Page 146 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

Fac-similé de Mercure de France tome 003 1891 page 146.jpg

CHLOÉ

 Je suis sérieuse. J'ai le pressentiment que tu ne reviendrais plus

DAPHNIS

 Ne t'y fie pas.

CHLOÉ

 Oh! je t'attendrai.

DAPHNIS

 Avec qui?

CHLOÉ

 Je te défends de ma parler ainsi, même en riant.

DAPHNIS

 Pleures-tu parce que je te fais de la peine? Te fais-je de la peine, pour t'aider, parce que tu as périodiquement envie de pleurer?

XIV


DAPHNIS

 Il est sain, ma Chloé, de brûler d'un coup,: de temps en temps, tous les torchons du ménage. On me l'a bien recommandé!

CHLOÉ

 Qui ça encore? On!

DAPHNIS

 La même.

CHLOÉ

 Je te pardonne tes taquineries. Mais écoute, si je m'aperçois de quelque chose, tu m'entends, ce sera fini entre nous, ir-ré-vo-ca-ble-ment.

DAPHNIS

 On « lit » ça. Je vois l'adverbe écrit à la porte de ton cœur, en lettres de gaz.

CHLOÉ

 Regardez-le serrer ses lèvres plates de lézard! Houe! le peut! que tu m'agaces! A la fin, qu'est-ce que tu as? Qu'est-ce qu'il te faut? Qu'est-ce que tu veux?

DAPHNIS

 Je voudrais être tantôt le premier homme de lettres de France, et tantôt le dernier homme des bois.

Jules Renard.

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