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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 17",
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     "texte": "Essai sur Saint-Just\ni\nDûs son arrivée à Paris, le fils du chevalier de Saint-Just\ns’installa rue des Caillons, û l’hôtel des Etats-Unis. L’hôtesse\nétait une femme de belles manières, d’un esprit distingué et\nfin, connaissant les arts et goûtant les lettres. En sa maison\nlogeait la veuve d’un officier des gardes du corps, M ir0 Des-\nportes de Doullens, femme charmante et douce, dévouée û\nl’ancien régime et peu avenante au nouveau qui lui semblait\nattaquer trop vivement le respect de la religion et du roi. tais\ndames, faites aux coutumes de Paris et fort savantes en con\nversation, s’intéressèrent û ce jeune homme de bonne mine\n®t d’esprit aimable qui avait déjà sacrifié aux Muses et fait\nimprimer un petit poème plein de mythologie et de fadeurs\namoureuses. L’hôtesse convint même de tracer son portrait.\nEt, c’est par ce cadre, dessiné d’une main pieuse par les soins\nd une amie que nous le retrouvons tel qu’il était a vingt-cinq\nans, beau comme un dieu, avec quelque chose dans la beauté\nde cette mélancolie maladive et charmante qu’il tenait de sa\nmère Mme ( ] e Saint-Just. Le voici, en effet, dans toute la gra\ncieuse sérénité de son visage un peu féminin, un peu grêle,\nsemblable à un Antinous rêveur et élégiaque. L’ensemble de\na figure est bien proportionné; les traits sont réguliers et\n’P 9 î sous l’arc de ses sourcils qui se rapprochent harmo\nnieusement, brillent de beaux yeux bleus d’un regard pro-\nond et scrutateur ; le nez délicat s’arrête au-dessus du lin\nc p vc f des lèvres, non loin d’une bouche molle et charnue,\nc une impérieuse sensualité. Le front est partagé par la ligne\nes cheveux qu’il avait abondants etTqui retombent, de chaque\n|°'é, en se bouclant, avec une gracieuse recherche. Le men-\no n > d un pur contour, s’encadre dans le haut collet de l’habit\n* eu de ciel qu’il portait ordinairement et, dont le temps n a\nP as c 'lacé les boutons d’or ni lo soyeux des larges revers.\nc Ç a vatc blanche qui retombe sur le devant, en larges\n1' *s neigeux, achève de donner û l’ensemble de la physio-\nuouue cette grâce charmante et ce maintien suprême qui\ntesteront toujours les marques de sa personne et dont il ne\nUl air ‘ v °ra jamais de se départir. A peine si plus tard un\nP cu do dureté assombrira le regard, à peine si les boucles",
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     "texte": "6\nr\ndes cheveux se dérangeront d’une ligne, si la netteté de la\ncravate se froissera d’un pli. Jusqu’à la fin son bel habit bleu\nrestera boutonné entièrement, sans s’ouvrir jamais pour\nl’amour ni pour la caresse et, c’est à peine si dans le tumulte\ndes Assemblées, la froide grâce de son visage s'animera un\npeu plus qu’à l’ordinaire. Les sourcils peut-être se rapproche\nront davantage en signe de l’impérieuse volonté, en marque\ndu commandement, mais toujours il gardera la symétrie de\nson costume, le sourire de scs lèvres, l’aménité de ses ma\nnières.\nCe portrait, le plus fidèle qu’on ait de lui, ressemble un\npeu, par le dessin comme par la couleur, à ceux que Grcuze\npeignit vers la fin de sa vie. C’est la même suavité de traits\net de coloris, la même recherche de grâce et de rêverie dans\nla figure, avec un peu de cette mélancolie des jeunes gens de\nla société encyclopédiste qui avaient lu de trop bonne heure\nEmile et le Contrat social. Ainsi le peignit l’hôtesse de la\nrue [des Gaillons et Mm* Desportes de Doullens s’en montra\nsi ravie qu’elle en voulut le cadre dans scs appartements. 11\nest vrai (pie plus tard elle s’en servit pour recouvrir le por\ntrait de Marie-Thérèse pour laquelle elle avait un culte. Tou\ntefois son amitié pour Saint-Just était grande. On ne dit point\nce qu’elle devint par la suite. Mais il est certain qu’elle dut\ngoûter mieux que personne le poème d'Onjant :\nJe veux bâtir une belle chimère\nCela m'amuse et remplit mon loisir...\n« Cette belle chimère » allait se bâtir en effet; la destinée\ndu charmant provincial n’allait pas tarder à se dessiner bien\ntôt avec les événements; mais pendant deux ans encore il se\npréparera, dans l’ombre, à la vivre dans toute son ampleur.\nIl se nourrira de lectures. Cette jeune tête passionnée et rê\nveuse dont Camille Desmoulins a écrit qu’il la portait sur ses\népaules avec le respect d’un Saint-Sacrement, va se pencher\nsur les ouvrages de philosophie et les durs traites de civisme.\nL’éducation qu’il reçut à Soissons chez les Oraloriens, celle\nqui le perfectionna à Reims dans l’étude du droit, tout cela,\nles arides leçons des maîtres, la connaissance des sciences,\nl’étude des classiques s’effaça peu à peu devant la lecture de\nPlaton, de Montesquieu et de Jean-Jacques. Bientôt il y joi\ngnit les discours de Robespierre. Le style de Maximilien,\nconcis, sobre, travaillé dans le silence des méditations, lui\nsemblait le modèle du genre oratoire. Saiut-Jusl s’en grisait",
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     "texte": "r\n7\ncomme d’une boisson forte, l’étudiait minutieusement, devi\nnant à travers la pauvreté des phrases, le vide des périodes,\nl’énergie indomptable, l’ambition démesurée auxquelles il lui\nsemblait que sa vie était lice désormais. Peu à peu la fièvre\ncivique lo remplit presque complètement, pénétra tout son\nêtre de son ardeur. 11 songeait de sacrifices û la nation. Et,\nquand il vint, en 1790, à la tète de la députation de sa com\nmune pour assister, au Champ-de-Mars, û la fête de la b éde-\nration, son esprit ne se possédait plus, brûlait dejû au-dedans\nde lui de toute sa flamme intérieure. Une animation extraor\ndinaire agitait sa pensée do l’ardeur du moment. 11 lui tardait\nde se jeter dans la mêlée ; et, bien qu’on ait écrit sur celte\népoque do sa vie plus d’une chose licencieuse, il est certain\nque son jeune cœur, gonflé d’un immense désir d action,\nbattait plus pour la liberté que pour une maîtresse. Ce poète\nd’Ortjant, le fade jeune homme des idylles neo-grccqucs et\ndes églogucs de Bernardin, n’attendait que l’occasion de se\nsignaler. Cette occasion arriva bientôt. Les gens de Bleran-\ncourt ayant été menacés de voir leurs marchés transportes a\nCoucy, prièrent Saint-Just d’intervenir. Et Saint-Just écrivit\na Robespierre cette lettre inoubliable qui décida de toute sa\nVlc : « Je ne vous connais pas, disaitdî à Maximilien, je ne\nvous connais pas mais vous êtes un grand homme. Vous\nn ^tes pas seulement député d’une province, vous ôtes celui\nde l’humanité et do la République ».\nC’en était fait désormais cl, ce gracieux jeune homme, cet\nharmonieux adolescent qui eût été û Rome le compagnon\nd Adrien, se laissa gagner par la. Révolution. Il en devint le\nfavori. Elle le prit doucement sur scs vagues sanglantes et le\nporta ainsi au faîte de la puissance et de la République, elle\n,c porta si haut et si bien, avec une précaution telle, (pic pas\n00 pan de son habit et que pas une boucle de scs cheveux ne\ns en trouvèrent froissés et qu’au-dessus du tumulte, des cris\ntc ,n ort et d’espoir, sa chaste et délicate tête d’Adonis conli-\nnua “ sourire, illuminée du pâle sourire de scs yeux bleus.\nII\nCe fut J 0 x 3 novembre 1792 que Saint-Just prit pour la\npremière fois la parole à la Convention, On y préparait le\nprocès du Roi, Le débat était tumultueux,Billaud-Varcnncs>\nconard Bourdon, Marat, érigeant sous le plafond du Manège",
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     "texte": "8\ndes Feuillants des faces tragiques de plébéiens avaient parle,\ntôles sombres du peuple demandant la tête royale. Et la Con\nvention hésitait, ne sachant plus, troublée par les Girondins.\nSoudain la faction de la Montagne s’agita. On vit Maximilien\nRobespierre s’écarter devant un jeune homme au beau visage\nà la mine élégante. C’était le locataire de la rue des Gaillons,\nle voisin de M* n0 Desportes de Doullens, Louis Antoine, che\nvalier de Saint-Just, le plus jeune cadet, de la Révolution. Sa\ndémarche, son bon air, la beauté de son visage firent sensa\ntion dans les tribunes. Les femmes se penchèrent. Qu’allait\ndire cette bouche écarlate faite pour l’amour et pour le bai\nser? Et ces yeux candides quelles flammes autres que celles\nd’une douce fièvre allaient-ils lancer? L’Assemblée, attentive,\nfixa le nouveau venu et les paroles d’âpreté et de vengeance\ntombèrent des lèvres sensuelles, implacables, incisives, mor\ndantes, mais en même temps sobres, pleines de décision, et\nde mépris, gardant de la distinction et du charme, au-dessus\nde l’injure et de la mort: « Je dis que le roi doit 'être jugé\nen ennemi; que nous avons moins â le juger qu’à le combat\ntre. .. Juger un roi comme un citoyen ! Ce mot clonnera la\npostérité froide. Juger c’est appliquer la loi. Une loi est un\nrapport de justice. Quel rapport de justice y a-t-il donc entre\nl’humanité et les rois?... On ne peut régner innocemment;\ntout roi est un rebelle et un usurpateur... Hâtez-vous déju\nger le x’oi car il n’est pas de citoyen qui n’ait sur lui le droit\nqu’avait Brutus sur César. »\nL’accent était contenu, le visage impassible, la noble « tête\nde Saint-Sacrement » avait oscillé à peine sur la mousseline\ndu jabot. Cette bouche d’amour avait jeté des paroles de\nmort avec l’aisance magnifique de la plus froide et tragique\ncruauté. Ce verbe bref, tranchant, semé d’interrogations, en\ntremêlé de principes rappelant la vertu, évoquant l’image des\nRomains, remua profondément la Convention. Le poète d’Or-\ngant, en un instant, se trouve devenu le point de mire de\nl’Assemblée. Plus beau que Couthon, que Danton, que Marat,\nque Maximilien, il était aussi d’une éloquence plus littéraire.\nLes Girondins, effrayés des \"proportions du meurtre qu’on\npréparait, en admirèrent l’ouvrier habile et nouveau. Brissot\nvint vers lui, muni de propositions, désirant l’attacher au\ngroupe dont Vergniaud, Barnavo et Barbaroux représentaient\nl’élite. Saint-Just refusa. Son caractère, oscillant la veille en\ncore, se dessina aussitôt avec une énergie farouche. Son ad-",
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     "texte": "!\nh\n1\nmiration était pour Robespierre, il le dit avec netteté, le cria\ntrès haut, se déclara l’homme-lige de son parti. Pourtant^ au\nsortir de la séance l’attendaient, sur sa modeste table d hôtel,\nles épreuves de la nouvelle édition de son poème : Mes pas\nse-temps ou le nouvel Organt par un Député de la Conven-\ntion Nationale.Et c’est ainsi cjuc s’affirma désormais la dou\nble voie de sa vie, d’un côté autoritaire, froide, cruelle et im\nplacable, de l’autre soucieuse de la grAce de son esprit, du\ncharme de son maintien, s’appliquant par le choix de scs pa\nroles et celui de scs habits à atténuer la dure violence de son\nmoi public et tâchant de se faire pardonner, à lorce de déli\ncatesse, do dandysme et de grâce presque chevaleresque son\njacobinisme inflexible et exalté.\nR en était de même dans ses discours que dans ses actes.\nUn sentimentalisme humanitaire en voilait le dessein secret.\nb j t il arrivait souvent qu’on était tout surpris du vote qu il\narrachait à scs collègues par des moyens que n avaient pas\nconnus les plus grands orateurs, et qui consistaient â deman\nder l’application du mal sous le fallacieux prétexte d en com\nbattre les effets chez les autres. Souvent plus inspire du Pré\nsident de Montesquieu que de JcamJacques lui-memc,il mê\nlait ses discours politiques de phrases creuses et élégantes re\ncueillies çà et là au cours de ses lectures et, nul ne savait\nraieux que lui envoyer ses ennemis à la guillotine en parlant\ndes Horaccs et. de la déesse Raison, en invoquant les plus\nillustres exemples qui sont dans Plutarque et en donnant a\nson crime l’excuse même des plus nobles actions. Combien\nde personnes il envoya à l’échafaud sous prétexte de défen\ndre la liberté menacée et qui n’avaient commis d’autre mal\nque celui de ne point partager son opinion de pensée. Les\nm urs seuls du comité de Salut Public en connurent le nom-\nb r c et il arriva souvent qu’au sein même de la Convention\npbis d’un, parmi ses adversaires, courba la tête devant lui de\npeur de ne plus l’avoir longtemps à garder sur les épaules !\nÇoUot d’IIerbois qui le craignait tout en le détestant lui di-\nsa ‘t souvent, par haine de son déisme et de sa phraséologie\npompeuse : « Tu n’es qu’une boîte à apophtegmes ». Mais lui\nsuivait sa destinée, sans, hésiter un seul instant devant la\ntrahison de scs amis ou les coups de ses ennemis, acceptant\nsans ioiblessc la responsabilité des actes où il entraînait sou\nvent avec lui la Convention entière. On sait le réquisitoire\nar îtraire qu’il rédigea presque seul contre les Girondins et",
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     "texte": "10\n;\nla part qu’il prit à la rédaction de la loi des suspects. Nommé\nau comité de Salut Publie il sent sa férocité grandir avec son\nétoile, et ce n’est pas sans une sorte de satisfaction person\nnelle d’homme se donnant le compliment à lui-mèmc qu’il dit\nà scs collègues, lo jour de l’exécution de la Reine : « Votre\ncomité a pensé que la meilleure représaille envers l'Autriche\nétait de mettre l’échafaud et l’infamie dans sa famille ».\nDès lors son action s’étend aux Jacobins, au Comité et à la\nMontagne.Ce jeune homme de vingt-six ansentreprend d’action\nner plus vigoureusement encore la machine révolutionnaire ;\nil prépare des lois dont il assurera lui-mèmc l’exécution et on\nne sait pas très bien si, en grattant derrière chaque goutte\nde sang des papiers publics, on ne retrouvera pas un peu la\nsignature de sa main élégante ; on ne sait pas très bien non\nplus s’il n’amena point, par le régime de terreur qu’il sema\ndans les armées sans-culottes,la victoire à se prononcer.Alors\nil atteint au comble de la puissance. Il est aussi haut dans la\ngloire et le meurtre qu’un despote de Suétone et quand on\nadmire son beau visage étincelant de jeunesse et pétillant\nd’espoir on est prêt à applaudir en lui le jeune ange de la li\nberté.\nEnvoyé en Alsace avec Le Bas il brise la révolte militaire\npar une prompte et rapide discipline. Dès Brumaire an II,un\ncolonel, qui a tenu des propos contre la République, est fu\nsillé, un commandant qui, sous l’empire du vin, a frappé un\nde scs hommes est dégradé, le général Eisenberg qui a reculé\ndevant les lvaiserlicks est arreté, jugé sommairement et exé\ncute. Scs ordres sont terribles. Il est partout à la fois, ordon\nnant avec Apreté, ne soutirant pas de retards,pas d’hésitation,\npas de murmure. 11 décrète la victoire. Le 8 frimaire Ilocbe\navait en vain essayé de déloger l’ennemi campé sur les hau\nteurs de lvaiscrlautcrn. Il est repousse. Alors Saint-Just et\nle Bas lui écrivent : « Tu as pris à Kaiserlautcrn un nouvel\nengagement ; au lieu d’une victoire il en faut deux». Une\nautre fois Saint-Just s’adresse aux officiers municipaux de\nStrasbourg: « Dix mille hommes sont nu-pieds dans l’armée.\nIl faut que vous déchaussiez tous los aristocrates de la ville\net que demain, à dix heures du matin, dix mille paires de sou\nliers soient livrées au quartier général ».\nIl ordonne et les victoires sont gagnées. II passe et les plus\nhauts dignitaires de l’armée tremblent devant lui, craintifs\ncomme devant le maître. Il revient et les tètes les plus vail-",
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     "texte": "lantcs de l’Assemblée roulent dans le panier sur le réquisi\ntoire implacable qu’il a préparé contre elles. C’en est fait de\nDanton, c’en est fait d’Hébert, c’en est fait du pauvre et idyl\nlique Camille « cette admirable fleur qui fleurissait sur Dan-\nIon (i) ». Le iG Germinal le venge du sarcasme du Vieux\nCordelicr (2) ; et, le 10 floréal, de retour à l’armée du Nord\nil assure par sa sévérité, scs décrets et son commandement\nle succès de Jourdan à Fleurus.Un retour triomphal l’attend.\nUn voyage jusqu’à Paris n’est plus qu’une série de lètcs. 11\ntouche au suprême de son orgueil. 11 rentre dans la Conven\ntion, entre Couthon et Maximilien,la tète haute, dominatrice,\n^ais charmante toujours et d’une toujours si parfaite dis\ntinction dans la manière de cravater son col et de boutonner\nbien régulièrement les pans de son bel habit bleu.\nIII\nPar ces traits inoubliables, par ce que nous Sî ^ oas f ul\népoque et du rôle qu’il y joua, nous pouvons c 1 J y a _\nco caractère de Saint-Just, d’une si déconcertante compbca^\ntion. En vain les biographes tentèrent-ils ( 0 cx ‘ .\nl’avilir. Ils n’empêcheront point cette jeune te e vo . .,\nse détacher sur l’aurore rouge de son temps avec <■ ®\nnetteté d’une admirable eau-forte. En vain les scctai ™'\nteront-ilsde nousle représenter, les uns comme c mon ‘ .\nhéros d’un mouvement déplorable, les autres comme\nde la religion civique dont Robespierre se désignai e ^ ‘\nAucuns n’entraveront la minutieuse recbcrc ic < u p y\nioguo et il n’en est pas qui pourraient nous empec 1er\ncouvrir tout ce qu’il y a d’abominable et de su > 1\ncette àme à la fois hautaine et tendre, dans ce cœur ra\\ «\nde passion et d’orgueil et qui fut certainement un. i e 1.\npurs qui battirent dans une poitrine républicaine. ^ 1 os\nqu’il commit des crimes et répandit le sang, 1 su 1,101 ..\npar lui-mème qu’il n’avait pas peur de la niort e q u Ç\nsavait la donner aux autres il savait parfaitement a IU , V(\npour lui-mème. A l’affaire de Landau, le G nivôse an ,\nprésence de Desaix et bien que son grade de commissaire\nla Convention l’eût autorisé à se tenir à 1 écart, il se ji aie\n(0 Michelet. cn t A|«\n(2) C’est Camille qui avait dit de Saint-Just : « U P^te sa ttte\ncomme un Saint-Sacrement et c’est Saint-Just qui a\\ai L 1\n^ Je lui ferai porter la sienne comme un Saint Denis. »",
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     "texte": "12\nsolument au milieu de la mêlée « au milieu, dit Baudot, de\nla mitraille et de l’arme blanche, avec l’insouciance ctla fougue\nd’un jeune hussard. » Le même courage l’accompagnait\ndans les assemblées. Il y montra plus d’une fois une audace\npérilleuse. Et ceci n’est pas d’une Ame basse. C’est au con\ntraire d’une énergie assez noble, si l’on pense aux exemples\nqu’il avait sous les yeux et si l’on compare la délicatesse de\nson physique et l’élégance do sa tenue à celles des autres\nsans-culotlides. D’aucuns lui ont aussi reproché de n’être que\nl’instrument de Maximilien. Rien n’est plus faux. « Robes\npierre, écrit Levasseur un de leurs contemporains, a toujours\nété regardé comme la tête du gouvernement révolutionnaire.\nPour moi, qui ai vu de près les événements de cette époque,\nj’oserais presque affirmer que Saint-Just y eut plus de part\nque Robespierre lui-même. » Et l’on a su depuis l’empire que\nSaint-Just exerçait sur l’idéologue. « Il lui était devenu né\ncessaire, dit Levasseur, et il s’en était fait craindre peut-être\nplus encore qu’il n’avait désiré s’en faire aimer, et s’il a fallu\nque les idées personnelles de l’un pliassent devant celles de\nl’autre, il est certain que jamais Saint-Just n’a cédé. »\nAinsi Saint-Just dominait Maximilien comme Maximilien\ndominait la Convention et c’était le fils du bourgeois de Blé-\nrancourt, le fade poète des Nouveaux passe-temps qui éle\nvait, au-dessus du tumulte formidable de la Révolution, son\néloquence d’avocat exalté et l’inflexible rigueur de son stoï\ncisme d’Etat. Son sang-froid indémontable calmait Maximi\nlien, naturellement peu brave. Etil étendait sa volonté tenace\nsur Couthon qui plia plus d’une fois devant lui, sur Le Bas,\nsur scs collègues du Comité de Salut Public. La beauté de\nses mœurs qu’il avait pures, l’attrait de sa physionomie, la\ndécision de sa parole en imposaient à tous et forçaient l’admi\nration. « Son caractère était austère, écrivit de lui, plus lard,\naprès Thermidor, son ennemi Barrère, ses mœurs politiques\nsévères. » Il ne donna jamais prise au moindre soupçon d’im\nmoralité et de bassesse. La distinction de tout son être était\nsi intime, si profonde qu’elle sut l’élever à son insu au-dessus\ndes orages du temps. Au priapisme, A la débauche, aux scan\ndales ([uc ses collègues promènent avec des filles dans le jardin\nEgalité, il oppose le flegme insurmontable de son purisme.\nOn ne le voit pas au café Procope haranguer la foule sous les\nbustes de Mirabeau et de Mucius Sccvola ; ni au café du\nCommerce, rue des Blancs-Manteaux, avec Maximilien ; ni à",
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     "texte": "i3\n^ui d e ] a rue Saint— H onor 6 où l'on dit que Marat, Tallien,\nbc ^cnt ct Panis\ns’enivraient.\nfou CS ^ cmmes 1° touchent peu. Les demoiselles en o beaux\nde ^ rCau . x * ( I U * emplissaient le Paris révolutionnaire du bruit\n: °. ur x mpureté ne peuvent rien sur lui. Son nom no parut\n/>e« a / S ^ UC Pudiquement au Vieux Cordelier, à l’Ami du\np ^ e \\ au Père Duchêne ct à la Chronique scandaleuse. Et\nvov > Sait CC - ( l u * so P assa à l’armée du Nord où il avait etc cn-\n« ils ° n - n ?‘ ss ‘ on avcc Le Bas. Irrités de la perte de Landrccies\ndiat en ^ 0, £ n * rcn t aux soldats ct officiers de renvoyer immé-\nsous peine de mort, les femmes de mauvaises vie\n(roi , rnena ient avec eux ct décrétèrent même des peines ri-\nLc T{° USes . con t re les hommes atteints de certaines maladies. »\nPari <lS n ^rit, dans cet ordre, que le second de Saint-Just.\nC oii. r 0,1 ils allèrent ensemble Le Bas plia devant son\nSai^Pr 0 * l’aimait et l’admirait. Son attachement pour\nsa s ~ US ^ P ro ^ ont l °t l’on sait qu’il tenta de le marier à\ny eut, CUl ’ Henriette Le Bas, qui était jolie ct digne de lui. Il\nL’âm ( * U . e l ( l ucs rapports d’amitié pure entre les jeunes gens.\na u c ° ri S id c du conventionnel sembla s’attendrir un instant\nl’aime ^ dc ce H e jeune fille qui ne demandait qu’à\na pr , ès°i \" P ro i cts d’union furent conclus. On se marierait\nrc Pt‘is a ^ vo ^ u ll° n - Un jour d’abandon, l’ami de Maximilien,\nq u qj aux charmes d’une poésie intime et puérile, écrivit\nde 1 .! le désirerait plus que le repos « avec quelques arpents\n° c 11 e à la campagne, une femme aimée et des livres pour\n% u o d SCS l°* s * rs >)- Louis-Antoine esquissait l’avenir buco-\nu 0ms ] C sa vie. U 1° traçait d’avance comme il avait tracé les\n« différentes fêtes républicaines : « Fête des époux »\nvi ei u S , des scmcnc cs », « Fêto des moissons », « Fête des\nvi e de V ■* V a P erceva it comme un couronnement à toute sa\nPlér-i CSui téressement ct de civisme ce retour tranquille à\nmiu e j°»V r ^ ^ bonheur du foyer, la joie heureuse de sa fa-\nc °mbalt 10rreur do sang le prenait. Cincinnatus qui avait\nPlus t, 1 .'î ^° Ur liberté et la mort il ne désirait plus pour\ndame de \\\\f UC Sa ma * son a l a campagne. Jean Jacques, Ma-\navr>r> i> , tarons, les Charmettes, Ermenonville le reprenaient\npubli “ Cndri8a “nt\nréveil de leur poème. Eloigné de la vie\n. w , v », v.iv> ivui U T7\">\nrauque, auprès d’IIenriette, il apprendrait à ses enfants la Vic\n, Hommes illustres, le Banquet, l'Emile. Et ce serait la\n. douces heures bien gagnées. Mais ce rêve n’était que tu-\ninstant repris à la beauté des champs, des campagnes,",
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     "texte": "*4\ndo l’amour conjugal, il so réveillait soudain comme un lion\nterrible. Sa colère se traduisait en imprécations froides et\ndures. Loin d’avoir les emportements de Maximilien il se rc-\nceuillait, se matait lui-même devant sa violence. Et quand il\navait prévu, un instant tout ce qu’il y avait de chimérique et\nd’impossible à réaliser dans ces projets d’un futur incertain il\nrcdevcnaitle commissaire delà Convention, le juge du Comité\ndeSalutPublic ; son masque, uninstant adouci, s’assombrissait\nsoudain comme celui du Brutus antique. Au lieu des mots\nd’amour c’étaient des mots de mort qui sortaient de ses lèvres\ntremblantes. Au parlementaire prussien qui venait lui deman\nder une armistice alors qu’il était aux armées du Nord, il\nfaisait répondre : « La République française ne reçoit de scs\nennemis et ne lui envoie que du plomb. « Ou bien il montait\nà la tribune de l’assemblée, cl lisait ce décret terrible qu’il\navait composé avec les notes de Maximilien : « ,lo viens, di\nsait-il, acquitter le tribut sévère de l’amour de la patrie cl\nvous dire, sans ménagement, des vérités Apres... » Et c’était\nla tête de Danton qu’on lui livrait, celle d’Hébert, celle de\nDesmoulins. Plus la douceur riante de sou repos lui parais\nsait fuir, plus s’éloignait de lui l’image délicieuse de la re\ntraite, plus il mugissait, emporté au-delà de la raison. « Les\narmes de la liberté ne doivent être touchées qu’avec des mains\npures, » s’écriait-il, et il demandait des victimes et encore\ndes victimes. Le mépris qu’il avait des autres le poussait aux\nviolences et lui d’ordinaire si contenu, si correct, d’une si\nmajestueuse élégance, s’écria publiquement à la Convention :\n« Arrachez-moi le cœur et mangez-le, vous deviendrez ce que\nvous n’êles pas : grands 1 »\nEt sans doute avait il raison. Il s’élevait bien au-dessus des\nautres, il était plus logique avec soi-même que tous ceux de\nla Montagne et son mépris devenait considérable à les con\ntempler : mal vêtus, parlant mal, impurs dans leur vie\ncomme dans leur politique. Enfin sa liaison avec Henriette\nLe Bas se rompit. Il s’aperçut, un jour (pie la jeune fille pri\nsait du tabac. Alors ce fut fini. Il eut un rire un peu moqueur,\nsecoua le jabot de sa dentelle pour en chasser l’odeur\nmauvaise et tourna les talons. Ce fut le commencement de\nses malheurs.\nIV\nC’est Fonlcnelle qui disait qu’il n’aimait pas la guerre parce",
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     "texte": "i5\ngâtait les conversations. Saint-Just ne pouvait point\nmeme reproche à la Révolution. Elle ne gâta ni les\nîles de son physique ni celles de son moïal et si elle dé-\nUo PP» ei ^ ^i» au paroxysme, certains appétits de domina-\nio ? i n ^ tou ^ jamais les sentiments de son cœur. Aux\nto CS ^ US som l )rcs >1 ne laissa point périr en lui, ni s’e-\nq u ,jj Cr saus le tumulte des actions la petite fleur do l’idylle\nCo ava, t toujours soigneusement gardée au fond de son être\nflu’fl 111 ' 0 ' ln 30uvca i r des jeunes années. Le poète médiocre\nprél- * ’ ^' a l JOr( l avait laissé place à un idéologue tout im-\nfirc ^ CQ eore de poésie. Les soins de la République ne lui\nl Cs U A 0u * ) l' cr jamais ceux de sa famille, et, nous avons vu\nSon^ 03 traite champêtre qu’il formait pour plus tard,\nson amour ®l*al était respectueux et grave, il avait pour ses\nriéc** UU ° 1,Cn< ^ resse affectueuse cl l’une d’elles, s’étant ma-\np ’ ?, n a Cons crvé de belles lettres qu’il écrivit â son époux,\nvotr^ • Cn ^ a 8' er à prendre place dans sa famille : « Egayez\nn’épo ^ eUUe ma riée, disait-il, et surtout veillez à ce qu’elle\nfln’cfle SC ’ aucu î 1 c hagrin domestique de la nature de ceux\nvotre f H °. scra ' t P°int vous confier. L’idée que j’ai conçue de\nnm ,„ i, aini * e mc fait croire qu’il aimeront tendrement cette\nOn C Sœur C . 1 ccttc nouvelle fiHe. »\nSe rompis auss * ses fiançailles avec Henriette Le Bas; si elles\nParce < , c . c ae3t point par sa faute, mais uniquement\nlui. m r 1 c * a lf froissé dans la susceptibilité la plus intime de\nehât q ,n > C C *' P arcc flu’il ne pouvait souffrir qu’on ne l’appro-\nPares » IV< ^m ^ C , S I ï la l ns P ur es. Cette phrase des « mains\nimage** r'V - SC Plaisait â répéter n’était pas chez lui qu’une\nex igea*it i Clai1 ' une P cns ée bien nette de l’amour-propre qu'il\nvoulait C ' CZ l0US . ccux fl u i 'approchaient de son amour. 11\nmême ^ j rr éprochablc comme il se pensait être lui-\nPatrioti^ CZ l^ csinou l‘ ns et dites-lui que j’estime son\nSon âniQ 1110 /. ma ^ s . t I ac j° 1° méprise lui, parcc que j’ai pénétré\nqu’il avait CCriva l l \"H> dès 1792 â un de scs amis. Ce mépris\nqu’il fais* •,l ) . 0ur l cs autres, explique peut-être le peu de cas\nlaisser vivr ' l 10 î n,ncs et le peu de prix qu’il attachait â les\nfiloutait m 10 / \" 0ri idéalisme visait plus haut que les individus,\nsans grand ( 1 UC *?,' S j US( l u ’â des conceptions qui n’étaient pas\nfameuse tl^ U | l • CSl ^ e *' non Î>1 Robespierre qu’on doit la\nl’Etre Su or'' 0 °.” IC n ,? uvc *l c : (< 1 jC peuple français reconnaît\neiviques „ Crnc , cl ' immortalité de l'âme ». Il ajoute des fêtes\nau calendrier de Fabre d’Eglanlinè. Ailleurs il",
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     "texte": "demande « que les lois générales soient solennellement pro\nclamées dans les temples ». Le mot cœur, revient souvent\ndans ses discours et scs écrits. Et. le fatal jour du 9 thermi\ndor quand il montera pour la dernière fois à la tribune de la\nConvention, ce sera pour se confier à ses collègues, pour leur\nlivrer l’intime secret de son être. « Quelqu’un cette nuit a\nflétri mon cœur et je ne puis parler qu’à vous... » Phrase\nénigmatique et vague qui s’interrompit aussitôt sous la voix\naccusatrice de Tallicn, sous les blasphèmes et les cris de\nFouché, do Collot d’Iîcrbois, de Bourdon et de Rovère ;\nphrase douloureuse par laquelle il allait livrer peut-être le\nsecret de toute sa vie ; petite phrase plaintive et implorante\nqui est sans doute la première et la dernière défaillance qu’il\neût jamais. Car, dès qu’il sut que c’était fini, qu’il n’y avait\nplus d’espoir possible, il redevint maître de lui. Alors que\nRobespierre, Couthon et Le Bas essayèrent d’attenter à leurs\njours, lui demeura calme sous l’orage, indifférent, son immo\nbile sourire do mépris posé sur les lèvres. Jusqu’à la fin, il\ndonna des soins à Maximilien dont on connaît la fin atroce\net l’accident dont il fut victime de la part d’un gendarme sec\ntaire. Jusqu’à la fin il demeura courageux, rigide dans son\nrôle civique, froid devant la mort comme il l’avait été devant\nle triomphe. Jusqu’à la fin son attitude est silencieuse. « Sa\ncravate même est bien mise. Il porte un habitdc couleur cha\nmois, un gilet fond blanc et une culotte de drap gris blanc ».\nC’est à peine si un léger abattement se marque sur son visage.\nIl est un peu plus pâle, voilà tout. II songe à Hébert, à Dan\nton et à Camille qu’il a fait condamner et son orgueil est si\nvaste et le mépris qu’il a d’eux est si puissant qu’il songe\nencore à les surpasser dans la manière même de savoir mou\nrir. Il ne parle pas au peuple comme Camille, il ne se frappe\npas le front comme Chénieren prononçant des paroles fatales,\nil ne pleure pas ses amis comme les Girondins, il n’invoque\npoint l’ingratitude humaine. Son Ame hautaine au-dedans de\nson beau costume, ne défaille point et c’est royalement qu’il\nmeurt, sobrement, dignement, en Charles Ior plus qu’en\nmanant, en philosophe plus qu’en sans-culotte. Et ce jeune\nhomme de vingt-sept ans, issu de famille pauvre reste jus\nqu’à la fin enfoui dans sa cravate de fine mousseline avec\nautant de dignité que le roi d’Angleterre dans cet admirable\ncol de dentelles dont le para Van Dyck 1\nSon supplice fut le digno couronnement de sa courte vie",
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     "texte": "P a ssionnéo et, quand tomba sa jeune tête de Saint-Sacrement\n; r cc J ,tc place meme où, par scs ordres, en étaient tombées\nai ^ d autres, on put dire que c’en était fait de la Révolution.\n.Puis, les historiens sont venus qui ont parlé de lui avec\nj s r* Lamartine, Sainte-Beuve, pour exalter les Girondins\n‘ ^honorèrent mesquinement, parlèrent de lui sans le com-\nendre. Et c’est Michelet peut-être qui le pénétra le mieux\n^ and il écrivit de lui que c’était « une haute et fière nature ».\nud-Just lut cela en effet. Son caractère était passionné et\nsi ?‘ 0 l fl fois. 11 avait les qualités de raffinement de son\ns an s <! ’ ^ Cn ava ’ t au ssi les défauts vivaces; et l’on peut dire\ns’en errcur n ue s, ü s cn inspira hautement dans la vertu, il\nfaiip r ° c °. mma nda aussi bien dans le crime et dans les for-\nntort ^ a ^ n * enan l ( l uc Plus d’un siècle s’est écoulé depuis sa\nS’il n ° us Pouvons le juger plus sainementet plus sobrement,\ntern ^ Vra * f i u ** j° ua souvent dans les évènements de son\nUcl Un fuo i cs rhéteurs s’appliquent ù trouver crimi-\nla 5 * ^ ccux qui ne se font point de la vertu et du vice\njj cme image que le commun, un beau portrait de volonté,\ndes p ,l ’ .^ ans i cs nausées de nombreuses toiles de l’époque\njounoT^ 1 ^^ 8 C * ^ ena i s8ance représentant un admirable\nt*’cs( nu , le corps transpercé des flèches du martyre.\nSéjj a \" a, nt-Sébasticn. Sainl-Just me rappelle ce beau Saint-\naveè 1Cn ’ mar ly r comme l’autre, d’une nouvelle religion,\np ar i C g C «? différence toutefois qu’avant de se laisser percer\nG’est S CC les ) ü s’en servit pour frapper d’autres victimes.\nép 0( Un l>cau profil se détachant sur une noble et sinistre\nétinp' 1 ! 0 * ra Ppé en médaille, il en montre à la fois la face\nan te et le revers tragique.\nEdmond Pilon.",
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     "texte": "Cœur d’amour\nPetit poème pour être dansé.\nPERSONNAGES\nLe chevalier Cœur Noir-Soupçon\nLongue Attente La Dame de la 1\\ose\nFroid-Dédain Un récitant\nI\nLE RÉCITANT\nDepuis des jours déjà sans nombre,\nPar le pré clair, par le bois sombre,\nPar la montagne et par le val,\nEtant Celui que rien n’arrête,\nAu galop de son grand cheval\nLe chevalier Cœur est en quête.\n— Par le val où le ruisseau court,\nPar le pré, le bois, la montagne.\nQue cherche-t-il celui (pie la grâce accompagne?\n— Ce qu’on cherche à vingt ans : l’Amour.\nEt, las de sa course sans trêvo,\nLe chevalier s’est endormi\nEmmi\nLes fleurs de l’herbe. Il rêve...\nEt son rêve est visible à nos yeux :\nC’est dans un jardin merveilleux,\nUne belle Dame, si belle\nQu’en l’apercevant,\n— Se levant\nComme pour la fêler d’une gloire éternelle, —\nSans un souffle même de vent,\nLes lauriers du jardin se sont tournés vers elle.\nEt la Dame que l’on voit\nEn un rosier semble enclose,\nDont elle tient une rose\nAux doigts.\nEt l’on entend chanter des voix\nEn musiques do caresses ;\nCar dans le jardin d’été\nC’est «la Dame de Beauté »\nDans le llosier des Tendresses.",
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     "texte": "19\nmmatm\np> . CIiœUR INVISIBLE\nD an « î Hcauté »\n0 Gosier des Tendresses.\nP . L,J£ HEUITANT\nCnrrÜ' S ° C ^ lan *' s’élcinl, devient à peine ouï,\nEt lo î ln V °1 bruissant d’abeilles ;\nEt il rl l0n s’évanouit,\nEt le 3 C v h ® Valier sc réveille;\nIl i nr /.' Ux cn . cor pleins du mirage enchanté\nEt c » C rev °i r « la Dame de Beauté. »\nP ar 1 c f{ Pourquoi par le bois sombre,\nV ers ( |^ a °1 1 le ruisseau fuit,\nUn h! ? S y° lx ( l u ,m entend mourir au cœur de l’ombre,\nCva l au galop s’éloigne dans la\nnuit..\nII\nAveTr 6 ”;\"'™ 6 ^.\n^PParaîT ° larmillc closc »\nEt l’Arn-) 0 *) ^ en ?l° s du Jardin de la Rose.\nLui dont \\ ‘,l u * con uaît (Rio ce mur seulement\nD’inîS celéce qu’il adore,\nQuand ,] SS<ln l t ^ sir se dévore,\n- a °d dans le moment\nlJn c „ • *\nDcvanu^o ( * 0n nc sa ' 1 quelle porte\nCelCil® 8 y cux du Chevalier.\nEtln « i tlent un sablier\nA ces° J ° ( l u ’elle porte\n« / on nols écrits :\nLo r^ e Attente ».\nHésite T ali . er d, «bord surpris\nLe franchi?? 8 re ™L et lente\nMais Lonon A 8 ?* 111 ( l u on lui tient fermé;\nH ne b™£ uo Attente le faille :\n11 \"e L'.i- f' |a . nia ' s I» muraille ;\nL éternelle r/'.' ar< l u cr de sa fuite éternelle\nLe Chevaliep 110 dc8 “! ls -\n, Ava m qu’il !.•? l;ra m ?ins jeune et moins encore;\njCs cheveuv *i V >U . vo ' r l a P ortc sc déclore,\nuonds qu’il a seront des cheveux blancs.",
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     "texte": "— « Qu’importe! » il restera fidèle;\nEt peut-être, un jour, il obtiendra d’elle\nQu’elle laisse tomber des yeux plus doux sur lui.\n— « Le vieux qu’il fera ! des jambes en quilles,\nEt béquilles\nPour appui I\n— Lui répond que beauté n'aura pas toute fui :\nNature, comme mère à ses enfants, est bonne,\nLors\nQue voyant le vieillard et l’arbre à leur automne,\nEn un dernier effort,\nEmue,\nElle transmue,\nAfin qu’un peu du charme ancien y reste encor,\nLe vieillard en argent et le vieil arbre en or.\nMais l’autre dit : — « Qu’amour te garde!\nContre toi, pauvre Amant,\nQuelqu’un la défend éternellement\nQuelqu’un contre qui tu ne peux rien. Regarde.\nEt soudain\n★\nUne autre encore approche, et ces mots « Froid Dédai\nSont inscrits, en orfèvrerie\nFleurie,\nSur la robe de celle là.\nQuel malheur jamais au sien s’égala 1\nCelle\nQu’il vient de voir\nApparaître, lient un miroir;\nEt s’y mire les yeux, la bouche, et n’y voit qu’Ello.\nEt le Chevalier comprend :\nCelle qu’il attend,\n— Torture toi, Cœur, et saigne !\nSera Celle qui ne daigne\nQui ne voit et qui n’entend.\n— « Son miroir (l’Orgueil, pour qu’elle s’émeuve,\nSi je le brisais 1 » — Elle en aurait dans l’instant\nTant d’autres, le ruisseau, le fleuve,\nElle en aurait tant et tant :\nLa rivière claire et lente,\nLa source, ce miroir qui chante ;\nCe miroir qui rêve, l’étang. »\n— « Janvier gèle les fontaines,\nDit-il. Où se voir\nQuand l’hiver de son haleine\nAura soufflé sur le miroir",
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     "texte": "la source\nJ ^e l’étang ?\n21\nT| V4WU h 1\nj çn restera pourtant ;\nb,, U1 Ç ar de la ressource\nMc s “\"“ 0U '’ liCU ' 1 ’\ni s ’ s ’y revoyant et souriante et double,\nSur !^ ettra SOn cœur dans mon regard profond,\nL US< î un l 1Cu des pleurs qui le lui terniront,\nQ u AP* 118 , claire source se trouble\n^ a on jette une pierre au fond.\n¥•\nLo^- S v ? ici P our l’Amant l’épreuve suprême :\nOumT S cst * !l d» tout s'est tu,\ntj n i ( ’ vers Celle qu’il aime,\nQui (i° ,nm p v l° n t, d’ombre vêtu,\nÊt i e p? s 1 °mbre à pas lents sc glisse,\nS’ouvr' lcva ^ er v °it avec un frisson\nP 0Ur pj Sans bruit le mur complice\nDont 1 nconnu de maléfice\nEl i mantea u montre écrit : « Noir Soupçon. »\nLa f 0 ^ s’écoule... O ! que l’heure est lente 1\nC’est Ta CCOu,c une voix qui chante :\nL’éol,„ Au î' rc l^-bas et son cbant d’amour.\nLe Jii ( 1 U1 l’occueille\nL’ois«n aUX , 0 ‘ seaux dormants d’alentour,\nEt j a J-' 1 .^veillé le dit à la feuille,\nToute i, Ul f au vent... Un murmure court :\n— Le i * 0rt ^ c l la, do un chant d’amour...\nP° Ur p? m P s est-il mort que l’heure est si lente?\nO, ,î? an t meurtri dont l’Ame est dolente,\nEnfi 1Cur ° est, lente! 01 que l’heure est lente!\nQui com reVOici lü jour\nEt, de v mme V Ce -\nS’ent roa nl * * nc °onu, le seuil de trahison\n—- « i Vre nouveau sous les doigts du Silence.\nEt lo pi° n d’amour 1 rends-moi raison 1 »\nC’êpée nil palier le provoque.\nArmes L ^ air éclaire. Combat.\nEt l c f rn », rc armes sc choquent.\n^omnio i rc , ama nt s’abat,\nEt un frêle arbre an ’\nEt l« rn Ux ^ eurs de pourpre une pourpre vive\nHélas n * eva l>er Cœur a tué lc Noir Soupçon.\nIl voit n v ° n ,l )artou l, en chaque buisson\ncc épouvante\narbre au vent qui vente\nvivante.",
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     "texte": "22\nQue le mort toujours renaît sous scs coups :\n— Jalousie est vivante en le cœur du jaloux.\nO la fragilité des tendresses humaines!\nO peine 1\nO douleur!\nQu’il cesse d’exister ce cœur.\nDont le doute insulte à celle qu’il aime 1\nEt le bon chevalier va se frapper lui-ineme...\nMais — il y pense — si sa mort\nAllait la troubler d’un remords.\nElle — si cruelle, soit-elle — sa Dame?...\nNon ! Pour qu’elle n’ait même pas\nUne tristesse en ses yeux las,\nDe ses mains il brise sa lame.\nSon douloureux secret il saura l’enfermer.\nC’est trop beau que la mort délivre.\nLe vrai sacrifice est de vivre\nEt sans même être aimé, d’aimer.\nQu’il s’offre aux traits qui le déchirent !\nEt s’il faut qu’un jour il expire.\nQu’il accueille ce dernier jour,\nAvec un dernier sourire\nDans un dernier serment d’amour.\nMais c’est assez. Puisque, sans que son cœur faiblisse,\nIl a jusqu’à la lie, épuisé le calice.\nDevant ses yeux l’enclos do la forêt se fend....\nIII\nEt voici qu’au delà des charmilles décloses,\nLa dame de Beauté reparaît dans les roses,\nAu cœur du Rosier triomphant :\nOr maintenant plus de paroles.\nMusiques seulement de liâtes et de violes.\nIls sont heureux ;\nQue le mur odorant se reelose sur eux...\nEt c’est pourquoi dans le bois sombre\nOù plus un rayon ne luit,\nMontent du cœur de l’ombre.\nDes baisers éperdus qui chantent dans la nuit.\nEugène Mohand.",
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     "texte": "NIETZSCHE\nLE PRINCIPE d’aIUSTOCRATIK\n<1 Celui-là,au moins,na jamais rr\n.... ' un instntit do s!l\nLorsque la mort cérébrale 1 * nnn0 n *. > ua épilogue.\nr io, L ta mort effective d n es^n»»\nNietzsche ne s’était pas réalisé, ll n tU ‘ L lo chef-d’œuvre\nwité de son entreprise obstinée ‘ accoi _— qu’il vou-\nhumain, - « plus fort,... cl aussi P*\"* ^ 6mc . Il semble\nlut toujours faire de lui-même, c0 ^ satisfait cet ou-\nbicn d’ailleurs qu’aucune réalisation n * Q non ascendant\nyrier exigeant de sa propre perfection; J lusd e terme\njamais assouvi qui fut sa méthode n imp ^ ^ c iel, in Uniment;\nque n’en implique une spirale dérou k v ^ VC ut, toucher,\nchaque élan vertical approfondit le clC ( nu’uno halte avant\nchatpic palier de la courbe ascendante ne. jusqu’audéclic\nune nouvelle montée ; et la montée étci m cmcn t possible,\nbrusque du cerveau qui claque : scu < l, . n , pelforl, et son\ndevient non seulement la loi, mais la 'p 18 .\nbut à elle-même au-delà de buts provison ‘ ^_*^ n0U9 ouvrir 1 ?•\nQuels paysages inattendus Zaratlious r ^ cn t nous\nLes efforts antérieurs et les livres qui 1 cz pour induire\ndonnent le Bens général de l’ascension, P ,ls j j e rnièrc pensée\nquel eût été l’effort suivant, et si, meme, d i ns pour\nne serait pas venue oblitérer les autres sm \\ q U i servit\ny parvenir, comme on repousse du pici uni ' , )ar libérer la\nà atteindre un faîte: Kant a bien commence \\ ^ c j lîdnC9\nraison avant de lui forgeron nouveau - incs de rcs-\nmétaphysiques... C’est le sort des raretés - ne8 hypotbè-\nter inachevées, et, inachevées, de prêter a 'î x ‘ d c\ns Çs, aux controverses, aux interprétations m ci\ns augmenter d’un charme incertain et triste. pauvre, —\nAinsi interrompue comme un fragment an iqi ^ > vcs tc un\nje veux dire autant l’homme que l’œuvre 1C1 \\. l ( ’ (lU ’ e \\le était\ndouloureux et passionné témoignage. On a m 1 llo;\nentraînante comme un exemple ; elle est sm ou violence,\ncomme elle affirme avec éclat, comme elle m*. a ,,- ccnce s\ncomme elle « colle » à l’ûmc avec exactitude, sm",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "et sans draperies, et comme elle atteint l’âme directement !\nElle a des parti-pris et des intransigeances, elle cric plutôt\nque de s’astreindre au ton impersonnel des arguments ; elle\nn’ambitionne pas d’etre la raison pure,elle est la raison humaine,\ncolorée d’animosités et de préférences, et, comme il l’a dit,\nl’expression métaphysique d’un tempérament. On voudrait\nn’y toucher ici qu’avec des mains ferventes, et se borner ù\nl’étude simplement descriptive de quelques-unes des manifes\ntations de ce tempérament et de quelques-unes de leurs cau\nses.\nOn ne retiendra, de Nietzsche, que la part — doit-on la\nnommer sociale? — de son œuvre : celle où affleurent des\nindications positives pour l’éducation et l’organisation de l’hu\nmanité, où s’affirme un choix motivé entre plusieurs types du\ndevenir et plusieurs voies d’y aboutir, et qu’on a dite à ten\ndances aristocratiques. L’autre part, la philosophie stricte,\nn’en fut peut-être et inconsciemment, que la sous-structure\npréalable.\nD’autres, depuis, ont repris et systématisé ces tendances, et\nleur ont fait « suer » de gré ou de force des conclusions im\nmédiates. Depuis, M. Bourget, — que 31. Maurras nous cita\ntriomphalement, — découvrit que la démocratio était une\n« régression », et, pour mettre Ilomais de son côté, étaya\nl’axiome nouveau-né de considérations scientifiques; de moin\ndres hères, vers la môme époque, découvraient non moins\nscientifiquement des choses approchantes et s’employaient avec\nardeur à divulguer leurs formules. C’est une cravate qui\ns’est beaucoup portée, la démocratio régressive...\nNietzsche avait haï la démocratie avant ces messieurs ; pas\npour les mômes raisons ; et à partir d’autres prémisses; d’une\nhaine autrement cordiale et directe. Lui, soit! Seigneur,\nqu’avions-nous fait pour mériter les autres?\nNietzsche, irréligieux, a haï la démocratie, religion ; Nie\ntzsche, individualiste, a haï la démocratie, discipline collective ;\nNietzsche, esthète et idéaliste, a haï la démocratie utilitaire et\npositive. Autant d’antinomies que contient une antinomie plus\nfoncière : Nietzsche a haï la démocratie, inévitable forme so\nciale de l’avenir, parce que tenant du passé, mainteneur et res\ntaurateur du passé, incarnation du passé.\nQuand une modalité humaine, quand une forme de vie,près\nd’ôtre révolues, agonisent, — et seulement alors, — elles so\ncrispent et ramassent leurs dernières énergies pour une exprès-",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "25\nsion durable d’cllcs-mcmes ; avant de mourir, afin qu’il reste\nquelque chose d’elles, et dans le désir, inhérent à tout ce qui\nvit, do se survivre, elles suscitent le génie qui écrira pour la\npostérité leur testament et, par lui, se définissent. Les Bibles\nne varielur advicnncnt quand plus rien ne doit varier; sur\ndes tombes qu’elles scellent : la Bible quand la théologie et\nla morale juive sont constituées, la Somme quand la scolasti\nque a épuisé l’art de baraliptoner, VImitation quand se fane\nla grande floraison mystique, et le Contrat Social lorsque les\ncerveaux sont saturés des doctrines encyclopédiques et que\nl’œuvre, achevée dans les intelligences, n’a plus qu’à aboutir\nextérieurement.Ce sont des dénouements et non des préludes,\ndes conséquences et non des principes. Les organismes actifs\nsont trop complexes,animés d’un mouvement trop rapide et trop\nmultiple pour qu’il soit possible d’en saisir l’ordre etja période :\nsi leur synthèse est faite, et qu’unc œuvre a pu déterminer\net classer leurs éléments essentiels, élucider leurs motifs et\nleur mécanisme, la vitesse a décru, la cristallisation va com\nmencer, l’immobilité, et la mort.\nLes contours subsistent,qui se momifient pour l’histoire ; l’àmc\ns’est retirée pour vivifier d’autres formes. Celles-ci, il fallait que\nNietzsche les combattit, d’instinct. 11 n’a pas tenu à justifier\nson hostilité, il n’a pas pris texte d’observations « scientifi\nques » pour les déclarer régressives, il n’a pas prétendu à les\nexaminer impartialement. Il les a vues, avec la divination\nmerveilleuse de la haine, non pas embryonnaires comme elles\nle sont encore, mais à leur plein développement : la morale\ndes esclaves, ce sera, aux termes de mépris près, le code des\ndémocraties adultes. Et comme il était le champion d’un ins\ntinct, il a eu la brutalité, la férocité voire la duplicité d’un ins\ntinct; (ces luttes-là n’ont pas de règles restrictives, ni de\ncoups prohibés : tous les coups valent qui portent,- il s’agit\nde vivre) : il a usé du sarcasme, il a usé des injures : « règne\ndes faibles et des lâches », il a préconisé la méchanceté gra\ntuite... Tels cris de la Gaya Scienza et du Zarathoustra\nn’évoqucnt-ils pas les cris,dans les savanes antédiluviennes, des\nmonstres rués à l’assaut l’un de l’autre, pour la suprématie\nde leur race?\nContre le monstre démocratie, ainsi présenté en pleine\nvigueur, il fallait que le monstre opposé déploie une forme\net une vigueur égales ; et, vieux lion caduc, l’Instinct d’aris\ntocratie somnolait, inerte et ses énergies périmées. Nietzsche,\n3",
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     "texte": "20\ncomme il avait fait pour l’adversaire, a transposé, cette fois en\nsens inverse. Il a etc retrouver l’Instinct dans le passé, aux\ntemps lointains où sa vertu était à l’apogée ; il lui a ajouté\nsimultanément les qualités, — quelquefois contradictoires :\nforce et conscience de sa force, — qu’il n’eut qu’à des Ages\nsuccessifs ; il l’a débarrassé d’armes surannées et lui en a fourni\ndenouvcllcs, assorties ù celles de l’adversaire: plus de dogmes,\ndes nécessités d’ordre biologique. Il l’a resserré, réchauffé et\nrevigoré... A travers les anachronismes, il a confronté alors\nces deux modes humains qui ne s’atteignaient que par leurs\nextrémités opposées, enfance et vieillesse ; magicien presti\ngieux, il les a évoqués, coërçant les fragments dissous dans\nle passé de l’un, accouchant l’autre avant terme, pour les faire\ns’étreindre et animer leur bataille de scs cris, — morale des\nmaîtres, morale des esclaves. Et dans cette lice où le fait est\nroi, il est intervenu,de toute sa volonté, de toute la résistance\nconvulsée de l’Instinct d’aristocratie qui s’entête à ne pas\nmourir, pour fausser une représentation aux prémisses déjà\nfaussées, la raconter tendancieusement, croire et faire croire\nà la victoire du champion préféré.\nPuisqu’il la veut, puisque l’Instinct l’exige, ce sera la vic\ntoire en effet, — par l’illusion. L’Instinct grondera sourde\nment, chassé des clairières de la vie, et jusqu’à sa mort dans\nun fourré, il gardera la foi en lui-même et s’admirera, reflété\npar lui-même à lui-même en apothéose comme aux anciens\njours.\nLe tout le plus naturellement du monde... Nietzsche, au\nservice de sa cause (et il est plus à elle qu’elle est à lui), n’est\nqu’un soldai, a le seul devoir de combattre, plus digne d’é\nloges s’il combat avec des procédés efficaces. Mais il y a,\nderrière le tempérament grisé par la lutte et modelant à son\ngré l’illusion, le coup d’œil clair du philosophe, et celui-ci est\nmalaisé à illusionner à son tour, avec son habitude de discer\nner les réalités au travers et à l’encontre des apparences.\nL’Instinct y parviendra cependant, par le procédé enfantin,\néternel et éternellement fructueux (M. Jules de Gaultier a si\ngnalé avec complaisance son succès sur des philosophes anté\nrieurs) de la confusion des catégories : d’une sphère où elles\nétaient efficaces, il transporte les valeurs dans une sphère aux\nconditions différentes et leur y veut la même efficacité.\nNietzsche qui a douloureusement vaincu en lui les voix enva\nhissantes de la bonté, de la douceur et du pardon — les voix",
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     "texte": "27\nwagnéricnnes, les voix démocratiques, et fixé le vieil instinct,\ntriomphant de leur déroute,... tentera au-dehors une victoire\npareille, voudra régir l’extérieur comme sa colonie intime,\nimaginera le « surhomme » dont la volonté s’imposera aux\nfaits, violera leur enchaînement, les pliera à sa conception\narbitraire de l’existence... C’est ici sans doute le nœud cen\ntral de la tragédie que fut toute sa vie, et pourquoi, agitée et\ntendue, elle n’eut que de rares temps d’équilibre : elle fut\n1 insurrection, vaine et jamais convaincue de sa vanité, d’un\ntempérament contre un fait, l’assaut retombant et renouvelé\ncontre la cloison invincible des choses. Les choses, l’homme\nne les a jamais domptées; il a dit, moins romantiquement,\ns adapter à elles et courber son évolution suivant leurs néces\nsités. Là fut peut-être sa noblesse inconsciente; là fut sûre\nment la condition de sa quiétude. Emporté et hurlant, l’Ins\ntinct d’aristocratie, avec Nietzsche, se meurtrit contre elles,\nimagine une lutte à armes égales où il ne serait pas impos\nsible de vaincre au prix de coups échangés; et Nietzsche\nrévolté, frémissant d’impuissance, — comme soubresaute\nLucifer sous l’archange impitoyable, — meurt de n’êlrc pas\nun dieu et do se sentir des limites; après un appel nostal\ngique à l’infini. Cet appel, plainte ou blasphème, vieux comme\nl’fiumanité et comme la révolte, que son inanité n’a jamais\ndécouragé l’homme do crier.\n★\nPour assumer ce rôle frénétique, il fallait une Ame récem\nment issue du grand réservoir de vigueur et d’enthousiasme :\nle peuple, chaude encore do scs ferveurs et de scs ardeurs,\naux moelles neuves d’empreintes, impressionnable et pathétique.\nL’Instinct d’aristocratie n’alla pas élire son champion parmi les\nsiens, affinés jusqu’à l’usure, trompés jusqu’à la dureté et\ndont l’attitude, commandée par l’hérédité cl le harnais étroit\ndes préjugés congénitaux, était involontaire et sans initiative.\nNietzsche est venu du dehors, libre d’attaches cl de traditions,\nvéhément et primesautier comme le premier d’uno lignée. —\nHistoriquement, il est assez commun que les énergies finis\nsantes s'annexent uno énergie étrangère, pour tenter de so\nrénover. C’est la transfusion d’un sang neuf dans do vieilles\nveines; et, en général, de l’opération le patient achève do\nmourir, après un été do la Saint-Martin éphémère et radieux,\nnon sans lièvre.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "28\nDès que Nietzsche fit irruption dans l’antique organisme,\njusqu’alors se délitant sans hâte, il y eut cette effervescence\net cette fébrilité. En réalité, il n’y eut pas regain de vigueur\npour la lutte. En réalité même, il n’y avait pas de lutte : il y\navait insensible cl naturelle expropriation du mourant au pro\nfit du vif, sans déchirements, l’un avançant de tout le terrain\nque l’autre, en reculant, laissait libre. De ce spectacle anodin,\ndéformé jusqu’au cauchemar, l’Instinct se créa la fiction de la\nlutte dont on a tenté le schéma plus haut : par là il se prou\nvait sa vigueur, sa vertu gardée intacte, son aptitude à vain\ncre et à vivre.\nIl n’y avait pas de lutte. Pour lui dresser un plan où elle\nput avoir l’air d’avoir lieu, Nietzsche a dû violer l’ordre des\ntemps et faire contemporains deux concepts ramenés des deux\nbouts de l’espace; pour les mettre ensuite de plain-pied et les\ncomparer, il lui a fallu leur faire parler la même langue et\ndans ce but, transplanter l’idée d’aristocratie et la naturaliser\nfaclicement dans le terrain do la rivale. Autrement, empirisme\ncontre expérience, foi contre raison, rhétorique contre\nlogique, comment auraient-elles pu se joindre?... On songe\nun peu à la guerre, du conteur Wells, des gens de Mars\ncontre ceux de la Terre, dans une atmosphère qui n’est pas la\nleur. On songe surtout à Kant inventant des racines nouvelles,\ndes racines modernisées, et, comme disent les prospectus,\nmises à la hauteur des derniers progrès de la science, à la\nreligion et à la morale.\nLe parallélisme des méthodes est patent. Comme Kant, et\ndans le même but de renforcer l'organisme choisi en le réfor\nmant, Nietzsche d’abord coupe rudement les racines an\nciennes ; droit divin, prétention à une origine suprahumaine,\ntous ce qui, invérifiable et article de foi, est partie intégrante\net spécifique de cet organisme. Il est scientifique et destruc\nteur; il crible de lumière impitoyable les fantômes accoutu\nmés à être révérés dans le mystère cl les fait s’évanouir\nplaintivement. Après qu’ils se sont dissipés, c’est le midi clair\ndu Zarathoustra et la grande clarté philosophique que Kant\naussi a connue: il n’yaplus d’ombres portées, plus de larves,\nplus de mensonges des lignes et des couleurs ; les rouages épars\ndu mécanisme gisent, désengrenés, révélant le jeu de la machine;\nune seule évidence reste à leur centre : la Force, maintenant\nnue et sans vertu. Comme Kant encore, le vertige alors prend\nNietzsche, l’angoisse d’avoir outrepassé le but primitif : la voix",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "29\nde l’Instinct cric aux deux philosophes que voilé assez de\nphilosophie et qu’il faut reconstruire, et pareillement ils\nobéissent, Kant avec son Impératif,Nietzsché avec, la Raison\nde beauté. Le mirage se réforme ; le soleil penche scs rayons\nredevenus obliques créent des ombres inverses, feignent des\nvaleurs illusoires, et dans les vapeurs du crépuscule, teintées\nd’une fallacieuse couleur d’apothéose, les mains des deux\nphilosophes tâtonnent et s’obstinent à retenir l’inconsistance\nd’un nouveau fantôme, plus difficile é imaginer cl à justifier\nque les anciens.\nLe principe d’aristocratie était l’utilisation delà Force, suf\nfisamment autorisée par la fable de l’investiture divine, i\\ la\ncoordination des groupes humains. Nietzsche, dépouillant la\nlorce de scs origines surnaturelles, lui enlève tout prestige\nsur ces groupes humains, tout crédit, et toute raison d’être\nobéic. Car il faut une raison, — fut-elle déraisonnable, —\naux principes directeurs. — A l’Instinct qui, malgré tout,\nveut vivre, il faut fournir un autre moyen et une autre justi\nfication : la Beauté. Le mode aristocratique doit persister,\nparce qu’il a agencé la vie en spectacle harmonieux, qu’il est\nriche de souvenirs gracieux ou terribles, qu’il a pour lui l’ap\npui sentimental des choses entre lesquelles il a vécu et qui se\nsont insensiblement mêlées è son histoire. L’argument n’est\npas d’autre ordre que celui des archéologues, en émoi parce\nqu’on éventre une maison historique pour élargir des voies\ndevenues insuffisantes à la circulation de la cité. II est remar\nquable en ce qu’il fournit de la vitalité de l’Instinct d’aristo\ncratie une mesure précise : — il avoue son rôle utilitaire fini\net sa période active close; même il se défend do lui vouloir\nune nouvcllo période d’activité et de mouvement, elle risque\nrait de déranger l’attitude décrétée belle; il n’importe plus\nque de l’y maintenir, de l’y figer, de l’y cristalliser. Comme\nle gladiateur renversé s’appliquait ô accueillir la mort d’un\ngeste esthétique...\nCeci serait, si l’on veut, une preuve (en est-il besoin?) pour\nla proposition jusqu’ici implicitement postulée: le principe\nd’aristocratie agonise. Par cette médication martiale, — le\nrationalisme,— mal compensée par ce palliatif — la raison do\nbeauté, — Nietzsche l’a contraint l’aveu, â la dépression\ndéfinitive, à la lente descente résignée vers la nuit, pour prix\nd’un éclat fugitif et d’une éphémère érection.\nUn moment redressé, un moment verdoyant d’un espoir de\n3.",
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     "texte": "3o\nrenouveau, le vieil instinct, sitôt libéré de ce terrible cura\nteur, est retombé aux anciennes attitudes et aux anciennes\nhabitudes, un peu plus voûté, un peu plus affaissé. Les fds\nlégitimes de l’aristocratie préfèrent à la théorie nietzschéenne\nles bonnes vieilles théories, ou, s’ils l’admettent, la leur ajou\ntent, sans se mettre en peine d’accorder les contradictions.\nL’influence do Nietzsche, d’autre part, a été forte pour susci\nter des activités, mais n’a pas enrôlé à sa cause ces activités,\ndésintéressées du combat du maître. Le dieu est seul dans\nson temple, aux rites trop ardus, et ceux qui entrent ne son\ngent qu’à admirer en curieux la hardiesse des voûtes et l’or\ndre imprévu des piliers, comme font des touristes arpentant\nune cathédrale merveilleuse. J’entends bien qu’on lui a em\nprunté des arguments; on les a même un peu détournés de\nleur premier usage et l’on en trouve d’égarés jusque chez les\ngens du nationalisme, qui ne les comprennent pas toujours :\nainsi des tribus polynésiennes se font des amulettes avec les\ndébris, échoués sur leurs plages, d’instruments de précision\nd’Europe. Des universitaires studieux le piochent pour « pen\nser à la suite » ; et le reste,imitation des altitudes et des pro\ncédés, dérivés vers des buts restreints ou personnels,... est\nde la littérature.\nIl y aurait en rcgai’d la preuve inverse; l’effort déployé\npar un tel homme contre la démocratie ne serait-il pas un\nhommage à la vitalité croissante de la démocratie? — Il lui\na même rendu quelques services indirects. Quand, ayant\nconstaté la force, et raisonnant avec elle un peu comme Des\ncartes avait raisonné avec sa pensée : « elle est, donc elle est\nun bien », il la conseilla comme le moyen de s’augmenter, de\ns’agrandir et de se différencier, et comme la voie de la per\nfection personnelle, il a fourni une méthode d’éducation et\nde sélection, il a amorcé la culture des « démocraties d’aris\ntocrates » ; il a dédoublé les deux termes : aristie et oligarchie\njusqu’à lui amalgamés.\nD’autre façon encore, il a préparé les chemins : en niant la\nmorale préétablie et préalable : en reprenant, et en générali\nsant l’œuvre de démolition de Kant; en révisant des définitions,\nrespectables seulement en raison de leur âge, en refusant\ntoute autorité aux à-priori peu à peu devenus des dogmes,en\nattaquant tous les problèmes directement. Fût-ce à rebours\ndes procédés classiques; en déblayant, en expulsant do la\nphilosophie des catégories qu’on y avait introduites de force;",
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     "texte": "3i\nen déviant, brassant et reformant des notions anterieures,\ntellement,'que, lui parti, il reste quelques désordre dans l’ali\ngnement des idées et dans leur hiérarchie : transmutatcur de\nvaleurs, il l’a dit lui-même.\nDe celte alchimie turbulente, il naîtra bien une chimie pré\ncise.\nD’ici là, et pour en revenir aux classifications d’un philo\nsophe antérieur qu’il a aidé à devenir désuet, — apres la\nthèse mystique de l’aristocratie, après l’antithèse positive de\nla démocratie, — Nietzsche n’aurait-il pas effectué la défini\ntive SYNTHESE des deux éléments, en appliquant à celte\naristocratie les procédés critiques de cette démocratie, en\nsuggérant à cette démocratie les méthodes éducatrices de cette\naristocratie?... Hegel dit encore que, la synthèse faite, d’un\ncycle clos va naître un cycle plus ample et plus riche en\nvirtualités.\n★\n« Nuscio quid majus nascitur... »\nDe cycle qui meurt, et dont Nietzsche mène les funérailles\nsur des airs triomphaux abrita, — parmi d’autres bienfaits,\n— l’enfance du concept, d’abord sentimental, puis à mesure\nqu’il s’écartait de scs origines, scientifique,do la Justice.\nLa protégée du vieux mode humain sera la tutrice du nou\nveau. La Justice n’existe pas dans la nature : pas plus que\nla théologie et la morale, supports factices qui pourtant suffi\nrent à des centaines de générations. Et d’ailleurs la géométrie\nn > les mathématiques n’existent dans la nature, et leur vérité\nn en apparaît pas moins évidente, en dehors et indépendante\nde l’homme et extérieure à sa volonté. Rejetant les langes\noriginelles, la Justice se dépouille jusqu’à devenir, comme\ncelles-là, une science exacte et à aboutir, eu dernière analyse,\naux équations simples de calculs d’intérêts, aux notions sim\nples des limites avec autrui et avec les choses.\nVoilà trop longtemps qu’on nous veut des dieux et que la\nconcierge de M. Bergeret prétend à être éternelle. En tous\nles sens nous avons un terme : et c’est pour cela que ne vou*\nlanl point à toute force passer outre, ceux qui vont venir\nseront dans l’ordre, dans la tradition et dans la religion. Ils\nauront la connaissance et la conscience, — deux identités :\nUs sauront leur place dans l’ordre universel et ni pusillanimes",
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     "texte": "32\nni présomptueux, s’en contenteront, sans en rêver une supé\nrieure. Ils n’auront pas l’impiétc de se diviniser, de s’éterniser\net de s’infiniscr.\nIls n’auront pas la beauté violente et crispée de la révolte.\nIls auront la beauté calme et grave de ceux qui remplissent\nun devoir consenti : vivre. — II faut attendre pour parler de\nbeauté ;'aux organismes, d’abord nus et vagissants, les apports\nextérieurs, grâce et beauté, viennent comme viennent à l’en\nfant dents, cheveux, la fermeté des chairs et l’élégance des\ngestes. Laissez grandir l’enfant démocratie.\nEt puis,bcauté,progrcssion ou régression...Tout vasa voie,\nbeau et progressif par le seul fait de la suivre. Il faut aller,\nque ce soit à l’inverse du type actuel de beauté, que ce soit â\nl’état mental — au reste défendable— delà Chine ou des em\npires antécolombieus d’Amérique ; on n’a pas le choix.\nOn ne peut qu’accepter d’avance, avec ferveur ; avec un\npeu de vertige devant l’ampleur des virtualités en route vers\nnous,triomphales et fatales, déjà fixées, et qui pour nous seu\nlement sont de la matière â rêve, à incertitude — et â polémi\nques.\nJean Ei\\iez.",
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     "texte": "L’Amour marié\nOui, c’cst vraiment elle qui est à côlc de moi, sur la même\nbanquette! Nous allons tous deux vers l'église, emportés au\ngalop de dcux'chevaux. « Dépêchez-vous, cocher, ne faites pas\nattendre le bon Dieu ». Elle baisse les yeux sur sa jupe de sa\ntin, elle en admire les cassures et les reflets d’argent. Comme\nelle aime sa robe! elle a un cœur si tendre ! sa mère me le\ndisait fort justement il y a un instant, elle aime tout ce qui la\ntouche. Je voudrais bien l’étreindre; sa toilette de mariée me\nle défend ; dès que je la frôle, elle se froisse; je voudrais\nl’embrasser, son voile m’en empêche; il l’enveloppe toute,\nl’enserre joliment, il prend du haut des cheveux, piqué qu’il\nest par unpeigne en écaillé, et tombe uses pieds; il est amou\nreux d’elle, le voile blanc!\nLes fleurs d’innocence embaument : ce sont des fleurs con\njugales, je les cueillerai avec précaution ; je me plais à les\nregarder avant de les flétrir; elles sont là pour moi, ellcssont\nsorties de si frais matin pour me prouver (pic je fais des con\nquêtes, lorsque je consens à passer devant M. le Maire. Dites\ndonc, Mademoiselle ou Madame, vous savez, je vous aime pour\nde bon, je suis sérieux, tendre et dévoué ; cl vous, comme vous\nêtes jolie ! vous n'êtes peut-être que jolie, mais c’est si suffi\nsant! Vous souriez, vous tournez latête vers moi; ah!comme\nvous êtes divine de consentir à vous laisser voir! Votre voile\nme gêne, il a l’air d’ordonner : ici, il est défendu de déposer\ndes baisers, sous peine de réprimande. Ne me réprimandez\npas; oh ! je n’ai pas peur d’ailleurs, je suis sûr que votre ca\nractère est excellent, un jour de noces; il l’est même toujours,\nsans doute, lorsqu'on no s’amuse pasbôtcment à le contrarier.\nLe cocher, sur son siège, est goguenard ; il lorgne les fleurs\nblanches qu’il mit au revers de son habit, le petit bouquet\nqu’il attacha à son fouet; il fouette ses bêtes avec de l’oranger,\nelles ne sont pas des (lames, on peut les frapper avec des\nfleurs. Les chevaux caracolent, ils comprennent qu’ils sont à\nl’honneur, car ils ne sont fouettés d’importance (pie les jours\nd’importance; ils s’ébrouent, piaffent, font les beaux pour que\nl’on remarque leurs maîtres.« Regardez donc, Madame, le ciel\nbleu s’agite sur notre tête ; (quel dais magnifique pour des\nfiancés! Tenez, le ciel est rempli de nuages blancs; ah! l'ai\nmable attention! ce sont des voiles de mariée! Quelques fils\nde la Vierge passent dans l’air; votre robe sescrait-ello déchi\nrée? et quelque ange malin en emporterait-il un souvenir?\nAh! je suis jaloux, je crains tout, môme les anges ; ne sont-",
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     "texte": "34\nils pas les exploiteurs du paradis 1 Vous êtes mon trésor, Ma\ndame, vous m’êtes sacrée comme mon coffre-fort; ne vous lais\nsez pas dévaliser, pensez à mon honneur, je le remets en vos\nmains, afin que vous consentiez, durant toute votre vie, à être\ngoûtée par mes lèvres. En faites-vous, chère amie, des histoires\navant de me permettre d’être incivil I je ne vous manquerai\njamais de respect qu’officiellcmcnt : les choses en règle vous\nvont, je suis votre mari ton-ton lontaine. Vous regardez mon\nnez, il excite votre sourire,vous avez envie de le prendre en\ntre votre pouce et votre index menu. Tiens 1 vos doigts sont\nnus; peut-être vous êtes-vous mariée pour les habiller do ba\ngues. J’y réfléchirai.\nElle traverse l’cglisc à mon bras. On la regarde beaucoup ;\nson succès est grand, sa toilette est très commentée. Je suis\ncontent, mon goût est approuvé. L’assemblée remarque que\nje ne suis pas chauve, que j’ai fait un faux pas, et (pie je suis\npâle. Ma femme va, d’une démarche ferme et lente, à l'autel ;\ncomme je suisunpeu ému, je me laisse guider par elle: je\nsuis un bon mari.\nL’orgue nasille, il envoie des bouffées musicales vers le\ncintre; le violoncelle est grave, et le violon, mélancolique.\nLes enfants de chœur ouvrent, tous ensemble, des bouches\nénormes ; on a envie d’y jeter des sous, ainsi que dans une\nbouche grimaçante de jeu de tonneau. Je m’assieds à côté de\nma femme ; le prêtre se place devant nous. La cérémonie\ncommence.Tous nos parents sc groupent autour de nous; il y\na certains parents que l’on ne voit que les jours d’enterrement\nou de mariage: ce sont les utilités familiales. — Madame est\nsérieuse, elle étudie scs gestes, ainsi qu’une actrice en scène;\ntoute l’église la regarde, elle a conscience de l’intérêt qui s’atta\nche à elle, et s'efforce à s’en rendre digne. On la plaint :\n« Pauvre petite,son père et sa mère l’aimaient tellement telle\nne sera jamais aussi gâtée qu’elle le fut l son maria l’air\ndur 1 « Je sens l’hostilité générale; évidemment, je ne suis pas\nsympathique ; je m’en étonne naïvement. Plus tard, je compren\ndrai que le mari d’une jolie femme n’est jamais sympathique.\nOui, Madame est sérieuse, elle se tient guindée devant\nl’autel ; elle est, en visite chez le bon Dieu, ainsi qu’elle le se\nrait chez le Préfet ou chez le Général ; je m’étonne qu’elle no\nmurmure pas, avec une révérenco dévote : « comment allez-\nvous, Seigneur ? » Sa correction prouve sa déférence, son\nattention prouve son respect ; elle a le respect des pouvoirs\nétablis ; Dieu est Irès puissant, il est utile de le ménager.Elle\nme fait un signe imperceptible, une prière muette de me tenir\nmieux ; je ne m’incline pas assez bas quand le prêtre élève\nl’hostie au-dessus de nous 1 Celle observation me fait plaisir,\nelle signifie que mon amour s’occupe de moi ; mes incorrcc-",
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     "texte": "35\nlions lui sont aussi désagréables qu’un pli il son corsage. Le\nprêtre pérore longuement, il raconte la vie honorable de nos\npères et mères, j’en ai les larmes aux yeux, de reconnaissance;\ncependant, s’il disait le contraire, je l’insulterais. Mon épouse\na beaucoup de qualités, m’affirmo-t-il ; j’en suis certain 1 il\nme recommande de l’aimer et de la protéger, il m’assure que\nje ne me suis pas trompé dans mon choix, qu’elle sera dévouée,\nparce qu’elle aime scs parents, et fidèle parce qu’elle aime Dieu;\npuis il passe en revue chacune de mes vertus ;... je les pos\nsède toutes... je ne m’en connaissais pas tant... je suis trop\nmodeste, décidément 1\nEnfin, la cérémonie est terminée. Et quittant l’autel, nous\nsaluons le bon Dieu, nous sourions au Christ, au prêtre, et\naux enfants de chœur. En la sacristie, toutes nos connais\nsances défilent; mes oreilles bourdonnent; je serre des mil\nliers de mains , j’embrasse même quelque fois: le baiser obli\ngatoire est une dure épreuve. Madame me. présente a (les\nmonceaux degens: «... Mon mari... mon mari... mon mari...\nvous ne connaissez pas mon mari... vous n’avez jamais vu\nmon mari...» Je m’incline il chaque présentation; chaque lois\nque ma femme se retourne vers moi en souriant, je baisse\nla tête, comme devant un blême, et je serre la main il la per\nsonne qu’elle me désigne. ..Le mari... le mari...c’est le mari,\nse dit-on de tous côtés,en me montrant du doigt.Bonasse,chef\nbranlant, visage congestionné, je me tiens à côté de la déli\ncieuse petite dame blanche, si’ il son aise et si maîtresse de\nmaison déjà. J’ai l’air d’affirmer, par ma mimique,que vérita\nblement, sans nulle erreur, je suis le mari de ma femme.\nIl\nDialogue Matinal\n— Enfin vous ouvrez les yeux. Avez-vous bien dormi ?\n— Vous le savez mieux que moi. Ne me demandez pas de\nnos nouvelles.\n— Vos yeux sont battus.\n— C’est vous, méchant, qui les avez corrigés.\nEtes-vous bien ? N’avez-vous pas à vous plaindre de votre\ncompagnon?\nVous n’avez remué que juste ce qu’il convenait.\n— N’oubliez pas que nos malles sont prêtes; nous allons en\nouïsse, Madame.\nAvez-vous fait provision de caresses?\nJ aimerais mieux rester ici, dans l’intimité de notre ap\npartement, mais il est convenable que nous nous exilions un\npeu.\nNous nous mettons à l’abri des amis.",
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     "texte": "— Petite femme, vous m’amusez beaucoup.\n— Je voudrais vous intéresser, et non vous amuser; soyez\nsérieux. Je ne vous permets pas de sourire, lorsque je suis\ngrave.\n— Petite femme je vous aime.\n— Gomment m’aimez-vous?\n— Je vous aime mieux que moi... Ainsi...\n— Lors de notre retour à Paris, nous organiserons notre\nvie,\n— Oui, nous passerons chez tous nos fournisseurs.\n— Je suis une femme d’ordre, mon ami; je sais présenter\nune observation aux domestiques; je déteste la poussière, on\nn’en verra point trace chez moi. Je sais aussi le prix des den\nrées, et suis apte à composer un menu. Je surveillerai votre\ntable et votre estomac; il faudra, dorénavant, vous bien porter,\nafin de faire honneur à mon régime.\n— En me voyant une mine si conjugale, on dira : « comme\nsa femme le soigne bien » !\n— Ne vous moquez pas de moi, Monsieur, je vous le\ndéfends.\n— Vous passez votre main sur mon visage, vos doigts tapo\ntent sur mes joues comme sur un clavier; oh, la bonne odeur I\nvotre ongle m’a éraflé la peau, le taquin ! la paume de votre\nmain est sur mes lèvres, et m’impose silence. Je mêlais, mais\npour la peine, j’embrasse.\n— Alors, à partir d’aujourd’hui, nous ne faisons qu’un\ntous les deux; nous aimerons les memes points de vue et les\nmêmes hôtels, les mêmes montagnes et les mêmes plats. 11\nfaut qu’en toutes choses nous ayons les mêmes sentiments?\n— Oui, nous aurons une âme commune; mais soyez certaine\nque je ne regarderai ni points de vue, ni montagnes; je vous\nregarderai, votre visage est un spectacle charmant, il a des\nmoues, des sourires, des gravités, des tristesses; je ne m’oc\ncuperai point de choisir un hôtel, j’aurais peur de contrarier\nvotre choix; cl quant aux plats, ceux que vous mangerez avec\nappétit, auront mon approbation.\n— Vous me laisserez agir à ma guise?\n— Je vous promets de toujours vous approuver.\n— Vous serez un excellent mari.\n— Ma belle-mère me l’a déjà dit.\n— Elle vous aime beaucoup. Elle sera pleine d’indulgence\npour vous; mon père l’a habituée à l’indulgence.\n— Elle n’en aura point besoin envers moi. Mais iniliez-moi\ndonc aux mystères de votre trousseau. J’ai préparé un com\npliment pour chacun de vos chapeaux, chacune de vos robes.\nOh, ils m’intéressent beaucoup, puisque vous les porterez; ils\nvont me faire honneur I ce seront des amis; je les reconnaîtrai",
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     "texte": "h\nde loin dans la rue, et je courrai après eux, en disant : niais\nc est ma femme 1 . .\n—■ Je dépenserai avec parcimonie; je bataillerai si lucn avec\nmes modistes et mes couturières, qu’eu travaillant pour moi\nelles se ruineront. Je connais la valeur de l’argent ; n ayez pas\npeur de me confier le vôtre. Personne ne dit avec plus de cer\ntitude et de décision que moi : « c’est trop cher ».\n■ A latin de chaque mois, je vous remettrai la fortune que\nmon travail nous aura rapportée. Consentirez-vous à inc lais\nser quelques menus bronzes pour mes cigarettes?\n. — Fi donc, Monsieur 1 J’espère que vous ne fumerez plus;\nje ne veux pas avoir, chaque fois que je vous embrasserai, la\ndésagréable sensation d’entrer dans un bureau de tabac.\n— Que votre volonté soit faite! Je ne suis pas lâche, mais\namoureux ; et si je cède h votre volonté, c’est parce que vous\nm en remercierez par votre contentement. Oh oui, petite, je ne\npense qu’à vous, le reste m’est égal. Quelle joie ce sera pour\nmoi de vous voir courir dans l’appartement commun 1 vous\nentrerez dans mon cabinet de travail quand il vous plaira; et\nmeme, votre entrée en coup de vent ne me causera pus do\nmaux de tête; cependant, respectez mes papiers. Si vous les\nperdiez, ce serait de la bêtise en moins, je le sais; seulement,\non admire toujours sa bêtise. Tout de même, chère dame qui\nenfoncez ma poitrine en vous appuyant dessus — si j’ai de la\npeine à respirer, c’est simplement parce que je suis emu ne\njades pas trop de bruit quand je travaillerai. Dites-vous que si\nj étais avocat ou médecin, vous n’entreriez pas chez moi au\nmoment où les clients seraient là; et mes pensées, ce sont\nmes clients ; elles sont rares, et me rapportent peu d’honoraires.\n‘ Je serai le meilleur de vos pensées. Vous me lerez la\neour, afin de vous monter l’imagination; après, vous écrirez\nueilemcnt, je vous tiendrai la main. Ainsi je vous rapporterai\none petite fortune, je serai votre gros trésor.\nOui, nous serons heureux. Va-t-on se moquer de moi 1\n°n me prendra pour un petit saint, parce que je vous aime :\n! V v °ns aidant à mettre votre manteau, je ferai preuve de lai-\n} esse, en vous embrassant, d’esclavage.\n■ On me reprochera de vous forcer à vous bien conduire.\n_ ~~ pensez-y, Madame, nous entrons dans la vie sérieuse\nnou » «vous déjà, peut-êt\nJe làle ma taille\n- Pi.,„ . .\nre, une famille, sans nous en douter,\nelle est toujours svelte.\n; j ai remarque que\nceux qui obéissent le",
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     "texte": "38\nmieux; les joues soufflées des enfants servent aux jeunes\nfemmes à apaiser leurs nerfs, en y faisant pousser, sous la\ncaresse de leur main active, de grosses roses, éclatantes de\nsang.\n— Les galériens sont, aussi fort obéissants, au bagne; ils\nn’en sont pas moins au bagne. Fais-toi aimer par ton fils, lu\nle mérites; cl, si jamais il est horriblement méchant, tu le\npuniras sans pitié, en le privant de tes baisers.\n— Vous avez raison ; j’emploierai aussi ce moyen avec vous.\n— Chut ! restez sur mon cœur, méchante. Gomme votre\nchair sent bon ! je crois respirer un bouquet de fleurs ; elle\nfrémit légèrement comme si elle me souhaitait la bienvenue.\nLa voici donc, ta chair adorée I je l’ai désirée ardemment ; elle\nse montrait au bal, pour mieux me tenter, et quand je te ren\ncontrais dans la rue, je faisais un effort d’imagination pour le\ndévêtir. Ah! ce n’est pas la première nuit que je passe avec\ntoil\n— Enfin, je suis votre femme depuis tout à l’heure ; sou\nvenez-vous souvent, je vous en prie, de la jeune fille que je\nfus, vous m’en aimerez mieux.\n— Voici le chocolat. Ouvrez votre bouche; j’y plongerai\nune cuiller habile. Ne vous dérangez pas, surtout! prenez seu\nlement la peine de le goûter... Décidément, je remplis mon\nrôle admirablement... Vous ne me remerciez pas? je com\nprends : vous avez peur de me gâter... Tiens! votre chemise\ntombe, votre sein montre le nez, il tient à se faire voir, le joli\nmalin, car il sait que je suis là pour l’admirer. Je porte mon\ndoigt à son nez rose; il frétille, on dirait que je le mouche !\nC’est bon, dans quelques mois il sera fortement enrhumé!\nMaintenant que vous avez fini votre chocolat. Madame mon\népouse, si nous fermions les rideaux.\nRené Wisneu,",
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     "texte": "Un Anniversaire Littéraire\nM. PAUL MEURICE\nM. Paul Meurico vient d’entrer dans sa quatre-vingtième\nannée, et il sied à cette occasion de rendre un fervent hom\nmage à ce vieillard; non pour obéir au ridicule errement qui\nexige le respect pour les fronts blanchis, mais pourl admirable\nexemple que nous donne toute son existence vécue en beauté\net dans le désintéressement le plus absolu.\nOn ne peut écrire son nom sans songer à son compagnon\nde lutte, Auguste Vacquerie,et au seuil de cette étude devait\nêtre rappelée l’amitié do ces deux esprits si bien faits pour se\ncomprendre. On peut dire du mal des collaborations littérai-\nces, maints exemples peuvent prouver en effet que des écri\nrons gagnent rarement à s’unir pour parfaire une œuvre.\nMais l’alliance de M. Meurico et de Vacquerie a prouvé que\nle blâme ne doit pas être sans restrictions, car elle lut féconde\nen belles œuvres et en bonnes actions. Et ce qui doit surtout\ni «tenir notre attention attendrie, c’est la sérénité de cette\namitié également dévouée de part et d’autre, et qui ne s est\njamais démentie durant plus d’un demi-sieele, amitié que\nn ont jamais troublée ni la jalousie si commune aux gens de\ndires, ni des divergences d’opinions sur les batailles litterai-\nre ® 0u .politiques, engagées au cours de leur vie, amitié qui\n... a 't. déjà à juger les qualités de cœur de ces deux hommes\nd'tc si d’autres actes ne nous les révélaient plus impérieu\nsement encore. Vacquerie profitait de toutes les occasions\nqno lui offraient la publication d’un roman ou le jeu d une\nb'occ .dc Meurice pour crier au public sa haute estime et son\nélection, et ce dernier — de son coté — défendait de toute la\norce de son talent contre le béotisme malfaisant des masses\nos pièces audacieuses de son ami. On peut, pour s en con\nvaincre, relire l’article enthousiaste de Paul Meurice au len-\nemain de l’orageuse soirée de Traf/aldnbas, en juillet io/|S .\n(< iP- 1C le citoyen Proud’hon, que l’art était mort ou\na ait mourir cl que la République ne voulait plus en entendre\nparler? Non ! Dieu merci, l’art n’est pas mort ! »\nœtte affection avait commencé au lycée Charlemagne, ou\n1 s se trouvaient tous deux, rhétoricicns auxquels les poètes\n°uvient sur la vie de féériqucs horizons, et qui songeaient ,\nexpliquant les amours de Didon, à la Dona Sol du divin\naitre. Qui n’a senti le prurit littéraire de la seizième année,\no* cs œuvres des grands contemporains sont goûtées avec la\nu veur de néophytes pénétrés des joies mystérieuses de la",
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     "texte": "/|0\nrévélation, époque où on échangerait Homère, Virgile et\nles merveilles d’Hésiode contre les Veuilles d'automne ou\nles Nuits nostalgiques de Musset. En même temps que s’é\nveillent les sens, l’imagination semble s’envoler vers des alti\ntudes lumineuses et ignorées. C’est— ainsi que chez l’enfant\ns’essayant au langage — un balbutiement de lame vers l’azur,\nune éclosion du cœur s’ouvrant à l’amour, à la compréhen\nsion de la beauté des choses. Si nous, venus plus tard, cédâ\nmes à l’enchantement des rimes hugoliennes et des rêves\nmagiques mettant des coins de ciel dans l’ennui de nos\nétudes, combien l’enthousiasme devait être plus grand encore\nchez les élèves qui, comme Paul Meurice, vivaient au moment\noù les bulletins de victoire de l’armée romantique troublaient\nloutcs les têtes et décidaient des vocations. Q’on se représente\nl’état d’esprit des jeunes gens de celte époque, alors que les\nderniers classiques impénitents achevaient de mourir, chas\nsés des théâtres où ils avaient si longtemps imposé leur séni\nlité impuissante par la ruée violente et irrésistible des poètes\nnouveaux.\nLe même souffle d’enthousiasme qui passa sur la nation\ntout entière aux jours épiques de la Révolution Française\nentraînait l’âme combattive des jeunes à la suite de Victor\nHugo.qui venait de se révéler pour l’éternité Le Maître. Car\ni83o fut la grande date révolutionnaire de notre littérature,\net les modifications qui ont été depuis lors apportées aux\nlettres françaises découlent forcément toutes des libertés con\nquises par les Romantiques. Eux ont fait la trouée dans la\ncitadelle que les écrivains passés avaient mis des siècles à\nconsolider. Et l’importance des réformes nouvelles explique\ncette expansion poétique, toute l’ivresse des débutants, toutes\nces explosions de dithyrambes, de proses et de vers enflam\nmés dont le ton hyperbolique semble un peu ridicule aujour\nd’hui. La publication des lellres reçues par Hugo durant toute\nla première période de lutte donnerait de bien intéressants\ndocuments sur l’cflèrvcscencc des esprits, entre autres la lettre\ndes deux jeunes gens (pii suppliaient Hugo de leur permettre\nde l’accompagner chaque soir â son domicile après la repré\nsentation d’Hernani de peur qu’on attentât â ses jours. Il\nfaudrait dire les duels suscités par les pièces de Hugo, les\ninscriptions murales, le désir singulier du jeune homme qui\ndemanda avant de mourir que l’on gravât sur son tombeau :\n« Ci-gît (pii crut â Victor Hugo. »\nVictor Hugo était le Zcus inaccessible que l’on approchait\nen tremblant. Théophile Gautier s’évanouissait presque dans\nl’escalier de sa demeure le jour où, après combien de jours\nd’hésitation, il s’était enfin résolu à aller lui rendre visite.\nDans scs Années de Paris, où Vacqucrie a rappelé sa joie",
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     "texte": "41\nd’avoir rencontré un condisciple comme Meurice, partageant\nson admiration et ses idées :\nCe fut ma bienvenue et mon bouquet de fêle\nDe te trouver logé dans le même poclc, .\nil dit quelle était pour lui la plus grande attraction c a\ndont il allait être une des gloires.\nCe n’élaient pas scs quais sans marée et sans 1. »\nNi le soleil couchant éteignant son tison\nDerrière l’arc, chenôt du grand aire lion\n... Paris, c’était surtout Hugo. femmes,\nMes monuments, mes Parcs, mes prince. drames :\nC’étaient scs vers, c’étaient scs romans et scs drames\nLes tours de Notre-Dame étaient 1 II de s\nCe dernier vers, dont quelques critiques v trop fi«mç«\nsont réjouis, est d’une originalité peut-c Ue n ‘, jj ' dénote,\njustement fort intéressa.»/\nAu sortir du collège, Vacquene et . naternelles les\nd accord pour ne pas répondre aux ambi P f 0 mplète-\nespérant avocats ou magistrats et pour b.adonnei: c »mp\nment à la profession lfttérairc. Résolution dont les jons^\nqucnces furent terribles pour beaucoup mai repentir,\nment les deux jeunes gens ne devaient pas < ) lectures\nUs entretenaient leur feu sacré par de passionnantes lecture\nde Hugo ou de Shakespeare. l’om-\nShakespeare était la vieille idole ma^nifiqu , ' jj^e nQU _\nlire ou l’avaient tenue les profanes et, révélée I * • décou-\nvelle : La préface de Cromwell. Voltaire 1W ^en decou\nvert auparavant dans le voyage qu il avait fait b j rc0n8 _\nIl en avait môme proclamé la beauté, mais ave 1 un\npection 1 II l u i reprochait l’extravagance do ° ip nfrler de\ncomique déplace, une cnilure bizarre, disan q i., n «Lffe des\n«es Romains dans Jules César était souvent le Engage acs\nivrognes du temps d’Elisabeth. Oq en v ° ul t’ l 1 féWieùx sur\nces restrictions, on trouvait trop faible cet a - » j es t\nscs pièces « que le fond est toujours vrai c que ■. - ncrc\nquelquefois sublime ». Et pourtant il faut lncn ,^ C rop ' inions\nque Voltaire montra dans ces jugements une ai j * co P cevo ir\ndont nous devons lui savoir gré, si on vei t * .\nles différences existant alors entre le thea i e » ■, - umcs\nscène française, où les acteurs jouaient toujoii î\nde ville et au milieu de l’encombrement provoque I pr é_\nges des gens de la cour gênant leurs mouvements ^ es I\ncisément pn revenant d’Angleterre que Voltaire appo t^\ncet état de choses des transformations si utiles a la\nluatorique et ù la puissance du jeu). Comme j u\nnourri dans le goût des situations pondérées, soi ^",
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     "texte": "/| 2\ndiscipline ancienne qui avait plié Corneille et tant servi Racine\npouvait-il n’êtrc pas choqué devant les œuvres shakespea\nriennes?\nAu contraire, dans le débordement romantique, l’auteur\nd'Othello, emphatique et merveilleux, fut bien le modèle qui\nconvenait à ces imaginations pleines d’exubérance. Il plut par\nla hauteur de son génie,mais aussi par les bizarreries, par les\nchoses burlesques que contient son théâtre. Les Romantiques\nont rendu à notre pays un grand service en lui révélant Shakes\npeare, mais peut-être le comprenons-nous mieux aujourd’hui\nque nous le jugeons plus froidement. Hugo, nous l’avons\ndit, avait surtout déterminé cet enthousiasme. Jusqu’alors on\nn’avait guère admis cet auteur en France. Outre le froissement\ndu goût littéraire de l’époque asservi depuis trop longtemps\nà la même forme d’art, des raisons autres s’opposaient à ce\nque la France consacrât sa gloire. Et ces raisons — le mot est\nbien ironique —étaient patriotiques ! Shakespeare était anglais.\nDès qu’une chose admirable doit être accomplie, dès qu’une\nœuvre de splendeur doit être révélée, on trouve toujours une\nopposition chauvine. L’histoire est ridiculisée par les gestes\ndes rodomonts. De même qu’en 1880 les marmitons,poussés\npar Rochefort, empêchèrent la représentation de Lohengrin\nqui, écrit par un Allemand, blessait leurs sentiments germa\nnophobes, de même le public de i8a3 fit une réception de\ncoups de sifflet et de pommes cuites à la troupe anglaise\nvenue héroïquement porter la sublime parole du maître à la\nsauvagerie des Wclchcs. Elle voulait jouer Hamlel. On n’en\ntendit rien. Dès les premiers mots la plèbe s’insurgea. Huées,\ncris de bête sauvage, braiements d’âne, gloussements de din\ndons, renàclemenls de porcs, et au milieu de la joie féroce de\nla basse-cour et de la ménagerie mêlées, un spectateur hurla :\n« A bas Shakespeare! C’est un aidc-dc-camp de Welling\nton! » Cela détermina la déroute forcée pour la troupe. Ac\ntuellement beaucoup des marmitons qui conspuèrent Wa\ngner le croient aussi ancien canonnier-servant le l’armée\nprussienne lors du bombardement de Paris. Et malgré l’ins\ntruction multipliée, les écrits répandus, les penseurs achar\nnés à décrasser les cerveaux, ainsi se perpétue immuable\nment la bêtise des foules contemptrices de toute beauté,\nla mongolique haine du peuple contre l’étranger.\nMais Hugo montra Shakespeare, comme on ouvre les porlcs\nd’un temple. Et sous l’écrasante coalition des intellectuels\nravis devant les magnificences apparues, les esclaves se\nturent. Hugo s’efforça à trouver chez le poète dramatique\nanglais son amour du contraste qui dans ses créations les plus\nbelles lui « faisait rencontrer l’apothicaire â Roméo, les trois\nsorcières â Macbeth, les fossoyeurs â Hamlet, et donnant un\nfou au roi Lear. »",
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     "texte": "43\n« Shakespeare, c’est le drame, et le drame qui fond sous un\nmeme souffle le grotesque et le sublime, le terrible et le bouf\nfon » — et ailleurs— « voilà ce qu’a su faire entre tous,dune\nmanière qui lui est propre et qu’il serait aussi inutile qu im\npossible d’imiter, Shakespeare, ce dieu du théâtre en qui\nsemblent se réunir, comme dans une trinitc, les trois grands\ngénies caractéristiques de notre scène : Corneille, Molière,\nBeaumarchais ».\nLes Romantiques virent surtout des beautés la ou les aïeux\nAvaient vu des fautes de goût. Ils l’admiraient dans scs em\nphases, dans les expressions paroxystes par lesquelles scs\npersonnages dévoilent leurs sentiments, llamlct déliant Lacrtc\nd’aimer Ophélie plus que lui-même leur paraissait beau dans\nscs premières provocations ; « Viens, montre-moi ce que tu\nferais pour clic, veux-tu pleurer? Veux-tu te battre ! Veux-tu\njeûner », mais il leur paraissait sublime lorsqu’il ajoutait :\n«•■Veux-tu te déchirer dotes propres mains? Veux-tu boire\n1 Isscl tout entier ? Veux-tu manger un crocodile ? » Le\nmoment était aux mots emphatiques, les sentiments traduits\nen d’amusantes hyperboles semblaient gagner en sincérité.\ny cs passions étaient d’une violence extravagante, et les\ndrames qui excitèrent la réjouissance publique peuvent nous\nconvaincre de cet état d’esprit, peu dangereux en somme.\nCes trivialités de Shakespeare ne semblèrent pas aux ro\nmantiques déparer la belle exaltation lyrique de ses pièces —\npu quoi ils jugèrent sainement, mais ils y attachèrent une\nmiportance trop grande. A côté des caractères-types dont ils\ncomprirent la puissance immortelle, ils se plurent trop a des\nobservations secondaires, à ce petit côte des antithèses, a celte\nremarque, qu’à côté du héros doté de toutes les qualités\nShakespeare place toujours un criminel chargé de tous les\nymes. Hugo qui usa de ce procédé pour son théâtre lut sur-\ntout frappé dans son illustre modèle de la partie mélodrama\ntique de son œuvre, de la représentation matérielle des laits.\n, on tempérament le faisant plus sensible à l’expression exte-\nncure de la douleur, il l’imita trop sur ce point et insuffisam\nment dans la peinture des angoisses morales — et c est ce\nrend tout le théâtre de Hugo, depuis Hernani jusqu’aux\ném/v/raves d’un charme incomplet, plus terrifiant qu’émouvant\n.bus ne parlons pas de Cromwell, celte imitation trop ser-\nvde et non réussie de la manière du grand William.\nB* on admit Shakespeare jusque dans scs vulgarités les plus\ncontraires à l’esprit français, il fallut pourtant pour le faire\napprécier de nos compatriotes tenir compte de leur éducation\nc ne pas trop heurter la conception du beau chez eux implan\nte par deux siècles de théâtre sans originalité. Alfred de\nVl S n y, dans le More de Venise, sut faire passer sur la sccnc",
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     "texte": "4 4\ndo noire pays l'cmotion du drame shakespearien — et ne pas\ndéplaire. Vacqucrie et M. Paul Mcurice firent leurs débuts\nsous l’inspiration du grand tragique, et la pudibonderie des\nspectateurs n’eut point à s’émouvoir de leurs essais.\nEn effet, en 18/|3 l’Odéon reçut d’eux : Falstajf, une comé\ndie en G actes tirée du HenriIV de Shakespeare. Cette pièce\n«pic précédait un prologue de Théophile Gautier ne fut pas\nreprise depuis lors, croyons-nous, sauf un fragment qui fut\njoué en i8<j5 pour la représentation de retraite de M. Got, —\nfragment où se révèle déjà l’habileté scénique des deux au\nteurs et qui contient la scène si amusante de Falstaff et du\nprince Rodolphe. En voici un court passage qui peut donner\nune idée de la fidélité de leur traduction :\nFALSTAFF\nOh ! je me dis soleil par simple métaphore,\nEt d'abord le soleil lui-même n’est divin\nQue par cette raison, mes fils, qu’il fait le vin.\nAh 1 le via ! J’ai trop soif! allons donc, qu’on m’en verse.\n(Il boit)\nOui, cet autre soleil dont l’éclat nous renverse,\nCelui qu’il ne faut pas adorer à demi,\nLe voilà, c’est le vin, le sauveur et l’ami !\nJeune, je languissais le foie aride et pale,\nCe qui, comme l’on sait, ne marque rien de mâle ;\nLe vin m’a ranimé de son philtre écumant 1\nC’est au vin que je dois tout cet esprit charmant\nQui tire de ma bouche où le sel grec abonde,\nUn las de mots les plus étincelants du monde I\n— lia 1 Tu n’as pas non plus laissé croupir en loi\nLe sang glacé transmis par ton père le roi ;\nMais, comme les terrains stériles cl maussades,\nTu vous les réchauffés à nos larges rasades.\nEt tu sortis refait des flacons épuisés 1\nAli ! j’aurais mille fils, je croirais faire assez\nPour eux, et je tiendrais leur âme assez instruite,\nSi je leur inculquais pour règle de conduite,\nSur cette terre où nui ne marche d’un pied sûr\nL’horreur de l’eau rougic et l'amour du vin pur;\nCar le vin seul fera l'homme ardent, fier et brave.\nTout n’est que fange au monde, et c’est le vin qui lave !\n(Il reboit.)\nLE PRINCE\nBon ivrogne, il est clair après cet hymne au vin\nQue, pour te mieux laver, tu vas boire sans fin.\nFALSTAFF\nJe ne bois pas ! — Le vin, dit je crois, Epictète,\nEst le lait des vieillards. — Je ne bois pas. Je tète.\nL’année suivante, Shakespeare inspirait aux deux auteurs\nLe Capitaine Paroles, et celle inspiration fut encore lieu-",
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     "texte": "/|5\nr euse. Un Ici modèle fortifiait leur talent, les faisait plus\naptes à tenter les succès de théâtre — et l’avenir prouva,\nenez M. Meurice surtout, qu'ils avaient su profiter de ses\nleçons.\nC’est alors que,troublé par celte énigmatique figure d Ham-\nwt qui devait après lui tenter tant de dramaturges, M. Meu-\nnec résolut de terminer le drame qu’il avait commence, étant\nencore un imberbe rbétoricien. La représentation au 1 héâtre-\nUistorique en 18/19 força les louanges des critiques les plus\nrétifs^au cbarme des pièces nouvelles. 11 serait intéressant\nne môme (pie l’on s’est plus récemment à rappeler les diverses\naçons dont les acteurs interprétèrent le rôle d’IIamlct de\nrechercher les différences qui existent dans les traductions,\naulerences tenant et du tempérament de l’auteur et de lcs-\nmtiq Ue de son époque. Çe travail allongerait trop cette\nc nde, niais il est, utile pour ceux qui, tentant de le faire\nAf 1 •î 0111 ’, s’étonneraient du dénouement dans le drame de\n; Paul Meurice, de dire les raisons exposées par l'écrivain\nluî~. môme * dans un article lointain, certainement oublié de\nintérie' Un e ^ Ccs ^ mo .y cn dans sa pensée, dans sa vie\nitrnnr Ure * dans son rêve sombre et vague, où la science\n‘gnore, où la foi raille où l’amour délire, où les démons\ntrompent l’homme, où les fantômes le mènent, où la rellexion\naveugle l’action, où la mort est la grande préoccupation de\n*a vie, où le doute est un mot, est la seule raison du cauche\nmar sanglant que complique et que dénoue on ne sait quelle\npresse de meurtre, quelle furie de carnage, sans que jamais\naucun rayon de justice éclaire, môme au seuil de lnuic\nmonde, cet entassement de cadavres. . ,\n» C’est pourquoi un poète dramatique qui a récemment\nmute de traduire Hamlct, non seulement dans notre langue\nmais encore, pour ainsi dire, dans notre époque, désespéra\nü mino se r de ce côté de la Révolution française la simst\nOnM..-:\nnt\nsinistre\nconclusion du drame à un public populaire, s’est vu obligé,\npour ne pas indigner cette foule sévère dans laquelle le droit\ndefinitif repose, de faire apparaître au dénouement 1 idée de\n! ; . ,me immortelle et de l’éternelle justice, et laissant 1 cilet\nmstouque d u livre â la science des lettrés qui connaissent le\nP as se, a fait concorder l’effet moral de la scène avec 1 ms-\nmet de cc p CU pi c u j p rcsscn t, l’avenir. » . .\n. Alexandre Dumas avait aidé le jeune écrivain de son expe\nrte littéraire pour l’écriture d'ilcimlct., et surtout de son\nnunleté en matière théâtrale.— La pièce était d’ailleurs signée\n«es deux auteurs. . . .,\n<ettc fois la connaissance de Dumas lui fut profitable , en\n( autres occasions cc fut au contraire M. Paul Meurice qui",
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     "texte": "rendit service au romancier. La fécondité tant célébrée do ce\ndernier était due surtout à l’occulte collaboration de jeunes\ngens de talent, pauvres pour la plupart, préférant céder leurs\nœuvres à qui pourrait les utiliser de suite que d’attendre trop\nlongtemps un problématique éditeur. Dans toutes les feuilles\non réclamait du Dumas. Pourtant on se méfiait de cette pro\nduction invraisemblable chez un seul homme ; scs procédés\nde raccoleur littéraire étaient devinés, et dans certains jour\nnaux — au Siècle par exemple — on n’acceptait que la copie\nfaite de sa main. Il présentait parfois, écrits d’une plume\nétrangère, des manuscrits qui lui étaient refusés, mais c’était\npour donner plus de poids à d’autres dont il n’était pas da\nvantage l'auteur — un de scs secrétaires après un patient tra\nvail étant parvenu à imiter parfaitement son écriture. Dans\nles milieux de lettrés, la question se posait couramment :\n« De qui donc est le dernier roman de Dumas? »\nLorsque parut Ascanio, le dernier roman de Dumas était de\nM. Paul Meuricc. Amaury et les Deux Diane également.\nL’auteur voulant tirer une pièce de ce dernier roman poussa,\nla délicatesse jusqu’à demander l’autorisation au signataire et\nDumas lui écrivit alors, pour être placée en tête du volume,\nune lettre pleine de cette belle franchise qui le rendait si cor\ndial et lui faisait pardonner tant de choses — lettre dans la\nquelle il faisait cet aveu : « Je dois déclarer sur l’honneur\nque je ne suis pour rien dans la composition de ce livre », et\nil ajoutait même ne l’avoir jamais lu. C’était là une preuve do\nconfiance dont ne pouvait se vexer M. Paul Meuricc.\nTous ceux qui ont lu ces trois romans — et toute une géné\nration s’est délectée à graisser les exemplaires des cabinets\nde lecture — peuvent regretter que le jeune maître qui se\nrévélait alors n’en ait pas produit beaucoup plus, car ils sont\nparmi les plus remarquables que recommanda à la curiosité\npublique le romancier aux multiples cerveaux.\nOn annonça d’autres romans de M. Paul Meuricc: les\nFemmes s'ennuient,les Erreurs <la bon Piphange, Trigame,\nle lioi nocturne. Les titres seuls parurent Mais en 1867 il\ndonna Louspillac et Beautrabin et les Tijrans de Village,\nlivres qui, malgré leurs qualités — le second surtout cu\nrieusement ironique — séduisirent moins le lecteur que le\nsuivant, la Famille Anbrg. Nous voudrions expliquer ce\nroman à cause de sa thèse si remarquable, mais nous avons\nsouvent observé qu’on déparait une œuvre en voulant en ra\nconter les péripéties — d’autant plus qu’on se trouve forcé\nd’omettre maints détails qui contribuent beaucoup à sa beauté.\nNarrer les scènes d’un roman ou d’une pièce de théâtre, c’est\nfaire un squelette d’un ouvrage vivant, et le moyen n’est\npas efficace pour provoquer le désir de l’écouter ou de le lire.",
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     "texte": "47\nad-\nava\ndevons particulièrement recommander a ceux dont 1 a\n«nration peut être rebelle aux caprices de la mode Cesa.\nI e M. Paul Meuricc — ccttc œuvre de bonté qui décèle une\nan ? c et qui excitait les dithyrambes de George Sand. « G est\nV s S f and, s’écriait-elle, c’est beau, très neul, très hardi,\nc est un errand idéal humain vivant, palpable ; c’est l’homme\n-■'* r>nn« vivons. » liit clic\nde\n^cs à!Antigone.\nj 1 ’ \\ a ul Meurice, a pris une place iiw^uu^^. -\nucüon intellectuelle de ce siècle. Cette pièce écrite ■\n^ ophocle —avec Auguste Vacquerie, son frère d armes nom-\nrau-on dire, fut représentée à l’Odéon en i8/|4. Jusqu alors\ntes œuvres dramatiques de la vieille école représentaient les\ntttœurs des nations glorieuses du passé comme les plâtres\ncs jeunes vendeurs italiens rencontrés chaque jour dans la\nt‘ u c évoquent la pureté de lignes des statues antiques. Depuis\n“es années et des années on émasculait les grands tragiques\nirrer.s rl^c ,i„ a imiintions fadasses, dénuées d interet , de\n-• 1« d» Dncisn osant\nallaient 0 arm ^ c classique eu».,, ,\nsans f ’ l >0ur tou jours, ensevelir dans l’oubli leurs trageuico\nm ent T 00 ctsans couleur. L’action se déroulait barmomeusc-\nclirpii UDS uu décor de pure antiquité, avec évolutions des\nCcl| S m . us t ( l uc de Mcndclssohn.\nq u j j- 0 atusiquo aida-t-elle beaucoup au succès de la pièce\nnuit U |’ ^ 8 £ ran d? nous en douions. Selon nous, la musique\net disf Ul,U ^ 11 mar cbe du drame, en amollissant les gestes,\npûinc Fait * C s P cc l alcur plutôt qu’elle ne l’enchante. Nous ne\ndels ' S |'1 u 8'Ç r nous-môme, bien entendu, si la verve de Mcn-\nmais° IU 8 appropriait aux beaux vers des deux poètes ;\nveni croies l’occasion do regretter par exemple l’inlcr-\nl e ' <)a deMasscnct dans le jeu des Erynniesàe LcconlcdcLis-\n0 le oobiion ne tend point à critiquer M. Massenet, mais\nde musique et de",
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     "texte": "Antigone avait définitivement mis en vedette les noms\ndes deux collaborateurs. Hugo déjà les honorait de son ami\ntié, ayant deviné — outre leur talent — le dévouement sin\ncère de leur admiration. Lui-même l’a rappelé d’ailleurs, long-\ntemps après, dans les Quatre vents de VEsprit :\nHélas, comme c’est peu compris, les grandes âmes!\nL’orage était bien noir quand nous nous rencontrâmes.\nJe livrais au vieux monde un assaut hasardeux ;\nJe luttai ; vous, tribuns de l’art, maîtres tous deux.\nForts, dressant devant moi votre épée étoilée,\nVous me prîtes la main dans l’ardente mêlée...\nIls étaient venus trop tard pour prendre part aux luttes\népiques d'Hernani, de Marion et des représentations tumul\ntueuses de quelques pièces de Dumas. Mais quand on opposa\nla Lucrèce de Ponsard aux Dur graves et MH» Rachel à la\nmaîtrise de Marie Dorval, ils purent prêter au beau drame\nhugolien l’appui de leurs acclamations. Cependant une réaction\ncontre le romantisme s’accomplissait, et, la belle efferves\ncence des débuts était éteinte. Théophile Gautier raconte que\nquand M. Meuricc et Vacquerie allèrent trouver Gélestin Nan-\nteuil pour lui demander « trois cents Spartiates décidés à\nvaincre ou à mourir plutôtque délaisser franchir les Thcrmo-\npylès à l’armée des barbares », l’illustre graveur leur répon\ndit : « Jeunes gens, allez dire à votre maître qu’il n’y a plus\nde jeunesse! Je ne puis fournir les 3oo jeunes gens. »\nVictor Hugo cependant allait mettre à contribution leur dé\nvouement pour une lutte autrement Apre et dangereuse aussi.\nNous voulons parler de l’admirable campagne politique qu’ils\nmenèrent dans l'Evénement, d’abord contre le général Gavai-\ngnac, ensuite contre le président Louis Napoléon trahissant le\nmandat qu’ils avaient contribué à lui faire confier.\nOn regrette généralement l’intervention des écrivains dans\nles affaires civiques, à cause de l’arrêt brusque que subit leur\ntalent et des œuvres forcément abandonnées. Nous ne\nsommes pas de cet avis. Certes lorsque des poètes essaient\naux approches de la vieillesse dé jouer un rôle politique pour\ncacher sous d’autres préoccupations la vacuité de leur cer\nveau, on peut blâmer ces risibles ambitions, mais il est bon au\ncontraire que des jeunes littérateurs ne se désintéressent point\ndes affaires publiques et tiennent à défendre les causes justes\nde toute la force de leur talent. La fameuse tour d’ivoire n’est\npoint habitable pour les vrais poètes, les événement humains\nles doivent loucher. Et quand les droits de la pensée sont en\npéril surtout, il est non seulement de leur devoir, mais de\nleur intérêt de se mêler à la foule des combattants. En i8/|8,\nnous voyons Victor Hugo redouter pour la plume la sujétion\ndu sabre, et fonder /’Evènement pour opposer les concepts",
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     "texte": "49\nr\nde droiture et de liberté à lu candidature du général Gavai-\ngaac.La rédaction en chef en avait été confiée a M. tiu 1\nyjee; Théophile Gautier, Vacquerie, Champucury, Goz an,\nhalzac, Charles Hugo y semèrent des proses fécondes. Ou on\nrelise cette admirable collection de l’époque, ces articles pleins\nhe verve et de colère où l’insulte ne fait point des taches de\nboue, Rochefort n’avait pas encore contaminé le journalisme\ndc ?on langage de maquignon ; les choses dites ne sont pas\nmoins d’une purulente indignation. Quelle hautaine éloquence\nmontrait M. Paul Meurice, — dans cet article contre M. de la\nour d’Auvergne faisant une quête au profitde M. Cavaignac e\nPour l’entretien de l’église du National! Cet évêque cl Arras\navai ^ provoqué un scandale dont il était fier, en publiant un\nmandement qui se terminait par ces mots : «je voterai pour\nUn sabre. »\n<( Vous un prêtre, s’écriait le journaliste de YEvénemcnt,\nTous un évêque, un cardinal, un chrétien 1 Vous qui ne devriez\njamais prononcer que des paroles de conciliation cl d arnoui,\nvous voterez pour un sabre 1 Vous aimez les hommes de guer-\nre • Vous qui n’avez des mains que pour bénir et pardonnei ,\nvous qui réunissez dans votre caractère tous les symboles\n1 mnocence et de douceur ; vous à qui Dieu disait : mon lus .\nVo j xs à qui l’homme dit : mon père 1 »\n’ t cette péroraison : . . .\n! ( Je voterai pour an sabrc\\ Jésus-Christ n était pas de votre\navi . s , monseigneur l’évêque d’Arras, lorsqu'il disait : « Celui\nf im se servira de l’épée périra par l’épée. » ...\nv odà comment l’écrivain dont nous nous occupons ici savait\n1 v ec ses braves compagnons déplume défendre la République\n9 U il sentait menacée par les gens d’épée alliés aux gens ce\nu .,.°. Car tout le clergé faisait cause commune avec le parti\ntaire. Il subventionnait le National, qui se vendait trois\n* °us, et auquel Hugo avait voulu o|i|)oscr — réforme énorme\npour l’époque— le journal à cinq centimes. Et apres la bataille\ng a gnee contre Cavaignac, ils en engagèrent une autre contre\nmpoleon dont ils avaient deviné vite la sourde ambition d abo-\n, lr liX démocratie. Cela était plus périlleux. Charles Hugo tut\ne P r cmier frappé Ce talent à la fois vigoureux et délicat, ce\nmT 0 homm e qui tenait de son père une haine profonde du\na e*- qu’un portrait de l’époque nous représente très beau\n{ ! VCC dcs yeux ardents, expia dc 6 mois de prison un manque\n«respect pour la peine dc mort 1 Le q juin ib5i, on devai\nguillotiner un assassin dc ai) ans nommé Montcharmont.\n, emi-ci arrivé sur le lieu d’exécution, avait lié de scs pieds et\n“e ses jambes le bois de l’échafaud, et dans une révol te épou\nvantable et pleine dc hurlements, malgré ses mains ligottces,\nesiste aux efforts des bourreaux. Trois quarts d heure dui an\n5",
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     "texte": "5 o\nr\nle peuple fut témoin de cette lutte. On se jette sur lui, ses\nvêtements sont arraches. Il saigne. Il supplie qu’on lui fasse\ngrâce. Devant la réprobation des assistants appelant la fin do\ncet ignoble spectacle, on le ramène dans sa prison. Cependant\nla guillotine reste debout. El le soir on lui apporte, ficelé de\ncordes comme un paquet, le condamné dont le hurlement\nn’est plus terrible, mais lamentable , qui sanglote, appelant\ncomme un enfant son père et sa mère à son secours et prenant\nDieu à témoin de la sauvagerie des hommes. Force était de\nmeurée à la loi. Et contre Charles Hugo ayant réprouvé cette\natrocité, contre ce jeune apôtre clamant son dégoût d’une telle\njustice humaine, on s’arma de l’article du Code ordonnant le\nrespect aux lois ! Un procureur dont le nom nous est malheu\nreusement inconnu — car il est de ces êtres dont l’ignominie\ndevrait être rappelée comme une leçon tragique — un procu\nreur osa requérir contre le journaliste. Victor Hugo avait été\nautorisé à le défendre, et nous regrettons de ne pouvoir don\nner ici qu’un fragment de cette plaidoirie vibrante de passion\ngénéreuse.\n« Ce crime, disait-il, défendro l’inviolabilité de la vie hu\nmaine, je l’ai commis bien avant mon fils, bien plus que mon\nfils,je me dénonce,monsieur l’avocat général! Je l’ai commis\navec toutes les circonstances aggravantes, avec préméditation,\navec ténacité, avec récidive. »\nEt la fin, qui prend dans les circonstances actuelles, l’auto\nrité d’une prophétie :\n« Mon fils, lu reçois aujourd’hui un grand honneur, tu as etc\njugé digne de combattre, de souffrir peut-être, pour la sainte\ncause de la vérité. A dater d’aujourd’hui, tu entres dans la\nvéritable vie virile de notre temps, c’est-â-dire dans la lutte\npour le juste et le vrai. Sois fier, toi qui n’es qu’un simple\nsoldat de l’idée humaine et démocratique, tu es assis sur ce\nbanc où s’est assis Béranger, où s’est assis Lamennais !\n« Sois inébranlable dans tes convictions, et que ce soit là ma\ndernière parole, si tu avais besoin d’une pensée pour t’affer\nmir dans ta foi au progrès,'dans ta croyance à l’avenir, dans\nta religion pour l’humanité, dans ton exécration de l’échafaud,\ndans ton horreur des peinesjirrévocahles et irréparables, songe\nque tu es assis sur ce banc où s’est assis Lesurques ! »\nFrançois-Victor Hugo ne tarda pas à aller rejoindre son\nfrère, accompagné de M. Paul Mcuricc. Neuf mois de prison\nà tous deux ; l’un comme auteur, l’autre comme gérant, pour\navoir protesté contre l’expulsion des réfugiés politiques. C’é\ntait en môme temps la suppression de lEvénement avec une\namende de six mille francs.\nL’Avènement du Peuple le remplaça, pas pour longtemps,\ncar le premier numéro fut saisi, et Vacqucric condamné à six",
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     "texte": "5i\nà p,V 0 P r * SOn j ^ cs quatre héroïques écrivains se retrouvaient\n(car 1 ° ncier S e ) r ' c> C’est là que Victor Hugo leur envoya d’exil\np eg c COu P d’ tat arrivé sur ces entrefaites avait fait des cou-\ndoc! ru™ • s P arrr| i les adversaires de l’empire) la belle pièce\nChâtiments intitulée A quatre Prisonniers :\n£. cs soyez contents ; l’honneur est où vous êtes,\nvous, mes deux amis, la gloire, 6 tiers poètes,\n- uronne votre nom par l’affront désigné ;\nrcz aa y juges vils, groupe abject et stupide,\nfoi, la douceur intrépide,\nToi, ton sourire résigné...\nPeut S rU< * es prouves n’émousscrcnt point leur courage et on\nVaci a ‘ ss . Urcr qu’elles déterminèrent surtout la vocation de\nquerie devenu par la suite un polémiste de premier ordre.\nCrit ; r P r f Se étant muselée, M. Paul Meurice s’adonna à l’é-\nUian 1 ^ C n ? uve ^ es pièces. En prison, il avait tiré do son ro-\ni852 , Cani ° I e drame de Benvenuto Cellini où Melingue, en\nun ^ cs triomphes ^ cs P* us éclatants de sa car-\nS(ig ' ~~~ àlélingue qui créa également les principaux rôles de\nl c fin ' / S P^ ces L'Avocat des Pauvres à la Gaîté, en i85G,\nl a ’f'i- Bohême, à l’Ambigu, et en i858, ce radieuxl/'Vm/Vm\ndour'i- 6 T G t’ on jouera longtemps encore, et où la Pompa-\nd’un ] 11 \"j? ur ée par Adèle Page, comédienne accomplie,\nmo ^ eau .te délicate, qui avait été la Musette de Murger et qui\nLe U f m * s ® ra blem en t, vieille et abandonnée, en 1882.\ntaient ^. e beauté inventés par le jeune maître s’adap-\nfiran 1 incrve dleuscmcnt au tempérament dramatique des\n3 ac teurs de celte époque, et nous retrouvons leurs noms\ns »ble‘ S p U succès de tous ses drames. S’il ne nous est paspos-\nveni.. ( - a PP r6cicr leur jeu, du moins retrouvons-nous leur sou-\n[niere création\nLn 1855\n0 . -0 ce fut Bocage, qui inspira d’ardents panégyriques,\nî Ul * c quel Gautier a écrit des pages exaltées.. « Bocage\nCa u comme un Dieu, comme disait Henri Heine, 1 acteur\nprincipal des romantiques avec Marie Dorval, le héros des\naaclodrames de Dumas et qui avait paru presque un transfuge\non interprétant le rôle de Brutus dans la Lucrèce de P011-\nsard, ce fut Bocage qui se plia remarquablement aux cent\ntransformations du principal personnage dans le Paris ao\n• Paul Meurice, cette épopée nationale donnée durant 1 Ex\nposition universelle et dont cinquante représentations conse\ncutives n’épuisèrent pas le succès, Paris, qui manqua de n ê-\nr o point jouée de par la volonté susceptible duministre P ou kl,\nexi géant a ce drame qui s’achevait dans la période révolution-",
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     "texte": "naire du dernier siècle un épilogue se passant sous le premier\nempire ; Paris, dédié à Iiugo, et dont Hugo a dit la splen\ndeur en des phrases enthousiastes. Ce fut Bocage encore, qui\naida par la perfection de son jeu à la vogue des Peaux mes\nsieurs de Bois-Doré tiré parM. Meurice du roman de George\nSaud qui paraissait alors dans la Presse. De cette représenta\ntion data la bonne amitié qui lia ces deux écrivains, amitié\nqui devait être fructueuse, car en i8ü/j ils donnèrent ensemble\nau Vaudeville le drame fantastique le Drac et quatre ans\naprès Cadio â la Porte-Saint-Martin. Ensuite nous voyons\nM m * Marie Laurent principale créatrice de François les Bas\nBleus, drame à grand spectacle joué à l’Ambigu,ct, en 18G7,\nà l’Odéon, Berton dans la comédie en l\\ actes : Une Vie nou\nvelle. Enfin c’est MH® Fargueil (pii, en 1878, récolte des applau\ndissements unanimes dans la Brésilienne, un des drames les\nmieux construits de l’auteur, sinon des plus parfaits de style,\net dont l’action est toute d’épouvante, sans une scène amu\nsante venant interrompre l’angoisse du spectateur. Les pièces\nsuccédaient aux pièces ; c’était une incomparable production\nqui faisait de M. Paul Meurice l’auteur dramatique le plus\nfécond et le plus acclamé de la période napoléonienne.\nMais il allait encore être lorcé un certain temps d’abandon\nner sa plume de dramaturge pour activer de sa verve de po\nlémiste la chute de l’Empire. Le 27 avril 18G9, Hugo crée le\nRappel et la guerre autrefois commencée dans VEvénement\ncontre le Prince-Président est reprise avec la même vaillance\ncontre l’Empire, l’uis vinrent la guerre et la commune. Au\nmilieu de la grande période révolutionnaire, M. Paul Meu-\nricc s’essaye à un rôle de pacificateur.\n« Nous ne pouvons nous empêcher, disait-il, de blAmer\nénergiquement le décret instituant, sous le nom de jury d’ac\ncusation, le tribunal révolutionnaire qu’a édicté la Commune.\nTerreur et fureur, c’est bon pour le parti du passé, mais nous\nsommes, nous le parti de l’avenir. »\nDe (elles opinions ne l’empêchèrent pas d’être arrêté à la\nfin de mai 1871, lors de la rentrée des troupes versaillaises,\nmais il put facilement, sans honteuses rétractations et sans\nfaiblesse, prouver la stupidité de cet acte. On le relâcha.\nDes fondateurs du Rappel lui seul demeure — et Roche-\nfort. Le hasard voulut qu’avec l’honnête homme â l'âme gé\nnéreuse subsistât l’abject polémiste dont la vieillesse prouve â\nquel degré d’infamie peut descendre celui qui lutta sans sin\ncérité, sans désir d’un triomphe désintéressé, par haine seu\nlement. Rochcfort 1 cet ex-compagnon de ce jeune et brave\nCharles Hugo qui, au Rappel môme, avait encore encouru\nquatre mois de prison et mille francs d’amende pour avoir\nvoulu donner à des officiers français des préceptes de fraternité!",
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     "texte": "53\nprésenter à Paris et dont les bruxenuio w—\nrant l’exil de V. Hugo. Ce ne fut qu’en 1878 qu’on le joua en\nJ'rance mais des modifications y furent encore apportées dans\n,a su 'le par M. Paul Meuricc, et ce n’est (pic tout récemment\npour le théâtre de la Porte-St-Martin (pie les Misérables reçu\nrent leur forme définitive. Coquclin fut un Jean Valiean de tou\nchante beauté ; il n’a pas les mélodramatiques éclats voix\n«e Dumaine, qui créa le rôle en 1878, ni son exubéra\nlrnc, \" t ’ ‘ contenu, plus mesuré, plus\nreçu-\ndelou-\nde voix\nde Dumaine, qui créa le rôle en 1878, ni son cxunerancc de\ngestes ; son jeu est plus contenu, plus mesure, plus dans c\ngoût de notre époque. _ . .... .. ,\nDes actrices iWv dans Fantine, MP* Lugé-\n■l |Muo\nque.\nnic^N- aci j nccs — M‘ ne Berlhe Bady dans Fantine, MH» Eugé-\nles s '. U * ;,I1S Dponinc — ont marqué de leur prestigieux talent\n• 1 oes les nlus touchantes de ce drame beau comme une\nlà tout entier, dans sa mo-\n’œuvre divine, dans sa pitié\nj \\ tra-\ncomme\njalesse de\n.. . pensée\nu ‘ iiwin ~ 1 ..\nu maître— sans rien ajouter à l'affabulation, =>■““ 0111c ie\n10,1 plus les passades les plus notables du roman.\n.M- Paul Meuricc a également transporté à la sceno Quatre\nvingt-treize. Certes les esprits grincheux reprocheront a ces\ndrames la difficulté de certaines transitions, « les trous » im\npossibles à éviter lorsqu’il faut en cinq actes donner ta ma-\nBere de dix volumes. On sent au contraire (pie les pièces 11c\nsont pas faites par un arrangeur, mais par un écrivain g o\nr >eux de contribuer à la gloire de son modèle. Durant toute\nsa carrière littéraire son bonheur le plus grand fut d etre utile\ni l y ,c t°r Hugo. Déjà, pendant que ce dernier était en exil, u\nlui onvAxrnîf cnnvmil fias (loCUIHCntS pOlir la fut!\ni ici c micnuiüowu^-\niclor Hugo. Déjà, pendant que ce dernier cum,\nenvoyait souvent des documents pour la future Histoire\nllr } Q'inie. « Je traiterai le Bonaparte comme il convient,\nécrivait l’exilé. Je me charge de l’avenir historique de ce\nr J|e. M le conduirai à la postérité ” \"\nenn talent\nécrivait l’exilé, .le me ciuug^ _— , ...\ndrôle. Je le conduirai à la postérité par I oi t 1 c. , j e\nCar Hugo appréciait son talent —- et son 1 , . * a s\nconsidérait comme un des plus intimes anus. ■ ’ mais\nseulement chez lui de l’estime ou de la rcconna .. ’\n5,",
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     "texte": "une affection profonde qui no fit que s’accroître jusqu’à la\nmort. Qu’on relise toutes les lettres qu’il écrivait de Belgi\nque à sa femme; dans aucune il n’oublie d’envoyer scs ten\ndres amitiés à Paul Mcuricc ; il prie qu’on lui donne un de\nses dessins; il s’intéresse à son œuvre, applaudit àla réussite\nde ses pièces : « Je t’envoie un mot pour Paul Meurice. Son\nsuccès (Benvenuto Cellini'j nous a fait une joie ici. Nous\navons bu à sa santé, dis lui cela. »\nDès qu’il songe à gagner Jersey, il pense de suite à accueil\nlir ses deux grands amis : «Nous avons une chambre pour\nAuguste, un étage pour M.'ct M m ° Paul Meurice. » Aux jours\nde danger, lorsque l’Empire croulait parmi les ruines et le\nsang, c’est à Paul Meurice qu’il écrit son désir de rentrer en\nFrance pour défendre Paris assiégé avec scs compatriotes.\n« Mon doux et intrépide ami, quel bonheur de faire son devoir\nà côté de vous... Comme vous m’aimez et comme je vous\naime. »\nOui, M. Mcuricc l’aimait, son illustre maître, non point\npour se grandir à son contact commutant d’autres, mais pour\nle soutenir dans ses luttes, le consoler dans ses afflictions. Ce\nfut lui qui donna l’hospitalité au grand poète durant le siège\net lui qui l’aida à supporter la mort de son fils, lui qui accom-\nÏ iagna Hugo dans sa voiture au retour des obsèques, les yeux\nourds de larmes en lui pressant les mains en une muette\nconsolation. Combien le maître avait raison en lui écrivant\naprès la fin de son internement par les Versaillais:\n— « Venez, mon doux et cher conseiller, veni spiritus »,\net une autre fois :\n« Grand esprit, grand cœur, doux frère et doux maître, je\nvous aime 1 »\nOui, grand cœur. Répétons la parole de qui put l’apprécier\ndurant de longues, longues années. Grand cœur par ses ro\nmans aux thèses de bonté, grand cœur par ses drames aux\nhéros magnanimes, grand cœur dans ses luttes politiques\npour la vérité et la justice, grand cœur dans toute sa vie!\nEt grand esprit aussi que rien ne détourna des devoirs ci\nviques ; ni l’emprisonnement, ni les amandes, ni les insultes.\nGrand esprit qui ne s’abaissa jamais à chercher la popularité\npar des moyens do batteur d’estrade. On pourrait dire de M.\nPaul Meurice ce qu’il écrivait lui-môme de Michelet en i8/|8.\n« Cette foule qu’il aime à la foisardemment et timidement,\nil ne lui a jamais fait d’une façon éclatante et directe sa décla\nration... Voilà pourquoi il n’est écouté, c’est-à-dire compris,\nc’est-à-dire admiré, que par ceux qui sont justement hors la\nfoule, par les penseurs, par les lettrés, par les étudiants. »\nOr non seulement il ne rechercha pas l’amour souvent ai i-",
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     "texte": "i\nlissant du peuple, mais il dédaigna les honneurs par l\non obtient cet amour. —dernier\n“ 1JUUl u HUICIIIC. Itl uv r .v, .\npns les suffrages de scs confrères. L’Acacicimu iju. .....\ncompte parmi ses membres ni Gautier, ni Vacquerie, ne dc-\nv *ut pas recevoir Paul Mcurice. Elle pourrait encore s bouo-\nrcr en allant cbcrcbcr ce vieillard dans sa solitude, en ou\nvrant scs portes à deux battants devant ce dernier représen\ntant de la littérature romantique, de cette période si fécondé\nCn génies qui ont illuminé l’Europe. Non. Getlc assemblée est\nfl nx ambitieux de talent discutable, aux politiciens puissants\nf | m peuvent disposer de places et de faveurs pour les parents\ndes académiciens. A côté de ces médiocres il n’y a point de\nlpace pour l’orgueilleux vieillard qui connulles belles victoires\nbttéraires et qui n’a point encore lâché sa plume d écrivain.\nCar M. Paul Mcuricc continue de réclamer l’attention du pu-\n1)1,0 et de vouloir scs applaudissements. On l’a vu il y a deux\nans encore faisant avec Slruensée, ce magnifique drame, plein\n( c fougue et d’intense jeunesse, courir tout Paris a la Gomc-\ndie française, fit il annonce encore d’autres livres, des\nromans et des drames... . ,,\nEU’énergie de cet homme de quatre-vingts ans qui ne (le-\nsespere point de l’avenir, estd’un merveilleux exemple! « 1 nul\n'curice, vieux galons », écrivait l’autre jour un chroniqueur,\nd° salons. Ainsi pense cette génération assoiffée de réclame,\nne songeant aux ancêtres qui leur ont préparé les voies que\nInmmnnt.\nAlbert Lantoine",
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     "texte": "Chant héroïque\npour la Bien-Aimée\nDes feuilles du laurier qui couvre ton visage,\nO Victoire, je veux mâcher le fruit amer,\nDe mon peuple tombé pour nourrir le courage\nJe veux te dénuder en face de la mer.\nJ’arracherai de toi la cuirasse sonore\nOù tu caches la jleur de ta riche beauté,\nCar j’ai pu, c’est depuis que mon peuple m’honore,\nContempler sans mourir ta haute nudité.\nJe le laisse aujourd’hui... Sous les Jlenrs et le lierre\nDe la blanche maison Elle attend mon retour.\nL'encens de les lauriers fume dans la lumière\nMoins beau que les parfums de noire calme amour.\n★\nO Victoire, les dieux brûlent dans la prunelle,\nQuand tu passes j’entends mes cavales hennir,\nTu déchires le ciel de ton vol, et ton aile\nNe bat que les seuls fronts d’oà jaillit l’avenir.\nMais qu’au seuil de mon cœur la Bien-Aimée est belle!\nVers d’autres prends ton vol, ô Victoire. Merci.\nTu revêtis mes Jlancs d'une force éternelle,\nD’antres, au bras viril, l’attendent, loin d’ici.\nEt je suis tout à toi, source de ma pensée,\nQui n’as jamais ([aillé le temple de mon cœur,\nSœur qui feras ma vie ardente et cadencée\nComme l’autre a rendu mon bras souple et vainqueur.",
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     "texte": "57\n★\nPour réveiller les dieux endormis dans les choses\nEt ramener le monde à son ordre parfait,\nSœur suave envoyée ti mon cœur par les roses,\nToi qui soutiens mon front, ta vois ce que fai fait.\nNos baisers ont brûlé sur l'autel de la terre\nQuand le printemps mêlait les éternelles eaux,\nNous avons embrassé le passant solitaire\nEt vu les soirs d'été se couronner d'oiseaux.\nMais lorsque, ayant chanté la jeunesse d*Hercule f\nDans la barque emportant le froment et le lait\nNous nous sommes offerts au vent du crépuscule,\nPour la première fois les dieux nous ont parlé.\n★\nEt depuis, nous avons, transfgurès par l’onde,\nNourris de pur froment cl de lait, visité\nTons les lieux merveilleux où s'éveille le monde,\nLes continents, la mer et son humide été.\nNous avons traversé la forêt des tempêtes,\nMais aussi nous avons, sons la lune endormis,\nSenti la main des dieux se poser sur nos têtes\nEl chasser de nos fronts les souffles ennemis.\nLa mer confuse a pris la forme de nos âmes,\nPuis le vent amenant notre barque vers eux\nUn soir, abandonnant les mers, nous abordâmes\nParmi les habitants des pays ténébreux.\n,1\n★\nLis n'ont plus maintenant de longs désespoirs vagues,\nLis connaissent les dieux, et dès l'aurore nus\nLis labourent, les champs on jouent mêlés aux vagues,\nLis adorent la mer d'où nous sommes venus.\nLes vieillards, sur le seuil jonché des métairies,\nEnseignent aux enfants à tendre l’arc d'airain,",
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     "texte": "58\nSentant confusément le rêve des patries\nEnvelopper les champs oà va lever le grain.\nPlus tard les chariots, dans l’agreste royaume,\nDresseront, pleins de blés, leurs temples radieux,\nEt sous le simple toit d’une maison de chaume\nLe soir nous recevrons la visite des dieux.\n★\n0 sœur que j’ai connue an milieu des victoires,\nSagesse de mon cœur, ordre parfait des temps,\nSons les astres pourtant là-bas les guerres noires\nFoulent sons leurs chevaux les autels du printemps.\nJ’irai, jadis mon peuple a labouré le monde,\nIl s’endort à présent à l'ombre des vieux murs,\nJ’ai faim, j’ai soif pour lui, qu’il se lève et réponde,\nQu’il se dresse affamé, les temps nouveaux sont mûrs.\nVictoire, tout mon corps nourri de ta puissance,\nJ’irai, j’éveillerai cette race à mon tour.\nAstres, d'un siècle d’or annoncez la naissance,\nSur la terre et la mer la Joie est de retour.\nJoachim Gasquet",
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     "texte": "Gabriel Fauré\net le Prométhée\nQuoique certaine critique l’ait jugée un peu mince — quant\naux dimensions, il faut croire — la tragédie lyrique de Ga\nbriel Fauré, exécutée cet été aux arènes de Btzicrs, est, par\nmi les manifestations d’art musical français qu’il nous fut\npermis d’applaudir ces dernières années, celle dont l’austère\nnoblesse de pensée nous semble la plus hautaine, esthétique\nment. Elle fait songer, malgré soi et en dépit de la franche\npersonnalité qui s’y accuse, non pas aux procédés d’écriture,\nmais à la grandeur des concepts glückistes, franpkislcs, voire\nwagnériens, tant la pureté de son style et la simplicité inspi\nrée des lignes de sa déclamation éveillent en nous l’idée de\nBeauté; et tant, aussi, nous émeuvent, charment ou ravissent\ntour à tour, son émotion contenue, ses accents sans emphase,\nla délicatesse en le fondu de ses colorations et la solidité de ses\nriches constructions harmoniques.\nOn sent, à l’audition de cette œuvre, que le jeune maître,\ndédaigneux des manières capables de lui valoir le succès fa\ncile et immédiat — à l’encontre de combien d’autres compo\nsiteurs, hélas! — se voulut garder pur de toute grAce et sou\nrire inutiles et, partant, de tout geste concédé à la Foule pour\nse la rendre propice. Au lieu de descendre à elle, il veut, fiè\nrement, la voir monter à lui. On ne saurait trop le louer de\ncet orgueil. Sûr de sa volonté neuve et de sa belle maîtrise\nacquise en la méditation des classiques il demeure loyal vis-à\nvis de sa conscience d’artiste, inébranlable môme au risque\nde déplaire ou de ne pas être compris. Que lui importe. Il se\ncomprend, lui ; et cela suffit. Du restant il 11’a cure, si la vi\nsion de son idéal est réalisée, par lui, strictement, sûrement\ndans la foi vivante et passionnée de son art.\nLt cela fut une surprise heureuse pour ceux — trop nom\nbreux — qui, naguère encore, croyant Gabriel Fauré seule\nment apto û crayonner finement des pages menues, ingénieu\nses et exquises d’intimité délicate, le virent ici peindre, d'une\nmain ferme et comme déjà accoutumée à la hardiesse des\ngrands traits, cette large et haute fresque : Prométhée.\n★\nL’œuvre n’est pas uniquement consacrée à la musique :",
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     "texte": "Go\ntrois rôles parlés y donnent la réplique à six rôles chantés et\naux chœurs. Cette alternance delà parole cl du chant adoptée\ndans les spectacles de plein air des arènes méridionales est-\nelle d’absolue nécessité Y Peut-être, si l’on tient, non sans rai\nson, à rendre plus immédiatement compréhensif et accessible\nà la foule des douze mille spectateurs le ton intime et détaillé\nde l’ouvrage — le verbe parlé permettant les amplifications\nexplicatives et rapides — et aussi si l’on songe à la diversité\ndes effets ainsi obtenus venant par instant distraire une mo\nnotonie à la rigueur possible. Néanmoins ce mode, à notre\navis, est regrettable : il nuit à l’unité.\nLe théâtre antique, objectera-t-on, en usait pareillement.\nEst-on bien sûr qu’il en usât ainsi Y Nous ne le croyons pas.\nDes chœurs seuls mêlaient leurs voix chanteuses au drame.\nAujourd’hui ce ne sont pas que les chœurs mais les person\nnages eux-mêmes qui se mêlent à l’action dramatique pour la\ncouper brusquement dechants parfois intrus et déconcertants\nquant à l’effet d’ensemble, et cela d’autant plus que — ainsi\nqu’on a pu s’en apercevoir dans Prométhée — de trop rares\nliens mélodramatiques ne les préparent ni les résolvent.\nSi un tel mode paraît inévitable — l’unité lyrique ne sau\nrait-elle lui être préférée Y — encore estimons-nous qu’il est\ndu devoir du compositeur d’en dissimuler et sauver adroite\nment les inconvénients : lui seul peut combiner les mélodra\nmes symphoniques selon les besoins de manière à amener,\nsans heurt ni surprise pénibles tant à l’esprit qu’â l’ouïe, les\nparties chantantes, et ramener de même avec habileté et mé\nnagements les parties verbales.\nGabriel Fauré, artiste avisé, a dû très certainement sentir\nl’opportunité de ces liens musicaux ; malheureusement la tâche\nétait longue et le temps court, cl probablement fut-il forcé,\npour livrer son manuscrit à l’heure fixée par les nécessités\ndes répétitions, de sacrifier ces parties intéressantes des mé\nlodrames utiles où son ingéniosité, son tact, scs riches visions\nsonores eussent pu se complaire en des écritures colorées cl\nexpressives.\n*\nAutre critique ayant pour objet le rôle d’Hermès.\nPourquoi ce rôle est-il parlé et non chanté ? Puisque les\nauteurs avaient décidé judicieusement que, en dehors des\nchœurs et de leurs coryphées Andros ctÆnoë,la démarcation\ndes deux sortes de rôles s’imposait par le caractère absolu",
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     "texte": "des personnages (les uns : Prométhée et Pandore, près de\nl’Homme et pour ainsi dire Terriens,rôles parlés; les autres :\nBia, Kratos, Héphaistos, Gaïa, olympiens, rôles chantés) ils\ndevaient, à moins de faillira leur parti pris et de créer un trou\nble,ne point faire d’exception pour celui d’Hermès, l’envoyé de\nZeus.Le mobile qui les a incités à cette erreur nous échappe.\n★\nEn maintes parties, le poème que MM. Jean Lorrain et\nFerdinand Hérold ont fourni A leur compositeur est, comme\non le sait, inspiré à la fois d’Eschyle et d’Hésiode : au pre\nmier, il ont emprunté son Prométhée enchaîné pour en faire\nleur second acte; au deuxième, ils ont pris le personnage de\nPandore. Pour le restant qui est de leur invention, leur noble\neffort a tenté de nous restituer les parties perdues de la trilo\ngie eschylicnne Prométhée ravisseur et Prométhée délivré.\nCe sujet a son indéniable beauté et pourtant nous n’esti\nmons pas qu’ainsi réalisé il ait suffisamment servi toute l’ins\npiration de Gabriel Fauré; car si les deux poètes,certes avec\nleur talent constaté d’excellents rhéthoriciens, en ont tiré les\nmeilleurs effets tragiques ou poétiques, ils y ont par trop\ndélaissé ceux où la musique eût pu faire chanter la gamme\nvibrante des passions ; et — si l’on en excepte les récits de\nGaïa et d’liéphaistos,les scènes du cortège funèbre de Pandore,\ndes Océanidcs et du chœur terminal—n’ont donné à traiter au\njeune maître que des morceaux, certainement de grandiose\nplasticité, mais plutôt rigides et rêchcs dans leur attitude\nolympienne. Avoir su triompher avec un tel poème est une\nnouvelle preuve de la virtuosité du musicien et pour lui un\ndouble honneur.\n★\nLe Prélude de l’œuvre est un superbe morceau de facture\ninspirée dont il nous plaît de dire en détail la belle contexture.\nSavant et substantiel, il affirme la qualité de musicalité de\nGabriel Fauré et en impose. Il captive, étreint notre Ame\nartiste et, de mesure en mesure, l’entraîne, presque angoissée\net définitivement ravie, jusqu’A la véritable émotion lyrique.\nSon plan est celui d’un schéma synthétique du drame, mais\ndu drame seulement titanesque, le compositeur ayant eu la\ntrès louable idée d’en abstraire les sentiments tendres et dou\nloureusement passionnés do Pandore pour n’y laisser domi\nner, dans leurs reliefs sobres et farouches, que les seules\nG",
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     "texte": "62\nvraiment essentielles silhouettes eschylicnnes de Prométhée,\ndes Dieux et des Hommes.\nA son début, dans un mouvement mollo moderato à 2 temps,\ndeux thèmes semblent se défier. A celui de Prométhée, solen\nnel et grave, robuste, isolé et dévolu de tout revêtement har\nmonique, faisant songer à la force du Titan cl à sa nudité ;\nà ce thème sonnant, en forté aux profondeur de l’orchestre,\nsa large et puissante allure, alterne, dans le médium des tim\nbres, celui des Olympiens, calme et serein en ses premières\nmesures, éclatant triomphal au crescendo de ses dernières.\nCes deux thèmes sont courts à dessein et d’autant mieux\ncaractéristiques : ils s’imposent ù l’esprit cl leur évolution\nsymbolique fera image. Lorsque celui de Prométhée, plus\ntard, se fait entendre en canon de mesure à mesure, d’abord\nespacé, puis serré et son rythme déformé, précipité, haletant,\nne réalise-t-il pas ainsi tout l’effet linéaire des gestes du Ra\nvisseur s’efforçant, se précipitant, volontaires vers le but con\nvoité.\nUn troisième thème, après le point d’orgue de l’exorde,\nvient, plus développé celui-ci, se superposer au premier : c’est\ncelui des hommes dont l’amour accompagne et fortifie le su\nblime Rebelle dans sa lutte contre les Dieux. Lors la phrase\ns’étale, s’épanouit dans un prolongement de sonorités poly\nphoniques émues du plus grand effet. A partir de cette mi\nnute une musicalité prenante nous saisit pour ne plus nous\nquitter.\nSoutenu par cet amour des hommes, Prométhée escaladera\nle ciel et ravira le feu divin, ce feu qu’un nouveau et dernier\nthème dessine mouvementé et à trois-deux ; et c’est mainte\nnant, planante aile de flamme, ce thème, Heur d’aurore, ce\nthème, oiseau de jour, qui, accompagné de solides basses dia\ntoniques et graduellement ascendantes, nous conduit au for\ntissimo de la strette finale, admirable péroraison où le thème\nde Prométhée s’accumule, se presse, se superpose, luttant\ntoujours, puis, sur la somptueuses sonorité des larges péda\nles, va, diminuant de force et comme épuisé, vaincu, agoni\nser à la cadence dans des accords de douleur et de pitié.\nCe souci d’art, cette impeccabilité, cette haute intelligence\ndes plans dramatiques que notre analyse de ce Prélude n'a\nqu’insuffisamment démontrée, Gabriel Fauré les aura durant\ntout le cours de son ouvrage. Du premier morceau au der\nnier, toujours en éveil, la même conscience, la mémo foi le",
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     "texte": "63\nsoutiennent, et sa savante maîtrise, sobre et généreuse, n’y\ndéfaille pas l’instant d'une demi-mesure.\n★\nA l’entrée du i cr acte, ayant à leur tète les coryphées :\nAndros et Ænoë, ce sont les choeurs des hommes et des fem\nmes, mangeurs de chair vêlas de lourdes peaux qui, suc\ncessivement, accourent de toute part. Tandis qu’à l’orchestre\npersiste un rythme de joie pesante et gauche d’un ellct pitto\nresque neuf, ils viennent poussant leur cri d’appel : Eia, eial\net Andros leur annonce l’oiseau de feu et Prométhéc. Sur ce\ndernier mot, les tubas posent le thème élargi du Titan, thème\nqui,dès lors et selon les besoins expressifs—son rythme exact\nou dénaturé — parcourra toute l’échelle orchestrale, tantôt ici,\ntantôt là, et servira de base à la déclamation des voix, à cette\nvéritable déclamation de plein air d’où l’auteur a exclu de\nparti pris les contours trop dessinés des lignes mélodiques\nà relief facile pour mieux rester dans la sobriété, la sévérité\net la noblesse du style adopté par lui.\nAprès que les hommes ont dit : Prométhéc est la force, et\nles femmes : Prométhéc est la joie ; Ænoë ajoute : Promélhée\nest aussi l’espérance, et cette phrase en la majeur nous émeut\nqui, très inspirée, exprime et résume le désir— élan touchant—\nde l’humanité vers les clartés d’amour, d’espoir, de bonheur\npeut-être.\nUn court mélodrame de dix mesures, soulignant l’entrée de\nPandore, pose le thème de l’Amante. Ce thème est d’un rare\nlaconisme. Son dessin quasi nul tient dans la seule mélodie\nde deux quintes se succédant en descendant avec lenteur l’une\nsur l’autre, ronde sur ronde (la ré sol). A le juger ainsi ini\ntialement exposé, on ne saurait deviner tout le parti qu’en\ntireront l’esprit inventif et le talent plein de ressource de\nGabriel Fauré pour créer, au courant des situations, et de la\ncouleur et du sentiment.\nEt c’est — après l’impressionnante rigueur de la tenue sévère\ndu récit de Gaïa reprochant à son (ils son rêve impie — la belle\nscène si solidement construite des chœurs, d’Ænoë etd’Andros\ndont les vœux soutiennent la montée de Prométhéc à travers\nles abîmes : Notre amour l'acompagne, cependant que des\ncend l’oiseau do feu et que le geste orgueilleux du héros\nmenace le ciel; puis, terminant l’acte, le trio de Kratos, Bia,\nIiéphaistos, envoyés par Zcus pour châtier l’outrage et le",
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     "texte": "04\ncrime, trio dont l’impassibilité cruellement olympienne a un\ncaractère tragique imposant.\nLe chœur : Larmes, coulez, qui ouvre le deuxième acte,\nsemble avoir été mis là tout exprès pour permettre à Gabriel\nFauré d’écrire — avec quel bonheur 1 — le morcc;iu de son\nchoix et adéquat à sa grâce doucement voilée et païenne. Sa\nMesse des Morts ne l’avait-elle pas déjà préparé à l’expres\nsion des pâles mélancolies funèbres, entendues par lui toutes\nen poésie et presque sans tristesses? O scs flûtes, ici, pleu\nreuses! blanches et parfumées de roses de deuil, comme elles\nsonnent suavement calmes et plaintives, telles des colombes\nroucoulantes ; comme elles tintent leur glas continu et vont\ncoulant aussi,fluide ruisseau de pleurs,sous le touchanllamcnto\ndes voix de femmes.\nA l’audition de cette page — exquise de sensibilité et si\nreposante — aboutissant à l’admirable plainte d’Ænoë qu’ac\ncompagnent des frémissements de harpes, nous avouons avoir\néprouvé, rare et inoubliable, la sensation d’art — comme un\nfrisson — qui force notre admiration de même que notre\nreconnaissance pour l’auteur à qui nous la devons.\nDans le trio qui suit (Bia, Kratos, Héphaistos) le divin for\ngeron, chargé par Zeus de river au Caucase le Vaincu, exhale\nson cri de pitié dans un chant émouvant encore : ses justes et\nsincères accents d’amitié fraternelle, angoissée et désolée,\natteignent au bel émoi dramatique.\nDeux mélodrames encadrent l’air de Bia : Pandore, arrière,\net terminent ce deuxième acte noblement, sobrement, loin des\nsoucis d’un effet quelconque,mais ce qui vaut mieux dans l’at\nmosphère musicale d’un lyrisme élevé et discrètement contenu.\nA\nDe môme qu’à l’entrée du deuxième acte, Fauré a trouvé au\ndébut du troisième l’heureuse occasion d’écrire un do ses\nmorceaux dont le poétique charme et la sentimentalité pitto\nresque en demi-teinte lui sont familiers. C’est le chœur des\nOcéanidcs et de leur soupir : plaintes étouffées.\nRumeur ailée, murmures d'abeilles émanés des sources,\ndes ruisseaux, des lacs, les nymphes marines accourent à la\nvoix de l’Amante éplorée pour la guider jusqu’au gibet caché\noù Prométhéc, supplicié, se tord et meurt, vivante proie du\nchien ailé de Zeus. Dans leurs robes de nacre et d’azur\nfluide — on dirait des algues lentement balancées par les",
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     "texte": "flots— les cheveux ceints de roseaux, elles vont, et leurs bras,\ntendus vers la pitié, forment, de roche en roche, la chaîne\nsecourable où Pandore suspend, haletante d’espoir, la souf\nfrance de scs craintes amères. Ce tableau musical est hors de\npair — les voix doucement, paisiblement en sont plaintives,\ncaresseuscs, et exquisement enveloppées dans une ambiance\norchestrale fraîche et comme bleue et verte :\nL'aiv danse et rit, empli de sons de lyre !\nNous voudrions à loisir pouvoir mieux nous attarder aux\ndélicatesses harmoniques si berceuses et jolies de ce chœur,\nen dire plus longuement la fluidité de son développement et\nsurtout le coloris, si trouvé à l’orchestre, des trilles des bois\net des cordes, souriant leur mélancolie sur les sixtolets des\nharpes, trilles ascendants comme la montée elle-même de la\nbicn-aimée, et caresseurs ainsi que les gestes souples et de\ncommisération des Océanides ; mais le temps et la place nous\nmanquant nous devons, à regret, nous résigner â écourter la\nlin de ces trop hâtives analyses.\nA cette première scène des Océanides prolongée en deux\nautres chœurs — allegro à l\\ temps et andantino à G/8 —\ntoujours pour voix de femmes et aussi intéressants de musique\ncolorée et tendre, succèdent les belles déclamations de Kratos\nde Bia, puis d’Andros; et c’est enfin, pour couronner magni\nfiquement l’œuvre, l’admirable chœur : Les Dieux graves\nont souri, qui accompagne la lente descente, vers les hommes,\nde Pandore tenant le coffret, présent de Zeus.\nCe chœur vraiment apothéotique a une magistrale ampleur\net quelle sérénité ! les voix s’y agenouillent dans l’adoration\ndes Dieux maintenant cléments et l’âme humaine s’y élève\nhaut pour l’action de grâces.\n★\nCette année fut bonne pour l’art musical français qu’elle\nenrichit d’une œuvre de cet ordre.\nGabriel Fauré prend enfin sa vraie place. Maître, digne de\nl’ètre parmi les plus dignes, il continue les nobles tendance de\nnotre César Franck dont l'ombre amie lui tend l’auguste palme.\nNous, ses humbles admirateurs, avec joie vive et respectueuse,\nnous saluons profondément en lui l’éloignement du mensonge\net la consciencieuse probité artistiques qui l’honorent. Ces\ndeux qualités sont, par nos temps de charlatanisme et de bat-\ntclagc, tellement rares qu’elles valent d’être glorifiées.\nLéopold Dauphin.",
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     "texte": "Henry Bérenger\nIl est si rare de voir décorer un écrivain qui soit en même\ntemps très jeune et de grand talent qu’il ne faut point man\nquer de s’en émerveiller publiquement.\n★\nPar une série d’articles publiés à la Revue Bleue et à la\nRevue des Revues, Ilenry Bérenger sc révéla une des\nintelligences les plus naturellement riches, les plus ouvertes\net les plus exercées de son temps, on ne pouvait dire de sa\ngénération, car il était malaisé de présumer son Age, une maî\ntrise rare contenant l’abondance généreuse de la jeunesse.\nBientôt, à une lecture assidue, on se sentit toujours da\nvantage gagné par la belle constance d’un talent harmonieux :\nd’autres jeunes écrivains séduisaient par la grâce décorative\nde leur mélancolie ou par la véhémence de leur intensive pen\nsée mais en même temps décevaient par la médiocrité de leur\npessimisme ou l’inintelligent dédain de l’activité sociale;\nHenry Bérenger, pondérant par le souci de l’altruisme la fou\ngue métaphysique, soumettant l’orgueil d’une forte individua\nlité à la nécessité de grandir avec la nation, parut celui qui\nsaurait le mieux guider la jeunesse intellectuelle par de nou\nvelles voies vers des avenirs larges. Son originalité fut d’étro\nfrançais en unissant avec puissance l’indépendance de la pen\nsée allemande, l’utilitarisme anglais et l’esthétisme italien, à\nune époque où, malgré de sérieuses qualités encore intactes,\nBarrés et Bourget nous semblaient puérils par l’exagération\nsnobique de leur germano ou anglomanie et où Jules Lemaî\ntre, jusque-là aimé pour l’aisance avec laquelle il nous rassu\nrait sur la valeur comparée de notre littérature,commençait à\nlaisser percer que sa confiance reposait sur une connaissance\nassez imparfaite des littératures étrangères, voire d’une moi\ntié de la nôtre. Nous voulions un critique scrupuleusement\ninformé,d’esprit scientifique,honnête dans la discussionetdans\nladiligence, inquiet du nouveau et d’un idéal :pour ne pas parler\nde Brunetière,ce ne pouvait être Jules Lemaître, excellent vulga-\nrisateur,mais incapable de découvrir un jeune talent,plutôt uni\nquement préoccupé de proclamer publiquement les noms déjà\nreconnus par l’élite,d’ailleurs éloigné des jeunes générations par\nune ignorance complète des arts autant (pie des sciences natu\nrelles et des sciences sociales objet de leur ferveur; Camille\nMauclair n’écrivait encore que dans des revues rares ; Henry\nBérenger, plume souple et élégante, dialecticien enseigné en",
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     "texte": "c 7\ndehors des séminaires, travailleur puissant, chercheur con\nsciencieux de formes et de pensées neuves, préoccupe des\nplus divers problèmes modernes et actif A l’élaboration de pro\njets de travaux et de méthodes provisoirement avantageuses,\nfut ce critique : la culture des sciences sociales l’habitua à\ndocumenter ses études de littérature comme le sont celles\nd’histoire et peu ont autant contribué à préparer la critique\nscientifique qui sera celle de demain,—où,à part en les précis\net les vues générales, on n’osera plus porter un jugement sur\nun auteur sans citer en note les passages autorisant l’éloge\nou justifiant le blâme, critique aussi éloignée de celle d’un\nDoumic (cf. surtout les Jeunes, œuvre typique de malhonnê\nteté littéraire, où en quelques lignes sont jugés sans appel\ncent et un jeunes écrivains dont ce magistrat supérieur ne sait\nmême pas toujours le nom des volumes) que le régime poli\ntique futur le pourra être de la monarchie de Juillet. Et Bé\nrenger n’a pas mis seulement do l’honnêteté dans la critique,\nil y a mis une Ame et une Ame sociale; il ne se préoccupe\npoint de faire des parallèles brillants, des portraits littéraires\nou autres exercices d’école; revenant à la tradition française,\nmais en transformant la critique dogmatique en critique so\nciale, en remplaçant le dogme éternel par la nécessité natio\nnale qui varie avec les conditions nouvelles de la vie euro\npéenne, il a cherche dans la littérature contemporaine la ma\nnifestation de la pensée de l’élite, l’écho des préoccupations\ndo la masse et l’inquiétude, la divination ou l’élaboration de\nl’avenir. Nul n’a vécu par la critique une vie intellectuelle\nplus complexe et plus intense, cela avec la santé du cerveau\nle mieux équilibre.\nD’autre part Bérenger a publié un roman—donllasuite pa\nraîtra probablement cet hiver. La Proie est une œuvre de\npremier ordre et probablement le plus solide roman politique\nque nous ayons eu depuis ioans. Je ne puis m’attarder ici à\nune analyse. Mais il faut signaler quelques analogies avec les\npéracinés et le Ferment, œuvres qui lui sont postérieures et\nintérieures, llaoul Rozel, encore que son individualité ne se\nsoit pas assez lurtement précisée dans ce premier volume, est\nun personnage autrement substantiel et vrai que les héros de\nMM. Barrés et Estaunic. Bérenger a très bien vu que l’Aine\ndes « héros » modernes est presque toujours livresque.(Ceux\nqne l’on appelle « intellectuels » seraient même en général\nplus justement dénommés « livresques ») Rozel est intoxiqué\nde Baudelaire, de Balzac, de Concourt, de Renan, de Bour\nget. C’est une sorte de Bel-Ami intellectuel, plus fort, plus\ndélicatement armé, simili-génial, et encore honnête. 11 est très\nfortement trempé et reste tout le temps logique avec soi-même.",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
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     "texte": "08\n— et si le personnage semble finalement un peu manqué, c’est\nqu’il est un peu par certains points un raté, en même temps\nqu’un déraciné. (Je répéterai en passant que « les Déracinés »\nsont postérieurs, que le mot et la définition du mot se trou\nvent dans la Proie et que le discours à Châteaubriand a pré\ncédé le discours à Napoléon.) Je ne veux pas davantage insis\nter sur les analogies avec le roman de M. Estaunié d’ailleurs\nsi inférieur par la forme à celui de Bérenger. Ces sortes\nd’exercices littéraires pour êtres sérieux nécessitent de trop\nlongues citations : il suffira de rappeler que le Ferment est\nune étude de déclassé, poussée avec beaucoup de talent et de\nconscience.\nBérenger sé rapprocherait plutôt — diversement et com-\nplexement — de Balzac. On conçoit bien que je ne veux pas\nl’écraser d’une comparaison avec l’auteur de l’immense Comé\ndie Humaine, qui au surplus est surtout un intuitif, un vi\nsionnaire, tandis que lui est un scientifique, — mais il a l’es\nprit fortement trempé et la manière de pénétrante observation\ndu maître et le don de dominer ses personnages. D’ailleurs\nil est moderne; s’il a le tour d’esprit social d’un Balzac, son\nstyle est d’un contemporain de France et de d’Annunzio. S’il\nécrit parfois comme Balzac : « Tes descendants ont monnayé\nleur âme aux comptoirs du suffrage universel », etc., je pour\nrais citer telles autres phrases qui chantent ou qui rêvent sui\nvant les plus délicats rythmes de nos poètes. « Dans le\ndemi-sommeil où je glissais, sa voix savante m’arrivait comme\nune musique de soleil » — « Dans sa démarche comme par\nson visage elle apparaissait l’héritière des siècles patriciens:\nComme les fleurs de sa pensée devaient être secrètes et les\nfruits de son cœur savoureux !» — « ... son corps où le\nrythme de sa nature s’achève » — « Le léger froissement de\nleurs pieds sur le sable ridait seul le silence où les décors\nachevaient de s’immobiliser. » — « La lune, déveloutée de\nson pollen jaune, versait sur les verdures une clarté bleue et\nfroide ».\nCeci est du style (dans tout le Ferment je n’ai trouvé qu’une\nimage nouvelle) et il est si rare de voir aujourd’hui unies l’ob\nservation poétique et la psychologique. Et si j’attends aussi\nimpatiemment le second roman de Bérenger,c’est encore que\nje voudrais le voir négliger davantage la presse quotidienne,\nà laquelle il collabore de plus en plus assidûment, pour des\nœuvres d’art. Je ne méconnais nullement pour cela la valeur,\ntoute sociale, de scs articles de journaux. Je n’oublie pas non\nplus qu’il s’y donne parce qu’il prend une conscience de plus\nen plus nette de ses vertus d’homme d’action et du beau rôle\nqu’il peut jouer dans une nouvelle république. Je souhaite au\ncontraire que vienne au plus tôt le jour où, dans un état épuré",
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     "texte": "de la bourgeoisie capitaliste, Bcrcnger, disciple de Lamartine,\ndont il sut réhabiliter l’esprit politique dans un magnifique\nessai, fera reconnaître la nécessite de confier A des intellec\ntuels les destinées de l’état. Esprit à la fois généreux cl pra\ntique, il peut jouer un très noble et très utile rôle.\nMaiuus-Auv Leblond\n$\nBibliographie\nLéon bi„oy : Je m'accuse... (Édition de la Maison d’art).\nCe livre sera lu par ceux que les vitupérations de M. Bloy\nintéressent ; je crois môme qu’il dépassera ce cercle restreint\nd’admirateurs, les étrivières étant distribuées de droite A gau\nche avec une égale véhémence. Non point que sur a l’Affaire»\nune idée personnelle soit émise ! A peine deux ou trois varia\ntions que la tonilruance du porte-voix n’arrive pas à rendre\nintéressantes. Le titre est en trompe-l’œil, se rattachant uni\nquement à dix lignes de préface. C’est habile et c’est malhonnête.\nC’est malhonnête puisque tout l’aboiement du bouquin se ré\nduit A un éreintement aisé de « Fécondité ». M. Bloy, devenu\ncôtier, s’attelle aux besognes faciles... Il n’a plus le souffle\nemporté du « Désespéré » Il s’attarde au décorliqunge des\nphrases puériles ou niaises, sans même y ajouter, le plus sou\nvent, un commentaire spirituel, — voire rigolo... Car\nM. Bloy, sans le savoir, dépasse Auriol. Tout un livre pour\ndire assez mal ce que Rachilde a dit très-bien, et A son heure,\ndans un article de revue! C’est inhabile et c’est trop honnête,...\npour du Bloy. Le livre est dédié « A Octave Mirbcau, con\ntempteur célèbre des faux grands hommes, des faux artistes\net des faux bonshommes ». Et, que M. Bloy le veuille ou\nnon, il y a plus d’ironie, épouvantablement inconsciente, dans\nIn dédicace que dans les 200 pages du volume.\nL’invective à jet continu, sorte de masturbation morale qui\nreste l’unique raison d’être de l’auteur, peut-être goûtée,A la\nla<;,on d’un amusement. L’outrance fait tourner le pamphlet à\nla farce; et l'on finit par accorder que la grossièreté est l’uni\nque moyen d’expression d’une pitrerie bien ordonnée.\nNéanmoins, j’engage le lecteur à ne point suivre, trop en\nriant, le chiquct de « l’exercice en cours »; — cl le prie d’at-",
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     "texte": "7°\ntacher moins d'importance aux cris inarticulés des cinq mille\nlignes de texte, qu’à l’hypocrisie d’un renvoi (page i io) qui\nreste à lui seul une action basse, d’une envergure inattendue.\nAnBEnr Boissièiie\nQuo Vadis. Roman des temps néroniens par IIenuyic\nSienkiewicz. Traduction de B. Kozakiewicz et J. L. de Janaz.\n— Editions de la Tienne Blanche.\nJe me refuse à faire chorus avec ceux qui, à propos de ce\nlivre, s’en vont criant au chef-d’œuvre. M. Sienkiewicz a traité\nconsciencieusement, habilement meme, mais sans originalité\nni éclat la légende néronienne. Son érudition est suffisante.\nMais son imagination est médiocre et sans hardiesse. II n’a\neu garde d’oublier les « scènesà faire »: l’orgie chez Néron,\nl’incendie de Rome, lcsjcux du Cirqueetc... Maisces tableaux,\nhonnêtement peints, font songer à la majorité de ceux qu’en\ngendre annuellement, àl’école des Beaux-Arts, l’ambition d’un\nGrand-Prix ou d’un Second Grand-Prix. Et, en somme, voilà\nbien l’impression que nous laisse ce roman : celle d’une œuvre\nécrite en vue d’un concours académique.\nL’intrigue — Vinicius se convertissant par amour pour\nLygie —est bien banale, à moins'qu’elle ne soit symbolique:\nle christianisme, à l’origine, conquérant les femmes d’abord,\nf mis, par les femmes, les hommes. Hypothèse assez vraisem-\n)lablc. Cela arrive bien encore. À ceci près qu’aujour-\nd’hui « par amour » se traduirait : « pour faire un beau ma\nriage ». Mais je ne pense pas que M. Sienkiewicz soit allé\nchercher si loin. Il est trop polonais — je veux dire de ten\ndances trop notoirement catholiques pour cela. C’est pour cela\naussi, sans doute, qu’il a fait la part si mince à l’idéal païen\net n’a rien changé à la légende, suivant laquelle Néron aurait\nété un monstre, le monstre-type, et les adepfes de la religion\nnouvelle rien que moutons et brebis. Je lui sais gré toutefois\nd’avoir fait de Pétrone une figure sympathique, la plus sympa\nthique, somme toute, du livre — et laissé soupçonner, en la\npersonne de Crispus, le fanatisme chrétien, dont on peut sup\nposer, sans témérité, qu’il égalât, en ce temps où l’idée de to\nlérance était moins répandue encore qu’à l’époque des Albi\ngeois, l’endurcissement où s’obstinait l’égoïâmc païen.\nEn résumé, Quo Vadis est une reconstitution bien sage et\nun peu pâle, dans le genre de ces « Profcssorenromane » qui\npullulèrent en Allemagne, mais intéressante tout de même, et\ndont je dirais que tout le monde la lira, si ce n’était déjà fait.\nSeulement, c’est encore Salammbô ou Aphrodite que tout le\nmonde relira.\nL.-B. IIanaitieh,",
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     "texte": "w\nV\nVittoria Aganoor : Leggenda Eterna (Fratelli,\nTrèves-Milan)\n_ Vittoria Aganoor est l’une des plus appréciées et des plus\naimées parmi les poétesses d’Italie. Les principaux périodiques\ntransalpins s’honorent de sa collaboration cl depuis longtemps\ndéjà son mérite m’est connu. La Leggenda Eterna est laréu-\nnion de scs nombreuses poésies éparses dans diverses revues.\nOn ne trouve peut-être point dans ce recueil cette unité d’ins\npiration si recherchée de nos jours et par laquelle on a rapi\ndement défini le talent de tel’ et tel poète. Vittoria Aganoor\na a pas eu le souci de nous offrir un ensemble de poèmes\nétroitement unis par une discipline commune et sévèrement\nemprisonnés dans une formule tyrannique. Les sujets les plus\ndivers lui ont été des thèmes vcrsifiablcs, mais comme l’au-\ntoresse manie avec un art supérieur l’instrument poétique, on\nne saurait l’en blâmer, tant (pic l’émotion ne perd pas ses\ndroits. Je ne saurais davantage lui chercher noise pour lepessi-\nmisme dont son recueil est saturé, car il n’a rien d’emprunté\net il paraît très-sincère, malheureusement 1 Mais je ne saurais\nm’empêcher de déplorer que d’Italie nous vienne si souvent\ncette note de tristesse, alors (pic sous son ciel si clément ne\ndevraient me semble-t-il, retentir que des chants de joie et de\nclarté. Vittoria Aganoor possède un profond sentiment de la\nnature, mais elle n’en retire le plus souvent que des impres\nsions de mélancolie qu’on dirait écloses en des paysages sep\ntentrionaux. Je le regrette d’autant plus que dans la Leggenda\nEterna les rares pièces où brillent quelques lueurs joyeuses\nles moins réussies, et entre toutes j’aimerais à\n' ' AT\ndc celte\nmême\nG. Reval. — Les Sévriennes (Ollcndorff) 1900.\nVoici un des romans qui marqueront, au cours di\nannée : ce début de l’auteur est un succès. Rarement,\nparmi les sérieux écrivains rompus au métier, on a vu œuvre\nmieux construite et plus fermement menée. Celle histoire de\nla vie de collège eut parfaitement pu être monotone et las\nsante, — ou bien encore romanesque et fausse, meme lors\nqu il s’agissait de peindre un collège comme 1 école de Sèvres\nqui est iine école normale.— Or, celte monographie est d’une\ntrès belle science littéraire; elle comptera même, pour les\nesprits dont la curiosité dépasse l’écriture moyenne d un bon\nroman — et l’historien futur de notre dernier quart de siècle",
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