Page 143 · Tome III. Juillet-Décembre 1891

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CHLOÉ

Car, moi, je suis gaie, gaie!

DAPHNIS

Marions-nous encore.

CHLOÉ

Et je sens que jamais je ne m'habituerai à la tristesse.

DAPHNIS

C'est qu'alors tu mourras jeune, bientôt.

IX


CHLOÉ

Tu ne m'as pas dit tes idées en politique. Tu-ne votes même pas. Es-tu inscrit? je parierais que non.

DAPHNIS

Et pourtant, un gouvernement «  c'est de l'air qu'on respire! » Conseille-moi.

CHLOÉ

Je n'y entends rien, mais quand mes amies me demandent : « Ton mari est-il républicain? » je suis confuse et je réponds tantôt oui, tantôt non, au hasard. Déroutées, elles finissent par ne plus savoir à quoi s'en tenir. Je t'aimerai bien : choisis un parti, celui que tu voudras, pour nous fixer.

X


CHLOÉ

J'entre volontiers dans une église, me rafraîchir. Mais, je l'avoue, je ne prierais, à mon aise, sans choisir mes mots, que devant la belle nature.

DAPHNIS

Et sur une hauteur, afin d'élever plus vite ton cœur dirigeable vers Dieu polyglotte.

CHLOÉ

Tu vois, tu te moques quand je fais la bête, et tu te moques quand je comprends tout. Suis-je pas la femme d'un libre-penseur?

DAPHNIS

Nous irons tous deux à la messe demain.

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