Page 125 · Tome IV. Janvier-Avril 1892

LA BELLE AU BOIS DORMANT
A Pierre Quillard.
I
C'est, au milieu des bois que la lumière dore, Un parc inviolé par les souffles d'hiver Où les rayons éternels d'une chaste aurore Se mêlent aux parfums des fleurs et charment l'air.
La douce clarté vague en des blancheurs heureuses; Elle baise, le long des candides chemins, Les roses pâles et les grêles tubéreuses Et les lys glorieux et les calmes jasmins.
Et là, loin des cris lourds de haine et de colère, Loin des hommes tremblants et voués aux douleurs, La Belle qu'a surprise un sommeil séculaire Dort parmi le triomphe immaculé des fleurs.
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Des voix Dors, ô Belle, dors dans le mystère, Où des rêves d'azur illuminent tes yeux, Dors comme la Guerrière en sa virginale armure; Et les voix de l’Été, les voix de la lumière, Les voix des impérissables ramures Te berceront avec des cantiques pieux: Dors, ô Belle, dors dans le mystère.
Contemple, ô Belle, les célestes prairies Que nul monotone automne ne vient faner, Contemple les harmonieuses prairies Étincelantes d'or calme et de pierreries Où vaguement apparaît le Prédestiné.
Le voici survenir, l'idéal Fiancé, Le Héros conquérant des suprêmes territoires, Celui vers qui ton rêve s'est élancé, Le souverain vêtu d'aurore et de victoire, Le voici survenir, souriant Et guidé par de merveilleuses mélodies, Et, comme en des splendeurs d'étoiles brandies, Sa royale beauté flamboie à l'Orient.
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