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     "texte": "Essai sur Eassassinat\nconsidéré comme un art (i)\nr — avertissement d'un homme 'maladivement vertueux\nLa plupart de ceux d’entre ceux qui lisent ont probable\nment entendu parler d’une société pour la Propagation du Vice,\n°u du club du Feu de l’Enfer fondé au siècle dernier par Sir\nFrancis Dashwood, etc. (a). Ce fut à Brighton, je pense, qu’il\ny eut une Société formée pour la suppression de la Vertu.\nEelte société ellc-mômc fut supprimée; maisje suis au regret\nde devoir dire qu’il en existe une autre è Londres d’un carac\ntère encore beaucoup plus atroce. Eu égard scs tendances,\n°u peut l’intituler une société pour l’Encouragement de l’As\nsassinat; cependant, par un délicat eOcpY)fua l u.o;, scs membres\nFont dénommée la Société des Connaisseurs en Assassinat.\npolice, ils s’on occupaient cl en faisaient la critique, comme\ns’il se fût agi d’un tableau, d’une statue ou d’une œuvre d’art.\nMais je n’ai pas à m’occuper en quoi (pie ce soit de l’cs-\npi’it (pii les guidait dans leurs façons dû procéder : le lec\nteur en trouvera beaucoup plus sur ce sujet dans l’une des\nconférences mensuelles lue devant les membres de celte so-\nl’annéc dernière. Le texte de cette conférence m’est\nt entre les mains par hasard, en dépit de toute la vigi\nlance exercée pour garder leur conduite à l’abri de l’œil in\ndiscret du public. La publication de ce texte va les alar\nmer; et, mon intention est qu’elle les alarme. Car je préfére\nrais dissoudre cette société tranquillement, par un appel à\nl'opinion publique, plutôt que par tin scandale et des citations\n. (i) Cet essai parut originairement dans lt; « Blackwood s Maga-\nzuie a du mois uc février 1827, numéro nui contient aussi 1 article\nde, De Quinccy sur les Derniers jours de Kant, dont la traduction a\nclé également publiée par la Vogue. — G. K.\n. (2) Le club dont parle ici l’auteur,oùl’onse livrait h des débauches\nnnuies, compta parmi scs membres, les poètes Churchill, Lloyd et\ny hitehead, ainsi que nous l’apprend M. David Masson, professeur\nemérile de littérature ù Edimbourg, dans ses commentaires à l’édi-\n1011 de Quinccy de 1897. L’initiale M. à la suite de certaines des\nnotes suivantes indique qu'elles sont de M. 1). Masson. Les notes\nnon suivies d’initiales sont de Quinccy. — G. K,\ni3",
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     "texte": "146\nde noms qui seraient la conséquence d’un appela Bow Street.\nPourtant j’aurais recours â celui-ci, je le devrais, si l’appel\nà l’opinion publique venait à échouer. Car ma fervente ar\ndeur pour la vertu ne peut tolérer de pareils hommes en\npays chrétien. Même chez des païens la tolérance de l’assas\nsinat — à savoir les effroyables exhibitions de l'amphithéâtre\n— ont été jugées par un écrivain chrétien comme étant une\natteinte criante a la morale publique. Cet écrivain fut Lac-\ntance et scs propres paroles, singulièrement applicables au cas\nprésent, me serviront pour ma conclusion :\n— « Qu’y a-t-il de terrible, de navrant, comme l’assassinat\nd’une créature humaine? C’est pourquoi notre vie est pro\ntégée par les lois les plus rigoureuses; c’est pourquoi les\nguerres sont exécrées. Et pourtant les usages traditionnels\nde Rome ont imaginé un mode d’assassinat distinct de la\nguerre, et défiant la loi, ils ont fait du crime une volupté. »\nQue la société de Messieurs los amateurs considère ceci ;\net qu’elle me permette d’attirer spécialement leur attention sur\nla dernière phrase, dont le poids est considérable :\n« Maintenant, si être simplement présent à un assassinat\nimpose à quelqu'un la chaîne de la complicité, si être pure\nment spectateur nous rend coupables autant que celui qui a\nperpétré le forfait, il s’ensuit nécessairement que, pour les\nassassinats de l’amphithéâtre, celui qui donne le coup fatal\nn’csl pas plus souillé de sang que celui ([ui regarde;celui\nqui a vu verser le sang est aussi coupable que celui qui l’a\nversé; il n’est rien moins qu'un participant à l’assassinat\ncelui qui applaudit l’assassin et veut quon lui décerne un\nprix. »\nCe dernier terme n’est pas encore en question pour Mes\nsieurs les amateurs de Londres ; mais « l’intcrfcctori favit »\nest impliqué dans le titro même de leur association,et exprime\nâ chaque ligne de la conférence (pii suit.\nX. Y. Z.\nII. — LA CONFÉRENCE\nMessieurs, j’ai eu l’honneur d’être désigné par votre comité\npour la lâche embarrassante de lire la conférence de Williams\nsur l’assassinat considéré comme un art, tâche (pii eût été\nfort aisée il y a trois ou quatre siècles, quand l’art était peu\ncompris et que peu de grands modèles pouvaient être suivis ;\nmais à cette époque-ci, lorsque des chefs-d’œuvre ont été\nexécutés par des professionnels, il est évident que le public\ndoit rechercher dans le style de la critique appelée à les juger\nun progrès autant que possible correspondant. La pratique et\nla théorie doivent procéder pari passa. On commence â sc",
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     "texte": "i/l7\nrendre compte qu’il faut plus pour la composition d’un bel\nassassinai que deux lourdauds quelconques, l’un qui frappe\net l’autre qui est frappé, un couteau, une bourse et une nuit\n■sombre. Le dessin, Messieurs, le groupement, la distribution\nde la lumière et de l’ombre, la poésie, le sentiment sont â pré\nsent considérés comme des éléments indispensables à des entre\nprises de cette nature. M. Williams nous a tous évoque l’idéal\nde l’assassinat (i) cl, par conséquent, il m’a rendu la tâche\nbien plus ardue. De même qu’Eschyle ou Millon en poésie,do\nmême que Michel-Ange en peinture, il a porté son art à un\ndegré de sublimité colossale et, comme l’observe M. Words-\nWorth, il a, dans une certaine mesure, « créé le goût avec\nlequel il faut en jouir.» Esquisser l’histoire de l’art, examiner\nSCS principes d’une manière critique, restent maintenant un\ndcvoir pour le connaisseur et pour des juges d’une autre trempe\n«lue les juges des Assises de Sa Majesté.\nAvant de commencex 1 , laissez-moi dire un mot ou deux à\ncertains freluquets, qui affectent de parler do notre société\ncomme si elle était plus ou moins immorale dans ses ten\ndances. Immorale, Jupiter me protège, Messieurs! que veu\nlent donc dire ces gens ? Je suis pour la moralité, et je le\nserai toujours, et pour la vertu, et tout cela ; et j’affirme, et\nj’affinnerai (quoi qu’il arrive) que l’assassinat est un acte\nhautement répréhensible ; et je n’hésite pas un instant à pro\nclamer qu’un homme qui participe à un assassinat doit avoir\ndes façons de penser tout â fait incorrectes, et des principes\nassurément faux. Et bien loin de l’aider et de l’encourager\nen lui indiquant où sa victime se cache, ce qu’une grand\nmoraliste de l’Allemagne déclarait être le devoir de tout hon\nnête homme (2), je souscrirais plutôt un shclling et six pence\nPour son arrestation, ce qui dépasse de dix-huit pence ce que\nles plus éminents moralistes ont jamais souscrit dans ce but.\nMais quoi ? toute chose dans ce monde a deux manches, peut-\non dire. L’assassinat, par exemple, peut être tenu par le\nmanche moral (ainsi que cela a lieu généralement en chaire et\nà Old Bailey) et ce manche-là,je le confesse, est le plus faible;\n(1) John Williams, célèbre assassin de Londres. — G. K.\n(a) Kant, qui poussait son exigence de vérité absolue jusqu’aux\nplus extravagantes conséquences, affirmait que si quelqu’un voyait\nune personne innocente échapper à un assassin, il avait le devoir,\ns nr l’interrogation de celui-ci, de dire la vérité et d’indiquer la re\ntraite du fugitif, sans s’inquiéter que cette révélation puisse avoir\npour conséquence un assassinat Pour que l’on ne supposât point\nque cette doctrine lui eût échappé dans le feu de la discussion, un\ncélèbre écrivain français l’ayant attaqué à ce sujet, il la réaffirma\nsolennellement, en établissant scs raisons.",
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     "texte": "ou bien il peut être traité esthétiquement, selon l’expression\ndes Allemands, c’est-à-dire en relation avec le bon goût.\nPour le démontrer, j’invoquerai l’autorité de trois personnes\néminentes : à savoir, S. T. Colcridge, Aristote et M. llows-\nhip le chirurgien.\nPour commencer par S. T. G., un soir, il y a nombre\nd’années, j’étais en train de boire le thé avec lui à lîerncstreet\n(qui, entre parenthèse, pour une petite rue, a été assez féconde\nen hommes de génie). D’autres étaient là avec moi; et en même\ntemps que quelques considérations charnelles de thé et de\n« toasts », nous humions tous une dissertation sur Platon des\nlèvres attiques de S. T. G. Soudain s’élevèrent les cris de\n« au feu 1 au feu ! » sur quoi tout le monde, maître et dis\nciples, Platon et ci rapi tov nXotrojva, se précipita dans la\nrue, impatient de voir le spectacle. L’incendie était dans\nOxford Street,chez un fabricant de pianos ;!et,commeccla pro\nmettait d’être une conflagration de mérite, je regrettai fort\nqu’un engagement me forçât de quitter M. Coleridge et scs\nauditeurs avant l’arrivée d’une crise. Quelques jours après,\nrencontrant mon hôte Platonicien, je lui rappelai l'incendic\net le priai de me dire comment les promesses du spectacle\ns’étaient réalisées. « O Monsieur! dit-il, cela finit si mal que\nnous vouâmes vraiment l’incendie à tous les diables. » Trou\nvera-t-on maintenant quelqu’un pour supposer que Colcridge,\nqui, bien que trop gras pour être une personne d’une vertu\nfort active, est indubitablement un digne chrétien, pour sup\nposer, dis-je, que ce bon S. T. G. fût un incendiaire, ou ca\npable de souhaiter le moindre mal à ce pauvre homme et à ses\npianos (dont la plupart, sans aucun doute, étaient munis de\ntouches supplémentaires)? Au contraire, jo le connais suffi\nsamment pour pouvoir affirmer sur ma tête qu’il est de ces\nhommes à travailler aux pompes en cas de nécessité, quoique\nassez gras pour ne pas être soumis à une telle épreuve de sa\nvertu. Mais quel était le cas? La vertu n’était pas en jeu.\nA l’arrivée des pompes â incendie, la moralité était entière\nment dévolue aux compagnies d’assurances. Tel étant le cas,\nil avait droit à une satisfaction de son goût. Il avait laissé là\nson thé. Ne devait-il rien avoir en retour ?\nJe prétends que l’homme le plus vertueux, ces prémisses\nétablies, avait le droit de considérer l’incendie comme une\njouissance, et de le siffler comme il l’aurait fait pour tout\nautre spectacle qui éveille une expectative dans l’esprit de la\nfoule, dans le cas d’une déception. Puis, pour citer une au\ntre grande autorité, que dit le stagyrite? Il décrit (dans le 5“\nlivre de sa métaphysique) ce qu’il appelle Kx,i7îTviv -rr/dov—\nun parfait voleur; et quant à M. Ilowship, dans un livre\nde lui sur l’Indigestion, il ne se fait aucun scrupule de par-",
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     "texte": "i49\n1er avec enthousiasme d’un certain ulcère qu’il a vu et qu’il\nqualifie de « bel ulcère ». Maintenant, est-ce nue quelqu’un\nviendra prétendre que, abstractivemcnt considéré, un voleur\npouvait apparaître à Aristote avec le caractère do la perfec\ntion, ou (pic Mr. Ilowship pouvait s’éprendre d’un ulcère ?\nAristote, c’est bien connu, était un caractère tellement moral\nque, non content d’avoir écrit scs éthiques Nicomaque, il\nécrivit encore un autre système, appelé Magna Moralia ou\nGrandes Ethiques. 11 est impossible d’admettre qu'un homme\nqui compose n’importe quelles éthiques, grandes ou petites,\npuisse admirer un voleur per se; cl, quant è M. Ilowship,on\nsait pertinemment qu’il fait la guerre à tous les ulcères et\nque, se gardant bien de succomber à la séduction de leurs\ncharmes, il emploie tous ses efforts à les bannir du comté de\nSurrey. Mais la vérité est (pie, malgré la répulsion qu’ils\nProvoquent, per se, cependant, relativement à d’autres de\nleurs classes, un volcan et un ulcère peuvent présenter d’in\nfinis degrés de mérite. Tous deux sont des imperfections,\nc’est vrai; mais l’imperfection leur étant essentielle, la gran\ndeur môme de leur imperfection devient leur perfection.N/w-\ntam naclus es, hune exorna. Un voleur tel que Antolycus\nle fameux George Banington d’autrefois (i) et la hideur\nd un ulcère phagédénique superbement déterminé, parcou\nrant avec régularité les étapes de sa marche naturelle, peu\nvent aussi bien être regardés comme l’idéal dans leur genre\nY 10 fi» plus parfaite des roses-mousses dans sa progression\ndepuis le bouton jusqu’au « clair épanouissement de la\nHeur » ou, parmi lès Heurs humaines, la plus magnifique\ndes femmes, dans toute la splendeur de son corps féminin.\nAinsi, non seulement on peut imaginer l’idéal d’un encrier,\ncomme M. Colcridgc l’a démontré dans sa correspondance\ncélèbre avec M. Biackwood (2), ce (pii, par parenthèse, n’a\nPas grande signification, parce qu’un encrier est une sorte\nde chose louable, et un membre de la société précieux —\nniais l’imperfection elle-même peut avoir son idéal ou sa per\nfection.\nRéellement, Messieurs, je vous demande pardon pour tant\nde philosophie h la fois ; et à présent appliquons-la. Quand il\npst question d’un assassinat au paulo post futurnm— quand\nd n’a pas encore eu lieu, quand il 11’csl pas môme étant pev-\nPêtuù (conformément au purisme mouerne), mais qu’il va\n(1) Georges Waldron, alias Banington, le plus fameux gentil\nhomme pick pocket de son temps, fut transféré ii Botany I3ey en\nI 79°; il y mourut en 180'j dans un poste respectable.\n( a ) Ceci se rapporte à certaines lettres fantaisistes (le Colcridgc\ndans 1 sBlaclcwood d’octobre 1821, dans ,1’uue desquelles il énumère\nUs qualités indispensables ii un encrier pour qu’il soit parfait.\ni3.",
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     "texte": "xuo\nl’être — et qu’une rumeur nous en parvient aux oreilles,\nnous devons le traiter moralement. Mais supposons le,passé,\nperpétué,— et que vous puissiez dire de lui : TersAearaidl est fini,\nou e'ifzaarai, c’est un fait accompli ; supposez le pauvre assas\nsiné délivré de scs peines et le coquin d’assassin filé comme\nun trait personne ne sait où ; supposez, en dernier lieu, que\nnous avons fait de notre mieux, en jouant des jambes, pour\nque le gaillard trébuche dans sa fuite, mais eu vain. Abiit,\neuasil, excessit, erapit, etc.... eh bien! alors, je vous le\ndis, à quoi bon parler encore de vertu ? La moralité a eu son\ncompte, pleinement; maintenant c’est le tour du goût, de\nl’art. C’était bien triste, en vérité; mais nous n’y pouvons\nrien. C’est pourquoi tirons le meilleur parti des choses, et\ns'il est impossible d’en faire sortir quoi (pie ce soit dans le\nbut de servir la moralité, songeons à l’esthétique et voyons à\naboutir dans celte voie]: telle est la logique d’un homme rai\nsonnable. Et que s’ensuit-il? Nous séchons nos larmes, et\nnous avons la satisfaction, peut-être, de découvrir qu’une\ntransaction qui, considérée au point de vue moral, était cho\nquante et insoutenable, si on l’examine au point de vue des\nprincipes du goût, devient un acte des plus méritoires. Ainsi\ntout le monde est satisfait; le vieux proverbe est justifié que\n« à quelque chose malheur est bon », l’amateur, devenu bi\nlieux et boudeur pour avoir prêté une trop grande attention\nà la vertu, commence à ramasser ses miettes; et une hilarité\ngénérale prévaut. La vertu a eu son jour; cl dès cc mo\nment c’est le goût des arts et le raffinement du connaisseur\nqui ont toute latitude. En prenant pour point de départ ce\nprincipe, Messieurs, je me propose de diriger vos études de\npuis Caïn jusqu’à M. Hurtell. Parcourons donc cette grande\ngalerie de l’assassinat, la main dans la main, et laissons-nous\naller à notre admiration, tandis que je m’efforcerai de porter\nvotre attention sur les points les plus dignes du bénéfice do\nla critique.\nLe premier assassin vous est familier à tous. Comme inven\nteur de l’assassinat, comme père de l’art, Caïn doit avoir été\nun génie de premier ordre. Tous les Caïns le furent. Tubal\nCaïn inventa les tubes, je crois, ou quelque chose de sem\nblable. Mais quelle que pût être l’originalité et le génie de l’ar\ntiste, tout art était à cette époque dans son enfance; et les œu\nvres sorties de chaque atelier doivent être critiquées en tenant\ncompte de cc fait. Même lesœuvres de Tubal seraient proba\nblement fort peu approuvées aujourd’hui à Sheffield ; et c’est\npourquoi de Caïn (l’entends Caïn Senior,) on peut dire sans\ncrainte d’être taxé de dénigrement, que son acte fut tel quel.\nMilton, cependant, a l’air d’avoir jugé différemment. Par sa\nfaçon de relater le cas, il semble que cet assassinat lui ail",
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     "texte": "tenu au cœur, car il prodigue les retouches avec une appa\nrente préoccupation du pittoresque :\nSur quoi une râpe intérieure le prend, et tandis qu’ils conversent\nIl le frappe au diaphragme avec un pierre\nQui le lui écrase : il tombe et, mortellement pâle,\nIl exhale en gémissant son âme, avec une effusion de sang jallis-\n[sanl.\n(Paradis Perdu, livre xi.)\nA ce propos, Richardson, le peintre, qui avait un œil spé\ncial pour l’eflct, remarque dans scs « Notes sur le Paradis\nPerdu », p. /|Q.\n« On a cru généralement, dit-il, que Caïn avait simplement\ntué son frère en lui écrasant la poitrine avec une grosse\npierre : Milton ajoute foi A celte opinion, avec l’addition,\npourtant, d’une large blessure. » Il s’agissait dans le cas pré\nsent d'une judicieuse addition ; car la rudesse de l’arme, à\nmoins qu’on ne la relevât, qu’on l’enrichît d’une chaude cou\nleur sanguinaire, se raproehait trop de la nudité de l’école\nsauvage ; comme si l’acte eût été perpétré par un Polyphénie,\nsans aucune science, sans préméditation, uniquement avec\nun os de mouton. Quoi qu’il en soit, je suis ravi du raffine\nment, car il implique que Milton était un amateur. Quant à\nShakespeare, il n’y en eut jamais de meilleur; témoin sa des\ncription des meurtres de Duncan, Banquo, etc.; et par-dessus\ntout son incomparable miniature dans « Henri VI » de Glou-\ncesler assassine (i).\nLes fondements de l’art ayant été une fois établis, il est\ntriste de voir qu’il y a eu une espèce d’assoupissement pen-\n(i) Le passage sc trouve dans la seconde partie (acte 3) « de\nIIcnnj VI » et il est doublement remarquable : premièrement par\nsa concordance fidèle avec la nature, si la description n’est consi\ndérée qu’au point de vue de Veffet poétique ; mais secondement\npar la valeur judiciaire dont elle est pénétrée lorsqu’elle sc présente\n(comme ici) avec la confirmation légale d’une rumeur cllroyable\nqu’un forfaita été commis sur la personne d’un grand prince,r'cvètu\nd’un caractèi c officiel.\n« Mais voyez, sa face est noire et gonflée de sang,\nLes yeux remontent plus qu'à l’état de vie,\nAvec un regard sinistre et fixe comme celui d’un homme étranglé;\nSes cheveux dressés, scs narines dilatées par la convulsion,\nSes mains toutes tendues, comme de quelqu’un qui a lutté,\nQui s’est débattu contre la mort et dont la défense a été brisée.\nVoyez sur les draps, ses cheveux, regardez, collent ;\nSa barbe soignée est toute défaite et en désordre,\nComme un champ de blé visité par la tempête.\n11 ne peut qu’avoir été assassiné;\nDe tous ces signes le moindre est une probabilité,!",
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     "texte": "i52\ndanl des siècles, sans le moindre progrès. En fait, je serai\nmaintenant obligé de sauter par-dessus toute une série d’assas\nsinats, sacrés et profanes, absolument indignes d’être men\ntionnés, jusque longtemps après l’ère chrétienne. La Grèce,\nmême à l’époque de Périclôs, n’a pas produit le moindre assas\nsinat, ou du moins on n’en relate aucun qui présente quel\nque mérite ; et Rome avait trop peu de génie dans n’importe\nquel art pour réussir là où son modèle avait échoué (i). En\nfait, la langue latine est faible pour exprimer l’idée même de\nl’assassinat. « Un homme a été assassiné » comment dire\ncela en latin ?« Interfectus est, inleremptus csl » ce qui expri\nme simplement un homicide; et de là il suit que la latinité\nchrétienne du Moyen-âge fut obligée d’introduire un nouveau\nmot, à la hauteur duquel la faiblesse des conceptions classi\nques n’aurait jamais pu monter. Murdratus est, dit le dialecte\nsublime de l’âge gothique. Entre temps, l’école juive de l’as\nsassinat sauvegarda tout ce qui était encore connu de l’art et\nle transféra graduellement au monde occidental. En vérité,\nl’école juive fut toujours respectable, même pendant la pério\nde du Moycn-àge, comme le montre le cas de Ilugh de Lin\ncoln, qui reçut l’honorable approbation de Chaucer, à l’occa\nsion d’un autre exploit la même école, dont il place le récit\n(voir scs « Cantyburcr taies ») dans la bouche de Madame\nl’Abbesse (2).\nRevenant, cependant, pour un instant, à l’antiquité classique\nje ne puis m’empêcher de croire (pie Catilina, Clodius et d’au\ntres de celte coterie eussent fait des artistes de premier ordre,\net il faut en tous cas regretter que ce fat de Cicéron ait enlevé\nà son pays la seule chance qu’il eût de se distinguer dans\n(1) A l’cpoque où j’écrivis ceci (1837) j’étais d’accord avec l’opi\nnion générale sur ce sujet. C’est par simple considération que Ion\na été conduit à un jugement aussi erroné. Depuis, après avoir plus\nmûrement réfléchi, j’ai vérifié qu’il y avait ample raison pour le\nrétracter : je suis convaincu a présent ( 185/|) que les Romains,\ndans tous les arts qui leur assuraient une parité d avantage,avaient\ndes mérites de raccct de caractère aussi tranchés que les plus hauts\nmérites des Grecs. Autre part j’exposerai cette thèse en détail, avec\nl’espoir de convertir le lecteur. Entre temps, je désirais vivement\ninsérer ma protestation contre l’ancienne erreur qui fut instaurée\npar l’hypocrisie du poète courtisan Virgile. Avec la basse intention\nde flatter Auguste dans sa haine vindicative contre Cicéron, et en\nprésentant, conséquemment, la petite clause orabunt causas rnclius\ncomme s’appliquant à tout Athénien contre les orateurs romains,\nVirgile ne se lit pas scrupule de sacrifier en gros les justes préten\ntions de tous scs compatriotes.\n(2) « Le conte de la Prieure » de Chaucer dans son « Pèlerinage\nde Ganterbury 0 est l’histoire d’un petit garçon chrétien dons une ville\nd’Asie, que l’on suppose avoir été assassiné par les juifs.",
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     "texte": "153\ncelte voie. Comme sujet, personne n’eût mieux convenu que\nlui-même. O Gémeaux! comme il aurait hurlé de terreur, s’il\navait entendu Cithegus sous son lit. L’on se fût vraiment\ndiverti à l’écouter; et je nuis affirmer qu’il eût préféré V utile\nde se glisser dans un cabinet, ou même dans un cloaca, û\n1 ’honestum de faire face au fier artiste.\nPour en arriver maintenant au Moyen-Age (par lequel, nous\nqui parlons avec précision, nous entendons, par exellencc,\nle xo siècle comme ligne méridienne, et les deux siècles\nimmédiatement avant et après, la pleine nuit intervenant\nde 888 û mi IA.) cette époque devait naturellement être\nfavorable à l’art de l’assassinat, comme elle le fut pour l’ar\nchiteclure religieuse, les vitraux, etc., et, en conséquence,\ntout à fait à la fin de cette période, apparut une grande ligure,\nune figure caractéristique dans notre art, je veux parler du\nVieux de la Montagne. Ce fut une apparition splendide, certes,\net je n’ai pas besoin de vous dire que le mot même «assassin»\nest dérivé de lui. C’était un amateur tellement subtil\nqu’un jour, sa vie ayant été mise en danger par un assassin\nfavori, il avait été si charmé de son talent que, nonobstant\nl’insuccès de l’artiste, il le créa duc sur place, avec reversi-\nbil ité sur la ligne féminine, et lui octroya une pension pour\ntrois générations. L’assassinat est une branche de l’art qui\ndemande une notice séparée; et il se peut que je lui consacre\nune conférence tout entière, Entre temps, je me bornerai û\nfaire observer combien il est singulier que cette branche de\nl’art n’ait fleuri que par intermittences. Ce n’est pas une pluie\ncontinue, ce sont des averses. Notre époque peut s’enorgueil\nlir de quelques beaux spécimens comme, par exemple, l’af\nfaire de Bellingham avec lepremior ministre Pcrceval, le cas\ndu duc de Berry à l’Opéra de Paris, le cas du Maréchal Bcs-\nsières à Avignon (i); et, il y û environ deux siècles et demi,\n(i) Ces trois assassinats sont une insertion de 1854. Spencer Per-\nceval, élevé à la dignité de Premier Ministre en 1809, fut assassiné,\nd’un coup de pistolet, par un marchand en faillite de Livcrnool,\nnommé John Bellingham. Leduc de Berry,qui était le second fils du\nComte d’Artois, héritier apparent de Louis XVIII, cl. postérieure\nment le successeur de ce roi au trône de France sous le titre de\nCharles X,fut frappé le dimanche 1J février 1830,par le fer d’un ré\npublicain fanatique, au moment où il quittait l’Opéra, à Paris, et\nprésentait la main à sa femme pour l'aider à monter en voiture.\nJean-Baptiste Bessières, né en 17(>8, l’un des généraux les plus ca\npables de Napoléon,'créé maréchal en i8o4tfut frappé par une balle\nperdue dans une escarmouche avec les troupes allemandes le i u ’ mai\n181B, le jour qui précéda la bataille de Lulzen; et son nom est con\nfondu ici par De Quincev avec celui d’un autre général de l’Fmpirc;\nGuillaumc-Marie-Annc Brune, né en 170.'!, créé maréchal en 1804,\ncl assassiné par la populace à Avignon, le a août j8i5) juste après\nl’effondrement de la fortune napoléonienne à. Waterloo.— M.",
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     "texte": "i5/|\nce lui une sapcrJjc constellation d’assassinats de ce genre.\nJ’ai à peine besoin de dire (pic je fais spécialement allusion\nà ces sept chefs-d’œuvre : les assassinats de Guillaume I° l ‘\nd’Orange; des trois Henri de France, à savoir: Henri duc do\nGuise, qui eut une fantaisie pour le trône de France, Henri III,\ndernier prince de la ligne des Valois, qui occupait alors ce\ntrône, et finalement Henri IV, son beau-frère, qui succéda à\nce trône comme premier prince de la ligne des Bourbons ;\npas même dix-huit ans après arriva le cinquième de la série,\nc’est-à-dire l’assassinat de notre duc de Buckingham (que\nvous trouverez excellemment décrit dans les lettres pu\nbliées par Sir Henry Ellis, du Brilish Muséum); sixième\nment celui de Gustave-Adolphe, et seplièmement celui de\nWallenstein. Quelle glorieuse pléiade d’assassinats! Et l’ad\nmiration augmente quand l’on constate que cette brillante\nconstellation de chefs-d’œuvre, comprenant 3 Majestés, 2\nAltesses sérénissimes et 1 Excellence, sc succéda dans un si\ncourt espace de temps, entre 1588 et 1035. L’assassinat\ndu roi de Suède, entre parenthèses, estmis en doute par de\nnombreux auteurs, Harte, entr’autres ; mais ils sc trompent.\nIl Jnt assassiné; et je considère cet assassinat comme étant\nd’une perfection unique, car il fut assassiné en plein jour et\nsur le champ de bataille, un détail de conception original qui\nne sc trouve dans aucune autre œuvre d’art dont je me sou\nvienne. Concevoir l’idée d’un meurtre secret pour son propre\ncompte comme une petite parenthèse au milieu de la vaste\nscène d’un carnage public, c’est aussi beau que le subtil des\nsein d’Hamlct d’une tragédie dans une autre tragédie. En\nvérité, tous ces assassinats peuvent être étudiés avec fruit par\nJe connaisseur déjà avancé, tous sont des cxemplaria, des\nmodèles, des types, dont on peut dire :\n« Nocturna versate mancc, versatc diurna » spécialement : « noc-\n[turna »,\nDans ces assassinats de princes et d’hommes d’Etat, il n’y\na rien qui puisse exciter notre étonnement. D’importants\nchangements souvent dépendent de leur trépas ; et la haute\nsituation qu’ils occupent les expose particulièrement à ser\nvir de sujets à tout artiste qui travaille pour l'effet scénique.\nMais il y a une autre classe d’assassinats, qui a prévalu de\npuis le commencement du dix-septième siècle et qui vrai\nment me surprend : je veux parler des assassinats de philoso\nphes. Car, Messieurs, c’est un fait connu que tous les philo\nsophes éminents des deux derniers siècles ont été ou bien\nassassinés ou du moins furent près de l’ôtro ; à tel point que\nsi quelqu’un s’intitule philosophe et reste indemne de tout\nattentat à sa vie, il peut être sur qu’il « n’a rien dans le ven\ntre » ; et contre la philosophie de Locke, eu particulier, je\nA",
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     "texte": "i55\nconsidère comme une irréfutable objection (s’il en est besoin)\nqu’ayant porté sa gorge avec lui dans ce monde pendant\nseptante deux ans, il ne se soit trouvé personne pour con\ndescendre è la couper. Comme ces assassinats de philosophes\nne sont pas fort connus, et constituent en général de bonnes\nœuvres d’art, bien conçues dans leurs détails, je ferai ici\nune excursion sur ce sujet, principalement en guise d’exhi\nbition de mon savoir.\nLe premier grand philosophe du dix-septième siècle (si nous\nexceptons Bacon et Galilée) fut Descartes ; et si jamais l’on\npeut dire de quelqu’un qu’il faillit être assassiné, il s’en\nfallut d’un cheveu — c’est bien de lui. L’aventure, la voici,\ntelle qu’elle est rapportée par Baillet, dans sa Vie de M.\nDescaries, tome I er , pp. iO'i-io3. En iG’ii, quand Dcscartcs\npouvait avoir vingt-six ans environ, il voyagait comme c’é\ntait son habitude (car il ne connaissait pas plus le repos\nqu’une hyène) cl arrivant soit à Glukstadt, soit à Hambourg,\nd s’embarqua pour la Frise Orientale.Qu’allait-il faire lA-bas,\npersonne nel’ajamais su; peut-être prit-il cela en considéra\ntion lui-même, car, en débarquant à Embden, il résolut de\nmettre à la voile instantanément pour la Frise Occidentale ;\nIrès impatient de partir, il loua une embarcation, avec quel\nques mains pour la manœuvre. A peine fut-on en mer que\nposcartes fit celte plaisante découverte, à savoir qu’il s’était\njeté tête baissée dans un repaire d’assassins. Son équipage, dit\nM- Baillet, comme il s’en aperçut bientôt c’était un ramassis\nde scélérats, non pas des amateurs, Messieurs,comme nous,\nmais des professionnels, dont toute l’ambition à ce moment\nconsistait à couper la gorge de son individu. Mais l’histoire\nest trop amusante pour qu’on l’abrège; je donnerai donc,\nmi, le français même du biographe.\n« M. Dcscartcs n’avait d’autre compagnie quo celle de son\ndomestique, avec lequel il s’entretenait en français. Les ma\nrins, qui le prenaient pour un marchand étranger, plutôt quo\npour un cavalier, conclurent qu’il devait avoir de l’argent\nsur lui. En conséquence, ils en arrivèrent à prendre une ré\nsolution nullement avantageuse pour sa bourse. Il y a celte\ndifférence, pourtant, entre les corsaires et les détrousseurs\nde grand chemin, que ces derniers peuvent sans danger lais\nser lu vie à leurs victimes, tandis que les autres no peuvent\ndéposer un passager sur la terre ferme sans courir le risque\nd’être aussitôt arrêtés. L’équipage de M. Descartes s'arran\ngea do façon éviter tout danger do la sorte. Il remarqua\nque Descartes venait de loin, n’avait aucune connaissance du\nP a ys, et que personne ne se donnerait la peine de faire une\ncnquêlcà son sujet, au cas où il disparaîtrait.» Imaginez-vous,\nmessieurs,ces chiens do Frisons discutant h propos d’un phi-",
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     "texte": "156\nlosophe, comme s’il s’agissait d’une pièce de rhum consignée\nchez quelque courtier maritime. « Son tempérament, obser\nvèrent-ils, était très doux et patient; et, jugeant sur l’affabi\nlité de ses manières et la courtoisie avec laquelle il les\ntraitait, qu’il ne pouvait être qu’un jeune homme novice, n’a\nyant aucune position, aucune racine dans le monde, ils con\nclurent que rien ne serait plus facile que de disposer de sa\nvio. ils ne se firent aucun scrupule de discuter la chose en\nsa présence, ne supposant pas qu’il pût comprendre d’autre\nlangue que celle qu’il employait pour converser avec son do\nmestique; et le résultat de leur délibération fut qu’on l’as\nsassinerait, qu’il serait jeté par-dessus bord cl que l’on sc\npartagerait scs dépouilles. »\nExcuscz-moi si je ris, Messieurs ; mais le fait est qu’il me\nfaut toujours rire quand je songe à cette aventure ; deux\nchoses me paraissent surtout tellement drôles ! D’abord,l’hor\nrible « frousse » (pic dut avoir Descartes en entendant so\ndérouler devant lui tout le drame de sa propre mort, funé\nrailles, succession et administration de ses biens. Mais une\nautre chose me paraît beaucoup plus drôle, c’est que si ces\nchiens de Frisons avaient eu du « poil aux dents » nous n’au\nrions pas eu de Philosophie Cartésienne ; et que serions-nous\ndevenus sans cela, vu le nombre de livres qu’elle a suscités,\nj’abandonne le soin de le déclarer à tout coffretier respec\ntable.\nQuoi qu’il en soit, poursuivons : en dépit do son énorme\nfrousse, Descartes fit bonne contenance, et ainsi tint en res\npect ces canailles d’Anti-Cartésiens. Voyant,'— dit M. Baillet\n— qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie, M. Descartes se\nmit debout en un clin d’œil, assuma une attitude des plus\nénergiques dont ces lâches n’avaient pas la moindre idée, et,\ns’adressant â eux dans leur propre langue, il les menaça do\nleur passer son épée au travers du corps s’ils osaient lui faire la\nmoindre insulte. Certainement, Messieurs, ç’eûtété un honneur\nbien au-dessus des mérites de ces infâmes gredins que d’étre\nembrochés comme des alouettes par une épée cartésienne ; et\nc’est pourquoi je suis heureux de ce que M. Descaries n’ait\npas fait tort au gibet en exécutant sa menace, spécialement\nparce qu’il n’aurait pu mener son embarcation à bon port\ns’il avait tué les gens de son équipage; de la sorte il eût con\ntinué sa croisière pour l’éternile sur le Zuider-Zcc, cl les\nmarins l’eussent pris pour le Hollandais volant sur la voie\ndu retour. « Le courage dont fit preuve M. Descartes — dit\nson biographe — produisit un effet magique sur ces miséra\nbles. La soudaineté de leur consternation frappa leur esprit\nd’une telle confusion qu’ils perdirent la notion de leur avanta\nge et ils le conduisirent â sa destination avec tout le calme\ndésirable, »",
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     "texte": "Vous pouvez vous imaginer, Messieurs,'que, à l’imitation\nde César interpellant son pauvre passeur « Cœsarcm vehis et\nfortmm ejus », M. Descaries n’cul qu'à dire « Chiens, vous\nne me couperez pas la gorge, car vous portez Descartes et\nsa philosophie! » et les défia tranquillement d’accomplir leurs\nmauvais desseins. Un Empereur allemand eut la meme no\ntion lorsque, invité à se mettre à l’abri de la canonnade, il\nrépliqua : « Ta, la, la! avez-vous jamais entendu qu’un bou\nlet ait tué un Empereur (i)? » Un Empereur, je n’en sais\nrien, mais il n’en fallait pas autant pour abattre un philoso\nphe; et le plus grand philosophe de l’Europe immédiatement\naprès fut sans aucun doute assassiné : Spinoza.\nJe sais très bien que, d’après l’opinion générale, il mourut\ndans son lit. Cela se peut, mais quand même il fut assassiné;\net j’en trouverai la preuve dans un livre publié à Bruxelles\nen l’an 17^1, et intitulé. «La Vie de Spinoza » par M. Jean\nColerus « avec de nombreuses additions provenant d’une vie\nmanuscrite de Spinoza par un de ses amis. Spinoza mourut\nle 2i février 1G77, ayant quelque peu dépassé les quarante-\nquatre ans. Ceci, par soi-même, prête plus ou moins à des\nsuspicions ; et M.Jcan admet que de certaine expression dans\nla vie manuscrite il faudrait conclure « que sa mort n’a pas\nété tout à fait naturelle ». Vivant dans une contrée humide\net un pays de marins, comme la Hollande, on peut imaginer\nqu’il se soit beaucoup adonné au grog, spécialement au\npunch (1 ) } qui alors venait d’être découvert. Sans doute, il le\npouvait, mais la vérité est qu’il ne le fit pas. M. Jean dit\nqu’il était « extrêmement, sobre en son boire et son manger .\nEt, malgré que d’étranges histoires fussent répandues, l’ac\ncusant de boire le jus de la mandragore (p. i/;o) et do\nl’opium(p. 14/,), aucune de ces substances n’est mention\nnée dans son compte de pharmacien. Menant, donc, une vie\ntrès sobre, comment était-il possible qu’il mourût de mort\nnaturelle à quarante-quatre ans V Ecoutez le récit de son\nbiographe : « Dimanche 21 février, avant l’heure de l’église,\nSpinoza descendit et conversa avec le maître et la maîtresse\nde la maison. » A ce moment,donc, vers dix heures,peut-être,\ndu matin, vous voyez que Spinoza était en vie et se portait\n(1) Le même argument, a été employé au moins une fois de trop.\nIl y a quelques siècles un dauphin de Franco, ;ï (pii l’on exposait les\ndangers de la petite vérole, demanda, comme l’Empereur. « Est-ce\nqu’un gentilhomme a jamais entendu qu’un dauphin soit mort de\nla petite vérole?» Non; aucun gentilhomme n’avait jamais entendu\nparler d’un cas de la sorte. N’cmpèchc que le dauphin mourut de\ncette même petite vérole.\n(2) Vient de l’IIindoustan : pàurich, qui veut dire cinq. Le punch\nest une liqueur composée de cinq ingrédients.\n>4",
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     "texte": "%\ni58\nassez bien. Mais il semble « qu’il ait appelé d’Amsterdam\ncertain médecin que — dit le biographe — je ne nommerai\nque par ces deux lettres L. M. ». Ce L. M. donna l’ordre\naux gens de la maison d’acheter un « vieux coq » et de le\nfaire bouillir immédiatement, afin que Spinoza pût prendre\nun peu de bouillon vers midi, ce qu’il fit, en effet, et il man\ngea aussi avec appétit quelque peu du vieux coq, après que\nle maître et la maîtresse de la maison furent rentrés de l’é\nglise.\n« L’après-midi L. M. demeura seul avec Spinoza, les gens\nde la maison étant retournés à l’église ; en revenant, ils fu\nrent stupéfaits d’apprendre que Spinoza était mort vers trois\nheures, en présence de L. M., lequel partit pour Amsterdam\nle soir même, par le bateau de nuit, sans plus s’inquiéter du\ndécédé — « et probablement sans s’inquiéter non plus du paye\nment do sa petite note ». — Sans doute mettait-il d’autant\nplus d’empressement à se dispenser de ces devoirs qu’il s’é\ntait emparé d’un ducaton et d’une petite quantité d’argent,\nen même temps que d’un couteau à manche d’argent, et était\nallé se cacher avec son butin. Vous le voyez donc, Mes\nsieurs,l’assassinat est évident et il est facile de voir comment\nil fut perpétré. L. M. avait assassiné Spinoza pour son ar\ngent. Le pauvre Spinoza était peu valide, maigre et faible :\ncomme on no remarqua aucune trace de sang, L. M. sans\ndoute le renversa et l’étouffa sous des coussins : le pauvre\nhomme était déjà à moitié suffoqué par son infernal dîner.\nAprès la mastication de son « vieux coq », lequel, je parie,\ndevait dater du siècle précédent,en quel état devait se trouver\nle malheureux pour être capable de résister à l’agression de\nL. M.? Mais qui était ce L. M.? Sûrement, ce no peut être\nLindley Murray, car je le vis à York en i8a5; et d’ailleurs\nje no crois pas qu’il eût été capable de commettre un tel acte\n— du moins pas à l’égard d’un confrère en grammaire : car\nvous savez, Messieurs, que Spinoza écrivit une très respecta\nble grammaire de la langue hébraïque.\n[A suivre.)\nThomas de Quincey.\nTraduit de l’anglais par Georges Ivimom\\",
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     "texte": "Le Démon\ni5g\nA P. J. Toulel.\nAu soleil couchant, le silence se fit. Des ombres vacillaient\ncomme des pensées tristes sur la terrasse seigneuriale que\nsolcnnisait l’approche de la nuit; la brise intermittente, por\nteuse de lièdes parfums — roses cl foins coupés — froissait\nharmonieusement les soieries chatoyantes des femmes. Au\nloin, aigus et nets, mais livides, des pics se détachaient sur\nle ciel vert.\nD’un groupe isolé, une voix s’éleva :\n— Démoniaque, l’aspect de ces montagnes.\nMince et long, adossé contre un pilastre grêle qu’il dépas\nsait de la tête, Mr. Edward Brown inquiétait par l’ampleur\nfantomatique de sa redingote, la pilleur de scs mains sinueu\nses, de son visage glabre, chauve, oblong, la fixité de scs\nyeux de pervenche flétrie ; et sa voix douce, autoritaire était\ncelle d’un elergymanen vacances. Aussi se chuchotait-on qu’il\navait failli embrasser l’état ecclésiastique; mais il ne s’était\npas senti la vocation.\n— Démoniaque, répéta-t-il.\nFrêle et blonde en sa robe noire, les yeux plus bleus que\nle saphir énorme d’où pendait sa face à main précieuse, Lady\nllelcn Moslyn prononça de sa voix chantante :\n— O, oui, n’csl-cc pas? Le soir, un mauvais génie se berce\ndans les airs, et parce qu’il étend lcsailcs, les choses ont 1 air\nlugubre et malfaisant.\nNon moins frêle et plus blonde encore, sa voisine en robe\nclaire, des rubis vifs aux doigts et aux poignets, avoua un\npetit frisson de terreur :\n— Oh Lady llelcn! fit-elle en manière de reproche.\nMais Mr Brown approuva :\n— IJesprit (les ténèbres précède la nuit. Lèvent 1 amène, il\nplane sur la campagne, il met en déroule les feuilles, perturbe\nles animaux, il découvre l’hostilité des sommets orgueilleux.\nIl frêle maintenant les murailles du château et passe au milieu\nde nous.\n— Phraseur, conclut miss Rhoda Itcad, anthoress en re-\n\"nom, dépourvue de préjugés, et qui, les jambes croisées, la",
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     "texte": "i6o\ncigarette à la bouche, insultait i\\ la nuit tombante parla courbe\naquiline d’un profil martial. — Vous croyez donc au diable,\nvous ?\nLe jeune homme hocha la tête et laissa tomber un « oui »\nconvaincu.\n— Je l’ai vu à l’œuvre, affirma-t-il.\n— Vu, vraiment vu? insista lady Ilclcn. — O que cela de\nvait être intéressant !\n— Raconlez-nous ça, intima l’authoress, sceptique.\nLes petites mains aux rubis s’agitèrent, se raccrochèrent\nau bras tutélaire de miss Rodhn Read; et dans l’obscurité\ncroissante, au bruissement du vent par le métal léger des\npampres, Edward Brown, la voix dolente, commença :\n— Il n’y a pas de revenant dans mon histoire. Et quand je\nvous disais que j’ai va le démon, c’est une manière de parler.\nMais son action m’a été visible, et de l’action je conclus h la\nprésence. — Vous voilà désappointées, Mesdames? Mon récit\nne sera peut-être pas bien émouvant, mais il comporte des\nsubtilités dont on s’accommode au crépuscule.\nUn de mes amis est possédé. Du moins ne puis-je expliquer\nautrement la dualité de sa nature.\nImaginez une âme belle, ingénue, qui dans le ciel des yeux\nrayonne. L’être est tout de grâce et de bonté; aucune mau\nvaise pensée n’altère la pureté de son visage. Enjôleur de\nfaçons et de paroles, vous lc'jugercz doué pour le beau,porté\nvers le bien, vous le considérerez comme une créature d’é\nlite. Je parle au présent; c’est un tort. Mon ami fui tout ce\nque j’ai dit. Très différent maintenant de ce qu’il représentait\nautrefois, vous ne le reconnaîtriez plus au portrait que je\nviens d’en esquisser.\nDès l’enfance son caractère s’altérait subitement, au point,\npour de brèves périodes, de provoquer une radicale transfor\nmation dans sa physionomie. Les traits durcis le faisaient\nparaître plus âgé ; la parole saccadée s’accordait aux gestes\nanguleux. C’était lui encore, mais comment dirai-je? vu par\nl’envers, retourné, identique et contraire. Ce n’était plus lui :\nil y avait ce déconcertant changement dans le regard qui ré\nvélait une présence étrangère ; l’esprit candide était remplacé\npar le démon. Peut-être qu’après coup j’exagère l’importance\nde ce contraste. Pour préciser l’on exagère, pour comprendre\nou pour expliquer, on dénature la vérité. Et nos souvenirs",
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     "texte": "iGi\nn’ont-ils de consistance que par ce qu’y ajoutent les créations\nde notre fantaisie? Il me semble pourtant que d'assez fidèles\nimages ornent ma mémoire; et je vous les retrace sans les\noutrer.\nTant queduraitla crise — et parfois elle durait des semaines,\ntoute bienséance, toute retenue abandonnait le malheureux.\nDes paroles, des gestes, des actes ignobles traduisaient les\nhonteuses volontés de celui qui le visitait. J’éviterai, Mes\ndames, de vous décrire ces démonstrations; leur cynisme, je\nveux le croire, vous effaroucherait.\nDe longs, d’irrésistibles sommeils livraient le corps sans\ndéfense à l’intrusion de l’esprit malin ; et celui-ci se retirait\négalement pendantun intervalle de sommeil voisin de la mort.\nL’âme légitime ayant réintégré sa demeure s’étonnait des\ndésordres y survenus en son absence; elle constatait les\nsouillures laissées dans le cerveau par l’incommode visiteur,\naffligée s’appliquait à les faire disparaître. Cependant, et peu\nà peu, le visage s’ennoblissait, les yeux à nouveau rayon\nnaient et les lèvres s’épanouissaient en leur charme pur, se\nfleurissaient de discours puérils et délicieux.\nAvec l’Age, mon ami prit conscience de son anomalie.\n«. Une substitution de personnalité, me disait-il, s’effectue en\nmoi, je ne sais comme, et ne puis m’y opposer. Le pis est que\nl’influx délétère me pénètre, me sature, corrode la trame de\nmon âme. Le démon ne m’expulsera pas de chez moi, il m’é\npousera, pour mieux me détruire. »\nIci l’aulhorcss haussa les épaules, qu’elle avait fort belles,\noubliant que, dans l’obscurité, elles étaient invisibles, et dé\ncida :\n— Que de préambules! Vous nous ennuyez avec votre dé\nmon, comparse inutile dans l’affaire. Je devine que votre ami,\nbonhomme au fond, aura commis quelque vilaine action\ndont vous voulez lui escamoter la responsabilité. A quoi bon?\nIlAtez-vous vers la fin, et soyez passionnant !\nLady Ilclcn, éprise de poésie, désigna 1 étoile du soir cl\ndit quelque chose; sa frêle compagne jouait avec scs rubis\ndont la fraîcheur émouvait alternativement la poinlo fine de\nscs doigts. L’inattention était grande.\nEdward Brown continua, imperturbable :\n— Soit, j’abrégerai. Il y aurait pourtant A dire sur les\nphases par lesquelles il évolua jusqu’à l’accomplissement de\nl’acte principal et vraiment criminel de sa vie. De celte pé-\ni4*",
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     "texte": "162\nriode je ferai un commentaire nourri à l’usage d’un publie\nplus grave, une prochaine l'ois.\nIl convient néanmoins que je relate encore ceci — paren\nthèse plus importante que tout ce qui précède, car je connais\nmal l’art des préparations, et une pudeur m’a peut-être re\ntenu jusqu’à présent d’aborder mon sujet — c’est que mon\nmon ami adorait, tant qu’il était lai, sa mère, et sitôt qu’il\nétait Yaalre, la haïssait. Dans l’enfance, il [y avait opposi\ntion de sentiments absolue, brutale. Plus lard, et à mesure\nque les individualités adverses se pénétraient, cela s’atténua,\net selon que prédominait l’un ou l’autre caractère, une ten\ndresse sans élan alternait avec une sournoise animosité.\nL’éducation en pays étranger, des voyages ensuite, ne re\nmédièrent guère aux bizarreries d’humeur de mon ami. Tou\ntefois, son désordre psychique s’adoucit à une sorte de spleen\nqui l’envahissait à des époques irrégulières.\nIl souffrait alors de Y impuissance de mal faire. Singulière\naffection, non classée par les médecins, mais qui ronge et dé\ntruit celui à qui elle s’attaque ; la pire des affections : cer\ntains en meurent avant d’avoir agi, et, ce sont les plus heu\nreux, car ils n’ont pas connu leur état; d’autres agissent et\nne peuvent plus mourir; ce sont les plus à plaindre.\nIl y a des démons, il y a des vampires dont nos larmes\nintérieures sont la subsistance et qui ont intérêt à nous con\nserver en vie...\n— O la vilaine bête, fit l’authorcss qu’une chauve-souris\nvenait d’effleurer. Et ses deux compagnes s’écrièrent avec\nclic.\nEdward Brown ne prit pas garde à l’interruption. Il parlait\npour lui, pour la chauve-souris peut-être ?\n— Ce qui devait arriver, arriva.Le père démon ami mourut\nsubitement. Pour consoler la veuve et pleurer avec elle sur\nle défunt, le jeune homme revint d’une lointaine escale.\nJusqu’à présent, je n’ai rien dit de la position sociale de la\nfamille ; cela est d’ailleurs d’un médiocre intérêt. Supposez\ndes' gens assez riches pour vivre sans effort, de relations\nagréables cl justement estimés pour leur piété qui était sé\nrieuse et intransigeante. La maison avait un aspect d’austérité\nque tempérait le souci d’un honnête confort, adapté aux exi\ngences d’un protestantisme correct.\nQuand, après une longue absence, mon ami revit cette\nmaison, maintenant en deuil, il lui sembla, venant do quitter",
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     "texte": "(les pays de soleil et de chaleur, qu’il pénétrait dans le tem\nple sans mystères de la bienséance. 11 n’éprouva point,comme\nil l’avait espéré, quelques sentiments d’affliction filiale, mais,\ndépaysé dans sa propre demeure, de la gêne, de l’ennui, et il\nbaisa sans conviction le front de sa mère résignée.\nCelle-ci,timide et douce, jolie encore, malgré ses quarante\nans, admira son fils de ce qu’il était devenu homme, lui cita\ndes versets de Bible, et conclut ainsi: « Vous m’avez souvent\ncausé bien du chagrin lorsque vous étiez petit, et j’ai prié\nDieu qu’il vous sauvât du Malin. Je crois, A vous regarder,\nque mes prières n’ont pas été vaines. Mon grand unique,In’ou-\nbliez pas que désormais vous êtes mon soutien. » Elle le\nprit tendrement dans scs bras et ne s’aperçut point de la\nlueur diabolique qui venait de passer dans scs prunelles.\n« Son soutien? pourquoi pas son éducateur?., chuchotait\nen lui une petite voix. Et la petite voix dicta tout un plan\nd’éducation... Car la présence de sa mère avait réveillé en\nlui l’énergie du mal, et son spleen inactif s'en réjouissait.\n— Bienveillant, un portrait d’aïeul le considérait dans le\nvestibule. Il sentait son regard attaché sur lui; et peut-être\nen ce vieux cadre était emprisonné le génie qui le conseillait.\nMachinalement il le désigna à la pauvre femme : « Il nous\népie, le grand-oncle, » fit-il. Elle soupira : « Vous ne l’avez\npoint connu. Moi, il m’a fait souffrir les premiers temps de\nmon mariage ; il ne m’aimait pas, j’ignore pourquoi. Mais il\nfaut pardonner aux morts. » Du grand-oncle il ne fut plus\nquestion qu’une fois : « Comme vous lui ressemblez, Edward 1 »\navait-elle dit en désignant le portrait, un jour qu’il sentait\nle trouble en elle par ses propos néfastes...\nC’est que, réellement, il s'occupait de « refaire l’éducation »\nde sa mère, œuvre difficile et perverse, qui lui procurait des\ndélices et des douleurs infinies.\nDétruire la quiétude de cette petite Ame simple, porter le\ndoute en elle, la détacher de la foi qui la vivifiait, peu à peu,\nsous prétexte (l’élargir son horizon, lui démontrer la vanité\nde toute morale, l’habituer A contempler avec des remords,\nmais sans qu’elle s’en détournAl, le spectacle fastueux des\npassions qui tuent, l’intoxiquer de paradoxes, l’étourdir, la\npousser vers l’abîme, c’était odieux et sublime.\n— Sublime est de trop, observa sèchement miss I\\end.\nEst-ce vous ou votre ami qui trouvez cela sublime?\n— Dépêchez-vous de finir, il commence A faire froid,",
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     "texte": "Les rubis cliquetèrent. —Votre ami\n164\najouta lady Ilclen. —\nest : un monstre.\n— Un monstre? Mais non. Il était irresponsable; je veux\nqu’il l’ait été, et un autre agissait en lui.\n— Le mystérieux grand-oncle qui s’était transformé en\ndémon? persifla la judicieuse aulboress. Mister Brown, vous\ndéraisonnez.\n— Je le souhaite. Or, ce travail de dépravation fut mené à\nmerveille. Sans doute, et parce qu’il est plus facile aux enfants\nde pénétrer la nature des parents qu’aux parents celle des\nenfants, le jeune homme comprenait-il que, dans le calme per\nsuasif de la vie de province, sa mère avait gardé jusqu’alors\nunie la surface de son Ame, et l’époux paisible ne l’avait\nagitée d’aucun remous. Mais un souffle du dehors en soulè\nverait l’onde légère, et remués, les secrets qui y dormaient\nprofondément en altéreraient la belle limpidité.Et de fait, irré\nsolue, incapable de puiser en son for une conviction, n’avait-\nelle voulu et cru que par son mari. Il l’empêchait de regar\nder en elle-même ou plus loin qu’il no voyait lui-même. Tant\nqu’il avait vécu, soumise, elle avait accepté ses idées. Son\nesprit s’était canalisé étroitement, et selon la ligne qu’il lui\ntraçait. Qu’un autre après lui survînt, adroit et volontaire, par\ndes courbes nouvelles, elle évoluerait ailleurs et accomplirait\nainsi sa destinée qu’elle eût méconnue?\nComme des feuilles mortes il lit choir autour d’elle, par la\nvertu de sa logique, scs anciennes croyances. Elle se trouva\ndénudée dosa parureévangélique, et frissonna sous la caresse\nperfide d’une brise nouvelle. Des regrets la visitèrent : elle\nn’avait pas vécu. Sa jeunesse s’était étiolée, sa beauté s’était\nflétrie, ignorée, stérile pour autrui, et il était trop tard pour\ngoûter encore aux satisfactions légitimes qu’offre l’existence?\nD’arrêter sa pensée A des mondanités, de ne pas être recon\nnaissante aux années précédentes de leur placidité, elle se\njugeait coupable, et par habitude implorait la miséricorde\ndu Seigneur en qui elle n’avait plus confiance.\nLui ne se luttait point dans son œuvre corruptrice : pour\nqu’elle fût parfaite, il fallait l’accomplir avec lenteur. Il y\napportait des ruses et des grAccs de félin, d’une griffe légère\néraillant sa pudeur que ne protégeait plus sa religion, et par\nle velours d’une cajolerie la rassurant. Il insinua qu’elle avait\ndû plaire, qu’elle avait été parmi les belles, sur un ton cour\ntois de (ils galant l’assurait qu’en sa maturité elle conservait",
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     "texte": "i65\niinc grAcc encore virginale, une séduction rare et subtile\nf iu elle ne consentait pas à s’avouer, et, rieur, la prenant sous\nle bras, l’amenait devant une glace en pied : « Quel couple\njeune! dirait-on pas des amoureux? » disait-il, cependant\n<ju elle aussi souriait, émue par sa gaieté prévenante et cAIinc.\nUu bien, il lui contait discrètement d’abord, puis avec plus\nd audace, mainte de scs aventures et la volupté des pays exo\ntiques. Elle secouait songeusement la tète; et que ce grand\ngarçon, hAlé et blond, alerte, téméraire, fût né de sa chair\nlui paraissait improbable, impossible. Tant d’années et tant\nd’espace les avaient séparés qu’il était maintenant pour elle\nl’étranger, le nouveau venu, aucunement le frôle Eddy des\ntemps lointains.\nElle frémissait de tristesse et de tendresse, fermait les\nyeux; et l’amour naissant s’affirmait pour elle comme une\nincurable et tragique passion.\nEdward lîrown s’arrêta de parler.\n— Eh bien? c’est tout? Les voix vibraient de curiosité.\n■— Je n’ai pas le courage de continuer; et vous m'en vou\ndriez, Mesdames, si j’insistais sur les détails du drame dont\nje vous ai dit les préliminaires, et que conduisait le démon,\nscène après scène, le démon vraiment. Il est malsain de\nremémorer certains épisodes ; des cauchemars hanteraient\nvotre sommeil.\nQu’il vous suffise d’apprendreque la maison où des ancêtres\nsages avaient vécu vit se consommer, après des luttes, le\nplus inconcevable des crimes d’amour ; que l’agonie fut hor\nrible, l’agonie, je veux dire, qui suivit la chute. Et celle qui\navait été la plus pure et la plus chaste des femmes périt par\nle suicide...\nMais, quand elle fut morte, quand je l’eus conduite au\ncimetière, il arriva d’abord que je pleurai longuement, cl\ncomme inconscient de ce qui était arrivé; larmes douces, celles\nque je versais, larmes de piété filiale sur une tombe chère.\nUne brume bienfaisante enveloppait tous mes souvenirs, et\nje m’inclinais, sans remords, devant la puissance qui libère\ninexorablement.\nUne lueur, aube ou crépuscule, éclaira mon’èlre. Des fan-\ntômes s’y levèrent ; leur visage tourné vers moi me révéla\nmes pensées oubliées, leurs bouches proférèrent mes paroles,\nleurs gestes répétèrent mes gestes, ils tourbillonnèrent autour\nde moi en me criant l’horrible passé.",
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     "texte": "Je tombai malade; on me crut dément. Que ne le suis-je\nresté! Et pourquoi, flétri, usé, méconnaissable, dépossédé de\ntout ce qui fut moi, ai-je consenti à rentrer dans la vie?..\nJusqu’à présent, Edward Brown n’avait point bougé de sa\nplace; toujours adossé contre le pilastre, il parlait de sa voix\nsans accent. Et comme il se taisait, la lune énorme, surgic à\nl’horizon, épandit vers lui une clarté sanglante ; les bras\ndésespérément levés, il apparut soudain, silhouette mince et\nnoire, et comme crucifié sur la blancheur de la pierre.\nLe silence régnait.\nRobert Scueffeh.",
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     "texte": "Les Méfaits de la Censure\n167\nA l’cncontrc de ces joyeuses àïeules indulgentes qui sou\nrient aux écarts amoureux de la jcunessc,Damo Anastasio —\nla Censure, — a vu avec l’âge grandir son caractère grin\ncheux et ridicule — mais, parfois aussi, dangereux. — C’est\nune vieille ignorante, une sorte de farouche, prude, et sénile\ndévote qui s’indigno de tout ce qui n’est pas en art pareil û\ncette combinaison imaginée par la pudeur anglaise. Elle a\nune laideur rècho d’institutrice allemande, un goût littéraire\nde concierge, une pudeur effrayée de catin retraitée. — S’il\nvous souvient du magnifique plaidoyer pour la liberté\nmorale de Pierre Louys et de cotte aventure d’Hélène R.\nmodèle, arrêtée pour avoir dansé nue, à la sortie du bal des\nQuat’z-Arts l’hiver dernier, en une salle de restaurant do\nnuit, vous partagerez l’almrissement indigné des esprits li\nbres à l’annonce du procès Lcmonnicr et de la loi Ileinzc.\nEa censure n’existc aujourd’hui — â proprement parler —\nque pour les œuvres dramatiques. Toutefois, des articles de\njournaux et des romans sont désignés aux foudres de la jus-\nhce, â tout instant, par la ligne contre la licence des rues\nque préside M. Bérenger, sénateur.\nLa censure n’existait point dans l’antiquité — sans cela,\nles Guêpes, Lisystrata et les Syracusaines?... Cette institu\ntion n’est apparue dans la société qu’avec l’invention de l’ira-\nprimerie. — Sous Charles VI, nous voyons pour la première\nlois accorder des immunités â la Basoche, et Richelieu, assez\nindulgent pour le théâtre—malgré les coupures exigées dans\nle Cid — édicte l’arrêt de 1G2G, qui comporte la peine do\nmort contre les fauteurs de mauvais livres (?). Cet édit est\ncomplété par celui du 6 décembre 1770, qui nomme des ins\npecteurs de librairie et réglemente la production littéraire (1).\nEn outre des livres licencieux ou révolutionnaires brûlés\nPar le bourreau, de temps â autre, ceux-là même qui corri\ngeaient les épreuves do Voltaire faisaient opérer des saisies\n(1) Cf. Curiosités bibliographiques de Lalunnc. Paris, 1867.",
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     "texte": "iG8\ndans le genre de celle faite en 1775, à Agen, où on relève\nparmi les ouvrages saisis :\n1 ex. du nouveau Jeu de la comète.\n1 ex. de la Noblesse commerçante.\n1 ex. de l’Essai sur la marine.\n1 ex. de la Pipe cassée.\n1 ex. des Bouquets Poissards.\n1 ex. des Vrays plaisirs ou amours de Vénus et d’A-\ndonis.\nPourtant les libelles circulent sous le manteau et les livres\nbrûlés renaissent de leurs cendres comme le phénix, ù\nBruxelles, la Haye et Amsterdam. — On connaît assez les\nbrochures dont le style graveleux ne sera dépasse que par la\npublication des amours de Marie-Antoinette et de son fils.\nLes époques d’inquisition et de Révolution furent funestes\nsurtout — comme il sied — à la liberté d’écrire. Luther et\nSavonarole, destructeur du Sati/ricon, ont droit ù toute l’ad\nmiration du parquet de Bruges. Ce furent surtout les ré\nformateurs de la religion catholique qui se signalèrent le\nplus, dans ces excès — et Pierre JLouys est en droit de les\nhaïr.\nSous la Révolution, la censure triompha; après avoir coupé\nles marquis et tous litres de ci-ilevants dans Molière, Cor\nneille et Racine, et changé en dragons pièmontais, les gen\ndarmes de Robert Macairc, elle arrête, emprisonne, morigène\net punit à tort et à travers, au gré de son caprice. Sous le\npremier empire, le maître fit, au gré do scs désirs, autorisant\nou interdisant à son gré.\nTous nos lecteurs se souviennent des poursuites et con\ndamnations édictées contre M m o de Staël, Hugo, Lammennais,\nBaudelaire, Richepin, etc..., Flaubert et A. Dumas fils —\npour leurs livres — Certaine lettre de M. Salvandy à l’auteur\nde Corinne est un modèle ù méditer. —\nQuelques libertés accordées aux pamphlétaires sous Louis-\nPhilippe menèrent, crut-on, à l’attentat de Boulogne, cl Na\npoléon III demanda aux censeurs d’être inflexibles. Ils 11c\nfurent que naïvement bêtes.\nDans la Pondre d'or de Sardou, celle phrase les suffoque :\n— Oui, le doigt de Dieu, l'œil de la Providence, /leux\nchoses qui se fourrent souvent l'une dans l'autre.\nIls demandent de changer une tirade sur les abeilles, en\ncouplet sur les mouches à miel.",
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     "texte": "On est stupéfait a lire l’ouvrage la Censure sons Napo\nléon 111 (j) : voici quelques pièces interdites’: les Parisiens\nde la Décadence (à cause du titre), la Dame aux Camélias\n(parce qu’un amoureux reste chez sa maîtresse à l’heure où\nles gens honnêtes l’ont l’amour légitime) ; le Château de la\nSeiglièrc de S&nde(\\\\i,Lorenzaccio,Andrédel Sorte de Musset,\nDiane de Lys de Dumas, le Revisor de Gogol (parce qu’il y\nest mal parlé des fonctionnaires), les Nuits de la Seine de\nMarc Fournier (à cause du titre). — Les censeurs s’attaquent\naussi au cirque : une pantomime, Napoléon « Schœnbrun, est\ninterdite, etc...\nDans ce livre on retrouve les coupures exigées dans Ger-\nuiinie Laccrlcux. —Ex. : une fille parle.\n— Mon petit homme... ce qu’il doit être gentil sons le\nleige, moi je m'en ferai mourir d’un joli garçon comme\nça.\nOu encore.\n• Mais voilà les hommes, faire l'amour avec descarcs-\nSes et des baisers. Il leur faut ...\nIci, ce sont les points qui sont incriminés...\n>h suis prête d'accoucher.., horreur, écrivez, je vais don\nner le jour à un enfant, réplique le censeur.\nCes exemples suffisent, n’est-ce pas? 11 y a huit mois, on\ninterdisait à Capus d’écrire cocu; écrivez cornard, demandait\nle censeur, ou encore :\n« Dans votre pièce, il y a un veau qui s’appelle Emile,\nc est une allusion politique, nommez-lc Edouard !\nEnfin, j’assistais, en janvier dernier, à la chambre des\n«ippels correctionnels, au jugement de Jean de la Dire pour\nsuivi pour avoir écrit : Elle se donna nue au poêle pauvre...\n°°o fr. d’amende. — Acquittement en appel, après plaidoirie\nde M* Lefèvre, obligé d’avoir recours à un stratagème. En\neffet, cet avocat lut deux pages d’un de nos maîtres décoré\nl'éccmment et demanda la croix pour son client moins porno-\nfft'aphe (?) que le critique blasonné.\nCertains qui réclament avec éloquence des libertés sociales\noublient trop la liberté d’écrire. Louis XII l’avait admise,\nn °s tribunaux nous la refusent. C’est de mauvaise politique\nplus encore que de mauvaise justice. Ceux-là seuls ont été de\nÇi'ands écrivains qui eurent maille ù partir avec les juges do\n. S 1 ) Censure sous Napoléon III. — i85o-i8G0. Nationale, 8»,\nv ‘* 689.",
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     "texte": "170\nleur temps. Vous bâtissez des palais an pauvre pour le\nconsoler de ses tandis, écrivait le poète des chansons de\nBilitis, pour le consoler de scs femmes, lui montez-vous\nOcèana? Peut-être faudrait-il demander à tous les libres es\nprits de s’unir; que Mirbeau, Louys, Tailhade, Margueritte,\nItosny, Mendès, etc.., tous ceux qui à quelque litre que ce soit\nont une influence, élèvent la voix avec nous, et on fera recu\nler les hordes obscures et le puritanisme hideux qui mena\ncent le temple où se dresse la nudité d’Aphroditc. Cette lutte\nserait belle et réconcilierait tous les amants de la Beauté.\nAu parlement,il est encore des poètes et des esprits nobles :\nque Clovis Ilugues, Rivet, Vigne d’Octon, et leurs amis re\nprennent le projet de loi de Claude Michu : Proposition de\nsuppression de la censure. Ils auront aidé au triomphe,d’un\npeu plus de Beauté, c’est-à-dire d’un peu plus de Liberté et de\nBonheur. D’ailleurs qu’importent les entraves et les philistins?\nla Beauté est éternelle et libre, pareille à cette femme demi-\nnue, dont parle Goethe et qui, dans la campagne romaine,\nallaitait son lils, assise sur les débris d’une colonne antique, j\nEnNIiST Gauiuîi\\t.",
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     "texte": "Les Vacances de Valentine\nLK CHOCOLAT\nUne nouvelle orientation politique, la dépréciation toujours\ncroissante de la propriété foncière, des placements éphémères\net, survenant, l’héritage vacant d’un oncle veuf, tirent de\nValentine Merle, que l’Institution des Dames Noires de Briou-\nde avait, encore aux dernières Pâques, vue revenir, comme\ndevant, fille du notaire Merle, conseiller général et candidat à\nla députation, firent, de Mademoiselle Valentine Merle la,\nbrusquement, demoiselle de l’Hôtel des Thermes, — Merle\nsuccesseur, — à Trosly-les-Eaux.\nSi la philosophie \"\"toujours bien vivante du père de Valen-\nlinc, si la mère de Valentine, grâce à son tempérament lym\nphatique, s’étaient accommodées, sans luttes vives,d’un chan\ngement de situation où les obligeaient les circonstances, les\nbribes d’une fortune à conserver, le caprice des électeurs, et\nles scrupules de la Chambre des Notaires, la nouvelle ne pou\nvait être sans bouleverser singulièrement les dix-sept ans do\nValentine Merle; des idées de sacrifice, tantôt, ou de suicide,\nse heurtèrent en celle petite tète frivole et volontaire, sous le\ncatogan blond encore serré du velours d’uniforme : elle son\ngeait â se dévouer pour sa famille ou â s’en séparer résolu\nrent, et, tour à tour, elle regretta de n’avoir pas atteint la\nmajorité qui lui eût permis de se faire enlever par un officier\nd’artillerie, — ou d’avoir manqué le prix de comptabilité qui\neût assuré scs parents d’un contrôle efficace ù la caisse de\nl’hôtel ; ainsi l’enseignement des Dames Noires de Brioude,\nsi justement vanté cependant pour l’excellence de sa doctrine\net son emprise do distinction élégante, se manifestait impuis\nsant devant l’inopinée crise sociale qui troublait l’âme insuffi-\nsammcnl armée de Valentine.\nNul baiser maternel, avec des frémissements d’aigrcllo elle\nfroissement opulent de la soie noire ornée de jais, n’accueil\nlit cette année le second prix de style, le premier de solfège,\nla mention de ronde-bosse, et l’accessit de géographie de\nValentine Merle ; et du moins Valentine en tira celle conso\nlation, négative mais pieusement mensongère, de figurer, à\nl’heure des adieux, devant ses compagnes intriguées, la\n« jeune fille qui va passer scs vacances dans une ville d’eaux\nù cause de la santé de sa mère ».\nSeule la fidèle Adèle Truchot connaissait le triste secret :",
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     "texte": "it/ÎJrr-\n172\nmais Adèle Truchot n’était-ellc pas une seconde Valentine\nMerle? N’était-clle point surtout la sœur de ce Maxime Tru\nchot, qu’en leurs inévitables projets d’avenir les deux amies\ns’étaient plu à imaginer resserrant l’intimité qui les unissait\njusqu’aux liens plus doux do la consanguinité? Car pourquoi\nles jeunes personnes do seize ans auraient-elles des frères à\nl’Ecole Saint-Cyr, sinon pour en concerter l’union avec leurs\namies? Adèle en faisait son affaire, et Valentine se laissait\nfaire : mais après la catastrophe, comment faire ? Une preuve\nd’ahnégation, parmi tant d’autres, que l’armée exige de ses\nserviteurs, n’est-elle pas de renoncer délibérément aux partis\nmédiocres, et de n’épouser que de grosses dots?\nDe semblables secousses, même sous le puéril catogan\nblond serré du velours d’uniforme, mûrissent une tète de dix*\nsept ans : — On verrait toujours après les Vacances 1 — avait\ndéclaré l’affectueuse Adèle par une vieille et consolante habi\ntude de scolarité; et ce délai impliquait maintenant pour\nValentine des obligations, imprécises comme toutes les gran\ndes obligations, imprécises mais immédiates, impérieuses, et\nà l’accomplissement desquelles elle promettait toutes les res\nsources de sa juvénile énergie.\nCe fut donc une minute solennelle que celle où un compar\ntiment de deuxième classe réservé aux dames seules déposa,\nnon plus pour d’ordinaires vacances, mais pour scs premières\nbatailles, Valentine Merle à la gare de Trosly-les-Eaux.\nA ce train de nuit qui amenait Valentine, nul autre ataxi\nque ne se fit descendre, clients ordinaires auxquels Trosly\ndevait sa fortune et son hydrothérapie renommée ; et c’est\npour elle seule que s’ébranla l’omnibus de l’Hôtel des Ther\nmes, où l’affirmation puissamment éclairée au-dessus de la\nportière de son nom patronymique, Miïivle, successeur, l’avait\nremuée tout d’abord. Encore que désavantageuse pour le\ncommerce paternel, Valentine se réjouit secrètement d’une\ncirconstance qui, en lui évitant les compagnons de voyage,\ndonnait à celte voiture, avec un peu d’imagination, le carac\ntère d’un équipage particulier : et Valentine imaginait. De\nmême, lorsqu’après les effusions écourtées par l’heure tardive,\non la conduisit A sa chambre, tant de chaussures dans les\nlongs corridors, attestant la clientèle élégante et de mœurs\nrangées, purent évoquer les multiples invités au château de\nson père : et Valentine imaginait encore, remettant au lende\nmain l’examen réfléchi de la vie réelle, et l’orientation raison-\nnée do son nouvel avenir.",
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     "texte": "l'j'i\nValentine fut réveillée par l'orchestre du Casino qui, sous\nle kiosque proche, mêlait, dès huit heures, au traitement des\nbaigneurs matinaux, les harmonies discrètes de cc Loin du bal,\nchef-d’œuvre du maestro Gillet. L’orchestre n’était composé\nque de huit instrumentistes, mais le violoncelliste Morclli y\nsavait l’art des phrases expressives, enveloppantes et senti\nmentales. Enervée, Valentine se réveilla dans les larmes,\npleura ses imaginations delà veille, le château disparu, les\ninvités enfuis et le carrosse de Ccndrillon.\nMais une tasse de chocolat sur la tablo Gigogne s’affirmait\nauthentique celle-là, maternellement attentionnée. L’inhabileté\nprofessionnelle des cuisinières anciennes de l’étude Merle, ou\nle régime sain mais parcimonieux des Dames Noires de\nBrioude, n’avait point accoutumé Valentine à cet extrait\népais, mousseux et parfumé, — presque une crème — où le\nchef de l’Hôtel des Thermes excellait : tel déjeuner avait-elle\nrêvé parfois, pour le matin des noces, quand elle serait maî\ntresse chez elle et qu’elle aurait recommandé à sa cuisinière:\n« Vous mettrez trois tablettes de chocolat ! » Et le conforta\nble s’accentuait des minces rondelles d’un beurre blond exqui\nsement, pour la gloire des tartines dorées...\nUne inscription d’heureuse disposition ornementale, en cou\nronne, témoignait que chaque rondelle était l’exclusive pro\npriété de l’Hôtel Merle; une â une, comme les pétales d’une\npâquerette, Valentine enleva, pour l’étendre sur le pain grillé,\nchacune des lettres en relief de l’inscription; et machinale\nment, comme il était accoutumé, en promenade, chez les\nDames Noires de Brioude, machinalement elle vint â penser :\nH, — il m'aime ;\nO, — un peu ;\nV, — beaucoup ;\nE, — passionnément...\nEt ainsi arriva-t-il qu’à l’E final de MERLE, réponse déce\nvante, tout amour s’était envolé ; un vieux refrain d’enfant lui\nvint alors aux lèvres :\n— Je pleure, — de tout mon cœur, — de beurre,\n— Quand il sera fondu, —je ne pleurerai plus...\n•'h prenant un parti brusque de la fragilité de l’amour et\ncombien vaines les peines du cœur, Valentine, croquant scs\ntartines et savourant son chocolat, commença à comprendre\nl’emploi le plus avantageux de scs vacances et le sens profond\nde la vie.\nFuanoNouain.",
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   "controle": "début : titre retrouvé (début long) ; fin : fin de la page 184",
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     "texte": "Elisabeth de Bavière 1\nA. Maurice Barres.\nC’est une figure d’impératrice, simple et géniale. Notre\népoque, curieuse de tels contrastes, nous la devait ainsi. 11\nfaut louer la nature d’avoir serti ce joyau des trônes et (les\nmonarchies avantleur ruine et de nous avoir révélé l’intimité\nd’une telle âme royale. Certains sentimentalismes d’une haute\nculture, aux délicatesses souveraines, qui rêvèrent parfois\ndevant le portrait de Winlerhaller,qui imaginèrent avec com\nplaisance des paroles sublimes sur ces lèvres, entr’ouvertes\nd’ironie, éprouveront une belle joie à rencontrer,au cours de\nces pages, ces mêmes mots, enfin exprimés. Ils justifieront\nainsi leur romanesque, à ne pas éprouver de désillusions, en\nface de ces réalités, qui gardent la parure de leur rêve, qui\ncomportent même quelque caractère shakespearien. De la sorte,\nl’imago de cette âme s’agrandira encore, pour eux, de toute\ncette adoration, dont le docteur Constantin Christomanos sut\nl’orner, comme la vision sublime de sa sensibilité, 11 faut, à\nnotre tour, nous attarder à ces horizons, pâlis par la mort,\ndemeurer de longs instants à les contempler, avec la volupté,\nun peu âcre, que nous éprouvons à nous éloigner d’une na\nture où notre personnalité trouva à se développer, selon ses\ntendances, ses hérédités. Et qu’est une âme qui nous est plus\nfamilière et plus tendre, sinon un paysage qui favorise au\nmieux notre penchant, une fleur que nous préférons?\nAccueillons donc ainsi cette petite rose de Hongrie, dont\nnous nous complaisons à respirer un moment le parfum, très\nrare et très discret.\nI\nElle vécut très peu dané les cours. Ni son père, ni son\nmari ne lui imposèrent la résidence, contraire à son inclina\ntion. Le duc Maximilien-Joseph de Bavière laissa sa fille\ndévelopper merveilleusement les indépendances de sa nature\net les rêves de son imagination dans le château de Posscnho-\nfen, où s’écoula son enfance. Plus tard, mariée, elle habita\nrarement la Ilofburg et plus souvent dans la solitude â Lainz,\nâ InsbruckjàMiramare ou à Gorfou. Elle avait été vagabonde\npendant sa jeunesse même; elle mérita dès l’abord ce titre\nque devait plus tard lui donner d’Annunzio: VImpératrice\nerrante. C’est ainsi qu’elle n’aima jamais la royauté que pour\nla liberté qu’elle lui offrait.\n(i) Constantin Christomanos. Elisabeth de Bavière; pages de\nJournal. —Mercure de France, iyoo.",
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     "texte": "175\nCe chûteaudc Possenhofcn, qu’elle orna de son adolescence,\nrelient l’attention. Les yeux qui suivent l’hori/on de celte\nplace s’éloignent jusqu’au lac do Sternberg ; et celte vision,\nqui nourrit de beauté l’âme de ces Wittelsbach, Louis 11 (1)\net Elisabeth, s’amplifie et se dramatise des souvenirs qu’ils y\nlaissèrent.On regarde, en mêlant à ces lointains la pensée de\nces êtres, et tout le tragique romantisme banal de ces lieux\ns'atténue et émeut alors. Il semble que celte beauté, d’une\nsauvagerie convenue, poussée au caprice d’un goût princier\nquelconque, porte dans le silence même de sa nature, la des\ntinée de cette famille, qui aima follement les rubis. Elisabeth,\nla future impératrice, sur ces bords, développa toute sa vie\nintérieure, se forma lentement une conception du monde, très\ndédaigneuse aux gens, très fraternellement sympathique û la\nnature... N’y a-t-il pas là quelque nécessité à restituer à un\ntel cadre les origines mêmes de cette existence,d’une héroïne,\naussi fatale par sa race ?\nLa jeune duchesse demeura là, à peu près jusqu’à son ma-\nriage, jusqu’à l’heure nu moins où il fut question d’elle en\ndiplomatie, comme d’une princesse remplissant les conditions\nrequises pour occuper le trône d’une principauté ou d’un\ngrand-duché. L’éducation qu’elle s’était donnée, plus (pie celle\nqu’elle avait reçue, l’avait préparée à ce destin. De l’avoir\nenvisagé, elle s’était libérée de ce souci, extérieur à elle-\nmême. Dans sa solitude, elle avait surtout songé à déve\nlopper sa beauté cl sa vigueur, à former ses rêves, à méditer\nles problèmes dont la vie nous propose, comme avec malice,\nla solution. Elle s’était constitué une àmc personnelle et se\nsouciait médiocrement des dignités princièrcs, fort peu même\nsans doute, quoique ce point demeure mystérieux, des sensi\nbleries amoureuses. Et lorsque François-Joseph, son cousin\net l’empereur dynastique des Habsbourg, dansa avec elle, lui\ntendit des fleurs avec la gêne passionnée d’un soldat, et puis\nlui offrit enfin une place au trône autrichien, elle s’étonna à\npeine de cette éventualité, mais fut effrayée de celte couronne,\nlourde de traditions pour le passé, pesante de charges pour\nl’existence qu’elle voulait se faire : « Oh ! non, c’est impos\nsible!.., Je suis si peu de chose!... »\nElle n’eut que cette réponse; et puis pâlit. Mais comme elle\ncroyait vains les efforts qui tendent à modifier une destinée,\nclic se courba; le diadème devait être lourd à la fine tête qui\nentrait à Vienne, lors des fiançailles, couronnée de roses...\nQuelques dates marquent seules la montée royale. Elles\nsont tragiques et épouvantent de leur mystère. Dates de dé\nsillusions et de deuils: sept ans après la venue en Autriche,\nJ O 11 faut relire à ce propos le i ,r chapitre du Louis II de lia\nvivre, de J. Bainvillc (Perrin).",
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     "texte": "176\nle départ pour Madère ^i85/|-i8C>i). Entre les deux, se dérou\nlent les heures d’agonie, nui vérifièrent sa mélancolie natu\nrelle. [Dorénavant, ayant fait l’expérience Mes passions et\ndes douleurs, elle détache son Ame de ces scènes et navrée*\nayant peur de la douleur qui cric, vulgaire et sans grAcc, do\nla souffrance qui enlaidit, elle se réfugie en elle-même, l’ètrc\nenclos dans scs rêves et dans scs ironies, toute à cette beauté\nd’Amc et de chair, qui seule adoucit la vie et donne quelque\nprix à notro effort pour accomplir le drame de notre exis\ntence.\nII\nC’est ici vraiment que nous pouvons commencer A parler\nde ces feuillets de journal. Ils ne sont qu'un fragment, très\ncourt, de ce magnifique développement d’une grande pensée.\nL’impératrice s’est ressaisie vers 18O1 et devient intéressante\nsurtout A cette époque. Eu analysant de près ces pages dé\ntachées, elles acquièrent l’autorité d’un ensemble et suffisent A\nnous associer A cette intimité. Elles prennent une valeur sen\ntimentale et historique, tout à la fois. Pour l’avenir, clics re\ntracent comme les traits de cette Ame; pour nous, (pii, plus\nou moins, avons connu son existence fugitive A travers 1 Eu\nrope, elles l'estent le plus précieux des souvenirs.\nNous la revoyons en effet, comme nous l’avons rencontrée,\nsur la Rivièra, bornant sa vie enfiévrée aux promenades du\nCap Martin, voilant ses rêves A l’abri de ce repli de terre,\ncouvert (les sapins bienfaisants, qui assombrissent la ligne de\ncette côte. Une autre destinée royale s’achève dans le silence\net la paix de ce même refuge. Elisabeth d’Autriche trouvait\npeut-être quelque mélancolie charmante A ce voisinage d’une\nImpératrice déchue. Sur les mêmes routes qu’elle, elle tenait\nA passer, toute noire et toute simple, dans son deuil éternel,\ncraintive pour son intimité de tout contact, heureuse do\nrêver au gré d’un chemin bordé de mimosas. Parfois, la\ngrande ombrelle blanche, dans une inattention de son geste,\ntournait, comme une auréole mouvante, sur laquelle se déta\nchait la beauté lassée do sa figure. Mais elle passait, sans souci\nde majesté, cette impératrice de la plus cérémonieuse do\ntoutes les cours européennes. — Elle voulait seulement du\nsilence, la grande beauté de cette nature, exempte de toute\nvulgarité humaine. Nous pouvons croire vraisemblablement\nqu’elle passait ainsi A Lainz, A Mirnmarc, A Territel ou A Cor\nfou, et reconstituer ainsi le cadre même de scs Entretiens,\navec le petit lecteur grec.\nLa pureté d’un horizon, la splendeur d’un décor et les com\nmodités matérielles de son existence, voilA sans doute les rai\nsons uniques de son goAt pour la souveraineté ; le pouvoir\nde vérifier scs songes, la puissance de réaliser scs chimères#",
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     "texte": "»77\nla faculté de cultiver supérieurement sa personnalité, voilà\nles seuls mobiles qui lui évitèrent de prendre haine, à l’égard\nde scs dignités. Elle se contenta de railler toute cette majesté,\ndont la couronne la plus vivante est. sans doute formée de\ntoutes les hypocrisies et de ces courtisaneries, qui se dressent\naux marches des royautés, heureuses et belles, quelle que\nsoit leur œuvre. « On est très dévoué à l’Impératrice, disait-\nelle. Peut-être dois-je encore remercier Dieu d’ètrc impéra\ntrice : autrement cela tournerait mal pour moi. On aime\nl’Impératrice surtout parce (juc, par amour d’elle, on a la\nchance d’ètrc quelque chose soi-même. » A l’égard do ces\nhommages elle ne gardait aucune illusion ; clic comprenait\nque sonmépris des convenances et du protocole devait encore\nla faire moins aimer qu’une autre princesse. C’est pour cela\nsansdoute (ju’clle avait cette ironie tic sa force; qu’elle parlait,\navec cette liberté, des trônes et des monarchies jqu’ello mépri\nsait leur politiqucet leurs préoccupations vaniteuses,prévoyant\nles déchéances prochaines de ces formes de gouvernement.\nCette perspicacité, peut-être duc à l’usage des cours,l’habi-\nloa à ce mépris railleur de l’humanité, dont se renforçait\nsans cesso son individualisme. Avec une science gracieuse,\nm ais non pas exemple d'impertinence, elle rêvait au beau\nr dle qu’cllo aurait eu à jouer sur scs sujets, si elle eût été\nCii ‘ce. Elle arrêtait d’un mot la générosité expansive du\nf} r . Christomanos ; elle écrasait d’une ironie tout son enthou\nsiasme. Même à l’égard do ceux qu’elle préférait, elle ne tolé\nrait pas de telles dispositions, dont elle ne pouvait admettre la\nsincérité. L’enthousiasme, comme l’éloquence, lui étaient, à\njuste litre, désagréables :« Les enthousiastes sont les plus m-\nsupportables des gens, disait-elle.Il n’y a rien, certes, de plus\nridicule que les enthousiasmes humains... » D’un seul trait,\nelle rendait à eux-mêmes de bons tempéraments, faussés par\nune éducation intéressée ou insuffisamment instruits de ce quo\n* ou peut encore exprimer aujourd’hui. Elle apprenait ainsi\nn ceux qui l’approchaient que, parfois, il y a plus d’àme qui\ns’exprime , dans une ironie, que dans ccs périodes, d’un\nnombre harmonieux, qui constituent un discours enflammé.\nmépris tenait à la connaissance des hommes, que lui avait\nAcquises leur commerce. Trop de courtisans, devant elle, avaient\nhiit preuve de belles dispositions, pour qu’elle crût encore\n^ la spontanéité. Mais son ironie avait cependant une source\nplus profonde ; l’onde ne coulait d’un flot si abondant que\npour avoir puisé des forces à une origine plus lointaine. Scs\ndédains venaient d'une souffrance cachée, qui s’exerçait soti-\nv pnt à rire pour ne pas pleurer. Dans un île scs mots, cinglant\nd Apreté, perlaient plus de larmes cl de plus précieuses qu'elle\nn eût pu en répandre indiscrètement. Le recueil porte ainsi",
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     "texte": "1\n178\nla trace profonde d’un pessimisme qui savait se cacher, qui\navait la décence de ses douleurs. Par delà ces froisse\nments que lui causait la vie de cour , lorsque parfois\nelle s’y efforçait,[elle souffrait cncorcdc la disproportion entre\nscs rêves de beauté et la réalité, entre la chimère et le fait. Et\ncomme rarement elle disait sa pensée sans l’orner d’une\nimage, sans l’agrémenter d’un souvenir do nature ou d’in-\ntellcctualité, elle l’exprima un jour, avec brusquerie, à son\nlecteur : « N’avcz-vous pas remarqué, à Lainz, la gravure qui\nétait dans votre chambre : Titania avec la tâte il'âne ? C’est\nla tête d’ànc de nos illusions,que sans trêve nous caressons.\nJ’ai fait mettre ce tableau dans tous mes châteaux. Je ne puis\nme rassasier de le voir. »\nAdmirable pensée, trouvant pour s’exprimer une telle\namertume de comparaison ! 11 y a là comme une brusque\nlueur, éclairant la nuit sans astres d’une pauvre Ame. Tout\ns’y trouve réuni pour concourir à la tristesse de l’idée comme\nl’esthétique de l’expression. Cette impératrice souffre,\ncomme une simple femme romanesque, de l’existence ! Toute\nfleur se fane pour elle-même; tout parfum s’évanouit cl les\nplus beaux paysages mêmes ne se retrouvent pas tels que\nl’imagination les avait rêvés dans l’éloignement. Incessant éva\nnouissement des plus beaux instants, fuite sans retour des rares\nbonheurs de l’existence et imperfection de ceux que l’on a\nréalisés ainsi, telle est la tristesse et la mélancolie qui, pour\ns’être infiltrée goutte à goutte dans son être, l'a peu à peu\namenée à ce tour d’intelligence ironique. II nous faut retenir\ncette leçon merveilleuse. Cette reine plus intimement que\nbeaucoup ressentit la disproportion entre son désir et ses\nforces ; elle avait cependant pour se satisfaire autant qu’il est\nhumainement possible ,‘sa toute-puissance. Lorsque cet ensei\ngnement ne nous fournirait que cette indication générale, elle\nserait à retenir, commo la suprême nàvrancc qui abat les\nfièvres nobles et superbes do l’individu. Sur le trône, elle a\nillustré l’individualisme ; tous les monarques, ou à peu près,\nsubissent cette inclination, mais ils tendent uniquement à réa\nliser des désirs; elle avait voulu justifier les plus hautes\npassions de la nature humaine. C’est là la première raison\nde notre religion envers elle — la plus haute, peut-être.\nIII\nLorsqu’on recherche le fil qui guida cette existence, il\nsemble curieusement étrange. Cette vio fut une esthétique\nirraisonnée.\nElle souffrit du manquo do beauté morale cl. physique. Les\n« exercices », qui sont les leçons qu’elle nous laissa, portent\ntous cc cachet d’élégance. Nous venons de voir ce qu’elle",
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     "texte": "If 79\nsubit n ce propos; comme cet clan de santé, auquel elle ten\ndait sans cesse, se trouvait arrêté. Sur les routes de Corfou\nbordées d’amandiers aux blanches fleurs, dans les vastes salles\nde la Iloffaurg, enjolivées de verdures, d’azalées blanches ou\nroses, qui étaien t sa passion, elle rencontra les mêmes tour\nments. « L'hirondelle noire », à qui elle aimait se comparer,\nsc brisait sans cesse à l’impuissance naturelle qui nous cour\nbe , comme une mouette aux vitres d’un phare.Lu ligne droite,\nson vol ne pouvait sc développer. Comment exprima-t-elle\ndonc sa vie, dans cette conjoncture ? Comment cette amou\nreuse d’indépendance et celte capricieuse, accueillit-elle ces\nscènes d’existence, où les scènes de nature demeuraient im\nparfaites, les âmes meurtries par quelque endroit ?\nToute sa personne aspirait à la liberté. Cour elle, tous les\nhiens tenaient eu celui-là et toutes les choses s’appréciaient do\nce point de vue. Il n’y avait pas, à son sujet, de beauté plus\nsérieuse ni plus impérieuse ; c’était sous celte incidence qu’elle\nenvisageait toutes les circonstances où elle se trouvait. Peu -\nêtre est-ce là un des plus mélancoliques systèmes du monde,\ncette esthétique qui conduit bientôt à des conclusions assom\nbries par la vie de chaque jour. L’impératrico, avec son es\nprit de linesse, dont la nature tout entière ne rêvait que ce\nr êvc, s’en aperçut très vite. C’est ainsi qu’elle conclut à ce\nstoïcisme, admirable d’orgueil et d’énergie. Au couçs de l’exis\ntence, elle jugea les faits avec cette ironie qui nuançait scs\ndéceptions, mais, éternelle idéaliste, clic reprit sa songerie fé\nminine en d’autres mondes qu’elle supposait.\nJusque dans sa personne, elle marquait ce souci d’indé-\nPCndancc : « ma mauvaise écriture vous étonne, disait-elle.\nl'Jle est comme moi, clic ne veut pas sc laisser subjuguer ».\nÇc docteur Chrislomanos ù ce sujet nous a laissé comme uno\n'■nage do cette nervosité d’enfant. « L’impératrice écrit très\nvile ; elle crispe scs doigts sur la plume, sans doute par une\nhabitude d’enfance qu’elle n’a conservée «pie parce que, pro\nbablement, scs professeurs l’en grondaient. Du reste, quand\nelle écrit, tout son attitude est d’une grâce puérile, d’uno\ncharmante maladresse qui contraste avec sa tenue habituelle,\n81 majestueuse parmi les arbres et les fleurs. Elle regarde\nhxement le papier et la pointe de la plume, et c’est comme si\nelle voulait forcer sa plume à écrire finement et proprement,\nmais les lettresimpétucuscsjallissent et se bousculent, libérées\nde toute convention Elle fait aussi de gros pâtés d’encro\nyioletto — la violette impériale — la seule avec laquelle elle\nécrive », et qu’elle puise dans un encrier d’or; do minces\nfeuilles de papier buvard sont semées tout autour sur la table\net elle en sechc chaque page eu frappant dessus de sou poing\nfermé».",
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     "texte": "i8o\nVoilà bien la ligne do ce caractère impétueux naturellement\net difficilement plié. Des heures entières, clic a besoin de se\njeter à même la nature, pour boire l’espace, pour sc mêler\naux plantes et aux montagnes, pour exister dans la monoto\nnie du flot, pour vivre, plus fièvreusement et selon l’absolu.\nA chaque instant de sa destinée, elle recommence ce rêve —-\net puis, elle retombe, blessée et meurtrie, revenant farouche\nment à l’orgueil de sa souffrance, qui s’exprime douloureuse\nment, en quelques phrases brusques, jetées au silence même\nde sa promenade : « On ne doit pas abandonner sa vio à per*\nsonne, mais la vivre en tout et rouler avec tout.» Elle appro\nfondit à chaque retour sur elle-même un peu plus cette impuis\nsance humaine de s’abandonner ou de sc reprendre; elle forme\ntout son système du monde, de ces chutes, l’enrichit de ces\ndouleurs, et conclut enfin au fatalisme des destinées particu\nlières. (« Quand on ne peut être heureux à sa guise, il ne reste\nqu’à aimer sa souffrance ») comme à celui de tous les peuples,\nqui découle simplement de cette même loi individuelle. Puis\nelle se relève, dresse à nouveau sur l’écran de sa vie la vision\nnouvelle qu’elle a reformée, la voit s’évanouir encore, fuit vers\nd’autres terres où l’on respire peut-être plus aisément ou sur\nles mers. Elle resta la sublime Errante. Mais aucun change\nment ne la satisfait. Elle n’aime les fuites que comme « 1°\ncharme de la vie », charme maladif, morbide et sans fin!\nCe n’est là qu’un pis-aller, un dérivatif impuissant, un\nanesthésique. Derrière le geste de l’éventail, dont la inonoto-\nnie apaise son ennui et l’isole plus profondément encore, elle\ngarde sa souffrance absolue et la creuse, d’y penser sans\ncesse. Comme tous les martyrs d’une métaphysique en la\nquelle ils ne croient plus, elle garde à jamais le parfum qui\nembaumait le vase sacré où elle but.\nElle a le spleen de l’idéal et la nostalgie du bonheur roma\nnesque des Ames, de la joie qui demeure, malgré ses ironies\net scs lassitudes, sa croyance sublime. Lorsqu’on analyse\nson fatalisme, cette impératrice semble avoir fourni quel\nques variantes à cette formule du stoïcisme et exprimé quelques\nnuances nouvelles de cet état d’ûme. Malgré son « accepta*\ntion », clic croit qu’un jour viendra où le fossé qui sépare\nl’humanité de son indépendance sc comblera et où ces souf\nfrances, accumulées depuis des siècles indéfinis, supprime\nront l’abîme.\nl'cul-èlrc faut-il attribuer à ce rêve suprême sa croyance\nen une métempsycose, qu’elle exprimait volontiers, avec\nune certaine finesse, tempérant tout ce qu’il y avait d’ab\nsolu dans cette foi. Peut-être trouvait-elle, dans cette espé\nrance d’un retour en un inonde rénové, la force do sa rési\ngnation présente,la forme presque gracieuse qu’avait prise sa",
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     "texte": "181\nmélancolie. On ne sait. Il y a là ce mystère que laisse toute\nconversation où la pensée ne s’exprime qu’avec langueur et\nd’une manière incomplète,mais elle croyait bien sans doute à\nces existences qui vivent, sans sympathies auprès d’elles, sans\nlien avec celles qui les entourent. Peut-être se mêla-t-elle\nainsi par sa pensée intime à ces destinées, lorsqu’elle les\névoquait d’une image splendide : « 11 y a des hommes qui\nsont magnifiques et prodigieux comme des montagnes et\ndevant lesquels on passe sans les comprendre, comme devant\nles montagnes. » Mais il y a peut-être dans cette image mys\ntérieuse, la pensée d’un crépuscule, violet et pâli, tombant\ndoucement sur les crêtes,devenues floues; peut-être aussi s’y\ntrouve-t-il l’image d’une aurore qui reviendrait, d’une clarté\nrose et dorée, faire saillir ces montagnes sur le ciel, dessiner\nleurs cimes et les dresser, en une beauté propice, sur l’hori\nzon 1....\nIV\nElle eut l’amour de la vie, c’est pour cela qu’elle adorait la\nJeunesse et la Beauté, c’est ainsi qu’elle craignait la mort\navec une horreur hcimlètinue. Elle craignait la mort qui\ndécompose les traits et les chairs, comme la maladie qui en\nlaidit. Avec sa jolie puissance de penser par images, elle re\nconstituait toutes ces scènes et n’était pas sans en éprouver\nquelque frisson, qui la secouait et la rejetait dans son rêve :\n« La mer et les arbres enlèvent en nous tout ce qui est ter-\nrestre,disait-ellc. » Etelle pensait aux grâces de la nature pour\nse purifier.\nElle se constituait ainsi tout un monde, que les cours euro\npéennes n’étaient pas sans considérer avec quelque surprise\nimpatiente. Pour ornement, il comptait des fleurs, des forêts,\nun visage où venaient mourir des flots ; les moralistes, qui\nguidaient sa conscience et son idéalisme étaient des poètes:\nHeine et surtout Shakespeare. Entre la vie, ses brutalités,\nses misères, ses tristesses et son être, elle avait tiré comme\nun rideau, qui assourdissait le bruit de ses pleurs et qui les\nvoilait. Elle trouvait déjà que pour accroître sa beauté et pour\nne pas se troubler,il lui fallait oublier beaucoup d’elle-meme.\nSelon la vie quotidienne, elle fut sûrement une inutile et\nune égoïste.Mais l’humanité a besoin quelquefois de ces inu\ntilités et de ces égoïsmes, comme do certaines fleurs dont l’u\nnique vertu est de répandre leur parfum et d’être belles. Sans\ndoute, cette femme, qui mourut, sans souci des peuples\ndont elle était la souveraine, était venue à la vie non sans\nenthousiasme et sans bonne volonté. Le bien avait dù faire\npartie de son rêve esthétique. Mais la vie se chargea de la\nrebuter et de rendre à elle-même celle sensibilité froissée.\nElle lassera la classe la plus fournie de ceux qui la con-\niG",
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     "texte": "18a\nnaîtront . Je ne crois pas faire tort à sa mémoire, en avan\nçant qu’elle souhaitait celte aventure et qu'elle s’y attendait.\nPour elle, elle n’aura guère que les suffrages de ceux qui\nprennent, pour assise de leur jugement, le souvenir attendri\nde sa mort ou qui aiment en elle une des plus tragiques éthi\nques de ce temps. A ceux-là, elle apparaîl en effet comme upe\nénigme à jamais mystérieuse.Il y a dans son cas de labeautéet\nde la souffrance, la torture inavouée d’un rêve qui ne parvint\njamais à son expression parfaite et qui ne s’acheva pas,Cette\négoïste laisse ainsi dans l’histoire un sillage d’héroïsme. Elle\néveille l’image de certains martyres d’âme,dont on ne connaît\njamais le vrai supplice. C’est qu’elle n’avait pas accueilli l’exis\ntence avec frivolité. Elle devait,pour accomplir son destin jus\nqu’au bout, avoir la mort sanglante qu’elle trouva sur ces\nbords du lac, à Genève, sa ville de prédilection.\nPour mourir, elle souhaitait toute l’ampleur et l’apparat\nd’une tragédie. Elle avait peut-être la superstition de sa race ;\npar une sorte de pressentiment, elle s’entêtait à penser qu’elle\nfinirait,noyée comme Shclley et comme l’Ophélie de son poète\nfavori : « Une lin semblable me dédommagerait de beaucoup\nde choses, » disait-elle. Ces mots ne sont pas sans nous rap\npeler la forte trempe de cette âme, qui préférait « que la vie\nlui fit mal » (i) à une mort vulgaire et banale, avec son atour\nde princesses et de dames d’honneur, sur le lit impérial de h*\nHofburg. Même pour cet instant douloureux, où les aristocra\nties s’estompent, elle demeurait hautaine, inviolahlcmcnt soli\ntaire et rare.Elle refusait d’être confondue avec le commun de\nceux qui, dans l’asile de leur conscience, n’ont pas dégagé\nhéroïquement la grandeur de leur existence.\nLe destin, au moins pour l’heure de sa mort, voulut bien\nfaire les choses. Il parut se plier à son fier caprice et non\nsans ironie. Sur le quai du Mont-Blanc, dans cette ville blan\nche qu’elle aimait « parce qu’elle s’y sentait tout à fait l'a 1 ’\"\ndue », elle fut assassinée. La stupidité lourde et forte d’u°\nvisionnaire réalisa cette mort, sanglante et rude, à peu pi' cS\ncomme elle l’avait conçue :il la perça d’une lime triangulaire*\nLes versions sont assez diverses sur les derniers instants qu’elle\neut à vivre. Elles ne nous fournissent guère de données préci\nses. Toutefois, je ne serais pas surpris qu’une dernière fo| s\nelle eût songé à dissimuler, derrière l’éventail de plumes noi\nres, le frisson qui lui crispait le visage. Le seul mot qui nous\nsoit parvenu avec une apparence d’exactitude, et qu’elle au\nrait prononcé, en montant à bord,défaillante, semblerait véri\nfier celte indication : « Qu’y a-t-il ? » aurait-ejle dit. Elle\nseule se serait étonnée du trouble causé par cet accident. I*\n(t) Expression dont elle sc servit pour l’assasinal de Cap 0\nd’Istria.",
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     "texte": "183\nprouve A nouveau la maîtrise de cette nature ; comme clic\nsavait diriger son geste, même A l’heure où, généralement,\nla pensée se trouble et s’alourdit. 11 n’y a guère, dans la suite\ndes morts violentes, do plus bel héroïsme. Toute une rosée de\nsang royal semble avoir afflué A ce cœur, pour régler la\ntenue de ses derniers battements.\nV\nPendant ce temps, on s’affairait autour d’elle. Elle mourut\nassez tôt pour ne pas sentir sur sa chair, demeurée jeune par\nune savante hygiène, un contact froissant. Des soins empres\nsés, trop empressés, pénétraient cette intimité luxueuse de\nsa toilette. Il faut chasser cette imageet reconstituer avant l’his\ntoire, une vision propice de cette scène. Au cadre de légende,\nbordé de roses fraîches, dont on entourera son souvenir, nous\ndevons offrir un.portrait, qui demeure fidèle iï celle qui n’est\nplus. 11 faut garder un peu de son Ame, quelques traits ordi\nnaires de son existence, quelques-unes de scs pensées divines\nà l’avenir, qui interrogerait vainement, sans ces notes diver\nses, les quelques photographies qui nous restent de sa jeu\nnesse. C’est la la puissance de celle vie déclosc.\nA nos sens, elle peut se présenter, gracieuse et souple, dans\ntoute la force de son charme et de l’orgueil qui révélait\nson rang. De même, le plus beau diadème de cette impératri\nce demeure cette chevelure, (pii lui pesait comme un fardeau\ncl dont les masses brunes allumaient au soleil des transpa\nrences fauves, d’un or bruni. Sa fine tête aux chairs très blan\nches s’animait de son regard, profond et lointain : scs pru\nnelles comme des facettes recevaient leur clarté de sa pensée.\nElle allait ainsi, sans hâte, le pas d’une assurance majestueu\nse, belle, assouplie aux rudes gymnastiques (pie lui imposait\nsa coquetterie et son rêve d’une jeunesse immortelle. Sur\nelle-même, son seul luxe était do choisir des draps, des soi-\nrics ou des linons, assez fins pour orner de leur pureté, la\npureté de sa chair. Mais elle gardait, pour les coupes de scs\nrobes, une hautaine simplicité.\nNous la reverrons toujours ainsi, devant la Méditerranée,\nparsemée des îles grecques, où demeurent les souvenirs d’au\ntres beautés avec lesquelles elle n’était pas sans affinités.Le long\ndes figuiers, au bord des cyprès et des oliviers,nous rendrons\nA ce décor de nature une des plus belles parures d’huma\nnité qui l’agrémentèrent jamais. Dans notre rêve qui la res\nsuscitera souvent, parfois peut-être nous l’imaginerons, arrê\ntée à penser au pied de cet arbre de Corfou, qui lui tenait par\ndes attaches mystérieuses. Devant les flots, parmi le peuple\ndes statues, dispersé capricieusement, avec un charme tout\npaïen,d’autres fois nous la rêverons accoudée aux balustres",
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     "texte": "i84\ndcl’Achilleion, à guetter l'aube, fraîche et pâle. Toujours,\nle gré de notre pensée la restituera à un de ces cadres,d’une\nbeauté imparfaite sans doute, comme elle s’en plaignait, mais\nqui reste l’écrin même de ce joyau.Certaines phrases qu’elle\nprononça,au fil de sa vie, se ranimeront alors.C’est ainsi seu\nlement qu’elles se retrouveront en valeur pour demeurer le\nmeilleur de certaines intimités. A celle égoïste, les moralistes\nauront beaucoup à pardonner pour cette phrase d’une mater\nnité exquise qu’elle murmura devant une mère qui pleurait\nson enfant : « maintenant elle épuise toute son Ame d’autre\nfois. » D’autres l’aimeront d’avoir siprofondément mêlé sa\nnature à celle des choses, de s’ètre dégagée des faits pour\ns’uniraux paysages, c’est-à-dire d’avoir abandonné des émo\ntions passagères pour cette communion avec les scènes éter\nnelles.C’est ainsi que ceux-là devront chérir ces deux phrases?\nd’une simplicité et d’une grâce surhumaines: « Une pareille\nmatinée est un magnifique état d’existence. » —. « La mer et\nles arbres enlèvent de nous tout ce qui est terrestre. »\nParmi tant d’autres, j’ai noté ces pensées. Elles ont un par\nfum de Heur rare et même, je le confesserai, de fleur étrange.\nElisabeth d’Autriche demeure une vertu solitaire ; par cela\nmême, elle est capable de guider certains efforts louables, A\ncertaines physiologies,d’une bonne hérédité,elle pourra devenir\nl’exemple qui soutient et qui fortifie. Mais n’y aurait-il pas\nces raisons décisives, pour recommander le commerce de\ncette « impératrice de la solitude », (pie nous devrions encore\nnous plaire auprès de l’héroïne qui prononça un jour ces pa\nroles: « Nous devons accueillir en nous la musique de loulc\nchose et la fondre en nous en une unité. Nous (levons nous\npencher sur le cœur de la terre et prêter l’oreille à ses bat\ntements. Là, confluent comme en une conque mystique les\ngrandes harmonies: tous les rayons de soleil qui jamais ne\ns’élcignenlet les rêves (pii ne sont pascncore nés, et les joies\ndes fleurs, et les mélancolies des automnes, les langueurs des\nrivières vers le lointain et les silences des nuées. Nous devons\nretourner là d’où nous sommes venus, au primordial bruisse\nment du Rhin, d’où naquit le chant du Rheingold. De celle\nmanière, vainqueurs nous remporterons la victoire sur nous-\nmêmes. Ce que nous ne pouvons parfaire qu’avec l’aiile de\nla mort, nous devrions l’accomplir seuls et encore vivants. »\nGeorges Grappe.",
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     "texte": "Soleils couchants\nCORTÈGE BACHIQUE\n■d l’Occident soudain illuminé surgie,\nDans un nuage ouvrant ses gouffres radieux,\nlaisse la foule errante et bizarre des dieux,\nQu'en!raine encore une ample et triomphale Orgie.\nModelé s par le vent sur la scène élargie,\nTous, lubrique satyre ou faune insidieux,\nQue contemple l'Amour de ses millions d'yeux,\nMêlent virilement l'audace à l'énergie.\nSuivi du chancelant cortège ivre, Iacchos\nPour éveiller du Soir les antiques échos\nExalte en rythmes d'o/‘ la Joie universelle ;\nMais déjà, tel un vin puissant au jus vermeil,\nLa pourpre qui déborde ou l'ombre qui ruisselle,\nLes noie en la torpeur d’un vague et lourd sommeil\nMONTAGNES CHIMÉRIQUES\ni\nLe soir gronde, où des monts étrangers et soudains\nOnt barré l’horizon de leur chaîne inouïe,\nOù la grande âme d'or du monde évanouie\nS’effondre sous le poids d’impassibles dédains.\nTel un cirque orageux aux farouches gradins,\nLa masse fantastique, à. la vue éblouie,\n&e creuse, et vision sauvage de l'ouïe,\nl L'écho tremble au pas lourd d'eff rayants paladins.",
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     "texte": "186\nTous corsetés de fer et brandissant la pique,\nSe dirigent peut-être en chevauchée épique,\nVers des cols sans issue ou des gorges sans fond;\nEt le vent et la fondre aux voix exténuées\nRythment d’un rauque accent le bruit d’airain qu’ils font,\nDans un écroulement sinistre de nuées.\nIII\nSOIR D’ORAGE\nPoète, enlève-toi vers la ville aux remparts\nDe bronze que déborde une orageuse foule\nEt dont un ouragan de flamme emporte et foule,\nLes palais et les tours et les dômes épars!\nEmu d’une immortelle audace, 6 rêveur, pars !\nDes ailes flagellant la cité d’or qui croule,\nAttise l'incendie enflé comme une houle,\nQui t’enveloppera bientôt de tontes parts !\nVers le fluide airain dont les fauves coulées\nSemblent, de pourpre et d’ambre et de lave mêlées ;\nVers les éclairs vibrant en monstrueux essaims;\nJusqu’aux frêles clochers de fusible porphyre,\nQui peut-être ont sonné de tragiques tocsins,\nPrends l'essor, si ton souffle indigne y peut suffire.\nLéonce Depont.\n★\nBEETHOVEN\nDans ton cerveau, palais d’une tragique fêle\nQue la nuit triste emplit des clameurs de l’ans ter,\n— Promèthèe enchaîné plus beau que Jupiter, —\nUn astre intérieur survit à la défaite...",
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     "texte": "Du haut (le la noirceur sourcilleuse du faîte\nMenacé par l’orgueil éenmant (le la mer,\nTa grande âme en exil chante, miroir amer,\nLe ciel mélodieux de la splendeur parfaite.\nGéant, frère indompté du flot toujours plaintif,\nLorsque tu dictais l'hymne infini du captif\nA l'ombre exaspérant ton exquise souffrance,\nL'Océan ide en pleurs qui sourit aux fiertés\nMêlait un cri de gloire, immortelle espérance,\nAux resplendissements de tes sonorités !\nRaymond Iîouyeu.\n★\nORGUEIL\nQuel que soit ton destin, accepte la douleur;\nPlus douce après la pluie est l'odeur du feuillage,\nEt le chaume courbé par le vent cl l'orage\nEn l'été se redresse et porte un grain meilleur.\nLe désespoir ne doit hanter le cœur du sage’,\nIl n'est que les fronts vils pour fléchir au malheur\nEt l’acier tranche mieux alors que davantage\nEst froide l'eau du fleuve où frémit sa rougeur.\nQue jamais le souci ne l'arrête en ta voie;\nSois toi-même ton juge et toi-même ta joie,\nVa méprisant le monde ingrat, fourbe et menteur;\nSache </ue loin des yeux de l'enfance maudite,\nSur la cime où jamais n'atteignit l'émondeur,\nEn les nids escarpés seuls, le bonheur habite.\nLüon-L. Denis.",
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     "texte": "Les Albums illustrés\npour les enfants.\nC’est peut-ctre aux étonnantes images peintes de la Bible\nqui éblouit l’enfance de Pierre Noziere, que nous devons\nen partie le délicieux magicien Anatole France, et sans doute\nla diversité cl la grâce des esprits des hommes sont ce que\nles firent les lectures et les visions des premières années. Il\nimporte donc beaucoup de ne pas offrir aux enfants des livres\nridicules et des chromos d’une vulgarité grossière. Les pa\nrents s’imaginent aisément être sans reproche lorsqu’ils oc\ncupent les loisirs de leurs fils avec les stupides aventures de\nla Famille Fcnouillard ou du Sapeur Camembert. Ces deux\ncollections de calembredaines, d’événements impossibles illus\ntrés par de pauvres dessins, n’auraient jamais dû courir la\nFrance comme elles l’ont fait il y a quelque dix ans et le font\npeut-être encore. Je crois fermement qu’elles et leurs pareilles\nont contribué à former, chez ceux qui s’en réjouirent avide\nment jadis, une âme plate, accessible aux charmes des expé\nditions coloniales et des niaises gaudrioles. Il serait temps de\nsoustraire la petite jeunesse française â des influences aussi\nsottes, et pour cela des revues dites de récréation et d’éduca\ntion telles que Mon Journal ou Le Petit Français seraient\nsages en cessant d’exalter par des récits et des gravures mili\ntaristes, le chauvinisme risihlc des tendres héros qu’épou\nvante encore la traversée d’une chambre sans lumière. Je ne\nprétends pas, d’ailleurs, que toutes les publications destinées â\nl’amusement des bébés ou des garçonnets soient toutes péné\ntrées d’un esprit aussi détestable. Sans parler des alphabets\nen couleurs qui s’apparentent aux images d’Epinal et sont\névidemment inoffensifs, il existe chez nous des albums enfan\ntins ipii sout en parfaite harmonie avec ceux qu’ils doivent\ndivertir : ce sont des recueils de chansons populaires, telles\n(pie : Malborongli s’en va t'en guerre; la Tour prends garde ;\nSavez-vous planter les chouxŸ etc. Des vignettes aux teintes\nclaires, d’un trait précis et menu traduisent ces chansons\npour les yeux. Les enfants se prennent par la main et for\nment une ronde en chantant ccs légendes d’une bonhomie\nfine cl d’une simplicité faite pour eux.\nCe qu’il y a de vieillot, d’imaginaire en elles cl même leur\ndrôlatique absurdité éveillent dans les âmes frêles de cinq\nou de sept ans les premières impressions d’une poésie où le\nrire et le rêve se mélangent. Malheureusement la vogue de\nces chants où il y avait de la féerie et de la nature me paraît\ndécliner. Sous le prétexte que la réalité doit être la grande",
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     "texte": "189\ninstitutrice des enfants on met entre leurs mains des albums\nd’histoire militaire et d’histoire naturelle. 11 se rencontre des\nbambins hauts de deux, pieds qui parlent de Napoléon avec\nemphase ou qui sont fort au courant des mœurs sanglantes\n'j de lu panthère noire : mieux vaudrait encore affadir leur mé\nmoire avec des Berquinades que de durcir et dessécher leur\ncœur mal éclos par d’aussi stériles méchancetés. Il y a une\ntrentaine d’années, Hetzel, sous le nom emprunté de P.-J.\nStahl, entreprit de composer des livres à la lois amusants et\ninstructifs pour les aînés de ceux qu’aujourd’hui nous voyons\njouer au cerceau dans les allées du Luxembourg ; il raconta\nles exploits de MUo Lili et de M. Toto, dans des récits moraux\net plaisants tout ensemble, et fut habile à faire voyager l’ima\ngination. à faire naître la joie, et, sans dogmatiser, à exciter\nles réflexions des tètes blondes.\nLe danois Froëhlich orna ces ouvrages de dessins très\nvivants où il se révéla non moins excellent connaisseur de\nl’enfance que Stahl lui-même : il sut avec bonheur fixer les\nattitudes et les expressions variées des tout-petits lorsque la\njoie, le chagrin, la curiosité, la surprise les animent. Sa ma\nnière avait une certaine ampleur, une richesse qui rehaussait\nles scènes puériles et donnait une sorte d’importance amu\nsante à leurs minuscules personnages. Et cependant il me\nSemble que Stahl et Froëhlich ont fait leur temps et (pic le\nmoment est venu d’un autre genre que le leur, un peu moins\nfacile peut-être pour l’écrivain et pour l’imagier, d’une sa\nveur un peu plus piquante. L’épithète de « bon » qui définit\nau plus juste Stahl et Froëhlich n’est pas du tout moderne, car\nelle signifie une modération de l’esprit et des sentiments (pie\nnous n’aimons guère. Nous voulons une sensibilité moins\nbourgeoise, comme aussi un comique renouvelé.\nLe sens du comique est vivace encore en France; ni la\nverve ni l’entrain 11c nous font défaut, et il n’est pas malaisé\nd’appliquer cette verve et cet entrain à des sujets encore iné-\npuisés. Dans ce même Petit Français que je viens de maudire,\nje me rappelle avoir lu de fantasmagoriques histoires que\nKobida avait illustrées : on y voyait des archers prodigieuse-\nment ivres, d’énormes vieilles, semblables dans leurs jupons\net leurs collerettes à des tours crénelées, puis des paysages\nhérissés, des chats démoniaques et des maisons pointues\ncomme des médisances : tout un moycn-Age falot, trébuchant\net narquois, gesticulait, se gaussait, se démenait, vivait dans\nd’admirables caricatures d’une bouffonnerie aiguë et surpre\nnante. Nous pouvons donc attendre encore beaucoup pour\nnos enfants de la plume endiablée et mordante (pie Kobida\nmanie avec une agilité sans pair. Je crois que si nous leur\nvoulons apprendre la gaîté et que cette gaîté ne soit point ba-",
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     "texte": "igo\nnalc, nous ne pourrons choisir un meilleur maître que le fan\ntaisiste ingénieux qui nous donna tant de fines et spirituelles\nvisions du passé. Des contes drolatiques pour enfants où des\nêtres qui ne ressembleraient pas du tout à nos malheureux\ncontemporains feraient d’invraisemblables choses dans des\nE étranges et des villes baroques, mais où pourtant les\nl’emporteraient toujours et où les méchants se converti\nraient, de tels contes stimuleraient la vivacité des Ames enfan\ntines en même temps que le goût pour le merveilleux, sans\nlequel il n’est pas « d’honnête homme ».\n11 est indispensable aussi que nous ayons en France des\nalbums faits non plus pour l’intelligence mais pour le cœui'\ndes enfants.\nDe tels recueils me paraissent inconnus chez nous : sans\ndoute nous avons bien quelques planches d’une vulgarité infi\nnie où de petits riches fort bien mis laissent tomber deux\nsous dans la casquette d’un petit pauvre éclopé : mais ccs\ngravures sont ineptes par leur laideur et par la triste morale\nqu’elles enseignent. J’entends par albums faits pour le cœur\nceux, par exemple, où sont retracés avec une simplicité char\nmante les jolies et menues occupations d’une journée enfan\ntine. De tels albums sont nombreux en Angleterre : si nous\nn’avons rien ù envier en effet à nos voisins pour les drôleries\net les féeries infantiles, et si Ilobida, ou Boutet de Monvel, ou\nGuillaume nous permettent de ne point trop regretter Waller\nCraue ou Sauter, nous n’avons rien qui nous tienne lieu de\nl’œuvre délicieuse de lvate Greenaway. Seule, semble-t-il»\nune femme pouvait aimer assez les enfants pour peindre leur\nvie d’une manière aussi touchante : j’ai sous les yeux l’alburn\noù, prenant l’enfant à son réveil, Greenaway ne le quitte que\nlorsqu’il dort au milieu do beaux rêves fleuris. Chaque heure\noù l’enfant travaille, chaque heure où l’enfant joue est ornée\nd’exquises miniatures aux couleurs vives et douces, celles qui\ndoivent plaire aux regards encore tendres. Avec une fran\nchise gracieuse qui chasse bien loin toute idée de moquerie,\nles bébés sont représentés mangeant devant la fenêtre ouverte\nau soleil clair, ou se promenant en file joyeuse le long des\nhaies blanches d’aubépines, ou lisant gravement des alpha\nbets démesurés. Ils ont des visages étonnés, grands ouverts\net d’une fraîcheur de printemps, ils ont d’immenses robes aux\nmille petits plis et des chapeaux qui les absorbent presque tout\nentiers. Chose curieuse, Greenaway paraît s’être inspirée de\nBurne Joncs : ce sont chez scs babys les mêmes tailles déjà\nélancées que chez les femmes du peintre célèbre, les mêmes\nvêtements longs, plissés et flottants; les expressions aussi ont\ndes affinités. Mais ce qui pour moi est affectation et pédan\ntisme chez Burne Joncs devient chez Greenaway une séduc-",
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     "texte": "'9 1\nlion .un peu complexe, à la lois naturelle et apprêtée, une élé\ngance attendrissante qui émeut et qui fait sourire. Je ne\npense pas que la pureté d’âme soit plus rare chez nos bébés\n(lue chez leurs frères d’oulre-Manche ; nous avons chez nous\n(les yeux aussi doux, aussi bleus, des lèvres aussi candides\nque là-bas, et si dans ces yeux et sur ces lèvres erre une\nnuance d’espièglerie que Greenaway n’eut pas à traduire, où\nest le mal? Il ne reste plus qu’à trouver l’artiste, môme illus\ntre, qui ne croira pas déroger en se faisant l’ami d’abord et\nle peintre ensuite des petits lutins courant dans les herbes\nplus hautes qu’eux et des petites fées qui babillent en babillant\nleurs grandes poupées. Son seul souci me paraît devoir être\nd’interpréter avec fidélité, avec émotion et poésie les actions\njournalières et normales des enfants : ceux-ci se recon\nnaîtront dans le miroir de leur vie qui leur sera donné, et\nse voyant si jolis et si sages, finiront par aimer profondé\nment cl quasi consciemment leurs tâches ou leurs récréations\nquotidiennes. Ils seront préparés à connaître par des impres\nsions précoces, pénétrantes et durables, que les travaux et\nles jeux de l’existence sans faste cl sans chimère sont pré\ncieux et plus beaux que la chimère et le faste, si nous savons\nles rendre tels. Qui donc fera ce miroir de la vie enfantine,\noù se refléteront des bluets, des verdures, des animaux fami\nliers et des ligures toutes roses, qui donc aura pour le faire\nl’esprit assez patient et le cœur assez pur?\n11 serait désirable également que les enfants de France fus\nsent dotés d’abécédaires moins grotesques et moins laids que\nceux où ils apprennent à lire avec terreur, loi encore les\nenfants anglais sont mieux partagés que les nôtres, grâce au\ntalent de Nicholson qui a fait preuve, dans cette œuvre\nmodeste, d’une maîtrise et d’une science inattendues et peut-\nêtre même excessives 1 car il s’est servi de tous les procédés\nde simplification, de toutes les oppositions volontaires de cou\nleurs (pic les peintres anglais, allemands ou français emploient\nd’ordinaire dans des sujets plus relevés : sur un fond gris-\nbrun il jette un personnage noir dont la noirceur s’illumine\ntout à coup d’une tache rouge posée là avec une préméditation\nd’efl'ct un peu trop évidente, et auxquelles les enfants demeu\nrent insensibles. D’ailleurs son alphabet, comme aussi son\nlivre d’animaux, est traité en teintes beaucoup trop sombres.\nIl faut offrir aux jeunes prunelles comme aux jeunes âmes\nle plus possible de clarté. N’importe, l’essentiel est acquis,\npuisque l’art est entré dans un domaine qu’il dédaignait, à\nmoins qu’il ne l’ignorât. Suivons les Anglais dans cette voie\noù nous pouvons faire mieux qu’eux.\nUne dernière question vient qui, pour les gens habitués à\nraisonner comme il faut, aurait dù être résolue la première :",
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     "texte": "IQ2\nest-il utile qu’il y ait des albums pour enfants? La représen\ntation de sa propre vie par le livre et l’image intéresse-t-elle\nl’enfant et l’instruit-cllc? Ne pourrait-on dire, en invoquant\nici l’instinct d’imitation qui l’anime, ce désir constant qu’il a\nde faire comme les grands, que l’enfant se plaît beaucoup\nplus aux scènes d’humanité adulte qu’à sa frôle comédie à\nlui, et qu’enfin, alors que nous créons ou achetons des\nalbums historiés pour nos descendants, nous songeons beau\ncoup plus à revoir notre passé naïf et vague qu’à enchanter\nnos petits amis de quarante-huit mois ? Cette opinion tout a\nfait subversive, et que la librairie Ilctzel ne jugera pas san s\nsévérité, n’est peut-être pas seulement spécieuse, elle pourrait\nêtre vraie. Pour ma part quand j’étais haut comme un lys j c\nne portais pas une sympathie bien vive aux aventures colo\nriées de mes pareils; au contraire je me perdais dans uo\nravissement indicible à la vue et à la lecture des errances do\ndon Quichotte qui fut mon premier maître et qui m’inspiro\nencore une affection mêlée d’envie. Si j’avais à distribuer des\nconseils pédagogiques aux pères de Paris et de la provi ncc\nje les exhorterais à ne point s’encombrer d’albums pour\nenfants, mais bien plutôt à orner leur paternelle bibliothèque\nsoit des Contes de Perrault illustrés par Doré, soit du Dante,\nsoit de la Bible illustrés par le môme Doré, soit des Provinces\nFrançaises décorées par Bobida, soit de tout autre livre dont\nles gravures décentes et magnifiques pourraient être contem\nplées par des yeux d’enlants. Garçons et fillettes amasseraient\nainsi un tout autre trésor de visions captivantes ou majes\ntueuses que dans le petit bagage de fadeur et de mièvrerie\nqu’on leur fabrique aujourd’hui. Ces visions se proportion\nneraient d’elles-mêmes à la force des yeux et des esprits\nenfantins et iraient se développant et réalisant toute leur\nbeauté, progressivement avec la marche de la vie.\nSi d’aucuns s’étonnent que j’aie réservé pour la fin cette\ndiscussion qui détruit toutes mes précédentes affirmations les\nplus convaincues, qu’ils sachent que si je l’avais placée au\ncommencement, l’étude que j’ai faite n’aurait pu voir le jour.\nEt, vraiment,ne fallait-il pas qu’elle le vît!\nRené Buochot.",
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     "texte": "Artifices.\n193\nCe gros pétard, attaché à un pieu, d’abord taquiné par une\nfaible lueur, crache en tremblant des étincelles, s’impatiente,\nronchonne, et tout à coup éclate dans une congestion de lu\nmière, tandis qu’un fort point rouge s’élève dans la nuit en\nun gracieux sursaut.\nCelui que l’on jette dans l’eau y vit encore. On entend\nbouillonner le Ilot noir. Puis il éclate profondément : une\nlueur étouffée filtre à la surface ; il semble que le lac lance\nun sombre coup d’œil.\nMais j’aime surtout les feux de Bengale, cachés au pied des\narbres. Leur lueur est sourde : ils enfoncent dans la nuit des\ncoins de rouge lumière, ils évoquent des sombres masses.\nDes ombres gesticulantes marchent, démesurées, sur l’écran\ndes arbres. Ceux qui les fontnaître semblent, sur les prairies,\ndes apparitions.\nL’arbre qui abrite le doux foyer est, lui-même, une ombre\ndont on voit les feuilles noires dans une huée rose et théâ\ntrale.\nOn applaudit à la chute, et dans le pot cassé où elle fut\nrépandue la fine poudre a formé une carapace granulée et\nnoire parmi un blanc rayonnement, luciole perdue à tous les\nyeux mais dont j’observe l’assoupissement. Ht lorsqu’on se\nretire, la nuit est ouatée de fumées immobiles où rougeoie\nla lueur de la lanterne.\nsun le Mun.\nLa fenêtre est ouverte au soleil de dix heures.\nLes insectes en chasse se reposent ou viennent errer sur\nle mur de pierre lumineux et sur la vitre chaude.\nCe sont de petites fourmis noires, ailées, qui semblent se\npromener en voile, comme une mariée de village,'; et des coc\ncinelles, gouttes rouges ponctuées de noir.\nUn frelon soutenu par des ailes i bourdonnantes passe, de\nla tête, la revue du mur.\nUn papillon blanc, blanc étendard do celle petite vie douce\nment en fête, traverse la lumière eu buttant de l’aile, devant\nla fenêtre ouverte.",
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     "texte": "•94\nvoix d’un uas.\nDe profondis clamnvi.\nA. M. A. Guttel. ’ Eccl.\nJe lisais en fumant, dans ma petite chambre sous les toits.\nMontent les sons mêlés d’un trio.\nJe distingue les basses sourdes du piano enfoncées en me\nsure. Le violoncelle bourdonne, un doigt glisse trop avant\nle fait mugir. Le violon a des sons de flûte : sa note parfois\ns’aigrit.\nViolon et violoncelle chantent à la tierce. Au piano s’avan\nce lourdement l’accompagnement. Un triolet, comme un petit\nchien à grelot, s’agite devant lui.\nCela m’arrive ensemble, voile, un peu triste. Je note chaque\nson faux, dans ma petite chambre sous les toits, dont la fe\nnêtre élevée voit le ciel pur et les arbres jusqu’à mi-taille.\nPIUMAVEIVA.\nSur cette route d’Italie, de bon matin, un coup de fouet\néclata qui fit s’envoler deux oiseaux dans un arbre exposé au\nsoleil levant...\nC’était un cliarriot aux roues minces. La peau brillante du\ncheval bai tremblait sur son épaule à chaque pas.\nAppuyés l’un contre l’autre, derrière la vitre, nous vîmes\nle cliarriot s’arrêter devant notre petite auberge, et la lanière\ndu fouet signer dans l’air un second coup.\nLa fille d’auberge sortit dans le jardin, une bouteille d’osier\nd’une main, un verre étincelant de l’autre.Et la voix du char\nretier, qui enlève son chapeau pointu et essuie son front, et le\nrire de la fille rousse, la gorge nue et mouvante, chantèrent\ndans l’air pur. D’un tour de poignet la fille renversa le bou\nchon d’huile, comme le charretier salivait de côté.\nEt menton levé, il vida le verre de vin blanc, frais comme\nune rosée.\nNous le vîmes qui passait le dos de la main sur la gorge\nnue de la servante dont les mains sont heureusement embar\nrassées et qui se fâche en riant. Puis ils partirent, le cheval\npas à pas, en frappant la terre, et l'homme d’un pas vif, criant\nderrière son dos Je joyeux adieux que la servante prolongeait\nd’une voix claire comme celle du coq.\nUn pur grelot sonnait de droite et de gauche au sommet\ndu collier pointu.",
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     "texte": "jg5\nEt quand tout fut fini, que la servante eut fermé la porte,\nque le son du grelot eut sombré au loin, nous nous regar\ndâmes en souriant. Et je t’embrassai toute heureuse, devant\ncette route inconnue d’Italie, dont les arbres ronds, au feuil\nlage vert foncé, luisent au soleil qui s’élève, adossés à un\nciel d’un bleu déjà sombre, r devanl ce paysage semblable aux\npaysages que l’on voit dans ces tableaux du Giolto, que nous\navons aimés à Florence.\nHAYDN.\nAu fil des pcrsicnnes, presque closes, on aperçoit les hauts\narbres d’un parc et le ciel tranquille d’un bel après-midi\nd’automne.\nPar les raies des pcrsicnnes passe un jour ombreux dans\nce salon qui repose dans une ombrée dorée. Les murs sont\ntendus de douces tapisseries ; un meuble en tapisserie est\nrangé, où des personnages à demi effacés semblent se retirer\nen dansant derrière l’usure qui gagne Je coloris comme un\nbrouillard.\nDeux hommes, de chaque côté d’un pupitre en bois, en face\nl’un de l’autre, jouent un trio, à côté d’une épinette basse,\nlarge et carrée dont les accompagne une jeune fille.\nIls ont la barbe grise. Ils jouent un trio de Haydn. C’est\nune musique tranquille et bien mesurée, un peu frivole.\nLes doigts de la jeune fille courent au bout d’un trait. D’une\nmain balancée, ils entraînent l’archet glissant, sur la corde\nqui chante. Le plaintif violon, le caverneux violoncelle et la\ngrêle épinette s’associent, se séparent et se combinent de ma\nnières ingénieuses et légères. Parfois, le violon qui s’émeut\ndéploie une note tremblante.\nUne glace à biseaux, unique témoin, contre le mur penchée,\ncontient leur reflet comme suspendu, avec les instruments\ndans les airs.\nUn parfum de rose fanée se dégage de ces choses anciennes.\nUn rayon du soleil qui a tourné, échauffe la laine d’un fau\nteuil et ronge lentement les couleurs qu’il avive un instant.\nDaniiïl Lantuac.",
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     "texte": "LES TRÉTEAUX DE LA VOGUE\nigf)\nLa Dernière Etape\nLe nouveau foyer (d’incendie) du Théâtre-Français. Pour donner\nun air d’austérité traditionnelle à la maison, des ouvriers, çà et là,\nachèvent de patiner les murs fraîchement rccrépis. Les panneaux\nsont égayés par quelques peintures de jeunes : Bouguereau, Nico\nlas Poussin et Tartcmpion, cousin du ministre. Les reliques de\nMolière sont là au complet : un de ses cheveux, coupé en quatre par\nM. Monval ; sa mâchoire entière : trente-trois dents (on a retrouvé\nune dent de lait sous les décombres), sans oublier sa dernière note\nde blanchisseuse, commentée et expurgée par M. Brunetière. Tout\nest prêt pour un nouveau sinistre : conduites d’eau absolument\nétanches, tuyaux d’incendie verrouillés sous triples serrures, calo\nrifère à fissures perfectionnées.\nLa sonnette de l'cntr’acte vibre. On entend frapper trois coups à\nla porte, puis trois autres coups à de longs et majestueux inter\nvalles. La porte s’ouvre. Entre l’illustre Compagnie, précédée\nd’une avant-garde de costumiers qui sont tous des seconds prix_ de\ntragédie, de perruquiers, tous chevaliers de la Toison-d’Or, de\ngarçons d’accessoires, tous pourvus des palmes académiques, et de\nfigurants, tous officiers du mérite agricole. Egaré parmi les figu\nrantes, M. le Ministre de la Construction Publique.\nFalconnier. — Où nous mène-t-on encore?\nM. L'Administrateur. — Comment, vous ne voyez pas que\nnous sommes chez nous?\nFauconnier. — Chez nous? Qu’on me donne mon plateau!\nM. l’Administrateur. — Un moment, de grâce! [A part).\nAh! ces vedettes! Quelle exigence 1\nMounet-Sully (iavec un geste terrible). — Je voudrais bien\nm’asseoir.\nL’Architecte. — Les chaises sont en construction; je\nviens à peine d’en achever le plan.\nMounet-Sully. — Comment, pas de chaises!\nFalconnier. — Pas de plateau !\nWanda de Boncza. — Et le chef de claque, où est-il?\nM. L’Administrateur. — Un peu de patience. On le remet\nà neuf.\nGeorges Berr (examinant les murs). — Tout de même,",
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     "texte": "I 97\no’est bath ici... et puis ce n’esl pas loin du Palais-Royal.\nDécidément, c’est bath !\nTous. — Oh! Monsieur Georges BerrI\nMahsy. — Au moins, m’avez-vous construit une écurie\nconvenable? (A Wanda, en confidence). Figurez-vous, ma\nchère, qu’Eperlan II, vous savez, mon bai brun {Le reste de la\nphrase se perd dans le bruit des conversations.)\nM'uo Amel. — Et ma guitare, ma vieille guitare?\nM. l’Administrateur. — On vous en donnnera une.\nM m ° Amel. — Oui, mais ce ne sera plus la même. C’est la\nmienne que je veux, na ! (Elle pleure.)\nLe Ministre (affriolé, lui prenant, le menton.) — Allons,\npclitc folle! Je vous en ferai venir une du Musée de Cluny!\nPaul Mounet (essayant sa voix, lonilrue). — Ah! vous\nvoilà, bandit ! {Mouvement d'effroi). Ça ne rend plus. Où\nsont les échos ? On m’a changé les échos de place !...\nM. l’Administrateur {conciliant). — J’en parlerai au\nmenuisier.\nLe Rargy {secouant les pans de sa redingote). — Bon! Je\nviens de mettre de la peinture à ma rediugote mauve ! Ça\ncommence bien.\nCoquelin. — Tiens, c’est une idée de monologue. Voulez-\nvous, mes chers camarades, que j’essaye,..\nTous. — Assez !.. La jambe!..\nLe Ministre {excité). — Où ça, la jambe?\nM m o Pierson {minaudant). — C’est une façon de parler,\nmonsieur le Ministre.\nLe Ministre (désappointé et galant). — Je le regrette.\nDeiielly. — Et mon biberon? Je veux mon biberon!\nWorms {grave). — Si l’on couchait les enfants !\nSilvain. — Si l’on repartait en tournée...\nM. l’Administrateur. — Ah! Non. Cette fois, je vous tiens,\nje vous garde. Nous sommes ici pour longtemps, que sais-je?\npour six mois peut-être! Il s’agit de reprendre les anciennes\ntraditions.\nLe Bargy. — On pourrait peut-être introduire quelques\ninnovations. Nous avons beaucoup voyagé. Il faut bien que les\nvoyages servent à quelque chose. {Dogmatique). Par exem\nple, il y a dans le jeu des acteurs du Casino de Paris...\nBoucher. — Il va encore tout bouleverser, celui-là!\nFauconnier. — Me voyez-vous apporte mon plateau en\nmarchant sur les mains?\ni7-",
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     "texte": "Albert Lambf.bt. — Le Bargy a raison. Un maillot chair,\ndessinant bien les formes...\nLe Ministre (à pari, regardant Du Minil). — lié hé! pe\ntite friponne 1\nDu Minil. — Monsieur le Ministre me comble!\nM. l’Administrateur (autoritaire cl conciliant). — J’ai\npensé à tout, Messieurs. Je sais être moderne,quand il le faut.\nNous allons incessamment travailler une pièce en cinq actes\nqui rénovera le drame mérovingien.\nTous. — Le titre?\nM. l’Administrateur. — Brunehaut! Est-ce assez inat\ntendu?\nM. Le Bargy (qui a des lettres). — Est-ce de Lavedan?\nM. l'Administrateur.—Non, c’est d’un de ses oncles, dont\nje ne me rappelle plus le nom, mais qui est, je crois, un de\nmes collègues à P Académie.\nMounet-Sully. — C’est en vers?\nM. l’Administrateur. — Voui.\nPaul Mounet. — De douze pieds?\nM. l’Administrateur.— Au moins! (Les deux Mounet ru\ngissent d’aise).\nDu Minil. —Brunehaut! Chouette !... Je vais me comman\nder un petit holéro mérovingien... en martre zibeline.\nFalconnier.— J’espère qu’on me donnera un plateau de l’é\npoque!\nJe vais m’occuper de savoir comment les leudes se faisaient\napporter leurs lettres.\nCoquelin. — Y aura-t-il des monologues?\nM. l’Administrateur. — Il y aura tout ce qu’on voudra.\nOn nous reproche volontiers de ne rien tenter. Je crois que\ncelte fois nous allons effrayer les plus téméraires.\nLe couple Worms-Barictta (inquiet).— Vous ne craignez\npas de faire baisser les recettes?\nLe couple Silvain-IIartmann. — Pas de bèlises, hein? Les\ntemps sont durs pour les jeunes ménages.\nM. l’Administrateur. — Soyez tranquille. Je ferai la ré\nclame nécessaire. Je consacrerai à Brunehaut un Prcmicr-\nLutèce dans le Journal.\nLe Bargy (aigre). — J’aurais plus de confiance dans les\npetites annonces : on ne lit que ça.\nM. l’Administrateur. — Enfin, pour tout vous dire, Bru-\nnehaut, comme son nom l’indique, est la première pièce dans",
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     "texte": "$\ni99\nlaquelle so trouvera exposée et discutée la brûlante et toute\nactuelle question du féminisme!\nLeloir, — Diantre, c’est bien moderne 1\nBoucher. — J’ai peur que ce ne soit scabreux!\nM. l’Administrateur. —Daine! Vous voulez de l’audace!\nLeloir. —Oui! mais de l’audace raisonnable. Qu’en pen\nsez-vous, monsieur le Ministre?\nLe Ministre {quittant les jupes d'une figurante). — Si\nvous m’assurez au moins qu’on ne m’interpellera pas?\nM. l’Administrateur {évasif). — Je ne puis répondre des\ndéputés.\nLe Ministre. — Dans ce cas, do la prudence! Croyez-moi,\nmon cher administrateur, il ne faut pas compromettre le pres\ntige de la Comédie en rompant à la légère avec les vieilles\ntraditions. Moi, à votre place, je ne jouerais pas Branchant.\nTous. — Non ! pas de Branchant /\nM. l’Administrateur (désappointé). — Alors?.,. Si l’on\nveut faire du nouveau?\nLe Ministre. — Vous avez de ces pièces qui sont éternel\nlement jeunes.\nSilvain. — Bonis XI.\nCoquelin. — Le député de Bombignac !\nBoucher. — Le Dépit Amoureux !\nMounet-Sully. — Œdipe Roi !\nFalconnier. —Un peu connu tout cela; et je n’y ai pas de\nrôle.\nLe Ministre. — Une idée! — Que diriez-vous du Cid!\n{Mouvement, de désappointement général) oui, mais un Cid\nrajeuni, modernisé avec des petites femmes et des danses es\npagnoles, de ces danses qui ont fait le succès de la Féria?\nM. l’Administrateur. — C’est génial !\nDu Minil. —Je vais enfoncer Guerrero !\nMounet-Sully. — Mes enfants, nous aurons une salle épa\ntante. Les Folies-Bergère n’ont qu’à bien se tenir!\n{Rideau.)\nIIé-IToi>.",
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     "texte": "Albert Boissière\nEn ce temps-là, je ne connaissais point M. Albert Bois\nsière. II venait de faire paraître un volume de vers intitule\nVIllusoire Aventure, Toujours est-il,que,pour des raisons..•\nselon l’expression de Verlaine, il voulut me connaître. J’eus\nle même désir, et d’autant plus que de chers amis com\nmuns, Yvanhoé Rambosson, Alphonse Osbert, s’étaient cha\nleureusement entremis pour nous ménager une rencontre...\nLes bons ou mauvais hasards de la vie littéraire s’acharnè\nrent à un tel point que, pendant plus d’une année, malgré\nlettres pressantes et amicales, malgré rendez-vous toujours\nfort mal désignés, nous nous cherchâmes...\nEnfin, à force, de part et d’autre, de bonne volonté, nous\nnous trouvâmes face à face... Il était temps, car Boissière\nme considérait déjà comme un mythe, comme une chose\nimaginaire, une légende 1... La poignée de mains (pie nous\nnous donnâmes fut loyale et forte.Nous nous aimions aupa\nravant. Depuis notre entre vue de jadis, fortifiée, par la suite,\nd’interminables et charmantes heures passées ensemble, nous\nnous aimons fraternellement...\nBoissière est jeune ; je ne saurais trop définir la couleur\nde ses cheveux,qu’il porteras après les avoir portés très longs.\nIl a franchi quelque peu le cap de la trentaine. Sa taille est\nmoyenne et ses épaules sont larges II est toujours d’une\nimpeccable correction. C’est un gai, dont la gaîté s’épanoui\nrait volontiers jusqu’à la gaillardise. Sa parole est abondante,\nrapide et saccadée; ses gestes, exubérants et nombreux. H\nest Normand, des environs de Dieppe, c’est-à-dire qu’il est\nmalinet pratique. Il fut riche — il fut horriblement pauvre;\nil connut la faim... Après avoir été comédien, directeur\nd’agence plus ou moins dramatique, il échouadansla Littéra\nture... La Littérature mène à tout, s’est dit notre Normand,\net de fait elle mène à la notoriété, à la gloire, si j’en juge\npar les beaux succès qui accueillent chacun de ses livres.\nDame, quand ou a des yeux comme ceux de Boissière,\nc’est-à-dire d’une mobilité intense, d’une vivacité d’expres\nsion vraiment déroulante,des yeux aussi curieux et fouilleurs,\nil semble tout naturel qu’ils soient ceux d’un littérateur sa\nchant voir et peindre et, bien écrire.\nBoissière fut symboliste, amoureux de Mallarmé; je crois\nbien qu’il l’est encore un peu.,. Si j’ouvre son livre de vers,\n\\'Illusoire Aventure, je commence par lire ceci :\nJ’érige à mon poing dur et gloire des chimères,\nL'impéricr faucon des chasses dolorantes...",
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     "texte": "—Tp-\n201\n4\nEn effet, du symbole, langue ancienne déjà... auteur diffi\ncile 1 IVIllusoire Aventure porte une date implacablement, si\nj’en juge par la plupart des\npoèmes qui la composent, par\ntoutes sortesde procédés y em\nployés. Procédés heureux? Pro\ncédés fâcheux? Je ne sais...\nCeci est encore trop rapproché\nde nous. Aujourd’hui on arrive\nà la simplicité la plus extrême,\non fait (les vers qui ne sont\nque de la prose décousue ; à\npeine des rimes; les rythmes\nn’existent plus, et puis on s’in\ntitule Poète, ce n’est pas plus\nmalin que ça...\nIi Illusoire Aventure reste\nquand même œuvre d’artiste,\ncurieuse et intéressante pour\ntous les reflets de cette ancienne\n« manière » qu’elle contient.\nMais le prosateur vint — et\ndu coup se révéla supérieur,\nmagnifique.L’éditeur* Fasquelle\nvient de publier consécutive\nment d'Albert Boissièrc, trois\nromans, les Magloire (mœurs\nrustiques), Une\nGarce (mœurs\ndes grèves), cl\nles Trois Fleu\nrons de la Cou\nronne.\nJe commence\npar ce dernier\n(pie, tout net, je\nn’aime pas...\nÇ’est une opi\nnion person -\nn cl le. Je ne\nl’aime pas,pour\nle côté symbolique qui s’en dégage, pour toute l’exhalaison",
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     "texte": "202\nd’intellectualisme qui en émane et qui,selon moi, porte à faux.\nL’histoire d’un beau peintre de talent qui n’arrive pas a\naimer sa maîtresse, laquelle est une merveille de chair, ne\nm’intéresse pas... Je préfère dans un livre des forces, des ca\nractères en présence ; des chocs, heurts et conflits, le tout\ns’entremêlant pour aboutir à un summum d’émotion, soit\ntragique, soit comique... Et la première partie de ce livre,\nsurtout, est émaillée de phrases comme celles-ci : « — Ce\n« n’était plus assez du Désir, j’instaurai la Confiance et t’ac-\n« cordai l’entrée unique dans le palais somptueux de ma\n« bonté d’homme. J’épelai, pour l’étonnement de tes oreilles\n« calfeutrées de mépris, l'alphabet candide que les géné-\n« rateurs avaient imprimé sur les tablettes de mon Ame. »\nPour des métaphores... ce sont des métaphores! Or, jo\nsais que Boissière adore scs Trois Fleurons de la Couronne.\nAllons tant mieux 1 et c’est moi qui ai tort...\nMais, en revanche, combien je préfère ces simples et\nrudes études — gens des champs, gens des bords de la\nmer : Les Maçjloire, Une Garce... Livres amers et Apres,\nd’une humanité triste et vraie... Je ne veux point analyser\npar le détail ces deux livres, qui classent Boissière au\npremier rang 1 de nos prosateurs. Des scènes d’une vérité\nnavrante y sont dépeintes magistralement en touches som\nbres et justes. Et-tout cela est d’un style de bel aloi. C’est\nbien vu et c’est bien dit. Parfois, une envolée, qui nous\nmontre que le poète lyrique est toujours là; et des images\n<pii passent à travers certains épisodes leur donnant un grand\néclat...\nLivres un peu sauvages et d’un réalisme rehaussé de fortes\net magnifiques pensées; et c’est ainsi qu’on arrive quand\nmême A rejoindre la poésie. Lisez donc ces deux livres do\nM. Albert Boissière.\nDepuis Guy de Maupassant, je le dis tranquillement et sû\nrement, on n’a pas fait mieux.\nIliïNiu Deoron.",
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     "texte": "Les Lettres Allemandes\nLe dernier drame de M. Maurice Mætcrlinck : sœur Béa\ntrice, n’a pas encore paru en français. Sans doute no paraît-\nlra-t-il qu’aprôs la représentation — laquelle n’est pas encore\nannoncée. En attendant, une revue allemande, die Insel, en a\npublié, il y a quelques mois, avec l’autorisation de l’auteur,\nune traduction faite par M. F. von Oppcnn-Brolikowski d’a\nprès le manuscrit original. L’œuvre nouvelle de M.Mæterlink\nappartient donc, en un certain sens et jusqu’à nouvel ordre,\naux lettres allemandes. C’est pourquoi je me permets d’en\nparler à cette place.\nCe drame diffère sensiblement de ceux auxquels l’auteur de\nl Intruse nous avait accoutumés. C’est simplement, adaptée\nà la scène cl embellie d’exquises trouvailles, une vieille lé\ngende flamande, dont la Revue Blanche publia jadis la tra\nduction (i cr juin 1897).\nL’action se passe, aux environs de Louvain, dans un cloî\ntre où Béatrice est sœur sacristine. Au premier acte, celle-ci\nest enlevée par le prince Bellidor, qui l’aime depuis l'enfance\net veut l’épouser.\n« 11 venait souvent le dimanche dans le jardin de mon père\nlorsque j’étais encore toute petite, cl nous jouions ensemble...\nJe l’avais oublié, mais souvent je pensais à lui dans mes\nprières, ou quand j’étais triste... On dit qu’il est permis\nd’aimer un homme dans le mariage... Souvent on nous met\nen garde contre les pièges du malin et les ruses de l’homme ;\nmai lui — tu le sais — il n'esl pas comme les autres. »\nAinsi se confesse Béatrice à la Vierge, dont la statue se\ndresse près du portail d’entrée. A peine a-t-elle disparu — et\nici commence le 2 e acte — (pic la statue s’anime, descend de\nson piédestal, revêt les habits de nonne déposés sur le seuil\npar la fugitive et remplit les fonctions dont celle-ci avait la\ncharge. Alors s’engage, entre la fausse sœur et Ailette, une\npetite pauvresse, qui vient demander l’aumône, un exquis\ndialogue, dont l’idée première est empruntée au conte du Pe\ntit Chaperon Bouge.\nAllette. — Sœur Béatrice,... vous avez l’air beaucoup\nplus belle qu’elle...\nLa Vierge. — C’est aujourd’hui le jour du Seigneur, et je\nsuis très heureuse...\nA.llette. — Pourquoi avez-vous de la lumière sur votre\nrobe?",
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     "texte": "201\\\nLa Vierge, — Il y a de la lumière partout, quand le soleil\nse lève...\nAllette. — Pourquoi des étoiles luisent-elles dans vos\nyeux ?\nLa Vierge. — Elles luisent souvent au fond des yeux qui\nprient...\nAllette. — Pourquoi avez-vous des rayons de lumière\ndans vos mains?\nLa Vierge.— 11 rayonne de la lumière de toutes les mains\nqui font l’aumône...\nSur ces entrefaites arrivent, pour chanter matines, les re\nligieuses précédées de l’abbesse. On devine leur stupeur,\npuis leur indignation en découvrant que la Vierge a disparu\net que Béatrice, sous ses voiles de nonne, porte les étoffes\nprécieuses et la ceinture dorée qui ornaient la statue. On crie\nau sacrilège. On traîne la coupable dans la chapelle, où scs\ncompagnes s’apprêtent à la flageller. Mais un prodige les\narrête. Les verges se transforment, dans leurs mains, en.••\nfaisceaux de lumière ; une pluie de fleurs s’épanche des\nvoûtes, pendant qu’au lointain des voix d’anges invisibles\nchantent l’Ave Maris Stella. Du coup, on ne cric plus à l‘ l\nprofanation, mais au miracle. L’extase succède A l’horreur ;\net la colère fait place à la vénération.« Sœur Béatrice est une\nsainte 1 Sœur Béatrice est une sainte I » Jamais le couvent\nn’a connu pareils transports.\nLa 3\" acte se passe zfï ans après. La statue a repris sa\nplace. Vieillie, en haillons, mourante, Béatrice, un matin\nd'hiver, rentre au couvent. Apercevant scs habits de nonne a\nla place où elle les avait laissés, machinalement elle les re\nvêt, puis s’évanouit. Tandis que les religieuses survenues\ns’efforcent de la ranimer, ne se doutant point que cette Béa\ntrice est une revenante et une pécheresse, l’abbesse s’écrie :\n« Mais... la voilà de nouveau... La Vierge est revenue 1\nDepuis 25 ans en effet le socle de la statue était vide. h“ a\nstupéfaction et aussi la joie des nonnes est à son comble.\nPensez donc! quelle gloire pour le couvent que ces miracles\nrépétés. Et, cette gloire, c’est à sœur Béatrice qu’on la doit*\nComme à une sainte, scs compagnes lui baisent le front, l° s\nmains, les pieds.\nSœur Béatrice revient peu à peu à elle. Surprise et hon\nteuse de ces marques de vénération dont elle se sent si pe u\ndigne, elle confesse la vie misérable et dissolue qu’elle mena.\n« Je vous quittai une nuit il y a vingt-cinq ans... Je m’en\nfuis avec le prince Bellidor... Au bout de trois mois, son\namour s’éteignit... Je perdis l’espérance, je perdis la raison,\nje perdis la pudeur...tous les hommes tourà tour profanèrent\nce corps... Je n’ai plus mes enfants... Je n’étais déjà plus",
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     "texte": "2o5\nbelle, lorsque les trois plus beaux moururent... Le dernier,\nje l’ai tué... »\nKilo délire, se disent les nonnes, un peu scandalisées de\nce langage. C’est le démon, explique l’abbesse, qui une der\nnière lois essaye de la tenter. Car « c’est autour des plus\ngrands saints que le combat est le plus terrible ».\nN’y comprenant plus rien, sœur Béatrice demande qu’on\nlui raconte ce qui arriva vingt-cinq ans auparavant, lorsque,\nun beau matin, on trouva le portail ouvert et scs vêtements\nà elle, scs vêtements de nonne, abandonnées au pied de la\nstatue.\n« Ma fille, répond l’abbesse, je conçois que ce souvenir\nvous trouble et vous accable. C’est vrai, il y a vingt-cinq\nans eut lieu le grand miracle, par lequel Dieu vous distingua\nentre toutes. La Vierge nous quitta et remonta au ciel. Mais,\navant de nous quitter, elle vous revêtit de sa robe et de sa\nparure sacrée, mit sa couronne d’or sur votre tête et nous\nenseigne par là, dans sa bonté infinie, (pie vous deviez pren\ndre sa place, aussi longtemps que durerait son absence.,.\nScEun Béatrice. — Mais qui donc a pris ma place?\nL’Aubesse. — Personne, puisque vous étiez ici...\nBéatrice finit par renoncer à s’expliquer l’inexplicable. Heu\nreuse quand même ét réconfortée de cet accueil inattendu,\nprésage du pardon céleste, elle expire...\nJ’ai eu, l’autre jour, la curiosité de parcourir, avec le texte\nallemand sous les yeux, la traduction française, parue il y a\nquelques mois, du roman de Sudermann : der Katzensteg \\i).\nJ’ignore si M. Sudermann a fait comme moi. Si oui, je sup\npose que son indignation aura égalé ma surprise. Cette tra\nduction est, en effet, aussi mauvaise qu’il est permis de l’être\nà une traduction (pii tout de môme ne veut pas tomber au\nrang de simple « démarquage ». Sans parler de deux chapi\ntres (l et IX) complètement omis — ce serait péché véniel, si\nl’on avait daigné en avertir le lecteur — on peut, à chaque\npage, relever des omissions partielles — omissions de mots,\nde phrases ou d’alinéas, — de grosses inexactitudes, voire\ndes contre-sens. Vous en doutez? Voici des textes à l’appui :\nTexte de\nSuDERMNAN\nTraduction\nTexte de\nM 1,101 Valentin\net Ca. Laurent\nDas langcntbchrtc\nSaatkorn.\n(|>- 279)\nla semence dont la semence féconde\nelle (la terre) avait\nété longtemps privée\ndie Ucherschwcm\nmung\nl’inondation\n(P- 2M)",
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     "texte": "der Moud... ergotz\nscinen stlilen, blauli-\nchcn Schein vveithin\nübcr die schlafende\nIlcidc.\n(p. 24)\nZwci oder drei lial-\nten dcn Arm nocli in\nder lîintle ruhcn,und\nkaum einer war\nschon zudcmschwe-\nren Entschlusse Re\nlcom m c n, dcn\nscliwarzvcrsch n (i r -\ntcn Jagerrock an don\nNagcl zu hangen.\n([>• 12)\nAls lloleslav die\nLaudstrassc crrcicht\nhatte.\n(p. 3ai)\nAuf dom vordcrs-\nten dcrWagen satz...\ncinc Frauensperson\n([>• io3i\nDa plolzlich horte\ner sie in ein. kurzcs,\nkrampfliaftcs Scldu-\nclizen ausbrechen\n(p. ujb)\nla lune... versait\nsa discrète clarté\nbleuâtre au loin sur\nla lande endormie.\nDeux ou trois por\ntaient, encore le liras\nen écharpe, et pres\nque aucun n’avait pu\nso décider à pendre\nau clou son uniforme\nde chasseur à bran\ndebourgs noirs.\nLorsque lloleslav\neut atteint la grand’-\nroute.\nUne femme... était\nassise dans la pre\nmière des voitures.\nTout à coup il l’en\ntendit éclater en san\nglots courts et con\nvulsifs.\nLa lune... versait\nsa clarté virginale\nsur la lande endor\nmie\n(p. 40)\nQuelques uns por\ntaient encore le bras\nen écharpe sur leurs\nhabits militaires\n(p. a)\nLorsque lloleslav\neut quitté la grande\nroute\n(p. 336)\nUne femme... étau\nassise sur te siège de\nla première voiture\n(P- 99)\nTout à coup , 11\nl’entendit sauglotcr\ndans la cuisine\n(p. 178)\nLorsqu'une difficulté se présente, on l’escamote.\nDer Fricde gesiit-\ntigtersterben den Da-\nscins.\n(p. 24)\nLa paix des choses\nqui,rassasiées d’être,\ndoucement sc meu\nrent.\nLa paix de la nuit,\n(p. 16)\nAilleurs, sans doute pour compenser les omissions, les\ntraductrices ajoutent de leur crû, brodent ît plaisir :\nWicdcr durchfuhr\nihn joncs hohnischc\nGcfühl.Oline dass er\nsichdesscn klarwur-\nde, vcrglich cr sic in\nallem, was sie Huit\nund sagte, mit Regi-\nncn. Und der Vcr-\nglcich fiel nicht zu\nibren Gunslen aus.\n(p. 322)\nDe nouveau, le\nmême sentiment de\ndédain moqueur le\npénétra. Sans qu’il\ns’en rendit bien comp\nte, il la comparait,eu\ntout CO qu’elle faisait\net disait, avec Régi\nne. Fit la comparai\nson 11e lui était pas\nfavorable.\nDécidément, il n’é\nprouvait pour elle\nqu’une pitié moqueu\nse. 11 pensait la trou\nver plus vaillante,\nsupérieure aux autres\nfemmes. Involontai\nrement il la compa\nrait à Régine, si har\ndie et s’oubliant elle-\nmême quand SOU\ncœur était on jeu.\n(p. 338)'",
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     "texte": "207\nArrêtons-nous là. Vous êtes édifies, n’est-ce pas ?\nA ce compte, le métier de traducteur est facile et lucratif.\nMais il est frauduleux. Livrer à un auditeur et au public\nd’aussi hâtives et inauthontiques traductions, c’est faire\ncomme l’épicier qui vend, sous le nom de café de la Martini\nque, des haricots grillés et aromatises. Ni plus ni moins.\n★\nM. Sudermann n’a vraiment pas de chance. Les interprètes\nde scs pièces auprès du public français le maltraitent non\nmoins que les traducteurs de ses romans. Je dis cela pour la\ntroupe allemande do M» 10 Barkhany (pii, ces jours derniers,\njouait « Magda » (Die llcimat) au théâtre Marigny.\nM>no Barkhany ne me paraît pas mériter les éloges que\nla presse, en général, lui décerna. Elle a une bonne dic\ntion et, par endroits, une mimique expressive. Mais son jeu\nest factice, vulgaire, dépourvu de nuances, faux bien\nsouvent. Par exemple, dans la scène du IV 0 acte où Magda,\ns’étant, par pitié pour son père, résignée à devenir la femme\nde son séducteur Relier, a un entretien décisif avec celui-ci,\nelle doit, jusqu’au dernier moment, se contraindre, avoir l’air\nd’accepter toutes les douloureuses conditions que lui impose\nl’homme (pii devrait s’en laisser dicter, et, à la fin seulement,\nquand il refuse de reconnaître publiquementleur enfant, bon\ndisse révolter, chasser le misérable. Au contraire, M»io Bar-\nkhany se montre, dès le début, railleuse et agressive, de\nsorte (pic l’éclat final, trop prévu, ne fait plus aucun effet. De\nmeme, dans la scène (III, 9) où Magda se trouve en préscnco\ndes dames les plus huppées de la ville, la phrase : « Schaff\nmir diese VVeiber vom I taise, sonst werd’ich grob » (Débar\nrasse-moi de ces femmes, sinon je deviens grossière) perd\ntoute sa valeur, car, dès l’entrée de ces dames, Mai® Barkha\nny, dans sa tenue et le ton de sa voix, a été « grob », tan\ndis que le texte porte, aux répliques de Magda, lesjindications :\n« ïlciflicli » (poliment), « freùndlich «(aimablement).\nQuant aux comparses, inutile d’en parler. Des amateurs\nquelque peu exerces leur eussent facilement rendu des points.\nLa salle, composée presque exclusivement d’Allemands, de\nGermanisants et de Snobs, s’est montrée indulgente. L’occa\nsion se présente si rarement, en France, de voir jouer en\nallemand une pièce allemande. Il ne faut pas se montrer\ntrop difficile. On a applaudi après chaque acte, mais sans\nenthousiasme, juste assez pour ne pas décourager les autres\ntroupes allemandes (pii pourraient avoir la tentation de venir\nà leur tour solliciter — dans des conditions plus favorables,\ncspérons-lc — les suffrages des amateurs parisiens.",
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     "texte": "208\n★\nEn hâte, avec l’espoir que se présentera l’occasion d’en\nreparler, je signale la réédition de l’exquis volume de\nM. Schlaf : « lu Dingsda » (Villégiature à Chose) et un nou\nveau recueil lyrique doM. Richard Schaukal : « Sehnsucht »\n(Editions de la « Deutsch = franzosische Rundschau.)\nToujours en quête d’inédit, la « Insel », l’excellente revue\nfondée il y a un an par MM. Bierbaum, Heymel et Schrôdcr,\npublie dans ses derniers numéros la traduction d’un fragment\ndu nouveau livre de M. Mætdrlinck : Le Mystère de la Jus\ntice, qui doit prochainement paraître, et celle du Polémos-\ncopo, une pièce également inédite, de Casanova, l’auteur des\nfameux Mémoires.\nLa « Gesellschaft », outre de jolies nouvelles de Mmes Susi\nWallner et Adele Ilindermann, a donné deux très pénétrants\narticles de M. Rudolf Steiner sur Haqkel et sur le philosophe\nautrichien Carneri.\nEnfin, à tous ceux qu’intéresse l’art allemand, je me fais\nun plaisir de recommander une nouvelle revue artistique :\nDie Rheinlande, paraissant à Düsseldorf, et dont le premier\nnuméro renferme, entre autres, une étude de M. II. E. Krorner\nsur Ed. von Gebhart, le célèbre peintre religieux.\nL.-B. IIanappier.\nVariations sans motifs\nKi-Paï. — J’ai rencontré, ces jours-ci, dans un meublé\npresque luxueux de la rue de Berne, Ki-Paï, la petite servante\nfataliste du Jardin des Supplices. Après avoir été, la grande\nfoire durant, la joie des yeux au seuil d’un kiosque fleuri de\nporcelaines jolies, — elle continue, menue chimère vivante,\ndans un décor plus parisien et pas équivoque, bien que l’ex\npression soit Consacrée par l’usage immémorial qui en est fait.. -\nElle ne m’a pas paru étonnée de sa situation neuve, et j’avoue\nmême que ma stupéfaction m’a créé, vis-à-vis d’elle, un réel\nétat d’infériorité... Sa face d’énigme, où ne s’épanouit jamais\nla fleur occidentale du sourire, resta fermée devant l'hypo\ncrisie de mon accueil... Allais-je lui demander ce que\nM. lluret a la monomanic d’appeler une interview ?... lor-",
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     "texte": "20()\n18.\nturer sa petite Ame de chrysanthème, sous le bistouri de\nquestions congrues ?... Certes, Ki-Paï avait trop bien connu\nI extraordinaire amant de Clara, pour ne point me donnerune\nopinion synthétique sur ce que, dans son pays d’Extrême-\nÇivilisation, les vrais civilisés appellent, à l’heure présente,\net tour à tour, la Répression nécessaire, la Sauvegarde des\nintérêts européens, la Coalition (la Progrès, choses en elles-\nmêmes absolument différentes de la (Pierre, de la Vraie\n(Pierre, quoi qu’en pensent une poignée de mauvais pa\ntriotes, ..\nOui Ki-Paï m’eût peut-être expliqué ce qu’il subsiste de\nprofondément humain, dans l’entente des troupes alliées, le\ncoup du père François et le vol au rendez-moi... Ki-Paï,\ndolente poupée, m’eût peut-être traduit, en formules lapi\ndaires, pourquoi la répression n’est plus sanglante lorsqu'elle\ndevient nécessaire, pourquoi les intérêts des uns ne sont\njamais les intérêts des autres... Peut-être m’eût-elle démontré,\n— qui sait ? l’Utilité du Progrès, la Nécessité du Monstre...\nMais, devant sa face d’énigme, où ne s’épanouit jamais la\nfleur occidentale du sourire, je n’eus point le courage de lui\nfaire subir le supplice dont INI. Huret s’est institué le bourreau\nnational... Un coup de timbre, sec, impérieux, mit lin,\nd’ailleurs, au mutisme de notre entretien... \\Unc soubrette\navisée vint prévenir Ki-Paï d’un « envoi de renforts », c’est-\nà-dire de l’arrivée du Client sérieux... Et comme, d’un geste\nrésigné, la petite servante fataliste soulevait la portière de la\nchambre, je compris, — enfin, — ce que les diplomates,\ngens nés malins,appellent « la politique de la porte ouverte».\nAlüeiit Boissièhiî.\nOscar Wilde. — Un homme vient de mourir (pii fut sou\nvent grand poète, et qui resta toujours un homme d’esprit\n(pii, quoique victime de la plus abominableet de luplus lâche\ndes hypocrisies, ne cessa jamais, dans aucune circonstance, de\nse départir de la belle tenue aristocratique, de l’altitude silen\ncieuse, dédaigneuse et noble qui convient au gentleman ar\ntiste. M. Wilde, à l’heurcdu dessert, quand naissaient les con\nversations et que s’allumaient les lampes parmi les fleurs,\nsavait devenir tout à coup le conteur choisi et renseigné dont\nla voix onctueuse et adoucie narrait en jolies arabesques de\nphrases, les plus délicates anecdotes, les propos les plus sub\ntils cl les plus précieux. Nous l’entendîmes ainsi parler tout\nun soir, dans la maison d’un peintre ami, non loin de celle\nforêt de Fontainebleau qui se couvre à l’automne des mystè\nres d’un beau deuil. M. Wilde, ce soir-là, lut exquis. Et —\nsi j’en excepte Stéphane Mallarmé, prince des causeurs, —\njamais aucun homme ne me laissa plus durable impression\nde charme, d’intelligence et de finesse essentielle. « 11 écou-",
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     "texte": "210\nfait la Schéhérazade intérieure »,a dit de lui M. TIcnri do Ré\ngnier dans un joli portrait, brossé un peu à la façon de La\nwrence. Et cela était si vrai <p.ic, même lorsqu’il s’était tu,\nnous écoutions encore, émus, souriants, pareils à ces mate\nlots du vaisseau grec à qui l’insidieuse voix de la mer appor\ntait le murmure des sirènes.\nMaintenant M. Wilde est mort. Et nous en ressentons de la\ntristesse, non seulement parce qu’il causait bien et qu’il fut\nmalheureux, mais encore parce qu’il écrivait parfaitement.\nLe portrait de Dori an Gray,Salomè, la Ballade de la Geôle\nde Reading sont les œuvres de lui que nous connaissons\ndavantage. Mais cela ne fut point son bagage littéraire uni\nque. El il fut un temps où les théâtres et les éditeurs de Lon\ndres se disputèrent ses œuvres. Longtemps M. Wilde fut un\nhomme heureux, un poète honoré, assez semblable à un\nByron moderne, aussi dandy que le premier, mais d’une indé\npendance morale, d’une liberté de vie infiniment plus larges.\nOn connaît la débâcle, et le procès, et le supplice qui furent\nl’épilogue de cette vie de faste, de gloire cl de talent. L’Angle\nterre voulut déshonorer M. Wilde et c’est elle qui le fut. Le\nsupplice du hard labour auquel M. Wilde fut ’condamné\nrencontra en France de généreuses protestations. Et c’est une\ngloire pour notre littérature qu’à, ce moment tragique MM.Stuart\nMerrill, Paul Adam, Henri Bauer, Hugues Renell, de Régnier,\nMauclair aient osé élever la voix pour demander justice. Un\nseul homme, académicien et commandeur de la Légion d’hon\nneur, écrivain médiocre,mais pourtant écrivain français, attei\ngnit auxlimites de l’ignominie et de la bassesse en ne répondant\nqucjpar de grossières.injurcs à ceux qui venaient s’implorer en\nfaveur de la victime. Ce n’est ici ni le lieu ni l’heure de tra\ncer le nom de cet homme. Ceux qui eurent par le monde une\nvie tourmentée ont besoin, dans la mort, de goûter la grande\npaix du repos. Il y a déjà assez de bouc dans les cimetières\nd’automne. — Edmond Pilon.\nLe Chien errant. — Médorcst endormi sur un coussin.\nMais voici qu’il se réveille.La pluie met des larmes aux vitres.\nIl regarde dehors; et, quelque chose l’appelant, —sait-il lui-\nmême au juste quoi, — il descend dans la rue. Ses pattes\nsont bottées de boue, scs poils suent de la pluie. 11 va, inquiet\net charmé. Une femme flûte dans ses longues oreilles : « mon\nbon chien ». Il s’éloigne, car il est prudent et pauvre.\nLa flamme d’un réverbère se reflétant en une flaque d’eau\ny fait trembler une étoile. Médor se précipite sur elle : c’est\npeut-être un louis; il ne ramasse que de la boue! Son museau\nen pâlit. Il court. Un omnibus passe, il le suit. Le contrôleur\nlui sert un coup de pied. Médor en est attristé; le contrôleur",
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     "texte": "21 I\navait (Ios bottines salles. De jolies filles trottent ; il se préci\npite sous leurs jupons, et en déchire un coin de dentelle. De\nmoiselles Troll'c-le-Pavé, furieuses, lui donnent un coup de\nparapluie sur l’échine. C’est ce qui s’appelle recevoir une\ntape.\nCe chien est mélancolique. Il a faim, il a froid. La lune met\nun O rouge dans le ciel, on croirait voir unejouo d’apoplccti-\nque. Médor aboie. La lune n’a pas peur. Se trouvant bien où\nclic est, elle y reste. Médor la prendrait-il pour l’axe de Vé\nnus! Bientôt un nuage l’enveloppe; les nuages lui servent de\njupons.\nUn automobile file rapidement. A son avant, une lanterne\nlui fait un nombril lumineux. Médor est déconcerté : la lune\nroule maintenant dans la rue. Il continue sa promenade et\narrive place Vendôme.\nLa grosse aiguille de bronze l’étonne. Napoléon est invi\nsible, haut perché. Médor, sacrilège, lève la patte. Un sergent\nde ville le saisit au collier et l’emmène â la fourrière.\nSa maîtresse vient l’y chercher.\nMédor s’alanguit de nouveau sur son coussin. Il a cohipris\nle charme de l’esclavage, et se réjouit de n’êlrc point libre\ncomme un homme. La trique est sa seule inquiétude. Lorsque\nsa maîtresse en joue, il la désarme en embrassant scs doigts.\nSeulement, il s’écorche la langue à ses diamants; aussi en\ncraint-il les feux. Ce chien est servile, car il sait qu’il faut\nramper pour être heureux. Ce chien est un sage, il joue la\ncomédie pour paresser sa vie ; il fait le beau pour gagner du\nsucre; il fait le beau pour montrer qu’il est bien élevé; et\nles enfants de la maison, sur l’ordre de leur mère, prennent\ndes leçons d’obéissance auprès do Médor.\nVéritablement, Médor est un bon chien domestique.\nEt l’autre jour, Madame a donne Médor en exemple à son\nmaître d’hôtel.\nRené Wisnkr.\nCauserie do quelques excellents poètes humo\nristes :\nM. Edmond Rostand [an Président Krnger)\nOh! quand tu débarquas dans ma ville natale...\n11 me sembla, Vieillard, et je devins tout pâle,\nOue tu débarquais dans mon cœur !\n(Figaro du do décembre.)\nM. Franc Noiiain\nLorsque « l’Aiglon » paraît (deux cent vingtième mille I)\nLorsque « l’Aiglon » paraît le cercle de famille\nApplaudit\nA grands cris :",
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     "texte": "212\nLes voilà donc enfin ces beaux vers que nos fils\nApprendront par cœur.. .\n(Journal, 7 décembre.)\nM. Edmond Rostand [continuant)\nNon l’histoire n’a rien, dans aucun de ses cycles\nDe plus tragique et de plus beau\nQue l’apparition de ce vieux à besicles\nAvec ce crêpe à son chapeau !\n(Figaro du do novembre.)\nM. Hugues Rebell (sans entendre)\nLe mouvement de tes fesses me dit fort bien\nSi tu es triste ou joyeuse,\nPrude ou ardente simple, OU coquette ;\nEt cela n’est-il pas aussi précieux, ma chère,\nQue ton opinion sur Richard Wagner ?\n(Ermitage, décembre i9oo.)\nM. Franc Noiiain [sans perdre son idée.)\nMangez bien votre soupe, et vous lirez 1’ e Aiglon » !\n(Journal, 7 décembre.)\nM. Raoul Poncton.\nAussitôt chacun répète :\nComme elle va s’embêter...\n(Journal, 3 décembre.)\nM. E dmond Rostand (qui continue toujours)\nIl a laissé tomber l’étui de ses lunettes\nLorsqu’il a vu notre drapeau!\n(Figaro, 3o novembre.)\nM. Blaise Petiveau (répondant).\nJ’y perdis comme on comprend bien\nLa douce fraîcheur de mon tain...\n(Journal, //décembre.)\nM. Edmond Rostand (continuant sans relâche).\nPardon 1 pardon ! pardon ! pardon!\n(Figaro.)\nM. Hugues Rebell (à M. Rostand).\nLa canaille démocratique a les mœurs républicaines.\nM. Edmond Rostand (ne pouvant se faire entendre)\n.... Laisscz-moi. Non. Plus de Gannebière !\nAssez de gare de Lyon I\n(Le Figaro.)",
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     "texte": "2. l3\nM. ruisiî Petiveau (ému).\nOn lit sur le nichon : « Ta poire ! »\nEt sur la croupe : « A loi mon cœur. »\n(Le Journal.)\nM. Fkanc Noiiain (s’emportant).\n(à. M. Catulle Mcndès qui n’est pas là)\nNous ne lisons <|uc du Rostand,\nTon laine\nNous ne lisons que du Rostand,\nTon, ton !\n(Le Journal.)\nM. Edmond Rostand (en manière de conclusion).\nC’est bien. Le monde est étonné.\n(Le Figaro.)\n★\nPoyUliLJN\nBibliographie\nL.-B. Hanappier : A l’Ombre de la Mort (Editions de la\nVogue).\nVoici un livre de vers dont la sincérité est la marque do\nminante. Alors que tant d’autres s’attardent en des légendes\nplus ou moins symbolistes, M. Hanappier s’est contenté de\nnoter la vie contemporaine, avec ses émotions et ses senti\nments. L’écueil était de tomber dans le banal : il faut recon\nnaître pour être sincère (lue M. Hanappier ne l’a pas toujours\névité. Mais, par contre, il trouve souvent des vers heureux :\nLe beau château tic ma vie enfantine\nScsi écroulé, mur à mur, pierre à pierre...\nSur ses débris voilà croître le lierre\nEt voici croître une rose églantine.\nSans doute, Verlaine, qui influença toute une génération de\npoètes, semble influencer aussi parfois M. Hanappier. Pour\ntant il donne déjà la mesure d’une sensibilité personnelle, un\npeu mélancolique, éprise des jours gris de pluie, bit pour ne\npas être taxé de partialité dans cette revue, dont M. Hanap-\npicr est l’un des collaborateurs les plus distingués, le mieux\nassurément sera de citer :",
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     "texte": "2 l/|\nGrinp. — II pleut. La nuit descend.\nLe nrouillard s’épaississant\nFait vile la pleine nuit.\nDans la brume il pleut sans bruit.\nJe dîne à l’auberge, seul.\nGomme un mort sous le linceul\nLa maison dans la vallée,\nSous la brume est affalée.\nJ’ai là du bon vin qui grise...\nUne ouate humide et grise\nCache le ciel et les monts...\nOù sont ceux que nous aimons ?...\nIl faudrait donner encore ce très pénétrant poème, les\nJours s'en vont, mais cela dépasserait les limites d une courte\nbibliographie, et on ne peut guère que conseiller de le lire\ndans le livre. — Y.\nP.-B. Gheusi : Midi (E. Flammarion).\nLe livre de M. Gheusi est une chronique vivante et variée\ndes hommes et des villes du Midi, et, comme c’est justice,\nToulouse l’emporte, avec MM. Georges Lcygues, Pierre\nGailhard et Paul Vidal. Ces notes sont mieux d’ailleurs (pie\ndes éloges avant décès, et l’auteur sait nous donner une inté\nressante silhouette du musicien de Guernica, de la Mala-\ndetta, de la Bar g onde, en même temps qu’une judicieuse\nétude.Rien d’étonnant du reste à ce que l’excellent librettiste\nqu’est M. Gheusi touche au théâtre et à la musique : il a des\npages émues sur Louis Gallet, et conte des anecdotes amu\nsantes à propos de Verdi. Tout cela fait de son livre une œu\nvre de lecture attachante et facile, mais ce qui m’a personnel\nlement, le plus retenu, ce sont ces pittoresques descriptions\ndu pays basque, des gorges du Tarn, par exemple : et quand\nj’aurai dit qu’après Hugo, après Loti, M. Gheusi a trouvé\nun style personnel, pittoresque et familier, pour nous donner\nl’image de ce pays aimé, j’aurai, je crois, donné une nouvelle\net suffisante preuve de l'excellence de cet ouvrage si égal dans\nsa diversité. — V.\nLaurent Tailhade. — Imbéciles et Gredins (Edition de la\nMaison d’Art.)\nCe nouveau livre de M. Laurent Tailhade, divisé en trois\nparties, — Avant l’Affuiro — Pendant l’Affaire — Après\nl’Affaire, comporte une série de quarante-huit pamphlets\nqu’aggrave une préface d’un tour d’ironie spéciale ; de Vin-\ncivilité en matière de polémique. Or, la table où je cueille\nces titres: En faveur du lupanar, Salauderies patriotiques,\nLe corbillard de Félisque, nous renseignerait, si besoin était,",
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     "texte": "2l5\nf\nlouchant la civilité de l'auteur. Mais nous n’avons qu’ù\nnous réjouir de son incivilité, puisqu’à chaque tournant de\npage il lait passer, sous la finesse d’un esprit terrible, la\nviolence des attaques. Nonobstant la multiplicité des coups\nde bouton sur les mêmes plastrons, il s’ensuit parfois quel\nque monotonie, — si j’ose ainsi m’exprimer. N’importe,\nImbéciles et Gredins, qu’on le sache, est autre chose qu’une\ncompilation d’articles périmés ; c’est un document pour l’his\ntoire d’hier, c’est, de plus, un mémorandum amusant et vécu\ndes pclils faits et des grands ge&tcs, des vilains faits et des\ngestes puérils qui s’attachent à la chronique scandaleuse.\nEt c’est aussi, en dépit du litre et des sous-titres, le livre d’un\nécrivain et d’un poète, — souvent.\nA. Boissièue.\nLes Sciences maudites — (Edition de la Maison d’Art) —\nIl faut féliciter MM. Jollivcl Castelot, Paul Ferniot et Paul\nKcdonnel d’avoir, en une monographie de luxe, réuni les\ndocuments les plus variés, les plus intéressants cl les plus\nprécis sur l’Occultisme, la Magie, l’Alchimie et les sciences\ngreffées plus ou moins directement sur celles-ci, A citer par\nticulièrement, dans la matière compacte tL’un in-8o de plus de\ndeux cents pages : L'Occultisme contemporain, par Papus ;\n— Magie et Sorcellerie, par le D 1 ' ltozier ; — l'Astrologie,\npar Barlel ; — la Cabbale, par Sédir ; — Homnnculus, par\nDelassus ; — la Chiromancie, par M m o de Thèbes, etc.\nLe livre entier, dépouillé de tout pédantisme obscur, s’a-\ndorne de 183 illustrations hors-texte et aquarelles.'Les Scien\nces maudites forment non seulement un livre des plus curieux,\nmais un livre unique.\nAu prochain numéro le comple-rendu/dfcs livres dq MM\",\nMcxandro Mercier, André Ruylers, PauKForL S. a lia lu--\ndch, Marcel Batilliat, Georges Eokhoud,! qti, * ^ \\ . rr ?\nl!\\]",
     "source": "OCR Gallica (ALTO)",
     "url_page": "https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11600536/f224.item",
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