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Afficher le texte saisiMon cher Alis, vous avez enrichi la littérature contemporaine d’un ouvrage dont le titre Hara-Kiri, est une énigme pour les oreilles profanes, mais dont on s’accorde à louer le style coloré, le modernisme et certaines audaces. Pour moi après m’être délecté à cette lecture comme il convient, je me suis pris à regretter que vous n’ayez pas narré la véridique histoire de ce pauvre prince Ko-Ko que nous avons tous connu. Vous aviez un chancre à décrire, vous l’avez couvert d’un emplâtre. Peut-être eût-il mieux valu tout oser dire. Voici, en quelques lignes, le Fait-Divers qui termine votre livre non tel que vous l’avez publié, mais tel qu’il s’est passé : Votre héros Taïko-Fidé très naïf, très sincère et très japonais descendait le fleuve de la vie parisienne, à la remorque de mademoiselle Juliette, sa maîtresse. Pendant cette heureuse traversée, il croisa le nommé Méphistophélès qui, remarquant cette bonne binette épanouie, se dit que ça ne pouvait pas durer. C’est pourquoi l’esprit du mal cria dans le soupirail infernal creusé en plein asphalte (à gauche des Variétés). — « Ohé d’en bas, tourments pour un ! » Et la voix caverneuse de madame Lucifer, remuant ses chaudières, répondit aussitôt : — « Boum ! » * * * Ce fut à cet instant précis que le prince rencontra Alice Penthièvre, qu’il s’empressa de présenter à mademoiselle Juliette. Ces dames échangèrent une poignée de main à l’anglaise, et se promirent de se revoir. Elles se revirent. Le prince jaloux comme un asiatique, cachait aux camarades sa liaison avec Juliette. Il fut enchanté des visites d’Alice, qui rompaient un peu la monotonie de leur existence à deux. Jamais sa maîtresse ne lui paraissait aussi aimable qu’après une longue causerie avec son amie. Or, il arriva qu’un jour Taïko-Fidé ayant envoyé un fort bel écrin dans un bouquet à sa Chloris, il eut la malheureuse idée de se cacher pour jouir de la surprise de cette dernière. Ce qu’il vit, vous le savez comme moi. Les deux amies achevaient un dîner matutinal. Alice Penthièvre, après quelques réflexions véhémentes se mit à fouler sous ses babouches les magnolias et les roses thé. — « Tiens pensa Taïko, qui était de plus en plus japonais, on dirait qu’elle est jalouse... Est-ce qu’elle m’aimerait aussi ? » Pendant qu’il creusait cette idée, ces dames s’étaient sans doute réconciliées. Plus violent avait été leur dépit, plus grande était redevenue leur amitié, car le prince les vit échanger des baisers qui ressemblaient à des morsures. Puis, elles se remirent à table avec moult mignardise et joyeulx proupos — quand l’une commençait de croquer un fruit, l’autre aussitôt le voulait achever, comme si l’attouchement de deux lèvres rouges lui eussent donné une saveur particulière. Le prince resta longtemps derrière son rideau. Quand il en sortit, son teint paraissait un peu plus jaune que de coutume, ses regards exprimaient une sorte d’hébétude, et sa résolution dernière était prise. * * * Les gens qui n’ont pas traversé ces épreuves se rendent difficilement compte de la volupté avec laquelle un Japonais peut faire de son ventre un magasin de coutellerie. Le prince rentra chez lui, décrocha toute une panoplie, revint sur le paillasson des deux virtuoses d’amour, et se décousit lui-même comme si une bande de sangliers y avait passé. * * * Une heure après, le commissaire, appelé en hâte, se présentait assisté du Dr. A. Allais. Ce dernier ôta du cadavre un sabre exotique de 75 centimètres de longueur. — « Il y en a encore... » dit Mlle Juliette, qui penchée sur le feu prince, regardait d’un oeil sec la poignée d’un kriss malais fermement planté dans le côté gauche de son ancien amant. — « Mon ami, dit Allais à l’élève qui l’accompagnait, en lui indiquant le pauvre Koko, déballez Monsieur, et gardez avec soin toutes les armes que vous trouverez dedans. Nous en aurons besoin pour les constations judiciaires. » Puis, il alla faire une partie de billard avec le commissaire. Ayant gagné la belle et collé les consommations au représentant de l’autorité, il déclara dans un verdict motivé que Taïko-Fidé était mort d’un mal de ventre. La moralité de ceci ? mon Dieu ! elle est bien simple. C’est que les japonais, qui ont chez eux de petites japonaises bien sages, bien gentilles et pas émancipées du tout, ont le plus grand tort de venir chercher des maîtresses à Montmartre, car on peut dire que dans un rayonnement d’une lieue autour de la Butte, cosi fan tutte... ou à peu près ! »
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