Page 126 · Tome IV. Janvier-Avril 1892

II
Le bois en fleurs est plein de joyeuses querelles: La clarté du printemps y réveille les bruits. Les abeilles d'or roux passent, les sauterelles Frôlent de leur gaieté les myrtils et les buis.
La pervenche bleuit près de la violette Dont les parfums montent vers le ciel éclatant; Le nénuphar d'ivoire s'ouvre et se reflète Dans le miroir limpide et moiré de l'étang.
Les oiseaux, gazouilleurs de légères matines, Épandent par les airs des hymnes triomphants, Et, parmi les halliers étoiles d'églantines, Bondissent des troupeaux de biches et de faons.
Des joyaux qui vivent embellissent les sentes, L'hiver ne blesse plus les arbres de chocs lourds, Et, dans la fraîcheur des clairières bruissantes, Vole et rayonne comme un jeune essaim d'amours.
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Des voix
Lentement, des pas sonnent par les sentiers; Ils frôlent, sans les fouler, les fleurs frêles; Vague et douce, une chanson se mêle Aux chansons qui s'échappent des nids printaniers. C'est un prince qui approche par les sentiers.
Son front rayonne de lumière; II sourit un sourire d'extase, Ses yeux que les larmes n'ont jamais ternis, Ses yeux que des feux divins embrasent, Ses yeux sereins et purs comme l'aurore première, Semblent suivre quelque songe dans l'infini.
Le Prince
J'écoute des voix de lutins Chanter dans les blondes haleines Qu'imprègnent la verveine et le thym. O voix, c'est votre chant qui mène Vers les parterres clairs du glorieux jardin.
Dans la bonne forêt grandissent Les chansons mystérieuses et propices; Je vais comme emporté vers le ciel, J'ai quitté le mensonge:
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