgré tout, l'harmonie des cou\nleurs et des lignes de ses toiles les dotent d’un très grand\ncharme. Ce reproche je l’adresserai au munichois Franz\nStock, qui nous a envoyé son Paradis perdu au lieu de la\nGuerre annoncée au catalogue, au symboliste viennois Gus\ntave Klimt qui nous offre un immense tableau intitulé Philo-\nsophie, au bruxellois M. Léon Frédéric dont le /{aisseau a\ndes qualités de grouillement, mais qui pèche souvent par\nmanque de dessin dans le détail. Même des Italiens qu’on\ncroirait dégagés de toutes conceptions nuageuses n’échappent\nj>as à ce défaut : tels, Aristide. Sarlorio, Ange dall’Oca\nBianca et aussi du moins en ce qu’il a envoyé à Paris, le\ngrand peintre Francesco Paolo Miehelli. Ainsi dans Diane\n(iEnhe.Se aux cent mamelles,M. A. Sarlorio a (M'étendu repré\nsenter la nourrice des hommes et de leurs chimères, et cha\ncun tics hommes endormis a dans ses mains le symbole, de\nses propres ambitions. On voit que c’est le même sujet que\ncelui du tableau de M. Henri Martin: Chacun sa chimère,\nd’après le célèbre poème en prose de Baudelaire. La traduc\ntion picturale de JM. Sarlorio est de plus très confuse, et l’on\nse demande jusqu’à quel point est justifiable l’emploi d’un si\ngrand talent en une toile dont le sujet est presque impossible\nà comprendre sans commentaires.\nHeureusement M. Miehelli ne va pas si loin et le plus sou-",
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     "texte": "•»7\nvont, il échappe au symbole pour rester un vigoureux peintre\ndes paysans et des paysages des Abruzzes, où il est véritable\nmaître. Mais il est trop peu représenté en ce sens celle fois\npour qu’il soit possible d’on parler longuement. A côté d’eux\nle regretté Segantini montre ses paysages des Alpes : comme\nles impressionnistes il se sert de la division de la louche, non\npas de la petite touche presque circulaire d’un Sisley ou d’un\nPissaro, mais de fines louches très allongées toutes parallèles,\nou concentriques, riches et épaisses de couleur pure et de\nmatière, ce (pii donne une certaine dureté à ses œuvres d’un\nlabeur long et compliqué, mais d’une forte technique et d’un\ngrand effet, supérieur en cela à Auguste Uaud-Hovy, cet au\ntre peintre de la montagne. El voici une aquarelle idéalisée\nde Vincenzo Cabianca, la Fin d'un ji>ur d'été de tonalité si\nharmonieuse de Mario de Maria, le Eœcklin italien, la très\nbelle Floraison nouvelle du curieux artiste Cesare Lnurenli,\net, de Costa et de 1*. Fragiacomo, des paysages poétisés, à la\nmanière de Cazin ou mieux de Macaulay Stevenson et de\nl’école écossaise qui est absente on ne sait pourquoi à l’Ex\nposition de l’Angleterre, Puis encore d’autres paysagistes :\nM. George Inness et ses automnes aux tons de rouille;\nM. Munkacsy, qui n’a que deux toiles, mais très belles; le\npeintre de marines H.W.Mesdag et sa Bentrée des Bateaux\nde pêche à Schevcningen; les deux frères Maris avec leurs\npaysage de Hollande aux horizons bas, leurs moulins et leurs\nciels gris; et M. E. van Soest avec le charme des tons blancs\nde la neige sur le vert des arbres de sa Matinée d'Hiver.\nLes peintres du Nord excellent à rendre le mystère qui se\ndégage des choses : ainsi Elif Pelcrsscn dans son très beau\nTemps (Tarage où l’on sent, l’atmosphère lourde peser sur\nles herbes remuées qu’un cheval mange immobile et résigné\nDe même M. Halfdan Strom dans son Soir en Norvège, où\nun personnage perdu dans le paysage s’attarde à regarder\nl’eau «pii passe sous un pont; de môme encore M. Fritz Tliau*\nlovv le peintre parfait de, la neige et des glaces, dans sa Nuit\nd'hiver. Mais celui qui l’emporte en intensité d’impression\nc’est M. Albert llacrtsoen. Il est le frère intellectuel des poè\ntes de Garni, de MM. Grégoirelo Roy, Charles van Lerberghc\net Maeterlinck : il sait toute la mélancolie des petites places\nflamandes, le soir quand les maisons sont closes, quand les\npersonnages eux-mêmes rentrent emmitouflés et vus de dos;\nil sait éclairer une fenêtre pour rendre l’eflèt plus captivant\nencore, et dans sa Petite cité au bord de I eau, il double\npresque le charme avec l'image tranquille et trouble qui se\nreflète dans le miroir liquide, .l’aurais voulu voir aussi à\nParis, les eaux-fortes de cet admirable artiste pour lécher\nd’analyser mieux la science secrète avec laquelle il évoqué",
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     "texte": "58\nl’/imo clos choses : il n’a pas cru devoir les envoyer. Mais il\nme faut laisser là les paysagistes, citer encore pourtant le\nVieux Jardin de sir Jolin Miïlais aux haies vertes bien tail\nlées autour des vasques, et les Jardins de Grenade que\nM. Santiago Rusinol a peints comme M. de la Gandara s’est\namusé à peindre les parcs de Versailles ou du Luxembourg,\net me voici aux portraitistes.\nMalgré MM. Lcrollc, Flamcng, Baschel, Desboutin si ner\nveux, Lévy-Dburmer vinciste, 1’. Robert-Fleury, qui expose\nun très joli portraitde M m e G,.,les Fronçais restent inférieurs.\nNous avons M. J. Lefebvre, M. Format et ses chairs crayeu\nses, M. Benjamin Constant qui s’clforcc d’atteindre à une cer\ntaine chaleur de ton, et M. Carolus Durai) qui est l’aboutisse\nment de tous ceux-là. M. Carolus Duran sait aussi bien que\nquiconque donner l'illusion d’une soie, d’un morceau de peau,\nd’un gant, d’un velours; ses personnages sont ressemblants,\nbien proportionnés et mis en place, mais mis en place seule\nment : ils ne sont pas dessinés. Il ne cherche pas à accuser\nd’un trait ce qui fait la personnalité de son modèle; il ne sait\npas choisir ce qui lui est essentiel ; ses contours restent indé\ncis; son art est un art de photographe. M. Carolus Duran\nest un merveilleux ouvrier peintre ; il ne lui a manqué qu’une\nchose : d'être artiste.\nAu contraire, M. Alexander, par exemple, qui se contente\nd’un rehaut de grisaille, recherche cette personnalité, et son\nportrait de Itndincst des meilleurs à ce point de vue.M.Whis-\ntlcr qui n’a ici que deux tableaux va plus loin encore, et il est\ndans ce sens un des plus grands peintres modernes, hit M.Bol-\ndini lui, exagère la manière, dans ses intéressants portraits;\nil nous donne à cùlé du comte de Montesquieu, un Whistler\nmerveilleux et d/'\" 1 » Se/meider, d’un art subtil, raffiné, aigu,\noù la nervosité intime du personnage est saisie cl fixée sur la\ntoile; il a le sens de la modernité et de la vie des villes;\npeut-être parfois dépasse-t-il le but et arrive-t-il à la carica\nture, mais cela personnellement m’enchante. El puis avec lui\nle métier reprend ses droits : il connaît tous les secrets pour\nrendre le salin des robes, les dentelles noires, les étoiles, les\ndraps, et le chapeau haut-de-forme de M. Whistler est par\nfait. M de la Gandara est moins outré; son art est plus dis\ncret, plus classique, et revoici les célèbres portraits de\nMme Salvador, la Dame à la rose, de M\" 10 la comtesse de\nNouilles, et celui si exquisement fin de la Princesse de Gara-\nmun-Chiniay.U faut voir missile ravissant portrait de femme\nde Mariano Fortuny le (ils, toute la série de littérateurs et\nd’artistes portugais de M. Columbano qui est un peu sombre\net orangé, les délicieuses toiles de M. Alfred Stevens, cl do\nM. William Donnai, la Duchesse de Meeldcmhonrn, avec au",
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     "texte": "corsage une rose symbolique,comme celle nue M. de la Gan-\ndara dans un autre portrait lui avait mise aux doigts, lit\npuis, c’est M. Jacques Blanche, d’un art si subtil, et M. 11 cn-\nncr d’un charme toujours égal, cl Romani qui féminise\nM. Uoybet, et M. Richard Jack et M. John Lavcry dont il\nfaudrait longuement parler, et JN1. John Sargent en Améri\nque, M. li. Vallet en Suisse, M. Kdelfolt en Finlande avec un\nportrait de jeune femme en corsage noir à collerette blanche,\naux cheveux cendrés et aux yeux bleus, dont le visage aux\nlèvres rouges arrête longtemps, et enlinen Allemagne M.ICrd-\ntell d’un métier si'tr et consciencieux, M. Kaulbach si parfait\ncl Franz von Lcnlmch.\n< ici u i - ci c’est un de ceux qui ont porté le plus haut l’art du por-\nIrait; il y a là telles toiles (pii sont d’absolus chefs-d’œuvre,\ncomme le portrait de IM 1 \"!) Lily Merle sur lequel jadis à pro\npos de l’exposition de Venise, M. F. ’f, Marinctti écrivait ici\nmême des lignes justement enthousiastes. On sait quel soin\nLonbach met à choisir la pose de ses personnages, cl à cher\ncher leurs attitudes les plus révélatrices ; on sait qu’il fait re\nlativement pou poser ses modèles, mais qu’il n’hésite pas à se\n•servir d’instantanés photographiques où il espère découvrir\nleurs expressions les plus intimes, lit pour accuser encore\nl’intensité et la profondeur de celte psychologie troublante et\nrévélatrice, il charge d’ombre ses fonds et n’éclaire que le\nvisage ou les mains. Oui a mieux pénétrés Bismarck que\nlui V\nMais il faut passer, et une fois de plus je me prends à dé\ntester ces comptes rendus rapides qui m’empêchent do m’attar\nder comme il le faudrait devant tel Jef Letnpoels, devant tel\nIbsen de Nils Gude, devant les Ivrôyer, le grand peintre da\nnois, si varié et qui a su rendre dans scs Scènes u intérieur\ntout le charme amusant de la femme et de la (illotte absorbée\na un travail de dentelle; devant cet extraordinaire Thorolf\nUolmhoe, dont le petit vieillard assis sur un banc gris, tient\ndu chef-d’œuvre; devant Frcdrik Kolbto ; devant Aron Gerlc\n«ont le portrait de ce jeune homme à lunettes est si fouillé et\nm vrai. J’en oublie, et pourtant il faudrait comparer cet\nEjnar Niclsen avec ce tout à fait très beau Portrait, de ma\n(frand’rnère de Rippl-Ronai,que nous retrouverons sansdoute\nbientôt à quelque autre exposition française; et pourtant, il\nfaudrait citer l'Espagnol à Purisme M.Henri ISvencpocl mort\n81 inopinément et qui nous a laissé celte précieuse toile : Le\n( 'ufé il'Itarcourt ; et pourtant d’autres encore manquent, de\nR’ès personnel talent: Maurice Greill’enhageu, James Guthric\n°lThomas Austcn Brown.\nVoici du reste toute la pléiade anglaise : Alma-Tadûma, et\nmrd Leighton,et Burno Jones,et sir Poyntcravec sa Danseuse,",
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     "texte": "et la magnifique Vue de Naples de Watts. II scmi)lc qu’ils\naffectionnent les routes, les verts, les blancs clairs et les re\nhauts de noir, et cela s’accentue encore dans un peintre ori\nginaire de Bruges connue Brangwin, dont l’art se retrouve\ndans les tableaux de M. Austin Abbcy, comme on retrouve\nl'influence de Turner dans le Pont de Prooldgn,(\\c M. Henry\nW, Ranger. Gari Mclchers, lui, reste tout à fait hollandais\nsans rien d’américain. Il a la couleur vive, cl habille scs deux\npetites paysannes blondes, l’une de rouge coquelicot, l’autre\nd’un corsage violet a raies plus foncées, et d’une robe verte à\nfleurs mauves, et tout cela s’harmonise, admirablement. M. .1.\nToorop bizarre et curieux avec son pastel Sur la Plage, M.Ph.\nZilckcn avec le Vont Saint-Michel, M. .1. Boosboom avec sa\nSynagogue si riche en couleurs,et JM. Joseph Israels, l’illus\ntre peintre des humbles avec son Marchand de bric à broc si\nvéridique, représentent ici les Pays-Bas. Il faut regarder les\nextérieurs anversois de M. de Brackelcr et VAveugle de\nM. Lacrmans qui subit trop Breughcl,et les peintres Scandina\nves : les ravissants Viggo Johanscn,ln Nuit de la saint Jean\ndcM. (iudmund Sternosscn,lcs Paysans norvégiens et la Jeune,\nmère de M. Ilalfdan Slrom, et le moderniste Anders Zorn ini\ntié à toutes les recherches des novateurs français, mais gar\ndant sa personnalité intacte, et montrant dans son Pal à la\nfête de Saint Jean à Mora des qualités précieuses de facture,\nainsi qu’un art tout particulier de rendre le mouvement. En\nAllemagne voici les Vagues de AI. Ludwig Deltmann, cl le\ncélèbre triptyque la Naissance du Christ de Fritz von Ulule ;\nen Finlande,voici AI. Enckell, lui aussi épris de modernité dans\nson Concert, et AL Jaernefe.lt dont les aquarelles ont des\ntons de peinture à l’huile et dont il faut admirer les portraits\net le Maître et les (larrons de ferme ; en Suisse voici AL Nod\nier, tourmenté, outré et nerveux; en Espagne et en Italie, J.\nSorollact Ellorc Titto.Et quand j’aurai cité également A1A1, K.\nCasas, (î. de Beaumont, b’. I*. terMeulen, influencé d’Anton\nMauve, encore un absent, G. Slcvens ce préraphaélite con\ntemporain, C. Alertons, Jean Delville, Hans Thom, Adolf\nvon Alenzcl, Cari Larsson, Alatcjko, V. Serov, F. I). Alillet,\naurai-je nommé le dixième de ceux (pii pouvaient prétendre à\nl’être 1\nAfM. G. Dubufe, Boutet de Alonvel et B. Albert Besnard\nvont nous ramener en France, le premier trop pommadé mal\ngré des dons de décorateur aux tons purs, lo dernier coloriste\naudacieux dans son Marché arabe dans sa Danse Espagnole,\nessayant lui aussi dans son portrait si discuté de Al nui Ré-\njanc de fixer non pas une attitude, mais un mouvement.\nAL Boutet de Alonvel est un aquarelliste exquis : nul mieux\nque lui ne sait nous faire goûter la grÛGO piquante des bnm-",
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     "texte": "0\n(il\nbias etdes enfants en amusantes toilettes; et si,clanssa,/m/Mie\n(l'Arc à Chinon, il emploie volontairement des procédés qui\nsont plus d’un imagier que d’un peintre, combien ne faut-il\npas aimer ce délicat portrait de jeune fille en chnpcnu de\nmousseline blanche sur les cheveux châtains et robe d’une\ntransparence exquise sur un dessous mauve? lin M. Aman\nJean aussi, le décorateur prend une exceptionnelle impor\ntance : son portrait du sculpteur Dampl, sa Femme un paon,\nson Attente sont d’un charme atténué et d’une harmonie infi\nnie. lit puis un peu au hasard ne vais-je pas réunir du AI.Da-\ngnan-Bouvcrcl, Alaignan, Rochcgrossc, Roll, F. Guiguct, 11.\nPrinet, Jean-Paul et Paul-Albert Laurens,M. Pc Sidancr mys\ntérieux,M. Leloir et ses IManons, M. Léandre, et M. Jean Ve-\nber, inclassable, dont voici L'Homme aux poupées, et l'Or,\navec ses culs-de-jatte étranges et féroces, et ce délicieux\nchef-d’œuvre de fantaisie et d’imagination, ce Contes de fées,\nou un nain à bonnet vert et plume rouge porte la traîne d’une\nfée à petite couronned’or cl mains jointes dans sa robe violette\nsous le manteau pourpre et orangé...\nA dessein j’ai laissé de coté les animaliers qui sont peu nom\nbreux d’ailleurs. Voici M\"\"* Henriette Ronncr et scs chats, et\nM. Chclmonski avec ses Perdrix rouges sur lu neige, M. Jo\nhannes Lnrscn avec ses Corneilles et ses Conards saunages,\nM. Bruno Liljefors, dont j’eusse voulu voir l'extraordinaire\nChasse an loup, ces trois derniers venant du reste des Japonais,\nqui sont là les maîtres. Ils occupent au Grand-Palais trois\nsalles : dans la peinture à l’Imile,ils ne font guère qu’imiter les\nEuropéens, mais leurs peintures sur soie sont tout à fait ex\nquises. Voici le Iflaireanet le Singe de M. IximpôMotizuki, les\nTigres de M. Suiséki 0-llashi, le Chien et les Moineaux su/• la\nneige du délicieux Takéno-Outi; puis voici les Pagsagcsde pluie\nde Kl. Guipkugén Takahashi, VAverse de M. IxOkio Tamguli,\net surtout M. Toshikata Mi/.uno avec ses curieux Enfants\n,/ouantcl sa Jeune Jille agenouillée, à regarder jouer un petit\nchat, d’un art extraordinairement fin, délicat et subtil.\nLes Européens prennent leur revanche en sculpture» Le\ndanois Lauritz Jenscn expose Deux Chiens de chasse cl le\nhongrois Jules Bc/.crcdi un amusant Chien (pii se mord le\nderrière. Nous revoyons du très grand artiste français M. Eré-\nmiet son Homme de l'ùge de piePre traînant un petit ours\nrécalcitrant par l’oreille, son Orang-outang, sonSaiid-Michcl\net son Sainl-Ceorges, et ce chef-d'œuvre : la Statue tombale.\nJM. Frémicl crée toute une école : c’est IM. Gardct, dont tout\nle monde connaît les fines et nerveuses Panthères qui sont au\nLuxembourg, M. C. Vallon et ses Lions, AL A. Loyseau et\nses /iassets, AL Prosper Leeourtier et sa très intéressante\nChienne danoise allaitant ses petits. A coté, c’est AT. Peter",
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     "texte": "cl ses amusants Jeunes ours, JM. A. d’IIoudain et son Danois,\nM. Debric et son haut-relief nerveux et puissant : un Coup\n(le collier.\nJM. Bodin plus tourmenté et qui possède son exposition spé\nciale a aussi ses élèves : M. Bourdellc et son Aphrodite, et\nJM 11 e Camille Claudel. A côté de MM, Fréniiet et Itodin il faut\nplacer M. Dalou.ct presque aussitôt M. Bartholomé dont voici\nun fragment du Monument aux morts, M. l'aiguière et son\nLa Jlochej'acquelin, M.Mcrcié qui est le coloriste de lascupl-\nturc et montre une gracieuse ligure de VOpcra-Comique,\nM. Saint-Marceaux et M. Injalberl.\nM. Barrias expose son monument de Victor Hugo sur un\nrocher qu’escaladcnt les muses; il n’a pourtant nas poussé la\nlogique de l’illogisme aussi loin que M . Bodin qui l’avait repré\nsenté tout nu. J’ai déjà dit combien je trouvais absurde ces\nmatérialisations de muses et autres figurants : à vrai dire cela\nne m’évoque nullement le poète en train de créer, mais sim\nplement le grotesque d’un monsieur aux bains de mer, pour\nne pas dire dans une maison de tolérance. Quand Ilolbein a\nfait le portrait d’Erasme, il n’a pas songé à peindre dans le\nfond de son tableau sous la forme des femmes allégoriques les\npensées de l’auteur de l'Eloge de la folie; il s’est contenté de\nnous le présenter écrivant, il s’est contenté du simple dessin\ndes courbes qui cernent la main nerveuse, le nez effilé, les\nlèvres serrées et les yeux, il s’est contenté de quelques tons\nde chair parcheminée sur un fonds sombre; et c’est unique\nment avec le choix de l’attitude, avec l’arrangement des lignes,\nl'harmonie des couleurs,le modelé des formes,qu’il a trouvé le\nsecret de faire un chef-d’œuvre absolu. Quiconque ne sait\npas avec les seuls moyens de son art exprimer ses impressions\npour moi est inférieur. Ce snobisme littéraire est peut-être eu\ntrain de gâter ce sculpteur d’instinct génial qu’est M. Bodin :\nson Balzac était discutable; son Victor Hugo est déplorable. Le\nmoyen de faire un Victor Hugo vraiment grand, c’est proba-\nhlementdc le faire comme il était dans la vie,avec le coslume\nqu’il portait, debout en train de rêver, ou en train d’écrire assis\nsur une chaise, où l’on voudra, excepté sur un rocher, car\nc'est introduire l'infonm dans l'art des formes (à moins\ntoutefois qu’on ne veuille se servir de ce procédé comme\nmoyen d’antithèse, ce que fit souvent M. Bodin, mais je ne\ncrois pas que ce soit le cas ici); l’éternel secret c’est celui\nd’Holbcin, ce sera de trouver l'altitude, les formes, les ligues\nqui feront un chef-d’œuvre d’un vieillard assis ou d’un jeune\nhomme rêvant, car il n’est pas besoin d’autre chose pour faire\nun chef-d’œuvre.\nCeci n’est pas la condamnation en bloc de l’allégorie : il lui\nreste le domaine de l’œuvre décorative, mais là encore il fau\ndrait entamer une discussion dont la place n’est pas ici.",
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     "texte": "C’est pour toutes ces raisons que le La llochcjacqndin de\nM. Falguièrc qui se trouveaupieddu Victor lhujo do M. Mar\nries, lui est infiniment supérieur. Il est représenté jeune,\ndebout, avec la redingote et le petit chapeau, et je crois que\njnmaisM. Falguière, qui lui aussi était un instinctif, n’a su cam\nper d’une façon aussi vraie et aussi vivante, un personnage.\nAprès eux il faut citer encore M. Denys Puecli dont la Seine\nest une œuvre pleine de charme, puis MM. Paul Gasq, Henri\n(irrber, Pierre Moche, Desruelles, puis les sculptures poly\nchromes de M. Th. Mivière, M. Convers et Maurice Ferrary,\npuis M. Mingel d’izach, puis les pèles de verre de M. Henry\nGros et les céramiques de MM. Jean Carriés, Alexandre Char\npentier et Fix Masseau.\nL’art industriel est peu représenté au Grand-Palais et c’est\nailleurs qu’il faut aller chercher les ingénieuses poteries et les\nétains de M. Hans St-Lcrchc, et les bijoux de M. Vin-\ncenzo Miranda, l’orfèvre napolitain qui a su tirer de si mer\nveilleuses ressources de l'interprétation décorative des lézards,\ndes crabes, et mêmes des écrevisses, pour en faire des joyaux\ninfiniment précieux.\nLu Italie, voici entre autres M. Edouard Mossi avec son\nvigoureux Matelot, M. Domenico Trentacosle avec sa Niobè,\nM. Francesco Jerace avec scs /tomains, et M. Ernest Miondi\ndont les Saturnales témoignent d’un grand efiorl. Et l’Italie\net la Mussie réclament toutes deux M. Paul Troubelzkoï. Je\ncrois qu’on devra bientôt le mettre au rang des plus grands\nparmi les sculpteurs, et j’avoue que pour mon compte peu\nd’œuvres m’ont donné une satisfaction aussi complète,et aussi\nintimement attaché que celles de M. Troubelzkoï. C’est l’im\npressionniste et le coloriste de la sculpture : cela garde le\nch arme, l'imprévu d’une esquisse, et pourtant cela est mer\nveilleusement mis en place et vrai : de son modèle il sait\n• ircr tout ce qui est essentiel et vivant. C’est d’un art à la\nlois simple ci aristocratique : voyez cet homme jeune en\nveston, les mains dans les poches, comme l’impression est\njuste, et exacte ; voyez surtout ce portrait de la princesse\nI eiiiehelf assise avec un laisser-aller et unegrèee charmants;\nvoyez celte Mère arcc son bambin, et celte Fillette arec son\nchien, comme cela est ravissant, d’une émotion délicieuse et\nline, d'une facture sans ellort apparent, d’une couleur et\nd’une harmonie parfaite dans les lignes, les attitudes, les\nIrons d’ombre et les lumières. Qu oi) veuille bien s’y attarder\npour gmïter l’élégance de ses poses de femmes, la douceur\nde ses enfants earesseurs, le pittoresque doses petites scènes:\nle Fiacre à Moscou, VFst/nirnean en traîneau, le Soldat\nitalien, la finesse de ses animaux, chevaux ou rennes. Je ne\nsais rien, je le répète, d’aussi prenant, d’aussi allachant,",
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     "texte": "d’aussi séduisant, que ce moderniste exquis qu’est le Prince\nPaul Troubetzkoï, sur lequel j’aurais voulu m’nrrètcr longue\nment, sur lequel j’espère du reste pouvoir bientôt revenir\nspécialement. Et tout autour voici les jolies esquisses, les\nbustes cl les statuettes de M. Léopold Bcrnslamin et la\nSieste du travailleur de INI. Bcrnslcin-Sinaycff, et M. Val-\ngren ijui reste épris de femmes souples,d'ondines et de lilles-\nilcurs, et M. Kossowski et JM. Cari Monnesen, et M. Jef Lam\nbeaux et la splendide Moisson de M. Constantin Meunier, ce\nMillet de la sculpture, et au dehors dans la section allemande\nles Gustave Eberlein et les Rcinbold Begas.\nFaut-il déplorer encore l’absence de M. Charles van der\nStappen en Belgique, de M. Filippo Cifaricllo en Italie, de\nM. Dampl en France, et terminer cet article déjà trop long,\npar les illustrateurs cl les graveurs qui mériteraient certes\nmieux que quelques lignes, quand on songe à Walter Crâne,\nà Nicbolson et à ses types de Londres, à cet extraordinaire\nAubrcy Beardsley, aux imageries de M. R. Chrisiiansen à\nCarlos Scbwabe, au Japonisme mystérieux deM. De Fcure, à\nDaniel Vierge, à Marold, à M. A. Mucba, et à Jcanniot si\ndélicieux dans son Vieux ménage, dans sa Matinée, dans ses\neaux-fortes en couleurs. Puis voici les bois de M. Lepère qui\nrégénère cet art, et ceux de M. Jacques Bcltrnud, (pji ont le\ncharme des vieilles gravures, et ceux deM. P. Vibert et de\nM. Florian ; voici les grouillements des J. Pcnnell, des Ensor,\ndes Toorop, des M. Bauer, les lithographies de MM. Desbou-\ntin, Henri Lefort, Gottlob Juillerat, Henri Rivière, elles eaux-\nfortes de M.Manuel Robbe cl deM. Edgard Chabinc, encore\nun artiste très personnel, qu’il faudra réétudiera nouveau en\ndétail, pour dire comment il a profondément compris ses\nGigoletles, ses Pierreuses, ses Gueux et comment il a su\nrendre d’un trait sûr et nerveux cette vie de Montmartre et du\nQuartier-Latin. Et maintenant, qu’on veuille bien me pardon\nner une fois de plus d’involonlairesomissions, et nous pourrons\nsortir de ce Grand-Palais, où, maigri' que des peintres comme\nWhisller, Munkacsy, Bacrlsoen et d’autres soient trop peu re\nprésentés, malgré que Bœcklin soit absent, malgré qu’il faille\naller voir chez Georges Petit l'impressionnante Guerre de\nM. Vassili Vcrcstchagin, se trouve en somme, à peu près dé\nposé le bilan d’art de ces dernières années du siècle.\nThistan Kunusoii.",
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   "pages_selon": "folio imprimé d'après Gallica, corrigé pour les tomes d'avril et d'octobre 1900 (scripts/vogue_gallica_folios.py)",
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     "texte": "Bibliographie\nJudith Gantier: Les Princessesd'Amour (courtisanes\njaponaises). Librairie Ollcndorlf.\n... « Fleurs tlo luxe, de charme et de beauté, que l'on\ncultive encore aujourd'hui et qui seront bientôt les seuls ves\ntiges du Japon splendide d’autrefois, . . .artificielles princes\nses, choisies parmi les beautés les plus rares, élevées dans\ntous les laflinemcnls du goût aristocratique, instruites des\nrites et de l'étiquette, savantes, virtuoses en tous les arts,\njeunes, passionnées, enivrantes, et... accessibles,» — ces Prin\ncesses d’amour, dans la cité d'amour, content et vivent des\nhistoire d’amour évoquant les précieux décamérons et les\nmerveilleuses a iMille et Une Nuits ». Fl dans ce décor gn-\nlant se déroule, comme brodée à fils de lune et de soleil sur\nla pourpre sombre d’un écran impérial, la chaste aventure\nde llana-Dori, l’Oiscau-Fleur, la reine du Yosi-YVara.\nDélicieusement conté, plutôt qu’il n'est écrit, avec toute la\ngrAce et la gracilité d’un poète japonais qui serait un peintre\ndélicat, ce roman atteste une fois de plus l’exclusive prédi\nlection de Judith (huilier pour le prestigieux et immémorial\nOrient. Prisonnière de son temps cl de son milieu, horrifiée\npar ce que nous appelons notre civilisation occidentale (agio,\nmachinisme, canons perfectionnés), elle s’en évade pour re\nvenir aux pays chatoyants de son rêve, la Perse antique,\nl’Fg-ypte, I Inde, le (’élcste-Fmpire, le Royaume du Soleil Le\nvant. Mais l'œuvre de Judith (iaulier n’est pas tissée que de\nsonge Nul érudit ne connaît mieux qu'elle, et plus à fond,\nect Orient de jadis cl d’aujourd’hui : pas un détail de cos\ntume, pas un irait de mœurs, en ces pages de lumière poly\nchrome, (iui ne soit conforme à ce «pii fut, à ce qui est réel\nlement. Non, certes, elle ne rêve pas seulement : on dirait\nplutôt qu’elle se ressouvient, cl qu’en de successifs avatars,\nau bord des Gangcs et des Peï lies, clic vécut d'héroïques et\nvoluptueuses et royales existences, dont les réminiscences\nmagiques charment ses nostalgies d'exilée, cl les nôtres...\nE. J.\nPaul Fort : Les Idylles antiques (Mercure de France).\nQuand on ouvre un volume de Paul Fort, on a presque en-",
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     "texte": "GG\nvie de sc froller les yeux comme devant un leu de miroirs\naveuglants : il en part tant de clartés et tard de leux qu’on en\nest d abord tout ébloui et qu'il faut un bel instant pour s’y\naccoutumer. Voici les Idylles antif/nes, récemment parues,\ndont le litre me semblait prometteur de sobres descriptions\net de simples légendes aux lignes rigoureuses. « Enfin, me\ndisais-je avant d’ouvrir le recueil, voici un Paul Fort d’une\ninspiration plus assagie, voici des poèmes où l’on se reposera\ndans le calme Irais des légendes classiques. » Aux premières\npages coupées je ne fus pas long à connaître l’étendu»' de mon\nerreur, car sans vouloir prétendre «pie le titre du livre soit\nmenteur, je n’y trouvais point ce que j’attendais. A vrai dire\nje n’en eus qu'un court dépit, car, à mesure <pie je lisais, tant\nde choses me charmaient, lantde jolis détails caressaient mes\nyeux, que ma rancune s’évanouit et je ordonnai tort qu’à moi-\nmême pour avoir pensé que I»' poète des Ballades françaises\net le fantaisiste romancier de Louis XI pouvait s’astreindre\naux rigueurs des traditions classiques sans lécher la bride à\nson caprice. Parmi les jeunes poètes d’au jourd’hui, Paul Fort\na la physionomie bien spéciale d'un artiste éminemment sen\nsible à toute chose, dans l’ordre visuel comme dans l’ordre\nsentimental et dont la vivacité d’impression se traduit en s»»s\nvers avec une abondance inépuisable et une incomparable va\nriété. Comme un insaisissable Protéc, sa muse semble se mé\ntamorphoser à l’infini, tantôt pareille; à un poisson d’argent\nagile et souple, qui glisserait dans les eaux transparentesd’uri\nbeau fleuve et qui viendrait ensuite avec un charme exquis\nnous chanter toutes les trouvailles imprévues de sa prome\nnade. Tantôt elle sc fait oiseau ou papillon, pour nous dire,\ndans leurs secrets détails,toutes les merveilles des bois et des\njardins. D’autres fois elle est Musc, tout simplement, pour\nnous montrer, en de nouveaux décors, étincelants d’images,\nles antiques légendes d’Icare, de Prornélhéc, d’Arélbuse et\nd’autres encore, cl quand on a lu ces beaux poèmes si colorés\net si riches, on ne saurait en vouloir à leur auteur d’avoir si\nheureusement assoupli, par une extraordinaire virtuosité, les\nthèmes hiératiques de l'antiquité et de les avoir si luxueuse\nment parés de ses e.xlmbérantes ressources.\nFn. Sansot-Oiu.and.\nThomas Braun : Le livre des Bénédictions (O. Srlie-\npens éditeur, Bruxelles).\nC’est là un curieux recueil d’un caractère étrange autant par\nson aspect typographique que par son contenu littéraire. Au\ndébut, l'auteur nous prévient que se; poèmes sont rompis\n« selon les prières et rites de notre mère la Sainte Eglise »",
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     "texte": "I\n«7\not j <*, ne don (o point qu'il en soit ainsi, quoique,à vrai dire, cela\nm’importe peu. L'orthodoxie d’une enivre n’est point pour la\nrecommander à mes yeux, car je ne sautais m’inquiéb r que\nde sa valeur littéraire. Parmi les di.vsept poèmes dont se.\ncompose ce petit livre, il en est plusieurs qui me paraissent\ndénoter en M. Itraun un artiste sincère et inspiré, par exem\nple la Bénédiction <lr l'enfant, où il y a ces vers éloquents\ncl beaux dans leur simplicité.\nLe père parle :\nSeigneur, daignez bénir l'enfant qui vient de naître,\nfils de mon sang et de celui de mes ancêtres!\nDonnez-lui d’ncquérir l'usage de ses membres,\nd’ouir, d'ouvrir les yeux, de remuer la langue,\nde trouver le secret des larmes et du rire,\nd’être prompt à la course et de muscles valide,\nde visage doré comme un fruit de Floride,\nde corps agile et lisse au courant des rivières,\nde cheveux ondulants et bouclés de lumière!\nPuisse l il être fort comme mon pcrc en Flandre,\nde mine rose et barbe rousse, et prêt a fendre\nun arbre géant d’un seul coup! I lussent ses mains\nbisser la voile, forger le fer, faucher les grains,\nselon que soit sa vie. par votre destinée,\nvers la mer, vers le fer ou la terre ordonnée!\nIl y à là, en ces simples traits, le raccourci de l’homme\nexcellemment fixe. D’autres trouvailles heureuses et des no\ntes pittoresques se dispersent dans la llcucdictjon des froma\nges, dans celle des oiseaux, etc. Mais quoique ce recueil se\nrecommande d’une inspiration chrétienne,il laisse plutôt dans\nl'esprit l’impression d’un panthéisme païen qui ne m’est pas\nmoins agréable, au contraire.\nE. S. O.\nLes filles ( T Bros par Touny-Lérys (thallia. Toulouse).\nLes strophes qui composent celle plaquette sont pat fois\nd’un lyrisme large et expressif et parfois d’une belle et sim\nple allure. Elles font heureusement présager de l’avenir poé\ntique de M. Touny-Léris, pourvu qu’il veuille bien se garder\nà l'abri de toute influence. Celle de M. Pierre Louys se fait\npeut-être trop sentir dans ses premiers poèmes.\nEdouard Ducoté : Merveilles et moralités (Mercure\nde France).\nC’est ici un très beau volume où l’auteur a réuni des mor\nceaux divers de genre et de caractère mais à la lecture éga\nlement attachante. M. Edouard Ducoté; va très souvent\npuiser son inspiration aux sources premières et limpides de",
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     "texte": "08\nl'antiquité et c’est là pour nous un appréciable mérite aug\nmenté dans la tragédie de Calypso, d’une faculté d’interpré\ntation bien personnelle qui n’exclut point la fantaisie et d’où\nla grâce n’est point bannie. Notre agrément à la lecture de\nces fictions s’augmente sensiblement à les voir revêtues d’une\nforme efficacement éloquente en sa correction précise et clas\nsique. V.\nFernand Gregh : La Beauté de vivre (Gnlmann Lévy)\nVoici une œuvre d’attendrissement, d’oplimisme et d’amour.\nIl faut être un poète pour l’avoir écrite, il faut être un homme\npour l’avoir vécue. M. Fernand (iregli est doublement cela.\nSa muse ne lui chante point seulement à lui-même des mélo\npées d'un bel art savant, mais elle plaît encore à lui apporter\nl’écho du monde extérieur. Animé de bonheur et de Justice\nil figure assez bien le Sully-Prudhonune de sa génération,\nmais un Sully-Prudhomme d’un esprit plus hautain, d’une\nvision plus large, et, surtout, d’une langue plus musicale,\nplus habile, plus infiniment douce. Tout en nuances, en gam\nmes basses, en teintes apàlies de fresques descriptives on le\ndevine d’une acuité extrême, sensible, à ces rapports mysté\nrieux ipie Baudelaire appelait des correspondances et dont\nPaul Verlaine, AI. Albert Samain et lui si*, sont faits les déli\ncieux poètes :\nUne étoile fleurit, pèle, dans le ciel bleu.\nDe l’infini, légère cl vague, la nuit pleut.\nSur le fleuve, là bas, dans la bruine sereine\nUn bateau longuement fait pleurer sa sirène,\nUn pus doux va et vient dans la chambre à côté;\nC’est elle, l’âme élue et la sœur de bonté.\nJe travaille. Je suis sans regret, sans envie,\nIl fait triste.il fuit doux. Rien de plus. C’est la vie.\nCe petit poème donne le ton gémirai du recueil où parfois\nde hautes méditations viennent dérouler le beau rythme de\nleurs strophes. Le tout s’achève par un poème écrit par l’au\nteur à l’occasion de l'inauguration de la Alaison du Peuple.\nU’a été le plus critiqué du volume. Quelques vers sur le vin,\nl’absinthe, le « troix-six qui terrasse » sont eu ellel peu di\ngnes du poète. Mais celui-ci :\nLe Peuple pour Maison aura toute la Terre.\nest d’un bel effet et domine bien do son cri prophétique, ce\nlivre d’un consciencieux et subtil artiste.\nEdmond Pii.on.\nAuguste-Gabriel Faure: La dernière journée de Sappla)\n(Mercure de Franco).\nTant que vivra le souvenir de Snpho, les poètes lui élève-",
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     "texte": "°i)\nront, en prose ou en vers, de ces frôles monuments de mois\nriches et d’étoll'es précieuses assez semblables A ceux dont les\njeunes gens de Milylène, le jour des Aphrodisics, paraient la\nstatue de la Déesse. M. Auguste-Gabriel Faure, en écrivant\nsa plaquette, n’a fait que se conformer, élégamment, à cette\npieuse coutume des poètes. 11 sied de l’en féliciter.\nJean-Marie Mestrallet : L'Allée, des Saules (Société\nlibre d’éditions des gens de lettres).\nLes poèmes de ce livre, semblables aux arbres nostalgiques\nqui en indiquent le litre, se penchent, s’éplorcnt et murmu\nrent. selon le rythme régulier d'une poésie sage. La même\nAine mélancolique et douce qui inspira plusieurs des médita\ntions de M. Sully-Prtldhomme et plusieurs de ces pages\nimprégnées de grande beauté silencieuse comme en écrivit\nM. Léon Dierx flotte au hasard de ces poèmes de regret, do\nconfidence et d’espoir. 11 y a bien du talent dans plusieurs des\nmassifs de ce jardin des Saules.\n10. P.\nFranc-Noliain : La Nouvelle Cuisinière bourgeoise (Ile-\nvue Blanche).\nChoisir un sujet de vie coutumière et le traiter avec un pro\ncédé lyrique, c’aura été une des trouvailles de cet extraor\ndinaire humoriste qu’est Franc-Noliain qui s’est voulu poète,\nl i où tant d’autres sont à peine prosateurs. Ht de ce procédé,\nil a vraiment tiré des ressources admirables, allant depuis une\nquasi tendresse intime jusqu’à la cocasserie la plus invrai\nsemblable. Car il sait être presque sentimental, avec à peine\nla nuance d’un sourire, cet humoriste, et il suffirait pour s’en\nconvaincre de relire celte délicieuse page :\nHêvcs du soir, projets\nQu’on fuit, les pieds\nSur les chenéls\nNos Aines sœurs vagabondent de compagnie,\nEt mon cigare et son aiguille à tapisserie,\nEt mon cigare et son aiguille communient :\n— Ab! bon ami... — Oui, douce amie... —\nAccord parfait :\nC’est l'heure exquise où, sans bouger,\nIl est question de voyager.\nVoyages pleins de fantaisie,\nD’imprévu, et de poésie;\nAprès dfner, les pieds au chaud,\nNous sommes 1res sentimentaux...\nEt puis après les rêves familiers, le voyage à pied ou en\nroulotte et l’arrivée à la traditionnelle auberge du Cheval",
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     "texte": "7°\nBlanc, l'évanouissement de toutes ces chimères au souvenir\ncuisant du voyage réel :\nEt je revois notre départ de l’année dernière;\n— A neuf heures cinq du matin, —\n(O prives et coqs du matin !..\n— Est-ce’ une heure pour prendre le train?...\nTout cela, pour aller s’enterrer à la mer... —\nVos yeux de sommeil encor gros,\nEt votre humeur singulière, —\nEt moi, me déballant scnl au milieu de nos\nQuatre malles, dites chapelièrcs,\nEt de vos\nHuit petits cartons chapeaux.\nOn voit comment Franc-Noliain fait jaillir un comique char\nmant de ce contraste entre la vie banale et nos rêveries senti\nmentales et bourgeoises. De temps à nuire il pousse l’hu\nmour plus loin et émaillé ses petits poèmes amorphes d’aplm-\nrismcs comme\nLe potage a le dédain des assiettes plates\nou comme\nLa nature des potages est d'être chauve.\n11 joint à l’agrément d’un esprit à la fois paradoxal et\nobservateur, le talent d’un très adroit manieur de rythmes et\nde rimes; il faut relit* son Fine, O'Cloch' et ces adorables cliefs-\nd’o'uvrc que sont Le parapluie, Les bigoudis, Les robes et\nmanteaux, L’Opinion publir/nc, et c’est, vraiment parmi nos\nhumoristes contemporains, l’un des plus délicieux, qui a su\ngarder une personnalité absolue, qu’on voudrait appeler le\nTristan Bernard, ou mieux, si le mot ne semblait trop gros, le\nDickens de la poésie.\nMaurice Beaubourg : La Bue Amoureuse (Mercure de\nFrance).\nOn sait quel humoriste délicieux estM. Maurice Beaubourg;\non se souvient du charme particulier de sa Saison an bois de\nlîonlogne, de ses Joueurs de Houles de Saint-Mandé. Celte\nIbis c’est en pleine fantaisie (pie s’est placé le romancier. La\nrue Amoureuse, écrit-il, est une exquise petite rue de la ville\nd’Avillard-Avillon, où, sitùt le jour tombé, les habitants ont\ncoutume d’aller s’enlacer, s’y acoquinant et s’y rencoignant\ndans les coins reculés. Malheureusement la politique est sur\nle point de tout gèler : ce ne sont que luttes continuelles\nentre les gens du parti radietd-athèe qui, dirigés par le pré\nsident Chaimtancc menacent de révéler dans Y Avenir <iA~\nvillard-AniUon les errements nocturnes des clèricunx-\njésuites (pii font des révélations scandaleuses sur leurs enne\nmis dans le Fanal des Seigles. Finalement tout s’arrangerait,",
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     "texte": "7 1\ngrâce à un ingénieux partage de la rue Amoureuse, ces der\nniers ne devant y aller que de huit heures à dix heures, el les\nautres de dix heures à minuit, lin importun, M. de Goulcsi-\nldeaux, (pii ne veut pas goûter les douceurs de cette bienheu\nreuse rue, ni se mettre d’aucun des deux partis, devient le\npoint de mire des Avillard-Avillonnais scandalisés, qui après\nmille tracasseries finissent par le charger de l’assassinat d’une\npetite lionne commis dans la célèbre rue.\nJ’ai dit (pic le romancier s’était placé en pleine fantaisie.\nOn voit pourtant qu’elle n’est qu’apparente, et que les travers\nde scs héros sont bien humains. M. Maurice Beaubourg a\nopposé avec un art infini les manœuvres successives desdeux\npartis, et de cette opposition continuelle jaillit un comique à\nla fois cocasse et discret. Je ne sais rien d'ironique et d’atten\ndrissant, comme la série des mésaventures de ce pauvre\nM. de Goutcsiblcaux, qui part aux galères, laissant sa douce\nmaîtresse, M'\" e delà Housse, qui le coculie consciencieusement\navec son vieil ami üiglcdon. M, Beaubourg connaît par le\ndetail toutes les petites misères de notre cœur, et, artiste\nmerveilleux, il en sourit, en nous faisant sourire. 11 est le\nplus délicat de nos humoristes, et sans doute aussi le plus\npénétrant et le plus fin.\nMark Twain : Contes choisis (Mercure de France).\nM. Gabriel de Laulrcc, qui est lui-mème un humoriste ex\nquis, el qui a écrit sur l’humour un essai de très grande va\nleur, a fait, pour notre joie, un choix des contes de M. Twain,\ncet Alphonse Allais d’avant la lettre, d'au-delà de l’Atlanli-\nque. L’humour de M. Mark Twain n’est pas fait, comme chez\nun Dickens, du rapprochement do cent détails ridicules (h; la\nvie, mais au contraire d’aventures invraisemblables. Il faut\nlire M m * Mac Williams, la Grenouille sauteuse, VHistoire\n(le l'Invalide pour voir à quel point son imagination est riche\net variée, et comment il introduit une logique inflexible dans\nles conceptions les plus baroques. Parfois aussi il aime à\nrailler les procédés habituels d'éducation ou de littérature,\ncomme dans son Histoire du Km et celle du Méchant petit\nffarçon, ou comme dans son Jlornvi du Moyen-âge, dont\nvoici,une brève analyse. Four faire usurper le trône de son\nfrère Ulrich par sa propre fille, le vieux lord de Klugenstcin\nimagine de faire déguiser celle-ci en chevalier, car Ulrich n’a\npas d’héritier m:\\lo, La fille d’Ulrich Constance, devient\nam )tireuse du faux chevalier, mais en même temps le vieux\nKlugenstcin l’a fait séduire et engrosser par un de ses servi\nteurs. Or toute fiILe séduite est passible de la peine «Le mort.\nD autre part pour la juger le faux chevalier va être obligé de\nmonter s îr le trône ducal, et une autre loi veut que si une\nfemme s'assied sur ce trône avant d’avoir clé couronnée eu",
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     "texte": "72\nprésence du peuple, elle doit mourir. Voici donc nos héroï\nnes, la jeune fille enceinte et le faux chevalier toutes deux\ncondamnables': à ce moment Mark Twain complique encore la\nsituation en faisant désigner à l’accusée le faux chevalier\ncomme étant celui (pii l’a engrossée 1 Alors les principaux\npersonnages s’évanouissent. « On ne trouvera pas ici, ni ail\nleurs, ajoute Mark Twain, la suite de ce palpitant et drama\ntique récit, pas plus aujourd'hui que jamais. La vérité est\n(pic j’ai placé mon héros (ou mon héroinc) dans une situation\nsi particulièrement sans issue que je ne vois nul moyen pos\nsible de le (ou la) faire s’en sortir. Et d’ailleurs je me lave\nles mains de toute l’affaire. Ç’est à celte personne de trouver\nla façon de s’en tirer, —ou bien d’y rester. Je pensais d’abord\npouvoir dénouer aisément cette petite difficulté, mais j’ai\nchangé d’avis. »\nD 1 ' J.-G. Mardrus : Les Mille nuits et une nuit, tome V\n(Revue blanche).\nComme les choses les plus lointaines en apparence, se res\nsemblent toujours un peu, c’est dans une situation à peu prés\nanalogue à celle du faux chevalier doM. Mark Twain, que se\ntrouve la jolie Sett Roudour, quand elle arrive à l’ilc d’Ebéne\nportant le déguisement de son mari le beau Kamaralzaman\nqui s’est égaré à la chasse, et (pie le roi Armanos lui demande\nd’épouser sa fille Jlaiat-Alnelbus. Mais le conteur oriental\nn’est pas embarrassé pour si peu : Sett Roudour accepte et\n(juant au bout de quelques jours les parents d’Ilaiat-Alnefous\ncommencent à s’irriter de la savoir encore vierge, c’est de\nl’ingcuieux subterfuge d’un poulet égorgé que se servent les\ndeux jeunes femmes pour faire croire à la consommation de\nl’acte attendu. De sorte qu'elles pourront s’aimer toutes deux\njusqu’à ce (pie le vrai Kamaralzaman ayant retrouvé son aimée\nSett Boudour prenne 1 laiat-AIncfous comme seconde femme,\naprès avoir dévoilé l’innocente ruse.\nCelte Histoire de Kumarnlzanuin (tuer Jiondonr, c’est\nl’une des plus délicieuses des Mille nuits et une nuit,elle nous\ndonne la mesure de l’extraordinaire imagination des Orien\ntaux, et il faut remercier encore le. Docteur J .-C. Mardrus de\nnous donner intégralement ce trésor unique. L’Histoire de\nIlel Ilecreux et de llelle Heureuse, et celle de Grain de\nBeauté complètent ce cinquième volume de la traduction, et\nce tome est assurément par l'intérêt de chacun des trois con\ntes qui le composent, par ses descriptions amoureuses et\ncharmantes, par ses comparaisons lleurics comme on sait,\nle plus attachant de tous ceux qui sont parus jusqu’ici.\nT. IvuNQSon.\nPoitiers. — Imprimerie Dluis cl Roy, 7, rue Yictor-Ilugo",
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